AU-DELÀ DE DARWIN – Pour une autre vision de la vie


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Auteur : Staune Jean
Ouvrage : Au-delà de Darwin Pour une autre vision de la vie
Année : 2009

 

Introduction
Prière de laisser le dogmatisme au vestiaire

Sommes-nous, comme le croyait le prix Nobel de médecine Jacques
Monod, de « glorieux accidents~ le résultat incroyablement
chanceux d’un processus aveugle et aléatoire qui, sur la troisième
planète d’un système solaire, a, par une incroyable série d’heureuses
coïncidences, pu mener jusqu’à des êtres suffisamment
évolués pour être pourvus de conscience et réfléchir sur le sens de
leur existence ? Ou, comme le croyait le célèbre paléontologiste
et jésuite Pierre Teilhard de Chardin, une croissance continue de
la complexité vers des formes de vie de plus en plus élaborées estelle
inscrite dans les lois mêmes de l’Univers?
C’est une question qui a d’importantes implications philosophiques,
voire théologiques, qui bouleverse complètement,
dans un sens ou dans l’autre, la vision que nous pouvons avoir
de nous-mêmes et des raisons (ou des non-raisons) de notre existence.
Mais c’est une question avant tout scientifique, et c’est ce
qui la rend passionnante. L’étude de l’évolution de la vie peutelle
nous permettre de dégager une tendance en faveur de 1 ‘une
ou de 1 ‘autre des hypothèses ? On se doute que les études purement
objectives dans ce domaine vont être difficiles. Il s’agit
d’un monde plein de bruit et de fureur, de controverses passionnées,
voire d’insultes, d’excommunications et de bien d’autres
choses encore.
En cette année où nous célébrons le cent cinquantième anniversaire
de la publication de L’Origine des especes de Charles
Darwin, nous avons assisté à une véritable hagiographie. Dans

les dizaines d’articles et de numéros spéciaux publiés, quasiment
aucun ne s’est fait l’écho de critiques envers la théorie néodarwinienne.
Aucun n’a présenté aux lecteurs une ou des théories alternatives
susceptibles de nous faire porter un autre regard sur
1 ‘évolution de la vie. Est-ce à dire que le darwinisme a gagné et
qu’il n’y a plus de débats, hors les débats internes au darwinisme?
Absolument pas ! En fait, depuis vingt ans, toute une série de
découvertes nous ont montré que les mécanismes postulés par
le darwinisme et son successeur, le néodarwinisme, avaient une
portée bien plus limitée que prévue. Mais personne n’en parle au
grand public !
La raison de ce silence est simple. Une majorité de scientifiques
pensent que toute critique du darwinisme qui parviendrait
aux oreilles du grand public renforcerait le créationnisme
et que ces questions ne doivent être débattues (quand elles le
sont … ) qu’entre spécialistes.
Heureusement, un certain nombre de spécialistes de 1 ‘évolution
comme le biologiste Brian Goodwin, un des tenants de
1 ‘auto-organisation, une école que nous analyserons au chapitre
9, s’insurgent contre cette pensée unique et affirment haut et
fort que des alternatives existent: « Depuis 1859, le mécanisme
de la sélection naturelle et la survie du plus fort se sont imposés
comme la seule thèse explicatrice de la vie sur Terre. Les origines,
les extinctions, les adaptations ont toutes été étudiées à travers le
prisme du darwinisme. Or, une autre explication de l’origine et
de la diversité des espèces existe. De même que la vision newtonienne
du monde a prédominé jusqu’à la révolution einsteinienne
au xxc: siècle, le darwinisme doit-il être remplacé par une nouvelle
théorie qui admette que la complexité est une qualité inhérente
et émergente de la vie et pas uniquement le résultat de mutations
aléatoires et de la sélection naturelle. Les organismes sont aussi
coopératifs qu’ils sont compétitifs, aussi altruistes qu’égoïstes,
aussi créatifs et joueurs qu’ils sont destructifs et répétitifs1. » Mais


1. Brian Goodwin, How the Leopard Changed lts Spots, Clearwater, Touchstone
Books, 1996, quatrième de couverture.


leurs voix ne portent pas, leurs théories étant souvent complexes
et ardues.
Le but de cet ouvrage n’est pas de critiquer le darwinisme (je
1 ‘ai déjà fait dans mon précédent ouvrage, auquel les lecteurs
peuvent se reporter2), mais de briser ce « mur de silence » en mettant
à la portée du grand public les découvertes et les théories
susceptibles de lui donner une nouvelle vision de la vie.
Avant de commencer, il est nécessaire de préciser la définition
même des termes que nous allons utiliser. Pour cela, commençons
par une petite histoire. Je vous prie de la considérer
avec attention car elle me servira de fil rouge tout au long de cet
ouvrage.
Imaginons une très lointaine planète autour d’une autre
étoile. Elle est presque en tout point semblable à la Terre, à 1 ‘exception
de deux différences importantes. Comme Vénus, elle est
recouverte d’une couche de nuages si épaisse que ses habitants
n’ont jamais pu voir les étoiles ni même leur soleil. Comme Pluton,
elle est si éloignée de son soleil, qu’elle met plusieurs centaines
d’années à en faire le tour. Elle est enfin pourvue d’êtres
vivants semblables à nous (la probabilité d’apparition d’êtres vivants
nous ressemblant est 1 ‘une des questions clés de ce livre, qui
sera discutée au chapitre 4), qui prient, depuis des millénaires,
leurs dieux, pour que le temps soit le plus clément possible.
C’est ce que faisaient, voire font encore, la plupart des populations
terrestres. Jusqu’au début du xxc siècle, il existait des
processions appelées « rogations » destinées à obtenir une pluie
suffisante pour les récoltes. De nombreux rites se sont développés
sous 1 ‘autorité des prêtres pour obtenir la pluie ou le beau
temps quand cela est nécessaire aux populations.
Mais un jour, sur cette hypothétique planète, des savants faisant
le tour du monde ont mesuré la pression atmosphérique,
ont découvert 1 ‘existence de fronts chauds et de fronts froids et


2. Jean Staune, Notre existence a-t-elle un sens ?, Paris, Presses de la Renaissance,
2007, chapitres 11 et 12.


ont lancé les bases d’une science, la météorologie, permettant
d’expliquer le climat grâce à des mécanismes naturels. Une telle
innovation s’est heurtée, pendant des décennies, aux discours
des différentes religions pour lesquelles le climat était géré par
les dieux.
Comme nous le savons, la météorologie est une science relativement
inexacte, sunout dans ses débuts. A cause de l’ « effet
papillon », c’est-à-dire de la sensibilité d’un grand système instable
comme 1 ‘atmosphère aux conditions initiales, il est
impossible de prédire la météo quinze jours à 1 ‘avance. Les tenants
des religions antiques se basent donc sur cela pour dénoncer
la météorologie comme une pseudoscience. Des batailles
acharnées ont lieu.
Mais voilà qu’après quelques centaines années de pratique de
la météo, d’autres scientifiques suggèrent que, dans le très long
terme, quelque chose contribue à la modification du climat. En
effet, ils identifient que des périodes chaudes et des périodes froides
existent de façon régulière. Les météorologues classiques, qui
ont tant peiné à venir à bout des anciennes superstitions, selon
lesquelles le climat était directement le résultat de l’action de
Dieu, ne peuvent tolérer une telle idée, y voyant là un affaiblissement
de leur position et une porte ouv-erte au retour en grâce de
leurs adversaires fondamentalistes. li est essentiel pour eux que
le climat, à court ou à long terme, reste un phénomène aléatoire.
S’il était contrôlé par quelque chose, cela ne serait-il pas une trace
d’une forme de contrôle divin sur le climat? Il faut donc à tout
prix, et en recourant à tous les moyens disponibles, y compris
la calomnie ou la cabale, empêcher le développement de cette
nouvelle école. n s’agit de la « lutte des lumières de la connaissance
contre l’obscurantisme des superstitions ». n est d’autant
plus facile d’étouffer la voix des « nouveaux météorologistes » que
ceux-ci s’appuient sur des phénomènes faiblement perceptibles
et se déroulant sur de grandes périodes de temps. Et ce d’autant
plus que ces nouveaux météorologistes n’ont pas la moindre idée
de ce qui peut causer la nature de ce phénomène. Encore et encore,
les météorologistes classiques reviennent à la charge.

« Si ces régularités existent comme vous le prétendez, quelle
peut être leur cause ?
– Nous n’en avons aucune idée, mais il n’empêche que le phé-
nomène extste.
– Un peu court comme réponse. Tout ce que vous voulez,
c’est rouvrir la porte que nous avons claquée au nez de Dieu! »
Bien entendu, personne ne peut imaginer le concept de saisons,
ni encore moins celui d’étoiles ou d’Univers. La tâche des
nouveaux météorologistes est d’autant plus compliquée qu’il est
apparu sur leur planète une école dite de l’ « intelligent climate »
qui affirme que les mystérieuses régularités qui existent dans
l’évolution du climat sont bien la preuve que celui-ci est contrôlé
par les dieux.
Cette résurgence des anciennes idées fondamentalistes sous
une nouvelle forme contribue à bloquer toute évolution de la
situation. Il faudra des centaines d’années, voire des millénaires
d’observation, pour arriver éventuellement à un début de
consensus sur 1 ‘existence du phénomène. Sauf, bien sûr, si la civilisation
finit par développer une technologie lui permettant de
s’extraire de sa planète.
Dans notre histoire, les fondamentalistes accrochés à 1 ‘ancienne
interprétation de la religion, selon laquelle les dieux
contrôlent directement le climat, représentent bien entendu les
créationnistes, pour lesquels Dieu a créé séparément chacune des
espèces vivantes, comme l’ont cru la quasi-totalité des scientifiques
jusqu’au début du XIXc siècle.
Les météorologistes classiques représentent les darwiniens
classiques, pour qui, non seulement les êtres vivants n’ont pas été
créés séparément et descendent les uns des autres, au cours d’un
long processus les ayant amenés à évoluer, mais pour qui la nature
même de ce processus est également connue, au moins dans
son ensemble. Il s’agit de variations survenant au hasard qui sont
ensuite sélectionnées par la sélection naturelle.
Les nouveaux météorologistes représentent les biologistes
qui affirment qu’au-delà du hasard indéniable régnant à court
terme dans le domaine de 1 ‘évolution, il existe des lois ou des

tendances générales qui, si l’on regarde l’évolution en prenant
un peu plus d’altitude, nous montrent l’existence de « nonhasards »,
de tendances qui s’inscrivent en faux contre 1, affirmation
selon laquelle tout le processus ne serait que le résultat de
phénomènes contingents, ne reposant sur aucune forme de logique
permettant de prévoir son déroulement. Comme dans
mon exemple, ces « nouveaux évolutionnistes » ont des difficultés
à expliquer pourquoi de telles tendances existent et ce qui se
cache derrière elles. Ce qui leur vaut au mieux un silence méprisant,
au pire une animosité sans bornes de la part des darwiniens
classiques qui voient dans cette « hérésie » une remise en cause de
leur « fond de commerce » susceptible de renforcer leurs anciens
ennemis, les créationnistes.
Les tenants du « climat intelligent » représentent bien sûr le
mouvement du dessein intelligent selon lequel la complexité
des systèmes biologiques, à partir du moment où elle ne peut
avoir été produite par des mécanismes darwiniens, constitue
une preuve de l’intervention d’un agent intelligent.
Tout 1 ‘objectif de ce livre sera de présenter de façon accessible
le maximum de faits et de théories montrant 1’ intérêt et la cohérence
que peuvent avoir les idées d’un certain nombre de ces
« nouveaux biologistes~ eux-mêmes répartis en plusieurs écoles,
parfois assez différentes. Pour cela, nous devons partir des faits
et uniquement d, eux, en nous tenant au maximum à 1 ‘écart de
1’ idéologie et des questions philosophiques.
Des propos comme ceux de Stephen Jay Gould, grand spécialiste
à la fois de 1 ‘évolution et du darwinisme, devraient éclaircir
une fois pour toutes la question : « L’évolution ne signifie
rien d’autre que : tous les organismes sont unis par les liens de
la descendance. Cette définition ne dit rien au sujet du mécanisme
de changement évolutif3. » Et pourtant, il faut répéter inlassablement
que rejeter le darwinisme n’implique nullement le
rejet de l’évolution. De la même façon que critiquer la théorie


3. Stephen Jay Gould, La Foire aux dinosaures, Paris, Seuil, 1993, p. 390.


de Newton n’implique en aucune façon que l’on veuille, par un
retour en arrière, remettre la Terre au centre de 1′ Univers mais,
bien au contraire, que 1 ‘on cherche une théorie capable de mieux
décrire la structure du cosmos. Et pourtant, combien de fois
voyons-nous, surtout dans des ouvrages américains, une référence
à « l’évolution darwinienne »? Il y a là une source sans fin
de malentendus dont profitent tous les obscurantistes, qu’ils
soient créationnistes ou scientistes. En effet, beaucoup ont intérêt
à ce que cette confusion demeure. Il faut donc le dire de
la façon la plus claire: le darwinisme n’est qu’une théorie, alors
que l’évolution est un fait. Nous ne perdrons donc pas de temps
à démontrer que tous les êtres vivants ont un ancêtre commun et
sont le fruit d’une longue suite de métamorphoses intervenues
au fil des temps géologiques.
Sont en dehors du champ de la science, ceux qui, comme Philip
Johnson4
, se prétendent « agnostiques » par rapport à l’évolution,
en affirmant que l’on n’est pas obligé de croire à un phénomène
si 1 ‘on n’en connaît pas la cause. C’est une position symétrique
de celle des darwiniens qui, parce qu’on ne connaît pas la cause
d’une éventuelle structuration de l’évolution, disent que celle-ci
n’existe pas. En fait, on peut très bien avoir les preuves d’un phénomène
aussi important que le fait que la Terre tourne autour du
Soleil, sans avoir le moindre indice de la raison pour laquelle un
tel fait se produit.
Il est temps de se livrer en biologie à un travail du même type
que celui qui permit de passer des conceptions de Newton à celles
d’Einstein. Pour y parvenir, il nous faudra encore et toujours
crier avec force que le fait de coller toute étiquette « créationniste »
ou « néocréationniste » sur ceux qui veulent entreprendre
ce travail d’approfondissement de nos connaissances en biologie,
est tout aussi absurde et scandaleux que de vouloir s’opposer
au développement du concept de saisons sur notre planète imaginaire.
Si j’insiste autant sur ce point, c’est que l’on se trouve
actuellement dans une situation, assez incroyable, où l’on voit


4. Philip Johnson, Le Darwinisme en question, Édition Pierre d’Angle, 1996.


des néoteilhardiens être accusés de néocréationnisme. Ainsi, récemment,
Marc Süberstein, coauteur d’un livre intitulé Les Matérialismes
(et leurs détracteurs}\ n’hésitait-Ü pas à écrire que
Pierre-Paul Grassé, un des plus grands zoologistes du xxc siècle,
pendant plusieurs décennies titulaire de la chaire d’Evolution à
la Sorbonne, était finalement une sorte de créationnisté, ce qui
est vraiment le comble du ridicule quand on connaît sa pensée.
L’étape suivante consiste à traiter Teilhard lui-même de « créationniste
~ puisqu’il croyait en un créateur, alors qu’il a, pendant
toute sa vie, lutté pour faire prendre en compte la notion d’ évolution
par 1′ Eglise catholique, et l’a menée à quitter les positions …
créationnistes qui étaient les siennes à l’époque. Ces précisions
épistémologiques apportées, nous pouvons maintenant partir à
la découverte de nouvelles conceptions de la vie.
Darwin terminait son fameux ouvrage par la phrase: « N’y a-t-il
pas une véritable grandeur dans cette manière d’envisager la vie7 ? »
Dans la vision de la vie qui était celle de Darwin, une longue
suite de petits changements se déroulant au hasard pouvait,
grâce au triage effectué par la sélection naturelle qui, à chaque
génération, ne retient que les meilleurs, permettre le développement
de toute la diversité des formes vivantes.
Comme nous l’a montré la citation de Brian Goodwin, c’est
sous ce seul prisme que l’évolution de la vie a été regardée depuis
cent cinquante ans. Ne serait-il pas temps de regarder les choses
de façon différente ? Une autre vision de la vie peut-elle être
bâtie sur des bases rigoureusement scientifiques ? C’est ce que
nous allons tenter de faire ici. N’ayant aucune prétention d’avoir
découvert des faits biologiques nouveaux, ni d ‘être le créateur


5. Jean Dubessy, Guillaume Lecointre, Marc Silberstein, Les Matérialismes
{et leurs détracteurs), Paris, Syllepse, 2004.
6. Marc Silberstein, « L’unité des créationnismes~ consultable sur http:/ 1
http://www.assomat.info/ L-unite-des-creationnismes-Par.
7. Charles Darwin, L’Origine des especes, Paris, Flammarion, coll. « GF », traduction
d’Edmond Barbier revue par Daniel Becquemont, 2008, p. 563.
J’utilise cette édition car il s’agit de la plus répandue malgré les réserves que
je vais exprimer plus loin à son encontre.


d’une nouvelle théorie, je ne ferai ici que synthétiser des idées de
paléontologistes, biochimistes, généticiens, biophysiciens, voire
des spécialistes de la modélisation, travaillant sur ce problème.
Mon seul apport sera donc dans la synthèse et dans la mise à
la portée du grand public d’ouvrages souvent ardus, parfois non
traduits en langue française, et d’articles professionnels écrits
dans des revues telles que Science, Nature, Proceedings of the NationalAcademy
oJScience, Biosystems,Journal oJTheoretical Bio/
ogy, que personne ne lit en dehors des spécialistes. J’ai choisi,
au vu de l’objectif de ce livre, d’être le plus clair possible, quitte
à appeler une araignée une araignée, et non un arthropode. Bref,
d’essayer de simplifier au maximum des questions complexes.
Les lecteurs voulant approfondir ces questions sont priés de se
reporter aux publications d’origine qui seront toutes indiquées
en note et dont certaines seront mises en ligne sur un site dédié
à cet ouvrage8• Le chapitre premier constituera un rappel de
quelques-uns des éléments fondamentaux du darwinisme et des
apports du néodarwinisme à notre compréhension de la vie. Le
chapitre 2 se fera 1 ‘écho des batailles meurtrières que se livrent les
deux principales écoles darwiniennes. Dans le chapitre 3, nous
montrerons que de nombreux indices nous invitent à rechercher
au-delà du darwinisme un mécanisme pour l’évolution de
la vie, et donc à rega.rder 1 ‘évolution autrement. Ces faits jouent
le même rôle que les relevés météorologiques de notre planète
hypothétique qui permettaient aux scientifiques les plus audacieux
de leur époque de postuler une forme de déterminisme ou
de logique interne à l’évolution du climat dans le long terme (les
saisons!). C’est avec le chapitre 4 que nous aborderons de front
cette nouvelle vision de la vie qui constitue, sans doute, la plus
grande innovation dans le domaine depuis Darwin, avec, bien
sûr, la découverte de l’ADN et celle de tout le système de fonctionnement
de la machinerie intracellulaire. Il s’agira de montrer
que nous avons, dès aujourd’hui, de fortes indications selon lesquelles
l’évolution est un phénomène en partie prédictible.


8. http:/ /www.audeladedarwin.fr.


Les chapitres suivants nous montreront que si cette nouvelle
vision s’appuie sur toute une série de résultats publiés récemment
dans les plus grandes revues scientifiques, elle rejoint des intuitions
de grands biologistes ou paléontologistes parfois antérieurs
à Darwin, qui avaient soutenu que la structure, donc la forme, est
première par rapport à la fonction, c’est-à-dire à l’utilité d’un organe.
Ainsi, si personne ne peut nier que le cou de la girafe s’est
développé selon des processus purement darwiniens, en raison de
1 ‘avantage fonctionnel que représentait un long cou (les girafes
pouvaient, en période de sécheresse, se nourrir de feuilles que
leurs congénères à cou plus court n’arrivaient pas à atteindre). Les
cristaux de neige, eux, nous montrent l’importance de la notion
de structure. ~elle que soit leur forme, ils ont toujours six branches;
une loi de la nature les amène à avoir toujours cette structure,
quelles que soient les contingences diverses qui président à
leur formation et qui leur donnent des formes différentes. C’est
en croisant cette idée ancienne, véhiculée par le structuralisme (en
biologie et non en linguistique où ce terme existe également) avec
les travaux de quelques-uns des plus grands biologistes actuels,
comme le paléontologiste Simon Conway Morris, le prix Nobel
de médecine Christian de Duve et bien d’autres chercheurs spécialisés
dans divers domaines de 1 ‘évolution, que cette nouvelle
conception de la vie va peu à peu se faire jour au fil des pages. Elle
recevra le renfort de diverses écoles de pensée ou de francs-tireurs
qui croient à l’existence de logiques internes dans l’évolution.
Mais cet ouvrage ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas
d’autres pistes, différentes de la piste principale. C’est ce que nous
ferons en abordant le néolamarckisme et l’auto-organisation. n
ne restera plus alors qu’à synthétiser toutes ces données pour
montrer au lecteur comment une autre vision de la vie est possible,
pourvu qu’on veuille bien chausser d’autres lunettes que
celles du néodarwinisme et accepter d’élargir un peu le regard
que l’on porte sur la vie. Nous ne manquerons pas d’analyser en
conclusion les possibles implications philosophiques de cette
nouvelle conception de la vie, tout en rappelant que ce sont les
faits, et eux seuls, qui amènent à cette conception nouvelle.

 

Chapitre premier
Quoi de neuf depuis Darwin ?

L’idée dangereuse de Darwin

suite PDF

 

 

Neutrino Power


histoireebook.com

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Auteur : Meyl Konstantin
Ouvrage : Neutrino power Avec de nouvelles connaissances sur les contextes physiques, géographiques et cosmologiques
Année : 2018

Traduction Dr vet. Hervé Janecek

Avant-Propos
C’est Nikola Tesla qui a été le premier à décrire les
propriétés des neutrinos. Il voulait même avoir mesuré
la particule.

Il écrivit dans le New York Times: rr ••• jusqu’à ce que
j’obtins en 1898 les preuves mathématiques et
expérimentales, que le soleil et des objets célestes
semblables, émettent un rayonnement riche en énergie,
qui se compose de particules incroyablement petites et qui
possèdent une vitesse qui est passablement plus élevée
que celle de la lumière. La puissance de pénétration de ce
rayonnement est si grande, qu’il peut traverser des
milliers de kilomètres de matière solide, sans que sa
vitesse soit réduite de manière significative.>>

Avec ces capacités de pénétration élevées, Tesla a décrit
une propriété particulière que seul le rayonnement
neutrinique possède. C’est pourquoi Nikola tesla peut
être considéré comme le découvreur des neutrinos.

En 1936, Pauli a introduit le neutrino comme une
particule sans masse et sans charge, mais porteuse
d’énergie, afin d’équilibrer le bilan énergétique de la
désintégration beta.

D’après les connaissances d’aujourd’hui, le neutrino
constitue un rayonnement partout présent en grande
quantité dans le cosmos, dont l’existence n’est plus mise
en doute depuis l’attribution en 2002 du Prix Nobel de
Physique à deux chercheurs dans ce domaine des
neutrinos. Des recherches récentes menées au sein du
détecteur du Kamiokandé au Japon ou bien au Lac
Baikal ont mené à un bouleversement de la pensée à
leur sujet.

1. Questions fondamentales à propos de la
construction de la terre
Nous commençons avec la terre comme exemple et nous
nous posons la question: pourquoi la terre est-elle si
chaude à l’intérieur? Pourquoi est-ce de plus en plus
chaud lorsque nous allons toujours plus profond? Estce
que cette tendance persiste au fur et à mesure que
nous nous enfonçons? Il doit y avoir une source d’énergie
présente en profondeur, que nous devons chercher.

1.1 Croissance de la Terre d’un point de vue géographique!
Si l’on recule dans le temps, la terre doit avoir été
autrefois bien plus chaude qu’elle ne l’est aujourd’hui,
ce qui signifie que la vie a été impossible en ces temps
reculés; or ceci est contredit par toutes les connaissances
à notre disposition. Lorsque la terre était âgée de
quelques millions d’années, les découvertes de fossiles,
montrent que la température à sa surface était en fait à
des niveaux voisins de ceux d’aujourd’hui. Il y a là un
problème que nous devons résoudre.
Une autre question concerne la croissance de la terre.
Cette question est ignorée par la Science ou alors elle
fait l’objet de discussions très controversées dans les
cercles de la géophysique. Si la Terre est en croissance
toutefois, alors il faut répondre à la question de savoir
d’où vient l’énergie et en quoi elle peut avoir un effet?
Est-ce une énergie de l’univers ou bien vient-elle de la
terre elle-même?
Nous devrions également préciser si cette question a
quelque chose à voir avec ce qui précède. Cet ouvrage
est intitulé Neutrinopower, ce qui est déjà une
anticipation sur le résultat de notre enquête, mais que
nous nous devons dans tous les cas de justifier.

En ce qui concerne l’expansion de la terre, il y a des
preuves venant de la géographie, de la géologie et aussi
de la Physique. Le point le plus important vient à mon
sens de la physique.

1.2 Preuves géographiques
Commençons par les preuves géographiques: et là, il
n’est pas possible de ne pas faire référence à Otto
Hilgenberg, qui a été le premier à y penser. Sa fille m’a
donné son livre de 1933. Il est considéré comme un
élève de A. Wegener, qui eut l’idée en premier de la
dérive des continents.
Son père Otto Hilgenberg a adopté le point de vue
suivant: Pour faire dériver les plaques continentales, il
doit y avoir une force énorme. Lorsque la Terre croît et
que le diamètre et le volume de la Terre augmentent, le
rayon de courbure de la croûte terrestre change. Il en
résulte des failles et des fissures caractéristiques.
En conséquence, la plaque eurasienne a dû se plisser en
une chaîne de montagnes au milieu, mieux connue sous
le nom de montagnes de l’Oural. Un autre exemple est la
fosse du Rhin supérieur, qui s’est créée lorsque les
masses qui s’étaient soulevées, se sont effondrées.
Lors de l’érection des Alpes et de l’Himalaya, ce sont ces
mêmes forces qui en ont été responsables, ce a eu pour
conséquences la création de fissures, de crevasses et de
déformations. S’y ajoutent les forces de poussée et de
cisaillement, comme le montre la figure 1.2 selon
Hilgenberg. Ce qui a pour conséquence que souvent se
produisent des tremblements de terre.

Regardons à cet effet le fond marin de l’Atlantique,
comme l’avait fait Wegener à l’époque, sauf qu’il ne
disposait pas d’une carte aussi parfaite du fond marin
que celles que nous avons actuellement.
Il avait comparé le littoral de l’Amérique du Nord jusqu’à
celui de l’Amérique du Sud avec celui de l’Europe et de
l’Afrique et il avait découvert qu’ils s’emboîtaient comme
un jeu de puzzle. Wegener est arrivé à la conclusion qu’à
un moment donné, il y a quelques 200 millions
d’années, ils avaient pu former une masse de terre
unique et cohérente.
En effet, et cela a été parfaitement confirmé, si l’on
regarde la ligne du plateau continental au lieu de la
ligne de bordure cotière, c’est bien la ligne où le
plancher maritime s’enfonce dans la mer profonde.

Les images d’aujourd’hui montrent une « fermeture
éclair » sur le fond marin avec une ligne centrale
prononcée indiquant l’endroit où la croûte se déchire.
Actuellement, les plaques continentales de l’Amérique et
de l’Europe s’écartent d’environ 10 cm par an.
Les géographes supposent que les plaques continentales
doivent être submergées et fondues dans la même
mesure par ailleurs. Cela devrait donc se faire dans le
Pacifique. Mais les cartes marines d’aujourd’hui
montrent exactement le contraire (Fig. 1.4). Les mêmes
formations de fissures se trouvent au fond du Pacifique
et dans l’océan Atlantique. Cela signifie que l’Amérique
s’éloigne aussi de l’Australie et de l’Asie de la même
manière qu’elle s’éloigne de l’Europe, sans pour autant
être écrasée ou fondue.

On parle alors de subduction, ce qui sous-entend le
passage de l’une sous l’autre des deux plaques
continentales. En fait, il nous faut pour comprendre
observer les phénomènes importants, qui ont cours à
une profondeur de peut-être 500 km.
À mon avis, la subduction est avant tout une hypothèse
destinée à empêcher les personnes de penser que la
Terre est en train de croître. La question qui se pose
donc est de savoir si ce postulat est correct.

1.3 La carte du monde de la NASA
La NASA a dessiné une carte de la Terre sur ce sujet et a
introduit à la fois la subduction (en bleu) et la dérive (en
rouge) des continents. Il suffit de soustraire l’un de
l’autre, et l’on parvient au résultat que la Terre à
l’équateur croît d’environ 19 cm par an.

Les zones de fissures caractéristiques pour cela se
trouvent également autour de l’Antarctique. On peut en
conclure que le 7e continent s’éloigne lentement, tandis
que la plus grande masse terrestre habitable reste en
retrait principalement dans l’hémisphère nord, l’Eurasie
et l’Amérique du Nord formant un fermoir autour du
pôle Nord.
Par ailleurs, on peut observer comment la zone de faille
s’étend sur la Terre, formant par exemple la faille de San
Andreas. Les tremblements de terre peuvent se produire
ici plus fréquemment dès lors que la Terre dérive des
deux côtés.

Un exemple récent est le tsunami de 2004 qui a entraîné
de sévères destructions en Indonésie et en Thaïlande.
Ici, une fissure de 1000 km de long s’est formée sur le
fond marin, dans laquelle l’eau s’est engoufrée.
Il ne s’est rien passé au début. Et là-bas, les enfants des
touristes ramassaient les coquillages dans la zone
littorale qui avait ainsi été découverte. Mais ensuite la
vague est revenue, causant de terribles dévastations.
Prenons l’exemple aussi du grave tremblement de terre
de Kobe, au Japon, en 1995, au cours duquel des ponts
en béton se sont effondrés. Mais lorsqu’on a voulu
remettre les pièces du pont, il manquait un mètre. Ici, la
brèche avait traversé la ville.
Cela montre que la Terre continue encore de se déchirer
par secousses. C’est donc un fait que la Terre grandit. Il
peut y avoir deux raisons à cela: soit la densité diminue,
soit la masse de la Terre augmente. Les deux points de
vue sont débattus par des experts en géophysique, mais
un seul peut être juste.


Littérature:

1. K. Meyl: Conférence sur la Neutrino-Power, Bregenz, le 10.09.2005


2. L’expansion de la Terre grâce au rayonnement
des neutrinos2 ?

suite PDF

La beauté des maths


bostani.com

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Absolutely  amazing! 
Absolument ahurissant !

Beauty of Math!  
La Beauté des Maths 
1 x 8 + 1 =  9
12 x 8 + 2 =  98
123 x 8 + 3 =  987
1234 x 8 + 4 = 9876  
12345 x 8 + 5 =  98765
123456 x 8 + 6 = 987654  
1234567 x 8 + 7 =  9876543
12345678 x 8 + 8 = 98765432  
123456789 x 8 + 9 =  987654321

1 x 9 + 2 =  11
12 x 9 + 3 =  111
123 x 9 + 4 = 1111  
1234 x 9 + 5 =  11111
12345 x 9 + 6 = 111111  
123456 x 9 + 7 =  1111111
1234567 x 9 + 8 = 11111111  
12345678 x 9 + 9 =  111111111
123456789 x 9 +10= 1111111111  

9 x 9 + 7 =  88
98 x 9 + 6 = 888  
987 x 9 + 5 =  8888
9876 x 9 + 4 = 88888  
98765 x 9 + 3 =  888888
987654 x 9 + 2 = 8888888  
9876543 x 9 + 1 =  88888888
98765432 x 9 + 0 = 888888888  

Brilliant, isn’t  it?
Brillant, n’est-ce pas

And look at this symmetry:

Et Regardez cette symétrie

 
1 x 1 = 1
11 x 11 = 121  
111 x 111 = 12321
1111 x 1111 = 1234321  
11111 x 11111 = 123454321
111111 x 111111 = 12345654321  
1111111 x 1111111 = 1234567654321
11111111 x 11111111 = 123456787654321
111111111 x  111111111 = 12345678987654321

Now, take a look at  this…
Maintenant regardez ceci…


101%

From a strictly mathematical  viewpoint:

Du point de vue strictement mathématique

What Equals 100%? What does it  mean to give MORE than 100%?  

Qu’est-ce qui est égal à 100% ? Que peut bien signifier le plus de 100% ?


Ever wonder about those people who say they are  giving more than 100%?

Est-on toujours étonné des gens qui disent donner plus de 100%?

 

We have all been in situations  where someone wants you to GIVE  OVER
100%.  
Nous avons tous été en situation oÙ quelqu’un veut que nous donnions plus de 100%

How about  ACHIEVING 101%?

           Que dire de réaliser le 101%


What equals 100% in life?

Qu’est-ce qui est égal à 100% dans la vie ?

Here’s a little mathematical formula that might  help answer these
questions:
ci-dessous une petite formule mathématique qui pourrait aider à trouver la réponse à ces questions :

If:
Si :
A B C D E F G H I J K L M N O P Q  R S T U V W X Y Z

Is represented  as:
Est représenté comme :
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20  21 22 23 24 25 26.

If:
Si:

H-A-R-D-W-O-R-  K (travail dur)
8+1+18+4+23+15+18+11 =  98%

And:
Et:
K-N-O-W-L-E-D-G-E (le savoir)
11+14+15+23+12+5+4+7+5 =  96%  

But:
mais que:
A-T-T-I-T-U-D-E
1+20+20+9+20+21+4+5 =  100%

THEN, look how far the love of God will take  you:
Voyez donc combien loin l’amour de Dieu peut vous amener: 

L-O-V-E-O-F-G-O-D (amour de Dieu)
12+15+22+5+15+6+7+15+4 =  101%

Therefore, one can conclude with mathematical  certainty that:
C’est pourquoi, on peut conclure avec une rigueur mathématique que:

While Hard Work and Knowledge will  get you close, and Attitude will  

get you there, It’s the Love of God that will put  you over the  top!

Alors que le travail dur et le savoir vous rapprocheront (du sommet) et que l’attitude vous y conduira, c’est l’amour de Dieu vous placera

au-dessus du sommet.

 

SCIENCE, TECHNOLOGIE ET RÉPARATIONS


histoireebook.com

https://ungraindesable.the-savoisien.com/public/img/.couv_1_m.jpg

Auteur : Gimbel John
Ouvrage : Science, technologie et réparations Exploitation et pillage dans l’Allemagne d’après-guerre
Année : 1990

Traduit par
Valérie Devon

 

4ème de couverture

La plupart des gens ont entendu parler de Werner von Braun et des scientifiques
et ingénieurs allemands que les Américains ont amenés aux États-Unis après
la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du Projet Paperclip . La plupart
d’entre eux connaissent aussi la course aux scientifiques allemands qui s’est
alors engagée. Ce que pratiquement personne ne semble savoir, cependant,
c’est que le Projet Paperclip n’était qu’un des aspects d’un programme beaucoup
plus complet et systématique de « réparations intellectuelles » pour exploiter
le savoir-faire scientifique et technique allemand, non seulement à des fins
militaires mais également pour le bien de la science et de l’industrie américaines.
Ce programme qui a débuté à la fin de 1944 est le sujet du présent ouvrage.
Alors que les armées alliées balayaient l’Allemagne de l’Ouest, des équipes de
dizaines d’experts américains ont visité des centaines d’établissements de recherche,
d’écoles techniques et d’entreprises industrielles allemands ciblés. lis ont interrogé
le personnel, examiné les processus et les produits, pris des photographies et
des échantillons, et exigé des dessins, des plans, des rapports de recherche, etc.
Mais les objectifs limités et liés à la guerre qu’ils poursuivaient au départ ont
rapidement cédé la place aux possibilités de pillage industriel et technologique
dans pratiquement tous les domaines de l’expertise allemande, y compris les
souffleries, les magnétophones, les combustibles synthétiques et le caoutchouc,
les films couleur, les textiles, les machines-outils, les équipements lourds, les
céramiques, les verres optiques, les colorants, les microscopes électroniques.
Apparemment, l’information recueillie devait être, selon les termes du secrétaire
d’État George C. Marshall, « mise à la disposition du reste du monde ».
Dans la pratique, cependant, une grande partie de ces documents a été transférée
par les consultants scientifiques et les examinateurs de documents directement à
leurs propres entreprises et pour leurs propres besoins. Cette histoire n’a jamais
été racontée auparavant, et le récit méticuleux mais très lisible de l’auteur est
basé sur plus de dix ans de recherches dans des archives publiques et privées
allemandes et américaines. Lors de la réunion du Conseil des ministres des
Affaires étrangères à Moscou en 1947, V. M. Molotov, ministre des Affaires
étrangères de l’Union soviétique, a accusé les États-Unis et la Grande-Bretagne
de s’être approprié 10 milliards de dollars en réparations sous forme de brevets
et autres connaissances techniques. Le secrétaire d’État Marshall a furieusement
nié l’accusation, mais aucune évaluation précise n’a jamais été publiée par
le gouvernement américain. Sur la base de ses recherches, l’auteur conclut
que le chiffre de 10 milliards de dollars qualifié d’ « extravagant » par les
fonctionnaires du département d’État n’est probablement pas loin de la vérité.

 

Préface
Au cours de mes recherches préparatoires à ce livre, j’ai découvert
que Werner von Braun et l’équipe de chercheurs et d’ingénieurs
allemands, que les Américains ont ramenés aux États-Unis dans
le cadre du Projet Paperclip, après la Deuxième Guerre mondiale, ne
sont pas inconnus de la plupart des gens raisonnablement informés. La
plupart d’entre eux connaissent aussi la course aux scientifiques
allemands qui s’est alors engagée, une compétition qui explique peutêtre
la devise largement répandue, après le lancement russe réussi du
Spoutnik en octobre 1957, selon laquelle leurs Allemands étaient
meilleurs que nos Allemands. Ce que pratiquement personne ne semble
savoir, cependant, c’est que le Projet Paperclip n’était qu’un des aspects
d’un programme beaucoup plus complet et systématique de « réparations
intellectuelles » pour exploiter le savoir-faire scientifique et technique
allemand, non seulement à des fins militaires mais également pour le
bien de la science et de l’industrie américaines. Ce programme plus
vaste, et plus précisément comment le Projet Paperclip s’y est greffé, est
le sujet du présent ouvrage.
Je ne puis moi-même dire avec certitude à quel moment j’ai appris
l’existence du programme dans son ensemble, mais je sais que cela ne
s’est pas produit pendant mon service immédiat d’après-guerre comme
traducteur et interprète pour le détachement du gouvernement militaire à
Friedberg, Hessen. Cela ne s’est pas non plus produit lors de mes
recherches dans les années 1950 concernant l’impact de l’occupation
américaine sur la ville et le comté de Marbourg. Au cours des années
1960 et 1970, lorsque j’ai poursuivi mes recherches sur l’occupation
américaine de l’Allemagne et sur le problème allemand et les origines du
plan Marshall, je me suis rendu compte peu à peu, mais de façon
graduelle, qu’il y avait là quelque chose à raconter, et que cela en valait
la peine. Sans doute ma curiosité tenace concernant la légitimité des
accusations russes et est-allemandes selon lesquelles les Alliés
occidentaux se seraient appropriés des milliards de dollars en
réparations m’a-t-elle influencé, même si j’étais initialement disposé à

accepter – sans trop réfléchir – la position officielle américaine selon
laquelle les montants mentionnés étaient tout simplement
« extravagants », que les accusations visaient à détourner l’attention de
l’Union soviétique de ses propres mesures de réparation et pouvait donc
être rejetée comme n’étant rien de plus que de la propagande. Quoi qu’il
en soit, des documents et autres éléments relatifs à l’existence et au
travail de la Field Information Agency, Technical (FIAT), que j’ai
découverts occasionnellement dans les dossiers américains et allemands
que j’ai eu le privilège de consulter pendant les années 60 et 70 m’ont
donné la possibilité de mener une enquête approfondie sur cette histoire.
Quatre de ces découvertes me semblent particulièrement convaincantes.
Tout d’abord, le général Lucius D. Clay, gouverneur militaire américain
en Allemagne, a adressé deux messages similaires au ministère de la
Guerre à Washington. Clay y déclarait que les États-Unis, par
l’intermédiaire de la FIAT, s’emparaient de toutes les informations qu’ils
pouvaient « concernant les processus commerciaux et la connaissance
scientifique de pointe », disant : « nous faisons nôtre la pensée des
scientifiques allemands en la façonnant à nos propres desseins. » et
qu’une fois la guerre avec le Japon terminée, les États-Unis
s’engageraient « carrément dans le domaine commercial ». Ainsi, Clay
conclut, « en nous saisissant de la production actuelle, nous faisons sans
doute la même chose que la Russie… et que la France est en train de
faire en retirant les biens d’équipement de l’Allemagne. »(1)
Deuxièmement, il y avait deux lettres d’Edward M. Groth, du Consul
général des États-Unis à Hambourg, au Secrétaire d’État. Groth y
rapportait un discours et un article de journal émanant d’un membre
socialiste du conseil municipal de Hambourg (Burgerschaft), dans
lesquelles ce dernier parlait de « réparations insidieuses » de grande
valeur qui étaient retirées d’Allemagne par des industriels privés et des
capitalistes de l’étranger. Ils viennent en Allemagne, aurait-il dit, pour
fouiller dans les dossiers secrets de leurs concurrents et les ramener dans
leur propre pays afin de favoriser leur propre progrès économique au
détriment de leurs concurrents allemands. « Le capitaliste étranger »
(Groth citait le membre du conseil ayant écrit dans le Hamburger Echo,
le journal du parti social-démocrate de la ville) recueille « les secrets des
concurrents allemands et s’enrichit grâce à eux, sans toutefois
rembourser son pays… de sorte que le contribuable étranger est la

première victime qui, sous prétexte de coûts professionnels,
subventionne en fait son propre capitaliste ».(2)
Troisièmement, il y a le « Rapport Harmssen », une étude sur les
mesures de réparation prises par le sénateur Gustav W. Harmssen,
ministre de l’économie de Brême. Dans ce rapport, il a évalué la valeur
totale des brevets, secrets industriels et biens similaires retirés
d’Allemagne par les forces d’occupation à environ 5 milliards de
dollars.(3) Enfin, il y avait les circonstances et les nombreuses questions
restées sans réponse entourant la décision des deux gouverneurs
militaires bizonaux – toutefois, clairement prise sur l’insistance du
général Clay – de démettre Johannes Semler de ses fonctions de
directeur économique de la Bizonal Economics Administration début
1948.(4) Le bureau de Semler avait recueilli des informations sur la
valeur de ce qu’il appelait les « réparations insidieuses » (Clay les
appelait « réparations cachées »), qui comprenaient le savoir-faire
scientifique et technique retiré à l’Allemagne par les enquêteurs de la
FIAT. (5) Semler était contrarié par l’idée répandue – exprimée et sousentendue
aussi bien par les Allemands que par les Américains – que
l’Allemagne de l’après-guerre était une espèce de cas social international
se reposant sur les pouvoirs d’occupation et leurs contribuables, et il
était contrarié par le refus des ministres-présidents bizonaux de prendre
fermement position lors de leur réunion à Wiesbaden en octobre 1947,
afin de contester la liste nouvellement dévoilée des entreprises
industrielles allemandes qui seraient démantelées dans le cadre des
réparations. Le 4 janvier 1948, lors d’un rassemblement d’un parti
politique local à Erlangen, Semler explosa. Dans une allocution
prononcée en l’absence d’un texte préparé, il a fait valoir que sans les
politiques et pratiques d’occupation alliées – qu’il a largement illustrées
et commentées – l’Allemagne serait en mesure de payer ses importations
alimentaires en espèces plutôt qu’avec les « remerciements » avilissants
que les politiciens et personnalités publiques allemands adressaient. Il
s’est avéré que, de façon injuste, ce dernier a agrémenté ses remarques et
a diverti son auditoire avec des sarcasmes sévères et des railleries,
comme celle voulant que les Américains aient envoyé du
« Hühnerfutter » (littéralement, « aliment pour poulets », mais utilisé ici
pour parler du maïs, que les consommateurs allemands considéraient
comme un mauvais substitut au blé dans leur pain rationné) pour lequel
les Allemands devaient payer en dollars.

Les responsables du gouvernement militaire américain qui ont plus tard
analysé un compte rendu sténographique du discours du général Clay
ont conclu que, à l’exception de ses « déclarations fausses et
trompeuses », en particulier celle sur l’alimentation des poulets et une
autre sur la pression américaine sur les agriculteurs allemands pour
augmenter leurs livraisons afin d’économiser l’argent des contribuables
américains, le discours était bien fait et méritait, par ailleurs, une
attention particulière ».(6)* Mais Semler se fit virer, et lorsque le
Landtag bavarois – pour vérifier si, comme le disait un intervenant, la
démocratie allemande d’après-guerre était en fait une ‘démocratie
fantoche’ – le choisit comme délégué au nouveau Conseil économique
bizonal, à Francfort en février 1948, les Américains intervinrent.
Pendant que l’état-major du général Clay rédigeait des documents pour
la dissolution éventuelle du Landtag bavarois, Clay envoya un avion
spécial à Munich afin qu’on lui ramène à Berlin le ministre-président
Hans Ehard et Murray van Wagoner, le directeur régional du
gouvernement militaire américain pour la Bavière. Ce qui s’est
précisément passé quand ils sont arrivés à Berlin n’est, bien sûr, pas
consigné au dossier, mais Murray van Wagoner a noté plus tard que « le
général m’a dit que j’étais susceptible de devenir un directeur régional
sans gouvernement si je ne rectifiais pas la situation ». Quoi qu’il en
soit, alors que les responsables américains passaient un week-end très
chargé à Munich à enquêter sur les antécédents de Semler (ils ont fouillé
son domicile et son bureau et pris quelques dossiers, et ils se sont
également rendus à Vienne pour une raison quelconque), les Bavarois
ont reconsidéré, capitulé et ensuite élu un remplaçant pour Semler, qui
est finalement revenu à la vie privée.(7)
J’esquisse cette histoire ici non pas pour porter un jugement sur Semler
ou sur les Américains impliqués, mais pour illustrer comment l’incident
a contribué à influencer ma décision d’entreprendre une étude sur la
science, la technologie et les réparations dans l’Allemagne d’aprèsguerre.
Semler se dirigeait clairement vers une sorte de confrontation


* Selon un analyste américain, les critiques et les références de Semler au général Clay
étaient regrettables, mais « nous devons admettre que, d’une manière générale, ses
déclarations sur les problèmes économiques fondamentaux et en particulier sur les
procédures et transactions spécifiques mentionnées étaient substantiellement vraie ».
BICO, Commerce and Industry Group (États-Unis), à BICO, sujet : discours de
M. Semler, 20 janvier 1948, RC 260, boîte 405-1/3, WNRC.


avec les Américains et les Britanniques sur la question des réparations,
et il était prêt à évoquer non seulement le programme de démantèlement
des usines – qui avait fait l’objet de vastes discussions publiques depuis
que les gouverneurs militaires avaient publié une liste des usines à
démanteler en octobre 1947 – mais également la très sensible question
des réparations « insidieuses » ou « cachées », qui comprenait le savoir
scientifique et technique retiré à l’Allemagne après la guerre. La
diffusion publique de ses remarques explosives à Erlangen – dont il
déclara plus tard que ces dernières n’étaient destinées qu’à ses collègues
du parti et non pour diffusion ou attribution publique – a clairement
conduit à son renvoi, et la lutte de pouvoir politique qui s’en est suivie
entre le gouverneur militaire américain et un gouvernement allemand de
plus en plus indépendant en Bavière a apparemment fait en sorte que la
substance de son message ne reçoive jamais l’attention que les
conseillers de Clay avaient pourtant jugé justifiée. Ces questions font
l’objet de l’étude qui suit.
Ayant pris connaissance des préoccupations exprimées dans la présente
étude, je m’empresse d’en préciser les limites. Premièrement, à
l’exception de brèves références ici et là, elle ne traite pas de
l’importante exploitation scientifique et technique de l’après-guerre en
Allemagne par les Britanniques, les Français, les Russes et les autres
pays alliés ou associés aux vainqueurs dans la guerre contre
l’Allemagne. J’ai appris dès le début de mes recherches qu’il serait
impossible de faire une plus grande percée. Les documents des autres –
même ceux des Britanniques, dont certains sont maintenant accessibles –
n’étaient pas disponibles ; je ne maîtrisais pas les langues requises et,
finalement, je n’avais qu’une vie à donner au projet. J’ai commencé cette
étude en 1977 et j’y travaille depuis plus de dix ans. Ensuite, à
l’exception de quelques références qui semblent appropriées, l’étude
fournit peu de détails sur des questions telles que la dénazification, les
conflits entre ceux qui voulaient une paix dure et ceux qui travaillaient
pour la modération, l’évolution de la politique d’occupation américaine,
la division de l’Allemagne et autres aspects de l’histoire de l’occupation
américaine en Allemagne. Les lecteurs intéressés sont invités à se
référer à mon ouvrage intitulé American Occupation of Germany :
Politics and the Military, 1945-1949 (Stanford, Californie, 1968).(8)
Enfin, bien que l’étude puisse paraître au premier abord comme un
argument en faveur de la supériorité des Allemands en matière
scientifique et technique en général, je ne crois pas que ce soit le cas et

je n’entends pas donner cette impression. J’accepte plutôt ce que
Vannevar Bush et d’autres, plus qualifiés que moi sur le sujet, ont dit à
ce propos : les sociétés industrielles modernes se développent de
manière inégale et variée, et dans ce cas précis, l’Allemagne était en tête
dans certains domaines de concentration alors que les Américains en
dominaient d’autres.(9)
Un grand nombre de personnes et d’organisations m’ont aidé au fil des
ans, bien qu’aucune d’entre elles ne soient responsables de la conception
ou des conclusions de cette étude. Dans le cadre de ma recherche et de
l’utilisation des documents aux États-Unis, il convient de noter en
particulier ce qui suit : George Chalou, des Archives nationales, m’a
aidé de bien des façons, et c’est lui qui m’a permis de trouver et de
consulter les dossiers du Bureau des services techniques et de la Field
Information Agency, Technical. William G. Lewis, relevé de temps à
autre par Fred Pernell, a non seulement sorti la plupart de ces dossiers,
mais il a aussi veillé à ce qu’ils soient sélectionnés pour moi aussi vite
que faire se peut afin que je puisse les consulter. William H. Cunliffe,
Wilbert B. Mahoney et John Taylor, aux Archives nationales, m’ont aidé
avec les dossiers du ministère de la Guerre, du ministère de l’Armée, des
chefs d’état-major interarmées et du Comité de coordination État-guerremarine.
Avec son personnel efficace, Milton O. Gustafson m’a prêté
main-forte concernant les dossiers et les registres du département d’État.
Le personnel de la Bibliothèque du Congrès m’a conseillé sur
l’utilisation des instruments de recherche et m’a aidé de bien d’autres
façons à effectuer des recherches dans les publications spécialisées des
associations commerciales, industrielles et scientifiques. Chaque fois
que j’ai visité la Bibliothèque Truman, la Bibliothèque Eisenhower et
l’Académie nationale des sciences ou que j’ai correspondu avec elles, les
membres du personnel se sont montrés à la fois amicaux et coopératifs.
Erich F. Schimps, le bibliothécaire des documents de l’Université d’État
de Humboldt, était toujours là quand j’avais besoin de lui, et je serai
incapable de citer toutes les façons qu’il a eu de m’aider mais je suis sûr
que lui s’en souvient.
Enfin, du côté américain, je tiens à remercier un archiviste inconnu qui
s’est joint à moi et à George Chalou autour d’un café à la cantine du
Washington National Records Center lors des nombreuses occasions où
je déplorai le fait que George ne soit pas parvenu à trouver les archives
de la Joint Intelligence Objectives Agency (JIOA) malgré des appels

téléphoniques au Pentagone, et au quartier général, au Commandement
européen, à Heidelberg, et dans de nombreux autres services sur une
période de cinq ans. Heureusement, notre invité s’est souvenu qu’il avait
récemment traité une collection d’environ quarante-trois boîtes
d’archives qu’il pensait correspondre à ce que nous recherchions. Il s’est
avéré qu’il avait raison, et j’ai eu le plaisir de les utiliser un an plus tard,
après qu’ils aient été examinés en vertu de la Freedom of Information
Act. D’après ce que j’ai compris, le Bureau interarmées des chefs d’étatmajor
de la Recherche et du génie, l’organisme qui a succédé à la JIOA,
avait transféré les dossiers aux Archives nationales où ils ont été
enregistrés dans les instruments de recherche informatisés à titre de
documents de ce bureau, mais sans renvoi approprié à la JIOA. Peut-être
la même chose s’est-elle produite avec les documents créés par le
Bureau du directeur adjoint du renseignement en Europe à la fin des
années 1940. Quoi qu’il en soit et malgré nos efforts, nous ne les avons
jamais retrouvés.
En Allemagne, je remercie tout particulièrement la direction générale et
le personnel des institutions suivantes : les Archives fédérales de
Coblence (merci à Frau Singer, au Dr Werner, et surtout au Dr Lenz, qui
a déterré les dossiers de l’entrepôt et m’a laissé les utiliser avant qu’ils ne
soient traités et indexés) ; les Archives principales de Rhénanie-du-
Nord-Westphalie à Düsseldorf (merci en particulier au Dr Dieter
Scriverius, qui m’a permis d’utiliser son instrument de recherche détaillé
et extrêmement utile alors qu’il était encore manuscrit) ; les Archives
principales de Hesse à Wiesbaden (merci en particulier aux docteurs
Schuler et Helfer, qui m’ont facilité l’accès aux archives de l’organisation
des scientifiques et techniciens évacués de la zone soviétique en 1945,
ainsi qu’aux archives du Ministère de l’économie et des transports) ; les
Archives principales du Bade-Wurtemberg à Stuttgart (merci en
particulier à M. Thiel) ; les Archives d’État à Brême (merci en
particulier à M. Hofmeister) ; les Archives d’État à Hambourg (merci en
particulier à M. Gabrielson) ; et les archives de la ville de Heidenheim
(merci en particulier à M. Maucher). Mes remerciements vont
également à Degussa à Francfort qui m’a permis d’utiliser les précieux
documents des archives du groupe, et en particulier à Mme Mechthild
Wolf, l’archiviste qui m’a guidé et conseillé pendant mon long séjour, au
Handelskammer à Hambourg et à l’Industrie- und Handelskammer à
Francfort (notamment Mme Wörman), au Dr Med. Fritz Ebner, l’attaché
de presse d’E. Merck à Darmstadt, qui m’a donné quelques dossiers et

me fit part de nombreuses informations personnelles relatives à ses
propres expériences d’après-guerre ; à l’Ing. dipl. Klaus Luther, de la
Maschinenfabrik Augsburg-Nürnberg (M.A.N.) à Augsbourg, qui a
facilité mon travaille dans les archives historiques du groupe et a
organisé des entretiens avec d’anciens responsables de cette entreprise ;
à Horst-Dieter Wulf, qui m’a envoyé un paquet de documents provenant
des archives de Chemische Werke Hüls AG à Marl ; à Hans D. Sterba,
de Schloemann-Siemag AG à Düsseldorf, qui a organisé des entretiens
avec d’anciens responsables et employés de Schloemann ; à la Deutsche
Texaco AG de Hambourg pour avoir mis à ma disposition les archives
d’après-guerre de Chemische Werke Rheinpreussen, et au Dr Walter
Grimme de Munster pour une interview très instructive sur son
expérience d’après-guerre dans cette entreprise ; et à Erich Schott,
directeur du Glaswerk Schott et de Genossen à Mayence, qui m’a
accordé non seulement une longue interview, au cours de laquelle il m’a
parlé de l’évacuation de l’entreprise de Iéna en 1945, mais a également
étayé ses remarques avec des documents provenant de ses propres
dossiers et de ceux de son établissement. Enfin, mes remerciements vont
aux bibliothécaires agréables, amicaux et très serviables de la
Bundestagsbibliothek à Bonn, qui ont toujours semblé intéressés par ce
que je faisais et me l’ont montré.
Des dizaines d’autres personnes aux États-Unis et en Allemagne, y
compris des particuliers, des entreprises, des associations commerciales
et industrielles, des chambres de commerce, ainsi que des fonctionnaires
et des organismes gouvernementaux, ont pris le temps de répondre à
mes lettres, de discuter avec moi et de donner des détails ici et là quand
je les ai demandés. Par nécessité, mes remerciements doivent leur être
adressés collectivement, mais je le fais avec beaucoup de sincérité et de
gratitude, car sans eux, la dimension humaine que je me suis efforcée
d’inclure dans l’étude aurait été perdue.
Évidemment, la recherche pour cette étude a été à la fois longue et
coûteuse. Quant au temps, un congé sabbatique de l’Université d’État de
Humboldt m’a octroyé une année universitaire, et j’ai profité d’un
programme de retraite anticipée pour les professeurs du système de
l’Université d’État de Californie – avant même d’avoir prévu de prendre
ma retraite – et j’ai ainsi transformé mon horaire annuel normal de neuf
mois d’enseignement et trois mois de recherche en un programme où je
pouvais enseigner pendant trois mois et faire des recherches et écrire

durant le reste de l’année. En ce qui concerne l’aide financière, j’ai reçu
une bourse d’été du National Endowment for the Humanities en 1978,
plusieurs bourses de voyage et de recherche de la Humboldt State
University Foundation en 1977, 1979 et 1980, une chaire de recherche
de la Fulbright Commission pour un semestre chacun aux universités de
Hambourg et de Francfort en 1980-1981, et d’une subvention de
l’American Council of Learned Societies pour l’été 1982. Enfin, j’ai reçu
une bourse de recherche et de voyage très généreuse de la Volkswagen-
Stiftung en Allemagne pour les années 1984, 1985 et 1986, au cours
desquelles j’ai passé le printemps en Allemagne, l’été à Washington, DC
et le reste de l’année à Arcata, Californie. Le professeur Karl Hardach,
qui occupe la chaire d’histoire économique (Lehrstuhl für
Wirtschaftsgeschichte) à l’Université de Düsseldorf, m’a parrainé auprès
de la Fondation Volkswagen, a administré la bourse et m’a fourni de
nombreuses autres commodités, ce dont je suis très reconnaissant.
Nancy Atkinson était une rédactrice attentive et perspicace.
Comme pour chacun de mes projets de recherche et chacun de mes
précédents ouvrages, Gisela, mon épouse, a été ma partenaire dans tout
ce que je faisais. Elle a rédigé pratiquement toute ma correspondance en
allemand, ce qu’elle peut faire beaucoup mieux que moi. Elle m’a
accompagné pendant tous mes longs voyages de recherche et elle a
toujours été une critique perspicace et pointue en ce qui concerne mes
idées et mes conclusions, même si elle a été considérablement ralentie
par la douleur causée par les blessures graves qu’elle a subies quand une
grosse camionnette a embouti l’arrière de notre voiture sur les côtes de
l’Orégon pendant l’été 1985.
].G.

 

PARTIE I
Du renseignement militaire
en tant de guerre à l’exploitation commerciale
d’après-guerre

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La culture de masse en question


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Auteur : Lasch Christopher
Ouvrage : La culture de masse en question
Année : 1982

Traduction d’Alain de Benoist

 

 

Tout homme de gauche serait probablement d’accord pour dire que des institutions
politiques représentatives ne garantissent pas à elles seules un mode de vie démocratique.
Par opposition à la conception minimaliste de la démocratie — qui cherche
seulement à libérer la compétition industrielle des interférences de l’État, qui définit
la démocratie par l’abolition des privilèges particuliers, et qui demande à ce que soient
appliquées de façon impartiale les règles destinées à donner à tous des chances égales
au départ dans la vie — , la gauche a toujours soutenu une vision plus large, qui ne
touche pas seulement la démocratie politique, mais aussi la démocratie économique
et la démocratisation de la culture.
La critique de gauche de la libre entreprise commence par constater que l’existence de règles
de compétition formelles ne donne nullement des chances égales à chacun. De fait,
la facilité avec laquelle les avantages de classe se perpétuent dans un système de démocratie
politique a parfois conduit certains radicaux à la croyance, d’ailleurs erronée, que
la démocratie politique est un trompe-l’oeil et que les « libertés politiques bourgeoises »
sont seulement un instrument de la domination de classe. Mais même ceux qui considèrent
la liberté d’expression, le suffrage universel et des institutions représentatives comme des
conditions absolument essentielles de la démocratie (et il serait réconfortant de penser
qu’ils sont maintenant une majorité à gauche) admettront facilement que ces garanties politiques ne représentent rien d’autre qu’un début 1. A leur avis, la démocratie exige aussi,
pour le moins, des syndicats puissants, un impôt proportionnel sur le revenu et des interventions
du gouvernement pour encadrer l’activité industrielle. Beaucoup ajouteront même
qu’elle exige aussi la socialisation des moyens de production.
Il est bien clair toutefois que le socialisme lui-même n’est pas une garantie de la démocratie
; et c’est un fait que le caractère autoritaire des régimes socialistes existants
a conduit la gauche, non seulement à réviser ses opinions sur la démocratie politique,
mais aussi à penser de plus en plus fermement qu’une « révolution culturelle » pourrait
bien représenter l’élément le plus important pour établir une société vraiment démocratique.
Cette idée un peu abstraite signifie évidemment des choses différentes pour
différentes personnes. En général, on veut dire par là que les vieilles habitudes de
soumission à l’autorité tendent à réapparaître au sein même des mouvements dont les
objectifs sont démocratiques, et qu’à moins que ces habitudes soient arrachées à la
racine, les mouvements révolutionnaires continueront toujours à recréer les conditions
qu’ils cherchent précisément à abolir. Les partisans d’une révolution culturelle mettent
l’accent sur la réapparition des vieux schémas autoritaires en Union Soviétique et
dans les autres régimes socialistes, ou encore sur la réapparition des tendances
sexistes à l’intérieur de la Nouvelle gauche la plus « libérée ». Ils en concluent qu’aussi
longtemps que ces schémas de domination n’auront pas été détruits, les mouvements
démocratiques manqueront toujours leurs objectifs de départ.
L’idée d’une révolution culturelle n’est pas nouvelle. Sous une forme ou une autre,
elle a toujours fait partie de l’idéologie démocratique depuis ses débuts. Les meneurs
des révolutions démocratiques du XVIIIe siècle insistaient sur le fait que la démocratie
exige que les citoyens soient « éclairés ». Au XIXe siècle, l’institution du suffrage
universel pour les hommes ajouta encore à la croyance selon laquelle, pour que les
institutions démocratiques prospèrent, les masses devraient être poussées à sortir de
leur torpeur intellectuelle séculaire et munies des outils de la pensée critique 2. Au
XXe siècle, la démocratisation de la culture est devenue une préoccupation centrale
pour les penseurs de la tradition progressiste. Certains d’entre eux se sont rangés à
l’opinion de John Dewey, selon qui des réformes anti-autoritaires dans l’enseignement
encourageraient la formation d’habitudes mentales critiques et scientifiques. D’autres,
comme Thorstein Veblen, ont plutôt mis leur confiance dans les effets intellectuellement
émancipateurs de l’activité industrielle 3. D’autres encore ont mis l’accent sur
les capacités d’« auto-éducation » des masses, ou sur le rôle dirigeant d’une élite tutélaire.
Toutes ces positions ont au moins comme point commun de se fonder sur un
ensemble de postulats ayant trait à l’effet dissolvant exercé par la « modernité » sur les modes de pensée « traditionnels ». L’opinion qui a prévalu est que la démocratisation
de la culture exige au préalable un programme éducatif ou un processus social
(ou encore les deux), qui soit capable d’arracher les individus à leur contexte habituel,
d’affaiblir les liens de parenté, les traditions locales et régionales, et toutes les formes
d’attachement au sol. Aux États-Unis en particulier, la suppression des racines a toujours
été perçue comme la condition essentielle de la croissance des libertés. Les
symboles dominants de la vie américaine, la « frontière » et le melting pot, ont contribué,
entre autres, à développer l’idée que seuls les déracinés peuvent parvenir à une
véritable liberté intellectuelle et politique.

 

Marketing de masse et réduction des choix
Ce modèle implicite d’éducation « éclairée » doit être révisé. Il est à bien des égards
fallacieux. Il sous-estime la puissance et la valeur des attachements traditionnels. Il
donne à tort l’impression que les sociétés « traditionnelles » sont en état de stagnation
intellectuelle et technologique, et, en même temps, il encourage la surestimation des
accomplissements de l’esprit moderne « affranchi ». Il représente le sens du lieu et le
sens du passé comme absolument réactionnaires dans leurs implications politiques,
et ignore le rôle important qu’ils ont joué dans les mouvements démocratiques et les
révolutions populaires. Non seulement il exagère les effets libérateurs du déracinement,
mais il véhicule une conception appauvrie de la liberté. Il confond la liberté
avec l’absence de contraintes. La critique dirigée contre cette conception dominante
— l’analyse dominante du processus de « modernisation » — doit s’effectuer de deux
façons. La première a pour objet de faire apparaître la persistance des formes prétendument
démodées de particularisme – liens familiaux, religion, conscience ethnique,
nationalisme noir – qui, non seulement ont elles-mêmes démontré qu’elles résistaient
au melting pot, mais continuent de fournir aux gens des ressources psychologiques
et spirituelles essentielles à une citoyenneté vraiment démocratique et à une vue universelle
des choses, par opposition au point de vue déraciné, désorienté, que l’on
confond si souvent aujourd’hui avec la libération intellectuelle. La seconde doit tenter
d’expliquer pourquoi la culture de masse, homogénéisée, des sociétés modernes n’engendre
nullement une mentalité « éclairée » et indépendante, mais au contraire la
passivité intellectuelle, la confusion et l’amnésie collective. Le présent article entre
dans la seconde catégorie. Il entend sortir la discussion sur la « culture de masse »
des ornières dans lesquelles elle s’est embourbée depuis les années quarante et cinquante,
lorsque Dwight Macdonald, Irwing Howe, Theodor W. Adorno, Max Horkheimer,
Leo Lowenthal et bien d’autres avaient commencé à soutenir que les masses n’avaient abandonné leurs anciennes habitudes que pour devenir les victimes de la
publicité et de la propagande moderne 4.
Cette critique de la culture de masse présentait en effet beaucoup de défauts, et c’est
la raison pour laquelle il a été facile aux écrivains des années soixante et soixante-dix
de la rejeter plutôt que de chercher à l’affiner et à la remodeler. Ceux qui s’en prenaient
à la culture de masse témoignaient, par exemple, d’une compréhension très
faible de l’art populaire. (Adorno écrit ainsi à propos du jazz que le « caractère plaintif
de sa musique traduit une nostalgie… de la soumission ») 5. Nombre de ces critiques
basaient leur argumentation sur l’idée douteuse que les structures de classe, ayant
éclaté, avaient été remplacées par la « société de masse ». Ils minimisaient les capacités
de résistance populaire ou publique à la « manipulation » psychologique opérée
par les médias.
Ils pensaient que les médias avaient détruit toute trace d’une vraie culture populaire
et que, de ce fait, les seuls opposants à la culture de masse provenaient de la petite
minorité des tenants d’une « haute culture ». Leur attachement personnel au modernisme
culturel était souvent dépourvu de tout esprit critique, et tendait lui-même à
justifier leur adhésion à des mouvements élitistes ou d’avant-garde, non seulement
dans le domaine culturel, mais aussi dans le domaine politique — aspect particulièrement
fâcheux de leur position 6.
Pourtant, malgré ses graves défauts, la critique de la culture de masse était porteuse
d’une perspective historique importante, que l’on peut retracer de la façon suivante.
Depuis le XVIIIe siècle, l’offensive contre le particularisme culturel et l’autorité patriarcale,
qui avait pour but – tout au moins au début – d’encourager l’indépendance
psychologique et l’esprit critique, a perdu toute signification du fait de l’apparition
d’un marché universel de facilités, qui a abouti à l’effet opposé. Or, ces deux processus
sont étroitement liés ; ils font partie de la même séquence historique. Le développement
d’un marché de masse qui détruit l’intimité, décourage l’esprit d’indépendance
et met les individus dans la dépendance de la consommation en vue de la satisfaction
de leurs besoins, anéantit les possibilités de libération que la destruction des anciennes
contraintes pesant sur l’intellect et sur l’imagination avait laissé entrevoir. Le résultat
est que la suppression de ces contraintes revient souvent, dans la pratique, à générer
seulement la liberté de choisir entre des facilités plus ou moins indiscernables.
L’homme ou la femme moderne, émancipé et « éclairé », se révèle, quand on y regarde
de près, un simple consommateur qui n’est pas tellement souverain. Au lieu
d’assister à la démocratisation de la culture, nous assistons en fait à sa complète assimilation
aux exigences du marché.

Or, la confusion de la démocratie avec la libre circulation des biens de consommation
est si profonde que toute protestation contre l’industrialisation de la culture est automatiquement
rejetée et perçue comme une protestation contre la démocratie elle-même,
tandis que, d’un autre côté, la culture de masse est défendue à partir de l’idée
qu’elle a permis de faire accéder chacun à un éventail de choix qui était autrefois réservé
aux plus riches. En fait, le marketing de masse — dans le domaine culturel
comme ailleurs – n’augmente pas, mais réduit les possibilités de choix des consommateurs.
Les produits en état de compétition ouverte peuvent être de moins en moins
distingués ; d’où la nécessité de donner l’illusion de la variété en les présentant comme
des innovations « révolutionnaires », des produits stupéfiants de la science et de la
technologie moderne, ou, dans le cas des productions de l’esprit, comme des découvertes
intellectuelles dont la consommation favorisera instantanément la profondeur
de vue, le succès matériel ou la paix de l’esprit. Pourtant, dans toutes les discussions
sur la culture de masse, les effets les plus familiers du marketing de masse – la consolidation
du pouvoir financier, la standardisation des produits, le déclin de la dextérité
personnelle — disparaissent dans un nuage de rhétorique populiste. Il est particulièrement
remarquable, par exemple, que, dans ce débat sur la culture de masse, tant
d’hommes de gauche, toujours prompts à se défendre des accusations d’élitisme, n’hésitent
pas à se réclamer d’une sorte d’idéologie de la libre entreprise en défendant la
culture de masse, idéologie qu’ils seraient les premiers à rejeter si l’on en tirait prétexte
pour empêcher le gouvernement d’intervenir dans la vie industrielle.
C’est ainsi que Herbert Gans rejette toute cri tique de la culture de masse, sous le prétexte
qu’il existe un « impact pavlovien » sur les mass media, résultant, dit-il, de ce
que le public « répond » aux médias « d’un certain nombre de façons » et « contribue
à créer » le contenu des médias « par un effet de rétroaction exercé sur elles » 7. Or,
c’est exactement le même type de raisonnement qu’utilisent les défenseurs du capitalisme
financier pour essayer de démontrer que la politique des sociétés commerciales
obéit aux décisions du « consommateur souverain » et que, de ce fait, toute tentative
visant à réglementer leurs activités empêchera le consommateur d’exercer « librement
» son choix.
D’après Gans, la critique de la culture de masse « ignore les caractéristiques et les
désirs des gens qui choisissent la culture ». Non seulement elle conteste leurs jugements,
mais elle s’en prend aussi à leur droit d’exercer librement leur choix. Elle ne
saurait donc être utilisée pour déterminer une politique officielle : « Dans une société
démocratique, toute opinion susceptible d’inspirer une politique doit commencer par
prendre en compte Je fait que les cultures sont choisies par les individus et qu’elles ne peuvent pas exister sans eux ». En fait, non seulement Gans exagère l’éventail des
choix existants, mais il rend le débat sur la culture de masse parfaitement insignifiant
en le ramenant à de simples questions de goût. Pour lui, les adversaires de la culture
de masse veulent tout simplement imposer leurs goûts raffinés aux membres moins
riches et moins bien éduqués de la société, lesquels ont le droit de manifester des préférences
plus simples et d’avoir une culture « liée à leurs propres expériences ». Les
propagandistes d’une culture de haut niveau prétendent que celle-ci dispense « une
gratification esthétique plus for te et peut-être plus durable », mais cette « assertion »,
affirme Gans, en se réclamant de ce qu’il croit être l’objectivité scientifique, « demande
encore à être vérifiée empiriquement ». Les adversaires de la culture de masse
n’auraient pas non plus donné la preuve que « les choix portant sur les goûts culturels
affectent la capacité des individus à vivre en société », ni que « les créateurs d’un
goût culturel donné agissent volontairement de façon telle qu’ils amoindrissent cette
capacité ». Ce qui revient à dire que la culture de masse ne peut être considérée
comme une affaire de politique officielle qu’à la condition que la Médecine Générale
certifie, non seulement que la consommation de camelote est destructrice pour l’esprit,
mais encore que ceux qui fabriquent cette camelote la mettent au point délibérément
pour qu’elle ait des effets néfastes ! Totalement aveugle devant les rapports existants
entre culture et politique, sinon les plus grossiers, Gans affirme que la mise au point
d’une « politique économique égalitaire est largement prioritaire par rapport à la vie
culturelle ». La culture, après tout, sert essentiellement selon lui à éviter de s’ennuyer,
« à faire passer le temps plus agréablement » ! Ni l’amélioration du temps libre ni la
« réalisation de soi-même » (l’autre fonction, plutôt nébuleuse, que Gans attribue à
la culture) ne dépendent d’un « niveau de goût élevé ». « Si les gens sont capables de
faire prévaloir leurs propres standards esthétiques et y trouvent un contenu culturel
qui les satisfait, il leur est possible de parvenir à tous les niveaux à une réalisation
d’eux-mêmes et à un aménagement satisfaisant – c’est-à-dire caractérisé par un minimum
d’ennui (!) – de leur temps libre ». Une telle défense du « pluralisme esthétique »
(pour reprendre l’expression avec laquelle Gans caractérise son programme) tient
donc pour acquise la conception appauvrie de la culture à laquelle les adversaires de
la culture de masse entendent précisément s’attaquer, conception qui, de leur point
de vue, résulte de la séparation du travail et du jeu, de l’organisation des « distractions
» par les mêmes forces mercantiles qui ont déjà envahi la sphère du travail, et
de la réduction qui s’ensuit de la culture à un passe-temps de diversion, à une activité
routinière destinée à s’occuper pendant des moments de temps libre qui sont déjà devenus aussi vides que les moments de travail.

Ce ne sont pas seulement les défenseurs du « pluralisme culturel » qui appauvrissent
l’idée même de culture et qui ignorent le rapport entre la liberté intellectuelle et la liberté
politique – ou qui définissent la liberté intellectuelle de façon si étroite qu’elle en
est pratiquement réduite à néant. La culture de masse a elle-même parfois dégénéré
en une simple satire contre le goût populaire, au lieu d’être une véritable analyse de la
production de « facilités ». Vers 1960, l’enjeu du débat était devenu si obscur que
Dwight Macdonald pouvait se débarrasser de l’objection selon laquelle son plaidoyer
en faveur d’une culture de haut niveau était antidémocratique, en déclarant que « là
n’était pas la question ». « Les grandes cultures du passé ont toujours été l’affaire d’une
élite », affirmait-il ; et l’espoir qu’une culture de l’élite puisse trouver une audience populaire
était devenu illusoire. La « noble vision » évoquée par Whitman d’une culture
démocratique élaborée par des intellectuels « si populaires et si sublimes qu’ils auraient
même pu influencer les élections », apparaissait comme une « absurdité ». Le mieux
que l’on pouvait espérer, dans les sociétés industrielles avancées, était la mise au point
d’une politique culturelle capable de séparer les « deux cultures » et d’encourager
l’émergence d’un « certain nombre de publics plus petits et plus spécialisés » 8.
Les partisans d’une culture de haut niveau se retrouvaient ainsi dans la même position
que leurs adversaires. Ni les uns ni les autres ne croyaient plus à la possibilité d’une
authentique démocratisation de la culture. De même que les politologues des années
cinquante et soixante avaient commencé à dire, à partir d’une conception tout aussi
pauvre du pluralisme, que l’existence des démocraties reposait sur l’organisation de
petits groupes d’intérêts spécialisés plutôt que sur la participation populaire, et que,
par conséquent, les sociétés démocratiques pouvaient très bien continuer à fonctionner
(voire fonctionner mieux qu’auparavant) même si la moitié de l’électorat ne prenait
plus la peine de voter, de même les partisans du « pluralisme » culturel se bornaient
à demander, selon les termes utilisés par Gans, une politique qui « répondrait à tous
les goûts du public », en « offrant à chacun les programmes culturels répondant à ses
standards esthétiques ». Gans rejette d’ailleurs explicitement toute politique éducative
ayant pour but d’élever le niveau du goût populaire de masse. « Les pauvres, déclaret-
il avec condescendance, ont droit à leur culture comme n’importe qui », et, de toute
façon, « Une culture de haut niveau exige de se sentir affectivement concerné à un
tel point par rapport à un certain nombre d’idées et de symboles » que seule une petite
minorité en est capable. « La théorie démocratique affirme certes que tous les citoyens
doivent recevoir une éducation dans tous les domaines », concluait-il ; « il n’en reste
pas moins que les démocraties fonctionnent et doivent fonctionner même lorsque les
citoyens ne sont pas éduqués » 9.

Si ces opinions émanaient d’un sociologue isolé, on pourrait les considérer comme
simplement superficielles et mal informées. Mais les mêmes arguments ont été avancés
par un grand nombre d’hommes de gauche, et leur diffusion donne à penser qu’il
existe de graves confusions concernant la nature même de la démocratie et de la liberté.
En outre, notre système d’éducation repose lui-même de plus en plus sur l’idée
implicite que les démocraties peuvent « fonctionner même lorsque les citoyens ne
sont pas éduqués ». Sous prétexte de respecter le droit des minorités « à leur culture »
et, plus généralement, sous prétexter de respecter les droits des jeunes, les écoles ont
abandonné tout effort réel pour faire connaître « ce que l’on sait et ce que l’on pense
de mieux dans le monde ». Elle se basent désormais sur l ‘idée qu’une culture dite de
haut niveau est intrinsèquement élitiste, que l’on ne doit jamais demander à quelqu’un
d’apprendre quelque chose de difficile, et qu’il faut cesser d’ « imposer » aux pauvres
les valeurs de la classe moyenne 10. Tout comme Gans, les enseignants américains
invoquent des slogans démocratiques pour justifier des programmes qui condamnent
la plupart de nos concitoyens à être des demi-illettrés. Ils font appel au dogme du
« pluralisme culturel » pour justifier l’échec massif de l’enseignement public.

 

La masse, constituée en société
On mesure parfaitement la dégradation du dogme démocratique en comparant les
conceptions actuelles en matière de « pluralisme culturel » avec les conceptions bien
différentes proposées dans le passé par Randolph Boume, écrivain que l’on présente
souvent comme le « grand ancêtre » de ceux qui parlent aujourd’hui en faveur de la
conscience ethnique et de la diversité culturelle. Dans son essai intitulé Trans-National
America, paru en 1916, Boume proposait une conception pluraliste de la culture
américaine, mais il ne disait nullement qu’une « culture de haut niveau » demande
trop d’effort et d’éducation pour être communiquée aux masses, que les individus défavorisés
ont « droit » à une culture de troisième niveau, que « tout le monde a le
droit de s’évader un peu », ou encore que, de toute façon, le « niveau culturel d’une
société » est moins important qu’un « bon standard de vie » 11. De tels arguments lui
seraient probablement apparus comme tout aussi antidémocratiques dans leurs implications
que la volonté d’imposer à tous les immigrants une culture anglo-saxonne
uniforme – qui était précisément ce à quoi il s’attaquait le plus. S’il s’opposait à la diffusion
généralisée « des snobismes anglais, de la religion anglaise, des styles littéraires
anglais, des canons et des convenances littéraires anglais, de la morale anglaise
et de la supériorité anglaise », ce n’était pas parce qu’il pensait qu’il n’était pas bien
de demander aux enfants d’immigrants d’apprendre la langue anglaise ou d’étudier les chefs-d’oeuvre de la littérature anglaise, mais parce que, à son avis, le « désir de
tout fondre dans un moule anglo-saxon » ne pouvait qu’aboutir à « créer des tensions
et une crise de confiance ». Le plaidoyer de Bourne en faveur de la diversité ne récusait
nullement la nécessité d’une « force motrice d’intégration ». Tout au contraire,
c’est justement parce que la culture « coloniale », « paroissiale », de l’élite anglo-américaine
s’était révélée incapable de fournir une force d’intégration de ce genre,
qu’il estimait que la société américaine avait commencé à se dissoudre en « pièces
détachées », donnant naissance à une vie américaine « composée d’éléments épars,
caractérisée par un niveau de civilisation déclinant, une fausseté générale de l’apparence
générale et du goût, des clins d’oeil bon marché, l’absence d’esprit et de sentiments
authentiques que l’on peut voir dans nos petites villes débraillées, nos films
insipide, nos romans populaires, et les visages vides des individus dans la foule des
rues des grandes cités ».
Le livre de Bourne reste un modèle par rapport auquel on peut comprendre à quel
point se trouve aujourd’hui appauvris, non seulement le « pluralisme » qui est à la
base de nos récentes politiques d’éducation et des débats récents sur la culture de
masse, mais aussi cette conception de la « libération culturelle » selon laquelle le
mouvement historique vers « l’autonomie et l’intégration » exige la dissolution des
cultures « traditionnelles ». La façon dont on considère la liberté comme synonyme
d’absence de toute influence extérieure et de possibilité de choisir parmi les différents
produits qui sont en compétition ouverte les uns avec les autres, dérive en partie d’une
aperception simpliste d’un processus de « modernisation », qui se contente de souligner
« le caractère positif des… mouvements tendant vers l’autonomie », d’« opposer
l’individu à toute autorité », de plaider pour la « suppression des contraintes extérieures
» et pour une « délégation plus grande des pouvoirs sociaux », tous phénomènes
qui, dit-on, permettraient aux individus de « se fixer des objectifs personnels
à partir d’un éventail plus large de fins légitimes » 12. Selon les sociologues qui se
rallient à cette conception de la modernisation, la critique de la culture de masse, tout
comme la critique marxiste du capitalisme dont elle a hérité, n’est qu’une interprétation
romantique de la société « traditionnelle », qui ne veut pas voir les effets stérilisants
que celle-ci exerce sur l’esprit et qui ne tient pas compte des améliorations
intervenues dans le mode de vie ou le goût populaire.
« La société nouvelle, écrit Edward Shils, est une société de masse, en ce sens précisément
que la masse de la population a été constituée en société » 13. Pour la première
fois, l’homme du commun a la possibilité de « sortir de son existence séculaire, immémoriale,
attachée à la terre », et de « devenir un membre à part entière de la société, en menant une vie humaine dans laquelle il peut manifester ses goûts culturels » 14.
Selon cette vue des choses, ce n’est pas l’exploitation capitaliste ou la cage de fer de
la rationalité bureaucratique qui est à l’origine de ce malaise de l’homme moderne
dont on parle tant, mais l’abondance même des choix auxquels les gens sont désormais
confrontés : « Lorsqu’il existe dans la société des alternatives complexes, l’individu
doit apprendre à se diriger dans l’existence sans compter sur ses appuis traditionnels,
c’est-à-dire sans tenir compte des liens ethniques, de classe ou de parenté. Cette nécessité
dans laquelle il se trouve de fa ire des choix (fait naître chez lui) un sentiment
persistant de mécontentement » 15.
L’idée symbolique du melting pot est peut-être passée de mode, mais l’idée plus générale
qui l’inspirait est toujours bien vivante : l’idée que les individus doivent renoncer
à leurs racines pour devenir des citoyens du monde moderne. L’argument clé
auquel Gans a recours contre les partisans d’une « culture de haut niveau » revient à
dire que ces derniers, étant des intellectuels déracinés, ont déjà suivi le chemin difficile
qui mène de la tradition à la modernité, et qu’ils s’imaginent que n’importe qui
peut partager leurs idées en matière de « créativité » et de « réalisation de soi-même »
et leur morale « de l’individualisme et de la résolution individuelle des problèmes ».
De façon à nouveau assez paternaliste, Gans affirme que « bien des Américains appartenant
au monde du travail, ou même à la classe moyenne, sont encore en train de
se libérer des cultures parentales traditionnelles et d’apprendre à se comporter en individus
autonomes, avec leurs propres besoins et leurs propres valeurs ». En d’autres
termes, ils commencent à se rapprocher du haut niveau de l’élite « éclairée » ; et les
médias, toujours selon Gans, jouent un rôle « progressiste » à cet égard, en contribuant
à fa ire éclater les cadres restrictifs de la culture patriarcale et « traditionnelle » dont
les travailleurs commencent tout juste à se libérer. Les médias, par exemple, « libèrent
» la ménagère des contraintes parentales, en lui permettant de prendre des décisions
et d’agir en fonction des jugements et des goûts qui sont les siens. « Imaginons
une ménagère qui a décidé qu’elle allait décorer sa maison à sa façon, plutôt qu’à la
façon dont ses parents et ses voisins l’ont toujours fait »: les médias « lui fournissent,
non seulement une justification de son désir de s’exprimer par elle-même, mais encore
toute une série de solutions, liées à des goûts culturels différents, à partir desquels
elle pourra commencer à développer le sien ». De même, « la diffusion des articles
sur la libération de la femme dans les magazines féminins les plus répandus peut
aider une femme qui est encore plongée dans une société de type sexiste à formuler
des sentiments et des idées qui lui permettront de commencer à se battre pour sa propre
liberté » 16. En fait, comme bien d’autres analystes de la « modernisation », Gans passe complètement à côté du fait, plutôt ironique, que la « libération » de la ménagère par rapport
aux attitudes « traditionnelles » repose presque exclusivement dans l’exercice de ses
choix de consommation. La ménagère ne se libère de la tradition que pour se plier à
la tyrannie de la mode. Son individuation et son « inclusion » dans notre culture se
traduit par une intégration, non dans une communauté d’égaux, mais dans un marché
de biens de consommation. En pratique, il n’y a pas d’autre liberté que la liberté de
choisir entre la marque X et la marque Y. Et quant aux « idées » et aux « jugements »
parmi lesquels la ménagère libérée est conviée à choisir, ils ne se forment pas non
plus à partir de ses besoins ou de son expérience. Dans la mesure où la ménagère fait
confiance aux mass media pour trouver des images de libération personnelle, elle n’a
en fait la possibilité de choisir qu’entre des opinions préfabriquées et des idéologies
mises au point par des manipulateurs d’opinion, qui, comme toutes les autres « commodités», ont surtout été mises sur le marché en fonction de leur valeur d’échange
plus que de leur valeur d’usage. Avec un tel matériau, le mieux qu’une ménagère
puisse faire n’est pas de construire une vie, mais un « style de vie »…
Une étude classique des effets de démocratisation produits par les moyens modernes
de communication de masse a été publiée par Walter Benjamin, sous le titre The Work
of Art in the Age of Mechanical Reproduction. Tout comme Veblen et Dewey, Benjamin
soutient que la technique moderne, de par sa nature propre, coupe les masses
de leurs superstitions et de leur environnement traditionnels, et, par suite, façonne
leur esprit dans un sens plus irrespectueux, plus critique et plus scientifique. Appliquée
à la reproduction des oeuvres d’art, la technologie moderne démystifie ces dernières,
les rend plus accessibles, et favorise un « mode de participation » à la vie
culturelle plus proche de l’usage que font habituellement des vieilles bâtisses ceux
qui les occupent que de l’attention dévote que leur porte le touriste. Contrairement à
nombre de sociologues américains spécialistes de la « modernisation », Benjamin a
très bien compris que l’effet immédiat des communications de masse est d’accroître
le « charme factice des commodités », mais il affirme qu’à long terme, un déracinement
prolongé finira par donner naissance à une nouvelle forme de fraternité. Il partage
la croyance de Bertolt Brecht, selon laquelle l’art doit « aller sans la moindre
réserve mentale jusqu’au bout de la phase (capitaliste industrielle) », afin de déboucher
sur une forme de société socialiste où les avantages de la technologie moderne
serviront les besoins de tous au lieu de profiter seulement aux capitalistes. Dans cette
perspective, les côtés les moins attrayants de la culture de masse moderne – son clinquant
artificiel, sa trivialité, son « culte de la star de cinéma » – ne sont pas dus à la technologie des communications de masse elle-même, mais à son contrôle par la
bourgeoisie, autrement dit à la « contradiction entre des moyens de production formidables
et leur utilisation inadaptée au processus de production » 17.
La théorie marxiste de la technologie – en particulier, de la technologie des communications
de masse – partage avec la sociologie libérale l’idée fondamentale que les
liens ethniques, les réseaux de parenté, les croyances, les religions et les autres formes
de particularisme, sont des obstacles à une pensée autonome et contribuent à maintenir
les masses dans la passivité et l’inertie. Dans cette interprétation marxiste des
processus de modernisation, la culture de masse, même si son organisation actuelle
reflète des priorités capitalistes, a le mérite de dissoudre les anciennes croyances et
les anciens modes de vie populaires, et donc contribue à créer les conditions d’un réveil
intellectuel des masses et d’un stade plus avancé de l’organisation sociale. Alors
que les sociologues libéraux soulignent les résultats « positifs » immédiats de la culture
de masse, essentiellement la promotion de l’individualisme et du « libre choix »,
les marxistes, eux, se tournent vers l’avenir, et attendent le moment où le socialisme
fera disparaître la contradiction existant entre les « forces de production » et les « relations
sociales de production » – entre les effets potentiellement libérateurs des communications
de masse et leur contrôle par la bourgeoisie. Mais en dépit de la
différence entre leurs positions, les sociologues marxistes et libéraux souscrivent les
uns et les autres au même mythe du progrès historique et, de ce fait, regardent toute
critique de la technologie moderne et de la culture de masse comme inspirée par la
« nostalgie » – ou, comme Edward Shils l’a écrit, comme le résultat « d’un préjugé
politique déçu, d’une vague aspiration vers un idéal irréalisable, d’un ressentiment
contre la société américaine, et, en fin de compte, d’une sorte de romantisme travesti
sous le langage de la sociologie, de la psychanalyse et de l’existentialisme » 18.

 

La technologie, instrument de contrôle social

suite… PDF

BONUS :

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Auteur : Lasch Christopher
Ouvrage : La révolte des élites Et la trahison de la démocratie
Année : 1995

suite PDF

 

Indiens Hopis, Atlantes, les contemporains d’un autre temps


www.antonparks.com

Titre original :  ATLANTIS CONTRE MU « Les rescapés de Mu »

 

Voilà donc un récit remarquable à bien des égards ! Ce document n’a jamais été traduit en anglais et encore moins en français. Il provient d’un livre en allemand édité en 1979 et intitulé « Kásskara und die Sieben Welten»  (Kásskara et les Sept Mondes). Nous avons traduit pour vous uniquement la partie qui concerne le témoignage d’Ours Blanc‚ soit un tiers de l’ouvrage. Le reste étant une remarquable analyse du récit d’Ours Blanc rédigée par l’auteur du livre‚ Joseph F. Blumrich. Nous avons ajouté quelques photographies et légendes qui ne font pas partie de l’ouvrage original afin de donner plus de vie à ce dossier.
Joseph F. Blumrich a travaillé à la NASA de 1959 à 1974. Il a notamment participé à la conception de la structure du propulseur de SaturnV qui permit aux astronautes américains d’aller officiellement fouler le sol de la Lune. Il a aussi collaboré à la conception de Skylab.
Je m’étonne que son ouvrage ne soit jamais sorti en dehors du territoire germanique. Malheureusement‚ Joseph F. Blumrich est décédé en 2002. Ce n’est donc pas demain que son travail sera apprécié à sa juste valeur. Cette traduction n’a pour but que de diffuser la vérité au plus grand nombre. Que ceux qui veulent savoir prennent le temps de lire…
Anton Parks, octobre 2005

 

 

Ce dossier est dédié à Joseph F. Blumrich  et à Ours Blanc

 Image associée https://i2.wp.com/www.antonparks.com/atlantis/hopi.jpg

Quelques ouvrages sortent parfois de l’ordinaire. Celui que vous allez parcourir fait partie de ceux là.

Il existe peu de documentation traitant du continent de Mu et pratiquement aucune sérieuse relatant la guerre qui opposa ce continent du pacifique aux habitants de l’île d’Atlantis… Les lignes qui vont suivrent risquent de toucher bon nombre d’entre vous. Il s’agit du témoignage d’un Indien Hopi (Ours Blanc) qui relate avec beaucoup de générosité l’histoire de ses ancêtres‚ celle qui s’est transmise de génération en génération et ceci pendant des milliers d’années…

Ours Blanc raconte l’histoire de son peuple‚ les Hopis‚ et les relations qu’il a su garder avec le créateur et ses auxiliaires célestes‚ les différents Kachinas. Il nous dévoile cette guerre absurde qui opposa ses ancêtres qui vivaient sur Mu (Kásskara) au peuple d’Atlantis (Talawaitichqua) et la destruction de ces deux mondes. Le monde d’Atlantis est décrit comme une société en pleine décadence. Ours Blanc relate ainsi le pénible exile de son peuple vers le continent américain il y a 80.000 ans‚ ce qui discrédite pleinement la thèse de l’arrivée des Indiens il y a 10 à 12.000 ans par le détroit de Béring…

KÁSSKARA ET LES SEPT MONDES

L’histoire de l’humanité selon la tradition des Indiens Hopis

Par Joseph F. Blumrich (1913-2002)

Ecrit au printemps 1979 – Edition actualisée‚ Munich‚ 1985
Traduction Hans W. Lintz, 2005 – Révision et mise en forme : Hakomi
PREFACE
INTRODUCTION
LES TEMPS ANCIENS
LE TROISIEME MONDE
Kásskara
Atlantis
LA DESTRUCTION DU TROISIEME MONDE
Les Kachinas
La migration dans le quatrième monde
Le destin des Atlantes
TOOWAKACHI LE QUATRIEME MONDE
Táotoóma‚ la terre
La ville Táotoóma
Nouvelles migrations
Les migrations du clan de l’ours
Les anciens qui venaient du ciel
Palátquapi
La Grande Ecole du savoir
Malheur et déchéance
Háhäwooti
Le combat entre le clan du serpent et le clan de l’arc
L’éclatement
Casas Grande
Oraibi
Húck’ovi
Arrivée des Espagnols à Oraibi
LES LEGENDES
Yucca-Boy
L’ENERGIE
LES SYMBOLES
LE MOT DE LA FIN

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PRÉFACE de Joseph F. Blumrich

Dans notre histoire‚ il y a eu des hommes qui reconnaissaient clairement combien ils savaient peu de choses. Mais‚ il en a existé d’autres qui croyaient tout savoir.
Aujourd’hui ce sont les équations différentielles‚ les ordinateurs et les statistiques qui l’emportent. Les faits solides expliquent tout et le savoir qui provient de la croyance ne vaut guère plus qu’une bulle de savon !
Il existe des courants qui partant de la beauté d’une bulle de savon arrivent à des conclusions surprenantes. Des changements s’annoncent et jettent leur ombre en avant – ou devrions-nous plutôt dire leur lumière ?
C’est pourquoi‚ parmi nous‚ ceux qui cherchent la vérité écoutent – ou commencent à écouter – peut-être des mots venant de sources qui ne sont pas influencées par notre sorte de logique‚ notre manière de penser ou nos traditions. Ce sont des mots qui sont exprimés par des êtres humains qui proviennent d’un monde lointain qui nous est totalement étranger.
Peut-être aimerions-nous établir des relations‚ former des ponts pour pouvoir comprendre ce dont on parle de l’autre côté ?
D’une manière très humble‚ ce livre aimerait contribuer à former de tels ponts. Le livre « Book of the Hopi»  m’a donné la meilleure introduction au monde des Hopis. Il m’a permis de reconnaître les ficelles subtiles qui se trouvent dissimulées sous la surface de nos faits solides.
Quelques circonstances que l’on pourrait appeler coïncidences – je n’y crois pas – ont conduit ma femme et moi chez Ours Blanc et sa femme Naomi. Il s’en suivit un temps long – il semblait long mais ne dura que quelques années – jusqu’à l’instauration d’une confiance mutuelle. Enfin‚ Ours Blanc commença à parler. C’était à moi‚ non seulement de l’écouter‚ mais également à apprendre et à comprendre un monde totalement nouveau pour moi.

Comme il fallait s’y attendre‚ la tentative de former un pont entre deux mondes si différents comme celui des Indiens et le nôtre était accompagnée de difficultés de compréhension. Mais‚ il me semble néanmoins que pour diverses raisons‚ notre relation a été favorisée par la chance. L’histoire familiale d’Ours Blanc‚ ainsi que son rôle lors les préparatifs pour le livre « Book of the Hopi»  lui a procuré un regard sur les traditions de son peuple qui est sans doute plus vaste que celui de n’importe quel Hopi aujourd’hui. Sa capacité intuitive artistique lui a permis de dessiner et de peindre des images murales qu’il était impossible de se procurer d’une autre manière. Les trois ans de sa vie passée dans notre société occidentale lui ont souvent facilité à donner des explications sous forme d’exemples. De tels éclaircissements étaient nécessaires afin de rendre sa façon de s’exprimer compréhensible pour des gens extérieurs.

D’un autre côté‚ sa connaissance de notre monde‚ n’a jamais conduit Ours Blanc à s’écarter des traditions de sa tribu. Dans la présentation de faits‚ événements et particularités‚ il a toujours été imperturbable. En ce qui concerne sa tribu‚ ses traditions ou religion‚ il est rempli d’une profonde solennité. Si j’ai jamais rencontré un homme qui aiment et préserve passionnément ses racines et convictions ainsi que celles de sa tribu‚ c’est bien Ours Blanc. Son état d’esprit est l’un des principaux piliers de ma conviction en ce qui concerne son intégrité‚ qui devait bien naturellement être démontrée.
J’ai découvert une différence fondamentale entre la façon de penser d’Ours Blanc et la mienne qui reflète non seulement notre origine oppositionnelle‚ mais jette également un trait de lumière sur les problèmes du présent. C’est la différence – et le conflit – entre le savoir qui provient de la croyance et celui basé sur des preuves tangibles. L’incident suivant en rend compte :
J’avais suivi l’affirmation des Hopis concernant les îles par lesquelles ils seraient venus en Amérique du Sud. Et j’avais effectivement trouvé les confirmations décrites plus bas. Cette découverte m’avait enthousiasmé et lorsque j’ai eu l’occasion d’en parler à Ours Blanc‚ j’ai attendu de sa part une réaction similaire. Au lieu de cela‚ il me regarda avec ses yeux sereins et tranquilles et me dit : “Je te l’avais bien dit que nous étions venus par ce chemin‚ n’est-ce pas ?”
Il faut mentionner que notre travail était strictement dirigé sur des développements historiques et leur signification et il n’existait aucune intention de créer une réplique du livre remarquable « Book of the Hopi» .
Le texte transcrit dans la première partie est exclusivement le récit d’Ours Blanc. Il provient de bandes enregistrées qu’il a réalisées lui-même dans ce but‚ ainsi que de nos conversations enregistrées qui étaient nécessaires et servaient à éclaircir‚ compléter et arrondir de l’image. Toutefois‚ comme déjà indiqué‚ j’ai collaboré avec lui pour chercher des formulations et exemples en vue d’une meilleure compréhension‚ c’était ma tâche en temps qu’intermédiaire. En dehors de cela‚ ma participation à cette partie a contribuée à fixer le contenu dans une forme facilement lisible. Les propres mots d’Ours Blanc et ses manières de s’exprimer sont restés intactes autant que possible. En outre‚ la disposition des chapitres et sous-paragraphes ont été réalisés par moi-même. Afin de pouvoir plus facilement retrouver les différentes phases et thèmes.

Ma contribution à l’écriture de la première partie était guidé dans l’intention inconditionnelle de retranscrire le contenu et la forme des révélations d’Ours Blanc sans modifications et autant que possible avec ses propres mots.

INTRODUCTION

Ours Blanc

Ceci est l’histoire de mes ancêtres et des clans qui sont venus sur ce continent. Le continent sur lequel mon peuple vécut longtemps a sombré dans la mer et les gens durent le quitter. Ils durent aller sur un nouveau continent qui sortait de la mer à l’est‚ afin d’avoir un nouveau monde pour eux et faire un nouveau commencement. Tout ceci fut provoqué par leur attitude dans certaines situations. Je te raconterai pourquoi c’est arrivé‚ comment ils sont parvenus sur le nouveau continent que nous appelons le quatrième monde‚ Tóowakachi‚ et ce qui leur est arrivé après.

Mais d’abord‚ je voudrais dire que je suis très reconnaissant à tous ces gens qui m’ont donné le savoir et la compréhension. Beaucoup m’a été raconté quand j’était encore enfant et j’ai appris certaines choses quand j’étais un jeune homme et d’autres quand j’ai été moi-même plus vieux. Mais‚ pendant toutes ces années‚ les grandes cérémonies furent célébrées. C’est grâce à elles que mon peuple tient éveillés les souvenirs de notre histoire.

Comme tu le sais‚ les Hopis‚ dans leurs familles‚ suivent la lignée de la mère. C’est pourquoi j’appartiens au clan de ma mère‚ le clan des coyotes‚ et je dois à ma mère et à ma grand-mère une grande partie de mon savoir‚ ainsi qu’à mon oncle du même clan. Ils m’ont donné un bon enseignement.

Du clan de l’ours‚ d’où est originaire mon père‚ sont sortis les guides et chefs d’Oraibi durant des centaines et des centaines d’années. Ce que j’ai appris‚ par mon père et mon oncle‚ le chef Tawaquaptiwa‚ provient donc de la connaissance du clan de l’ours et des autres clans qui se sont fixés ici.

Il y a encore beaucoup d’autres gens qui m’ont transmis une partie de leur sagesse et de leur savoir et je leur en suis très reconnaissant. Ils font tous partie des clans qui vivent maintenant ici. Ces clans ont conservé leurs souvenirs à travers les peines et les difficultés endurées et causées par leurs migrations qu’ils ont considérées comme faisant partie de leurs devoirs‚ dans le but d’arriver à Oraibi pour aider à la construction de ce lieu en réalisant ainsi les plans du créateur.

Maintenant‚ il est temps de parler de notre peuple‚ pour vous dire qui nous sommes et pourquoi nous sommes ici dans l’espoir que quelqu’un‚ un jour‚ nous comprendra. Même si c’est moi qui parle ici‚ il s’agit du savoir des Hopis que vous allez connaître. De la longue‚ longue histoire des Hopis ressort un avertissement pour vous. Vous allez comprendre plus tard ce que je veux dire quand je raconterai mon histoire. C’est la raison pour laquelle je parle maintenant. Cela nous concerne tous. Peut-être cet avertissement ne viendra pas trop tard.

En racontant notre histoire‚ il faut que tu saches que le temps n’avait pas la même importance. Aujourd’hui‚ le temps semble important‚ le temps rend tout compliqué‚ le temps devient un obstacle. Mais‚ dans l’histoire de mon peuple‚ le temps n’était pas vraiment important‚ ni pour le créateur lui-même. Ce qui compte vraiment est la beauté que nous mettons dans notre vie‚ la manière dont nous accomplissons nos devoirs et notre responsabilité envers le créateur. Les choses matérielles de ce monde sont de peu d’importance pour les Hopis‚ comme tu t’en apercevras quand tu seras chez moi et que tu verras comment nous vivons notre histoire.

Quand tu seras parmi mon peuple‚ dans nos villages‚ tu commenceras à comprendre que ces vieilles femmes et ces vieux hommes‚ qui font l’histoire actuelle‚ n’oublieront jamais l’ancienne histoire qui est écrite dans leur cœur. Et comme l’histoire m’a été révélée‚ je vais essayer maintenant de la transmettre aussi fidèlement que possible.

LES TEMPS ANCIENS

D’après nos traditions‚ nous avons vécu dans deux autres mondes avant de venir dans le troisième monde – puis‚ dans le quatrième‚ dans lequel nous sommes maintenant.

Dans le premier monde‚ la divinité Táiowa créa l’homme. Táiowa a créé toutes les choses dans cet univers. Il n’y a rien qu’il n’ait réalisé. L’endroit où il se trouve est appelé “la hauteur”‚ beaucoup de gens l’appellent “ciel”. Personne ne sait où cela se trouve‚ mais à partir de là‚ il dirige l’univers. Il a donné un cerveau à l’homme‚ il lui a donné le savoir‚ il lui a donné tout ce dont l’homme a besoin dans sa vie. Et il lui a donné la loi et les devoirs auxquels il doit obéir dans cet univers.

Le premier monde fut détruit par le feu‚ parce que les hommes sont devenus méchants. Mais notre peuple‚ ceux qui dans des temps plus récents sont devenus les Hopis‚ survécut à la destruction‚ parce que notre peuple fut choisi pour conserver la connaissance de ces faits à travers les temps‚ jusque dans le présent‚ et de la transmettre dans le futur.

Le deuxième monde fut détruit par la glace. Encore une fois‚ notre peuple survécut et arriva dans le troisième monde‚ le troisième continent. Tous ces événements et les événements ultérieurs sont encore vivants dans nos coutumes religieuses.

LE TROISIÈME MONDE

Kásskara

Mu (la Lémurie) selon Cortezz & morgana

Le nom du troisième monde était Kásskara. Peu de gens‚ aujourd’hui‚ connaissent la signification de ce très vieux mot. Je l’ai apprise par Otto Péntewa qui s’en est souvenu‚ cela signifie “mère terre”. Nous l’appelons aussi “le pays du soleil” parce que nous aimons bien faire référence au soleil et à la terre qui nous gardent en vie.

Kásskara était un continent. Peut-être était-ce le même qui est appelé aujourd’hui Mu ou Lémurie. La plus grande partie du continent se situait au sud de l’Equateur‚ seulement une petite partie se trouvait au nord. C’était un pays très beau. Comparé à aujourd’hui‚ c’était presque un paradis. Nous devions travailler mais nous n’avions pas besoin de travailler dur. Depuis nos débuts dans le premier monde‚ nous avions suivi le plan de notre créateur et avions cultivé notre nourriture nous-mêmes. Dans ces temps‚ nous avions choisi le maïs comme nourriture principale‚ nous l’avons amené dans le deuxième monde et nous avons continué à en vivre dans le troisième monde. Quand tu vois notre maïs‚ pense au fait que les Hopis l’ont depuis des temps très très anciens‚ déjà depuis le premier monde.

La connaissance que nous cherchions et qui nous fut donnée concernait les plantes et les animaux. Nous voulions savoir pourquoi les feuilles étaient vertes et les fleurs multicolores. Nous pouvions communiquer avec les plantes et les animaux. Nous avions ce que vous appelez des connaissances scientifiques‚ mais nous ne les utilisions pas pour la fabrication d’objets dont on a besoin pour soumettre d’autres gens.

Les gens avaient de l’estime les uns pour les autres. Les clans avaient leurs propres chefs‚ mais ils avaient tous un grand chef spirituel. Dans la vie des Hopis‚ il y a toujours eu un clan qui a la suprématie pour un certain temps afin de veiller à ce que nous remplissions bien nos obligations et responsabilités‚ ainsi que notre bonne conduite dans la vie. Quand nous avons hérité de ce monde-là‚ c’était le clan de l’arc qui avait le pouvoir. Pour cette raison‚ le chef de tribu du clan de l’arc était le souverain de Kásskara.

Au début‚ tout allait bien à Kásskara. Beaucoup plus tard‚ les hommes commencèrent‚ petit à petit‚ à perdre l’estime les uns pour les autres ; d’abord quelques-uns‚ puis de plus en plus. Comme tu le vois‚ nous sommes exactement comme les autres hommes. Je peux comparer cela avec ce qui se passe aujourd’hui dans les organisations : les gens veulent avoir un certain rang‚ du pouvoir‚ ils veulent leur part. La même chose est arrivée à Kásskara. Ce fut surtout le cas pour le clan de l’arc‚ mais les chefs de haut rang de ce clan restèrent bons.

Avant de continuer l’histoire de Kásskara‚ je dois te dire que‚ naturellement‚ nous n’étions pas les seuls sur la terre. Dans d’autres pays‚ il y avait aussi des gens.

Atlantis

A l’est de chez nous se trouvait un continent que nous avons appelé Talawaitichqua‚ “le pays de l’est”. Dans la langue hopie‚ tichqua veut dire “terre”‚ la surface d’un continent‚ et la première partie du mot signifie “matin”‚ ou “lever du soleil”.

Entre ce continent et nous‚ il y avait une grande surface d’eau. Aujourd’hui‚ on appelle ce continent Atlantis et je continuerai à l’appeler ainsi car‚ pour toi‚ c’est un mot plus familier.

Au début du troisième monde‚ les gens d’Atlantis étaient aussi paisibles que nous. Nous avons‚ bien sûr‚ la même origine divine. Ils avaient les mêmes symboles que nous. Mais‚ avec le temps‚ ils changèrent. Ils commencèrent à explorer les secrets du créateur que l’homme ne doit pas connaître. Tu sais‚ il existe des secrets qui ne sont destinés qu’à la déité et‚ quand les hommes commencèrent à les étudier‚ ils enfreignirent cette loi. L’homme‚ en fait‚ a le même pouvoir que le créateur‚ mais le créateur garde des secrets que les hommes ne doivent pas chercher à comprendre. Cette affaire concernant les secrets est très très sérieuse. Parlons de notre temps à nous pour que tu comprennes ce que je veux dire et pour te permettre d’avoir une idée sur ce que les Hopis croient.

Vous avez développé beaucoup de choses‚ par exemple des avions. Quand mon oncle m’a amené à Oraibi voir la lithographie d’un avion à réaction‚ qui est naturellement beaucoup plus ancien que vos avions à réaction d’aujourd’hui‚ il m’a dit : “Ce sera très très bien de voler à nouveau à travers les airs‚ comme l’a fait notre peuple avant. Quand il y a quelque part‚ dans le monde‚ très loin‚ une catastrophe‚ on peut apporter du secours (nourriture‚ médicaments‚ outils). Mais on va également apporter la mort aux hommes à des centaines de miles de distance. Et c’est en cela que l’on désobéira à la loi divine.”

Comment pouvez-vous séparer ces deux choses si vous faites des recherches sur des secrets dont les hommes ne savent pas encore faire une bonne utilisation ? Pense à toi : supposons que tu aies fait une découverte scientifique dans le domaine des fusées et que quelqu’un fasse un mauvais usage de ta découverte. Toi‚ tu ne le ferais pas‚ mais c’est ta découverte. Sais-tu vraiment où commence et se termine ta responsabilité ?

Et maintenant‚ ils essaient de produire la vie artificiellement – et un jour également l’homme. Cela fait partie de ce que nous appelons des recherches sur le sang. Et il n’est pas bien de faire cela !

Naturellement‚ vous pouvez faire des recherches sur le fonctionnement de votre corps afin de savoir ce qui guérit et ce qui vous donne une longue vie. Le créateur veut que nous le fassions. Il veut que nous profitions de la vie et que nous ayons aussi peu de travail pénible que possible et que tout ce qui est bon‚ toute la joie‚ tout le bonheur de ce monde nous échoient. Mais ces autres choses‚ vous ne devez pas les faire‚ non !

Nous pouvons résumer tout cela en deux phrases. Le créateur divin nous a dit : “Si vous voulez être mes enfants‚ vous ne devez pas utiliser votre savoir pour soumettre‚ détruire‚ tuer ou faire une mauvaise utilisation de ce que je vous ai donné. Si vous ne respectez pas cette loi‚ vous n’êtes pas mes enfants.”

Vers la fin du troisième monde‚ il y avait une femme comme guide suprême d’Atlantis. Dans notre langue‚ nous pouvons l’appeler une Kickmongwuity‚ une prêtresse suprême ; à vos yeux‚ elle aurait été tout simplement une reine. Elle était très puissante et très belle. Elle a utilisé sa puissance et la beauté de son corps pour soumettre les chefs de son peuple. Elle reçut d’eux tellement de bijoux que nous l’avons appelée “la femme turquoise”. Parmi ces personnalités‚ se trouvaient des savants que l’on pourrait appeler des “leaders douteux”. Un homme savant n’est pas systématiquement un homme bon. Elle avait beaucoup de succès auprès de ces hommes et c’est ainsi qu’elle est devenue souveraine de tout le continent. Atlantis étendit son influence et soumit des peuples dans les pays qui se trouvaient plus loin à l’est‚ que nous appelons aujourd’hui Europe et Afrique. Bien qu’Atlantis fut un petit pays‚ il avait une très grande influence. Tu peux le comparer à l’Angleterre. C’est également un petit pays‚ mais quelle influence il avait !

Les Atlantes avaient également fait des recherches sur les secrets du créateur‚ qu’ils n’auraient pas dû connaître. Comme je te l’ai dit‚ ils en ont pris connaissance trop tôt. Spirituellement‚ ils n’étaient pas encore prêts‚ ils ont utilisé leur savoir pour soumettre d’autres peuples. Et en cela‚ ils ont enfreint l’ordre divin. Certains y ont même perdu leur vie. Ils ont également étudié d’autres planètes et ils s’y sont même rendus‚ mais comme c’étaient des planètes mortes‚ ils ne pouvaient y vivre. Ils devaient donc rester sur notre vieille terre. C’est alors qu’ils se sont retournés contre Kásskara. Ils savaient que‚ moralement et spirituellement‚ nous étions beaucoup plus forts‚ cela les a rendus envieux. C’est pourquoi la reine voulut également conquérir notre pays et soumettre notre peuple. Elle a menacé notre souverain de réunir tous ses vaisseaux spatiaux au-dessus de notre continent et de nous détruire de là-haut. Mais il refusa de céder. Il y eut un long temps de pourparlers que l’on peut aussi appeler conférences. Tous les grands hommes de cette époque tinrent des réunions.

Mu (la Lémurie) selon Loren adams (« Moonlight Over Lemuria »)

Comme je te l’ai déjà dit‚ il y avait parmi nous des gens qui étaient devenus avides de rang et de pouvoir. Leur croyance religieuse devenait plus faible et les gens n’avaient plus beaucoup d’estime les uns pour les autres. Nous étions dans une situation que l’on peut très bien comparer à la situation actuelle.

Avec le temps‚ l’influence de cette femme conduisit à une scission de notre peuple. Elle commença à en amener de son côté. Il s’agissait d’hommes avides de pouvoir dont je t’ai parlé. Ils se détournèrent de nos lois et se dirent à eux-mêmes : “Si nous sommes du côté des Atlantes et acceptons leurs exigences‚ nous aurons peut-être plus tard une bonne part du pouvoir.”

Les méchants prirent le dessus. Ils avaient étudié de nombreux secrets du créateur que l’humanité ne doit pas connaître‚ mais nous‚ nous n’y avons pas pris part. Nous voulions être et rester le peuple pacifique qui était reconnu‚ à cette époque‚ comme tel. Je crois qu’en réalité ce fut le créateur qui utilisa son pouvoir pour nous détourner de ces choses.

Les chefs se réunirent de nombreuses fois. Mais le groupe de ceux qui avaient des connaissances scientifiques fut beaucoup plus fort et ils vinrent pour attaquer mon peuple avec le matériel de leurs pouvoirs et de leur invention.

Tout ce que je te raconte‚ ainsi que les événements ultérieurs‚ je les ai appris par ma grand-mère. Mais j’ai aussi discuté avec un homme qui est le dernier à connaître l’histoire du clan de l’arc. Je l’ai fait parce que‚ dans notre histoire‚ on dit que ceux du clan de l’arc avaient fait les pires choses. Il confirma ce qui s’était passé et dit : “Oui‚ nous l’avons fait.”

De très haut dans les airs‚ ils dirigèrent leur force magnétique sur nos villes. Mais ceux de notre peuple qui n’avaient pas quitté le chemin véritable de notre créateur furent rassemblés dans une certaine région afin d’être sauvés.

Hier‚ lors d’une réunion dans une kiva de Shongopovi‚ nous avons eu une longue discussion sur notre situation actuelle. Nous voyons en ce moment survenir les mêmes choses que celles qui se sont passées juste avant la destruction du troisième monde. La raison de nos soucis est que nous savons ce qui arrivera. Dans cette réunion‚ il fut clair que le problème crucial des Hopis est le problème de la terre et ce fut un problème semblable qui amenât les spationautes vers nous. Nous savons que nous avons atteint le point de non retour.

Nous avons également évoqué Kásskara‚ la reine d’Atlantis et comment fut détruit le troisième monde. J’ai pensé à ma grand-mère qui m’a dit qu’il arriverait la même chose que ce qui est survenu il y a très longtemps.

LA DESTRUCTION DU TROISIEME MONDE

Notre peuple avait des connaissances comparables à celles d’Atlantis‚ mais il les a utilisées uniquement à des fins utiles et bonnes. Comme je te l’ai déjà dit‚ nous avons étudié les secrets de la nature‚ la puissance du créateur dans les choses vivantes.

Mon peuple ne se défendit pas quand il fut attaqué. Et il eut raison !

Si cela te semble étrange‚ regarde ce que les Hopis font aujourd’hui. Le gouvernement des Etats-Unis nous a donné une réserve. Te rends-tu compte ? Et puis ils sont venus pour en couper des morceaux. Notre pays‚ ils l’ont réduit de plus en plus. Mais nous ne nous sommes pas défendus par la force. Chaque fois que le gouvernement fait cela‚ nous disons : “ce n’est pas juste”‚ comme nous l’a demandé le créateur. Nous savons que nous ne serons pas détruits‚ ce sont eux qui le seront les premiers.

Mais même si nous ne nous sommes pas défendus activement‚ nous avions quand même notre bouclier de protection. Je ne sais pas t’expliquer scientifiquement ce qu’était ce bouclier et comment il fonctionnait. Mais ma grand-mère me l’a expliqué de la façon suivante : s’il y a de la foudre‚ celle-ci peut atteindre le bouclier mais là elle explose. Elle ne traverse pas le bouclier. Je me rappelle bien comment ma grand-mère m’a montré la façon dont le bouclier agit. Un jour‚ j’étais encore enfant‚ elle prit une cuvette‚ la retourna et dit : “maintenant‚ tu es sous la cuvette‚ si quelque chose tombe dessus‚ cela ne te fera pas mal.” Peut-être devrais-je te dire ici que toutes les histoires qu’elle me racontait‚ il me fallait toutes les répéter. Quand je me trompais‚ elle m’interrompait et je devais recommencer. C’est pourquoi je connais par cœur tout ce que ma grand-mère m’a raconté.

C’est ainsi que toutes les bombes‚ ou quoi que cela ait pu être‚ ont explosé loin au-dessus et le bouclier protégea tous les gens qui devaient être sauvés et qui avaient été rassemblés dans une certaine région. Nous seuls avons été sauvés. Des villes furent attaquées et beaucoup de gens périrent.

Et puis – comme disait ma grand-mère – quelqu’un a appuyé sur le mauvais bouton et les deux continents ont sombré. Ce ne fut pas le déluge universel. La terre entière ne fut pas détruite et tous les hommes ne furent pas tués. Atlantis s’enfonça très vite dans l’océan‚ mais notre troisième monde‚ Kásskara‚ s’enfonça très lentement.

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Le déluge selon Loren Adams (» The Augmented Sea» )

Laisse-moi t’expliquer pourquoi cela s’est passé ainsi : Supposons que je veux tuer quelqu’un et que j’ai un complice. Nous sommes d’accord pour le faire. Même si c’est moi qui tue‚ lui‚ le complice‚ le fait en pensée. Mais il n’est pas autant coupable que moi. Il aura une nouvelle chance par la réincarnation‚ mais pas moi. C’est la raison de la destruction rapide d’Atlantis : ce sont eux qui ont attaqué. Nous‚ ou quelques-uns des nôtres‚ étions seulement des collaborateurs lors de l’attaque de Kásskara par Atlantis.

C’est pourquoi la faute de notre côté fut mineure et notre groupe eut une nouvelle chance. Si nous avions été aussi fautifs que les Atlantes‚ nous aurions été détruits aussi rapidement.

La puissance qui se trouve hors de toute capacité humaine ne voulut pas permettre que le peuple de la paix soit anéanti complètement. Ces gens étaient des réincarnations d’hommes qui avaient vécu dans le deuxième monde‚ Topka‚ et qui avaient suivi les lois du créateur. C’était sa volonté de donner à ceux qui devaient être sauvés les moyens d’y parvenir.

Je sais que beaucoup de gens auront une opinion différente‚ mais nous sommes le peuple élu. Nous avons été sauvés et nous sommes venus ici parce que‚ depuis le premier monde‚ nous avons toujours obéi à la loi !

Nous allons voir maintenant ce qui se passa ensuite et quel rôle jouèrent les Kachinas qui nous ont amenés sur ce continent‚ dans le quatrième monde.

Mais d’abord‚ je dois te parler des Kachinas eux-mêmes.

Les Kachinas

Dans le troisième monde‚ et déjà depuis le premier monde‚ nous étions en relation avec les Kachinas. Kachine signifie “initié estimé de haut rang”. Dans les premiers temps‚ ils s’appelaient Kyápchina‚ mais comme notre langage a évolué avec le temps‚ nous disons maintenant Kachinas. En fait‚ Kyápchina désigne une seule personne. Quand on veut parler de plusieurs Kachinas‚ on dit Kyákyapichina‚ c’est le pluriel. Le mot Chinakane signifie “pousse”‚ la pousse d’une plante‚ mais ici il désigne la croissance spirituelle que les Kachinas nous donnent.

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Représentation d’un Kachina

Les Kachinas peuvent être visibles‚ mais parfois ils sont également invisibles. Ils viennent de l’espace. Ils ne viennent pas de notre système solaire‚ mais de planètes très éloignées. Il faudrait à nos astronautes plusieurs générations pour y parvenir. Le nom Hopi pour ces planètes est Tóónátakha‚ cela signifie qu’elles sont proches les unes des autres‚ pas dans le sens matériel mais dans le sens spirituel‚ parce que tous leurs habitants ont la même responsabilité‚ ils travaillent tous étroitement ensemble. C’est pourquoi nous pouvons traduire le mot par “Confédération des planètes”. Comme nous savons qu’il s’agit de douze planètes‚ nous pourrions dire également “Confédération des douze planètes”.

Les Kachinas peuvent se déplacer très rapidement et‚ pendant que je prononce cette phrase‚ ils peuvent parcourir de longues distances. Ils n’ont besoin que de quelques secondes ; leurs vaisseaux volent grâce à une force magnétique‚ même quand ils font le tour de la terre.

Les rangs des Kachinas dépendent de leurs capacités. Ils s’appellent tous Kachinas‚ mais certains sont appelés également “Wu’yas”. Dans votre langue‚ “Wu’ya” signifie “divinit锂 mais cela n’est pas tout à fait exact car Wu’ya désigne quelqu’un qui possède une grande sagesse‚ un homme ou une femme vieux et sages. Si tu voulais comparer les Kachinas et les Wu’yas avec vos personnages chrétiens‚ vous diriez “anges” pour les Kachinas et “archanges” pour les Wu’yas. Ce sont tous des anges‚ mais les plus élevés de rang vous les appelleriez archanges. Les divinités se situent au-dessus des Kachinas et au-dessus de tous se trouve le créateur. Seuls les Kachinas sont en relation avec les êtres humains‚ pas les divinités. Ce sont elles qui donnent les instructions aux Kachinas.

Pour les enfants‚ on les appelle tous des Kachinas. On fait cela pour familiariser l’enfant avec les “initiés”. Il serait trop difficile de leur expliquer la différence. C’est ici que les poupées Kachinas jouent un rôle‚ car elles habituent l’enfant à l’apparence physique pour que l’enfant n’ait pas peur en voyant les danseurs.

Même les étrangers qui viennent acheter ces poupées les appellent des Kachinas car‚ n’y connaissant rien‚ ils ne font pas la différence. Nous faisons de même avec les montagnes de San Francisco. On peut les voir‚ elles sont hautes et un enfant comprend lorsqu’on lui dit que c’est là que se rendent les Kachinas quand ils nous quittent. Pense à ce que vous dites à vos enfants au sujet du Père Noël et de l’enfant Jésus.

Mais quand l’enfant est accueilli parmi les adultes‚ on lui explique la différence. Pour les adultes‚ les Kachinas viennent d’une planète très éloignée‚ et quand ils nous quittent ils y retournent. Les hommes qui exécutent les danses représentent des êtres savants de différents rangs qui sont venus chez nous il y a longtemps.

Il y a trois sortes de Kachinas. Les premiers s’occupent de la continuité de la vie (survivance). Dans nos danses‚ ils apparaissent au milieu de l’hiver quand‚ dans la nature‚ toute vie dort. Ils nous offrent la certitude que la vie reviendra et continuera. Et comme la réincarnation fait partie de la continuité de la vie‚ cela signifie que nous naîtrons à nouveau et que nous aurons la possibilité de nous améliorer.

Le deuxième groupe est constitué par les enseignants. Nous apprenons d’eux qui nous sommes et où nous sommes‚ quelles sont les influences que nous pouvons subir et ce que nous devons faire.

Le troisième groupe représente les gardiens de la loi. On peut aussi les appeler “ceux qui nous avertissent‚ nous mettent en garde”‚ car ils nous parlent pendant longtemps‚ mais un jour viendra où il ne nous avertiront plus‚ mais au contraire ils nous puniront pour tout le mal que nous aurons fait.

Des enfants sont nés à la suite d’une relation mystique entre nos femmes et les Kachinas. Je te raconterai plus tard des légendes qui relatent ce fait. Nos gens pouvaient toucher les Kachinas‚ il y avait donc une proximité physique entre les Kachinas et les êtres humains. Mais‚ même si cela semble étrange‚ il n’y a jamais eu de rapports sexuels. Les enfants ont été conçus de façon mystique. De tels enfants‚ quand ils grandissaient‚ avaient une grande connaissance et une grande sagesse‚ et même parfois des pouvoirs surnaturels qu’ils avaient reçus par leur père spirituel. C’étaient toujours des hommes magnifiques‚ puissants‚ qui étaient toujours prêts à aider et jamais à détruire.

Les Kachinas sont des êtres corporels‚ c’est pourquoi ils ont besoin de vaisseaux pour les voyages dans nos airs et pour retourner sur leurs planètes. Les vaisseaux spatiaux ont différentes tailles et noms. L’un d’eux est Patoowa‚ “l’objet qui peut voler au-dessus de l’eau”. Pahu veut dire eau dans notre langue‚ et Toowata est un objet avec une surface courbe. En raison de cette forme‚ nous l’appelons aussi “bouclier volant”.

Je vais te raconter à quoi il ressemble. Si on coupe une calebasse en deux‚ on obtient une forme qui a l’aspect d’une coupe ou soucoupe ; si on assemble deux de ces parties‚ on obtient la forme du vaisseau que l’on utilisa jadis pour se rendre sur ces planètes. Quand on est assis à l’intérieur‚ on peut se déplacer dans toutes les directions et on ne tombe pas‚ quelle que soit la vitesse. Comme il a cette forme‚ nous l’appelons Inioma.

Chez les Hopis‚ on sait que quelques-uns des nôtres ont volé dans ces vaisseaux et que ces vaisseaux ont également été utilisés dans d’autres pays‚ car les Atlantes sont venus chez nous dans ces vaisseaux.

Près d’Oraibi se trouve un dessin rupestre représentant une femme dans un bouclier volant. La flèche est un signe de grande vitesse. La femme porte les cheveux d’une femme mariée.

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Dessin rupestre représentant une femme
dans un bouclier volant‚ près d’Oraibi

Les deux moitiés sont tenues ensemble par une “bride”. Celui qui conduit le vaisseau doit actionner cette “bride”. Quand il la tourne à droite‚ le vaisseau monte‚ quand il la tourne à gauche‚ il descend. Le vaisseau n’a pas de moteur comme les avions et n’a pas besoin de carburant. Il vole dans un champ magnétique. On doit seulement connaître la bonne hauteur. Si l’on veut se diriger vers l’est‚ on choisit une certaine hauteur‚ si l’on veut aller vers le nord‚ on choisit une autre hauteur‚ etc. Il suffit de monter à la hauteur correspondant à la direction choisie et le vaisseau vole dans le courant désiré. De cette manière‚ on peut atteindre n’importe quel endroit à l’intérieur de notre atmosphère‚ mais on peut également quitter la terre.

C’est très simple !

La migration dans le quatrième monde

Maintenant‚ nous allons continuer à parler des événements historiques.

Longtemps avant que notre continent et Atlantis soient engloutis‚ les Kachinas remarquèrent qu’il y avait‚ à l’est de chez nous‚ un continent qui sortait de l’eau. D’ailleurs‚ selon nos traditions‚ le monde a changé plusieurs fois. Ce qui était en train de sortir de l’eau était‚ en fait‚ le même pays que celui dans lequel nous avions vécu dans notre deuxième monde‚ Topka. Mais maintenant‚ nous l’appelons le quatrième monde‚ car son apparence est différente.

On dit aussi que la terre a basculé plusieurs fois‚ je veux dire que le pôle nord était à l’endroit où le pôle sud se trouve actuellement et vice versa. Aujourd’hui‚ les pôles sont inversés et le véritable pôle nord se trouve au sud et le véritable pôle sud au nord. Mais‚ dans le cinquième monde‚ cela changera à nouveau‚ et les pôles seront à leur vraie place. A chaque fois‚ la terre a basculé complètement du nord au sud et pas seulement de la moitié‚ sinon il y aurait eut beaucoup trop de dommages et ce n’était pas l’intention du créateur. Durant Topka‚ le deuxième monde‚ la terre a basculé seulement de moitié et tout a gelé.

Les Kachinas ont donc fait des recherches et observé cette nouvelle terre et‚ quand elle fut au-dessus de l’eau‚ ils commencèrent leurs préparatifs. La grande migration pouvait commencer.

Cette nouvelle terre devait devenir notre nouvelle patrie‚ que nous appelons Toowakachi‚ le quatrième monde. Nous avons aussi un autre nom‚ Sistaloakha‚ un mot pour désigner tout ce qui est créé rapidement et qui apparaît dans une forme parfaite.

Le créateur avait donc décidé de nous sauver‚ et les Kachinas nous aidèrent pour atteindre ce nouveau continent. Notre peuple arriva du troisième au quatrième monde de trois façons différentes. Les premiers arrivèrent dans des boucliers volants (c’est ainsi que nous les appelons chez nous). Ils étaient destinés aux gens importants‚ de haut rang. Ils étaient prioritaires parce qu’ils devaient fonder la nouvelle colonie et s’occuper de tous les préparatifs. Comme ils sont arrivés les premiers‚ tous les considéraient comme des gens estimés. Les Kachinas‚ en tant que spationautes‚ savaient où se trouvait la nouvelle terre et ils les y ont amenés. Les Kachinas pouvaient le faire car ils possédaient des boucliers volants ; notre peuple non‚ nous ne savions pas les construire. Mais tu te rappelles que les gens d’Atlantis avaient également des boucliers volants. Ils ne les avaient pas reçus des Kachinas qui les avaient quittés‚ mais ils les avaient construits eux-mêmes avec leur force malveillante ; mais ça‚ je te l’ai déjà raconté.

Longtemps avant que le continent du troisième monde‚ Kásskara‚ soit englouti‚ les premiers clans arrivèrent ici. Parmi les clans qui sont arrivés par les boucliers volants‚ se trouvaient le clan du feu‚ le clan du serpent‚ le clan de l’araignée‚ le clan de l’arc‚ le clan du lézard‚ le clan de l’aigle et le clan de l’eau. En fait‚ il y avait encore plus de clans‚ mais je t’indique ici les principaux. Sur la liste complète‚ le clan de l’arc est indiqué bien plus bas‚ contrairement à ce qui apparaît ici‚ car ce clan a mal agi dans le troisième monde. Mais les gens du clan de l’arc étaient encore importants. Même si beaucoup avaient participé à la destruction du troisième monde‚ ils n’avaient pas tous quitté le chemin du créateur. C’est pourquoi ils ont été sauvés.

Il y avait aussi une sorte de gens (le deuxième groupe) qu’il fallut transporter ici et on l’a fait à l’aide de grands oiseaux. La fête du mois de mars‚ Powamu‚ nous rappelle ces événements. J’ai participé moi-même à cette cérémonie‚ à Oraibi‚ quand je fus enfin admis dans la société Powamu. Avant la cérémonie‚ le chef de tribu chanta un chant qui évoquait le troisième monde que nous avions quitté et qui parlait de la méchante reine qui avait conquis la plus grande partie du monde et dont l’influence fut si néfaste.

C’est donc avec des oiseaux que sont venus des gens qui se trouvaient dans une phase intermédiaire vers les marches plus élevées d’une connaissance spirituelle.

Pendant ce temps‚ les gens avaient très peur‚ car le vieux continent s’enfonçait de plus en plus. Ils avaient peur et pourtant ils savaient qu’ils devaient être sauvés. Une ville après l’autre fut détruite. L’eau n’arrêtait pas de monter et couvrait une grande partie du continent.

Dans le troisième groupe se trouvaient ceux qui étaient encore au début de leur quête vers une force spirituelle. Mon clan‚ le clan des coyotes‚ en faisait partie. Je le sais de ma mère qui faisait partie de ce clan‚ ainsi que ses parents à elle. Ils avaient une connaissance précise de ces événements car ils les gardaient en mémoire afin de transmettre ce savoir comme héritage à ce continent‚ le quatrième monde.

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Les différentes directions que prirent les rescapés du continent de Kásskara (Mu) et de l’île de Talawaitichqua (Atlantis) lors de la grande destruction il y 80.000 ans.

Ces gens devaient donc venir par le troisième moyen‚ c’est-à-dire par bateaux. Ils durent lutter durement pendant longtemps. Alors que beaucoup de monde put venir par les airs‚ on dit aujourd’hui que tout le monde dut lutter pour pouvoir venir sur ce continent. On agit de cette façon pour ne pas oublier ces événements‚ car tout ce que l’on a du mal à obtenir‚ on l’estime davantage et on le garde en mémoire.

Ces gens qui étaient transportés par bateaux faisaient partie des clans inférieurs qui possédaient peu de pouvoir. C’est pour cette raison qu’ils avaient subi l’influence du clan de l’arc‚ avec son plan destructeur. Ils y participèrent mais ne firent rien de leur propre gré‚ c’est pourquoi on leur offrit d’échapper à la destruction. Dans le cas contraire‚ ils auraient été détruits comme les autres.

Pendant tout le temps où ce groupe fut en route sur les bateaux‚ ils reçurent la protection des Kachinas. Chaque clan avait un Kachina dont la tâche était de l’accompagner et de l’amener sur le continent. C’est ainsi que ce groupe fut conduit‚ en sécurité‚ sur ce continent. Les Kachinas savaient se faire comprendre mais les êtres humains n’avaient pas le privilège de pouvoir parler avec eux. Les Kachinas leur donnaient des conseils et leur indiquaient dans quelle direction ils devaient se diriger vers des îles où ils pouvaient se reposer.

Et enfin‚ ils arrivèrent dans le quatrième monde !

Il existe une cérémonie qui rappelle ce voyage en bateaux et qui est célébrée par le clan de la flûte. Ainsi‚ nous nous rappelons chaque détail et chaque étape de ce voyage. Ce même événement nous est rappelé également par les sept statues de l’île de Pâques. Il y a sept statues pour figurer les sept mondes que nous devons traverser. L’île de Pâques est la seule île sur notre chemin qui n’a pas sombré complètement dans l’océan après notre passage.

Par ces trois moyens‚ les gens furent emmenés sur le continent sud-américain afin de s’y établir. A ce moment-là‚ la partie la plus haute était déjà au-dessus de l’eau.

Mais tu dois savoir que tous ceux qui ont survécu à Kásskara n’ont pas tous pu venir ici. Nous‚ le clan des coyotes‚ étions les derniers à venir ici. Ceux qui sont pa

rtis après nous furent emmenés par des courants vers d’autres pays‚ parce qu’ils n’avaient pas été choisis pour venir ici. Certains arrivèrent à Hawaï‚ une partie du troisième monde qui n’a pas été engloutie‚ d’autres arrivèrent sur des îles du Pacifique sud et d’autres sur une île qui fait partie‚ aujourd’hui‚ du Japon‚ comme je l’ai appris il y a quelques années. Un jeune homme venu de cette île m’a rendu visite. Il avait lu “Le livre des Hopis”. Il est venu me dire que sa grand-mère lui avait raconté exactement les mêmes histoires concernant l’ancien monde. Il y a donc un certain nombre de gens qui n’ont pas pu venir ici‚ alors qu’ils ont la même origine et viennent du même continent‚ Kásskara. C’est pourquoi‚ sur les îles Hawaï‚ les initiés s’appellent Kahuna qui était le même nom que Kachina.

Le destin des Atlantes

Tous les habitants d’Atlantis ne périrent pas quand leur continent fut englouti. Ceux qui ne voulurent pas participer à l’attaque de Kásskara par leur reine furent sauvés. Naturellement‚ ils voulurent‚ eux aussi‚ venir sur notre nouveau continent‚ mais le créateur nous avait promis que nous aurions la nouvelle terre pour nous seuls‚ pendant très longtemps. Bien qu’il n’y eut encore aucun Hopi sur ce nouveau continent‚ les Atlantes ne pouvaient pas venir ici‚ en Amérique du Sud. Le créateur ne voulait pas les avoir ici. Il envoya des Kachinas pour les empêcher de se diriger vers l’Ouest‚ car même si les survivants n’avaient pas suivi leurs chefs‚ ils restaient quand même des Atlantes.

Dans des temps anciens‚ quand fut créé le troisième monde‚ les Atlantes avaient des Kachinas comme nous. Mais les Kachinas partirent quand les Atlantes commirent des péchés. Alors‚ il ne restât aux Atlantes que le chemin vers l’Est‚ dans des régions que l’on appelle aujourd’hui l’Europe et l’Afrique. Mais on leur avait ôté leurs pouvoirs. Ils étaient cloués au sol‚ ils ne pouvaient plus voler. Ils ne pouvaient survivre que s’ils partaient par petits groupes et chaque groupe n’emportait qu’une petite partie du savoir global qu’ils possédaient auparavant.

C’est la raison pour laquelle les hommes‚ là-bas‚ n’ont aucun souvenir de leur histoire qui fut comparable à la nôtre. Quand ils détruisirent le troisième monde‚ le créateur les mit à un niveau culturel très bas. Mais après leur punition‚ qui dura des centaines d’années‚ ils recommencèrent à se développer. Pense à la culture des Egyptiens. Pour nous‚ les Hopis‚ ce temps n’est pas loin.

Tout ceci fait également partie de la tradition des Hopis.

TOOWAKACHI‚ LE QUATRIÈME MONDE

Táotoóma‚ la terre

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La Porte du Soleil à Tiahuanaco

Ceci est maintenant notre nouveau continent‚ Tóówákachi‚ le quatrième monde. Le mot signifie “le beau pays pour tous les hommes”. Nous savons que nous sommes les premiers hommes à être venus ici et que le créateur nous a promis que nous y serions seuls‚ entre nous‚ pendant longtemps. Avec ce quatrième monde‚ nous sommes au milieu de la durée de la terre et de l’humanité. Nous sommes dans le quatrième d’un total de sept mondes que nous devons traverser. Trois sont derrière nous‚ trois sont devant nous. Ce fait est exprimé dans nos rites impénétrables ainsi que dans les ruines qui furent trouvées au Mexique et en Amérique du Sud. En ce qui concerne le temps‚ nous avons déjà dépassé le milieu des sept mondes‚ car la durée de chaque monde à venir est plus courte.

La partie du quatrième monde qui est sortie la première de l’eau s’appelle Táotoóma. C’est une abréviation‚ nous les utilisons souvent. Dans votre langue‚ ce nom signifie “l’endroit qui fut touché par le bras du soleil”. Nous‚ les Hopis‚ disons que c’est la première partie vue par les aigles qui furent envoyés par les Kachinas. Les aigles volent très haut et ils ont vu le nouveau pays sortant de l’eau‚ c’est pourquoi nous avons de l’estime pour les aigles. Ainsi‚ nous étions dans le nouveau pays et le dernier groupe arriva enfin par bateau. Avec leur arrivée‚ la migration se terminait.

Quand nous fûmes debout sur la côte de ce continent‚ nous regardâmes en arrière et nous vîmes les îles qui sombraient. Les Kachinas nous donnèrent le troisième œil et nous vîmes tout : la disparition de notre terre mère et des îles.

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Les deux symboles de la Terre-Mère des Hopis.

Je dois t’expliquer encore quelque chose. Tous les gens qui sont venus dans le quatrième monde et qui ont vécu à Táotoóma‚ n’étaient pas tous des Hopis. Nous devrions plutôt dire que nos ancêtres se trouvaient parmi ces gens‚ seulement ceux qui sont arrivés à Oraibi et qui y furent accueillis définitivement s’appellent des Hopis.

Un temps assez long s’est déroulé entre l’arrivée des premiers‚ sur les boucliers volants‚ et des derniers‚ en bateaux. On dit qu’il fallut 3.000 ans pour que nous soyons tous rassemblés. Tout cela s’est passé il y a très longtemps‚ car l’arrivée de ceux qui étaient sur les boucliers volants eut lieu il y a 80.000 ans. Nous avons une façon très simple de parler des grandes périodes de temps : un Soomody signifie 1.000 ans‚ Soo veut dire étoile et tu sais combien il y a d’étoiles ! 4.000 ans ne sont donc que quatre Soomody et il y a 80 Soomody depuis que la migration a commencé.

Ceux qui sont arrivés ici ne purent s’installer que dans cette région qui n’était pas très grande. Dans cette région‚ nous devions tous vivre ensemble. Cela montre pourquoi mon peuple est certain que nous étions les premiers‚ les seuls sur ce continent. Il y a des tribus en Amérique qui sont venues beaucoup plus tard‚ parce que la glace avait fondu dans le nord‚ je t’en parlerai plus tard.

Longtemps avant que tout ceci ne se passât‚ le créateur nous avait montré les planètes. Il nous fit cette offre formidable après nous avoir créés en tant que créatures vivantes. Mais nous avons failli‚ nous n’avons pas suivi les instructions qu’il nous avait données‚ nous n’avons pas respecté sa loi. C’est pourquoi nous eûmes d’abord cette petite partie de terre afin d’apprendre à dominer nos sentiments et à vivre ensemble.

La ville Táotoóma

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Ruines à Tiahuanaco

Quand les premiers hommes arrivèrent sur le nouveau continent‚ ils se trouvèrent immédiatement à l’endroit où ils durent construire leur première ville.

La première ville‚ Táotoóma‚ ne fut pas construite en haut de la montagne‚ mais plus bas. Aujourd’hui‚ on ne voit plus cette ville car elle est couverte de terre et d’eau. Je te raconterai la raison plus tard. La ville était plus grande que toutes celles que nous avions eues à Kásskara. Elle avait presque la dimension de la ville de Los Angeles aujourd’hui. Tu connais bien les ruines de Tiahuanaco. Tiahuanaco était une partie de la ville de Táotoóma. Mais Táotoóma n’était pas assez grande pour tous les gens qui devaient encore venir. Et comme tu peux l’imaginer‚ le pays n’était pas encore cultivable puisqu’il venait de sortir de l’eau. Mais les Kachinas avaient demandé que tout soit prêt pour nous‚ et comme les Kachinas étaient encore avec nous‚ ils nous montrèrent comment cultiver la terre le matin et rentrer la récolte le soir. Ce fut très important pour nous‚ pendant de longues années‚ jusqu’à ce que l’eau diminue.

Petit à petit‚ la terre devint de plus en plus grande. Notre peuple commença à aller vers le Nord‚ le Sud‚ l’Est et l’Ouest. Nous pouvions commencer à explorer le nouveau continent et pour cela nous utilisions les boucliers volants. Quelques-uns de chez nous avaient atteint un rang assez élevé pour avoir le droit d’accompagner les Kachinas lors de leurs explorations pour voir comment les nouvelles colonies étaient fondées. Et petit à petit‚ il y eut à nouveau des gens qui eurent leurs propres idées sur la façon de suivre les lois du créateur divin. Ils quittèrent le droit chemin. Parmi eux‚ il y avait des gens de haut rang qui voulaient avoir des positions importantes. Ils commencèrent les premiers à faire un mauvais usage des Tawúya‚ personne n’avait jamais fait cela auparavant. Les Kachinas essayèrent de les empêcher de s’envoler dans l’univers. Nous ne devions pas nous y rendre tant que nous n’avions pas rempli toutes nos obligations dans ce monde. Mais ces gens croyaient être déjà prêts. Le créateur fut au courant de ce qui se passait et‚ peu de temps après‚ il vint en personne et dit : “Dès la première occasion dans ce nouveau pays‚ vous faillissez. Je dois vous punir.” Et il prit la ville‚ l’éleva dans le ciel‚ la renversa (la tête en bas) et l’enfonça dans le sol. Dans tous les bâtiments alentour on ressentit l’énorme souffle d’air‚ le sol trembla‚ c’était comme un tremblement de terre. Ce fut une déception pour notre créateur que nous ayons désobéi à la première occasion. Après cela‚ notre peuple décida de partir dans différentes directions. C’est ainsi que se passa la première dispersion de notre peuple sur ce continent.

Nouvelles migrations

Tout cela s’est déroulé au cours des 4.000 ans après que notre peuple fut réuni sur le nouveau continent. Tout le continent était maintenant sorti de l’eau et avait l’aspect de celui d’aujourd’hui. La terre pouvait être cultivée. Progressivement‚ notre peuple quitta les ruines de Táotoóma‚ la première ville construite dans le quatrième monde.

Ce sont surtout ceux qui restèrent fidèles au créateur qui partirent. Ils voulaient se séparer des autres afin de préserver leur vraie croyance et remplir les tâches qu’ils devaient accomplir. C’est pour cela que‚ dans toute l’Amérique du Sud‚ on fonda de nouvelles colonies. Ils ne partirent pas tous en même temps mais progressivement durant un temps assez long. Cette fois encore‚ chaque groupe eut un Kachina pour le guider. Les groupes‚ que nous appelons clans‚ durent se séparer afin de pouvoir survivre‚ mais également pour suivre l’enseignement du créateur‚ cela faisant partie de son plan divin. Durant ces migrations‚ les Kachinas purent communiquer entre eux et ils nous aidèrent de la même façon qu’auparavant. Ils nous apprirent comment semer et récolter le même jour sans attendre pendant des mois que les fruits mûrissent.

Quand nous nous fûmes éloignés des ruines de la ville détruite‚ certains Kachinas furent destinés à des garçons et des filles qui n’étaient pas encore nés. Ces enfants étaient choisis pour transmettre la mémoire véritable des événements du passé. Cela arriva bien souvent dans notre histoire. L’enfant reçoit le savoir lorsqu’il est encore dans le ventre de sa mère. Parfois‚ c’est la mère qui le reçoit pour que toutes ses pensées puissent pénétrer l’enfant avant la naissance. Pour cette raison‚ l’enfant n’a plus besoin d’apprendre plus tard‚ il faut seulement lui rappeler ce savoir qu’il reçut avant sa naissance. Tout ce que je te raconte ici ne s’est pas déroulé comme cela en peu de temps. Plusieurs centaines d’années s’écoulèrent depuis le début de la migration. Mais les enseignements des Kachinas permirent de garder nos traditions en mémoire. Souvent‚ à la vitesse de l’éclair‚ les Kachinas se rendaient chez le créateur afin de l’informer de nos progrès sur la terre. Et‚ comme je l’ai déjà dit‚ certains de nous avaient acquis un haut rang et étaient devenus très proches des Kachinas‚ alors ces derniers leur permettaient de les accompagner durant leurs vols.

Les migrations du clan de l’ours

Comme les clans se dirigeaient dans différentes directions‚ je vais te raconter maintenant l’histoire d’un seul clan‚ c’est-à-dire le clan de l’ours‚ dont faisaient partie mes pères. Je le choisit également parce qu’il fut sélectionné pour tenir un rôle de guide et de dirigeant dans le quatrième monde.

J’ai tout appris de mon père et de mon frère qui étaient parfaitement au courant de l’histoire des clans et de leurs migrations jusqu’à notre hémisphère‚ parce que nos ancêtres étaient les chefs des Hopis et des clans de l’ours depuis l’arrivée dans le quatrième monde.

Mais avant‚ je veux t’apprendre quelque chose que m’a raconté ma mère. Quand nous avons quitté la grande ville détruite‚ les Kachinas ont effacé la mémoire de tous ceux qui sont restés‚ ainsi que des générations futures. Donc‚ tous ceux qui‚ plus tard‚ vécurent aux environs des ruines‚ n’eurent pas la moindre idée de ce qui s’était passé avant. De ceux qui sont partis‚ seuls les Hopis connaissaient la vérité.

Dans le troisième monde‚ le clan de l’ours était l’un des clans les moins importants. Il n’avait pas participé à la destruction du monde précédent. C’est justement parce qu’il n’avait pas de passé chargé (par des fautes commises) qu’il fut choisi pour être le clan dominant à l’arrivée dans le quatrième monde. Le clan de l’ours a donc toujours un rang plus élevé que le clan du feu qui détruisit le premier monde‚ ou que le clan de l’araignée et le clan de l’arc qui détruisirent le deuxième et le troisième monde.

En raison de leur position de chef du clan de l’ours parmi les Hopis‚ un Kachina du plus haut rang fut désigné pour les gens de ce clan. En réalité‚ ce n’était pas un Kachina mais une déité. Il s’appelait Eototo et devait les accompagner où qu’ils aillent. Quand‚ sous la direction de Eototo‚ ils se dirigèrent d’Amérique du Sud vers le nord‚ ils connurent une période très difficile. La région qu’ils devaient traverser était terriblement chaude. Ils mirent beaucoup de temps pour traverser les forêts et pour s’habituer au climat ; beaucoup d’enfants moururent à la naissance en raison de la chaleur. Les temps furent difficiles. Ils voulaient chercher des montagnes pour sortir de cette chaleur‚ mais les Kachinas les encouragèrent à continuer et les protégèrent tout au long de la longue marche à travers la jungle. Il existe encore aujourd’hui une cérémonie qui rappelle cette protection.

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Kachina oiseau

Comme je te l’ai dit‚ plusieurs groupes quittèrent la ville détruite après nous‚ avec un Kachina à la tête de chaque groupe. Et comme les Kachinas pouvaient communiquer entre eux‚ ces groupes savaient ce qui les attendait.

Il se passa beaucoup de temps avant que la zone chaude fut derrière eux. Ils arrivèrent à mieux respirer‚ les enfants ne moururent plus et le peuple s’agrandit. Ils continuèrent en direction du nord et furent guidés vers des lacs et des fleuves par Eototo.

Après beaucoup d’années‚ ils arrivèrent à une barrière de glace et ne purent aller plus loin vers le nord. Ce n’était pas beaucoup plus au nord que la frontière canadienne d’aujourd’hui. Eototo leur dit qu’il s’agissait d’une porte qui serait ouverte plus tard pour d’autres gens qui viendraient de par là pour immigrer vers le sud. Alors‚ ils rebroussèrent chemin pour chercher un endroit accueillant. Mais le voyage n’était pas terminé. Ils durent d’abord se diriger en direction du soleil levant en traversant des régions d’où l’eau n’était pas partie depuis longtemps. Un jour‚ ils ne purent aller plus loin car ils arrivèrent devant une grande étendue d’eau. Eototo leur dit que c’était la fin du voyage vers l’est. “Maintenant‚ vous devez vous retourner et marcher dans la direction du soleil couchant.” Ils obéirent et allèrent vers l’ouest. Après de nombreuses années‚ ils arrivèrent de nouveau devant une étendue d’eau et Eototo leur dit : “Vous avez maintenant terminé votre migration‚ vous pouvez choisir où vous voulez vivre.” Mais le clan ne savait pas encore où il voulait s’installer. Après des recherches‚ il choisit cet endroit-ci où ils construisirent leur premier village et où les Hopis vivent depuis lors.

Les anciens qui venaient du ciel

Je vais te décrire une cérémonie qui nous rappelle le temps que nous avons passé dans la jungle. Elle exprime qu’il fallait montrer le chemin aux êtres humains et qu’ils avaient besoin de protection contre les animaux sauvages. J’ai vu moi-même cette cérémonie qui est célébrée tous les quatre ou huit ans au temps des Shaátlako (des Kachinas de haut rang) et elle est inhabituelle parce que l’on ne danse pas‚ on ne fait que marcher !

Dans cette cérémonie‚ on montre un groupe accompagné de quatre Kachinas : le premier marche devant‚ puis un de chaque côté‚ et le dernier marche derrière le groupe. Les Kachinas qui marchent devant et derrière sont des Kachinas de haut rang‚ des déités appelées Sólawúchim. Só veut dire “étoiles”‚ la veut dire “contenir quelque chose” et wuchim signifie “être élu”. Le nom peut donc être traduit pas “Les étoiles qui possèdent le savoir secret”.

Les deux Sólawúchim tiennent dans leur main gauche un arc et portent sur l’épaule un carquois en peau de jaguar pour montrer leur pouvoir et leur force. La ligne noire en travers de la figure‚ cachant les yeux‚ les distinguent comme étant les détenteurs du savoir secret de leur pays d’origine. L’ornement noir et blanc au cou montre qu’ils connaissent les corps célestes. La peinture bleue de leurs mocassins signifie qu’ils sont des initiés qui viennent de très loin‚ d’au-delà des étoiles. Celui qui porte la peau de jaguar est le chef‚ celui qui porte une corne sur le côté droit de la tête marche derrière le groupe et il est le deuxième chef. Le dessin de losanges de couleur bleue sur la corne montre la force électrique ou électromagnétique qui rassemble (unit) leurs planètes d’origine.

Les Kachinas marchant sur les côtés sont d’un rang inférieur. Il est important que les divinités et les Kachinas fassent partie du clan de l’arc‚ car cela démontre que le clan de l’arc a connu les mêmes événements que le clan de l’ours. Le clan du soleil et le clan du coyote ont également les mêmes traditions‚ mais seul le clan de l’arc‚ dont la tradition est la plus complète‚ célèbre la cérémonie des “anciens qui venaient du ciel”.

Et maintenant voici l’histoire : le clan de l’arc commença sa migration vers le nord à travers la jungle‚ en partant d’une ville appelée “la ville du brouillard” parce qu’il y avait souvent du brouillard. Le mot Hopi pour cette ville est Pamísky. Elle était située très haut dans la montage‚ mais Tewáletsíwa‚ du clan de l’arc‚ ne savait pas exactement où‚ en Amérique du Sud‚ mais il disait : “Si je la voyais‚ je reconnaîtrais facilement l’endroit où se trouvait la ville du brouillard.” Tewáletsíwa connaissait aussi l’histoire de la ville de Táotoóma (Tiahuanaco). Les Kachinas avaient dit au clan d’aller vers la jungle et‚ en partant de la ville du brouillard‚ le clan descendit vers les terres basses. Je suppose que la ville devait se situer quelque part en Equateur .

Quand le clan de l’arc fut prêt à entreprendre les migrations‚ les Kachinas arrivèrent pour les aider à traverser la jungle. Ils leur montrèrent le chemin et les protégèrent pendant la marche. Ils avaient surtout besoin de protection pour les enfants. Mais les enfants nés en altitude ne purent survivre‚ seulement les enfants nés dans les basses terres. Pendant la journée‚ les Kachinas protégeaient les gens ainsi que cela est montré dans la cérémonie. Les divinités faisaient du bruit avec leurs instruments (crécelles) et les autres Kachinas enfonçaient leur bâton dans la terre‚ ce qui faisait fuir les animaux sauvages. C’est seulement aujourd’hui que l’on utilise des os d’animaux pour les crécelles‚ avant on utilisait des coquillages. Aujourd’hui‚ on n’utilise plus de cuir de jaguar comme avant‚ mais du cuir de biche. Tewáletsíwa disait que les instruments en coquillages dégageaient également des ondes magnétiques. Il parlait très sérieusement des ondes et du bruit des coquillages. Quand le clan se reposait la nuit‚ les Kachinas s’élevaient comme des étoiles au-dessus de la jungle et leur lumière protégeait les gens contre les bêtes sauvages. Je voudrais ajouter que les arcs des Kachinas servaient uniquement à la protection‚ les Hopis ne tuaient pas d’animaux pour se nourrir. A Táotoóma‚ les Kachinas leur avaient demandé de réduire leur consommation de viande et de se nourrir plutôt par des plantes‚ car cela augmentait le niveau du savoir spirituel. Les Kachinas restèrent avec les gens du clan de l’arc jusqu’à ce qu’ils arrivent àPalátquapi.

Palátquapi

Quand les clans furent encore en migration en Amérique du Sud et au Mexique d’aujourd’hui‚ longtemps avant la fondation d’Oraibi par le clan de l’ours‚ beaucoup voulurent se réunir à nouveau. Ils se rappelaient le temps du malheur en Amérique du Sud et de la destruction de leur première ville et ils voulurent‚ à nouveau‚ vivre en harmonie avec le grand esprit Táiowa. Ils ne lui avaient pas obéi et s’étaient éparpillés dans toutes les directions. Sous l’influence des Kachinas‚ ils étaient maintenant décidés à revenir sur le droit chemin. Ceux des chefs qui pouvaient encore se servir de leur troisième œil‚ rassemblèrent les clans afin de fonder un centre culturel d’un niveau élevé de savoir spirituel. Chaque Hopi se rappelle cet endroit. Je crois qu’aucun Hopi ne pourrait jamais oublier cette ville qui fut construite et qui portait le nom de Palátquapi. Dans notre langue‚ cela veut dire “ville rouge”. D’après ma grand-mère‚ Palátquapi fut la première grande ville dans la partie moyenne de l’hémisphère ouest. Les groupes qui ne venaient pas dans ce centre sombrèrent de plus en plus et commencèrent à vénérer le soleil comme leur dieu et ils continuèrent à le faire. Je voudrais encore ajouter que le clan de l’ours avait‚ depuis longtemps‚ traversé cette contrée pour se rendre en Amérique du Nord afin d’ouvrir (gagner) ce pays pour nous. On a retrouvé l’endroit où se situait cette ville. Elle s’appelle maintenant Palenque et se trouve dans l’était mexicain du Chiapas. C’était une grande communauté. Elle ne fut pas construite par des esclaves‚ au contraire‚ cela ne fut pas difficile. Le fondement de tous ces travaux se situaient dans le domaine spirituel. Tout ce qui fut entrepris pour cette communauté le fut pour des raisons spirituelles. Les gens avaient fait l’expérience de ce qui était arrivé à leur première ville et voulurent se prouver à eux-mêmes que‚ cette fois-ci‚ ils feraient mieux. C’était comme s’ils voulait se racheter. C’est ainsi que fut construite cette ville et que des gens de très haut rang s’y retrouvèrent. De plus‚ les relations et les possibilités d’entente avec les Kachinas furent renouées.

https://i2.wp.com/www.antonparks.com/atlantis/palenque.jpgVue de Palenque

 

 

https://i1.wp.com/www.antonparks.com/atlantis/Tajin2.jpgPyramide de Tajin (Mexique). Elle rappelle énormément « la Grande école du savoir » des traditions hopies. Celle qui se trouvait à Palenque (Palátquapi) n’existe plus aujourd’hui.

La Grande École du savoir

A Palátquapi‚ il y avait un édifice qui fut bâti avec un soin particulier. C’était l’édifice le plus important car il devait servir à l’apprentissage. Mon père m’en a parlé quand je n’allais pas encore à l’école. Il me parla des quatre étages de l’édifice et de son utilité.
Au rez-de-chaussée‚ les jeunes gens apprenaient l’histoire de leur clan et celle du monde précédent. C’était à peu près la même chose que ce qui leur avait toujours été enseigné. Les étages supérieurs étaient les plus importants‚ laisse-moi t’en parler maintenant.
Dans le deuxième étage‚ les élèves étaient instruits sur tout ce qui concerne le plan de vie. Ils apprenaient tout sur la nature qui nous entoure‚ sur les plantes et les animaux‚ à travers un enseignement théorique et pratique – comment poussent les fleurs‚ d’où viennent les insectes‚ les oiseaux et les autres animaux‚ tout ce qui vit dans la mer‚ comment pousse et se développe chaque espèce. Ici‚ on demandait instamment aux élèves d’ouvrir et d’utiliser leur troisième œil.
Ils apprenaient aussi les matières chimiques sur lesquelles est basée notre vie. Le corps est composé d’éléments qui proviennent de la terre. Si nous n’obéissons pas aux lois et maltraitons la terre‚ nous devons souffrir non seulement psychiquement‚ mais aussi physiquement. Les maladies qui frappent le corps humain sont causées par la faute des hommes eux-mêmes – ceux qui sont malveillants et que l’on appelle aujourd’hui les faux et les hypocrites. Cela se transmet de monde en monde et c’est encore ainsi que cela se passe aujourd’hui‚ et cela restera ainsi jusqu’à ce que le créateur lui-même change cet état de fait‚ mais ça ne sera pas avant le neuvième monde.
En dehors des études‚ les élèves devaient produire la nourriture pour toute la communauté. On se nourrissait de la façon la plus pure et on ajoutait à la nourriture du corps‚ la nourriture de l’esprit. De cette manière‚ les jeunes gens avaient une grande estime pour tout ce qui les entourait. Ils apprenaient que‚ suivant l’ordre établi par le créateur‚ ils pouvaient utiliser les plantes et les animaux pour leur nourriture et pour la construction de leurs maisons. Ils en avaient la permission‚ mais avant ils devaient prier pour qu’ils comprennent que ce qu’ils prenaient était un cadeau. De cette façon‚ ils ne détruisaient rien‚ ils acceptaient les cadeaux et la vie qui les entourait restait telle qu’elle était. Encore aujourd’hui‚ chaque Hopi bien éduqué spirituellement prie et remercie. Cela est important et notre peuple devrait toujours le faire.
Cette deuxième étape était‚ en fait‚ le vrai début de leurs études et toutes leurs connaissances les accompagnaient toute leur vie.

Au troisième étage de l’édifice se trouvaient les jeunes qui avaient traversé les deux premières étapes de l’apprentissage. Ils avaient entre douze et vingt ans. Avant d’atteindre le troisième étage‚ ils avaient eu l’occasion de connaître différents hommes‚ différentes mentalités et pensées. Ils étaient assez mûrs pour avoir pu faire leurs propres observations et expériences. A présent‚ ils devaient faire connaissance avec le corps humain‚ l’esprit et notre relation avec notre origine divine.
D’abord ils s’occupaient de la tête. Le créateur nous a donné un merveilleux instrument‚ le cerveau. Là‚ toutes les pensées agissent ensemble avec la partie corporelle de l’être humain. Ils étudiaient aussi la structure de l’esprit et comment le créateur agit sur l’humanité et sur tout ce qui existe dans l’univers. Celui qui a tout parfaitement appris‚ ne connaît plus de barrières de langage. Il peut communiquer avec les plantes‚ les animaux‚ avec chaque créature de notre monde. Cela constituait une partie de ce qui était enseigné au troisième étage‚ c’est-à-dire d’accorder cet esprit merveilleux avec celui de dieu‚ comme vous l’appelez‚ ou avec notre créateur‚ comme notre peuple l’appelle.
Le deuxième point important était la voix. Les ondes sonores que nous produisons ne sont pas destinées (et limitées) uniquement à ceux qui nous écoutent‚ mais elles atteignent l’univers tout entier. C’est la raison pour laquelle elles doivent être harmoniques‚ car ainsi nous louons notre créateur. C’est pourquoi les Hopis‚ dans leurs cérémonies‚ chantent des louanges pour la nature qui nous entoure et pour les éléments.
Tout ce que nous disons est écrit continuellement‚ mais tout ce qu’un être humain dit pendant toute sa vie ne prend pas plus de place qu’une petite tête d’épingle. Tu vois combien ton magnétophone‚ ici sur la table‚ est démodé et en retard ? Toutes les voix‚ tout ce qui a été dit dans le troisième monde‚ sont gardés dans une grotte quelque part en Amérique du Sud. Ma grand-mère m’en a parlé un jour‚ mais elle m’a dit aussi que plus personne ne connaît l’endroit où se trouve cette grotte.

Puis venait l’enseignement sur tout ce qui concerne le cœur. C’est le siège de nos pensées ; ici nous trouvons la compréhension et la pitié qui sont si importantes.

L’autre côté essentiel de notre cœur est sa relation avec le sang contenu dans notre corps. Le sang a une telle importance que l’homme ne doit jamais expérimenter avec lui. Le créateur a interdit tout mauvais usage du sang. Le grand danger de ce mauvais usage se trouve encore dans le futur‚ c’est ce que l’on nous a dit.

Maintenant‚ nous arrivons à l’étage le plus élevé de l’édifice. A ce niveau‚ on étudie l’univers qui nous entoure‚ la création et le pouvoir divin.

Les étudiants étaient informés de toutes les particularités de notre système planétaire‚ pas seulement ce que l’on peut observer‚ mais aussi sur leur ordre. Ils savaient‚ et c’est pourquoi nous le savons aussi‚ que sur la lune se trouve du sable fin‚ que la terre est ronde et qu’il n’y a pas de vie sur Vénus‚ Mars ou Jupiter. Ce sont des planètes mortes sur lesquelles l’homme ne peut pas vivre. Si vos scientifiques nous l’avaient demandé‚ nous aurions pu leur dire qu’ils allaient trouver du sable fin sur la lune.

Nous avons aussi appris qu’il existe un plan global du créateur que l’être humain doit suivre. S’il faillit au plan‚ il n’est plus l’enfant de la force divine et doit être puni. La loi du créateur a l’air très simple‚ mais il est quand même très difficile de lui obéir. Tout ce qui porte préjudice à l’être humain‚ tout ce qui trouble la tranquillité (la paix) de l’homme‚ viole la loi du créateur. Il en ressort que le crime le plus grave que l’on peut commettre est la destruction de la vie d’un être humain. Rien n’est pire.

Puis on nous a donné des informations concernant le huitième monde. Ce monde existe mais personne ne sait où il se trouve. Tous les êtres humains qui meurent s’y rendent. Il consiste en deux planètes‚ l’une pour les gens bons‚ l’autre pour les méchants. Quand ce sera la fin du septième monde‚ tous les gens bons du septième monde et du huitième monde iront dans le neuvième monde. Le neuvième monde n’existe donc pas encore. Il ne sera créé qu’en temps voulu‚ ici sur cette terre. Le neuvième monde ne se terminera jamais‚ il sera éternel. Les gens méchants resteront pour toujours sur leur planète‚ aveugles et dans les ténèbres.

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Dans le neuvième monde‚ il n’y aura plus de différences de races. Tu prendras ma couleur de peau ou moi la tienne‚ nous ne le savons pas‚ mais il n’y aura plus de races différentes. Nous devrons travailler et tout sera merveilleux. Mais ce dont parlent les Chrétiens – des anges et tous ces gens qui jouent de la harpe – ça n’existera pas. Notre créateur n’est pas un paresseux.

C’est tout‚ en ce qui concerne l’apprentissage et l’enseignement. L’édifice même‚ dans sa construction en gradins‚ du sol jusqu’au dernier étage‚ représentait pour nous le savoir croissant‚ l’ascension vers les niveaux supérieurs de l’esprit‚ la compréhension croissante pour les miracles de notre monde. D’après notre tradition‚ un tel édifice existait également à Táotoóma.

L’enseignement était donné par les Kachinas. Le créateur était mis au courant de nos progrès car il était en relation avec les Kachinas par transmission de pensées. Le choix des personnes pouvant aller dans cette école était également décidé par les Kachinas‚ car ce sont eux qui désignaient les enfants avant leur naissance pour une telle vie d’apprentissage‚ de dévouement et d’abnégation. C’est pourquoi seuls les Kachinas étaient capables de désigner ceux qui pouvaient monter de niveau et atteindre finalement le dernier étage de cette grande école de la vie. Peu d’entre eux atteignaient le but. Ceux qui y parvenaient étaient en harmonie parfaite avec le créateur divin‚ c’est pourquoi je les appellerai des “grands hommes saints”.
A ce propos‚ je dois te parler d’un homme que j’ai eu la chance de connaître. Son nom était Aápa. Il appartenait au clan de mon grand-père‚ le clan du blaireau‚ et il fut l’un des grands visionnaires de notre temps. De tels hommes sont parfois appelés hommes-médecine‚ même par nos gens‚ mais en fait ils ne le sont pas. Les événements que j’ai vécu avec lui‚ et les choses qu’il faisait étaient pour moi remplis de mystère. Souvent‚ il utilisait son troisième œil. Un jour‚ il m’a dit que l’on pouvait changer de côté‚ c’est-à-dire passer du côté corporel de notre vie vers le côté spirituel. La frontière entre les deux serait à peine perceptible. Tous ceux qui voient avec leur troisième œil peuvent la traverser. Aápa nous a montré également comment on peut‚ à l’aide de la lune‚ voir l’autre côté de la terre. Il nous a montré et enseigné beaucoup de choses que tu ne pourrais pas croire sans les voir toi-même. Il fit ces choses en présence de mes parents et‚ en tant que fils aîné‚ je pus y assister. Je pourrais t’en dire plus mais‚ pour quelqu’un qui n’a pas vécu lui-même de telles expériences‚ ce serait difficile à croire ou à comprendre. Il nous disait encore que tout ce savoir provenait justement du quatrième étage de l’édifice en question et fut transmis à ses ancêtres desquels il le tenait.

Tous ces hommes qui consacrent tout leur temps à ces tâches importantes‚ marchant sur un chemin étroit‚ sont confrontés à de nombreux dangers et tentations. Mais il a toujours existé des hommes qui atteignirent ce but élevé. Aujourd’hui‚ un tel homme est appelé Náquala‚ ce qui signifie conseiller ou bienfaiteur‚ et cela montre son abnégation et son dévouement dans la vie et ses devoirs envers son peuple en tant que guide. Un tel homme ne se laisse pas détourner de son chemin de vérité.

A tous ceux qui avaient atteint ce but‚ les Kachinas leur accordaient la faveur de ne pas être obligés de mourir ; ils pouvaient quitter notre terre sans être morts. Cela a déjà existé dans la ville de Táotoóma (Tiahuanaco). Ces gens nous ont quitté réellement dans leur corps humain et sont partis vers un système planétaire que nous ne connaissons pas.

Les Kachinas nous encouragèrent à apprendre beaucoup pour pouvoir atteindre le plus haut rang. Ils nous rappelaient toujours que la vie était devant nous et que nous ne devions jamais oublier ce que nous avions appris dans cette Grande Ecole. Ils nous dirent aussi qu’un jour‚ dans l’avenir‚ il y aurait encore des malheurs et que nous devions tout faire pour rester proches du pouvoir divin.

Malheur et déchéance

Pendant des siècles‚ les gens de Palátquapi restèrent sur le droit chemin. Partout régnait l’harmonie. Après un certain temps‚ certains clans commencèrent à partir pour s’installer plus loin. Plus les nouvelles colonies s’éloignaient et moins elles avaient de contacts avec nos enseignants les Kachinas. Les hommes qui avaient atteint le niveau le plus élevé de notre Grande Ecole furent envoyés comme délégués dans ces nouvelles colonies. Ils utilisaient leur troisième œil pour choisir les jeunes gens à qui ils pouvaient transmettre leur savoir. Mais‚ finalement‚ beaucoup de colonies perdirent le contact avec nos guides et quittèrent le droit chemin. A l’intérieur des clans et aussi entre les différents clans‚ des disputes éclatèrent et eurent pour conséquence de séparer les clans. Encore plus de gens quittèrent Palátquapi. Ils partirent en Amérique Centrale et au Yucatán. Ils construisirent des villes‚ et de grandes cultures y prirent également naissance.

A nouveau une époque survint où même des guides spirituels se mirent du côté des pécheurs‚ je veux dire que eux aussi quittèrent le droit chemin. Et le temps arriva où notre peuple fut à nouveau séparé.

Les clans les plus importants qui quittèrent Palátquapi furent le clan du serpent et le clan de l’arc. Mais de ces deux clans‚ des parties importantes restèrent à Palátquapi. Il s’agissait de gens qui continuaient à obéir aux lois du créateur. Je dois ici t’expliquer la structure de nos clans‚ pour que tu comprennes la répercussion que peut avoir une telle scission.

Pour comparer‚ imagine deux frères portant naturellement le même nom de famille. Quand un des frères déménage‚ il y aura deux fois le même nom de famille‚ une fois dans la ville et une fois ailleurs. Je vais citer le clan du serpent comme exemple. Comme tous les clans‚ le clan du serpent comprend plusieurs groupes. Dans le cas présent‚ ce sont six groupes appelés également clans‚ car nous avons un serpent à six têtes. Le groupe le plus élevé est le clan Kaátoóya. Kaátoóya est le serpent qui montre la direction de l’ouest‚ c’est-à-dire du coucher du soleil‚ la mort. D’après la tradition du clan du serpent‚ c’est le serpent le plus important car c’est lui qui prononce la sentence quand nous quittons la terre. Ici‚ tu peux voir comment nous utilisons et parlons des symboles. Les gens pensent que nous n’avons rien d’autre‚ mais c’est faux car nous savons ce qu’il y a derrière les symboles. Dans le cas présent‚ Kaátoóya est la divinité la plus importante du clan du serpent‚ mais nous parlons d’elle comme d’un serpent. Pour les autres cinq directions‚ il y a chaque fois un serpent et un clan. Quelques-uns des clans du serpent étaient devenus désobéissants envers leur divinité Kaátoóya‚ à Palátquapi‚ et sont partis. Mais trois clans – ouest‚ est et nord – sont restés avec leur divinité. C’est pourquoi nous pouvons dire d’un côté que le clan du serpent avait quitté la ville et de l’autre côté que le clan du serpent était resté en ville. Tu vois‚ il n’y a pas de contradiction. Dans le cas du clan du serpent‚ il arriva même que ceux qui sont partis ont fait plus tard la guerre contre leur propre divinité la plus élevée.
Comme je l’ai dit‚ les clans qui sont partis de Palátquapi ont construit beaucoup de villes. Quelques ruines de ces villes furent retrouvées‚ mais on en découvrira davantage dans le futur‚ il y aura donc plus de preuves pour notre tradition. La capitale du clan de l’arc était le grand centre de Tikal. On y a trouvé une sculpture d’une tête en pierre avec un serpent dans la bouche. Il s’agit de la divinité Saáviki. Je te raconterai plus tard une histoire à son sujet.

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Vue aérienne de Tika

Le Yucatán fut peuplé par le très puissant clan du serpent. Là aussi‚ beaucoup de villes furent construites. Sur de nombreux rochers se trouve le serpent à plumes. Chichen Itza était la capitale. Les chefs de ces clans étaient partis de Palátquapi parce qu’ils voulaient régner eux-mêmes et‚ bientôt‚ ils se sentirent aussi forts que ceux de Palátquapi. Ils quittèrent le droit chemin et prirent des chemins différents. Jusqu’à ce moment-là‚ et pendant toute la première phase de la séparation‚ Palátquapi fut toujours le vrai centre. Je dirais que les autres villes au Yucatán et en Amérique Centrale furent des villes secondaires. Mais l’émigration affaiblissait la puissance de Palátquapi et ses chefs pressentaient qu’il y aurait la guerre. En même temps‚ beaucoup de clans restèrent attachés à leur croyance‚ la plupart d’entre eux demeurèrent à Palátquapi. Mais certains furent également parmi les émigrants et purent être‚ malgré tout‚ en mesure de rester sur le droit chemin car ils n’avaient jamais participé à la destruction des anciens mondes‚ ils étaient les élus. Quand les initiés de très haut rang‚ qui avaient atteint le quatrième niveau‚ virent le danger‚ ils se rendirent dans les autres villes afin d’obtenir une réunification‚ mais ils n’eurent plus de pouvoir sur elles.
Il y eut de nombreux démêlés guerriers dans toute la région. Le clan du serpent et le clan de l’arc – les parties de ces clans qui avaient quitté Palátquapi – se combattirent. Finalement‚ les guerres eurent pour conséquence la complète destruction des villes. Les continuelles atteintes contre les lois divines provoquèrent une telle perversion et un tel désordre dans toute la région que les gens voulurent simplement ne plus y vivre. Tout fut dégradé et personne ne put remplir correctement ses obligations religieuses. Ils ne purent rien faire d’autre que de partir à nouveau en migration. Certains de ces clans s’installèrent ici‚ à Shingópovi‚ puis à Oraibi‚ et enfin à Hotevilla. C’est pourquoi à Hotevilla‚ encore aujourd’hui‚ chaque année au mois de février a lieu la célébration du serpent à plumes.

Au cours de ces temps terribles à Palátquapi et au Yucatán‚ les Kachinas nous quittèrent. C’est depuis ce temps qu’ils ne sont plus avec nous et tout ce que nous pouvons faire est de prendre exemple sur eux. Quand ils sont partis‚ ils nous ont dit : “A partir de maintenant‚ vous ne pouvez compter que sur vous-mêmes.”

Peut-être te demandes-tu comment ce malheur a pu s’abattre sur Palátquapi et le Yucatán en dépit de la présence des Kachinas. Je peux te dire qu’à chaque fois‚ dans le passé‚ que quelque chose du même genre est arrivé‚ cela n’était pas le plan des Kachinas mais des hommes. Les Kachinas les ont mis en garde‚ mais la plupart des hommes voulaient conquérir et faire des guerres. Ils n’écoutaient pas les sermons et conseils et continuèrent à porter atteinte aux lois du créateur. C’est la raison pour laquelle beaucoup de clans et peuples furent détruits. Quand les clans menaient réellement la guerre‚ les Kachinas ne s’en mêlaient pas. Ils ne voulaient pas s’en mêler car la terre appartient aux hommes. C’est l’homme qui est responsable et il détermine ses actes lui-même. Ce que les hommes ont fait‚ ils l’ont fait d’eux-mêmes‚ et ils vont en subir les conséquences. Mais le jour du règlement des comptes n’est pas encore là. Seulement aujourd’hui‚ à notre époque‚ l’humanité approche du temps de la punition.

Beaucoup de légendes existent concernant les combats pendant ces temps de troubles et de destructions.

Háhäwooti

Un groupe de clans émigra vers le nord en direction de la barrière de glace. Quand ils arrivèrent‚ des différences d’opinion éclatèrent entre les chefs. Certains clans restaient fidèles aux anciennes croyances pendant que d’autres s’en détachaient. Ces derniers décidèrent d’arrêter la migration et de retourner à Palátquapi.
Ces clans qui revenaient du nord avaient développé leurs propres idées et enseignements. Quand‚ enfin‚ ils arrivèrent à Palátquapi‚ ils virent cette ville épanouie et les gens qui continuaient à suivre les anciennes croyances ; ils en devinrent très envieux. Les gens de Palátquapi et les nouveaux arrivants ne purent vivre ensemble à cause de leurs différences de croyances. C’est ainsi que ces derniers s’installèrent en dehors de la ville mais pas trop loin. Ils appartenaient à un clan puissant‚ le clan du feu. C’était le clan qui régna pendant le premier monde et‚ finalement‚ causa sa destruction. L’envie et la jalousie poussèrent le clan du feu à attaquer Palátquapi. Nous gardons vivant le souvenir de ce combat par quelques-unes de nos cérémonies dans lesquelles les héros de ces démêlés apparaissent.
L’un des clans qui restèrent à Palátquapi et ne continua pas sa migration fut le clan Aása. Aása veut dire graines de moutarde‚ qui faisait partie de notre nourriture en hiver à nos débuts ici‚ à Oraibi. Le nom du clan fut transformé plus tard en Astak mais‚ à l’époque‚ c’était toujours le clan Aása. Les gens de ce clan obéissaient à leurs chefs et restaient fidèles aux enseignements des Kachinas.
Parmi eux se trouvait une famille avec trois enfants‚ une fille et deux garçons‚ qui jouèrent un rôle important dans cet événement de notre histoire tribale. La fille s’appelait Háhäwooti. Elle était très têtue et écoutait à peine ses parents. Mais elle était forte et‚ tout en étant la cadette‚ n’avait pas peur d’exécuter des travaux d’homme quand ses frères étaient absents. Le frère aîné s’appelait Cháckwaina et l’autre Héoto.
Palátquapi était entouré d’un mur de pierres et bien protégé. La ville avait déjà été attaquée de nombreuses fois‚ mais elle avait toujours pu se défendre et détruire l’ennemi. Quand le clan du feu commença son attaque‚ Héoto courut vers la maison pour prévenir ses parents. La mère était justement en train de coiffer Háhäwooti. Elle avait disposé les cheveux en rosette en haut du côté gauche de la tête‚ maintenant elle passait le peigne dans les cheveux du côté droit. C’est alors que Cháckwaina fit irruption dans la maison pour relater ce qui se passait. Puis il regarda sa sœur et dit : “Tu as toujours agi selon ta propre volonté et tu n’obéis jamais ni n’écoutes les parents ; maintenant‚ nous allons voir si tu es courageuse et si tu peux nous aider à défendre la ville.” Háhäwooti répondit à son frère : “Je vais te le montrer.” Et avant que sa mère n’ait pu lui attacher les cheveux du côté droit‚ elle prit l’arc et les flèches et partit en courant.

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C’est pourquoi‚ dans la cérémonie‚ elle porte un carquois‚ un arc et des flèches‚ et ses cheveux sont défaits d’un côté. Elle montra vraiment beaucoup de courage pendant le combat‚ mais c’était son frère qui l’avait encouragée. Tous les trois se battirent avec courage – mais c’est surtout Háhäwooti qui guida le peuple – ils boutèrent l’ennemi hors de la ville et le poursuivirent très loin. Plus jamais il ne revint attaquer la ville. Háhäwooti‚ Cháckwaina et Héoto sont devenus des Kachinas grâce à leurs exploits. Pendant la cérémonie‚ les danseurs qui représentent les trois héros répètent et imitent leurs gestes et‚ en témoignage de leur grand courage‚ Háhäwooti et Cháckwaina ne sont pas obligés de danser avec les autres danseurs (Kachinas)‚ ils ont un rôle déterminant et peuvent sortir du rang. Ils portent des masques noirs‚ ce qui n’a rien à voir avec la race mais est le signe qu’ils sont maintenant des initiés et ne sont plus des êtres humains. La vraie signification de la couleur noire est le symbole de tout ce qui est mystérieux‚ connu seulement du créateur.
Sur un côté du visage de Cháckwaina est dessinée une lune‚ et sur l’autre une étoile. Ces symboles sont très importants. Comme nous le savons‚ la lune est loin de la terre‚ mais encore visible‚ la lune attire l’attention sur une grande distance dans l’univers‚ c’est pour reconnaître la distance encore plus grande de l’étoile. Cette étoile est le signe du système planétaire où habitent les Kachinas. Cette étoile et ses planètes ne sont même pas encore connues par les astronomes actuels. Elles ne seront découvertes qu’à la fin du septième monde. C’est à ce moment-là que nous serons informés de la Confédération des planètes mais aujourd’hui‚ dans l’état actuel de nos connaissances‚ nous ne pouvons pas encore nous y rendre.
Tu vois que pendant nos cérémonies‚ les actes de Háhäwooti et de ses frères jouent un rôle important. C’est de cette manière que nous gardons l’histoire en mémoire et que nous savons exactement ce qui s’est passé.

Le combat entre le clan du serpent et le clan de l’arc

C’est également une histoire importante. Depuis le combat‚ beaucoup de temps s’est écoulé et notre peuple a beaucoup marché pour arriver enfin ici‚ sur notre terre. Mais nous avons toujours gardé vivant le souvenir de tous ces événements réels qui se sont passés‚ même si les membres d’un certain clan‚ qui sont toujours parmi les Hopis‚ n’aiment pas beaucoup y penser. Je veux te raconter cette histoire parce que l’on a trouvé des preuves sous forme de dessins rupestres et de sculptures.
Comme je l’ai déjà mentionné‚ parmi les guides spirituels‚ une scission s’était produite. Certains voulurent continuer à enseigner et à éduquer les jeunes gens en harmonie avec notre important héritage spirituel. Le clan du serpent en faisait partie. Mais d’autres‚ dont le clan de l’arc‚ ne voulurent pas continuer ainsi. Ce clan avait déjà agi de la sorte quand il participa à des accords qui conduisirent vers la destruction du troisième monde‚ ce fait étant connu par les Hopis.
Nous connaissons également la forme d’énergie qui fut utilisée pendant ce combat. Les scientifiques de nombreux pays travaillent au développement de telles armes.
Le clan de l’arc affirmait que sa façon de vivre l’avait rendu plus fort et il a provoqué le clan du serpent‚ ainsi que d’autres clans. Ils acceptèrent le défi.
Avant de continuer cette légende‚ je dois te dire encore quelque chose sur le clan du serpent. Nous‚ les Hopis‚ nous sommes les seuls à avoir comme symbole le serpent à six têtes. Une tête est dirigée vers l’est‚ une vers le nord‚ une vers l’ouest‚ une vers le sud‚ une vers le haut et l’autre vers le bas. Il s’agissait des directions spirituelles des différents clans du serpent de cette époque-là. Chacun des six serpents avait sa propre signification et ses propres tâches. Je ne veux pas tous les expliquer ici mais seulement celui qui joue un rôle dans cette histoire‚ à savoir celui qui montre la tête vers le bas‚ qui agit sous la surface de la terre. Nous connaissons vraiment un serpent qui s’enterre sous le sable et que nous appelons serpent des sables‚ il est connu sous le nom de “Sidewinder” (un serpent à sonnette du désert). En raison de la puissance de ce serpent‚ le clan du serpent fut “invité” à assurer la défense de la ville et tu verras bientôt pourquoi.
Les chefs des deux côtés se rencontrèrent afin de fixer les règles du combat. Il y eut d’importantes querelles comme aujourd’hui parmi les chefs d’états. On se mit d’accord pour que le combat commence deux jours après la fin de la réunion et que chaque côté essaye‚ pendant quatre jours‚ de conquérir la ville de l’ennemi. Le clan de l’arc voulut bien que ce soit le clan du serpent qui commence les hostilités‚ mais ce dernier dit : “Non‚ vous nous avez provoqués‚ c’est donc vous qui commencerez.” On s’est mis d’accord ainsi. Le combat devait commencer chaque jour au lever du soleil et se terminer quand le soleil touche l’horizon. Ce ne fut pas une guerre où l’on se bat homme contre homme avec des massues ou des arcs et des flèches. Les villes étaient distantes de 80 à 100 kilomètres l’une de l’autre et il s’est agi d’une guerre scientifique et technologique entre deux groupes très puissants. C’est pourquoi les deux clans n’aiment pas en parler‚ même aujourd’hui.
Pendant les deux jours suivants‚ toutes les préparations furent entreprises et‚ le troisième jour‚ quand le soleil apparut au-dessus de l’horizon‚ le combat commença. Le clan de l’arc bombarda la ville du clan du serpent avec les armes les plus fortes et les plus effrayantes dont il disposait. Ce qu’il utilisa est appelé aujourd’hui de l’énergie électrique‚ similaire à la foudre. Ce clan du serpent s’y était préparé. Le serpent que j’ai mentionné précédemment aida les gens à aller sous la terre et à se protéger avec un bouclier puissant et une sorte d’énergie électrique. Pendant la journée‚ seuls les chefs apparaissaient de temps à autre sous un bouclier pour voir la position du soleil. Ce fut difficile pour tous et tout le monde était soulagé quand le soleil se couchait et que tout redevenait tranquille. Il n’y avait plus ce tonnerre comme à chaque fois que la force puissante touchait le bouclier. On enleva le bouclier et tout le monde put sortir.
Le clan de l’arc savait qu’il n’avait fait aucun mal au clan du serpent et que ce dernier l’attaquerait le lendemain. Et maintenant‚ c’était au tour du clan de l’arc de faire des préparatifs de protection. Le jour se leva et le clan du serpent attaqua la ville du clan de l’arc. Il se donna beaucoup de mal ; ce fut comme un tir avec des explosifs atomiques tant les armes du clan du serpent étaient puissantes ! Mais le clan de l’arc avait également un bouclier puissant‚ car les deux côtés avaient fait d’importants progrès scientifiques. Et ainsi‚ le clan de l’arc put survivre ce deuxième jour. Le troisième jour‚ aucune décision ne tomba‚ mais le clan de l’arc perdit sa chance de victoire. Le quatrième jour arriva et donc la dernière chance de victoire était pour le clan du serpent. Il fit tout son possible mais ne put briser le bouclier de l’adversaire. Après quelques heures‚ dans l’après-midi‚ le clan du serpent décida de tenter quelque chose d’autre pour montrer sa force à l’adversaire. On cessa de tirer et on fit l’usage des capacités du serpent de pouvoir s’enterrer. Ils construisirent un tunnel au-dessous des fortifications du clan de l’arc.
Les gens du clan de l’arc s’étonnèrent que les bombardements s’arrêtent avant le coucher du soleil. Ils se demandèrent ce qui se passait ou si le clan du serpent avait abandonné. Ils étaient encore à se poser ces questions quand le chef du clan du serpent sortit du tunnel et dit : “Nous sommes ici et vous êtes vaincus. Nous pourrions vous tuer maintenant. Nous n’allons pas vous tuer‚ mais à partir de maintenant votre divinité Sáaviki doit porter un serpent dans la bouche lors de notre cérémonie‚ tous les quatre ans.” Ce fut la fin du combat.
Dans notre région‚ il y a des dessins rupestres avec un homme portant un serpent dans la bouche et‚ à d’autres endroits‚ se trouvent des sculptures qui montrent la même chose‚ par exemple à Tikal. Pour rester dans notre mémoire‚ la divinité du clan de l’arc porte un serpent dans la bouche pendant la cérémonie Powámuya‚ ici à Oraibi.
C’est ainsi que les Hopis se rappellent ce qui se passa il y a longtemps au Yucatán.

L’éclatement

Après ces temps très troubles à Palátquapi et au Yucatán‚ nous nous sommes désunis. Palátquapi même ne fut pas détruite par la guerre. Les gens sont partis‚ Palátquapi avait perdu sa puissance et fut finalement détruite par un tremblement de terre. C’était quand le serpent fut remonté (parvenu en haut) et les jumeaux commencèrent leur long voyage. Beaucoup de clans reprirent leur migration‚ mais d’une manière isolée les uns des autres. Les Kachinas nous aidaient seulement en nous montrant le chemin. On n’utilisait plus de vaisseaux spatiaux. Cette fois-ci‚ nous devions vraiment nous battre. Nous devions mériter de posséder cette terre.

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Ancien dessin gravé sur un rocher près d’Oraibi.
Cette gravure est antérieure à l’invention des avions !

Les migrations s’effectuèrent en direction des quatre points cardinaux. Les gens étaient venus du sud et maintenant‚ sur cette partie du continent‚ ils devaient se diriger vers le nord‚ l’est et l’ouest. Notre peuple était en marche dans toute l’Amérique du Nord. Des ruines et des tombeaux sur l’ensemble du continent attestent de nos mouvements. Nous sommes le seul peuple qui‚ même durant les migrations‚ construisirent des maisons en dur. Le créateur le souhaitait ainsi. Nous ne montions ni tentes ni huttes légères‚ seulement de vraies maisons‚ dans lesquelles nous restions parfois plusieurs années avant de poursuivre notre chemin. De tels lotissements ou leurs ruines montraient aux groupes qui arrivaient après nous que nous étions passés là longtemps avant eux.
D’autres groupes méprisaient l’ordre. Certains commencèrent les migrations et ne les terminèrent jamais ; d’autres restaient sur place quand ils trouvaient une région qui leur plaisait.

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Le rocher où les différentes tribus ont gravé leurs symboles
lors des différentes migrations (Grand Canyon)

Ils ne restaient que peu de groupes qui obéissaient toujours aux lois et qui transmettaient les vraies traditions. Tous les autres n’avaient plus la même religion‚ il leur manquait le savoir‚ alors que Táiowa les avait tous créés.

Casas Grande

Les clans s’étendaient sur toute l’Amérique Centrale et l’Amérique du Nord. Les quelques clans qui continuèrent à respecter les lois essayèrent de trouver des guides spirituels. Ils cherchaient des enseignants car ils savaient qu’ils ne pouvaient pas remplir ce rôle eux-mêmes. Alors‚ à nouveau‚ quelques chefs spirituels décidèrent de réunir leurs clans afin d’enseigner aux jeunes générations le plus haut niveau de compréhension concernant les relations entre les hommes et le créateur‚ et enfin pour leur transmettre tous nos merveilleuses traditions qui‚ depuis le premier monde‚ sont restées vivantes à travers et malgré toutes les migrations et les temps difficiles.
A cette époque‚ on construisit la merveilleuse ville que l’on appelle aujourd’hui Casas Grande. Il semblerait que seulement quatre clans importants y aient vécu. Aujourd’hui‚ nous y trouvons les symboles du clan de l’aigle‚ du clan du serpent‚ du clan du maïs et du clan des fantômes. Il reste également des traces pouvant être des symboles d’autres clans.
Je me rappelle bien d’un jour‚ quand j’allais encore à l’école‚ où j’étais assis près de mon père. Il me demanda ce que j’avais appris à l’école. Il ne sembla pas satisfait de ma réponse et commença à me parler de cette ville.
Quand plus tard j’eus la chance de pouvoir la visiter avec mon père‚ je l’ai trouvée exactement telle qu’il me l’avait décrite‚ ainsi que son frère ultérieurement. Or‚ ils n’avaient jamais été à cet endroit. Alors comment ont-ils pu la décrire aussi précisément ? Naturellement‚ parce que leurs pères leur en avaient parlé de nombreuses fois. C’est de cette manière que nous gardons nos traditions. Les quatre clans se donnèrent beaucoup de mal pour attirer d’autres clans et‚ pendant un certain temps‚ cette ville devint un centre important. Sa fin arriva quand elle fut attaquée par le clan de l’araignée. Les clans qui habitaient la ville se défendirent avec courage‚ mais quand l’ennemi détourna la rivière qui alimentait la ville‚ ils durent renoncer. Ils n’ont pas capitulé car ils ont creusé un tunnel par lequel ils se sont tous sauvés. Les Kachinas ne les accompagnaient pas car‚ comme je l’ai déjà dit‚ ces derniers pouvaient se rendre invisibles pour quitter la ville. Cette ville fut le dernier grand lieu de rassemblement avant la réunification finale‚ ici à Oraibi.

Oraibi

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Shungópovi est (avec Oraibi) un des plus ancien village du continent américain ayant été habité continuellement depuis sa fondation.

Il est connu que d’ici viendra la vraie connaissance. Oraibi est le plus vieux village de ce continent ayant été habité continuellement depuis sa fondation. Même les scientifiques furent obligés de l’admettre‚ d’une certaine façon. Ils ont examiné le bois ayant servi à la construction de nos maisons et ont conclu que le village fut créé vers 1150. Cela vous semble peut-être vieux‚ mais pour nous ce n’est que quelques siècles. Les archéologues ont jugé‚ d’après le bout de bois le plus vieux qu’ils ont trouvé‚ mais en réalité trois villages se trouvent en-dessous des bâtiments actuels et le premier village fut fondé il y a 4.000 ans. Oraibi ne fut pas le premier village de cette région. Le tout premier s’appelait Shungópovi et se trouvait au pied de la falaise du deuxième plateau‚ en-dessous du village actuel qui porte le même nom. Après quelques temps‚ il y eut une dispute entre deux frères à propos de la femme de l’un d’eux. Le plus jeune‚ Machito‚ décida de quitter le village et de fonder son propre village. Il l’appela Oraibi‚ et il s’appelle encore ainsi aujourd’hui. Comme Machito faisait partie du clan de l’ours et connaissait toutes les traditions de ses ancêtres‚ il apporta quelque chose qui‚ aujourd’hui‚ représente la possession la plus précieuse des Hopis‚ c’est-à-dire les quatre tablettes (planches) sacrées. Ce sont ses aînés qui les lui ont remis quand il décida de fonder son village.

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Seconde tablette du Clan de l’Ours (recto-verso)

Plusieurs centaines d’années s’écoulèrent avant que tous les clans qui devaient venir soient arrivés. Déjà‚ longtemps avant la fondation d’Oraibi‚ les clans qui devaient venir s’installer ici avaient été choisis. Mais même ces clans choisis ne purent venir quand ils le désirèrent. Ce sont leurs Kachinas qui devaient leur dire : “Maintenant‚ il est temps pour vous d’y aller”‚ et ils sont venus. Ce fut la dernière fois que les êtres humains purent voir leurs divinités. A partir de là‚ d’autres Kachinas furent désignés pour rester avec les clans‚ mais seulement sous une forme spirituelle‚ et non plus corporelle‚ ne l’oublie pas. Chaque clan qui désirait venir à Oraibi devait d’abord s’installer à quelques kilomètres d’ici. Il y a de nombreuses ruines dans les environs qui furent de tels sites provisoires. Après un certain temps‚ les clans pouvaient envoyer leurs représentants pour rencontrer nos chefs afin de demander la permission de pouvoir s’installer ici durablement. Ils devaient raconter toute leur histoire passée‚ l’histoire de leurs migrations‚ où ils étaient allés‚ ce qu’ils avaient fait et s’ils avaient suivi les lois divines. Toute leur histoire complète devait être rapportée à mes pères du clan de l’ours. Mais‚ pour pouvoir être acceptés‚ il ne suffisait pas d’avoir terminé la migration‚ les clans devaient aussi préciser comment ils pensaient participer aux cérémonies successives annuelles. Il existe un cycle annuel qui n’est complet que si toutes les cérémonies de chacun des clans sont représentées et si l’ensemble se complète. Par conséquent‚ un clan qui voulait s’installer à Oraibi devait être en mesure de contribuer à notre cycle‚ avec sa propre cérémonie.

Les premiers clans qui arrivèrent après le clan de l’ours furent le clan des fantômes (clan du feu)‚ le clan de l’araignée et le clan du serpent. Tous ces clans réunis ne représentaient pas un très grand nombre d’habitants‚ car seuls les clans choisis étaient ceux qui vivaient en concordance avec le plan du créateur.

Certains clans ne purent être acceptés‚ bien qu’ayant la même origine que nous‚ mais ils n’avaient pas terminé leur migration. Ils s’installèrent dans les environs et on les désigne aujourd’hui comme les tribus pueblos. Bien sûr‚ le mot pueblo est d’origine espagnole‚ mais nous‚ nous leur donnons toujours leur vrai nom‚ comme par exemple les Si’os‚ que l’on appelle maintenant souvent Zuni‚ ou les Lagunas‚ les Pawaatees et les Hóotitim‚ entre autres.

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Cérémonie chez les Indiens Pueblos de Santa Clara

D’autres clans ne purent être acceptés pour d’autres raisons‚ notamment le clan Aása. Ses membres vécurent un certain temps dans le Chaco Cañon‚ puis ils souhaitèrent venir ici. Ils nous montrèrent leur cérémonie‚ mais nos chefs dirent : “Non‚ nous n’en n’avons pas besoin.” Alors ils se sont souvenus des champs fertiles quelque part dans le Sud et ils y sont retournés. Beaucoup plus tard‚ ils sont devenus le grand peuple des Aztèques. Comme je te l’ai déjà dit‚ le clan Aása s’appelait à cette époque-là Astak‚ et les Espagnols en firent Aztèques. Quelques membres sont restés dans les environs‚ et c’est pourquoi nous avons toujours un clan Aása.

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Troisième tablette du Clan de l’Ours (recto-verso)

Plusieurs siècles passèrent avant que nous soyons tous réunis. Mon clan‚ le clan des coyotes‚ arriva en dernier. Le clan des coyotes arrivait toujours à la fin. C’était déjà le cas en quittant Kásskara pour venir sur ce continent‚ et ce fut pareil à Oraibi. Cela ne veut pas dire que nous sommes lents‚ mais simplement que c’est notre destin. C’est comme un signal quand le clan des coyotes arrive : c’est la fin‚ après ça plus personne ne sera accepté. C’est aussi la raison pour laquelle les Kachinas portent une queue de renard dans le dos. Quand‚ après cette grande marche de Sikyátki‚ nous sommes arrivés à Oraibi‚ nous étions encore une fois les derniers‚ et plus personne ne vint à Oraibi après nous.
Comme tu le sais‚ Oraibi se trouve dans une région sèche et il n’est pas facile de comprendre pourquoi nous nous sommes installés ici définitivement. Laisse-moi te dire la raison : le clan de l’ours n’est pas venu dans cette région par hasard. C’est sa divinité qui le lui a demandé‚ car ici se trouve le centre de l’univers. En réalité‚ il se trouve à environ trois kilomètres au sud d’Oraibi‚ dans la vallée. L’endroit s’appelle Tuwánassáwi. Des gens du clan des Kachinas y ont vécu‚ il reste encore des ruines. Je ne t’en dirai pas plus‚ nous n’en parlons pas à d’autres gens.
Aujourd’hui‚ notre village tombe en ruines‚ parce que nous nous trouvons à la fin d’une période. Nous le reconstruirons dans le cinquième monde‚ mais ce sera à un autre endroit. Peut-être notre Oraibi actuel sera reconstruit comme lieu de souvenir national‚ mais il ne s’agit pas de la reconstruction d’Oraibi dans le cinquième monde dont je viens de parler.
Je voudrais répéter ici un point important : seulement quand un clan avait la permission de s’installer ici définitivement‚ les membres devenaient des Hopis‚ ceux qui sont restés fidèles aux lois du créateur‚ les rares élus‚ sont venus ici et sont devenus des Hopis.

Tant que nous étions en migration‚ on nous appelait le peuple d’alêne‚ ce qui se dit dans notre langue “Móochi”. Bien sûr‚ les Espagnols ont encore une fois mal prononcé ce mot et nous ont appelés Moquis. Pendant des millénaires‚ nous étions un petit peuple parmi les nombreuses tribus. Il y eut toujours des épreuves‚ des échecs et des tentations‚ et beaucoup furent éliminés.

Même ici nous avons eu nos problèmes‚ même encore aujourd’hui. Je te rappelle seulement les disputes parmi notre peuple il n’y a pas si longtemps‚ comme à l’époque de Patátquapi. Comme les disputes‚ les séparations de Patátquapi se répétèrent quand des gens sont partis d’Oraibi et fondèrent Hotevilla‚ puis Bakávi‚ et sont partis à Móenkopi et Kyákostsmovi. Vois-tu comment l’histoire se répète ?

Parmi les autres événements‚ c’est l’arrivée des Espagnols qui a bien sûr tout changé. Mais avant de t’en parler‚ je veux d’abord te raconter l’histoire de Húck’ovi.

Húck’ovi

J’ai entendu cette histoire très souvent depuis ma plus tendre enfance. Húck’ovi se trouve sur le prochain plateau‚ de l’autre côté des basses terres‚ juste en face d’Oraibi. Nous gardons ce souvenir vivant‚ car il nous montre ce qu’il va arriver au monde entier. Nous saurons quand le temps sera venu‚ car tout se passera à nouveau comme ça.

Le village fut fondé par le clan du front. C’est un des trois clans qui ont un rapport avec la chaleur et l’énergie. C’est la chaleur qui détruit et c’est la chaleur qui purifie‚ c’est pourquoi ces clans sont si importants. Par ordre de puissance‚ il y a d’abord le clan du feu‚ puis le clan du soleil‚ puis le clan du front. Leur divinité est Macháqua‚ le crapaud à cornes. Nous trouvons le signe du crapaud à cornes de nombreuses fois dans les dessins rupestres et les rochers‚ en bas. En ce qui concerne le clan du feu‚ on sait ce qu’il a fait avec le premier monde‚ il l’a détruit. Le clan du front reçut son nom durant la migration. Ce fut le dernier des trois clans qui arrivèrent au Pacifique. Les deux autres clans furent là bien avant et c’est pourquoi le clan du front devait se dépêcher pour arriver ici‚ dans cette région. Les gens de ce clan ne pouvaient reposer leur front qu’une nuit sur la plage‚ puis ils devaient prendre le chemin du retour. Et comme ils furent en retard et durent se presser‚ ils ont moins de considération et de puissance que les deux autres.

Le temps arriva où les gens n’écoutèrent plus leur chef dans leur village‚ jusqu’à lui désobéir et lui manquer de respect. D’après une vieille coutume‚ on ne peut régler une telle chose que par le départ des gens et la destruction du village. C’est ce qui s’est passé avant‚ avec le troisième monde‚ puis avec Táotoóma‚ Palátquapi‚ Casas Grande – ça se répète sans cesse. Et ça se répète aujourd’hui dans le monde entier‚ pense à toutes les disputes‚ contradictions et au manque de respect. C’est pourquoi nous‚ les Hopis‚ nous savons que la fin du quatrième monde arrivera bientôt. Nous en sommes proches.

Donc‚ on a pris la décision de détruire le village par un feu et une explosion après une dernière cérémonie. Certains ne crurent pas au feu et à l’explosion et restèrent au village pour voir ce qui allait se passer. D’autres sont partis avant la cérémonie. Trente hommes et trente femmes participèrent à la cérémonie. Chaque femme portait un plateau tressé sur lequel se trouvait de la farine de maïs pressée‚ avec un trou au milieu. Autour du trou‚ il y avait deux anneaux‚ l’un d’hématite rouge‚ l’autre d’hématite jaune. La masse jaune avait peut-être un rapport avec l’uranium que l’on a découvert à l’est de chez nous. Du trou sortait une flamme‚ quand la flamme s’étend‚ ou plutôt quand la flamme descend dans le trou‚ il y a une explosion‚ mais ça plus tard.
Le groupe de femmes et d’hommes arriva à travers les rochers par le côté ouest du village. Les femmes posèrent leur plateau à l’intérieur d’un cercle sur la place du village. Un des plateaux fut donné au chef. Il le prit et alla dans une maison pour le bénir. Puis il sortit rejoindre les hommes et les femmes qui avaient quitté le village plus tôt et les hommes et femmes qui avaient participé à la cérémonie partirent avec lui.

Comme je te l’ai dit‚ quelques hommes et femmes ne crurent pas quand on les mit en garde et ils restèrent. Quand les flammes disparurent dans les trous‚ il y eut une grande explosion et une chaleur intense‚ et tout le village et les gens qui étaient restés périrent. Même certains de ceux qui étaient partis plus tôt furent incommodés par la chaleur et il fallut les porter.

Les survivants ne purent aller à Oraibi parce que le temps n’était pas encore venu. Comme je te l’ai déjà dit‚ uniquement ceux qui pouvaient venir à Oraibi étaient ceux pour lesquels les Kachinas avaient déterminé le bon moment. C’est ainsi que le clan du front continua sa migration. Plus tard‚ ce clan fut le dernier à être accepté parmi les clans du feu. L’événement de Húck’ovi s’est déroulé il y a plus de 3.000 ans. Nous avons toujours une chanson concernant cet événement. On n’y dit pas pourquoi Húck’ovi fut détruite‚ mais seulement ce qui arriva après l’explosion. On chante cette chanson lors de la cérémonie de Húck’ovi‚ mais en fait il s’agit d’une mise en garde pour le monde entier. Dans cette région‚ un seul village fut détruit‚ et les gens qui sont partis à temps furent sauvés. Mais dans la chanson on dit que les gens vont de village en village et ne trouvent pas de refuge. Ils ne le trouveront nulle part‚ car ça brûle partout. Il n’y a pas de remède‚ car ce sera le feu qui détruira notre quatrième monde. Ce ne sera pas une guerre atomique‚ mais une arme électrique que l’on est en train de développer et qui sera découverte bientôt. Je ne sais pas comment agira cette arme exactement‚ mais elle enverra quelque chose qui ressemble à des ondes radio et ça partira d’une station et ça ira partout.

Arrivée des Espagnols à Oraibi

Quand les Kachinas sont partis‚ ils nous ont dit de ne pas oublier qu’il y aura‚ un jour‚ des gens d’un autre pays qui viendront nous voir pour nous parler d’une autre croyance. Ils ont donné à mes pères du clan de l’ours un bâton d’environ deux mètres de longueur sur lequel ils nous demandaient de marquer chaque année qui passait. Le bâton était de couleur noire et‚ chaque année‚ au moment de Soyál‚ nous y avons fait un trait blanc. Les gens d’un autre pays devaient venir quand le bâton serait couvert de traits du haut jusqu’en bas. Les Kachinas nous avaient demandé de rencontrer ces gens à un endroit appelé Kowáwayma‚ qui se trouve sur le Rio Grande‚ à environ cinquante kilomètres au nord d’Albuquerque. Là-bas se trouve maintenant une ruine avec‚ à l’intérieur‚ une belle et grande peinture dont j’ai copié une partie pour “Le livre des Hopis”. C’est d’ailleurs le même endroit où les Navajos s’arrêtèrent sur leur chemin de retour après avoir été libérés de prison. Ils cassèrent leurs flèches‚ les posèrent dans les ruines et ont juré de ne plus jamais causer d’ennuis aux Hopis.

Si les étrangers ne venaient pas cette année-là‚ nous devions encore ajouter cinq années sur un nouveau bâton et le lieu de rencontre‚ dans ce cas‚ devait être Sikiá’ova‚ ce qui veut dire “pierre jaune”. Cet endroit se trouve près de la vieille route menant vers Oraibi. Si‚ après ce délai‚ ils n’étaient toujours pas là‚ nous devions les rencontrer cinq ans plus tard à un endroit plus haut‚ sur la route qui s’appelle Chiwáchukha‚ ce qui veut dire “glaise durcie”. Après cinq autres années‚ nous devions les rencontrer à un endroit appelé Nahúyangowasha‚ “champs croisés”. Après encore cinq ans‚ comme dernier lieu de rencontre‚ fut fixée une place sur le bord de la falaise à l’est d’Oraibi. Le nom de cette place est Táotoóma.
Quand le premier bâton fut rempli‚ les gens n’étaient toujours pas venus. Cinq ans passèrent encore‚ et toujours rien. Ainsi passèrent cinq années après cinq années. D’après notre tradition‚ c’est Pahána‚ le frère‚ qui devait conduire ces gens sur notre continent. Pahú veut dire “eau”‚ mais nous ne le prononçons pas entièrement‚ nous le contractons et ne disons que “pa”‚ et la syllabe “ha” signifie “un voyage sur l’eau”‚ c’est-à-dire avec un bateau. Pahána est donc “l’homme qui traverse l’eau avec un bateau”‚ ce qui montre que plusieurs millénaires avant l’événement on savait déjà que les gens viendraient en bateau et non sur des boucliers volants.
Nos gens commencèrent à se faire du souci que personne n’arrivât. Le grand retard signifiait que ce n’était pas les gens attendus qui viendraient. Enfin‚ avec un retard de vingt ans‚ ils arrivèrent et nous nous préparâmes à les attendre à Táotoóma‚ comme on nous l’avait demandé. Tu te rappelles sûrement que Táotoóma était aussi le pays du continent qui sortait de l’eau‚ l’endroit “qui fut touché par le bras du soleil”. Les étrangers arrivèrent donc à cet endroit qui portait le même nom. Il y a longtemps‚ ce nom signifiait un nouveau commencement‚ et cette fois-ci‚ ce fut aussi un nouveau commencement.
Comme je l’ai dit‚ ce retard de vingt ans inquiétait mon peuple et quand les Espagnols arrivèrent‚ tout avait été préparé pour les recevoir. Nos anciens et les chefs religieux vinrent pour les accueillir. Les étrangers portaient des armures et toutes leurs armes‚ mais nous n’avions pas peur. Nous pensions encore qu’il s’agissait de frères‚ d’êtres humains civilisés. Puis la tragédie commença. Le chef d’Oraibi tendit sa main pour un “nackwách”‚ le signe de la vraie fraternité. Si l’homme en face avait compris ce signe‚ tout aurait été bien. Mais quand le chef tendit sa main‚ l’Espagnol crut qu’il voulait un cadeau et lui donna des babioles sans valeur.
Ce fut un coup dur pour les Hopis‚ les étrangers ne connaissaient pas le signe de la fraternité ! Notre peuple prit alors conscience qu’à partir de ce moment le malheur s’abattrait sur les Hopis. Et cela s’est passé ainsi‚ nous l’avons vécu.

LEGENDES

 

Yucca-Boy

Pendant un certain temps‚ quelques-uns de nos clans vécurent encore à Palátupka‚ dans le cañon Rouge‚ qui s’appelle aujourd’hui Cañon de Chelly. Les clans importants qui s’y installèrent avant de venir ici‚ dans nos villages hopis‚ furent le clan du soleil‚ le clan du maïs et le clan des nuages. En plus‚ il y avait le clan du feu et le clan du roseau. Le petit clan du Yucca était peu connu‚ avec seulement quelques membres. Ils migraient et s’installaient toujours avec d’autres clans et‚ à l’époque‚ ils s’installèrent dans un petit cañon latéral.

Le village de Walpi situé sur la première Messa

Dans une des familles naquit une fille qui‚ en grandissant‚ devint une très gentille jeune fille‚ courageuse et serviable‚ et tout le monde l’aimait bien.
Un jour‚ très loin à l’ouest (l’endroit exact n’est pas connu)‚ il y eut une irruption volcanique. Des nuages noirs couvrirent le pays et‚ pendant trois ans‚ il n’y eut plus de pluie. Le maïs‚ les haricots‚ courges et autres légumes desséchèrent. Rien ne poussa plus et les gens furent obligés d’aller dans le désert pour chercher quelque chose à manger. Tout le monde souffrit beaucoup. Les parents de la fille étaient trop vieux pour y aller. C’est donc la fille qui alla chercher de la nourriture pour tous les trois.
Avant de partir‚ elle remplit une cruche avec l’eau qui continuait à couler faiblement sous un rocher. Quand elle ne trouvait pas de nourriture‚ elle ne rentrait pas et restait dormir dehors pour poursuivre sa recherche le lendemain. La troisième année‚ la famine fut si grande que la fille fut obligée d’aller de plus en plus loin. Un jour‚ elle décida d’aller encore plus loin‚ là où personne n’avait jamais été avant elle. Elle se dirigea vers le nord‚ vers une colline‚ et pendant trois jours elle ramassa ce qu’elle trouvait‚ quand elle arriva à un joli endroit rempli de céréales et de baies séchées qui étaient encore mangeables. En fin d’après-midi elle mangea puis décida de passer la nuit et de dormir près d’une falaise. Quand elle s’installa‚ il lui sembla entendre un bruit‚ mais ne voyant aucun animal elle s’endormit dans le sable fin. Le lendemain matin‚ pensant qu’elle avait trouvé à manger‚ elle décida de rentrer lorsqu’elle entendit de nouveau le bruit de la veille. Elle se dirigea vers la colline et un étranger vint à sa rencontre. C’était un beau jeune homme dans un habit magnifique. Bien sûr‚ depuis longtemps‚ son peuple connaissait les Kachinas‚ mais depuis l’arrivée des nuages noirs‚ ces derniers semblaient avoir disparu. Quand il fut près d’elle‚ elle comprit ce qu’elle avait entendu la veille. Sa poitrine et son corps étaient couverts de coquillages qui tintaient en marchant.
Mais maintenant c’était le matin et elle n’avait absolument pas peur.
Il s’adressa à elle en disant : “ Je vois que tu as ramassé suffisamment à manger pour ta famille. ” Sa voie était douce et gentille et il semblait au courant de la famine. Elle répondit : “ Oui‚ c’est la première fois que je suis allée aussi loin et que j’ai trouvé autant. ” “ Oui‚ je comprends‚ nous vous avons observé tout ce temps et nous savons ce qui est arrivé. ”
Elle demanda d’où il venait et il répondit : “ Nous sommes les initiés et nous n’habitons pas sur cette terre. Nous venons d’une planète très éloignée‚ mais nous surveillons tout le pays. Vous allez surmonter ces temps difficiles‚ cela fait partie des changements qui interviennent actuellement sur la terre entière. ” La jeune fille fut tellement étonnée qu’elle ne posa plus de questions. Il continua : “ Cela va te sembler étrange‚ mais d’où je viens tout est beau et vert. ” Après s’être assis tous les deux‚ elle parla de son peuple et lui du sien. Ce fut une conversation merveilleuse et il demanda‚ au bout d’un moment : “ Tu n’es pas rentrée aujourd’hui. Tu ne te fais pas de soucis pour tes parents ? ” “ Non‚ c’est tellement intéressant de connaître quelqu’un comme toi‚ quelqu’un qui est si bien nourri. ” Il répondit : “ Je sais que cela t’étonne‚ mais nous ne mangeons pas de votre nourriture‚ nous vivons de l’esprit qui est dans la nourriture‚ c’est comme la rosée sur les perces-neige et il y en a beaucoup dans l’univers. ”
Puis le jeune homme demanda si elle avait faim. Elle voulut faire cuire quelque chose de ce qu’elle avait trouvé‚ mais le jeune homme lui offrit quelque chose qu’il lui avait apporté. C’était du maïs sucré‚ cela faisait longtemps qu’elle n’en avait pas mangé. Ils restèrent ensemble jusqu’à la tombée de la nuit et décidèrent de passer la nuit au même endroit et de partir ensemble le lendemain.
Il l’accompagna un bout de chemin et‚ quand elle arriva chez ses parents‚ elle leur donna tout ce qu’elle avait trouvé‚ et le maïs que le jeune homme lui avait donné. Elle raconta ce qui lui était arrivé mais ils décidèrent de n’en parler à personne.
Après un certain temps‚ la jeune fille retourna chercher de la nourriture et elle se dirigea vers la colline. Le jeune homme était là et l’attendait. Mais l’hiver arrivait et chacun savait qu’il serait encore plus difficile de trouver de la nourriture. Elle y retourna une troisième et dernière fois et le jeune homme lui donna une cruche remplie de graines. Il lui expliqua qu’elle devait conserver ces graines à l’intérieur de la maison et qu’elle devait en répandre un peu dans le noir total. Elle devait mettre les graines qui sortaient les premières de la cruche dans un panier et quitter la pièce. Quand elle y retournerait‚ les graines se seraient multipliées.
Elle fit comme il lui avait demandé et‚ chaque fois qu’elle retourna dans la pièce‚ c’était une surprise. Une fois il y avait des haricots‚ une autre fois des graines de courges et parfois du maïs. A chaque fois la corbeille était remplie. Cette cruche‚ que nous appelons la “ cruche sacrée ” ”‚ nourrit la famille tout l’hiver. Comme elle n’avait toujours pas raconté aux autres ce qui lui était arrivé‚ elle sortait parfois pour faire semblant d’aller chercher de la nourriture.
Au printemps‚ la jeune fille s’aperçut qu’elle attendait un enfant. Elle en fut étonnée et en parla à sa mère qui se fit aussitôt du souci par rapport à ce que les gens allaient penser. L’étranger était le seul homme qu’elle avait connu et à qui elle avait parlé‚ mais elle n’avait pas eu de relations avec lui. La mère était‚ elle aussi‚ soucieuse et un peu honteuse. Un jour‚ la fille décida : “ Nous allons dire que j’ai rencontré un étranger et que j’ai eu des relations avec lui. ” Un matin‚ l’enfant vint au monde. C’était un garçon. Toute la famille fut heureuse et l’accueillit bien. Après vingt jours‚ il fut temps de lui laver les cheveux. C’est un événement important dans la vie des Hopis. La famille était soucieuse car cette cérémonie doit être faite par les parents du père. Mais qui était le père et où était-il ?
Alors quelque chose d’étrange se produisit. Quand la mère de la jeune fille se décida à laver elle-même les cheveux de l’enfant‚ le brouillard se leva dans le cañon. C’était la réponse. Les initiés étaient venus pour laver les cheveux de l’enfant. Le brouillard fut le plus épais à l’endroit où la famille habitait‚ puis le brouillard devint de la pluie. Comme la mère du père n’était pas là pour donner un nom à l’enfant‚ c’est donc la mère de la mère qui donna comme nom “ Silíomoho ”‚ car la mère était du clan du Yucca‚ et elle donna le nom de la plante de Yucca qui y poussait beaucoup plus haut qu’ici‚ dans cette région.

La pluie était revenue‚ ce fut la fin de la famine. L’enfant était magnifique et grandissait de manière superbe. Quand il fut devenu un beau jeune homme‚ il demanda la permission d’aller chasser seul. Il se dirigea vers le nord‚ vers la colline‚ mais c’est seulement le troisième jour qu’il réussit à tuer un animal. Il se prépara un bon repas et mit le reste de la viande à sécher. Le lendemain‚ quand il se réveilla‚ un jeune étranger se tenait à côté de la viande. Il lui dit : “ Tu es enfin venu pour chasser. ” Sa voix était amicale et Silíomoho lui répondit : “ Oui‚ c’est la première fois que je chasse seul. ” “ Oui‚ je sais‚ je te connais bien ” répondit l’étranger. Silíomoho fut étonné : “ Tu me connais ? ” “ Oui‚ mais le temps n’est pas encore venu pour te dire qui je suis. ” Le soir‚ la viande fut presque sèche et l’étranger aida Silíomoho à la porter et lui demanda de le suivre. Il le fit monter le versant abrupt de la colline. Il faisait presque noir quand ils arrivèrent au sommet. Là‚ il y avait une maison‚ exactement comme nos kivas‚ mais plus grande. L’étranger le fit entrer. Il entendit des voix et‚ en descendant l’échelle‚ il vit un groupe de femmes et de filles Kachinas assises le long du mur. La plupart des femmes étaient des Hahá-i‚ les plus gentilles des femmes Kachinas. Elles lui souhaitèrent la bienvenue et il s’assit près des hommes‚ au milieu de la pièce. On lui servit un bon repas et l’étranger lui dit : “ Comme tu es venu dans notre maison‚ je veux te dire que nous sommes nombreux sur toute la terre‚ et moi je suis ton père. ” Silíomoho fut incapable de parler. C’était donc ça‚ son père était l’un des initiés‚ c’est pourquoi sa mère et ses grand-parents ne lui avaient rien dit. Son père lui dit : “ Le temps n’est pas encore venu pour te dire exactement qui je suis et ce que je fais.


Cérémonie d’Indiens Hopis habillés en Kachinas
en haut d’une Kiva (dans les années 1920)

 

Tu es un être humain et tu n’es pas encore l’un des nôtres‚ mais tu le seras un jour. Mais maintenant‚ tu dois passer trois épreuves. Nous allons voir si tu vas survivre. ” Pendant les trois nuits suivantes‚ le garçon dut choisir soigneusement des endroits pour passer la nuit et il fut assailli par des bêtes sauvages et des tempêtes terribles. Mais comme il avait‚ à chaque fois‚ bien choisi son emplacement‚ il réussit à survivre et à passer les épreuves avec succès.
Le matin‚ après la troisième nuit‚ son père apparut et lui dit : “ J’ai tout le temps espéré que tu survives. Je t’ai mis à l’épreuve de toutes mes forces‚ mais maintenant je sais que tu es fort. Tu dois être fort‚ car l’avenir apportera beaucoup de difficultés pour ton peuple. ” Ils retournèrent à la kiva ensemble où Silíomoho fut reçu avec beaucoup de chaleur et de gentillesse. On lui servit un bon repas et beaucoup de Kachinas chantèrent et dansèrent pour lui. Après une bonne nuit‚ son père arriva : “ J’ai déjà fait mon travail ce matin. J’ai béni la terre avec de la rosée et maintenant nous pouvons partir car ta mère et tes grand-parents doivent se faire du souci pour toi. ” Puis il prit le paquet avec la viande séchée que le garçon avait préparée et ils prirent le chemin du village du garçon. Près du village‚ ils s’arrêtèrent et le père dit : “ Maintenant‚ tu dois continuer seul. Je vais t’aider à porter ton paquet mais tu ne me verras pas. ” Le père était devenu invisible. Le garçon fut accueilli avec joie. La mère partagea tout de suite la viande avec ses voisins. Puis Silíomoho raconta ce qui lui était arrivé‚ tout ce que son père lui avait appris concernant l’avenir difficile de leur peuple et que plus tard‚ dans sa vie‚ lui Silíomoho deviendrait le chef d’une planète très éloignée. Le nom de son père était Hólolo.

Par la suite‚ chaque fois qu’il y avait du brouillard dans le cañon‚ les gens disaient “ c’est Hólolo‚ le père de Silíomoho. ” Et même encore aujourd’hui‚ nous appelons le cañon de Chelly‚ cañon du brouillard. Silíomoho devint un membre important et plus tard un chef apprécié de son peuple. Ses capacités furent d’une grande aide. Il pouvait prédire quand il pleuvrait ou combien il y aurait de neige‚ quand ils devaient semer et comment conserver les récoltes.

Ce don fut un cadeau de son père.

L’ENERGIE

A Kásskara‚ toute la puissance et l’énergie dont nous avions besoin provenaient du soleil. Nous pouvions en bénéficier partout et les lignes électriques n’étaient pas nécessaires. Mais je ne sais pas comment cela fonctionnait.

Nous avions un appareil‚ en fait nous en avions beaucoup‚ avec un cristal à l’intérieur pas plus gros qu’un pouce. A l’époque‚ les gens n’avaient pas besoin de travailler la pierre avec un burin‚ pendant des jours. Tout ce qu’ils avaient à faire‚ c’était d’orienter l’appareil par rapport au soleil et ils pouvaient fendre la pierre avec l’énergie solaire.

Tous les sons étaient mémorisés dans des cristaux. Tous les enregistrements du troisième monde se trouvent dans une grotte en Amérique du Sud. Ma grand-mère me l’a dit un jour mais personne ne sait plus où elle se trouve. Si la grotte était découverte un jour‚ je pourrais tout reconnaître à l’intérieur.

Quand nous sommes venus sur ce continent‚ nous avons bien sûr emmené de tels appareils‚ ainsi que toutes nos connaissances. Là-bas‚ en Amérique du Sud‚ les gens pouvaient soulever d’énormes blocs de roche en tendant les mains sans y toucher. Aujourd’hui‚ on est étonné et on ne comprend pas comment les gens ont pu bâtir de telles villes‚ mais à l’époque c’était facile.

La plus grande efficacité des capacités de l’être humain se trouve dans le bout des doigts. Ils peuvent émettre beaucoup de force et en absorber autant. Pense aux hommes-médecine qui posent leurs doigts sur ton corps et sentent toutes les vibrations. Ils ressentent aussi les vibrations qui ne devraient pas s’y trouver et localisent ainsi la maladie.

A une certaines époque‚ on utilisait aussi le mercure‚ mais je ne sais pas exactement dans quel but. D’après notre tradition‚ il en existait deux sortes‚ une liquide et une solide. Il y aurait un rapport avec la chaleur et l’équilibre‚ mais je ne sais pas si‚ au point de vue scientifique‚ cela signifie quelque chose pour toi. Les gens du clan “ deux cornes ” l’ont utilisé‚ c’est ce que m’a dit un homme du clan de l’arc.

Les gens avaient techniquement un niveau élevé‚ mais ils n’ont jamais utilisé la force pour détruire des vies. Tout ce savoir s’est progressivement perdu et les gens ont dû travailler de plus en plus dur. Aujourd’hui‚ toutes ces bonnes choses sont dissimulées et nous voyons avec étonnement ce que l’on a réussi à faire dans le passé. Pour comparer‚ on pourrait dire que c’est aujourd’hui que nous vivons dans une époque sombre.

LES SYMBOLES

Le symbole du plan de vie des Hopis

Quand nous sommes installés en Amérique du Sud‚ après notre arrivée‚ nous avons commencé à documenter notre présence. Nous avons exprimé notre savoir historique et spirituel à travers des symboles. Nous en faisons autant aujourd’hui‚ car nous avons hérité ces symboles de nos pères et nous connaissons le sens des chiffres et des lignes. Nous savons ce qu’ils signifient et ce que l’on peut exprimer à travers ces symboles.

Nous avons laissé nos symboles partout où nous avons vécu ou migré. On peut trouver les preuves de notre savoir dans toute l’Amérique du Sud jusqu’au continent nord-américain : des dessins rupestres‚ des céramiques‚ des bâtiments. Les gens disent que nous n’avions pas d’écriture. Mais c’est justement notre écriture et ce sont nos messages qui sont présents partout sur les deux continents et qui n’ont pas encore été détruits.

Nous avons écrit nos symboles sur de la roche car elle n’est pas facile à détruire par le temps. Nous avons décoré nos céramiques avec des symboles et nous en faisons toujours autant aujourd’hui. A chaque fois que nous avons quitté une installation provisoire‚ pendant nos migrations‚ nos enfants brisaient dans tout le village toutes les céramiques et les laissaient comme un legs. La céramique ne peut pas être détruite. On peut la briser mais les morceaux restent toujours. D’autres peuples et des générations futures viendront et les trouveront‚ et ils sauront que nous avons été là avant eux.

Et il y a les bâtiments‚ les ruines. Si on fait attention à certains signes caractéristiques‚ alors on peut les trouver partout en Amérique du Sud et ici. Par exemple‚ il existe des tours‚ des tours circulaires et des tours carrées. La tour ronde est le symbole féminin‚ la tour carrée le symbole masculin.

La forme en T ou le trou de serrure est très importante. Nous l’avons depuis le premier monde. Cette forme est un symbole pour le plan du créateur. C’est pourquoi les fondations de nos kivas ont cette forme en T. Et comme je parle justement des kivas‚ je veux ajouter quelques autres significations symboliques de cette construction. L’étage inférieur représente le premier monde‚ l’étage supérieur le deuxième monde‚ et l’ensemble‚ de l’arrière jusqu’au devant‚ représente le troisième monde. Sur le toit plat se trouve une plate-forme surélevée qui représente notre monde actuel‚ le quatrième monde. Maintenant‚ tu comprends pourquoi les kivas sont si importantes pour nous.

Et naturellement‚ il existe les grands édifices du passé. Les références aux multiples mondes ne manquent pas. Combien de symbolisme et de savoir sont exprimés à travers eux. La référence aux différents mondes se trouve partout‚ dans le nombre d’étages des pyramides‚ le nombre des portes sur les toits des bâtiments : les trois mondes du passé‚ le quatrième‚ le monde actuel‚ le cinquième monde et les sept mondes que l’humanité doit traverser au total. Même les neuf mondes sont mentionnés‚ à savoir les deux mondes appartenant au créateur. Et les sculptures et la position des bâtiments. Nous pourrions écrire un livre supplémentaire sur la signification des découvertes dans les ruines mexicaines et sud-américaines. Je t’ai déjà parlé de la forme en T à Teotihuacan‚ de la signification des degrés‚ pourquoi il y a un trou dans l’édifice de la pyramide du soleil et la signification des serpents des deux côtés des marches. Dans toute chose il y a une signification‚ et l’histoire est inscrite partout. Nous sommes des gens ayant une orientation spirituelle et les historiens et les archéologues doivent se rendre compte qu’ils devront d’abord nous comprendre‚ avant de pouvoir expliquer les ruines.

A l’époque actuelle‚ nous portons ces chiffres symboliques avec nous ou plutôt dans nous. Pas dans une forme matérielle mais d’une manière plus subtile. Par exemple‚ pendant une cérémonie‚ quand des Kachinas dansent sur la place du village‚ ils forment leurs groupes à seulement trois endroits‚ pour montrer les trois mondes que nous avons traversés. Ils ne peuvent pas former un quatrième groupe puisque le quatrième monde n’est pas terminé. Je dois également mentionner les chants que nous chantons pendant les cérémonies. Un tel chant comporte cinq strophes‚ ce qui signifie que nous allons nous rendre dans le cinquième monde. Comme tu le vois‚ les Hopis savent exactement où ils se situent dans le plan des mondes : entre le troisième qui a été détruit‚ et le cinquième‚ le prochain monde que nous devons atteindre. Nous savons que nous nous trouvons dans le quatrième monde situé au milieu de sept mondes que nous devons traverser au total. Nous n’avons pas besoin de le dire‚ car tout est exprimé symboliquement dans nos cérémonies. Pourquoi noter quelque chose par écrit qui est enracinée si profondément et exprimée si clairement dans nos cérémonies ?

Tout le symbolisme utilisé par les Hopis nous rappelle les vérités que nous avons apprises il y a longtemps. Mais seulement nous‚ les Hopis‚ connaissons et comprenons ce symbolisme‚ aucune autre tribu ne peut en faire autant‚ même si beaucoup d’entre elles utilisent maintenant des symboles hopis. Elles ne voient que l’extérieur et n’ont pas la connaissance.

Si tu vois nos symboles quelque part en Amérique du Sud‚ en Amérique Centrale ou sur ce continent‚ pense que nous savons encore aujourd’hui ce qu’ils signifient. Et pense que nous savons tout cela par notre passé et par ce que nos pères nous ont transmis et que nous gardons toujours vivant.

Et n’oublie pas que le savoir des Hopis est encore plus étendu : nous savons que nos voix‚ même sans son‚ sont imprimées dans l’atmosphère et que c’est indestructible ! Des rochers et des ruines peuvent disparaître un jour‚ mais ce que nous disons‚ et ce qui se passe dans nos âmes sur un niveau plus élevé‚ ne sera jamais détruit.

 

LE MOT DE LA FIN

Chacun d’entre nous est né avec une prédestination et doit remplir sa tâche dans ce monde. Longtemps avant ma conception‚ il fut décidé que cela ferait partie de ma destinée de transmettre toutes ces choses. C’est pourquoi je suis venu pour parler avec toi.

Tout au début de ton enregistrement‚ je t’ai dit que l’histoire de mon peuple représente une mise en garde pour vous. J’espère que tu as maintenant bien compris cet avertissement. As-tu remarqué comment l’histoire se répète toujours et toujours ? Et tu as vu que le créateur punit l’humanité quand elle transgresse les lois et dévie ou quitte le droit chemin.

Je t’ai parlé beaucoup de notre histoire‚ de l’histoire du peuple élu. Je sais qu’elle ne correspond pas à ce que vous avez cru jusqu’à maintenant. Naturellement‚ les scientifiques voudront nous corriger‚ comme ils le font toujours. Ils ne nous comprennent pas et ne peuvent donc pas comprendre notre histoire et nos opinions. Mais nous‚ les Hopis‚ reconnaissons dans les événements d’aujourd’hui la même chose que ce qui est arrivé vers la fin du troisième monde. Nous voyons ce qui se passe dans le monde‚ la corruption‚ les assassinats‚ et nous savons que nous sommes sur le chemin de la destruction. On peut éviter cette fin terrible si nous retournons sur le chemin du créateur‚ mais je n’y crois pas. La prochaine grande catastrophe n’est pas loin‚ seulement quelques années. Cela doit vous sembler étrange dans votre monde‚ mais nous le savons.

Nous‚ les Hopis‚ nous le savons.

 


Cérémonie chez les Indiens Pueblos de San Juan‚ frères des Indiens Hopis.
Les Pueblos ne furent pas intégrés aux Hopis‚
car ils n’ont jamais fini leur migration

Sources:antonparks.com

L’histoire de…l’univers ! Essai


Source: manuscritdepot.com

  https://fondationlitterairefleurdelysaccueil.files.wordpress.com/2013/03/logo-flfl-02.png?w=605

 

Auteur: André Lefebvre

Ouvrage: L’histoire de… l’univers !

Année: 2015

 

Présentation
Einstein prédisait que « la théorie de grande unification », qui expliquerait tout et qu’il a cherchée toute sa vie, serait d’une telle simplicité qu’un enfant de 5 ans la comprendrait facilement. La théorie en question permettrait de dévoiler l’histoire complète de l’univers. Voici donc ma version de l’histoire en question.
À l’époque de ma jeunesse, la « théorie » du Big bang faisait fureur. À tel point, que même le Pape Pie XII s’en mêlait. Je me rappelle, un soir, vers l’âge de 8 ans, j’ai quitté la table familiale furieux parce que mes parents ne comprenaient pas ce que je tentais d’expliquer au sujet de ce fameux Big bang. J’espère avoir amélioré mes explica-tions depuis.
J’ai mordu à cet hameçon scientifique en 1951 et, 64 ans plus tard, je n’ai pas encore décroché. Rapidement, s’est ajouté à ma curiosité, la théorie de la « relativité » d’Einstein. Je peux confirmer, aujourd’hui, que cet « espace-temps » est extrêmement fascinant. Depuis cette époque, mon esprit y puise énormément de plaisir et de satisfaction, que je vais tenter de vous transmettre.
Je dois à mes parents, mon caractère réfractaire à « apprendre par coeur, sans comprendre ». Leur discipline était toujours précédée « d’explications »; jamais « im-posée ». De sorte que je doutais toujours de tout et n’acceptais que ma compréhension du sujet. Sans m’en rendre compte, je défendais le droit à la « connaissance » contre les abus de pouvoir du « savoir ».
Vers 1960, s’installa, chez nous au Québec, « la Révolution tranquille ». Ce fut une transformation sociale importante. Elle consista, foncièrement, à rejeter la « connais-sance » au profit de la « compétence ». Ce fut, en réalité, un mouvement mondial. Le virage visait à augmenter le niveau de « production » de l’homme. Le résultat en est qu’aujourd’hui, on « agit » sans avoir besoin d’y penser. Le hic est que l’on parle de la même façon, sans réfléchir. Étant de la vieille école, je me sens plus « rassuré » quand je pense avant d’agir ou de parler. Vous déciderez si je fais de même avant d’écrire.
Par contre, le résultat de cette révolution sociale fut quasi incroyable. La tech-nologie progressa à un point tel, que moi, le « vieux » qui a connu la livraison « porte-à-porte » par le laitier au moyen d’une voiture tirée par un cheval, j’en reste « bouche bée ». À cette époque, je dois le dire, la nourriture goûtait quelque chose. Nous n’étions pas épuisés d’avoir « mâché » un steak. On en était plutôt revigoré. Aujourd’hui, tout ce que je peux dire, c’est que : la nourriture est… belle. Surtout celle des grands restaurants

qui nous présentent quelques bouchées, striées transversalement d’une ligne continue de « sirop » qui donne un certain goût additionnel. C’est très joli.
Âgé de 71 ans, il est temps de donner mon opinion résultant de cette recherche constante sur l’univers. Je ne me targuerai pas d’avoir solutionné tous les problèmes de la science actuelle; mais je peux vous garantir que je ne me suis laissé inculquer aucune « vérité » ayant ni queue, ni tête. Aussi peu valable que puisse être une « réflexion » de 64 années, je me dois quand même, par simple respect personnel, de la mettre sur papier afin d’en laisser l’accessibilité aux intéressés potentiels. Voici donc : « L’histoire de l’univers ».
Amicalement
André Lefebvre

 

Prologue
La structure de l’évolution de l’univers, acceptée actuellement par la science, est tellement « naturelle » qu’elle nous laisse pantois devant sa simplicité. On appelle cette structure : le Modèle Standard. Croyez-le ou non…
— Ok, je ne te crois pas!
— Toé, dégage!
… ce fameux modèle standard n’est basé que sur une seule découverte, sans laquelle il n’existerait pas. Elle fut faite par un sportif, ancien boxeur catégorie poids lourds, arpenteur et autres emplois, qu’il pratiquait durant ses études. Au fond de lui, cependant, couvait une fascination pour la science de l’inconnu. Et, à cette époque, l’inconnu c’est ce qu’il contemplait, le soir, au-dessus de sa tête; l’immensité de l’espace habité par les étoiles.
Il étudie donc les mathématiques, la physique, la chimie et l’astronomie. Pour satisfaire les désirs de son père, il étudie également le droit et accepte de devenir avocat. Il pratique le droit, pendant un certain temps, à Louisville au Kentucky USA. Mais cela ne le satisfait pas et il n’aime pas la profession. Il abdique et part enseigner l’espagnol, la physique et les maths au New Albany High School. Pour ajouter du plaisir quelque peu dans sa vie, il accepte d’être entraîneur de l’équipe de basquet, pratique la pêche lors de ses temps libres et…fume la pipe.
En 1914, il entreprend des études postuniversitaires qui lui feront obtenir, en 1917, un doctorat en astronomie. Sa voie est maintenant tracée et sa vie prend la seule direction qui l’intéresse vraiment. Il n’abandonne pas pour autant l’autre de ses grandes passions, la pêche à la mouche. Cela lui permet d’aérer son esprit de temps à autre; ce qui lui évite de partir à la dérive vers l’imaginaire fictif que semble pouvoir parfois produire, l’air raréfié des endroits clos comme les bureaux d’études. Nous verrons que la pêche à la mouche semble manquer à plusieurs de nos scientifiques d’aujourd’hui.
À cette époque, la science limitait l’étendue de l’univers à la seule Voie lactée. Personne n’imaginait que l’espace puisse être plus grand que notre galaxie. La Voie lactée était, pour tous, « l’univers entier ». Quelle ne fut pas la surprise générale lorsque Hubble, en étudiant les nébuleuses, découvrit et prouva qu’il existait « d’autres uni-vers ». Car c’est ainsi que la presse présenta ses découvertes; Hubble avait découvert « d’autres univers ». Le résultat fut que dans plusieurs esprits, s’installa « l’évidence » qu’il existait « d’autres mondes » que le nôtre. Les conséquences furent que de nos

jours, on se sert de cette « croyance » pour présenter des théories comprenant des « unIvers parallèles ». On a complètement oublié la signification exacte du mot « univers » qui représente « tout ce qui est ». Personne ne se rend compte que certaines théories prétendent, effrontément et sans vergogne, qu’il existe des choses supplémentaires à « tout ce qui est ». Comme vous pouvez le voir, la logique est disparue de l’intellect. C’est là une conséquence directe du « virement social » vers la « compétence » au détriment de la « connaissance » dont j’ai parlé dans ma présentation de ce livre. On ne se donne plus la peine de « penser » avant de « dire ». D’autant plus qu’on n’ose plus s’élever contre les élucubrations de ces membres de l’élite sociale, qui sont qualifiés de « compétents ». Il devient alors indispensable pour nous, de ne pas aborder les données « con-pétantes » sans y porter un oeil un tant soit peu critique; car il est possible que le manque de « connaissance » du « savoir » compétent risque de nous faire avaler des « sottises » inqualifiables.
Un autre « illogisme » de la science actuelle est de baser son opinion d’une façon chronologique à partir des premières découvertes dans l’histoire humaine, pour y agencer, de peine et de misère, les découvertes subséquentes. De sorte qu’aux données de Galilée, on aboute les « formules » de Newton, auxquelles sont « adaptées » les « découvertes » d’Einstein. Quand ça ne marche plus, on invente ce qu’il faut pour que « ça marche » et le tour est joué. Le résultat s’apparente aux dernières toiles de Picasso. C’est beau mais, pas tout à fait compatible à la réalité. Cette notion du « ça marche » fut adoptée la première fois dans l’histoire, par Isaac Newton. Il disait, en parlant de sa « Force de gravité » : « Une force qui agit sur les objets sans aucun lien matériel entre eux, ça n’a aucun sens, mais… » Ça marche »; Alors… ». C’était il y a 290 ans et… «… ça marche » toujours chez plusieurs.
Aussi curieux que cela soit, la science augmente la qualité et l’efficacité de sa technologie sans que les résultats obtenus permettent de corriger les données « passées dates ». Encore une fois, on évite les « courbatures douloureuses » neuronales qu’en-traîne trop de réflexion. Ceux qui ont eu accès aux réflexions écrites des Grecs et des Romains, se rendent compte du nombre de paroles inutiles et insignifiantes que nous entendons et lisons constamment de nos jours. C’est assez triste à constater.

CHAPITRE 1
Le modèle standard
Nous allons tenter d’échapper à ce « conservatisme » illogique en reprenant exclusivement les données scientifiques valables, qui sont « prouvées » et laisserons de côté tout ce qui est « passé date », « hypothétique » ou « imaginaire ».
Au sujet du Modèle standard, notre description partira du début, c’est-à-dire de cette découverte de Hubble qui a permis d’établir ce modèle de l’évolution universelle qui, soit dit en passant, n’a pas encore été débouté de façon intelligente. Comme vous le verrez, la réflexion sur cette découverte nous amènera assez rapidement au début de l’univers.
J’avoue que, selon moi, le « créativisme » n’est pas une explication intelligente. J’ai déjà vécu l’expérience déboulonnante de rencontrer un « preacher » qui m’affirma que l’univers avait été créé il y a 6 000 ans et que les squelettes de dinosaures, que l’on trouvait un peu partout, avaient été sauvés des eaux par Noé. Quand je lui fis remarquer la probabilité d’un manque d’espace nécessaire, dans l’arche de Noé, pour embarquer des couples de différents dinosaures avec les autres couples d’animaux, il m’a répondu que, si j’avais réfléchi avant de parler, j’aurais compris que Noé n’avait embarqué que des « oeufs » de dinosaures. C’était un raisonnement imparable, vous en conviendrez sûrement. J’y ai réfléchi très sérieusement et j’ai alors pris conscience que la matière « occupait » un volume d’espace; et surtout, qu’elle ne le « remplaçait » pas. Et cela, grâce à Noé. Tout, de cette discussion avec le « preacher », ne fut donc pas perdu.
Hubble s’aperçut que les nébuleuses qui l’intriguaient, étaient en réalité des galaxies semblables à la Voie lactée. Ces galaxies étaient séparées par d’immenses volumes « d’espace vide » (sans occupation indue de dinosaures, ni d’oeufs). Affinant ses observations, il se rendit compte que ces « espaces vides » augmentaient de volume; c’est-à-dire que les galaxies en question, s’éloignaient de la nôtre. Il venait de découvrir que l’univers n’était pas « statique », mais bien « dynamique », ou si vous préférez : « en expansion ». La simple logique fit comprendre aux scientifiques de l’époque, que si l’univers grandissait, c’est qu’il avait été « plus petit » dans le passé. On arriva rapidement au concept de Georges Lemaître qui imagina un « gros atome primordial » comme étant le début de l’univers. Concept douteux qui faisait de l’univers un « objet matière ». Ce concept « univers-matière » persiste encore de nos jours. On remarque ainsi que la science « n’en croit pas ses yeux » même si ceux-ci perçoivent 95% d’espace et seule-ment 5% de matière. Drôle de façon d’être « objectif », avouons-le. Ce serait une conséquence directe de ne pas pratiquer la pêche à la mouche, que je n’en serais pas surpris.
Nous nous contenterons d’adopter la donnée irréfutable de cette découverte de Hubble, en affirmant, comme première prémisse à notre recherche de l’histoire de l’uni-vers que :
1 ) L’univers est un volume « d’espace en expansion »!
C’est une prémisse qu’il nous est facile d’accepter aujourd’hui; mais dans les années 20, elle se heurtait à certaines opinions établies depuis toujours. La science était convaincue que l’univers était « statique ». Tellement convaincu que l’autre grande « découverte » de l’époque en fut perturbée.
Cette deuxième « grande découverte » (en fait elle fut faite avant celle de Hubble) est à mes yeux la deuxième découverte importante et incontournable pour l’avancement de la compréhension du « dynamisme » de l’univers. L’expansion de Hubble est un « fait » observé indéniable; mais les deux « relativités d’Einstein » sont une prouesse de l’esprit humain, au niveau de l’imagination au service de la compréhension. Il est faux de prétendre que la découverte de la relativité générale est le résultat de calculs mathématiques. La preuve est qu’Einstein dut demander l’aide d’un mathématicien pour trouver son équation E = Mc2 qui est le « résultat » de sa « réflexion ».
La relativité générale est la suite d’une intuition d’Einstein qui lui fit « imaginer » une explication de la gravitation. Même sa théorie de la relativité restreinte, disant que la limite de la vitesse était celle de la lumière, fut le résultat d’une réflexion personnelle qu’il appelait lui-même, une « expérience-pensée ». C’est de cette façon que son esprit fonctionnait. Il « imaginait » des scénarios qui présentaient le problème auquel il s’adressait, et il laissait son imagination scruter toutes les possibilités de solution à ce problème. D’une certaine façon, nous verrons que l’univers adopte le même processus pour son évolution. Par la suite, il vérifiait si la solution qu’il préconisait était confirmée par les mathématiques. Aucun chercheur actuel n’acceptera cette interprétation du processus de recherche employé par Einstein. Car cela va à l’encontre de ce qui est prôné inconditionnellement par l’esprit scientifique actuel, j’ai nommé : « l’incontournable puissance des mathématiques » au service de « l’objectivité ».
Et, encore une fois, la compétence du « savoir » obstrue les exigences de la « connaissance ». On oublie que “l’objectivité” est de mettre la raison au service de l’objet, quand le pouvoir réel de l’esprit est le « raisonnement » pour comprendre les objets. La science se limite à « raisonner objectivement » au lieu « d’objectiver raisonnablement ». Elle soumet la raison à l’objet au lieu d’assujettir l’objet à la raison. De sorte qu’une

formule mathématique est, aujourd’hui, plus importante que le raisonnement que l’on peut lui appliquer.
Einstein, qui n’était ni boxeur, ni avocat, mais plutôt employé des postes ayant imaginé une nouvelle explication pour la gravitation, demanda donc l’aide d’un mathématicien pour établir la formule qui « prouverait » la justesse de son « intuition ». Mais lors de ses travaux pour établir sa formule, ses calculs démontrèrent que l’univers était « dynamique ». Comme ces travaux se faisaient avant l’arrivée de la « preuve » de l’expansion de l’univers apportée par Hubble, Einstein, face aux données scientifiques de son époque, laissa parler son « objectivité » au lieu de sa « raison ». Il refusa l’information issue des calculs dérivant de sa découverte et décida « d’immobiliser » cet univers qui osait être « dynamique ». Il y ajouta un « paramètre » qu’il a appelé : « cons-tante cosmologique ». Cet ajout éliminait le dynamisme dans ses calculs. Ce même ajout sert aujourd’hui à appuyer des concepts « imaginaires » qui éliminent les « anisotropies » qui se présentent dans les interprétations scientifiques « en vedette ».
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour moi, malgré mon grand respect pour l’esprit productif d’Einstein, je déplore énormément ce manque d’honnêteté intellectuelle qu’il a démontré. Il a faussé sa formule pour protéger un « dogme » personnel, généralisé chez les scientifiques et la population de son époque. Il a, malheureusement pour lui et aussi pour nous, bloqué déloyalement la source de « connaissance » à laquelle son intuition lui avait donné accès. Cela l’empêchera d’aller plus loin dans ses découvertes. Il passera le reste de sa vie à « tourner autour » des deux « apports » qu’il fit à la science : la relativité restreinte et la relativité générale, sans jamais aller beaucoup plus loin.
Je dis « malheureusement… aussi pour nous », parce que cette tricherie de la part d’un scientifique renommé, sera une première fissure dans le rempart de l’éthique cuirassant la science. Cette fissure s’agrandira progressivement. Au cours des décennies suivantes, de plus en plus, les chercheurs se bousculeront aux portes des revues scientifiques reconnues, pour publier un « papier » afin de se faire un nom et obtenir des subventions. Ces papiers, pour la plupart, annoncent toujours, dans son titre, une nouvelle découverte « sensationnelle »…, qui ne devient rapidement qu’une supposition hypothétique dans l’article lui-même. Certains chercheurs ont tellement peu à dire de nouveau sur leur recherche qu’une grande partie de l’article est dédié à la description des instruments extraordinaires fournis par notre technologie époustouflante dans le but de capter l’intérêt du lecteur.
Lorsque le dynamisme de l’univers fut prouvé par Hubble, Einstein avouera que sa « constante cosmologique » fut la plus grande erreur de sa vie. Je ne sais pas si quel-qu’un s’est permis de le traiter d’hypocrite et de malhonnête intellectuel. Car la preuve est là; Einstein s’était permis de réfuter et dénigrer avec intensité, les travaux du russe Alexandre Friedman qui lui avait souligné l’expansion de l’univers trouvée au moyen de la relativité. Il s’était également gaussé du jeune Georges Lemaître qui lui avait présenté

cette même expansion, en lui rétorquant : « vos idées sont correctes mais votre physique est abominable ». On ne peut pas nier qu’Einstein fut hypocrite par deux fois; car il savait pertinemment que ses calculs déclaraient un univers « dynamique ». Mais il s’est démontré prêt à « trahir l’esprit scientifique » pour défendre ses dogmes personnels.
Il est difficile de comprendre comment un esprit aussi supérieur que le sien a pu dévoiler une telle « dépendance » à une croyance aussi futile et insignifiante qu’un univers « statique ». Surtout à l’époque, lorsqu’il préparait sa formule mathématique, où sa renommée n’était pas encore établie. Remettons-nous dans le contexte. Einstein se prépare à démolir le plus grand édifice de la structure scientifique de son époque : la notion de la gravitation de Newton. Il se propose donc d’affirmer que la Force de gravité, base de toute la science, n’existe pas et qu’elle n’est qu’une « conséquence d’une déformation de la géométrie de l’espace-temps ». Avouons que ce n’est pas un combat de poids coq qu’il se prépare à livrer. Mais malgré le courage nécessaire à ce combat, il refuse de combattre l’erreur scientifique insignifiante d’un univers statique. Probablement parce qu’il n’était pas boxeur. Je ne parviens pas, du tout, à comprendre sa position.
Remarquez qu’il ne réussira pas à annuler complètement la notion gravitationnelle de Newton. La science n’acceptera que quelques « accommodements raisonnables ». Finalement, il ne parviendra qu’à faire changer le mot Force pour le mot Interaction et sa formule mathématique E=Mc2 sera adoptée par le collège scientifique parce qu’elle est plus précise que la formule de Newton, même si elle est plus complexe. Einstein fut un grand esprit réfugié dans un homme très ordinaire. C’est tout ce que je puis conclure.
Mais retournons à la recherche de nos prémisses fondamentales pour comprendre l’évolution de l’univers. Einstein vient justement de nous en fournir une deuxième qui est l’explication de la gravitation et que nous retenons :
2) La gravitation est une simple conséquence d’une déformation de la géométrie de l’espace-temps.

CHAPITRE 2
Une déformation de la géométrie de l’espace-temps

PDF iCi

 

Tout ce que l’on ne vous dit pas sur le cerveau par M. Bernard-Michel Boissier


lelibrepenseur.org

Vidéo fort intéressante, à voir absolument, concernant le cerveau. Très riche, documentée, cette vidéo est une mine d’or pour les curieux.

 

Source : Les conférences du cerveau


Ajoutée le 25 août 2016
Une des conférences de M. Bernard-Michel Boissier. Un grand merci pour cette vidéo à M. Frédéric Chomel. Pour les nouvelles conférences de M. Bernard-Michel Boissier :  https://www.facebook.com/conferences….
Catégorie Science et technologie

La Force-pensée


arbredor.com

https://arbredor.com/images/couvertures/couvforce.jpg Afficher l'image d'origine

Auteur: William Walker Atkinson

Ouvrage: La Force-pensée Son action et son rôle dans la vie

 

A la mémoire de Prentice Mulford
Ce génie, pareil à un diamant, dont l’ éclat a été momentanément
 obscurci par le faux lustre de quelques pauvres imitateurs
— nous dédions respectueusement ce petit livre avec le regret de
ne pouvoir déposer un plus digne hommage sur l’autel dédaigné.
Afin de toujours nous souvenir.
Préface
Nous livrons aujourd’hui au public ce petit livre que nous avons écrit en hâte
sur des souvenirs ou des notes anciennes et dont chaque chapitre est comme le
résultat d’une des nombreuses conférences que nous avons eu l’occasion de faire.
Ce petit livre n’a qu’un but, comme d’ailleurs les conférences qui l’ont précédé
n’en avaient eu qu’un seul:
faire connaître à chacun les forces secrètes qu’il pos-
sède et les énergies mystérieuses qui le travaillent et qu’on peut résumer sous ce
double titre :
Magnétisme personnel ou subjectif et Influence psychique. A ce
but de vulgarisation, nous avons tout subordonné : et les ornements du style et
les agréments de l’exposition.
Nous avons pensé que la sincérité, la simplicité nous tiendraient lieu de tou-
tes les qualités qu’on exige d’ordinaire de l’écrivain et qu’on nous pardonnerait
de n’avoir pas fait de la «littérature». Quand un mot familier nous a semblé
expressif, nous nous le sommes approprié
; quand une expression triviale nous a
paru bonne et heureusement caractéristique, nous y avons eu recours. Que les
professionnels du style et les délicats nous le pardonnent!
Bien des défauts, certes, sont dans notre livre et nul plus que nous les aperce-
vons et nous les déplorons. Mais nous le croyons utile en dépit de tout, et ceci
nous console.
Nous nous disons que dans cette mêlée sombre et confuse qui s’appelle la vie
et qui met l’homme aux prises avec toutes les forces mauvaises, il jettera quelques
lueurs et quelque clarté et que par lui des esprits, perdus jusque-là dans la nuit
de l’ignorance, monteront à la Lumière et à la Vérité.
Nous nous disons encore que ce petit livre sera un manuel d’énergie, qu’il en-
seignera la volonté, qu’il éduquera le caractère et qu’aux hommes de résignation
découragée et de scepticisme triste, il apprendra la fierté, le courage et l’espoir.
Voilà pourquoi nous le dédions modestement, mais avec confiance à tous les
gens de bien.
Introduction
suite…

L’atome vert – Le thorium, un nucléaire pour le développement durable


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Auteur : De Mestral Jean-Christophe
Ouvrage : L’Atome vert Le thorium, un nucléaire pour le développement durable
Année : 2011

 

 

«Aucune technologie ne doit être idolâtrée ni
diabolisée; toutes les technologies de production
d’énergie sans émission de dioxyde de carbone
doivent être prises en considération. La contribution
potentielle de l’énergie nucléaire en
faveur d’un futur énergétique durable doit être
reconnue. »

Thorium Report Committee,
Norvège, février 2008

Introduction

GÉNÉRALITÉS
«La deuxième ère nucléaire». C’est ainsi qu’Alvin Weinberg,
ancien directeur du Oak Ridge National Laboratory, aux
États-Unis, qualifiait l’espoir qu’il nourrissait pour la société,
avant de décéder en 2006. Cette deuxième ère est si révolutionnaire
que tout ce qui a été fait dans le domaine nucléaire
jusqu’à maintenant ne peut être que classifié sous une première
ère, celle vouée à être remplacée et à disparaître.
Ce livre décrit le chemin emprunté par nombre de scientifiques,
qui, dans une vision à très long terme motivée par des
idées sécuritaires, ont conçu une nouvelle manière de produire
de l’énergie, débarrassée des risques que porte la génération
actuelle de réacteurs.
Il n’est pas question ici d’apologie de l’énergie nucléaire;
toute source énergétique présentant un quelconque danger
potentiel serait certainement écartée si l’humanité trouvait le
moyen d’assurer sa consommation, croissante, uniquement
par une source renouvelable, sans impact sur l’environnement,
sans risque et sans nuisance, en un mot, la source parfaite.
Mais nous n’en sommes pas là, et toutes les sources

d’énergie connues aujourd’hui mettent d’une manière ou
d’une autre en péril des vies humaines, y compris l’énergie
solaire avec 0,44 décès et l’éolien avec 0,15 décès par
térawattheure (TWh) produit. Pour référence, l’hydroélectricité
compte 1,4 décès/TWh (on pense au barrage de Banquio,
170’000 morts), le nucléaire 0,04 décès/TWh, le charbon 161
décès/TWh (problèmes respiratoires, émanations de C02,
dispersion dans l’atmosphère de carbone-14 radioactif) et
la biomasse 12 décès/TWh. Nous en sommes actuellement
réduits à tenter de combiner, avec plus ou moins de bonheur,
divers systèmes énergétiques pour répondre à la demande et
satisfaire les exigences des uns et des autres.
Cet ouvrage se base sur la prémisse (discutable peut-être)
que la consommation mondiale d’électricité ne baissera pas
au cours des cinquante prochaines années, bien au contraire :
elle augmentera certainement. Des experts essaient d’imaginer
une société basée uniquement sur le renouvelable, et
par là il faut entendre des énergies qui ne sont pas fondées sur
le noyau de l’atome, ni celles qui produisent (directement)
du C02• Non seulement c’est mettre toutes les approches
fondées sur la physique du noyau de l’atome dans le même
panier, ce qui est intellectuellement indéfendable, mais c’est
se baser sur des scénarios énergétiques futurs pour le moins
osés. On a pu lire, en juillet 2011, que l’Académie suisse
des sciences techniques estimait possible une production à
85% de l’électricité à partir de renouvelables, à condition
que la société (suisse) divise ses besoins par trois et qu’elle
revienne à l’intensité énergétique de 1960. Ces conditions
semblent largement irréalistes, mais vu à l’horizon 2050,
c’est loin et on peut arguer que c’est une question d’appréciation.
Au niveau mondial, la « U.S. Energy Information
Administration» estime que la consommation d’électricité

devrait augmenter de 87% entre 2007 et 2035, la demande
émanant surtout des pays émergents. D’ici à 2050, la majorité
des études tablent sur un doublement de la demande, à
laquelle répondront surtout les centrales à charbon. L’être
humain n’est malheureusement pas connu pour sa discipline
et son sens de 1′ économie. L’énergie nucléaire propre a indubitablement
un bel avenir.
Il est cependant certain que les incidents et accidents nucléaires
créent une mauvaise image de la physique nucléaire et qu’en
conséquence on constate une diminution de l’intérêt des étudiants
pour cette matière. C’est le manque de compétences,
dans ce domaine qui rend la transition vers des technologies
nouvelles difficile. Par exemple, une raison pour laquelle
les ADS (Accelerator-Driven Systems, voir le chapitre à ce
sujet) ne font pas partie de la liste des réacteurs de génération
IV est l’absence de connaissances suffisantes des ingénieurs
nucléaires dans la technologie des accélérateurs.
L’amortissement des énormes investissements consentis pour
la technologie actuelle constitue également un frein important
à la recherche de solutions novatrices dans ce domaine.
Un article publié en avril 2011 par Behnam Taebi, de l’université
de Delft, Pays-Bas, pose la question du choix de l’option
moralement souhaitable pour la production d’énergie
nucléaire. Il argumente que l’option choisie doit sauvegarder
les intérêts des générations futures, et que nous, génération
actuelle, avons au moins deux obligations envers la postérité :
premièrement, de ne pas négliger ou ignorer les principes de
sécurité en faveur des générations futures et deuxièmement,
de maintenir la qualité de vie future dans la mesure où cela
est possible avec les ressources énergétiques disponibles.

LES ARGUMENTS
Les centrales au thorium seraient-elles candidates au titre
d’option moralement souhaitable? En effet, les diverses
variantes de réacteurs possèdent des caractéristiques tout à
fait extraordinaires :

– Sécurité : les particularités des réacteurs examinés plus
loin dans ce livre démontrent des qualités de sécurité intrinsèques
exceptionnelles, que ce soit par leur forte capacité
autorégulatrice, leurs systèmes de sécurité passive, la facilité
des arrêts d’urgence, l’absence de risque d’explosion et
de fonte du réacteur ainsi que par la possibilité de recourir
à la convection naturelle pour l’extraction de la chaleur.

-Abondance: le thorium est quatre à cinq fois plus abondant
que l’uranium dans la croûte terrestre. En tenant
compte du fait que 100% du thorium extrait du sol est
utilisable dans un réacteur (comparé à 0,5% de l’uranium
dans un réacteur à eau légère), il a une densité énergétique
200 fois supérieure par kilogramme. Nous disposons de
réserves mondiales, réparties sur tous les continents, pour
10’000 ans au moins, de quoi voir venir une troisième ère.
L’uranium, quant à lui, devrait être épuisé dans 80 ans.

– Durée de vie des déchets: elle n’est plus de plusieurs
centaines de milliers d’années, mais de 300 à 500 ans.
La combustion du thorium ne produit qu’une infime
partie des actinides mineurs fabriqués par la combustion
de l’uranium. La radioactivité diminue beaucoup plus
vite. De plus, le volume des déchets issus du thorium est
250 fois moindre que celui issu de la combustion de l’uranium.
Aujourd’hui, on sait très bien construire des petits
dépôts qui peuvent durer 500 ans, mais on ne sait toujours

pas construire des grands dépôts qui doivent abriter des
déchets pendant 100’000 ans.

– Non-prolifération: en se basant sur le combustible ou ce
que l’on peut en extraire d’un réacteur, il est quasiment
impossible de fabriquer une arme atomique. La manipulation
des déchets issus du thorium présente des difficultés
techniques très difficiles à surmonter, aujourd’hui à la
portée d’un petit nombre de nations seulement. En ajoutant
à cela la volonté de construire un nombre très limité
de centrales de retraitement afin de ne pas disséminer la
technique, on réduit considérablement le risque de prolifération
tout en permettant à d’autres nations de bénéficier
de cette source d’énergie.

– Élimination des déchets actuels : on a pu lire qu’il fallait
être pro-nucléaire pour se réjouir du fait que ces centrales
génèrent des déchets qui ne dureront «que» 500 ans. Mais
ce n’est pas vrai. Car ces centrales viennent aussi avec la
capacité de faire disparaître les déchets encombrants et
dangereux actuels en les incinérant, technique applicable
également aux stocks de plutonium issus de la démilitarisation
de l’Est et de l’Ouest. L’incinération permet de
réduire la durée de vie de ces déchets et produit en plus de
l’ électricité. Sans incinérateur, nous sommes condamnés à
vivre avec des déchets longue durée. Avec les centrales au
thorium, nous pouvons répondre au critère moral de préservation
de l’environnement des générations à venir. Les
écologistes devraient voir cela comme du pain bénit.

On peut encore ajouter qu’il est possible d’utiliser du thorium
à la place de l’uranium dans plusieurs types de centrales
actuelles, sans modifications majeures et que le thorium,
contrairement à l’uranium, n’a pas besoin d’être enrichi

avant d’être utilisé dans un réacteur. C’est une installation de
moins, une procédure en moins et des coûts en moins.
Ces affirmations sont abordées plus en détail et expliquées
dans les prochains chapitres. On pourra ainsi constater que
les centrales au thorium sont effectivement des candidates
sérieuses au titre de l’option moralement souhaitable qui doit
prévaloir dans la deuxième ère nucléaire, dans 1′ attente de la
troisième ère, qui peut être celle de la fusion nucléaire.
Le mot «nucléaire» est souvent galvaudé et du coup fait peur
à certains en créant des amalgames. Quand on entend l’expression
«sortir du nucléaire», le terme «nucléaire» n’est
pas précisément défini et souvent mal compris même par son
utilisateur. Seulement, ce terme est à multiples facettes et
comprend la fusion comme la fission, l’uranium comme le
thorium: ce sont des notions différentes. Mais la géothermie
aussi est «nucléaire» : la chaleur provient de la désintégration
des noyaux d’uranium et de thorium naturellement présents
dans le sol. Bien sûr, on dira que ce n’est pas la même chose,
que ce n’est pas dangereux, que c’est la nature. Et c’est précisément
le point: on ne peut pas mettre le nucléaire dans
une seule boîte, pas plus que 1′ on peut simplement ignorer
les avancées technologiques, quelles qu’elles soient. C’est la
raison pour laquelle il est indispensable, intellectuellement et
moralement, d’inclure dans le débat de politique énergétique
toutes les options technologiques, qu’elles portent 1′ étiquette
«nucléaire» ou non.
L’énergie issue du thorium vit un renouveau, après des années
d’éclipse. À la différence de la fusion nucléaire, aucun saut
technologique n’est nécessaire pour sa mise au point.

La bonne nouvelle, c’est que la plupart des problèmes liés à
l’énergie nucléaire telle que nous la connaissons aujourd’hui
peuvent être résolus par les centrales au thorium.

Historique

suite…

L-Atome-vert

Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?


 

Auteur : STEPHEN HAWKING
et Léonard Mlodinow

Ouvrage : Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?

Année : 2010

Traduit de l’anglais par Marcel Filoche

 

 

 

1
LE MYSTÈRE
DE L’EXISTENCE

Nous ne vivons chacun que pendant un bref laps de temps
au cours duquel nous ne visitons qu’une infime partie de
l’Univers. Mais la curiosité, qui est le propre de l’homme, nous
pousse à sans cesse nous interroger, en quête permanente de
réponses. Prisonniers de ce vaste monde tour à tour
accueillant ou cruel, les hommes se sont toujours tournés vers
les deux pour poser quantité de questions : comment
comprendre le monde dans lequel nous vivons ? Comment se
comporte l’Univers ? Quelle est la nature de la réalité ? D’où
venons-nous ? L’Univers a-t-il eu besoin d’un créateur ?
Même si ces questions ne nous taraudent pas en permanence,
elles viennent hanter chacun d’entre nous à un moment ou un
autre.
Ces questions sont traditionnellement du ressort de la
philosophie. Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi
à suivre les développements de la science moderne, en
particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont
repris le flambeau dans notre quête du savoir. Cet ouvrage a
pour but de présenter les réponses que nous suggèrent leurs
découvertes récentes et leurs avancées théoriques. L’image
qu’elles nous dessinent de l’Univers et de notre place dans ce
dernier a radicalement changé ces dix ou vingt dernières
années, même si ses premières esquisses remontent à près
d’un siècle.

Dans la conception classique de l’Univers, les objets se
déplacent selon une évolution et des trajectoires bien définies
si bien que l’on peut, à chaque instant, spécifier avec précision
leur position. Même si cette conception suffit pour nos besoins
courants, on a découvert, dans les années 1920, que cette
image « classique » ne permettait pas de rendre compte des
comportements en apparence étranges qu’on pouvait observer
à l’échelle atomique ou subatomique. Il était donc nécessaire
d’adopter un cadre nouveau : la physique quantique. Les
prédictions des théories quantiques se sont révélées
remarquablement exactes à ces échelles, tout en permettant
de retrouver les anciennes théories classiques à l’échelle du
monde macroscopique usuel. Pourtant, les physiques
quantique et classique reposent sur des conceptions
radicalement différentes de la réalité physique.
On peut formuler les théories quantiques de bien des

façons, mais celui qui en a donné la description la plus intuitive
est sans doute Richard (Dick) Feynman, personnage haut en
couleur qui travaillait au California Institute of Technology le
jour et jouait du bongo dans une boîte à strip-tease la nuit.
D’après lui, un système n’a pas une histoire unique, mais
toutes les histoires possibles. Pour tenter de répondre aux
questions formulées plus haut, nous expliciterons l’approche
de Feynman et nous l’utiliserons afin d’explorer l’idée selon
laquelle l’Univers lui-même n’a pas une seule et unique
histoire ni même une existence indépendante. Elle peut
sembler radicale même pour nombre de physiciens et, de fait,
elle va, comme beaucoup de notions courantes aujourd’hui en
science, à l’encontre du sens commun. Mais ce sens commun
se fonde sur notre expérience quotidienne et non sur l’image
de l’Univers que révèlent des merveilles technologiques
comme celles qui nous permettent de sonder l’atome ou de
remonter jusqu’à l’Univers primordial.
Jusqu’à l’avènement de la physique moderne, on pensait
généralement que l’observation directe permettait d’accéder à
la connaissance intégrale du monde et que les choses étaient
telles qu’on les voyait, telles que nos sens nous les montraient.
Mais les succès spectaculaires de la physique moderne, fondée
sur des concepts qui, à l’instar de ceux développés par
Feynman, heurtent notre expérience quotidienne, nous ont
montré que tel n’était pas le cas. Notre vision naïve de la
réalité est donc incompatible avec la physique moderne. Pour
dépasser ces paradoxes, nous allons adopter une approche qui
porte le nom de « réalisme modèle-dépendant ». Elle repose
sur l’idée que notre cerveau interprète les signaux reçus par
nos organes sensoriels en formant un modèle du monde qui
nous entoure. Lorsque ce modèle permet d’expliquer les
événements, nous avons alors tendance à lui attribuer, à lui et
aux éléments ou concepts qui le composent, le statut de réalité
ou de vérité absolue. Pourtant, il existe de nombreuses façons

de modéliser une même situation physique, chaque modèle
faisant appel à ses propres éléments ou concepts
fondamentaux. Si deux théories ou modèles physiques
prédisent avec précision les mêmes événements, il est
impossible de déterminer lequel des deux est plus réel que
l’autre ; on est alors libre d’utiliser celui qui convient le mieux.
L’histoire des sciences nous propose une suite de modèles
ou de théories de qualité croissante, depuis Platon jusqu’aux
théories quantiques modernes en passant par la théorie
classique de Newton. Il est donc tout à fait naturel de se
demander si cette série débouchera en fin de compte sur une
théorie ultime de l’Univers qui inclurait toutes les forces et
prédirait toute observation envisageable, ou bien si l’on va
continuer à découvrir sans cesse de meilleures théories, toutes
perfectibles. Bien qu’on ne puisse apporter de réponse
définitive à cette question, on dispose aujourd’hui d’une
prétendante au titre de théorie ultime du Tout, si elle existe,
baptisée « M-théorie ». La M-théorie est le seul modèle à
posséder toutes les propriétés requises pour être une théorie
ultime et c’est sur elle que reposera l’essentiel de notre
réflexion.
La M-théorie n’est pas une théorie au sens courant du
terme. C’est une famille entière de théories différentes
permettant chacune de rendre compte d’observations relevées
dans une gamme de situations physiques particulières, un peu
à la manière d’un atlas. Il est bien connu qu’on ne peut
représenter l’intégralité de la surface terrestre sur une seule
carte. Ainsi, dans la projection classique de Mercator utilisée
pour les cartes du monde, les zones situées très au nord ou
très au sud apparaissent beaucoup plus étendues, sans pour
autant que les pôles y figurent. Pour cartographier fidèlement
la Terre tout entière, il faut tout un ensemble de cartes,
chacune couvrant une région limitée. Dans les zones où ces

cartes se recouvrent, elles décrivent le même paysage. Il en va
de même de la M-théorie. Les différentes théories qui la
composent paraissent toutes très différentes, mais on peut
toutes les considérer comme des aspects de la même théorie
sous-jacente, comme des versions applicables uniquement
dans des conditions restreintes, par exemple lorsque des
quantités telles que l’énergie sont petites. Et dans leurs zones
de recouvrement, comme les cartes de la projection de
Mercator, elles prédisent les mêmes phénomènes. Pourtant,
de même qu’il n’existe aucune carte plane capable de
représenter l’intégralité de la surface terrestre, il n’existe
aucune représentation qui permette de rendre compte des
observations physiques dans toutes les situations.

Il se peut que plusieurs théories qui se recouvrent soient nécessaires à la représentation de l’Univers tout comme il faut plusieurs cartes qui se recouvrent pour représenter la Terre. Nous décrirons également comment la M-théorie peut
apporter des réponses à la question de la Création. Pour elle,
non seulement notre Univers n’est pas unique, mais de
nombreux autres ont été créés à partir du néant, sans que leur
création ne requière l’intervention d’un être surnaturel ou
divin. Ces univers multiples dérivent de façon naturelle des
lois de la physique. Ils représentent une prédiction
scientifique. Chaque univers a de nombreuses histoires
possibles et peut occuper un grand nombre d’états différents
longtemps après sa création, même aujourd’hui. Cependant, la
majorité de ces états ne ressemblent en rien à l’Univers que
nous connaissons et ne peuvent contenir de forme de vie.
Seule une poignée d’entre eux permettraient à des créatures
semblables à nous d’exister. Ainsi, notre simple présence
sélectionne dans tout l’éventail de ces univers seulement ceux
qui sont compatibles avec notre existence. Malgré notre taille
ridicule et notre insignifiance à l’échelle du cosmos, voilà qui
fait de nous en quelque sorte les seigneurs de la création.

Pour accéder à une compréhension en profondeur de
l’Univers, il nous faut non seulement connaître comment les
univers se comportent, mais encore pourquoi.
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
Pourquoi existons-nous ?
Pourquoi ces lois particulières et pas d’autres ?

C’est là la Question Ultime de la Vie, de l’Univers et de
Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage.
À l’inverse de la réponse apportée dans le Guide du voyageur
galactique de Douglas Adams, la nôtre ne sera pas simplement : « 42. »

 

 

2
LE RÈGNE DE LA LOI

suite… PDF

Les nanoparticules sont cancérigènes !


http://www.lelibrepenseur.org/2015/03/18/les-nanoparticules-sont-cancerigenes/

On en parle depuis des années et comme toujours ça ne sort que maintenant ! C’est dingue le retard scientifique des médias par rapport au web ! On a au moins 10 ans d’avance sur eux et ceci est très inquiétant. Bref, avant, on passait pour des fous paranos, maintenant c’est à la Une de vos journaux.

Le coup de gueule de José Bové contre les M&M’s et les chewing-gums Hollywood, potentiellement cancérigènes

Nanoparticules-DangerÉcologiste obstiné, José Bové a poussé un nouveau coup de gueule contre la malbouffe au micro de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV ce mardi. L’eurodéputé a particulièrement mis en garde les téléspectateurs contre deux produits américains, les bonbons M&M’s et les chewing-gums Hollywood, qu’il appelle clairement à boycotter. La raison ? Ces friandises contiennent du dioxyde de titane, une molécule qui peut avoir un effet désastreux sur la santé.

Actuellement en promotion de son livre L’alimentation en otage, paru aux éditions Autrement, José Bové poursuit son combat contre les géants de l’agroalimentaire. Sur le plateau de BFMTV, il a encore une fois prôné les bienfaits de l’agriculture biologique sur la santé et sur l’environnement. « Je suis inquiet parce qu’on voit que l’agro-industrie, et l’agro-chimie sont en train de prendre le pouvoir. Les citoyens ne sont informés de rien et se retrouvent menacés, y compris dans leur santé » a-t-il déclaré.

« Boycotter cette merde »

Pour étayer ses propos, José Bové a pris pour exemple deux produits consommés chaque jour par des milliers de Français, les M&M’s et les chewing-gums Hollywood. « Là-dedans, on ne le voit pas marqué, E171, ce sont des nanoparticules, le dioxyde de titane. Pour rendre ça plus grand, plus brillant, l’agro-industrie, Mars, cette entreprise énorme, a rajouté ce produit » explique le député européen. Et d’ajouter : « Les seules études, qui ont été faites par des laboratoires français et suisses, ont montré qu’il y avait des risques de cancer car ces nanoparticules, aujourd’hui, ça a des conséquences graves ». « Vous n’avez pas besoin d’acheter tous ces produits. Boycottez cette merde », a lancé l’ex-syndicaliste agricole pour finir.

LE MYSTÈRE DE MARS


  Hancock Graham

Auteurs : Hancock Graham – Bauval Robert – Grigsby John
Ouvrage : Le mystère de Mars La relation secrète entre la Terre et la planète rouge
Année : 1998

Traduit de l ‘anglais
par Philippe Beaudoin

AVANT-PROPOS
En écrivant ce livre, nous avons souhaité attirer l’attention du
public sur les découvertes réalisées par les scientifiques internationaux
quant aux anomalies de Mars, ainsi que sur la grave question
des cataclysmes planétaires. Sans l’ extraordinaire effort accompli
par ces savants, le présent ouvrage n’aurait jamais pu voir le jour.
Nous nous sommes efforcés de rendre compte de leurs travaux avec
fidélité, si possible en reprenant leurs propos, mais les conclusions
que nous en avons tirées n’engagent que nous. À cet égard, nous
avons en réalité fait office de synthétiseurs. Nous avons mis en relation
des preuves et des données issues de champs de recherche très
différents. À mesure que nous reconstituions ce puzzle, nous avons
découvert ce qu’il représentait et nous en avons dégagé d’inquiétantes
implications sur le passé, mais aussi l’avenir de notre planète.
Nous remercions Chris O’Kane, du Mars Project au RoyaumeUni,
et Simon Cox, qui s’est chargé de multiples recherches documentaires
pour notre compte. Un merci tout particulier à Benny
Peiser, de la Liverpool John Moore’s University, qui a eu la gentillesse
de mettre sa bibliothèque personnelle à notre disposition.

PREMIÈRE PARTIE
LA PLANÈTE ASSASSINÉE

Chapitre 1
UN MONDE PARALLÈLE
Bien que séparées par plusieurs millions de kilomètres de vide,
Mars et la Terre sont unies par un lien mystérieux.
Les deux planètes ont en effet connu de multiples échanges, dont
certains très récents. Depuis le début des années 70, nos vaisseaux
spatiaux ont pu se poser sur la première. Inversement, nous savons
aujourd’hui que des fragments de roches qui en proviennent s’écrasent
périodiquement sur notre globe. En 1997, l’ origine martienne
d’une bonne dizaine de météorites a été établie après étude de leur
composition chimique. Dans le monde entier, les chercheurs sont à
l’affût1 d’autres « SNC »(sigle formé sur « Shergotty », « Nakhla » et
« Chassigny », les noms des trois premiers corps à avoir été identifiés2).
D’après les calculs de Colin Pillinger, du UK Planetary
Sciences Research Institute, « 1 00 tonnes de matières issues de Mars
s’abattent chaque année sur Terre3 ».
En 1984, on a découvert une météorite martienne dans l’ Antarctique.
Baptisée ALH 84001 , elle renferme de minuscules structures
tubulaires (voir i11. 2). En août 1996, les savants de la NASA ont fait
sensation en présentant ces bâtonnets comme d’éventuels « micro-fossiles
d’organismes comparables à des bactéries, qui ont dû vivre
sur Mars il y a plus de 3,6 milliards d’années4 ». Quelques mois plus
tard, en octobre, des scientifiques de la Britain ‘s Open University ont
annoncé qu’un autre objet, appelé EETA 7900 1 , portait également la
signature chimique de la vie. Chose surprenante, il contient des
« organismes qui ont pu exister sur Mars il y a seulement six cent
mille ans5 ».

La semence de la vie
Toujours en 1996, la NASA a procédé au lancement de deux
engins : Mars Pathfinder, une sonde d’atterrissage mobile, et Mars
Surveyor, une sonde orbitale. Les budgets de l ‘Agence prévoient
d’autres missions jusqu’en 2005. Cette année-là, on tentera de
prélever un échantillon de roche ou de sol pour le rapporter sur
Terre6. De leur côté, la Russie et le Japon envoient également des
vaisseaux sur Mars pour y effectuer une série d’expériences scientifiques.
À long terme, on envisage de « terraformer » la planète rouge.
l’Opération consiste à y introduire des gaz à effet de serre et des
bactéries terrestres. Au fil des siècles, le réchauffement induit par
les gaz et les modifications subies par le métabolisme des bactéries
influera sur l ‘atmosphère de Mars, qui pourra alors abriter des
espèces toujours plus complexes, soit importées, soit résultant d’une
évolution locale 7.
I’ Humanité saura-t-elle mener son projet à bien et « implanter » la
vie sur Mars ?
Pour qu’elle y parvienne, il suffit de trouver des fonds. Les techniques
sur lesquelles repose la réussite de l’entreprise sont déjà
disponibles 8. Ironie du sort, c’est la vie sur Terre qui reste une
énigme aux yeux des scientifiques ! Personne ne sait quand, pourquoi
ni comment elle est apparue ici-bas. On a l’impression qu’elle
a surgi du néant dans les tout premiers temps de l ‘histoire de notre
planète. On pense que celle-ci s’est formée il y a quatre milliards et
demi d’années. Cependant, les roches les plus anciennes que nous
connaissions sont plus récentes, puisqu’elles datent d’environ quatre
milliards d’années. En outre, on a découvert des traces de microorganismes
qui remontent à presque 3,9 milliards d’années9.
La métamorphose de la matière inanimée en matière vivante est
un miracle qui ne s’est jamais répété. Les instruments de laboratoire
les plus perfectionnés eux-mêmes ne peuvent le reproduire. Faut-il
donc croire que cette stupéfiante alchimie cosmique s’est produite
par hasard, dans les premières centaines de millions d’années de la
longue existence de la Terre ?

Quelques hypothèses
Au dire de Fred Hoyle, professeur à l ‘université de Cambridge, il
n’en est rien. Pour lui, si la vie est apparue sur Terre peu après la
formation de cette dernière, c’est que de grandes comètes interstellaires
l’ont importée d’au-delà du système solaire. Après être entrés
en collision avec la Terre, certains fragments ont laissé échapper des
spores vivantes qui étaient restées en hibernation dans la glace
cométaire. Ces corps se sont répandus et ont pris racine sur la toute
jeune planète, qui n’a pas tardé à se trouver colonisée par des microorganismes
résistants. Ceux-ci ont lentement évolué, se sont diversifiés
et ont fini par produire l’immense éventail des formes de vie
que nous observons aujourd’hui10.
De nombreux scientifiques défendent une théorie plus radicale,
selon laquelle la Terre aurait été délibérément « terraformée » il y a
3,9 milliards d’années, tout comme nous projetons de le faire sur
Mars. Cette idée présuppose l’existence d’une civilisation avancée,
ou plus probablement d’un grand nombre de civilisations réparties
dans tout l ‘univers.
Mais la plupart des spécialistes n’en appellent ni aux comètes ni
aux extraterrestres. Pour les membres du courant majoritaire, la vie
est apparue sur Terre par accident, sans intervention extérieure. En
fonction de calculs reconnus de tous, qui portent sur la taille et la
composition de l’univers, ils soutiennent qu’il doit exister des
centaines de millions de planètes comparables à la nôtre, disséminées
sur les milliards d’années-lumière de l’espace interstellaire.
Dans leur esprit, il est improbable que la vie n’ait évolué qu’ici-bas,
compte tenu du nombre de planètes aptes à offrir les conditions de
son épanouissement.

Pourquoi pas Mars ?
Dans notre système, c’est Mercure qui est la planète la plus proche
du Soleil. On pense que cet objet minuscule et en constante ébullition
ne peut convenir à aucune forme de vie connue. De même pour
Vénus, située en deuxième position, sur laquelle des nuages empoisonnés
déversent en permanence de l’acide sulfurique concentré. La

Terre occupe le troisième rang. Mars, qui vient en quatrième, est
indubitablement la planète qui ressemble le plus à la nôtre. Elle
penche selon un axe qui forme un angle de 24,935° avec le plan de
son orbite autour du Soleil (l’inclinaison de l’axe terrestre est de
23,5 degrés). Elle effectue une rotation complète autour de cet axe
en vingt-quatre heures, trente-neuf minutes et trente-six secondes (la
rotation terrestre s’accomplit en vingt-trois heures, cinquante-six
minutes et cinq secondes). Comme la Terre, elle est sujette à l’oscillation
axiale que les astronomes appellent «précession». Comme la
Terre, cette sphère imparfaite est légèrement aplatie à hauteur des
pôles et renflée au niveau de l’équateur. Comme la Terre, elle est
marquée par quatre saisons. Comme la Terre, elle présente des
calottes polaires gelées, des montagnes, des déserts, et elle est
balayée par des tempêtes de poussières. Il est attesté qu’en des temps
très anciens cet enfer glacial abritait des océans et des fleuves, et
qu’il jouissait d’un climat et d’une atmosphère identiques aux
nôtres.
Se pourrait-il que l’étincelle qui a animé la Terre n’ait pas laissé
sa marque sur Mars, sa voisine et sa semblable ? En d’autres
termes, que notre planète ait été volontairement « terraformée »,
que des comètes lui aient apporté la semence de la vie, ou que cette
dernière y soit apparue spontanément et par accident, il est raisonnable
d’espérer découvrir les traces d’un processus similaire sur
Mars.
Si de telles traces ne s’offrent pas à nous, alors les probabilités que
nous soyons seuls dans 1 ‘univers augmentent et celles que nous puissions
découvrir la vie ailleurs diminuent considérablement. D’où il
s’ensuivrait que les formes de vie sont apparues sur Terre dans des
conditions si restreintes, si précises, si uniques et en même temps si
aléatoires qu’elles ne sauraient être présentes ailleurs, pas même sur
un monde proche, appartenant à sa famille solaire. Comment
imaginer, dès lors, qu’elles puissent se manifester également dans
des mondes en orbite autour de lointaines étoiles ?
C ‘est pourquoi il convient de considérer la question de la vie sur
Mars comme l ‘un des grands mystères philosophiques de notre
époque. Or, grâce aux rapides avancées que connaît l ‘exploration
de cette planète, ce mystère est vraisemblablement en voie de
résolution.

Des indices de vie
Les données qui nous viennent de Mars se présentent sous quatre
formes : des observations menées depuis la Terre à l’aide de télescopes;
des observations et des clichés réalisés depuis les vaisseaux orbitaux;
des études chimiques et radiologiques effectuées sur des échantillons de
sol martien par les engins d’atterrissage de la NASA (leurs résultats sont
transmis à la Terre pour y être analysés) ; des examens au microscope de
météorites dont l’origine martienne est attestée.
À la fin du XIXe et au début du XXe siècles, les observations au
télescope ont permis de diffuser à grand fracas l’idée d’une éventuelle
vie sur Mars. On a cru que la planète était sillonnée par un
gigantesque réseau de canaux d’irrigation qui acheminaient l’eau
des pôles vers les régions équatoriales. Avancée par Percival Lowell,
l’un des plus grands astronomes des États-Unis, cette conviction,
que nous analyserons plus en détail dans la deuxième partie, a laissé
une trace indélébile dans l’esprit des Nord-Américains. La plupart
des scientifiques l’ont toutefois tournée en ridicule jusqu’à ce que,
dans les années 70, les photographies prises par les sondes orbitales
Mariner-9 et Viking-1 et 2 apportent la preuve irréfutable de l’absence
de canaux sur Mars.
On sait désormais que Lowell, comme d’autres individus
persuadés de voir ces mêmes ouvrages, a été abusé par la mauvaise
qualité des images fournies par le télescope, mais aussi par une illusion
d’optique qui contraint le cerveau à regrouper des éléments
disparates en lignes droites. Même aujourd’hui, le pouvoir de
résolution des télescopes terrestres est trop faible pour nous
permettre de résoudre le mystère de la vie sur Mars. Nos déductions
reposent donc sur les trois autres sortes de données disponibles : les
météorites martiennes, les observations pratiquées par les modules
d’atterrissage et celles que nous transmettent les engins orbitaux.
Nous avons affirmé que deux des météorites semblaient contenir
des traces de micro-organismes primitifs. Précisons maintenant que
bon nombre de savants sont en désaccord avec cette interprétation.
On sait moins que plusieurs expériences conduites en 1976 par les
modules d’atterrissage Viking permettent également de pencher en
faveur de la vie sur Mars. À l’époque, les porte-parole de la NASA
ont laissé entendre que la planète était stérile car on n’avait isolé

aucune molécule organique à la surface des deux sites visités.
Curieusement, les échantillons ont néanmoins révélé que des
processus métaboliques comme la photosynthèse ou la chimiosynthèse,
normalement associés à la vie, y étaient possibles 11. Les expériences
appelées «échanges de gaz» ont également donné des résultats
positifs, et les échantillons de sol soumis à un apport de
substances nutritives organiques ont libéré des quantités non négligeables
d’oxygène12. Un autre résultat positif, obtenu lors d’une
expérience d’ «échappement labellisé», ne se retrouvait pas dans un
échantillon de contrôle soumis à de hautes températures. C’était là
un phénomène normal, pour autant que la première réaction ait été
provoquée par un agent biologique13.
Restent les observations réalisées par les vaisseaux orbitaux. Sur
les clichés transmis par Mariner-9 et Viking-1, il se trouve qu’on
distingue des objets étrangement familiers, en lesquels certains
scientifiques ont vu non seulement des signes de vie, mais aussi les
preuves qu’une vie intelligente a dû exister sur Mars …

Les pyramides d’Elysium

suite…

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L’Univers décodé


  Nassim Haramein
Auteur : Haramein Nassim
Ouvrage : L’Univers décodé ou la théorie de l’unification
Année : 2012

Au-delà de l’horizon des
événements : l’équation surgit

À la recherche du motif fondamental
Je suis très heureux de partager mes connaissances. Cela
m’enthousiasme, car j’ai plein de nouveaux trucs à vous
raconter. Vous allez donc m’accompagner, sur les sentiers
qui m’ont mené à l’élaboration de ma théorie et sur la
façon dont elle m’est apparue, bref mon cheminement
logique et la route que j’ai empruntée. Si vous suivez la
même route, vous verrez que c’est très simple : le
raisonnement est facile à comprendre. Les axiomes de
cette théorie sont vraiment fondamentaux et simples ; ils
ne nécessitent que quelques modifications en accord avec
nos connaissances actuelles de la physique, de la science
en général, pour dessiner ne serait-ce qu’un fragment
d’une représentation différente de la réalité qui nous
ouvre la voie vers une toute nouvelle façon d’appréhender
l’existence. Cette théorie a beau sembler complexe, elle
est en fait accessible à tout le monde ; d’ailleurs je
l’enseigne à des enfants de sept ans comme à des
personnes de soixante-dix-sept ans, et tout le monde la
comprend. Donc, gardez vos esprits et vos coeurs ouverts
et nous pourrons commencer. Le début remonte à
l’époque de mes neuf ans, peut-être dix, mais je me

souviens très bien de cette première leçon à l’école. Je me
suis rendu compte que beaucoup de gens, un nombre
étonnant en fait, ont eu le même sursaut lorsqu’ils ont
vécu le même épisode : leur première leçon de géométrie.

Le point

Le professeur est allé au tableau et a dit : « Aujourd’hui,
nous allons faire de la géométrie. Et la première leçon de
géométrie porte sur la notion de dimension. » Je suis
devenu très attentif, car dans ma tête un monde
incroyable s’agitait. Sans compter les interactions avec
toutes ces autres dimensions à l’intérieur de moi. Et je me
suis dit : « Oh! mon Dieu! Ce prof va nous en parler. Pour
la première fois de ma vie, un adulte va me parler de tout
ça. » Et ça m’a rendu hyper enthousiaste.
Mais j’ai été tellement déçu. Ce n’était pas
du tout ce à quoi je m’attendais. Le prof
est allé au tableau et a dessiné un point ;
et il a écrit à côté : « Dimension 0 : 0D ».
Et il a dit : « Ceci est un point
représentant une dimension qui n’existe
pas. » Du coup, j’ai été un peu mélangé, et je pensais : «
Mon Dieu, ça ne sent pas bon. Je ne vais certainement
pas réussir à valider ce cours », parce que je pouvais voir
le point et on me disait qu’il n’existait pas. J’avais donc
déjà un problème avec un axiome fondamental. Et
vraiment, c’est tellement crucial pour notre
compréhension de la réalité. Cet axiome fondamental à
propos des dimensions a des répercussions en physique
fondamentale, en mathématique fondamentale et dans
toutes sortes de sciences. Ne pas l’accepter change

réellement notre perception de l’univers. Je ne savais pas
tout ça, mais je me suis dit : « Bon, je peux voir le point,
mais vous dites qu’il n’existe pas. O. K., je vais juste
l’accepter. »
Puis il a ajouté : « Tout ce qui n’admet pas
de volume n’existe pas. Donc si vous
mettez un ensemble de points les uns à
côté des autres pour en faire une ligne,
vous n’avez toujours pas de volume, et
nous allons appeler cela la dimension 1,
qui n’existe pas plus. » J’ai juste continué à considérer ces
choses comme des principes, mais je voyais bien que les
autres enfants de la classe étaient un tant soit peu
perplexes.
Au bout d’un moment, il a dessiné quatre
lignes pour en faire un plan et a appelé
cela la dimension 2. Et il a répété que cela
n’existait pas non plus, et n’avait pas de
volume en tant que plan 2D dénué
d’épaisseur. Il a illustré cela en disant que
les dessins dans nos livres n’existaient pas. Beaucoup
d’élèves étaient très déçus.
Puis il a fait quelque chose d’extraordinaire,
de miraculeux, qui m’a fait me
poser encore plus de questions. Il a pris
six plans, les a mis ensemble pour en faire
un cube, l’a appelé 3D et a dit : « Cette
dimension existe, car elle admet un
volume. » Tout le monde constatait qu’il y avait un
problème logique. Je me suis rendu compte beaucoup

plus tard que Richard Buckminster Fuller a eu
exactement le même problème pendant son instruction,
lors de sa première leçon de géométrie.
Il y avait là une faille logique, car si vous
avez un point qui n’existe pas, que vous en
faites une ligne qui n’existe pas, puis un
plan qui n’existe pas, alors comment créer
de l’existence à partir de six plans
inexistants? Tout ce que vous pouvez en faire est une
figure inconnue que l’on peut seulement appeler non-existence
à la puissance 4 ; mais pas Existence. Il fallait
donc creuser la question, puisque cela a trait à notre
compréhension de l’émergence de la réalité : comment
sont générées les dimensions, d’où part l’existence, d’où
proviennent les atomes et les objets dans l’espace. Et
comment se résolvent les équations qui décrivent l’état de
ces choses et leur évolution dans l’espace.
Tout ceci est assurément fondamental. Je n’en savais pas
grand-chose à cette époque, mais je savais que le principe
que l’on m’exposait n’était pas tout à fait correct. On
pouvait certainement l’améliorer. Je sentais vraiment que
je ne voulais pas passer un jour de plus de ma vie sans
savoir ce qu’était une dimension, et j’ai tenté de résoudre
ce problème. Je devais faire un long trajet en bus pour
rentrer à la maison, à peu près une heure et demie. En
fait, je me faisais virer de tous les établissements des
environs, donc je devais aller à l’école de plus en plus
loin. Un physicien m’a dit une fois que je poussais ainsi
mon éducation de plus en plus loin. Il avait raison, car
j’avais tout le loisir de penser le long du parcours. Donc,
j’étais dans le bus à réfléchir à ce problème que je me suis

promis de résoudre avant d’en descendre. J’ignorais que
de nombreux philosophes en avaient discuté et débattu,
l’avaient examiné à toutes les époques, depuis l’école
pythagoricienne. Je voulais juste résoudre cette question
ici et maintenant.
Donc, je réfléchissais encore et encore, tandis que de plus
en plus de gens montaient dans le bus; j’avais de plus en
plus chaud, et je commençais à me sentir inconfortable.

Une vue de l’esprit

J’ai fermé les yeux et je me suis mentalement échappé de
ce lieu afin de me sentir plus à l’aise. J’ai imaginé que je
m’élevais au-dessus du bus, et qu’en m’élevant dans les
cieux, j’allais finir par le voir comme un point. Je
m’enfuyais toujours plus haut : j’ai vu la Terre, puis le
système solaire et enfin la Galaxie devenir des points.
Et puis, j’ai fait le chemin inverse de la Galaxie au
système solaire; puis, de retour sur la terre, j’ai localisé le
bus dans lequel je me trouvais et, enfin, mon propre
corps. J’ai ouvert les yeux, j’ai regardé ma main et je me
suis dit : « Peut-être que je pourrais voyager au coeur de
ma main. » J’ai donc refermé les yeux et je me suis
concentré sur ma main, et j’ai vu qu’elle était constituée
d’autres points appelés cellules, eux-mêmes composés de
millions et de millions d’autres points appelés atomes (je
ne savais pas ce qu’était un atome à l’époque). J’ai
continué et j’ai vu que le noyau d’un atome était formé de
plus petits points, puis encore de petits points, et ainsi de
suite. C’était clair. Un moment de grande illumination. Je
me suis écrié : « Oh yes! » La seule solution à cette

énigme, la seule façon dont on peut la résoudre, le seul
moyen de comprendre et de visualiser les dimensions,
consiste à prendre le contre-pied de l’axiome initial : la
seule chose qui existe est le point. À l’intérieur du point
sont confinées toutes les dimensions. Le point contient
toute la structure de l’espace-temps. En lui, toutes les
autres dimensions possibles trouvent leur existence.
C’était comme ça que je voyais les choses. J’entends par là
que si l’on continue à diviser le point, on trouvera de plus
en plus de petits points qui nous permettront de
conceptualiser différentes échelles de dimension.
L’échelle à laquelle on observe les dimensions dépend de
notre perspective.
C’était un point de vue complètement
différent. Je pensais : « Si le point, de
dimension zéro, est en fait toutes les
dimensions à la fois, alors ça signifie que
toutes les personnes que j’observe dans le
bus ont accès à toutes ces dimensions, à
toute la structure de l’espace-temps compactée en chaque
point. » Je ne pensais pas du point de vue de l’espace-temps,
mais de la dimension fractale. Je ne connaissais
pas les fractales, mais je m’en étais fait une image dans
mon esprit. J’étais tellement heureux. Je marchais sur un
nuage, je me suis levé dans l’autobus et je ne savais plus
quoi faire. J’étais excité. « Oh! Je pense que j’ai mis le
doigt dessus : tout est point, chaque point contient
l’infini, et tout se divise en l’infini. Et il y a des points à
l’infini, infiniment grands, infiniment petits. Nous vivons
dans un gros point composé de petits points eux-mêmes
composés de petits points. » Je voyais des points partout.

C’était absolument génial. Au moment où vous faites une
constatation intéressante, vous voulez la transmettre à
tout le monde, non? Mais je ne savais pas à qui en parler.
Je n’allais tout de même pas aller voir le conducteur.
Donc j’ai couru à la maison dès ma sortie du bus et j’ai
attendu que maman rentre du travail. Et quand elle a
franchi la porte, je me suis précipité vers elle en criant :
« Maman, maman ! J’ai découvert quelque chose à l’école
aujourd’hui. C’est incroyable! » Et maman était contente
pour moi, car elle pensait : « Ça y est, tu fais enfin
quelque chose de bien à l’école. » Et j’ai commencé à lui
parler de tout ça, je lui ai dit : « Tu sais, je pense que nous
avons tous un point à l’intérieur qui contient tous les
points et des points infinis et tout ça. » Maman m’a
regardé, l’air désespéré; l’air d’une mère italienne
désespérée. Il y a un pouvoir dans cet air qui n’a pas
encore été calculé.
Donc elle comprenait d’une certaine façon, mais elle
savait que ces considérations n’avaient rien à voir avec
mon itinéraire pour l’école et elle me l’a fait remarquer.
Elle m’a avisé : « Si tu réponds un truc comme ça à ton
examen, tu ne vas certainement pas avoir une bonne
note. De toute façon, je viens juste de travailler pendant
huit heures et je ne me sens pas d’humeur infinie. »
Quand elle m’a dit ça, j’ai failli tilter : après tout, elle
n’avait pas tort; elle avait soulevé un argument de force
majeure. Je me suis calmé, car je devais y réfléchir. Au
premier abord, s’il est vrai que l’infini est compactifié ou
compacté en chaque point, comment expliquer la
présence de frontières finies? Pourquoi les choses ne
sombrent-elles pas l’une dans l’autre à l’infini? Comment
se fait-il même que les choses existent? Comment définit-on

ces frontières? Pourquoi a-t-on un espace délimité qui
confine un potentiel infini? Comment ces choses peuvent-elles
fonctionner ensemble? Je ne le savais pas à
l’époque, mais j’avais en fait soulevé une difficulté
fondamentale de la physique théorique : la difficulté qui
consiste à traiter l’infini et les singularités était le noeud
de la théorie de l’unification à cette époque.
Cela m’a pris de court, je devais y réfléchir. J’ai pris la
décision de retourner au tableau noir, me convainquant
d’y réfléchir avant d’en reparler. Et puis, un jour, j’ai
compris. Cela m’a pris beaucoup de temps, j’étais bien
plus vieux quand j’ai finalement compris. Mais tout au
long de mon enfance, certaines choses me sont apparues,
qui ont raffermi ma conviction d’avoir mis le doigt sur un
point crucial. Étais-je le premier à arriver à ces
conclusions? Ces idées avaient-elles déjà été évoquées?
Absolument.
D’autres personnes y avaient pensé ; même notre bonne
vieille théorie du big bang préconise que tout est issu d’un
point, de l’échelle de Planck (la distance de Planck),
extrêmement petit : des milliards de fois plus petit qu’un
atome.

Au coeur de la théorie de Grande Unification

Ces idées avaient été évoquées, mais les avait-on
comprises? Peut-être pas. À mon avis, de grands maîtres
et quelques êtres exceptionnels ayant foulé notre terre les
ont comprises. Dans les secteurs des sciences avancées,
dont la physique, on y a songé, sans répondre cependant
aux questions soulevées. Notre compréhension de ces

concepts n’est pas assez précise pour les appliquer à notre
physique et aux mathématiques actuelles. Mais pourquoi
souhaiterions-nous cela?
Ce n’est pas en vain, croyez-moi. Si l’on souhaite
comprendre la structure fondamentale de la création, une
structure qui tienne compte de l’infini et des frontières
finies en même temps, on doit pouvoir trouver le moyen
de concilier ces deux concepts et de comprendre leurs
interactions, de comprendre comment ça fonctionne. Et
si on y parvient, on aura alors la clé de la théorie des
forces universelles, c’est-à-dire la clé des pouvoirs de la
création. Ce serait hyper puissant, que ce soit pour des
raisons philosophiques ou pour des applications en
sciences et techniques fondamentales.
Cela m’a pris un certain temps avant de voir un lien
direct, mais complexe, entre l’infini et la finitude et de le
comprendre et le mettre en évidence. J’ai fini par trouver
que la clé résidait dans la géométrie; dans les éléments
déclencheurs de mon raisonnement, lors de ma première
leçon de géométrie.

En termes simples

suite…

http://www.histoireebook.com/index.php?post/Haramein-Nassim-L-Univers-decode

LES ENFANTS DU DIABLE


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Auteur : Petit Jean-Pierre
Ouvrage : Les enfants du diable
Année : 1986

Ancien Directeur de Recherche au CNRS

L’essentiel de ce livre a été écrit en 1986. Il avait été commandé par un grand éditeur Français qui, au dernier moment, refusa de le publier, sans doute pour deux raisons. Soit il ne crut pas aux révélations qu’il contenait, soit il fut effrayé par ce qu’il trouva dans ce manuscrit. Je l’ai complété par quelques informations récentes. En 1976 je connaissais les grandes lignes du projet Guerre des Etoiles, qui ne fut porté à la connaissance du grand public que quinze ans plus tard.
Depuis l’effondrement de l’URSS le public a tendance à croire que le danger thermonucléaire s’est éloigné. Il n’en est rien, et, après lecture, le lecteur verra que les choses sont devenues pires encore. En tant que scientifique il est de mon devoir de tenter d’ouvrir les yeux du public.
Les savants du monde entier ont vendu leur âme au diable, comme Faust, c’est tout.

Ce livre est dédié à mon ami le scientifique Vladimir Alexandrov, assassiné à Madrid en 1985 par les services secrets, sur ordre du lobby militaro-scientifique.

PROLOGUE
Troie devait disparaître, elle ne pouvait échapper à son destin. Dociles, les troyens travaillaient donc à leur propre perte. Ils avaient ainsi envisagé d’abattre un des pans de leur forteresse pour y faire entrer l’énorme cheval à roulettes abandonné par les grecs devant les portes de la ville. Tout se déroulait comme prévu.
Mais Cassandre suspecta un coup fourré :

– Timeo danaos et dona ferentes.

Je crains les grecs, surtout quand ils font des présents, disait-elle.

Cassandre, fille du troyen Priam, avait reçu d’Apollon le don de prédire l’avenir, à condition de se donner au dieu. Elle décrivait le futur de Troie, sans retenue, dans les rues de la cité, et les dieux en furent agacés. Quelqu’un voulait contrarier le plan, faire dérailler le destin, peser sur l’avenir de la ville. Impensable. …
– Aucune inquiétude, dit Apollon, cette idiote a refusé de coucher avec moi, aussi ai-je jeté sur elle une malédiction : personne ne la croît.
Les dieux s’esclaffèrent. Il devenait fort divertissant de voir cette pauvre fille décrire dans une indifférence générale le perte des Troyens, hommes, femmes, enfants et la mise à sac de la ville. En la voyant certains haussaient les épaules ou pointaient leur index sur leur tempe en assortissant ce geste d’un mouvement de vissage. Certains, plus cultivés, disaient « qu’elle avait le syndrome de la catastrophe ». Mais l’enchantement d’Apollon ne semblait cependant pas parfait. Zeus s’en inquiéta :
Dis-donc, Apollon, Je suis désolé, mais cela ne marche pas à cent pour cent, ton truc. Elle a réussi à convaincre Laocoon, son frère, et le fils de celui-ci.
Laocoon, prêtre au temple, était un intellectuel. En réfléchissant il avait fini par conclure que cette histoire de cheval n’était pas claire. Il le disait et, lui, on l’écoutait. C’était embêtant et ça risquait de tout flanquer par terre. Les dieux décidèrent d’employer les grands moyens. Sur leur ordre des serpents monstrueux sortirent de la mer toute proche, se jetèrent sur Laocoon et sur son fils, et les étouffèrent. On connaît la suite.
Je dédie ce livre à toutes les Cassandres et à tous les Laocoons de la Terre.

LIVERMORE
Au printemps 1976 les Etats-Unis vivaient le bicentenaire de leur indépendance. La Science était encore belle et bonne et de nombreux temples lui avaient été consacrés dans le pays où on s’apprêtait à célébrer l’événement avec faste.
A cette époque j’arrondissais mes fins de mois au CNRS en faisant de temps en temps des articles pour la revue Science et Vie. Philippe Cousin, son rédacteur en chef, me dit un matin :
– J’ai envie de faire quelque chose sur ce bicentenaire dans le numéro d’été. Si tu veux, je t’envoie aux Etats-Unis. Tu essayes de me faire le point sur quelques réalisations scientifiques de pointe du moment. Je te laisse libre de tes points de chute là-bas.
Je fis donc ma valise et m’envolais vers les Amériques. Avant de partir, un ami m’avait vivement conseillé d’aller voir les lasers du célèbre laboratoire de Livermore, en Californie.
– Personne ne les a jamais vus. Ce sont, parait-il, les plus puissants du monde. Essaie de t’en approcher.
C’était excitant. Quatre jours plus tard, m’offrant une escale de vingt quatre heures pour digérer le décalage horaire, je déambulais dans les rues de San Francisco. C’était la seule grande ville qui exerçait sur le visiteur occidental un charme immédiat. Boston faisait bon chic bon genre. A New York on avait l’impression d’être dans une fosse à ours aux parois vertigineuses qui ne découvraient qu’une maigre bande de ciel. Mais Frisco évoquait encore le livre de Jules Vernes, vingt mille lieues sous les mers, ou Moby Dick. Les lions de mer s’entassaient sur les jetées. Sur les quais qui sentaient le poisson mouillaient des armadas de petits bateaux de pêche et avec un peu d’imagination on aurait pu s’attendre à croiser le capitaine Achab, martelant le sol de sa jambe de bois.
La ville ressemblait à du papier gaufré tant son sol avait été travaillé par les tremblements de terre. Elle était pleine de trous et de bosses. Il était conseillé d’utiliser les célèbres tramways à câble qui étaient là-bas plus une nécessité qu’un attachement au folklore.
Le port sentait l’iode et le poisson. Dans les boutiques des quais on trouvait encore des sirènes empaillées et des diseuses de bonne aventure. Il existait une échoppe où on vendait toutes sortes d’étrangetés. Son ancien propriétaire était un vieux chinois extrêmement maniaque qui, avant de mourir, avait voulu laisser au monde une image parfaite de lui-même, en cire. Afin d’accroître le réalisme il avait abandonné toute sa pilosité, s’arrachant dans ses derniers jours cheveux et poils de barbe pour les sceller dans la cire chaude.

A côté de cette représentation grandeur nature de l’ex-propriétaire se trouvait une diseuse de bonne aventure, également en cire. Habillée en gitane, elle plongeait un regard fixe dans une sphère de verre posée devant elle et dans cette boule s’agitait un petit personnage, sorte de Merlin l’enchanteur habillé d’un long manteau. Il semblait répéter à l’infini les mêmes gestes. On ne voyait ni écran, ni système optique apparent et l’image en relief du personnage ne se formait pas sur les parois de la boule mais carrément en plein milieu, comme si elle était suspendue dans l’air. Je voyais là mon premier hologramme.1
Je rentrais dans la boutique pour connaître mon avenir mais la gitane avait cette fois laissé place à un ordinateur. Un préposé, visiblement dénué de tout pouvoir divinatoire, entrait machinalement son clavier quelques renseignements sur la date de naissance, le sexe, etc.. Puis, quelques secondes plus tard, une imprimante exprimait bruyamment l’oracle demandé, le tout pour un dollar. La poésie cédait le pas à l’efficacité.
Dans un autre coin de la boutique une caméra à digitaliser permettait contre une somme modique de se faire tirer le portrait, toujours grâce à l’ordinateur, en reproduisant vos traits sur le papier à l’aide d’une adroite combinaison de caractères alphabétiques.
Bien sûr, aujourd’hui toutes ces choses sont monnaie courante, mais à l’époque elles avaient de quoi surprendre le visiteur, même scientifique averti.
Il existait aussi à San Francisco un célèbre magasin de verrerie. Dans la vitrine la lumière se réfléchissait à l’infini dans d’énormes blocs de verre brut subtilement teintés. L’un d’eux, mesurant un bon demi mètre de diamètre, semblait d’une homogénéité et d’une qualité parfaite. Un vendeur m’expliqua que la teinte rosâtre était due à la présence d’une impureté, d’une « terre rare », le néodyme.
– Du verre dopé au néodyme ! n’est-ce pas le matériau qu’on utilise dans les lasers ?
– Oui, et nous le fournissons en quantité appréciable aux gens du Lawrence Livermore Laboratory, nos voisins.
Le lendemain soir un petit bimoteur blanc m’emmena vers ce laboratoire où fut mise au point et assemblée, sous la direction du Folamour américain, Edward Teller, la première bombe à hydrogène.. Il appartenait à une compagnie qui faisait avec cet unique appareil la navette entre Frisco et ce coin de désert. L’avion était si petit qu’il passait sans encombre sous les ailes de ses grands frères les Boeing 747. Après l’atterrissage d’un de ces géants nous dûmes attendre quelques minutes que s’apaise le puissant

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1 Hologramme : enregistrement sur une plaque photographique de l’image interférentielle d’un objet éclairé par laser. Ce même film, de nouveau éclairé par laser, produit une image « tridimensionnelle » qui semble flotter dans l’espace.

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brassage d’air qu’il avait créé, précaution sage pour éviter de se retrouver sans crier gare cul par dessus tête au moment du décollage.
Je couchais dans un motel triste proche du minuscule aéroport. Le lendemain le chargé des relations extérieures vint m’y cueillir et je lui tendis mes lettres d’introduction.

Janus.

Livermore était à l’échelle américaine, immense. Ça n’était pas un village mais une ville avec ses résidences, son marché et ses usines à découvrir. Tout ne vivait ici que pour et par la science. Nous franchîmes un portail, puis un autre.
– Je vais vous présenter au professeur Alström, le responsable du projet laser de puissance.
– Alström ? mais je le connais très bien, quelle coïncidence ! Il y a onze ans, en 1965, il avait travaillé dans le même laboratoire que moi, à l’Institut de Mécanique des Fluides de Marseille.
A l’époque l’aventure des lasers débutait. Il était venu passer quelques temps chez nous pour nous apprendre à les construire. C’étaient alors des petits tubes en verre emplis d’un mélange de gaz rares. On les fermait par deux miroirs dont on pouvait régler l’orientation et dont l’un était semi-transparent. L’énergie était apportée par une petite décharge électrique, dispensée par deux électrodes latérales. Après avoir tripoté quelques minutes les vis de réglage des miroirs, on trouvait la bonne orientation, créant la « cavité résonante ». Un fin rayon rouge jaillissait alors comme une flèche de sang. Les uns après les autres les membres du laboratoire étaient venus voir cette lumière nouvelle qui ne se dispersait pas. A des dizaines de mètres elle formait toujours sur une feuille de papier une tache presque ponctuelle.
Je me souviens d’un étudiant qui travaillait dans ce laboratoire à la fin des années soixante, un certain Bernard Fontaine et qui, suivant les indications d’Alström, avait monté ces bébés lasers. Ses gestes saccadés entraîneraient souvent des bris de matériel. Il opérait dans un désordre assez remarquable, ce genre de désordre organisé dans lequel travaillent souvent les chercheurs et dont la structure ne saute pas aux yeux.
Un jour cet animal avait voulu fabriquer un laser fonctionnant avec du cyanure de potassium. Sur le papier cela avait l’air formidable mais, soucieux de rester en vie, tous les membres du laboratoire avaient vivement protesté pour qu’il abandonnât cet inquiétant projet, ce qu’il fit, fort heureusement pour nous. Aujourd’hui ses gestes sont devenus moins vifs, il a perdu quelques cheveux et, toujours entre deux avions, développe des

lasers à ultra-violet pour les militaires, les futurs laser de la guerre des étoiles.
Je reconnus Alström de loin à ses cheveux très clairs.
– Alors, me dit-il, votre cher patron, le professeur Valensi, que devient-il ? Est-il toujours aussi tyrannique ?
– Plus que jamais. Mai 68 lui est passé sur le dos comme de l’eau sur les plumes d’un canard. Comme pas mal d’autres j’ai fini par quitter son laboratoire car il nous faisait une vie vraiment impossible là-bas.
– Aux Etats-Unis les choses sont loin d’être parfaites et souvent dans les labos c’est un peu le western. Mais en France vous avez une qualité de rapports assez particulière, un peu.. médiévale, non ?
– C’est en train de changer. Beaucoup de mandarins sont repartis au vestiaire et les jeunes loups commencent à s’organiser entre eux. Des bandes se forment.
– C’est ce qu’on appelle la démocratie, mon cher.
Pendant qu’Alström me conduisait dans son bureau je me souvenais très précisément du premier jour où j’avais entendu parler de recherche. C’était dans la maison de campagne du comte de Guimereu, en Normandie. Celui-ci avait coutume de prendre de temps à autre des intellectuels en pension pour le week-end, ce qui lui donnait l’impression d’être intelligent. Ce jour là il avait invité le journaliste de l’Express Jean-François Revel, pas trop à l’aise d’ailleurs dans ce milieu assez snob. Très excité par cette vedette de l’époque, le comte, affligé d’un léger bégaiement, arpentait les couloirs en répétant à son propos : « son cerveau est un véritable ca-canon de soixante-quinze ».
J’imaginais un intellectuel au sourcil froncé, un canon planté au milieu du front, dans un dessin à la Daumier ou à la Robida, et je me disais que cette image n’était peut-être pas si mauvaise, après tout.
Dans les salons du comte se trouvait un homme laid et maigre et j’appris qu’il s’agissait du mathématicien Kreisl. Je savais qu’il avait passé la guerre à Londres où il avait soigneusement calculé si les pontons du débarquement pourraient résister à l’assaut des vagues Normandes. Je l’abordais.
– En quoi consiste votre travail ?
– En bien je fais de la logique mathématique. Je suis censé appartenir à l’université de Princeton, aux Etats-Unis, dans le New Jersey. Mais en fait je n’y mets jamais les pieds, sauf une fois par an, au moment de la « recollection », lorsque le dean fait son discours devant tout le staff réuni. Là il faut absolument être présent, sinon cela fait mauvaise impression.
– Mais, le reste du temps, que faites-vous ?
-Je me promène dans les universités européennes et je saute les petites étudiantes. De temps en temps je fais un théorème pour qu’on me foute la paix.

– Mais la recherche, ça consiste en quoi ?
– Mon cher, c’est à celui qui vole le premier.
J’avais une vingtaine d’années à l’époque et l’idée de m’enfermer dans un bureau ou dans une usine ne me souriait guère. Cette brève rencontre dans ce salon Normand fut décisive et tout ce que je fis pendant les années suivantes visa à me permettre de rentrer dans ce club assez fermé.
Je retrouvais Guimereu au milieu d’invités. Toujours bégayant, il leur disait avec une lueur de ravissement dans le regard :
– Kreisl m’a dit qu’il avait trou-trouvé ce week end un thé-théorème essentiel.
Je me dis que l’autre avait du lui sortir cela pour le payer de son caviar et de son poulet aux morilles. Je racontais l’anecdote à Alström, qui rit aux éclats.
– Il faut bien se vendre d’une manière ou d’une autre.
Il donna quelques coups de fil pour que je puisse visiter ce qui appelait le « temple ». Par la fenêtre du bureau on apercevait un long bâtiment noir comme du jais.
– Va voir l’hydre, elle se trouve dans ce building, là-bas.
Le labo d’Alström ressemblait effectivement à un long parallélépipède noir posé sur le côté, semblable au monolithe d’Arthur Clarke. Il n’y avait aucune fenêtre et l’architecte l’avait entièrement recouvert de plaques de verre pour de simples raisons décoratives. On y entrait par un bout, comme dans une ruche, à travers un sas gardé par des vigiles. Un jeune prêtre en baskets, de moins de trente ans, me servit de Cicérone.
L’intérieur n’était qu’un immense hall aux murs d’un blanc éclatant. Au sol l’hydre-dieu, telle un serpent outremer, déroulait ses anneaux sur une soixantaine de mètres de long, constitués de verre et d’acier.
– Notre premier laser de puissance s’appelait Cyclops. Nous en avons fait fabriquer un autre, semblable. Janus, devant nous, est fait de deux chaînes Cyclops montées en parallèle. Elles ont une source commune qui est ce petit laser qu’on voit là-bas et qu’on appelle le « trigger », la détente. Puis les deux bras de Janus, de l’hydre, se rejoignent en aval dans une chambre d’expérience sphérique.
Nous commençâmes par nous rendre à la source de ce double fleuve de lumière. C’était un laser d’apparence modeste, d’un mètre de long, posé sur une table. Ici naissait la lumière. Engendré par ce trigger, ce laser modeste, le pinceau de lumière laser primaire était partagé en deux à l’aide à l’aide d’un système optique. Les deux rayons cheminaient alors de conserve, à la vitesse de la lumière, en suivant des routes parallèles et traversaient une successions d’amplificateurs luminiques de dimensions de plus en plus impressionnantes.

(voir PDF pour schéma) p.8

Ceux-ci avaient la forme de cylindres. Chacun contenait quatre disques de verre, ce même verre rose, au néodyme, que j’avais vu dans le magasin de San Francisco, et étaient ceinturés par une batterie de tubes fluorescents. Ces cylindres étaient de plus en plus gros et les derniers de la chaîne, quelques soixante mètres plus loin, faisait un bon demi-mètre de diamètre. De véritables canons à lumière.
Mon guide m’emmena dans un hall voisin qui contenait la source primaire d’énergie, c’est à dire une véritable forêt de condensateurs qui évoquaient le décor de la ville des Krells dans Planète Interdite.
– Voici la batterie qui alimente les tubes au Xénon.
Lors que les condensateurs se déchargeaient en moins d’un millième de seconde les ceintures de tubes fluorescents illuminaient les pavés de verre rose contenus dans les amplificateurs luminiques cylindriques, transformés en fours. Dans le verre les atomes de néodyme, présents sous forme d’infimes traces, stockaient cette lumière. Puis, lorsque le rayon du petit laser de tête, du trigger, traversait ces disques, toute cette énergie était libérée et venait grossir, nourrir le rayon, à la manière d’écluses dont les portes se rompraient les unes après les autres.

Nous allâmes à la fin de ce fleuve de lumière. Le dernier cylindre amplificateur était en miettes et avait visiblement explosé. J’en demandais la raison.
– Les blocs de verre doivent être d’une homogénéité et d’une propreté parfaite, exempts de toute impureté, autre que le néodyme, bien sûr. Si la moindre poussière venait à se coller sur le verre elle représenterait un point d’absorption de l’énergie et celle-ci entraînerait par la suite un échauffement et une tension mécanique qui le briserait aussitôt. Là c’est ce qui a du se passer.
– Vous voulez dire que si un moustique entrait dans un de ces lasers et se trouvait malencontreusement posé sur ces disques ou ces lentilles au moment de l’essai, il ferait immédiatement exploser cet amplificateur ?
– Absolument. Mais il n’y a pas de moustiques chez nous, pas la moindre poussière. Ce laboratoire est en fait le plus propre du monde.
J’imaginais un saboteur pénétrant dans le local avec un moustique caché dans une boite d’allumettes.
Les deux antennes de l’hydre se refermaient en bout de chaîne et leurs gueules circulaires se faisaient face. Deux lentilles terminales faisaient converger ces puissants rayons d’une demi mètre de diamètre sur une bille minuscule d’un quart de millimètre de rayon, un véritable grain de sable, qui était situé au centre d’une chambre sphérique en acier. Mon guide se pencha sur l’un des hublots qui permettait de voir à l’intérieur.
– La cible est une sphère creuse en verre dont la paroi fait moins d’un millième de millimètre d’épaisseur. Elle contient un mélange de deux isotopes de l’hydrogène, de deutérium et le tritium. En fait ce sont de mini bombes à hydrogène que nous essayons d’allumer.
– Mais comment faites-vous primo pour fabriquer ces cibles, secondo pour les remplir du mélange ad hoc ?
– Eh bien on commence par fabriquer des milliers et des milliers de ces sphères de verre, un peu comme on fabriquerait des bulles de savon. La plupart ont des formes irrégulières. On les examine toutes au microscope jusqu’à ce qu’on en trouve une qui ait une forme bien sphérique. Pour la remplir on la met dans une atmosphère, composée de ces isotopes de l’hydrogène, sous pression et les atomes de ce gaz, qui sont très petits, passent simplement à travers la paroi de verre. Il n’y a donc ni bouchon ni soudure. On réfrigère ensuite le tout pour faire se déposer cet hydrogène sur la face interne de la bulle. Puis ont recouvre le tout d’une mince couche de « peinture », à base de matière plastique.
Quand les lasers fonctionnent ils déposent leur énergie dans cette couche qu’on appelle le « pusher », le pousseur. Elle se dilate violemment et comprime l’hydrogène lourd qui est à l’intérieur.
– En somme vous fabriquez des petites supernovae ?

Mon interlocuteur était peu familier des problèmes d’astrophysique. Je lui expliquais que lors des morts violentes d’étoiles leur couche externe explosait en comprimant, par choc en retour, le noyau stellaire et que celui-ci pouvait le cas échéant se muer en … trou noir.
Nous plaisantâmes sur l’éventuelle possibilité de fabriquer à l’aide de lasers un trou noir de quelques centièmes de millimètres de diamètre qui, en vertu de sa voracité naturelle, pourrait immédiatement se mettre à avaler le laboratoire. Mais les gens de Livermore n’avaient pas de telles ambitions. Atteindre les conditions de la fusion thermonucléaire, faire détoner leur grain de sable-bombe à hydrogène, leur suffisait.
– Mais, en supposant que vous y parveniez, cela doit représenter une production d’énergie fantastique.
– Oui et non. La quantité d’hydrogène lourd est quand même infime dans la sphère cible. Chaque explosion dans la chambre d’expérience équivaudrait à celle d’un bon gros pétard, sans plus. On envisagerait bien sûr, en cas de succès, d’en faire exploser une dizaine par seconde, ce qui représenterait la puissance d’une centrale nucléaire.
– En somme, cela marcherait comme un moteur deux temps. Admission, compression, fusion, détente.
– Sauf que le piston est fait de lumière.
J’imaginais une sorte de vélosolex thermonucléaire dont le premier coup de pédale vous propulserait à une vitesse quasi relativiste.
– Au fait, arrivez-vous à provoquer des réactions de fusion ?
– Pas encore. La température atteinte en fin de compression n’est pas assez élevée. Mais il ne faut pas s’illusionner, le but de cette recherche est surtout militaire, sans quoi nous n’aurions jamais reçu un tel paquet de dollars. Ces systèmes à énergie dirigée sont les préfigurations de futurs détonateurs de bombes thermonucléaires.
– En somme vous êtes des sales gosses qui jouent avec les allumettes ?
– Exactement.
– Mais pourquoi cela coûte-il si cher ? Il n’y a que du verre et des condensateurs après tout.
– Les disques de verre dopé au néodyme qui servent à accumuler l’énergie lumineuse doivent être taillés avec la même précision que celle qu’on apporte à la confection des miroirs des télescopes. La surface doit être plane à une fraction de millième de millimètre près. Et vous avez vu combien il y en a ….
Nous allâmes déjeuner à la cafeteria. J’y retrouvais un Français, ingénieur au commissariat atomique que j’avais entrevu il y a des années, quelque part, je ne savais plus très bien où. Il devait s’appeler Francheyard ou Franchouillard. Cravate noire, chemise blanche, cheveux châtain foncé et physique à la François Périer. Il fut surpris de ma visite du matin.

– Alors ils vous ont montré Janus. Mais comment avez-vous fait pour pénétrer dans ce saint des saints de Livermore ?
– Je connaissais Alström personnellement.
– Ah, c’est toujours pareil avec ces Américains. Ils ont leurs têtes. S’ils vous ont à la bonne ils vous promènent partout, sinon rien à faire. Moi je suis ici depuis six mois et je n’ai pratiquement rien vu d’autre que les quatre murs de mon bureau.
Nous parlâmes de ce verre au néodyme. Je lui demandais si celui que j’avais vu dans le magasin de San Francisco pouvait être le même que celui utilisé dans les lasers.
– Pas impossible. Vous savez, l’Amérique, au point de vue secret, ressemble à un tunnel dont une seule entrée serait sévèrement gardée. Si cela était le cas il suffirait aux probablement aux Soviétiques d’acheter un lot de cendriers, puis de les tailler chez eux, pour faire des lasers aussi puissants.
– Vous croyez qu’ils le font ?
– Il ne faut pas s’imaginer que les scientifiques Soviétiques vivent dans des isbas, travaillent avec des postes à galène et ne progressent qu’en volant les secrets occidentaux. Ça c’est le vieux fantasme. Je crois que dans ce type particulier de technologie ils n’ont pas grand-chose à apprendre des américains.
Alström arriva.
– Je t’ai arrangé quelque chose avec Fowler cet après midi. On se verra ce soir chez moi. Je donne une party, viens. Là il faut que je file voir Nuckhols au computer. Pas le temps de manger, désolé…
– Pas le temps de manger ! grommela mon voisin entre ses dents.
Il mastiquait chaque bouchée interminablement à la manière d’un escargot s’acharnant sur une feuille de salade. Je lui demandais qui était ce Fowler.
– Ici ils sont tous sur la fusion. Alström s’occupe de ce que vous avez vu ce matin, c’est à dire de la fusion par laser. Fowler est la patron de la fusion par confinement magnétique. C’est lui qui a construit Ying-Yang et Base-Ball. Ce sont deux très grosses manips basées sur des solénoïdes qui créent un très fort champ magnétique de confinement. Celui-ci est censé emprisonner le plasma2 que l’ont tente de chauffer par les moyens les plus divers. Nous avons des choses de ce genre au CEA de Fontenay aux Roses, mais évidement en beaucoup plus petit.

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2 Un plasma est un gaz extrêmement chaud où les atomes ont perdu leurs électrons. C’est un mélange de noyaux et d’électrons libres.

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Ying-Yang et Base-Ball

Je laissais mon compatriote finir son interminable repas pour aller rejoindre ce hall des « bouteilles magnétiques ». Ying-Yang faisait cinq ou six mètres de diamètre et je ne sais combien de dizaines de tonnes. Des hommes s’affairaient autour de lui comme des fourmis autour de leur reine. On pouvait passer tout autour et au-dessus à l’aide de passerelles. Par les orifices, les servants de ce Moloch, de cette chaudière, jetaient tout ce qu’ils pouvaient, pêle-mêle : micro-ondes, faisceaux de particules neutres. Mais elle s’étouffait vite, trop vite.
Fowler m’expliqua que la très forte chaleur régnant dans ce « four », plus de dix millions de degrés, faisait, malgré la puissance de la barrière magnétique, légèrement s’évaporer le métal des parois.
– Ces atomes lourds qui viennent polluer le mélange de fusion, l’hydrogène à très haute température, nous embêtent bien. Ils émettent du rayonnement à tout va et constituent une véritable hémorragie d’énergie. Il se produit un refroidissement radiatif très rapide car un nombre infime d’atomes arrachés aux parois suffit à refroidir le plasma de fusion. Nous sommes là comme des primitifs, occupés à souffler à plein poumons sur ces braises. Mais le feu ne veut pas prendre, du moins pas encore.
Je pensais à la guerre du feu. Ce qui est irritant quand on essaye quelque chose, c’est qu’on ne sait pas si ça peut marcher vraiment, et si oui, quand ça va marcher. Les gens qui se sont orientés vers la fusion ont monté des manips dès l’après guerre et ont été quelque peu déçus. La mise au point de la bombe avait été très rapide. Deux ans, trois ans tout au plus. Le premier réacteur nucléaire à fission, monté par l’italien Fermi, avait fonctionné aussi du premier coup, sous les gradins du stade de l’université de Chicago. Mais la fusion résistait diablement depuis trente années. Il est facile de chauffer un gaz par induction, comme on chauffe un plat à l’aide d’un four à micro ondes dans un restaurant de supermarché. Le problème c’est le récipient. Aucun métal, aucune céramique, ne résisterait à cent millions de degrés. Le seul récipient possible c’est le champ magnétique. Les particules chargées fuient les régions où le champ magnétique est élevé. Par exemple, la Terre se protège naturellement du flux de particules, d’atomes ionisés expédiés en continu par le soleil, grâce à son champ magnétique. Ce champ empêche ce « vent solaire » de traverser l’atmosphère. S’il n’y avait pas cet écran magnétique protecteur les êtres vivants subiraient un véritable bombardement dommageable pour leurs cellules.
Ces particules sont canalisées le long des lignes de forces du champ magnétique autour desquelles elles s’enroulent selon des trajectoires en spirale. Elles convergent alors vers les pôles nord et sud. Mais au voisinage de ces pôles magnétiques le champ, devenant plus intense, les force à

rebrousser chemin. Elles entament ainsi un mouvement de va et vient qui les fait rebondir d’un pôle à l’autre comme sur des raquettes de tennis. Ces particules, qu’on dit alors piégées, constituent ce qu’on a appelé les ceintures de Van Allen.
Quand les particules sont trop énergétiques, trop rapides, par exemple lorsqu’elles sont émises, à partir d’une tache solaire, dans une phase de violente activité de l’astre du jour, elles arrivent à franchir cette barrière magnétique, touchent les hautes couches atmosphériques, excitent leurs molécules qui émettent de la lumière et on obtient ce qu’on appelle une aurore boréale.
J’avais vu quelques années auparavant au commissariat atomique de Fontenay aux Roses, près de Paris, une manip très simple. Dans une enceinte où régnait le vide on avait disposé deux grosses bobines de cinquante centimètres de diamètre, selon un axe commun. On faisait passer le courant dans l’une d’elles tandis qu’on tirait à travers la seconde une petite bouffée d’atomes à l’aide d’un canon à plasma. Ceux-ci rebondissaient sur le champ créé par la première bobine. On se dépêchait alors de mettre en fonction la seconde pour constituer la seconde « raquette » de ce va et vient. Mais ça ne marchait pas très bien. Les atomes fichaient rapidement le camp par les côtés.
A Livermore il y avait dans un énorme blockhaus construit juste après guerre, dont les murs faisaient dix mètres d’épaisseur, et qui s’était au fil du temps transformé en véritable musée de la fusion soit disant contrôlée. On y trouvait des machines à l’abandon, couvertes de poussière, qui témoignaient de maints essais infructueux sur des configurations toutes différentes. Elles portaient des noms variés. Un des chercheurs, après ces débuts problématiques, avait même baptisé l’une d’elles le Perhapstron. On perçoit l’humour de cette dénomination quand on se rappelle qu’en Anglais perhaps veut dire « peut-être »…
Le Russe Sakharov imagina le premier avec son collègue Tamm la configuration toroïdale qui devait donner naissance au célèbre Tokamak. Une chambre à air de voiture a la forme d’un tore. Cette idée fut ensuite développée expérimentalement en URSS par un autre académicien, Artsimovitch, puis reprise dans toutes les places fortes scientifiques du monde. Mais à Livermore on travaillait sur une autre géométrie.
– Le tore, c’est très joli, disait Fowler, c’est compact, fermé. Mais tôt ou tard il faut entrer ou sortir, pour faire des mesures, pour injecter de l’énergie, ou l’extraire. Il faut alors ménager des fenêtres c’est à dire créer des ruptures dans cette géométrie magnétique bien lisse.
Ying-Yang était une configuration semi-fermée. Les deux gros solénoïdes évoquaient la forme de deux mains enserrant un oeuf dans lequel on essayait de refaire le monde.

Fowler recherchait un chauffage additionnel à l’aide de particules neutres très énergétiques, injectées latéralement par des sortes de chalumeaux.
Ici on travaillait sur des chaudières toriques, là sur des fours en forme de mains. Alström cherchait à recréer une mini-étoile mais personne, finalement, ne savait très bien quelle était la meilleure solution. Nous allâmes visiter Base Ball. Le dessin de sa bobine unique évoquait cette fois parfaitement la couture qui ferme ces balles de cuir. A lui seul cet électro-aimant représentait le stockage d’une assez fabuleuse quantité d’énergie. De quoi raser le laboratoire. Base Ball était un solénoïde supraconducteur. Dans des fils fins comme des poignées de cheveux circulaient des millions d’ampères. Un entourloupe de mécanique quantique, découverte au début du siècle, faisait que cet ensemble, baignant dans quelques mètres cubes d’hélium liquide à moins deux cent soixante degrés au dessous de zéro avait la bonté de ne pas dégager de chaleur. Je demandais à Fowler :
– Que se passerait-il si dans cet enchevêtrement, quelque part, cette supraconduction était abolie ?
– Toute l’énergie serait immédiatement convertie en chaleur et comme la machine ne serait pas capable de l’évacuer, elle exploserait.
– Quand vous avez construit Base-Ball, père de Ying Yang, personne n’avait jusque là fait d’électro-aimants supraconducteurs aussi gros. N’y avait-il pas un risque sérieux que tout explosât au premier essai ?
– Mon cher, en matière de recherche, c’est parfois plus une question de courage que d’intelligence.
Je me souvenais effectivement de quelques jolies explosions de solénoïdes dans l’institut où j’avais travaillé dix ans plus tôt. C’étaient des objets minuscules à côté de tels monstres mais le fait d’y injecter cinquante mille ampères nous incitait quand même à piloter les expériences à partir du couloir. Quand ça n’explosait pas on était content. Quand ça explosait on balayait les débris et on reconstruisait le tout.
Même quand ça n’explosait pas des choses imprévues pouvaient arriver. Un jour par exemple nous avions voulu faire des mesures avec un laser et l’un d’entre nous avait placé les éléments optiques sur un rail de fer, lentilles et miroirs étant fixés sur des supports munis d’aimants permanents. Personne ne se trouvait à proximité lorsque nous fîmes le premier tir et fort heureusement, car le fort champ magnétique, agissant sur ces supports magnétiques, les projeta dans le mur. Si nous avions été à proximité, nous les aurions pris en pleine figure.
Un champ magnétique, cela ne se voit pas, cela ne se sent pas. Une autre fois des huiles de Paris étaient venues visiter le labo. Pour des questions de standing ces gens avaient affrété un avion spécial qui s’était posé juste à côté du laboratoire, lequel se trouvait sur l’aire de l’aéroport de Marignane.

L’arrivée de cette commission d’inspection fut très réussie. Notre directeur, malgré sa petite taille, s’avança majestueusement vers ses visiteurs mais comme personne n’avait pensé à amener une échelle, celui-ci resta pendant une bonne demi-heure comme un idiot, alors que les autres ne savaient pas s’ils devaient sauter ou non.
L’un de ces VIP, un polytechnicien très distingué, était particulièrement assommant. Il tint à ce que nous chargions les condensateurs et que nous les déclenchions le champ magnétique devant lui. Je remarquais qu’il portait une montre de prix et j’avoue que j’eus la malice de ne pas lui suggérer de la retirer. Comme son armature interne était en acier, il doit depuis s’en servir pour ramasser les épingles.
Lors des visites de labos il est parfois nécessaire de prendre certaines précautions qui ne semblent pas évidentes au non spécialiste. Je me souviens pas exemple de la visite d’une chambre à bulle, qui comporte un très fort champ magnétique. Celui-ci, agissant sur un trousseau de clef qu’un des visiteurs portait dans une de ses poches de pantalon lui donna en toute innocence pendant la visite une allure quelque peu indécente.
Les systèmes qui comportent des courants à très haute fréquence exigent que l’on se débarrasse de tout ce qui pourrait de loin ou de près ressembler à une spire, comme un collier ou une alliance. Un jour un chercheur avait simplement approché sa main d’un système HF. L’alliance qu’il portait à l’annulaire provoqua un violent « couplage inductif », se transformant instantanément en mini-four à induction. Il ne sentit rien mais vit son doigt tomber comme une fleur coupée, à la fois sectionné et cautérisé. On imagine ce qui se serait passé s’il s’était agi d’une femme porteuse d’un collier en argent massif, métal fortement conducteur de l’électricité.
Je pris congé de Fowler. Cette visite dans un des hauts lieux de la fusion me laissait rêveur. Ils étaient tous prêts chacun dans leur coin pour le grand jour. J’avais remarqué que Ying Yang était entouré d’épais murs de plomb capable d’absorber un éventuel dégagement de radioactivité. Mais trente années avaient passé. Les cheveux de Fowler avaient blanchi et la fusion contrôlée s’était à chaque fois éloignée comme un mirage du désert. Il était embêté par des arrachements d’atomes aux parois, Alström s’efforçait, grâce aux calculs de Nuckhols, de comprimer sa mini étoile sans à-coups. Ces labos étaient-ils des bastions avancés où s’établissait le contact avec un inconnu brûlant ou des forteresses semblables à celle du désert des Tartares ?
Résoudre les problèmes n’est au fond pas grand chose. C’est comme creuser la roche avec un pic dans un matériau plus ou moins résistant. Le problème est de savoir si on creuse réellement dans la bonne direction. Comment ont fait nos ancêtres pour recréer le feu ? Il leur a fallu d’abord

croire qu’ils pouvaient par eux-mêmes déclencher cette magie, sans attendre que la foudre ne s’en charge. Je ne crois pas qu’un bushman allumant un feu ait eu un instant conscience qu’il faisait de la physique ou de la chimie. Cela devait être conçu comme un rituel et peut-être associé à des prières et incantations. Les silex frappés par accident crachaient des petites étincelles semblables aux escarbilles des foyers. Il était donc logique de penser que ces pierres contenaient une vertu luciférine. Mais qui pensa la première fois qu’en frottant longuement deux bois l’un contre l’autre on pouvait parvenir au même résultat ? Voilà un bien grand mystère.
La recherche est une sorte d’archéologie où, en creusant, on cherche à mettre à jour non le passé mais l’avenir.
Alström avait une maison très agréable. C’était le printemps et il faisait une température assez douce dans ce désert. Il avait invité une vingtaine de personnes et se côtoyaient là des patrons de services, des secrétaires, des épouses résignées et des étudiants ressemblant à des collégiens. Il m’entraîna dans le jardin.
– Alors, tu as vu Janus, c’est une belle bête, non ?
– Impressionnant.
– Sais-tu quelle est sa puissance de crête, lorsqu’il donne à plein ?
– Non.
– Un térawatt par bras. Deux térawatts en tout. Deux millions de millions de watts.
Je me souvenais que téra voulait dire monstrueux en grec et calculais mentalement que ceci devait correspondre à la puissance collectée par un miroir solaire de trente kilomètres de diamètre. Lors du siège de Syracuse on prétend qu’Archimède aurait enflammé les voilures des galères ennemies avec des miroirs de bronze d’un mètre de diamètre. Alström, lui, voulait enflammer des noyaux d’atomes. Je me pris à penser tout haut :
– Avec mille watts on chauffe une petite chambre, avec un mégawatt, un million de watts, on chauffe un million de chambres, c’est à dire une ville. Avec un térawatts, c’est à dire un million de mégawatts, on chaufferait un million de villes. En somme, à chaque essai, tu manipules une énergie comparable à celle que les habitants de la planète utilisent pour chauffer leurs logements. Franchement, on a du mal à comprendre tout cela du premier coup.
– Il ne faut pas confondre puissance et énergie. Si Janus développe un térawatt de puissance lumineuse il ne faut pas oublier qu’il ne fonctionne que pendant dix milliardièmes de seconde. Calcule l’énergie, cela fait à peine dix mille joules, c’est à dire ce que contient… une tasse de thé !

Je me souvenais effectivement que j’avais fait des calculs semblables dix ans plus tôt. Nous avions construit des générateurs électromagnétiques qui convertissaient directement en électricité l’énergie d’un explosif. Le générateur lui-même était une petite tuyère de dix centimètres de long et de vingt cinq centimètres carrés de section. L’appareil complet avait la forme d’un canon dont nous étions les artilleurs. Il avait une lourde culasse d’acier que nous reculions entre chaque essai sur un chariot muni de roulettes. Dans cette « cartouche » on introduisait un mélange de gaz combustibles, à savoir de l’hydrogène et de l’oxygène. A l’extrémité du canon se trouvait un gros solénoïde branché sur une puissante batterie de condensateurs. On actionnait le canon en même temps que se déchargeait la batterie, la commutation étant assurée par un interrupteur de locomotive électrique bricolé dans lequel passaient plus de cinquante mille ampères. Le canon, long de six mètres, permettait d’envoyer à deux kilomètres par seconde un « projectile » de cinquante centimètre de long qui était en fait une « carotte » de gaz comprimé porté à très haute température. Lorsque cette masse gazeuse passait dans l’entrefer de l’électro-aimant le générateur crachait deux mégawatts. Rien de mystérieux dans tout cela. Un générateur électrique n’est jamais qu’un système qui convertit de l’énergie cinétique en électricité, que celle-ci provienne d’une chute d’eau ou de l’expansion d’un gaz dans une turbine. Dans une dynamo cette énergie est stockée dans une pièce mobile qui est un rotor métallique. Dans ce type de générateurs, dit magnétodynamique3, inventés par l’Anglais Faraday, la pièce mobile est tout simplement … un gaz très chaud.
L’ensemble avait un temps de fonctionnement d’un vingtième de millième de seconde. Je me rappelle quelle avait été ma surprise de constater un jour que cela ne représentait finalement de quoi faire marcher une lampe de bureau pendant… une seconde. Alström avait une énergie de départ cent fois plus grande et le temps de fonctionnement était cinq mille fois plus court. Tout cela cadrait. Mais ce qui surprenait c’est qu’en jouant là- dessus on arrivait finalement à des puissances comparables à ce que l’homme mettait en jeu quotidiennement sur l’ensemble de sa planète.
Dans ce jardin nous discutions comme des personnages d’un roman de Jules Vernes, comme ces membres du Reform Club dans le livre De la Terre à la Lune. Nous n’étions pas dans un club Anglais mais dans une party bien américaine où chacun déambulait avec sa boite de bière ou son verre en carton empli de whisky.
Alström me rejoignit.

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3 Ces canons à électricité furent pas la suite repris et développés en secret pour alimenter, dans des stations de tir orbitales, les lasers et les canons à électrons de la guerre des étoiles.

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– Tu as vu le grand bâtiment en cours d’achèvement derrière le hall de Janus. On y abritera Shiva qui sera constitué de vingt quatre bras d’un térawatt chacun. Cela fera vingt quatre millions de millions de watts. Il faudra que cela fusionne ou que cela dise pourquoi, comme vous dites, vous les Français.
– Mais ces lasers au néodyme n’ont qu’un rendement d’un pour cent, dit-on. Cela fait quand même pas mal d’énergie à stocker, non ?
– Dans les condensateurs ? Il y a juste de quoi te faire chauffer un bain, mon vieux.
Nous passâmes à table. J’avais la tête farcie de térawatts, de mégajoules et de nanosecondes qui y menaient une véritable sarabande. Jamais je n’aurais imaginé, en voyant nos petits lasers d’il y a dix ans, qu’ils auraient pu devenir sans crier gare de tels monstres. Cela avait quelque chose de fascinant et d’inquiétant à la fois. Il me semblait qu’il allait falloir un peu de temps pour s’habituer à tout cela. En dix ans la puissance des lasers avait été multipliée par un million, en accroissant leur taille et l’énergie brute disponible, mais surtout en jouant sur la concentration de la réémission d’énergie dans le temps, en diminuant la durée des impulsions.
A priori il n’y avait aucune raison pour que cela ne continue pas. On pouvait faire laser des tas de matériaux et apporter l’énergie par des tas de procédés et les condensateurs n’étaient d’ailleurs certainement pas la façon la plus compacte de la stocker.
Mon ami Meyer, qui enseignait la philosophie à la faculté des lettres d’Aix en Provence , m’avait expliqué jadis que le phénomène technologique était basé sur le principe du relais. A une époque donnée telle technique correspond à une performance donnée et à une croissance donnée, laquelle dépend par exemple des matériaux utilisés. Prenons par exemple le domaine des moyens de calcul. Quand j’étais étudiant on était limité au papier crayon, à la table de logarithme et à la règle à calcul. Je me souviens de travaux pratiques interminables où on passait un temps fou à compulser des tables remplies de chiffres.
Quand j’entrais à l’Ecole Supérieure de l’Aéronautique de Paris, nous avions des machines à calculer mécaniques. Le haut de gamme était une machine Monroë qui calculait des racines carrées et dont le prix était équivalent à dix millions de nos actuels centimes. Elle comportait des centaines et des centaines de rouages délicats. Quand elle fonctionnait en crépitant sur un bureau trop lisse, elle se.. déplaçait.
C’était l’issue d’une évolution qui avait débuté avec première machine à calculer inventée par Pascal. Il était évident que cette technologie atteignait son plafond, à la fois en capacité et en vitesse. Prévoir un avenir basé sur cette technique de calcul eut été illusoire. Vinrent alors les machines « tout électrique » où les rouages étaient remplacés par des condensateurs, des

selfs et des résistances. Le gain de vitesse était considérable. Mais on assemblait encore ces machines à la main. Les composants électriques standards étaient montés par des ouvriers sur des cartes, sur des circuits imprimés, puis soudés au fer, à la main.
En représentant graphiquement l’évolution de ce phénomène calcul on pourrait par exemple mettre en abscisse le temps et en ordonnée quelque chose combinant le nombre d’opérations par seconde et la capacité mémoire, rapporté au volume de la machine ou à son coût de fabrication. Une sorte de rapport qualité-prix. En partant de la machine de Pascal on obtiendrait une certaine courbe de croissance avec un plafonnement vers les années cinquante. Sur le même graphique on pourrait alors porter les mêmes paramètres, mais concernant des calculateurs à composants électriques, c’est à dire en fait les premiers ordinateurs. Cette courbe prendrait naissance vers 1943-1945 avec une croissance rapide, suivie également d’un plafonnement aux alentours des années soixante.
Resterait à introduire l’apparition d’une nouvelle technologie, celle du microprocesseur. Ici, saut qualitatif, différence essentielle : les composants de la machine ne sont plus montés à la main mais directement « sculptés » sur un support de silicium, à la vitesse de la lumière, par un pinceau laser. Le microprocesseur n’est même plus démontable ou réparable puisque ses éléments ne mesurent plus que quelques millièmes de millimètre. Nouvelle montée vertigineuse de la performance et du rapport qualité-prix.

Le thème du « relais technologique » de François Meyer

suite…

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LA SCIENCE ET L’HYPOTHÈSE


Auteur : Poincaré Henri
Ouvrage : La Science et l’hypothèse
Année : 1902

 

 

INTRODUCTION
Pour un observateur superficiel, la vérité scientifique est hors des atteintes du doute ; la logique de la science est infaillible et, si les savants se trompent quelquefois, c’est pour en avoir méconnu les règles.

Les vérités mathématiques dérivent d’un petit nombre de propositions évidentes par une chaîne de raisonnements impeccables ; elles s’imposent non seulement à nous, mais à la nature elle-même. Elles enchaînent pour ainsi dire le Créateur et lui permettent seulement de choisir entre quelques solutions relativement peu nombreuses. Il suffira alors de quelques expériences pour nous faire savoir quel choix il a fait. De chaque expérience, une foule de conséquences pourront sortir par une série de déductions mathématiques, et c’est ainsi que chacune d’elles nous fera connaître un coin de l’Univers.

Voilà quelle est pour bien des gens du monde, pour les lycéens qui reçoivent les premières notions de physique, l’origine de la certitude scientifique. Voilà comment ils comprennent le rôle de l’expérimentation et des mathématiques. C’est ainsi également que le comprenaient, il y a cent ans, beaucoup de savants qui rêvaient de construire le monde en empruntant à l’expérience aussi peu de matériaux que possible.

Quand on a un peu plus réfléchi, on a aperçu la place tenue par l’hypothèse ; on a vu que le mathématicien ne saurait s’en passer et que l’expérimentateur ne s’en passe pas davantage. Et alors, on s’est demandé si toutes ces constructions étaient bien solides et on a cru qu’un souffle allait les abattre. Être sceptique de cette façon, c’est encore être superficiel. Douter de tout ou tout croire, ce sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir.

Au lieu de prononcer une condamnation sommaire, nous devons donc examiner avec soin le rôle de l’hypothèse ; nous reconnaîtrons alors, non seulement qu’il est nécessaire, mais que le plus souvent il est légitime. Nous verrons aussi qu’il y a plusieurs sortes d’hypothèses, que les unes sont vérifiables et qu’une fois confirmées par l’expérience, elles deviennent des vérités fécondes ; que les autres, sans pouvoir nous induire en erreur, peuvent nous être utiles en fixant notre pensée, que d’autres enfin ne sont des hypothèses qu’en apparence et se réduisent à des définitions ou à des conventions déguisées.

Ces dernières se rencontrent surtout dans les mathématiques et dans les sciences qui y touchent. C’est justement de là que ces sciences tirent leur rigueur ; ces conventions sont l’oeuvre de la libre activité de notre esprit, qui, dans ce domaine ne reconnaît pas d’obstacle. Là, notre esprit peut affirmer parce qu’il décrète ; mais entendons-nous : ces décrets s’imposent à notre science, qui, sans eux, serait impossible ; ils ne s’imposent pas à la nature. Ces décrets, pourtant, sont-ils arbitraires ? Non, sans cela ils seraient stériles. L’expérience nous laisse notre libre choix, mais elle le guide en nous aidant à discerner le chemin le plus commode. Nos décrets sont donc comme ceux d’un prince absolu, mais sage, qui consulterait son Conseil d’État.

Quelques personnes ont été frappées de ce caractère de libre convention qu’on reconnaît dans certains principes fondamentaux des sciences. Elles ont voulu généraliser outre mesure et en même temps elles ont oublié que la liberté n’est pas l’arbitraire. Elles ont abouti ainsi à ce que l’on appelle le nominalisme et elles se sont demandé si le savant n’est pas dupe de ses définitions et si le monde qu’il croit découvrir n’est pas tout simplement créé par son caprice1.
 Dans ces conditions, la science serait certaine, mais dépourvue de portée.

S’il en était ainsi, la science serait impuissante. Or, nous la voyons chaque jour agir sous nos yeux. Cela ne pourrait être si elle ne nous faisait connaître quelque chose de la réalité ; mais ce qu’elle peut atteindre, ce ne sont pas les choses elles-mêmes, comme le pensent les dogmatistes naïfs, ce sont seulement les rapports entre les choses ; en dehors de ces rapports, il n’y a pas de réalité connaissable.

Telle est la conclusion à laquelle nous parviendrons, mais pour cela il nous faudra parcourir la série des sciences depuis l’arithmétique et la géométrie jusqu’à la mécanique et à la physique expérimentale.

Quelle est la nature du raisonnement mathématique ? Est-il réellement déductif comme on le croit d’ordinaire ? Une analyse approfondie nous montre qu’il n’en est rien, qu’il participe dans une certaine mesure de la nature du raisonnement inductif et que c’est par là qu’il est fécond. Il n’en conserve pas moins son caractère de rigueur absolue ; c’est ce que nous avions d’abord à montrer.

Connaissant mieux maintenant l’un des instruments que les mathématiques mettent entre les mains du chercheur, nous avions à analyser une autre notion fondamentale, celle de la grandeur mathématique. La trouvons-nous dans la nature, ou est-ce nous qui l’y introduisons ? Et, dans ce dernier cas, ne risquons-nous pas de tout fausser ? Comparant les données brutes de nos sens et ce concept extrêmement complexe et subtil que les mathématiciens appellent grandeur, nous sommes bien forcés

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1 Voir M. Le Roy, Science et Philosophie. (Revue de Métaphysique et de morale, 1901)

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de reconnaître une divergence ; ce cadre où nous voulons tout faire rentrer, c’est donc nous qui l’avons fait ; mais nous ne l’avons pas fait au hasard, nous l’avons fait pour ainsi dire sur mesure et c’est pour cela que nous pouvons y faire rentrer les faits sans dénaturer ce qu’ils ont d’essentiel.

Un autre cadre que nous imposons au monde, c’est l’espace. D’où viennent les premiers principes de la géométrie ? Nous sont-ils imposés par la logique ? Lobatchevsky a montré que non en créant les géométries non euclidiennes. L’espace nous est-il révélé par nos sens ? Non encore, car celui que nos sens pourraient nous montrer diffère absolument de celui du géomètre. La géométrie dérive-t-elle de l’expérience ? Une discussion approfondie nous montrera que non. Nous conclurons donc que ses principes ne sont que des conventions ; mais ces conventions ne sont pas arbitraires, et transportés dans un autre monde (que j’appelle le monde non euclidien et que je cherche à imaginer), nous aurions été amenés à en adopter d’autres.

En mécanique, nous serions conduits à des conclusions analogues et nous verrions que les principes de cette science, quoique plus directement appuyés sur l’expérience, participent encore du caractère conventionnel des postulats géométriques. Jusqu’ici le nominalisme triomphe, mais nous arrivons aux sciences physiques proprement dites. Ici la scène change ; nous rencontrons une autre sorte d’hypothèses et nous en voyons toute la fécondité. Sans doute, au premier abord, les théories nous semblent fragiles, et l’histoire de la science nous prouve qu’elles sont éphémères : elles ne meurent pas tout entières pourtant, et de chacune d’elles il reste quelque chose. C’est ce quelque chose qu’il faut chercher à démêler, parce que c’est là, et là seulement, qu’est la véritable réalité.

La méthode des sciences physiques repose sur l’induction qui nous fait attendre la répétition d’un phénomène quand se reproduisent les circonstances où il avait une première fois pris naissance. Si toutes ces circonstances pouvaient se reproduire à la fois, ce principe pourrait être appliqué sans crainte : mais cela n’arrivera jamais ; quelques-unes de ces circonstances feront toujours défaut. Sommes-nous absolument sûrs qu’elles sont sans importance ? Évidemment non. Cela pourra être vraisemblable, cela ne pourra pas être rigoureusement certain. De là le rôle considérable que joue dans les sciences physiques la notion de probabilité. Le calcul des probabilités n’est donc pas seulement une récréation ou un guide pour les joueurs de baccara, et nous devons chercher à en approfondir les principes. Sous ce rapport, je n’ai pu donner que des résultats bien incomplets, tant ce vague instinct, qui nous fait discerner la vraisemblance, est rebelle à l’analyse.

Après avoir étudié les conditions dans lesquelles travaille le physicien, j’ai cru qu’il fallait le montrer à l’oeuvre. Pour cela j’ai pris quelques exemples dans l’histoire de l’optique et dans celle de l’électricité. Nous verrons d’où sont sorties les idées de Fresnel, celles de Maxwell, et quelles hypothèses inconscientes faisaient Ampère et les autres fondateurs de l’électrodynamique.

 

PREMIÈRE PARTIE LE NOMBRE ET LA GRANDEUR

 

CHAPITRE I

SUR LA NATURE DU RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE
I
La possibilité même de la science mathématique semble une contradiction insoluble. Si cette science n’est déductive qu’en apparence, d’où lui vient cette parfaite rigueur que personne ne songe à mettre en doute ? Si, au contraire, toutes les propositions qu’elle énonce peuvent se tirer les unes des autres par les règles de la logique formelle, comment la mathématique ne se réduit-elle pas à une immense tautologie ? Le syllogisme ne peut rien nous apprendre d’essentiellement nouveau et, si tout devait sortir du principe d’identité, tout devrait aussi pouvoir s’y ramener. Admettra-t-on donc que les énoncés de tous ces théorèmes qui remplissent tant de volumes ne soient que des manières détournées de dire que A est A ?

Sans doute, on peut remonter aux axiomes qui sont à la source de tous les raisonnements. Si on juge qu’on ne peut les réduire au principe de contradiction, si on ne veut pas non plus y voir des faits expérimentaux qui ne pourraient participer à la nécessité mathématique, on a encore la ressource de les classer parmi les jugements synthétiques a priori. Ce n’est pas résoudre la difficulté, c’est seulement la baptiser ; et lors même que la nature des jugements synthétiques n’aurait plus pour nous de mystère, la contradiction ne se serait pas évanouie, elle n’aurait fait que reculer ; le raisonnement syllogistique reste incapable de rien ajouter aux données qu’on lui fournit ; ces données se réduisent à quelques axiomes et on ne devrait pas retrouver autre chose dans les conclusions.

Aucun théorème ne devrait être nouveau si dans sa démonstration n’intervenait un axiome nouveau ; le raisonnement ne pourrait nous rendre que les vérités immédiatement évidentes empruntées à l’intuition directe ; il ne serait plus qu’un intermédiaire parasite et dès lors n’aurait-on pas lieu de se demander si tout l’appareil syllogistique ne sert pas uniquement à dissimuler notre emprunt ? La contradiction nous frappera davantage si nous ouvrons un livre quelconque de mathématiques ; à chaque page l’auteur annoncera l’intention de généraliser une proposition déjà connue. Est-ce donc que la méthode mathématique procède du particulier au général et comment alors peut-on l’appeler déductive ?

Si enfin la science du nombre était purement analytique, ou pouvait sortir analytiquement d’un petit nombre de jugements synthétiques, il semble qu’un esprit assez puissant pour-rait d’un seul coup d’oeil en apercevoir toutes les vérités ; que dis-je ! on pourrait même espérer qu’un jour on inventera pour les exprimer un langage assez simple pour qu’elles apparaissent ainsi immédiatement à une intelligence ordinaire.

Si l’on se refuse à admettre ces conséquences, il faut bien concéder que le raisonnement mathématique a par lui-même une sorte de vertu créatrice et par conséquent qu’il se distingue du syllogisme.

La différence doit même être profonde. Nous ne trouverons pas par exemple la clef du mystère dans l’usage fréquent de cette règle d’après laquelle une même opération uniforme appliquée à deux nombres égaux donnera des résultats identiques.

Tous ces modes de raisonnement, qu’ils soient ou non réductibles au syllogisme proprement dit, conservent le caractère analytique et sont par cela même impuissants.

II

Le débat est ancien ; déjà Leibnitz cherchait à démontrer que 2 et 2 font 4 ; examinons un peu sa démonstration.
Je suppose que l’on ait défini le nombre 1 et l’opération x + 1 qui consiste à ajouter l’unité à un nombre donné x.
Ces définitions, quelles qu’elles soient, n’interviendront pas dans la suite du raisonnement.
Je définis ensuite les nombres 2, 3 et 4 par les égalités :
(1) 1 + 1 = 2 ;
(2) 2 + 1 = 3 ;
(3) 3 + 1 = 4.
Je définis de même l’opération x + 2 par la relation :
(4) x + 2 = (x + 1) + 1.
Cela posé nous avons :
2 + 2 = (2 + 1) + 1 (Définition 4)
(2 + 1) + 1 = 3 + 1 (Définition 2)
3 + 1 = 4 (Définition 3)
d’où
2 + 2 = 4 CQFD
On ne saurait nier que ce raisonnement ne soit purement analytique. Mais interrogez un mathématicien quelconque : « Ce n’est pas une démonstration proprement dite, vous répondra-t-il, c’est une vérification ». On s’est borné à rapprocher l’une de l’autre deux définitions purement conventionnelles et on a constaté leur identité, on n’a rien appris de nouveau. La vérification diffère précisément de la véritable démonstration, parce qu’elle est purement analytique et parce qu’elle est stérile. Elle est stérile parce que la conclusion n’est que la traduction des prémisses dans un autre langage. La démonstration véritable est féconde au contraire parce que la conclusion y est en un sens plus générale que les prémisses.

L’égalité 2 + 2 = 4 n’a été ainsi susceptible d’une vérification que parce qu’elle est particulière. Tout énoncé particulier en mathématiques pourra toujours être vérifié de la sorte. Mais si la mathématique devait se réduire à une suite de pareilles vérifications, elle ne serait pas une science. Ainsi un joueur d’échecs, par exemple, ne crée pas une science en gagnant une partie. Il n’y a de science que du général.

On peut même dire que les sciences exactes ont précisément pour objet de nous dispenser de ces vérifications directes.
III
Voyons donc le géomètre à l’oeuvre et cherchons à sur-prendre ses procédés.

La tâche n’est pas sans difficulté ; il ne suffit pas d’ouvrir un ouvrage au hasard et d’y analyser une démonstration quel-conque.

Nous devons exclure d’abord la géométrie où la question se complique des problèmes ardus relatifs au rôle des postulats, à la nature et à l’origine de la notion d’espace. Pour des raisons analogues nous ne pouvons nous adresser à l’analyse infinitésimale. Il nous faut chercher la pensée mathématique là où elle est restée pure, c’est-à-dire en arithmétique.

Encore faut-il choisir ; dans les parties les plus élevées de la théorie des nombres, les notions mathématiques primitives ont déjà subi une élaboration si profonde, qu’il devient difficile de les analyser.

C’est donc au début de l’arithmétique que nous devons nous attendre à trouver l’explication que nous cherchons, mais il arrive justement que c’est dans la démonstration des théorèmes les plus élémentaires que les auteurs des traités classiques ont déployé le moins de précision et de rigueur. Il ne faut pas leur en faire un crime ; ils ont obéi à une nécessité ; les débutants ne sont pas préparés à la véritable rigueur mathématique ; ils n’y verraient que de vaines et fastidieuses subtilités ; on perdrait son temps à vouloir trop tôt les rendre plus exigeants ; il faut qu’ils refassent rapidement, mais sans brûler d’étapes, le chemin qu’ont parcouru lentement les fondateurs de la science.

Pourquoi une si longue préparation est-elle nécessaire pour s’habituer à cette rigueur parfaite, qui, semble-t-il, devrait s’imposer naturellement à tous les bons esprits ? C’est là un problème logique et psychologique bien digne d’être médité.

Mais nous ne nous y arrêterons pas ; il est étranger à notre objet ; tout ce que je veux retenir, c’est que, sous peine de manquer notre but, il nous faut refaire les démonstrations des théorèmes les plus élémentaires et leur donner non la forme grossière qu’on leur laisse pour ne pas lasser les débutants, mais celle qui peut satisfaire un géomètre exercé.

DÉFINITION DE L’ADDITION

Je suppose qu’on ait défini préalablement l’opération x + 1 qui consiste à ajouter le nombre 1 à un nombre donné x.
Cette définition, quelle qu’elle soit d’ailleurs, ne jouera plus aucun rôle dans la suite des raisonnements.
Il s’agit maintenant de définir l’opération x + a, qui consiste à ajouter le nombre a à un nombre donné x.

Supposons que l’on ait défini l’opération :
x + (a – 1),
l’opération x + a sera définie par l’égalité :
(1) x + a = [x + (a – 1)] + 1.
Nous saurons donc ce que c’est que x + a quand nous saurons ce que c’est que x + (a – 1), et comme j’ai supposé au début que l’on savait ce que c’est que x + 1, on pourra définir successivement et « par récurrence » les opérations x + 2, x + 3, etc.

Cette définition mérite un moment d’attention, elle est d’une nature particulière qui la distingue déjà de la définition purement logique ; l’égalité (1) contient en effet une infinité de définitions distinctes, chacune d’elles n’ayant un sens que quand on connaît celle qui la précède.

PROPRIÉTÉS DE L’ADDITION.

Associativité. – Je dis que
a + (b + c) = (a + b) + c.
En effet le théorème est vrai pour c = 1 ; il s’écrit alors
a + (b + 1) = (a + b) + 1
ce qui n’est autre chose, à la différence des notations près, que l’égalité (1) par laquelle je viens de définir l’addition.
Supposons que le théorème soit vrai pour c = γ, je dis qu’il sera vrai pour c = γ + 1, soit en effet
(a + b) + γ = a + (b + γ),
on en déduira successivement :
[(a + b) + γ] + 1 = [a + (b + γ)] + 1,
ou en vertu de la définition (1)

(a + b) + (γ + 1) = a + (b + γ + 1) = a + [b + (γ + 1)],
ce qui montre, par une série de déductions purement ana-lytiques, que le théorème est vrai pour γ + 1.
Étant vrai pour c = 1, on verrait ainsi successivement qu’il l’est pour c = 2, pour c = 3, etc.
Commutativité. – 1° Je dis que :
a + 1 = 1 + a.
Le théorème est évidemment vrai pour a = 1, on pourrait vérifier par des raisonnements purement analytiques que s’il est vrai pour a = γ, il le sera pour a = γ + 1 ; or il l’est pour a = 1, il le sera donc pour a = 2, pour a = 3, etc. ; c’est ce qu’on exprime en disant que la proposition énoncée est démontrée par récurrence.
2° Je dis que :
a + b = b + a.
Le théorème vient d’être démontré pour b = 1, on peut véri-fier analytiquement que s’il est vrai pour b = β, il le sera pour b = β + 1.
La proposition est donc établie par récurrence.

DÉFINITION DE LA MULTIPLICATION.

Nous définirons la multiplication par les égalités :
(1) a * 1 = a
(2) a * b = [a * (b-1)] + a.
L’égalité (2) renferme comme l’égalité (1) une infinité de définitions ; ayant défini a * 1, elle permet de définir successivement a * 2, a * 3, etc.

PROPRIÉTÉS DE LA MULTIPLICATION.

Distributivité. – Je dis que
(a + b) * c = (a * c) + (b * c).
On vérifie analytiquement que l’égalité est vraie pour c = 1 ; puis que si le théorème est vrai pour c = γ, il sera vrai pour c = γ + 1.
La proposition est encore démontrée par récurrence.
Commutativité. – 1°Je dis que :
a * 1 = 1 * a
Le théorème est évident pour a = 1.
On vérifie analytiquement que s’il est vrai pour a = α, il sera vrai pour a = α + 1.
2°Je dis que :
a * b = b * a.
Le théorème vient d’être démontré pour b = 1. On vérifierait analytiquement que s’il est vrai pour b = β, il le sera pour b = β + 1.

IV

J’arrête là cette série monotone de raisonnements. Mais cette monotonie même a mieux fait ressortir le procédé qui est uniforme et qu’on retrouve à chaque pas.

Ce procédé est la démonstration par récurrence. On établit d’abord un théorème pour n = 1 ; on montre ensuite que s’il est vrai de n – 1, il est vrai de n et on en conclut qu’il est vrai pour tous les nombres entiers.

On vient de voir comment on peut s’en servir pour démontrer les règles de l’addition et de la multiplication, c’est-à-dire les règles du calcul algébrique ; ce calcul est un instrument de transformation qui se prête à beaucoup plus de combinaisons diverses que le simple syllogisme ; mais c’est encore un instrument purement analytique et incapable de rien nous apprendre de nouveau. Si les mathématiques n’en avaient pas d’autre elles seraient donc tout de suite arrêtées dans leur développement ; mais elles ont de nouveau recours au même procédé, c’est-à-dire au raisonnement par récurrence et elles peuvent continuer leur marche en avant.

À chaque pas, si on y regarde bien, on retrouve ce mode de raisonnement, soit sous la forme simple que nous venons de lui donner, soit sous une forme plus ou moins modifiée.

C’est donc bien là le raisonnement mathématique par excellence et il nous faut l’examiner de plus près.

V

Le caractère essentiel du raisonnement par récurrence c’est qu’il contient, condensés pour ainsi dire en une formule unique, une infinité de syllogismes.

Pour qu’on s’en puisse mieux rendre compte, je vais énoncer les uns après les autres ces syllogismes qui sont, si l’on veut me passer l’expression, disposés en cascade.
Ce sont bien entendu des syllogismes hypothétiques.
Le théorème est vrai du nombre 1.
Or s’il est vrai de 1, il est vrai de 2.
Donc il est vrai de 2.
Or s’il est vrai de 2, il est vrai de 3.

Donc il est vrai de 3, et ainsi de suite.

On voit que la conclusion de chaque syllogisme sert de mineure au suivant.

De plus les majeures de tous nos syllogismes peuvent être ramenées à une formule unique.

Si le théorème est vrai de n – 1, il l’est de n.

On voit donc que, dans les raisonnements par récurrence, on se borne à énoncer la mineure du premier syllogisme, et la formule générale qui contient comme cas particuliers toutes les majeures.

Cette suite de syllogismes qui ne finirait jamais se trouve ainsi réduite à une phrase de quelques lignes.
Il est facile maintenant de comprendre pourquoi toute con-séquence particulière d’un théorème peut, comme je l’ai expliqué plus haut, être vérifiée par des procédés purement analytiques.

Si au lieu de montrer que notre théorème est vrai de tous les nombres, nous voulons seulement faire voir qu’il est vrai du nombre 6 par exemple, il nous suffira d’établir les 5 premiers syllogismes de notre cascade ; il nous en faudrait 9 si nous voulions démontrer le théorème pour le nombre 10 ; il nous en faudrait davantage encore pour un nombre plus grand ; mais quelque grand que soit ce nombre nous finirions toujours par l’atteindre, et la vérification analytique serait possible.

Et cependant, quelque loin que nous allions ainsi, nous ne nous élèverions jamais jusqu’au théorème général, applicable à tous les nombres, qui seul peut être objet de science. Pour y arriver, il faudrait une infinité de syllogismes, il faudrait franchir un abîme que la patience de l’analyste, réduit aux seules ressources de la logique formelle, ne parviendra jamais à combler.

Je demandais au début pourquoi on ne saurait concevoir un esprit assez puissant pour apercevoir d’un seul coup d’oeil l’ensemble des vérités mathématiques.

La réponse est aisée maintenant ; un joueur d’échecs peut combiner quatre coups, cinq coups d’avance, mais, si extraordinaire qu’on le suppose, il n’en préparera jamais qu’un nombre fini ; s’il applique ses facultés à l’arithmétique, il ne pourra en apercevoir les vérités générales d’une seule intuition directe ; pour parvenir au plus petit théorème, il ne pourra s’affranchir de l’aide du raisonnement par récurrence parce que c’est un instrument qui permet de passer du fini à l’infini.

Cet instrument est toujours utile, puisque, nous faisant franchir d’un bond autant d’étapes que nous le voulons, il nous dispense de vérifications longues, fastidieuses et monotones qui deviendraient rapidement impraticables. Mais il devient indispensable dès qu’on vise au théorème général, dont la vérification analytique nous rapprocherait sans cesse, sans nous permettre de l’atteindre.

Dans ce domaine de l’arithmétique, on peut se croire bien loin de l’analyse infinitésimale, et, cependant, nous venons de le voir, l’idée de l’infini mathématique joue déjà un rôle prépondérant, et sans elle il n’y aurait pas de science parce qu’il n’y aurait rien de général.

VI

Le jugement sur lequel repose le raisonnement par récurrence peut être mis sous d’autres formes ; on peut dire par exemple que dans une collection infinie de nombres entiers différents, il y en a toujours un qui est plus petit que tous les autres.
On pourra passer facilement d’un énoncé à l’autre et se donner ainsi l’illusion qu’on a démontré la légitimité du raisonnement par récurrence. Mais on sera toujours arrêté, on arrive-ra toujours à un axiome indémontrable qui ne sera au fond que la proposition à démontrer traduite dans un autre langage.

On ne peut donc se soustraire à cette conclusion que la règle du raisonnement par récurrence est irréductible au principe de contradiction.

Cette règle ne peut non plus nous venir de l’expérience ; ce que l’expérience pourrait nous apprendre, c’est que la règle est vraie pour les dix, pour les cent premiers nombres par exemple, elle ne peut atteindre la suite indéfinie des nombres, mais seulement une portion plus ou moins longue mais toujours limitée de cette suite.

Or, s’il ne s’agissait que de cela, le principe de contradiction suffirait, il nous permettrait toujours de développer autant de syllogismes que nous voudrions, c’est seulement quand il s’agit d’en enfermer une infinité dans une seule formule, c’est seulement devant l’infini que ce principe échoue, c’est également là que l’expérience devient impuissante. Cette règle, inaccessible à la démonstration analytique et à l’expérience, est le véritable type du jugement synthétique a priori. On ne saurait d’autre part songer à y voir une convention, comme pour quelques-uns des postulats de la géométrie.

Pourquoi donc ce jugement s’impose-t-il à nous avec une irrésistible évidence ? C’est qu’il n’est que l’affirmation de la puissance de l’esprit qui se sait capable de concevoir la répétition indéfinie d’un même acte dès que cet acte est une fois possible. L’esprit a de cette puissance une intuition directe et l’expérience ne peut être pour lui qu’une occasion de s’en servir et par là d’en prendre conscience.

Mais, dira-t-on, si l’expérience brute ne peut légitimer le raisonnement par récurrence, en est-il de même de l’expérience aidée de l’induction ? Nous voyons successivement qu’un théorème est vrai du nombre 1, du nombre 2, du nombre 3 et ainsi de suite, la loi est manifeste, disons-nous, et elle l’est au même titre que toute loi physique appuyée sur des observations dont le nombre est très grand, mais limité.

On ne saurait méconnaître qu’il y a là une analogie frappante avec les procédés habituels de l’induction. Mais une différence essentielle subsiste. L’induction, appliquée aux sciences physiques, est toujours incertaine, parce qu’elle repose sur la croyance à un ordre général de l’Univers, ordre qui est en dehors de nous. L’induction mathématique, c’est-à-dire la démonstration par récurrence, s’impose au contraire nécessaire-ment, parce qu’elle n’est que l’affirmation d’une propriété de l’esprit lui-même.

VII

Les mathématiciens, je l’ai dit plus haut, s’efforcent toujours de généraliser les propositions qu’ils ont obtenues, et pour ne pas chercher d’autre exemple, nous avons tout à l’heure démontré l’égalité :
a + 1 = 1 + a
et nous nous en sommes servi ensuite pour établir l’égalité :
a + b = b + a
qui est manifestement plus générale.

Les mathématiques peuvent donc comme les autres sciences procéder du particulier au général.

Il y a là un fait qui nous aurait paru incompréhensible au début de cette étude, mais qui n’a plus pour nous rien de mystérieux, depuis que nous avons constaté les analogies de la démonstration par récurrence avec l’induction ordinaire

Sans doute le raisonnement mathématique récurrent et le raisonnement physique inductif reposent sur des fondements différents, mais leur marche est parallèle, ils vont dans le même sens, c’est à dire du particulier au général.
Examinons la chose d’un peu plus près.
Pour démontrer l’égalité :
(1) a + 2 = 2 + a
il nous suffit d’appliquer deux fois la règle
a + 1 = 1 + a,
et d’écrire
(2) a + 2 = a + 1 + 1 = 1 + a + 1 = 1 + 1 + a = 2 + a.
L’égalité (2) ainsi déduite par voie purement analytique de l’égalité (1) n’en est pas cependant un simple cas particulier : elle est autre chose.

On ne peut donc même pas dire que dans la partie réellement analytique et déductive des raisonnements mathématiques, on procède du général au particulier, au sens ordinaire du mot.

Les deux membres de l’égalité (2) sont simplement des combinaisons plus compliquées que les deux membres de l’égalité (1) et l’analyse ne sert qu’à séparer les éléments qui entrent dans ces combinaisons et à en étudier les rapports.

Les mathématiciens procèdent donc « par construction », ils construisent des combinaisons de plus en plus compliquées. Revenant ensuite par l’analyse de ces combinaisons, de ces ensembles, pour ainsi dire, à leurs éléments primitifs, ils aperçoivent les rapports de ces éléments et en déduisent les rapports des ensembles eux-mêmes.

C’est là une marche purement analytique, mais ce n’est pas pourtant une marche du général au particulier, car les ensembles ne sauraient évidemment être regardés comme plus particuliers que leurs éléments.

On a attaché, et à juste titre, une grande importance à ce procédé de la « construction » et on a voulu y voir la condition nécessaire et suffisante des progrès des sciences exactes.

Nécessaire, sans doute, mais suffisante, non. Pour qu’une construction puisse être utile, pour qu’elle ne soit pas une vaine fatigue pour l’esprit, pour qu’elle puisse servir de marchepied à qui veut s’élever plus haut, il faut d’abord qu’elle possède une sorte d’unité, qui permette d’y voir autre chose que la juxtaposition de ses éléments.

Ou plus exactement, il faut qu’on trouve quelque avantage à considérer la construction plutôt que ses éléments eux-mêmes.

Quel peut être cet avantage ?

Pourquoi raisonner sur un polygone par exemple, qui est toujours décomposable en triangles, et non sur les triangles élémentaires ?

C’est qu’il y a des propriétés que l’on peut démontrer pour les polygones d’un nombre quelconques de côtés et qu’on peut ensuite appliquer immédiatement à un polygone particulier quelconque.

Le plus souvent, au contraire, ce n’est qu’au prix des plus longs efforts qu’on pourrait les retrouver en étudiant directement les rapports des triangles élémentaires. La connaissance du théorème général nous épargne ces efforts.

Une construction ne devient donc intéressante que quand on peut la ranger à côté d’autres constructions analogues, formant les espèces d’un même genre.

Si le quadrilatère est autre chose que la juxtaposition de deux triangles, c’est qu’il appartient au genre polygone.

Encore faut-il qu’on puisse démontrer les propriétés du genre sans être forcé de les établir successivement pour chacune des espèces.

Pour y arriver, il faut nécessairement remonter du particulier au général, en gravissant un ou plusieurs échelons.

Le procédé analytique « par construction » ne nous oblige pas à en descendre, mais il nous laisse au même niveau.

Nous ne pouvons nous élever que par l’induction mathématique, qui seule peut nous apprendre quelque chose de nouveau. Sans l’aide de cette induction différente à certains égards de l’induction physique, mais féconde comme elle, la construction serait impuissante à créer la science.

Observons en terminant que cette induction n’est possible que si une même opération peut se répéter indéfiniment. C’est pour cela que la théorie du jeu d’échec ne pourra jamais devenir une science, puisque les différents coups d’une même partie ne se ressemblent pas.

 

CHAPITRE II

LA GRANDEUR MATHÉMATIQUE ET L’EXPÉRIENCE.

 

suite…

http://www.freepdf.info/index.php?post/Poincare-Henri-La-Science-et-l-hypothese

 

GOETHE, LE GALILÉE DE LA SCIENCE DU VIVANT


Auteur : Steiner Rudolf
Ouvrage : Goethe, le Galilée de la science du vivant Introductions aux œuvres scientifiques de Goethe
Année : 1973

Traduit de l’allemand
par Alain Barbezat

 

 

REPÈRES
Les Introductions aux oeuvres scientifiques de Goethe font partie
d’une édition de l’oeuvre complète du poète, parue dans la
collection Deutsche National-Litteratur de Joseph Kürschner
entre 1884 et 1897.
Comment le jeune Rudolf Steiner fut-il donc amené à
collaborer à cette magistrale publication? C’est à l’époque
où vers 1880 il était élève à l’Ecole supérieure technique
de Vienne que Steiner connut pour la première fois l’oeuvre
de Goethe. Il avait alors pour professeur de littérature
allemande Karl Julius Schrôer avec lequel il allait se lier
d’amitié et avoir de nombreux entretiens, notamment sur
Goethe. C’est ainsi que Schrôer le recommanda en 1882
au germaniste Joseph Kürschner, son ami, qui était chargé
de cette monumentale édition de Goethe. Kürschner
confia ainsi au jeune Steiner la présentation des oeuvres
scientifiques avec une large introduction et des
commentaires. Un choix qui aux yeux de germanistes
reconnus de l’époque a pu sembler osé, alors que Steiner
n’avait que 22 ans, était encore étudiant et sans diplôme.
D’autant qu’une autre édition des oeuvres scientifiques avait
paru quelques années auparavant avec l’introduction d’un
scientifique, le physicien Salomon Kalischer.
Cependant Steiner était déjà à cette époque entré très
avant dans l’étude des grands problèmes philosophiques,
celui de la théorie de la connaissance notamment, et se
trouvait ainsi bien préparé à comprendre la pensée de
Goethe sur la science. Et surtout, ainsi qu’il le relate à cette
époque : « Je découvrais, écrit-il, que mon point de vue aboutissait
à une théorie de la connaissance qui est celle même de la vision
goethéenne du monde. »

Mais n’est-ce pas aussi une circonstance un peu étonnante
que cette rencontre de l’éditeur du grand poète et de celui
qui, plus que bien d’autres, a pu nous faire découvrir
l’essentiel que recèle l’oeuvre scientifique de Goethe ?
Les oeuvres scientifiques de Goethe dans l’édition
Kürschner comportèrent ainsi quatre volumes. Le premier
paraît début 1884, mais c’est seulement 13 ans plus tard,
en mai 1897, que vient la dernière introduction de Steiner
au quatrième volume.
A la lecture de ces introductions, on peut être tout de
suite étonné de voir combien les commentaires de Steiner
s’élèvent au-delà d’une simple introduction, à des
problèmes d’une portée bien plus générale, pour devenir
une véritable contribution philosophique à la théorie de la
connaissance. On voit bien que Steiner, à travers Goethe,
expose ses propres idées sur la science. De là aussi le souhait
qu’il eut d’ajouter un supplément à son Introduction ;
cependant Kürschner le lui refusa. Ce texte n’en fut pas
moins publié indépendamment, en octobre 1886, sous le
titre : « Traits fondamentaux d’une théorie de la connaissance de la
vision goethéenne du monde » avec en sous-titre : « Supplément
aux oeuvres scientifiques de Goethe dans la collection Kürschner « 
Aujourd’hui, et plus encore qu’à son époque, on oublie
volontiers que Goethe n’a pas seulement été un génial poète
et penseur, qu’il a été aussi un homme de science.
Lorsqu’on voit tous les efforts qu’il a consacrés dans sa
vie à la science, on comprend qu’il attachait un grand prix
à ses oeuvres scientifiques. « De tout ce quej’ai fait comme poète,
disait-il, je ne tire aucune vanité (…) mais d’avoir été dans mon
siècle le seul qui ait vu clair dans cette science difficile des couleurs, je
m’en glorifie, et là,j’ai conscience d’être supérieur à bien des savants2. »
Malgré cela, quelque deux siècles plus tard, l’on tend à
penser que ses écrits scientifiques — et donc avec eux les
commentaires de Rudolf Steiner — sont tout simplement

dépassés par la science moderne qui, elle, s’est développée
dans une tout autre direction. Et pourtant ce serait une
erreur que d’en rester à cette constatation.
Il est vrai que Goethe n’avait pas présenté ses résultats
sous une forme très systématique, de sorte que leur valeur
pour la science a été rendue difficile à percevoir. Mais
surtout, comme le dit Steiner : Goethe « a laissé inexprimé ce
qui seul cependant nous rend compréhensible sa vision' ». Et c’est
justement tout l’intérêt de cette Introduction aux oeuvres
scientifiques que de venir exprimer ce que Goethe avait ainsi
« laissé inexprimé  » . Steiner dit qu’il a pour cela « été guidé par
la pensée de donner vie à l’étude de points particuliers de ces écrits,
par la présentation du monde idéel grandiose qui en constitue le
fondement’ .
Mais Steiner nous montre aussi que cette vision grandiose
de Goethe est en même temps issue de l’observation des
phénomènes du monde naturel, parce que toujours elle reste
« construite sur l’expérience pure, même là où Goethe s’élève à l’idées. »
« Goethe vent demeurer à l’intérieur des phénomènes, parce qu’il
cherche précisément en eux-mêmes les données de leur explication6. »
C’est bien pourquoi le goethéanisme n’est pas resté
seulement une théorie, mais a pu devenir une méthode
d’étude concrètement scientifique. Car la recherche
goethéaniste, comme toutes les sciences, veut étudier, elle
aussi, dans leurs détails les phénomènes observables avec
leurs lois. Mais, d’autre part, elle veut voir en même temps
le phénomène avec le « fondement » qui en est l’être essentiel
et rend ce phénomène intelligible. En somme ce que
Goethe recherchait avec le phénomène primordial, par
exemple dans ses expériences avec le prisme. De son vivant
certains savants orientèrent leurs travaux selon les données
de ses écrits scientifiques. C’est cependant à partir de Rudolf
Steiner — cette Introduction en est ainsi à l’origine — que le
goethéanisme est devenu un instrument de travail et de

recherche. Ainsi s’est développée la science d’orientation
goethéaniste (anthroposophique). D’où de nouveaux
points de vue, de nouvelles directions pour la recherche,
mais sans jamais faire appel à la spéculation.
C’est sur de telles bases que travaillent aujourd’hui
certains chercheurs venant de toutes les branches de la
science (physiciens, naturalistes, biologistes, médecins …).
Leurs recherches ont fait l’objet d’ouvrages et publications
scientifiques et ont aussi débouché sur des applications
concrètes dans de nombreux domaines.
L’Introduction aux oeuvres scientifiques de Goethe doit enfin
être située dans l’ensemble de l’oeuvre de Rudolf Steiner,
dans le déroulement de sa vie. Car il y a dans la présente
Introduction, comme dans toutes les premières oeuvres de
Steiner qui ne traitent pas encore directement de
l’anthroposophie, à l’intérieur de la réflexion philosophique,
une certaine dimension spirituelle. Et celle-ci — elle
aussi présente plus secrètement chez Goethe — Steiner ne
la postule pas, mais nous l’explique, nous fait participer à
son explication. Vue dans cette perspective, la présente
Introduction peut être, elle aussi, une approche éminente de
l’anthroposophie. C’est ainsi que, par exemple parmi
d’autres passages de l’Introduction, Steiner écrit qu »‘une
philosophie ne peut jamais transmettre une vérité ayant valeur
universelle, mais décrit les expériences intérieures du philosophe, à
travers lesquelles il interprète les phénomènes extérieurs’ . Une telle
phrase annonce véritablement ce que va être La Philosophie
de la liberté (1894), ce livre majeur de l’anthroposophie.
Steiner n’a-t-il pas, lui aussi, souvent dit que toute
l’anthroposophie avec ses contenus se trouve déjà en germe
chez Goethe ?
C’est ainsi qu’en novembre 1923 — un peu plus d’un an
avant sa mort — Steiner se tourne encore vers cette oeuvre
de jeunesse que fut « Traits fondamentaux d’une théorie de la

connaissance » (1 886), en donnant l’introduction et des notes
à la nouvelle édition (qu’il veut laisser inchangée). Et dans
cette introduction, parlant de ses premières oeuvres, il écrit
que déjà celles-ci « portaient en elles les germes (souligné par
Steiner) de cette vision spirituelle (geistgemilssen) du monde que je
présente aujourd’hui ». Ajoutant encore que « la théorie de la
connaissance de la vision goethéenne du monde m’apparaît à nouveau
aujourd’hui (1923) comme fondant etjustifiant épistémologiquement
tout ce quej’ai dit et publié ultérieurement. Elle parle d’une essence
du connaître qui fraie le chemin allant du monde du sensible dans le
monde du spirituel 8″ .
Alain BARBEZAT

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Notes
1. Traduction en français sous le titre : Une théorie de la
connaissance chez Goethe (EAR 1985).
2. Conversations de Goethe avec Eckermann, 19.2.1829 (NRF 1949 ;
p. 231).
3. Voir plus loin chapitre VIII p. 118.
4. Voir plus loin chapitre VII p. 115.
5. Idem.
6. Voir plus loin XI p. 152.
7. Voir plus loin XVIII p. 303.
8. Ouvrage cité note 1.

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INTRODUCTION
Le 18 août 1787, Goethe écrivait d’Italie à Knebel :
« Après tout ce quej’ai vu des plantes et des poissons près de Naples
et en Sicile, je serais très tenté, sij’avais dix ans de moins, de faire
un voyage aux Indes, non pas pour découvrir quelque chose
de nouveau, mais pour regarder à ma manière ce qui y a
été découvert. » C’est en ces mots que réside le point de
vue d’où nous avons à considérer les travaux scientifiques
de Goethe. Ce qui importe chez lui n’est jamais de
découvrir de nouveaux faits, mais d’ouvrir un point de vue
nouveau pour regarder la nature d’une certaine manière. Il
est vrai que Goethe a fait une série de grandes découvertes
isolées, telles qu’en ostéologie celle de l’os intermaxillaire
et de la théorie vertébrale du crâne, en botanique celle de
l’identité de tous les organes végétaux avec la feuille
originaire, et ainsi de suite. Mais nous devons regarder
comme l’âme, qui donne vie à tous ces points particuliers,
une vision grandiose qui rejette dans l’ombre tout le
reste : celle de l’essence même de l’organisme. Ce principe qui fait
qu’un organisme est la forme sous laquelle il se présente,
les causes dont les manifestations de la vie nous apparaissent
être les conséquences, c’est-à-dire tout ce sur quoi nous
avons à poser des questions à ce sujet du point de vue du
principe, voilà ce que Goethe nous a exposé’. Tel est
d’emblée le but de tout son effort en ce qui concerne les
sciences du domaine organique ; en poursuivant cet effort,
ces points particuliers s’imposent comme d’eux-mêmes à
lui. Il fallait qu’il les trouve s’il voulait ne pas être contrarié
dans l’effort à poursuivre. Avant lui, les sciences ne
connaissaient pas l’essence des phénomènes vitaux et

étudiaient les organismes simplement selon leurs parties
constitutives, selon leurs caractères extérieurs, comme on
le fait aussi pour les choses non organiques ; elles ne
pouvaient par cette voie que donner souvent une fausse
interprétation des faits isolés, elles ne pouvaient que les
placer sous un faux jour. Dans le cas de faits isolés
considérés comme tels, une telle erreur ne peut naturellement
pas se remarquer. Nous ne nous en apercevons
précisément que lorsque nous comprenons l’organisme,
car les faits isolés, considérés à part, ne portent pas en
eux-mêmes le principe de leur explication. L’on ne peut
les expliquer que par la nature du tout, parce que c’est le
tout qui leur donne l’essence et la signification. C’est
seulement après avoir précisément dévoilé cette nature du
tout que Goethe put discerner ces interprétations erronées ;
elles n’étaient pas conciliables avec sa théorie des êtres
vivants, elles étaient en contradiction avec elle. S’il voulait
avancer dans sa voie, alors il lui fallait écarter de tels
préjugés. Il en était ainsi dans le cas de l’os intermaxillaire.
Certains faits, qui n’ont de valeur et d’intérêt que si
précisément on possède cette théorie de la nature des os
crâniens, étaient encore inconnus de cette science ancienne.
Tous ces obstacles devaient être écartés par la connaissance
expérimentale des détails. Cette dernière ne nous apparaît
donc jamais chez Goethe comme un but en soi ; elle doit
toujours être faite en vue de confirmer une grande pensée,
en vue de cette découverte centrale. Il est indéniable que les
contemporains de Goethe en vinrent tôt ou tard aux mêmes
observations et qu’aujourd’hui elles seraient peut-être toutes
connues même sans les efforts de Goethe ; mais l’on ne
peut encore bien moins nier que sa grande découverte qui
embrasse la nature organique tout entière n’a jusqu’à ce
jour été exprimée par aucun autre, indépendamment de
Goethe, d’aussi parfaite manière2; bien plus encore,

aujourd’hui nous ne la voyons pas appréciée de façon ne
serait-ce que tant soit peu satisfaisante. Il apparaît au fond
sans importance que Goethe ait, le premier, découvert un
fait ou qu’il l’ait seulement redécouvert ; ce n’est que par
la manière dont Goethe l’insère dans sa vision de la nature
que ce fait acquiert sa véritable signification. C’est là ce
qu’on n’a pas vu jusqu’ici. L’on donnait trop d’importance
à ces faits particuliers et suscitait ainsi la polémique. Certes
l’on faisait souvent remarquer que Goethe était convaincu
du caractère cohérent de la nature, seulement l’on ne
prêtait pas attention au fait que l’on ne donne ainsi qu’une
caractéristique tout à fait secondaire, peu signifiante, des
vues de Goethe et que, par exemple, pour ce qui est du
monde organique, l’essentiel est de montrer de quelle
nature est ce qui maintient cet état cohérent. Si l’on parle
ici du type, l’on doit dire en quoi consiste au sens de
Goethe l’entité du type.
L’important dans la métamorphose des plantes tient non
pas, par exemple, à la découverte du fait isolé que la feuille,
le calice, la corolle, etc., sont des organes identiques ; il
tient au grandiose édifice idéel d’un tout vivant fait de lois
de formation interactives, édifice qui en découle et qui, à
partir de lui-même, détermine les différents stades du
développement. La grandeur de cette pensée, que Goethe
chercha ensuite à étendre également au règne animal, ne se
révèle à vous que lorsque l’on tente de la rendre vivante à
l’esprit, lorsqu’on entreprend de méditer sur elle. L’on
s’aperçoit alors qu’elle est la nature même de la plante
transposée en l’idée, qui vit dans notre esprit tout autant
que dans l’objet ; l’on remarque aussi que l’on donne vie
en soi à un organisme jusque dans ses plus petites parties,
qu’on se le représente non pas comme un objet sans vie,
achevé, mais comme ce qui se développe, qui devient,
comme un constant non-repos en soi-même.

Nous allons maintenant tenter d’exposer en détail ce
que nous venons d’esquisser ; ce sera nous révéler en même
temps le véritable rapport entre la vue goethéenne de la
nature et celle de notre époque, notamment la théorie de
l’évolution sous sa forme moderne.

 

LA GENÈSE DE L’IDÉE DE MÉTAMORPHOSE
Si l’on reprend l’histoire de la genèse des idées de
Goethe sur la formation des organismes, l’on n’en arrive
que trop facilement à douter de la part à attribuer à la
jeunesse du poète, c’est-à-dire à l’époque qui a précédé
son arrivée à Weimar. Goethe lui-même faisait très peu
cas de ses connaissances scientifiques à cette époque : « De
ce qu’est en réalité la nature extérieure, je n’avais aucune idée et pas
la moindre connaissance de ce qu’on appelle ses trois règnes. » Fort
de cette assertion, l’on s’imagine en général que le début
de ses études scientifiques vient seulement après son arrivée
à Weimar. Toutefois il semble à propos de revenir plus
encore en arrière, si l’on ne veut pas laisser inexpliqué l’esprit
tout entier de ses conceptions. La puissance vivifiante qui
orienta ses études dans la direction que nous voudrions
exposer plus loin apparaît dès sa toute première jeunesse.
Lorsque Goethe entra à l’Université de Leipzig, les
travaux scientifiques s’y trouvaient encore entièrement
dominés par cet esprit qui caractérise une grande partie
du XVIlle siècle et qui scindait l’ensemble de la science en
deux extrêmes, qu’on n’éprouvait pas le besoin de réunir.
Il y avait d’un côté la philosophie de Christian Wolff (1679-
1754) qui se mouvait entièrement dans un élément
abstrait ; de l’autre les différentes branches de la science
qui se perdaient dans la description extérieure de détails
sans fin et auxquelles manquait tout désir de rechercher un
principe supérieur dans le monde de leurs objets. Cette
philosophie ne pouvait trouver la voie qui, de la sphère de
ses concepts généraux, amène dans le domaine de la réalité
immédiate, de l’existence individuelle. Dans ce domaine

les choses les plus évidentes étaient traitées de la façon la
plus détaillée. L’on apprenait que la chose est un quelque
chose qui n’a en soi aucune contradiction, qu’il y a des
choses finies et d’autres infinies, etc. Mais lorsqu’on abordait
les choses elles-mêmes avec ces généralités, afin de
comprendre leur action et leur vie, on se trouvait alors
complètement désemparé ; l’on ne pouvait appliquer
aucun de ces concepts au monde dans lequel nous vivons
et que nous voulons comprendre. Mais l’on décrivait les
choses qui nous entourent avec passablement peu de
principes, selon leur aspect purement visuel, selon leurs
caractères extérieurs. Ici se faisaient face une science des
principes à qui manquait le contenu vivant, le geste plein
d’amour pour approfondir l’étude de la réalité immédiate
et une science dépourvue de principes à qui manquait le
contenu idéel, sans un médiateur entre elles, chacune restant
stérile pour l’autre. La saine nature de Goethe se trouvait
pareillement repoussée par ces deux exclusives3 et, en
opposition avec elles, se développèrent chez lui des
représentations qui le conduisirent plus tard à cette
conception féconde de la nature où idée et expérience, en
une interpénétration multiforme, se vivifient l’une l’autre
et en viennent à former un tout.
Aussi est-ce le concept que ces deux extrêmes étaient le
moins capables de saisir qui chez Goethe se développe en
premier : le concept de la vie. Un être vivant que nous
considérons selon son apparence extérieure nous présente
une foule de détails qui nous apparaissent comme étant
ses parties ou ses organes. La description de ces parties,
selon leur forme, position relative, grandeur, etc., peut
constituer l’objet du vaste exposé auquel s’est appliquée la
deuxième des orientations en question. Mais l’on peut
également décrire de cette manière tout assemblage
mécanique de corps inorganiques. L’on oubliait

complètement que l’on devrait pour tout organisme retenir
avant tout que l’apparence extérieure est ici régie par un
principe intérieur, qu’en chaque organe agit le tout. Cette
apparence extérieure, la juxtaposition dans l’espace des
parties peut aussi s’observer après la disparition de la vie,
car, on le sait, elle subsiste encore un certain temps. Mais
ce que nous avons devant nous dans le cas d’un organisme
mort n’est en vérité plus un organisme. Le principe qui
pénètre tous les détails a disparu. A cette perspective qui détruit
la vie pour connaître la vie, Goethe a très tôt opposé la possibilité et
le besoin d’un point de vue plus élevé. Nous le voyons déjà dans
une lettre de l’époque de Strasbourg, du 14 juillet 1770,
dans laquelle il parle d’un papillon : « Le pauvre animal s’agite
dans le filet et perd ses plus belles couleurs ; et si on l’attrape sans
l’endommager, le voilà quand même finalement étalé, raide et sans
vie ; le cadavre n’est pas l’animal entier ; quelque chose de plus en
fait encore partie, une partie principale et en cette occurrence comme
en toute autre, une partie principale des plus principales : la vie… »
C’est encore cette même vision que l’on trouve à la source
des paroles de Faust :
« Celui qui veut connaître et décrire quelque chose de vivant
Cherche d’abord à en éliminer l’esprit,
Alors il a en mains toutes les parties,
Il ne manque, hélas ! que le lien spirituel4. »
Mais comme on peut bien l’attendre de sa nature, Goethe
n’en resta pas à ce refus d’une conception, mais chercha à
développer de plus en plus la sienne, et dans les allusions
que nous trouvons sur son penser entre 1769 et 1775, nous
reconnaissons déjà très souvent les germes de ses futurs
travaux. Il forme ici l’idée d’un être en qui chaque partie
donne vie à l’autre, en qui un principe pénètre tous les
détails. Il le dit aussi dans Faust :
« Comme tout s’agrège pour former un tout,
Comme chaque élément agit et vit dans l’autre5 ! »

et dans Satyros :
« Tout comme de la non-chose sortit la chose première
La puissance de la lumière résonna dans la nuit,
Pénétra les profondeurs de tous les êtres
Si bien que germa le flot des désirs
Et que les éléments s’ouvrirent,
Se déversèrent avides les uns dans les autres,
Pénétrant tout, pénétrés par tout6. »
Cet être est conçu comme soumis dans le temps à de
constantes transformations, mais en sorte qu’à tous les
stades de ces transformations ne se manifeste toujours qu’un
unique être qui s’affirme comme ce qui dans le changement
est permanent, est stable. Dans Satyros, il est à nouveau dit
de cette chose première :
« Et s’en allait, roulant en haut, en bas
La chose éternelle, une et tout,
Toujours changée, toujours constante6. »
Que l’on compare à ces vers ce que Goethe écrivait
en 1807 en introduction à sa théorie de la métamorphose :
« Mais si nous observons toutes les formes, et surtout les formes
organiques, nous découvrons que nulle part ne se présente un élément
qui persiste, qui soit en repos, soit achevé, mais qu’au contraire
tout oscille en un continuel mouvement. » Dans cet écrit il
oppose à cette mouvance ce qui est constant, c’est-à-dire
l’idée ou bien « un élément fixé dans l’expérience pour un instant
seulement ». Dans le passage de Satyros cité plus haut, l’on
reconnaîtra assez clairement que le fondement de ses
idées morphologiques était déjà posé avant son arrivée
à Weimar.
Mais ce qu’il faut retenir, c’est que cette idée d’un être
vivant n’est pas aussitôt appliquée à un organisme
particulier, mais que l’univers tout entier est conçu comme
un tel être vivant. Ce qui amène Goethe à cette conception
est certainement à rechercher dans les travaux alchimiques

avec Mademoiselle de Klettenberg et dans la lecture de
Paracelse après son retour de Leipzig (1768-1769). L’on
cherchait à retenir au moyen de quelque expérience ce
principe qui pénètre l’univers tout entier, à en montrer la
présence dans une substance8a. Cependant cette manière
de regarder l’univers, proche du mysticisme, forme
seulement un épisode passager dans l’évolution de Goethe
et fait bientôt place à un mode de représentation plus sain
et plus objectif. Cette vision de l’univers tout entier formant
comme un grand organisme, nous l’avons trouvée esquissée
dans les passages cités de Faust et de Sayros, mais elle reste
encore présente vers 1780, comme nous le verrons plus
loin, dans l’essai intitulé La nature. Nous la rencontrons
encore une fois dans Faust, là même où l’Esprit de la Terre
est présenté comme le principe de vie qui pénètre l’organisme
de l’univers :
« Dans les flots de la vie, dans l’ouragan de faction
Je m’élève et m’abaisse,
J’ondoie de-ci, de-là !
Naissance et tombeau,
Eternel océan,
Changeante activité,
Vie ardente7 .
Tandis que dans l’esprit de Goethe se développaient de
telles visions, il lui tomba à Strasbourg sous la main un
livre qui voulait mettre en valeur une vision du monde
exactement à l’opposé des siennes. C’était le Système de la
nature d’Holbach. Tandis que jusqu’alors il n’avait eu à
critiquer que le fait que l’on décrivait le vivant comme une
accumulation de faits isolés, il put avec d’Holbach
découvrir un philosophe qui concevait le vivant comme un
véritable mécanisme. Ce qui dans le premier cas avait
simplement pour origine une incapacité de reconnaître la
vie dans ses racines conduisait ici à un dogme qui tuait la

vie. Dans Poésie et vérité8 Goethe dit à ce sujet : « Une matière
aurait existé de toute éternité, et aurait de toute éternité été en
mouvement ; et par ce mouvement à droite, à gauche et de tous les
côtés, elle aurait tout simplement produit les phénomènes infinis de
l’existence. Tout cela, nous nous en serions, à la rigueur, accommodés,
si l’auteur, à partir de sa matière en mouvement, avait en effet construit
le monde devant nos yeux. Mais il paraissait en savoir aussi peu que
nous sur la nature ; car après avoirplanté, comme des jalons, quelques
concepts généraux, il les abandonne aussitôt pour transformer ce qui
apparaît comme plus élevé que la nature, ou du moins comme une
nature supérieure dans la nature, en une nature matérielle, pesante,
qui se meut, il est vrai, mais sans direction et sans forme, et ainsi il
croit avoir beaucoup gagné. » En cela Goethe ne pouvait trouver
rien d’autre que « de la matière en mouvement » , et c’est à
l’opposé que ses concepts de la nature se formèrent de
plus en plus clairement. Nous les trouvons exposés dans
le cadre de l’essai La nature9, qui est écrit autour de 1780.
Cet essai revêt une importance particulière, car toutes les
pensées de Goethe sur la nature y sont rassemblées, alors
que jusque-là nous les trouvons seulement çà et là, à l’état
d’allusion. Ici vient s’imposer l’idée d’un être en constante
transformation et qui cependant reste toujours
identique : « Tout est nouveau, tout en étant toujours l’ancien. »
« Elle (la nature) est en éternelle transformation et à aucun moment il
n’est en elle climmobilité » , mais « ses lois sont immuables10 « . Nous
verrons plus loin que dans l’infinité des formes végétales,
Goethe recherche l’unique plante primordiale. Ici aussi nous
découvrons qu’il esquisse déjà cette pensée : « Chacune de ses
oeuvres (de la nature) a une essence qui lui est propre, chacune de ses
manifestations a le concept le plus distinct et pourtant tout cela constitue
un être. » Et même la position qu’il prit ultérieurement à l’égard
des cas exceptionnels est déjà ici très nettement formulée,
c’est-à-dire de ne pas les considérer tout bonnement comme
des anomalies, mais de les expliquer à partir de lois de la

nature :  » même ce qui est le plus anti-naturel est nature » et « ses
exceptions sont rares*  »
Nous avons vu que, dès avant son arrivée à Weimar,
Goethe s’était fait une idée précise de ce qu’est un
organisme. Car quand bien même l’essai La nature déjà
cité n’a paru que bien après son arrivée, il contient pourtant
des vues de Goethe en majeure partie antérieures à cette
arrivée. Il n’avait pas encore appliqué ce concept à un genre
déterminé d’objets de la nature, à des êtres pris en
particulier. Il avait pour cela besoin du monde concret des
êtres vivants dans leur réalité immédiate. Le reflet de la
nature qui est passé à travers l’esprit humain n’était pas du
tout l’élément qui pouvait stimuler Goethe. Les
conversations botaniques chez le conseiller aulique Ludwig
à Leipzig n’eurent pas non plus d’effets plus profonds
que les conversations de table avec les amis médecins à
Strasbourg. En ce qui concerne les études scientifiques, le
jeune Goethe nous apparaît tout à fait comme Faust, à qui
manque la fraîcheur d’une vision première de la nature,
lorsqu’il exprime sa nostalgie vers elle, dans ces vers :
« Cheminer dans ta lumière aimée,
Ah ! si je pouvais donc, sur les hauteurs des montagnes,
Planer autour des cavernes rocheuses avec les Esprits,
Errer sur les prairies dans ton clair-obscur.11″
Il nous semble qu’il y a comme un assouvissement de
cette aspiration lorsque, à son arrivée à Weimar, il lui est
accordé « d’échanger l’air des intérieurs et de la ville contre
l’atmosphère de la campagne, de la forêt et des jardins. »

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*Rudolf Steiner avait l’intention, pour la réédition de l’ensemble de ses
Introductions aux oeuvres scientifiques de Goethe à paraître à Dornach en 1926,
de rédiger des notes relatives à des passages qu’il avait déjà indiqués. Ces
passages sont signalés par un astérisque* dans la suite de cet ouvrage.
Steiner ne put réaliser cette intention. (Note de l’éditeur suisse.)

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L’on peut penser que le poète fut incité à étudier les plantes
en ayant à s’occuper de la végétation dans le jardin dont le
duc Charles-Auguste lui fit cadeau. Goethe entra en sa
possession le 21 avril 1776 et le Journal nous informe dès
lors souvent des travaux de Goethe dans ce jardin, qui devint
l’une de ses occupations préférées. Un autre espace pour de
semblables aspirations lui était offert par la Forêt de
Thuringe, où il eut l’occasion de prendre également
connaissance des organismes inférieurs dans les
manifestations de leur vie. Il s’intéressait surtout aux Mousses
et aux Lichens. Le 31 octobre 1777 il demande à Madame
de Stein des Mousses de différentes espèces, si possible avec
les racines, et humides, afin de les replanter. Il doit nous
apparaître comme un fait au plus haut point significatif qu’ici
déjà Goethe s’occupait de ce monde des organismes
hiérarchiquement inférieurs et que, plus tard, c’est pourtant
des plantes supérieures qu’il déduisit les lois de l’organisation
végétale. Une réflexion sur ce point doit nous amener à
l’attribuer non pas, comme beaucoup le font, au fait qu’il
ait sous-estimé l’importance des êtres moins développés,
mais bien à une intention pleinement consciente.
Désormais le poète ne quitte plus le royaume des plantes.
Il se peut qu’il ait très tôt déjà abordé les ouvrages de
Linné. La première information sur cette rencontre nous
vient des lettres de 1782 à Madame de Stein.
Les travaux de Linné tendaient à apporter une clarté
systématique dans la connaissance des plantes. Il fallait
trouver un certain ordre, dans lequel chaque organisme
est à une place déterminée, de sorte que l’on puisse le
retrouver facilement à tout moment, en somme que l’on
ait un moyen pour s’orienter dans l’infinité des détails. Dans
ce but les êtres vivants devaient être étudiés selon les degrés
de leur parenté et assemblés en groupes qui leur
correspondent. Comme il s’agissait par là avant tout de

reconnaître chaque plante et de retrouver facilement sa
place dans le système, l’on devait spécialement prendre en
considération les caractères qui différencient les plantes
entre elles. Pour rendre impossible la confusion d’une plante
avec une autre, l’on recherchait en premier lieu les caractères
différentiels. Les caractères extérieurs, la grandeur, le
nombre et la position des différents organes étaient ainsi
considérés comme caractéristiques par Linné et ses élèves.
De cette manière les plantes étaient bien classées dans un
certain ordre, mais tout comme l’on aurait pu classer une
quantité de corps inorganiques : selon des caractères que
l’on tirait de l’apparence visuelle, non pas de la nature
intérieure de la plante. Elles apparaissaient en une
juxtaposition extérieure, sans corrélation intérieure
nécessaire. Vu le concept plein de sens que Goethe avait
de la nature d’un être vivant, ce mode de considération ne
pouvait le satisfaire. Il n’y avait là nulle part de recherche
quant à l’essence de la plante. Goethe devait se poser cette
question : en quoi consiste ce « quelque chose » qui d’un
certain être de la nature fait une plante ? Il lui fallait de
plus reconnaître que ce « quelque chose » est présent de la
même manière en toutes les plantes. Et pourtant l’infinie
diversité des différents êtres était là, qui demandait à être
expliquée. Comment se fait-il que cet unique élément se
manifeste en des formes si diverses ? C’étaient sans doute
les questions que Goethe soulevait à la lecture des ouvrages
de Linné, car il dit de lui-même : « Ce qu’il—Linné — cherchait
à maintenir de force séparé, devait, par le plus intime besoin de mon
être, tendre à l’union. »
C’est aussi vers l’époque de cette première rencontre
avec l’oeuvre de Linné qu’a lieu celle qu’il a avec les efforts
de Rousseau en botanique. Le 16 juin 1782, il écrit à
Charles-Auguste : « Dans les oeuvres de Rousseau se trouvent de
tout à fait charmantes Lettres sur la botanique, où il expose

cette science de la plus claire et la plus élégante manière à une dame.
C’est vraiment un modèle, tel qu’on doit l’enseigner, et un supplément
à lEmile. De là l’occasion que je prends de recommander à nouveau
le beau royaume des fleurs à mes belles amies. » Les efforts de
Rousseau en science botanique ont fait à coup sûr une
profonde impression sur Goethe. La mise en valeur d’une
nomenclature qui procède de l’essence même des plantes
et lui est conforme, le caractère originel de l’observation,
la contemplation de la plante pour elle-même, en l’absence
de tous les principes utilitaires, tout cela, que Rousseau
nous apporte, était tout à fait dans le sens de Goethe. Tous
deux avaient aussi en commun d’être venus à l’étude de la
plante, non pas par une étude scientifique spécialisée, mais
par des motifs universellement humains. Le même intérêt
les attachait au même objet.
Les observations détaillées du monde végétal qui suivent
datent de l’année 1784. Le baron Wilhelm von Gleichen
dénommé Russwurm avait publié deux ouvrages qui
avaient pour objet des recherches qui intéressaient vivement
Goethe : Les dernières nouveautés du règne des plantes
(Nuremberg, 1764) et Choix de découvertes microscopiques sur
les plantes (Nuremberg, 1777-1781). Ces deux ouvrages
traitaient des processus de fécondation chez la plante. Le
pollen, les étamines et le pistil furent soigneusement étudiés
et les processus dont ils sont le siège présentés sur des
planches d’une belle facture. Ces recherches furent alors
reprises par Goethe. Le 12 janvier 1785, il écrit à Madame
de Stein : « Mon microscope est monté pour refaire et contrôler, à
l’arrivée du printemps, les observations du baron von Gleichen, dénommé
Russwurm. » Ce même printemps, il étudie aussi la nature de
la graine, comme l’indique une lettre du 2 avril 1785 à
Knebel : « J’ai étudié à fond la matière de la graine, pour autant
que mes expériences, y suffisent. » Dans toutes ces études, il n’est
pas question pour Goethe de données isolées ; le but de

ses efforts est d’étudier l’essence même de la plante. Le
8 avril 1785 il informe Merck qu’en botanique il a « fait de
jolies découvertes et combinaisons ». L’expression « combinaisons »
nous montre également ici qu’il en vient à ébaucher en
pensée une image des processus dans le monde végétal.
L’étude de la botanique approchait rapidement d’un but
déterminé. Or nous devons en même temps penser au
fait qu’en 1784, Goethe a découvert l’os intermaxillaire,
dont nous parlerons plus loin expressément, et qu’il a fait
ainsi un pas considérable dans l’approche du secret selon
lequel la nature procède dans la formation des êtres
organiques. Nous devons en outre penser au fait
qu’en 1784 la première partie des Idées pour la philosophie de
l’histoire de Herder était achevée et qu’il y avait alors entre
Goethe et Herder de très fréquentes conversations sur les
objets de la nature. Madame de Stein informe ainsi Knebel
le 1 er mai 1784 : « Le nouvel ouvrage de Herder rend vraisemblable
que nous fûmes d’abord plantes et animaux ( . .) Maintenant Goethe,
avec toute sa richesse de pensées, rumine ces choses, et chacune d’elles,
une fois venue à son esprit, devient extrêmement intéressante. » Nous
voyons par là de quelle manière Goethe s’intéressait alors
aux plus grandes questions de la science. Cette réflexion
sur la nature de la plante et les combinaisons, faite au
printemps 1785, va alors nous paraître parfaitement
explicable. A la mi-avril de cette année, il s’en va au château
de Belvédère spécialement pour résoudre ses doutes et
ses questions et le 15 juin, il communique à Madame de
Stein ce qui suit : « Combien le livre de la nature m’est devenu
lisible, je ne puis te le traduire, ma lente épellation m’y a aidé,
maintenant tout à coup il se fait une avancée et ma joie intime est
inexprimable. » Peu auparavant, il veut même écrire un petit
traité de botanique pour Knebel, pour le gagner à cette
science12. La botanique l’attire tellement que son voyage à
Karlsbad, qu’il entreprend le 20 juin 1785 pour y passer

l’été, devient un voyage d’études botaniques. Knebel
l’accompagne. Aux environs de Iéna, ils rencontrent un
jeune homme de 17 ans, [Friedrich Gottlieb] Dietrich, dont
la boîte à herboriser montrait qu’il était en train de rentrer
d’une excursion botanique. Sur cet intéressant voyage, nous
en savons un peu plus par l’Histoire de mes études botaniques
de Goethe13 et par quelques informations de [Ferdinand]
Cohn à Breslau, qui put les emprunter à un manuscrit de
Dietrich. A Karlsbad des conversations botaniques offrent
alors un agréable divertissement. De retour chez lui, Goethe
se consacre avec une grande énergie à l’étude de la
botanique ; s’appuyant sur la Philosophie de Linné’, il fait
des observations sur les Champignons, Mousses, Lichens
et Algues, comme nous le voyons dans ses lettres à
Madame de Stein. C’est seulement maintenant qu’il a déjà
beaucoup pensé et observé par lui-même que Linné lui
devient profitable, qu’il trouve en lui l’explication de
nombreux détails qui l’aident à avancer dans ses
combinaisons. Le 9 novembre 1785, il rapporte à
Madame de Stein : « Je continue à lire Linné, il le faut bien, je
n’ai pas d’autre livre avec moi, c’est la meilleure manière de lire
consciencieusement un livre, et que je dois souvent pratiquer, car je ne
lis pas facilement un livre jusqu’au bout. Mais pour l’essentiel celuici
n’est pas fait pour la lecture, mais pour la récapitulation, ce qui
me rend les plus excellents services, car j’ai déjà réfléchi par moi-même
sur la plupart des points. » Au cours de ces études, il lui
devint de plus en plus évident qu’il n’y a bien qu’une forme
fondamentale unique qui apparaît dans l’infinie multitude de plantes
individuelles, et cette forme fondamentale lui était elle-même de plus
en plus intérieurement perceptible ; il reconnut aussi que dans cette
forme fondamentale réside cette faculté de transformer à l’infini qui
engendre la diversité à partir de l’unité. Le 9 juillet 1786, il écrit
à Madame de Stein : « C’est un percevoir de la forme (…) avec
laquelle la nature en quelque sorte ne fait toujours que jouer, et en

jouant, produit la vie dans sa diversité. » Maintenant il s’agissait
avant tout d’élaborer dans l’individuel une image plastique
de ce qui se perpétue, de ce qui est stable, de cette forme
primordiale avec laquelle la nature joue en quelque sorte.
Pour cela il fallait une occasion de séparer ce qui dans la
forme végétale est vraiment constant, durable, de ce qui
est changeant, variable. Pour des observations de ce genre,
Goethe avait exploré jusqu’ici un trop petit domaine. Il lui
fallait observer une seule et même plante dans des
conditions et sous des influences différentes. Car c’est
seulement par comparaison que ce qui est variable saute
vraiment aux yeux. Avec des plantes d’espèces différentes,
cela nous frappe moins. Le bienheureux voyage en Italie,
qu’il avait entrepris le 3 septembre à partir de Karlsbad,
lui apportait tout cela. Sur la flore des Alpes déjà il fit
mainte observation. Il trouvait là non seulement de
nouvelles plantes qu’il n’avait encore jamais vues, mais aussi
celles qu’il connaissait déjà, mais modifiées. « Alors que dans les
régions plus basses, rameaux et tiges étaient plus forts et plus gros,
lesyeux plus rapprochés et les feuilles plus larges, à mesure qu’on
montait les branches et les tiges devenaient plus délicates, les yeux
s’espaçaient, laissant un intervalle plus grand entre les noeuds et les
feuilles prenaient une forme plus lancéolée. Je le remarquai sur un
Saule et une Gentiane et je me convainquis que ce n’était pas par
hasard des espèces différentes. Au bord du lac de Walchen aussi je
remarquai des joncs plus longs et plus sveltes que dans la vallée14a . »
De semblables observations se répétèrent. A Venise il
découvre au bord de la mer différentes plantes qui lui
montrent des propriétés que pouvait seulement leur donner
le sel ancien du sol sablonneux, et encore davantage l’air
salin. Il trouvait là une plante qui ressemblait à notre « innocent
Tussilage, mais ici pourvu d’armes acérées, la feuille comme du cuir,
de même les capsules, les tiges, tout était épais et gras15 . » Tous les
caractères extérieurs de la plante, tout ce qui en elle

appartient à l’apparence visuelle, Goethe le voyait là
instable, changeant. Il en tire la conclusion que l’essence de
la plante ne se trouve donc pas dans ces propriétés, mais
doit être cherchée plus profondément. Darwin partit
d’observations analogues à celles de Goethe, lorsqu’il
exposa ses doutes sur la constance des formes des genres
et des espèces. Mais les résultats que l’un et l’autre en
déduisent sont tout à fait différents. Alors que Darwin
estime que ces propriétés épuisent, à elles seules, l’essence
de l’organisme et conclut de la variabilité qu’il n’y a rien de
constant dans la vie des plantes, Goethe va plus profond
et en tire cette conclusion : si ces propriétés ne sont pas
constantes, alors il faut chercher le constant dans un autre
élément qui est à la base de ces formes variables purement
extérieures. Donner forme à cet élément, tel est le but de
Goethe, tandis que les efforts de Darwin visent à
rechercher et à montrer la variabilité dans les détails. Les
deux manières de voir sont nécessaires et se complètent.
C’est se fourvoyer complètement de croire que l’on va
trouver la grandeur de Goethe, sur le plan de la science de
l’organique, en voyant en lui le simple précurseur de
Darwin. Il a une manière de voir bien plus large ; elle
comporte deux aspects : 1) Le type, c’est-à-dire la légalité
qui se manifeste dans l’organisme, l’animalité dans l’animal,
la vie se donnant forme à partir d’elle-même, qui a la force
et la faculté, au moyen des possibilités existant en elle, de
se développer en des formes extérieures, diverses (espèces,
genres). 2) L’interaction entre l’organisme et la nature non
organique, et des organismes entre eux (adaptation et lutte
pour l’existence). Darwin n’a développé du monde
organique que son deuxième aspect. L’on ne peut donc
pas dire : la théorie de Darwin serait le développement
des idées fondamentales de Goethe ; elle est au contraire
le développement d’un aspect seulement de celles-ci. Elle

n’a en vue que les faits qui font que le monde des êtres
vivants se développe d’une certaine manière, mais non pas
ce « quelque chose » sur lequel ces faits ont une action
déterminante. Si l’on n’étudie qu’un seul aspect, ce dernier
ne peut absolument pas conduire à une théorie complète
des organismes ; elle doit être étudiée essentiellement dans
l’esprit de Goethe, être complétée et approfondie par
l’autre aspect de sa théorie. Une simple comparaison va
mieux faire comprendre la question. Prenez un morceau
de plomb, liquéfiez-le par chauffage et versez-le alors dans
de l’eau froide. Le plomb est passé par deux stades
successifs de son état ; le premier a été produit par la
température la plus élevée, le deuxième par la température
la plus basse. Or la forme que prennent les deux stades ne
dépend pas seulement de la nature de la chaleur, mais très
essentiellement aussi de celle du plomb. Un autre corps
qui passerait par les mêmes milieux se présenterait sous de
tout autres états. Les organismes aussi subissent l’influence
des milieux qui les entourent, eux aussi passent par différents
états produits par ces milieux, mais cela de manière tout à
fait conforme à leur nature, en conformité avec l’entité qui
fait d’eux des organismes. Et c’est cette entité que l’on trouve
dans les idées de Goethe. Celui qui est armé de la
compréhension de cette entité sera seul à même de
comprendre pourquoi les organismes répondent (réagissent)
à certaines incitations de telle manière et non pas d’une autre.
Il sera seul à même de se faire les représentations exactes
sur la variabilité des formes de manifestation des organismes
et sur les lois de l’adaptation et de la lutte pour l’existence
qui sont en rapport avec ces formes16.
La pensée de la plante primordiale prend une forme
de plus en plus précise et claire dans l’esprit de Goethe.
Alors qu’il se trouve dans le Jardin botanique de Padoue
(Voyage en Italie, 27 septembre 1786), parmi une végétation

qui lui est étrangère, « cette pensée devient de plus en plus vivante
que l’on pourrait déduire toutes les formes végétales à partir d’une
seule ». Le 17 novembre 1786 il écrit à Knebel : « Je me réjouis
tout de même vraiment de mon petit peu de botanique dans ce pays
où une végétation plus riante, moins interrompue, est chqelle. J’ai
déjà fait de vraimentjolies observations qui tendent à la généralité,
et qui, par la suite, te seront aussi agréables. » Le 19 février 1787
(Voyage en Italie) il écrit à Rome qu’il est en voie de « découvrir
de nouveaux et beaux rapports, c’est-à-dire la manière dont la nature,
ce prodige qui n’a l’air de rien, développe la plus grande diversité à
partir de l’élément simple ». Le 25 mars, il prie de dire à Herder
qu’il va bientôt réaliser l’idée de la plante primordiale. Le
17 avril (Voyage en Italie), il écrit à Palerme au sujet de la
plante primordiale : « Il faut bien qu’une pareille plante existe : à
quoi reconnaîtrais je sans cela que telle ou telle forme est une plante,
si elles n’étaient pas toutes faites d’après un même modèle. » Il a en
vue le complexe de lois de formation qui organise la plante,
fait d’elle ce qu’elle est et par quoi nous en venons devant
un certain objet de la nature à cette pensée : Ceci est une
plante, c’est là la plante primordiale*. Et comme telle, elle
est un élément idéel, que seule la pensée peut saisir ; mais
elle acquiert un aspect, elle acquiert une certaine forme,
grandeur, couleur, nombre de ses organes, etc. Cette forme
extérieure n’est rien de fixe, mais elle peut subir d’infinies
variations qui sont toutes conformes à ce complexe de lois
de formation et découlent nécessairement de ce dernier. Si
l’on a appréhendé ces lois de formation, cette image
primordiale de la plante, alors on a saisi en idée ce que la
nature met en quelque sorte à la base de tout individu végétal
donné, d’où elle le déduit et lui donne naissance en
conséquence. Bien plus, l’on peut même découvrir
conformément à cette loi des formes végétales qui découlent
nécessairement de l’essence de la plante et pourraient exister,
si les conditions nécessaires à cela se présentaient. Goethe

cherche ainsi à imiter en quelque sorte en esprit ce que la
nature accomplit en formant ses êtres. Le 17 mai 1787 il
écrit à Herder : « Il me faut en outre te confier que je suis tout
proche du secret de la génération des plantes et que c’est la chose la
plus simple qui se puisse penser (. ..) La plante primordiale sera la
créature la plus étonnante du monde, que la nature elle-même m’enviera.
Avec ce modèle et sa clef, on peut ensuite inventer encore à l’infini des
plantes qui doivent être cohérentes, c’est-à-dire qui, même si elles
n’existent pas, pourraient exister et ne sont pas des ombres et des
apparences de peintre ou de poète, mais ont une vérité et une nécessité
internes. La même loi pourra s’appliquer à tout ce qui est vivant17″
Or ici apparaît encore une autre différence entre la
conception de Goethe et celle de Darwin, notamment quand
on tient compte de la manière dont cette dernière est
ordinairement présentée18. Celle-ci admet que les influences
extérieures agissent sur la nature d’un organisme comme
des causes mécaniques et le modifient en conséquence.
Chez Goethe les modifications particulières sont des manifestations
extérieures de l’organisme primordial, qui a
en lui-même la faculté de prendre diverses formes et qui,
dans un cas donné, prend celle qui est la plus adaptée aux
conditions du milieu ambiant. Ces conditions extérieures sont
simplement ce qui donne l’occasion aux forces formatrices
internes de venir se manifester d’une manière particulière.
Seules ces dernières sont le principe constitutif, l’élément
créateur dans la plante. C’est pourquoi, le 6 septembre 1787 19 ,
Goethe lui donne aussi le nom d’un hen kaipân (Un et Tout)
du monde végétal.
Si maintenant nous abordons la plante primordiale ellemême,
voici ce qu’il faut en dire. L’être vivant est une totalité
achevée en soi, qui pose à partir d’elle-même ses états.
Aussi bien dans la juxtaposition des parties, que dans la
succession dans le temps des états d’un être vivant, est
présente une corrélation qui apparaît non pas conditionnée

par les propriétés visibles des parties, ni par la
détermination mécanique-causale de l’ultérieur par
l’antérieur, mais qui est régie par un principe supérieur qui
est au-dessus des parties et des états successifs. Il est
déterminé dans la nature même de la totalité qu’un certain
état soit posé comme premier, qu’un autre le soit comme
dernier ; et la succession des états intermédiaires est, elle
aussi, déterminée dans l’idée de la totalité ; ce qui vient
avant est dépendant de ce qui vient après, et
inversement ; bref, dans l’organisme vivant il y a évolution
de l’un à partir de l’autre, un passage des états de l’un à
l’autre, aucune existence finie, achevée, mais un constant
devenir. Dans la plante, cette détermination de chaque partie
par l’ensemble apparaît dans le fait que tous les organes
sont construits selon la même forme fondamentale. Dans
une lettre du 17 mai 1787 à Herder, Goethe exprime cette
pensée en ces mots : « Il m’était apparu peu à peu que dans cet
organe de la plante que nous avons l’habitude d’appeler la feuille se
trouve dissimulé le vrai Protée et qu’il pourrait bien se cacher et se
manifester dans toutes les formations. Dans la phase ascendante et
descendante de sa croissance, la plante n’est toujours que feuille, si
inséparablement unie au futurgerme que l’on ne doit pas penser l’un
sans l’autre20 ). » Alors que chez l’animal ce principe supérieur
qui régit chaque élément particulier nous apparaît comme
ce qui meut les organes, les utilise selon ses besoins, etc., la
plante est encore dépourvue d’un semblable principe réel
de vie ; il se manifeste chez elle seulement de manière plus
indéterminée, en ce que tous les organes sont construits
selon le même type de formation, que la plante entière est
virtuellement contenue en chaque partie et peut aussi être
produite à partir de celle-ci grâce à des conditions
favorables. Ce principe devint évident pour Goethe lorsque
à Rome, lors d’une promenade avec le conseiller
Reiffenstein, celui-ci, rompant çà et là un rameau, affirmait

que, planté en terre, il allait continuer à pousser et se
développer en donnant la plante entière. La plante est donc
un être qui développe en périodes successives certains
organes qui sont tous construits, aussi bien individuellement
que dans un ensemble, selon une seule et même idée.
Chaque plante est donc un ensemble harmonieux de
plantes21. Lorsque Goethe vit tout cela clairement, il ne
s’agissait plus pour lui que des observations de détail qui
permettaient de montrer plus spécialement les différents
stades de développement que la plante fait sortir d’elle-même.
Et pour cela aussi le nécessaire avait déjà été fait.
Nous avons vu que Goethe a dès le printemps 1785 étudié
des graines ; le 17 mai 1787, il informe Herder depuis
l’Italie qu’il a trouvé très clairement et sûrement le point
où se trouve le germe. Ainsi la chose était-elle réglée pour
le premier stade de la vie de la plante. Mais l’unité de
structure se révèle bientôt, elle aussi, avec suffisamment
de clarté. De ce point de vue, Goethe, à côté de
nombreux autres exemples, observa sur le Fenouil à l’état
frais la différence entre feuilles inférieures et feuilles
supérieures, mais qui n’en sont pas moins toujours le même
organe. Le 25 mars 22, il prie d’annoncer à Herder que sa
doctrine des cotylédons est tellement sublimée qu’on
pourra difficilement aller plus loin. Il n’y avait plus qu’un
petit pas à faire pour voir aussi dans les pétales, les étamines
et le pistil des feuilles métamorphosées. C’est à cela que
pouvaient conduire les recherches du botaniste anglais Hill,
qui gagnaient alors en notoriété et avaient pour objet les
transformations des organes floraux en d’autres organes.
Quand les forces qui organisent l’être de la plante entrent
dans l’existence effective, elles donnent dans l’espace une
série de formes structurées. Il s’agit maintenant du concept
vivant qui relie entre elles ces formes, dans leur progression
comme dans leur régression.

• Lorsque nous considérons la théorie goethéenne de la
métamorphose, telle qu’elle se présente à nos yeux en 1790,
nous y trouvons que ce concept est chez Goethe celui de
l’expansion et de la contraction qui alternent. Dans la graine
la formation de la plante est contractée au maximum. Avec
les feuilles se produit ensuite le premier déploiement, la
première expansion des forces formatrices. Ce qui dans la
graine est condensé en un point se dissocie spatialement
dans les feuilles. Dans le calice les forces se contractent à
nouveau en un point axial ; la corolle est produite par
l’expansion suivante ; les étamines et le pistil prennent
naissance par la contraction suivante ; le fruit par la dernière
(troisième) expansion, après quoi toute la force vitale de
la plante (ce principe entéléchique) se dissimule à nouveau
dans la graine dans un état d’extrême contraction. Tandis
que nous pouvons assez bien suivre tous les détails de la
pensée de la métamorphose jusqu’à sa définitive mise en
valeur dans l’essai paru en 1790, il n’en ira pas aussi
facilement avec le concept d’expansion et de contraction.
L’on ne fera cependant pas fausse route en admettant que
cette pensée, du reste profondément enracinée dans l’esprit
de Goethe, fut en Italie déjà mêlée aussi au concept de
formation de la plante. Comme le contenu de cette pensée
est le déploiement plus ou moins grand dans l’espace que
déterminent les forces formatrices, donc ce qui, de la
plante, s’offre immédiatement à l’oeil cette pensée va alors
le plus facilement prendre naissance quand on entreprend
de dessiner la plante conformément aux lois de la formation
naturelle. Or Goethe trouva à Rome un pied d’OEillet ayant
un port de buisson et qui lui montrait la métamorphose
avec une particulière clarté. Il écrit ainsi à ce sujet : « ne voyant
à portée de main aucun moyen de conserver cette merveille de forme,
j’entrepris de la dessiner exactement, parvenant ainsi à toujours
mieux comprendre le concept fondamental de métamorphose23. »

De tels dessins furent peut-être encore exécutés souvent,
et cela a pu alors conduire au concept en question*.
En septembre 1787, lors de son deuxième séjour à
Rome, Goethe expose la chose à son ami Moritz. Il trouve
ainsi combien, lors d’un tel exposé, la chose devient vivante,
visible. Le point auquel ils sont ainsi arrivés est alors toujours
noté. Ce passage et quelques autres propos de Goethe
rendent vraisemblable le fait que la théorie de la
métamorphose ait encore été rédigée en Italie, au moins
sous la forme d’aphorismes. Il dit en outre : « C’est de cette
manière seulement — en parlant avec Moritz —quejepouvais
mettre sur le papier quelque chose de mes pensées24. » Il n’y a donc
pas de doute qu’à la fin de l’année 1789 et au début
de 1790 le travail avait été rédigé sous la forme que nous
avons aujourd’hui devant nous ; seulement, il est difficile
de dire dans quelle mesure cette dernière version ne fut
qu’une simple rédaction et ce qui y fut ajouté. Un livre
annoncé pour la foire de Pâques25 suivante, qui aurait pu
contenir à peu près les mêmes pensées, l’engagea à
l’automne 1789 à passer en revue ses idées et à faire avancer
leur publication. Le 20 novembre, il écrit au duc qu’il se
sent stimulé à noter par écrit ses idées sur la botanique.
Le 18 décembre, il envoie déjà le texte au botaniste Batsch
de Iéna pour qu’il le relise ; le 20 il s’y rend lui-même pour
conférer avec Batsch ; le 22 il informe Knebel que Batsch
a bien accueilli la chose. Il revient chez lui, retravaille encore
le texte, le renvoie alors à Batsch, qui le retourne le
19 janvier 1790. Goethe a raconté lui-même en détail les
événements par lesquels passèrent le manuscrit et le texte
imprimé. Nous traiterons plus loin en détail de la grande
importance de la théorie de la métamorphose, et de sa
nature, dans l’essai : Sur l’essence et la signification des écrits de
Goethe sur la formation organique.

———————————————–

NOTES
1. Celui qui déclare a priori qu’un tel but est inaccessible
n’arrivera jamais à comprendre les vues de Goethe sur la
nature ; par contre celui qui, sans préjugés, laissant cette
question ouverte, entreprend l’étude de ces vues, va
certainement, au terme de cette dernière, répondre affirmativement.
Il est vrai que des doutes pourraient naître chez
bien des gens, cela par certaines remarques de Goethe luimême,
telle que celle-ci : « Sans prétendre vouloir découvrir les
ressorts premiers des effets de la nature, nous aurions (…) tourné
notre attention sur des manifestations des forces par lesquelles la
plante transforme peu à peu un seul et même organe. » Seulement
de tels jugements ne sont chez Goethe jamais tournés contre
la possibilité de principe de connaître l’entité des choses ;
Goethe est simplement assez prudent de ne pas trancher
trop vite quant aux conditions physico-mécaniques à la base
de l’organisme, car il savait bien que de telles questions ne
peuvent être résolues qu’au cours du temps.
2. Nous ne voulons aucunement dire par là que Goethe n’a jamais
été compris sur ce point. Au contraire : dans cette même
édition, nous prenons plusieurs fois l’occasion d’attirer
l’attention sur une série d’hommes qui nous semblent avoir
continué ou élaboré les idées de Goethe. Des noms tels que
ceux de Voigt, Nees von Esenbeck, d’Alton (l’Ancien et le
Jeune), Schelver, C.G. Carus, Martius et d’autres, ont leur place
dans cette série. Mais ils construisaient leur système justement
sur la base des conceptions contenues dans les oeuvres
goethéennes et l’on ne peut vraiment pas dire d’eux que même
sans Goethe, ils auraient accédé à leurs concepts, alors que certains
de leurs contemporains — par exemple Josephi à Gôttingen –
sont bien arrivés par eux-mêmes à l’os intermaxillaire, ou bien
Oken à la théorie vertébrale.
3. Voir Poésie et Vérité, 2e partie, 6′ Livre B V. — Le sigle B suivi d’un
chiffre romain renvoie à la bibliographie en fin de volume.
4. Faust, I vers 1936-1939 (trad. H. Lichtenberger). B II.
5. Faust I, vers 447-449; voir également B(VI).
6. B(VI).

7. Faust I, vers 501-507.
8. Poésie et Vérité, 3′ partie, 11′ livre. B IV V.
8a. Poésie et Vérité, 2′ partie, 8′ livre B V.
9. et 10. Voir B IV.
11. Faust I, vers 392-395. Voir également B II.
12. « Je t’enverrais volontiers une leçon de botanique, si seulement elle
était déjà écrite. » 2 avril 1785. Correspondance avec Knebel.
13. Voir B IV.
14. Philosophia botanica, Stockholm, 1751.
14a.Voyage en Italie, 8 septembre 1786 — Voir B VII.
15. Voyage en Italie, Venise, 8 octobre 1786. Idem.
16. Inutile de dire que ceci ne met aucunement en doute la théorie
moderne de la descendance, ni qu’il faille restreindre l’étendue
de ses affirmations ; c’est d’abord, au contraire, une base sûre
qui leur est ainsi donnée.
17. Voyage en Italie. B VIII.
18. Ce que nous avons ici en vue, c’est moins la théorie de
l’évolution des naturalistes qui se placent sur le terrain de
l’empirisme du domaine sensoriel que plutôt les fondements
théoriques, les principes que l’on met à la base du darwinisme.
Avant tout, naturellement, l’École d’Iéna avec Haeckel à sa
tête ; dans cet esprit de premier rang, la théorie de Darwin
avec tout son exclusivisme, ont connu leur développement
conséquent.
19. Voyage en Italie. B VIII.
20. Voyage en Italie. Ibid.
21. Nous aurons à plusieurs reprises l’occasion d’exposer dans
quel sens ces parties sont en rapport avec l’ensemble. Si nous
voulons emprunter à la science moderne un concept pour
exprimer un tel concours d’êtres vivants à un ensemble dont
ils sont les parties, ce serait en zoologie celui de « ruche ». C’est
une sorte de république faite d’êtres vivants, un individu
constitué lui-même d’individus autonomes, un individu d’un
genre supérieur.
22. Voyage en Italie. B VIII.
23. Ibid.
24. Ibid.
25. Les nouveautés de l’édition étaient présentées alors au public
lors des grandes foires qui se tenaient à Leipzig, à Pâques et à
la Saint-Michel (NdT).

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III
LA GENÈSE DES IDÉES DE GOETHE
SUR LA FORMATION DES ANIMAUX

 

suite…

http://www.freepdf.info/index.php?post/Steiner-Rudolf-Goethe-le-Galilee-de-la-science-du-vivant

 

La chambre à gaz atomique. Traité de physique sur la contribution des essais nucléaires à la contamination finale de l’atmosphère.


par Scampa Paolo

Année : 2011

Préface
Sous la Dir. de Der Vorstand / VFF
Au commencement était le chaos… puis les physiciens et les mathématiciens
vinrent tout mettre en ordre … munis de modèles parfaits et d’axiomes idéaux
pour décrire la composition de la matière et écrire la table définitive des lois de la
nature … stigmatisant au passage comme « pseudo-science » tout doute
méthodique, toute explication alternative ou toute théorie concurrente qui ose venir
heurter leurs convictions, leurs préjugés.
Nous pourrions débattre des semaines durant sur cet état de fait … si actuel et si
pressant.
Le présent ouvrage sur les « essais atomiques » rédigé avec soin par le professeur
Paolo Scampa expose de manière directe et détaillée certains des effets délétères
des radiations ionisantes sur l’environnement et sur l’homme.
C’est un livre peu commun qui sait aborder une matière aussi ardue que la
« physique nucléaire » dans une langue fluide aisément compréhensible au
profane même. Fruits d’une mûre réflexion capable d’alléger quelque peu la
complexité du thème en question, les nombreux tableaux techniques comme les
développements consacrés aux différents radioéléments qui sont part intégrante de
l’ouvrage sont eux également simples à entendre par la faveur d’une disposition
schématique aussi personnalisée que réussie. La bibliographie, enfin,
particulièrement détaillée et « ciblée » valide les données avancées et couronne
une étude qui nous semble unique en son genre dans le panorama actuel.
Ces dernières années la physique nucléaire est en effet allée de dissertations
aseptisées en soliloques inutiles tenus par les trop nombreux « faussaires de la
science ». De congrès en conférences ceux-ci semble se vouer corps et âme à la
seule recherche d’un écho médiatique momentané qui fournisse un simulacre de
consensus autour de leurs thèses absurdes et de leurs études pseudo-métriques et
rehausse leur crédibilité professionnelle personnelle auprès des autorités dans cette
« Foire quotidienne de la vanité »

Il suffit en outre de participer à l’un de leurs congrès pour comprendre sans coup
férir l’inutilité de telles manifestations qui, dans les faits, ne font que gaspiller
l’argent public sans apporter la moindre solution concrète aux défis majeurs que la
recherche nucléaire appliquée soulève, sans envisager le moindre remède à ses
conséquences catastrophiques sur l’homme et sur l’écologie.
Einstein n’est par bonheur pas que l’auteur de théories controversées qui ont influé
de manière négative sur la recherche (sa théorie de la relativité a été récemment
démentie par un résultat expérimental décisif bien trop tu), il nous a aussi fort
sagement avisés qu’
« il est plus facile de briser un atome que de faire tomber un préjugé. »
La physique nucléaire n’est en définitive pas un sujet de salon ou de dissertations
abstraites et l’ouvrage du Prof. Scampa amène avec délicatesse le lecteur à en
prendre acte tout en l’incitant à conduire ses propres recherches et à apporter ses
propres éclairages sur ce grave sujet aux mille facettes.
Ouvrage d’ouverture c’est aussi un ouvrage didactique traçant une voie autre pour
que ceux qui font preuve d’une certaine aisance en mathématiques puissent aborder
cette science.
Il est par ailleurs important de souligner qu’en divers de ces chapitres l’on
rencontre avec plaisir un certain nombre de considérations mordantes. Insérées
dans le but d’appuyer les réflexions personnelles, elles sont rédigées avec esprit
sans jamais tomber dans le sarcasme facile.
Pour cette raison, il nous semble naturel d’apporter quelques unes de nos
considérations sur les problématiques que cet ouvrage nous encourage à
approfondir, en nous basant sur nos connaissances en la matière :

1) La communauté scientifique internationale toute entière n’est, après des années,
toujours pas parvenue à éclaircir les circonstances qui sont à l’origine du désastre
de Tchernobyl. Ces 20 dernières années des milliers de pages d’inutiles verbiages,
superficielles, fausses … sont le résultat d’une dialectique stérile souvent voulue
par les scientifiques et les experts eux-mêmes afin de dissimuler la réalité des faits,
protéger d’évidents intérêts, et dont le seul objectif est de ne froisser les différents
lobbies industriels et financiers impliqués dans le « Business Nucléaire ».

2) Les pétitions internationales n’ont pas pu contrer l’utilisation aveugle,
inconsciente et totalement inutile des armes à l’uranium appauvri.

3) Les enquêtes « supra partes » sur les trafics internationaux de déchets radioactifs
sont restées lettre morte, en dépit de quelques issues positives qui n’ont d’ailleurs
eu que très peu d’écho dans la presse…
Nous n’avons hélas pas pleine conscience de l’ampleur prise par cette activité
criminelle qui cherche exclusivement et avant tout le profit, méprisant en tout et
pour tout les effets collatéraux que comportent, à long terme, le maniement, le
transport et la dissimulation de tels matériaux nocifs.
Comme si cela ne suffisait pas, depuis plus de soixante ans des tests militaires sont
menés à travers le globe au moyen d’armes nucléaires dont l’emploi est jugé
hypocritement nécessaire par quelques pantins aux uniformes recouverts de
médailles qui sont à la botte de politiciens et hommes de pouvoir intéressés au
maintien de l’équilibre… instable… de l’actuel « status quo ».

4) L’accident nucléaire récent de Fukushima a, grâce aux canaux alternatifs
d’informations et d’images, définitivement démasqué l’inconséquence des secteurs
de la recherche et de l’industrie en matière nucléaire.
Il a dévoilé sans équivoque possible l’inutilité de tous ces organismes
internationaux préposés au contrôle des activités de l’industrie atomique qui ont
jeté en pâture un carrousel de chiffres factices et un certain nombre de données
franchement fausses dans l’unique but de confondre et d’instaurer le chaos
informatif.

Ces messieurs se sont ces derniers temps visiblement beaucoup amusés avec les
dés car dans les mois qui ont suivi l’accident de Fukushima des tableaux de
mesures aux données manifestement fausses ont été tranquillement diffusés.

Ces messieurs qui se targuent d’objectivité et de rigueur n’en sont pas à une
approximation près : emploi aléatoire des différentes unités internationales de
mesure, erreurs parfois grossières dans la conversion des relevés radiométriques,
silence autour des instruments et détecteurs avec lesquels les mesures ont été prises
et manque de documentation claire et détaillée sur les procédures de détection, de
gestion et de transmission des données (opérations de surcroît souvent accomplies
avec des instruments obsolètes et non certifiés !!).

Conclusion
Que les Bien pensants évitent de perdre leur temps et leur souffle en d’inutiles
tentatives de réfutation.
La physique nucléaire est toute entière aux mains de castes de savants qui n’ont
pas la moindre intention de partager ouvertement – et dans le plus élémentaire
respect de la déontologie – leurs découvertes … ou pseudo-découvertes … et qui
préférent se retrancher derrière d’absurdes justifications telles que la protection de
données et d’informations d’intérêt stratégique, industriel et/ou militaire.
Cette science n’est pas au service de l’humanité. Elle ne prospecte pas
d’amélioration décisive de la qualité de vie des êtres humains, sans distinction de
caste …..
Les rares experts qui se sont opposés sans transiger au « sur-pouvoir » de ces
savants et de ces groupes industriels qui œuvrent dans ce très sensible domaine
scientifique ont tous été isolés, dénigrés comme pestiférés ou désignés comme
« comploteurs » et ennemis de la vérité scientifique. Certains d’entre eux ont même
payé de leur vie d’être restés fidèles à leurs idéaux et à leur droiture scientifique.
Le moment est donc venu de nous demandez quelle raison ou quelle loi tacite
donne aujourd’hui le pouvoir à quelques personnes d’agir et de prendre seuls des
décisions sur les différentes applications industrielles de technologies basées sur la
recherche appliquée dans le domaine de la physique nucléaire.
De grâce, que l’on nous épargne l’excuse toute trouvée de la quête de nouvelles
sources d’énergies alternatives et sûres.
Le problème est tout autre…..

Présentation
Comment les hommes se sont concocté une discrète chambre à gaz
radioactive en disséminant dans l’atmosphère plus de 110 tonnes
d’uranium, de plutonium, de produits d’activation et de fission (dont 22,6
tonnes au plus sont retombées au sol) et comment la radioactivité
actuelle de ces 110 tonnes, auxquelles il conviendra d’ajouter au moins
10.000 tonnes d’uranium « appauvri » disséminé par les guerres récentes,
se multipliera inéluctablement par au moins 12 au cours du temps. Le
prof. Paolo Scampa, Président de l’Association Internationale pour la
Protection contre la Rayons Ionisants (AIPRI), a suivi une formation
nucléaire auprès de feu Maurice Eugène André, commandant NBCR à
fonction exclusive, ancien commandant des missiles balistiques de
l’OTAN, découvreur de l’effet de proximité, co-fondateur et ancien
président de l’AIPRI.
Le livre est né dans le souci de suppléer au déficit de données
ponctuelles quant à la masse globale des charges nucléaires employées
durant les essais et quand aux résidus atomiques dispersés durant les
essais atomiques aériens. Les très nombreux ouvrages et études consacrés
au sujet n’avancent, à notre avis, en effet d’inventaire radiologique digne
de ce nom qui contemple notamment la quantification correcte des
masses, très radiotoxiques par contamination interne, d’uranium enrichi
et de plutonium « non consommé » qui ont été libérés dans
l’environnement et qui sont en grande partie encore en circulation
aérienne.
Partant d’une estimation des charges utilisées (kt/kt/kg = masse des
charges) ce pamphlet traite pour autant sans détour aucun des
catastrophiques conséquences pour l’entière humanité et l’entier futur de
la dispersion sous forme de particules ultra-fines inhalables de plus de 100
tonnes d’uranium enrichi et de plutonium advenue au cours des « essais
» atomiques atmosphériques de fission auxquelles s’ajoutent 10.000
tonnes (dix mille, c’est le minimum) d’uranium appauvri dispersé avec les
conflits récents.
A notre plus grande stupéfaction aucun de ces ouvrages ne combine ces
deux données que pourtant pratiquement tous reportent et qui suffisent
à estimer la masse totale moyenne des charges nucléaires: kt réalisés et
kt/kg des engins : kt/kt/kg = masse des charges.

Toute explosion atomique entraîne une contamination
mondiale éternelle
Toute explosion atomique a deux divers impacts
radiologiques mortifères, l’un local, l’autre mondial. Le premier
terrifiant impact est borné dans l’espace et dans le temps.
L’explosion nucléaire tue d’abord toute vie située dans le
périmètre inscrit dans le rayon d’action et dans l’instant de la
détonation. Elle fauche brutalement les hommes et les animaux
atteints, entre autre, par la fulgurante violence externe de
milliards de rayonnements gamma et de neutrons émis lors de la
déflagration. Le second impact radiologique est lui illimité dans
l’espace et dans le temps. Éparpillées lors de la déflagration
infernale, des milliards de milliards de milliards de poussières
fines respirables chargées de radioactivité multi-millénaire se
propagent tel des gaz au niveau mondial1. Peu à peu, à mesure
qu’elles descendent paisiblement de la stratosphère, celles-ci
colonisent l’entier volume atmosphérique et y restent
éternellement suspendues; d’après les chiffres officiels mêmes
les retombées atomiques au sol ne regardant au plus que 20% de
la masse radioactive pulvérisée des bombes et concernant
surtout les produits de fissions eux à 80% déposés. En silence
ces infimes armes atomiques, flottantes à jamais, s’insinuent
dans les organismes à travers la respiration, l’alimentation ou la
peau, se logent à proximité des cellules vivantes les mettant à
portée notamment de leur court mais puissant rayonnement
alpha. Au hasard des migrations physiologiques et des destins,
ces particules fines pour la plupart insolubles viennent parfois à
former des amas ponctuels assez actifs pour induire le cancer en
soumettant l’ADN d’un petit nombre de cellules biologiques à
une agression interne permanente; agression particulièrement
dévastatrice dans le cas des rayonnements alpha tirés par les
atomes d’uranium et de plutonium.

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1 Cette caractéristique contaminante par dispersion de nanoparticules
radioactives respirables n’est pas l’exclusive des explosions nucléaires mais vaut
également pour les armements à l’uranium appauvri, pour les effluents des
centrales atomiques, les accidents nucléaires, les fuites des conteneurs de
déchets, les feux de biomasse -fatalement et éternellement contaminée par les
retombées-, la resuspension des particules déposées, etc.

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Ces particules insolubles stagnent en outre durant des années
(5 ans pour l’uranium et 200 ans pour le plutonium) avant que la
moitié d’entre elles ne soient expulsées de l’organisme. Partout
sur la planète on assiste désormais impuissants à la croissance
exponentielle de toute sorte de maladies (cancers, diabètes,
leucémies, autisme, stérilité, etc.), à la diminution de
l’espérance de vie2 et à la détérioration du patrimoine génétique
humain3. La décroissance démographique mondiale par
augmentation de la mortalité et diminution de la fertilité est aux
portes.

L’irradieur irradié
Une bombe nucléaire est de la sorte une munition atomique
qui une fois remplie son œuvre explosive « contrôlée » de
destruction locale se démultiplie en une infinité de sous-munitions
atomiques qui sont le vecteur d’une irréversible
contamination radioactive planétaire incontrôlée. Son effet
délétère confiné dans l’espace et le temps se double d’un
empestement diffus de l’air, de la terre et des eaux qui ne
connaît aucune limite spatiale ou temporelle. Une bombe
atomique réunit en somme en son sein macabre deux engins
radiologiques en un seul.
C’est à la fois, à petite échelle, un aveuglant explosif « superpuissant
» et, à grande échelle, un invisible nuage sale « hypercontaminant ».

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2 L’espérance de vie a déjà diminué en Europe occidentale de près d’un an en
raison de la pollution atmosphérique. L’environnement en Europe – Quatrième
évaluation, Agence Européenne pour l’Environnement, 2007.
http://www.eea.europa.eu/fr
3 The Disappearing Male, CBC-TV, 2008.
http://www.wideo.fr/video/iLyROoafYOQE.html
Moret, L., UN 2008 report: evidence of global decline in population and fertility,
http://www.scribd.com/doc/23525857/UN-2008-Report-Infertility-092809

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Sa brutale létalité locale instantanée se prolonge
inéluctablement d’une perverse létalité mondiale différée dont
personne ne peut se protéger faute de ne jamais pouvoir s’en
éloigner. Il nous faut respirer et, où qu’on soit, nous ne pouvons
éviter d’en respirer les miasmes radiotoxiques diffus. En
définitive, une bombe nucléaire qui éclate c’est Hiroshima
d’abord et Tchernobyl ensuite. Explosif nucléaire en premier et
brouillard radioactif en second, elle commence à contaminer dès
qu’elle cesse de détoner. Toute explosion nucléaire enfante ainsi
une monstrueuse guerre totale sans fin ni confins qui souffle ses
imperceptibles poussières néfastes sur l’entière population
mondiale pour d’entières générations4. Elle ouvre à des
retombées atomiques sans fin. L’arme atomique est en cela
l’arme par excellence de la victoire à la Pyrrhus. C’est l’arme de
l’irrémédiable défaite humaine dont l’œuvre immonde ne connaît
pas de cessez-le-feu.

Physique oblige
A chaque souffle atomique c’est ainsi l’humanité entière qui
souffre.
Chaque souffle atomique disperse en effet dans l’environnement
aérien un nombre gigantesque de microscopiques mines atomiques
flottantes qui au hasard des rencontres respiratoires viendront
irradier l’homme et l’animal de manière interne avec les
rayonnements bêta et gamma mais surtout alpha qu’elles émettent.

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4 Comme les enfants des années 50-70, les enfants suisses nés en 1995 ont
incorporé via la respiration du plutonium des « essais » que l’on retrouve entre autre
dans leurs dents de lait. Plutonium from above-ground nuclear tests in milk
teeth: Investigation of placental transfer in children born between 1951 and
1995 in Switzerland, 2008.
http://www.ehponline.org/members/2008/11358/11358.pdf

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Il faut à cet égard bien saisir que l’explosion d’une bombe
atomique ne détruit pas la matière première uranifère ou
plutonigène dont la charge est faite mais la fragmente jusqu’à des
dimensions sous-nanométriques5 et la dissémine à au moins 82%
telle quelle (uranium ou plutonium) et à au plus 18% transmutée en
produits de fission (césium, iode, etc.). Elle fragmente également
l’uranium 238 qui entoure la tête nucléaire en en transformant de
plus une partie en produits d’activation6. Une explosion atomique
n’est pas l’explosion d’un bâton de dynamite qui anéantit la
dynamite dont il est fait. Avec les résidus recompactés d’une
explosion atomique on peut, du moins en théorie, refaire une
bombe atomique. Avec les poussières de l’explosion d’un bâton de
dynamite et le désassemblage des molécules de la nitroglycérine
qui s’en suit on ne refait pas, même en théorie, de bâton de
dynamite.
Il faut également garder à l’esprit qu’une bombe atomique a
impérativement besoin de plus d’explosif qu’elle n’en fait
exploser.

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5 A 100 millions de degrés, une portion non négligeable des charges est réduite
en particules nanométriques de quelques milliers d’atomes -voire sousnanométriques
comportant de 1 à 20 atomes-. Ces particules ultra-fines
refroidissant très vite se font rétives à la coagulation avec les autres particules.
Restant ainsi indéfiniment ultra-légères, elles sédimentent peu et, de surcroît, se
re-suspendent aisément du sol. Minuscules, solitaires, innombrables, elles
vogueront dans l’atmosphère pour des temps immémoriaux.

6 Toute fission qu’elle fasse suite à une explosion « militaire » ou une utilisation
« civile » engendre dans des proportions fixes ces deux sous-produits de fission
et d’activation qui sont pour la plupart du temps plus radioactifs et plus
radiotoxiques que l’atome initial d’où ils ont été tirés. Le neutron qui est
l’ingrédient de base des réactions nucléaires agit en effet de deux façons
différentes selon des proportions variables sur le noyau atomique qui le reçoit.
Dans le premier cas de figure il fait office « d’explosif » et brise l’atome qu’il
pénètre en deux ou trois petits fragments radioactifs appelés « produits de
fission » en libérant à la même occasion de deux à trois neutrons et, à son
échelle, beaucoup d’énergie (≈ 200 MeV). (Dans les faits l’atome « neutronisé »
se fragmente ainsi en moyenne de 4 à 6 morceaux, 2 ou 3 produits de fission et
2 ou 3 neutrons.) Dans le second cas de figure il fait office « d’intrant » et
fertilise l’atome qui l’absorbe en le transmutant en un atome radioactif plus
lourd appelé « produit d’activation »

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Pour garantir une détonation atomique il faut disposer
pratiquement d’une charge contenant de 5,5 à 35 fois plus
d’explosif nucléaire par kilotonne qu’il n’en est théoriquement
nécessaire7. C’est un peu comme si un artificier pour garantir
l’explosion d’un seul et unique bâton de dynamite devait
obligatoirement en mettre entre 5,5 et 35 selon son degré
d’expertise. A partir de ce rapport entre la charge installée et la
masse fissionnée, rapport dénommé « rendement de fission », il
est possible de déterminer combien de matière fissile
(plutonium 239 ou uranium 235) a été utilisée durant les
« essais » et répandue dans l’atmosphère mondiale. La bombe
d’Hiroshima, par exemple, a eu un rendement de fission de
2,82% (il a fallu 2,032 kg de matière pour obtenir 1 kt) et en
libérant ses 12,5 kt n’a fissionné « que » 0,705 kg d’uranium sur
les 25 kg de sa charge nucléaire. L’explosion de Nagasaki a elle
eu un rendement de fission de 18% (il a suffit ici de 0,320 kg de
matière pour obtenir 1 kt) qui représente d’ailleurs le plus haut
rendement de fission d’une bombe A obtenu par l’Amérique.
La France de son côté fait officiellement valoir un rendement
de fission moyen de 10% de ses explosions atmosphériques en
Polynésie8 (0,573 kg par kt).

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7 La sustentation d’une réaction en chaîne (que les neutrons ne fuient pas en trop grand
nombre de la masse de matière fissile) exige une masse de matière fissile supérieure à la
masse qui sera fissionnée. Par exemple il faudra environ 6 kg de plutonium 239 (une
sphère de 8,3 cm de diamètre) pour faire une bombe. De ces 6 kg, 1,08 kg au plus
fissionnera -18%- pour une puissance explosive maximale de 18,9 kt -1,08/0,057 = 18,9-.
Il faudra par contre au moins 25 kg d’uranium 235 (une sphère de 13,6 cm de diamètre)
pour faire une bombe dont on pourra, en théorie, tirer une puissance explosive maximale
pratique de 79 kt. -18% * 25 kg = 4,5 kg. 4,5/0,057 = 79 kt- N.B Le taux de fission
théorique maximal s’élève à environ 34,2% de la masse. (La différence de poids des
masses critiques de l’uranium 235 -25 kg- et du plutonium 239 -6 kg- provient en partie
du fait que le premier produit en moyenne 2,56 neutrons par atome fissionné alors que le
second en produit en moyenne 3.)
8 La dimension radiologique des essais nucléaires français en Polynésie. A l’épreuve des faits,
http://wwwdam.cea.fr/statique/dossiers/mururoa/img/
La_dimension_radiologique_des_essais_
nucleaires_francais_en_Polynesie.pdf
P.54 « Lors d’une explosion nucléaire, les réactions de fission
consomment de l’ordre de 10 % de la totalité de la matière fissile de
l’engin testé. Aussi, les constituants nucléaires du dispositif, isotopes du
plutonium (239Pu, 240Pu, 241Pu), américium (241Am), isotopes de l’uranium
(235U, 238U, 234U) et tritium (3H) sont-ils libérés dans l’environnement. »

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Il faut en outre retenir que l’uranium 235 et le plutonium 239,
qui d’ailleurs décroît en uranium 235, émettront leur radioactivité
pour une durée pratiquement éternelle à l’échelle humaine. Il
faudra de fait attendre l’écoulement de dix demi-vies de chacun
d’eux pour que 99,9% des atomes radioactifs désintègrent avant
de ne voir leurs rayonnements nocifs et leurs masses respectives
divisés par 1024. La période radioactive de l’uranium 235 est à
ce propos de 704000 ans et celle du plutonium 239 de 24400 ans,
sans évoquer cet autre composant « externe » des bombes qu’est
l’uranium 238 dont la période est de 4,5 milliards d’années. La
nature est donc d’ores et déjà marquée au fer radioactif « made in
man » pour l’éternité.
Il faut enfin se remémorer qu’une bombe atomique, comme
du reste une centrale atomique, démultiplie la radioactivité
initiale de sa « matière première » de manière colossale en raison
des produits de fission et d’activation qu’elle engendre
« spontanément ».
Les bombes et les centrales fabriquent une quantité énorme de
déchets artificiels de fission et d’activation qu’elles lèguent en
héritage barbare au monde.
A titre d’exemple les 25 kg d’uranium enrichi de la bombe
d’Hiroshima « valaient » 0,054 Curie (2 milliards de Becquerel)
avant d’exploser.
A l’instant H0 de la détonation les résidus vaporisés de la
bombe ont « valu » vingt quatre mille milliards de Curie (8,8E23
Bq)9, une semaine après « valaient » 7,5 millions de Curie;
aujourd’hui, 63 ans plus tard, ses débris « valent » 1006 Curie et
dans 1000 ans « vaudront » encore 21 Curie (2 Ci provenant de
produits de fission et 19 Ci des produits d’activation) sans tenir
ici compte de l’accroissement de radioactivité due aux
descendants des produits d’activation et de l’uranium…

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9 Du fait des nombreux radioéléments de très courte « existence » et par
conséquent extrêmement radioactifs, il y a durant la première seconde qui
suit la fission environ 18 milliards de Curie par gramme de matière fissionnée
et environ 1000 milliards de Curie par kt (3,7E21 Bq). A l’instant T0 cette
activité radiologique de 1 kt équivaut à 8,6 milliards de Sieverts par
contamination interne par inhalation, après 24 heures à 460 millions de Sievert,
à 8 jours de l’explosion à 27,5 millions de Sievert et 100 ans après la détonation
à 2 millions de Sievert.

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(La radioactivité des produits de fission diminue d’emblée,
celle de l’uranium et des produits d’activation du fait de leurs
descendants radioactifs augmente environ de 12 fois avant de
chuter…) Au bout de mille ans de décroissance la radioactivité
artificielle résiduelle sera donc encore au bas mot 388 fois
supérieure à la radioactivité de la charge nucléaire avant son
explosion… (21/0,054 = 388). Hiroshima n’a pas fini de tuer. Les
bombes atomiques projettent dans le futur une radioactivité
artificielle démultipliée.
C’est un fait physique indiscutable dont il incombe de se
souvenir.

…du futur faisons table rase…
Durant 35 ans, du 16 juillet 194510 au 16 octobre 198011, le
monde a sombré d’Est en Ouest12 dans la plus absurde et la plus
gigantesque des guerres atomiques sans conflit qui en a ruiné à

jamais la biosphère: « les essais ».13

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10 Explosion dans le désert du Nevada, de la première bombe atomique.
Surnommée Gadget elle contenait environ 6 kg de plutonium enveloppé
dans un déflecteur de 120 kg d’uranium appauvri. -Cf. Radioactivity in
Trinitite six decades later, Pravin & all. Journal of Environmental
Radioactivity, 85, 2006.- La bombe lancée sur Nagasaki en fut la réplique.
11 Dernière explosion atmosphérique survenue en Chine.
12 Pour leur localisation géographique voir http://www.ctbto.org/map/#testing
13 Passé cette date la guerre s’est poursuivie sous terre jusqu’en 1996 (Chine) et
a connu depuis deux épisodes « hors moratoire » en Corée du Nord en 2006 et
en 2009, sans compter les essais furtifs. Bref environ 1500 explosions
souterraines d’une puissance totale située entre 80 et 90 Mt pour autant de
pollutions telluriques et de « remontées » radioactives gazeuses dans
l’atmosphère. (Voir annexe). Que l’eau est bonne à boire et à irriguer. Que l’air
est bon à respirer.

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Durant cette brève période la terre a en effet subi au moins 541
explosions atomiques atmosphériques14 et 2 « vrais »
bombardements nucléaires sur les villes japonaises d’Hiroshima
(25 kg d’uranium 235, 12,5 kt, rendement de fission de 2,82%,
140.000 morts) et de Nagasaki (environ 6 kg de plutonium 239,
18-20 kt, rendement de fission de 18%, 70.000 morts). Ces 543
explosions aériennes ont développé une puissance totale
aujourd’hui ramenée15 à 440.000 kilotonnes d’équivalent de
TNT16 (440 millions de tonnes d’équivalent de TNT). 190.000 kt
ont été obtenus au moyen de la fission du plutonium 239, de
l’uranium 235 ou plus épisodiquement de l’uranium 233 dont
sont pourvues les bombes A, exclusivement à fission, ainsi que
les bombes H qui de fait combinent fission et fusion17.

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14 Known Nuclear Explosions, Summary, Johnston R. Wm., 2006
http://www.johnstonsarchive.net/nuclear/nuctestsum.html
Catalog of worldwide nuclear testing, Mikhailov V.N., 1999.
http://www.iss.niiit.ru/ksenia/catal_nt/index.htm
15 Exposures to the public from man-made sources of radiation, Aiea, 2008
http://www.unscear.org/docs/reports/annexc.pdf En 2008 l’UNSCEAR a revu ses
estimations de puissance à la baisse de presque 100.000 kt et le nombre d’explosions à
la hausse. Exposure resulting from nuclear explosion, UNSCEAR, 1982.
http://www.unscear.org/docs/reports/1982/1982-E_unscear.pdf
16 L’ensemble des explosions atomiques aériennes et souterraines connues ont
développé environ 570.000 kt.
17 Dans les 485 explosions documentées par l’UNSCEAR, 8 desquelles sont des
explosions sous-marines, op.cit (P.195-204) on dénombre 339 bombes A et 147 bombes
H. 59 bombes A ont réalisé moins d’un kt, 66 bombes A entre 1 et 4,9 kt, 71 autres
entre 5 et 11 kt. 9 Bombes H ont réalisé plus de 10.000 kt.

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Ces bombes thermonucléaires qui sont toutes amorcées par
une « sous-bombe » atomique à fission18 de 10 à 30 kt
comptent probablement pour environ 175.000 des 190.000 kt de
fission (92 %) et sont à l’origine des restants 250.000 kt obtenus
par fusion19. Ces dévastatrices bombes H, qui ont disséminé
force carbone radioactif (213E15 Bq, 1291 kg) et hydrogène
radioactif (186E18 Bq, 520 kg)20, sont des engins comportant un
premier étage de fission servant à amorcer un second étage qui
fusionne un mélange d’atomes légers de deutérium et de
tritium21.

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18 Simplified schematic of a multistage thermonuclear weapon, Johnston R. Wm., 2006.
http://www.johnstonsarchive.net/nuclear/diagthermon.html
19 Projection
pour 190 Mt          Fission        Fusion
Bombes A        15.000 kt         0
Bombes H                  175.000 kt       250.000 kt
Total                           190.000 kt        250.000 kt
20 D’après les estimations minimalistes de l’UNSCEAR… Les résidus « non
consommés » de tritium des bombes H sont en fait à compter par dizaines de
tonnes et non par kg… 1 kt « H » est obtenu en fusionnant, en général, 12,5 gr
de tritium (H3, radioactif) et 5 gr de deutérium (H2, stable). 3 tonnes de tritium
ont été probablement consommées pour réaliser les 243 Mt « de fusion » et au
moins autant « non consommées » ont été dispersées dans l’environnement en
supposant ici un extraordinaire « rendement de fusion » de 50% de la charge
(28 kt/kg, 35 gr/kt) -alors que le rendement théorique maximal ne dépasse pas
10,5% de la charge de fusion (6 kt/kg, 166 gr/kt, ce qui implique que 40
tonnes de matière fusionnelle ont été nécessairement employées : 243/6 = 40,5
t. et donc qu’environ 26 t de H3, 25 milliards de Curie !, ont envahi
l’atmosphère.)-. Comme les bombes A, les bombes H, exigent plus de matière
explosive qu’il n’en sera explosée.
21 Le tritium est le plus souvent « produit sur place » dans l’engin
thermonucléaire par fission du lithium stable

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La plupart de ces engins thermonucléaires, particulièrement
« dirty » pour l’abondance de produits de fission relâchés dans
la nature, comportent un troisième étage de fission et tirent
nominalement 50% de leur énergie explosive de cette fission.
Ceci signifie, bien qu’une partie mineure de l’uranium
appauvri qui leur sert d’enveloppe fissionne également,
qu’elles transportent parfois plusieurs centaines de kilos de
plutonium ou d’uranium enrichi…
Certaines en contenaient peut être plus de 2 tonnes…
comme la bombe à 3 étages Castle Bravo qui a explosé le 28
février 1954.
Celle-ci a délivré 14,8 Mt dont, si l’on en croit les données
publiques, 9,9 Mt dus à la fission du troisième étage à savoir
qu’environ 510 kg de matière ont été fissionnés en une seule
explosion, plus que l’ensemble des explosions atmosphériques
françaises n’ont fissionné (6 Mt pour 338 kg fissionnés) !
En supposant un fabuleux rendement de fission du troisième
étage de plus de 32% (0,170 kg par kt; 5,8 kt par kg –
quasiment égal au maximum théorique concevable de 6 kt/kg-;
charge nucléaire égale à 3 fois la masse fissionnée et la charge
non consommée égale à 2 fois la masse fissionnée) au moins
1,5 tonne de plutonium ou d’uranium enrichi ont été là
utilisées et éparpillées.
La Tsar Bomba, la plus puissante bombe thermonucléaire
jamais réalisée, plus ou moins 57.000 kt dont 1500 de fission,
contenait au moins 920 kg d’uranium 235…

suite…

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▶Islam & Science par Dr Zaghloul An Najjar via YouTube


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