Naissance et mort du bienheureux Ali


dortiguier.fr

Comme était son épée, sa vie eut deux tranchants,
Pour briser le château de l’usure inféconde
Qu’Ezra Pound* décrivait, abritant nos penchants
A gâter le meilleur ou avoir l’âme froide !
Il portait ce grand nom que l’on croit africain,
D’Ali disant le haut, en fait universel,
Celui aussi d’Elie, d’un monde fort lointain
Dans le temps et l’espace, où siège l’Éternel,
Mahomet reflétait le cousin de son sang,
Et cette parenté procure l’origine
Des compagnons issus de cet intime rang
Qui ignore le monde où Satan nous confine,
Et venu au pouvoir dans un trop bref passage,
Il fit des lois pour l’âme assistant notre mort,
Et périt en priant dans la force de l’âge
Car il vivait au Ciel, où se trouve le port
De l’humble Fatemeh, plus fine qu’un métal
Aiguisé par des Anges et au corps de cristal.
ezrapound-36a7f*Ezra Pound (1885-1972) écrivain des USA qui s’éleva contre l’usure, dans ses Cantos et autres essais économiques

 Yacine, toi le vivant auprès de ton créateur … laisse ce bas monde aux blasphémateurs !


 

Titre modifié

Yacine avait 11 mois le 16 septembre 2018. 11 mois. Sous le ciel où il est né, il y avait une mosquée à 3 milliards qui trônait sur 20.000 autres mosquées. Mais dans l’hôpital où il a été reçu, il n’y avait pas de respirateur. Un respirateur, à quelques euros aurait permis à Yacine de […]

via Ma Participation pour gagner 100 millions au concours du poème sur « La Grande Mosquée d’Alger ». — Ma Revue De Presse DZ

Aurore — La Lyre d’Apollon


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Dans l’impavide aurore, témoin de nos nocturnes déboires Le sage, reflétant les étoiles, voit la flamme de l’espoir Limpide et cependant caligineuse entité, pleine d’austère aménité La lune, comme absente de l’Empyrée, et le soleil, gage de l’été Jouent à se cacher l’un de l’autre au sein de l’azur éthéré, Et les vagues de l’Océan […]

via Aurore — La Lyre d’Apollon

LA DIVINE COMÉDIE


Résultat de recherche d'images pour "LA DIVINE COMÉDIE"  Illustrations from Dante's Inferno, Portrait of Dante Alighieri

Auteur: Dante Alighieri

Ouvrage: LA DIVINE COMÉDIE

 

 

L’ENFER

Chant I

Quand j’étais au milieu du cours de notre vie,
je me vis entouré d’une sombre forêt,
après avoir perdu le chemin le plus droit.

Ah ! qu’elle est difficile à peindre avec des mots,
cette forêt sauvage, impénétrable et drue
dont le seul souvenir renouvelle ma peur !

À peine si la mort me semble plus amère.
Mais, pour traiter du bien qui m’y fut découvert,
il me faut raconter les choses que j’ai vues.

Je ne sais plus comment je m’y suis engagé,
car j’étais engourdi par un pesant sommeil,
lorsque je m’écartai du sentier véritable.

Je sais que j’ai gagné le pied d’une colline
à laquelle semblait aboutir ce vallon
dont l’aspect remplissait mon âme de terreur,

et, regardant en haut, j’avais vu que sa pente
resplendissait déjà sous les rayons de l’astre
qui montre en tout endroit la route au voyageur ;

et je sentis alors s’apaiser la tempête
qui n’avait pas eu cesse aux abîmes du coeur
pendant l’horrible nuit que j’avais traversée.

Et comme à bout de souffle on arrive parfois
à s’échapper des flots et, retrouvant la terre,
on jette un long regard sur l’onde et ses dangers,

telle mon âme alors, encor tout éperdue,
se retourna pour voir le sinistre passage
où nul homme n’a pu se maintenir vivant.

Puis, ayant reposé quelque peu mon corps las,
je partis, en longeant cette côte déserte
et en gardant toujours mon pied ferme plus bas.

Mais voici que soudain, au pied de la montée,
m’apparut un guépard agile, au flanc étroit
et couvert d’un pelage aux couleurs bigarrées.

Il restait devant moi, sans vouloir déguerpir,
et il avait si bien occupé le passage,
que j’étais sur le point de rebrousser chemin.

C’était l’heure où le jour commence sa carrière,
et le soleil montait parmi les mêmes astres
qui l’escortaient jadis, lorsque l’Amour divin

les mit en mouvement pour la première fois ;
et je croyais trouver des raisons d’espérer,
sans trop craindre le fauve à la belle fourrure,

dans l’heure matinale et la belle saison ;
mais je fus, malgré tout, encor plus effrayé
à l’aspect d’un lion qui surgit tout à coup.

On eût dit que la bête avançait droit sur moi,
avec la rage au ventre et la crinière au vent,
si bien qu’il me semblait que l’air en frémissait.

Une louve survint ensuite, que la faim
paraissait travailler au plus creux de son flanc
et par qui tant de gens ont connu la détresse.

La terreur qu’inspirait l’aspect de cette bête
me glaça jusqu’au fond des entrailles, si bien
que je perdis l’espoir d’arriver jusqu’en haut.

Et comme le joueur que transportait tantôt
l’espoir joyeux du gain ne fait que s’affliger,
se plaint et se morfond, si la chance a tourné,

tel me fit devenir cette bête inquiète
qui gagnait du terrain et, insensiblement,
me refoulait vers l’ombre où le soleil se tait.

Tandis que je glissais ainsi vers les abîmes,
devant mes yeux quelqu’un apparut tout à coup,
qui, l’air mal assuré, sortait d’un long silence.

Dès que je l’aperçus au sein du grand désert,
je me mis à crier : « Ô toi, qui que tu sois,
ombre ou, sinon, vivant, prends pitié de ma peine ! »

« Je ne suis pas vivant, dit-il, mais je le fus.
J’étais Lombard de père aussi bien que de mère ;
leur terre à tous les deux avait été Mantoue.

Moi-même, je naquis sub Julio, mais tard ;
et je vivais à Rome, au temps du bon Auguste,
à l’époque des dieux mensongers et trompeurs.

J’étais alors poète et j’ai chanté d’Anchise
le juste rejeton, qui s’est enfui de Troie,
quand la Grèce eut brûlé le superbe Ilion.

Mais toi, pourquoi veux-tu retourner vers les peines ?
Pourquoi ne pas gravir cette heureuse montagne
qui sert au vrai bonheur de principe et de cause ? »

« Ainsi donc, c’est bien toi, Virgile, cette source
qui nous répand des flots si vastes d’éloquence ?
dis-je alors, en baissant timidement les yeux.

Toi, qui fus l’ornement, le phare des poètes,
aide-moi, pour l’amour et pour la longue étude
que j’ai mis à chercher et à lire ton oeuvre !

Car c’est toi, mon seigneur et mon autorité ;
c’est toi qui m’enseignas comment on fait usage
de ce style élevé dont j’ai tiré ma gloire.

Regarde l’animal qui m’a fait reculer !
Ô fameux philosophe, aide-moi contre lui,
car rien que de le voir, je me sens frissonner ! »

« Il te faut emprunter un chemin différent,
répondit-il, voyant des larmes dans mes yeux,
si tu veux t’échapper de cet horrible endroit ;

car la bête cruelle, et qui t’a fait si peur,
ne permet pas aux gens de suivre leur chemin,
mais s’acharne contre eux et les fait tous périr.

Par sa nature, elle est si méchante et perverse,
qu’on ne peut assouvir son affreux appétit,
car plus elle dévore, et plus sa faim s’accroît.

On la voit se croiser avec bien d’autres bêtes,
dont le nombre croîtra, jusqu’à ce qu’un Lévrier
vienne, qui la fera mourir dans les tourments.

Il ne se repaîtra de terres ni d’argent,
mais d’amour, de sagesse et de bénignité,
et son premier berceau sera de feutre à feutre.

Il sera le salut de cette humble Italie
pour laquelle sont morts en combattant la vierge
Camille avec Turnus, Euryale et Nissus.

C’est lui qui chassera la bête de partout
et la refoulera jusqu’au fond des Enfers,
d’où le Malin envieux l’avait d’abord tirée.

Allons, tout bien pesé, je pense que me suivre
sera pour toi le mieux : je serai donc ton guide ;
nous sortirons d’ici par le règne éternel ;

là, tu vas écouter les cris du désespoir
et contempler le deuil des ombres affligées
qui réclament en vain une seconde mort.

Ensuite, tu verras des esprits satisfaits,
quoique enrobés de feu, car ils gardent l’espoir
d’être un jour appelés au séjour des heureux.

Et si tu veux enfin monter vers ces derniers,
une autre âme plus digne y pourvoira pour moi,
et je te laisserai sous sa garde, en partant,

puisque cet Empereur qui séjourne là-haut
et à la loi duquel je ne fus point soumis
ne veut pas que l’on entre en sa cité par moi.

Il gouverne partout, mais c’est là-haut qu’il règne
et c’est là que l’on voit sa demeure et son trône :
oh ! bienheureux celui qu’il admet près de lui ! »

Lors je lui répondis : « Poète, je t’implore,
pour l’amour de ce Dieu que tu n’as pas connu,
pour me faire échapper à ce mal et au pire,

conduis-moi vers l’endroit que tu viens de me dire,
pour que je puisse voir la porte de saint Pierre
et ceux dont tu dépeins les terribles tourments ! »

Lors il se mit en marche, et je suivis ses pas.

Chant II

 

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LES VENDEURS DU TEMPLE – Poème


  
Auteur : Gautier Théophile
Ouvrage : Les vendeurs du temple

 

 

 

I
Il est par les faubourgs un ramas de maisons
Dont les murs verts ont l’air de suer des poisons,
Et dont les pieds baignés d’eau croupie et de boue
Passent en puanteur l’odeur de la gadoue.
Rien n’est plus triste à voir, dans ce vilain Paris,
Entre le ciel tout jaune et le pavé tout gris,
Que ne sont ces maisons laides et rechignées.
Les carreaux y sont faits de toiles d’araignées ;
Le toit pleure toujours comme un oeil chassieux ;
Les murs, bâtis d’hier, semblent déjà tout vieux :
Pas un seul pan d’aplomb, pas une pierre égale,
Ils sont tout bourgeonnés, pleins de lèpre et de gale,
Pareils à des vieillards de débauche pourris,
Ruines sans grandeur et dignes de mépris.
Un bâton, comme un bras que la maigreur décharne,
Un lange sale au poing, sort de chaque lucarne.
Ce ne sont sur le bord des fenêtres que pots,
Matelas à sécher, guenilles et drapeaux,
Si que chaque maison, dépassant ses murailles,
À l’air d’un ventre ouvert dont coulent les entrailles.

Des hommes vivent là, dans leur fange abrutis ;
Leurs femmes mettent bas et leur font des petits
Qui grouillent aussitôt sous les pieds de leurs pères,
Comme sous un fumier grouille un noeud de vipères.
Dans la plus noire ordure, au milieu des ruisseaux,
On les voit barboter, pareils à des pourceaux ;
On les voit scrofuleux, noués et culs-de-jattes,
Comme un crapaud blessé qui saute sur trois pattes,
Descendre en trébuchant quelque raide escalier
Ou suivre tout en pleurs un coin de tablier.
D’autres, en vagissant, d’une bouche flétrie,
Sucent une mamelle épuisée et tarie,
Et les mères s’en vont chantant d’une aigre voix
Un ignoble refrain en ignoble patois.
Quant aux hommes, ils sont partis à la maraude :
À peine verrez-vous quelque fiévreux qui rôde,
Le corps entortillé dans un pâle lambeau,
Plus jaune et plus osseux qu’un mort sous le tombeau.
Aucun soleil jamais ne dore ces fronts haves,
Nul rayon ne descend en ces affreuses caves,
Et n’y jette à travers la noire humidité
Un blond fil de lumière aux chauds jours de l’été.
Une odeur de prison et de maladrerie,
Je ne sais quel parfum de vieille juiverie
Vous écoeure en entrant et vous saisit au nez.
Des vivants comme nous sont pourtant condamnés
À respirer cet air aux miasmes méphitiques,
Ainsi qu’en exhalaient les Avernes antiques ;
Les belles fleurs de mai ne s’ouvrent pas pour eux,
C’est pour d’autres qu’en juin les cieux se font plus bleus ;
Ils sont déshérités de toute la nature,
Pour apanage ils n’ont que fange et pourriture.
Ces hommes, n’est-ce pas, ont le sort bien mauvais ?
Tout malheureux qu’ils sont, moi pourtant je les hais,
Et si j’ai fait jaillir de ma sombre palette,
Avec ses tons boueux, cette ébauche incomplète,
Certes ce n’était pas dans le dessein pieux
De sécher votre bourse et de mouiller vos yeux.
Dieu merci ! je n’ai pas tant de philanthropie,
Et je dis anathème à cette race impie.

II
Entrez dans leurs taudis. Parmi tous ces haillons,
Vous verrez s’allumer de flamboyants rayons.
Moins l’aile et le bec d’aigle, ils sont en tout semblables
Aux avares griffons dont nous parlent les fables,
Et veillent accroupis, sans cligner leurs yeux verts,
Sur de gros monceaux d’or de fumier recouverts.
Pour y chercher de l’or ils vous fendraient le ventre ;
Pour l’or ils perceraient la terre jusqu’au centre ;
Ils iraient dans le ciel, de leurs marteaux hardis,
Arracher vos clous d’or, portes du paradis,
Et pour les faire fondre en vos cavernes noires,
Anges et chérubins ils vous prendraient vos gloires.

Non que l’or soit pour eux, ce qu’il serait pour nous,
Un moyen d’imposer ses volontés à tous,
Et de faire fleurir sa libre fantaisie
Comme un lotus qui s’ouvre au chaud pays d’Asie.
L’or, ce n’est pas pour eux des châteaux au soleil,
Un voyage lointain sous un ciel plus vermeil,
Un sérail à choisir, de belles courtisanes
Baignant de noirs cheveux leurs tempes diaphanes ;
Des coureurs de pur sang, une meute de chiens,
Une collection de grands maîtres anciens,
L’impérial tokay côte à côte en sa cave,
Avec les pleurs de Christ sur leur natale lave.
L’or, ce n’est pas pour eux la clef de l’idéal,
L’anneau de Salomon, le talisman fatal,
Qui, forçant à venir les démons et les anges,
Fait les réalités de nos rêves étranges.
Ils aiment l’or pour l’or : c’est là leur passion ;
Le seul bonheur pour eux c’est la possession ;
Comme un vieil impuissant aime une jeune fille,
Quoiqu’ils n’en fassent rien, ils aiment l’or qui brille,
Et voudraient sous leurs dents, pour grossir leur trésor,
Pouvoir, comme Midas, changer le pain en or.
Les choses de ce monde et les choses divines,
Les plus grands souvenirs, les plus saintes ruines,
Ils ne respectent rien et vont détruisant tout.
Ils jettent sans pitié dans le creuset qui bout,
Avec leurs cercueils peints et dorés, les momies
Des générations dans le temps endormies.
Ils brûlent le passé pour avoir ce peu d’or
Qu’aux plis de son manteau les ans laissaient encor.
Chandeliers de l’autel, vases du sacrifice,
Ouvrages merveilleux pleins d’art et de caprice,
Cadres et bas-reliefs aux fantasques dessins,
L’ange du tabernacle et les châsses des saints,
Les beaux lambris d’église et les stalles sculptées
Gisent au fond des cours à pleines charretées.
Pour cuire leur pâture ils n’ont pas d’autre bois
Que des débris d’autel et des morceaux de croix ;
C’est un bûcher doré qui chauffe leur cuisine,
Cependant qu’accroupie au coin du feu, Lésine,
Les yeux caves, le teint plus pâle qu’un citron,
Tourne un maigre brouet au fond d’un grand chaudron.
L’épine de son dos est collée à son ventre,
Son épaule est convexe, et sa poitrine rentre ;
Elle a des sourcils gris mêlés de longs poils blancs ;
Comme un bissac de pauvre, à chacun de ses flancs
Sa mamelle s’allonge et passe la ceinture ;
On peut compter les fils de sa robe de bure,
Et, quoiqu’elle soit riche à payer vingt palais,
Ses manches laissent voir ses coudes violets ;
Elle claque du bec comme fait la cigogne ;
Et quand elle remue et vaque à sa besogne,
On entend ses os secs à chaque mouvement,
Comme un gond mal graissé, rendre un sourd grincement.

III
Ah ! race de corbeaux, ignoble bande noire,
Hyènes du passé, vrais chakals de l’histoire,
C’est vous qui disputez dans les tombeaux ouverts,
Pour prendre leur linceul, les trépassés aux vers,
Et qui ne laissez pas debout une colonne
Sur la fosse d’un siècle où pendre sa couronne.
Par la vie et la mort, par l’enfer et le ciel,
Par tout ce que mon coeur peut contenir de fiel,
Soyez maudits !
Jamais déluge de Barbares,
Ni Huns, ni Visigoths, ni Russes, ni Tartares,
Non, Genseric jamais, non, jamais Attila,
N’ont fait autant de mal que vous en faites là.
Quand ils eurent tué la ville aux sept collines,
Ils laissèrent au corps son linceul de ruines.
Ils détruisaient, car telle était leur mission,
Mais ne spéculaient pas sur leur destruction.
C’est vous qui perdez l’art et par qui les statues
Près de leurs piédestaux moisissent abattues !
Destructeurs endiablés, c’est vous dont le marteau
Laisse une cicatrice au front de tout château ;
C’est vous qui décoiffez toutes nos métropoles,
Et, comme on prend un casque, enlevez leurs coupoles ;
Vous qui déshabillez les saintes et les saints,
Qui, pour avoir le plomb, cassez les vitreaux peints
Et rompez les clochers, comme une jeune fille
Entre ses doigts distraits rompt une frêle aiguille ;
C’est à cause de vous que l’on dit des Français :
Ils brisent leur passé ; c’est un peuple mauvais.
Encor, si vous étiez la vieille bande noire !
Mais vous êtes venus bien après la victoire.
Vous becquetez le corps que d’autres ont tué ;
Vous avez attendu que sa chair ait pué,
Avant que de tomber sur le géant à terre,
Vautours du lendemain ! Dans le champ solitaire,
Par une nuit sans lune, où le firmament noir
N’avait pas un seul oeil entr’ouvert pour vous voir,
Vous avez abattu votre vol circulaire
Et porté tout joyeux la charogne à votre aire.
Les bons et braves chiens, lors que le cerf est mort,
S’en vont. Toute la meute arrive alors, et mord,
Mêlant ses vils abois à la trompe de cuivre,
Le noble cerf dix cors, qu’à peine elle osait suivre ;
Et les bassets trapus, arrivés les derniers,
Ont de plus gros morceaux que n’en ont les premiers.
Vous êtes les bassets : Vous mangez la curée
Par les chiens courageux aux lâches préparée.
Quand les guerriers ont fait, les goujats vont au corps
Et dérobent l’argent dans les poches des morts.

Ô fille de Satan, ô toi, la vieille bande,
Comme ta mission, tu fus horrible et grande.
Je ne sais quelle rude et sombre majesté
Drape sinistrement ta monstruosité ;
Une fauve auréole autour de toi rayonne,
Et ton bonnet sanglant luit comme une couronne ;
Des nerfs herculéens se tordent à tes bras ;
L’airain, comme un gravier, se creuse sous tes pas ;
Sur le marbre, en courant, tu laisses des empreintes,
Et le monde ébranlé craque dans tes étreintes.
C’est toi qui commença ce périlleux duel
Du peuple avec le roi, de la terre et du ciel ;
Et quand tu secouais, de tes mains insensées,
Les croix sur les clochers, si près de Dieu dressées,
On croyait que le Christ, par les pieds et le flanc,
En signe de douleur allait pleurer le sang ;
On croyait voir s’ouvrir la bouche de sa plaie
Et reluire à son front une auréole vraie,
Et l’on fut bien surpris que ton bras et ton poing
Après l’avoir frappé, ne se séchassent point.
Tout le monde attendait un grand coup de tonnerre,
Comme au saint vendredi quand l’on baise la terre ;
On ignorait comment Dieu prendrait tout cela,
Et quel foudre il gardait à ces insultes-là.
Nulle voix ne sortit du fond du tabernacle,
Le ciel pour se venger ne fit aucun miracle,
Et comme dans les bois fait un essaim d’oiseaux,
Les anges effarés quittèrent leurs arceaux.
Mais tu ne savais pas si dans les nefs désertes
Tu n’allais pas trouver, avec leurs plumes vertes,
Leur oeil de diamant et leurs lances de feu,
À cheval sur l’éclair, les milices de Dieu.
La première et sans peur tu mis la main sur l’arche,
Et tes enfants perdus allèrent droit leur marche,
Sans savoir si le sol tout d’un coup sur leurs pas
En entonnoir d’enfer ne se creuserait pas.
Tu fus la poésie et l’idéal du crime ;
Tu détrônais Jésus de son gibet sublime,
Comme Louis Capet de son fauteuil de roi ;
La vieille monarchie avec la vieille foi
Râlait entre tes bras, toute bleue et livide,
Comme autrefois Antée aux bras du grand Alcide.
Et le Christ et le roi, sous tes puissants efforts,
Du trône et de l’autel tous deux sont tombés morts.
Au seul bruit de tes pas les noires basiliques
Tremblottaient de frayeur sous leurs chapes gothiques,
Leurs genoux de granit sous elles se ployaient ;
Les tarasques sifflaient, les guivres aboyaient,
Le dragon se tordant au bout de la gouttière
Tâchait de dégager ses ailerons de pierre ;
Les anges et les saints pleuraient dans les vitreaux ;
Les morts, se retournant au fond de leurs tombeaux,
Demandaient : « Qu’est-ce donc ? » à leurs voisins plus blêmes,
Et les cloches des tours se brisaient d’elles-mêmes.
Quand tu manquais de rois à jeter à tes chiens,

Tu forçais Saint-Denis à te rendre les siens ;
Tu descendais sans peur sous les funèbres porches :
Les spectres, éblouis aux lueurs de tes torches,
Fuyaient échevelés en poussant des clameurs ;
Troublés dans leur sommeil, tous ces pâles dormeurs,
Rêvant d’éternité, pensaient l’heure venue
Où le Christ doit juger les hommes sur sa nue ;
Et quand tu soulevais de ton doigt curieux
Leur paupière embaumée, afin de voir leurs yeux,
Certes, ils pouvaient croire, à ton rire sauvage,
À l’air fauve et cruel de ton hideux visage,
Qu’ils étaient bien damnés, et qu’un diable d’enfer
Venait les emporter dans ses griffes de fer ;
L’épouvante crispait leur bouche violette ;
Ils joignaient, pour prier, leurs deux mains de squelette,
Mais tu les retuais sans plus sentir d’effroi
Que pour guillotiner un véritable roi.
Tes rêves n’étaient pas hantés de noirs fantômes,
Toutes les sommités, têtes de rois et dômes,
Devaient fatalement tomber sous ton marteau,
Et tu n’avais pas plus de remords qu’un couteau ;
Tu n’étais que le bras de la nouvelle idée,
Et le sang, comme l’eau, sur ta robe inondée
Coulait et te faisait une pourpre à ton tour.
Ô tueuse de rois, souveraine d’un jour !
Tes forfaits étaient noirs et grands comme l’abîme,
Mais tu gardais au moins la majesté du crime,
Mais tu ne grattais pas la dorure des croix,
Et, si tu profanais les cadavres des rois,
C’était pour te venger, et non pas pour leur prendre
Les anneaux de leurs doigts ni pour les aller vendre !

Fin.

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Nuit du destin -Poème-


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Chroniques-Dortiguier

 

Nuit du destin


J’écris en philosophe et non pas en flatteur

Des illusions du jour que la nuit porte en rêve !

Seule la volonté rencontre ma faveur

Quand elle est angélique et prend la forme d’Ève.

Il est un pays pur que Firdousi chantait,

Plus  grand que fut la Perse et qu’il nomma l’Iran

Pareil à Ouranos, où la lignée était

Qui du Ciel descendit, en conservant son rang !

Les premiers sont ces dieux qui furent des Titans,

Plus grands que sont les rois, et ressemblent aux fées,

Se croyant magiciens, et comptant bien plus d’ans

Que nos vieillards d’ici, aux pensées étouffées

Par la vie immédiate et le profit rapide

Qu’un Moïse enseigna à son peuple avare,

Et Issa – soit-il béni – dit être un mauvais fluide

Où l’âme illusionnée dans un tombeau s’enterre.

Mais en ce mois béni que les Imams éclairent

Car le jeûne est pensée, libérée des entraves,

La vue décèle au Ciel où les djinns toujours errent,

Un Ange ouvrant un coffre où des sentences brèves

Donnent à chacun son dû, comme trouve son heure,

Ces fleurs magnifiques, qui sont d’Allah la gloire