Le carnaval perpétuel


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par  Pierre-Yves Lenoble

 

« (…) il y a invariablement, dans les fêtes de ce genre, un élément « sinistre » et même « satanique », et ce qui est tout particulièrement à noter, c’est que c’est précisément cet élément même qui plaît au vulgaire et excite sa gaieté : c’est là, en effet, quelque chose qui est très propre, et plus même que quoi que ce soit d’autre, à donner satisfaction aux tendances de l’ « homme déchu », en tant que ces tendances le poussent à développer surtout les possibilités les plus inférieures de son être », R. Guénon (Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 2007, p. 142).

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Dans un article publié en 1945, intitulé Sur la signification des fêtes carnavalesques, René Guénon étudie le symbolisme profond, la raison d’être réelle et les enseignements supra-humains attachés aux fêtes de type carnavalesque qui existaient dans certaines civilisations traditionnelles.

Guénon, dans un premier temps, donne diverses illustrations historiques de ce genre de festivités collectives en se penchant plus particulièrement sur celles qui se célébraient au Moyen-âge.

Il évoque ainsi le carnaval, la « fête des fous » et la « fête de l’âne » (nous pourrions également mentionner les mascarades, les charivaris, les farces, la « procession de Renart », les diableries et autres fêtes de type orgiaque, sans compter les saturnales ou les lupercales de la Rome antique), et remarque leur caractère avant-tout « diabolique », à la fois grotesque, sacrilège, parodique et chaotique.

En effet, lors de ces étranges fêtes populaires l’ordre normal de la société se voyait singé et l’ensemble des facettes de l’existence était littéralement inversé ; « on avait alors l’image d’un véritable « monde renversé », où tout se faisait au rebours de l’ordre normal », nous dit Guénon.

Les hiérarchies sociales et ecclésiastiques étaient bafouées (les nobles se mêlaient aux serfs, le bas-clergé commandait ses supérieurs, les clés des villes étaient données au bas-peuple, les condamnés à mort siégeaient en lieu et place des seigneurs… etc.), les institutions sacrées et les offices religieux étaient profanés (on célébrait de fausses messes où les « fous », et même les ânes coiffés de mitres, étaient introduits dans les églises et vénérés comme de véritables évêques, les clercs se livraient à l’impudicité et au laisser-aller), la décence commune et la morale publique étaient complètement chamboulées (violences, beuveries, moqueries, promiscuité hommes/femmes, déguisements ridicules, lynchage de mannequins, désignation de boucs-émissaires… etc.).

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Dans son instructive étude sur Le Carnaval (Gallimard, 1979, p. 89), J. C. Baroja nous renseigne un peu plus sur l’hybris générale et l’anomie attachées à ces festivités anciennes : « (…) le Carnaval autorise toutes les privautés. Masqués ou non, les gens s’adonnent à des actes violents et d’allure bestiale comme ceux-ci : 1° Insulter les passants. 2° Publier des faits scandaleux qui auraient dû rester secrets. 3° Se moquer publiquement de la vie privée d’autrui. 4° Détruire des objets, les changer de place, les dérober. 5° Se quereller avec certaines personnes. 6° Lancer des objets insultants pour autrui ».

De plus, il est important d’observer que ces fêtes carnavalesques médiévales, malgré leur aspect sinistre et outrancier, étaient entièrement dirigées, encadrées et orchestrées par les membres de l’autorité spirituelle (notamment et surtout les chanoines), qui n’hésitaient pas à participer personnellement et à se prêter de bonne volonté aux divers jeux collectifs.

On constate donc que toutes ces célébrations licencieuses avaient une raison d’être tout à fait fondamentale : elles permettaient au clergé (qui se trouvait au sommet de la société féodale, ne l’oublions pas) de circonscrire, de maîtriser et de canaliser, dans un cadre spatio-temporel bien défini, les forces infra-humaines, le bas psychisme, les instincts grégaires, les tensions sexuelles et les pulsions de mort inhérentes aux foules et aux masses populaires ; on pourrait ici parler d’une sorte de chaos dirigé ou d’une expiation collective ― voire d’un exorcisme de groupe visant à chasser les influences démoniques, ou plutôt démoniaques ― tenant lieu de soupape de sécurité ou de sas de décompression afin de laisser libre cours au désordre généralisé, de le contrôler puis de l’évacuer hors de la sphère sociétale.

Guénon insiste également sur les significations profondes et les répercussions ontologiques que revêtait le port du masque carnavalesque pour chaque individu. Ces masques hideux (figurant des monstres, des animaux ou des démons), nous apprend-t-il, avaient pour rôle de matérialiser les forces infra-humaines et les mauvais penchants des participants, et surtout d’extérioriser à la vue de tous les tendances inférieures portées en eux-même, habituellement cachées à la communauté. Nous sommes là une nouvelle fois en face d’un rite expiatoire, d’une forme de confession publique auto-dérisoire, qui devait provoquer une prise de conscience individuelle, une catharsis et un retour sur soi bénéfique.

En clair, on peut avancer que les masques grotesques illustraient l’ego passionnel et sensitif qui se dissout dans la tombe, et devaient moquer la partie animale attachée à la survie et à la reproduction, c’est-à-dire l’âme basse de chacun, l’individualité contingente et passagère (« l’homme déchu » ou « l’homme extérieur » de saint Paul), sachant bien entendu que lorsque la fête était finie et que la normalité était revenue, les hommes traditionnels avaient le devoir de porter fermement un autre masque (invisible celui-ci ; ce qui correspond à « l’homme intérieur »), celui du moi supérieur, celui de leur véritable personnalité qualitative et constante.

N’oublions pas à cet égard que le mot « personne » provient du latin persona désignant le masque du théâtre, le rôle ou le personnage, et que suivant la mentalité si caractéristique du monde traditionnel, chaque être humain incarnait ici-bas un masque particulier du seul et unique Être : dans cette perspective, tout au long de son existence, l’homme jouait le rôle qui lui était attribué sur la scène de la grande comédie mondaine (ou de la tragédie selon le point de vue) par le scénariste et le metteur en scène de l’univers qui n’est autre que Dieu, la vraie Personne de toutes les personnes qui ne sont en réalité personne…

Étudiant le symbolisme de la marionnette humaine dans l’enseignement platonicien, le grand penseur pérennialiste A. K. Coomaraswamy délivre ces quelques phrases pleines de sagesse : « D’après Platon, c’est en vertu de « ce qu’il y a de meilleur dans les êtres humains » qu’ils sont réellement les jouets de Dieu. Et cette idée que « leur » vie est en réalité un amusement divin, dans lequel leur part n’est libre et active que dans la mesure où leur volonté se fond avec celle de Qui joue le jeu, est l’un des plus profonds discernements de l’homme. (…) « Devoir » est exprimé en grec par dei, de deô, lier, de la racine desmos, c’est-à-dire le « lien » par lequel, comme l’écrit Plutarque, Apollon lie (sundei) toutes les choses à lui-même et les ordonne. Ce lien est précisément le « fil d’or » platonicien par lequel la marionnette doit être guidée, si elle joue son rôle, évitant les mouvements discordants qui sont provoqués par ses propres désirs » (Suis-je le gardien de mon frère ?, Pardès, 1997, p. 103-104).

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Pour conclure notre article, on peut s’apercevoir que dans un paradigme traditionnel la vie entière des individus et des sociétés ― même dans le cas des fêtes grotesques qui peuvent sembler à première vue profanes, voire sacrilèges ― est constamment conditionnée par une sacralité, est fermement guidée par une autorité spirituelle, et est toujours reliée à un Principe supra-humain : l’immanence est mise au service de la transcendance et l’ensemble du domaine matériel (temps, espace, vie sociale, développement personnel) est soumis à l’Esprit.

Enfin, après avoir rappelé dans une note l’étrange rapport entre l’expansion inquiétante de la sorcellerie à la fin du Moyen-âge (notamment les sabbats des sorciers marqués eux-aussi par l’inversion du sacré et les actes à rebours) et l’abandon progressif des fêtes carnavalesques, René Guénon termine par cette longue phrase qui devrait tous nous faire réfléchir sur la médiocrité et la nocivité de notre « société du spectacle » actuelle :

« Ainsi, la disparition presque complète de ces fêtes, dont on pourrait, si l’on s’en tenait aux apparences extérieures et à un point de vue simplement « esthétique », être tenté de se féliciter en raison de l’aspect de « laideur » qu’elles revêtent inévitablement, cette disparition, disons-nous, constitue au contraire, quand on va au fond des choses, un symptôme fort peu rassurant, puisqu’ elle témoigne que le désordre a fait irruption dans tout le cours de l’existence et s’est généralisé à un tel point que nous vivons en réalité, pourrait-on dire, dans un sinistre « carnaval perpétuel » » (ibid., p. 144).

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« (…) il y a invariablement, dans les fêtes de ce genre, un élément « sinistre » et même « satanique », et ce qui est tout particulièrement à noter, c’est que c’est précisément cet élément même qui plaît au vulgaire et excite sa gaieté : c’est là, en effet, quelque chose qui est très propre, et plus même que quoi que ce soit d’autre, à donner satisfaction aux tendances de l’ « homme déchu », en tant que ces tendances le poussent à développer surtout les possibilités les plus inférieures de son être », R. Guénon (Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 2007, p. 142).

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Dans un article publié en 1945, intitulé Sur la signification des fêtes carnavalesques, René Guénon étudie le symbolisme profond, la raison d’être réelle et les enseignements supra-humains attachés aux fêtes de type carnavalesque qui existaient dans certaines civilisations traditionnelles.

Guénon, dans un premier temps, donne diverses illustrations historiques de ce genre de festivités collectives en se penchant plus particulièrement sur celles qui se célébraient au Moyen-âge.

Il évoque ainsi le carnaval, la « fête des fous » et la « fête de l’âne » (nous pourrions également mentionner les mascarades, les charivaris, les farces, la « procession de Renart », les diableries et autres fêtes de type orgiaque, sans compter les saturnales ou les lupercales de la Rome antique), et remarque leur caractère avant-tout « diabolique », à la fois grotesque, sacrilège, parodique et chaotique.

En effet, lors de ces étranges fêtes populaires l’ordre normal de la société se voyait singé et l’ensemble des facettes de l’existence était littéralement inversé ; « on avait alors l’image d’un véritable « monde renversé », où tout se faisait au rebours de l’ordre normal », nous dit Guénon.

Les hiérarchies sociales et ecclésiastiques étaient bafouées (les nobles se mêlaient aux serfs, le bas-clergé commandait ses supérieurs, les clés des villes étaient données au bas-peuple, les condamnés à mort siégeaient en lieu et place des seigneurs… etc.), les institutions sacrées et les offices religieux étaient profanés (on célébrait de fausses messes où les « fous », et même les ânes coiffés de mitres, étaient introduits dans les églises et vénérés comme de véritables évêques, les clercs se livraient à l’impudicité et au laisser-aller), la décence commune et la morale publique étaient complètement chamboulées (violences, beuveries, moqueries, promiscuité hommes/femmes, déguisements ridicules, lynchage de mannequins, désignation de boucs-émissaires… etc.).

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Dans son instructive étude sur Le Carnaval (Gallimard, 1979, p. 89), J. C. Baroja nous renseigne un peu plus sur l’hybris générale et l’anomie attachées à ces festivités anciennes : « (…) le Carnaval autorise toutes les privautés. Masqués ou non, les gens s’adonnent à des actes violents et d’allure bestiale comme ceux-ci : 1° Insulter les passants. 2° Publier des faits scandaleux qui auraient dû rester secrets. 3° Se moquer publiquement de la vie privée d’autrui. 4° Détruire des objets, les changer de place, les dérober. 5° Se quereller avec certaines personnes. 6° Lancer des objets insultants pour autrui ».

De plus, il est important d’observer que ces fêtes carnavalesques médiévales, malgré leur aspect sinistre et outrancier, étaient entièrement dirigées, encadrées et orchestrées par les membres de l’autorité spirituelle (notamment et surtout les chanoines), qui n’hésitaient pas à participer personnellement et à se prêter de bonne volonté aux divers jeux collectifs.

On constate donc que toutes ces célébrations licencieuses avaient une raison d’être tout à fait fondamentale : elles permettaient au clergé (qui se trouvait au sommet de la société féodale, ne l’oublions pas) de circonscrire, de maîtriser et de canaliser, dans un cadre spatio-temporel bien défini, les forces infra-humaines, le bas psychisme, les instincts grégaires, les tensions sexuelles et les pulsions de mort inhérentes aux foules et aux masses populaires ; on pourrait ici parler d’une sorte de chaos dirigé ou d’une expiation collective ― voire d’un exorcisme de groupe visant à chasser les influences démoniques, ou plutôt démoniaques ― tenant lieu de soupape de sécurité ou de sas de décompression afin de laisser libre cours au désordre généralisé, de le contrôler puis de l’évacuer hors de la sphère sociétale.

Guénon insiste également sur les significations profondes et les répercussions ontologiques que revêtait le port du masque carnavalesque pour chaque individu. Ces masques hideux (figurant des monstres, des animaux ou des démons), nous apprend-t-il, avaient pour rôle de matérialiser les forces infra-humaines et les mauvais penchants des participants, et surtout d’extérioriser à la vue de tous les tendances inférieures portées en eux-même, habituellement cachées à la communauté. Nous sommes là une nouvelle fois en face d’un rite expiatoire, d’une forme de confession publique auto-dérisoire, qui devait provoquer une prise de conscience individuelle, une catharsis et un retour sur soi bénéfique.

En clair, on peut avancer que les masques grotesques illustraient l’ego passionnel et sensitif qui se dissout dans la tombe, et devaient moquer la partie animale attachée à la survie et à la reproduction, c’est-à-dire l’âme basse de chacun, l’individualité contingente et passagère (« l’homme déchu » ou « l’homme extérieur » de saint Paul), sachant bien entendu que lorsque la fête était finie et que la normalité était revenue, les hommes traditionnels avaient le devoir de porter fermement un autre masque (invisible celui-ci ; ce qui correspond à « l’homme intérieur »), celui du moi supérieur, celui de leur véritable personnalité qualitative et constante.

N’oublions pas à cet égard que le mot « personne » provient du latin persona désignant le masque du théâtre, le rôle ou le personnage, et que suivant la mentalité si caractéristique du monde traditionnel, chaque être humain incarnait ici-bas un masque particulier du seul et unique Être : dans cette perspective, tout au long de son existence, l’homme jouait le rôle qui lui était attribué sur la scène de la grande comédie mondaine (ou de la tragédie selon le point de vue) par le scénariste et le metteur en scène de l’univers qui n’est autre que Dieu, la vraie Personne de toutes les personnes qui ne sont en réalité personne…

Étudiant le symbolisme de la marionnette humaine dans l’enseignement platonicien, le grand penseur pérennialiste A. K. Coomaraswamy délivre ces quelques phrases pleines de sagesse : « D’après Platon, c’est en vertu de « ce qu’il y a de meilleur dans les êtres humains » qu’ils sont réellement les jouets de Dieu. Et cette idée que « leur » vie est en réalité un amusement divin, dans lequel leur part n’est libre et active que dans la mesure où leur volonté se fond avec celle de Qui joue le jeu, est l’un des plus profonds discernements de l’homme. (…) « Devoir » est exprimé en grec par dei, de deô, lier, de la racine desmos, c’est-à-dire le « lien » par lequel, comme l’écrit Plutarque, Apollon lie (sundei) toutes les choses à lui-même et les ordonne. Ce lien est précisément le « fil d’or » platonicien par lequel la marionnette doit être guidée, si elle joue son rôle, évitant les mouvements discordants qui sont provoqués par ses propres désirs » (Suis-je le gardien de mon frère ?, Pardès, 1997, p. 103-104).

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Pour conclure notre article, on peut s’apercevoir que dans un paradigme traditionnel la vie entière des individus et des sociétés ― même dans le cas des fêtes grotesques qui peuvent sembler à première vue profanes, voire sacrilèges ― est constamment conditionnée par une sacralité, est fermement guidée par une autorité spirituelle, et est toujours reliée à un Principe supra-humain : l’immanence est mise au service de la transcendance et l’ensemble du domaine matériel (temps, espace, vie sociale, développement personnel) est soumis à l’Esprit.

Enfin, après avoir rappelé dans une note l’étrange rapport entre l’expansion inquiétante de la sorcellerie à la fin du Moyen-âge (notamment les sabbats des sorciers marqués eux-aussi par l’inversion du sacré et les actes à rebours) et l’abandon progressif des fêtes carnavalesques, René Guénon termine par cette longue phrase qui devrait tous nous faire réfléchir sur la médiocrité et la nocivité de notre « société du spectacle » actuelle : « Ainsi, la disparition presque complète de ces fêtes, dont on pourrait, si l’on s’en tenait aux apparences extérieures et à un point de vue simplement « esthétique », être tenté de se féliciter en raison de l’aspect de « laideur » qu’elles revêtent inévitablement, cette disparition, disons-nous, constitue au contraire, quand on va au fond des choses, un symptôme fort peu rassurant, puisqu’elle témoigne que le désordre a fait irruption dans tout le cours de l’existence et s’est généralisé à un tel point que nous vivons en réalité, pourrait-on dire, dans un sinistre « carnaval perpétuel » » (ibid., p. 144).

Aphorismes misogynes ?


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par Pierre-Yves Lenoble

« Une bonne affaire :

acheter toutes les femmes au prix qu’elles valent et les revendre au prix qu’elles s’estiment », Jules Renard (1864-1910).

 

-Avertissement : nous confessons de tout notre être (H) que nous aimons les Femmes (F) pour ce qu’elles sont.

-Les révolutions ne sont jamais populaires, elles sont bourgeoises ; idem pour les mouvements féministes.

-Les grosses féministes dégueulasses (cotées en moyenne à 2,5/10 sur le marché du sexe, avec tatouages, piercings, cheveux bleus et voix stridentes) mériteraient le camp de rééducation. Fessées, ménage, cuisine, éducation sexuelle rigoriste, sport et lectures traditionnelles sont au programme.

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Il y a quatre types de femmes en chaque femme : la Mère, la Courtisane, la Prostituée et la Sorcière.

-H pense, F dépense, H est de Droite, F est de Gauche, H est individualiste, F est collectiviste, H produit, F reproduit, H est Forme, F est matière, H est différencié, F est indifférenciée, H est dominant, F est soumise, H est verticalité, F est horizontalité, H est raison, F est sentiment, H est synthèse, F est analyse, H est plein, F est vide, H est XY, F est XX, H est un Ciel fécondant, F est une Terre absorbante, H est essence, F est substance… etc.

-Dans notre société dépourvue de rites matrimoniaux stricts, on peut dire que la majorité des femmes laides (généralement baisées du cerveau par le féminisme et toutes les sortes de gauchiasseries, les pauvres !) ne sont seulement que de la viande à hommes saouls.

-L’amitié homme/femme n’existe pas, sauf en cas d’utilisation d’une ceinture de chasteté.

-H crée des civilisations pour séduire F.

-La femme s’ennuie (“en-nuit”) lorsqu’elle n’est plus éclairée par un homme ; H est un soleil, F est une lune, l’un illumine, l’autre est allumée. Bref, F est déterminée par ce qu’est H.

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-F est soit une bigote, soit une dévergondée. H est soit un coq, soit un chapon.

-Une femme mûre sans enfant est comme un papillon sans aile.

-Plus F est belle, plus elle est exigeante avec H. Plus F est laide, plus elle est gentille avec H. « Manquerait plus qu’elle morde celle-là ! », résume admirablement le dicton populaire.

-La loi de Briffault stipule que 80% des femelles désirent se reproduire avec 20% des mâles (l’hypergamie féminine est tout à fait naturelle et primordiale afin de prévenir les processus dysgéniques), d’où le dicton bien connu : « La femme donne son cœur au vaincu et son cul au vainqueur »…

-Conseil pour avoir du succès avec les femmes : ignorez-les ou devenez un mâle Alpha.

-Lorsque les êtres humains ne maîtrisent ou n’évacuent pas leur énergie sexuelle, H devient violent et F devient folle.

-Quand H est « en chien » il ne tombe amoureux (oui, il tombe) que de chiennes et devient leur toutou, fermement tenu en laisse.

-Soit H comprend F, soit il est amoureux d’elle, dans l’illusion de l’amour terrestre : « L’amour rend aveugle », c’est bien connu…

-Dans les sociétés traditionnelles, H est prêtre, guerrier ou constructeur en vue de protéger et de préserver le ventre de F : « Les femmes et les enfants d’abord » !

-En 2018, les plus belles, les plus saines, les plus droites et les plus épanouies des femmes appartiennent à la communauté Amish.

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-En regardant l’histoire universelle d’une façon objective, on s’aperçoit vite que les sociétés patriarcales furent florissantes ou conquérantes, et que les sociétés matriarcales furent stagnantes ou décadentes.

-La plèbe se prosterne devant la Déesse-Mère, l’élite incarne le Ciel/Père.

-A l’image d’une foule, F marche à la suggestion, elle est continuellement dans l’attente hâtive du père rassurant ou dans l’attente anxieuse du père fouettard. En clair, H est pour F ce qu’un dictateur est pour une foule.

-Il est tout à fait significatif que les deux femmes qui ont le plus compté pour Jésus furent une vierge et une prostituée.

-L’étude scientifique rigoureuse de l’ovule et des spermatozoïdes en dit long sur les rapports homme/femme.

-H doit conquérir sa « Dame » intérieure, F son « chevalier » extérieur.

-Symboliquement, H est l’âme divine anthropomorphisée, F est la nature anthropomorphisée. H est le plus stupide des anges, F le plus intelligent des animaux. H et F sont ainsi parfaitement complémentaires.

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-Lorsque H et F se connaîtront eux-mêmes, lorsqu’ils vivront selon leur propre idée platonicienne, alors ils retourneront dans le jardin d’Éden ; en revanche, lorsqu’ils n’assumeront plus du tout leur nature respective, ce sera la fin du monde… et apparemment c’est pour bientôt.

-Une société composée de 99 femmes et d’un seul homme peut être viable, alors que l’inverse est impossible : F a donc plus d’importance que H au niveau sociétal.

-Sans une Tradition qui élève H et F au-dessus d’eux-mêmes, les sociétés humaines tombent dans le darwinisme social bête et méchant (d’un niveau plus bas qu’une cour de récréation à la Maternelle). Dans ce contexte déspiritualisé et matérialiste, F est plus courageuse et malheureuse que H.

Aphorismes bien profonds


Le passage rougie par honte de vérité…


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par Pierre-Yves Lenoble

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– Le seul libre-arbitre accordé à l’homme est de connaître ses déterminismes physiques et psychiques.

– Les seules choses vivantes et intéressantes à notre époque sont paradoxalement les ruines.

– Les seuls hommes politiques dignes d’intérêt au XXe siècle furent Corneliu Zelea Cordreanu, José Antonio Primo de Rivera et Léon Degrelle.

– Le dernier événement historique qui a une réelle valeur à nos yeux est la prise de la Bastille du 27 avril 1413 par nos glorieux ancêtres les Cabochiens, le reste ne nous concerne pas.

Pour bien comprendre la rapidité de la dégénérescence actuelle, regardez de plus près nos propres travaux : au début nous avons fait de longs livres avec de nombreuses notes, puis des petits livres, puis des articles, puis des aphorismes, puis des vidéos Youtube… l’année prochaine, ce sera des grognements, et finalement le grand silence.

– Pour trouver le sommeil, rien de mieux que les médiocres conférences crypto-maçonniques du gros boomer Asselineau ; blablabla… Vercingétorix…. blablabla… Jeanne d’Arc… blablabla… 1789… blablabla… république… blablabla… proverbe chinois… blablabla… article 50… ZZZZZZ.

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– « Ma personne est sacrée » ! : hahahaha, non Merluchon, tu as une individualité mais tu n’es plus une personne car tu as donné ton Moi véritable à l’égrégore maçonnique lors de ton serment d’admission, tu es seulement un futur fantôme, effacé du Livre de Vie depuis le pacte qui a lié ton âme supérieure… à moins que tu te repentisses et que tu te fasses exorciser.

– « Montrez-moi une femme parfaitement éduquée, qui décide d’avoir 7, 8, 9 enfants » : hahahaha, eh Micron, montre-moi une femme bien éduquée de 40 balais qui détourne un mineur de 15 ans…

– La loi islamique autorisant le mariage avec quatre femmes fut une idée géniale afin de lutter contre l’hypergamie féminine et le dysgénisme, car la majorité des femmes pouvaient alors se reproduire avec les meilleurs des hommes, tandis que les plus mauvais étaient exclus de la reproduction (en effet, pour avoir les moyens d’entretenir quatre femmes au VIIe siècle en Arabie, il fallait être un sacré mâle alpha). Le christianisme médiéval avait également bien compris cela (de façon hypocrite certes) en fermant par exemple les yeux devant la multitude des bâtards royaux.

– De même que les nationalismes européens ont tué la Chrétienté, de même les nationalismes arabes ont tué le Califat ; bref, politique et tradition ne font pas bon ménage.

– A l’âge de trois ans, en rentrant à la maternelle, nous avions déjà compris inconsciemment que le vivre-ensemble, le multiculturalisme, la bien-pensance, le gauchisme, l’antiracisme, la féminisation et l’immigration de masse étaient de graves erreurs.

– A tous les professeurs de l’Éducation Nationale qui pendant vingt ans nous ont “instruit” et nous ont fait perdre un temps précieux (plus de la moitié de notre vie!!!), nous leur disons le plus calmement du monde : allez tous cramer en Enfer !

– En fin observateur des changements sociétaux survenus lors des années 6O en Italie, Julius Evola écrivait ces mots féroces (qui nous font quand même bien rigoler) : « On a eu également une mode typique entre toutes, et qui n’a pas encore complètement disparu, celle des blue-jeans pour les femmes et même pour les hommes, les blue-jeans n’étant, on le sait, que des pantalons de travail. La passivité et la tolérance du sexe masculin ont, à ce sujet, quelque chose de stupéfiant. Ces jeunes femmes, on aurait dû les mettre dans des camps de concentration et de travail ; tels auraient été, plutôt que des appartements luxueux et existentialistes, les lieux appropriés à leur tenue, et qui auraient mieux pu leur servir de rééducation salutaire » (L’arc et la massue, Pardès, 1984, p.88-89). Qu’aurait écrit le grand penseur italien s’il avait vu les rues de nos jours ?

 th

– La génération des baby-boomers, jouisseurs/consommateurs dépressifs qui osent donner des leçons, est la pire que la terre ait jamais porté. La devise de ces souillons est : « Après nous le déluge ».

– Celui qui a compris la loi d’analogie entre le haut et le bas, la loi de régression des castes, la loi des degrés de sexualisation et la loi de Briffault, a compris les grands ressorts de l’histoire universelle et des rapports humains.

– Nous savons que le pérennialisme est la seule idéologie véridique car les athées nous traitent d’illuminés, les intégristes religieux d’hérétique, les gauchiasses de fasciste, les droitards de baboucholâtre, les new-age d’obscurantiste, les zombies de passéiste… etc. : cela intéresse tout le monde mais ne plaît à personne… D’ailleurs, les seuls qui nous comprennent sont toujours des êtres droits et intelligents.

– Repose en paix Robert…

L’hiver d’un monde


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par Pierre-Yves Lenoble

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-En langage guénonien, on peut avancer que la Gauche est comparable à l’ « Anti-Tradition », alors que la Droite équivaut à la « Pseudo-Tradition ».

-Qu’est-ce exactement qu’avoir une « bonne mort » ? : c’est parvenir à dématérialiser sa partie matérielle et à matérialiser sa partie immatérielle.

-A bien des égards, il n’est pas impossible que l’humanité est en train de vivre une période post-apocalyptique : en effet, toutes les eschatologies traditionnelles affirment qu’à la fin des temps les hommes seront gourmands et pleins d’envies, en revanche aucune n’a prédit la surconsommation et l’obésité ; elles déclarent que la luxure et la dépravation des mœurs se répandront en masse mais aucune ne parle d’industrie du porno, de millions et de millions d’IVG ou de drag-queens éduquant les enfants ; elles évoquent les dissensions familiales et la division sociale, aucune n’avait prévu le féminisme, le transgenre ou la GPA/PMA ; toutes annoncent des calamités naturelles en tout genre, aucune n’a prédit la géo-ingénierie et les chemtrails ; toutes nous disent qu’il y aura des guerres destructrices partout sur terre, aucune ne fait mention d’attentats sous faux drapeaux ou de soft-power…

-Corruption généralisée à tous les échelons de l’appareil étatique, hommes politiques soumis à des intérêts étrangers, conflits inter-ethniques, décadence culturelle et intellectuelle, flicage des populations, paupérisme et formation de bidonvilles, développement d’églises évangélistes et du wahhabisme, réseaux pédocriminels, attrait croissant pour le foot et la télé-poubelle, influence grandissante des ONG, bref, à la vue de tous ces signes des temps, il apparaît clair que la France va bientôt devenir un pays du Tiers-monde.

-Les petits soldats de la sacro-sainte « liberté d’expression » autoriseraient-ils Voltaire à écrire cela en 2018 ? : « Vous prétendez que vos mères n’ont pas couché avec des boucs, ni vos pères avec des chèvres. Mais dites-moi, messieurs, pourquoi vous êtes le seul peuple de la terre à qui les lois aient jamais fait une pareille défense (Lévitique 17, 7 et 20, 15) ? Un législateur se serait-il jamais avisé de promulguer cette loi bizarre, si le délit n’avait pas été commun ? » (Dictionnaire Philosophique, Edition du journal Le Siècle, 1867, p. 497).

-Chaque découverte scientifique chasse l’autre dans l’oubli et chacune est un coup de grâce à la pensée matérialiste et progressiste : il n’y a qu’une seule vérité, immuable car de nature toute spirituelle, il n’y en a pas trente-six.

-Aucune civilisation n’a survécu à la perte de sa sacralité révélée. Notre société mondialisée n’est qu’une parodie de civilisation, un amas humain acculturé se cherchant en vain des sacralités artificielles.

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-L’homme inférieur préfère avoir tort avec la masse qu’avoir raison avec la minorité. L’homme supérieur préfère la liberté de penser et la quête de vérité à toute représentation sociale… et même à sa propre mort.

-Les formes externes que revêtent les êtres sont transitoires, seules les formes internes qui les soutiennent sont éternelles.

-Le destin des civilisations ressemble par analogie au déroulement annuel des quatre saisons : 1) Printemps : la civilisation bourgeonne à partir d’une sacralité collective révélée et autour d’une autorité spirituelle légitime, porteuse d’une vision du monde unicitaire, qui organise pas à pas l’ensemble du corps social ; 2) Été : le groupe, notamment et surtout les élites temporelles, est totalement soumis aux représentants du Sacré, toute la société est ordonnée, hiérarchisée et atteint un apex civilisationnel (cela se concrétise par de grandioses productions intellectuelles, architecturales et artistiques en tant que fruits culturels) ; 3) Automne : les élites profanes (noblesse et bourgeoisie) se révoltent contre l’autorité sacrale de leur cléricature, s’auto-divinisent illégitimement, remettent en cause les anciens piliers traditionnels et changent toute la tournure d’esprit générale (arrivée de nouveaux cultes, les pensées et les croyances se rationalisent, fractures diverses au sein de la société) : la décadence s’enclenche inexorablement ; 4) Hiver : c’est l’ère terminale des foules et des masses indistinctes (mélangées spirituellement, culturellement et ethniquement) voyant la profanation, la solidification et la mort lente de tous les aspects de la société, c’est le « règne de la quantité », la « fin de l’histoire »…

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L’île mystérieuse


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par Pierre-Yves Lenoble

« Parmi les îles de l’Inde qui sont situées sous l’équateur, l’une d’elles serait l’île où l’homme naît sans père ni mère : voilà ce que rapportent nos glorieux ancêtres – Dieu en soit comblé ! Cette île jouirait, selon eux, de la température la plus égale et la plus parfaite qui soit à la surface de la terre parce qu’elle reçoit sa lumière de la plus haute région du ciel », Ibn Tufayl (1105-1185), Le roman de Havy ben Yaqzân (I, 1).

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Les traditions humaines ont universellement fait état, dans leurs croyances, leurs récits mythologiques et leurs écrits sacrés, de l’archétype de l’île imaginaire. Cette île qui ne se trouve pas sur nos planisphères a été affublées d’attributs symboliques tout à fait typiques et isosémantiques que l’on rencontre un peu partout sur terre et à toutes époques.

Ainsi il convient de remarquer que l’île mythique se présente à la fois sous les traits d’un Paradis originel ou d’une Pangée primitive (ou plutôt intemporelle), d’un endroit idyllique où règnent le bonheur et l’abondance, d’un séjour post-mortem et eschatologique réservé aux héros et aux grands ancêtres, d’un lieu des possibles situé dans le mundus imaginalis ― une sorte de point au milieu d’une page blanche ― où poètes, romanciers et utopistes ont localisé leurs diverses aventures, ou encore d’un lieu mystérieux, difficile d’accès, propice à l’initiation et aux actes héroïques car c’est là que se quête la fontaine d’immortalité ou l’arbre de vie.

Plus généralement, notons aussi que l’imaginaire collectif a toujours considéré l’archétype de l’île comme une figuration de l’ « Autre Monde », de l’au-delà, c’est une terra incognita, un endroit isolé de notre état actuel d’existence et épargné de ses souffrances : l’île symbolise l’ordre au milieu du chaos, un havre de paix inviolable, elle incarne la fixité et la pérennité du centre spirituel en face de l’agitation mondaine et de l’entropie de la matérialité.

Dans sa signification supérieure, c’est-à-dire du point de vue ontologique, l’insularité évoque la fermeté spirituelle et la solidité intérieure de l’être qui se connaît lui-même et a atteint la maîtrise de soi, c’est-à-dire l’élu ou l’initié qui a entrepris la navigation périlleuse par-dessus les eaux agitées de son psychisme inférieur pour s’établir définitivement sur « l’autre rive », dans la stabilité-refuge du Soi divin : l’île est donc une fidèle image de l’état d’être suprême de celui qui a réussi « le passage des eaux », qui « est sauvé des eaux » ou qui « marche sur les eaux ».

S’appuyant sur les traditions orientales, J. Evola explique bien ce concept initiatique de la navigation victorieuse du héros vers l’île des bienheureux : « De même que l’ascète bouddhiste fut souvent comparé à celui qui affronte, traverse et vainc la rivière, la passe à gué, navigue glorieusement contre le courant, car les eaux représentent tout ce qui procède d’une soif de vie animale et de plaisir, des liens de l’égoïsme et de l’attachement des hommes, de même en Extrême-Orient on trouve le thème hellénique de la « traversée » et de l’abordage aux « îles » où la vie n’est plus sujette à la mort comme l’Avallon ou le Mag Mell atlantique des légendes irlandaises ou celtes » (Symboles et mythes de la Tradition occidentale, Archè, 1980, p. 155).

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De ce qui précède, une idée principale se dégage : l’île des mythes et des légendes que tout héros digne de ce nom doit découvrir n’est pas un véritable lieu géographique, elle se trouve en puissance en lui-même, elle correspond avant-tout à un état d’être et de conscience sublimé.

Réussir à accoster sain et sauf sur ses rivages équivaut au terme d’une voie initiatique véritable ou au sauvetage de l’âme après la mort, c’est enfin parvenir, durant la vie sur terre ― que l’on peut comparer à une difficile traversée des eaux ou à une navigation mouvementée ― à la connaissance totale de soi-même et donc revenir à la condition paradisiaque originelle. Sur cette île, ne se trouvent que les héros, les bienheureux, les saints et les « amis de Dieu ».

D’ailleurs, notons que derrière leurs habillages symboliques et leurs décors imaginaires, toutes les mythologies et autres récits sacrés faisant état de l’île mystérieuse ont clairement insisté sur son immatérialité et sur le fait que son accès n’était rendu possible que dans un état d’extase extra-corporelle, qu’à partir d’une élévation du niveau de conscience en direction de l’Autre-monde.

Cinq siècles avant notre ère, le poète grec Pindare indiquait déjà dans sa dixième Ode Pythique que la fabuleuse île septentrionale d’Hyperborée n’était localisable sur aucune carte : « Ni par bateaux ni par terre vous ne pourrez trouver la merveilleuse route qui vous mènerait chez les Hyperboréens ».

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On retrouve la même idée dans le De Imagine Mundi du clerc médiéval Honorius d’Autun (au début du XIIe siècle) qui évoque une mystérieuse insula perdita (« l’île perdue »), cachée à l’extrémité du monde connu, dans un cadre spatial plus imaginal que physique ; il écrivait ainsi qu’ « elle se cache à la vue des hommes et devient introuvable dès qu’on la cherche », ce qui en passant correspond à la doctrine extrême-orientale du « non-agir » visant à obtenir un état d’être intégralement détaché des désirs et des passions, et dès lors agir impersonnellement dans le monde sans se soucier du fruit de ses actes (la gratuité du geste en somme).

L’ancestrale tradition chinoise parle également de diverses îles mirifiques situées aux confins de la terre où règnent l’abondance, la longévité et la paix. Par exemple, dans le Lie-Tseu (chap V), de longs passages décrivent le « séjour d’immortalité » comme une île immatérielle située dans le Grand Nord symbolique (souvent assimilé à la Grande Ourse, le pôle cosmique par excellence) ; on apprend ainsi que sur cette île éthérée « habitent des hommes pourvus d’une âme aimable et d’un corps souple, (…) sans orgueil ni envie », et plus loin, il est bien signifié qu’ « on ne va dans ces régions merveilleuses, ni par terre ni par mer, mais seul le vol de l’esprit permet de les atteindre »…

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Nous pourrions multiplier indéfiniment les exemples d’îles supra-terrestres et autres continents paradisiaques présents en abondance dans les sacralités et les mythologies de toutes les sociétés humaines (comme les îles Fortunées de l’Antiquité ou l’Ogygie homérique, le Mag Mell celtique, l’Avallon arthurienne, l’île verte des soufis d’Arabie et des moines rhénans, l’Aztlan des Toltèques, l’île Blanche originelle ou l’île aux fleurs de l’Hindouisme, les multiples utopies de la Renaissance telles l’Utopia, la Nouvelle Atlantide ou la Cité du Soleil, les continents perdus de Mu ou la Lémurie, l’île de saint Brendan.. etc., sans compter toutes les îles aux trésors des contes et des romans, et bien d’autres encore), mais l’idée principale que nous voulons dégager est celle-ci : réussir à atteindre le rivage enchanteur de cette île magico-symbolique, après moult épreuves et aventures sur les eaux sentimentalo-passionnelles de l’âme égotique, équivaut à atteindre l’état ontologique suprême après une auto-discipline et un don de soi quasi-sacrificiels, celui de l’homme ayant fait le vide en lui parvenu à l’état d’unification et de maîtrise de son véritable moi, intégré à tout jamais en Dieu.

Pour booster l’auteur:

Réflexions estivales


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par Pierre-Yves Lenoble

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– Les pseudo-catholiques traditionalistes qui dénoncent la gnose n’ont pas honte d’afficher les ténèbres de leur ignorance et de leur agnosticisme (suivant l’étymologie stricte de ces mots) ; s’ils avaient lu le Nouveau-Testament en grec, et non pas celui écrit en langue vernaculaire, ils auraient constaté que le terme gnosis (traduit en français par « sagesse » mais qui signifie simplement « savoir » ; en revanche, l’epignosis est la « connaissance transcendante » ou « science parfaite » ; voir Épître aux Colossiens III, 10) y est présent 29 fois… il est sûrement plus facile de croire à la légende occultiste de l’anneau magique de Jeanne d’Arc (l’androgyne qui passe par le feu) inventée de toutes pièces par les sociétés secrètes de Charbonniers (les « Bons Cousins ») du parti français que de s’intéresser aux Saintes Écritures dont pourtant on se réclame.

En fait, ils confondent diaboliquement la « gnose » chrétienne et le « gnosticisme » hérétique des premiers siècles ; ainsi, tous les Pères de l’Église ont condamné le gnosticisme tout en professant eux-mêmes de pures doctrines gnostiques, mais pour comprendre cela il faut avoir lu les Pères de l’Église…

– Définition de la gnose véritable : tenter par soi-même d’appréhender Dieu, en usant tant de l’Amour que de l’Intellect, et surtout, en devenant petit à petit un pur néant pour s’amalgamer à son non-Être ; « vacare Deo » enseignent les théologiens : « se rendre vide pour accueillir Dieu en soi ».

– Hormis la saleté et le bruit, toute ville se présente comme une fidèle anticipation du cimetière, avec ses rues rectilignes, sa concentration de cubes de pierre et sa promiscuité grégaire.

– Il n’y aura pas de guerre civile en France — peut-être un bain de sang général — car il n’y a plus rien qui mérite d’y être défendu ; les gens, quel que fût leur camp ou leur parti, seront seulement prêts à sacrifier leur vie pour continuer à se vautrer grossièrement dans le spectacle, la grosse bouffe, le porno, la drogue et les allocs à gogo.

– L’être dépourvu de qualité qui a peur de se retrouver seul face à lui-même ne peut s’octroyer une réalité existentielle éphémère que fondu et confondu au sein d’une foule. Les tribunes des stades, les concerts, les supermarchés ou les quais de métro ressemblent à ces organismes unicellulaires de type microbien : se frotter les uns sur les autres, sentir la sueur de son voisin, se dissoudre dans une promiscuité pansexualiste, pour au final former une tumeur collective sans but, grouillante et beuglante.

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Notre époque ressemble à s’y méprendre à une vaste pièce de spectacle de mauvais goût : ne parle-t-on pas dans le jargon médiateux des acteurs sociaux, du grand public, du jeu politique, des coulisses du pouvoir, de scène internationale, de théâtre des opérations, de décors urbains, de rôles stratégiques ou encore de scénarios économiques ?…


– L’histoire des sociétés humaines nous montre partout et toujours 95% de parasites survivant sur le dos de 5% de créateurs. Tout le monde sait très bien qu’il est plus facile de détruire que de construire.

– La pollution visuelle est la pire de toute car elle imprègne en profondeur notre conscience et nous suit jusque dans la tombe.

– Définition de la civilisation : un groupe humain qui réussit à canaliser l’énergie sexuelle et la violence de ses membres grâce à l’apport d’un projet collectif supra-humain, seul apte à transcender toutes les individualités en concurrence.

– Le plus grand ennemi du genre humain est le confort.

– Dans une société traditionnelle, l’homme est sujet de son mythe et regarde le monde avec objectivité ; dans une société moderne, l’homme est objet des forces historiques et regarde le monde avec subjectivité.

– Dans la vaste décharge à ciel ouvert qui nous servira de pourrissoir mondial futur, tout sera permis exceptés la discipline, le sérieux et la volonté de progresser : amusement obligatoire pour tout le monde !


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– Avant d’avoir des contacts avec des personnes de pays étrangers, nous n’avions pas pris conscience que la France était actuellement la risée de la planète…

– Le créateur de ce monde ne tient aucun compte du bonheur ou du malheur de ses créatures : tout être humain reçoit un jour ou l’autre la récompense de ses actes et de ses pensées, il est mangé avec la sauce qu’il s’est lui-même préparée. Quoi de plus juste ?

– Notre époque ressemble à s’y méprendre à une vaste pièce de spectacle de mauvais goût : ne parle-t-on pas dans le jargon médiateux des acteurs sociaux, du grand public, du jeu politique, des coulisses du pouvoir, de scène internationale, de théâtre des opérations, de décors urbains, de rôles stratégiques ou encore de scénarios économiques ? Sachant bien sûr qu’ici les loges sont maçonniques, les souffleurs sont les journalopes, les metteurs en scène sont les politicards, les producteurs/scénaristes sont les banksters et que le propriétaire de la salle est Satan.

– L’homme qui prie le saint-je n’est qu’un vulgaire singe qui se fabrique un malsain jeu…

Les deux portes


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 par Pierre-Yves Lenoble

 

« C’est ainsi qu’il y a des lieux qui sont plus particulièrement aptes à servir de « support » à l’action des « influences spirituelles », et c’est là-dessus qu’a toujours reposé l’établissement de certains « centres » traditionnels principaux ou secondaires, dont les « oracles » de l’antiquité et les lieux de pèlerinage fournissent les exemples les plus apparents extérieurement ; il y a aussi d’autres lieux qui sont non moins particulièrement favorables à la manifestation d’ « influences » d’un caractère tout opposé, appartenant aux plus basses régions du domaine subtil ; mais que peut bien faire à un Occidental moderne qu’il y ait par exemple en tel lieu une « porte des Cieux » ou en tel autre une « bouche des Enfers », puisque l’ « épaisseur » de sa constitution « psycho-physiologique » est telle que, ni dans l’un ni dans l’autre, il ne peut éprouver absolument rien de spécial ? », René Guénon (Le Règne de la Quantité, Gallimard, 1972, p. 133).

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Chez l’ensemble des peuples traditionnels, on retrouve l’idée générale que l’accès au séjour post-mortem s’effectue suite à un choix fatidique entre deux portes symboliques, l’une ouvrant vers le monde d’en-haut, le Ciel paradisiaque réservé aux élus et aux justes, l’autre précipitant les damnés vers les profondeurs de l’abîme infernal.

Comme le veut le paradigme traditionnel, ces deux portails symboliques ont été intégrés dans différents niveaux de compréhension et facettes de l’existence humaine. Ainsi on les retrouve dans un nombre considérable de récits mythiques, d’enseignements théologiques et autres textes religieux jouant un rôle important à la fois de discriminateurs des âmes d’outre-tombe, de modèles cosmologiques et calendaires, mais aussi de principes architecturaux et de lieux-saints intégrés dans une géographie sacrée.

Tout d’abord, intéressons-nous à l’aspect essentiel des deux portes imaginales, à savoir leur fonction ontologique, lors de la mort (clinique ou initiatique). En effet, les enseignements traditionnels affirment tous en substance qu’au moment du décès, l’âme humaine se voit soumise à un choix douloureux entre deux voies, à un jugement implacable (telle la « pesée de l’âme ») ou à une épreuve décisive (passage des rochers qui s’entrechoquent ou du pont périlleux, combat contre un monstre, quête d’un objet magique perdu… etc.) dont l’issue déterminera définitivement sa destinée d’outre-tombe : soit la réintégration au paradis via la « porte du ciel » (janua coeli), soit la punition éternelle des flammes de l’Hadès via la « porte des enfers » (janua inferni).

En d’autres termes, franchir la porte céleste équivaut au salut de l’âme, à un retour à l’état primordial d’avant la « Chute », c’est parvenir à ce que le moi supérieur (notre personnalité éternelle, notre conscience pure) se dépouille du moi inférieur (notre individualité passagère, notre mental changeant) enfermé dans les limites du monde conditionné, en vue de s’extraire subtilement de la pesanteur de la matérialité et s’élever d’un degré supplémentaire sur l’échelle universelle des états multiples de l’Être : c’est pourquoi la porte paradisiaque est toujours décrite comme étroite, c’est le « trou de l’aiguille » qui ne laisse pas passer les êtres à l’ego trop « riche » et qui s’ouvre seulement pour quelques rares élus.

Notons qu’au niveau de la physiologie subtile, la « porte du ciel » a été comparée à un minuscule orifice situé au sommet du crâne, à un point secret où aboutit l’artère coronale et par lequel s’extirpe l’esprit humain ; cet organe subtil a été fréquemment assimilé à la glande pinéale (ou épiphyse), c’est également Kether (la « couronne »), la plus haute des Sephiroth de l’arbre kabbalistique, ainsi que la tête de serpent présente sur le front des Pharaons, ou encore le « troisième œil » des doctrines orientales. Cela explique aussi l’ancestral rite de trépanation des crânes pratiqué aux quatre coins du globe (songeons dans la même veine à la tonsure des moines), en tant que matérialisation symbolique sur le cadavre du trou par lequel l’âme s’échappe du corps…

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En revanche, la porte infernale — nommée également « Bouche des Enfers », « Trou du Diable » ou « Mâchoires de la Mort » — est réservée à la grande majorité des hommes (n’oublions pas qu’il y a « beaucoup d’appelés mais peu d’élus »), qui ont perdu leur conscience qualitative propre durant leur existence terrestre en développant et en renforçant leur âme basse liée aux besoins du sexe et du ventre, soit la partie psychique qui reste attachée à la dépouille corporelle et qui se dissout petit à petit dans les puissances infra-terrestres ; en ce sens, l’Enfer n’est pas un châtiment divin mais le résultat d’un choix personnel, une auto-punition réservée aux âmes qui s’aiment trop, une issue fatale destinée à ceux qui n’ont pas réussi à sortir d’eux-mêmes…

Pour appuyer nos propos, nous tenons à reproduire cet important rappel émis par Julius Evola : « Le destin de l’âme dans l’outre-tombe comporte donc deux voies opposées. L’une est le « sentier des dieux », appelé aussi la « voie solaire », ou de « Zeus », qui conduit au séjour lumineux des immortels, représenté comme sommets, cieux ou îles, du Walhalla et de l’Asgard nordiques jusqu’à la « Maison du Soleil » aztéco-péruvienne réservée également aux rois, aux héros et aux nobles. L’autre est la voie de ceux qui ne survivent pas réellement, qui se redissolvent peu à peu dans les souches d’origine, dans les totems qui, seuls, ne meurent pas : c’est la voie de l’Hadès, des « Enfers », du Niflheim, et des divinités chthoniennes. (…) L’idée de tourments, de terreurs et de punitions dans l’au-delà — l’idée chrétienne de l’ « enfer » — est récente et étrangère aux formes pures et originaires de la Tradition où se trouve seulement affirmée l’alternative entre la survivance aristocratique, héroïque, solaire, olympienne pour les uns, et le destin de dissolution, de perte de la conscience personnelle, de vie larvaire ou de retour au cycle des générations pour les autres » (Révolte contre le monde moderne, Les éditions de l’Homme, 1972, p. 92).

L’accès victorieux au séjour des immortels est donc particulièrement ardu et périlleux pour l’être aspirant à une plus-que-vie : il suppose la réussite de l’épreuve ultime — le « grand passage », le « franchissement du seuil » — imposée au proprium humain lors de la mort, à savoir la douloureuse scission entre la part physio-psychique contingente et la part spirituelle transmigrante. Passer à travers la porte céleste équivaut à ce que le véritable Moi renie en toute conscience le moi animal (« séparer le subtil de l’épais » suivant l’adage alchimique) ; pour reprendre le symbolisme biblique, c’est parvenir à terrasser les Chérubins armés de glaives de feu, postés par Dieu devant l’entrée du Paradis suite à l’expulsion du proto-couple humain (Genèse III, 24).

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Au demeurant, nous rappellerons que toutes les sacralités anciennes ont fait état de ces deux portes supra-terrestres, l’une anagogique, l’autre catagogique, dans leurs différents corpus mythologico-religieux et, en conformité avec le paradigme traditionnel faisant du domaine matériel un reflet du domaine spirituel, elles ont toutes mis en correspondance symbolique et analogique la destinée post-mortem du moi désincarné avec les phénomènes observables dans la nature (comme la course des astres ou l’enchaînement des saisons).

Comment ne pas évoquer ici l’antique dieu latin Janus, généralement figuré avec deux visages opposés (on parle alors de Janus Bifrons), dont le riche symbolisme recouvre une multitude de significations ontologiques et cosmologiques.

Ainsi, Janus (dont le nom dérive de janua : « porte ») est typiquement une divinité ouranienne et solaire (son parèdre féminin est la déesse Jana ou Diana, la lune), il incarne le portier célestiel et le discriminateur des âmes, il représente le pivot du cosmos et l’initiateur par excellence.

L’un de ses visages regarde l’avenir et le levant, il symbolise la « porte du ciel » (janua coeli) ouvrant la « voie des dieux » réservée aux héros et aux élus, c’est également tout autant l’aube journalière que le solstice d’hiver, marquant la naissance et le début de la phase croissante du soleil annuel (le mois de Janvier qui ouvre l’année lui est consacré), l’autre regarde le passé et le couchant, c’est la « porte de l’enfer » (janua inferni) ouvrant la voie simplement humaine (le « chemin de perdition »), le crépuscule, le solstice d’été marquant l’enclenchement de la phase descendante du soleil, mais aussi, par analogie, la précipitation des âmes damnées dans les profondeurs du monde des ténèbres.

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Notons que dans le cadre de l’évangélisation de l’Europe dans les premiers siècles de notre ère, ce florissant symbolisme cosmique du dieu Janus a été christianisé, comme du reste moult traditions païennes, ses deux faces devenant les deux saints Jean fêtés aux solstices (le folklore paysan parle ainsi de « Jean qui pleure » et « Jean qui rit » pour qualifier les portes solsticiales) ; dans le même registre, le Christ a reçu les attributs cosmo-symboliques du Sol Invictus romain (le « soleil invaincu ») et du dieu céleste Mithra dont la naissance était célébrée le 25 Décembre…

Jésus en personne ne déclare-t-il pas : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage » (Jean X, 9)? Il est à ce titre intéressant de constater que le même sens symbolique est appliqué à Agni, l’ancestral dieu solaire des indo-européens ; on peut lire par exemple dans le Aitereya Brâhmana (III, 42) cet hymne explicite : « Agni s’éleva jusqu’à toucher le ciel : il ouvrit la porte céleste. (…) il laisse passer quiconque comprend cela »…

Dans une perspective concordante, nous signalerons que l’architecture traditionnelle, notamment la disposition des bâtiments sacrés, a partout et toujours matérialisé cette « porte étroite » permettant à l’être en voie de libération de s’extraire hors de l’espace/temps intra-cosmique, de sortir à l’extérieur de la « caverne du monde » (songeons par exemple à l’ « œil du dôme » sachant que le dôme symbolise la voûte du ciel, à la croisée d’ogives ou à la clé de voûte, sans parler des ouvertures au sommet des tentes traditionnelles afin de laisser s’échapper la fumée, des différents types d’ « arcs de triomphe » ou de certains monuments explicites telle la fameuse « porte du Soleil » à Tiwanaku en Bolivie).

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Nous terminerons cet aperçu en évoquant la géographie et la topographie sacralisées des Anciens, qui savaient reconnaître dans le paysage naturel les endroits particulièrement chargés d’influences subtiles, tant positives que négatives : il y avait donc des lieux assimilés à des « portes du ciel », mais aussi à des « portes des enfers ». Suivant cette vision qualitative et différenciatrice de l’espace, il existait deux types de lieux sacrés éparpillés sur la surface terrestre, certains, bénéfiques, porteurs de forces tellurico-spirituelles ascendantes, d’autres, maléfiques, porteurs de malédiction et de forces infra-terrestres corrosives.

Cicéron (De Diuinatione I, 36) délivrait à cet égard de précieuses indications quant à cette connaissance ancienne des différentes qualifications du sol et du sous-sol : « Mais quoi ? Nous ne voyons donc pas combien les territoires sont variés ! Certains sont meurtriers, comme Ampsancte en Hirpinie et, en Asie, les Plutonia, que j’ai vus ; d’autres sont insalubres, d’autres encore, sains ; il en est qui produisent des intelligences aiguës, d’autres qui les font obtuses : tout cela résulte de la variété du climat et des différentes exhalaisons de la terre ».

De même, certaines cités saintes comme Babylone (de l’akkadien Bâb-ilim : « porte de dieu »), Jérusalem et La Mecque ont reçu le titre de « porte du ciel » en tant que centres cérémoniels et haut-lieux où pouvait s’établir la communication directe terre/ciel ; les traditions juives et musulmanes affirment que les prières des fidèles disséminés aux quatre coins du globe sont toutes captées en un unique point central (respectivement le sanctuaire de Jérusalem et de La Mecque), puis sont envoyées d’une seule voix au royaume des Cieux situé à l’exact vertical.

Observons également que ces sites sacrés, situés idéalement sur l’axis mundi, étaient en relation avec le monde inférieur des morts et se présentaient comme des « portes des enfers ». Les légendes disent par exemple que la cité de Babylone avait été construite sur Bâb-apsî (« porte d’Apsu », Apsu désignant les régions inférieures du chaos pré-formel), et il est dit que le Temple de Jérusalem est situé au-dessus du monde souterrain et qu’il renferme la « bouche du tehôm » (tehôm étant les eaux chaotiques inférieures).

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Tout cela concorde bien avec la définition du « temple » (templum) donnée par le savant romain Varron (De la langue latine VII, 6) qui expliquait que tout temple digne de ce nom est d’une nature triple et se trouve toujours intégré aux trois plans d’existence du cosmos (Enfers, Terre, Ciel) : chaque temple est donc à la fois un temple céleste (templum a natura in caelo), un espace consacré au sol (templum ab auspiciis in terra) et un templum sub terra (souterrain)…

On peut constater par ce qui précède que toute forme de manifestation dans l’univers, et à plus forte raison tout être humain, se voit nécessairement confrontée au choix fatidique entre ces deux portes. Du point de vue métaphysique, on peut déclarer plus laconiquement que rien n’est immobile et inchangeant excepté l’Un, ainsi toute chose manifestée est soumise au mouvement respiratoire continu d’expansion puis de résorption : dès lors, l’âme humaine ne peut jamais être complètement apaisée, elle est perpétuellement condamnée à l’alternance, à progresser ou à régresser… sachant que le retour final à Dieu, la fonte dans l’Être unique, nécessite purement et simplement l’extinction intégrale de tout état transitoire de manifestation, car comme l’enseignait Maître Eckhart : « Le royaume des Cieux est pour nul autre que ceux qui sont totalement morts. Ceux-ci sont morts bienheureux, morts et enterrés dans la Divinité »…

La sacralisation du pouvoir


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par Pierre-Yves Lenoble

« Ce mot de roi est un talisman, une puissance magique qui donne à toutes les forces et à tous les talents une direction centrale », Joseph de Maistre (Étude sur la souveraineté, livre II, chap. 2).

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Le pouvoir réel dans toutes les sociétés traditionnelles, des simples tribus aux grandes civilisations, a toujours été attribué à un seul homme (roi, empereur, pharaon, calife, raja…), littéralement un monarque, dont la fonction revêtait avant-tout une dimension transcendante et un caractère sacré : ainsi représentait-il bien plus qu’un simple chef temporel, il était l’incarnation vivante d’un principe spirituel, supérieur et fédérateur, c’était « l’Axe » humain autour duquel la sphère sociétale s’organisait.

Dés lors, tout chef traditionnel pourrait légitimement déclarer : « Mon principe est tout, ma personne n’est rien », comme le dit l’expression bien connue du Comte de Chambord ; de même, la phrase proclamée à chaque avènement d’un nouveau monarque français : « Le roi est mort, vive le roi », montre clairement que l’homme fait de chair et d’os qui se trouve sous la couronne est sans importance au regard de la fonction royale et du principe supra-humain dont il est le dépositaire passager.

Contrairement aux modes de gouvernance modernes usurpateurs, basés sur la domination brutale, la force économique ou le vote démocrateux, les dirigeants traditionnels recevaient la dignité, la légitimité et l’autorité aux yeux du groupe en raison de leur origine divine ou de leur descendance directe des grands ancêtres fondateurs. En clair, on peut donc avancer que dans le cadre du monde traditionnel, c’est directement Dieu qui « fait » les rois…

Cette aura surnaturelle attachée au représentant du pouvoir temporel était officialisée par une cérémonie religieuse — le sacre — lors de laquelle la caste sacerdotale donnait solennellement au souverain les attributs symboliques du pouvoir (sceptre, couronne, main de justice, épée, pourpre… etc.), mais surtout, lui conférait le « droit divin » (ou ce que les chinois nomment le « mandat du Ciel »), soit l’onction offrant un influx sacré indélébile, à l’image du célèbre sacre du Roi de France à Reims qui faisait de ce dernier le « lieutenant du Christ » et le dotait de pouvoirs thaumaturgiques (les rois français étaient censés guérir la maladie des écrouelles par le toucher, en prononçant cette phrase explicite : « Le Roi te touche, Dieu te guérit »).

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Selon nous, un très bel exemple de cette sacralisation du pouvoir effectuée par le sacerdoce nous vient de l’Inde brahmanique avec le Rajasûya, qui était une véritable cérémonie rituelle usant d’un riche symbolisme à la portée cosmologique, et qui intronisait de façon quasi-théatrale le roi indien devant la société, faisant de lui une sorte de principe directeur central de l’ensemble de l’univers.

Voici comment Mircea Eliade décrit ce sacre rituel du roi indien : « La cérémonie centrale comprend plusieurs actes. Le roi lève ses bras, et ce geste a une signification cosmogonique : il symbolise l’élévation de l’axis mundi. Lorsqu’il reçoit l’onction, le roi reste debout sur le trône, les bras levés : il incarne l’axe cosmique fixé dans l’ombilic de la Terre — c’est-à-dire le trône, le Centre du Monde — et touchant le Ciel. (…) Ensuite, le roi fait un pas vers les quatre points cardinaux et monte symboliquement au zénith. A la suite de ces rites, le roi acquiert la souveraineté sur les quatre directions de l’espace et sur les saisons ; autrement dit, il maîtrise l’ensemble de l’Univers spatio-temporel » (Méphistophélès et l’androgyne, Gallimard, 1962, p. 224-225).

L’idée que la monarchie traditionnelle provient d’une origine supra-humaine se retrouve sur tous les continents : le souverain, une fois consacré par son clergé, incarne la figure de la divinité ici-bas, il est la tête de proue (le « chef » au sens premier du terme) de la communauté humaine, le centre unificateur fondant la bonne entente entre tous ses sujets, il maintient l’ordre et la justice internes, assure la protection des frontières extérieures face aux ennemis, et représente idéalement le principe vivifiant du cosmos, garant de la vitalité de la nature, de la fertilité de la terre et des bonnes récoltes.

En bref, on peut dire que tout roi sacré fait office d’intermédiaire entre le plan terrestre et le plan céleste, il constitue à la fois le rejeton des dieux et le père du peuple, à la fois le « maître de la terre » et le « Roi du Monde »…

Donnons quelques illustrations caractéristiques de cette déification intégrale du pouvoir temporel propre au monde de la Tradition.

Nous mentionnerons ainsi l’antique civilisation chinoise où l’Empereur (Wang : terme que l’on peut traduire par « Roi-Pontife ») était assimilé au « Fils du Ciel » et à l’archétype de « l’Homme universel » ; en tant qu’intermédiaire humain entre le Ciel divin et le domaine terrestre, sa vie entière était ritualisée et symbolique, il jouissait d’un pouvoir absolu, toutes les affaires mondaines, petites ou grandes, étaient donc de son ressort. Le vieux sage Tchoang-Tseu (chap. XII) enseignait à cet égard : « Le pouvoir du Souverain dérive de celui du Principe ; sa personne est choisie par le Ciel ». Enfin, citons ces quelques phrases de l’historien des religions Albert Reville qui montrent bien l’aspect supra-humain attaché à la fonction impériale : « Les Chinois distinguent nettement la fonction impériale de la personne même de l’empereur. C’est la fonction qui est divine, qui transfigure et divinise la personne, tant que celle-ci en a l’investiture. (…) L’Empereur, en Chine, est moins une personne qu’un élément, une des grandes forces de la nature, quelque chose comme le soleil ou l’étoile polaire » (La religion chinoise, Fischbacher, 1889, p. 58-60).

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En réalité, on retrouve chez l’ensemble des sociétés traditionnelles l’idée que la royauté est d’origine divine et le fait que le souverain représente sur terre la personnification humaine de la Divinité suprême ; par exemple, au Japon, le pouvoir impérial était directement issu de la grande déesse solaire Amaterasu Omikami, de même, Jules César faisait descendre sa lignée familiale (la gens Julia) de la déesse Vénus, ou encore, songeons à l’Antiquité grecque qui attribuait l’origine des rois au dieu des dieux, Zeus.

Julius Evola évoque bien d’autres traditions faisant de leur roi un sur-homme, issu d’une généalogie divine et incarnant ici-bas le Principe suprême : « D’après la conception indo-aryenne, par exemple, le souverain n’est pas un « simple mortel », mais bien « une grande divinité sous une forme humaine ». Dans le roi égyptien, on voyait, à l’origine, une manifestation de Râ ou d’Horus. Les rois d’Albe et de Rome personnifiaient Jupiter ; les rois assyriens Baal ; les rois iraniens le Dieu de lumière ; les princes germains et du Nord étaient de la même race que Tiuz, Odin et les Ases ; (…) Au-delà de la grande diversité des formulations mythiques et sacrées le principe constamment affirmé est celui de la royauté, en tant que « transcendance immanente », c’est-à-dire présente et agissante dans le monde » (Révolte contre le monde moderne, Ed. de l’Homme, 1972, p. 28).

Aux quatre coins du globe, les sociétés dites primitives ont elles-aussi fait de leur grand chef un personnage hautement sacré et ont enrobé leurs divers modes de gouvernance d’une qualification mytho-religieuse. En effet, dans les groupes tribaux, le roi était considéré comme un personnage à-part, une sorte de dieu vivant et de père symbolique, qui était le référant absolu, garant de la protection militaire, du respect de la justice, de la bonne conduite des rites, de la sécurité alimentaire et de la fécondité du clan.

L’ethnologue Raymond Firth (Primitive Polynesian Economy, 1939, p. 191) nous apprend ainsi que dans les tribus d’Océanie, « le chef a un rôle important parce qu’il est l’intermédiaire des dieux protecteurs du clan. Il a l’initiative et le contrôle de l’utilisation des ressources naturelles. Les cérémonies qu’il accomplit sont les points cruciaux du cycle saisonnier et économique » ; dans le même registre, Jean Servier (L’Homme et l’Invisible, R. Laffont, 1964, p. 326) fait observer qu’ « En Afrique, la royauté est directement issue du sacré, elle est la conséquence de la descendance de l’ancêtre fondateur qui donne une capacité particulière à remplir certaines fonctions rituelles déterminées. Il en est de même des rois agraires dans les civilisations méditerranéennes depuis l’Antiquité »…

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De tout ce qui précède nous pouvons dégager quelques idées principales : tout d’abord, on s’aperçoit que traditionnellement tout Pouvoir temporel nécessite l’apport d’une bénédiction spirituelle et d’une coloration religieuse afin d’assurer sa légitimité devant le reste du groupe ; une fois sacralisé, le chef assure les fonctions symboliques de centre, d’intermédiaire et de lien entre la Terre et le Ciel ; partout et toujours, le roi personnifie physiquement et symboliquement la Divinité suprême ici-bas, il incarne la figure humaine du Principe divin qui seul peut unifier et vivifier l’ensemble des composantes de la société, il devient aux yeux de tous le garant principal de la paix, de l’ordre, de la justice et de la sécurité alimentaire.

Sans ce surplus de Sacré, sans l’addition d’une aura surnaturelle et sans cette soumission à des prescriptions de nature religieuse, le Pouvoir ne peut qu’être usurpateur, il ne constitue qu’une force brute dépourvue de sagesse, et finalement le groupe social ne peut que se voir livré à l’entropie du tous contre tous, à l’image d’un aveugle qui ne prendrait pas sur ses épaules le paralytique voyant…

Afin d’appuyer nos propos, nous tenons ici à citer cette phrase éclairante émise par René Guénon dans son indispensable ouvrage, Autorité spirituelle et Pouvoir temporel (Trédaniel, 1984, p.112) : « Le pouvoir temporel, avons-nous dit, concerne le monde de l’action et du changement ; or le changement, n’ayant pas à en lui-même sa raison suffisante, doit recevoir d’un principe supérieur sa loi, par laquelle seule il s’intègre à l’ordre universel ; si au contraire il se prétend indépendant de tout principe supérieur, il n’est plus, par là-même, que désordre pur et simple ».

A notre époque où tout lien sacral a été rompu, où tous les aspects de la vie ont été désacralisés et horizontalisés, où toutes les religions ont été profanées, où toutes les formes transcendantes de gouvernement ont été annihilées, les rois de droit divin ont tous été décapités depuis plusieurs siècles et la création des états laïcs, les nouveaux types de pouvoir sont donc tous illégitimes car seulement basés sur le pseudo-prestige d’une classe économique parasitaire : on a beau se faire surnommer « Jupiter » on en reste pas moins un métrosexuel gérontophile dégénéré…

Du héros à l’anti-héros


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par Pierre-Yves Lenoble

« Étant réel et sacré, le mythe devient exemplaire et par conséquent répétable, car il sert de modèle, et conjointement de justification, à tous les actes humains. (…) tandis que le langage courant confond le mythe avec les « fables », l’homme des sociétés traditionnelles y découvre, au contraire, la seule révélation valable de la réalité », Mircea Eliade (Mythes, rêves et mystères, Gallimard, 1957, p. 21-22).

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Dans les sociétés pré-modernes, tous les comportements humains, tant collectifs qu’individuels, s’apparentaient à des hiérophanies, et étaient vécus charnellement en analogie sympathique avec un archétype supra-humain inscrit dans un mythe.

Dans tous les actes de l’existence (travail, guerre, vie de famille, sexualité, fêtes…), l’homme traditionnel participait de tout son être à la hiéro-histoire de sa communauté, aspirait ardemment à une sacralisation de la vie et se devait d’imiter le plus fidèlement possible les faits et gestes exemplaires de ses héros tutélaires.

Il est donc important de comprendre que les principaux protagonistes des mythes et autres récits sacrés — les dieux, les héros, les prophètes et les êtres surnaturels — ne furent pas seulement des idéalisations des processus cosmologiques (comme la course des astres ou l’enchaînement des saisons), des allégories des forces de la nature ou des lointains souvenirs de personnages illustres ayant réellement existé, mais avant-tout des modèles existentiels à suivre, des exemples ontologiques à atteindre, des figures typiques (des Noms divins pourrait-on dire) permettant à tout individu, selon sa nature propre, de s’identifier ici-bas à l’une des multiples faces de la perfection divine.

En effet, comme l’écrivait laconiquement Julius Evola, « les dieux apparaissent non comme des fictions poétiques ou comme des abstractions de théologiens se mettant à philosopher, mais comme des symboles et des projections d’états transcendants de la conscience » (Explorations, Pardès, 1989, p. 202).

Ainsi, on peut dire que les divinités et les héros mythologiques ne sont pas extérieurs à l’homme, ils représentent tous, chacun à leur manière, des archétypes intemporels du véritable Soi universel que tout être particulier porte en lui-même et dont il faut à tout prix se ressouvenir individuellement, ils symbolisent des facettes particulières de l’unique Homme avec un grand H, présent en chaque homme, qu’il convient de retrouver coûte que coûte par ses propres moyens.

A cet égard, un célèbre adage antique affirme très clairement cette farouche volonté de réalisation spirituelle : « Pour connaître les Dieux, il faut se rendre semblable à eux ». Dès lors, les hommes traditionnels menaient leur existence entière ― faite bien entendu de difficultés, d’épreuves, de défaites, de victoires, de joies et de douleurs ― en constante référence analogique avec les pérégrinations, les épopées et les aventures héroïques contées dans les mythes, qui façonnaient l’ensemble de leur paysage mental.

Dans un monde où le temps profane n’existe pas, chaque fonction sociale occupée au sein du groupe devenait de fait une sorte de sacerdoce et chaque acte était réalisée en participation consciente selon un modèle supra-humain dévoilé dans le mythe, le tout, encadré et orchestré par une autorité spirituelle légitime, gardienne et vectrice de la Tradition.

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Même chez les sociétés dites « primitives » ou « sauvages », on retrouve l’omniprésence de cet exemplarisme mythique, ce qui faisait dire à l’ethnologue G. Gusdorf que « La participation sociale constitutive de la vie personnelle équivaut à l’adoption d’un personnage mythique. Le fonctionnement social tout entier peut être considéré comme une vaste distribution de rôles pour le grand jeu du mythe » (Mythe et métaphysique, Flammarion, 1984, p. 142).

Courage, sagesse, droiture, don de soi, abnégation, ascétisme, inébranlabilité, auto-sacrifice, maîtrise des gestes et techniques, intrépidité, force physique mise au service d’un idéal, générosité, confiance, honneur… etc., telles étaient les grandes qualités humaines et les hautes valeurs ontologiques incarnés par les dieux qui justifiaient tous les comportements de l’homme traditionnel : celui-ci était donc constamment tiré vers le haut et invité à se parfaire malgré ses imperfections et ses faiblesses inhérentes à sa condition terrestre.

De nos jours, l’homme des sociétés modernes désacralisées n’a pas changé : même s’il en est parfaitement inconscient, il reste, qu’il le veuille ou non, un homo religiosus nécessitant des mythes et des modèles héroïques afin de structurer son psychisme et de donner un sens à sa triste existence.

Cependant, à notre époque apostate, tous les aspects de la vie qui autrefois revêtaient une qualité supra-humaine ont été subvertis voire intégralement inversés : les mythes ne sont plus portés par les membres d’une autorité spirituelle visant à élever ses ouailles, mais bien par l’industrie du spectacle (livres d’histoire, actualité médiatique, cinéma, musique, littérature, sport de masse, jeux vidéo, internet…), en tant que gigantesque machine à pervertir et à abrutir.

Ainsi, les héros — ou plutôt les idoles — d’aujourd’hui (politicards, starlettes, dieux du stade, actrices/courtisanes, chanteurs dégénérés, super-héros robotisés, horribles créatures animées…) sont de véritables contre-exemples, littéralement des anti-héros, ils n’incarnent plus des modèles de perfection anthropologique mais au contraire sont des figures humanoïdes sans valeur, quasi-diaboliques, lâches, tordues, égocentriques, brutales, imbéciles, hypersexualisées, dépourvues de moralité, hystériques, dévergondées, torturées, nihilistes, intérieurement tiraillées… etc.

Pour terminer ce court article sur une note positive, nous conseillerons à nos lecteurs d’ignorer et de mépriser tous ces faux héros qui ne sont, au final, que des fantômes — au sens propre comme au sens figuré — qui resteront dans les poubelles de la mémoire collective ; en revanche, les grands mythes et les textes sacrés des quatre coins du monde sont toujours bien là pour nous donner des clés de compréhension fort utiles à nos propres vies, les héros et les dieux n’ont jamais cessé de représenter des exemples d’identification individuelle, des bons modèles à suivre, et ce, afin de conférer une signification profonde à tous nos actes, de nous améliorer de jour en jour et de ré-enchanter nos existences tourmentées…

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Le symbolisme des géants


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« Les géants, à ce qu’on assure, voulurent conquérir le royaume des cieux et entassèrent, pour s’élever jusqu’aux astres, montagnes sur montagnes.(…) Mais cette race méprisa les dieux ; elle fut, entre toutes, avide des horreurs du carnage et ne respira que la violence », Ovide (Métamorphoses I, 150).

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Nous souhaitons ici dresser en quelques points les principaux caractères symboliques attachés au personnage mytho-légendaire du « Géant » (ou à ses variantes comme l’ogre, le titan ou le cyclope), figure que l’on retrouve dans un nombre incalculable de récits traditionnels à travers le monde entier.

Comme à notre habitude nous nous pencherons dans cet article sur les significations profondes et les aspects ésotériques liés à la thématique des géants en laissant de coté la question de leur réalité historique, que nous ne réfutons pas entièrement mais qui selon nous est bien trop nébuleuse et sujette à des controverses sans fin.

Tout d’abord, il convient de constater que le symbole du géant a pour de nombreuses traditions (Bible, Islam, Antiquité gréco-latine, contes orientaux, légendes caucasiennes et amérindiennes… etc.) joué prioritairement un rôle négatif et figuré généralement un type d’humanité antédiluvien en rébellion contre la volonté divine, ou plus précisément, il se présente comme l’archétype de l’homme prométhéen arrivé en fin de cycle historique, qui est marqué par l’impiété, la volonté démesurée de puissance, l’appétit de luxe et la corruption des mœurs (songeons à l’archétype bien connu de l’ogre mangeur de petits enfants), et, au final, qui amène sur lui un terrible châtiment divin de type cataclysmique à cause de son esprit de révolte (que l’on peut légitimement qualifier de « titanique » ou de « nemrodien ») et de sa dégradation ontologique exacerbés.

Au chapitre VI (1-7) de la Genèse, on apprend ainsi que la race des géants (Nephilim), issue de l’accouplement contre-nature des « fils de Dieu » avec les « filles des hommes », était implantée sur toute la surface de la terre et qu’elle provoqua la colère divine du déluge planétaire du fait de son irréligion et de son matérialisme grossier.

Voici également ce qu’on peut lire de ces géants antédiluviens au chapitre III de l’apocryphe biblique intitulé le Livre de Baruch (16-28) : « Où sont-ils, les chefs des nations, ceux qui domptent les bêtes de la terre, qui se jouent des oiseaux du ciel, et qui entassent l’argent et l’or, — ces biens auxquels les hommes accordent leur confiance — mais dont les possessions n’ont pas de fin ? Où sont-ils, ceux qui travaillent l’argent avec soin, mais dont les œuvres ne laissent pas de traces ? Ils ont disparu, ils sont descendus dans le séjour des morts, et d’autres se sont levés à leur place. (…) C’est là que furent engendrés les fameux géants, ceux du commencement (ab initio), de haute stature et versés dans l’art de la guerre. Ce n’est pas eux que Dieu a choisis, ni à eux qu’il a indiqué le chemin de la vraie science ; et ils périrent, car ils n’avaient pas de discernement; ils périrent à cause de leur folie ».

Le Livre d’Hénoch (chap. VII et VIII) nous fournit aussi des indications très révélatrices sur cette humanité antédiluvienne en rupture totale avec tout l’héritage mytho-sacral des origines, en révolte consciente face à tout ordre supra-humain, et cherchant le moyen d’occulter toute vie spirituelle au profit d’une divinisation de la matière et de tout ce qui n’est qu’humain.

L’apocryphe incorporé dans la Bible éthiopienne parle ainsi de la corruption générale du monde, inaugurée par l’action malveillante des anges déchus (dont le prince est Azaziel) qui copulèrent avec les filles des hommes, engendrèrent les géants et initièrent l’humanité à toutes sortes de sciences occultes (divination, astrologie, sorcellerie, métallurgie… etc.) et de transgressions morales, leur apportèrent des sciences et des technologies nouvelles, leur apprirent les charmes corporels, l’art du paraître et autres pratiques diaboliques en tout genre ; nous lisons : « Et ils se choisirent chacun une femme, et ils s’en approchèrent, et ils cohabitèrent avec elles ; et ils leur enseignèrent la sorcellerie, les enchantements, et les propriétés des racines et des arbres. Et ces femmes concurrent et elles enfantèrent des géants, dont la taille avait trois cent coudées. (…) Et alors la terre réprouva les méchants. Azaziel enseigna encore aux hommes à faire des épées, des couteaux, des boucliers, des cuirasses et des miroirs ; il leur apprit la fabrication des bracelets et des ornements, l’usage de la peinture, l’art de se peindre les sourcils, d’employer les pierres précieuses, et toutes espèces de teintures, de sorte que le monde fut corrompu. L’impiété s’accrut ; la fornication se multiplia, les créatures transgressèrent et corrompirent toutes leurs voies ».

Bien d’autres traditions humaines connaissent elles-aussi, dans leurs légendes et leurs cosmogonies, la figure mythologique inquiétante du géant, toujours présenté comme un être démesuré, brutal, à la force colossale et en conflit permanent avec les dieux.

Songeons par exemple aux horribles géants de la mythologie grecque, dépeints comme des êtres chaotiques, pré-humains, en lutte acharnée contre l’ordre olympien ; les géants (littéralement « nés de la terre » selon le grec ancien), issus du sang d’Ouranos reçu par la Terre-mère Gaïa, représentent tant les puissances telluriques et chthoniennes non-canalisées (ils incarnent « l’Autre », le « monstrueux ») que le lointain souvenir de populations conquérantes dévoyées qui seront finalement vaincues par les dieux suite à la Gigantomachie (« le combat contre les géants »).

Diodore de Sicile, dans sa Bibliothèque historique (Livre V, 71), nous donne une description classique de cet épisode : « Jupiter châtia les Géants pour les injures qu’ils faisaient souffrir aux hommes ; car, confiants dans la grandeur démesurée de leur taille et dans leur force corporelle, ils réduisaient en esclavage leurs voisins, désobéissaient aux lois de la justice, et déclaraient la guerre à ceux qui par leurs bienfaits avaient été placés au rang des dieux. Jupiter ne fit pas seulement disparaître les impies et les méchants, il distribua encore des honneurs mérités aux meilleurs des dieux, des héros, et des hommes ».

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Les mêmes idées se rencontrent également dans la tradition germano-scandinave, selon laquelle l’univers entier et les êtres vivants qui le peuplent sont les produits de la dépouille du géant primordial Ymir (la légende dit que « la mer est le sang du géant Ymir, les montagnes ses os, le ciel sa calotte crânienne »). Du reste, les géants (Jötunn) sont décrits comme des créatures ténébreuses d’un ancien cycle historique, surpuissantes (à tel point qu’on en a fait des anthropomorphisations des forces brutes de la nature), détentrices de savoirs magiques et métallurgiques. Depuis leur royaume inaccessible de Jötunheimr, situé à la périphérie du monde des hommes, ils sont en guerre constante contre les dieux et menacent perpétuellement l’équilibre général du monde.

Dans le même esprit, les contes populaires lituaniens et finlandais contiennent des récits diluviens ayant pour protagonistes principaux ces mêmes géants révoltés ; par exemple, un célèbre mythe raconte que le déluge a été envoyé par le dieu Perkùnas (le Zeus/Jupiter balte) afin d’exterminer la race maléfique de géants qui peuplait alors la surface de la terre. Pris de pitié pour le dernier couple de vieux géants qui se noyaient, Perkùnas leur jette une coquille de noix en guise de barque salvatrice afin qu’ils repeuplent la terre.

On pourrait multiplier indéfiniment les exemples de croyances et de récits sacrés ayant trait à la figure sinistre du géant, présenté comme un type d’homme dégénéré, insoumis aux préceptes divins, appartenant à une époque fort reculée, puni de ses péchés à répétition par la justice divine via un cataclysme diluvien.

Pour donner quelques illustrations, pensons à la mythologie chinoise qui évoque l’action sacrilège du géant Kong-Kong, coupable d’avoir brisé le lien terre/ciel de l’Axe du monde et provoqué en conséquence le déséquilibre des pôles terrestres ; dans un même registre, on lit également dans le manuscrit du dominicain Pedro de los Rios que les Aztèques et les Incas enseignaient que la terre, lors du cycle historique précédant le nôtre, était habitée et dominée par des êtres gigantesques hautement civilisés (les Tzocuillixeo), qui furent tous anéantis dans un cataclysme final de type diluvien. Enfin, chez les Ossètes, une légende raconte comment une race antédiluvienne de géants — qui avait usurpé la Connaissance sacrée, qui avait construit une haute citadelle sous l’égide d’un roi borgne et qui tyrannisait les peuples voisins — fut exterminée suite à la colère divine.

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On peut facilement le constater, tous ces récits anciens dressent un portrait concordant de ce peuple impie des géants, toujours présenté comme une humanité progressiste, matérialiste, tyrannique, en opposition farouche aux lois divines, et détentrice de hauts savoirs occultes et scientifiques (la rendant capable notamment d’élever de gigantesques monuments).

Il n’est pas étonnant que de nombreux commentateurs bibliques ont assimilé les géants à la lignée maudite issue de Caïn qui est présentée dans la Bible comme l’instigatrice de toutes sortes de sciences antitraditionnelles (métallurgie, construction de villes, art de la parure, sorcellerie… etc.).

A ce titre, nous citerons ici les visions mystiques de la Bienheureuse Anna Katharina Emmerick au début du XIXe siècle : « Je vis les descendants de Caïn devenir toujours plus impies et sensuels. (…) Leurs enfants étaient très grands, avaient toutes sortes de dons et d’aptitudes, et se rendirent complètement les instruments des mauvais esprit. (…) J’ai vu beaucoup de choses sur ce peuple des géants : comment ils traînaient très facilement d’énormes rochers jusqu’au sommet de la montagne, comment ils montaient de plus en plus haut, comment ils accomplissaient les choses les plus étonnantes. (…) Ils pouvaient faire toutes sortes de choses, et les plus étonnantes, mais uniquement des simulacres et des artifices, qui se produisent avec l’aide du diable. (…) Ils pouvaient faire toutes sortes de figure de pierre et de métal ; mais de la science de Dieu, ils n’avaient plus aucun vestige et cherchaient n’importe quoi à adorer » (Les mystères de l’ancienne Alliance, Téqui, 1977, p. 61-62).

Du reste, il nous faut rappeler qu’aux quatre coins du monde les populations contemporaines attribuent généralement l’érection des énigmatiques constructions mégalithiques à des antiques peuples de géants (n’utilise-t-on pas à cet égard l’adjectif de « cyclopéen »?) ; à ce sujet, l’historien médiéviste H. Bresc, dans un petit article richement documenté, intitulé Le temps des géants, montre bien cette tradition fort répandue de l’archétype du géant-bâtisseur dans les chroniques, la littérature de cours et les traditions populaires de l’Europe médiévale, et écrit ainsi que : « L’attribution aux géants des constructions démesurées ou mystérieuses apparaît comme un trait commun des cultures médiévales : les ruines romaines dans la Bretagne conquise par les Anglo-saxons, mais aussi en Provence où la Turbie est la « tourre dou gigant », les forteresses byzantines et franques de Syrie, attribuées à Nemrod ou au héros préislamique Antar. (…) Un peu partout, les dolmens et les tombes préhistoriques et protohistoriques sont associés aux Géants par les dénominations courantes et on note avec intérêt des dédoublements phonétiques qui montrent la concurrence et la synthèse entre les Géants et les populations primitives bien connues et nommées. Ainsi, en Allemagne, les Hünengrabe, « tombes des géants », renvoient à Hüne, synonyme de Riese (géant), mais qui a pour origine un doublon de Hunne, « Hun » » (cit. dans Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, vol. 13, 1982, p. 247).

Pour conclure cet article, nous pouvons constater que le symbole mythologique du géant (ou ogre, titan, cyclope, brute, homme feuillu, monstre, bête féroce… etc.) a universellement incarné le « tout autre », « l’anomal », le « monstrueux », la « démesure », la « nature sauvage », les « civilisations disparues »  et les « temps obscurs » : il constitue sans doute un souvenir d’êtres humains de forte stature ― qui ont peut-être existé corporellement sur terre dans un ancien cycle ― dont l’espèce s’est éteinte ou fut exterminée de haute lutte, et, en règle générale, se présente surtout comme une anthropomorphisation symbolique des forces élémentaires déchaînées et des restes fantomatiques du passé.

La figure mythique du géant a partout et toujours représenté l’image-type des puissances telluriques ou chthoniennes, il est une personnification des entités des basses régions du monde subtil, des influences errantes provenant du sous-sol, des pesanteurs animiques latentes, des résidus spectraux attachés aux ruines, des souvenirs lointains d’une crypto-histoire ou d’une humanité révolue, et des mystérieuses traces laissées par les anciennes civilisations ou les peuples autochtones depuis longtemps disparus.

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Du point de vue ontologique, l’archétype universel du géant se présente comme l’homme rebelle à Dieu et à son ordre cosmique, exclusivement tourné vers la domination violente, la possession matérielle et les plaisirs de la chair. Le géant incarne donc symboliquement la part animale de l’être humain, il correspond à « l’homme extérieur » (l’ego individuel périssable) opposé à « l’homme intérieur » (le Soi universel immortel) pour parler comme saint Paul ; en jouant phonétiquement sur les mots le géant est l’antithèse de l’ange, c’est le « je-en » en conflit permanent avec le « en-je »…

Bref, pas besoin du don de prophétie pour comprendre que les hommes qui peupleront la terre lors du prochain cycle historique se souviendront de notre humanité actuelle — caractérisée par son hybris et son oubli du divin, gangrenée par le scientisme technologique, la domination brutale de la nature, le matérialisme pratique, l’occultisme et la débauche sexuelle, et seulement préoccupée par des projets prométhéens (transhumanisme, conquête spatiale, construction de mégalopoles et de gratte-ciels… etc.) — comme un peuple de géants révoltés, justement anéanti par un gigantesque cataclysme à cause de ses méfaits répétés.

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Les mondes engloutis


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Par Pierre-Yves Lenoble

« Alors le dieu des dieux, Zeus, qui règne suivant les lois et qui peut discerner ces sortes de choses, s’apercevant du malheureux état d’une race qui avait été vertueuse, résolut de les châtier pour les rendre plus modérés et plus sages », Platon (Critias, 120c).

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 Les légendes des continents disparus ou des cités englouties sont bien connues dans le monde entier, et n’ont jamais cessé de tourmenter ou d’émerveiller l’imagination fertile de l’esprit humain.

Ces traditions catastrophistes, toujours tenaces et vivaces, s’articulent à quelques détails près autour de ce scénario général : à la suite d’actes sacrilèges répétés, de laisser-aller dans les mœurs publics ou d’hybris généralisée, une civilisation arrivée au summum de sa puissance (ou une ville florissante) se voit subitement rayée de la carte par un terrible cataclysme (déluge, tsunami, glissement de terrain, pluie de feu… etc.) provoqué par la colère divine.

Nous donnerons dans cet article quelques exemples de ces anciens mondes ensevelis et tenterons de mettre en lumière la signification et le symbolisme profond de toutes ces légendes en laissant de coté la question de leur historicité qui ne nous intéresse pas.

L’archétype le plus célèbre est bien entendu celui du mythe platonicien (dans le Timée et le Critias) concernant l’île de l’Atlantide, le grand empire thalassocratique mondial anéanti sous les eaux diluviennes suite au décret de Zeus, courroucé par l’orgueil et l’irréligion des Atlantes.

Voici ce que dit Platon au sujet de la grandeur, de la décadence et de la disparition de la civilisation atlantéenne : « Pendant de nombreuses générations, tant que la nature du dieu (Poséidon) se fit sentir suffisamment en eux, ils obéirent aux lois et restèrent attachés au principe divin auquel ils étaient apparentés. (…) Mais quand la portion divine qui était en eux s’altéra par son fréquent mélange avec un élément mortel considérable et que le caractère humain prédomina, incapables dès lors de supporter la prospérité, ils se conduisent indécemment, (…) tout infectés qu’ils étaient d’injustes convoitises et de l’orgueil de dominer » (Critias, 120a).

On voit par là que la cause principale de la déchéance de l’Atlantide est de nature avant-tout spirituelle et ontologique : c’est l’oubli progressif de sa tradition tutélaire et le reniement général de sa verticalité première qui ont amené le châtiment divin. En perdant leurs principes fondateurs, leurs vertus, leurs valeurs éthiques et leur unité interne au profit de la recherche des richesses matérielles, de la volonté de domination brutale et des passions seulement humaines, les Atlantes se sont mélangés ethniquement et culturellement, se sont divisés contre eux-mêmes et ont finalement accéléré leur propre perte.

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L’histoire du désastre atlantéen est à mettre en parallèle avec le récit biblique de la chute de la Tour de Babel (Genèse XI, 1-9) qui nous parle également d’un immense empire globalisé, uniformisé (il est dit que les hommes, formant un seul peuple, parlaient le même langage) et dirigé d’une main de fer par le monarque dévoyé Nemrod.

En effet, dans une optique prométhéenne, les hommes entreprennent la construction d’une ville (vraisemblablement la maudite Babylone) et d’une tour de briques aussi haute que le ciel pour se faire un nom ; alors Dieu, s’apercevant de cette entreprise démesurée, décide d’abattre sa colère sur la terre, provoquant la dispersion des hommes sur toute la surface du globe et la confusion des langues.

Dans un registre similaire, comment ne pas évoquer un autre passage de la Genèse (chap. XVIII et XIX) racontant la destruction totale, par le soufre et le feu tombés du ciel, des villes pécheresses de Sodome et Gomorrhe (excepté le prophète Loth), en guise de punition divine ; il est bien dit dans le Livre d’Ézéchiel (XVI, 49) que les deux cités « étaient devenues orgueilleuses parce qu’elles vivaient dans l’abondance et dans une tranquille insouciance. Elles n’ont pas secouru les pauvres et les malheureux ».

La tradition islamique évoque quant à elle la cité perdue de Iram (« la ville aux mille piliers »), ensevelie sous les sables après une tempête déclenchée sur ordre divin. La légende affirme que cette cité, « dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes » (Coran LXXXIX, 8), a été anéantie du fait de la décadence de ses mœurs, notamment son appétit de luxe, son polythéisme et la pratique de sciences occultes, et ce malgré les avertissements du prophète Houd (la cité est ainsi surnommée « l’Atlantis des sables »). Du reste, on peut lire dans le Coran (III, 137) cette sentence explicite : « Avant vous, certes, beaucoup d’événements se sont passés. Or, parcourez donc la terre, et voyez ce qu’il est advenu de ceux qui traitaient les prophètes de menteurs »…

En France, on retrouve pareillement des légendes locales faisant état de villes englouties dont la plus fameuse est celle de la ville bretonne d’Ys (ou Kêr-Is en breton) — que l’on situe vers la pointe du Raz ou au large de la baie de Douarnenez — détruite par un raz-de-marée décrété par Dieu à cause du désordre et des péchés de ses habitants (ceux-ci du reste refusèrent de suivre les recommandations de saint Guénolé qui leur avait pourtant prédit la catastrophe). En outre, une mystérieuse prophétie issue d’un vieux proverbe breton nous apprend que « Quand Paris sera englouti, resurgira la ville d’Ys ».

Dans son instructif Livre des superstitions (R. Laffont, 1995, p. 1791), E. Mozzani donne de nombreux exemples de cités légendaires croupissant sous les eaux : « Dans le sud de la France, on dit qu’il y a une ville engloutie en face de Saint-Raphaël (…) Des cités sont également englouties dans des lacs et des étangs : sous le lac de Grandlieu (Boudaye, Loire-Atlantique) se trouve la ville païenne d’Herbauge (ou Herbadilla), bâtie par les plus riches citoyens de Nantes qui y amenèrent leurs richesses. Le luxe de la cité, la débauche de ses habitants provoquèrent la colère du ciel : ce cataclysme fut annoncé par saint Martin de Verton qui sauva le seul « juste » du pays (…) A la suite d’une malédiction prononcée par les prêtres, l’océan détruisit la cité de Belesbat en Vendée avant de la laisser ensevelie sous des dunes de sable. Les légendes des cités englouties existent dans toute l’Europe et même dans le monde entier : par exemple, en Inde, la légende veut qu’à l’endroit où se trouve le temple de Naldéra existait autrefois une ville. Ses habitants s’étaient si mal comportés qu’elle fut engloutie ; seul le temple échappa à la catastrophe ».

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Cette liste de villes mythiques (voire de continents entiers) détruites par quelque cataclysme pourrait se prolonger indéfiniment ; mentionnons entre autres les continents perdus de Mu dans le Pacifique ou la Lémurie dans l’océan Indien, la cité de Vineta en mer Baltique, Tartessos en Espagne, Kitej en Russie ou encore Shangri-La au Tibet, sans parler des fameuses cités d’or en Amérique du sud ou de la cité perdue du Kalahari en Afrique.

De tout ce qui précède, une idée principale s’impose à nous, à savoir que toute société humaine, indépendamment de sa taille et de son rayonnement, est vouée à l’anéantissement dès lors que celle-ci renie sa tradition fondatrice et ne se soumet plus aux lois supra-humaines contenues dans sa sacralité, qui lui avait pourtant conféré son unité et sa continuité collectives.

Lorsque les hommes délaissent leurs principes sacrés, leurs valeurs religieuses et leurs codes éthiques, quand ils coupent leur lien transcendant, qu’ils perdent petit à petit leur âme, alors l’irréparable est commis, les « eaux inférieures » (c’est-à-dire les préoccupations bassement égoïstes, les visées matérialistes, la volonté de domination, la débauche sexuelle, les passions vulgaires, le divertissement spectaculaire.. etc.) montent dangereusement, la colère divine gronde sourdement et la catastrophe terminale ne peut que s’abattre fatalement.

Notre monde déspiritualisé et décadent ferait bien de méditer toutes ces tristes leçons du passé avant qu’il ne soit trop tard…

Le pont périlleux


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par Pierre-Yves Lenoble

Le pont périlleux

 « Ainsi, le passage du pont n’est pas autre chose en définitive que le parcours de l’axe, qui seul unit en effet les différents états entre eux ; la rive dont il part est, en fait, ce monde, c’est-à-dire l’état dans lequel l’être qui doit le parcourir se trouve présentement, et celle à laquelle il aboutit, après avoir traversé les autres états de manifestation, est le monde principiel ; l’une des deux rives est le domaine de la mort, où tout est soumis au changement, et l’autre est le domaine de l’immortalité », R. Guénon (Symboles de la science sacrée, Gallimard, 2007, p. 363).

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Il sera question dans cet article de mieux caractériser le symbolisme général du pont que l’on rencontre chez de nombreuses formes traditionnelles et de préciser ses diverses significations à la portée avant-tout ontologique. Ainsi, le grand archétype que nous souhaitons mettre en lumière et expliciter est celui du « pont des âmes » qui est présent dans une multitude de récits sacrés et de mythologies populaires.

Effectivement, ce pont, racontent les légendes, se présente comme un monument symbolique emprunté par toutes les âmes humaines au moment de la mort et joue le rôle déterminant de discriminateur, opérant la sélection post-mortem entre les élus et les damnés.

On connaît tous à cet égard le célèbre scénario mythologique du pont laissant les justes accéder au jardin paradisiaque et se rétrécissant dangereusement pour précipiter les injustes dans l’abîme infernal (il est fréquemment dit qu’il devient « aiguisé comme le fil d’une épée » ou « plus fin qu’un cheveu » ; pensons aussi à la scène archétypale bien connue de la passerelle s’effondrant sous les pas du héros).

Il est tout d’abord important de noter que le pont d’outre-tombe a pour fonction — comme tout pont qui se respecte — de relier deux rives, à savoir notre état d’existence matériel et l’au-delà spirituel, et doit donc être prioritairement conçu dans le sens vertical, comme une voie ascendante allant de la Terre au Ciel et permettant le passage du premier monde (manifestation grossière, sensible) au troisième monde (manifestation informelle, intelligible) en passant par dessus les « eaux » du deuxième monde (manifestation subtile, psychique).

En ce sens, le pont des âmes correspond à l’axis mundi (au même titre que l’échelle, l’arc-en-ciel, le fil, l’escalier, l’arbre ou la montagne symboliques) et est parfaitement identifiable à la « Voie droite » de l’Islam, à la Deva-yana (la « voie des dieux ») de l’Hindouisme, au Tao (signifiant « voie », « chemin ») des doctrines extrême-orientales, ou encore au Christ qui déclare être lui-même « la voie » et que sainte Catherine de Sienne avait aperçu dans ses visions « sous la forme d’un pont s’étendant du Ciel à la Terre et sur lequel toute l’humanité devait passer ».

On rappellera également le titre de pontife attribué aux papes chrétiens (hérité de l’Empire romain), car ceux-ci se présentent normalement comme le médiateur humain entre Terre et Ciel ; la même idée est contenue dans une sentence issue des Mabinogion (recueil médiéval de vieux récits nordiques) qui affirme explicitement : « Celui qui veut être le Chef, qu’il soit le Pont ».

Au demeurant, réussir la traversée du pont, arriver sain et sauf sur l’autre rive, effectuer victorieusement la « traversée des eaux », remporter l’épreuve du « grand passage » ou franchir le « seuil » représentent la seule et même idée, à savoir le retour final de l’âme individuelle dans son séjour spirituel originel en évitant la chute fatale et la noyade dans les régions intermédiaires pour finir à tout jamais en entité fantomatique errante.

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On retrouve un nombre incalculable de traditions humaines faisant état de ce pont symbolique qui fait la jonction imaginale entre l’ici-bas et l’au-delà. Il est par exemple présent dans une multitude de récits sacrés et de mythes appartenant à la sphère culturelle de l’Inde et de la Perse.

Ainsi, le Rig-Véda fait mention à plusieurs reprises d’un « Pont du Bonheur » — assimilé au Soi universel (âtman) donnant sa réalité existentielle à toute créature — dont on dit que la traversée est particulièrement ardue (IX, 41, 12) ; de même, dans le Chândogya-Upanishad (VIII, 4, 1-2), nous lisons : « Cet âtman est un pont, une digue qui sépare les mondes. Ce pont, les jours et les nuits ne le franchissent pas, ni la vieillesse, ni la mort (…) C’est pourquoi en vérité, en traversant ce pont, l’aveugle devient clairvoyant, le blessé est guéri, le malade bien portant ».

Dans la religion zoroastrienne des voisins iraniens, le pont emprunté par les âmes désincarnées (dénommé Cinvat) est également omniprésent ; nous citerons à ce sujet quelques observations éclairantes de Mircea Eliade : « La description classique relate comment la dâenâ (le soi individuel) arrive avec ses chiens et guide l’âme du juste sur le pont Cinvat, par-dessus le Hara Berezaiti, la Montagne Cosmique (en fait, le Pont — qui se trouve au « Centre du monde » — relie la Terre au Ciel). (…) le passage du Pont, comparable à une épreuve initiatique, constitue en lui-même le jugement car, selon une conception assez générale, le Pont s’élargit sous les pieds du juste et devient comme une lame de rasoir lorsque un impie l’approche » (Histoire des croyances et des idées religieuses vol. 1, Payot, 1976, p. 345).

La mythologie nordique évoque quant à elle le pont Bifröst (mot signifiant « chemin scintillant ») représenté sous la forme d’un arc-en-ciel inaltérable fait de trois couleurs qui relie la Terre (Midgard, le monde des hommes) au Ciel (Asgard, le monde des dieux) et qui est gardé par le dieu suprême Heimdall, empêchant les forces maléfiques et les hommes mauvais d’accéder au séjour de béatitude.

Dans un registre similaire, mentionnons la tradition islamique qui connaît elle-aussi un pont post-mortem menant à l’Eden appelé Sîrât, dont on dit qu’il est suspendu au-dessus des flammes de l’Enfer et que tous les hommes emprunteront en guise de jugement individuel ; le Coran (VII, 45-46) parle également de Al-A’râf (le « Sentier de Dieu ») établissant une séparation nette entre les gens du Paradis et ceux de l’Enfer.

Beaucoup d’autres traditions (mythes archaïques, légendes populaires, apocryphes, romans médiévaux… etc.) abordent le thème symbolique du pont où s’opère le tri des âmes défuntes. Pour donner une illustration, songeons au célèbre apocryphe du Ier siècle de notre ère intitulé l’Apocalypse d’Esdras (chap. V, 6-9) qui décrit l’accès particulièrement ardu des morts à la Jérusalem céleste : « (…) son entrée est étroite et placée devant un ravin ayant le feu à droite et l’eau haute à gauche. Et il n’y a qu’un seul sentier entre les deux, étroit comme la plante d’un pied ».

Pareillement, l’archétype universel du « pont étroit » est présent dans un curieux passage de l’Histoire de France (chap. 33) de Grégoire de Tours datant de la fin du VIsiècle : « Il y avait un pont placé sur le fleuve, et tellement étroit, qu’il ne pouvait recevoir que la largeur de la plante d’un pied. Sur l’autre rive l’on voyait une maison grande, blanchie à l’extérieur… Au passage de la multitude, lorsqu’un paresseux était découvert, le pont rétrécissait et il était précipité ; mais celui qui était fort, il passait sans danger et entrait heureux dans la maison ».

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Rappelons enfin que l’on peut voir ce motif symbolique dans les romans du Graal, notamment dans le sublime Chevalier à la Charrette de Chrétien de Troyes qui nous narre l’épreuve initiatique imposée à Lancelot voyant ce dernier traverser pieds nus le « Pont de l’Épée » au prix de terribles blessures afin d’atteindre victorieusement l’autre-monde et de sauver la reine (lire l’extrait ici : http://expositions.bnf.fr/arthur/antho/43/02.htm).

De ce qui précède, nous souhaitons dégager une idée principale : le symbole du pont périlleux, et plus généralement celui du « passage », est à comprendre dans un sens allant de bas en haut et exprime de façon imagée comment l’âme individuelle (le moi) a l’occasion d’être « sauvée » et de se dégager des entraves illusoires de l’ego et de la matière ; en ce sens, le pont correspond au Soi spirituel, au fil ténu de l’Esprit divin, qui seul a une réalité, qui est au centre de tout et qui « marche sur les eaux ».

Ainsi, le héros qui arrive à atteindre l’autre rive paradisiaque, soit « l’élu », est l’homme totalement désindividualisé qui a laissé derrière lui l’ « homme extérieur » (le composé psychosomatique contingent et périssable) pour s’identifier à l’ « homme intérieur », éternellement vivant ; les autres, les damnés, qui représentent la masse des « appelés », tombent définitivement du pont étroit, emportés dans le « fleuve des passions » (équivalant aux « eaux inférieures » bibliques) sous le poids de leur attachement dérisoire aux choses de ce monde et à leur individualité passagère.

Nous clôturerons cet article en insistant sur un fait socio-historique curieux, à savoir que les sociétés pré-modernes ont toutes attribué un caractère sinistre, pour ne pas dire satanique, à la construction des ponts comme en témoignent les coutumes anciennes voulant qu’on enterrât un être vivant, souvent un enfant, sous les fondations d’un pont (en Europe, encore au début du XXsiècle, il n’était pas rare de voir les populations cacher leurs enfants lors de l’érection d’un pont), ou encore les nombreuses légendes tenaces des « ponts du diable » qui nous apprennent que certains ponts ont été construits par le diable en personne ou par une cohorte de démons (généralement suite à un pacte avec l’architecte).

Dans son Livre des superstitions (R. Laffont, 1995, p. 1463), E. Mozzani écrit ainsi : « Les récits de ces constructions diaboliques relèvent en général du thème suivant : l’architecte ou un ouvrier ne pouvant achever les travaux dans le temps convenu appelle Satan à l’aide. Ce dernier accorde son aide en échange de la première créature vivante qui traversera le pont mais il est berné : à la place d’un homme, on lui envoie un animal, le plus souvent un chat. Les ponts du diable les plus connus sont ceux de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), de Valentré (Cahors), et de Beaugency (Loiret) ».

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Ces croyances populaires constituent à nos yeux un atavisme de la pensée traditionnelle des anciens peuples pour qui toute construction humaine non-sacrée, non élaborée en vue de louer un principe supérieur, était suspecte, perçue comme un facteur de solidification du monde, de mélanges et d’artificialisation du paysage.

En effet, pour les sociétés traditionnelles — qui fonctionnaient en vase-clos et qui rejetaient tout ce qui n’appartenait pas au clan à l’extérieur de son cercle sociétal — le pont représentait un point faible, une brèche qui laissait passer les influences étrangères, l’instrument des impérialismes militaires et le symptôme de l’explosion du commerce (songeons ici aux divers ponts imprimés sur les billets d’euro) ; en ce sens, on peut dire que, toute proportion gardée, le pont se présente symboliquement comme une prémisse de la mondialisation, du modernisme, du capitalisme et du multiculturalisme.

Dans cette perspective, nous avancerons que le mode de pensée traditionnel peut être comparé à un pont vertical reliant le monde terrestre au monde céleste (c’est le sens étymologique du mot « religion »), en revanche la vision moderne du monde, désenchantée et dépourvue de transcendance, s’apparente à un pont horizontal qui, soit dit en passant, va bientôt s’écrouler…

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La représentation du monde des Anciens


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par Pierre-Yves Lenoble

« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. Et comme toutes les choses ont été et sont venues d’un, par la médiation d’un : ainsi toutes les choses ont été créées de cette chose unique, par adaptation », Hermès Trismégiste (La Table d’Émeraude).

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Cet article sera l’occasion pour nous de mieux entrevoir quelle était la nature de la représentation du monde des anciens hommes et peuples traditionnels, et donc de montrer la dichotomie irréductible entre celle-ci et la vision moderne, désenchantée, désacralisée et quantifiée.

Nous rappellerons tout d’abord ce postulat fondamental : la vision traditionnelle du monde se caractérise avant-tout par l’apport d’une transcendance immanente et par la sacralisation de toute chose manifestée dans l’espace/temps, elle suppose la soumission intégrale et fidèle, dans les pensées et les gestes du quotidien, à des principes immuables et à des règles imprescriptibles inscrits dans un mythe, un récit sacré ou une histoire sainte, généralement transmis oralement. En clair, c’est en conférant une dimension sacrée aux lois naturelles que les peuples anciens ont assuré l’homéostasie anthropologique et la néguentropie sociologique face aux aléas de ce monde.

L’existence entière des groupes et des individus au sein des civilisations traditionnelles peut dès lors se définir par un « être dans le monde » en liaison constante avec un paysage mental unicitaire et intemporel, peuplé de dieux et d’êtres mythiques tenant lieu d’archétypes ultimes et de formes idéales d’identification ; par conséquent, dans le cadre d’un tel mode de pensée couplant intimement nature et sur-nature, chaque moment de la vie revêt une qualification tant impressive que participative et s’apparente à une Imitatio Dei, chaque contexte spatio-temporel est construit comme uneImago Mundi et se voit toujours intégré dans une histoire et une géographie sacrées.

En d’autres termes, le regard de l’homme traditionnel sur le monde était constamment sublimé, relié sacralement et analogiquement tourné vers une Unité spirituelle supérieure ; à ce titre, tout l’environnement extérieur était perçu et vécu selon un modèle supra-normé, le monde des hommes se devait d’imiter le mieux possible un « monde des dieux » : chaque pensée et chaque acte répondaient à un archétype parfait, situé intemporellement dans un bassin sémantique littéralement méta-physique, et rendu tangible par mythes, rites, calendriers et symboles.

Au sein du paradigme traditionnel, l’espace et le temps, avec toutes leurs subdivisions possibles, recevaient donc un caractère mytho-sacral et étaient conçus de façon analogique à travers le prisme d’un grand modèle archétypal non-changeant : le « bas » reflétait dans tous ses aspects le « haut », le microcosme humain se présentait tout entier comme une image matérialisée (ou une matière imagée) du macrocosme divin.

Pour être plus précis, on peut dires que les Anciens percevaient leur milieu spatio-temporel d’une manière à la fois cyclique, rythmique, symbolique, fractale et concentrique, soit comme une suite dynamique de cercles ou de bulles tous émanés d’un « Centre » névralgique et comme différentes « parties » harmonieusement intégrées dans un « Tout », à l’image des diverses pièces d’une mosaïque ou de l’emboîtement des poupées gigognes.

En ce qui concerne la conception du temps, toutes les sociétés traditionnelles, des tribus les plus archaïques aux grandes religions monothéistes, ont adopté un calendrier sacré d’une nature tant cosmologique que mythologique, dont le rôle était de qualifier le continuum temporel à travers la ronde perpétuelle des jours, des saisons, des années et des grandes années, et surtout de cadrer la vie entière du groupe grâce à la succession cyclique des festivités et des cérémonies sacrées, avec ses jours fastes et néfastes, reproduisant continuellement ici-bas, via tout un panel de rites participatifs, les événements primordiaux et les épisodes édifiants racontés dans le mythe clanique.

Pour l’homme traditionnel, le cours du temps possédait une valeur ontologique constante, il recevait une coloration symbolico-mythique, il avait l’occasion d’être transmué collectivement par les rites calendaires et les fêtes qui permettaient au « grand temps du mythe » (le « en ces temps-là » ou le « il était une fois » de nos légendes, c’est un temps à la fois rétroactif et anticipatif, à la fois primordial et eschatologique, à la fois ab initio et ab aeterno) de se manifester régulièrement et de se renouveler périodiquement sur terre.

Voici ce qu’enseignait Mircea Eliade quant aux calendriers traditionnels et à leurs festivités rituelles périodiques : « Le Temps sacré est par sa nature même réversible, dans le sens qu’il est, à proprement parler, un Temps mythique primordial rendu présent. Toute fête religieuse, tout Temps liturgique, consiste dans la réactualisation d’un événement sacré qui a eu lieu dans un passé mythique, « au commencement ». Participer religieusement à une fête implique que l’on sort de la durée temporelle « ordinaire » pour réintégrer le Temps mythique réactualisé par la fête même. Le Temps sacré est par suite indéfiniment récupérable, indéfiniment répétable » (Le sacré et le profane, Gallimard, 2004, p. 63).

A cet égard, les célèbres sociologues H. Marcel et M. Mauss définissaient explicitement ce temps cyclique et sacré comme une « suite d’identités » et comme une « série d’éternités » ; en ce sens, il est bon de remarquer que la perception du temps pour le monde traditionnel ne correspond pas tout à fait au schéma nietzschéen fermé de l’ « éternel retour » mais s’identifie plutôt à un flux sinusoïdal perpétuellement mobile, fait de destructions et de re-créations qui se succèdent cycliquement (sachant que dans la manifestation temporelle le cycle, le cercle et la sphère représentent l’ « image mobile de l’éternité » selon les dires de Platon).

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L’organisation de l’espace n’échappe bien entendu pas à ce mode de pensée supra-rationnel et à cette sacralisation intégrale faisant du domaine terrestre et de toutes ses sous-parties une imitation stricte d’un modèle céleste parfait, révélé à l’intérieur d’une histoire sacrée et dans les épisodes fondateurs véhiculés à travers un récit mythique.

Pour appuyer notre propos, nous reproduirons ces quelques remarques éclairantes émises au milieu du XXe siècle par le philosophe Georges Gusdorf : « L’espace mythique s’oppose pleinement à cet espace vide et formel dans lequel se situent notre pensée et notre activité. L’espace du primitif n’est pas un simple contenant, mais un lieu absolu. Ce n’est pas un espace seulement rationnel, fonctionnel, comme une vue de l’esprit, mais un espace de structure, qui porte en chaque endroit une qualification distinctive et concrète. Non pas dimension de dispersion, d’extériorité pure et simple, mais principe au contraire de rassemblement et de totalité, d’implication entre contenant et contenu. Dans l’espace de structure, chaque place particulière porte en soi la signature de la totalité » (Mythe et Métaphysique, Flammarion, 1984, p. 101).

Nous ferons également observer que toutes les civilisations traditionnelles ont fonctionné en vase-clos, tel un cercle magique tracé sur le sol, se considérant chacune comme un îlot ou un oasis ordonné, où règnent la paix, la justice et l’harmonie, trônant fièrement au milieu de l’espace extra-muros jugé amorphe et chaotique, peuplé de barbares et autres démons, bref, comme une unité organiciste hermétiquement fermée et parfaitement intégrée dans le grand mécanisme du cosmos, luttant seule sous le regard de Dieu face aux forces maléfiques.

De même, la représentation spatiale et l’aménagement du territoire propres aux traditions anciennes répondaient à une modélisation analogique de type fractale et concentrique, faisant du monde connu une suite de sphères d’influence successives de plus en plus étendues qui étaient chacune déterminées et orientées par leur « Centre » respectif.

Ainsi donc, suivant cette vision centrée et graduée de l’environnement si caractéristique des hommes différenciés qui ont peuplé toutes les sociétés traditionnelles, le globe terrestre était localisé au centre de l’univers, le continent au centre des terres émergées, le pays au centre du continent, la région au centre du pays, la ville sainte au centre de la région, le temple au centre de la cité, l’autel au centre du sanctuaire, l’autel domestique au centre de la maisonnée, le père au centre de la famille, jusqu’au cœur situé au centre de l’être humain.

De ce qui précède, il apparaît que les hommes traditionnels organisaient leur existence dans le monde de façon vitaliste et pérenne en se pliant aux rythmes cosmiques à travers un paysage mythico-religieux omniprésent et en mettant en place un système complexe de correspondances entre Ciel et Terre. Leur objectif premier en vue de durer ici-bas le plus longtemps possible était d’ « éterniser » toutes les facettes de l’espace/temps, de s’intégrer harmonieusement aux grandes lois de la nature et de freiner la règle générale d’entropie, en cadrant continuellement le courant corrosif du temps à l’intérieur d’un calendrier sacré et en s’implantant stablement dans l’immense étendue spatiale (symboliquement, on peut avancer qu’un monde traditionnel, organiciste et constructiviste, s’apparente à une « permaculture anthropologique »).

Les temples colossaux, les immenses pyramides, les sublimes cathédrales, les murs cyclopéens et tous les grandioses vestiges archéologiques qui parsèment encore aujourd’hui notre globe sont là pour nous montrer à travers le travail de la pierre, même si rien n’est éternel sur terre, cette farouche volonté de se maintenir fermement et patiemment en face des puissances naturelles hostiles et des forces de mort inhérentes à toute manifestation. Pour reprendre l’heureuse expression de Goethe, les peuples traditionnels visaient en permanence à demeurer « constants dans le mouvement ».

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Tout cela nous amène facilement à constater que la vision moderne du monde, marquée par le matérialisme utilitaire, l’hybris collective et la désacralisation de la vie, est aux antipodes de celle des Anciens. Pour l’homme moderne en effet l’espace comme le temps sont entièrement neutres, vides de qualification, et constituent des données brutes extérieures à lui, en dehors de sa responsabilité : l’environnement spatio-temporel se voit dès lors délesté de son surplus d’ « Être » et se présente tristement comme un simple « Avoir », modifiable à souhait et exploitable sans contrepartie.

Insoumise à l’ordre naturel et dépourvue de transcendance, la modernité se caractérise par une aveugle « fuite en avant », par une ivresse de la chute dans le devenir et par son refus de s’intégrer humblement dans le grand jeu cosmique. Se considérant comme un vulgaire fruit du hasard apparu sur un gros cailloux perdu dans l’immensité de l’univers, l’humain n’est plus centré et axé par des principes spirituels non-changeants exposés dans un mythe révélé.

Ainsi, contrairement aux civilisations anciennes qui œuvraient continuellement à qualifier la course du temps, les élites du monde actuel sont forcément obligées d’inventer de toutes pièces des chronologies fictives, des emplois du temps robotiques, des romans nationaux fallacieux et des doctrines progressistes mensongères.

Au niveau de l’espace vital, finie la géographie sacrée et ses lois d’analogie, place désormais à l’habitat pratique, rentable et cubifié, place à l’horrible et anarchique urbanisme, place à l’exploitation avide des ressources du sol et du sous-sol, place au pillage et à la pollution de toutes les richesses de la nature.

Sans une tradition véritable, les hommes n’éprouvent plus le soucis de transmettre quelque chose de viable ou d’utile aux générations futures, et, pour continuer à consommer et à se divertir, ils préfèrent se lever chaque matin pour aller au travail sans prendre conscience qu’au final ils « se tirent une balle dans le pied » et creusent de leurs propres mains la tombe de leurs enfants…

De fait, ayant coupé tout lien terre/ciel et mis aux oubliettes ses calendriers et ses aménagements territoriaux sacralisés, le monde moderne, par rébellion ou par bêtise, a artificialisé et rationalisé l’ensemble de son environnement, et par conséquent, ne laissera rien de beau et de solide derrière lui, à part des rancœurs tenaces et des déchets toxiques.

La danse macabre de l’humanité


sophiaperennis.unblog.fr

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par Pierre-Yves Lenoble

-La subtilité du monde extérieur dépend intimement et synchroniquement de la subtilité du monde intérieur de l’homme : l’intériorité humaine qualifie l’extériorité mondaine.

-La solidification du monde physique est le résultat de la solidification du monde psychique ; la nature est le miroir de la nature humaine.

-Les ruines et les vestiges archéologiques sont là pour nous montrer que toute entreprise humaine, fût-elle la plus grandiose, est vouée à une mort certaine et que le fini est strictement nul au regard de l’infini.

-Seul un monde morbide et mortifère comme le nôtre a pu concevoir le concept de musée.

-L’être humain est un « animal social » normalement plus proche du loup ou de l’éléphant que de la fourmi ou du mouton.

-Pour aller en avant, l’homme doit regarder l’avant ; la véritable pensée originale est celle qui se réfère à l’origine : pas de futur possible sans possibilité passée.

-Le court de l’histoire universelle peut être comparé à l’écoulement de l’eau dans un siphon : c’est une suite de cycles s’écoulant de haut en bas de plus en plus vite, bref, une danse macabre.

-Le monde extérieur est la projection solide des forces subtiles qui animent l’homme, à l’image d’une une peau d’orange retournée.

-L’histoire universelle peut être comparée à une chute progressive sur l’échelle des quatre règnes : homme-animal-végétal-minéral ; notre époque est le stade terminal voyant le passage du monde minéral à celui de l’inorganique.

-L’histoire universelle est une lente involution qui se déploie à l’inverse du développement de l’embryon observé au microscope : au départ il ressemble à un cristal (minéral), puis à un germe de haricot (végétal), puis à un têtard (animal) et enfin à un être humain.

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-L’histoire universelle a débuté quand le premier homme a ouvert les yeux ; sans l’œil de l’homme pour le contempler le monde n’existe pas.

-Toutes les civilisations ont enclenché leur déclin suite à la remise en cause de leur tradition ancestrale et à l’oubli de leurs dieux tutélaires.

-Les phases de transition historique, soit le passage d’un cycle à un autre, se caractérisent par le chaos général.

-La plante ne croît pas indéfiniment et la plante ne revient jamais dans sa graine ; ainsi, il n’y a pas lieu d’être progressiste ni d’être passéiste, mais simplement d’être.

-A ceux qui nous traitent de réactionnaires, nous leur répondons qu’un corps qui ne réagit plus est déclaré mort.

-Le cours du temps va en s’accélérant, à tel point que Hésiode (Les travaux et les jours, v. 180) affirmait qu’à la fin l’âge de fer, à la veille de l’anéantissement de l’humanité par Zeus, les enfants « naîtront avec les tempes blanches » ; qu’aurait pensé le poète grec à la lecture de cette information : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/12/13/21682-foetus-40-ans-retrouve-dans-femme-agee-84-ans ?

-La civilisation se propage à partir d’une sacralité révélée, à l’image d’un caillou jeté dans une mare ; l’omphalos de Delphes et la pierre noire enchâssée dans la Kaaba en sont des témoignages explicites.

-Si le jardinier se comportait en démocrate, il arroserait avec la même quantité d’eau ses pommiers et ses choux, les premiers mourraient asséchés et les seconds mourraient inondés. Prendre soin des choses suppose de connaître leur nature et de procéder par discrimination.

-La démocratie n’est pas le pouvoir du peuple, mais le pouvoir des bourgeois parasitaires sur les foules hallucinées.

-Une foule est un individu collectif atteint de schizophrénie qui, pour ne pas se désagréger, a soit besoin d’un leader, soit d’un bouc-émissaire.

-Les hommes déspiritualisés foncent toujours la tête la première vers d’hypothétiques « lendemains qui chantent » sans se soucier des leçons du passé.

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-Les géants n’ont jamais réellement existé : ils représentent partout et toujours l’image mythologique d’une humanité dégradée arrivée en fin de cycle ; le géant est le « fils de la terre », matérialiste, apostat, progressiste, qui se croit tout-puissant… et qui au final est terrassé ou emporté par quelque déluge.

-Plus l’intelligence artificielle va se développer, plus le taux de suicides, de dépressions et d’Alzheimer va augmenter. La construction de l’homme augmenté va engendrer la déconstruction de l’homme diminué.

-Il y a plus de soixante-dix ans, René Guénon avait déjà prévu le transhumanisme et l’intelligence artificielle lorsqu’il posait cette pertinente question : « l’homme moderne, après avoir « mécanisé » le monde qui l’entoure, ne vise-t-il pas à se « mécaniser » lui-même de son mieux, dans tous les modes d’activité qui restent encore ouverts à sa nature étroitement bornée ? » (Le règne de la quantité, Gallimard, p. 118).

-L’enfer et le paradis sont un seul et même lieu, seul le décor change suivant l’état d’être de celui qui s’y trouve…

-Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : dans les conditions terrestres, l’humanité n’est pas perfectible, elle est déterminée par des lois qui la dépassent, et est soumise, comme toute chose, au perpétuel processus aristotélicien de génération puis de corruption.

Soutien pour l’auteur :

TIPEEE

https://www.tipeee.com/user/lenoble-pierre-yves

Petit précis de subversion


sophiaperennis.unblog.fr

« L’être qui ne sait pas dominer ses impulsions instinctives devient facilement esclave de ceux qui lui proposent de les satisfaire ».

https://previews.123rf.com/images/morphart/morphart1504/morphart150400718/38408225-dr-gustave-le-bon-drawing-by-g-vuillier-from-a-photograph-by-dr-gustave-le-bon-himself-vintage-engra.jpgGustave Le Bon

par Pierre-Yves Lenoble

Nous nous proposons dans ce court article de dresser en quelques points généraux les différents types de techniques de subversion, c’est-à-dire de répertorier les principales méthodes de conditionnement, de démoralisation, de domestication et de manipulation des masses ou des individus, mises continuellement en pratique de nos jours à l’échelle planétaire.

Il nous faut rappeler tout d’abord que l’intégralité des groupes humains, des plus archaïques aux plus modernisés, sont en tous temps et en tous lieux élaborés, représentés et commandés par une poignée d’élites agissantes qui donnent le ton au reste du peuple, par définition passif.

Ainsi, dans les sociétés traditionnelles, c’est toujours la classe sacerdotale (l’autorité spirituelle, représentant la Sagesse) qui est située tout au sommet de la hiérarchie sociale et qui a pour rôle prioritaire de contrôler et de légitimer aux yeux de tous une classe guerrière de sang (le pouvoir temporel, la Force) ; de fait, le gouvernement est mis en avant et est clairement rendu visible (à coup de rites participatifs et de symboles forts).

A l’inverse, dans le monde moderne, le pouvoir réel est détenu par une hyper-classe seulement économique (banksters, marchands, haute bourgeoisie affairiste), qui est parasitaire et invisible car dépourvue de toute légitimité ontologique (elle n’a pas de connaissance spirituelle ni de courage physique) et qui est obligée de se cacher derrière des hommes de paille achetés (politicailleux, journalopes, armées, hauts fonctionnaires, petits bourgeois).

En clair, on peut dire que les élites du monde traditionnel mettent en œuvre une ingénierie sociale positive ou anagogique visant à maintenir une unicité générale et à tirer l’ensemble du groupe « vers le haut » ; en revanche, les élites modernes secrètes, afin de maintenir leur pouvoir illégitime et leur rapacité, sont obligées de développer une ingénierie sociale négative ou catagogique visant à affaiblir, à duper et à diviser le peuple.

D’un coté, on se trouve en face d’un modèle organiciste et ordonné, dirigé par des forces vitalistes et conservatrices, de l’autre, devant un modèle inorganiciste et chaotique, investi par des bacilles sociaux se nourrissant de la pourriture générale. D’un coté, le pouvoir est symboliquement assimilable au cœur, de l’autre à un ténia…

Dressons donc une petite liste, non-exhaustive et sans ordre particulier, des méthodes — littéralement diaboliques — employées par nos pseudo-élites actuelles en vue de se maintenir au sommet de la pyramide sociale et d’asseoir de plus en plus leur pouvoir sur le reste du groupe ; pour illustrer notre propos, nous donnerons également de simples exemples récents et factuels :

Martin Schongauer, ca. 1470–75, La tentación de San Antonio (S. XV), Grabado, 29,1 cm x 22 cm (Museo Metropolitano de Arte, Nueva York, Estados Unidos.

Détruire les croyances, les coutumes et les traditions ancestrales en les réformant (ex : Vatican II), en les moquant (ex : Piss Christ), en les transformant en simple folklore (ex : Noël) et en les singeant (ex : multiplication des églises évangéliques).

Affaiblir les corps et les âmes via des attaques génétiques (ex : malbouffe, vaccins ou chemtrails) et épigénétiques (ex : pollution sonore, enlaidissement du paysage, augmentation des facteurs de stress, Tvlobotomisation).

Remettre en question toutes les normes anthropologiques et toutes les limites naturelles sous couvert d’un progressisme mensonger (ex : féminisation de la société, homosexualité, transgenre, transhumanisme, GPA/PMA).

Connaître le mieux possible tous les individus composant le groupe en vue de les surveiller et de les influencer (ex : Facebook, Big Data ou l’intelligence artificielle sachant que le mot anglais « intelligence » est un faux-ami qui signifie « renseignement »).

Créer de toutes pièces des problèmes et organiser des stratégies de la tension afin d’instaurer un climat général de peur et de suspicion incapacitant, d’inventer des boucs émissaires, de passer pour la victime ou le sauveur, et surtout de légitimer le renforcement du contrôle coercitif de la société et la répression des moutons récalcitrants (ex : attentats sous faux drapeaux, fausses crises économiques, accusations mensongères contre des états concurrents).

Changer la signification des mots (ex : le mot « révolution » signifie maintenant une fuite en avant alors qu’il veut dire étymologiquement revenir sur ses pas ; sans compter les oxymores du type « tri sélectif » ou les contradictions du style « couple homosexuel » au lieu de parler d’une paire) et appauvrir le vocabulaire (ex : Twitter, langage SMS, novlangue, anglicismes).

Encourager le peuple à se complaire dans la médiocrité (ex : Wikipédia, vulgarisation du savoir, allègement des programmes scolaires), promouvoir la fainéantise (ex : allocations, salaire universel) et favoriser les comportements addictifs autodestructeurs (ex : promotion des drogues, des jeux et de la pornographie) en vue de rabaisser l’intelligence générale, de supprimer le bon sens, de diminuer la concentration, d’interdire tout esprit d’initiative et de faire chuter le niveau de décence commune.

Divertir, abrutir et distraire continuellement les individus pour leur faire perdre du temps, leur faire oublier le sens des priorités, leur détourner l’attention et leur faire croire faussement qu’ils sont acteurs de leur vie pourtant dépourvue d’intérêt (ex : télévision, cinéma, événements sportifs, concerts, tourisme).

Dissoudre les anciens liens de solidarité (familles, corporations, communautés villageoises), augmenter de façon exponentielle le nombre de sous parties au sein du groupe afin de le diviser contre-lui-même, de le rendre plus malléable et d’accroître la confusion générale (ex : explosion du nombre des partis politiques, des associations, des -ismes et autres économies de pensée), et attaquer l’identité des individus en détruisant leurs racines ethnico-culturelles (ex : politiques de vagues migratoires à grande échelle, uniformisation des modes de vie).

S’adresser au public comme à des enfants en bas âge (ex : présentateurs et voies-off à la télévision), jouer sur l’émotif immédiat plutôt que sur la réflexion patiente (ex : affaire du petit Aylan, « Je suis Charlie »), mélanger le vrai et le faux (ex : théories du complot faisant intervenir les petits hommes verts pour les discréditer), « se cacher dans la lumière » (ex : on met avant une affaire de corruption ou de pédophilie afin d’en cacher des centaines d’autres).

Répéter avec insistance des mots-clés et des formules choc agissant sur les consciences comme des mantras hypnotiques, afin d’imposer la pensée unique et la bien-pensance (ex : « démocratie », « liberté », « changement », « vivre-ensemble », « progrès »).

vidéo : Subversion

Soutien pour l’auteur :

TIPEEE

https://www.tipeee.com/user/lenoble-pierre-yves

 

 

Aphorismes


par Pierre-Yves Lenoble

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L’homme qui ne se connaît pas est ontologiquement inférieur au singe qui se connaît.

Femme en robe, femme en pantalon, femme en string, femme à barbe.

Homme, robot, homme-robot, robot-singe.

Le pire esclavage est celui des sens.

Homo religiosus, homo sapiens, homo economicus, homo ludens.

Le rapport de domination de l’autorité spirituelle sur le pouvoir temporel, est le même que celui qui existe entre l’âme et la matière.

La foule est une femme extérieure, la femme est une foule intérieure.

L’ange est à l’homme ce que l’humain est à l’animal, ce que l’animal est au végétal et ce que le végétal est au minéral.

Autorité spirituelle : Premier État ; Pouvoir temporel : Deuxième État ; Bourgeoisie : Tiers État ; Foule : Quatrième État ; Mafias : Cinquième État.

Théocratie, aristocratie, ploutocratie, démocratie, anarchie.

Le progressisme pourrait être comparé au gonflement d’un cadavre, à un feu-follet ou à la chute des feuilles en hiver : c’est le mouvement dans la mort, de la pseudo-vie.

Le spectacle pourrait être comparé à une fleur en plastique sur une tombe.

Le destin de Jérusalem est identique à celui de Babylone, de l’Atlantide ou de Rome.

L’homme qui ne se connaît pas est ontologiquement inférieur au singe qui se connaît.

Femme en robe, femme en pantalon, femme en string, femme à barbe.

Homme, robot, homme-robot, robot-singe.

Le pire esclavage est celui des sens.

Homo religiosus, homo sapiens, homo economicus, homo ludens.

Le rapport de domination de l’autorité spirituelle sur le pouvoir temporel, est le même que celui qui existe entre l’âme et la matière.

La foule est une femme extérieure, la femme est une foule intérieure.

L’ange est à l’homme ce que l’humain est à l’animal, ce que l’animal est au végétal et ce que le végétal est au minéral.

Autorité spirituelle : Premier État ; Pouvoir temporel : Deuxième État ; Bourgeoisie : Tiers État ; Foule : Quatrième État ; Mafias : Cinquième État.

Théocratie, aristocratie, ploutocratie, démocratie, anarchie.

Le progressisme pourrait être comparé au gonflement d’un cadavre, à un feu-follet ou à la chute des feuilles en hiver : c’est le mouvement dans la mort, de la pseudo-vie.

Le spectacle pourrait être comparé à une fleur en plastique sur une tombe.

Le destin de Jérusalem est identique à celui de Babylone, de l’Atlantide ou de Rome.


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La vie est la mort en acte ; la mort est la vie en puissance.

L’utopie, le progressisme, l’évolutionnisme, le darwinisme et le New-Age sont les rejetons des courants messianiques.

La vérité est une, le mensonge est infini.

Pour l’homme, la femme est une pâte-à-modeler ; pour la femme, l’homme est une pâte-à-mâcher.

Le temps est cyclique mais paraît linéaire pour l’homme ; la terre est sphérique mais paraît plate pour l’homme.

L’âme est le secret de l’homme ; l’âme de l’homme est le secret de Dieu.

L’homme traditionnel actualisait des modèles ; l’homme moderne modélise l’actualité.

L’imbécile a peur des fantômes, le sage a peur d’en être un.

Le progrès matériel est proportionnel à la décadence spirituelle ; la progression de l’Avoir est proportionnelle à la régression de l’Être.

Toute société humaine se compose de 5% de meneurs et de 95% de suiveurs.

On domestique plus facilement une population par la séduction que par la coercition.

Vierge-Marie, Jeanne d’Arc, Marianne, Nabila.

Une société traditionnelle est une ruche, une sphère organique, un ordre naturel ; une société moderne est un vivarium, un cube inorganique, un chaos artificiel.

L’homme traditionnel adapte ses outils et produit ; l’homme moderne s’adapte à la machine et reproduit.

Les mythes servent à endormir les enfants et à réveiller les adultes.

Le peuple reste le même en tous lieux et en tous temps, seule l’élite change.

Le corps est le vêtement de l’âme ; l’âme est le vêtement de Dieu.

Singe, homme, homme-singe, robot.

Du point de vue physio-psychologique, l’homme doit se vider, la femme doit se remplir.

La nation est pour l’état ce que le corps est pour l’âme ; le peuple est à l’élite ce que la matière première est à l’artisan.

La naissance est une expulsion vers le bas, la mort une impulsion vers le haut.

L’homme traditionnel regrette la Cité de Dieu ; l’homme moderne projette la Cité de l’Homme. L’un est tourné vers une vérité passée, l’autre vers un mensonge futur. L’un aspire à l’Être, l’autre expire dans le Devenir.


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La richesse matérielle est une malédiction spirituelle, la richesse spirituelle est une malédiction matérielle. Les premiers dans la matière sont les derniers dans l’esprit, et inversement.

La crise sociale procède de la crise politique qui procède de la crise religieuse.

Renforcer son ego, c’est cultiver la part de soi-même qui reste dans la tombe. L’égocentrique est donc un futur fantôme.

Le mythe est une histoire sacrée ou verticale, l’histoire est un mythe profane ou horizontal.

La bourgeoisie, l’hérésie, l’urbanisme, la démocratie, le spectacle et la débauche sexuelle constituent les symptômes universels de l’effondrement d’une civilisation.

Le Messie arrivera quand plus personne ne l’attendra hors de lui-même.

L’espace et le temps n’ont ni début ni fin, c’est l’esprit humain qui les détermine.

La société traditionnelle s’intègre à la nature, la société moderne la désintègre.

L’homme naît et meurt tout nu.


Pour encourager l’auteur : https://www.tipeee.com/user/lenoble-pierre-yves

L’universalisme véritable


par Pierre-Yves Lenoble

lelibrepenseur.org

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« Il existe bien des chemins de recherche, mais la recherche est toujours la même. Ne vois-tu pas que les chemins qui conduisent à La Mecque sont divers, l’un venant de Byzance, l’autre de Syrie, et d’autres encore passant par la terre ou la mer ? La distance de ces chemins à parcourir est chaque fois différente, mais lorsqu’ils aboutissent, les controverses, les discussions et les divergences de vues disparaissent, car les cœurs s’unissent », Rûmî (Le livre du dedans, XXIII).

En face de la multiplicité instable et passagère, n’existe que l’Unité immuable ; en face de l’indéfinité de mensonges, ne se trouve qu’une Vérité ; en face de l’uniformité sous-qualitative, ne se dresse que la Forme qualitative ; en face de l’indifférenciation chaotique de la matière inerte, n’est vital que l’Esprit différenciateur ; en face du mouvement de désunion vers le bas, n’est possible que l’union vers le haut ; en face de la globalisation terminale du « Nouvel Ordre Mondial », n’est véridique que le pérennialisme de la « Tradition primordiale ».

Plus précisément, notre monde contemporain, celui du matérialisme laïc et du pseudo-universalisme ordomondialiste, faute d’un principe supérieur fédérateur, tend à l’indifférenciation, à l’indistinction, à la dislocation et à la division de tout (peuples, pays, religions, familles, individus) ce qui aboutira in fine à une fade purée socio-historique générale : état mondial, bouillon de cultures, mafias éphémères, tous contre tous, bain de sang, bouillie anthropologique, hybridations génétiques, robot-prêtre, femme-à-barbe, zombies, foule de clowns, homme-masse, enfant-soldat, pensée unique, bug du cerveau, Alzheimer, euphorie dépressive, machines à suicide, etc. sont au programme du grotesque carnaval général à venir, qui s’apparentera à la maudite et confuse Tour de Babel biblique.

Or, à nos yeux, l’unique solution sérieuse que l’on peut apporter à ce cauchemar collectif futur, prévu et préparé de longue date, est de nature individuelle et spirituelle, question de vie ou de mort. Bien entendu, nous ne parlons pas ici d’un individualisme égocentrique ou d’un isolationnisme défaitiste mais bien d’un retour sur soi, d’une connaissance active de soi-même — qui, dans un monde traditionnel, est normalement assurée par l’initiation et ses rites de passage sélectifs, mais qui fait défaut aujourd’hui —, d’une métanoia, soit d’une lutte intérieure victorieuse, seule est apte à élever l’individu vers l’universalisme véritable et à le persuader « d’aimer son prochain comme soi-même ».

Il n’est donc pas question ici du « vivre ensemble » hypocrite, ni du communautarisme à la sauce anglo-saxonne, ni du multiculturalisme acculturé, ni du « New Age » prônant une mensongère « élévation de conscience », ni de la constitution de réseaux sociaux (ou plutôt asociaux) virtuels, mais uniquement de la volonté individuelle de devenir un « homme différencié » du troupeau aveuglé, d’incarner une véritable élite, ontologique non pas économique, c’est-à-dire devenir un homme (ou une femme bien entendu) de qualité non de quantité, de se renforcer plutôt que se dissoudre. La pratique d’une religion n’est absolument pas exclue dans notre perspective, seulement il s’agira prioritairement de s’en servir comme d’une discipline quotidienne et comme une base de travail intellectuel.

Dés lors, même s’il y aura « beaucoup d’appelés mais peu d’élus » comme l’affirme Jésus, il importe de connaître sa nature propre, de s’auto-gouverner et d’intégrer en soi-même les grands principes universels (qui sont rappelés avec insistance dans tous les enseignements traditionnels) afin que ― si Dieu le veut et si nous faisons partie des rares survivants de la catastrophe mondiale qui s’approche à grands pas ― nous puissions transmettre (rappelons que le mot « tradition » provient du latin tradere) le témoin à la génération du prochain cycle : faire ce qu’il y a à faire, sans attendre d’aide extérieure et sans égard aux fruits de ses actions.

Tigre-Zhang

Plus trivialement, chaque homme, au lieu de projeter des changements collectifs illusoires à travers des pseudo-idéologies, des pseudo-partis ou des pseudo-organisations (dont le nombre ne fait qu’augmenter de façon exponentielle de nos jours), ne doit pas se dédouaner des ses responsabilités personnelles et est invité à agir sur sa propre sphère d’influence (fusse-t-elle très petite et composée de quelques personnes), à se concentrer sur le peu de « manettes » qu’il a encore à sa disposition : il faut donc que l’individu tente de se gouverner lui-même, qu’il essaie de se redresser ontologiquement (par exemple en visant à devenir un mari aimant, un bon père, un ami fidèle, un producteur utile… etc.), d’être acteur de sa courte et précieuse existence plutôt que de se déresponsabiliser au sein des diverses économies de pensée offertes par un quelconque groupe et fantasmer des améliorations sociétales qui n’arriveront pas.

En clair, à notre époque apostate, c’est avant-tout par ses propres moyens que l’être humain doit comprendre la raison de sa présence sur terre, il lui faut s’apercevoir qu’il ne représente qu’une simple goutte d’eau au sein de l’océan de la Possibilité universelle (qu’un des multiples rayons émanés du seul et unique Soleil intelligible, qu’un grain de sable dans le désert de l’Infini), et surtout, assumer fermement et impersonnellement sa mission commandée par Dieu : il n’a d’autres choix que de retrouver tout seul son unicité ontologique afin de parvenir à la compréhension et à la connaissance de l’Unité divine, se servir de son être personnel afin d’appréhender l’Être universel, à l’origine et à la fin de tout.

Une fois cet état supra-individuel réalisé, l’homme a l’occasion de regarder le monde avec un regard neuf et serein, il se voit dès lors intégré à la seule communauté d’âmes digne de ce nom (car indivisible et non-changeante), celle des gens de bonne volonté, des « Amis de Dieu », des « Sages » et des « Justes » qui est au-delà de tous les particularismes, qu’ils fussent spatio-temporels, ethnico-culturels ou politico-religieux.

Il en est strictement de même en ce qui concerne les peuples et les divers groupes humains, tous plus modernisés et fractionnés les uns que les autres à notre époque. En effet, comme l’a admirablement démontré l’œuvre de René Guénon, il devient urgent de constater qu’il y a une « Traditions primordiale » unifiant en amont l’ensemble des traditions particulières.

L'universalisme véritable Guenon

Cette unité fondamentale et transcendante de tous les phénomènes socio-religieux apparus dans les temps historiques a été reconnue par les plus grands esprits humains : elle correspond au « Verbe divin » de la tradition biblique, au Logos des Grecs, à la « Sagesse incréée » de saint Augustin, à la « Philosophia Perennis » de Leibnitz, ou encore à la « Prisca theologia » (l’Antique théologie) évoquée notamment par Plutarque et Aristote. Les différentes sacralités humaines s’apparentent donc à des exemplaires particularisés d’une seule et même Idée supérieure tenant lieu de modèle-type universel.

La reconnaissance — notamment et surtout par les représentants et les membres des grandes religions — de cet unique langage spirituel partagé par tous les peuples du passé et du présent, amenant à la compréhension de ses principes métaphysiques immuables, pourra selon nous seule permettre la reconstitution d’une véritable élite spirituelle et aboutir à une réconciliation par le haut de toutes les traditions humaines, aujourd’hui toutes diminuées et divisées.

Sortir du nombrilisme infécond, rétablir le sens des proportions et des hiérarchies, voir les points d’accord avant les divergences, et finalement s’accorder sur les vérités essentielles, tel est à nos yeux le chemin à suivre si l’on veut sortir victorieusement du sordide « village planétaire » proposé par nos pseudo-élites actuelles, qui entraînera l’humanité entière à sa disparition.

Nous terminerons ce court article en reproduisant, sans ordre particulier, certaines déclarations de nos illustres devanciers qui avaient bien reconnu, chacun à sa manière, l’unicité supra-humaine du genre humain et la vraie universalité de toutes les expressions particulières du Sacré.

– « Et encore qu’il puisse arriver qu’une idée donne la naissance à une autre idée cela ne peut pas toutefois être à l’infini, mais il faut à la fin parvenir à une première idée, dont la cause soit comme un patron ou un original, dans lequel toute la réalité ou perfection soit contenue formellement », René Descartes (Méditation troisième).

– « De même que tous les hommes sont semblables (encore qu’infiniment variés), de même toutes les religions, comme toutes les choses semblables, n’ont qu’une seule origine », William Blake (All Religions are one).

– « C’est un seul et même Dieu que d’un commun accord tous les Grecs et les barbares reconnaissent », Philon d’Alexandrie (De specialibus legibus II, 65).

– « Les coïncidences de la tradition dépassent la possibilité du hasard », Sir Arthur Evans (Journal of Hellenic studies).

– « Tu as été avec justesse l’Inspirateur de millions de religions. Tu as fait en sorte que chaque religion, par son splendide déploiement de traités, de disputations et de sciences, ait, comme principe et finalité, la vérité », Tâyumânavar (Hymne à Shiva).

– « Les brachmanes ou gymnosophistes sont aux Indes ce que les mages étaient en Chaldée, les kabbalistes chez les Hébreux, les philosophes chez les Grecs, les prêtres et les prophètes chez les Égyptiens », Athanasius Kircher (Oedipus Aegyptiacus, III).

– « Il y a donc une seule religion et un seul culte pour tous les êtres doués d’entendement et cette religion est présupposée à travers la variété des rites », Nicolas de Cues (De pace fidei).

– « Nous devons reconnaître l’unité de la pensée humaine face à l’Invisible. (…) Tout se passe comme si dans ce domaine, l’homme avait eu, dès son apparition sur terre, des certitudes immuables », Jean Servier (L’homme et l’Invisible).

– « En effet, dans la prodigieuse bigarrure des croyances du paganisme, il est à peine un dogme idolâtre qui ne s’adapte, par une de ses faces, à la vérité primitive, centre commun de gravitation. Et, soit que nous considérions ces croyances dans leur isolement ou dans leur ensemble, les faits sur lesquels elles appuient leur marche, semblent se présenter avec une mission pareille, celle de placer sous les rayons de la lumière, ces trois vérités entourées des débris de tant de systèmes : Une seule famille humaine, une seule religion, un seul Dieu », Roger Gougenot des Mousseaux (Dieu et les dieux).

– « La Philosophia Perennis se préoccupe avant tout de la Réalité, une et divine, substantielle au monde multiple des choses, des vies et des esprits. Or la nature de cette Réalité unique est telle, qu’elle ne peut être appréhendée directement et immédiatement, si ce n’est par ceux qui ont élu de remplir certaines conditions, de se rendre aimants, purs de cœur, pauvres en esprit », Aldous Huxley (La philosophie éternelle).

– « Il y a de nombreux chemins qui conduisent au sommet d’une seule et même montagne ; leurs différences sont d’autant plus apparentes que nous sommes plus bas, mais elles s’évanouissent au sommet », A. K. Coomaraswamy (Suis-je le gardien de mon frère?).

– « La vraie religion a bien plus de dix-huit siècles. Elle naquit le jour que naquirent les jours », Joseph de Maistre (Mémoire au duc de Brunswick).

– « Aussi existe-t-il une doctrine qui se rattache à la plus haute antiquité et qui, des fondateurs des connaissances sacrées et des législateurs, est descendue jusqu’aux poètes et jusqu’aux philosophes. Son origine est anonyme ; mais c’est une doctrine dont le crédit vigoureux et indéracinable se retrouve fréquemment impliqué non seulement dans les discours et dans les traditions, mais encore dans les rites initiatiques et dans les sacrifices, tant chez les Barbares que chez les Grecs », Plutarque (Isis et Osiris, 45).

– « Cette chose même que l’on appelle aujourd’hui chrétienne existait chez les Anciens et n’a jamais cessé d’exister depuis l’origine du genre humain », saint Augustin (La Cité de Dieu, VIII).

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– « Mon cœur est capable de toute forme : il est un pâturage pour les gazelles et un couvent pour les moines chrétiens, et un temple pour les idoles, et la Kaaba du pèlerin, et la Table de la Thora et le livre du Coran. Je suis la religion de l’Amour, quelque route que prennent ses chameaux ; ma religion et ma foi sont la vraie religion », Ibn ‘Arabî (Turjumân al-ashwâq, 11).

– « Des idées uniformes nées simultanément chez des peuples entiers inconnus les uns des autres, doivent avoir une source commune de vérité », Giambattista Vico (La science nouvelle I, 13).

«J’ai pris comme sujet de cet exposé la métaphysique orientale ; peut-être aurait-il mieux valu dire simplement la métaphysique sans épithète, car, en vérité, la métaphysique pure étant par essence en dehors et au delà de toutes les formes et de toutes les contingences, n’est ni orientale ni occidentale, elle est universelle. Ce sont seulement les formes extérieures dont elle est revêtue pour les nécessités d’une exposition, pour en exprimer ce qui est exprimable, ce sont ces formes qui peuvent être soit orientales, soit occidentales ; mais, sous leur diversité, c’est un fond identique qui se trouve partout et toujours, partout du moins où il y a de la métaphysique vraie, et cela pour la simple raison que la vérité est une », René Guénon (La métaphysique orientale).

« Il n’y a pas un salut pour les juifs, un autre pour les chrétiens et un troisième pour les païens. Non, Dieu est unique, la nature humaine est unique et la voie qui y mène est unique ; et c’est le désir de l’âme tournée vers Dieu », William Law (La voie de la science divine).

« Ce qu’on a appelé la « méthode traditionnelle » consiste à découvrir une unité ou équivalence essentielle de symboles, de formes, de mythes, de dogmes, de disciplines au-delà des expressions variées que peuvent avoir les contenus dans les différentes traditions historiques », Julius Evola (L’arc et la massue).

« De la façon même dont ils M’abordent, Je les récompense, car les hommes, de quelque horizon qu’ils viennent en définitive, suivent Mon chemin » ; « Selon la manifestation du divin que tel ou tel adorateur souhaite vénérer avec foi, Je rends, quant à Moi, cette foi de chacun inébranlable », Bhagavad-Gîtâ (IV, 11 et VII, 21).

– « Ceux qui ont cru, ceux qui suivent la religion juive, les chrétiens, les sabéens et quiconque aura cru en Dieu et au jour dernier, et qui aura pratiqué le bien, tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur, la crainte ne descendra point sur eux, et ils ne seront point affligés  » ; « C’est ainsi que Nous avons institué à chaque collectivité humaine une loi et une voie » ; « Il n’y a pas de communauté humaine qui n’ait reçu d’avertisseur », Coran (II, 62 ; V, 48 et XXXV, 24).

« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures », Évangile selon saint Jean (XIV, 2).

Pour encourager l’auteur : https://www.tipeee.com/user/lenoble-pierre-yves

Le secret sacré


par Pierre-Yves Lenoble

sophiaperennis.unblog.fr

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« Il n’y a de joie que dans l’infinitude. Il n’y a pas de joie dans le fini. (…) Ce par delà quoi on ne connaît rien, on ne conçoit rien, c’est l’infinitude. Ce au delà de quoi on connaît autre chose de ses yeux ou par ouï-dire, on conçoit autre chose, c’est le fini. Ce qui est infinitude est immortel ; ce qui est fini est mortel », Chândogya Upanishad (VII, 23-24).


En tant que créature finie, donc périssable et contingente, l’être humain se trouve dans la stricte obligation de penser le monde qui l’entoure entre deux termes nécessaires (vie/mort, début/fin, bien/mal, féminin/masculin, avant/après, actif/passif, jour/nuit, intérieur/extérieur… etc.) : il en est de même en ce qui concerne l’Unité divine, la Cause absolue de tout, le « moteur immobile ».

Effectivement, l’ensemble des doctrines théologiques et philosophiques ont toujours connu deux manières d’appréhender l’Un métaphysique ; l’une positive (ou cataphatique) consistant à définir Dieu suivant ses divers aspects manifestes, soit à déterminer ce qu’Il est, l’autre négative (ou apophatique) visant à concevoir Dieu par soustraction et par abstraction comme la chose la plus simple, en lui retirant un à un ses qualificatifs, c’est-à-dire en se penchant exclusivement sur ce qu’Il n’est pas.

Soulignons bien sûr qu’il ne faut voir ici aucune forme de dualisme irréductible — qui ne constitue qu’une pure et simple hérésie, soit une économie de pensée érigée en système — mais simplement deux façons différentes et complémentaires de comprendre l’Un, seul réel.

En d’autres termes, la première approche théologique tente de caractériser Dieu à travers l’indéfinité de « Noms », d’ « Archétypes » ou d’ « Attributs » ― assimilables aux Idées platoniciennes, aux différents dieux des religions dites polythéistes ou aux divers anges des religions abrahamiques ― qui sont susceptibles de se dévoiler positivement à la sagacité humaine (par exemple l’Être, le Bien, le Beau, le Parfait, l’Amour, la Justice, la Paix, le Vrai… etc.), la seconde approche ― qui constitue un niveau de compréhension plus élevé et plus profond ― se concentre sur le refus de toutes les déterminations divines possibles en apposant devant celles-ci un préfixe négatif (ainsi Dieu sera qualifié de non-Être, d’Infini, d’Immuable, d’Inconcevable, de non-Dualité, d’Insondable, d’Incréé… etc.).

Plus brièvement, nous avancerons que soit l’Unité divine est susceptible d’être conçue en acte, soit en puissance, soit immanente, soit transcendante, soit comme pleine, soit comme vide, soit exotérique, soit ésotérique, soit en tant que « poule », soit en tant qu’ « œuf ». « Être ou ne pas être ? », telle est la question insoluble et cruciale qui se sont universellement posées toutes les traditions humaines, des plus archaïques aux plus illustres.

Penser l’Unité divine suppose donc nécessairement et paradoxalement de conférer une image ou un nom, c’est-à-dire une limite formelle, à la seule chose qui n’en a pas : l’homme est ainsi dans l’obligation de finir l’infini s’il souhaite s’en faire une idée…

Nous donnerons quelques illustrations de cette dichotomie théologique fondamentale partagée par tous les peuples.

Voici par exemple comment débute le texte-phare de la sacralité chinoise, le Tao Te King du vieux sage Lao Tseu (Albin Michel, 1984, trad. par Ma Kou) : « La vérité que l’on veut exprimer n’est pas la vérité absolue. Le nom qu’on lui donne n’est pas le nom immuable. Vide de nom est l’origine du ciel et de la terre. Avec nom est la mère des multitude d’êtres ».

L’autre grande figure du Taoïsme, Tchouang Tseu, dans ses Aphorismes et paraboles (Albin Michel, 1986, trad. M. de Smedt) disait pareillement : « L’univers est très beau mais il n’en parle pas. Les quatre saisons se succèdent selon leurs lois mais elles n’en discutent pas. La création entière se base sur des principes absolus qui demeurent informulés ».

De même, le maître de la théologie négative, Denys l’Aréopagite, parlait de la « Cause souveraine » en ces termes : « Ce n’est pas qu’il faille se persuader que les négations soient contraires aux affirmations, en ce qui la regarde ; il faut plutôt l’adorer comme première, avant toute affirmation et avant toute négation. (…) C’est en ce sens que le divin Barthélemy disait que la théologie était grande et petite, tout ensemble ; et que l’Évangile était ample et diffus, et néanmoins très court et fort concis. Par cette manière admirable de parler, il entendait, à mon avis, que la bonne Cause de tous les êtres se pouvait aussi bien exprimer sans parole qu’avec beaucoup de discours » (Livre de la Théologie mystique, I).

L’enseignement d’Héraclite était peut-être encore plus clair lorsqu’il déclarait simplement : « L’Un, la sagesse unique, refuse et accepte le nom de Zeus », ou encore : « Une harmonie invisible est supérieure à l’harmonie visible » (Fragments, 32 et 54).

Que dire également du célébrissime hadith qûdsi (qui est une sentence divine directe), commenté abondamment par tous les plus éminents représentants de l’ésotérisme islamique à travers les âges : « J’étais un trésor caché et J’aimai à être connu, aussi ai-Je suscité la création afin d’être connu ». Dès lors, comme le préconisait Platon, c’est par les œuvres sensibles que l’homme a l’occasion de parvenir aux hauteurs de l’Intelligible, de passer de l’écorce au noyau…

Chez les anciens peuples, appelés péjorativement « sauvages » ou « primitifs » par les bœufs progressistes, ce dilemme philosophique a été selon nous résolu de la plus brillante des manières dans leurs mythes tutélaires, sous des formes imaginales diverses et variées, en faisant état d’un Deus otiosus ― un « Dieu oisif », extra-cosmique, totalement désintéressé de sa création et des maux humains ― en tant que Non-être et Principe non-manifesté (littéralement méta-physique et sur-naturel), et d’un Demiûrgos ― un « Dieu artisan », formateur et organisateur de toutes choses intra-cosmiques ― en tant qu’Être suprême et Principe actif au sein de la manifestation ; le premier étant généralement représenté symboliquement par la voûte céleste non-agissante, le second par l’astre solaire et son activité vivifiante.

Les trois religions du Livre ont elle-aussi abondamment spéculé autour de la non-représentabilité de l’Unité divine et de la nécessité de l’affubler de formes extérieures — ce qui n’est pas sans poser de problèmes et de polémiques — pour la rendre intelligible à l’entendement humain.

On rappellera par exemple le concept judaïque de la « parole perdue » (soit la perte du Nom divin suprême) ou l’impossibilité pour Moïse de regarder Dieu en face-à-face sur le Sinaï, l’interdiction de prononcer le nom de Dieu en Islam (on sait ainsi qu’il y a 99 Noms divins, le centième étant bien entendu imprononçable ; voir ce lien : Noms_de_Dieu_en_islam), ou encore les différents conflits provoqués par les iconoclastes (littéralement les « briseurs d’images ») dans les premiers temps du Christianisme, rejetant violemment toute forme de vénération aux représentations de Dieu.


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Voici ce qu’enseignait saint Paul au peuple athénien réuni sur l’Aréopage : « En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : “Au dieu inconnu.” Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu’il contient, lui qui est Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas des sanctuaires faits de main d’homme » (Actes des Apôtres 17, 23-24).

Dans un même registre, évoquant son illumination intérieure survenue subitement sur le chemin de Damas, Paul affirmait pareillement l’aspect insondable et incommunicable des réalités spirituelles : « Je connais un homme en Christ qui, il y a quatorze ans, fut ravi jusqu’au troisième ciel (si ce fut dans son corps, je ne sais ; si ce fut hors de son corps, je ne sais : Dieu le sait). Et je sais que cet homme (si ce fut dans son corps ou sans son corps, je ne sais : Dieu le sait) fut enlevé dans le paradis, et qu’il a entendu des choses ineffables, qu’il n’est pas possible d’exprimer dans une langue humaine » (IIe Épître aux Corinthiens, 12, 2-3).

D’ailleurs, plus généralement, nous devons constater que les sages soufis, la haute mystique juive et chrétienne, ainsi que tous les grands maîtres spirituels issus des sacralités des quatre coins du monde, ont enseigné à l’unisson que la quête, l’approche et la perception des réalités divines ne pouvaient s’obtenir qu’en faisant le vide, que dans un état d’intériorisation profond et désindividualisé, supposant ipso facto le silence, l’immobilité et la solitude.

Nous tenons, à cet égard, à citer ces mots sublimes de l’Indien Sioux C. Eastman, reproduits par R. Guénon dans un instructif article intitulé Silence et solitude : « L’adoration du Grand Mystère était silencieuse, solitaire, sans complication intérieure ; elle était silencieuse parce que tout discours est nécessairement faible et imparfait, aussi les âmes de nos ancêtres atteignaient Dieu dans une adoration sans mots ; elle était solitaire parce qu’ils pensaient que Dieu est plus près de nous dans la solitude, et les prêtres n’étaient point là pour servir d’intermédiaires entre l’homme et le Créateur ».

Commentant ce passage, Guénon écrit : « On peut rappeler à ce propos que le véritable « mystère » est essentiellement et exclusivement l’inexprimable, qui ne peut évidemment être représenté que par le silence ; mais, de plus, le « Grand Mystère » étant le non-manifesté, le silence lui-même, qui est proprement un état de non-manifestation, est par là comme une participation ou une conformité à la nature du Principe suprême. (…) Quant à la solitude, il convient de remarquer tout d’abord que son association avec le silence est en quelque sorte normale et même nécessaire, et que, même en présence d’autres êtres, celui qui fait en lui le silence parfait s’isole forcément d’eux par là même (…) La multiplicité, étant inhérente à la manifestation, et s’accentuant d’autant plus, si l’on peut dire, qu’on descend à des degrés plus inférieurs de celle-ci, éloigne donc nécessairement du non-manifesté ; aussi l’être qui veut se mettre en communication avec le Principe doit-il avant tout faire l’unité en lui même, autant qu’il est possible, par l’harmonisation et l’équilibre de tous ses éléments, et il doit aussi, en même temps, s’isoler de toute multiplicité extérieure à lui » (dans Mélanges, Gallimard, 1976, p. 43-44). Ne dit-on pas communément que « le silence est d’or » ?


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Ces propos guénoniens sont ici tout à fait confirmés par l’étymologie des mots « sacré », « secret », « mythe », « mystère » et « mystique ». Ainsi, « sacré » (sacratum) et « secret » (secretum) proviennent tous deux de la racine sacernere (et plus généralement de la racine indo-européenne SC qui a donné par exemple les mots « scie », « scinder » ou « science ») signifiant mettre à-part un chose, opérer une césure ; dés lors, on peut dire que le sacré est ce qui est séparé ou caché du domaine vulgaire de la même manière que l’Un se trouve invisiblement présent au sein du multiple.

Les termes « mythe », « mystère » ou « mystique » découlent également d’une origine sémantique désignant une chose non-manifestée, puisque la racine Mu désigne le silence (on la retrouve par exemple dans les mots mutus : « muet », et mustês : « initié »). Tout cela confirme explicitement que tout se qui touche au Divin est proprement au-delà de toute manifestation et de toute représentation formelle, et ne peut trouver son temps et son lieu qu’ « en nous-mêmes ».

« L’Être naît du Non-Être », est-il bien dit dans le Rig-Véda (X, 72, 2)…


Pour aider l’auteur : https://www.tipeee.com/user/lenoble-pierre-yves

La fin d’un monde


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par Pierre-Yves Lenoble

Tipee de l’auteur :

https://www.tipeee.com/user/lenoble-pierre-yves

« L’histoire de l’Europe au cours de la fin du Moyen Age et de la Renaissance est en grande partie une histoire des confusions sociales qui naissent quand une large part de ceux qui devraient être des voyants abandonnent l’autorité spirituelle en faveur de l’argent et du pouvoir politique. Et l’histoire contemporaine est la hideuse relation de ce qui arrive quand les meneurs politiques, les hommes d’affaires, et les prolétaires conscients de leur classe sociale, assument la fonction, dévolue au brahmane, de formuler une philosophie de la vie ; quand les usuriers dictent la politique et discutent des conséquences de la guerre et de la paix ; et quand le devoir de caste du guerrier est imposé à tous et à chacun, sans égard à la constitution psycho-physique et à la vocation », Aldous Huxley (La philosophie éternelle, Seuil, 1977, p. 324).

Nous souhaitons à travers cet article rappeler les nombreux « signes des temps » qui ont caractérisé la période du Moyen-âge tardif et de la dite Renaissance ; ces faits, parfois anecdotiques, constituent à nos yeux des symptômes socio-historiques tout à fait frappants de l’effondrement généralisé de la Chrétienté européenne et de sa civilisation, survenu à partir du XIVe siècle, et dont nous subissons encore les conséquences funestes à notre époque d’inversion totale.

Dès lors, nous dresserons une petite liste (bien entendu non-exhaustive), en six points principaux, des multiples événements factuels qui ont marqué la fin de la belle féodalité médiévale, la dernière période véritablement traditionnelle sur le sol occidental, et qui ont acté l’enclenchement fatal de la décadence moderniste qui se finira dans un cataclysme mondial. Ayons donc bien en mémoire la célèbre mise en garde christique stipulant que « toute maison divisée contre elle-même périra »…

La révolte du temporel face au spirituel.

La fin du Moyen-âge marque le début des conflits permanents entre l’Église et les pouvoirs laïcs, et plus généralement, voit le Sacré perdre à tout jamais sa place au sommet de la hiérarchie sociétale (la fameuse tripartition féodale : Oratores, Bellatores et Laboratores) au profit des représentants du domaine Temporel : les nations se construisent pas à pas, l’unité supra-nationale qu’était la Chrétienté (qui formait un Tout harmonieux) se disloque face à la constitution des diverses unités nationales profanes (les parties disjointes), le principe spirituel unificateur de l’Europe est ainsi usurpé par les projets politiques particuliers.

Pour illustrer nos propos, nous mentionnerons le règne particulièrement antitraditionnel et nemrodien du roi Philippe le Bel, considéré comme le père de la nation française, mais qui fut surtout le bourreau de la Chrétienté, au début du XIVe siècle (avec ses altérations monétaires répétées au point d’être surnommé « le faux monnayeur » par le peuple, ses attentats meurtriers contre la papauté, ses vols de biens ecclésiastiques, la mise à mort des Templiers qui constituaient l’élite de l’élite chevaleresque) : il représente typiquement ce que l’hindouisme dénomme un Kshatriya (chevalier) révolté contre l’autorité du Brahmane (prêtre).

Nous citerons ici les importantes précisions émises par R. Guénon quant à cette profanation opérée par la royauté à la tête de l’organisation traditionnelle de l’Europe chrétienne : « En Europe, nous trouvons aussi, dès le moyen âge, l’analogue de la révolte des Kshatriyas ; nous le trouvons même plus particulièrement en France, où, à partir de Philippe le Bel, qui doit être considéré comme un des principaux auteurs de la déviation caractéristique de l’époque moderne, la royauté travailla presque constamment à se rendre indépendante de l’autorité spirituelle, (…) Les « légistes » de Philippe le Bel sont déjà, bien avant les « humanistes » de la Renaissance, les véritables précurseurs du « laïcisme » actuel ; et c’est à cette époque, c’est-à-dire au début du XIVe siècle, qu’il faut faire remonter en réalité la rupture du monde occidental avec sa propre tradition » (Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Trédaniel, 1984, p. 81-82).

Enfin, dans une même perspective, il est particulièrement notoire d’observer qu’en 1338, l’Empereur Louis V de Bavière donne un coup fatal à l’organisation traditionnelle du Saint-Empire en décrétant que le couronnement impérial par l’autorité papale n’était plus nécessaire et que désormais seule la décision des grands électeurs pouvait assurer la légitimité de l’Empereur.

 –La confusion sociale et les prémisses du capitalisme.

Cette désorganisation au sommet de la pyramide hiérarchique de l’Occident va entraîner dans son sillage un chaos social intégral. La période post-médiévale va acter le démantèlement du système organiciste traditionnel et va voir les anciennes couches sociales se dissoudre et leurs ancestraux liens de solidarité (clergé, mesnie, corporation et famille) se rompre : place désormais aux affres du « tous contre tous » et au machiavélique « diviser pour mieux régner ».

On remarque par exemple la place grandissante occupée à la tête des sociétés par la classe bourgeoise parasitaire (ce qui sera définitivement acté avec la Révolution de 1789), et plus généralement, la prise de pouvoir implicite de la Banque apatride, des marchands et autres entreprises commerciales devenant peu à peu une véritable « aristocratie d’affaire » aux dépends des pouvoirs royaux et des vieilles aristocraties chevaleresques ; même l’Église, en nette perte d’influence, de confiance et de prestige (avec notamment la fin de son monopole sur l’enseignement universitaire, l’achat des titres ecclésiastiques, la pratique honteuse des Indulgences ou l’arrêt des fondations d’Ordres monastiques), se transforme elle-aussi en un acteur politico-économique comme les autres.

D’une manière générale, on assiste à la prépondérance prise par la monnaie fiduciaire et par l’argent-papier et, on constate l’importance accrue du capital financier face aux biens immobiliers et à la possession terrienne (qui étaient autrefois les seuls signes distinctifs de richesse).

Les explorations de terres nouvelles, la multiplication des échanges commerciaux à l’échelle internationale, les nouvelles pratiques usuraires, la spéculation boursière et les politiques mercantilistes annoncent ainsi la naissance de l’ère du capitalisme-roi et de la mondialisation.

De même, les campagnes paysannes jusque là bien enracinées commencent progressivement à se vider face à l’explosion de l’urbanisme anarchique et son vampirisme sur les hommes et les ressources naturelles. La pré-industrialisation et les premières manufactures (ancêtres des usines) provoquent l’apparition d’un « prolétariat » de travailleurs journaliers, paupérisés et précarisés, de plus en plus nombreux et mécontents ; par là-même, on s’aperçoit que l’artisan devient une simple main-d’œuvre ouvrière, les travaux mécanisés et les gestes simplifiés supplantent le savoir-faire patient des corporations de métiers, la machine remplace l’outil.

La guerre et les techniques militaires subissent également de profonds et inquiétants changements ; ainsi, il est important de signaler l’apparition du concept profane de soldat (soit celui qui touche une solde pour combattre) multipliant drastiquement le nombre de victimes sur les champs-de-bataille (autrefois, seuls les membres de l’aristocratie de sang et les chevaliers étaient initiés à l’art de la guerre et étaient autorisés à porter les armes) ; songeons, dans le même registre, au développement des armes à feu et des canons augmentant largement le pouvoir de destruction des différentes forces belligérantes…

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Épidémies et guerre perpétuelle.

A partir du XIVe siècle, l’ensemble du continent européen est continuellement désorganisé et ravagé par de sinistres vagues de guerres, d’épidémies, de famines et de perturbations climatiques, toutes plus meurtrières les unes que les autres, à tel point que le peuple voyait symboliquement en elles les « Quatre Cavaliers » de l’Apocalypse de saint Jean.

Sans nous étendre sur des faits historiques bien connus, nous rappellerons ainsi que la période post-médiévale a été marquée au fer rouge par la grande « Peste Noire » (apparue en 1348 dans les ports marchands de la Méditerranée et causant la mort d’un tiers de la population européenne en un demi-siècle), par les conflits militaires interminables et les politiques de terres brûlées (comme la « guerre de Cent ans » en France ou la « guerre des deux roses » en Angleterre où la fine fleur de l’aristocratie fut décimée, remplacée par la Gentry), par les terribles guerres de religion (pensons à l’horrible « guerre de Trente ans » ou à la sanglante « Nuit de la Saint Barthélémy »), par les bûchers de l’Inquisition, par la folle « chasse aux sorcières », par les innombrables jacqueries paysannes et autres révoltes populaires dans les nouveaux centres urbains… etc.

 –La fièvre messianique et l’utopisme.

Comme l’exige la perception du temps ― à la fois involutive, cyclique et rythmique ― propre aux sociétés traditionnelles, les hommes médiévaux, via leur « histoire sainte » et leur calendrier sacré, vivaient tous dans la nostalgie du Paradis perdu et aspiraient en permanence à freiner et à cadrer le flux dynamique du Devenir, jugé corrosif et constricteur.

Or, en se coupant de leur tradition chrétienne et en bafouant leur sacralité collective, les hommes de la Renaissance ont pris l’exact contre-pieds de leurs illustres devanciers et sont rentrés de plein fouet dans « l’histoire » proprement dite : place désormais à la fuite en avant dans l’Avenir incertain, au temps linéaire sans qualification, au progressisme historique illusoire et aux hypothétiques « lendemains qui chantent »…

Ainsi, chez les masses populaires (surtout celles des nouveaux centres urbains marchands) déracinées, paupérisées et délaissées par leurs « bergers des âmes » légitimes, ce sens de l’histoire progressif, devant aboutir à l’établissement d’un Éden terrestre, a pris la forme d’une explosion de croyances hétérodoxes, de type messianique (soit ceux qui attendent le retour ici-bas du Messie biblique) et millénariste (qui attendent le Millénium, les mille ans de bonheur promis dans l’Apocalypse) se cristallisant autour de faux prophètes ou de moines défroqués (lire à ce sujet l’ouvrage essentiel de N. Cohn : Les fanatiques de l’Apocalypse).

Chez les nouvelles élites politico-économiques, on se met également à rêver de « progrès », d’ « humanisme » et de « futur radieux », sous la forme d’un genre nouveau de fictions littéraires : les utopies (ce mot doit son origine de la célèbre Utopia de T. More). Celles-ci constituent de pures spéculations modernistes, utilitaristes et matérialistes, tout à fait caractéristiques de la médiocrité bourgeoise. Ces cités utopiques (généralement situées sur des îles imaginaires) revêtent en effet toujours les mêmes aspects ténébreux, à savoir des systèmes-clos dépourvus de sacralité, carcéraux, rationalistes, collectivistes, communistes, uniformisés, démocratiques, le tout géré par une poignée d’oligarques « éclairés », soit tout simplement des parodies grossières et fantasmatiques de l’Âge d’or des Anciens.

Afin de résumer notre propos, nous extrairons ici certaines observations pertinentes émises par E. M. Cioran dans son intéressant essai Histoire et utopies : « Si l’homme antique, plus proche des origines, situait l’âge d’or dans les commencements, l’homme moderne en revanche allait le projeter dans l’avenir. (…) « Bientôt ce sera la fin de tout ; et il y aura un nouveau ciel et une nouvelle terre », lisons-nous dans l’Apocalypse. Éliminez le ciel, conservez seulement la « nouvelle terre », et vous aurez le secret et la formule des systèmes utopiques ; (…) Mais utopie, rappelons-le, signifie nulle part »…

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La dégénérescence de l’art et de l’architecture.

La production artistique perd définitivement son caractère sacré, sa gratuité, son impersonnalité et sa dimension symbolique, place maintenant aux simples ornements décoratifs dépourvus de significations supérieures et à « l’art pour l’art » en tant qu’affaire de goût personnel, tout subjectif et profane.

Songeons simplement à certaines nouveautés comme la mode des autoportraits (inaugurée par celui d’A. Dürer) ou le fait que les artistes signent désormais personnellement leurs œuvres d’art, ce qui participe clairement à la naissance de l’individualisme et à l’exaltation du « moi », si caractéristiques de cet âge luciférien que fut la dite Renaissance.

Que dire aussi de la volonté générale des artistes de rompre avec les anciens thèmes figuratifs issus de la Bible et de la tradition chrétienne, au profit d’une imitation de l’art antique ou de formes « antiquisantes » (avec son lot de corps dénudés, de fioritures naturalistes et de divinités païennes) et autres styles pompeux (tel le baroque) ; c’est également au début de la Renaissance qu’apparaît la figure grotesque du critique d’art (l’un d’entre eux, G. Vasari, élève de Michel-Ange, inventa le terme péjoratif de « gothique » pour qualifier le style médiéval considéré comme démodé).

En ce qui concerne l’architecture, la ferveur religieuse intense qui fut à la base de l’érection des grandioses cathédrales (qui étaient destinées à tous, sans distinction de rang) et des innombrables abbayes du « beau Moyen-âge » s’épuise définitivement à partir du XVe siècle, on leur préfère désormais d’austères bâtiments militaires fortifiés ainsi que la construction — par les monarques dévoyés et les bourgeois parvenus — d’orgueilleux palais privés et autres hôtels particuliers.

Il est également significatif de constater qu’à la fin de l’époque médiévale, l’art religieux, du fait des malheurs des temps et de la mort omniprésente, devient particulièrement morbide, lugubre et dépressif, comme l’atteste la mode nouvelle des « Danses macabres », des « Piétas », des « Christs souffrants », des « Memento Mori », des « Chemins de Croix » ou des « Triomphes de la Mort »…

 

Les inventions et les découvertes prométhéennes.

De nombreuses nouveautés scientifiques et technologiques vont totalement transformer la vision du monde, la vie quotidienne, les rapports sociaux et la psychologie individuelle qu’avaient auparavant les hommes traditionnels au Moyen-âge.

Par exemple, pensons à la fabrication des premiers miroirs individuels, symbole parlant de l’égocentrisme naissant et du goût nouveau pour le paraître mondain ; nous signalerons aussi la généralisation des horloges mécaniques et des montres individuelles en tant qu’instruments de mesure et de rationalisation froides du temps courant, participant en cela au désenchantement de la vie quotidienne et rompant radicalement avec l’ancien calendrier chrétien calqué sur les grands rythmes de la nature et les épisodes évangéliques.

La découverte de l’Amérique par C. Colomb (dont le nom a donné le terme « colon ») tout comme la théorie héliocentrique de Copernic vont totalement perturber la vision chrétienne du monde et acter symboliquement le « désaxement » entier de la société européenne ; à ce sujet, nous tenons à citer les subtiles remarques de J. Evola qui récapitulent bien notre propos : « (…) il est très significatif que la « découverte copernicienne », avec laquelle le fait que la terre soit le centre fixe et immobile des entités célestes cessa d’être « vrai » — alors que devint « vrai » le contraire, que c’est elle qui se meut, que sa loi est d’errer dans l’espace cosmique comme partie insignifiante d’un système dispersé ou en expansion dans l’indéfini — soit survenue plus ou moins à l’époque de la Renaissance et de l’humanisme, c’est-à-dire à l’époque des bouleversements les plus décisifs pour l’avènement d’une civilisation nouvelle, dans laquelle l’individu devait perdre peu à peu tout rapport avec ce qui « est », devait déchoir de toute centralité spirituelle jusqu’à faire sien le point de vue du devenir, de l’histoire, du changement, du courant incoercible et imprévisible de la « vie » (le plus singulier, c’est qu’au début de ce tournant il y a eu au contraire la prétention — l’illusion — d’avoir finalement découvert l’ « homme », de l’affirmer et de le glorifier, d’où le terme d’ « humanisme » ; en réalité, ce fut une réduction à ce qui est « seulement humain », avec un appauvrissement de la possibilité d’une ouverture et d’une intégration au « plus qu’humain ») » (L’arc et la massue, Pardès, 1983, p. 13-14).

Enfin, il nous faut rappeler que l’invention de l’imprimerie et la multiplication sans précédent de l’écrit (notamment les traductions et les commentaires plus ou moins tendancieux de la Bible, sans compter la prolifération des livres profanes), amenant à une lecture individualiste, critique, rationaliste ou littéraliste des textes sacrés, vont permettre de promouvoir à grande échelle le courant « humaniste », la « libre pensée » et le « libre examen » qui seront à l’origine de la perte d’influence de l’enseignement clérical et finalement de la Réforme protestante…

Memento mori

Au final, on s’aperçoit que ce vaste et déterminant décalage civilisationnel, apparu à partir de XIVe siècle, a provoqué une grave gangrène inguérissable dans tous les aspects de l’existence de l’Occident, entraînant petit à petit avec lui, dans cette gigantesque dissolution exponentielle, l’ensemble de la planète.

Tous les maux de notre temps (crise politico-spirituelle, parasitisme bancaire, ploutocratie, idiocratie, pornocratie, ingénierie sociale, transhumanisme, art dégénéré, laideur architecturale, inversion sexuelle… etc.) sont nés à la fin du Moyen-âge et n’ont fait depuis lors que s’accentuer et s’accélérer dangereusement.

En bout de chaîne, tout cela aboutira à une société mondiale bête et méchante, à la fois liquide, spectaculaire, carnavalesque, robotique, indécente et indifférenciée, une sorte de marécage sociologique contrôlé de A à Z par l’intelligence artificielle, où le bétail humain pré-simiesque sera pucé, où l’argent sera dématérialisé, où toutes les pires déviances seront permises (on sait par exemple que le mariage avec des animaux, la baisse drastique de la majorité sexuelle, la légalisation de toutes les drogues ou l’euthanasie des enfants sont actuellement discutés dans les loges maçonniques), où le n’importe quoi sera valorisé, où toute forme de qualité sera suspecte, et où l’homme, selon les dires de J. Attali en 1990, « devenu prothèse de lui-même », « sans adresse ni famille stable », « se produira comme une marchandise »…

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La contrefaçon de l’âge d’or


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Par Pierre-Yves Lenoble

« Ne vous ai-je pas annoncé au sujet de l’antéchrist un fait qu’aucun prophète n’avait signalé à
son peuple ? Il est borgne et il apportera avec lui une image représentant le Paradis
et une autre représentant l’Enfer. Et celle qu’il vous dira être le Paradis sera l’Enfer.
Je vous signale ce danger comme Noé l’avait signalé à son peuple »
(Hadith extrait de Bokhâri, LX, III, 3).


On ne le répétera jamais assez : notre époque contemporaine a non seulement atteint un niveau de dégénérescence historique extrême, elle se caractérise également par une sinistre et totale inversion de la vision traditionnelle du monde. En nous référant aux mythologies et aux récits sacrés des anciennes traditions humaines, nous verrons dans cet article que notre société actuelle constitue purement et simplement une parodie du Paradis biblique ou de l’Âge d’or originel.

D’ailleurs, en prenant pour analogie la destinée de toute vie humaine, ne peut-on pas dire que la sénilité du vieillard ressemble fortement à la fragilité du nouveau-né ? L’un va bientôt mourir et sent qu’il se rapproche de la mort dans un futur au-delà, l’autre vient de naître ici-bas et sent qu’il a quitté un état antérieur plus subtil…

Or, à nos yeux, le retournement mental le plus décisif opéré par la modernité (depuis les utopies de la pseudo-Renaissance) concerne avant-tout le sens de l’histoire : les Anciens ont partout et toujours affirmé que la perfection anthropologique se situait au début des temps, jamais à la fin. À l’exception du monde moderne, tous les enseignements traditionnels ont placé les temps de béatitude et de félicité au commencement, jamais dans un futur incertain, et, par conséquent, ont tous fait état d’une « Chute de l’homme » (ou bien d’un « retrait des dieux », ce qui revient à exprimer la même idée).

Nous ne pouvons ici que citer ces sublimes mots de l’historien et ethnologue Jean Servier, extraits de son indispensable ouvrage : L’Homme et l’Invisible (R. Laffont, 1964, p. 27) : « Les traditions de toutes les civilisations ont choisi la solution de la chute. Elles en tirent toutes les conséquences. La science occidentale défend, elle, l’hominisation du singe, peut-être parce qu’il est plus facile d’être un singe « parvenu » qu’un ange déchu ».

En effet, le supérieur ne peut pas être le résultat de l’inférieur, le + n’émane jamais du –, et si Toto a dix euros en poche, il peut acheter neuf euros de bonbons mais pas onze. A ce titre, le prophète Mohammad (saw) rappelait cette vérité universelle lorsqu’il déclarait : « Il ne viendra pas d’époque qui ne soit pire que la précédente ». On ne peut être plus clair : toute forme de progressisme historique constitue une irrémédiable hérésie intellectuelle et se présente comme une inversion du court normal du temps, corrosif et constricteur. L’eau vive n’est-elle pas plus pure à sa source qu’à son estuaire ?


…peut-être parce qu’il est plus facile d’être un singe « parvenu » qu’un ange déchu ».


Aujourd’hui, à l’heure du New World Order (expression qui n’est pas due à un livre d’H.G.Wells comme le répète sans cesse P. Hillard, mais qui est tout simplement le titre de Genèse II, 9 racontant le pacte entre Dieu et Noé après le Déluge, ce qui constitue là-encore une sinistre parodie moderne), à l’heure de la sacro-sainte « Croissance » et des fumeux « lendemains qui chantent », le monde entier, sans dessus-dessous, vit en fait dans une vaste illusion plastifiée et se situe historiquement dans les bas-fonds de l’« Âge sombre » (soit les « jours de lamentations » de la Bible, l’ « âge de fer » d’Hésiode, les « tribulations apocalyptiques » de Jean, le kali-yuga des hindous, l’ « âge du loup » des vieux scandinaves… etc.).

Ainsi donc, nous vivons actuellement dans un monde à rebrousse-poil qui se caractérise comme une singerie terminale — constituant à la fois une horizontalisation, une matérialisation et une profanation — de l’ « Âge d’or », dans ce que René Guénon dénommait explicitement « la grande parodie » ou « le carnaval perpétuel », et que le génial Aldous Huxley avait prévu il y a presque cent ans dans son énigmatique Meilleur des mondes (où il prédisait notamment l’esclavage volontaire, l’interdiction de l’amour, l’hypersexualisation de la société, la généralisation de l’évasion dans les drogues et le spectacle, la fin de la procréation naturelle, la mort de la famille, l’eugénisme industriel, l’abrutissement des masses, l’éducation sexuelle dès la petite enfance, ou encore la banalisation de l’euthanasie en transformant les morgues en fêtes foraines avec clowns et barbe-à-papas).

Dès lors, nous donnerons en vrac quelques illustrations factuelles qui nous font dire que la fin des temps est proche et que « l’Heure » annoncée par toutes les eschatologies est arrivée.

  • Les projets politiques mondialistes et les divers courants néo-spiritualistes du New-Age ne représentent qu’une mauvaise imitation de la « Tradition primordiale », en remplaçant l’unité spirituelle du genre humain par une uniformisation dégradante des corps et des âmes. On peut dire ainsi que la Jérusalem terrestre, future capitale du monde selon Jacquot, n’est qu’un pastiche grossier de la Jérusalem messianique et céleste des prophètes bibliques devant acter le retour sur terre du Paradis.
  • L’aviation, la conquête spatiale et la construction de gratte-ciels constituent des caricatures grossières du lien Terre/Ciel et de la facilité de communication avec Dieu qu’avaient les premiers hommes. Un célèbre hadith ne prévoit-il pas qu’à la fin du monde des tours s’élèveront dans le désert, à l’image de la tour de Babel (songeons à la gigantesque Big-Ben construite en plein centre du sanctuaire de La Mecque ; voir à ce sujet cette vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xxcs1j) ?
  • L’anglicisation générale et la multiplication des moyens techniques de communication nous renvoient au langage unique, à la « langue des oiseaux » et au « don des langues » propres à l’humanité originelle qui, dit-on, pouvait facilement dialoguer avec tous les règnes du vivant. De même, le cinéma, la télévision, internet et l’énorme pouvoir des médias ont littéralement supplanté le pouvoir sanctifiant du Verbe divin ; n’oublions pas que dans son Apocalypse (XIII, 15), saint Jean parle d’images animées par la Bête…
  • La généralisation de l’homosexualité et du transgenre, virilisant les femmes et efféminant les hommes, nous rappellent étrangement la doctrine platonicienne de l’ « Androgyne primordial », conçu comme une sphère lumineuse parfaite, de la même manière que la promotion de la pornographie nous ramène à la nudité sans honte de nos proto-parents dans le jardin d’Eden.
  • Le productivisme, les supermarchés et la consommation à outrance nous font penser aux fructueuses récoltes sans effort pendant l’ « éternel printemps » de l’âge d’or ainsi que le raconte, entre autres, Ovide, dans ses Métamorphoses (un mythe amérindien affirme par exemple qu’au début des temps, les fruits étaient si gros qu’il fallait une brouette pour les transporter).
  • La chirurgie esthétique et les pilules-miracle anti-vieillissement se présentent comme une nouvelle forme artificielle de la « Fontaine de Jouvence » ou de la « Source de Vie » située au centre du Paradis, permettant à l’humanité primordiale d’être immortelle ou de jouir de l’éternelle jeunesse (on notera d’ailleurs que l’âge des prophètes bibliques, qui vivaient des centaines d’années au début du cycle, ne fait que décroître au fur et à mesure du récit).
  • L’intelligence artificielle, le transhumanisme, et surtout le robot, en tant qu’aboutissement de l’ « homme nouveau » prôné par tous les révolutionnaires, qui incarne la figure idéale de l’homme singé, hors-sol, extérieurement augmenté et déspiritualisé (et qui bénéficie aujourd’hui de droits juridiques ; un horrible robot nommé sataniquement sophia a été la semaine dernière déclaré citoyen d’honneur de l’Arabie Saoudite, décidément à la pointe de la subversion moderne) sont des parodies matérialistes de la perfection ontologique, des hautes capacités intellectuelles et des divers pouvoirs spirituels de l’ « Homme transcendant » dans le séjour paradisiaque ; il est à cet égard intéressant d’observer que le grand historien des religions Mircea Eliade parlait déjà de « transhumanisme », seulement, ce mot était pour lui un synonyme de « sacré » et caractérisait uniquement le phénomène religieux…

Bref, à l’heure actuelle, comme le disait froidement Guy Debord dans sa Société du spectacle : « Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation », soit un sordide monde à l’envers où le beau est devenu le laid, où le mensonge tient lieu de vérité, où toute qualité humaine se transforme en défaut, où les petits hommes verts ont remplacé les anges, où le fou est perçu comme un sage, et où le borgne a été sacré roi des aveugles…