Israël est, par définition, une colonie européenne — PALESTINE +


palestineplus.fr

Comment se fait-il que la Palestine, partie intégrante du Moyen-Orient, et morceau de terre habité depuis l’Antiquité par une population orientale ayant adopté, depuis plus d’un millénaire, la culture et la langue arabe, à l’instar de la Syrie, de l’Égypte ou de l’Algérie, soit, en une centaine d’années, devenue un État peuplé de migrants venus […]

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Très Tsahal temps pour le Sionistan… — jbl1960blog


L’empire anglo-américano-christo-sioniste a ouvert les paris au Moyen-Orient PILE = On perd ! Et FACE = Y gagnent ! Comme d’hab, quoi !… Les psychopathes aux manettes perdent les pédales ; Guerre impérialiste au Moyen-Orient : Riposte sur le Golan… Sévère mise en échec de l’entité sioniste (Al Manar) Golan occupé : Israël frappé au cœur […]

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Reese Erlich : «Trump va probablement provoquer une escalade dans diverses guerres» — Algérie Résistance


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Reese Erlich. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Quelle est votre analyse à propos du retrait […]

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L’ hubris de l’éphémère.


mondialisation.ca

Par Chems Eddine Chitour

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«Mon père chevauchait un chameau, je roule en Cadillac, mon fils roule en jet, son fils chevauchera un chameau.»  (Proverbe saoudien)

La mue de l’Arabie saoudite de MBS

Pour mettre de l’ordre «son ordre», MBS prince héritier depuis juin 2017, il n’y va pas de main morte: il embastille. «Depuis le 9 septembre 2017, plusieurs dizaines d’arrestations ont eu lieu en Arabie saoudite. Il s’agit pour la plupart de personnalités publiques très différentes dont la caractéristique commune est qu’elles n’ont pas pris position dans la «crise qatarie». La liste comporte aussi plusieurs jeunes intellectuels réformistes qui, après 2011, ont pris une part active à la contestation démocratique en Arabie. Parmi eux, Abdallah Al-Maliki, diplômé de sciences religieuses, qui a créé l’événement en 2012 en publiant un livre dans lequel il cherchait à montrer la primauté de la souveraineté populaire sur la charia et Mustafa Al-Hassan, fondateur d’un forum pour encourager le développement des sociétés civiles.» (1)

«Au-delà des profils des détenus, ce qui frappe est la méthode. (…) Il faut dire qu’après trois mois de blocus, l’Arabie, les Émirats arabes unis, l’Égypte et le Bahreïn n’ont pas obtenu grand-chose,.(…) Ces nouvelles arrestations ont donc une seconde cause profonde, de nature plus structurelle, liée aux transformations depuis deux ans du régime saoudien. (…) C’est tout ce système qui est mis à bas depuis 2015 avec la montée en puissance d’un unique homme fort, Mohammed Ben Salman, actuel prince héritier et fils du roi, qui concentre aujourd’hui entre ses mains l’essentiel du pouvoir. (…) L’obsession de Mohammed Ben Salman semble être de créer une verticale du pouvoir remontant à sa personne, alors même que le système saoudien était tout entier bâti sur l’idée d’une certaine horizontalité.» (1)

«Mohammed Ben Salman argue de la nécessité de mettre l’État et la société en ordre de bataille pour, d’une part, relever les défis régionaux – notamment ce que Riyadh qualifie d’«expansionnisme iranien» et qui justifie la guerre au Yémen – et, d’autre part, faire appliquer son projet de réforme économique et sociale, présenté de manière tapageuse sous le nom de «Vision 2030» La même transformation s’était produite de manière plus discrète plus d’une décennie plus tôt aux Émirats arabes unis sous la férule de Mohammed Ben Zayid, prince héritier d’Abou Dhabi et mentor de Mohammed Ben Salman. À Riyadh, on murmure ainsi que l’objectif des changements actuels est d’importer en Arabie le «modèle émirien», qui fascine le jeune prince»..(1)

La France au service de Riyadh pour une poignée de dollars

 «Il semble que la politique gaullienne en ce qui concerne les pays arabes appartient au passé. Place aux affaires!!:»Les liens assez étroits des dirigeants français avec certains dirigeants de pays arabes du Golfe ne relèvent pas du secret défense. Ces liens ne cessent de se renforcer au point où le petit Émirat du Qatar parvient sans aucune peine à influer de manière décisive aussi bien en amont qu’en aval du processus de conception et de mise en oeuvre de la politique étrangère de la France au Moyen-Orient et en Afrique. (…) La proximité du prince héritier Mohammed Ben Salman et du président français Emmanuel Macron est un cas d’école à étudier. (…) D’après des sources fiables, le puissant prince saoudien Mohamed Ben Salman ou MBS a mis Emmanuel Macron à son service pour six milliards de dollars US. Dans les faits, Macron reprend mot pour mot les positions officielles de la famille régnante du Royaume d’Arabie saoudite: pas de retrait US de Syrie; contre-offensive politique pour assurer la continuité du conflit au Levant; soutien politique, diplomatique et militaire à la coalition arabe menée par Riyadh au Yémen; déstabilisation de certaines régions du Sahel et, cerise sur un gâteau déjà pourri, servir d’alternative en cas de défaillance de Trump dont les positions réelles suscitent l’extrême méfiance de Riyadh et des grands financiers de Londres et de Frankfurt. Pour les Saoudiens, la vie est belle: on peut s’acheter un président français pour trois fois rien!». (2)

De même, le dernier passage de MBS en France, malgré les salamalecs, a déçu en termes de contrats… Ainsi:

«À l’issue d’une longue tournée internationale, le prince Mohammed Ben Salman (MBS), arrive à Paris le 8 avril 2018 (…) Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, apparaît tout autant comme le réformateur d’une société sclérosée, qu’un piètre diplomate embourbé dans quelques aventures extérieures périlleuses. (…) Ombrageux, frustre et impulsif, il dirige le pays d’une main de fer et se veut être le garant de la stabilité dans le pays Réformateur à l’intérieur (il embastille les corrompus jusqu’à leur faire rendre gorge, il assouplit la condition de la femme, il veut réformer une économie malade de la corruption et du conservatisme rendue visible avec la chute des cours du pétrole à travers sa «vision 2030», il privatise l’eau, il introduit Aramco en Bourse, il entend remettre les rigoristes de l’islam à leur juste place, il veut développer le tourisme, les arts, les loisirs…), il est conservateur à l’extérieur (guerre sans merci contre l’Iran par Yémen interposé brouille avec le Qatar,…) même s’il admet qu’Israël a droit de vivre (vraisemblablement pour sceller l’alliance tripartite États-Unis/Israël/Arabie saoudite contre la peste chiite) (…) MBS vient à Paris, tel un représentant de commerce pour vendre son projet d’ouverture. (…) Pour ce qui est de la diplomatie économique, l’on apprend qu’Emmanuel Macron se rendra à la fin de l’année en Arabie saoudite pour signer des contrats élaborés avec la pétromonarchie du Golfe. On pense surtout aux domaines du tourisme, de la culture, de la musique, du patrimoine historique.» (3)

L’hubris de MBS un grand chéquier et un sabre nain

L’hubris de MBS est sans limite! A l’Iran héritière de Darius à qui il dispute le leadership au Moyen-Orient. Adossé au parapluie américain, il affiche sa capacité de nuisance en croyant que tout s’achète comme en Occident! Clark Kent rapporte que: «Au cours d’un entretien avec Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef du magazine américain The Atlantic, le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman (dit «MBS») a atteint le point Godwin en comparant l’ayatollah Ali Khamenei, le chef du clergé iranien, à Hitler. Peut-être ne connait-il pas la parabole du sermon de la montagne qu’il aurait pu faire sienne: «Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil?»L’Iran n’a envahi ni la Pologne ni aucun autre pays depuis 1785. (…) En revanche, en 2015, l’Arabie saoudite et ses alliés ont envahi le Yémen et y mènent une guerre dévastatrice. L’Arabie saoudite est également intervenue en Syrie, en soutenant les djihadistes de l’Armée de l’Islam d’extrême-droite et en commanditant des attentats à la bombe à Damas.» (4)

L’interview de Mohammed Ben Salman dans The Atlantic: un exemple de félonie

Le grand journaliste Abdelbari Atwan tire les conclusions de l’entretien accordé par Mohammed Ben Salman à The Atlantic en énumérant dix points:

«Mohammed Ben Salman ne s’adressait pas au peuple saoudien dans cette interview, mais aux décisionnaires, aux législateurs et à l’Etat profond américains. Il s’est montré à eux, avec sa vision et ses politiques futures, comme un allié stratégique digne de confiance. Il est en quête du «feu vert» soutenant son prochain couronnement au Royaume d’Arabie saoudite, qui se déroulera peut-être quelques jours ou quelques semaines après la fin de cette tournée. (…) Il a présenté ses lettres de créance à son plus grand allié, expliqué ses programmes politiques, sociaux et économiques. Nous pensons qu’il a obtenu un certain succès dans ce domaine, notamment à la Maison-Blanche, auprès du «gouvernement de guerre» dirigé par le Président Trump.» (5)«Dix points principaux dans la rencontre du prince Mohammed Ben Salman avec The Atlantic résument sa future stratégie Premièrement: le prince Ben Salman a reconnu, pour la première fois depuis le début du conflit israélo-arabe, le droit des juifs à établir un Etat sur «la terre de leurs aïeux». Denis Ross, responsable du conflit et des négociations entre les Arabes et les Israéliens dans plusieurs administrations américaines, a déclaré qu’il s’agissait de la première reconnaissance des droits historiques des juifs. Deuxièmement: le prince Ben Salman n’a pas émis une seule critique contre Israël tout au long de l’interview ni en marge de celle-ci, d’après Goldberg lui-même. Il a au contraire fait son éloge de manière indirecte en disant qu’Israël possédait une grande économie pour sa taille géographique.» (5)

«Troisièmement: le prince n’a pas prononcé une seule fois le terme «Etat palestinien» et n’a pas indiqué que Jérusalem occupée était sa capitale. Il s’est contenté de parler du «droit des Palestiniens et des Israéliens à disposer d’une terre». Quatrièmement: le Prince a exprimé son «inquiétude religieuse» au sujet de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem et parlé du droit du peuple palestinien, sans le définir. Il a affirmé qu’il n’avait rien contre les autres religions, notamment le judaïsme et le christianisme. Cinquièmement: il a divisé le Moyen-Orient en deux camps (comme le cheikh Oussama Ben Laden, mais en inversant les camps): le camp du mal, englobant l’Iran, le Hezbollah et les Frères musulmans; le camp des modérés incluant la Jordanie, l’Egypte, les Emirats, le Bahreïn, le Sultanat d’Oman, le Koweït et le Yémen aux côtés de l’Arabie saoudite. Il faut remarquer qu’il n’a pas parlé du Maroc ainsi que d’autres Etats d’Afrique du Nord.» (5)

«Sixièmement: le prince héritier d’Arabie saoudite a confirmé que son pays avait utilisé les Frères musulmans pour combattre le communisme qui menaçait l’Europe, l’Amérique et l’Arabie saoudite elle-même durant la Guerre froide. Il a d’ailleurs décrit le président Gamal Abdel Nasser comme un «communiste». Septièmement: il a formellement nié l’existence du wahhabisme dans le Royaume et confirmé qu’il n’y avait que quatre écoles sunnites. Huitièmement: il a nié tout soutien financier saoudien aux terroristes et aux organisations extrémistes, mais il a reconnu que certaines personnalités saoudiennes avaient financé certains de ces groupes, sans donner de noms. Neuvièmement: il a catégoriquement refusé de répondre aux questions sur la campagne anti-corruption ou de parler de sa fortune et de l’achat d’un yacht à 500 millions de dollars. Quand la journaliste Nora O’Donnell lui a parlé de ce yacht, il a répondu avec une «nervosité» apparente qu’il voulait garder sa vie privée pour lui, confirmant qu’il était un homme riche et non Mandela ou Gandhi. Dixièmement: il a réservé son attaque la plus cruelle, et peut-être d’ailleurs la seule de cet entretien, à l’imam Ali Khamenei en disant qu’il était plus dangereux qu’Hitler.» (5)

«Pourquoi s’interroge Abdelbari Atwane, n’a-t-il pas critiqué une seule fois les Israéliens et a reconnu leurs droits historiques, sans jamais mentionner l’Etat palestinien? On peut déduire de ces 10 points et des réponses du prince héritier d’Arabie saoudite qu’il envisage une future alliance avec Israël dans le cadre d’un « axe modéré » arabe s’opposant à l’Iran et soutenu par les États-Unis. Il prévoit aussi de faire d’Israël un futur partenaire commercial et de renforcer les intérêts communs entre les deux pays dans le cadre d’une paix juste, sans aborder une seule fois l’initiative de paix arabe, qui est pourtant saoudienne, ni ses conditions. La reconnaissance de l’héritage historique des Juifs et de leur droit à établir un Etat sur une partie de cet héritage, soit la terre de Palestine, est un développement très grave car il signifie que les Juifs ont également des droits sur des territoires arabes à Khaybar, au Yémen, en Egypte, au Maroc et dans la péninsule Arabique. Cette reconnaissance pourrait les pousser non pas à revenir sur ces terres ou les récupérer, mais à demander des dédommagements pour leur exil forcé de 1 500 ans de la péninsule Arabique et exiger leur part des richesses pétrolières Le roi saoudien Salman Ben Abdelaziz s’est certes empressé de réaffirmer que le Royaume soutenait l’établissement d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem comme capitale, mais le mal est fait et c’est le prince Ben Salman qui est le véritable chef à Riyadh.» (5)

Sommet de la Ligue arabe de Dhahran :  La normalisation avec Israël enclenchée ?

C’est par ces mots que le journaliste Zine Cherfaoui s’interroge à propos de la kermesse sans lendemain, une de plus des réunions de la Ligue Arabe , dont on sait que le secrétaire général et d’une façon inamovible un Egyptien et le pourvoyeur l’Arabie Saoudite qui dicte ce faisant la norme en fonction de ses intérêts propres, il n’est pas question de débat. Ainsi :

«  Les travaux du 29e sommet des Etats de la Ligue arabe se sont achevés lundi à Dhahran, en Arabie Saoudite, presque dans l’indifférence générale. Aucune décision susceptible de retenir réellement l’attention n’a été prise lors de ce rendez-vous politique régional, qui intervient pourtant à un moment où le monde arabe est ravagé par les conflits et les dissensions internes.

Signe que les clivages sont importants au sein d’une organisation panarabe souvent  décriée et qualifiée de coquille vide, certains représentants de pays éviteront même d’évoquer le conflit en Syrie, 24 heures après des frappes occidentales contre ce pays ravagé par la guerre depuis 2011 . Le seul fait à signaler est peut-être ce franc soutien réitéré à la cause palestinienne. Le roi Salmane Ben Abdelaziz Al Saoud a d’ailleurs tenu à placer la question d’El Qods en tête des priorités arabes. Dans un discours prononcé à l’ouverture des travaux du sommet, le souverain wahhabite, dont le pays est pourtant un proche allié des Etats-Unis, a une nouvelle fois clairement rejeté la décision de l’administration de Donald Trump de transférer, en principe à la mi-mai, l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à El Qods » (7).

Le deal   que « les  pays arabes moutons »  ne peuvent pas refuser : Israël contre Iran

Le pays à abattre est, on l’aura compris l’Iran accusé d’aider les Houtis du Yemen et voir régenter le Moyen Orient. Avec la doxa saoudienne, les Arabes doivent   normaliser leurs relations avec Israël – exit l’initiative du roi Faycal de 2002– en espérant que l’on fasse – les Etats Unis et Israël- une petite place aux Palestiniens avec une capitale dans les faubourgs de Jérusalem à Abou Dis avec un banthoustan en peau de lapin .

Zine Cherfaoui ajoute :

« Mais le rappel par les Arabes de leur solidarité avec les Palestiniens ne veut pas pour autant dire qu’Israël constitue pour eux un problème. Cela n’est effectivement pas le cas pour beaucoup d’entre eux. Parmi ces pays, il est possible de sérier l’Egypte, la Jordanie, les Emirats arabes unis et le Qatar qui entretiennent des relations quasi normales avec Tel-Aviv. Comme l’atteste une chronique carrément pro-israélienne, parue samedi dans les colonnes du quotidien saoudien public Al Riyadh,un lobby favorable à normalisation rapide des relations entre les Arabes et Israël est actuellement à l’œuvre L’auteur de la chronique en question, Ahmad Al Jamia, justifie cette normalisation par la «nécessité impérieuse» de faire face à l’Iran, pays qu’il présente comme la menace la plus sérieuse et la plus urgente pour le monde arabe.  Dans son écrit intitulé d’ailleurs «Paix avec Israël et confrontation avec l’Iran», le journaliste soutient l’argument selon lequel plus vite sera trouvée une solution au conflit israélo-palestinien et plus vite les Arabes pourront neutraliser la menace iranienne.  Ce n’est évidemment pas un hasard si certains de ces éléments de langage se retrouvent dans le discours du souverain saoudien. (…) Ce discours laisse même l’impression que la feuille de route du processus de normalisation des relations entre les Arabes et Israël a été sortie des tiroirs. Mieux, des médias du Proche-Orient soutiennent  que les Saoudiens ont commencé à en appliquer les principaux éléments ».  (7)

Pourquoi l’image de l’Arabie saoudite se dégrade pour le citoyen arabe Lambda ?

Il vient que le citoyen arabe Lambda  a un gout de cendre dans la bouche, en voyant se déliter inexorablement la cause palestinienne qui est passée à la trappe avec la complicité des potentats arabes ventripotents mal élus, tout ceci sur instruction de l’Empire. Les Occidentaux déroulent le tapis rouge à un jeune prince immature et les médias occidentaux ne tarissent pas d’ éloge de ses prouesses surtout quand il s’agir de la « modernité » et de la mise au pas des  Oulémas – qui il est vrai, ont donné une image désastreuse de l’Islam.

«On sait par ailleurs,  que la lune de miel Israël-Arabie saoudite se prolonge à telle enseigne que des coordinations se font de plus en plus au grand jour/ MBS considère les pays arabes comme quantité négligeable allant jusqu’à renier l’initiative arabe de 2002 qui conditionnait la reconnaissance d’Israël par tous les pays arabes, au retour dans les frontières de 1967, le retour des réfugiés et Jérusalem-Est comme capitale de l’Etat de Palestine mitoyen d’Israël. Rien de tout cela! MBS fait cavalier seul. Ainsi MBS a rencontré le chef des services de renseignement israéliens L’institution militaire israélienne a soudainement décidé de révéler la rencontre entre le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, et le chef du Conseil de sécurité nationale en Israël, Meir Ben-Shabbat. En fait, cette nouvelle n’est pas une grande surprise car les deux parties, Israël et l’Arabie saoudite, ont préparé progressivement le public concerné. (…) Reste à savoir comment l’assassinat de Palestiniens et la lutte contre leur cause sacrée répond aux intérêts du Royaume d’Arabie saoudite, qui reste le plus grand symbole de l’arabité et de l’Islam aux niveaux géographique et historique?» (6)

«Historiquement, l’image de l’Arabie saoudite était mauvaise en Occident. (…) L’image de l’Arabie saoudite s’est davantage dégradée dans la seconde période, après les attentats terroristes du 11 septembre et l’implication de Saoudiens. (…) Les choses ont changé en 2017: la dégradation de l’image de l’Arabie saoudite s’est accélérée de manière inquiétante. Cela a commencé avec les critiques des défenseurs des droits de l’homme au sujet des nombreuses victimes de la guerre au Yémen, que Riyadh mène au nom de la «coalition arabe» contre les Houthis. Les critiques se sont multipliées sur les réseaux sociaux au sujet du rôle joué par l’Arabie saoudite dans le dossier de Jérusalem/Al Quds, car l’opinion publique arabe ne comprend pas comment un Etat qui se déclare «protecteur des deux Lieux saints» peut jouer avec le troisième: Jérusalem/Al Quds. Ces critiques se sont transformées en slogans dans des manifestations énormes qui ont eu lieu dans plusieurs pays arabes. Trois d’entre eux se sont distingués jusqu’à maintenant: la Jordanie, le Maroc et l’Algérie. (…) Les experts en communication considèrent que Riyadh tente de vendre son image à l’opinion publique et aux médias occidentaux à travers le marketing et des dossiers financiers et politiques dans les annexes des journaux. De leur côté, les ambassadeurs d’Arabie saoudite dans les pays arabes menacent les peuples en leur disant que leurs critiques ne resteront pas sans réponse et qu’il y aura des représailles.» (7)

En fait il est plus juste d’écrire que l’image de l’Arabie saoudite se dégrade pour le citoyen arabe Lambda   et non auprès des dirigeants tous complices et tous sans courage devant ce qui se passe à la fois en Israël et en Arabie saoudite  pays qui dirige un gang  de pieds nickelés appelés pompeusement coalition qui  se fait les dents en tuant du  yéménite  avec les armes françaises américaines anglaises qui , n’ont aucun intérêt à tarir la manne u marché de la mort que constitue le marché des armes qui dépasse 1500 milliards de dollars par an !

Rien de nouveau sous le soleil. Les Yéménites et les Palestiniens peuvent mourir, Les Arabes seront les derniers à les soutenir. Le sabre nain saoudien n’a pas d’avenir en face de l’Iran pays scientifique et technologique. L’Occident est mal placé pour parler de droits de l’homme, lui qui les bafoue et laisse aussi ses protégés saoudiens et israéliens les bafouer sans retenue sûrs de leurs impunités puisque c’est l’Occident qui dicte la norme du bien et du mal…

S’agissant de l’Arabie Saoudite, elle est à des années  lumières du développement technologique endogène de l’Iran. Si le pétrole perd de sa pertinence dans un modèle énergétique futur, les Saoudiens, les Qataris, et tous les roitelets du Golfe , vont renouer avec le Chameau , la tente  car ils n’auront rien créé de pérenne. Il faut se souvenir que dans les années 20 du siècle dernier, quand le pétrole n’était pas encore découvert, le roi Ibn Saoud, s’était plaint auprès de la France du fait qu’elle empêchait les Algériens de contribuer à distance ,  à financer les pauvres de Médine …

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger


Notes

1.Stéphane Lacroix: https://orientxxi.info/ magazine/en-arabie-saoudite-modernisation-de-l-autoritarisme 2014

2.https://strategika51.wordpress.com/2018/04/16/macron-au-service-de-ryad-pour-six-milliards-de-dollars/

3.Guillaume Berlat  http://prochetmoyen-orient.ch/jupiter-baise-la-babouche-de-mbs/

4.Clark Kent https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-poutre-saoudienne-et-la-paille-203084

5.http://actuarabe.com/interview-mohammed-ben-salman-the-atlantic/

6.Zine Cherfaoui : http://www.elwatan.com/international/la-normalisation-avec-israel-enclenchee-18-04-2018-366515_112.php

7.http://actuarabe.com/ou-et-pourquoi-le-prince-heritier-darabie-saoudite-a-t-il-rencontre-le-chef-des-services-de-renseignement-israeliens/

8; http://actuarabe.com/apres-effritement-occident-limage-de-larabie-saoudite-se-degrade-monde-arabe-de-maniere-inquietante-a-cause-de-jerusalem-al-quds/

Article  de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/290912-l-hubris-de-l-ephemere.html


 

Trump le nouveau con(servateur)…


par Dean Henderson via R71 + mon grain de sel et de poivre !

jbl1960blog

Et les nouveaux cons ça osent tout ! C’est même à ça qu’on les reconnait, non ? ~~~~▼~~~~ Guerre impérialiste au Moyen-Orient sous la houlette de Donnie « mains d’enfant », nouveau con dévoilé… A lire : Trump «Donnie mains d’enfant» Trump le nouveau con(servateur) Dean Henderson | 20 décembre 2017 | URL de l’article original ► […]

via Trump le nouveau con(servateur)… par Dean Henderson via R71 + mon grain de sel et de poivre ! — jbl1960blog

Quand le chien n’aboie pas


La meilleure solution pour un problème compliqué est toujours simple. L’œuf de Colomb, le nœud gordien, le lit de Procuste. Tant de gens s’étaient échinés à tenter de desserrer le sac de nœuds, avant qu’Alexandre arrive et en finisse d’un seul coup magistral de sa puissante épée. Des sages avaient essayé en vain de faire tenir l’œuf debout sur une table, jusqu’au jour où Christophe Colomb l’a écrasé par le petit bout. Et Procuste avait réglé le problème de l’extrême diversité de tailles dans la  population, en coupant les jambes aux trop grands et en étirant les jambes aux courts sur pattes.

Et maintenant le glorieux quoique trop long nom du  prince de la couronne des Saoud Muhammad bin Salman (pour faire court MBS) devrait rejoindre la liste des grands découvreurs de solutions. Il a affronté le problème d’avoir à gérer un pays en faillite, un trésor vide, et toute sorte de citoyens extrêmement riches, aux coffres débordants.

Trump se retrouve face à un problème semblable ; aux US, les chiens dominants tiennent toute la bonne viande, tandis que l’Etat croule sous une dette multimilliardaire. On a trois gentelmen de belle allure : Jeff Bezos, Bill Gates et Marck Zuckerberg, qui ont dans leurs coffres-forts autant que la totalité des gens ordinaires. Le déficit annuel avoisine les 400 milliards de dollars, autrement dit un chiffre à douze zéros.

Les Grecs sont dans une situation encore pire: ils sont endettés, ils crèvent la dalle sous les plans d’austérité, tandis que l’argent que l’Etat grec a emprunté déborde des poches des riches.

Le problème est universel. Partout, du Royaume Uni à la Russie, du Brésil à la Grèce, c’est la même chose : les coffres de l’Etat sont vides, les politiques prescrivent l’austérité pour tous, mais une poignée de riches contemplent la croissance rapide de leur capital non imposable.

Bon, d’accord, on est au courant, et qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse, petit malin? Tu vas t’en mordre la moustache, et alors ? Geindre ou vociférer, ou bien te contenter d’une bière bien fraîche pour oublier toutes ces saletés ? Tu le savais déjà, quand même, que tu n’as pas la permission de taxer les riches, que tu ne peux pas les empêcher de déménager leur capital dans des paradis fiscaux, que tu ne devrais même pas prononcer des mots aussi chargés de haine, où d’aucuns pourraient trouver des relents antisémites. Trump a connu ça : quand il a attaqué des banquiers dans sa campagne électorale, il a immédiatement été traité d’antisémite.

L’héritier de la couronne MBS a trouvé la solution. Il a coincé des centaines de gens parmi les plus riches de son royaume, les a parqués dans le Ritz Carlton cinq étoiles de sa capitale Riyad, et il leur a dit de cracher au bassinet. Quand ils lui ont ri au nez, il a fait appel à des sicaires pour mettre en place la ponction, style mafia.

The Daily Mail, dans un reportage en exclusivité nous dit que “les princes saoudiens et les hommes d’affaires milliardaires arrêtés lors d’une rafle plus tôt ce mois se retrouvent suspendus par les pieds et frappés par des agents de sociétés privées de sécurité américains. Les détentions ont été suivies d’interrogatoires menés, selon certaines sources, par des « mercenaires américains ». « Ils les frappent, les torturent, les giflent, les insultent. Ils veulent les briser », dit la source du Dail Mail.

La firme Blackwater a été mentionnée, et les réseaux sociaux arabes parlent aussi de sa présence en Arabie saoudite, de même que le président du Liban. Le successeur de cette firme, Academi, nie énergiquement avoir jamais mis les pieds en Arabie saoudite, et dit qu’ils ne font pas dans la torture.

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Prince Al-Walid bin al-Talal

N’empêche que la torture dans le somptueux hôtel a été confirmée par  l’un des meilleurs journalistes de la vieille école pour le Moyen Orient, David Hearst. D’après lui, plusieurs détenus ont été amenés à l’hôpital avec des  blessures suite à des séances de torture. Le plus riche Arabe parmi tous, le prince al-Walid bin al-Talal, dix-huit fois milliardaire, « partenaire important » de Bill Gates, copropriétaire de la 21 Century Fox et de Twitter, de l’hôtel George V à Paris et du Savoy à Londres, entre autres, s’est retrouvé accroché la tête en bas, à la mode mussolinienne.

Des centaines d’autres princes et gentlemen ont été torturés aussi, jusqu’à ce qu’ils consentent à livrer leurs biens mal acquis, soit 70% de toutes leurs possessions. Tandis que j’écris ceci, tandis que vous lisez ces lignes, la torture continue, de sorte que MBS a déjà essoré ces victimes de milliards de dollars, en cash et placements divers.

« C’est du racket ! » direz-vous. Peut-être que MBS avait vu Le Parrain dans son âge tendre, et qu’il avait été impressionné par l’efficacité de certaines méthodes. En tout cas, il a réglé, ou plutôt est en train de régler, son problème de trésorerie.

C’est peut-être la méthode qu’il faudrait  conseiller à Trump et à Poutine, ainsi qu’à d’autres dirigeants ? Si le dogme néolibéral interdit de les taxer, si les fonds offshore sont sacrés, qu’est ce qui reste à un dirigeant diligent, à part jeter son dévolu sur un hôtel cinq étoiles douillet puis embaucher une bande de tortionnaires expérimentés ?

Oui mais le tortionnaire en chef se retrouverait condamné et ostracisé par les défenseurs des droits de l’homme, direz-vous. Et pourtant, pas une voix, ni du côté de la gauche libérale ni d’une droite autoritaire n’a fait la moindre objection à l’exploit de MBS en matière d’extorsion de fonds et de tortures. Le copropriétaire de Twitter a été soumis à des bastonnades journalières, au moment même où la voix la plus haute de la conscience libérale, Tom Friedland du New York Times, faisait l’éloge de MBS comme un héraut du progrès. Dans un article qui relève du panégyrique, intitulé « Enfin, le printemps arabe arrive pour l’Arabie saoudite », avec pour sous-titre « L’héritier de la couronne a de grands projets pour sa société ».

Tom Friedman n’utilise pas le terme d’extorsion en disant que le “gouvernement de MBS a fait arrêter un nombre record de princes et d’hommes d’affaires suite à des plaintes pour corruption et les a jetés dans des cellules de fortune – le Riyadh Ritz-Carlton en l’occurrence- jusqu’à ce qu’ils acceptent de restituer leurs biens mal acquis ». Pas l’ombre d’une condamnation ! Imaginez ce qu’il dirait si Poutine devait arrêter ses oligarques « jusqu’à ce qu’ils restituent leurs biens mal acquis ».

Il y a une ligne dans l’éloge de Friedman à laquelle j’accorde foi, c’est quand il dit que les Saoudiens sont satisfaits de l’opération racket : « les Saoudiens avec qui j’en ai parlé m’ont répondu sur ce ton : « il faudrait les pendre tous la tête en bas et bien les secouer pour faire tomber toute la monnaie de leurs proches, les malmener jusqu’à ce qu’ils aient tout recraché ». D’ailleurs, je suis sûr que les Américains applaudiraient si leurs milliardaires subissaient le traitement MBS. Les Russes ont été ravis, lorsque Poutine a enfermé l’oligarque Khodorkovski, et se sont plaints qu’il n’y ait qu’un sous les verrous. Ils adoreraient voir le lot complet des oligarques qui ont pillé la Russie par des actes manifestement frauduleux, planifiés selon les instructions de conseillers américains à l’époque de Boris Eltsine, proprement prélevés « jusqu’à la dernière goutte ».

Les médias ne sont pas les seuls à soutenir le schéma extorsioniste. Le secrétaire au Trésor US Steven Mnuchin a dit sur CNBC : « je pense que le prince héritier [MBS] est en train de faire un excellent travail pour transformer son pays ». Le président Trump a félicité MBS aussi en des termes semblables ; pas un mot de condamnation n’a échappé non plus au président Poutine. Même Al Jazeera, tout en rapportant l’opération de siphonnement de fonds en des termes précis, n’en a pas fait vraiment tout un plat.

Il y a une véritable conspiration du silence autour des initiatives de MBS, un complot qui englobe les médias et les gouvernements. Il a fait enlever le premier ministre libanais, l’a mis en état d’arrestation, lui a retiré son téléphone et sa montre, l’a forcé à lire à la télé une lettre de démission rédigée par les hommes de MBS, et la réponse du monde a été parfaitement maîtrisée. Il a bombardé le Yémen, causant des centaines de milliers de morts entre le choléra et la famine, et le monde n’a pas bronché. Vous vous souvenez de la riposte quand les Russes ont bombardé Alep ? La guerre de MBS contre le Yémen ne suscite pas la moindre indignation.

Mais cette chape de silence retombe sur tous. D’habitude, le système des médias globalisés propage et amplifie les nouvelles dans un petit jeu d’agences qui se font écho et qui débouche indirectement sur des ventes exceptionnelles, a écrit le journaliste Claudio Resta. Mais dans ce cas, la nouvelle, importante et spectaculaire, n’a pas fait un seul gros titre. Dans notre société du spectacle, n’avoir pas exploité quelque chose d’aussi inscrit dans le spectaculaire est un gâchis de la plus rentable des ressources des médias.

Tout le potentiel pour un grand spectacle se trouve concentré là : l’arrestation  des dignitaires et des princes du sang, y compris le célèbre al-Walid bin al-Talal, investisseur bien connu, et de Bakr bin Laden, frère du mondialement connu Oussama, tout cela devrait nourrir les médias pour des jours et des jours. Ajoutons le décor de rêve du glorieux hôtel au bord du désert. Ajoutez à l’intensité dramatique le tir de roquettes sur l’hélicoptère dans lequel tentait de fuir le prince Mansour bin Muqrin, descendu en flammes, et mettant fin aux jours du susdit et d’autres dignitaires qui tentaient en vain d’en réchapper.

Quelle histoire haletante, haute en couleurs, et en costumes authentiques, sur une monarchie du Moyen Orient ! Cela aurait fait vendre les journaux pendant au moins une semaine. Mais c’est un silence assourdissant qui a suivi.

Les mêmes médias qui nous submergent sous les détails et les opinions dans le cas de violation des droits de l’homme en Russie ou en Chine manifestent à cette occasion une indifférence olympique pour le sort qui attend des princes et des milliardaires, injustement et arbitrairement coffrés et torturés dans un pays qui n’a pas la moindre constitution ni rien qui ressemble à un Habeas Corpus. Et les Nations unies se joignent à la conspiration du silence.

C’est probablement le trait le plus inhabituel de l’affaire, qui rappelle le récit de sir Arthur Conan Doyle Le chien qui n’aboyait pas. Dans cette aventure de Sherlock Holms, un chien n’avait pas aboyé alors qu’on  sortait un cheval de courses de son écurie, et cela revenait à montrer du doigt le voleur: c’était le maître du chien.

Dans le cas de MBS, le roquet médiatique garde le silence. Cela signifie que le méga patron du système médiatique, l’ensemble de ceux que j’appelle les Maîtres du Discours, a permis et autorisé l’opération racket. Nous sommes témoins d’un évènement médiatique unique, à la limite de la révélation. Comment se peut-il qu’un prince d’un Etat de troisième rang ait été autorisé à séquestrer des premiers ministres, à descendre des princes à coup de missiles terre-air, à garder sous clé et à torturer de puissants hommes d’affaires et dignitaires, en toute impunité, et sans que les médias réagissent ?

Est-ce que c’est par peur du côté des voleurs en chef que l’exemple de MBS soit repris et qu’on leur applique chez eux le même traitement pour leur soutirer quelques milliards ?

Ou bien est-il plus probable que l’Axe du bien, soit Trump, Netanyahou et MBS, avec la force qui est derrière eux, ait décidé de laisser le champ libre au prince volontaire qui leur a promis de leur livrer Jérusalem et d’offrir la Palestine en concession à perpétuité aux Juifs ? C’était cela, l’offre des vieux Saoudiens, qui sont devenus les seigneurs de toute l’Arabie à cause de leur volonté de satisfaire les désirs des juifs. Parce qu’il y avait d’autres seigneurs arabes et d’autres dynasties, encore plus éminentes, qui pouvaient prétendre régner sur la péninsule. Mais les Saoud étaient les seuls à être prêts à laisser choir la Palestine. Et ils avaient fait leurs preuves comme traîtres, car ils avaient déjà trahi leurs maîtres ottomans pendant la révolte arabe du colonel Lawrence.

Ce qu’on appelle le plan de paix de Trump, discuté et mis en forme par Jared Kushner et MBS, comporte la reddition de la Palestine, l’abandon du droit au retour pour les réfugiés de 1948, le renoncement à la souveraineté palestinienne, le renoncement à Jérusalem. Les Palestiniens paieront, Juifs et Saoudiens se partageront les dépouilles.

Pour cela, il faut que MBS graisse la patte à Mahmoud Abbas et à l’Autorité palestinienne, ce qui n’est pas une mission impossible. Abbas n’a pas de mandat, et il ne gouverne que sur autorisation israélienne. Mais il va falloir à son tour qu’il achète le Hamas, sans quoi Gaza  restera une épine plantée dans la chair des gestionnaires. Elle est là, la raison des efforts de réconciliation entre Gaza et la Cisjordanie, entre le Hamas et le Fatah avec l’Egypte à la manœuvre. Pour le moment ces efforts ne rencontrent pas un succès spectaculaire.

Le Hamas avait accepté une réconciliation en espérant améliorer les conditions d’existence des habitants souffrant à Gaza. Le Fatah était censé faire lever les sanctions, permettre la réalimentation en électricité, permettre aux gens d’entrer et de sortir par le point de passage de Rafah. Mais les sanctions sont toujours en place, les gens vivent misérablement comme toujours, et maintenant  l’Autorité palestinienne demande à ce que des milliers de gens chassés en 2007 puissent se réinstaller à Gaza. Ce qui signifierait mettre au chômage des milliers de gens qui vivent du Hamas. Pire encore, les appels de l’Autorité au désarmement de la branche militaire du Hamas, les brigades Izz ad-Din al-Qassam, c’est tout simplement impossible.

Au lieu d’obtenir la levée des sanctions, l’Autorité exige la reddition, et reproche à l’Iran l’intransigeance du Hamas. Azzam al-Ahmad, qui est à la tête de la délégation du Fatah pour la réconciliation palestinienne, a dit que l’Iran est le « sponsor numéro un »  de la division entre factions palestiniennes. C’est ce qu’il a dit sur la chaîne saoudienne al-Arabiya.

L’Iran est le principal écueil (plus exactement le seul) en travers du plan Kushner-MBS. Cela explique en partie la fureur saoudienne. Le dirigeant suprême de l’Iran est le « nouvel Hitler du Moyen Orient”, a dit MBS à Tom Friedman. « Mais nous avons appris de l’Europe que l’apaisement, ça ne marche pas. Nous ne voulons pas que le nouvel Hitler en Iran nous refasse au Moyen Orient le coup de ce qui s’est passé en Europe ». MBS a emprunté ces termes à un discours de Netanyahou, mais il s’est retenu de citer sa source.

C’est donc l’Iran qui bloque le plan de MBS pour brader la Palestine, qui bloque la guerre de MBS contre le Yémen, qui bloque l’invasion de la Syrie. Un nouvel Hitler, assurément ! Mais les Russes, alors, alliés de l’Iran dans la guerre de Syrie ?

Eh bien les Russes ont décidé de rester à l’écart de ces évènements. Pendant la visite historique du roi Salman et de son fils MBS récemment à Moscou, apparemment les invités ont exposé leurs idées à leur hôte. Ils ont promis de maintenir les prix du pétrole élevés, et c’est important pour la Russie. Quand l’Arabie saoudite a fait chuter le prix du pétrole dans les années 1980, l’URSS s’est effondrée. Maintenant, avec des prix élevés, Poutine a décidé de payer 10 000 roubles (soit 150 dollars) par mois à chaque famille pour la naissance de son premier enfant. Apparemment, de leur côté, les Saoudiens ont accepté la présence russe en Syrie.

Poutine est un homme raisonnable; il se contente de sa part du gâteau, il ne fait pas monter les enchères. Il a appris la leçon de l’Iliade : les princes grecs et troyens  auraient pu obtenir presque tout ce qu’ils voulaient, les Grecs Hélène et une rançon substantielle, les Troyens auraient laissé les Grecs s’enfuir sains et saufs, mais il en voulaient encore plus, ils visaient la destruction totale de l’ennemi, et ils ont tout perdu. Simone Weil écrivait : «Un usage modéré de la force, qui seul permettrait d’échapper à l’engrenage, demanderait une vertu plus qu’humaine, aussi rare qu’une constante dignité dans la faiblesse. » Poutine c’est cela, à la fois dans son usage tempéré de la force et dans sa dignité entêtée en situation de faiblesse.

Cependant, tandis que les politiques russes diffèrent de celles de l’Occident, les médias russes ont été intégrés au domaine des Maîtres du Discours il y a des années. Poutine est parvenu à sauver partiellement quelques chaînes de télévision de leurs griffes, mais en général, les médias russes suivent le même canevas que les médias occidentaux. Un article antisioniste, une critique de la loi juive en Palestine a aussi peu de chances, ou moins, de paraître dans les Izvestiaque dans le NY Times. Une couverture honnête du blocus de Gaza est tout aussi impossible sur CNN que sur la première chaîne et sur Russia Today.

La critique et la discussion des évènements du royaume des Saoud ont été bloquées en Russie. Les mêmes personnes qui bloquent le débat sur les affaires israélo palestiniennes bloquent maintenant le débat sur la crise au royaume des Saoud.

Par conséquent, l’Iran et la Syrie affaiblie par la guerre sont tout ce qui reste pour faire obstacle à une victoire juive décisive au Moyen Orient. Si une centaine d’années auparavant, les juifs avaient su jeter les US dans la première guerre mondiale, en remerciement pour la Déclaration Balfour, maintenant ils peuvent remettre ça sur le boulevard ouvert par le plan de paix Kushner-MBS par-dessus la tête des Palestiniens. Car pendant ces cent dernières années, les positions juives dans le contrôle mental n’ont fait que progresser, à travers Facebook et Google.

Pourtant leurs plans peuvent échouer, comme tous les plans de MBS. Ils n’ont encore rien réussi à mettre en place,  à part faire pression sur le Qatar au Yémen en voie de disparition. Beaucoup de sang, beaucoup d’argent vont couler, ajoutant au malheur du Moyen Orient et ailleurs.

Seule satisfaction : maintenant on sait à qui appartient le chien qui n’a pas aboyé.

Israël Shamir

Article original en anglais :

The Dog That Didn’t Bark, publié le 30 novembre 2017

Cet article a été publié initialement par The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier, Entre la Plume et l’Enclume

Iran – Arabie Saoudite : Deux visions de l’islam


Par Chems Eddine Chitour

«La plus grande industrie des Arabes est la fabrication des croyances. Ce peuple à l’esprit étroitement limité peut laisser en friche son intelligence avec une résignation dépourvue de curiosité. Son imagination est vive; elle n’est pas créatrice. Peuple des beaux départs, peuple aussi instable que l’eau. Mais, précisément, comme l’eau, assuré peut-être, à la fin, de la victoire…»  T.E.Lawrence (Les sept piliers de la sagesse)

Un drame planétaire se déroule pour le moment à bas bruit, le rechapage du Moyen-Orient promis, souvenons-nous, d’abord par George Bush père après avoir laminé une première fois l’Irak. Il annonçait à la face du monde l’avènement d’un nouvel ordre international sous la gouverne américaine. C’était après l’effondrement de l’Union soviétique sous les coups de boutoir directs et indirects des Etats-Unis et aussi du pape Jean-Paul polonais devant l’Eternel qui, avec son «N’ayez pas peur!», appelait les Polonais au soulèvement qui eut lieu sous l’égide d’un électricien Lech Walesa et pour l’occasion, comme il est de coutume, pour l’empire, de récompenser les vassaux, le prix Nobel.

Ce sera le cas aussi pour Gorbatchev, Mgr Belo qui arracha à l’Indonésie l’île de Timor oriental (chrétienne), une obscure bloggeuse yémenite, qui problématisa le Yémen qui est en train de gémir en silence; ce fut ensuite Mallala, une jeune fille pakistanaise pour avoir été blessée par les taliban. Pour rappel, les Anglais s’étaient opposés à l’attribution du prix Nobel à Gandhi, par contre, en leur temps, Hitler et Mussolini ont été pressentis… Bien plus tard, George Walker Bush reprend le flambeau avec son Pnac (Project for New American Century) qu’il a mis en place sans succès probable, si ce n’est le chaos actuel, le reshapage du Moyen-Orient.

Que pèsent les Arabes risée du monde?

Nous sommes en 2017, les peuples arabes du Moyen-Orient commémorent dans la douleur les funestes accords Sykes-Picot de 1917. Le malheur des Arabes vient de leurs dirigeants. Les peuples quelque soient leurs latitudes sont respectables. Ce sont les mauvais bergers qui font de ses peuples la risée des autres. Les Arabes ne retiennent pas les leçons de l’histoire.

Souvenons nous les Anglais avaient fait miroiter au roi Abdallah un royaume s’ils les aidaient  à se débarrasser de l’empire ottoman. Rien ‘y fit les Arabes n’eurent aucun territoire . Le film « Lawrence d’Arabie » de David Lean magistralement interprété par Peter O’ Toole, Omar Sharif et Antony Quinn dans le rôle d’un chef de tribu  véritable  brute épaisse, décrit  comment les Arabes, ces grands naïfs, furent trompés.

Par contre il est une autre promesse tenu par les anglais  celle de promettre une Terre aux Juifs du monde. Cette promesse qui est à des degrés divers responsables du malheur des Palestiniens spoliés de leurs terres.

Les mêmes Etats-Unis qui protestèrent pour ce partage du Moyen-Orient sans eux alors que leur intervention a été décisive pour la victoire. D’autant que les Anglais raflèrent aussi les entreprises du pétrole L’Anglo-Perse Oil Company (1909) devient l’Anglo-Iranian Oil Company (1925) qui deviendra plus tard BP (1954). Il en sera de même de la Turkish Oil Company (1912) qui deviendra après la chute de l’Empire Ottoman, L’Iraq Petroleum Comany (1927), les Américains (Standard Oil), les Anglais (BP). Les Français (Cfpa) participèrent eux aussi. La Cfpa deviendra bien plus tard Total…

A partir de la, les acolytes franco-anglais deviennent des vassaux de l’Empire américain, notamment après avoir été sauvés de la débâcle, encore une fois, pendant la Seconde Guerre mondiale. La livre anglaise disparaît au profit de l’avènement graduel du dollar et l’hégémonie pétrolière consacrée avec le deal Ibn Saoud – Roosevelt sur le croiseur Quincy. La création de l’Aramco (Arabian America Oil Company) avec un concession qui couvrait pratiquement le territoire saoudien fit de ce pays la chasse gardée des Etats Unis. L’Arabie saoudite troquait sa sécurité contre la sécurité des approvisionnements pour les Etats Unis . Graduellement le monde occidental rentra dans le rang et fit bloc derrière contre l’empire américain contre l’empire du mal ( l’Union Soviétique) Le big Stick américain et le soft power de l’american way of life étaient à la manœuvre

Que se passe-t-il actuellement au Moyen-Orient?

Nous sommes en 2017. Le monde bruisse de colère des faibles, de vengeance et de tentation d’Empire d’un Occident sur le déclin qui jette ses dernières forces pour garder à tout prix le leadership mondial, quitte à recourir au chaos planétaire en ouvrant la boite de Pandore la plus décisive pour avoir un chaos durable, celui ,après s’être attaqué aux identités par une mondialatinisionisation-laminoir qui déifie le marché celui de créer une guerre de religion en attisant « le schisme »  sunnite- chiite.   Les potentats arabes   complices de l’Occident  , plus divisés que jamais passent leur temps à ne rien faire ou à se chercher des querelles pour être bien vus de l’Occident. Ils sont les plus armés dans le monde et dirigent leurs armes contre leurs peuples ou d’autres pays musulmans faibles (Yémen et peut-être Qatar). Ne produisant rien, vivant sur une rente imméritée. Ils voient passer la science confortablement installés dans les temps morts.

Bien malin qui pourrait le dire! Une phrase célèbre certainement paternaliste: «On découvre le Moyen-Orient on se trouve pris dans ses querelles.» Le Moyen-Orient est devenu une poudrière avec la déclaration Balfour, la création en 1947 d’Israël qui problématisa depuis de longues décennies l’imaginaire des potentats arabes brandissant la cause palestinienne  comme  condition d’une normalisation avec Israël ( il faut se souvenir de l’initiative saoudienne de 2002 ; la paix avec Israël contre la restitution des territoires. En vain.  Les potentats arabes  légitiment leur pouvoir sur la  nécessité de la cause palestinienne   On l’aura compris la cause palestinienne ne fait plus recette  mais les peuples arabes et assimilés  réagissent à l’émotion – des feux de paille- comme l’écrit Lawrence d’Arabie cité plus haut. La cause palestinienne est sacrifiée sur l’autel de nouvelles ententes qui font d’Israël une nation fréquentable. On est loin  du souhait du roi  Fayçal  de prier à El Qods..Pendant  ce temps  Israël continue à coloniser , à s’implanter sur les terres palestiniennes  mais personne n’en parle plus.

Qu’avons-nous en face des Arabes?

L’Iran c’est d’abord l’héritier d’une civilisation d’une culture et  d’un art de vivre bonifié par l’Islam. L’Islam n’a jamais agressé personne. C’est un pays qui compte sur ses potentialités . C’est un  pays qui décide de se battre en investissant à marche forcée sur la science. L’Iran (ou Perse) digne héritière principal de l’héritage d’un empire qui eut son heure de gloire pendant que l’Europe était encore peuplée de peuplades incultes. C’est l’une des civilisations continues les plus anciennes du monde.

« L’histoire de l’Iran couvre des milliers d’années, ses sites néolithiques attestent que la pratique de l’agriculture remonte à 6 et 7000 ans dans la vallée de Gorgan, à Tureng Tepe (en), Yarim Tepe, et au centre du pays à Sialk II (près de Kashan). Des recherches archéologiques commencent à peine à faire connaître des civilisations très anciennes comme la civilisation de Jiroft qui bâtit des villes 3000 ans av. J.-C. Le début du IIIe millénaire av. J.-C. voit apparaître une forme d’écriture, probablement dérivée du système sumérien, à Suse. La dynastie achéménide construira un immense empire s’étendant de l’Inde à l’Égypte. Le cylindre de Cyrus est la première trace écrite d’une déclaration des droits de l’homme, datant de Cyrus II». (1)

Qu’avons-nous en face des Arabes?

L’Iran c’est d’abord l’héritier d’une civilisation d’une culture, d’un art de vivre bonifié par l’Islam. L’Islam n’a jamais agressé personne. C’est un pays qui compte sur ses potentialités . C’est l’une des civilisations continues les plus anciennes du monde Quand la Perse était à son apogée, l’Europe était peuplée de tribus diverses qui émergeaient difficilement aux temps historiques. « L’histoire de l’Iran couvre des milliers d’années, ses sites néolithiques attestent que la pratique de l’agriculture remonte à 6 et 7000 ans dans la vallée de Gorgan, à Tureng Tepe (en), Yarim Tepe, et au centre du pays à Sialk II (près de Kashan). Des recherches archéologiques commencent à peine à faire connaître des civilisations très anciennes comme la civilisation de Jiroft qui bâtit des villes 3000 ans av. J.-C. Le début du IIIe millénaire av. J.-C. voit apparaître une forme d’écriture, probablement dérivée du système sumérien, à Suse. La dynastie achéménide construira un immense empire s’étendant de l’Inde à l’Égypte. Le cylindre de Cyrus est la première trace écrite d’une déclaration des droits de l’homme, datant de Cyrus II». (1)

«La conquête musulmane de la Perse commence en 637, avec Umar. La conversion à l’islam est progressive jusqu’au IXe siècle. L’Iran a été islamisé, mais n’a jamais été arabisé, les Persans ont même réussi à se distinguer au sein de l’islam, et l’apport culturel, politique et même religieux des Iraniens à cette religion est d’une importance fondamentale. Un groupe turc, les Seldjoukides, arrive dans la région au XIe siècle. L’Iran connaît une renaissance culturelle et scientifique. L’observatoire d’Esfahan est créé. Omar Khayyam met au point un nouveau calendrier encore utilisé aujourd’hui. L’Iran se convertit au chiisme duodécimain au XVIe siècle, sous l’impulsion d’Ismail Ier, premier souverain Safavide. Cette conversion résulte d’une volonté de s’affirmer face à la domination des Ottomans sunnites et de créer une identité iranienne spécifique. Les sunnites représentent 9% de la population iranienne. Trois «religions révélées» autres que l’islam sont considérées comme officiellement reconnues par la Constitution et disposent de leurs représentants au Parlement (Majles): les chrétiens, les juifs et les zoroastriens». (1)

«En 2004, l’Iran comptait plus de 2,2 millions d’étudiants à l’université dont 60% de filles. L’Iran a actuellement 54 universités d’État, et 42 écoles médicales d’État. Il existe également 289 universités privées. L’histoire des sciences en Iran remonte à l’Antiquité, avec des exemples comme l’académie de Gundishapur. Les sciences appliquées et les sciences fondamentales sont assez développées en Iran. Les physiciens et les chimistes sont régulièrement publiés dans des revues à fort facteur d’impact. Des scientifiques iraniens ont aidé à construire le Compact Muon Solenoid, un détecteur destiné au Large Hadron Collider du Cern, mis en opération en 2007. L’Iran est le bon exemple d’un pays qui a fait des avancées considérables en se concentrant sur l’éducation et la formation. Malgré les sanctions subies pendant les décennies passées, les scientifiques iraniens ont tout de même produit des recherches de très bonne qualité.» L’Iran construit ses chars, ses avions, ses sous-marins et ses fusées, c’est une nation de l’espace. Elle maîtrise l’atome et on peut comprendre que les éventuels agresseurs devront regarder à deux fois avant de se lancer à l’assaut (1).

Iran, la véritable cible 

Nous ne saurons probablement jamais ce qui a été vraiment discuté entre Trump, les Saoudiens et les Israéliens, mais il fait peu de doute que le récent geste saoudien contre le Qatar est le résultat direct de ces négociations. S’agissant de la drôle de guerre entre le Qatar et l’Arabie saoudite, il devient tout à fait clair que l’Iran et les Palestiniens sont les cibles qui figurent en bonne place dans la déclaration de guerre. Il est connu que les Israéliens soutiennent l’Arabie saoudite. Malgré le silence assourdissant des médias occidentaux pour étouffer l’information. Parmi les raisons de l’improbabilité d’une guerre Arabie saoudite-Qatar, les conséquences néfastes pour les Saoudiens. Car les États-Unis ont installé la plus grande base de l’US Air Force mondiale à Al Oudeid.

Il fut une époque avant la révolution islamique, l’Iran était le représentant de l’Empire et de l’Occident au Moyen-Orient. On peut penser que la détérioration des rapports entre les Etats-Unis et l’Iran date de la Révolution de 1979. La crise iranienne des otages (occupation et prise d’otages du personnel de l’ambassade des États-Unis à Téhéran du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981) pousse Carter à rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran, puis à imposer des sanctions économiques le 7 avril 1980. Mieux encore il n’est pas interdit de penser que les Américains ont poussé Saddam Hussein à déclarer la guerre à l’Iran, Le 22 septembre 1980 aidé en cela par les roitelets arabes terrorisés par cette révolution à leur porte.

S’agissant des derniers attentats qui ont visé le parlement iranien et le mausolée de l’imam Khomeiny les Iraniens disent   ouvertement que la récente attaque terroriste à Téhéran était ordonnée par l’Arabie saoudite. : « Techniquement parlant lit on sur la contribution suivante, cela signifie que l’Iran est maintenant en guerre. En réalité, évidemment, l’Iran étant la vraie superpuissance locale agit avec calme et retenue. En supposant que personne ne devienne fou, le Qatar l’emportera et que la dernière tentative saoudienne de prouver combien le royaume reste puissant échouera, exactement comme les précédentes. Quant aux Qataris, ils ont déjà clairement indiqué qu’ils ne sont pas disposés à se rendre et qu’ils se battront. Quant à Poutine, il a participé à la dernière réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui a accueilli le Pakistan et l’Inde comme membres à part entière. L’OCS représente maintenant plus de la moitié de toute la population vivant sur notre planète et un quart du PIB mondial. Vous pouvez y penser comme à l’«autre G8» ou le «G8 qui compte». (2)

Le prince saoudien n’a pas caché la haine de la Maison des Saoud envers l’Iran chiite, considéré par les wahhabite saoudiens qui pratiquent un sunnisme extrémiste comme un ennemi hérétique. Selon lui, son pays «ne parlera jamais à l’Iran». L’Iran a répondu furieusement. Hossein Dehghan, ministre iranien de la Défense a riposté, disant que si l’Arabie saoudite devait faire quelque chose de «stupide», l’Iran réagirait en «ne laissant intact aucun recoin d’Arabie saoudite à l’exception de La Mecque et de Médine» – deux lieux saints de l’Islam. L’Arabie va perdre énormément car le détroit d’Ormuz est vulnérable et un blocage c’est la ruine de ce pays qui a des difficultés à boucler son budget, mais qui trouve 380 milliards à offrir à Trump pour la vente d’armements américains obsolètes.

A marche forcée l’Iran s’autonomise et sa science est connue et reconnue. On se souvient de l’épisode du drone américain qui espionnait en haute altitude à partir du territoire afghan. Il fut repéré quand il fit une incursion. Miracle de l’informatique, les scientifiques iraniens le « prirent en charge » et neutralisèrent son logiciel. Plus grande prouesse encore quand ils neutralisèrent la commande d’autodestruction, le faisant atterrir sans encombre comme un pigeon qui rejoint son pigeonnier, sans casse. Il livrera une mine d’informations notamment sur sa faible signature radar qui le rend furtif..

« Le potentiel de l’armée iranienne en 1980 n’est absolument pas comparable avec celui d’aujourd’hui… l’Iran a essayé de se fortifier et d’augmenter ses forces militaires afin d’assurer sa défense lui-même, sans oublier les efforts et l’assistance de la Russie,-Chine- et la Corée du Nord…Le résultat de ce travail, la fabrication des avions de chasse! Des missiles à une portée de 3000 km…et des hélicoptères de combat…etc Honnêtement après une attaque de la part de l’Arabie ou l’Amérique, il y aura incidence sur la libre navigation continue, son rythme habituel! Sans incidence! Comment les navires de guerre et même les porte-avions américains oseraient-ils traverser le détroit d’Ormuz? Comment l’Arabie pourra faire transiter son pétrole par cette voie maritime sous contrôle de l’Iran?» (3). 

Trump veut renverser «le régime iranien»

Par contre, si les Etats-Unis s’en mêlent, c’est autre chose. Au-delà du fait qu’il n’y a aucun justificatif, le vrai gagnant sera Israël. Trump ayant pour ambitionner de détricoter tout ce qu’a conclu Obama, notamment l’accord de la COP21, l’Obamacare, il veut revenir aussi sur l’accord sur le nucléaire. Il ne reconnait pas les dernières élections qui se sont déroulées dans de très bonnes conditions même l’opposition n’y a rien trouver à redire. Il n »empêche les Américains vont fabriquer une opposition pour un changement de régime qui sera comme les pays du golfe totalement inféodé à leur bon vouloir et surtout à celui d’Israël qui veut être le gendarme du Moyen Orient pour le compte de l’empire «Notre politique envers l’Iran est de soutenir les éléments à l’intérieur du pays qui aideront au changement pacifique du régime», a déclaré le secrétaire d’État américain Rex Tillerson devant la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants des États-Unis (4).

Une confrontation américano-iranienne est elle alors, inévitable? C’est tout ce que cherche Israël – et il pourrait l’obtenir M.K. Bhadrakumar écrit: «La décision de l’armée américaine de déployer, pour la première fois, des lance-roquettes multiples Himars (High Mobility Artillery Rocket System) en territoire syrien à partir de la Jordanie signifie que le Pentagone a créé un fait nouveau sur le terrain. Selon CNN, le déploiement se fera dans la base militaire à Al-Tanf près de la frontière de la Syrie avec l’Irak dans la région du sud-est, qui est actuellement une zone de contestation entre les groupes rebelles soutenus par les Américains et les forces gouvernementales syriennes ».(5)

«  Une déclaration du ministère russe de la Défense à Moscou a noté jeudi que le déploiement pourrait suggérer une intention américaine d’attaquer les forces du gouvernement syrien soutenu par l’Iran. La déclaration russe disait: «En somme, Israël pourrait obtenir ce qu’il cherche, mais il y a une autre affaire, c’est de savoir si il va aimer le résultat final de la lutte entre les Etats-Unis et l’Iran sur le contrôle de la Syrie du sud près du plateau du Golan. Il est peu probable que l’Iran laisse tomber «l’axe de la résistance», car il s’agit en fin de compte de la propre défense de l’Iran.» (5)

Robert Fisk a raison d’écrire lors des printemps arabes:

«Tous ces cheiks et ces émirs, ces rois doivent sans aucun doute trembler dans leurs bottes,… La vérité est que le Monde arabe est si sclérosé, si corrompu, si humilié et si impitoyable – et si incapable d’accomplir des progrès sociaux et politiques que les chances sont quasi nulles de voir émerger des démocraties viables dans le chaos qui règne dans le Monde arabe. Mais tous les dictateurs savent qu’ils courent de gros dangers quand ils libèrent leurs compatriotes de leurs chaînes. Et les Arabes n’ont pas dérogé à la règle. Non, tout bien considéré, je ne pense pas que le temps des dictateurs arabes soit révolu. Les Occidentaux y veilleront.» (6)

Même si l’Iran connaît des problèmes économique internes, c’est en définitive deux visions de l’Islam qui se télescopent, celle d’un Islam de la science dans un pays fier de son histoire qui ne compte que sur ses propres potentialités et qui va vers le progrès à marche forcée et en face des jouisseurs qui interprètent la religion dans le sens de la fatalité, synonyme de farniente en étant toujours à genoux depuis un siècle. Naturellement je parle des potentats qui ruinent les espérances de ces jeunes astreints, qui volent à la conquête du savoir.

Il est vrai que les gouvernements arabes actuels n’intéressent l’Occident que dans la mesure où ils sont dociles et non pas en tant que valeur ajoutée issue d’un brain- storming, mais en tant que dépositaires d’une rente et prévôts des peuples qu’ils sont chargés de mater, en respectant un vernis de démocratie. Les dirigeants arabes, mal élus, s’accrochent au pouvoir. Ils n’ont pas de plan «B» sauf à suivre les évènements au lieu de les anticiper, engoncés dans leur certitude ayant arrêté la marche vers le progrès, il y a de cela quelques siècles, ils continuent à compter sur le bon vouloir d’un Occident qui les méprise souverainement même, s’ils offrent un yatch de 140 m et une épée d’or et de diamants de 25kg. Tout est dit.

La dernière information quant au changement de l’ordre de succession en mettant comme principe héritier un pyromane de 31 ans. Le prince Mohamed Ben Salman En effet comme rapporté dans le journal le Monde : « Une page s’est brutalement tournée en Arabie saoudite, mercredi 21 juin, avec la décision du roi Salman Ben Abdelaziz Al-Saoud de propulser son fils Mohammed Ben Salman au rang de prince héritier. Pour ce faire, le souverain saoudien a écarté son neveu, Mohammed Ben Nayef, qui occupait, en outre, les fonctions de ministre de l’intérieur. Mohammed Ben Salman, a été propulsé à la tête du ministère de la défense en dépit de son jeune âge ». (7)

« L’un de ses premiers actes a été d’engager l’Arabie saoudite dans une guerre civile au Yémen, transformée depuis en bourbier. Mais le prince ambitieux ne s’est pas limité aux armées, puisqu’il a rapidement pris le contrôle du secteur du pétrole, éminemment stratégique, ouvrant la voie à une privatisation partielle de la puissante compagnie Aramco. En avril 2016, enfin, il a dévoilé un ambitieux programme de modernisation d’un pays resté dépendant de la rente pétrolière, « Vision 2030 ». Il avait œuvré auprès d’un autre « héritier », Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, pour organiser la première visite à l’étranger du président des Etats-Unis, en mai ». (7)

Sombres jours pour le Moyen Orient si le prince Salman atteint d’hubris voudra en découdre à tous prix, avec l’Iran avec le bras armé américain et israélien.  Conseillé par les Américains et les Israéliens, il veut participer au reshapage du Moyen Orient en demandant à être le gendarme des pays musulmans Que reste t-il alors de l’oumma musulmane quand des coreligionnaires s’étripent ? La vision d’un Islam apaisé est de ce fait une utopie. Les médias occidentaux grossissent à l’infini les attentats qui ont lieu sur le sol européen et au passage légitiment l’étranglement des palestiniens et la mort lente de Gaza ( personne n’en parle).

Sans faire dans la concurrence victimaire d’une comptabilité macabre, toutes les vies sont précieuses quelques soient la latitude. D’un côté des unités de l’autre des centaines d’unités. Moins de 2% pour l’Europe par rapport aux pays musulmans. Il n’y a pas équilibre et encre moins compassion A ce propos la mise au point suivante mérite d’être rapportée :

« Trois attentats ont récemment défrayé la chronique médiatique en Europe, occultant d’autres attaques bien plus meurtrières survenues ailleurs dans le monde. Cette focalisation sur ce qui est plus proche de nous ou supposé tel, n’a rien d’anodin. Elle est tout à fait consciente et même conceptualisée par les professionnels de la communication et du journalisme sous le nom de « loi du mort au kilomètre ». Ainsi, l’attentat-suicide perpétré à Manchester le 22 mai dernier (22 morts, une soixantaine de blessés), le massacre organisé sur le London Bridge le 3 juin (7 morts, 48 blessés), et l’attaque d’un policier français près de Notre Dame de Paris, le 6 juin (un policier blessé) ont monopolisé les unes de notre presse et les flots d’images et de paroles de nos chaînes d’information en continu, hiérarchisant de fait l’importance de la vie humaine en éludant rapidement les attentats pourtant plus meurtriers perpétrés au même moment à d’autres endroits du globe » (8).

Il ne s’agit pas ici de céder à la concurrence victimaire en déconsidérant à notre tour les victimes des attentats mentionnés ci-dessus. Mais simplement d’effectuer un rééquilibrage de l’information, tout en observant que l’attitude des professionnels de la presse à l’égard de ces événements les situe très clairement politiquement, de la manière dont en parlait George Orwell dans ses « réflexions sur la guerre d’Espagne  » : « Ce sont les choix politiques qui déterminent exclusivement le crédit qu’on accorde ou non aux atrocités. Chacun croit aux atrocités ennemies et refuse de croire à celles de son camp, même sans prendre la peine d’examiner les faits. » (8)

«  Les réactions politiques des représentants des pays occidentaux et la couverture médiatique de ces événements frappe par le contraste qu’elle génère avec l’indifférence manifeste vis-à-vis des victimes des mêmes organisations meurtrières dans le reste du monde. Ce double standard politique et médiatique de l’expression de la compassion pour certaines victimes, observé à l’échelle d’une période de quelques semaines ou de quelques mois, nous renseigne sur l’étroitesse de la vision du monde qu’on nous donne à voir, et sur les éléments de construction médiatique d’une géopolitique des émotions par laquelle on voudrait influencer les masses. On pourrait parler, pour parodier Dominique Moïsi, d’une géopolitique de la victimisation ». (8)

La création occidentale de Daesch est une calamité surtout pour les musulmans car outre les hécatombes, c’est l’image de l’Islam qui en sort Sali Car l’Occident ne veut surtout pas d’un Islam qui va à la conquête de la science et du savoir mais un islam arriéré de bigot de pyromane qui a arrêté la marche vers le progrès il y a de cela quelques siècles amenant l’Islam des lumières à être prisonnier d’un clotûre dogmatique dont parle si bien et en son temps le professeur Mohamed Arkoum

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Notes

1.https://fr.wikipedia.org/wiki/Iran

2.http://reseauinternational.net/la-crise-au-qatar-une-nouvelle-tentative-maladroite-des-trois-etats-voyous-daffaiblir-liran/#c0qLRQ2AYzo2rMzH.99

3.http://reseauinternational.net/la-main-des-saoudiens-et-des-etats-unis-dans-les-attentats-de-teheran-pousse-a-une-guerre-totale/#OyzUQ5z1f1jui24b.99

4.http://french.almanar.com.lb/451955

5.http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/2017/06/18/a-us-iran-confrontation-is-just-what-israel-seeks-and-it-may-get/

6.Robert Fisk. Le temps des dictateurs n’est pas révolu. The Independent
dans Courrier international 29.01.2011

7.http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/06/21/arabie-saoudite-le-roi-salman-propulse-son-fils-au-rang-d-heritier_5148391_3218.html#Ib9sDY0oFcxH3u3V.99

8.http://reseauinternational.net/attentats-depuis-janvier-2017-afghanistan-syrie-pakistan-egypte-le-double-standard-mediatique/#otLtSsFcQ2yrvlpZ.99

 

 

 

« En France, l’atlantisme et le sionisme sont les deux mamelles des néocons »


PAR Michel Raimbaud

mondialisation.ca

À l’occasion de la réédition actualisée de « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » (1), nous avons rencontré Michel Raimbaud. L’ancien diplomate, qui écrit avec des convictions en s’appuyant sur des faits bien documentés, insiste sur le façonnement en cours du Moyen-Orient, et plus vastement du monde, entrepris par les néoconservateurs américains, avec la complicité des élites occidentales.

Propos recueillis par Tigrane Yégavian

Pourquoi crier au « conspirationnisme » lorsque l’on est saisi par la clarté du grand dessein annoncé urbi et orbi par ses propres promoteurs ? Cela fait longtemps que Michel Raimbaud, écrivain habité par la passion de l’État, sincère, engagé et aux accents volontiers gaulliens, ne prête plus d’attention aux chiens de garde de l’establishment qui le snobent. Ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe, et bien connu des lecteurs d’Afrique Asie, ce fin connaisseur du monde arabe et de l’Afrique a servi comme diplomate dans de nombreux pays (avec un long passage au Brésil), avant de diriger l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Tout reste d’actualité dans Tempête au Moyen-Orient, ouvrage dans lequel il dénonce les funestes « policides » orchestrés par les néoconservateurs américains et occidentaux ayant débouché sur le démantèlement du Soudan, de la Somalie, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et, aujourd’hui, de la Syrie.

Revenons sur l’affaire des « bombardements chimiques » d’Idlib, en Syrie, en avril dernier. Pourquoi ne criez-vous pas avec les loups sur la responsabilité du régime syrien ?

Nous nous trouvons face à une redite de l’affaire Colin Powell de 2003 en Irak et de la séquence de l’été 2013 en Syrie (attaque de la Ghouta). Je n’entrevois que deux explications possibles : ou bien ce sont les rebelles qui ont utilisé les armes chimiques en appliquant la technique familière du false flag (faux pavillon), maquillant par la suite les photos des enfants. Ces enfants n’auraient-ils pas été tués puis « soignés » par ces escrocs de l’humanitaire que l’on nomme les « casques blancs », autrement dit des associés du Front Al-Nosra, la franchise syrienne d’Al-Qaïda ? Sinon, comment expliquer que les injections, à en croire certaines vidéos, semblent factices, le niveau du liquide demeurant inchangé du début à la fin de la piqûre de « réanimation » ? Si ces cadavres d’enfants morts, soigneusement alignés comme à une parade pour les besoins de la propagande, avaient été gazés, il eût été bien imprudent de s’exposer avec eux sans précaution.

Ou bien, s’il s’agit d’un bombardement de l’armée syrienne sur ce dépôt, cela veut dire que le gaz appartenait aux rebelles. Car on sait qu’en Syrie le démantèlement de l’arsenal des armes chimiques et bactériologiques a eu lieu sous contrôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), après les inspections onusiennes.

Un mensonge de plus donc ?

La ficelle est bien grosse. Les mensonges sont légion dans le cas syrien, tellement nombreux qu’il s’avère difficile de les « traiter » tous. C’est une conséquence typique des théories que j’ai étudiées dans mon livre, à savoir les stratégies mises en œuvre par Washington : le chaos innovateur, la théorie du fou et le false flag, autant d’intox dont les mécanismes ont été démontés, notamment par Michel Collon. En définitive, si « complotisme » il y a, ce sont les comploteurs eux-mêmes qui aiment les complots puisqu’ils en sont les auteurs, et non pas ceux qui les dénoncent, systématiquement qualifiés de « complotistes » afin de les discréditer par avance. Dans un ordre d’idées proche, les régimes takfiristes qui financent les « révolutions » chez leurs voisins espèrent ainsi faire oublier leur nature profondément réactionnaire.

Il y avait déjà un certain cynisme de la part des intellectuels américains au temps où l’on pérorait sur le contenu de la fiole qu’avait brandie Colin Powell au Conseil de sécurité de l’Onu en 2003. Ils disaient : « L’Amérique est le plus grand empire qui ait jamais existé sur Terre, discutez et critiquez telle ou telle de nos actions si vous voulez, nous, pendant ce temps, nous créons des réalités nouvelles et nous faisons l’Histoire ! » Effectivement, pendant que tout le monde disserte : les idiots utiles, les médias, les universitaires et la classe politique rivalisant en bêtise tout en maintenant une omerta faramineuse sur les faits, les neocons façonnent effectivement cette Histoire dont nous sommes les témoins. Cela participe à un enfumage qui ne nous donne pas le loisir d’anticiper les mauvais coups que préparent ces néocons.

Que répondez-vous aux accusations de connivence entre Moscou et Washington ?

Il n’y a pas de connivence entre la Russie et les États-Unis. Si les Russes jouent la carte de la diplomatie, c’est pour trouver une solution politique. Je m’étonne également que le communiqué tripartite publié par Damas, Moscou et Téhéran au lendemain de l’attaque américaine du 4 avril sur la base aérienne de Shayrat, en Syrie, n’ait pas été divulgué dans les médias mainstream. Ce communiqué se voulait un cinglant avertissement adressé à l’administration Trump, rappelant les fondamentaux : respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité de la Syrie, et son droit de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire.
Concernant l’hésitation du président Obama en 2013 qui, finalement n’a pas donné l’ordre d’attaquer, je me souviens avoir été parmi les rares personnes à être persuadées qu’il n’y aurait pas de frappes…

Qu’est-ce qui a freiné Obama ?

Obama n’est pas un personnage limpide. C’était sa façon à lui de s’affirmer en ne bombardant pas. Non pas qu’il soit revenu à de meilleurs sentiments, car il était suffisamment bien informé par ses renseignements pour connaître la vérité, mais parce qu’il voulait marquer son pouvoir présidentiel face au think tank collectif qui l’entourait – c’est ce qu’il affirme dans une interview en forme de testament.

J’évoque souvent « l’État profond néoconservateur » pour « expliquer » ce qui, sinon, pourrait paraître inexplicable. À mes yeux, ce concept est d’une importance fondamentale. Devenu populaire, il est une réalité visible, voire très voyante, depuis la fin de la guerre froide. Il se réfère à la doctrine dominante qui crée une symbiose idéologique entre les décideurs, les acteurs, les faiseurs d’opinions dans tous les secteurs de la vie publique et tous les cercles de pouvoir (politiques, diplomates, hiérarchie judiciaire, élites intellectuelles, journalistes, milieux d’affaires, communautés diverses, lobbies, etc.).

Né dans le camp républicain qui est son berceau et ancré sur le double messianisme religieux du judaïsme et des Églises protestantes dites « Églises d’éveil », l’État profond néoconservateur s’est solidement implanté dans les rangs démocrates, avant de trouver des terreaux favorables dans toutes les terres d’Occident et dans les États les plus improbables. La France est loin d’échapper à la règle, tant est grande l’idolâtrie des élites vis-à-vis de tout ce qui vient d’Amérique et le lien de vassalité que celles-ci ont intériorisé durant les décennies passées.

À Paris, les quartiers généraux et/ou les bastions de cet « État profond » sont divers et variés : non seulement au Quai d’Orsay où sévit la « secte » ou la « meute » néocon, mais aussi à Matignon, à l’Élysée et dans les rouages de la société et les arcanes du pouvoir. Les élites parisiennes sont depuis des années cooptées dans le fameux programme des « Young Leaders » de la fondation franco-américaine. On chercherait en vain un clivage entre droite et gauche « de gouvernement ».

Comment avez-vous observé l’évolution de la trajectoire des néoconservateurs français depuis le Quai d’Orsay ? Comment et quand ont-ils essaimé ?

Historiquement, les origines du néoconservatisme remontent à la création des États-Unis, à l’arrivée des « Pilgrim Fathers », ces Pères fondateurs, pour l’essentiel des protestants fuyant l’Europe pour des raisons religieuses et se référant à la Bible plutôt qu’au Nouveau Testament. En vertu du messianisme qui les inspirait, ils pensaient que Dieu les avait guidés vers l’Amérique afin qu’ils deviennent le nouveau peuple élu. Notez le parallèle avec le sionisme… Du reste, les groupes ou lobbies chrétiens sionistes s’inscrivent dans cette tradition. Les premiers migrants en Amérique se référaient à la pensée de Cromwell, imprégnée de mystique sioniste. Mais il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan dans les années 1980 pour que cette mystique trouve sa traduction politique dans le néoconservatisme, une traduction associée à la promotion du néolibéralisme et à la fin de la détente.

C’est sous le mandat de Reagan que l’on assiste au retour de la confrontation contre l’URSS, encouragé par la Britannique Margareth Thatcher et le pape Jean-Paul II. Si l’équilibre de la terreur les empêche alors d’agir en transgressant les règles du jeu, les neocons (on ne les connaît pas encore sous cette appellation) ont les coudées franches à partir des années 1990-1991, après l’implosion de l’URSS et la disparition du « bloc communiste ». À noter que Donald Trump est le produit plus ou moins inavoué de cet establishment (malgré ses affirmations) puisqu’il semble considérer Reagan comme un père spirituel et se réfère volontiers aux Pères fondateurs de l’Amérique.

Trump a pourtant fondé son discours de campagne en s’opposant aux élites de Wall Street afin d’engranger des soutiens dans l’Amérique profonde…

S’il a été élu par le « petit peuple » et par « l’Amérique profonde » contre l’establishment, il ne pourra pas résister longtemps aux pulsions de l’État profond. Très isolé face aux élites, il en a bien eu besoin sitôt élu. Au passage, le fait qu’il bombarde la Syrie dès son début de mandat fait de lui un « président normal », et cela deux jours à peine après avoir fait une proposition de reprise de contact à Bachar al-Assad par l’intermédiaire d’une congressiste américaine (démocrate) chargée par Trump lui-même de transmettre un message en ce sens au président syrien. Voilà la théorie du chaos remise en application : elle correspond à dire tout et son contraire.

Il n’est pas évident pour les Américains de gérer cette théorie du chaos, qui paraît très anglo-saxonne, en ce sens qu’elle permet d’associer toutes les ambiguïtés, selon une méthode que l’on retrouve dans le langage des ONG, dans les discours du FMI, dans le style des politiques et diplomates américains : mélanger le passé et le présent, les affaires importantes et les détails, la réalité et la fiction. Cela ouvre beaucoup de possibilités aux prestidigitateurs du droit, aux manipulateurs de valeurs, aux magiciens maîtres de l’Univers. C’est également une illustration de la « théorie du fou » inventée par Kissinger au temps de Nixon : les États-Unis ont vocation à être les maîtres du monde et entendent le rester ; pour effrayer leurs ennemis, ils doivent projeter l’impression que l’Amérique est, en partie du moins, gouvernée par des dirigeants cinglés ou imprévisibles.

La ligne Trump représente un archétype de la « théorie du chaos innovateur » mise en œuvre selon les normes de la théorie du fou. Le président « flexible » est un pur produit de l’école néoconservatrice, fondée sur le double messianisme protestant et juif, évoqué précédemment. Dans ce contexte, notons que l’alliance avec les islamistes djihadistes n’est pas circonstancielle, mais naturelle, les islamistes radicaux se réclamant également d’une mission divine, afin d’éradiquer tout ce qui s’écarte de leur conception de l’islam et recréer in fine un califat, un État islamique fondé sur la charia (la loi coranique interprétée à leur façon).

Vous ne m’avez toujours pas dit à quand remonte la pénétration du néoconservatisme dans les arcanes du pouvoir français.

La première manifestation de leur apparition en France remonte, me semble-t-il, au lendemain de la chute de l’URSS et à la signature du traité de Maastricht en 1992. François Mitterrand n’était pas néoconservateur, mais son entourage l’était en bonne partie, ou faisait du néoconservatisme sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir.

La seconde manifestation intervient à mon sens avec la crise affectant les relations franco-africaines en 1994, marquée par la dévaluation inopinée du franc CFA de 50 % sous la pression conjointe de la Banque Mondiale et du FMI. L’héritage gaullien, déjà ébréché, va dès lors être dilapidé de plus en plus ouvertement, la France renonçant de facto – en le niant – aux attributs de sa souveraineté. Dans la foulée du baroud d’honneur du duo Chirac-Villepin en 2003 concernant l’opposition de la France à la guerre en Irak, le président Chirac va s’affoler et multiplier des concessions inutiles, allant au-devant des sollicitations de Washington. Le retour au commandement intégré de l’Otan se fera en douce ; il ne restera plus qu’à l’afficher politiquement, ce qui sera chose faite dès le début du mandat de Sarkozy.

Paris appuiera ainsi les sanctions contre la Syrie promulguées par le Congrès américain par le biais du Syrian Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act en décembre 2003. La France sera en quelque sorte chargée de « gérer » pour le compte de Washington le dossier de la détérioration programmée des relations avec Damas. Le levier libanais (à la suite à l’assassinat du premier ministre Rafiq Hariri, ami de Chirac) sera utilisé pour convaincre Paris d’assurer cette mission : jusque-là assez bonnes, les relations franco-syriennes vont dès lors se dégrader brutalement. Elles ne s’en remettront pas, malgré une brève embellie sous l’ère Sarkozy.

La pénétration du courant néocon s’accompagne d’une opération de casse menée contre les diplomates du Quai d’Orsay, tenu pour pro-arabe : le cadre d’Orient, les arabisants et les islamisants en premier lieu sont ciblés. Cette offensive qui ne dit pas son nom emprunte deux biais : on disperse les experts de la région dans des zones géographiques éloignées du monde arabe, et on recrute pour les postes clés des énarques et technocrates formatés. À cela s’ajoute les saignées budgétaires consécutives et incessantes, le recours à des contractuels, l’ubérisation, autant d’éléments qui ont définitivement sapé notre action diplomatique et notre rayonnement à l’international. Au vu de l’ampleur des missions d’un « Département » (comme on l’appelle), régalien par excellence, le budget du ministère des Affaires étrangères a toujours été relativement modeste, ne dépassant pas 1 % du PIB. Depuis un quart de siècle, on ne parle plus que d’austérité !

Qu’est-ce qui motive les diplomates néocons de la « secte » du Quai d’Orsay à poursuivre cette politique, selon vous ?

Le suivisme, l’atlantisme et le sionisme, qui sont pour ainsi dire synonymes.

Dans le cas du dossier nucléaire iranien, l’équipe de Laurent Fabius n’était-elle pas motivée par la défense de l’intérêt national en freinant des quatre fers l’acquisition de la bombe par Téhéran qui affaiblirait les positions de la France dans la région ?

Non. Cela faisait partie des rôles délégués à la France et aux Européens par Washington. Le dossier du nucléaire iranien, dont le programme remonte à l’époque du chah, a été fabriqué par les ancêtres des neocons américains dans le cadre du projet « Atome pour la paix ». Il avait toujours fait l’objet de l’unanimité nationale en Iran ; tout le monde trouve ça très bien et personne en Occident n’y a trouvé à redire jusqu’à la révolution islamique. Le dossier a ressurgi dans la foulée de l’occupation de l’Irak. Après la guerre irano-irakienne (politique du double endiguement), puis la première et la seconde guerre d’Irak qui ont mis ce pays à terre, les États-Unis ont délégué à la France, au Royaume-Uni et à l’Allemagne la gestion du dossier. En cela, il me semble que l’ancien président Khatami s’est engouffré dans un piège, d’où la rupture actée par son successeur Ahmadjinehad.

En 2006, le dossier est transféré de l’Agence internationale de l’énergie atomique au Conseil de sécurité des Nations unies, dont les cinq membres permanents sont des « puissances nucléaires légales ». Ce qui va accentuer la pression sur Téhéran et dévoiler les objectifs cachés de la « négociation nucléaire ». La signature de l’accord « historique » en juillet 2014 n’a pas réglé le différend de fond entre l’Iran et ses quatre interlocuteurs occidentaux (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne).

Les néoconservateurs sortent-ils fragilisés par l’élection de Donald Trump ?
Non, au contraire, car il est leur meilleur représentant. Trump s’est fait élire sans le soutien des élites. Mais une fois au pouvoir, il ne peut se contenter de l’appui des cowboys ou des mormons. Or, depuis des lustres, les élites américaines, tous partis confondus, sont néoconservatrices. Trump a dû aller puiser dans le même réservoir où aurait pioché Hillary Clinton (État profond, Goldman Sachs…) si elle avait été élue. Trump n’a pas d’autres choix que d’obtempérer aux desiderata de l’État profond américain. Il suffit de voir ses choix en ce qui concerne ses ministres et collaborateurs (au sein de l’establishment) et ses décisions, notamment en politique étrangère. En Syrie et Russie, par exemple.

En France, l’atlantisme et le sionisme sont désormais les deux mamelles des néocons. Cette adhésion a commencé avec Chirac, puis s’est finalisée avec Sarkozy qui parlait de « retour au bercail » pour justifier la réintégration pleine et entière de nos forces au sein du commandement intégré de l’Otan. Pour ce qui est de Hollande, je ne vous apprends rien en vous disant que les socialistes ont un ADN européiste, sioniste et colonialiste qui remonte au minimum à Guy Mollet (sous la IVe République). Ce n’est nullement une légende. Durant son deuxième mandat, Mitterrand aura cette déclaration de fossoyeur : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. » Petit à petit, cette idée a gagné du terrain au Quai d’Orsay et dans « l’État profond », y compris à l’Université, sensible aux sirènes de l’Amérique, de l’Europe, de l’Otan, de la globalisation et de ses succursales diverses.

On a bien vu dans la campagne présidentielle française que l’Europe était relayée à un rang subalterne. Un grand nombre de candidats ont rivalisé dans leurs discours prosouverainistes. Cet idéal vend-il encore ?

L’Europe n’est pas une idée populaire, contrairement à ce qu’affirment les illusionnistes du « rêve européen ». Les candidats ont souvent promis de « renégocier » les traités européens, ce qui est un leurre à usage électoral. À toutes les élections, on nous a fait la même promesse. De mon point de vue, l’Europe est la prison de la France. Ce n’est pas nous qui décidons. Allons même plus loin : nous nous indignons que les décisions nous concernant soient prises à Bruxelles, alors qu’en réalité c’est en Amérique que tout se décide. Nos élites du mainstream se satisfont de ce statut de « territoire » à la Massachusetts, auquel la France a été réduite. Mais alors, à quoi bon payer et entretenir cette administration bruxelloise tentaculaire et si onéreuse qui prend ses ordres à Washington ?

La réédition de votre livre connaît un vif succès. Pourtant, vos détracteurs ne vous épargnent pas dans la véhémence de leurs attaques…

Je reprends à mon compte ce proverbe chinois : « Quand le sage montre la Lune, l’imbécile montre le doigt. » J’écris en fonction de mes convictions. La thèse que je développe est bien documentée et rend compte des réalités, de l’enchaînement d’événements qui autrement resteraient incompréhensibles. Elle me semble beaucoup mieux acceptée et comprise en cet an VII de la « tempête sur le Grand Moyen-Orient » qu’il y a deux ans. En effet, rien dans les évolutions constatées n’est venu démentir ce qui était inscrit dans la première édition, au niveau du Moyen-Orient, du Grand Moyen-Orient de George W. Bush, au sein de l’islam et en ce qui concerne l’ordre du monde dont la mutation se dessine sous nos yeux. Autant de sujets qui font l’objet de mon ouvrage.

(1) Tempête sur le Grand Moyen-Orient, Michel Raimbaud, 2e édition enrichie et remise à jour, Éd. Ellipses, 716 p., 28 euros.

Irak, la revanche de l’histoire De l’occupation étrangère à l’État islamique


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Auteur : Benraad Myriam
Ouvrage : Irak, la revanche de l’histoire De l’occupation étrangère à l’Etat islamique
Année : 2015

L’État islamique, ou Da’ech, apparaît aujourd’hui, dans les médias
et les représentations politiques, comme l’adversaire absolu de
I’Occident, celui qui multiplie attentats et actes de barbarie, qui met
le Moyen.Orient à feu et à sang et qu’il faut combattre à tout prix.
À l’origine de cet état de guerre perpétuelle et de ce chaos dans
lequel ont sombré les populations civiles, il y a, bien entendu,
l’intervention américaine du printemps 2003. qui fil des sunnites.
accusés d’avoir soutenu le régime de Saddam Hussein, des parias
dans le jeu politique irakien, et qui a laissé derrière elle un champ
de ruines.
Mais Il y a aussi. et c’est tout l’intérêt de cet ouvrage que de le
démontrer, le partage du Moyen-Orient par les puissances coloniales
britannique et française à la suite de la Première Guerre mondiale et
du démembrement de l’Empire ottoman c’est alors que furent créées
ex nihilo des frontières qui convenaient aux autorités mandataires
mais ne recouvraient aucune réalité historique.
Une fois ce constat dressé, et les responsabilités de chacun établies,
on comprend mieux les enjeux de l’effroyable désastre qui a frappé
la région, et dont aucune analyse, privée de celle perspective de
fond, ne permettrait de rendre compte.

Myriam Benraad est docteur en science politique de l’lnstitut d’éludes
politiques de Paris. spécialiste de l’Irak et du monde arabe. Elle est
chercheuse associée au Cemre d’éludes el de recherches intematio·
nales (CERI-Sciences Po) et à l’Institut de recherches et d’études sur
le monde arabe et musulman (IREMAM-CNRS).

Introduction
suite…

histoireebook.com


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Auteur : Benraad Myriam
Ouvrage : Irak de Babylone à l’état islamique Idées reçues sur une nation complexe
Année : 2015

Babylone, les Mille et Une Nuits, Saladin…

Histoire et légendes se confondent dans la Mésopotamie antique. Ce berceau de l’humanité a connu une série de ruptures violentes : dictature du Baas, guerre contre l’Iran, débâcle au Koweït en 1990, embargo dévastateur, occupation étrangère aussi meurtrière qu’imprévisible et plus récemment la barbarie de l’Etat islamique… Quiconque se penche sur le cas irakien, des spécialistes les plus chevronnés aux simples observateurs, rencontre la plus grande difficulté à comprendre les dynamiques sociales et politiques à l’oeuvre : défaite militaire américaine ? démocratie naissante ? retour à l’autoritarisme ? chaos jihadiste ?… Myriam Benraad, l’une des meilleurs spécialistes de l’Irak, analyse et éclaire les différentes facettes de ce pays que l’on connaît principalement au travers des clichés qui entourent son histoire et du prisme déformant des raccourcis médiatiques sur l’époque récente.

suite…

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L’antisémitisme partout Aujourd’hui en France


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Auteurs : Badiou Alain – Hazan Eric
Ouvrage : L’antisémitisme partout Aujourd’hui en France
Année : 2011

 

 

1. Une année agitée

Au cours de l’année 2002, la guerre se déchaîne contre les forces du Mal au Moyen-
Orient. En Afghanistan, l’armée américaine, qui a envahi le pays six semaines après le
11 septembre, poursuit son entreprise de libération. Une autre libération se profile, celle de
l’Irak : militaires et diplomates préparent ouvertement l’invasion du pays pour y implanter
la démocratie. En Palestine, où s’est déclenchée la deuxième Intifada, l’armée israélienne
réinvestit toute la Cisjordanie et l’opération Rempart balaye ce qui reste de l’autonomie
accordée à Oslo. En avril, la prise du camp de réfugiés de Jénine et sa destruction au
bulldozer font des dizaines de morts civiles.
Pendant ce temps, en France, le premier tour de l’élection présidentielle est marqué par
le succès du Front national. Roger Cukiermann, président du CRIF, déclare à Haaretz
(23 avril 2002) que le résultat de Le Pen « servira à réduire l’antisémitisme musulman et
le comportement anti-israélien, parce que son score est un message aux musulmans leur
indiquant de se tenir tranquilles. »
C’est dans ce contexte que se développe une campagne dénonçant une « vague
d’antisémitisme » en France. « Des synagogues sont incendiées, des rabbins sont molestés,
des cimetières sont profanés, des institutions communautaires mais aussi des universités
doivent faire nettoyer, le jour, leurs murs barbouillés, la nuit, d’inscriptions ordurières. Il
faut du courage pour porter une kippa dans ces lieux féroces qu’on appelle cités sensibles et dans le métro parisien1. »
Pourquoi cette campagne ? Il importe d’allumer un contre-feu, car l’opinion publique et
même les médias sont choqués de la brutalité avec laquelle l’armée israélienne réprime la
deuxième Intifada. Dénoncer la « poussée d’antisémitisme » est un bon moyen pour
détourner l’attention de la sanglante opération Rempart ou mieux encore, pour la présenter
comme une mesure défensive, dans le contexte d’une « montée générale de
l’antisémitisme ».
L’opération se déroule sur un terrain favorable : la détestation montée d’un bout à
l’autre de l’Occident contre les Arabes et les musulmans après le 11 septembre. Car la
vague d’antisémitisme, ce sont eux, naturellement eux qui en sont les agents propagateurs.
« La recrudescence en France et en Europe des agressions antisémites, verbales ou
physiques a, depuis l’éclatement de la “deuxième Intifada” à l’automne 2000,
incontestablement mis en avant de nouveaux acteurs de la haine antijuive, nommément
des agresseurs issus des banlieues ou de l’immigration, des victimes du racisme et de la
discrimination qui s’adonnent, envers les Juifs, aux comportements contre lesquels ils sont
en droit de se voir eux-mêmes protégés2. »
La notion d’une « vague d’antisémitisme » n’était pas entièrement dénuée de
fondements : il est indéniable que dans ces années 2002-2004, il y eut des insultes
proférées contre des juifs, des tags hostiles, des cageots incendiés devant des synagogues,
des bagarres entre jeunes… Même si les actes les plus médiatisés, ceux qui déclenchèrent
le plus de mâles paroles chez les politiques et le plus d’indignation dans les institutions
juives furent le fait d’une mythomane (l’« agression » de Marie L. dans le RER D en
juillet 2004) ou d’un pauvre fou, juif de surcroît (l’incendie d’un centre social juif rue
Popincourt en août de la même année), la réalité de manifestations d’hostilité contre les juifs à cette époque ne fait aucun doute, et nous ne prenons aucune manifestation de ce
genre à la légère. Il ne se passait cependant rien qui puisse paraître d’une gravité
exceptionnelle, rien d’irréparable, et même Simone Veil critiqua vertement le mot de
Finkielkraut faisant de 2002 une « année de cristal »3.
Mais pour les initiateurs et les militants de cette campagne, peu importait l’ampleur
réelle de « la vague » : l’impulsion était donnée. Parallèlement à la presse dénombrant
avec une précision toute policière les « actes à caractère antisémite » dont il s’agissait de
montrer la prolifération, on vit sortir en octobre 2004 le rapport Rufin, commandé par le
ministère de l’Intérieur, qui dénonçait « un antisémitisme d’importation, notamment chez
des jeunes issus de familles originaires de pays où l’antisémitisme est culturellement
banalisé. » Rufin assimilait « l’antisionisme radical » à un antisémitisme « par
procuration », et préconisait une loi qui pénaliserait la critique de l’État d’Israël.
Ce fut d’ailleurs l’époque des premiers procès – contre Daniel Mermet, contre La
Fabrique éditions, puis contre Edgar Morin, Sami Naïr et Danielle Sallenave – procès
intentés pour « incitation à la haine raciale » par une officine nommée Avocats sans
frontières4. On vit également paraître une série d’ouvrages dénonçant l’antisémitisme des
« maghrébins ». Dans Les Territoires perdus de la République, ouvrage collectif dirigé par
Emmanuel Brenner et centré sur la question de l’école, l’idée générale est que
« l’antisémitisme qui se donne libre cours dans les établissements scolaires de certains
quartiers, la peur des adultes responsables devant des propos et des comportements
inacceptables, l’affaiblissement intellectuel devant l’offensive islamiste sont inséparables
de ce gouffre qui, plus que jamais, sépare en France le peuple de ses élites5. » Nicolas
Weill, dans La République et les antisémites, accepte comme « un fait » qu’il y ait « un
antisémitisme arabo-musulman particulièrement virulent, que celui-ci soit à l’occasion
toléré par une certaine extrême gauche souvent passive – ou fascinée – devant son
extrémisme6 ».
On notera au passage le retour insistant du mot « République », déjà fortement mis à
contribution pour soutenir l’interdiction du « foulard islamique » à l’école, comme si, par
un paradoxe singulier, ce mot qu’on croyait nourri, au moins abstraitement, par un certain
universalisme politique, voire orienté vers la défense du droit des « gens d’en bas »,
servait désormais d’emblème à l’hostilité envers les ouvriers arabes et les musulmans des
cités populaires.
Pour sa part, Prêcheurs de haine, de Pierre-André Taguieff, est une longue (968 pages)
dénonciation, une véritable liste de proscription de ces « archéotrotskistes et nouveaux
gauchistes antimondialisation, outrancièrement palestinophiles […] alors même que
l’islamisation de la cause palestinienne s’accentue7 ».
La dénonciation d’une « montée de l’antisémitisme » fut relayée et amplifiée par la
presque totalité des médias et de ce qu’on appelle « le monde politique ». Du côté de la
gauche, les plus bruyants étaient les habituels ennemis des « arabo-musulmans » français :
les dévots de la laïcité et les féministes égarées. (Notons au passage que le syntagme
« arabo-musulmans », complété par celui de même farine « islamo-gauchistes », est
d’origine policière, comme tous les doublets du même genre, « judéo-bolchévique »,
« hitléro-titiste », ou plus récemment « anarcho-autonome ».)

Du côté de la droite au pouvoir, il y avait unanimité dans la « détermination sans faille »
à lutter contre la renaissance de l’antisémitisme. Il peut paraître étrange de voir les juifs
aussi bien « défendus » par un courant idéologique – la droite – qui leur est
traditionnellement hostile. Le phénomène ne peut manquer d’évoquer la blague d’origine
israélienne : « Qu’est-ce qu’un philosémite ? C’est un antisémite qui aime les juifs. » Au
cours de ces années 2002-2003, le nombre et l’activité de ces philosémites-là semblaient
s’accroître dans de considérables proportions.

NOTES
1 Alain Finkielkraut, Au nom de l’Autre, Réflexions sur l’antisémitisme qui vient, Paris, Gallimard, 2003, p. 9.
2 Nicolas Weill, La République et les antisémites, Paris, Grasset, 2004, p. 15.
3 En référence, évidemment, à la Nuit de cristal de 1938, où des centaines de juifs avaient été tués par les nazis.
4 En réalité, ces procès avaient été précédés d’autres actions en justice, menées le plus souvent par la Licra et le Mrap, contre de véritables fascistes/négationnistes (Roger Garaudy, Bernard Antony…) Elles avaient permis
de constituer une jurisprudence, mais dans les années 2000, la cible ayant changé, le Mrap s’était désengagé de ce type d’action.
5 Les Territoires perdus de la République, antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire, Emmanuel Brenner éd., Paris, Mille et une nuits, 2002, p. 17-18.
6 N. Weill, op. cit., p. 33.
7 Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, traversée de la judéophobie planétaire, Paris, Mille et une nuits, 2004, p. 192.

2. Qu’en est-il de l’antisémitisme en France ?

Les formes sous lesquelles existe aujourd’hui de l’antisémitisme en France sont très
diverses et n’ont même souvent rien à voir entre elles. Depuis la dernière guerre mondiale,
l’antisémitisme n’est plus soutenu en France par une sorte de consensus abject (auquel
participaient par exemple, encore dans les années trente, de nombreux écrivains connus, et
pas seulement Céline). Il persiste sous la forme de minorités disparates, activistes ou
cachées.
Au plus noir du spectre, on trouve quelques nostalgiques du IIIe Reich, des néonazis qui
taguent des croix gammées sur les synagogues. Il est fort possible qu’ils aient apporté leur
part aux actes réellement antisémites commis en 2002 : la profanation de tombes est bien
dans leur manière. Ils peuvent représenter un danger dans certains pays du Nord ou en
Autriche, mais en France, ce sont quelques douzaines d’excités dont il faut certes
surveiller et interdire les agissements, mais dont on ne voit pas, pour l’instant, qu’ils aient
un avenir politique. Autant, dans la France d’aujourd’hui, dénoncer le « péril islamique »
et vouloir détruire les mosquées peut, hélas, rapporter des suffrages, autant profaner des
cimetières juifs suscite, et c’est encore heureux, une répulsion quasi unanime.
Autre groupuscule, celui des négationnistes. Certains d’entre eux se situent clairement à
l’extrême droite : souvent liés au Front national, ils tentent ici et là de s’implanter dans
l’université, Assas, Lyon III. Mais présenter une pareille marchandise sous un masque
académique, avancer sous les dehors du savoir historique est une tentative toujours fragile
et contestée. Certes, leur force a été de faire parler d’eux : ils ont suscité une réelle
polémique, et il s’est trouvé des historiens qui se sont efforcés de réfuter loyalement leurs
affirmations négationnistes. Or les idéologues antisémites sont tout sauf loyaux et ce qui
les anime n’est certes pas l’esprit critique de la science. La réfutation historienne et
académique revenait sans doute à tomber dans un traquenard : démontrer que les chambres
à gaz ont vraiment existé ne fait qu’entretenir autour des négationnistes ce qu’ils
souhaitent, à savoir répandre la conviction que c’est un « vrai problème ». Ils pourront
toujours dire que si l’on écrit des livres entiers pour démontrer cette existence, c’est
qu’elle est problématique, puisqu’il faut encore aujourd’hui la démontrer. Semer le doute
concernant un fait historique indubitable est la seule chose qui les intéresse et en ce sens,
dans une tradition fasciste bien connue, les négationnistes sont des provocateurs
intellectuels. Mais ils ne sont qu’une poignée, et sans réelle influence. Notons aussi
l’existence de négationnistes « de gauche », dans la lignée de la Vieille Taupe. Ceux-là se
défendent d’être antisémites, mais ils le sont quand même : parfois le masque tombe et
l’on voit alors la haine qui se cache derrière les positions tiers-mondistes de ces
idéologues camouflés. Tous ces groupes, d’extrême droite ou « de gauche », ne
représentent pas grand-chose, mais il est important de reconnaître leur existence, de ne pas
les dédouaner, de ne pas se faire prendre à leurs trucs rusés, comme c’est arrivé par
exemple à Chomsky. Qu’ils soient parvenus à attraper quelqu’un comme Chomsky prouve
bien qu’ils ont plus d’un tour dans leur sac. De même qu’il faut faire attention à des gens
comme Dieudonné et ceux qui le soutiennent – dire clairement qu’il s’agit là d’un
antisémitisme véritable, quel qu’ait été le point de départ de leur position.
Très différent de ces petits groupes d’excités, plus digne et plus hypocrite encore dans sa

façon de se présenter, on trouve le vieux fonds antisémite du « pétainisme
transcendantal ». Il reste un peu fantomatique, car il ne s’organise pas sur la scène
politique avec des déclarations antisémites ou des manifestes. Mais parmi ces gens-là,
certains, Renaud Camus par exemple, sont prêts à déclarer publiquement ce que les autres
pensent silencieusement ou n’avouent penser que dans les repas familiaux, quand on est
« entre soi ». À savoir que dans beaucoup de secteurs d’activité, « il y a trop de juifs ».
Évidemment, en force, en nombre, en influence, cette tendance n’a rien à voir avec ce
qu’elle était avant guerre, où elle était pratiquement dominante. Il y avait à l’époque, dans
tous les grands pays « démocratiques », un antisémitisme d’opinion, capable de
s’exprimer dans certains journaux, y compris par la voix d’intellectuels reconnus. Cet
antisémitisme s’inscrivait dans une disposition plus vaste, une vision du monde chauvine
et raciale sans complexe, où l’on pouvait utiliser la figure du métèque, de l’étranger, mais
aussi le racisme au sens biologique du terme. Dans le dictionnaire Larousse de 1932, le
Noir était encore présenté et dessiné comme un intermédiaire entre le singe et l’homme !
Et dans ces considérations raciales, l’antisémitisme jouait un rôle important.
Aujourd’hui en France, concernant les juifs, il n’existe rien de tel. À cela, il y a une
bonne raison : avant guerre, les juifs étaient pour beaucoup des étrangers qui arrivaient de
Pologne, de Lituanie, de Roumanie, qui parlaient yiddish, qui faisaient partie de la maind’oeuvre
la plus pauvre : ils étaient les arabes et les africains de l’époque. De nos jours, les
juifs sont bien « intégrés » et cet antisémitisme, ce racisme-là s’est déplacé vers d’autres
cibles.
En vérité, l’antisémitisme d’opinion des années trente était une composante du
sentiment antipopulaire qui stigmatise toujours les derniers arrivants : au XIXe siècle les
Auvergnats, les Bretons, les Italiens ou les Savoyards ; après la guerre de 14-18, les
Polonais, les juifs de l’Est, les Espagnols ; après la Seconde Guerre mondiale, les
Portugais et, avec une forte composante raciste supplémentaire, exacerbée par les guerres
coloniales, les Algériens et les Marocains – aujourd’hui les Maliens ou les Congolais. Si
l’on ne saisit pas cette continuité, on ne peut comprendre ni l’antisémitisme d’avantguerre,
ni la situation actuelle. Car cette composante est toujours prête à resurgir, y
compris au niveau de l’État, pour attiser le ressentiment contre une partie de la population
pauvre : c’est une très classique manoeuvre de division intra-populaire, qui frappait une
bonne partie des juifs avant la guerre et qui s’exerce aujourd’hui contre ceux qu’on
nomme « les immigrés », et auxquels on a récemment adjoint les Gitans – les Tziganes,
les « Roms » – qu’on ne semble pas faire moralement bénéficier du souvenir de leur
extermination par les nazis. La pratique de la chose a été exemplaire : à la suite d’un
meurtre commis par la police, on a assisté à la mise en cause collective d’un groupe entier
– un groupe dont la majorité est de nationalité française (comme du reste les terribles
« jeunes des banlieues »), mais dont la provenance et le mode de vie anomique suffisent
aux yeux de l’État pour tenter de réveiller contre lui l’hostilité, supposée latente, d’une
partie de la population.
On peut considérer que l’antisémitisme traditionnel a périclité parce que sa cible – le
juif des caricatures du Sturmer, le juif de Gringoire et de Je suis partout – a disparu. Il
n’existe plus que comme résidu fantomatique dans la partie la plus arriérée et nostalgique
de la bourgeoisie française, qui cumule le souvenir de tous les métèques successifs.

Le sentiment qu’éprouve envers les juifs une grande partie de la jeunesse française noire
et arabe est un tout autre chapitre, qui n’a rien à voir avec l’antisémitisme historique.
Même Taguieff considère que c’est quelque chose de différent : c’est lui, sauf erreur, qui a
forgé pour en parler le terme de judéophobie. L’hostilité de ces jeunes envers les juifs est
fondamentalement liée à ce qui se passe en Palestine. Ils savent que là-bas, des Israéliens
juifs oppriment les Palestiniens, qu’ils considèrent, pour des raisons historiques évidentes,
comme leurs frères. Face à cela, se présente ce qu’ils peuvent voir comme les juifs d’ici –
d’abord et surtout les organisations qui se prétendent « représentatives » de la
« communauté juive », ce qui veut dire qu’elles parlent à la place des gens et leur coupent
la parole, surtout s’il s’agit de juifs qui ne sont pas d’accord. Le soutien de ces
organisations à tout ce que fait l’État d’Israël est pratiquement absolu. Il y a aussi, parfois,
des juifs de leur quartier qui se présentent comme des soutiens inconditionnels d’Israël.
Les jeunes dont nous parlons font alors l’amalgame entre la répression anti-palestinienne
de l’État d’Israël et cette image tronquée des juifs français, ce qui peut les amener à penser
que tous les juifs du monde, ici et ailleurs, sont leurs ennemis
Dans cette affaire, les mots ont leur importance. Israël se définit comme un État juif, ce
qui produit une sorte de fusion entre le mot « juif » et la pratique gouvernementale
israélienne. Il était moins confus de parler, comme ce fut un moment le cas, de « l’État
hébreu ». La fusion entre le nom que se donnent les membres d’une diaspora historique
présente dans des dizaines de pays et le nom d’un État du Proche-Orient est importante sur
le plan symbolique : les jeunes dont il est question entendent que ce qui se passe là-bas,
c’est l’État juif qui en porte la responsabilité. Et entre État juif et État des juifs, il y a au
moins une ambiguïté, entretenue par le fait que l’État hébreu se proclame l’État des juifs
du monde entier. Il faut une certaine maîtrise des nuances de la situation réelle pour savoir
que de très nombreux juifs ne considèrent pas du tout cet État comme leur État. Pour un(e)
jeune Français(e) arabe ou noir(e), fils ou fille d’un paysan maghrébin ou africain venu en
France comme ouvrier dans les dernières décennies, parqué(e) dans une cité sinistre,
l’opération de dissociation n’est pas facile entre Israël comme État et comme pratique
persécutrice, et puis juif, accolé à ce nom-là avec le consentement quasi universel. Pour
aller chercher le point où il n’y a pas consentement, il faut un oeil attentif et politisé. Il
n’est pas évident de voir que parmi les juifs français, très nombreux sont ceux dont
l’opinion sur la Palestine est en fait celle de Français ne connaissant rien d’autre à la
question que les positions officielles répercutées par les appareils médiatiques. Quant aux
juifs français qui s’opposent à la politique israélienne, ils sont soigneusement maintenus
dans l’invisibilité, comme d’ailleurs l’opposition radicale à l’intérieur même d’Israël –
minoritaire certes, mais pas plus que chez nous l’opposition à la guerre d’Algérie autour
de 1956.
Ce qu’éprouve cette jeunesse populaire n’est pas de l’antisémitisme, mais plutôt une
hostilité « politique mal politisée » à ce qu’elle perçoit comme la position des juifs de
France. S’y ajoutent des séquelles plus ou moins conscientes du temps de la colonisation
en Algérie, où la France avait réussi à scinder les juifs des arabes en donnant aux premiers
la nationalité française – la loi Crémieux de 1870 –, les seconds restant jusqu’au bout,
sous des appellations diverses, des « indigènes ».
Choisir le mot « antisémite » pour qualifier le sentiment politique de cette jeunesse,
prétendre que cet antisémitisme est en « montée » n’est aucunement la description d’une

situation réelle mais une opération de stigmatisation. On choisit à dessein un terme qui
n’est pas le bon. Du reste, on leur attribue bien d’autres maux : pour Finkielkraut par
exemple, non seulement ils sont antisémites, mais c’est à cause d’eux que l’école
républicaine est ruinée, à cause d’eux qu’une sorte de sauvagerie s’est installée à la
périphérie de nos grandes villes, etc. Dans cet ensemble, le mot « antisémite »,
indubitablement le plus violent, est aussi celui qui a le moins de rapports avec la réalité du moment.
Cette opération est un fusil à deux coups : elle vise d’une part la jeunesse noire et arabe
et de l’autre ceux qui la soutiennent – et se trouvent être presque tous hostiles à la
politique des gouvernements israéliens successifs. Il est essentiel d’empêcher ces gens-là
de nuire car ils écrivent parfois des livres et peuvent de temps à autre faire entendre leur
voix. Pour tenter de les réduire au silence, on va les accuser eux aussi d’antisémitisme, et
peu importe si cette accusation est totalement absurde.
Bien entendu, semer la méfiance et l’hostilité envers la jeunesse populaire sont des
procédés de classe assez traditionnels. Aujourd’hui toutefois, l’un de leurs buts particuliers
est d’établir une frontière qui la sépare de la petite bourgeoisie blanche éduquée, de créer
un fossé entre la barbarie des banlieues et nos chères têtes lycéennes et étudiantes – c’est
pourquoi le thème de l’école revient si souvent dans ces questions. C’est une ségrégation
sociale qu’il s’agit d’établir, dès l’enfance, dès l’école, et pour cela, l’accusation
d’antisémitisme est encore une fois bien utile.
Toute cette opération constitue un des cas de croisement, si nombreux dans l’histoire
française, où des questions internes concernant les rapports de classes sont traitées en
utilisant des figures externes de type colonial ou impérial. Ainsi, jusqu’à la dernière guerre
mondiale, sous la IIIe République, l’exaltation des grands coloniaux, notamment les
généraux des « pacifications » successives, allait de pair avec la détestation des métèques.
Depuis la liquidation de la Commune de Paris, il existe une intrication entre l’être colonial
et les affrontements internes – avec de grandes incertitudes, et pour tout dire une tenace
complicité des forces « de gauche » sur ce point. Nous vivons un avatar un peu
crépusculaire de ce genre de combinaison propagandiste. Le but est de convaincre les
esprits qu’il y a une unité de fond entre le soutien apporté au combat des Israéliens contre
la barbarie « intégriste » arabe, et chez nous la lutte contre les jeunes barbares des
banlieues – dont la qualité de barbares est bien prouvée par le double fait qu’eux aussi
sont souvent arabes ou musulmans et qu’ils critiquent la politique gouvernementale
israélienne – ce qui, dit le propagandiste, revient à soutenir la barbarie islamiste planétaire
dans sa lutte contre le raisonnable et démocratique État d’Israël.
Le plus bourbeux de toute cette affaire est que, pour rendre cette combinaison efficace,
il faut faire intervenir une autre histoire, qui n’a rien à voir avec les deux scènes (le
Proche-Orient et les « banlieues » de chez nous) que la propagande tente d’unifier. Cet
ingrédient, dont l’instrumentalisation est proprement honteuse surtout à l’égard des morts,
est celui de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis. Le propagandiste s’en sert
comme d’une sorte de brouillard jeté sur les trois axiomes entièrement fallacieux qui sont
les siens, à savoir : juif = État d’Israël, palestinien = intégrisme musulman, jeune des
banlieues = intégrisme musulman. L’accusation d’antisémitisme, et donc de complicité
mentale avec les nazis, est construite à partir du barbouillage de ces trois inepties par le

pathétique génocidaire, pourtant complètement extérieur à tout ce dont il est question.
Cette accusation portée à l’encontre de la jeunesse arabe et noire est construite à partir
d’axiomes faux, mélangés à un point qui n’a de rapport historique réel ni avec l’actuelle
politique des gouvernements israéliens, ni avec l’état d’abandon et de ségrégation où est
laissée cette jeunesse, point qui est quand même l’argument ultime – à savoir la
destruction des juifs d’Europe.

3. Une étrange rhétorique

Dans la polémique réactionnaire contemporaine, on peut identifier plusieurs volets : la
forme violente et vulgaire du fascisme ordinaire, la forme ironique et un peu pointue de la
droite cultivée, et puis, très à part, le discours des pourfendeurs professionnels de ce qu’ils
nomment antisémitisme. Les agents de ce troisième volet sont des intellectuels, souvent
sophistiqués, dont l’argumentation a un trait commun : il s’agit, par des étapes et des
connexions tout à fait singulières, de mettre en lien des choses qui, comme nous l’avons
vu, n’ont aucun rapport entre elles. Intéressons-nous plus particulièrement aux détails
rhétoriques de la construction de ce lien.
L’une des chaînes, très souvent à l’oeuvre, se déplie ainsi : l’anticapitalisme a pour
noyau l’anti-américanisme, l’antiaméricanisme a pour centre l’antidémocratisme, et
l’antidémocratisme – c’est là que se fait le saut ultime – a pour pivot l’antisémitisme. On
trouve cet enchaînement par exemple chez Bernard-Henri Lévy : « L’antiaméricanisme
français, cette passion politique dont on ne rappellera jamais assez qu’elle apparut, chez
nous, dans la mouvance des fascismes français des années 30, ce délire idéologique qui
masque mal des sentiments aussi douteux que la haine de la démocratie tocquevillienne
[…] le fantasme d’un pays cosmopolite vivant sous la loi du lobby juif, l’antiaméricanisme
français, donc, est un attracteur du pire dont les séductions seraient d’autant plus
dangereuses qu’un coup d’arrêt symbolique, venu d’en haut, ne lui serait pas très vite
opposé8. »
Une variante de cette combinatoire est non moins intéressante : il est clair que l’antiimpérialisme,
aujourd’hui, c’est l’antiaméricanisme. L’antiaméricanisme, c’est
évidemment l’anticapitalisme. Et l’anticapitalisme, via le classique phantasme du
« financier juif », c’est l’antisémitisme. Donc l’anti-impérialisme, c’est l’antisémitisme.
L’avantage de cette variante, c’est que ceux qui soutiennent les Palestiniens se réclament
souvent de l’anti-impérialisme : leur antisémitisme ne fait donc plus aucun doute !
Autre exemple, cette fois du côté des images : l’un de nous (AB) avait comparé ceux
qui abandonnaient la gauche en perdition après les dernières présidentielles à des rats
quittant le navire9. Dans son blog, Pierre Assouline écrivit : « La dernière fois dans ce pays
qu’on a ainsi comparé des hommes à des rats, c’était, voyons, en 1942 dans un
documentaire de propagande sur le péril juif10. » Parler de rats équivalait donc à stigmatiser
les juifs. Bernard-Henri Lévy se greffa sur cette querelle, écrivant dans Le Monde
(22 juillet 2007) qu’« Alain Badiou s’autorisait de sa juste lutte contre l’ “immonde” pour
réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques (“les rats”… “l’ homme
aux rats”) dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré,
sans appel, qu’elles sont toujours la marque du fascisme ». Comme souvent chez cet
auteur, non seulement l’accusation concernant la « métaphore zoologique » est
inconsistante (l’usage du mot « rat » par AB n’est jamais que celui d’un proverbe
classique sur qui change de camp pour sauver sa peau), mais la référence est falsifiée : il
n’y a rigoureusement rien, dans le texte de Sartre auquel Bernard-Henri Lévy renvoie, qui
ait un quelconque rapport avec ce qu’il lui fait dire. Ajoutons que si quelqu’un a utilisé des
métaphores animales dans l’expression de ses positions politiques, c’est bien Sartre !
« Tout anticommuniste est un chien », c’est lui qui l’a dit, et il y a bien d’autres exemples.

L’enchaînement qui, du rat de AB conduit, via Sartre, à l’antisémitisme fasciste est une
imposture.
Autre enchaînement singulier, le syllogisme imaginé par Nicolas Weill : la critique des
médias porte sur des journalistes (prémisse indiscutable !). Or il y a parmi les journalistes
beaucoup de juifs (étrange convergence entre Nicolas Weill et l’antisémite Renaud
Camus). Donc ceux qui critiquent les médias sont antidémocrates/antisémites. Et de même
que si tout homme est mortel et que Socrate étant un homme, il est mortel, de même si
tout critique des médias est antisémite, tel ou tel critique des médias l’est. De fait, Nicolas
Weill s’en prend nommément à trois d’entre eux : « La plupart de ces offensives [contre
les médias], qu’elles proviennent d’un professionnel en révolte comme Serge Halimi (Les
Nouveaux Chiens de garde), de Pierre Bourdieu (Sur la télévision) ou de Jacques
Bouveresse (Schmock ou le triomphe du journalisme), ont en commun une tendance non
assumée à l’antidémocratisme » – dont on a vu le lien serré avec l’antisémitisme. Nicolas
Weill, conforté à la fois par la logique d’Aristote et par des exemples frappants (Jacques
Bouveresse antisémite, il faut le faire !) peut en venir à une conclusion générale. Citons :
« La critique du journalisme au XIXe et au début du XXe siècle épouse un autre
phénomène : celui de l’antisémitisme, le journalisme étant chez certains considéré comme
la profession par excellence des juifs. » (Le Monde, 2 avril 2004.)
Critiquer les États-Unis, parler d’animaux, s’en prendre aux médias : autant de procédés
tortueux auxquels, selon nos rhétoriciens, recourent les antisémites. Il en est un autre, tout
aussi honteux : la comparaison. Il y a bien longtemps que Claude Lanzmann a expliqué
que la destruction des juifs d’Europe est un fait unique, ineffable, qui ne peut s’expliquer,
et encore moins se comparer à quoi que ce soit. Les contrevenants sont accusés
d’antisémitisme, voire de négationnisme. Par extension, toute référence à la Seconde
Guerre mondiale et à l’Occupation pour parler du temps présent est criminelle. L’un
d’entre nous encore (EH) avait écrit : « Quand un groupe armé détruit un fortin israélien à
Rafah, qualifier cet acte d’attaque terroriste (France 2) ou d’attentat (France 3), c’est
reprendre les termes qu’utilisait contre la Résistance le regretté Philippe Henriot,
secrétaire d’État à l’information du gouvernement de Vichy, abattu par un corps franc en
avril 194411. » Nicolas Weill, toujours aux aguets, s’interroge immédiatement : « On se
demande qui joue dans son univers mental le rôle de l’occupant nazi » (Le Monde, 15 avril
2006). Par l’un de ces sauts périlleux dont les inquisiteurs modernes sont coutumiers,
expliquer que le terroriste de l’un est généralement le résistant de l’autre, c’est assimiler
l’armée israélienne à la Wehrmacht et relève donc clairement de l’antisémitisme.
Tous ces procédés, si tirés par les cheveux qu’ils soient, finissent par former une
rhétorique d’intimidation dont le seul but est de coller sur des adversaires l’étiquette
« antisémite », avec l’idée qu’une fois appliquée, on ne pourra pas plus s’en défaire que le
capitaine Haddock de son célèbre sparadrap.

NOTES
8 Bernard-Henri Lévy, Récidives, Paris, Grasset, 2004, p. 873. Souligné par nous.
9 Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ? Paris, éditions Lignes, 2006.
10 in « La république des livres », 28 novembre 2007.
11 Eric Hazan, LQR, la propagande du quotidien, Paris, Raisons d’agir, 2006, p. 39.

4. Les nouveaux inquisiteurs

suite…

histoireebook.com

FACTUEL … Quoi dire d’autre ! ChuuuuT ! Écoutons LBE …



leboucemissaireblog

The winner is…die for Israel ! V2

 

Comme annoncé lors de sa victoire en novembre 2016 Trump fait ce pour quoi il a été embauché : superviser le chantier de démolition du Moyen-Orient  selon les plans du  Grand Architecte de l’Univers, le fameux GADLU qui depuis que le monde est monde n’a « d’yeux »  que pour le Moyen-Orient. Pour un borgne il faut avouer que c’est cocasse. Un chantier de démolition qui ponctionne les âmes arabo-musulmanes en masse, et ce depuis la première guerre du Golfe.  On peut même remonter à 1980 et la guerre Iran-Irak qui est le prélude à la première guerre du Golfe de 1991, du 11 septembre 2001 et la deuxième guerre du Golfe qui a suivi , du printemps arabe 2011…on pourra noter que tous les 10 ans environ il se passe un cataclysme  majeur au Moyen-Orient. Par pure déduction on peut annoncer que la prochaine grande étape du chantier Gadluesque supervisé par Trump-la-mort est prévue pour 2020/21, soit à  la fin du mandat de l’âne peroxydé qui squatte la maison blanche.

Je ne reviens pas sur les raisons mensongères, le casus belli chimique tant attendu,   qui a aussitôt engendré l’attaque américaine contre la Syrie, tellement les conclusions hâtives et la désignation du faux lion Bachar al Assad  comme responsable sont pathétiquement prévisibles et risibles.   Je propose simplement un petit devoir de mémoire aux naïfs qui croient encore aux mensonges d’état télévisuel. C’était en 1990. C’était pour détruire l’Irak, on utilisait déjà les enfants pour apitoyer l’Occidental !

Trump fait donc le job qui permettra à terme de reconstruire le temple de Salomon, le troisième du nom en lieu et place de la mosquée Al Qods et Al Aqsa . Ils n’y arriveront jamais, mais laissons-les rêver.  C’est surtout pour offrir un trône au messie juif, le fameux, celui promis par le prophète Daniel lors de l’exil des israélites à Babylone, souvenez-vous lorsqu’ils pleuraient au bord de la rivière en se remémorant Sion, Boney M en avait même fait une chanson. « By the rivers of babylon, there we sat down, Ye-eah we wept, when we remembered zion »

La chère nation de Donald, united fake of america œuvre depuis toujours dans ce but. Le but étant de détruire toutes les nations entourant l’état imposteur d’Israël, vous savez ce petit état sorti de nulle part en 1948 qui a dépossédé la Palestine de son territoire avec l’aval et les armes de la chère nation américaine, le cauchemar de l’humanité. C’est pour évacuer tout risque que l’on fait le vide au préalable autour de ce faux État d’Israël qui usurpe la terre sainte. Raison pour laquelle depuis trente ans Oncle Samuel a attaqué deux fois l’Irak, l’Afghanistan, la Somalie, le Yémen, la Syrie et l’Irak (décidément ) . Le saligaud toujours pas rassasié de sang remet le couvert avec de nouvelles attaques menées depuis 2011  en sous-mains avec ce faux printemps arabe, mais véritable été israélien via ses Yankees G.I.dhistes financé par l’Arabie satanique. N’oublions pas son binôme, le vilain petit Qatar et sa base militaire américaine ( la plus grosse du M.O ) implantés sur son territoire d’où leurs avions criminels  décollent pour aller bombarder les Afghans, les Irakiens, Syriens et les Yéménites. Un petit exemple de ce qui se passe actuellement au Yémen avec une explosion qui n’est en rien conventionnelle. Regardez la vidéo jusqu’au bout ( 3 minutes  ) , vous verrez que Satan est à l’œuvre.

Trump suit à la lettre les consignes qu’impose son poste. C’est même un élève appliqué. Trois mois à la présidence et déjà une attaque frontale en Syrie. Il se précipite un peu pour tout dire. Mais le but est atteint, le sang a coulé, car c’est le prix à payer pour nourrir la bête de la Terre. The muslims must die  for Israel ! Sachez-le.

Que Satan bénisse l’Amérique!

 

Netanyahu à Sumer


lelibrepenseur.org

par Lotfi Hadjiat

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« Au Moyen-Orient, les faibles ne survivent pas… La force et l’intelligence survivent », a déclaré Netanyahu, le boucher de Gaza, le 4 décembre 2016 à Washington, par vidéoconférence, au public du Forum Saban annuel pour la politique moyen-orientale de la Brookings Institution. Les Juifs savent pourtant bien depuis les Hébreux dans le désert du Sinaï, que les faibles survivent au Moyen-Orient, même en plein désert… Ils savent bien aussi qu’un des piliers du Judaïsme, la tsedaka, recommande comme en islam, d’aider les faibles. Alors question, Netanyahu est-il juif ? Je dirais qu’il est israélite. Nuance. Il y a deux mouvances chez les Juifs, les Israélites et les Judéens. Ces derniers sont attachés au message moral monothéiste de Jacob, quant aux Israélites ils sont attachés à l’idéologie de leur ancêtre : Israël. Car Israël n’est pas Jacob, ce sont deux personnages distincts comme le précise bien le Livre des Nombres. Israël n’est nul autre que Caïn, selon le Coran. Les enfants d’Israël, les israélites sont donc les enfants de Caïn, les héritiers, les partisans de Caïn-Israël. Selon le Talmud et le Zohar, Caïn, le premier assassin de l’humanité, fut le résultat de l’union d’Eve et de Satan. Il y a donc chez les Juifs deux mouvances irréductiblement antagoniques : les Judéens, juifs authentiques, et les Israélites, leurs usurpateurs obstinés. Ces deux mouvances sont comme l’huile et le vinaigre, ou plutôt comme le bon grain et l’ivraie… le royaume de Juda fut toujours en guerre contre le royaume d’Israël, comme l’écrit l’Ancien Testament… Et avec le temps, les Israélites ont phagocyté les Judéens.

Pour comprendre l’idéologie de Caïn-Israël, il faut évidemment comprendre l’idéologie de son père, Satan, le premier ennemi de l’humanité. Et cette idéologie peut se formuler simplement : défier Dieu par la « force, l’intelligence » et la ruse en transgressant ses lois morales pour perdre l’humanité, cette humanité qui fut la cause de la chute de Lucifer-Satan (selon le Coran). La descendance de Caïn-Israël se place donc au-dessus des hommes, des Goyims… qui ne sont là que pour être exploités, pillés, massacrés… Et la vie de Caïn-Israël lui-même incarne cette idéologie. Dans son ouvrage Antiquités judaïques, voici ce que nous dit l’historien juif Flavius Joseph, premier siècle après J. C., au début du deuxième chapitre du premier livre : « Caïn était en tout d’une grande perversité et n’avait d’yeux que pour le lucre ; il est le premier qui ait imaginé de labourer la terre. Caïn (après avoir été maudit par Dieu) traverse beaucoup de pays et s’arrête avec sa femme dans un endroit appelé Naïs, où il fixe sa résidence et où des enfants lui naquirent. Loin de considérer son châtiment comme un avertissement, il n’en devint que plus pervers : il s’adonna à toutes les voluptés corporelles, dût-il maltraiter, pour les satisfaire, ceux qui étaient avec lui ; il augmente sa fortune de quantités de richesses amassées par la rapine et la violence ; il invita au plaisir et au pillage tous ceux qu’il rencontrait et devint leur instructeur en pratiques scélérates. Il détruisit l’insouciance, où vivaient précédemment les hommes, par l’invention des mesures et des poids ; la vie franche et généreuse que l’on menait dans l’ignorance de ces choses, il en fait une vie de fourberie. Le premier, il délimita des propriétés ; il bâtit une ville, la fortifia par des murs et contraignit ses compagnons à s’associer en communauté. (…). Joubal (os), son frère, né de la même mère, s’adonna à la musique et inventa les psaltérions et les cithares. Thobél (os), un des fils de l’autre femme, plus fort que tous les hommes, se distingua dans l’art de la guerre où il trouva de quoi satisfaire aux plaisirs du corps ; il inventa le premier l’art de forger. (…). Encore du vivant d’Adam, les descendants de Caïn en arrivèrent aux plus grands crimes : par les traditions et l’exemple, leurs vices allaient toujours en empirant ; ils faisaient la guerre sans modération et s’empressaient au pillage. Et ceux qui n’osaient pas verser le sang montraient, du moins, tous les emportements de l’insolence, de l’audace et de la cupidité ». La conduite de Caïn est exactement celle des sionistes en Palestine ou de certains Juifs à travers le monde… Bernard Madoff, Cyril Astruc, Gilbert Chikli, Arcadi Gaydamac, les freres Tchernoï et tant d’autres.


« Aujourd’hui, le message spirituel de l’islam restitue les enseignements d’Abel envers et contre la fureur de Caïn-Israël. »


À en croire Flavius Joseph, la première ville fut donc édifiée par Caïn, avant le Déluge. Il semblerait que le Déluge conté par tant de mythes soit un événement qui ait réellement eu lieu. Au cours de fouilles archéologiques, dans les ruines de l’antique cité sumérienne d’Ur, en 1929, Sir Leonard Woolley découvrit soudain une couche boueuse sédimentaire d’argile pure ; il eut alors l’idée de creuser encore, et au bout de trois mètres de profondeur de plus, il découvrit sous la couche d’argile pure les vestiges d’une civilisation. Wolley en conclut qu’une forte inondation avait dû apporter cette impressionnante couche de boue et ensevelir cette ancienne civilisation. Puis, considérant l’impressionnante épaisseur de la couche, Woolley émit l’hypothèse qu’il s’agissait du fameux Déluge. D’autres fouilles entreprises à Babylone, Shuruppak, Uruk, Lagash, Kish et Ninive confirmèrent l’hypothèse de Woolley. La mythologie sumérienne relate en détail le Déluge et l’arche du Noé sumérien, Ziusudra, un récit quasi-identique à celui que la Torah formulera 2000 ans plus tard. On peut déceler aussi dans la mythologie sumérienne, les personnages de Caïn (le dieu Enki-le-fourbe) et Abel (le dieu Enlil-le-juste) ou de Adam (Adapa ?) et Eve (Inti). Ces personnages étaient des dieux pour les hommes du paléolithique. Car les premiers hommes ne sont pas Adam et Ève. La Genèse nous dit dans le premier chapitre, que Dieu créa les hommes le sixième jour, et se reposa le septième, puis, dans le chapitre suivant, Dieu créée Adam… La sourate de l’Homme confirme cela dès la première phrase, « Ne s’est-il pas écoulé un laps de temps durant lequel l’espèce humaine n’était même pas digne d’être mentionnée ? ». Adam, auquel Dieu insuffla de Son Esprit, fut le premier homme digne d’être mentionné.

Les hommes du paléolithique, les premiers hommes vivaient dans une violence et une brutalité inouïe, en proie à tous les démons, un peu comme les racailles des banlieues françaises (qui ne menacent malheureusement en rien le pouvoir démoniaque dominant, au contraire, elles le servent). Et Dieu décida « d’établir un vicaire sur Terre », comme le relate la deuxième sourate du Coran. Un vicaire humain… Les anges protestèrent estimant que ce vicaire devait être un ange puis se soumirent finalement à la divine décision, car ce vicaire, Adam, avait certes l’apparence des hommes mais avait un esprit de Dieu et n’était pas mortel. Quant à Lucifer/Satan, génie supérieur, qui se voyait aussi en vicaire, il se rebella contre cette décision et fut déchu et maudit. Adam et Ève arrivèrent ainsi au milieu de la sauvagerie des hommes paléolithiques et furent inéluctablement considérés comme des dieux. Car autour d’eux, la vie prospérait harmonieusement (exactement comme la vie prospérait autour de Jésus-Christ), une harmonie où résonnait l’éternité, le jardin d’Eden… qui se situait probablement dans le Croissant fertile… Puis, par une ruse du Diable ayant pris une apparence éblouissante (comme les pires crapules israélites prennent une apparence des plus respectables), l’esprit, par Ève et Adam, tomba et s’enlisa dans la chair mortelle, et dans la quête malheureuse de la connaissance perdue (dont le Coran nous ouvre le chemin), la connaissance de la vie éternelle. Ève et Adam tombèrent dans la vie mortelle. Les générations issus d’Adam et Ève furent les douloureux aventuriers de la connaissance perdue, ce fut la fin de la préhistoire, la révolution néolithique… dans le croissant fertile, à Sumer. Effectivement, l’Histoire commença à Sumer, comme l’écrivit Samuel Noah Kramer.

La première ville fut donc édifiée par Caïn-Israël, et effectivement les tablettes sumériennes nous apprennent que la première ville où s’exerça la royauté fut Eridu, la ville de Caïn-Enki, où se trouvait son temple, « la maison d’Apsû », le dieu de l’Abîme, Satan… Caïn-Enki fut l’initiateur des premières cités sumériennes avec les premières institutions, palais, temples, tribunaux, la première royauté (dont toutes les autres royautés, y compris européennes, ne sont qu’une imitation), le premier parlement (également imités par tous), la première écriture, qui établit les premiers contrats, les premières sciences, mathématique, médecine, pharmacopée, astronomie, les premiers textes religieux, législatifs, juridiques, les premières technologies, roue, tour de potier, fours, bateau à voile, charpenterie, charrue, chariot, armureries, les premières industries, agriculture, métallurgie, construction de bâtiment en pierre, métier à tisser, vannerie, les premiers instruments de musique, harpe, lyre, flûte, cithare, psaltérion, tambour, gong, les premières administrations, fiscales, scolaires, le premier commerce organisé par professions, boulangers, ingénieurs, forgerons, bijoutiers, artistes, musiciens, bureaucrates, scribes… et la première monnaie, le shekel…! Oui, la monnaie israélienne actuelle… Réduire le miracle grec à une branche tardive du miracle sumérien serait injuste, car les anciens Grecs interrogèrent justement par la philosophie, la littérature, le théâtre et la poésie, les vanités essaimées par Sumer et les destinées humaines. Il y eut aussi à Sumer les premières populations exploitées jusqu’à la mort pour engraisser une oligarchie contrôlant le temple et le palais, les premiers sacrifices, prostitutions et orgies institutionnalisés par le temple, les premiers marchands du temple, les premiers Pharisiens, les premières masses aliénées, broyées, le premier commerce des esclaves, les premières dettes, endettements, les premiers taux d’intérêt, l’usure, les premières banques… La première société moderne foncièrement aliénante et destructrice à laquelle nous fait revenir aujourd’hui la franc-israélito-maçonnerie. La première société où ne « survivait » que « la force et l’intelligence » et la ruse, et où « les faibles » majoritaires, maintenus faibles, étaient broyés implacablement. Un mythe sumérien raconte l’épuisement des Igigi, qui durant des années travaillèrent jour et nuit au service des Anunnaki, et qui finirent par cesser le travail en détruisant leurs outils. Comme aujourd’hui, le peuple était écrasé, contrôlé, surveillé, traqué pour la sécurité d’une oligarchie inique ; ce n’est vraiment pas un hasard si Israël est actuellement en pointe dans les technologies de sécurité.

L’édification des premières villes ne se fit pas sans résistance. Il y eut au départ un conflit profond entre le cupide Caïn-Enki et son frère cadet le juste Abel-Enlil. Voyons ce que nous dit Flavius Joseph sur Abel : « les deux frères se plaisaient à des occupations différentes : Abel, le plus jeune, était zélé pour la justice et, dans l’idée que Dieu présidait à toutes ses actions, il s’appliquait à la vertu ; sa vie était celle d’un berger ». Enlil comme Abel était le berger, le pasteur d’hommes qui conduisait les hommes selon la justice, et Enki comme Caïn-Israël, celui qui exploitait les hommes sur ses terres pour en tirer toutes les richesses. Le conflit entre les deux frères aboutira à l’assassinat d’Abel-Enlil par Caïn-Enki. Et Sumer prospérera de plus belle dans l’iniquité des Israélites, qui ne furent malheureusement pas complètement éradiqués par le Déluge, selon l’exégèse juive et le Coran. Babylone fut la grande continuatrice de Sumer, en pire (le grand dieu de Babylone fut le dieu-serpent Mardouk, fils de Enki…), jusqu’à ce que les Kassites, à la moitié du deuxième millénaire avant J. C., envahirent Babylone et en chassèrent du pouvoir les Israélites, qui croisèrent dans leur errance les Judéens. Et après un pacte avec Laban, cupide, fourbe, idolâtre et exploiteur comme Caïn, Jacob le Judéen pourtant soumis à Dieu fut affublé du nom de « Israël » (qui veut dire : en lutte contre Dieu !), comme le raconte la Torah, qui fut écrite à Babylone par l’israélite Esdras, mêlant au message judéen l’idéologie israélite, domination par l’usure, le vice, le mépris des Goyims, la rivalité implacable… On retrouve par exemple dans la Torah, le fameux « œil pour œil, dent pour dent » du Code Hammourabi, roi babylonien avant la dynastie kassite. Ce Code disposait que « la nourrice qui a laissé un enfant mourir parce qu’elle a accepté d’en nourrir un autre a les seins coupés » ! Mais on retrouve aussi dans ce code le souvenir d’Abel, on peut y lire par exemple que « le fort n’opprime pas le faible » et que justice soit faite « à la veuve et à l’orphelin ».

Aujourd’hui, le message spirituel de l’islam restitue les enseignements d’Abel envers et contre la fureur de Caïn-Israël. Comme dans la doctrine des Caïnites (dont la Kabbale juive et la franc-maçonnerie sont les héritières), la théogonie sumérienne substitue la copulation primordiale à Dieu : la copulation entre Apsû et son épouse Nammu (dieux primordiaux de l’Abîme), va créer tout ce qui existe dans l’univers, dieux, ciel, terre, etc. Dans cette théogonie qui signe la victoire ideologico-politique de Caïn-Enki sur Abel-Enlil, Enki, dieu de l’Abîme, lui aussi, a évidemment le beau rôle, et Enlil le mauvais : Enki créé Adam (Adapa) ! Et il conseille à Noé-Ziusudra de construire l’Arche ! La théogonie sumérienne influença sans aucun doute celle des anciens Grecs, qui commence également par l’Abîme, disait Hésiode, et où Gaïa (la Terre) copule avec Ouranos (le ciel) et engendre les dieux, les titans, les géants, les hommes (par Prométhée qui comme Caïn-Enki, créé les hommes, et dont le fils sera Deucalion, le survivant du Déluge… !).

Mais quelques mythes sumériens révèlent qui était vraiment Caïn/ Enki, un homme perfide, avide d’or et de pouvoir. Voici deux extraits significatifs :

En ce temps-là, quand les destins eurent été arrêtés,
Et qu’une année d’opulence, venue du ciel,
Se fut déployée ici-bas comme verdure et gazon,
Sir Enki, roi de l’Apsû (l’Abîme),
Enki, le seigneur qui arrête les destins,
Se construisit un palais, d’argent et de lazulite
Argent et lazulite étincelants comme le jour !
Ce sanctuaire répandait la lisse en l’Apsû,
Et les frontons étincelants qui en saillaient
Se dressaient devant le seigneur Nudimmud.
Il l’édifia donc, d’argent adorné de lazulite
Et somptueusement rehaussé d’or.
C’est à Eridu, sur le littoral, [qu’]il érigea ce palais
Dont les briques répercutaient l’écho de mille voix
Et dont les parois de roseaux mugissaient comme des bœufs !

« Autrefois, il fut un temps où le pays de Šubur, de Hamazi, de Kalam (Sumer) où se parlent tant de langues, le pays et principauté aux divines lois, Uri, le pays pourvu de tout le nécessaire, le pays de Martu qui reposait dans la sécurité, l’univers tout entier et les peuples tous ensemble, rendaient hommage à Enlil avec une seule langue. Cependant, le Père-Seigneur, le Père-Prince, le Père-Roi, Enki, […] le Père-Seigneur courroucé… ». « […] Enki, le Seigneur de l’abondance, dont les commandements sont sûrs, le Seigneur de la Sagesse qui scrute la Terre, le chef des dieux, le Seigneur d’Eridu, doté de Sagesse, changea les mots de leurs bouches, y mit de la discorde, dans la langue de l’Homme, qui avait été d’abord unique » ; extrait d’une tablette appelée « Emmerkar et le Seigneur d’Aratta », à l’Ashmolean Museum d’Oxford.

Lotfi Hadjiat

DESTINÉES DE LA BIBLIOTHÈQUE D’ALEXANDRIE[1]


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par E. Chastel

Il semblait que dès longtemps tout eût été dit sur la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, lorsque récemment une discussion solennelle à l’Assemblée nationale a remis, d’une manière assez inattendue, la question sur le tapis.

Dans la séance du 15 juin dernier, Mgr l’évêque d’Orléans, plaidant à la tribune de Versailles pour la liberté de l’enseignement supérieur catholique, s’attacha surtout à incriminer, au point de vue religieux, l’enseignement qui se donne à l’Université. Entre autres citations dont il appuya sa censure se trouvèrent quelques passages d’un discours sur l’histoire de la chirurgie, prononcé par M. le docteur Le Fort, à l’École de Médecine, et dans lesquels il s’exprimait ainsi : Sans les Arabes il est probable que les œuvres médicales de l’antiquité auraient été à jamais ensevelies dans le néant. Le fanatisme religieux des premiers chrétiens n’avait pas même fait grâce aux couvres de l’antiquité, et là destruction des bibliothèques avait mis le comble aux malheurs de la science. Il me faut ici rectifier une calomnie imaginée et propagée, pour des raisons faciles à comprendre, par les moines du moyen âge. Ce ne fut pas au vie siècle par Omar, mais au IVe et à l’instigation de l’évêque Théophile, que fut brûlée la bibliothèque d’Alexandrie placée dans le temple de Sérapis, en même temps que la populace excitée contre eux massacrait les savants qui y avaient cherché asile. — Et ailleurs : On ne peut nier que l’influence de la première période du christianisme n’ait eu comme résultat de plonger la science dans les ténèbres les plus profondes.

Quelque soin que l’honorable professeur eût pris au début de son discours, de distinguer dans le christianisme l’œuvre divine du fondateur de celle des hommes qui l’ont altérée, on ne peut nier que l’extrême généralité des termes dont il s’était servi en parlant des rapports du christianisme et de la science ne prêtât le flanc à la critique.

Mais il s’agissait là avant tout d’un point d’histoire ; et le professeur se crut autorisé à répondre dans sa lettre du 21 juin, que l’opinion publique, à qui Mgr Dupanloup l’avait dénoncé, n’avait que faire en pareille matière ; et au surplus, pour prouver la vérité de son assertion concernant la bibliothèque d’Alexandrie, il cita un passage d’Orose, prêtre latin du Ve siècle, qu’un ecclésiastique, disait-il, ne pouvait ignorer ni récuser. Quant à l’influence du christianisme sur les sciences médicales en particulier, il la caractérisait par la citation de certains procédés curatifs absurdes conseillés par Aétius d’Amida, médecin chrétien du VIe siècle (p. 9-10).

L’évêque d’Orléans ne répliqua point ; mais à sa place, un écrivain, qui se désignait simplement par la lettre X, releva le gant et mit le professeur au défi de justifies le sens et la portée qu’il attribuait aux passages en question. L’Univers, oubliant sa vieille querelle avec Mgr Dupanloup, ouvrit avec empressement ses colonnes au contradicteur anonyme, tandis que le Dr Le Fort recourut à l’hospitalité du Temps. La controverse, plus piquante que courtoise, s’échauffa peu à peu, sans en devenir à notre gré plus concluante[2]. C’est toujours un malheur pour les questions d’histoire de se trouver mêlées à des débats actuels, politiques ou religieux. Chacun des partis, moins préoccupé de la vraie physionomie des faits que de l’avantage qu’il en peut retirer pour les besoins de sa cause, oublie aisément le rôle d’historien pour celui d’avocat, en sorte que rarement après eux la question se trouve résolue.

Essayons donc, dans des conditions peut-être plus favorables, de poursuivre la discussion ; et, laissant de côté tout ce qui se rapporte à la question médicale, sur laquelle nous nous déclarons incompétent, recherchons l’influence que le christianisme d’une part, de l’autre l’islamisme, exercèrent sur les destinées de la bibliothèque d’Alexandrie. Pour cela reprenons succinctement dès son origine l’histoire de cet établissement, et à chacun des, principaux incidents qu’elle présente, discutons à notre tour les témoignages des historiens, et les conclusions qu’en ont tirées nos deux critiques.

 

— I —

Chacun sait que les premiers Ptolémées, comprenant l’admirable situation de leur capitale comme trait d’union entre l’Orient et l’Occident, avaient entrepris d’en faire, pour l’ancien monde, un foyer de civilisation et de lumières. Sur le conseil de Démétrius de Phalère, ils y appelèrent de toutes parts les savants, les poètes, les philosophes les plus illustres et fondèrent en leur faveur le célèbre musée et les non moins célèbres bibliothèques d’Alexandrie[3]. La première et la plus considérable des deux était située dans le quartier de Bruchium près du port. La seconde, destinée à lui servir de succursale, fret établie par Ptolémée Philadelphe dans l’enceinte du temple de Sérapis[4] qu’il venait d’élever somptueusement sur une éminence dominant le quartier de Rakhotis. Des sommes énormes furent, sous son règne et celui de ses successeurs, consacrées à enrichir ces deux collections. Déjà. du temps de Philadelphe, Démétrius évaluait, selon Épiphane, à 54.800, selon Josèphe à 200.000 le nombre des volumes déjà acquis, et se faisait fort de le porter à 300.000. Un peu plus tard, en effet, un nouveau compte-rendu évaluait la Bibliothèque du Bruchium à 490.000, et celle du Serapeum à 42.800 volumes ; Aulu-Gelle et d’après lui Ammien Marcellin en estimaient le total à 700.000[5]. Si ces chiffres paraissaient exorbitants (comme ils l’ont paru au correspondant de l’Univers qui, sans s’inquiéter du texte d’Orose, y lit à deux reprises quadraginta au lieu de quadringenta – p. 20), il faut se rappeler d’une part avec Ritschl[6] qu’on y comprenait les doublets et les copies, ce qui réduisait la collection du Bruchium à 400.000 ouvrages, et d’autre part que maint écrit, même de peu d’étendue, formait souvent à lui seul plusieurs rouleaux[7].

Tel était l’accroissement prodigieux qu’avaient acquis ces deux dépôts lorsque, après la bataille de Pharsale, Jules César, à la poursuite de Pompée, vint débarquer à Alexandrie, où son rival s’était réfugié et à son arrivée avait trouvé la mort. Mais César lui-même, que sa passion pour Cléopâtre retint dans cette ville, s’y vit assiégé par la flotte d’Achillas, meurtrier de Pompée. Pendant le, combat qui s’ensuivit, la flotte fut brûlée dans le port, le feu se communiqua aux édifices voisins et atteignit la Bibliothèque du Bruchium avec les 100.000 volumes qu’elle renfermait[8].

 

— II —

Mais Alexandrie ne tarda pas à se voir richement dédommagée de cette perte. Après le meurtre de César, Marc-Antoine, épris à son tour des charmes de Cléopâtre, qui était remontée sur le trône d’Égypte, lui fit présent des 200.000 volumes sur parchemin qu’il avait enlevés à la Bibliothèque de Pergame lors de la prise de cette ville[9] et qui furent placés au Serapeum que l’incendie n’avait point atteint.

Le dépôt de ces livres au Serapeum n’avait fait jusqu’ici l’objet d’aucun doute. Renaudot l’affirme positivement sur la foi des anciens auteurs : Restitutam, dit-il, fuisse à Cleopatrâ, translatâ Pergamenâ, et in Serapeo collocatam antiqui autores tradunt (Hist. patriarch. Alex., 1743, p. 70). C’est donc arbitrairement que, sur un faible indice, le correspondant de l’Univers préfère adjuger cette collection au Sebastium (p. 43). Ce temple, élevé en l’honneur de l’empereur Auguste, ne put évidemment recevoir ce dépôt du vivant d’Antoine, et il eût été bizarre d’y transporter plus tard 200.000 volumes déjà si honorablement logés ailleurs. Il est vrai que Philon, faisant l’énumération des cours, des portiques, des salles, etc., qui décoraient le Sebastium, mentionne aussi des bibliothèques. Mais M. X. lui-même nous apprend qu’il y avait des livres dans la plupart des temples, et assurément le simple mot de bibliotheca, vaguement ajouté à tant d’autres détails, ne saurait convenir à une collection de l’importance de celle dont il s’agit ici (Philon, de Virt. ad Caïum, éd. 1691, p. 1013). Écartons donc cette hypothèse toute nouvelle, et laissons au Serapeum ce que tous les auteurs s’accordent à lui attribuer.

Grâce à cette nouvelle ressource, le musée recommença à fleurir. Devenu déjà, du temps de Philon, le siège du judaïsme alexandrin, il devint, sous Ammonius et Plotin, le siège de la philosophie néo-platonicienne qui, depuis Constantin, pour résister au christianisme triomphant, se fit, sous Jamblique, l’alliée intéressée du paganisme. On vit des philosophes, non contents de pallier par d’ingénieuses allégories les absurdités du polythéisme vulgaire, hanter eux-mêmes les temples des dieux, se prosterner devant leurs images, participer aux sacrifices, consulter les entrailles des victimes.

L’irritation des chrétiens d’Alexandrie fut portée à son comble. Leur patriarche Théophile demanda avec instances à Théodose un édit général pour la destruction des temples. En attendant que cette mesure pût s’effectuer, on lui accorda, pour l’usage de son troupeau, un vieux temple de Bacchus ou de Mithra, dont les rites honteux, trahis par les emblèmes qu’on y trouva, furent livrés à la risée publique. Les païens indignés se jetèrent sur les profanateurs, puis, attaqués à leur tour, se retranchèrent sous la conduite de quelques sophistes dans le temple de Sérapis d’où ils firent des sorties redoutables et allèrent jusqu’à contraindre, par des tortures, leurs prisonniers à abjurer[10]. L’empereur, sollicité de nouveau, donna l’ordre d’abattre les temples. La foule chrétienne, aussitôt excitée par Théophile et conduite par le préfet de la ville et le commandant de l’armée, se rua sur l’édifice, pilla les offrandes et les objets précieux qu’il renfermait, détruisit le sanctuaire et la statue de Sérapis, puis l’édifice entier fut démoli et rasé, autant du moins que le permit l’extrême solidité des matériaux[11].

Dans ce désastre, que devint la bibliothèque du Serapeum ?

Ici se place le récit d’Orose sur lequel le Dr Le Fort avait principalement appuyé son assertion.

Orose, prêtre espagnol, attiré en Afrique par la renommée de saint Augustin, en était parti l’an 415 pour la Palestine dans le dessein de consulter saint Jérôme sur quelques points de dogme. Dans ce voyage, il eut l’occasion de visiter la capitale de l’Égypte, et à son retour, en d46, il écrivit à la demande d’Augustin son Historia adversus paganos, abrégé d’histoire universelle destiné à la réfutation des païens. C’est là qu’en racontant les campagnes de Jules César et le sinistre accident qui avait détruit alors la première bibliothèque d’Alexandrie, il rappelle en quelques mots l’autre ravage qu’elle avait eu à subir de son temps, et dont il avait vu lui-même les traces[12].

Ce passage ayant fourni la principale matière du débat entre nos deux critiques, il importe de le citer et de l’analyser en entier d’après l’édition d’Havercamp, généralement reconnue pour la plus correcte.

Après avoir raconté l’incendie de la flotte égyptienne, Orose continue en ces termes :

Ea flamma, cum partem quoque urbis invasisset, quadringenta millia librorum proximis forte ædibus condita exussit ; singulare profecto monimentum studii curacque majorum, qui tot tantaque illustrium ingeniorum opera congesserant. Unde, quamlibet hodieque in templis exstent quæ et nos vidimus armaria librorum, quibus direptis exinanita ea a nostris hominibus, nostris temporibus memorent, quod quidem verum est[13] ; tamen honestiùs creditur alios libros fuisse quæsitos qui pristinorum curas æmularentur, quàm aliam ullam fuisse bibliothecam, quæ extra quadringenta millia librorum fuisse, ac per hoc evasisse credatur.

Observons que dans ce passage il n’est point question, à la vérité, de livres brûlés, mais de livres pillés (direptis) et d’armoires ou cases vidées (exinanita armaria), celles-là mêmes qu’Orose avait vues (ea quæ vidimus).

Et quand, et par qui ces cases avaient-elles été vidées, et ces livres pillés ? Par nos coreligionnaires, dit Orose, à ce qu’on rapporte, et de notre temps (a nostris hominibus nostris temporibus memorent). Un des quatre manuscrits d’Orose que possède la bibliothèque de Leyde supprime a nostris hominibus. Mais comme les trois autres le maintiennent, Havercamp déclare cette suppression non seulement suspecte ; mais inadmissible. En revanche, il est disposé à supprimer le : quod quidem verum est qui suit, et à, voir dans cette affirmation une note marginale d’un copiste, insérée plus tard dans le texte, ce qui est possible ; mais ce dont il ne donne aucune preuve ; du reste le memorent qui vient ensuite atteste au moins que telle était du temps d’Orose l’opinion accréditée en Égypte.

Jusque-là tout est assez clair. Il n’en est pas de même de la dernière partie du passage qui a embarrassé Havercamp lui-même. Pour la comprendre il faut se souvenir que la phrase qui précède, depuis quamlibet jusqu’à tamen, n’est qu’une incidente, une sorte de parenthèse, où Orose rappelle un de ses souvenirs de voyage, et après laquelle il cherche à s’expliquer comment, 400.000 volumes ayant été brûlés du temps de César, il a pu s’en trouver un si grand nombre à piller du temps de Théodose. Il faut, dit-il, admettre, ou qu’il y avait à Alexandrie une autre bibliothèque qui échappa au désastre, — ou plutôt honestius creditur qu’après ce désastre on fit de nouvelles acquisitions de livres pour le réparer. Orose, qui n’avait vu Alexandrie qu’en passant, quatre siècles après l’incendie du Bruchium, dont il ne restait sans aucun doute aucun vestige, put aisément ignorer qu’il eût existé dans cette ville deux bibliothèques distinctes, l’une brûlée du temps de César, l’autre épargnée par le feu et bientôt enrichie par Antoine. En effet dans l’histoire de ce triumvir et de ses rapports avec Cléopâtre, Orose ne fait nulle mention de ce magnifique présent. Il suppose en conséquence qu’après le premier désastre, il ne restait plus de collection littéraire à Alexandrie et que les livres pillés du temps de Théodose provenaient tous de nouvelles acquisitions. Telle est bien l’opinion que les historiens lui attribuent (Acad. des insc., IX, 40). Nous n’hésitons pas à regarder ici la version du Dr Le Fort (p. 37), quoique non correcte de tout point, comme bien plus fidèle que celle de son adversaire. Ce dernier (p. 50), contre les règles de la syntaxe latine, fait de quam un pronom relatif qui, dans la phrase, ne se rapporte à rien, au lieu d’une conjonction (quàm) répondant au comparatif honestius creditur, et c’est ainsi qu’il se croit autorisé à voir dans ces deux derniers mots l’expression d’un doute sur le pillage des livres par les chrétiens, au lieu d’un doute, mal fondé à la vérité, mais, nous le répétons, fort compréhensible chez Orose, sur l’existence primitive des deux bibliothèques.

Voici donc comment nous pensons que doit se traduire le passage en question :

Le feu de la flotte, s’étant communique à une partie de la ville, consuma 400.000 livres qui se trouvaient dans les édifices voisins, monument remarquable du zèle des anciens qui y avaient rassemblé, les œuvres de tant d’illustres génies. De là, vient que, quoique aujourd’hui il existe dans les temples des cases de livres que nous avons vues, et qui, par le pillage de ces livres, furent, à ce qu’on rapporte, vidées de notre temps par nos coreligionnaires (ce qui est vrai en effet), — cependant il est plus raisonnable de croire que, pour rivaliser avec le zèle des anciens, on fit l’acquisition d’autres livres, que de croire qu’indépendamment de ces 400.000 volumes, il y eût alors une autre bibliothèque qui échappa au désastre.

Mais, objecte encore l’anonyme (p. 42-3, 46), dans ce passage d’Orose, non plus que dans le plaidoyer de Libanius en faveur des temples, le Serapeum n’est point nommé. Non, sans doute ; Orose, dans cette unique phrase de son récit, n’avait pas à désigner tel temple en particulier au milieu. de tant d’autres déjà dévastés de son temps, et quant à, Libanius, son silence s’explique mieux encore puisque son discours pro templis, où il protestait contre les dévastations illégales commises par des moines, précéda d’un an au moins l’édit impérial qui ordonnait la destruction du Serapeum[14].

Mais pourquoi s’en tenir au seul témoignage d’Orose, quand nous avons pour le compléter celui d’auteurs mieux informés que lui ? Écoutons Rufin, qui dans ce, même temps avait vécu six ans en Égypte, avait étudié sous Didyme à Alexandrie et qui raconte presque en témoin oculaire les principaux détails de l’événement[15] ; écoutons un autre contemporain, le philosophe Eunape,qui, en décrivant ces scènes, a pu en charger le tableau, mais non l’inventer ; écoutons enfin Socrate et Théodoret, historiens du Ve siècle, mais tous deux également dignes de foi. Tous nous montrent de concert l’évêque Théophile sollicitant de l’empereur la destruction des temples, présidant en personne et excitant le peuple à celle du Serapeum. Sur les instances de Théophile, dit Socrate, l’empereur avait ordonné la destruction des temples et cet ordre fut exécuté par les soins de Théophile… Il purifia le temple de Mithra et renversa celui de Sérapis[16]. — Le récit d’Eunape, dont voici la substance, est encore plus complet :

Après la, mort d’Ædesius, le culte et le sanctuaire du dieu Sérapis furent détruits à Alexandrie ; non seulement le culte fut anéanti, mais les bâtiments eux-mêmes. Tout se passa comme lors de la victoire des géants de la fable et le même sort atteignit aussi les temples de Canope. Sous le règne de Théodose, Théophile, sorte d’Eurymédon, chef des Titans, conduisit la troupe sacrilège. Evetius, préfet de la ville, et Romanus, commandant de l’armée, réunirent leurs efforts aux siens contre les murailles du Serapeum qu’ils détruisirent en entier tout en faisant la guerre aux offrandes. Ils ne purent cependant, à cause de la pesanteur des matériaux, arracher le pavé du temple, mais ils bouleversèrent tout le reste, se vantant de la victoire qu’ils venaient de remporter sur les dieux, etc.[17]

Devant une telle réunion de témoignages, nous ne comprenons pas qu’on persiste à nier la destruction du Serapeum par les chrétiens d’Alexandrie[18], et la part qu’y prit leur patriarche Théophile. Il est vrai que, dans la traduction trop abrégée qu’il donne de ce dernier passage, l’anonyme, à notre grande surprise, oublie de mentionner le nom de Théophile, cependant si important dans ce débat, et dont le rôle est si vivement caractérisé par Eunape, et remplace par le simple terme de magistrats l’action commune du préfet, du général et du pontife.

Quant à la Bibliothèque, n’oublions pas à notre tour qu’elle faisait partie de ces bâtiments (οίxοδομήματα) qui, selon Eunape, furent détruits en même temps que le sanctuaire. Or, si aucun des auteurs susnommés ne nous dit que Théophile eût commandé le pillage des livres qu’elle renfermait, aucun non plus rie nous parle du moindre effort de sa part pour l’empêcher. Et de fait, ce prélat dont Socrate et Sozomène dépeignent le caractère empreint de lâcheté autant que de violence, qui, pour apaiser les moines anti-origénistes censurés dans un de ses mandements, reniait devant eux ses précédentes convictions, se faisait le persécuteur de leurs adversaires, faisait flétrir par un concile la mémoire et les écrits d’Origène, s’acharnait enfin à la ruine du grand Chrysostome[19] — n’était pas homme à arrêter dans ses déprédations une multitude furieuse qu’il avait lui-même déchaînée, à faire respecter d’elle le sanctuaire et les instruments d’une science profane, à sauver de ses mains les volumes qu’elle se faisait sans doute un jeu de mettre en pièces et de jeter au vent. La destruction du temple et de ses annexes dut entraîner inévitablement la dévastation de la bibliothèque et la mettre dans l’état où Orose la trouva vingt-cinq ans après[20].

A la vérité encore, les mêmes auteurs ne nous parlent point du massacre de savants que M. Le Fort prétend avoir été commis à ce moment-là.

Dès la publication de l’ordre impérial, acclamé par la foule, ils s’étaient enfuis et dispersés, et pendant l’émeute qui avait précédé, les violences avaient été réciproques, si ce n’est même plus meurtrières du côté des païens[21]. Mais ce fut pour la science que les suites de cet événement furent surtout regrettables. Privée par la destruction de la Bibliothèque d’une ressource si précieuse, elle le fut encore de ses principaux représentants. Devant l’exaspération populaire et les menaces de l’autorité, la plupart des professeurs du musée se virent forcés de quitter Alexandrie. L’enseignement demeura suspendu. Le philosophe Hiéroclès fut battu de verges pour quelques traits de satire lancés contre le christianisme. Bientôt, sous le pontificat de Cyrille, digne neveu et successeur de Théophile, la noble Hypatie, dont la science et les vertus illustraient l’école d’Alexandrie, fut, sur d’injustes soupçons, massacrée par des chrétiens. Ses disciples se dispersèrent ; l’école n’eut plus dès lors à sa tête que des maîtres obscurs, et vers la fin du Ve siècle on se plaignait de ce que ses auditoires demeuraient déserts, tandis que les cirques et les théâtres regorgeaient de spectateurs[22]. Opprimée à Alexandrie, la philosophie néoplatonienne se réfugia dans Athènes ; depuis Proclus elle y répandit encore quelque lustre, jusqu’au jour où Justinien, résolu d’en finir avec le paganisme, ne laissa aux docteurs qui en étaient suspects d’autre alternative que la conversion et l’infamie ou la mort[23].

En tout cela il nous est impossible de voir les marques du moindre respect pour la science. Nous ne voyons pas non plus ce qu’avait à faire dans un plaidoyer pour la liberté de l’enseignement l’apologie d’un évêque qui avait ouvert la carrière à de pareils exploits. Elle nous eût paru mieux placée dans un plaidoyer précédent contre la liberté religieuse.

Mais d’un autre côté, sachons distinguer les hommes et les temps. Pour juger de l’influence que le christianisme exerça : jadis sur la science, ne nous bornons pas à l’époque où l’Église, soutenue par le bras séculier, commençait à user despotiquement de ce privilège. Rappelons-nous plutôt les temps antérieurs où, ne comptant encore que sur elle-même, luttant par la persuasion seule, quand ce n’était pas par le martyre, elle se munissait au besoin des armes de l’intelligence et ne dédaignait rien de ce qui était propre à porter la lumière dans les esprits ; les temps où Justin martyr, Théophile d’Antioche, Athénagore employaient à la conversion des païens la philosophie qui les avait conduits eux-mêmes jusqu’au seuil de l’église ; où Pantænus, Clément, Origène, tous profondément versés dans la science de leur temps, fondaient avec son aide la célèbre école catéchétique d’Alexandrie, appelaient l’érudition classique à l’appui de l’instruction chrétienne, et attiraient de tous côtés les philosophes eux-mêmes par la supériorité de leur enseignement. Rappelons-nous le temps encore où Eusèbe, pour composer ses savants écrits, puisait largement dans la bibliothèque de son ami Pamphile, où Grégoire de Nazianze allait s’instruire dans les écoles d’Athènes et d’Alexandrie, où Basile de Césarée fréquentait celle de, Libanius, correspondait familièrement avec ce rhéteur, recommandait à la jeunesse chrétienne la lecture des écrits des anciens. Enfin, pour citer aussi l’église latine, les Cyprien, les Lactance, les Ambroise, les Butin, les Jérôme, Tertullien lui-même, malgré ses boutades montanistes, peuvent-ils passer pour des contempteurs ou des ennemis de, la science ? Augustin, déjà converti à l’évangile et sur le point de se, vouer au ministère sacré, considérait-il comme une profanation ou seulement comme un hors-d’œuvre ses études et ses entretiens philosophiques ?

Ne faisons clone pas peser sur le christianisme, en particulier sur le christianisme des premiers siècles, les reproches trop souvent, il est vrai, mérités dans la suite par ceux qui s’intitulaient ses défenseurs.

 

— III —

Mais revenons à la bibliothèque d’Alexandrie, à celle du moins que, depuis la ruine de celles du Bruchium et du Serapeum, on avait travaillé à reconstituer. Du cinquième au septième siècle, en effet, de nouveaux efforts avaient été faits pour y réussir, et ces efforts n’avaient pas été complètement infructueux[24]. Indépendamment des exemplaires et des versions de la Bible, des commentaires des théologiens[25] et des volumineux écrits des controversistes, des ouvrages d’un autre genre y avaient également trouvé place. Ce qui restait de savants à Alexandrie, grammairiens ; mathématiciens, médecins surtout, et même philosophes, non contents de relever autant que possible par leurs travaux la, réputation du musée, employaient de nombreux calligraphes à copier les ouvrages de leurs prédécesseurs. Ou ne peut donc admettre avec M. le docteur Le Fort qu’il n’y eût plus alors de bibliothèque à Alexandrie[26].

Tout à coup, en 644, les Sarrasins, sous la conduite d’Amrou, envahissent l’Égypte, et après deux sièges se rendent maîtres d’Alexandrie. Dans ce péril, le grammairien Philoponus s’adresse au général donc il avait su, par son caractère et son esprit ; capter la bienveillance, le supplie de laisser à la ville tout ce qui ne serait d’aucune utilité pour les vainqueurs. Que désirerais-tu donc ? lui demande le général. — Les livres de philosophie conservés dans les bibliothèques royales. — Je ne puis te les accorder sans l’aveu du calife. Si nous en croyons Abulfarage[27], la réponse d’Omar fut que, si ces livres ne renfermaient que la doctrine du Coran, ils étaient inutiles, que dans l’autre cas, ils étaient pernicieux ; qu’ainsi, en tout état de cause il fallait les détruire. Sur quoi, ajoute-t-il, Amrou exécuta l’ordre du calife, et le contenu de la bibliothèque, distribué dans les quatre mille bains publics d’Alexandrie, servit à les chauffer durant six mois.

Mais l’historien arabe de qui nous tenons ce récit écrivait cinq ou six siècles après Omar et la conquête de l’Égypte ; tandis qu’Eutychius, nommé patriarche d’Alexandrie trois siècles après seulement, n’en fait aucune mention. Dans ses Annales de l’Égypte[28], ouvrage fort estimé des savants, il parle de divers actes de l’administration d’Amrou, de la capitulation de la ville, du convoi de blé que sur l’ordre d’Omar il rit partir pour Médine, pressée par la famine, du canal qu’il lit creuser pour le transport, d’une mosquée qu’il fit bâtir à Fostat, et ne dit pas un mot de la destruction de la bibliothèque. Comment admettre que ce patriarche, cet annaliste, ignorât un fait aussi mémorable qui se serait passé dans le chef-lieu de son diocèse, ou que, le sachant, il ne déplorai pas amèrement l’acte barbare qui eût anéanti d’un seul coup, avec les chefs-d’œuvre de l’antiquité, les trésors de la littérature chrétienne ?

Aussi ce fait, auquel, selon Mgr Dupanloup, on a jusqu’ici toujours ajouté foi, a-t-il trouvé, au contraire, dès longtemps de nombreux et savants contradicteurs. Renaudot[29], d’Ansse de Villoison, Gibbon[30], Sismondi[31], Ampère, et parmi les Allemands Reinhard, Heine, Sprengel, etc.[32], ont émis à cet égard plus que des doutes. Outre le silence significatif des écrivains les plus rapprochés du temps d’Omar[33], ils font ressortir l’exagération manifeste ou plutôt l’absolue invraisemblance du récit d’Abulfarage ; ils rappellent le respect des musulmans pour la Bible, et la tolérance des califes pour les ouvrages où le nom du vrai Dieu était invoqué.

A notre avis le sort de la troisième bibliothèque d’Alexandrie fut probablement celui de tant d’autres établissements de ce genre qui, dans les temps anciens et modernes, mais surtout au moyen âge, ont péri, ou de mort lente par l’oubli et le délaissement, ou bien se sont trouvés enveloppés dans les désastres publics. En Orient,, les Turcs détruisirent volontiers ce que les Arabes avaient épargné. En 868, ils conquirent l’Égypte et saccagèrent Alexandrie dont la dévastation entraîna sans doute celle de sa dernière bibliothèque[34].

Du reste M. le docteur Le Fort (p. 7) convient lui-même que la religion de Mahomet ne pouvait permettre le retour de l’esprit scientifique, que même en Espagne le fanatisme musulman reparut quand le pouvoir des califes commença à décroître et qu’ainsi l’histoire de la médecine arabe finit au douzième siècle avec Averrhoès.

Pour ce qui concerne la science musulmane en général, l’histoire des quatre ou cinq derniers siècles nous en apprend bien davantage sur sa profonde décadence, et nous permet moins que jamais de mettre l’ignorance et l’intolérance chrétienne en contraste avec le libéralisme et l’érudition des musulmans (p. 7).

Ceci nous ramène au point de départ de la présente discussion et nous porte à conclure que si l’adversaire de M. Le Fort, avec ses licences de traducteur et ses objections souvent mal fondées, y prend mal à propos un ton de vainqueur, il est de nouveau à regretter que M. Le Fort lui-même, par la légèreté de certaines affirmations et la témérité de certains jugements, ait fourni des armes aux ennemis de l’Université.

 

E. CHASTEL.

 

[1] Lettres à M. le docteur Le Fort, professeur à l’École de Médecine, en réponse à quelques-unes de ses assertions touchant l’influence anti-scientifique du christianisme et l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie au IVe siècle, broch. in-8°, Paris, 1875.

[2] La correspondance qui s’y rapporte a été publiée par l’auteur anonyme sous le titre inscrit en tête de cet article. C’est à sa brochure que nous renverrons nos lecteurs pour nos citations de l’un et de l’autre correspondant.

[3] Bonamy (Mémoires de l’Acad. des Inscr., t. IX, p. 397 et suiv.). Ersch u. Gruber Allgem. Encycl., t. III, p. 49, ss. Frid. Ritschclii Opusc. philolog., t. I, Lpz., 1867, Die Alex. Bibliotheken.

[4] Epiphan., De mensur. et ponder., II, 166. Ammien Marcellin, XXII, p. 252.

[5] Ritschl. Opusc. phil., l. c., p. 19, 28-9.

[6] Ibid., p. 29.

[7] Ainsi les Métamorphoses d’Ovide en formaient 15 ; les œuvres de Didyme en formaient selon les uns 3000, selon d’autres 6000. La bibliothèque particulière d’un Grec nommé Épaphrodite comprenait, dit-on, 30.000 volumes rares et choisis (Bonamy, l. c. p. 409. Ritschl, l. c. p. 19, 29).

[8] Plutarque, Vie de César, c. 64.

[9] Plutarque, Vie d’Antoine, c. 76.

[10] Rufin, Hist. ecclés., XI, 22, suiv.

[11] Eunape, Vita Ædes., Éd. Boissonad. p. 44.

[12] Orose, Hist. adv. Pag., VI, c. 15, éd. Havercamp.

[13] Dans la traduction que le correspondant anonyme donne de cette partie du passage, trois erreurs me semblent à relever : 1° Undè quamlibet exstent, n’a jamais pu signifier : (p. 21) en outre il existe ; 2° quibus direptis ne peut se rapporter à templis qui en est beaucoup trop éloigné (p. 13), mais à librorum, qui le précède immédiatement ; 3° armaria librorum quæ vidimus ne signifie point qu’Orose eût vu des armoires avec des livres, encore moins des armoires pleines de livres (p. 21, 22), mais des armoires ou plutôt des cases qui avaient servi à placer des livres et qui maintenant étaient vides (exinanita), et néanmoins faciles encore à reconnaître dans un édifice non complètement ruiné.

[14] Le discours de Libanius fut présenté à Théodose entre 389 et 390 ; l’édit de Théodose fut publié en 391.

[15] Hist. eccl., XI, 22. Voyez ci-dessus.

[16] Socrate, Hist. eccl., V, 16. Théodoret, V, 22.

[17] Eunape, Vit. Ædes. Éd. Boissonad. I, p. 43, 45, cum notis, p. 274.

[18] C’est en vain que l’anonyme s’appuie d’un passage d’Evagrius pour soutenir que le Serapeum subsistait encore sous le règne de Marcien. Evagrius (Hist. eccl., II, 5), parlant des soldats de l’empereur poursuivis par les monophysites insurgés, ne dit point qu’ils se réfugièrent dans le temple de Sérapis, mais sur l’esplanade qu’il occupait autrefois (άνά τό ίερόν τό πάλαι Σεράπιδος).

[19] Socrate, Hist. ecclés., VI, 7, 16, Sozomène, id. VIII, 11-20.

[20] Allgem. Encyclop., III, p, 53. — Acad. des Inscr., l. c., p. 412, — Ampère, Voyage en Égypte, p. 72.

[21] Socrate, V, 16.

[22] Voyez notre Histoire de la destruction du paganisme dans l’empire d’Orient. Paris, 1850, p. 246-9.

[23] Ibid., p. 280-8.

[24] Bonamy, l. c., p. 414. Sprengel (Allegm. Encycl., III, p. 54).

[25] Renaudot, Hist. patr. Al., 170.

[26] Ampère, l. c. p. 71.

[27] Abulfarage, Hist. dynast., p. 114.

[28] Eutychius, Annal., II, 320.

[29] Renaudot, l. c., p., 170.

[30] Gibbon, id., Chute de l’empire rom., c. 51.

[31] Sismondi, id., c. 14.

[32] Allgem. Encycl., III, p. 54.

[33] Gibbon se prévaut également du silence d’Elmacin, d’Abulfeda, de Murtadi et d’autres musulmans (ibid.).

[34] Allg. Enc., l. c. p. 54.

L ‘ORIENTALISME -L’Orient créé par l’Occident


 

 

Ouvrage: L ‘ORIENTALISME – L’Orient créé par l’Occident

Auteur: EDWARD W. SAID

Traduit de l’Américain par :
CATHERINE MALAMOUD

Préface de l’auteur (2003)
Traduite par SYLVESTRE MEININGER

Préface à l’édition Française de
TZVETAN TODOROV

Postface de l’auteur
Traduite par CLAUDE WAUTHIER

 

 

Préface
(2003)
Il y a neuf ans, j’ai écrit une postface à L’Orientalisme 1 : j’y insistais
non seulement sur les nombreuses polémiques suscitées par le
livre depuis sa parution en 1978, mais aussi sur le fait que mon étude
des représentations de « l’Orient » était de plus en plus sujette à des
interprétations erronées. Que ma réaction soit désormais plus proche
de l’ironie que de la colère montre que l’âge est en train de me rattraper.
La mort récente de mes deux mentors intellectuels, politiques et
personnels, Eqbal Ahmad et Ibrahim Abou-Lughod 2, m’a apporté
tristesse et résignation, mais aussi une volonté opiniâtre d’avancer.
Mon autobiographie, A contre-voie3 , décrit les mondes étranges
et contradictoires dans lesquels j’ai grandi et donne une idée des
influences que j’ai subies au cours de ma jeunesse en Palestine, en
Egypte et au Liban. Mais ce récit s’arrête avant le début de mon engagement
politique, qui commence en 1967, après la guerre des Six Jours.
L’Orientalisme est bien plus proche des tumultes de l’histoire contemporaine.
Il s’ouvre sur une description, écrite en 1975, de la guerre
civile au Liban – qui s’achèvera en 1990. Et pourtant la violence et les
bains de sang continuent jusqu’à ce jour. Le processus de paix lancé
à Oslo a échoué, la seconde Intifada a éclaté, et les Palestiniens
subissent de terribles souffrances en Cisjordanie réoccupée comme
dans la bande de Gaza.
Le phénomène des attentats-suicides est apparu, avec toutes ses
conséquences hideuses, non moins atroces et apocalyptiques que les
événements du 11 septembre 2001 et leurs suites : les guerres déclenchées
contre l’Afghanistan et l’Irak. Alors que j’écris ces lignes, l’occupation
impériale illégale de l’Irak par les États-Unis et la Grande-
Bretagne se poursuit, avec des effets terribles. Tout cela est censé faire

partie d’un « choc des civilisations », interminable, implacable et irréversible.
Je m’inscris en faux contre cette idée.
J’aimerais pouvoir affirmer que la compréhension générale qu’ont
les Américains du Proche-Orient, des Arabes et de l’islam a un peu
progressé. Ce n’est malheureusement pas le cas. Pour de nombreuses
raisons, la situation semble bien meilleure en Europe. Aux Etats-Unis,
le durcissement des positions, l’emprise grandissante des généralisations
condescendantes et des clichés triomphalistes, la domination
d’un pouvoir brutal allié à un mépris simpliste pour les dissidents et
pour « les autres » se sont reflétés dans le pillage et la destruction des
bibliothèques et des musées irakiens.
Nos leaders et leurs valets intellectuels semblent incapables de
comprendre que l’histoire ne peut être effacée comme un tableau noir,
afin que « nous » puissions y écrire notre propre avenir et imposer
notre mode de vie aux peuples « inférieurs ».

Stupéfiante inconscience des communicateurs

On entend souvent de hauts responsables à Washington, ou ailleurs,
parler de redessiner les frontières du Proche-Orient, comme si des
sociétés aussi anciennes et des populations aussi diverses pouvaient
être secouées comme des cacahuètes dans un bocal. C’est pourtant
souvent arrivé avec V « Orient », cette construction quasi mythique tant
de fois recomposée depuis l’invasion de l’Egypte par Napoléon à la fin
du xvine siècle. Chaque fois, les innombrables sédiments de l’histoire,
les récits sans fin, V étourdissante diversité des cultures, des langues et
des individualités, tout cela est balayé, oublié, relégué dans le désert
comme les trésors volés à Bagdad et transformés en fragments privés
de tout sens.
Selon moi, l’histoire est faite par les hommes et les femmes, mais
elle peut également être défaite et réécrite, à coups de silences, d’oublis,
de formes imposées et de déformations tolérées, de telle sorte que
« notre » Est, ou notre « Orient », devienne vraiment « nôtre », que nous
puissions le posséder et le diriger. Je dois redire que je n’ai pas de
« véritable » Orient à défendre. En revanche, j’ai le plus grand respect
pour la capacité qu’ont ces peuples à défendre leur propre vision de
ce qu’ils sont et de ce qu’ils veulent devenir.
Des attaques massives, d’une agressivité planifiée, ont été lancées

contre les sociétés arabes et musulmanes contemporaines, accusées
d’arriération, d’absence de démocratie et d’indifférence pour les droits
des femmes. Au point de nous faire oublier que des notions telles que
la modernité, les Lumières et la démocratie ne sont en aucun cas des
concepts simples et univoques que chacun finirait toujours par découvrir,
tels les oeufs de Pâques cachés dans son jardin. L’inconscience
stupéfiante de ces jeunes communicateurs arrogants, qui parlent au
nom de la politique étrangère sans posséder la moindre notion vivante
(ni la moindre connaissance du langage des gens ordinaires), a fabriqué
un paysage aride, prêt à accueillir la construction par la puissance
américaine d’un ersatz de libre « démocratie » de marché. Inutile de
connaître l’arabe, lefârsi ou même le français pour pontifier sur l’effet
domino de la démocratie dont le monde arabe aurait le plus grand
besoin.
La volonté de comprendre d’autres cultures à des fins de coexistence
et d’élargissement de son horizon n’a rien à voir avec la volonté
de dominer. Cette guerre impérialiste – concoctée par un petit groupe
de responsables américains non élus et menée contre une dictature du
tiers-monde déjà dévastée, pour des raisons idéologiques liées à une
volonté de domination mondiale, de contrôle sécuritaire et de mainmise
sur des ressources raréfiées — est certainement une des catastrophes
intellectuelles de l’histoire, notamment parce qu’elle a été justifiée et
précipitée par des orientalistes qui ont trahi leur vocation de chercheurs.
Des experts du monde arabe et musulman comme Bernard
Lewis 4 et Fouad Ajami ont exercé une influence majeure sur le Pentagone
et le Conseil national de sécurité de M. George W. Bush : ils ont
aidé les faucons à penser avec des idées aussi grotesques que
l’« esprit arabe », ou le « déclin séculaire de l’islam ».
Actuellement, les librairies américaines sont remplies de volumes
épais aux titres tapageurs évoquant le lien entre « islam et terrorisme »,
l’« islam mis à nu », la « menace arabe » et autre « complot musulman »,
écrits par des polémistes politiques prétendant tirer leurs informations
d’experts ayant soi-disant pénétré l’âme de ces étranges peuplades
orientales. Ces bellicistes ont bénéficié du renfort des chaînes de télévision
CNN et Fox News, ainsi que d’une myriade de radios évangélistes
et conservatrices, de tabloïds et même de journaux respectables,
tous occupés à recycler les mêmes généralités invérifiables afin de
mobiliser l’«Amérique » contre les démons étrangers.
Sans cette impression soigneusement entretenue que ces peuplades

lointaines ne sont pas comme «nous» et n’acceptent pas «nos»
valeurs, clichés qui constituent l’essence du dogme orientaliste, la
guerre n’aurait pas pu être déclenchée. Tous les puissants se sont
entourés de tels chercheurs à leur solde, les conquérants hollandais
de la Malaisie et de l’Indonésie, les armées britanniques en Inde, en
Mésopotamie, en Egypte et en Afrique de l’Ouest, les contingents
français en Indochine et en Afrique du Nord. Ceux qui conseillent le
Pentagone et la Maison Blanche usent des mêmes clichés, des mêmes
stéréotypes méprisants, des mêmes justifications pour V utilisation
de la puissance et de la violence. « Après tout, répète le choeur, ces
gens ne comprennent que le langage de la force. » A ces conseillers
s’ajoute, en Irak, une véritable armée d’entrepreneurs privés à qui
tout sera confié, de la publication des livres d’école à la rédaction de
la Constitution et la refonte de la vie politique, jusqu’à la réorganisation
de l’industrie pétrolière.
Chaque nouvel empire prétend toujours être différent de ceux qui
l’ont précédé, affirme que les circonstances sont exceptionnelles,
que sa mission consiste à civiliser, à établir l’ordre et la démocratie,
et qu’il n’utilise la force qu’en dernier recours. Le plus triste est qu’il
se trouve toujours des intellectuels pour trouver des mots doux et parler
d’empires bienveillants ou altruistes.
Vingt-cinq ans après la parution de mon livre, l’orientalisme nous
force à nous demander si l’impérialisme moderne a jamais disparu,
ou s’il ne perdure pas en fait depuis l’entrée de Bonaparte en Egypte,
il y a deux siècles. On a dit aux Arabes et aux musulmans que la victimologie
et l’insistance sur les déprédations de l’empire ne représentaient
qu’un moyen de fuir leurs propres responsabilités actuelles.
« Vous avez échoué, vous vous êtes trompés », affirme l’orientaliste
contemporain.
Tout commence avec Bonaparte, continue avec le développement des
études orientales et la conquête de l’Afrique du Nord ; des recherches
du même type se développent au Vietnam, en Egypte, en Palestine et,
au début du XXe siècle, avec la lutte pour le contrôle du pétrole et des
territoires dans le Golfe, en Irak, en Syrie, en Palestine et en Afghanistan.
Puis ce sera V avènement des différents nationalismes anticoloniaux,
à travers la brève période des indépendantismes progressistes,
l’ère des coups d’État militaires, les insurrections, les guerres
civiles, les fanatismes religieux, les combats irrationnels et le retour
de la brutalité absolue contre les derniers groupes d’« indigènes ».

Chacune de ces phases suscitera sa vision faussée de l’Autre, ses
images réductionnistes et ses polémiques stériles.

Briser les chaînes de l’esprit

Avec L’Orientalisme, je voulais m’appuyer sur la critique humaniste
afin d’élargir les champs de lutte possibles et de remplacer par
une pensée et une analyse plus profondes, sur le long terme, les brefs
éclats de colère irraisonnée qui nous emprisonnent. Ce que je tente
ainsi de faire, je l’ai appelé « humanisme », un mot que, têtu, je continue
à utiliser malgré son rejet méprisant par les critiques postmodernes
sophistiqués.
Par humanisme, je pense d’abord à la volonté qui poussait William
Blake5 à briser les chaînes de notre esprit afin d’utiliser celui-ci à une
réflexion historique et raisonnée. L’humanisme est également entretenu
par un sentiment de communauté avec d’autres chercheurs, d’autres
sociétés et d’autres époques : il n’existe pas d’humaniste à l’écart du
monde. Chaque domaine est lié à tous les autres, et rien de ce qui se
passe dans le monde ne saurait rester isolé et pur de toute influence
extérieure. Nous devons traiter de l’injustice et de la souffrance, mais
dans un contexte largement inscrit dans l’histoire, la culture et la
réalité socio-économique. Notre rôle est d’élargir le champ du débat.
Au cours des trente-cinq dernières années, j’ai passé une bonne
partie de ma vie à défendre le droit du peuple palestinien à l’autodétermination,
mais j’ai toujours essayé de le faire en prenant pleinement
en compte le peuple juif et ses souffrances, des persécutions au
génocide. Ce qui compte le plus à mes yeux, c’est que la lutte pour
l’égalité entre Israël et la Palestine ne doit avoir qu’un objectif humain,
à savoir la coexistence, et non la poursuite de l’élimination et du rejet.
Ce n’est pas un hasard si j’ai montré que l’orientalisme et l’antisémitisme
moderne ont des racines communes. Pour tout intellectuel
indépendant, élaborer des modèles de rechange aux dogmes étroits et
simplificateurs fondés sur l’hostilité mutuelle qui prévalent au Proche-
Orient et ailleurs depuis trop longtemps constitue donc une nécessité
vitale.
Humaniste oeuvrant dans le domaine de la littérature, je suis assez
vieux pour avoir reçu, il y a quarante ans, un enseignement en littérature
comparée dont les idées fondatrices remontent à l’Allemagne

de la fin du xvme et du début du xixe siècle. Il faut aussi rappeler
la contribution fondamentale de Giambattista Vico, le philosophe et
philologue napolitain dont les idées anticipent celles de penseurs
allemands comme Herder et Wolf- elles sont reprises par Goethe,
Humboldt, Dilthey, Nietzsche, Gadamer, et, enfin, par les grands philologues
du xxe siècle, Erich Auerbach, Léo Spitzer et Ernst Robert
Curtius.
Pour les jeunes de la génération actuelle, la philologie évoque une
science aussi antique que surannée, alors qu’elle est la plus fondamentale
et la plus créatrice des méthodes d’interprétation. L’exemple
le plus admirable en est l’intérêt de Goethe pour l’islam et en particulier
pour le poète Hafiz – cette passion dévorante l’amènera à
écrire le West-ôstlicher Diwan et influencera ses idées sur la Weltliteratur
(littérature du monde), l’étude de toutes les littératures du
monde comme une symphonie totale que l’on pourrait comprendre
théoriquement comme préservant V individualité de chaque oeuvre
sans pour autant perdre de vue V ensemble.
Ironiquement, notre monde globalisé avance vers cette standardisation,
cette homogénéité que les idées de Goethe visaient justement à
empêcher. Dans son essai Philologie der Weltliteratur publié en 1951,
Erich Auerbach mit en garde contre cette évolution au début de cette
période de l’après-guerre qui marqua aussi l’avènement de la guerre
froide. Son grand livre Mimésis – publié à Berne en 1946, mais écrit
pendant la guerre, alors qu’il était réfugié à Istanbul où il enseignait
les langues romanes — se voulait comme le testament de la diversité et
de la réalité représentées dans la littérature occidentale, d’Homère à
Virginia Woolf. En relisant l’essai de 1951, on comprend néanmoins
que le grand livre d’Auerbach était un hymne à une époque où on
analysait les textes en termes philologiques, de manière concrète, sensible
et intuitive ; une époque où l’érudition et la maîtrise sans faille
de plusieurs langues contribuaient à la compréhension dont Goethe
se faisait le champion avec sa propre compréhension de la littérature
islamique.
Cette connaissance des langues et de l’histoire était indispensable,
mais jamais suffisante, tout comme, par exemple, la simple accumulation
défaits ne constitue pas une méthode adaptée pour saisir ce que
représente un auteur comme Dante. La principale exigence de l’approche
philologique dont Auerbach comme ses prédécesseurs parlaient
et qu’ils essayaient de pratiquer consistait à pénétrer de manière

subjective et empathique dans la matière vivante du texte à partir de la
perspective de son temps et de son auteur (Einfuhlung).
Incompatible avec l’éloignement ou l’hostilité à l’égard d’un autre
temps et d’une culture différente, la philologie appliquée à la Weltliteratur
impliquait un esprit profondément humaniste se déployant
avec générosité et —si je peux utiliser ce mot — hospitalité. L’esprit du
chercheur doit toujours faire activement, en lui-même, une place à
l’Autre étranger. Et cette action créatrice d’ouverture à l’Autre, qui
sinon reste étranger et distant, est la dimension la plus importante de
la mission du chercheur.
En Allemagne, tout cela sera bien sûr ébranlé, puis détruit par le
national-socialisme. Après la guerre, remarque tristement Auerbach,
la standardisation des idées, la spécialisation de plus en plus grande
des connaissances rétrécirent progressivement les possibilités de ce
genre de travail d’investigation et d’enquête inlassables dont il était le
représentant. Plus déprimant encore, depuis la mort d’Auerbach en
1957, et l’idée et la pratique de la recherche humaniste ont perdu de
leur centralité. Au lieu de lire, au vrai sens du terme, nos étudiants
sont constamment distraits par le savoir fragmentaire disponible sur
Internet et diffusé par les médias de masse.
Et il y a plus grave. L’éducation est aujourd’hui menacée par les
orthodoxies nationalistes et religieuses propagées par les médias,
qui se concentrent de manière ahistorique et sensationnaliste sur les
guerres électroniques lointaines, lesquelles donnent aux spectateurs
une impression de « précision chirurgicale » et masquent ainsi les
terribles souffrances et destructions engendrées par la guerre moderne.
En démonisant un ennemi inconnu auquel elles accolent l’étiquette
«terroriste» afin d’entretenir la colère de l’opinion, les images
médiatiques focalisent trop l’attention et peuvent être facilement
manipulées en période de crise et d’insécurité, comme après les attentats
du 11 septembre.
En tant qu’Américain et Arabe, je dois demander au lecteur de
ne jamais sous-estimer le type de vision simpliste du monde qu’une
poignée de civils travaillant au Pentagone a fabriqué pour définir la
politique américaine dans l’ensemble des mondes arabe et musulman.
La terreur, la guerre préventive et les changements de régimes imposés,
rendus possibles par le budget militaire le plus important de
l’histoire, y sont les seules idées débattues sans fin par des médias qui
produisent des prétendus « experts » pour justifier la ligne générale

du gouvernement. La réflexion, la discussion, Vargumentation rationnelle,
les principes moraux fondés sur la vision laïque selon laquelle
les êtres humains font leur propre histoire, tout cela a été remplacé
par des idées abstraites qui glorifient l’exception américaine, ou occidentale,
nient Vimportance du contexte et considèrent les autres
cultures avec mépris.
Un discours mondial laïque et rationnel
Peut-être le lecteur m’accusera-t-il de me livrer à des transitions
trop abruptes entre V interprétation humaniste et la politique extérieure,
en affirmant notamment qu’une société technologiquement
avancée, qui, avec une puissance sans précédent, possède à la fois
Internet et le chasseur F-16, doit, en définitive, être dirigée par de
formidables experts technico-politiques comme M. Donald Rumsfeld
ou M. Richard Perle. Mais ce que nous avons perdu en chemin, c’est
le sens de la densité et de V interdépendance de la vie humaine, qui ne
pourra jamais être ni réduit à une formule, ni écarté comme hors
sujet.
Voilà un aspect du débat global. Dans les pays arabes et musulmans,
la situation n’est guère meilleure. Comme l’a montré la journaliste
Roula Khalaf dans un excellent essai6, la région a glissé dans
un antiaméricanisme qui montre peu de compréhension pour ce qu’est
vraiment la société américaine. Incapables d’influer sur l’attitude des
Etats-Unis à leur égard, les gouvernements consacrent toute leur
énergie à réprimer et à contrôler leur population. D’où la montée du
ressentiment, de la colère et d’imprécations impuissantes qui ne
contribuent pas à ouvrir des sociétés dans lesquelles la vision laïque de
l’histoire humaine et du développement a été balayée par les échecs et
les frustrations ainsi que par un islamisme fondé sur l’apprentissage
par coeur et l’effacement de tout ce qui est perçu comme d’autres formes
concurrentes de connaissance moderne.
La disparition progressive de la tradition islamique de f ijtihad7 ou
d’interprétation personnelle a été un des désastres culturels majeurs
de notre époque, qui a entraîné la disparition de toute pensée critique
et de toute confrontation individuelle avec les questions posées par le
monde contemporain.
Je ne prétends pas que le monde culturel a simplement régressé,

d’un côté en tombant dans un néo-orientalisme agressif, de l’autre par
une intolérance absolue. Fin août 2002, le sommet des Nations unies à
Johannesburg, malgré toutes ses limites, a révélé l’émergence d’une
vaste zone de préoccupation globale commune, annonçant l’apparition
d’une « circonscription électorale planétaire » à même de donner
un nouveau souffle à la notion souvent galvaudée d’un seul monde.
Mais, là encore, il faut admettre que nul ne peut connaître l’extraordinaire
unité complexe de notre monde globalisé, même si le caractère
de plus en plus intégré de chacune de ses parties rend désormais
difficile l’isolement de l’une d’elles.
Les terribles conflits évoqués ici, qui rassemblent les populations
sous des bannières faussement unificatrices comme « l’Amérique »,
« l’Occident » ou « l’islam » et inventent des identités collectives pour
des individus qui sont en fait très différents ne peuvent pas continuer
leurs ravages. Il faut s’y opposer. Face à eux, nous disposons toujours
de nos capacités interprétatives rationnelles, héritage de notre éducation
humaniste. Il ne s’agit pas là d’une piété sentimentale nous enjoignant
de revenir aux valeurs traditionnelles et aux classiques, mais
bien de renouer avec la pratique d’un discours mondial laïque et
rationnel.
L’esprit critique n’obéit pas à l’injonction de rentrer dans les rangs
pour partir en guerre contre un ennemi officiel ou l’autre. Loin d’un
choc des civilisations préfabriqué, nous devons nous concentrer sur
un lent travail en commun de cultures qui se chevauchent, empruntent
les unes aux autres et cohabitent de manière bien plus profonde que
ne le laissent penser des modes de compréhension réducteurs et inauthentiques.
Mais cette forme de perception plus large exige du temps,
des recherches patientes et toujours critiques, alimentées par la foi en
une communauté intellectuelle difficile à conserver dans un monde
fondé sur l’immédiateté de l’action et de la réaction.
L humanisme se nourrit de l’initiative individuelle et de l’intuition
personnelle, et non d’idées reçues et de respect de l’autorité. Les textes
doivent être lus comme des productions qui vivent dans l’histoire de
manière concrète.
Enfin et surtout, l’humanisme est notre seul, je dirais même notre
dernier rempart contre les pratiques inhumaines et les injustices qui
défigurent l’histoire de l’humanité. Nous disposons désormais du très
encourageant champ démocratique représenté par le cyberespace,
ouvert à tous, à une échelle que ni les générations précédentes

ni aucun tyran, aucune orthodoxie n’auraient jamais pu imaginer.
Les manifestations mondiales qui ont précédé la guerre contre l’Irak
n’auraient jamais pu devenir une réalité sans l’existence d’autres
communautés présentes dans le monde entier, irriguées par une information
différente, conscientes des enjeux environnementaux, des
droits humains comme des aspirations libertaires qui nous rassemblent
tous sur cette petite planète.
Edward W. Said.

NOTES
1. L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Seuil, Paris, 1997, pour l’édition française.
2. NDE. Né en Inde en 1933, décédé en 1999 au Pakistan, Eqbal Ahmad, professeur de
relations internationales et de sciences politiques, a lié sa vie aux luttes de libération de
nombreux peuples, de l’Algérie à la Palestine, en passant par le Vietnam. Né en 1929,
décédé en 2001, Ibrahim Abou-Lughod s’était engagé très jeune dans la bataille pour l’indépendance
de la Palestine. Diplômé de sciences politiques, il est l’auteur de nombreux
livres, dont The Transformation of Palestine ; Palestinian Rights : Affirmation and
Déniai ; Profile ofthe Palestinian People et The Arab-Israeli Confrontation ofJune 1967 :
An Arab Perspective.
3. Le Serpent à plumes, Paris, 2002.
4. NDÉ. Engagé de longue date dans la lutte contre le « danger islamiste », Bernard
Lewis a par ailleurs été condamné en France en 1995 pour avoir nié la réalité du génocide
arménien.
5. NDE. Longtemps considéré comme fou, l’écrivain anglais William Blake (1757-
1827) a laissé une oeuvre littéraire et philosophique d’une grande richesse, orientée vers la
reconquête de l’unité de l’être humain. Pour lui, Dieu n’existe que dans l’homme. Dénonciateur
de la morale chrétienne, qui fonde à son avis l’esclavage moral, économique el
politique dont l’homme est victime, il lutte pour une liberté dont l’imagination lui semble
le principal instrument.
6. The Financial Times, Londres, 4 septembre 2002.
7. NDÉ. Effort d’élaboration juridique à partir du Coran et des Hadlth (paroles et actes
de Mahomet et de ses compagnons).

Préface à l’édition française
Un discours est, certes, déterminé par ce sur quoi il porte; mais à
côté de ce contenu évident il en est un autre, parfois Inconscient et
presque toujours implicite, qui lui vient de ses utilisateurs : auteurs et
lecteurs, orateurs et public. Affirmer cette dualité ne revient pas à
opposer l’objectif et le subjectif, ou le collectif et l’individuel : même si
la personnalité subjective y est pour quelque chose, c’est plutôt à un
ensemble de positions, d’attitudes et d’idées partagées par la collectivité
à un moment de son histoire qu’on a affaire quand on examine la
pression des sujets parlants et interprétants sur la formation des discours.
Cet ensemble, nous l’appelons aujourd’hui idéologie; et l’étude
de la production du discours par le dispositif idéologique permet d’établir
la parenté entre textes que sépare par ailleurs leur forme : la même
idéologie sera à l’oeuvre dans des écrits littéraires, des traités scientifiques
et des propos politiques.
L’Orientalisme d’Edward W. Saïdpart de ce cadre méthodologique,
pour soumettre à l’analyse un type de discours dans notre société.
Un discours propre en fait à toute société, mais dont les formes permettent
de caractériser une civilisation : le discours qu’elle tient sur
l’autre.
Le champ eût été trop vaste s’il avait fallu l’embrasser dans son
entier. Saïd en a donc choisi un seul segment mais qui est particulièrement
intéressant, significatif, riche : il a opté pour /’autre extérieur
plutôt qu’intérieur (à la différence d’un Hans Mayer qui a consacré son
Aussenseiter aux femmes, homosexuels et juifs dans notre société); de
tous les autres extérieurs il en a choisi un : l’Oriental, et il s’est même
concentré sur l’une de ses versions, l’homme du Proche- et du Moyen-
Orient, musulman et arabe; de tous les discours il n’a retenu que les
plus révélateurs, ceux tenus en France, en Angleterre et aux États-
Unis; et il s’est limité à une seule époque (mais elle est évidemment

essentielle) : le dix-neuvième et le vingtième siècle. Ce sont là des restrictions
importantes, et pourtant elles ne diminuent pas vraiment la
portée de son analyse : il est facile de voir au prix de quels ajustements
elle pourrait s’appliquer à d’autres temps, à d’autres espaces.
C’est même cette spécificité du discours de Saïd qui en assure, paradoxalement,
la généralité.
L’histoire du discours sur l’autre est accablante. De tout temps les
hommes ont cru qu’ils étaient mieux que leurs voisins; seules ont changé
les tares qu’ils imputaient à ceux-ci. Cette dépréciation a deux aspects
complémentaires : d’une part, on considère son propre cadre de référence
comme étant unique, ou tout au moins normal; de l’autre, on
constate que les autres, par rapport à ce cadre, nous sont inférieurs.
On peint donc le portrait de l’autre en projetant sur lui nos propres
faiblesses; il nous est à la fois semblable et inférieur. Ce qu’on lui a
refusé avant tout, c’est d’être différent : ni inférieur ni (même) supérieur,
mais autre, justement. La condamnation d’autrui s’accommode
aussi bien du modèle social hiérarchique (les barbares assimilés
deviennent esclaves) que de la démocratie et de l’égalitarisme : les
autres nous sont inférieurs parce qu’on les juge, dans le meilleur des
cas, par les critères qu’on s’applique à soi-même.
Le discours esclavagiste, puis colonialiste (dont l’orientalisme est un
éloquent exemple), n’est pas le simple effet d’une réalité économique,
sociale et politique, il en est aussi une des forces motrices : partie, et non
seulement image. L’idéologie est le tourniquet qui permet aux discours
et aux actes de se prêter main-forte, et l’Orientalisme raconte un chapitre
des destins croisés du Pouvoir et du Savoir. Napoléon lit les
orientalistes avant d’occuper l’Egypte, et l’un des résultats les plus
palpables de cette invasion est un immense travail philologique et descriptif.
La science des Français devait être bonne puisque les armées
françaises triomphent; leur domination est justifiée (à leurs propres
yeux) parce que leur civilisation est supérieure et leur science bonne.
Dire à quelqu’un : «Je possède la vérité sur toi» n’informe pas seulement
sur la nature de mes connaissances, mais instaure entre nous un
rapport où «je » domine et /’autre est dominé. Comprendre signifie à
la fois, et pour cause, « interpréter » et « inclure » : qu’elle soit de forme
passive (la compréhension) ou active (la représentation), la connaissance
permet toujours à celui qui la détient la manipulation de l’autre;
le maître du discours sera le maître tout court. Est-ce un hasard si,
d’une part, il y a un discours orientaliste en Occident mais aucun discours

 « occidentaliste » en Orient, et si, de l’autre, c’est justement
l’Occident qui a dominé l’Orient?
Le concept est la première arme dans la soumission d’autrui — car
il le transforme en objet (alors que le sujet ne se réduit pas au concept);
délimiter un objet comme « l’Orient » ou « l’Arabe » est déjà un acte de
violence. Ce geste est si lourd de signification qu’il neutralise en fait la
valeur du prédicat qu’on ajoutera : « l’Arabe est paresseux» est un
énoncé raciste, mais « l’Arabe est travailleur » l’est presque tout autant;
l’essentiel est de pouvoir ainsi parler de «l’Arabe». Les actes du
savant ont ici une portée politique inévitable (la même chose est vraie,
à des degrés différents, de toute connaissance historique); et, de ce fait
l’objet du livre de Saïd devient la politique de la science. A son tour,
l’Orientalisme est explicitement engagé dans un combat, mais son
mérite est de nous faire voir que ne sont pas moins fortement engagés
les savants et les érudits qui, naguère comme aujourd’hui, se croient
au-dessus de tout choix idéologique.
On aura compris que le livre ne traite pas seulement de l’histoire
de la science ou de la littérature mais de notre actualité la plus brûlante
et commune — car notre destin est inséparable de celui des autres,
et donc aussi du regard que nous portons sur eux et de la place que
nous leur réservons. Ces autres « extérieurs » sont chez nous, et ils
s’appellent «travailleurs immigrés», ou bien au-delà de nos frontières,
mais tout proches, et portent le nom de «puissances pétrolières
». Lorsque nous votons, par députés interposés, une loi raciste
contre ces ouvriers, lorsque nous crions au scandale parce que le prix
de l’essence augmente, nous empruntons, sciemment ou non, les pas
du grand discours orientaliste, et nous en retrouvons vite les arguments.
La seule différence — mais n’est-ce pas elle justement qui
provoque le scandale? — est que les «Orientaux» n’acceptent plus
toujours l’image que nous leur proposons d’eux, ni de jouer loyalement
le jeu dans lequel nous sommes à la fois partenaires et auteurs des
règles.
L’Orientalisme ne résout pas toutes les questions qu’il pose. Il refuse
l’entité « Orient » mais ne nous dit pas si la civilisation islamique (ou
égyptienne, ou indienne, etc.) ne possède pas certains traits différents
de la civilisation occidentale (et si oui, lesquels). Il condamne la
compréhension assimilatrice et impérialiste pratiquée par la science
officielle, mais ne nous apprend pas s’il existe une compréhension différente,
où l’autre n’est pas réduit et soumis au même.Il fustige l’intolérance

 des hommes à l’égard des « barbares » mais ne nous enseigne
pas comment concilier l’impératif moral « soyez tolérants » avec la
constatation historique : « les hommes ne l’ont jamais été »; il ne nous
indique pas la voie d’une nouvelle morale lucide, non utopiste.
Mais c’est peut-être le propre du savoir tel que le voudrait Sa’ïd :
plutôt que de nous enfermer dans les réponses, il maintient salutairement
les questions *.
Tzvetan Todorov.

NB. Cette préface accompagnait la première édition française parue
en 1980.
* Le texte de l’Orientalisme publié ici diffère légèrement de l’original
anglais, car il a été adapté en vue du public français : quelques développements
(concernant notamment la scène américaine) sont supprimés, quelques
explications ajoutées. Toutes les omissions sont signalées par […]. L’index a
été limité aux seuls noms propres.

Introduction
I
Séjournant à Beyrouth pendant la terrible guerre civile de 1975-
1976, un journaliste français dit avec tristesse de la ville basse éventrée :
« Elle avait semblé autrefois faire partie […] de l’Orient de Chateaubriand
et de Nerval1 . » Pour ce qui est du lieu, il a bien raison, dans la
mesure, du moins, où c’est un Européen qui est en cause. L’Orient a
presque été une invention de l’Europe, depuis l’Antiquité lieu de fantaisie,
plein d’êtres exotiques, de souvenirs et de paysages obsédants,
d’expériences extraordinaires. Cet Orient est maintenant en voie
de disparition : il a été, son temps est révolu. Cela semble peut-être
sans importance que des Orientaux soient eux-mêmes en jeu de
quelque manière, que, à l’époque de Chateaubriand et de Nerval
déjà, des Orientaux aient vécu là et qu’aujourd’hui ce soient eux qui
souffrent : l’essentiel, pour le visiteur européen, c’est la représentation
que l’Europe se fait de l’Orient et de son destin présent, qui ont
l’un et l’autre une signification toute particulière, nationale, pour le
journaliste et pour ses lecteurs français.
La position des Américains n’est pas tout à fait la même : pour
eux, l’Orient a des chances d’être associé bien plutôt à l’Extrême-
Orient (Chine et Japon pour l’essentiel). Pour leur part, les Français
et les Anglais — et, dans une moindre mesure, les Allemands, les
Russes, les Portugais, les Italiens et les Suisses — possèdent une longue
tradition de ce que j’appellerai M orientalisme, qui est une manière
de s’arranger avec l’Orient fondée sur la place particulière que celui-ci
tient dans l’expérience de l’Europe occidentale. L’Orient n’est pas
seulement le voisin immédiat de l’Europe, il est aussi la région où
l’Europe a créé les plus vastes, les plus riches et les plus anciennes de
ses colonies, la source de ses civilisations et de ses langues, il est son
rival culturel et il lui fournit l’une des images de l’Autre qui s’impriment
le plus profondément en lui. De plus, l’Orient a permis de définir
l’Europe (ou l’Occident) par contraste : son idée, son image, sa personnalité,
son expérience. Rien de cet Orient n’est pourtant purement
imaginaire. L’Orient est partie intégrante de la civilisation et de la
culture matérielles de l’Europe. Vorientalisme exprime et représente
cette partie, culturellement et même idéologiquement, sous forme
d’un mode de discours, avec, pour l’étayer, des institutions, un vocabulaire,
un enseignement, une imagerie, des doctrines et même des
bureaucraties coloniales et des styles coloniaux. Comparée à cela, la
compréhension américaine de l’Orient paraît bien plus floue; les
récentes aventures japonaise, coréenne, indochinoise doivent pourtant
donner aux Américains une sensibilité « orientale » plus raisonnable
et plus réaliste. Bien plus, cette intelligence de l’Orient doit être
à la mesure de l’influence politique et économique croissante exercée
par les États-Unis dans cette région que l’on appelle le Proche-ou
le Moyen-Orient.
Il doit être clair pour le lecteur (et on s’efforcera de le montrer dans
les pages qui suivent) que, par orientalisme, j’entends plusieurs choses
qui, à mon avis, dépendent l’une de l’autre. L’acception la plus généralement
admise de ce mot est universitaire : cette étiquette est en effet
attachée à bon nombre d’institutions d’enseignement supérieur. Est
un orientaliste toute personne qui enseigne, écrit ou fait des recherches
sur l’Orient en général ou dans tel domaine particulier — cela vaut
aussi bien pour l’ethnologue que pour le sociologue, l’historien, le
philologue —, et sa discipline est appelée orientalisme. Il est vrai que
le terme d’orientalisme est moins en faveur aujourd’hui chez les spécialistes
que celui d’études orientales ou d’études d’aires culturelles
(area studies), à la fois parce qu’il est trop vague ou trop général et
parce qu’il connote l’attitude du colonialisme européen du dix-neuvième
et du début du vingtième siècle, qui administrait ces pays en les dominant.
Néanmoins, on écrit des livres, on tient des congrès dont le
thème central est « l’Orient », sous l’autorité de l’orientalisme ancienne
ou nouvelle manière. De fait, même s’il n’est plus ce qu’il était, l’orientalisme
survit dans l’université à travers ses doctrines et ses thèses
sur l’Orient et les Orientaux.
A cette première tradition universitaire, dont la fortune, les transmigrations,
spécialisations et transformations font pour une part

l’objet de cette étude, se rattache une conception plus large de l’orientalisme
: style de pensée fondé sur la distinction ontologique et épistémologique
entre « l’Orient » et (le plus souvent) « l’Occident ». C’est
ainsi que de très nombreux écrivains, parmi lesquels figurent des poètes,
des romanciers, des philosophes, des théoriciens de la politique, des
administrateurs d’empire, sont partis de cette distinction fondamentale
pour composer des théories élaborées, des épopées, des romans, des
descriptions de la société et des exposés politiques traitant de l’Orient,
de ses peuples et coutumes, de son « esprit », de sa destinée, etc. Dans
cet orientalisme peuvent trouver place par exemple Eschyle et Victor
Hugo, Dante et Karl Marx. Un peu plus avant dans cette introduction,
je traiterai des problèmes méthodologiques que l’on rencontre dans
un « domaine » défini de manière aussi large.
Il y a un échange continuel entre l’orientalisme au sens universitaire
et l’orientalisme de l’imaginaire; et, depuis la fin du dix-huitième
siècle, c’est une circulation considérable, tout à fait disciplinée, peutêtre
même réglée. J’en arrive ainsi au troisième sens de l’orientalisme,
qui est défini de manière plus historique et plus matérielle que les deux
autres. Prenant comme point de départ, très grossièrement, la fin du
dix-huitième siècle, on peut décrire et analyser l’orientalisme comme
l’institution globale qui traite de l’Orient, qui en traite par des déclarations,
des prises de position, des descriptions, un enseignement, une
administration, un gouvernement : bref, l’orientalisme est un style
occidental de domination, de restructuration et d’autorité sur l’Orient.
La notion de discours définie par Michel Foucault dans l’Archéologie
du savoir et dans Surveiller et Punir m’a servi à caractériser
l’orientalisme. Je soutiens que, si l’on n’étudie pas l’orientalisme en
tant que discours, on est incapable de comprendre la discipline extrêmement
systématique qui a permis à la culture européenne de gérer — et
même de produire — l’Orient du point de vue politique, sociologique,
militaire, idéologique, scientifique et imaginaire pendant la période
qui a suivi le siècle des Lumières. Bien plus, l’orientalisme a une telle
position d’autorité que je crois que personne ne peut écrire, penser,
agir en rapport avec l’Orient sans tenir compte des limites imposées
par l’orientalisme à la pensée et à l’action. Bref, à cause de l’orientalisme,
l’Orient n’a jamais été, et n’est pas un sujet de réflexion ou
d’action libre. Cela ne veut pas dire que c’est l’orientalisme qui détermine
unilatéralement ce qui peut être dit sur l’Orient, c’est tout le
réseau d’intérêts inévitablement mis en jeu (donc toujours impliqué)

chaque fois qu’il est question de cette entité particulière, « l’Orient ».
De quelle manière? C’est ce que je tente de faire voir dans ce livre.
Je m’efforce aussi de montrer que la culture européenne s’est renforcée
et a précisé son identité en se démarquant d’un Orient qu’elle
prenait comme une forme d’elle-même inférieure et refoulée.
Du point de vue de l’histoire et de la culture, il y a une différence
aussi bien quantitative que qualitative entre l’engagement francobritannique
en Orient et — jusqu’à la prépondérance américaine,
après la Seconde Guerre mondiale — celui de toutes les autres puissances
européennes et atlantiques. Par conséquent, parler de l’orientalisme,
c’est parler essentiellement, mais non exclusivement, d’une
entreprise de civilisation, anglaise et française, d’un projet qui comporte
des domaines aussi disparates que l’imagination elle-même, la totalité
de l’Inde et du Levant, les textes et les pays de la Bible, le commerce
des épices, les armées coloniales et une longue tradition d’administrateurs
coloniaux, un impressionnant corpus de textes savants,
d’innombrables « experts » en matière d’orientalisme, un corps professoral
orientaliste, un déploiement complexe d’idées « orientales »
(despotisme oriental, splendeur orientale, cruauté orientale, sensualité
orientale), de nombreuses sectes, philosophies, sagesses orientales
domestiquées pour l’usage interne des Européens —on peut prolonger
cette liste presque à l’infini. Bref, l’orientalisme provient d’une
affinité particulière de l’Angleterre et de la France pour l’Orient
(jusqu’aux premières années du dix-neuvième siècle, ce terme n’a
désigné en fait que l’Inde et les pays bibliques). Du début du dixneuvième
siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France et
l’Angleterre ont dominé l’Orient et l’orientalisme; depuis la guerre,
l’Amérique a dominé l’Orient et l’aborde comme l’ont fait auparavant
la France et l’Angleterre. C’est cette affinité, d’une grande fécondité,
même si elle montre toujours la force supérieure de l’Occident
(anglais, français ou américain), qui est à l’origine du vaste corpus de
textes que j’appelle orientalistes.
Je dois dire tout de suite que si j’ai examiné un très grand nombre
de livres et d’auteurs, il y en a bien plus que j’ai dû purement et simplement
laisser de côté. Ma thèse ne s’appuie ni sur un catalogue
exhaustif de textes traitant de l’Orient ni sur une collection clairement
délimitée d’écrits, d’auteurs et d’idées formant ensemble le
canon oriental : j’ai fait un autre choix méthodologique, dont l’armature
est, d’une certaine manière, l’ensemble des généralisations histo-

riques que j’ai présentées dans cette introduction et que je vais maintenant
analyser plus en détail.

II
J’ai commencé par faire l’hypothèse que l’Orient n’est pas un fait
de nature inerte. Il n’est pas simplement là, tout comme l’Occident
n’est pas non plus simplement là. Nous devons prendre au sérieux
l’importante observation de Vico : les hommes font leur propre histoire,
ce qu’ils peuvent connaître, c’est ce qu’ils ont fait, et l’appliquer
aussi à la géographie : en tant qu’entités géographiques et culturelles
à la fois — sans parler d’entités historiques —, des lieux, des régions,
des secteurs géographiques tels que « l’Orient » et « l’Occident » ont
été fabriqués par l’homme. C’est pourquoi, tout autant que l’Occident
lui-même, l’Orient est une idée qui a une histoire et une tradition
de pensée, une imagerie et un vocabulaire qui lui ont donné réalité
et présence en Occident et pour l’Occident. Les deux entités géographiques
se soutiennent ainsi et, dans une certaine mesure, se reflètent
l’une l’autre.
Cela dit, il paraît raisonnable de faire quelques réserves. En premier
lieu, on aurait tort de conclure que l’Orient était essentiellement une
idée, ou une construction de l’esprit ne correspondant à aucune réalité.
Quand Disraeli écrivait dans son roman Tancred : l’Orient est une
carrière, il voulait dire qu’à s’intéresser à l’Orient les jeunes et brillants
Occidentaux se découvriraient une passion dévorante; il ne faut
pas lui faire dire que l’Orient est seulement une carrière pour les Occidentaux.
Il y a eu — et il y a — des cultures et des nations dont le lieu
est à l’est : leur vie, leur histoire, leurs coutumes possèdent une réalité
brute qui dépasse évidemment tout ce qu’on peut en dire en Occident.
C’est là un fait que cette étude de l’orientalisme ne peut guère commenter,
elle ne peut que le reconnaître tacitement. Ici, ce qui me retient
au premier chef, ce n’est pas une certaine correspondance entre l’orientalisme
et l’Orient, mais la cohérence interne de l’orientalisme et de
ses idées sur l’Orient (l’Orient en tant que carrière), en dépit, ou au-delà,
ou en l’absence, de toute correspondance avec un Orient « réel » :
l’assertion de Disraeli sur l’Orient se réfère principalement à cette

cohérence fabriquée, à cette véritable constellation d’idées qui est
le phénomène essentiel s’agissant de l’Orient, et non pas à sa pure et
simple existence, pour citer Wallace Stevens.
Deuxième réserve : on ne peut comprendre ou étudier à fond des
idées, des cultures, des histoires sans étudier en même temps leur force,
ou, plus précisément, leur configuration dynamique. Croire que l’Orient
a été créé — ou, selon mon expression, « orientalisé » — et croire que ce
type d’événements arrive simplement comme une nécessité de l’imagination,
c’est faire preuve de mauvaise foi. La relation entre l’Occident
et l’Orient est une relation de pouvoir et de domination : l’Occident a
exercé à des degrés divers une hégémonie complexe, comme le montre
nettement le titre de l’ouvrage classique de K. M. Panikkar, l’Asie et la
Domination occidentale1. L’Orient a été orientalisé non seulement
parce qu’on a découvert qu’il était « oriental » selon les stéréotypes de
l’Européen moyen du dix-neuvième siècle, mais encore parce qu’il
pouvait être rendu oriental. Prenons par exemple la rencontre de
Flaubert avec une courtisane égyptienne, rencontre qui devait produire
un modèle très répandu de la femme orientale : celle-ci ne parle
jamais d’elle-même, elle ne fait jamais montre de ses émotions, de sa
présence ou de son histoire. C’est lui qui parle pour elle et qui la
représente. Or il est un étranger, il est relativement riche, il est un
homme, et ces faits historiques de domination lui permettent non
seulement de posséder physiquement Kuchuk Hanem, mais de parler
pour elle et de dire à ses lecteurs en quoi elle est « typiquement orientale
». Ma thèse est que la situation de force entre Flaubert et Kuchuk
Hanem n’est pas un exemple isolé; elle peut très bien servir de prototype
au rapport de forces entre l’Orient et l’Occident et au discours sur
l’Orient que celui-ci a permis.
Cela nous amène à faire une troisième réserve. Il ne faut pas croire
que la structure de l’orientalisme n’est rien d’autre qu’une structure de
mensonges ou de mythes qui seront tout bonnement balayés quand la
vérité se fera jour. Pour ma part, je pense que l’orientalisme a plus de
valeur en tant que signe de la puissance européenne et atlantique sur
l’Orient qu’en tant que discours véridique sur celui-ci (ce qu’il prétend
être, sous sa forme universitaire ou savante). Néanmoins, ce que nous
devons respecter et tenter de saisir, c’est la solide texture du discours
orientaliste, ses liens très étroits avec les puissantes institutions socioéconomiques
et politiques et son impressionnante vitalité. Après tout,
un système d’idées capable de se maintenir comme sagesse transmissible

 (par les académies, les livres, les congrès, les universités, les
bureaux des Affaires étrangères) depuis l’époque d’Ernest Renan,
c’est-à-dire la fin des années 1840, jusqu’à nos jours aux États-Unis,
doit être quelque chose de plus redoutable qu’une pure et simple série
de mensonges. Par conséquent, l’orientalisme n’est pas une création en
l’air de l’Europe, mais un corps de doctrines et de pratiques dans lesquelles
s’est fait un investissement considérable pendant de nombreuses
générations. A cause de cet investissement continu, l’Orient a dû passer
par le filtre accepté de l’orientalisme en tant que système de connaissances
pour pénétrer dans la conscience occidentale; ce même investissement
a rendu possibles — en fait, rendu vraiment productifs — les
jugements, qui, formulés au départ dans l’orientalisme, ont proliféré
dans la culture générale.
Gramsci développe une utile distinction analytique entre société
civile et société politique : la première consiste en associations volontaires
(ou du moins rationnelles et non coercitives), comme les écoles,
les familles, les syndicats, la seconde en institutions étatiques (l’armée,
la police, la bureaucratie centrale) dont le rôle, en politique, est la
domination directe. La culture, bien sûr, fonctionne dans le cadre de
la société civile, où l’influence des idées, des institutions et des personnes
s’exerce non par la domination mais par ce que Gramsci appelle
le consensus. Dans une société qui n’est pas totalitaire, certaines formes
culturelles prédominent donc sur d’autres, tout comme certaines
idées sont plus répandues que d’autres; la forme que prend cette suprématie
culturelle est appelée hégémonie par Gramsci, concept indispensable
pour comprendre quelque chose à la vie culturelle de l’Occident
industriel. C’est l’hégémonie, ou plutôt les effets de l’hégémonie
culturelle, qui donne à l’orientalisme la constance et la force dont j’ai
parlé. L’orientalisme n’est jamais bien loin de ce que Denis Hay a
appelé l’idée de l’Europe3, notion collective qui nous définit, «nous»
Européens, en face de tous « ceux-là » qui sont non européens; on peut
bien soutenir que le trait essentiel de la culture européenne est précisément
ce qui l’a rendue hégémonique en Europe et hors d’Europe : l’idée
d’une identité européenne supérieure à tous les peuples et à toutes les
cultures qui ne sont pas européens. De plus, il y a l’hégémonie des idées
européennes sur l’Orient, qui répètent elles-mêmes la supériorité européenne
par rapport à l’arriération orientale, l’emportant en général sur
la possibilité pour un penseur plus indépendant, ou plus sceptique,
d’avoir une autre opinion.

De manière constante, la stratégie de l’orientalisme est fonction de
cette supériorité de position qui n’est pas rigide et qui place l’Occidental
dans toute espèce de rapports avec l’Orient sans jamais lui faire perdre
la haute main. Et pourquoi en aurait-il été autrement, en particulier
pendant la période de l’extraordinaire suprématie de l’Europe, de la
fin de la Renaissance à nos jours? L’homme de science, l’érudit, le
missionnaire, le commerçant, le soldat étaient en Orient ou réfléchissaient
sur l’Orient parce qu’ils pouvaient y être, y réfléchir, sans guère
rencontrer de résistance de la part de l’Orient. Sous l’en-tête général de
la connaissance de l’Orient, et sous le parapluie de l’hégémonie occidentale,
à partir de la fin du dix-huitième siècle a émergé un Orient
complexe, bien adapté aux études académiques, aux expositions dans
les musées, à la reconstruction par les bureaux coloniaux, à l’illustration
théorique de thèses anthropologiques, biologiques, linguistiques,
raciales et historiques sur l’humanité et l’univers, par exemple des
théories économiques et sociologiques sur le développement, la révolution,
la personnalité culturelle, le caractère national ou religieux. De
surcroît, la prise en compte par l’imagination des choses de l’Orient
était plus ou moins exclusivement fondée sur une conscience occidentale
souveraine; de sa position centrale indiscutée émergeait un monde
oriental, conforme d’abord aux idées générales de ce qu’était un Oriental,
puis à une logique détaillée gouvernée non seulement par la réalité
empirique, mais par toute une batterie de désirs, de répressions, d’investissements
et de projections. Nous pouvons citer de grands ouvrages
orientalistes faisant preuve d’une véritable science, comme la Chrestomathie
arabe de Silvestre de Sacy ou Account of the Manners and
Customs of the Modem Egyptians d’Edward William Lane, mais il
nous faut aussi remarquer que les idées sur les races de Renan ou de
Gobineau participaient du même mouvement, ainsi que beaucoup de
romans pornographiques victoriens (voir l’analyse que fait Steven
Marcus de « The Lustful Turk 4 »).
Et pourtant, on ne doit pas cesser de se demander ce qui compte le
plus dans l’orientalisme : est-ce le groupe d’idées générales l’emportant
sur la masse des matériaux — idées qui, on ne peut le nier, sont traversées
de doctrines sur la supériorité européenne, de différentes sortes
de racisme, d’impérialisme et autres, de vues dogmatiques sur l’Oriental
comme une espèce d’abstraction idéale et immuable—, ou les
oeuvres si diverses produites par un nombre presque inimaginable
d’auteurs qu’on pourrait prendre pour des cas particuliers, individuels,

de l’écrivain traitant de l’Orient? D’une certaine manière, ces deux
branches de l’alternative, la générale et la particulière, ne sont en
réalité que deux points de vue sur le même matériau : dans un cas
comme dans l’autre, on a affaire à des pionniers tels que William Jones,
à de grands artistes tels que Nerval ou Flaubert. Pourquoi donc n’utiliserait-
on pas les deux points de vue, simultanément ou l’un après
l’autre? A se maintenir systématiquement à un niveau de description
soit trop général, soit trop spécifique, n’y a-t-il pas un danger évident
de distorsion (du même type, précisément, que celle à laquelle a toujours
été porté l’orientalisme académique)? Je crois que deux défauts
sont à craindre : la distorsion et l’imprécision, pour mieux dire l’espèce
d’imprécision que produisent une généralisation trop dogmatique et
une focalisation trop positiviste. J’ai tenté d’étudier trois des principaux
aspects de ma propre réalité actuelle, qui indiquent, me
semble-t-il, comment se tirer de ces difficultés de méthode et de point
de vue; ces difficultés peuvent obliger, dans le premier cas, à rédiger un
texte grossièrement polémique ou d’un niveau de description si général
que cela n’en vaut pas la peine, ou, dans le deuxième cas, à écrire une
série atomisée d’analyses détaillées en perdant ainsi toute trace des
lignes de force qui sous-tendent le domaine et lui donnent sa puissance
particulière. Comment alors reconnaître l’individualité et la
mettre en accord avec son contexte général et hégémonique qui n’est,
certes, ni passif ni purement dictatorial?

III
Je vais maintenant expliciter brièvement les trois aspects de ma
réalité actuelle auxquels j’ai fait allusion, pour que l’on comprenne
bien ce qui m’a conduit à faire ces recherches et à écrire ce livre.
1. La distinction entre savoir pur et savoir politique. Il est très facile
de prétendre que le savoir touchant à Shakespeare ou à Wordsworth
n’est pas politique tandis que celui qui traite de la Chine contemporaine
ou de l’Union soviétique l’est. Ma spécialité, par formation et par profession,
est d’être un « humaniste », c’est-à-dire que les « humanités »
ou sciences humaines sont mon domaine et qu’il est, par conséquent,

improbable que mon activité professionnelle comporte quoi que ce soit
de politique. Je sais bien que l’usage que je fais de ces termes et de ces
étiquettes manque de nuances, mais la vérité générale de ce que j’indique
ici est largement reconnue. On estime qu’écrire sur Wordsworth
ou éditer Keats n’a pas la moindre implication politique : en effet, il
semble que ces activités n’ont pas d’effet politique direct sur la réalité
quotidienne, tandis que l’économie soviétique, par exemple, est un
domaine de recherches surdéterminé, et auquel le gouvernement s’intéresse;
les études et les hypothèses du chercheur seront reprises par
les politiciens, les services gouvernementaux, les économistes travaillant
dans différentes institutions, les experts des services de renseignements.
On peut encore élargir cette distinction entre les « humanistes
» et ceux dont le travail a des implipations, ou une signification
politiques, si l’on dit que la couleur idéologique du premier n’a pour la
politique qu’une importance fortuite (bien qu’elle puisse avoir beaucoup
de poids pour ses collègues qui lui reprochent son stalinisme,
son fascisme ou son libéralisme trop facile), tandis que l’idéologie du
second fait corps avec son matériau — l’économie, la politique et la
sociologie sont bien des sciences idéologiques dans les universités
américaines —, et il est donc généralement admis qu’elle est « politique
».
La majeure partie du savoir produit actuellement en Occident (je
parle surtout des États-Unis) est soumise à une limitation déterminante,
à savoir qu’il soit scientifique, universitaire, impartial, au-dessus
des opinions doctrinales partisanes ou étroites. Il n’y a peut-être rien à
reprocher, en théorie, à cette ambition, mais, en pratique, la réalité fait
bien plus problème. Personne n’a jamais trouvé comment détacher
l’homme de science des choses de la vie, de son implication (consciente
ou inconsciente) dans une classe, dans un ensemble de croyances, dans
une position sociale ou du simple fait d’être membre d’une société. Tout
cela continue à peser sur son activité professionnelle, même si ses
recherches et leurs fruits s’efforcent tout naturellement d’atteindre une
relative liberté par rapport aux inhibitions et aux restrictions imposées
par la réalité quotidienne brute. En effet, il existe bien quelque chose
comme le savoir, qui est plutôt moins partial que l’individu qui le produit,
tout empêtré et distrait par les circonstances de sa vie. Cependant,
ce savoir n’est pas pour autant non politique.
Les discussions sur la littérature et la philologie classique sont-elles
chargées de signification politique, ont-elles une signification politique

immédiate? J’ai tenté ailleurs de traiter de manière détaillée cette vaste
question5 . Ce qui m’intéresse maintenant, c’est de faire sentir comment
le consensus libéral selon lequel le « vrai » savoir est fondamentalement
non politique (et, à l’inverse, qu’un savoir ouvertement politique n’est
pas un « vrai » savoir) voile les conditions politiques organisées fortement,
encore qu’obscurément, qui prévalent dans la production du
savoir. C’est difficile à comprendre aujourd’hui, alors que l’étiquette
de « politique » est utilisée pour discréditer tout travail qui ose violer le
protocole d’une objectivité prétendument suprapolitique. Nous pouvons
dire d’abord que la société civile reconnaît une gradation dans l’importance
politique des différents domaines du savoir. On accorde une
certaine importance politique à un domaine s’il est possible de le traduire
directement en termes d’économie; mais bien plus si ce domaine
a une affinité avec des sources reconnues de pouvoir dans la société
politique. C’est ainsi qu’une recherche sur le potentiel énergétique de
l’URSS dans le long terme et ses effets sur sa puissance militaire sera
vraisemblablement subventionnée aux États-Unis par le Département
d’État et obtiendra par la suite une sorte de statut politique, auquel
ne peut prétendre une étude sur les premières oeuvres romanesques de
Tolstoï financée en partie par une fondation privée. Ces deux recherches
font pourtant partie de ce que la société civile reconnaît comme un seul
et même domaine, les études russes, même si le premier chercheur est
un économiste conservateur et le second un spécialiste progressiste de
l’histoire littéraire. Ce que je veux dire, c’est que « la Russie » comme
thème général a une priorité politique sur des distinctions plus fines,
« économie », « histoire littéraire », parce que la société politique au
sens de Gramsci pénètre des zones de la société civile telles que l’université
« et les sature de significations qui la concernent directement.
Je ne veux pas insister davantage sur tout cela en restant sur le terrain
de la théorie : il me semble qu’on peut démontrer la valeur et la crédibilité
de mon propos en étant bien plus concret, par exemple à la
manière de Noam Chomsky, quand il étudie la connexion instrumentale
entre la guerre du Vietnam et le concept d’érudition objective tel
qu’il a été utilisé pour couvrir des recherches militaires subventionnées
par l’État6. Or, parce que la Grande-Bretagne, la France et maintenant
les États-Unis sont des puissances impériales, leur société politique
communique à leur société civile un sens de l’urgence, une imprégnation
politique directe, pourrait-on dire, partout et chaque fois que
des questions se rapportant à leurs intérêts impériaux à l’étranger sont

en jeu. Je pense, par exemple, que l’on peut dire, sans craindre d’être
démenti, qu’en s’intéressant à l’Inde ou à l’Egypte un Anglais de la fin
du dix-neuvième siècle ne perdait jamais de vue le fait qu’il s’agissait
de colonies britanniques. Dire cela peut sembler tout autre chose que de
dire que tout le savoir universitaire sur l’Inde et sur l’Egypte est de
quelque manière teinté et Impressionné, violé, par le fait politique brut
— et pourtant c’est ce que je dis dans cette étude de l’orientalisme. Car,
s’il est vrai que pour aucune production de savoir en sciences humaines
on ne peut ignorer ou négliger le fait que son auteur est aussi un sujet
humain, déterminé par les circonstances de sa vie, il doit être vrai aussi
qu’un Européen ou un Américain qui étudie l’Orient ne peut refuser de
reconnaître la principale circonstance de sa réalité, à savoir qu’il se
heurte à l’Orient en premier lieu en tant qu’Européen ou Américain,
ensuite en tant qu’individu. Et être un Européen ou un Américain dans
ces conditions, ce n’est pas du tout un fait sans conséquence : cela
signifiait et cela signifie encore que l’on a la conscience, même vague,
d’appartenir à une puissance qui a des intérêts bien précis en Orient,
et, chose plus importante encore, d’appartenir à une partie de la terre
qui a des rapports historiques avec l’Orient depuis pratiquement les
temps homériques.
Ainsi exprimées, ces réalités politiques sont encore trop peu définies
et trop générales pour être vraiment intéressantes. Chacun les acceptera
sans nécessairement accepter pour autant le fait qu’elles ont pu compter
beaucoup pour Flaubert, par exemple, lorsqu’il écrivait Salammbô, ou
pour H.A.R. Gibb lorsqu’il écrivait Modem Trends in Islam. L’ennui,
c’est qu’il y a trop d’écart entre le fait massif, déterminant, tel que je
l’ai décrit, et les détails de la vie quotidienne qui régissent la discipline
minutieuse à laquelle on s’astreint quand on écrit un roman ou un texte
érudit. Mais, si nous refusons d’emblée que les faits « massifs » comme
la domination impériale s’appliquent de manière mécanique et déterministe
dans des matières aussi complexes que la culture et les idées, un
type d’études intéressant commencera à se dessiner devant nous. Je
pense, pour ma part, que l’intérêt de l’Europe, puis de l’Amérique pour
l’Orient était certes d’ordre politique, comme le montrent certains faits
historiques évidents que j’ai exposés ici, mais que la culture a créé cet
intérêt; c’est son action dynamique, jointe à de brutales raisons politiques,
économiques et militaires, qui a fait de l’Orient cet objet varié et
complexe qu’il est évidemment dans le domaine que j’appelle orientalisme.

L’orientalisme n’est donc pas un simple thème ou domaine politique
reflété passivement par la culture, l’érudition ou les institutions; il n’est
pas non plus une collection vaste et diffuse de textes sur l’Orient; il ne
représente pas, il n’exprime pas quelque infâme complot impérialiste
« occidental » destiné à opprimer le monde « oriental ». C’est plutôt
la distribution d’une certaine conception géo-économique dans des
textes d’esthétique, d’érudition, d’économie, de sociologie, d’histoire
et de philologie; c’est Yélaboration non seulement d’une distinction
géographique (le monde est composé de deux moitiés inégales, l’Orient
et l’Occident), mais aussi de toute une série d’ « intérêts » que non
seulement il crée, mais encore entretient par des moyens tels que les
découvertes érudites, la reconstruction philologique, l’analyse psychologique,
la description de paysages et la description sociologique; il est
(plutôt qu’il n’exprime) une certaine volonté ou intention de comprendre,
parfois de maîtriser, de manipuler, d’incorporer même, ce qui est un
monde manifestement différent (ou autre et nouveau); surtout, il est
un discours qui n’est pas du tout en relation de correspondance directe
avec le pouvoir politique brut, mais qui, plutôt, est produit et existe au
cours d’un échange inégal avec différentes sortes de pouvoirs, qui est
formé jusqu’à un certain point par l’échange avec le pouvoir politique
(comme dans Y establishment colonial ou impérial), avec le pouvoir
intellectuel (comme dans les sciences régnantes telles que la linguistique,
l’anatomie comparées, ou l’une quelconque des sciences politiques
modernes), avec le pouvoir culturel (comme dans les orthodoxies et les
canons qui régissent le goût, les valeurs, les textes), la puissance morale
(comme dans les idées de ce que « nous » faisons et de ce qu’« ils » ne
peuvent faire ou comprendre comme nous). En fait, ma thèse est que
l’orientalisme est — et non seulement représente — une dimension
considérable de la culture politique et intellectuelle moderne et que,
comme tel, il a moins de rapports avec l’Orient qu’avec « notre » monde.
Et puisque l’orientalisme est un fait culturel et politique, il n’existe
donc pas dans un espace vide, dénué d’archives; bien au contraire, je
pense qu’on peut montrer que ce qui est pensé, dit ou même fait à propos
de l’Orient se détermine dans un cadre précis que l’on peut appréhender
intellectuellement. Ici encore, on peut remarquer toutes sortes de
nuances et de raffinements dans la façon dont les pressions superstructurelles
massives s’exercent sur les détails de la composition, les faits
de textualité. La plupart des humanistes, je crois, sont parfaitement
satisfaits de l’idée que les textes existent dans des contextes, qu’il y a

une intertextualité, que la pression des conventions, des générations
précédentes et des styles rhétoriques limite ce que Walter Benjamin a
appelé un jour « l’exploitation du producteur au nom d’un principe, la
 » créativité  » », principe selon lequel le poète est supposé avoir accouché
par lui-même de son oeuvre, tirée de son pur esprit7. On répugne
cependant à admettre que les contraintes politiques, institutionnelles
et idéologiques s’exercent de la même manière sur l’auteur en tant
qu’individu. Un humaniste estimera qu’il est intéressant, pour bien
interpréter Balzac, de savoir que, dans la Comédie humaine, il a été
influencé par le conflit entre Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier, mais il
aura vaguement l’impression que l’influence du même ordre exercée par
les théories monarchistes profondément réactionnaires rabaisse son
« génie » et ne mérite donc pas d’être étudiée aussi sérieusement. De
même —comme Harry Bracken s’est acharné à le montrer—, des
philosophes vont discuter de Locke, de Hume et de l’empirisme sans
jamais tenir compte du fait qu’il y a une relation explicite, chez ces
écrivains classiques, entre leurs doctrines « philosophiques » et la théorie
raciale, la justification de l’esclavage et des arguments en faveur de
l’exploitation coloniale8 . Ce sont des procédés très courants qui permettent
à l’érudition contemporaine de conserver sa pureté.
II se peut bien que la plupart des tentatives faites pour plonger le
nez de la culture dans la boue de la politique aient été grossièrement
iconoclastes; il se peut aussi que l’interprétation sociale de la littérature
dans mon domaine propre ne soit pas allée de pair avec les immenses
avancées techniques de l’analyse textuelle détaillée. Mais on ne peut
esquiver le fait que les études littéraires en général, et les théoriciens
marxistes américains en particulier, ne se sont pas donné la peine de
combler la lacune entre le niveau superstructurel et le niveau fondamental
dans l’érudition historique textuelle; à une autre occasion, je suis
allé jusqu’à dire que Y establishment littéraire et culturel dans son
ensemble a déclaré hors jeu l’étude sérieuse de l’impérialisme et de la
culture9. Car l’orientalisme nous confronte directement à cette
question — à savoir, reconnaître que l’impérialisme politique gouverne
un domaine entier des études, de l’imagination et des institutions
savantes — de telle sorte que c’est une impossibilité intellectuelle et
historique de l’éviter. Cependant, il restera toujours l’échappatoire
éternelle : dire qu’un spécialiste des études littéraires et un philosophe,
par exemple, ont été formés respectivement pour la littérature et la
philosophie, et non pour la politique et l’analyse idéologique.

 Autrement dit, l’argument du spécialiste peut bloquer avec une grande
efficacité la perspective qui est plus vaste et, à mon avis, plus sérieuse
du point de vue intellectuel.
Il me semble ici qu’on peut donner une réponse simple en deux parties,
du moins dans la mesure où il s’agit d’étudier l’impérialisme et la
culture (ou l’orientalisme). En premier lieu, tous les écrivains du dixneuvième
siècle, ou presque (et c’est vrai en gros pour les écrivains des
époques antérieures), étaient extraordinairement conscients du fait de
l’empire : c’est un sujet qui n’a pas été très bien étudié, mais un spécialiste
moderne de l’ère victorienne admettra rapidement que des héros
de la culture libérale, John Stuart Mill, Matthew Arnold, Carlyle,
Newman, Macaulay, Ruskin, George Eliot et même Dickens avaient
des opinions bien définies sur la race et l’impérialisme, qu’on peut facilement
retrouver dans leurs écrits. C’est ainsi que même un spécialiste
doit finir par admettre que Mill, par exemple, a écrit clairement dans
On Liberty et dans Représentative Government que ses idées ne
peuvent s’appliquer à l’Inde (après tout, il a été fonctionnaire à l’India
Office pendant une bonne partie de sa vie) parce que les Indiens sont
inférieurs par leur civilisation, sinon par leur race. On trouve des paradoxes
du même genre chez Marx, comme j’essaie de le montrer dans
ce livre.
En second lieu, ce n’est pas du tout la même chose de croire que la
politique, sous la forme de l’impérialisme, pèse sur la production littéraire,
l’érudition, les théories sociales et l’écriture de l’histoire, et
d’affirmer que la culture est de ce fait abaissée ou dénigrée. Bien au
contraire : toute ma thèse consiste à dire que nous comprendrons mieux
la persistance et la longévité de systèmes hégémoniques saturants tels
que la culture si nous reconnaissons que leurs contraintes internes sur
les écrivains et les penseurs sont productives et non unilatéralement
inhibitrices. C’est cette idée que Gramsci, certainement, et Foucault,
et Raymond Williams, chacun à sa manière, ont essayé d’illustrer.
Rien qu’une page ou deux de Williams sur « les utilisations de
l’Empire » dans The Long Révolution nous en apprennent plus sur la
richesse culturelle du dix-neuvième siècle que bien des volumes d’analyses
textuelles hermétiques 1 0.
C’est pour cela que j’étudie l’orientalisme comme un échange dynamique
entre les auteurs individuels et les vastes entreprises politiques
formées par les trois grands empires — le britannique, le français, l’américain
— sur le territoire intellectuel et imaginaire desquels les écrits

ont été produits. Ce qui m’intéresse le plus, comme homme de science,
ce n’est pas la vérité politique brute, mais le détail, de même que ce
qui nous intéresse chez quelqu’un comme Lane, ou Flaubert,ou Renan,
ce n’est pas la vérité indiscutable (pour lui) que les Occidentaux sont
supérieurs aux Orientaux, mais le témoignage fortement élaboré et
modulé qu’en donnent les détails de son oeuvre à l’intérieur du très
vaste espace frayé par cette vérité. Par exemple, si les Manners and
Customs of Modem Egyptians d’Edward William Lane sont un classique
de l’observation historique et anthropologique, c’est à cause de
leur style, de leurs détails si intelligents et si brillants et non parce
qu’ils sont le simple reflet de la supériorité raciale de leur auteur.
Voici donc le genre de questions politiques que pose l’orientalisme :
quels sont les autres types d’énergies intellectuelle, esthétique, savante
et culturelle qui ont participé à l’élaboration d’une tradition impérialiste
comme la tradition orientaliste? Comment la philologie, la lexicographie,
l’histoire, la biologie, les théories politiques et économiques, la
composition de romans et de poésie lyrique ont-elles servi à la conception
du monde carrément impérialiste de l’orientalisme? Quels sont les
changements, les modulations, les raffinements, les révolutions même
qui se sont produits dans l’orientalisme? Quelle est la signification de
l’originalité, de la continuité, ou de l’individualité, dans ce contexte?
Comment l’orientalisme se transmet-il ou se reproduit-il d’une époque
à l’autre? Enfin, comment pouvons-nous traiter le phénomène culturel
et historique de l’orientalisme comme une sorte d’oeuvre humaine
voulue —et non comme une simple ratiocination dans le vide —dans
toute sa complexité historique, tous ses détails, et toute sa valeur,
sans perdre de vue en même temps l’alliance entre le travail culturel,
les tendances politiques, l’État et les réalités spécifiques de la domination?
Guidée par des préoccupations de ce genre, une étude humaniste
peut s’attaquer de manière responsable à la politique et à la
culture. Mais cela ne veut pas dire que cette étude établit une règle
immuable concernant les relations entre science et politique. Ma thèse
est que toute recherche humaniste doit formuler la nature de cette
relation dans le contexte spécifique de son étude, de son sujet et de ses
circonstances historiques.
2. La question méthodologique. Dans un ouvrage précédent, j’ai
consacré bien des réflexions et des analyses à montrer combien il était
important pour la méthode, en matière de sciences humaines, de trouver

 et de formuler une première étape, un point de départ, un principe
initial 11 . La principale leçon que j’ai apprise et essayé de présenter est
qu’il n’existe rien qui ressemble à un point de départ purement et
simplement donné ou facile à se procurer : dans tout projet de
recherche, il faut débuter de manière à rendre possible ce qui doit
découler de ce début. Jamais je n’ai éprouvé la difficulté de cette règle
avec une conscience aussi claire (avec quel succès ou quel échec, je ne
saurais vraiment le dire) que dans mon étude de l’orientalisme.
L’idée de commencer, en fait l’acte de commencer implique nécessairement
un acte de délimitation par lequel on prélève quelque chose
dans une grande masse de matière, par lequel on le sépare de cette
masse, par lequel on fait qu’il représente, qu’il soit, un point de départ,
un commencement : pour celui qui étudie les textes, cette conception
d’une délimitation inaugurale est ce que Louis Althusser appelle la
problématique, une unité déterminée spécifique d’un texte ou d’un
groupe de textes, qui est quelque chose à quoi l’analyse a donné naissance
n . Cependant, dans le cas de l’orientalisme (à l’inverse des textes
de Marx, qu’étudie Althusser), il ne s’agit pas simplement de trouver
le point de départ, ou la problématique, mais aussi de désigner les
textes, les auteurs, les périodes qui conviennent le mieux à l’étude.
Il me semble que cela n’avait aucun sens de tenter d’écrire une
histoire-récit encyclopédique de l’orientalisme, d’abord parce que si
mon principe directeur avait dû être l’« idée européenne de l’Orient »,
la matière à traiter aurait été pratiquement illimitée; en deuxième
lieu, parce que le modèle narratif en lui-même ne convenait pas à mes
intentions descriptives et politiques; en troisième lieu, parce que des
ouvrages comme la Renaissance orientale de Raymond Schwab, Die
Arabischen Studien in Europa bis in den Anfang des 20. Jahrhunderts
de Johann Fuck et, plus récemment, The Matter of Araby in Médiéval
England de Dorothée Metlitzki1 3 , sont déjà des travaux encyclopédiques
sur certains aspects du contact de l’Europe et de l’Orient, qui
modifient la tâche du critique, dans le contexte politique et intellectuel
que j’ai esquissé.
Restait le problème de ramener de très épaisses archives à des dimensions
maniables et, ce qui est plus important, de faire ressortir quelque
chose qui soit de la nature d’un ordre intellectuel dans ce groupe de
textes, sans pour autant suivre un ordre aveuglément chronologique.
Mon point de départ a donc été la perception qu’ont eue les Anglais,
les Français et les Américains de l’Orient au sens global du terme,

l’arrière-plan historique et intellectuel qui l’a rendue possible, ses
qualités et ses caractéristiques.
Pour des raisons que je vais expliquer à présent, j’ai limité cet
ensemble de questions, déjà limité (mais encore démesurément vaste),
à la perception qu’ont eue les Anglais, les Français et les Américains
qui ont vécu dans le monde arabe et le monde islamique, lesquels ont,
à eux deux, représenté l’Orient pendant presque un millénaire. Cela a
éliminé d’emblée, semble-t-il, une grande partie de l’Orient — l’Inde,
le Japon, la Chine, et d’autres parties de l’Extrême-Orient — non parce
que ces régions ne sont pas importantes (elles le sont, évidemment),
mais parce qu’on peut étudier la perception européenne du Proche-
Orient ou de l’islam indépendamment de sa perception de l’Extrême-
Orient.
Pourtant, à certaines périodes de cette histoire générale de l’intérêt
de l’Europe pour l’Orient, on ne peut s’occuper de régions particulières,
l’Egypte, la Syrie, l’Arabie, sans étudier aussi comment l’Europe
s’était engagée dans des parties plus lointaines, les principales
étant la Perse et l’Inde : le lien entre l’Egypte et l’Inde en donne un
exemple frappant pour l’Angleterre du dix-huitième et du dix-neuvième
siècle. On peut comprendre de la même façon le rôle des Français
dans le déchiffrement du Zend-Avesta, le rôle prédominant de Paris
comme centre des études sanscrites durant les dix premières années
du dix-neuvième siècle; et n’oublions pas que si Napoléon s’est intéressé
à l’Orient, c’est parce qu’il était conscient du rôle joué par les
Anglais en Inde : tous ces intérêts pour l’Extrême-Orient ont eu une
influence directe sur l’intérêt que la France a pris pour le Proche-
Orient, l’islam et les Arabes.
La Grande-Bretagne et la France ont dominé la Méditerranée orientale
à partir de la fin du dix-septième siècle. Mon étude de cette domination
et de cet intérêt systématique ne rend cependant pas justice a) à
l’importante contribution fournie à l’orientalisme par l’Allemagne,
l’Italie, la Russie, l’Espagne et le Portugal; b) au fait que la révolution
dans les études bibliques, stimulée par des pionniers intéressants à
différents titres, comme l’évêque Lowth, Eichhorn, Herder et Michaelis,
a donné une impulsion marquante à l’étude de l’Orient au dix-huitième
siècle.
En premier lieu, j’ai dû centrer rigoureusement mon travail sur les
matériaux anglo-français, puis américains, parce qu’il me semblait
indiscutable que non seulement l’Angleterre et la France ont été des

pionniers dans l’Orient proprement dit, et dans les études orientales,
mais qu’elles ont conservé ces positions d’avant-garde grâce aux
deux plus grands réseaux coloniaux de l’histoire avant le vingtième
siècle; en Orient, les Américains se sont glissés, depuis la Seconde
Guerre mondiale — tout à fait consciemment, je pense —, dans les
trous que s’étaient creusés les deux puissances européennes. Et puis,
je crois que par leur véritable qualité, leur cohérence, leur masse, les
écrits anglais, français et américains sur l’Orient ont surpassé les travaux,
incontestablement très importants, faits en Allemagne, en Italie,
en Russie et ailleurs. Mais je crois aussi que les démarches capitales
dans l’érudition orientaliste ont d’abord été faites soit en Angleterre,
soit en France, puis ont été perfectionnées par des Allemands. Silvestre
de Sacy, par exemple, n’a pas seulement été le premier orientaliste
européen moderne et professionnel, qui a travaillé sur l’islam, la littérature
arabe, la religion druse et la Perse sassanide; il a aussi été
le maître de Champollion et de Franz Bopp, fondateur de la linguistique
comparée allemande. On peut faire valoir les mêmes droits d’antériorité
puis de prédominance pour William Jones et Edward William
Lane.
En second lieu — et cela compense amplement les faiblesses de
mon étude de l’orientalisme —, d’importants travaux ont été publiés
récemment sur l’arrière-plan des études bibliques, jusqu’au début
de ce que j’ai appelé l’orientalisme moderne. Le meilleur de ces travaux,
celui qui apporte la lumière la plus vive, est le remarquable
« Kubla Khan » and the Fall of Jérusalem de E. S. Shaffer1 4 , une
étude indispensable des origines du romantisme et de l’activité intellectuelle
qui a étayé une bonne part de ce qu’on trouve chez Coleridge,
Browning et George Eliot. Jusqu’à un certain point, l’ouvrage de
Shaffer développe les grandes lignes fournies par Schwab, en articulant
les matériaux pertinents que l’on peut trouver chez les spécialistes
allemands des textes bibliques et en les utilisant pour lire, d’une manière
intelligente et toujours intéressante, les oeuvres de trois grands écrivains
anglais. Ce livre manque cependant d’un certain sens du
tranchant politique aussi bien qu’idéologique que les écrivains français
et anglais qui m’occupent principalement ont donné à l’orientalisme;
en outre, ce que ne fait pas Shaffer, j’essaie d’élucider les développements
ultérieurs de l’orientalisme aussi bien universitaire que
littéraire : d’une part, le lien entre l’orientalisme anglais et l’orientalisme
français, de l’autre, la montée d’un impérialisme d’inspiration

nettement coloniale. Je souhaite encore montrer comment tous ces
thèmes déjà existants se reproduisent plus ou moins dans l’orientalisme
américain après la Seconde Guerre mondiale.
Néanmoins, mon étude peut présenter un aspect trompeur : à part
quelques références occasionnelles, je n’étudie pas de manière exhaustive
les progrès faits par les savants allemands après la période inaugurale
dominée par Silvestre de Sacy. Tout travail qui cherche à faire
comprendre l’orientalisme universitaire et qui ne porte guère d’attention à
des savants tels que Steinthal, Max Mùller, Becker, Goldziher, Brockelman,
Noldeke — pour n’en citer qu’une poignée — mérite des reproches,
et je m’en fais. Je regrette particulièrement de ne pas mieux tenir
compte du grand prestige scientifique qu’ils ont apporté à l’érudition
allemande au milieu du dix-neuvième siècle; George Eliot a dénoncé
les savants britanniques insulaires qui les ignoraient : je pense à l’inoubliable
portrait qu’elle fait de Mr. Casaubon dans Middlemarch […]
George Eliot n’a pas tort quand elle donne à entendre qu’aux environs
de 1830, époque où se passe son roman, l’érudition allemande a
totalement atteint sa position prééminente en Europe. Mais, à aucun
moment pendant les deux premiers tiers du dix-neuvième siècle,
celle-ci n’a vu se développer une association étroite entre les orientalistes
et un intérêt national prolongé, soutenu, en Orient. En Allemagne,
il n’y a rien eu qui corresponde à la présence anglo-française
en Inde, au Levant, en Afrique du Nord. Bien plus, l’Orient
allemand était presque exclusivement un Orient érudit, ou du moins
classique : il a servi de sujet à la poésie lyrique, à des oeuvres d’imagination,
à des romans même, mais il n’a jamais été réel comme
l’Egypte et la Syrie ont été réelles pour Chateaubriand, Lane, Lamartine,
Burton, Disraeli ou Nerval. Ce n’est pas sans raison que les deux
oeuvres allemandes les plus célèbres sur l’Orient, le Westôstlicher
Diwan (Divan occidental-oriental) de Goethe et Ùber die Sprache
und Weisheit der Indier (Essai sur la langue et la philosophie des
Indiens) de Friedrich Schlegel ont pour origine respectivement une
croisière sur le Rhin et des heures passées dans les bibliothèques parisiennes.
L’oeuvre de l’érudition allemande a été de raffiner et de perfectionner
des techniques s’appliquant à des textes, à des mythes, à
des idées et à des langues recueillis presque littéralement en Orient
par l’Angleterre et la France impériales.
Cependant, ce que l’orientalisme allemand a eu de commun avec
l’orientalisme anglo-français, puis l’orientalisme américain, c’est une

espèce d’autorité sur l’Orient à l’intérieur de la culture occidentale.
Cette autorité doit être en grande partie le sujet de toute description
de l’orientalisme, et c’est le cas ici. Le nom même d »orientalisme
suggère le style sérieux, voire même pesant, d’un expert; quand je
l’applique aux sciences sociales américaines modernes (ce n’est pas
l’utilisation classique de ce terme, puisque ces chercheurs ne s’appellent
pas eux-mêmes orientalistes), c’est pour attirer l’attention sur la manière
dont les experts sur les questions du Moyen-Orient peuvent encore
faire fond sur les vestiges de la position intellectuelle qu’avait l’orientalisme
dans l’Europe du dix-neuvième siècle.
L’autorité n’a rien de mystérieux, ni de naturel. Elle est formée,
irradiée, disséminée; elle est instrumentale, elle est persuasive; elle a un
statut, elle établit les canons du goût, les valeurs; elle est pratiquement
indiscernable de certaines idées auxquelles elle donne la dignité du
vrai et de traditions, de perceptions qu’elle forme, transmet, reproduit.
Par-dessus tout, l’autorité peut, en fait doit, être analysée. Tous ces
attributs de l’autorité s’appliquent à l’orientalisme, et une bonne partie
de ce que je fais dans cette étude est de décrire et l’autorité historique
de l’orientalisme et les personnes qui font autorité dans l’orientalisme.
Pour cette étude de l’autorité, mes principaux outils méthodologiques
sont ce qu’on peut appeler la localisation stratégique, qui est une
manière de décrire la position de l’auteur d’un texte par rapport
au matériau oriental sur lequel il écrit, et la formation stratégique,
qui est une manière d’analyser la relation entre les textes et la façon
dont des groupes de textes, des types de textes, des genres de textes
même, acquièrent de la masse, de la densité et un pouvoir de référence.
J’utilise simplement cette notion de stratégie pour définir le
problème rencontré par tout écrivain traitant de l’Orient : comment
l’appréhender, comment l’approcher, comment éviter d’être vaincu ou
submergé par sa sublimité, son étendue, ses terribles dimensions.
Celui qui écrit sur l’Orient doit définir sa position vis-à-vis de celui-ci :
traduite dans son texte, cette localisation comprend le genre de ton
narratif qu’il adopte, le type de structures qu’il construit, l’espèce
d’images, de thèmes, de motifs qui circulent dans son texte —qui
tous s’ajoutent à des façons délibérées de s’adresser au lecteur, de
saisir l’Orient et enfin de le représenter ou de parler en son nom.
Rien de tout cela ne se passe dans l’abstrait, cependant. Tout écrivain
parlant de l’Orient (et c’est vrai même d’Homère) suppose un

précédent oriental, une connaissance préalable de l’Orient auxquels il
se réfère et sur lesquels il s’appuie. De plus, tout ouvrage sur l’Orient
s’associe à d’autres ouvrages, à des publics, à des institutions, à l’Orient
lui-même. L’ensemble des relations entre les ouvrages, les publics
et certains aspects particuliers de l’Orient constitue donc une formation
analysable — par exemple, la relation entre les études philologiques, les
anthologies de textes tirés de la littérature orientale, les récits de
voyages, les fictions orientales — dont la présence dans le temps, dans
le discours, dans les institutions (écoles, bibliothèques, bureaux des
affaires étrangères) lui donne force et autorité.
J’espère avoir fait comprendre clairement que mon souci de l’autorité
n’entraîne pas l’analyse de ce qui est enfoui dans le texte orientaliste,
mais plutôt l’analyse de sa surface, de son extériorité par
rapport à ce qu’il décrit. Je pense qu’on n’insiste jamais trop sur cette
idée. L’orientalisme repose sur l’extériorité, c’est-à-dire sur ce que
l’orientaliste, poète ou érudit, fait parler l’Orient, le décrit, éclaire ses
mystères pour l’Occident. L’Orient ne le concerne jamais que comme
cause première de ce qu’il dit. Ce qu’il dit et ce qu’il écrit, du fait que
c’est dit ou écrit, a pour objet d’indiquer que l’orientaliste est en dehors
de l’Orient, à la fois comme fait existentiel et comme fait moral. Le
principal produit de cette extériorité est évidemment la représentation :
dès les Perses d’Eschyle, l’Orient cesse d’être une altérité lointaine et
souvent menaçante pour s’incarner en des figures relativement familières
(pour Eschyle, un choeur de femmes asiatiques en deuil). L’immédiateté
dramatique de la représentation des Perses voile le fait que le
public regarde une mise en scène très artificielle de ce dont un non-
Oriental a fait un symbole de tout l’Orient.
Mon analyse du texte orientaliste met donc l’accent sur le témoignage,
nullement invisible, donné par ces représentations en tant que
représentations, non en tant que descriptions « naturelles » de l’Orient.
On trouve ce témoignage d’une manière tout aussi marquée dans les
textes qu’on pourrait dire véridiques (histoires, analyses philologiques,
traités politiques) que dans ceux qui se reconnaissent comme artistiques
(c’est-à-dire ouvertement de fiction). Il faut considérer le style,
les figures du discours, le plan, les procédés narratifs, les conditions
historiques et sociales, et non l’exactitude de la représentation ni sa
fidélité à quelque grand original. L’extériorité de la représentation est
toujours gouvernée par une version ou une autre du truisme : si
l’Orient pouvait se représenter lui-même, il le ferait; puisqu’il ne le peut

pas, la représentation fait le travail, pour l’Occident, et, faute de mieux,
pour le pauvre Orient. « Sie kônnen sich nicht vertreten, sie mtissen
vertreten werden », comme l’écrit Marx dans le Dix-huit Brumaire de
Louis Bonaparte.
J’ai une autre raison d’insister sur l’extériorité : je crois qu’il faut
dire clairement, à propos du discours culturel et des échanges à l’intérieur
d’une culture, que ce qui est couramment mis en circulation par
ceux-ci n’est pas la « vérité », mais des représentations. Il est à peine
nécessaire de démontrer encore une fois que la langue elle-même est
un système fortement organisé et codé qui met en oeuvre de nombreux
procédés pour exprimer, indiquer, échanger des messages et des
informations, représenter, etc. Dans tout exemple de langue écrite,
pour le moins, il n’y a rien qui soit une présence donnée, mais tout y
est re-présence, ou représentation. La valeur, l’efficacité, la force, la
vérité apparente d’une assertion écrite sur l’Orient reposent très peu
sur l’Orient en tant que tel et ne peuvent en dépendre instrumentalement.
Au contraire, l’assertion écrite est une présence pour le lecteur
du fait qu’elle a exclu, déplacé, rendu superflu « l’Orient » comme
chose réelle.
Ainsi, tout l’orientalisme tient lieu de l’Orient, et s’en tient à distance
: que l’orientalisme ait le moindre sens dépend plus de l’Occident
que de l’Orient, et l’on est directement redevable de ce sens à différentes
techniques occidentales de représentation qui rendent l’Orient visible,
clair, et qui font qu’il est « là » dans le discours qu’on tient à son sujet.
Ces représentations s’appuient pour leurs effets sur des institutions, des
traditions, des conventions, des codes d’intelligibilité, et non sur un
Orient lointain et amorphe.
Les représentations que l’on se faisait de l’Orient avant le dernier
tiers du dix-huitième siècle différent de celles que l’on s’en est faites
après (à savoir celles qui appartiennent à ce que j’appelle l’orientalisme
moderne) en ce que leur domaine s’est énormément étendu au cours de
cette dernière période. Il est vrai qu’après William Jones et Anquetil-
Duperron, après l’expédition d’Egypte de Bonaparte, l’Europe s’est
mise à connaître l’Orient de manière plus scientifique, à y vivre avec
une autorité et une discipline plus grandes qu’elle ne l’avait jamais fait.
Mais ce qui a compté pour elle, c’est la portée plus grande et le perfectionnement
plus poussé de ses techniques pour recevoir l’Orient.
Quand, au tournant du dix-huitième siècle, l’Orient révèle définitivement
l’âge de ses langues — remontant ainsi plus haut dans le temps

que la généalogie divine de l’hébreu—, c’est un groupe d’Européens
qui le découvre, qui transmet à d’autres savants et conserve cette
découverte dans une science nouvelle : la philologie indo-européenne.
Une science, nouvelle et puissante, est née, destinée à examiner l’Orient
linguistique et, avec elle, comme l’a montré Foucault dans les Mots et
les Choses, tout un réseau d’intérêts scientifiques connexes. D’une
manière comparable, William Beckford, Byron, Goethe et Hugo ont
restructuré l’Orient par leur art et fait voir ses couleurs, ses lumières,
ses peuples grâce à leurs images, leurs rythmes et leurs motifs.
L’Orient « réel » a tout au plus provoqué la vision d’un écrivain, il l’a
très rarement guidée.
L’orientalisme a plus répondu à la culture qui l’a produit qu’à son
objet putatif, lui aussi produit par l’Occident. Ainsi, l’histoire de
l’orientalisme présente à la fois une cohérence interne et un ensemble
fortement articulé de relations avec la culture dominante qui l’entoure.
Par conséquent, j’essaie par mes analyses de montrer quelles sont la
forme de ce domaine et son organisation interne, quels sont ses pionniers,
ses autorités patriarcales, ses textes canoniques, ses idées doxologiques,
ses figures exemplaires, ses épigones, ses commentateurs et
ses autorités nouvelles; j’essaie aussi d’expliquer comment l’orientalisme
a emprunté des « idées-forces », des doctrines et des tendances
culturelles et a souvent été inspiré par elles. C’est ainsi qu’il y eut (et
qu’il y a) un Orient linguistique, un Orient freudien, un Orient spenglérien,
un Orient darwinien, un Orient raciste, etc. Cependant, il n’y a
jamais eu d’Orient pur, ou non conditionné; de même qu’il n’y a jamais
eu de forme non matérielle de l’orientalisme, moins encore quelque
chose d’innocent qui soit une « idée » de l’Orient.
Je me distingue, par cette conviction sous-jacente et par ses conséquences
méthodologiques, des chercheurs qui ont étudié l’histoire des
idées. En effet, les points d’accentuation, l’allure performative et
surtout l’efficience matérielle des assertions du discours orientaliste
sont possibles dans des circonstances que toute histoire hermétique des
idées tend à négliger complètement. Sans ces accentuations et cette
efficience matérielle, l’orientalisme ne serait qu’une idée comme une
autre, alors qu’il est et qu’il a été bien plus que cela. C’est pourquoi je
me propose d’examiner, non seulement des ouvrages savants, mais
aussi des oeuvres littéraires, des pamphlets politiques, des articles de
journaux, des récits de voyages, des études religieuses et philologiques.
Autrement dit, je me suis placé dans une perspective hybride qui est
en gros historique et « anthropologique », étant donné que je crois que
tous les textes sont liés au monde, sont des oeuvres de circonstance,
dans des conditions différentes, bien sûr, selon le genre et la période
historique.
Cependant, je me sépare de Michel Foucault, à l’oeuvre de qui je
dois beaucoup, sur un point : je crois en l’influence déterminante
d’écrivains individuels sur le corpus des textes, par ailleurs collectif et
anonyme, constituant une formation discursive telle que l’orientalisme.
L’unité du vaste ensemble de textes que j’analyse vient pour une part
du fait qu’ils se réfèrent souvent les uns aux autres : l’orientalisme est
après tout un système de citations d’ouvrages et d’auteurs. Les
Manners and Customs of the Modem Egyptians de Lane ont été lues
et citées par des hommes aussi différents que Nerval, Flaubert et
Richard Burton. Ce livre faisait autorité, et, pour qui écrivait ou pensait
à l’Orient — pas seulement à l’Egypte —, il était impératif de l’utiliser :
quand Nerval reproduit mot pour mot des passages des Modem Egyptians,
il fait appel à l’autorité de Lane pour décrire des scènes de la vie
villageoise syrienne, et non égyptienne. Lane possède cette autorité, il
est cité à propos et hors de propos parce que l’orientalisme a été
capable d’en faire un texte de référence. Cependant, on ne peut
comprendre ce caractère chez Lane sans comprendre aussi les traits
particuliers de son texte; c’est également vrai pour Renan, Silvestre de
Sacy, Lamartine, Schlegel et pour tout un groupe d’écrivains importants.
Foucault croit qu’en général le texte ou l’auteur individuel
compte très peu; l’expérience me montre qu’il n’en est pas ainsi dans le
cas de l’orientalisme (et peut-être nulle part ailleurs). Par conséquent,
je procède dans mes analyses par explications de textes dans le but de
révéler la dialectique entre le texte ou l’écrivain individuel et la formation
collective complexe à laquelle l’oeuvre en question est une
contribution.
Cependant, bien qu’il comprenne un vaste choix d’écrivains, ce livre
est encore loin d’être une histoire complète ou un compte rendu général
de l’orientalisme. Je suis bien conscient de cette insuffisance. C’est
grâce à la richesse de son tissu si serré que l’orientalisme a pu durer et
servir dans la société occidentale : tout ce que j’ai fait, c’est de décrire
des parties de ce tissu à certains moments et je me suis contenté de
suggérer l’existence d’un tout plus vaste, détaillé, marqué de personnages,
de textes et d’événements passionnants. Je me suis fait une raison
en pensant que ce livre n’est qu’un acompte et j’espère que des

savants et des critiques auront envie d’en écrire d’autres. Une étude
générale sur l’impérialisme et la culture reste à écrire; il faudrait approfondir
la question des liens entre orientalisme et pédagogie, celle de
l’orientalisme italien, hollandais, allemand et suisse, celle de la dynamique
entre érudition et fiction, celle de la relation entre les conceptions
administratives et la discipline intellectuelle. La tâche la plus importante
serait peut-être d’entreprendre des recherches sur ce qui remplace
actuellement l’orientalisme, de se demander comment l’on peut étudier
d’autres cultures et d’autres populations dans une perspective qui soit
libertaire, ni répressive ni manipulatrice. Mais il faudrait alors repenser
tout le problème complexe du savoir et du pouvoir. Voilà des tâches
qui, chose embarrassante, n’ont pas été menées à terme dans cette étude.
Deuxième observation, qui est peut-être une manière de me flatter :
j’ai rédigé ce travail en pensant à plusieurs catégories de lecteurs. A
ceux qui s’intéressent à la littérature et à la critique littéraire, l’orientalisme
offre un magnifique exemple des relations qui existent entre société,
histoire et textualité; de plus, le rôle joue par l’Orient dans la culture
de l’Occident met l’orientalisme en rapport avec l’idéologie, la politique
et la logique du pouvoir, sujets qui, à mon avis, sont pertinents pour la
communauté littéraire. En pensant à ceux qui étudient aujourd’hui
l’Orient, des chercheurs universitaires à ceux qui inspirent la politique,
j’avais deux desseins : l’un est de leur présenter leur généalogie intellectuelle,
l’autre de critiquer les présupposés souvent indiscutés sur
lesquels ils fondent une grande partie de leur travail, en espérant susciter
ainsi des discussions. Le lecteur qui n’est pas un spécialiste trouvera
dans cette étude des sujets qui retiennent toujours l’attention, liés
non seulement à la façon dont l’Occident conçoit et traite l’Autre, mais
encore au rôle singulièrement important joué par la culture occidentale
dans ce que Vico appelait le monde des nations. Enfin, cette étude propose
aux lecteurs de ce qu’on appelle le tiers monde une étape vers la
compréhension, non pas tellement de la politique occidentale et du
monde non occidental dans cette politique, mais de la force du discours
culturel occidental, force qu’on croit souvent à tort n’être que décorative
ou relevant de la superstructure. J’espère avoir illustré la redoutable
structure de la domination culturelle et montré, tout particulièrement
aux peuples qui furent colonisés, les dangers et les tentations
d’appliquer cette structure pour eux et pour les autres.
J’ai divisé ce livre en trois parties et onze chapitres, dans le but de
faciliter l’exposé autant que possible. La première partie, « Le domaine

de l’orientalisme », dessine un grand cercle autour de tous les aspects
du sujet, pour les analyser en termes de temps et d’expériences historiques
aussi bien qu’en termes de motifs philosophiques et politiques.
La deuxième partie, « L’orientalisme structuré et restructuré », a pour
objet de retracer le développement de l’orientalisme moderne en suivant,
en gros, la chronologie et en décrivant un ensemble de procédés
communs aux oeuvres de poètes, d’artistes et de savants de quelque
importance. La troisième partie, « L’orientalisme aujourd’hui », commence
là où s’arrête la précédente : aux alentours de 1870. C’est
l’époque de la grande expansion coloniale en Orient, qui culmine avec
la Seconde Guerre mondiale. Le dernier chapitre de cette troisième partie
montre comment l’hégémonie passe des mains des Anglais et des
Français à celles des Américains : je tente d’y esquisser les réalités
intellectuelles et sociales de l’orientalisme américain d’aujourd’hui.
3. La dimension personnelle. Dans ses Cahiers de prison, Gramsci
dit : « Le point de départ de l’élaboration critique est la conscience de
ce qui est réellement, c’est-à-dire un  » connais-toi toi-même  » en tant
que produit du processus historique qui s’est déroulé jusqu’ici et qui a
laissé en toi-même une infinité de traces, reçues sans bénéfice d’inventaire.
C’est un tel inventaire qu’il faut faire pour commencer 16 . »
Mon investissement personnel dans cette étude vient en grande
partie du fait que, en grandissant dans deux colonies anglaises, j’ai
compris que j’étais un « Oriental ». Dans ces colonies (la Palestine et
l’Egypte), puis aux États-Unis, toute mon éducation a été occidentale,
et pourtant ce sentiment ancien et profond a persisté. En étudiant
l’orientalisme, j’ai essayé de bien des manières de faire l’inventaire des
traces laissées en moi, sujet oriental, par la culture dont la domination
a été un facteur si puissant dans la vie de tous les Orientaux. C’est
pourquoi j’ai dû centrer mon attention sur l’Orient islamique. Ce n’est
pas à moi de juger si ce que j’ai réalisé est bien l’inventaire que prescrit
Gramsci, mais j’ai bien senti combien il était important d’avoir conscience
d’essayer de le faire. J’ai tenté, tout au long de mon travail, avec
toute la rigueur et la rationalité dont j’ai été capable, de conserver un
esprit critique, ainsi que d’utiliser les instruments de recherche historique
humanistes et culturels dont mon éducation m’a rendu l’heureux
bénéficiaire. Rien de tout cela, malgré tout, ne m’a fait perdre le contact
avec la réalité culturelle d’un Oriental, avec l’implication personnelle
qui me constitue comme tel.

Les circonstances historiques qui permettent une telle étude sont
assez complexes, et je ne peux que les énumérer schématiquement.
Tous ceux qui ont vécu en Occident, en particulier aux États-Unis
depuis les années cinquante, seront passés par une ère d’extraordinaire
turbulence dans les relations Est-Ouest. Il n’a pu leur échapper que
« l’Est » a toujours signifié danger et menace pendant cette période,
qu’il désigne l’Orient traditionnel ou la Russie. Dans les universités,
l’organisation d’un nombre croissant de programmes et d’instituts
étudiant les aires culturelles (area studies) a fait de l’étude savante
de l’Orient une branche de la politique nationale. Les affaires publiques,
aux États-Unis, comportent un intérêt sain pour l’Orient, autant
pour son importance stratégique et économique que pour son exotisme
traditionnel. Si le monde est devenu directement accessible
au citoyen occidental qui vit à l’âge de l’électronique, l’Orient aussi
s’est rapproché de lui, et c’est maintenant moins un mythe qu’un
lieu où s’enchevêtrent des intérêts occidentaux, spécialement américains.
L’un des aspects du monde de l’électronique « postmoderne » est le
renforcement des stéréotypes qui décrivent l’Orient. La télévision, les
films, toutes les ressources des média ont fait entrer de force l’information
dans des moules de plus en plus standardisés. Pour ce qui est de
l’Orient, la standardisation et la formation de stéréotypes culturels ont
renforcé l’emprise de la démonologie de « l’Orient mystérieux » qui
était, au dix-neuvième siècle, du domaine de l’université et de l’imagination.
Ce n’est nulle part aussi vrai que dans la manière d’appréhender
le Proche-Orient. Trois facteurs ont contribué à faire de la perception,
même la plus simple, des Arabes et de l’islam quelque chose de fortement
politisé, presque de démagogique : a) l’histoire des préjugés populaires
antiarabes et anti-islamiques en Occident, qui se reflète immédiatement
dans l’histoire de l’orientalisme; b) la lutte entre les Arabes et le
sionisme israélien, ses effets sur les juifs américains ainsi que, plus
généralement, sur la culture libérale et la masse de la population;
c) l’absence presque totale de la moindre attitude culturelle qui permette
soit de s’identifier aux Arabes et à l’islam, soit d’en discuter sans
passion. Il est à peine nécessaire d’ajouter que, parce que actuellement
on associe à tel point le Moyen-Orient et la politique des grandes puissances,
l’économie du pétrole et la dichotomie simpliste entre Israël,
épris de liberté et démocratique, et les mauvais Arabes, totalitaires et
terroristes, on n’a que de faibles chances de savoir clairement de quoi

l’on parle lorsqu’il s’agit du Proche-Orient; ce qui ne manque pas d’être
déprimant.
L’une des raisons qui m’ont poussé à écrire ce livre est mon expérience
personnelle de ce sujet. La vie d’un Palestinien arabe en Occident,
en particulier en Amérique, est décourageante. Il y rencontre un
consensus presque unanime sur le fait que, politiquement, il n’existe
pas; quand on veut bien accepter son existence, il est soit un gêneur, soit
un Oriental. Le filet de racisme, de stéréotypes culturels, d’impérialisme
politique, d’idéologie déshumanisante qui entoure l’Arabe ou le musulman
est réellement très solide, et tout Palestinien en vient à le ressentir
comme un châtiment que lui réserve spécialement le sort. C’est encore
pire lorsqu’il remarque qu’aucun de ceux qui, aux États-Unis, sont impliqués
du fait de leurs fonctions dans le Proche-Orient — c’est-à-dire
aucun orientaliste — ne s’est jamais sincèrement identifié avec les
Arabes, que ce soit d’un point de vue culturel ou politique; il y a bien
eu des identifications à certains niveaux, mais elles n’ont jamais pris la
forme « acceptable » de l’identification des libéraux américains avec le
sionisme, et elles ont trop souvent présenté la tare fondamentale d’être
associées soit à des intérêts politiques et économiques discrédités (arabisants
des compagnies pétrolières et du Département d’État, par
exemple), soit à la religion.
Pour moi, le noeud de savoir et de pouvoir qui crée « l’Oriental »
et en un sens l’oblitère comme être humain n’est donc pas une question
exclusivement universitaire; c’est cependant une question intellectuelle
qui a une importance très évidente. J’ai été capable de mettre
en oeuvre mes préoccupations humanistes et politiques pour analyser
et décrire un sujet très concret, la naissance, le développement et la
consolidation de l’orientalisme. On suppose trop souvent que la littérature
et la culture sont politiquement et même historiquement innocentes;
cela m’a toujours semblé faux, et l’étude que j’ai faite de l’orientalisme
m’a convaincu (et convaincra, je l’espère, mes collègues en
littérature) que société et culture littéraire ne peuvent être comprises et
étudiées qu’ensemble. En outre, et par une logique presque inévitable,
je me suis trouvé en train d’écrire une histoire rattachée par un lien
mystérieux et secret à l’antisémitisme occidental. Que l’antisémitisme
et, comme je l’ai montré pour sa branche islamique, l’orientalisme
se ressemblent très étroitement, c’est une vérité historique,
culturelle et politique qu’il suffit de mentionner à un Palestinien arabe
pour que l’ironie qu’elle implique soit parfaitement comprise. Mais

j’espère aussi avoir contribué ici à une meilleure compréhension de la
manière dont la domination culturelle a opéré. Si cela peut encourager
un nouveau rapport avec l’Orient, en fait éliminer complètement
« l’Orient » et « l’Occident », nous aurons fait quelques pas dans le
processus de ce que Raymond Williams a appelé le « désapprentissage
» de « l’esprit spontané de domination 17 ».

1
LE DOMAINE DE L’ORIENTALISME

suite…

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LE MOYEN-ORIENT ANTIQUE


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Auteur : Garbini Giovanni
Ouvrage : Le Moyen-Orient antique
Année : 1969

Professeur à l ’Institut
d ’études proche-orientales, Université de Rome.

Traduit de l’anglais par
MARIE-LAURE LE GAL

 

Introduction
La longue histoire de l’homme tel que nous le connaissons aujourd’hui,
commence il y a entre un million et un demi-million d ’années.
Pendant très longtemps l ’homme vécut d ’une façon simple et primitive,
dominé par le climat et la géographie, luttant pour survivre,
errant en quête d ’abri et de nourriture. Des groupes entiers pouvaient
périr à la suite d ’une erreur de jugement, ou si instinct et intuition
leur manquaient. Puis, après des milliers d ’années, dans certaines
régions favorables, l ’homme apprit à vivre en communautés. Il put
élever une famille dans une sécurité relative, faire des récoltes, élever
des animaux, se bâtir des abris. C ’est alors que l’organisation plus
stable et plus complexe d ’une civilisation évoluée devint possible.
Ignorant les origines du monde et cependant conscient d ’un ordre
naturel, l’homme s ’interrogea, et les premières formes de religion
furent le fruit de cette réflexion. Le besoin d ’ordre et de responsabilité
sociale, à l’intérieur du groupe, suscita l’apparition du droit et de
la royauté. L ’homme était passé d ’une culture primitive à une culture
évoluée.
Ce livre étudie l’évolution historique et sociale de certaines civilisations
évoluées et leurs formes d ’expression artistique. On trouve
les plus anciennes réalisations artistiques, politiques et religieuses de
ces cultures, dans la région connue aujourd’hui sous le nom de
Moyen-Orient antique. Cette région s ’étend depuis l’Égypte et l’Anatolie
à l’ouest, jusqu ’au plateau iranien à l’est et se prolonge vers le
sud, englobant l’Arabie. Les traits géographiques de cette vaste
contrée sont extrêmement variés. De grandes artères fluviales coupent
cette zone désertique, la vallée du Nil en Égypte et celle du Tigre et
de l’Euphrate en Mésopotamie.
Cette dernière, d ’après la tradition biblique, n ’est autre que l’Éden
ou Paradis terrestre. Entre le Tigre et l’Euphrate, au pied des collines
qui bordent les chaînes montagneuses du nord, se trouve le « Croissant
fertile ». Il décrit un arc depuis le nord de la Mésopotamie jusqu ’à
la Palestine, en passant par le nord de la Syrie et la région côtière
méditerranéenne (Phénicie). Au-dessous de ce croissant s ’étend le
désert syro-arabique, et au-delà, les plateaux d ’Iran traversés, d ’est
en ouest, par des chaînes de montagnes.
C ’est là que se développèrent les plus anciennes civilisations.
Ayant pris naissance dans les vallées des fleuves — d ’abord en Mésopotamie,
puis en Égypte et aux Indes (dans la vallée de l’Indus), les
cultures présentèrent certaines ressemblances dans leurs phases pré-dynastiques.
Ainsi, au début de l’histoire du Moyen-Orient, les
fleuves étaient les grands centres d ’attraction. Les peuples nomades
qui amenaient leurs troupeaux dans les vallées, apprenaient à canaliser
les eaux du fleuve et à irriguer les terres. La culture, puis le
commerce du blé s ’ensuivirent. La stabilité économique dépendait
de l’excédent de blé, et le commerce avec les régions les plus pauvres
se développa.
Cependant, les mouvements ethniques et culturels n ’étaient pas
limités aux plaines. Les communications entre l ’est et l’ouest étaient
possibles par les vallées du nord; ce n ’est que récemment que l’on a
insisté sur ce fait. C ’est ainsi que des relations lièrent l ’Iran, l ’Anatolie
et le Caucase, relations dont les effets devaient se faire sentir plus
tard, lorsque les Kassites et les Hittites descendirent du nord. Ces
peuples « montagnards », qui parlaient en général l’indo-européen,
devaient changer le cours de l’histoire ancienne en Orient.
Néanmoins, les impulsions créatrices les plus fortes des civilisations
antiques au Moyen-Orient, naquirent dans les vallées du Nil,
de l’Euphrate et du Tigre. Les Égyptiens et les Sumériens furent les
premiers à élaborer des structures politiques complexes et puissantes.
Mais s ’il est vrai de dire que les conditions étaient les mêmes
pour tout le monde — les grands fleuves devaient être mis en valeur
afin de procurer subsistance et pouvoir — il n ’en reste pas moins
que l’évolution politique et culturelle des deux races fut totalement
différente.
L ’Égypte a toujours eu une double nature, le nord et le sud, respectivement
appelés Basse et Haute Égypte, qui recherchaient leur
indépendance. Ce dualisme fut toujours tenu en échec p ar un pouvoir
central très fort qui maintint plus ou moins l’unité de l’ Égypte sous
l’autorité du pharaon qui était investi de pouvoirs divins. En Mésopotamie,
d ’autre part, l ’unité politique fut rarement maintenue, à
cause de la puissance individuelle des cités. Chez les Sumériens, le
gouvernement était théocratique, et en Mésopotamie, il était décentralisé.
Les dirigeants sumériens n ’accédèrent jamais à la dignité
divine. Ils représentaient le dieu sur terre et intercédaient auprès de
lui au nom du peuple.
Dans les régions voisines, Iran, Syrie-Palestine, Anatolie, les
structures politiques étaient fortes parfois, comme chez les Hittites
en Anatolie et les Élamites en Iran. Cependant, dans l ’ensemble,
leurs pouvoirs étaient faibles, car leurs royaumes occupaient
d ’immenses territoires et constituaient des proies faciles pour leurs
puissants voisins, l’Égypte et la Mésopotamie.
La civilisation du Moyen-Orient antique nous paraît très uniforme
car nous la voyons avec un recul considérable. En fait, elle varie
beaucoup d ’une région à l’au tre ; la civilisation sumérienne diffère
non seulement de celle de l’Égypte, mais aussi de celle de Babylone,
qui en découle pourtant directement. Cependant les réalisations de
ces civilisations furent parallèles et elles firent quelques échanges.
C ’est à peu près à la même époque q u ’apparut l’écriture avec des
caractères similaires : hiéroglyphes en Égypte, caractères cunéiformes
en Mésopotamie et écriture proto-élamite en Iran. Les caractères
égyptiens révèlent un sens artistique plus grand et les arts graphiques
changeaient d ’une région à l’autre, même si les sources d ’inspiration
étaient identiques. Il ne faut pas oublier, en règle générale, que
l’Égypte, du fait de sa position géographique, est toujours restée
fidèle à elle-même dans le domaine de la langue aussi bien que dans
ceux de l’art, de la religion et de la politique. Par contre, dans les
régions asiatiques, les races se succédaient continuellement, entraînant
des bouleversements linguistiques, politiques et culturels. Pendant
trois millénaires, l’art égyptien montra une continuité unique.
(Les oeuvres de C. Aldred, en Angleterre, et de S. Donadoni en Italie,
sont capitales pour comprendre l’âme de l’art égyptien.) En Asie,
au contraire, les a rts s’influencèrent d ’une région à l’autre et leur
niveau de perfection resta plus bas, dans l’ensemble, q u ’en Égypte.
Lorsque nous examinons les oeuvres d’art d e n ’importe quelle société
primitive, nous ne devons pas oublier que ceux qui les ont faites
avaient des critères d ’appréciation différents des nôtres. A côté des
considérations sociales, politiques et religieuses, nous fondons nos
jugements sur l’esthétique. De nos jours, nous voulons à tout prix
de la « beauté ». Nous recherchons cette qualité indéfinissable aussi
bien dans l’art contemporain que dans l’art d ’autrefois. Nous considérons,
par exemple, la sculpture égyptienne et nous essayons de
l’évaluer en tant q u ’ « oeuvre d ’art ». Mais nous oublions que les
sociétés primitives ne se préoccupaient pas d ’esthétique. Ainsi, en
Grèce, le mot « art » n ’existait pas. Pour les Égyptiens ou les Sumériens,
la sculpture servait à vénérer les dieux, à célébrer des victoires,
à décorer un palais ou une sépulture. Le concept de beauté aurait
semblé déplacé, si ce n ’est incompréhensible. Si nous voulons considérer
l’art du Moyen-Orient antique d ’un point de vue esthétique —
et il est difficile de faire autrement — nous devons prendre garde à
ne pas appliquer notre propre échelle de valeurs à des oeuvres exécutées
il y a tant de siècles.

La Mésopotamie

suite…

Garbini Giovanni-Le Moyen Orient antique

L’Arabie saoudite contre l’Iran : la plaque tectonique du pétrole de Qatif par Alfredo Jalife-Rahme


Il est d’usage dans la presse occidentale de prendre un air savant et d’expliquer la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran sur la base de rivalités religieuses (sunnites contre chiites) ou ethniques (arabes contre perses). Pourtant l’Histoire contredit cette interprétation, tandis qu’un coup d’œil sur la carte des hydrocarbures rend ce conflit limpide.

| Mexico (Mexique) | 4 février 2016

 
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L’escalade entre l’Arabie saoudite (première puissance pétrolière mondiale, 27,7 millions d’habitants, dont 80 % de sunnites et 20 % de chiites concentrés à Qatif et dans la province orientale) et l’Iran (81,1 millions d’habitants dans un pays indo-européen à grande majorité chiite et puissance gazière mondiale) découle d’une rivalité géo-politique bien plus que d’un conflit religieux ou ethnique, n’en déplaise à ceux qui s’en tiennent au prisme israélo-anglosaxon, qui déforme pour balkaniser.

À l’époque où régnait le Shah Reza Pahlevi, l’Arabie saoudite était le grand allié de l’Iran, sous la férule US. L’escalade actuelle, complexe, est un reflet de la fracture globale, comportant la mise à feu du « Moyen-Orient élargi », la rivalité pour le pouvoir sur le monde islamique et celle sur l’OPEP.

La fracture géostratégique entre les USA d’un côté, et la Russie et la Chine de l’autre, a pour fond le piège démographique ourdi par Zbigniew Brzeziński/Stratfor avec leur « carte islamique » [1] destinée à déstabiliser en profondeur le bloc RIC (Russie, Inde, Chine).

La Russie compte 20 % de Tatars sunnites ; quant à l’Inde, puissance nucléaire, elle est la première puissance islamique au monde en nombre, avec 20 % de musulmans ; et la Chine à son tour compte 10 millions d’Ouigours et de Mongols sunnites, et une part de peuplement turc dans la province autonome du Xinjiang, éminemment stratégique, car riche en gaz et en uranium.

L’ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon avait dessiné le Moyen-Orient selon une ligne horizontale allant du Maroc jusqu’au Cachemire (les protestations contre l’Arabie saoudite ont atteint ces deux extrêmes) et une ligne verticale depuis le Caucase, le bas-ventre de la Russie, jusqu’à la corne de l’Afrique.

L’Organisation de coopération islamique (57 États) comprend 1,6 milliard de fidèles, soit 22 % du genre humain, dont 80 % de sunnites —un univers qui est loin d’être homogène, les écoles juridiques d’interprétation du Coran étant diverses— et presque 20 % de chiites, eux aussi divisés par la présence de multiples sectes (Alaouites de Syrie, Houthis/Zéyidies au Yémen, Alévis en Turquie, Ismaélites en Inde, etc).

Les minorités chiites se distinguent en Inde, au Pakistan et en Afghanistan, pays déstabilisé par le grand jeu géostratégique US contre les RIC. En Irak, les chiites sont majoritaires (85 %), au Bahreïn également (85 %) ; au Liban ils sont 50 %, et les minorités chiites en Inde, au Pakistan et en Afghanistan sont pléthoriques. Enfin, les 400 millions de chiites environ sont répartis dans une centaine de pays, mais 80 % sont concentrés en Iran (81,8 millions), en Inde (45,4 millions), au Pakistan (42,5 millions), en Irak (24,5 millions) et en Turquie (20 milllions).

Au-delà de la rivalité pour la direction religieuse du monde musulman, entre l’Iran et l’Arabie saoudite, avec l’enjeu de la garde des lieux saints de La Mecque et de Médine, Riyad a perdu deux alliés privilégiés parmi les sunnites : Saddam Hussein, qui gouvernait la majorité chiite en Irak (situation symétrique de la Syrie, où Bachar el-Assad est issu des 15 % de population alaouite face aux 80 % de sunnites) et Hosni Moubarak en Égypte, balayé par le « printemps arabe » artificiel, à l’instigation des US et du Royaume-Uni ; au même moment, l’Iran étendait son influence au Liban avec le Hezbollah, et en Syrie avec les Alaouites en guerre contre l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ; au Yémen, l’Arabie saoudite livre une guerre contre les Houthis ; au Bahreïn, Riyad est intervenu militairement pour étouffer la rébellion de la majorité chiite [2].

L’escalade a atteint un paroxysme avec la mort en masse de pèlerins iraniens à La Mecque, un simple accident, selon Riyad, l’assassinat délibéré de 500 personnes pour l’Iran, parmi lesquels l’ex-ambassadeur de l’Iran au Liban [3].

Outre les plans de multi-balkanisation de l’Iran et de l’Arabie saoudite annoncés par le Pentagone [4] et le New York Times  [5], il convient de signaler trois pistes éminemment radioactives :
- les réserves en devises des six pétromonarchies arabes du Golfe persique : ces pays ont envisagé de lancer la monnaie unique du golfe [6] ;
- la parité fixe du rial, divise saoudienne, avec le dollar [7],
- et le pétrole de Qatif.

L’Arabie saoudite et l’Iran n’ont pas intérêt à poursuivre l’escalade, tandis que Riyad en est à consolider la succession du roi Salmane, et l’Iran retient son souffle en attendant l’imminente levée des sanctions, qui lui permettra de récupérer ses 150 milliards de dollars séquestrés par Washington, en échange de la désactivation de son projet nucléaire. Rappelons que l’Iran n’a que 109 milliards de dollars de réserve, face aux 650 milliards de dollars de l’Arabie saoudite.

47 exécutions, pour 43 sunnites terroristes et djihadistes, se réclamant d’Al Qaïda, qui cherchaient à renverser la maison royale des Saoud, plus 4 chiites, dont le cheikh Nimr al-Nimr, originaire de Qatif, vénéré par la jeunesse, et qui menaçait de faire sécession, et trois autres membres du clergé : cela a déclenché la fureur du chiisme universel, lorsque le Hezbollah a accusé les USA d’être derrière ces décapitations.

Stratfor, le centre israélo-texan qui se fait connaître comme la main de la CIA dans l’ombre, estime que la controverse sur le prélat al-Nimr bouillonne depuis des années [8] en effet, il avait été arrêté en juillet 2012 pour avoir incité les militants chiites de la région pétrolière qui constitue la province orientale, alors que durant le « printemps arabe », Riyad était déjà intervenu au Bahreïn, son petit voisin à majorité chiite, pour renforcer l’ordre sunnite dans toute la péninsule arabe.

Comme lors de la guerre Irak/Iran visant à épuiser tant Saddam Hussein que la révolution islamique chiite de l’ayatollah Khomeiny, les USA ont vendu des armes aux deux parties pour les saigner. S’agit-il à nouveau pour Washington d’appliquer son programme hémorragique, cette fois-ci tant à l’Arabie saoudite qu’à l’Iran ?

Ambrose Evans-Pritchard, le féroce porte-parole de la maison royale britannique, estime pour sa part que la collision entre les deux pays se rapproche dangereusement du cœur du marché pétrolier mondial. Il affirme que la minorité chiite offensée, soit 15 % de la population saoudienne d’après lui, « réside sur les gigantesques champs pétroliers saoudiens, en particulier dans la ville de Qatif » [9].

Il cite Ali al-Ahmed, directeur de l’Institut des Affaires du Golfe, dont le siège est à Washington, d’après lequel Qatif est le centre névralgique de l’industrie pétrolière saoudienne, la grande station centrale où débouchent 12 oléoducs, pour fournir les immenses terminaux pétroliers de Ras Tanura et Dharan, fort vulnérables au demeurant, en cas d’attaque surprise.

Evans-Pritchard insiste : la plus grosse part des 10,3 millions de barils journaliers produits par l’Arabie saoudite, surveillée par 30 000 gardes, traverse le cœur du chiisme, en pleine ébullition ; une interruption de quelques jours peut provoquer un pic pétrolier, atteignant 200 dollars ou plus le baril, et nourrir une crise économique globale. C’est la manne géopolitique dont rêvent les spéculateurs des fonds spéculatifs de Wall Street et de la City de Londres…

Il convient de suivre au microscope électronique les positions turques (la seule puissance sunnite de l’Otan), et celles du Pakistan (la seule puissance nucléaire musulmane), qui a jusqu’à présent adopté une prudente attitude neutre, mais cela surtout pour les liens tissés récemment avec la Russie et la Chine, et par répulsion pour les Frères musulmans (qu’encouragent la Turquie et le Qatar), et certainement pas par amour de l’Iran.

Traduction
Maria Poumier

Source
La Jornada (Mexique)


[1] « Otra trampa de Brzezinski y Stratfor contra Rusia : « guerra demográfica » con Turquía », Alfredo Jalife Rhame, La Jordana, 3 de enero de año 2016.

[2] « Why the King’s Sunni Supporters are Moving Abroad », Justin Gengler, Foreign Affairs, January 6, 2016.

[3] « L’Arabie saoudite a bien enlevé des collaborateurs de l’ayatollah Khamenei », Réseau Voltaire, 13 novembre 2015.

[4] “We’re going to take out 7 countries in 5 years : Iraq, Syria, Lebanon, Libya, Somalia, Sudan & Iran..”, Video Interview with General Wesley Clark, Democracy Now, March 2, 2007.

[5] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[6] « Hacia el nuevo orden geofinanciero : yuan chino entra al FMI y Rusia prepara su « rublo-oro » », Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 13 de de diciembre de 2015.

[7] “Saudi riyal in danger as oil war escalates”, Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, December 28, 2015.

[8] “The Saudi-Iranian Spat Is Emblematic of the Region’s Power Struggle”, Stratfor, January 4, 2016.

[9] “Saudi showdown with Iran nears danger point for world oil markets”, Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, January 4, 2016.

Syrie, les dés sont jetés, par Israël Adam Shamir


Publié le 04/09/2015

Par Israël Adam Shamir, 3 septembre 2015

Nonobstant hésitations et dénégations, la Russie s’embarque bel et bien dans une ambitieuse expansion de sa présence syrienne, qui peut bouleverser les règles du jeu dans le pays en lambeaux. La base navale russe de Tartous, petite, obsolète, servant aux réparations, va être agrandie, tandis que Jablleh, près de Latakia (jadis Laodicée) va devenir la base aérienne russe et une base navale à plein régime en Méditerranée orientale, au-delà des minces détroits du Bosphore. Les multitudes djihadistes qui assiègent Damas vont pouvoir être contraintes à l’obéissance et à la soumission, et le gouvernement du président Assad connaîtra la délivrance, hors de danger. La guerre contre Daesch (ISIS) fournira la couverture pour cette opération. Voici le premier rapport sur ces événements décisifs, sur la base de sources confidentielles russes à Moscou, des sources habituellement fiables.

Le journaliste d’investigation, dissident et bien informé Thierry Meyssan[1] a signalé l’arrivée de nombreux conseillers  russes. Les  Russes ont commencé à partager leurs images par satellite en temps réel avec leurs alliés syriens, ajoutait-il. Un site d’information israélien a ajouté : « la Russie a commencé son intervention militaire en Syrie », et a prédit que « dans les semaines qui viennent des milliers militaires russes se préparent à atterrir en Syrie »[2]. Les Russes ont promptement démenti.

Le président Bachar Al Assad y a fait allusion[3] il y a quelques jours en exprimant sa pleine confiance dans le soutien russe à Damas. Six premiers jets de combat MIG-31 ont atterri à Damas il y a deux semaines, selon le journal officiel RG[4], et Michael Weiss dans le Daily Beast d’extrême-droite [5]a offert une description saisissante de la pénétration russe en Syrie. Le journal Al-Quds al-Arabi mentionne Jableh comme le lieu de la deuxième base.

Nous pouvons maintenant confirmer que, pour autant que nous puissions le savoir, malgré les dénégations (souvenons-nous de la Crimée), la Russie a fait son choix et pris la décision très importante d’entrer en guerre en Syrie. Cette décision peut encore sauver la Syrie de l’effondrement total et par ricochet éviter à l’Europe d’être noyée sous les vagues de réfugiés. L’armée de l’air russe va combattre Daesch ouvertement, mais va probablement aussi bombarder (comme  David Weiss en fait le pari) les alliés des USA de l’opposition al-Nosra (autrefois appelée al-Quaeda) et d’autres extrémistes islamiques pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas moyen de les distinguer de Daesch.

Le ministre russe des Affaires étrangères Serguéï Lavrov a proposé d’organiser une nouvelle coalition contre Daesch incluant l’armée d’Assad, les Saoudiens et certaines forces d’opposition. L’émissaire US en Russie ont dit qu’il n’y avait aucune chance que les Saoudiens ou d’autres Etats du Golfe acceptent d’unir leurs forces avec Assad. La Russie continue à projeter de bâtir cette coalition, mais, vu le rejet américain, apparemment le président Poutine a décidé de passer à l’action.

La Russie est très ennuyée par les victoires de Daesch…

suite : syrie-les-des-sont-jetes-par-israel-adam-shamir

Gaza : Christophe Oberlin, l’indomptable


chroniques-de-gaza-2001-2011-1

Israël a tiré sur 7 écoles appartenant aux Nations unies durant la guerre de Gaza de l’été 2014, tuant 44 Palestiniens qui y avaient trouvé refuge, tandis que les groupes armés palestiniens se sont servi de locaux vides de l’ONU pour entreposer des armes, a révélé un rapport d’enquête des Nations unies sur ces incidents rendu public lundi 28 avril 2015.

Un an après cette tragédie humaine, la Palestine est devenue, parallèlement, un membre officiel de la Cour pénale internationale (CPI) mercredi 1er avril 2015 ; une adhésion qui constitue une menace diplomatique brandie de longue date contre Israël par l’Autorité palestinienne qui espère ainsi que des dirigeants israéliens soient un jour condamnés pour crimes de guerre ou crimes liés à la corruption. « La Palestine recherche la justice, pas la vengeance », a assuré à cette occasion le ministre palestinien des Affaires étrangères, Ryad al-Malki.
La Cour pénale internationale est compétente pour juger les actes de génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les crimes. Quatre dossiers pourraient être portés devant la Cour : les colonies, le mur de séparation, le siège sur Gaza et la guerre à Gaza. À l’annonce de l’adhésion de la Palestine à la CPI, Israël a cessé de verser quelque 106 millions de taxes qu’il prélève chaque mois et doit à l’Autorité palestinienne, avant de revenir sur sa décision ; un financement capital pour l’institution.

Les États-Unis et Israël ne figurent pas parmi les signataires du Traité de Rome auquel ont adhéré 122 États.
L’adhésion au Traité de Rome a ainsi ouvert droit aux Palestiniens de demander à la CPI d’enquêter à partir du 1er avril sur les allégations de crimes commis dans les Territoires palestiniens par l’armée israélienne à partir du 13 juin 2014, date à laquelle Israël a lancé une vaste campagne d’arrestations de Palestiniens, au lendemain du kidnapping en Cisjordanie occupée de trois jeunes Israéliens, par la suite assassinés.

À la suite de cet enlèvement, Israël lançait sa troisième offensive sur la bande de Gaza en six ans, tuant près de 2 200 Palestiniens, en grande majorité des civils. Plus de 70 personnes sont mortes côté israélien, quasiment tous des soldats.
Retour sur le parcours d’un des plus fervents partisans de la comparution d’Israël devant le Cour Pénale Internationale.

Paris, 13 juillet 2015 – Tout le destinait au mandarinat. Le bâton de maréchal de la corporation. Tout. Sa science, son expérience, sa conscience, son talent, son charisme. Tout, mais c’était sans compter sur le hasard. Le hasard qui ne favorise que ceux qui le méritent, selon l’expression de Pascal. Le hasard d’une rencontre qui déviera son parcours et fera que sa vie cessera d’être un long fleuve tranquille.

Illustration: Banksy, Street artist, Gaza.

LE PARRAIN : FRANÇIS MARCEL KHAN

Françis Marcel Khan, un chirurgien au franc parler légendaire, à la la volonté indomptable, aux convictions chevillées au corps, sera pour Christophe Oberlin cet heureux hasard, qui donnera sens à sa vie. Chef du service de rhumatologie à l’hôpital Bichat, pionnier en France du concept de fibromyalgie. Il a décrit au début de la décennie 1990 le syndrome SAPHO. Dans la décennie 1960, Françis Marcel Khan soutient les anticolonialistes algériens. Puis, il milite au côté de Palestiniens et d’Israéliens pour une paix juste. Il participe à de nombreuses missions civiles, en Cisjordanie et à Gaza.

Cofondateur de l’association de solidarité France Palestine et porte-parole du Collectif des citoyens français d’origine arabe et juive, un des organisateurs du tribunal Russel pour la Palestine, il décrit Ariel Sharon comme un « criminel de guerre ».

En janvier 2009, Marcel Francis Khan a signé une attestation de « bonne moralité » pour Siné, lors de son procès pour diffamation publique contre Claude Askolovitchqui qui l’avait traité d’antisémite.

Le parrainage est prestigieux et la relève à niveau.

LE DISCIPLE : CHRISTOPHE OBERLIN

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http://www.mondialisation.ca/christophe-oberlin-lindomptable/5463614

Jérusalem


 
Auteur : De Saulcy Félicien (De Saulcy Louis Félicien Joseph Caignart)
Ouvrage : Jérusalem
Année : 1882

Le 7 juin 1099, un mardi, l’armée des princes croisés, venant de Ramleh et ne marchant que la nuit pour éviter la chaleur torride du jour, arrivait à l’aurore en face des murs de la Ville sainte. A la vue de ces murailles qu’elle venait forcer, l’armée entière, saisie d’une impression soudaine de respect et de vénération, se prosterna dans la poussière et, se relevant enthousiasmée, fit monter jusqu’au ciel ce cri ardent : Jérusalem! Après des souffrances extrêmes, subies depuis deux longues années, les croises touchaient au but qu’ils avaient eu tant de peine à atteindre. Le tombeau du Christ était là, devant eux, et ce tombeau qu’ils allaient délivrer n’était plus éloigné que de l’épaisseur d’une muraille. Dès le lendemain les travaux du siège commencèrent ; le vendredi 18 juillet, l’étendard de la croix flotta sur les tours de Jérusalem, en même temps que les lieux saints retentissaient de cantiques d’allégresse.

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QUI A TUE JESUS-CHRIST ?


 
Auteur : Da Alatri Isidoro
Ouvrage : Qui a tué Jésus-Christ
Année : 1960

PRÉFACE

L’ouvrage du Père Isidoro da Alatri o.f.m. est l’un des plus beaux jamais écrits sur la question du déicide. L’Imprimatur lui a été Accordé par l’évêque de Frosinone en 1961, mais il n’a malheureusement pas eu la diffusion qu’il aurait méritée. La présente édition se propose d’y porter remède. Le style de cet ouvrage est clair, accessible à tous mais aussi précis et profond tant du point de vue exégétique que théologique. Dans ces pages, la responsabilité collective de la religion juive post-biblique, du Sanhédrin et du peuple hurlant le Vendredi Saint: « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants » est démontrée sans contredit. L’auteur nous apprend aussi qu’en 1933, les Juifs instituèrent à Jérusalem un tribunal officieux pour réexaminer la sentence du Sanhédrin. Le verdict fut que la sentence du Vendredi Saint devait être rétractée, parce que l’innocence de l’inculpé était démontrée. Ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont appelé le châtiment de Dieu sur eux et sur leurs enfants. C’est le peuple juif qui s’est condamné lui-même avec ses chefs, encourant par voie de conséquence l’abandon et la répudiation de la part de Dieu. Cependant un grand nombre d’entre eux se sont repentis et ont obtenu le pardon de Dieu mais aujourd’hui encore, si les fils de ce peuple restent solidaires de leurs pères pour condamner Jésus, ils attirent sur leur tête la condamnation que Dieu réserve à tout pécheur impénitent. Comme le fait remarquer Tertullien, ce ne sont ni le Christ ni Son Eglise qui ont émis la sentence « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants », ce sont les Juifs. Le peuple (autrefois) élu a été réprouvé et condamné par Dieu parce que meurtrier du Christ. Aussi le Royaume changera-t-il de maître et sera-t-il transféré des Juifs aux païens; le peuple d’élu deviendra réprouvé et les nations abandonnées deviendront les nations élues. C’est aux chefs que revint la culpabilité la plus grave, mais le peuple en eut sa part (bien qu’à un degré moindre), lui qui avait vécu avec Jésus et avait été témoin des miracles opérés par Lui. S’il y eut ignorance, ce fut une ignorance volontaire et donc coupable. L’objection récente suivant laquelle Jésus est mort pour les pécheurs est réfutée avec beaucoup de bon sens: dire que tous les pécheurs ont tué Jésus de leurs mains, qu’ils l’ont mené à Pilate et qu’ils ont demandé Sa mort n’est pas possible. On peut seulement dire que Jésus est mort pour sauver tous les hommes; ceux-ci sont cause finale et non efficiente de Sa mort en croix. C’est bien par le peuple juif vivant à l’époque de Jésus-Christ et ses chefs que le Christ fut tué et trahi, ainsi que par ses descendants qui continuent à Le refuser et à vouloir Sa mort, Le considérant comme blasphémateur. Pour avoir rejeté le Christ, Israël était rejeté par Dieu. Dieu n’abandonne pas (ne réprouve pas) qu’Il n’ait été d’abord abandonné: c’est ce qu’enseigne l’Église! Dorénavant ce ne sont plus le sang et la race d’Abraham qui forment le peuple élu, c’est la foi en Jésus-Christ: « Si vous êtes du Christ, vous êtes donc descendance d’Abraham » (Gal. III, 26 à 29). Avec la mort de Jésus le peuple juif se scinde en deux: un «reste» formé de ceux qui croyant en Jésus et s’étant dissociés de sa condamnation constituent le véritable Israël spirituel; et les autres (hélas, le plus grand nombre!) qui, refusant Jésus, sont demeurés l’Israël réprouvé par Dieu, et c’est le judaïsme talmudique antichrétien. Il faut cependant tenir pour assuré – à l’encontre de l’antisémitisme biologique – que quiconque, de quelque race qu’il soit, reconnaît Jésus comme Dieu peut faire partie du nouveau peuple élu, l’Eglise, en laquelle « il n’y a plus ni Juif ni Grec » (saint Paul) mais seulement la foi. La condamnation de l’antisémitisme biologique va de pair avec la condamnation des «Amis d’Israël», association qui, par un faux oecuménisme, s’éloigne de la doctrine de l’Eglise sur la responsabilité du judaïsme religieux post-biblique dans la mort du Christ, ce en quoi cette association est un véritable «précurseur» (réprouvé par l’Eglise du Christ) de Nostra Ætate. Cependant, si la condamnation suit le judaïsme tout au long de son histoire, elle cessera un jour; car l’endurcissement d’Israël aura une fin. Il est révélé que le peuple juif se convertira au Christ, se repentira de son péché et sera accueilli par Dieu. Puisse cet opuscule éclairer l’esprit de ses lecteurs sur une question si importante, coeur de la religion chrétienne en quelque sorte. Car, si le Christ est Dieu, le judaïsme post-chrétien est une religion fausse; si, au contraire, l’Ancienne Alliance n’a jamais été révoquée, Jésus est un faux prophète (Absit!). Des deux choses, une seule est vraie, pas les deux; et ce en vertu du principe de non-contradiction. Abbé Curzio Nitoglia

Déclaration

Sans doute ai-je été trop prolixe dans mes citations d’auteurs anciens et modernes au détriment de cette légèreté de style recherchée à juste titre par tout lecteur. C’était cependant nécessaire; et, s’il en était besoin, j’en demande pardon à ces tout nouveaux exégètes qui croient pouvoir imposer leur propre opinion, comptant pour rien, contestant même parfois, celle d’exégètes insignes tels que les Pères de l’Eglise; or ce sont ces derniers qui représentent la Tradition chrétienne, comme le faisait remarquer le Monitum du Saint-Office que nous rapportons en appendice.

Remerciements

Au moment d’envoyer à l’impression ce modeste travail, je désire remercier tous ceux qui m’ont aidé à le préparer. Ma reconnaissance s’adresse plus particulièrement au Père Filippo da Cagliari, Docteur en Théologie et Licencié en Sciences bibliques: c’est lui qui m’a signalé auteurs et sources décisifs dans la recherche des preuves sur la responsabilité des Juifs dans la mort du Christ. Père Isidoro da Alatri

BUT DU PRÉSENT OPUSCULE

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Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis


 
Auteurs : Mearsheimer John – Walt Stephen
Ouvrage : Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis
Année : 2007

Depuis ces dernières décennies, et en particulier depuis la Guerre des Six Jours en 1967, la pièce
maîtresse de la politique Moyenne-Orientale des Etats-Unis a été sa relation avec Israel. La combinaison du
soutien constant à Israel et de l’effort lié pour répandre la ‘démocratie’ dans toute la région a enflamé l’opinion
Arabe et Islamique et a compromis non seulement la sécurité des Etats-Unis mais celle d’une grande partie du
reste du monde. Cette situation n’a pas d’égal dans l’histoire politique américaine.
Pourquoi les Etats-Unis ont-ils été prêts à mettre de côté leur propre sécurité et celle de plusieurs de leurs
alliés pour soutenir les intérêts d’un autre Etat?
On pourrait supposer que la relation entre les deux pays était basée sur des intérêts stratégiques communs
ou des impératifs moraux irrésistibles, mais aucune de ces interprétations ne peut expliquer le niveau
remarquable du soutien matériel et diplomatique que fournissent les Etats-Unis.
Au lieu de cela, l’impulsion de la politique des Etats-Unis dans la région dérive presque entièrement de la
politique domestique, et en particulier des activités du ‘Lobby Israélien’. D’autres groupes avec des intérêts
particuliers sont parvenus à biaiser la politique étrangère, mais aucun lobby n’est parvenu à la détourner aussi
loin de ce que l’intérêt national pourrait suggérer, tout en convainquant simultanément les Américains que les
intérêts des Etats-Unis et ceux de l’autre pays – dans ce cas-ci, Israel – sont essentiellement identiques.
Depuis la Guerre d’Octobre 1973, Washington a fourni à Israel un niveau de soutien en diminuant ce qui
était donné aux autres états. Israel a été le plus grand bénéficiaire de l’aide économique directe et de l’assistance
militaire annuelles depuis 1976, et est au total le plus grand bénéficiaire depuis la Seconde Guerre Mondiale,
pour un montant de plus de 140 milliards de dollars (en 2004).
Israel reçoit environ 3 milliards de dollars par an en aide directe, soit environ un cinquième du budget de
l’aide étrangère, et une somme d’environ 500 dollars par an par Israélien. Cette largesse heurte particulièrement
depuis qu’Israel est maintenant un Etat industriel riche avec un revenu par personne à peu près égal à celui de la
Corée du Sud ou de l’Espagne.
D’autres bénéficiaires obtiennent leur argent par des acomptes trimestriels, mais Israel reçoit la totalité de
sa dotation au début de chaque exercice budgétaire et peut donc empocher dessus des intérêts.

La plupart des bénéficiaires de l’aide attribuée à des fins militaires doivent la dépenser en totalité aux
Etats-Unis, mais Israel est autorisé à utiliser environ 25% de son attribution pour subventionner sa propre
industrie de la défense.
C’est le seul bénéficiaire qui n’a pas à expliquer comment l’aide est dépensée, ce qui rend pratiquement
impossible d’empêcher l’argent d’être utilisé pour des besoins auxquels les Etats-Unis s’opposent, comme la
construction de colonies en Cisjordanie.
D’ailleurs, les Etats-Unis ont fourni à Israel presque 3 milliards de dollars pour développer des systèmes
d’armements, et lui ont donné l’accès des armements top niveau comme les hélicoptères Blackhawk et les jets F-
16.
En conclusion, les Etats-Unis donnent à Israel l’accès aux renseignements qu’ils refusent à ses alliés de
l’OTAN et ferment les yeux sur l’acquisition par Israel d’armes nucléaires.
Washington fournit également à Israel un soutien diplomatique constant. Depuis 1982, les Etats-Unis ont
mis leur véto à 32 résolutions du Conseil de sécurité critiquant Israel, soit plus que l’ensemble des vétos formulés
par tous les autres membres du Conseil de sécurité.
Il bloque les efforts des Etats Arabes pour mettre l’arsenal nucléaire israélien sur l’agenda de l’AIEA. Les
Etats-Unis viennent à la rescousse en temps de guerre et prennent le parti d’Israel dans les négociations de paix.
L’Administration Nixon l’a protégé contre la menace d’une intervention soviétique et l’a réapprovisionné
pendant la guerre d’Octobre.
Washington s’est profondément impliqué dans les négociations qui ont mis fin à cette guerre, comme
pendant toute la durée du processus ‘étape-par-étape’ qui a suivi, tout comme il a joué un rôle clé dans les
négociations qui ont précédé et suivi les Accords d’Oslo de 1993.
Dans chaque cas, il y avait des frictions occasionnelles entre les responsables américains et israéliens,
mais les Etats-Unis ont uniformément soutenu la position israélienne.
Un participant américain à Camp David en 2000 a dit ensuite : ‘Beaucoup trop souvent, nous agissions . .
. en tant qu’avocat d’Israel.’
En conclusion, l’ambition de l’Administration Bush de transformer le Moyen-Orient a au moins en partie
pour but l’amélioration de la situation stratégique d’Israel.
Cette générosité extraordinaire pourrait être compréhensible si Israel possédait des atouts stratégiques
vitaux ou s’il y avait une raison morale irrésistible pour un soutien américain. Mais aucune de ces explications
ne convainc. On pourrait arguer du fait qu’Israel était un atout pendant la guerre froide.
En servant de représentant de l’Amérique après 1967, il a aidé à contenir l’expansion soviétique dans la
région et a infligé des défaites humiliantes aux clients de l’Union Soviétique comme l’Egypte et la Syrie.
Il a de temps en temps aidé à protéger d’autres alliés des Etats-Unis (comme le Roi Hussein de Jordanie)
et ses prouesses militaires ont forcé Moscou à dépenser plus pour soutenir ses propres Etats-clients.
Il a également fourni des renseignements utiles sur les capacités soviétiques.
Le soutien à Israel ne fut pas bon marché, cependant, il a compliqué les relations de l’Amérique avec le
monde Arabe.
Par exemple, la décision de donner 2,2 milliards de dollars en aide militaire d’urgence pendant la Guerre
d’Octobre a déclenché un embargo sur le pétrole de l’OPEP qui a infligé des dégâts considérables sur les
économies occidentales.
Pour tout cela, les forces armées israéliennes n’étaient pas en mesure de protéger les intérêts américains
dans la région.
Les Etats-Unis n’ont pas pu, par exemple, compter sur Israel quand la révolution iranienne en 1979
soulevait des inquiétudes au sujet de la sécurité des approvisionnements en pétrole, et ils ont dû créer leur propre
Force de Déploiement Rapide.

La première Guerre du Golfe a montré à quel point Israel devenait un fardeau stratégique. Les Etats-Unis
ne pouvaient pas utiliser des bases israéliennes sans rompre la coalition anti-Irakienne, et ont dû détourner des
ressources (par exemple des batteries de missiles Patriot) pour empêcher que Tel Aviv fasse quoi que ce soit qui
pourrait nuire à l’alliance contre Saddam Hussein.
L’Histoire s’est répétée en 2003 : bien qu’Israel soit pressé d’une attaque de l’Irak par les Etats-Unis, Bush
ne pouvait pas lui demander de l’aide sans déclencher une opposition Arabe. Ainsi Israel est encore resté sur la
ligne de touche.
Au début des années 90, et encore plus après le 11 septembre, le soutien des Etats-Unis a été justifié par
l’affirmation que les deux Etats étaient menacés par des groupes terroristes originaires du monde Arabe et
Musulman, et par des ‘Etats voyous’ qui soutiennent ces groupes et qui sont à la recherche d’armes de destruction
massive.
Cela signifiait que non seulement Washington devait laisser les mains libres à Israel face aux Palestiniens
et de ne pas insister pour qu’il fasse des concessions jusqu’à ce que tous les terroristes palestiniens soient
emprisonnés ou morts, mais que les Etats-Unis devaient s’en prendre à des pays comme l’Iran et la Syrie.
Israel est donc vu comme un allié crucial dans la guerre contre le terrorisme, parce que ses ennemis sont
les ennemis de l’Amérique.
En fait, Israel est un handicap dans la guerre contre le terrorisme et dans l’effort plus large de s’occuper
des Etats voyous.
Le ‘terrorisme’ n’est pas un seul adversaire, mais une stratégie utilisée par un grand nombre de groupes
politiques. Les organisations terroristes qui menacent Israel ne menacent pas les Etats-Unis, sauf quand ils
interviennent contre eux (comme au Liban en 1982).
D’ailleurs, le terrorisme palestinien n’est pas une violence dirigée par hasard contre Israel ou ‘l’Occident’;
c’est en grande partie une réponse à la campagne prolongée d’Israel pour coloniser la Cisjordanie et la Bande de
Gaza.
Plus important, dire qu’Israel et les Etats-Unis sont unis par une menace terroriste commune a derrière un
lien de cause à effet : les Etats-Unis ont un problème de terrorisme en grande partie parce qu’ils sont de si
proches alliés d’Israel, et non le sens inverse.
Le soutien à Israel n’est pas la seule source du terrorisme anti-Américain, mais il est important, et cela
rend la guerre contre le terrorisme plus difficile à gagner. On ne doute pas que de nombreux chefs d’Al-Qaida, y
compris Osama bin Laden, sont motivés par la présence d’Israel à Jérusalem et par la situation difficile des
Palestiniens. Le soutien inconditionnel à Israel aide les extrémistes à rallier un soutien populaire et à attirer des
recrues.
Quant aux prétendus Etats voyous du Moyen-Orient, ils ne sont pas une grande menace pour les intérêts
vitaux des Etats-Unis, sauf dans la mesure où ils sont une menace pour Israel.
Même si ces Etats acquerraient des armes nucléaires – ce qui est évidemment indésirable – ni l’Amérique
ni l’Israel ne pourrait faire l’objet d’un chantage, parce que le maître-chanteur ne pourrait pas mettre la menace à
exécution sans souffrir de représailles terribles.
Le danger d’un approvisionnement en nucléaire aux terroristes est également écarté, parce qu’un Etat
voyou ne pourrait pas être sûr que le transfert ne serait pas détecté ou qu’il ne serait pas blâmé et puni ensuite.
La relation avec Israel rend réellement aux Etats-Unis la tache plus difficile pour s’occuper de ces états.
L’arsenal nucléaire d’Israel est l’une des raisons pour lesquelles une partie de ses voisins désire des armes
nucléaires, et les menacer d’un changement de régime ne peut qu’augmenter ce désir.

Une dernière raison pour remettre en cause la valeur stratégique d’Israel, c’est qu’il ne se comporte pas
comme un allié fidèle.
Les responsables israéliens ignorent fréquemment les demandes américaines et renoncent à leurs
promesses (y compris les engagements à cesser la construction de colonies et à s’abstenir ‘d’assassinats ciblés’ de
responsables palestiniens).
Israel a fourni une technologie militaire sensible à des rivaux potentiels comme la Chine, dans ce que
l’inspecteur-général du Département d’Etat a appelé ‘un modèle systématique et croissant des transferts non
autorisés’.
Selon le General Accounting Office, Israel a également ‘mené des opérations d’espionnage plus agressives
contre les Etats-Unis que n’importe quel allié’.
En plus du cas de Jonathan Pollard, qui a donné à Israel de grandes quantités de matériel secret au début
des années 80 (qu’il aurait transmis à l’Union soviétique en échange de visas de sortie supplémentaires pour les
juifs soviétiques), une nouvelle polémique a éclaté en 2004 quand il a été révélé qu’un haut responsable du
Pentagone appelé Larry Franklin avait passé des informations secrètes à un diplomate israélien.
Israel n’est pas le seul pays qui espionne les Etats-Unis, mais sa bonne volonté à espionner ses principaux
protecteurs font plus que douter de sa valeur stratégique.
La valeur stratégique d’Israel n’est pas le seul problème. Ses supporters arguent également du fait qu’il
mérite un soutien total parce qu’il est faible et entouré d’ennemis; c’est une démocratie; les Juifs ont souffert des
crimes du passé et méritent donc un traitement spécial; et la conduite d’Israel a été moralement supérieure à celle
de ses adversaires.
A y regarder de près, aucun de ces arguments n’est persuasif. Il y a une forte raison morale pour soutenir
l’existence d’Israel, mais elle n’est pas en péril.
D’un point de vue objectif, sa conduite passée et présente n’offre aucune base morale pour le privilégier
face aux Palestiniens.
Israel est souvent dépeint comme David confronté à Goliath, mais l’inverse est plus proche de la vérité.
Contrairement à la croyance populaire, les Sionistes avaient des forces plus grandes, mieux équipées et
mieux dirigées pendant la guerre d’Indépendance de 1947-49, et les Forces de Défense Israélienne ont gagné des
victoires rapides et faciles contre l’Egypte en 1956 et contre l’Egypte, la Jordanie et la Syrie en 1967 – tout cela
avant que l’immense aide américaine commence à affluer.
Aujourd’hui, Israel est la force militaire la plus puissante du Moyen-Orient.
Ses forces conventionnelles sont de loin supérieures à celles de ses voisins et c’est le seul Etat dans la
région qui possède des armes nucléaires.
L’Egypte et la Jordanie ont signé des traités de paix avec lui, et l’Arabie Saoudite a offert de le faire.
La Syrie a perdu son protecteur soviétique, l’Irak a été dévasté par trois guerres désastreuses et l’Iran est à
des milliers de kilomètres.
Les Palestiniens ont à peine une force de police efficace, encore moins une armée qui pourrait constituer
une menace pour Israel.
Selon une estimation du Centre Jaffee pour les Etudes Stratégiques de l’université de Tel Aviv en 2005,
‘l’équilibre stratégique favorise décidément Israel, qui continue à élargir le fossé qualitatif entre ses propres
capacités militaires et son pouvoir de dissuasion et celles de ses voisins.’
Si soutenir l’opprimé était un motif irrésistible, les Etats-Unis soutiendrait les adversaires d’Israel.
Qu’Israel soit une démocratie amie entourée par des dictatures hostiles ne peut pas expliquer le niveau
actuel de l’aide: il y a beaucoup de démocraties dans le monde, mais aucune ne reçoit un soutien aussi
somptueux.
Les Etats-Unis ont par le passé renversé des gouvernements démocratiques et soutenu des dictateurs
quand cela pouvait faire avancer ses intérêts – ils ont de bonnes relations avec un certain nombre de dictatures
aujourd’hui.
Quelques aspects de la démocratie israélienne sont en désaccord avec les valeurs de base des Américains.

À la différence des Etats-Unis, où les gens sont censés avoir une égalité des droits indépendamment de
leur race, leur religion ou leur appartenance ethnique, Israel a été explicitement fondé en tant qu’Etat Juif et la
citoyenneté est basée sur le principe de la parenté de sang.
Etant donné ceci, il n’est pas étonnant que ses 1,3 millions d’Arabes soient traités comme des citoyens de
seconde zone, ou qu’une récente commission du gouvernement israélien ait constaté qu’Israel se comporte d’une
façon ‘négligeante et discriminatoire’ envers eux.
Son statut démocratique est également miné par son refus d’accorder aux Palestiniens leur propre Etat
viable ou l’intégralité de leurs droits politiques.
Une troisième justification est l’histoire de la souffrance des Juifs dans l’Occident Chrétien, en particulier
pendant l’Holocauste.
Puisque les Juifs ont été persécutés pendant des siècles et qu’ils ne peuvent se sentir en sécurité que dans
une patrie juive, beaucoup de gens pensent maintenant qu’Israel mérite un traitement spécial de la part des Etats-
Unis.
La création du pays était assurément une réponse appropriée au long registre des crimes contre les Juifs,
mais cela a également provoqué des nouveaux crimes contre un tiers en grande partie innocent : les Palestiniens.
Cela avait été bien compris par les premiers responsables d’Israel. David Ben-Gurion avait indiqué à
Nahum Goldmann, le président du Congrès Juif Mondial :
Si j’étais un leader Arabe je ne signerais jamais un accord avec Israel. C’est normal: nous avons pris leur
pays. . . Nous venons d’Israel, mais il y a deux mille ans, et qu’est-ce que c’est pour eux? Il y a eu l’antisémitisme,
les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais quelle est leur faute ? Ils voient seulement une chose: nous
sommes venus ici et nous avons volé leur pays. Pourquoi devraient-ils accepter cela?
Depuis lors, les responsables israéliens ont à plusieurs reprises cherché à dénié les ‘ambitions nationales’
des Palestiniens.
Quand elle était Premier Ministre, Golda Meir a fait cette fameuse remarque : ‘Il n’y a jamais eu ce qu’on
appelle les Palestiniens.’
La pression de la violence extrémiste et la croissance de la population palestinienne ont forcé les
responsables israéliens au désengagement de la bande de Gaza et à envisager d’autres compromis territoriaux,
mais même Yitzhak Rabin ne voulait pas offrir aux Palestiniens un Etat viable.
La soi-disant ‘offre généreuse d’Ehud Barak’ à Camp David leur aurait donné seulement un ensemble de
Bantustans désarmés sous contrôle israélien.
L’histoire tragique des Juifs n’oblige pas les Etats-Unis à aider Israel aujourd’hui quoi qu’il fasse.
Les supporter d’Israel le dépeignent également comme un pays qui a cherché la paix dès qu’il pouvait et
qui a montré beaucoup de retenue même lorsqu’il était provoqué. On dit que les Arabes, en revanche, agissent
avec une grande méchanceté.
Pourtant sur le terrain, les actes d’Israel ne se distinguent pas de ceux de ses adversaires.
Ben-Gurion a reconnu que les premiers Sionistes étaient loin d’être bienveillants envers les Arabes
palestiniens, qui ont résisté à leurs usurpations – ce qui est à peine étonnant, étant donné que les Sionistes
essayaient de créer leur propre Etat sur la terre Arabe.
De la même manière, la création d’Israel en 1947-48 a impliqué des actes de nettoyage ethnique, y
compris des exécutions, des massacres et des viols par des Juifs, et la conduite ultérieure d’Israel a souvent été
brutale, démentant tout supériorité morale.
Entre 1949 et 1956, par exemple, forces de sécurité israéliennes ont tué entre 2700 et 5000 Arabes qui
revenaient en s’infiltrant, la grande majorité d’entre eux n’étaient pas armés.
L’IDF a assassiné des centaines de prisonniers de guerre égyptiens dans les guerres de 1956 et 1967, alors
qu’en 1967, il expulsait entre 100.000 et 260.000 Palestiniens de la Cisjordanie nouvellement conquise, et ont
conduit 80.000 Syriens hors des Hauteurs du Golan.

Pendant le premier intifada, l’IDF distribuait à ses troupes des matraques et les encourageait à briser les os
des protestataires palestiniens.
La section Suédoise de Save the Children a estimé qu’entre ‘23.600 et 29.900 enfants ont eu besoin de
soins médicaux pour leurs blessures suite aux tabassages lors des deux premières années de l’Intifada.’ Presque
d’un tiers d’entre eux étaient âgés de 10 ans ou moins.
La réponse au Second Intifada a été bien plus violente, menant Ha’aretz à déclarer que ‘l’IDF. . . se
transforme en machine à tuer dont l’efficacité inspire la crainte, et choque pourtant.’ L’IDF a tiré un million de
balles pendant les premiers jours du soulèvement.
Depuis lors, pour chaque Israélien perdu, Israel a tué 3,4 Palestiniens, dont la majorité était des
spectateurs innocents; la proportion entre les enfants Palestiniens et les enfants Israéliens tués est encore plus
élevée (5,7 pour 1).
Il est également intéressant de garder à l’esprit que les Sionistes utilisaient des bombes terroristes pour
faire partir les Anglais de la Palestine, et que Yitzhak Shamir, au début, terroriste et ensuite Premier Ministre,
avait avoué que ‘ni l’éthique juive ni la tradition juive ne peut éliminer le terrorisme comme moyens de combat.’
Le recours des Palestiniens au terrorisme est mauvais mais n’est pas étonnant. Les Palestiniens pensent
qu’ils n’ont aucune autre moyen de forcer les Israéliens à faire des concessions.
Comme Ehud Barak l’a un jour admis, s’il était né Palestinien, il ‘aurait rejoint une organisation terroriste’.
Donc, si ni les arguments stratégiques ni les arguments moraux ne peuvent expliquer le soutien de
l’Amérique à Israel, comment allons-nous l’expliquer?
L’explication est le pouvoir inégalé du Lobby Israélien. Nous utilisons ‘Le Lobby’ comme raccourci pour
la coalition lâche d’individus et d’organisations qui travaille activement pour orienter la politique étrangère des
Etats-Unis dans une direction pro-Israélienne.
Ceci n’est pas censé suggérer que ‘Le Lobby’ est un mouvement uni avec une direction générale, ou que
les individus qui en font partie ne sont pas en désaccord sur certaines questions.
Tous les Américains Juifs ne font pas partie du Lobby, parce que Israel n’est pas un sujet proéminent pour
bon nombre d’entre eux.
Dans une enquête de 2004, par exemple, environ 36% des Juifs Américains ont déclaré qu’ils étaient ‘pas
très’ ou ‘pas du tout’ émotionnellement attachés à Israel.
Les Américains juifs diffèrent également sur des politiques israéliennes spécifiques.
Plusieurs des principales organisations du Lobby, telles que le Comité aux Affaires Publiques Américano-
Israélienne (AIPAC) et la Conférence des Présidents des principales Organisations Juives, sont dirigées par des
intransigeants qui soutiennent généralement la politique expansionniste du parti du Likud, y compris son hostilité
au processus de paix d’Oslo.
La majeure partie des Juifs Américains est par contre plus encline à faire des concessions aux
Palestiniens, et quelques groupes – tels que Jewish Voice for Peace – préconisent fortement de telles initiatives.
En dépit de ces différences, les modérés et les intransigeants sont tous en faveur d’un soutien absolu à
Israel.
Sans surprise, les leaders Juifs Américains consultent souvent les responsables israéliens, pour s’assurer
que leurs actions font avancer les objectifs israéliens.
Comme l’a écrit un activiste d’une importante organisation juive, ‘Nous disons souvent : « C’est notre
politique sur une certaine question, mais nous devons vérifier ce que pensent les Israéliens. » Nous, en tant que
communauté, le faisons tout le temps.’ Il y a un gros préjudice à critiquer la politique israélienne, et faire
pression sur Israel est considéré comme hors de question.

Edgar Bronfman Sr, Président du Congrès Juif Mondial, a été accusé de ‘perfidie’ quand il a écrit une
lettre au Président Bush mi-2003 l’invitant à persuader Israel de limiter la construction de sa ‘barrière de sécurité
‘controversée.
Ses critiques ont dit que ‘Il est toujours obscene que le président du Congrès Juif Mondial incite le
président des Etats-Unis à résister à la politique promue par le gouvernement israélien.’
De même, quand le président du forum politique d’Israel, Seymour Reich, a conseillé à Condoleezza Rice
en novembre 2005 de demander à Israel de rouvrir un passage des frontières critique dans la bande de Gaza, son
action a été dénoncée comme ‘irresponsable’: ‘Il n’y a’, ont dit ses critiques, ‘absolument aucune place dans le
principal courant juif pour une prospection active contre la politique liée à la sécurité . . d’Israel.’
Reculant devant ces attaques, Reich a annoncé que ‘le mot « pression » n’est pas dans mon vocabulaire
quand il s’agit d’Israel.’
Les Américains juifs ont créé un nombre impressionnant d’organisations pour influencer la politique
étrangère Américaine, dont l’AIPAC, la plus puissante et la mieux connue.
En 1997, le magazine Fortune a demandé à des membres du Congrès et à leurs équipes d’énumérer les
Lobbies les plus puissants à Washington.
L’AIPAC a été placée en seconde place derrière l’Association Américaine des Retraités (AARP), mais
devant de l’AFL-CIO and la National Rifle Association.
Une enquête du journal Nationale en mars 2005 a tiré la même conclusion, en plaçant l’AIPAC en seconde
place (à égalité avec l’AARP) dans le « classement des muscles » à Washington.
Le Lobby comprend également des Evangélistes Chrétiens bien connus comme Gary Bauer, Jerry Falwell,
Ralph Reed et Pat Robertson, tou comme Dick Armey et Tom Delay, d’anciens chefs de la majorité à la
Chambre des Représentants, tous croient que la renaissance d’Israel est l’accomplissement d’une prophétie
biblique et soutiennent son agenda expansionniste; agir autrement, pensent-ils, seraient contraires à la volonté de
Dieu.
Des gentils (Non-Juifs) Néo-conservateurs tels que John Bolton; Robert Bartley, l’ancien rédacteur de
journal Wall Street; William Bennett, l’ancien secrétaire de l’éducation; Jeane Kirkpatrick, ancien ambassadeur
de l’ONU; et l’influent chroniqueur George Will sont également des fermes défenseurs.
La forme du gouvernement américain offre aux activistes de nombreuses façons d’influencer le processus
politique. Les groupes d’intérêt peuvent inciter les représentants élus et les membres du bureau exécutif,
apportent des contributions de campagne, votent aux élections, tentent de façonner l’opinion publique etc…
Ils apprécient une quantité disproportionnée d’influence quand ils s’engagent sur une question à laquelle la
majeure partie de la population est indifférente.
Les politiciens auront tendance à satisfaire ceux qui s’intéressent au sujet, même si leurs nombres sont
petits, persuadés que le reste de la population ne les pénalisera pas pour avoir agi ainsi.
Dans son fonctionnement de base, le Lobby Israélien n’est pas différent du Lobby des fermiers, de celui
des Syndicats de l’acier ou du textile, ou d’autres Lobbies ethniques. Il n’y a rien d’abusif concernant le fait que
les Juifs Américains et leurs alliés Chrétiens essayent d’influencer la politique américaine : les activités du Lobby
ne sont pas une conspiration telle qu’elle est représentée dans des appareils comme les Protocoles des Sages de
Sion.
Pour la plupart, les individus et les groupes qui en font partie font seulement ce que d’autres groupes
d’intérêt font, mais le font beaucoup mieux. En revanche, les groupes d’intérêt pro-Arabes, pour autant qu’ils
existent, sont faibles, ce qui rend la tâche encore plus facile au Lobby Israélien.

Le Lobby poursuit deux larges stratégies.

D’abord, il utilise son influence significative à Washington, en faisant pression sur le Congrès et le bureau
exécutif. Quelque soit l’opinion d’un législateur ou d’un politicien, le Lobby tente de faire que le soutien à Israel
soit le ‘bon’ choix.
En second lieu, il tâche de s’assurer que le discours public dépeigne Israel sous un jour positif, en répétant
des mythes au sujet de sa création et en défendant son point de vue dans des débats politiques. Le but est
d’empêcher que des commentaires critiques puissent obtenir une audience équitable dans l’arène politique.
Le contrôle de la discussion est essentiel pour garantir le soutien américain, parce qu’une discussion
sincère sur les relations Américano-Israéliennes pourrait mener les Américains à favoriser une politique
différente.
Un pilier clé de l’efficacité du Lobby est son influence au Congrès, où Israel est pratiquement immunisé
de critique. C’est en soi remarquable, parce que le Congrès lance rarement des sujet contestables.
Quand Israel est concerné, cependant, les critiques potentielles disparaissent. Une raison est que certains
principaux membres sont des Sionistes Chrétiens comme Dick Armey, qui a dit en septembre 2002 : ‘Ma priorité
numéro 1 dans la politique étrangère est de protéger Israel.’ On pourrait penser que la priorité numéro 1 de tout
membre du Congrès devrait être de protéger l’Amérique.
Il y a également des sénateurs et des membres du Congrès Juifs qui travaillent pour s’assurer que la
politique étrangère des Etats-Unis soutienne les intérêts d’Israel.
Une autre source du pouvoir du Lobby est son utilisation du personnel du Congrès pro-Isralien. Comme
l’a admis un jour Morris Amitay, un ancien chef de l’AIPAC : ‘Il y a beaucoup de types à des postes de cadres ici
‘- sur Capitol Hill – ‘qui s’avèrent justement être juifs, qui sont disposés. . . à voir certains sujets en termes de
leur appartenance à la communauté Juive. . . Ce sont tous des types qui sont en mesure de prendre une décision
dans ces domaines pour ces sénateurs. . . On peut vous mener une vie affreuse juste au niveau de l’équipe.’
Cependant, l’AIPAC lui-même, forme le coeur de l’influence du Lobby au Congrès.
Son succès est dû à sa capacité de récompenser les législateurs et les candidats au Congrès qui soutiennent
son ordre du jour, et de punir ceux qui le défient.
L’argent est critique dans les élections américaines (comme nous le rappelle le scandale sur les affaires
douteuses du lobbyiste Jack Abramoff), et l’AIPAC s’assure que ses amis obtiennent lune forte aide financière
des nombreux comités d’action politique pro-Israéliens.
Toute personne qui est vue comme hostile à Israel peut être sûre que l’AIPAC orientera des contributions
de campagne à ses adversaires politiques.
L’AIPAC organise également des campagnes d’écriture de lettres et encourage les rédacteurs de journaux
à approuver les candidats pro-Israéliens.
Il n’y a aucun doute sur l’efficacité de ces stratégies.
Voici un exemple : aux élections de 1984, l’AIPAC a aidé à battre le sénateur Charles Percy de l’Illinois,
qui, selon un haut responsable du Lobby, avait montré ‘de l’insensibilité et même de l’hostilité envers nos
intérêts’.
Thomas Dine, le chef de l’AIPAC à l’époque, a expliqué ce qui s’est produit : ‘Tous les Juifs en Amérique,
d’une côte à l’autre, se sont réunis pour évincer Percy. Et les politiciens américains – ceux qui occupent des
positions publiques maintenant, et ceux qui y aspirent – ont reçu le message.’
L’influence de l’AIPAC sur la Colline du Capitole va même encore plus loin. Selon Douglas Bloomfield,
un ancien membre de la direction de l’AIPAC, ‘Il est commun pour les membres du Congrès et leurs équipes de
se tourner d’abord vers l’AIPAC quand ils ont besoin d’information, avant d’appeler la Bibliothèque du Congrès,
le Service de Recherches du Congrès, le personnel du comité ou des experts en matière d’administration.’
Plus important, il note que l’AIPAC ‘est souvent invité à rédiger des discours, à travailler sur la législation,
à conseiller sur des stratégies, à effectuer des recherches, à rassembler des co-sponsors et des votes de marshal’.

Le résultat est que l’AIPAC, agent d’un gouvernement étranger, a la mainmise sur le Congrès, avec
comme conséquence : la politique américaine envers Israel n’y est pas discutée, bien que cette politique ait des
conséquences importantes pour le monde entier.
En d’autres termes, une des trois principales branches du gouvernement est fermement investie dans le
soutien à Israel.
Comme le remarquait un ancien sénateur Démocrate, Ernest Hollings, en quittant le bureau, ‘Vous ne
pouvez pas avoir une politique israélienne autre que celle que l’AIPAC vous donne ici.’
Ou comme ce qu’a dit un jour Ariel Sharon à un public américain : ‘Quand les gens me demandent
comment ils peuvent aider Israel, je leur dis : « Aidez l’AIPAC. » ‘
Grâce en partie à l’influence qu’ont les électeurs juifs sur les élections présidentielles, le lobby a également
un pouvoir significatif sur l’Exécutif.
Bien qu’ils constituent moins de 3% de la population, ils font de grosses donations de campagne aux
candidats des deux partis. Le Washington Post a par le passé estimé que les candidats Démocrates à l’élection
présidentielle ‘dépendent des partisans Juifs qui fournissent au moins de 60% de l’argent’.
Et parce que les électeurs juifs ont des taux élevés de personnes présentes et sont concentrés dans les Etats
clés comme la Californie, la Floride, l’Illinois, New York et la Pennsylvanie, les candidats à la présidence vont
loin pour ne pas les contrarier.
Les principales organisations du Lobby travaillent à s’assurer que les critiques d’Israel n’obtiennent pas de
postes importants en politique étrangère.
Jimmy Carter voulait que George Ball soit son premier Secrétaire d’Etat, mais il savait que Ball était
connu comme un critique d’Israel et que le Lobby s’opposerait à sa nomination.
De cette façon, tout aspirant politicien est encouragé à devenir un défenseur d’Israel manifeste, c’est
pourquoi les critiques publics de la politique israélienne sont devenus des espèces en danger dans l’establishment
de la politique étrangère.
Quand Howard Dean a appelé les Etats-Unis à prendre rôle ‘un plus équitable’ dans le conflit Arabo-
Israélien, le sénateur Joseph Lieberman l’a accusé de vendre Israel et a dit que sa déclaration était ‘irresponsable’.
Pratiquement tous les principaux Démocrates à la Chambre des Représentants ont signé une lettre
critiquant les remarques de Dean, et le Chicago Jewish Star a rapporté que : ‘Des attaquants anonymes. . .
encombrent les boites mails des responsables Juifs du pays, pour prévenir – sans beaucoup de preuve – que Dean
serait plutôt mauvais pour Israel.’
Cette inquiétude était absurde; Dean est, en fait, tout à fait pro-Israélien : son co-responsable de
campagne était un ancien président de l’AIPAC, et Dean a déclaré que ses propres opinions sur le Moyen-Orient
étaient plus proches de celles de l’AIPAC que celles des plus modérés que sont Americans for Peace Now.
Il avait simplement suggéré que ‘en réunisant les deux parties’, Washington agirait en tant qu’intermédiaire
honnête. C’est difficilement une idée radicale, mais le Lobby ne tolère pas l’impartialité.
Pendant l’Administration Clinton, la politique Moyen-Orientale était en grande partie façonnée par des
responsables ayant des liens étroits avec Israel ou d’importantes organisations pro-israéliennes; parmi eux,
Martin Indyk, l’ancien directeur adjoint de la Recherche à l’AIPAC et le co-fondateur du pro-israélien
Washington Institute for Near East Policy (WINEP); Dennis Ross, qui a rejoint le WINEP après avoir quitté le
gouvernement en 2001; et Aaron Miller, qui a habité en Israel et visite souvent le pays.
Ces hommes étaient parmi les conseillers les plus proches de Clinton au sommet de Camp David en juillet
2000.
Bien que tous les trois soutenaient le processus de paix d’Oslo et privilégiaient la création d’un état
palestinien, ils l’ont fait seulement dans les limites de ce qui semblerait acceptable pour Israel. La délégation
américaine a pris ses consignes auprès d’Ehud Barak, a coordonné à l’avance avec Israel ses positions de
négociation, et n’a pas offert de propositions indépendantes.
Sans surprise, les négociateurs palestiniens se sont plaints qu’ils ‘étaient en pourparlers avec deux équipes
israéliennes – l’une affichant un drapeau israélien, et l’autre un drapeau américain ‘.

La situation est bien plus prononcée dans l’Administration Bush, dont les rangs comprenaient des avocats
aussi fervents de la cause israélienne comme Elliot Abrams, John Bolton, Douglas Feith, I. Lewis (‘Scooter’)
Libby, Richard Perle, Paul Wolfowitz et David Wurmser.
Comme nous le verrons, ces responsables ont uniformément poussé pour des politiques privilégiées par
Israel et soutenues par des organisations du Lobby.
Le Lobby ne veut pas de débat public, naturellement, parce que cela pourrait mener les Américains à
remettre en cause le niveau de soutien qu’ils fournissent.
En conséquence, les organisations pro-Israéliennes travaillent dur pour influencer les institutions qui font
tout ce qu’elles peuvent pour façonner l’opinion populaire.
La perspective du Lobby règne dans les médias traditionnels : ‘le débat parmi les experts du Moyen-
Orient’, écrit le journaliste Eric Alterman : ‘est dominé par des gens qui ne peuvent pas imaginer critiquer Israel’.
Il énumère 61 ‘chroniqueurs et commentateurs sur lesquels on peut compter pour soutenir Israel par
réflexe et sans qualification’.
En revanche, il a trouvé seulement cinq experts qui critiquent uniformément les actions israéliennes ou
approuvent les positions arabes.
Les journaux publient de temps en temps des articles d’invités critiquant la politique israélienne, mais
l’équilibre de l’opinion favorise clairement l’autre côté. Il est difficile d’imaginer un média traditionnel aux Etats-
Unis publier un article comme celui-ci.
‘Shamir, Sharon, Bibi – tout ce que veulent ces types me semble très bien’ a un jour remarqué Robert
Bartley. Il n’est pas étonnant que, son journal, le Wall Street Journal, ainsi que d’autres journaux importants
comme le Chicago Sun-Times et le Washington Times, publient régulièrement des éditoriaux qui soutiennent
fortement Israel. Des magazines comme le Commentary, le New Republic and le Weekly Standard défendent
Israel à chaque fois.
On trouve également des éditoriaux partiaux dans des journaux comme le New York Times qui critique de
temps en temps la politique israélienne et concède parfois que les Palestiniens ont des revendications légitimes,
mais il n’est pas équitable.
Dans ses mémoires, l’ancien directeur de la rédaction du journal, Max Frankel, reconnaît l’impact que sa
propre attitude a eu sur ses décisions éditoriales : ‘J’ai été bien plus profondément dévoué à Israel que j’ai osé
l’affirmer. . . Enrichi par ma connaissance d’Israel et de mes amitiés là-bas, j’ai moi-même écrit la plupart de
nos commentaires sur le Moyen-Orient. Comme l’ont reconnu plus de lecteurs Arabes que de Juifs, je les ai
écrits d’une perspective pro-Israélienne.’
Les nouveaux reportages sont plus équitables, en partie parce que les journalistes tâchent d’être objectifs,
mais également parce qu’il est difficile de couvrir des événements dans les Territoires Occupés sans reconnaître
les actions d’Israel sur le terrain.
Pour décourager les reportages défavorables, le Lobby organise des campagnes d’écriture de lettres, des
manifestations et des boycotts des nouvelles publications dont le contenu est considéré comme anti-Israélien.
Un directeur de CNN a dit qu’il reçoit parfois 6000 messages emails en une seule journée pour se plaindre
d’une histoire.
En mai 2003, le pro-israélien Committee for Accurate Middle East Reporting in America (CAMERA) a
organisé des manifestations à l’extérieur des stations de National Public Radio dans 33 villes; il a également
essayé de persuader les donateurs de suspendre le soutien au NPR jusqu’à ce que sa couverture Moyen-Orientale
devienne plus sympathique à Israel.
La station du NPR de Boston, WBUR, aurait perdu plus de 1 million de dollars de contributions suite à
ces efforts.
D’autres pressions sur la NPR sont venues des amis d’Israel au Congrès, qui ont demandé un audit interne
de sa couverture Moyen-Orientale ainsi que plus de surveillance.
Le côté israélien domine également les think tanks qui jouent un rôle important dans le façonnage du
débat public ainsi que dans la politique actuelle. Le Lobby a créé son propre think tank en 1985, quand Martin
Indyk a aidé à créer WINEP.

Bien que WINEP garde secret ses liens avec Israel, en affirmant qu’il fournit une perspective « équilibrée
et réaliste » sur les questions du Moyen-Orient, il est financé et dirigé par des individus profondément engagés
dans la progression de l’agenda d’Israel.
Cependant, l’influence du Lobby se prolonge bien au delà de WINEP,. Au cours des 25 dernières années,
les forces pro-israéliennes ont installé une présence dominante à l’American Enterprise Institute, au Brookings
Institution, au Center for Security Policy, au Foreign Policy Research Institute, à l’Heritage Foundation, à
l’Hudson Institute, à l’Institute for Foreign Policy Analysis et au Jewish Institute for National Security Affairs
(JINSA)..
Ces think tanks emploient peu ou pas du tout de critiques du soutien américain à Israel.
Prenons le Brookings Institution. Pendant de nombreuses années, son principal expert sur le Moyen-
Orient était William Quandt, un ancien fonctionnaire du NSC avec une réputation bien-méritée d’impartialité.
Aujourd’hui, la couverture de Brookings est menée par le Saban Center for Middle East Studies, qui est financé
par Haim Saban, un homme d’affaires Israélo-Américain et Sioniste ardent. Le directeur du centre est
l’omniprésent Martin Indyk. Ce qui était par le passé un institut de politique indépendant fait maintenant partie
du chorus pro-Israélien.
Là où le Lobby a eu la plus grosse difficulté est dans l’étouffement du débat sur les campus d’université.
Dans les années 90, quand le processus de paix d’Oslo était en cours, il y avait seulement une légère
critique d’Israel, mais elle s’est développée avec l’effondrement d’Oslo et l’accès au pouvoir de Sharon, devenant
très tonitruante quand l’IDF a réoccupé la Cisjordanie au printemps 2002 et qu’elle a utilisé une force énorme
pour maitriser le deuxième intifada.
Le Lobby a agi immédiatement pour  »reprendre les campus ‘.
Des nouveaux groupes ont pris naissance, comme la Caravan for Democracy, qui a fait venir des
intervenants israéliens dans les universités américaines. Des groupes établis comme le Jewish Council for Public
Affairs et Hillel s’y sont joints, et un nouveau groupe, l’Israel on Campus Coalition, a été constitué pour
coordonner les nombreux organismes qui cherchent maintenant à aborder le cas d’Israel.
En conclusion, l’AIPAC a plus que triplé ses dépenses dans des programmes pour surveiller les actions
dans les universités et pour former de jeunes avocats, dans le but ‘d’augmenter énormément le nombre d’étudiants
impliqués sur les campus. . . dans le cadre de l’effort national pro-Israélien’.
Le Lobby surveille également ce que les professeurs écrivent et enseignent.
En septembre 2002, Martin Kramer et Daniel Pipes, deux néo-conservateurs passionément pro-Israéliens,
ont créé un site internet (Campus Watch) qui affichent des dossiers sur des universitaires suspects et encouragent
les étudiants à relater les remarques ou les comportements qui pourraient être considérés comme hostiles à Israel.
Cette tentative transparente de mettre sur une liste noire et d’intimider les professeurs a provoqué une
sévère réaction et Pipes et Kramer ont plus tard enlevé les dossiers, mais le site internet invite toujours les
étudiants à rapporter toute activité  »anti-Israélienne ».
Des groupes du Lobby ont fait pression sur des universitaires et des universités particuliers.
Colombia a été une cible fréquente, sans aucun doute en raison de la présence du défunt Edward Said dans
son corps enseignant. ‘On pouvait être sûr que toute déclaration publique en soutien aux Palestiniens faite par
l’éminent critique littéraire Edward Said récolterait des centaines d’email, de lettres et de compte-rendus
journalistiques nous invitant à dénoncer Said et soit à le sanctionner ou à lui tirer dessus’ rapportait Jonathan
Cole, son ancien principal.
Quand Colombia a recruté l’historien Rashid Khalidi de Chicago, la même chose s’est produite.
Ce fut un problème que Princeton a également affronté quelques années plus tard quand il a envisagé
courtiser Khalidi pour qu’il parte de Colombia.
Une illustration classique de l’effort pour maintenir l’ordre dans le milieu universitaire s’est produite vers
la fin 2004, quand le Projet David a produit un film alléguant que les membres du corps enseignant du

programme d’études Moyen-Orientales de Colombia étaient antisémites et intimidaient les étudiants juifs qui se
positionnaient pour Israel.
Colombia a été sur des charbons ardents, mais un comité du corps enseignant qui a été assigné pour
enquêter sur les accusations n’a trouvé aucune preuve d’anti-sémitisme et le seul incident probablement notable
était qu’un professeur ‘avait répondu âprement’ à la question d’un étudiant.
Le comité a également découvert que les universitaires en question avaient été eux-mêmes la cible d’une
campagne manifeste d’intimidation.
L’aspect peut-être le plus inquiétant dans tout cela, ce sont les efforts faits par les groupes juifs pour
pousser le Congrès à établir des mécanismes pour surveiller ce que disent les professeurs.
S’ils parviennent à le faire voter, des universités jugées avoir une tendance anti-israélienne pourraient se
voir refuser un financement fédéral. Leurs efforts n’ont pas encore réussi, mais cela indique l’importance placée
sur le contrôle du débat.
Un certain nombre de philanthropes Juifs ont récemment créé des programmes d’Etudes d’Israel (en plus
des environ 130 programmes d’études Juifs existants déjà) afin d’augmenter le nombre d’élèves amis d’Israel sur
les campus.
En mai 2003, NYU a annoncé la création du Taub Center for Israel Studies; des programmes semblables
ont été créés à Berkeley, Brandeis et Emory.
Les administrateurs universitaires soulignent leur valeur pédagogique, mais la vérité est qu’ils ont en
grande partie pour objectif de favoriser l’image d’Israel.
Fred Laffer, directeur de la Taub Foundation, indique clairement que sa fondation a financé le centre de
NYU pour aider à contrer ‘le point de vue [sic] Arabe’ qu’il pense être répandu dans les programmes Moyen-
Orientaux de NYU.
Aucune discussion sur le Lobby ne serait complète sans examen d’une de ses armes plus puissantes:
l’accusation d’anti-sémitisme.
Toute personne qui critique les actions d’Israel ou argue du fait que les groupes pro-Israéliens ont une
influence significative sur la politique Moyen-Orientale des Etats-Unis – un hommage à l’influence de l’AIPAC –
a une forte chance d’être traitée d’antisémite.
En effet, toute personne qui affirme simplement qu’il y a un Lobby Israélien court le risque d’être accusée
d’anti-sémitisme, bien que les médias israéliens fassent référence au ‘Lobby Juif’ en Amérique.
En d’autres termes, le Lobby se vante d’abord de son influence et attaque ensuite toute personne qui attire
l’attention sur lui. C’est une stratégie très efficace: l’anti-sémitisme est quelque chose dont personne ne veut être
accusé.
Les Européens ont été plus disposés que les Américains à critiquer la politique israélienne, ce que certains
attribuent à une réapparition de l’anti-sémitisme en Europe. ‘Nous arrivons à un point’, déclarait l’ambassadeur
américain auprès de l’Union Européenne début 2004, ‘qui est aussi mauvais que ce qui se passait dans les années
30’.
Mesurer l’anti-sémitisme est une chose compliquée, mais le poids des preuves montrent la direction
opposée.
Au printemps 2004, quand les accusations d’anti-sémitisme européen se sont répandues en Amérique, des
sondages d’opinion publique européenne séparés menés par l’Anti-Defamation League basée aux Etats-Unis et le
Pew Research Center for the People and the Press ont constaté qu’en fait il diminuait. Dans les années 30, en
revanche, l’anti-sémitisme était non seulement répandu parmi les Européens de toutes classes mais était
considéré comme tout à fait acceptable.
Le Lobby et ses amis dépeignent souvent la France comme le pays le plus antisémite d’Europe. Mais en
2003, le chef de la communauté juive française a déclaré que la ‘France n’était pas plus antisémite que
l’Amérique.

Selon un article récent paru dans Ha’aretz, la police française a rapporté que les incidents antisémites
avaient diminué de près de 50% en 2005; et cela bien que la France ait la plus grande population Musulmane
d’Europe.
En conclusion, quand un juif français a été assassiné à Paris le mois dernier par un gang Musulman, des
dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour condamner l’anti-sémitisme. Jacques
Chirac et Dominique de Villepin ont tous les deux assisté à l’office commémoratif de la victime pour montrer
leur solidarité.
Personne ne nierait qu’il y a de l’anti-sémitisme parmi les Musulmans Européens, en partie provoquée par
la conduite d’Israel envers les Palestiniens et une partie parce qu’il y a tout simplement du racisme. Mais c’est
une question séparée avec peu de relation avec si oui ou non l’Europe est aujourd’hui comme l’Europe des années
30.
Personne ne nierait qu’il reste quelques antisémites autochtones virulents en Europe (comme il y en a aux
Etats-Unis) mais ils ne sont pas nombreux et leurs opinions sont rejetées par la grande majorité des Européens.
Quand ils sont pressés d’aller au delà de la seule affirmation, les avocats d’Israel prétendent qu’il y a un
‘nouvel anti-sémitisme’, qui équivaut à une critique d’Israel. En d’autres termes, critiquez la politique israélienne
et vous êtes par définition un antisémite.
Quand le Synode de l’Eglise Anglicane a récemment voté pour désinvestir de Caterpillar Inc. parce qu’il
fabrique des bulldozers utilisés par les Israéliens pour démolir les maisons palestiniennes, le Grand Rabbin s’est
plaint que cela ‘aurait des répercussions les plus défavorables sur. . . les relations entre les Juifs et les Chrétiens
en Grande-Bretagne ‘, tandis que le Rabbin Tony Bayfield,à la tête du Mouvement de Réforme, disait : ‘Il y a un
net problème d’anti-Sioniste – à la limite de l’antisémitisme – des attitudes émergeant de la base et même des
catégories au centre de l’Eglise.’ Mais l’Eglise était simplement coupable de protestation contre la politique du
gouvernement israélien.
Des critiques sont également accusés de tenir Israel à un niveau injuste ou de remettre en cause son droit à
exister. Mais ce sont de fausses accusations aussi. Les critiques occidentaux d’Israel ne remettent presque
jamais en cause son droit à exister : ils remettent en cause son comportement envers les Palestiniens, tout comme
les Israéliens eux-mêmes.
Israel n’est pas non plus jugé injustement. Le traitement des Palestiniens par les Israéliens attire la
critique parce qu’il est contraire aux notions largement admises des droits de l’homme, au droit international et au
principe de l’autodétermination nationale. Et c’est difficilement le seul Etat à avoir affronté de vives critiques
pour ces raisons.
En automne 2001, et particulièrement au printemps 2002, l’Administration Bush a tenté de réduire le
sentiment anti-Américain dans le monde Arabe et de saper le soutien aux groupes terroristes comme Al-Qaida en
stoppant la politiques expansionniste d’Israel dans les Territoires Occupés et en préconisant la création d’un Etat
palestinien.
Bush avait à sa disposition des moyens de persuasion très significatifs. Il aurait pû menacer de réduire le
soutien économique et diplomatique à Israel, et les Américains l’auraient presque certainement soutenu.
Un sondage de mai 2003 indiquait que plus de 60% des Américains étaient disposés à retenir l’aide si
Israel résistait à la pression des Etats-Unis pour régler le conflit, et que le nombre atteignait 70% parmi ‘les
politiquement actifs’.
En effet, 73% ont dit que les Etats-Unis ne devraient pas favoriser l’une ou l’autre partie.
Pourtant, l’Administration n’a pas changé la politique israélienne, et Washington a fini par la soutenir.
Avec le temps, l’Administration a également adopté les propres justifications d’Israel sur sa position, de
sorte que la rhétorique des Etats-Unis a commencé à imiter la rhétorique israélienne. En février 2003, un titre du
Washington Post résumait la situation : ‘Bush et Sharon presque identiques sur la politique du Moyen-Orient.’
La raison principale de ce changement était le Lobby.

L’histoire commence en septembre 2001, quand Bush a commencé à inviter Sharon pour qu’il montre de la
retenue dans les Territoires Occupés. Il l’a également pressé de permettre au Ministre des Affaires Etrangères
israélien, Shimon Peres, de rencontrer Yasser Arafat, quoiqu’il (Bush) ait fortement critiqué le leadership
d’Arafat. Bush a même dit publiquement qu’il soutenait la création d’un état palestinien. Alarmé, Sharon l’a
accusé de tenter ‘d’apaiser les Arabes à nos frais’, en avertissant qu’Israel ‘ne sera pas la Tchécoslovaquie’.
Bush était soi-disant furieux d’avoir été comparé à Chamberlain, et le secrétaire de presse de la Maison
Blanche a qualifié les remarques de Sharon d »inacceptables ‘.
Sharon a présenté des excuses, mais il a rapidement réuni ses forces à celles du Lobby pour persuader
l’Administration et les Américains que les Etats-Unis et Israel affrontaient une menace terroriste commune.
Des responsables israéliens et des représentants du Lobby ont insisté sur le fait qu’il n’y avait aucune
véritable différence entre Arafat et Osama bin Laden : les Etats-Unis et Israel, ont-ils dit, devraient isoler le chef
élu des Palestiniens et ne rien avoir à faire avec lui.
Le Lobby est également allé travailler au Congrès.
Le 16 novembre, 89 sénateurs ont envoyé une lettre à Bush en le félicitant d’avoir refusé de rencontrer
Arafat, mais en demandant également que les Etats-Unis ne retiennent pas Israel de représailles contre les
Palestiniens; l’administration, écrivaient-ils, doit déclarer publiquement qu’elle se tient derrière Israel.
Selon le New York Times, la lettre ‘provenait’ d’une réunion qui s’était déroulée deux semaines auparavant
entre les ‘responsables de la communauté juive américaine et les principaux sénateurs’, en ajoutant que l’AIPAC
avait été ‘particulièrement actif en fournissant des conseils au sujet de la lettre ‘.
Fin novembre, les relations entre Tel Aviv et Washington s’étaient considérablement améliorées. C’était
grâce en partie aux efforts du Lobby, mais également grâce à la victoire initiale de l’Amérique en Afghanistan,
qui a réduit le besoin détecté d’un soutien Arabe dans l’affrontement avec Al-Qaida.
Sharon s’est rendu à la Maison Blanche début décembre et a eu une réunion amicale avec Bush.
En avril 2002, des problèmes ont encore éclaté, après que l’IDF ait lancé l’opération Bouclier Défensif et
qu’il ait repris le contrôle de pratiquement tous les principaux secteurs palestiniens de Cisjordanie.
Bush savait que les actions d’Israel endommageraient l’image de l’Amérique dans le monde Islamique et
mineraient la guerre contre le terrorisme, donc il a exigé que Sharon ‘cesse les incursions et commence le retrait’.
Il a souligné ce message deux jours plus tard, en disant qu’il voulait qu’Israel ‘se retire sans tarder’.
Le 7 avril, Condoleezza Rice, conseiller à la sécurité nationale de Bush à l’époque, a déclaré aux
journalistes : ‘ »sans tarder » signifie sans tarder. Cela signifie maintenant.’ Le même jour, Colin Powell partait
pour le Moyen-Orient afin de persuader toutes les parties de cesser de combattre et de commencer à négocier.
Israel et le Lobby sont entrés en action.
Les membres pro-Israéliens du bureau du vice-président et du Pentagone, ainsi que des experts néoconservateurs
tels que Robert Kagan et William Kristol, ont mis la pression sur Powell. Ils l’ont même accusé
d’avoir ‘pratiquement effacé la distinction entre des terroristes et ces terroristes combattants’.
Bush lui-même était pressé par des leaders Juifs et des évangélistes Chrétiens. Tom DeLay et Dick
Armey étaient particulièrement francs sur la nécessité de soutenir Israel, et DeLay et le chef de la minorité au
Sénat, Trent Lott, se sont rendus à la Maison Blanche pour avertir Bush de ne pas insister.
Le premier signe que Bush cédait est survenu le 11 avril – une semaine après qu’il ait dit à Sharon de
retirer ses forces – quand le secrétaire de presse de la Maison Blanche a dit que le président pensait que Sharon
était ‘un homme de paix’.
Bush a répété cette déclaration publiquement au retour de Powell de sa mission ratée, et a indiqué aux
journalistes que Sharon avait répondu d’une manière satisfaisante à son appel pour un retrait total et immédiat.
Sharon n’avait jamais fait une telle chose, mais Bush ne voulait plus en faire un problème.
En attendant, le Congrès se préparait également à soutenir Sharon.
Le 2 mai, il a passé outre les objections de l’Administration et a voté deux résolutions réaffirmant un
soutien à Israel. (Le vote du Sénat était de 94 contre 2; la version de la Chambre des Représentants a été votée
par 352 contre 21.)
Les deux résolutions affirmaient que les Etats-Unis ‘se positionnent solidaires d’Israel’ et que les deux
pays étaient, pour citer la résolution de la Chambre, ‘maintenant engagés dans une lutte commune contre le
terrorisme ‘. La version de la Chambre condamnait également ‘le soutien continu et la coordination du terrorisme

par Yasser Arafat’, qui a été dépeint comme une partie centrale du problème de terrorisme. Les deux résolutions
ont été élaborées avec l’aide du Lobby.
Quelques jours plus tard, une délégation bipartite du Congrès d’une mission exploratoire sur Israel a
déclaré que Sharon devrait résister à la pression américaine pour négocier avec Arafat.
Le 9 mai, un sous-comité de dotation de la Chambre s’est réuni pour envisager de donner à Israel 200
millions de dollars supplémentaires pour combattre le terrorisme.
Powell s’y est opposé mais le Lobby l’a soutenu et Powell a perdu.
En bref, Sharon et le Lobby s’en sont pris au président des Etats-Unis et ont triomphé. Hemi Shalev, un
journaliste du journal israélien Ma’ariv, a rapporté que les collaborateurs de Sharon ‘ne pouvaient pas cacher leur
satisfaction en raison de l’échec de Powell. Sharon a regardé le Président Bush dans le blanc des yeux, se sontils
vantés, et le président a baissé les yeux le premier.’ Mais c’étaient les champions d’Israel aux Etats-Unis, non
Sharon ou Israel, qui ont joué un rôle clé dans la défaite de Bush.
La situation a peu changé depuis lors. L’administration Bush a toujours refusé de traiter avec Arafat.
Après sa mort, elle a embrassé le nouveau responsable palestinien, Mahmoud Abbas, mais n’a pas fait beaucoup
pour l’aider.
Sharon a continué à développer son plan pour imposer un règlement unilatéral aux Palestiniens, basé sur
le ‘désengagement’ de Gaza couplé à l’expansion continue en Cisjordanie. En refusant de négocier avec Abbas et
en faisant en sorte qu’il lui soit impossible de fournir des avantages réels aux Palestiniens, la stratégie de Sharon
a contribué directement à la victoire électorale du Hamas.
Avec le Hamas au pouvoir, Israel a une autre excuse pour ne pas négocier. L’administration américaine a
soutenu les actions de Sharon (et celles de son successeur, Ehud Olmert).
Bush a même approuvé les annexations unilatérales israéliennes dans les Territoires Occupés, inversant la
politique déclarée de tout président depuis Lyndon Johnson.
Les responsables américains ont légèrement critiqué quelques actions israéliennes, mais n’ont pas fait
grand chose pour aider à la création d’un Etat palestinien viable.
Sharon a ‘accroché Bush autour de son petit doigt’, a déclaré l’ancien conseiller à la sécurité nationale,
Brent Scowcroft, en octobre 2004.
Si Bush essaye d’éloigner les Etats-Unis d’Israel, ou même de critiquer des actions israéliennes dans les
Territoires Occupés, il est sûr d’avoir à affronter la colère du Lobby et de ses défenseurs au Congrès.
Les candidats Démocrates à l’élection présidentielle comprennent que ce sont des choses de la vie, c’est la
raison pour laquelle John Kerry s’est donné beaucoup de mal pour montrer un soutien sans faille à Israel en 2004,
et c’est pourquoi Hillary Clinton fait la même chose aujourd’hui.
Maintenir un soutien américain à la politique d’Israel contre les Palestiniens est essentiel en ce qui
concerne le Lobby, mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là. Il veut également que l’Amérique aide Israel à rester
la puissance régionale dominante.
Le gouvernement israélien et les groupes pro-Israéliens aux Etats-Unis ont travaillé ensemble pour
façonner la politique de l’administration envers l’Irak, la Syrie et l’Iran, ainsi que son grand programme pour
réorganiser le Moyen-Orient.
La pression d’Israel et du Lobby n’était pas le seul facteur derrière la décision d’attaquer l’Irak en mars
2003, mais elle était critique.
Quelques Américains pensent que c’était une guerre pour le pétrole, mais il y a peu de preuve directe pour
soutenir cette affirmation. Au lieu de cela, la guerre a été motivée, en grande partie, par un désir de rendre Israel
plus sûr.
Selon Philip Zelikow, un ancien membre du Foreign Intelligence Advisory Board du Président, le
directeur exécutif de la Commission du 11 septembre, et maintenant conseiller de Condoleezza Rice, la ‘véritable
menace’ de l’Irak n’était pas une menace pour les Etats-Unis. ‘la menace non dite’ était la ‘menace pour Israel’, a
déclaré Zelikow devant un public de l’université de Virginie en septembre 2002. ‘Le gouvernement américain,’

a-t’il ajouté, ‘ne veut pas trop appuyer là-dessus de façon rhétorique, parce que ce n’est pas un argument
populaire.’
Le 16 août 2002, 11 jours avant que Dick Cheney lance la campagne pour la guerre avec un discours
devant les Vétérans des Guerres Etrangères, le Washington Post indiquait qu »’Israel poussait les responsables
américains à ne pas retarder une attaque militaire contre l’Irak de Saddam Hussein.’ Grâce à cela, selon Sharon,
la coordination stratégique entre Israel et les Etats-Unis a atteint ‘des dimensions sans précédent’, et les
responsables des renseignements israéliens ont donné à Washington une variété de rapports alarmants au sujet
des programmes du WMD de l’Irak.
Comme l’a dit plus tard un général à la retraite israélien : ‘Les renseignements israéliens étaient associés à
part entière dans l’image présentée par les renseignements Americains et Britanniques concernant les capacités
non conventionnelles de l’Irak.’
Les leaders israéliens furent profondément affligés quand Bush a décidé de demander l’autorisation du
Conseil de sécurité pour la guerre, et furent encore plus inquiets quand Saddam a accepté de laisser entrer des
inspecteurs de l’ONU. ‘La campagne contre Saddam Hussein est un must’ a déclaré Shimon Peres aux
journalistes en septembre 2002. ‘Les inspections et les inspecteurs sont bons pour les gens honorables, mais les
gens malhonnêtes peuvent surmonter facilement des inspections et des inspecteurs.’
Au même moment, Ehud Barak écrivait un éditorial dans le New York Times avertissant que ‘le plus
grand risque se situe maintenant dans l’inaction.’
Son prédécesseur en tant que Premier Ministre, Binyamin Netanyahu, publiait un article semblable dans le
Wall Street Journal, intitulé : ‘La question du Renversement de Saddam’. ‘Aujourd’hui il n’y a rien d’autre à faire
que de démanteler son régime,’ déclarait-il. ‘Je crois pouvoir parler pour la majorité écrasante des Israéliens en
soutenant une frappe préventive contre le régime de Saddam.’
Ou comme Ha’aretz l’a rapporté en février 2003, ‘Le leadership militaire et politique aspire à une guerre en
Irak.’
Comme l’a suggéré Netanyahu, pourtant, le désir d’une guerre n’était pas limité aux leaders israéliens.
Indépendamment du Kowéit, que Saddam avait envahi en 1990, Israel était le seul pays au monde où les
politiciens et le public étaient en faveur de la guerre.
Comme l’observait à l’époque le journaliste Gideon Levy,  »Israel est le seul pays en Occident dont les
responsables soutiennent la guerre sans réserves et où aucune opinion alternative n’est exprimée.’
En fait, les Israéliens étaient tellement va-t’en-guerre que leurs alliés en Amérique leur ont demandé de
réduire leur rhétorique, ou cela serait vu comme si la guerre était engagée au nom d’Israel.
Aux Etats-Unis, la principale force motrice derrière la guerre était une petite bande des néo-conservateurs,
dont beaucoup avaient des liens avec le Likud. Mais les chefs des principales organisations du Lobby prêtaient
leurs voix à la campagne. ‘
Alors que le Président Bush essayait de vendre. . . la guerre en Irak’ rapportait The Forward, ‘les plus
importantes organisations Juives d’Amérique se sont rassemblées pour ne faire qu’un et le défendre. Déclaration
après déclaration, les chefs de la communauté ont souligné la nécessité de débarrasser le monde de Saddam
Hussein et de ses armes de destruction massive.’ L’éditorial continue en disant que :  »L’inquiétude pour la
sécurité d’Israel a été un facteur légitime dans les discussions des principaux groupes juifs.’
Bien que les néo-conservateurs et d’autres leaders du Lobby aient été désireux d’envahir l’Irak, la plus
large communauté juive américaine ne l’était pas. Juste aprés que la guerre ait commencé, Samuel Freedman a
signalé que ‘une compilation des sondages d’opinion dans tout le pays effectué par le Pew Research Center
montre que les juifs sont moins enclins à soutenir la guerre contre l’Irak que la population dans son ensemble,
52% contre 62%.’
En clair, il serait erroné de blâmer la guerre en Irak sur ‘l’influence juive’.
Par contre, c’était en grande partie dû à l’influence du Lobby, et en particulier à celle des néoconservateurs
qui en ont font partie.
Les néo-conservateurs étaient déterminés à renverser Saddam même avant que Bush soit élu président.
Ils ont causé une agitation, début 1998, en publiant deux lettres ouvertes à Clinton, demandant le
renversement de Saddam du pouvoir.

Les signataires, dont beaucoup avaient des liens étroits avec les groupes pro-Israéliens comme le JINSA
ou WINEP, et qui incluaient Elliot Abrams, John Bolton, Douglas Feith, William Kristol, Bernard Lewis,
Donald Rumsfeld, Richard Perle et Paul Wolfowitz, avaient quelques problèmes à persuader l’Administration
Clinton d’adopter l’objectif général d’évincer Saddam. Mais ils ne pouvaient pas vendre une guerre pour
atteindre cet objectif.
Ils ne furent pas non plus capables de générer l’enthousiasme pour envahir l’Irak pendant les premiers
mois de l’Administration Bush. Ils avaient besoin d’aide pour atteindre leur but. Cette aide est arrivée avec le 11
Septembre. Précisément, les événements de ce jour-là ont mené Bush et Cheney à changer de direction et à
devenir de forts partisans d’une guerre préventive.
Lors d’une réunion clé avec Bush à Camp David le 15 septembre, Wolfowitz a préconisé d’attaquer l’Irak
avant l’Afghanistan, quoiqu’il n’y ait eu aucune preuve que Saddam était impliqué dans les attaques contre les
Etats-Unis et que l’on savait que Bin Laden était en Afghanistan.
Bush a rejeté son conseil et a choisi d’aller attaquer l’Afghanistan, mais la guerre avec l’Irak était
maintenant envisagée comme une possibilité sérieuse et le 21 novembre le président a chargé les planificateurs
militaires de développer des plans concrets pour une invasion.
D’autres néo-conservateurs étaient pendant ce temps au travail dans les couloirs du pouvoir. Nous n’avons
pas encore l’histoire complète, mais des professeurs comme Bernard Lewis de Princeton et Fouad Ajami de
Johns Hopkins auraient joué des rôles importants en persuadant Cheney que la guerre était la meilleure option,
cependant des néo-conservateurs de son équipe – Eric Edelman, John Hannah et Scooter Libby, le chef d’Etat-
Major de Cheney et l’un des individus les plus puissants dans l’administration – ont également joué leur rôle.
Début 2002, Cheney avait persuadé Bush; et avec Bush et Cheney à bord, la guerre était inévitable.
A l’extérieur de l’administration, des experts néo-conservateurs n’avaient pas perdu de temps à rendre
l’invasion de l’Irak une chose essentielle pour gagner la guerre contre le terrorisme. Leurs efforts étaient conçus
en partie pour maintenir la pression sur Bush, et pour triompher en partie d’une opposition à la guerre à l’intérieur
et à l’extérieur du gouvernement.
Le 20 septembre, un groupe de proéminents néo-conservateurs et leurs alliés ont publié une autre lettre
ouverte : ‘Même si aucune preuve ne lie directement l’Irak à l’attaque,’ dit-elle, ‘Toute stratégie visant l’extirpation
du terrorisme et ses commanditaires doit inclure un effort déterminé pour renverser Saddam Hussein du pouvoir
en Irak.’
La lettre rappelait également à Bush que  »Israel était et restait l’allié le plus sûr de l’Amérique contre le
terrorisme international.’
Dans la parution du 1er Octobre du Weekly Standard, Robert Kagan et William Kristol demandaient un
changement de régime en Irak dès que les Talibans seraient battus.
Le même jour, Charles Krauthammer arguait dans le Washington Post que lorsque les Etats-Unis auraient
terminé la guerre en Afghanistan, la Syrie devrait être le prochain, suivi de l’Iran et de l’Irak: ‘La guerre contre le
terrorisme se conclura à Bagdad, ‘Quand nous acheverons le régime terroriste le plus dangereux au monde’.
C’était le début d’une campagne de relations publiques implacable pour gagner le soutien d’une invasion
de l’Irak, dont une partie cruciale était la manipulation des renseignements de façon à faire croire que Saddam
constituait une menace imminente.
Par exemple, Libby a fait pression sur les analystes de la CIA pour qu’ils trouvent des preuves pour la
guerre et a aidé à préparer le briefing maintenant critiqué de Colin Powell au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Au Pentagone, le Policy Counter terrorism Evaluation Group était chargé de trouver des liens entre Al-
Qaida et l’Irak que les renseignements avaient soi-disant ratés. Ses deux principaux membres étaient David
Wurmser, un néo-conservateur de la ligne dure, et Michael Maloof, un Libano-Américain très lié à Perle.
Un autre groupe du Pentagone, le soi-disant Bureau des Projets Spéciaux, avait pour tâche de découvrir
des preuves qui pourraient être utilisées pour vendre la guerre.
Il était dirigé par Abram Shulsky, un néo-conservateur avec des liens de longue date avec Wolfowitz, et
ses rangs incluaient des recrues des think tanks pro-Israéliens. Ces deux organisations avaient été créés après le
11 Septembre et rendaient des comptes directement à Douglas Feith.

Comme pratiquement tous les néo-conservateurs, Feith est profondément dévoué à Israel; il a également
des liens avec le Likud depuis longtemps.
Il a écrit des articles dans les années 90 soutenant les colonies et arguant qu’Israel devrait conserver les
Territoires Occupés.
Plus important, avec Perle et Wurmser, il a écrit le rapport célèbre « Clean Break » en juin 1996 pour
Netanyahu, qui venait juste d’être élu Premier Ministre. Entre autres, il a recommandé que Netanyahu ‘se
concentre sur le renversement de Saddam Hussein du pouvoir en Irak – un important objectif stratégique
Israélien’.
Il demandait également qu’Israel prenne des mesures pour réorganiser l’ensemble du Moyen-Orient.
Netanyahu n’a pas suivi leur conseil, mais Feith, Perle et Wurmser encouragèrent bientôt l’administration
Bush à poursuivre ces mêmes objectifs. L
e chroniqueur Akiva Eldar du Ha’aretz a averti que Feith et Perle ‘marchent sur une ligne mince entre leur
loyauté aux gouvernements américains. . . et les intérêts israéliens ‘.
Wolfowitz est également dévoué à Israel. The Forward l’a un jour décrit comme ‘la voix pro-israélienne la
plus « faucon » dans l’administration’, et, en 2002, l’a choisi 1er parmi les 50 notables qui ‘ont consciemment
poursuivi l’activisme Juif ‘.
A peu près au même moment, le JINSA donnait à Wolfowitz son Henry M. Jackson Distinguished Service
Award pour avoir favorisé un fort partenariat entre Israel et les Etats-Unis; et le Jérusalem Post, en le décrivant
comme ‘fortement pro-Israélien’, l’a élu ‘homme de l’année’ en 2003.
En conclusion, un mot bref sur le soutien d’avant-guerre des néo-conservateurs à Ahmed Chalabi, l’exilé
irakien sans scrupules qui dirige le Congrès National Irakien (INC).
Ils ont soutenu Chalabi parce qu’il avait établi des liens étroits avec les groupes Juif-Américains et s’était
engagé à favoriser de bonnes relations avec Israel quand il serait au pouvoir.
C’était précisément ce que les partisans pro-Israéliens du changement de régime voulaient entendre.
Matthew Berger a présenté le contexte de l’histoire dans un journal Juif : ‘L’INC voyait l’amélioration des
relations comme un moyen d’utiliser l’influence juive à Washington et à Jérusalem et d’obtenir un soutien accru à
sa cause. Pour leur part, les groupes juifs voyaient une occasion de préparer le terrain pour de meilleures
relations entre Israel et l’Irak, si et quand l’INC serait impliqué dans le remplacement du régime de Saddam
Hussein.’
Etant donné la dévotion des néo-conservateurs à Israel, leur obsession de l’Irak, et leur influence dans
l’administration Bush, il n’est pas étonnant que beaucoup d’Américains aient suspecté que la guerre ait été conçue
pour favoriser les intérêts israéliens.
En mars dernier, Barry Jacobs de l’American Jewish Committee a reconnu que la croyance qu’Israel et les
néo-conservateurs avaient conspiré pour faire entrer en guerre les Etats-Unis contre l’Irak était ‘dominante’ parmi
les services de renseignements.
Pourtant peu de gens le diraient publiquement, et les la plupart de ceux qui l’ont fait – comme le sénateur
Ernest Hollings et le Représentant James Moran – ont été condamnés pour avoir soulevé la question.
Fin 2002, Michael Kinsley a écrit que : ‘Le manque de débat public au sujet du rôle d’Israel. . . c’est
l’éléphant proverbial dans la pièce.’ La raison de l’hésitation à en parler, a-t’il observé, était la crainte d’être traité
d’un antisémite.
Il y a peu de doutes qu’Israel et le Lobby furent les principaux facteurs dans la décision à partir en guerre.
C’est une décision que les Etats-Unis auraient probablement été loins de prendre sans leurs efforts.
Et la guerre elle-même était prévue pour être seulement la première étape. Un titre en première page du
Wall Street Journal peu de temps après que la guerre ait commencé dit tout : ‘Le Rêve du Président: Non
seulement changer un Régime mais une Région: Une Zone Pro-Américaine, Démocratique est un objectif qui a
des Racines Israéliennes et Néo-Conservatrices.’
Les Forces Pro-Israéliennes sont depuis longtemps intéressées par l’implication plus directe des militaires
américains au Moyen-Orient. Mais elles avaient un succès limité pendant la guerre froide, parce que l’Amérique
agisssait en tant que ‘balancier off-shore’ dans la région.

La plupart des forces désignées pour le Moyen-Orient, comme la Force de Déploiement Rapide, ont été
maintenues ‘au-dessus de l’horizon’ et hors de toute atteinte. L’idée était que les puissances locales se
neutralisent les unes contre les autres – ce qui est pourquoi l’administration Reagan a soutenu Saddam contre
l’Iran révolutionnaire pendant la guerre entre l’Iran et Irak – afin de maintenir un équilibre favorable aux Etats-
Unis.
Cette politique a changé après la première guerre du Golfe, quand l’administration Clinton a adopté une
stratégie ‘de double retenue’. Des forces américaines substantielles seraient postées dans la région afin de
contenir l’Iran et l’Irak, au lieu d’en utiliser une pour maitriser l’autre.
Le père de la double retenue n’était autre que Martin Indyk, qui a, pour la première fois, esquissé la
stratégie en mai 1993 au WINEP et l’a ensuite mise en application en tant qie Directeur pour les Affaires du
Proche Orient et Sud-Asiatiques au Conseil de sécurité nationale.
Au milieu des années 90, il y avait un mécontentement considérable en ce qui concerne la double retenue,
parce qu’elle avait transformé les Etats-Unis en ennemi mortel de deux pays qui se détestaient, et forcait
Washington à porter le fardeau de les contenir tous les deux.
Mais c’était une stratégie que le Lobby favorisait et travaillait activement au Congrès pour qu’elle soit
conservée.
Poussé par l’AIPAC et d’autres forces pro-Israéliennes, Clinton a durçi la politique au printemps 1995 en
imposant un embargo économique sur l’Iran. Mais l’AIPAC et les autres voulaient plus.
Le résultat fut une Loi sur des Sanctions contre l’Iran et la Libye en 1996 qui imposait des sanctions à
toutes les compagnies étrangères qui investissaient plus de 40 millions de dollars pour développer les ressources
de pétrole en Iran ou en Libye.
Comme Ze’ev Schiff, le correspondant militaire de Ha’aretz, le remarquait à l’époque,  »Israel est un
élément minuscule dans le grand complot, mais on ne devrait pas conclure qu’il ne peut pas influencer ceux qui
sont à la tête.’
A la fin des années 90, pourtant, les néo-conservateurs arguaient du fait que la double retenue n’était pas
suffisante’ et qu’un changement de régime en Irak était essentiel. En renversant Saddam et en transformant l’Irak
en démocratie vivante, arguaient-ils, les Etats-Unis déclencheraient un processus de grande envergure de
changement dans l’ensemble du Moyen-Orient.
La même ligne de la pensée était évidente dans l’étude ‘Clean Break’ que les néo-conservateurs avaient
écrits pour Netanyahu. En 2002, quand une invasion de l’Irak était imminente, la transformation régionale était
une profession de foi parmi les cercles néo-conservateurs.
Charles Krauthammer décrit ce grand programme comme l’invention personnelle de Natan Sharansky,
mais les Israéliens parmi toute la classe politique croyaient que le renversement de Saddam changerait le Moyen-
Orient à l’avantage d’Israel. rapportait Aluf Benn dans Ha’aretz (17 février 2003):
Des hauts responsables de l’IDF et des proches du Premier Ministre Ariel Sharon, tel que le conseiller à la
sécurité nationale, Ephraim Halevy, dépeignait une image attrayante du futur merveilleux d’Israel après la guerre.
Ils envisagaient un effet domino, avec la chute de Saddam Hussein suivie des autres ennemis d’Israel. . . Avec
ces leaders disparaîtraient le terrorisme et les armes de destruction massive.
Quand Bagdad est tombé mi-avril 2003, Sharon et ses lieutenants ont commencé à pousser Washington à
viser Damas.
Le 16 avril, Sharon, interviewé dans le Yedioth Ahronoth, appelait les Etats-Unis à faire une pression ‘très
forte ‘sur la Syrie, tandis que Shaul Mofaz, son Ministre de la Défense, interviewé dans Ma’ariv, déclarait : ‘nous
avons une longue liste de questions que nous pensons poser aux Syriens et il est approprié que ce soit fait par
l’intermédiaire des Américains.’
Ephraim Halevy déclarait à un public de WINEP qu’il était maintenant important que les Etats-Unis soient
durs avec la Syrie, et le Washington Post signalait qu’Israel ‘entretenait la campagne’ contre la Syrie en
fournissant aux renseignements américains des rapports sur les actions de Bashar Assad, le président syrien.

Des membres importants du Lobby avaient les mêmes arguments.
Wolfowitz a déclaré que : ‘Il devrait y avoir un changement de régime en Syrie, ‘et Richard Perle a dit à un
journaliste que : ‘Un message court, un message de deux mots’ pourrait être envoyé aux autres régimes hostiles
du Moyen-Orient : ‘Vous êtes prochain.’
Début avril, WINEP a publié un rapport bipartite déclarant que la Syrie ‘ne devrait pas rater le message
que le comportement de pays qui suivent le comportement imprudent, irresponsable et provoquant de Saddam
pourraient finir en partageant son destin ‘.
Le 15 avril, Yossi Klein Halevi écrivait un article dans le Los Angeles Times intitulé : ‘Après, Serrer les
vis de la Syrie’, alors que le lendemain Zev Chafets écrivait un article pour le New York Daily News intitulé : ‘La
Syrie amie des Terroristes a besoin d’un Changement, Aussi’. Pour ne pas être surpassé, Laurent Kaplan écrivait
dans la New Republic le 21 avril qu’Assad était une menace sérieuse pour l’Amérique.
De retour sur la Colline du Capitole, le membre du Congrès Eliot Engel avait réintroduit la Loi sur la
Responsabilité de la Syrie et la Restauration de la Souveraineté Libanaise. Il menacait la Syrie de sanctions si
elle ne se retirait pas du Liban, si elle ne renonçait pas à son WMD et si elle ne cessait pas de soutenir le
terrorisme, et il appelait également la Syrie et le Liban à prendre des mesures concrètes pour faire la paix avec
Israel. Cette législation était fortement approuvée par le Lobby – par l’AIPAC en particulier – et ‘était concue’,
selon le Jewish Telegraph Agency, ‘par certains des meilleurs amis d’Israel au Congrès’.
L’administration Bush était peu enthousiaste à son égard, mais la Loi anti-Syrienne a été votée de façon
écrasante (398 contre 4 dans la Chambre; 89 contre 4 au Sénat), et Bush l’a signée par la loi du 12 décembre
2003.
L’administration elle-même était encore divisée sur la sagesse de viser la Syrie. Bien que les néoconservateurs
aient été désireux de de faire un crochet pour se battre contre Damas, la CIA et le Département
d’Etat étaient opposés à l’idée. Et même après que Bush ait signé la nouvelle loi, il a souligné qu’il irait
lentement pour la mettre en application. Son ambivalence est compréhensible.
D’abord, le gouvernement syrien avait non seulement fourni des renseignements importants au sujet d’Al-
Qaida depuis le 11 septembre : il avait également averti Washington au sujet d’une attaque terroriste prévue dans
le Golfe et avait donné aux enquêteurs de la CIA l’accès à Mohammed Zammar, le supposé recruteur de certains
des pirates de l’air du 11 septembre. Viser le régime d’Assad compromettrait ces connexions précieuses, et
saperait ainsi la guerre plus large contre le terrorisme.
En second lieu, la Syrie n’avait pas été en mauvais termes avec Washington avant la guerre contre l’Irak
(elle avait même voté pour la résolution 1441 de l’ONU), et n’était pas elle-même une menace pour les Etats-
Unis. Jouer au dur avec elle pourrait faire penser que les Etats-Unis ont un appétit insatiable pour se battre
contre les Etats arabes.
Troisièmement, mettre la Syrie en haut de la liste donnerait à Damas une forte incitation pour causer des
problèmes en Irak. Même si on voulait faire pression, il semblerait plus raisonnable de terminer le travail en Irak
d’abord. Pourtant le congrès a insisté pour serrer la vis à Damas, en grande partie en réponse à la pression des
responsables israéliens et des groupes comme l’AIPAC.
S’il n’y avait pas de Lobby, il n’y aurait pas eu de Loi sur la Responsabilité de la Syrie, et la politique
américaine envers Damas serait plus en conformité avec l’intérêt national.
Les Israéliens on tendance à décrire chaque menace par des termes les plus rigides, mais l’Iran est
largement vu comme leur ennemi le plus dangereux parce qu’il est le plus susceptible d’acquérir des armes
nucléaires.
Pratiquement tous les Israéliens considèrent un pays Islamique au Moyen-Orient possédant des armes
nucléaires comme une menace pour leur existence. « l’Irak est un problème. . . Mais vous devriez comprendre
que, si vous me le demandez, aujourd’hui l’Iran est plus dangereux que l’Irak,’ a fait remarquer le Ministre de la
Défense, Binyamin Ben-Eliezer, un mois avant la guerre contre l’Irak.
Sharon a commencé à pousser les Etats-Unis pour qu’ils se confrontent avec l’Iran en novembre 2002,
dans une interview au Times. Décrivant l’Iran comme ‘le centre terroriste mondial’, et enclin à acquérir des
armes nucléaires, il a déclaré que l’administration Bush devrait mettre une forte pression sur l’Iran ‘dès le
lendemain’ de sa conquête de l’Irak.

En avril 2003, Ha’aretz indiquait que l’ambassadeur israélien à Washington réclamait un changement de
régime en Iran. Le renversement de Saddam, notait-il, n’était ‘pas suffisant’. Selon ses mots, l’Amérique ‘doit
poursuivre. Nous avons toujours de grandes menaces de cette magnitude venant de la Syrie, venant d’Iran.’
Les néo-conservateurs, aussi, n’ont pas perdu de temps pour demander un changement de régime à
Téhéran.
Le 6 mai, l’AEI co-organisait une conférence d’une journée sur l’Iran avec Foundation for the Defense of
Democracies et l’Hudson Institute, les deux champions d’Israel. Tous les intervenants étaient fortement pro-
Israéliens, et beaucoup appelaient les Etats-Unis à remplacer le régime iranien par une démocratie.
Comme d’habitude, une pluie d’articles de proéminents néo-conservateurs demandaient de s’en prendre à
l’Iran. « La libération de l’Irak était la première grande bataille pour le futur du Moyen-Orient. . . Mais la
prochaine grande bataille – nous espérons que ce ne sera pas une bataille militaire – sera contre l’Iran. » écrivait
William Kristol dans le Weekly Standard le 12 mai.
L’administration a répondu à la pression du Lobby en travaillant jour et nuit pour arrêter le programme
nucléaire de l’Iran. Mais Washington a eu peu de succès, et l’Iran semble déterminé à avoir un arsenal nucléaire.
En conséquence, le Lobby a intensifié sa pression. Des éditoriaux et d’autres articles avertissent
maintenant des dangers imminents de la puissance nucléaire de l’Iran, précaution contre tout apaisement d’un
régime ‘terroriste ‘, et laissent entendre une sombre action préventive si la diplomatie échouait.
Le Lobby pousse le Congrès à approuver la Loi de Soutien à la Liberté de l’Iran, qui augmenterait les
sanctions existantes. Les responsables israéliens avertissent également qu’ils pourraient prendre une mesure
préventive si l’Iran continue sa recherche nucléaire, des menaces en partie prévues pour maintenir l’attention de
Washington sur la question.
On pourrait arguer qu’Israel et le Lobby n’ont pas eu beaucoup d’influence sur la politique envers l’Iran,
parce que les Etats-Unis ont leurs propres raisons pour empêcher l’Iran d’avoir des armes nucléaires.
Il y a une certaine vérité en cela, mais les ambitions nucléaires de l’Iran ne constituent pas une menace
directe pour les Etats-Unis. Si Washington pouvait vivre avec une Union soviétique nucléaire, une Chine
nucléaire ou même une Corée du Nord nucléaire, il peut vivre avec un Iran nucléaire. Et c’est pourquoi le Lobby
doit maintenir une pression constante sur les politiciens pour qu’ils se confrontent avec Téhéran.
L’Iran et les Etats-Unis seraient difficilement des alliés si le Lobby n’existait pas, mais la politique des
Etats-Unis serait plus tempérée et la guerre préventive ne serait pas une option sérieuse.
Ce n’est pas une surprise si Israel et ses partisans américains veulent que les Etats-Unis s’occupent de
toutes les menaces à la sécurité d’Israel. Si leurs efforts de façonner la politique des Etats-Unis réussissent, les
ennemis d’Israel seront affaiblis ou renversés, Israel aura les mains libres avec les Palestiniens, et les Etats-Unis
feront la majeure partie du combat, en mourant, en reconstruisant et en payant.
Mais même si les Etats-Unis ne transforment pas le Moyen-Orient et se retrouvent en conflit avec un
monde Arabe et Islamique de plus en plus radicalisé, Israel finira protégée par la seule superpuissance au monde.
Ce n’est pas un résultat parfait du point de vue du Lobby, mais il est évidemment préférable à un
éloignement de Washington, ou à l’utilisation de son influence pour forcer Israel à faire la paix avec les
Palestiniens.
Est-ce que le pouvoir du Lobby peut être diminué ?
On voudrait bien le penser, étant donné la débacle de l’Irak, la nécessité évidente de reconstruire l’image
de l’Amérique dans le monde Arabe et Islamique, et les révélations récentes au sujet des responsables de
l’AIPAC passant des secrets du gouvernement américain à Israel.
On pourrait également penser que la mort d’Arafat et l’élection du plus modéré Mahmoud Abbas
entraineraient Washington à faire pression de façon plus forte pour obtenir un accord de paix équitable.

En bref, il y a les raisons suffisantes pour que les leaders se distancent du Lobby et adoptent une politique
Moyen-Orientale plus conforme aux intérêts plus larges des Etats-Unis. En particulier, utiliser la puissance
américaine pour arriver à une paix juste entre Israel et les Palestiniens aiderait à promouvoir la cause de la
démocratie dans la région.
Mais cela ne va pas se produire – de toute façon pas de sitôt. L’AIPAC et ses alliés (y compris les
Sionistes Chrétiens) n’ont aucun adversaire sérieux dans le monde du Lobby. Ils savent qu’il est devenu plus
difficile de défendre Israel aujourd’hui, et ils répondent en s’imposant sur les équipes et en augmentant leurs
activités.
En outre, les politiciens américains restent intensément sensibles aux contributions de campagne et à
d’autres formes de pression politique, et les principaux médias sont susceptibles de rester sympathiques à Israel
quoi qu’il fasse :
L’influence du Lobby cause des problèmes sur plusieurs fronts. Elle augmente le danger terroriste auquel
font face tous les états – y compris les alliés européens de l’Amérique. Elle a rendu impossible la fin du conflit
Israélo-Palestinien, une situation qui donne aux extrémistes un outil recruteur puissant, augmente le réservoir des
terroristes potentiels et des sympathisants, et contribue au radicalisme islamique en Europe et en Asie.
Également inquiétant, la campagne du Lobby pour un changement de régime en Iran et en Syrie pourrait
mener les Etats-Unis à attaquer ces pays, avec des effets potentiellement désastreux. Nous n’avons pas besoin
d’un ‘autre Irak. Àu minimum, l’hostilité du Lobby envers la Syrie et l’Iran rend presque impossible à
Washington de les enrôler dans la lutte contre Al-Qaida et l’insurrection irakienne, où leur aide serait vraiment
nécessaire.
Il y a là aussi une dimension morale.
Grâce au Lobby, les Etats-Unis sont devenus ceux qui ont rendu possible l’expansion israélienne dans les
Territoires Occupés, les rendant complices des crimes perpétrés contre les Palestiniens. Cette situation contredit
les efforts de Washington pour favoriser la démocratie à l’étranger et le rend hypocrite quand il pousse d’autres
états à respecter les droits de l’homme.
Les efforts des Etats-Unis pour limiter la prolifération nucléaire apparaissent également hypocrite étant
donné sa bonne volonté à accepter l’arsenal nucléaire d’Israel qui encourage seulement l’Iran et d’autres à
chercher des capacités semblables.
De plus, la campagne du Lobby pour étouffer le débat concernant Israel est malsain pour la démocratie.
Réduire au silence les sceptiques en organisant des listes noires et des boycotts – ou suggérer que les
critiques sont des antisémites – viole le principe du libre débat dont dépend la démocratie.
L’incapacité du congrès à avoir une véritable discussion sur ces questions importantes paralyse le
processus tout entier de la délibération démocratique. Les partisans d’Israel devraient être libres de le faire et de
défier ceux qui sont en désaccord avec eux, mais les efforts pour étouffer le débat par l’intimidation devraient
être sévèrement condamnés.
En conclusion, l’influence du Lobby a été mauvaise pour Israel.
Sa capacité à persuader Washington de soutenir un agenda expansionniste a découragé Israel de saisir des
occasions – dont un traité de paix avec la Syrie et une application rapide et totale des Accords d’Oslo qui aurait
sauvé la vie des Israéliens et aurait diminué les rangs des extrémistes palestiniens.
Refuser aux Palestiniens leurs droits politiques légitimes n’a certainement pas rendu Israel plus sûr, et la
longue campagne pour tuer ou marginaliser une génération de responsables palestiniens a renforcé des groupes
extrémistes comme le Hamas, et a réduit le nombre de leaders palestiniens qui seraient disposés à accepter un
arrangement juste et capables de le mettre en place. Israel lui-même serait probablement mieux si le Lobby
étaient moins puissant et si la politique américaine était plus équitable.
Il y a pourtant une lueur d’espoir.
Bien que le Lobby reste une force puissante, il est de plus en plus difficile cacher les effets nuisibles de
son influence. Les états puissants peuvent maintenir des politiques imparfaites pendant un certain temps, mais la
réalité ne peut pas être ignorée indéfiniment.

Ce qui est nécessaire, c’est une discussion franche sur l’influence du Lobby et un débat plus ouvert sur les
intérêts des Etats-Unis dans cette région vitale. Le bien-être d’Israel est l’un de ces intérêts, mais l’occupation
continue de la Cisjordanie et de son agenda régional plus large ne le sont pas.
Un débat ouvert exposerait les limites du problème stratégique et moral d’un soutien américain à une seule
partie et pourrait faire évoluer les Etats-Unis vers une position plus conforme à ses propres intérêts nationaux,
aux intérêts des autres états dans la région, et aussi aux intérêts à long terme d’Israel.
10 Mars 2006.
Footnotes
Une version non publiée de cet article est disponible à :
http://ksgnotes1.harvard.edu/Research/wpaper.nsf/rwp/RWP06-011
or at
http://papers.ssrn.com/abstract=891198
John Mearsheimer is the Wendell Harrison Professor of Political Science at Chicago, and the author of
The Tragedy of Great Power Politics.
Stephen Walt is the Robert and Renee Belfer Professor of International Affairs at the Kennedy School of
Government at Harvard. His most recent book is Taming American Power: The Global Response to US Primacy.

Une étude américaine critique la politique proisraélienne
des Etats-Unis

suite…

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