Histoire de l’Afrique du Nord


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Auteur : Lugan Bernard
Ouvrage : Histoire de l’Afrique du Nord (Égypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc) Des origines à nos jours
Année : 2016

 

Introduction

L’Afrique du Nord est formée de cinq pays, l’Égypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Dans l’appellation courante, cette immense région est divisée en Machrek (Égypte et Libye) et en Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc), deux mots arabes signifiant « Levant » pour le premier, « Couchant » pour le second.
Si nous voulions être plus précis, nous devrions prendre en compte le fait que la Libye fait à la fois partie de chacun de ces deux ensembles. La Cyrénaïque qui a jadis été imprégnée d’une puissante marque hellénistique est en effet culturellement rattachée au Machrek, alors que la Tripolitaine qui a subi l’influence carthaginoise fait partie du Maghreb. Durant l’antiquité, la limite entre les deux régions était matérialisée par l’« autel des Philènes » édifié au fond du golfe de la Grande Syrte1 (voir plus loin page 62), golfe séparant la Cyrénaïque de la Tripolitaine où se rejoignent et même se croisent, routes littorales et pistes transsahariennes menant aux bassins du Niger et du Tchad par le Fezzan (Martel, 1991 : 31). Le nom de Libye fut employé pour la première fois par Homère2. Il vient très probablement des Égyptiens qui subissaient la pression des Lebou – d’où Libye –, Berbères3 sahariens qui cherchaient à pénétrer dans la riche vallée du Nil. Pour les Arabes, le Maghreb, autrement dit la Berbérie, était la Djezirah el-Maghreb ou « île du Couchant » dont ils baptisèrent la partie la plus orientale du nom d’Ifrîqîaya ou Ifrikiya (littéralement : Petite Afrique)4. Cette dernière englobait la partie la plus occidentale de l’actuelle Libye, c’est-à-dire la Tripolitaine, la Tunisie et la partie orientale de l’Algérie actuelle. Pour les conquérants arabes, les habitants de la région étaient les « Roumis », les Romains, car, d’après eux, l’empire byzantin auquel ils furent confrontés était l’héritier de Rome. Quant à la partie la plus occidentale de la Berbérie, essentiellement l’Oranie et l’actuel Maroc, ils lui donnèrent le nom de Maghreb el-Aqça (Le Couchant lointain).

Au point de vue de la géographie :
« À l’ouest de l’Égypte commencent les steppes qui se prolongent jusqu’au revers de l’Atlas marocain, tantôt sous forme de plaines côtières comme en Marmarique ou dans la Grande et la Petite Syrte, tantôt sous forme de Hautes Plaines. Véritable rocade méditerranéenne favorable aux déplacements des caravanes et des troupes. En « Libye », ces étendues, enserrent deux massifs montagneux. En Cyrénaïque, le Djebel Akhdar (la montagne verte) s’étend du port de Derna à celui de Benghazi. Le Djebel Nefuza en Tripolitaine, s’allonge de Misrata aux Chotts tunisiens. Il isole une plaine côtière relativement fertile, la Djefara, et se prolonge au sud par un revers, le Dahar, qui
plonge sous les sables de l’Erg oriental » (Martel, 1991 : 34).
À l’est, l’Égypte développa une civilisation aussi brillante qu’originale. Centrée sur l’étroit cordon du Nil, elle tenta, en vain, de se fermer à l’ouest, là où, poussés par la péjoration climatique, les Berbères sahariens ne cessèrent de battre une fragile ligne de défense ancrée sur les oasis situées à l’ouest du fleuve (carte page XI).
L’ouverture de l’Égypte à l’ouest se fit à partir du Ve siècle av. J.-C. avec les Grecs de Cyrénaïque. À la même époque, en Berbérie, l’actuel Maghreb, apparurent les royaumes dits libyco-berbères dont les limites correspondaient grosso modo aux frontières des actuels États : royaume de Maurétanie (Maroc), royaume Masaesyle (Algérie) et royaume Massyle (Tunisie).
À partir de la fin du IIe siècle, Rome imprégna toute la région de sa marque, à l’exception toutefois de l’actuel Maroc qui ne fut qu’effleuré par la romanisation, puis par la christianisation. Successeur de Rome, l’empire byzantin s’établit de l’Égypte jusqu’à l’est de l’actuelle Algérie. La plus grande partie de l’actuel Maghreb échappa à son autorité et, partout, à l’exception de certaines villes, la «reconquête» berbère eut raison du vernis romano chrétien.
Aux VIIe-VIIIe siècles, l’islamisation de l’Afrique du Nord eut trois grandes conséquences :
– Elle entraîna la cassure nord-sud du monde méditerranéen5 et l’apparition d’un front mouvant entre chrétienté et islam qui ne fut stabilisé qu’au XVIIe siècle.
– Elle provoqua également l’orientation de toute l’Afrique du Nord vers l’orient alors que, jusque-là, elle avait été tournée vers le monde méditerranéen.
– Elle fut à l’origine d’une mutation en profondeur de la berbérité avec l’apparition d’États berbères islamisés qui adoptèrent les hérésies nées dans le monde musulman afin de se dégager de l’emprise arabe.
À partir du XVe siècle, puis au XVIe, toute l’Afrique du Nord fut concernée par l’expansion turco ottomane, à l’exception du Maroc qui réussit à maintenir son indépendance en s’alliant à l’Espagne chrétienne.
Durant la période coloniale, l’Afrique du Nord fut partagée entre quatre puissances européennes. Les
Britanniques s’installèrent en Égypte afin de pouvoir contrôler le canal de Suez. Les Italiens, tard venus dans la « course au clocher », disputèrent le vide libyen à la Turquie. Quant au Maghreb, il fut en totalité rattaché au domaine français, à l’exception toutefois de la partie espagnole du Maroc.
Après le second conflit mondial, l’évolution fut différente au Machrek et au Maghreb. Si le premier fut tôt décolonisé – l’Égypte en 1922 et la Libye en 1951 –, le second connut des péripéties sanglantes avec la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962).
Après les indépendances, et en dépit d’une « arabité » affirmée mais ethniquement minoritaire au Maroc et en Algérie, et de leur « islamité » commune, les cinq pays composant l’Afrique du Nord eurent des destins divers. Ces différences se retrouvèrent dans l’épisode dit des « printemps arabes » qui ne concerna que la Tunisie et l’Égypte. L’Algérie et le Maroc y échappèrent cependant que la Libye connut une guerre civile et une intervention étrangère génératrice d’un immense chaos.


1. La Petite Syrte est le golfe de Gabès en Tunisie.
2. Pour la discussion concernant les origines et les variations historiques et géographiques du mot Libye, il est nécessaire de se reporter à la synthèse de Zimmermann (2008).
3. Berbère = Amazigh. Au féminin tamazight = une Berbère et la langue berbère. Au pluriel, Imazighen Berbères.
4. Le toponyme Africa fut « forgé » par les Romains à partir de l’ethnique Afer. D’origine inconnue ce dernier aurait pu, à l’origine, désigner un ensemble de tribus vivant dans le nord-est de l’actuelle Tunisie. Après la troisième guerre punique, (149-146 av. J.-C.), les Romains parlèrent d’Africa pour désigner les territoires conquis sur Carthage et ils utilisèrent le terme Afri pour désigner les populations qui y vivaient (Decret et
Fantar, 1998, 22-23).
5. À laquelle s’ajouta plus tard une fracture est-ouest à la suite de l’intrusion turque en Méditerranée


PREMIÈRE PARTIE :
DES ORIGINES À LA VEILLE DE LA CONQUÊTE ARABOMUSULMANE

Au Machrek comme au Maghreb, les galets aménagés qui constituent les premières traces humaines remontent à plus de deux millions d’années. Il y a environ 500 000 ans, des Homo erectus parcoururent la région, laissant de nombreuses traces de leur passage, notamment des haches bifaces. Il y a environ 100 000 ans, ils eurent pour successeurs les premiers Hommes modernes.
Vers 10 000 av. J.-C., les ancêtres des actuels Berbères semblent occuper toute la région allant du delta du Nil jusqu’à l’océan atlantique. Vers 6000 av. J.-C., dans la basse vallée du Nil, débuta un processus qui mena, trois millénaires plus tard, à l’Égypte dynastique (pharaonique).
Plus à l’ouest, à partir de la seconde moitié du dernier millénaire av. J.-C., l’existence de trois grands royaumes berbères, Massyle (actuelle Tunisie), Massaesyle (actuelle Algérie) et Maurétanie (actuel Maroc), préfigurait déjà la moderne division du Maghreb (carte page XVIII).
La romanisation de l’Afrique du Nord fut d’inégale ampleur. Profonde sur le littoral de l’actuelle Libye, dans l’actuelle Tunisie et dans l’ouest algérien, elle fut en revanche insignifiante dans l’actuel Maroc. Dans toute l’Afrique du Nord, la christianisation eut à peu près la même étendue que la romanisation, sauf en Égypte qui fut évangélisée en profondeur.
Une coupure en deux de l’empire se produisit en 285-286 sous l’Empereur Dioclétien qui instaura la tétrarchie. L’Égypte devint alors une dépendance de Byzance (Constantinople), ce qui fut mal ressenti sur les bords du Nil et poussa les Coptes à voir ultérieurement dans les Arabes des libérateurs.
À l’ouest, le siècle vandale fut en définitive sans grande conséquence en dépit de la « légende noire » entretenue par l’église catholique ; puis eut lieu l’« inutile » conquête byzantine qui ne concerna que quelques villes, le monde berbère lui demeurant étranger.

 

Chapitre I
La préhistoire
La préhistoire de cette immense région qu’est l’Afrique du Nord se lit à travers un fil conducteur chronologique :
1- Il y a plusieurs centaines de millions d’années, l’Afrique du Nord et le Sahara furent recouverts par des glaciers, puis par l’océan.
2- Il y a cent millions d’années, ce dernier fut remplacé par une forêt équatoriale humide6.
3- Entre un et deux millions d’années et jusque vers ± 200 000, la région connut une phase d’assèchement et la sylve se transforma en une savane arborée parcourue par les premiers hominidés7.
4- Il y a environ 700 000 ans, l’Homo mauritanicus, un Homo erectus (http://www.hominides.com) parcourut la région, laissant de nombreuses traces de son passage, notamment des haches bifaces8.
5- Entre – 200 000 et – 150 000 ans, les premiers Hommes modernes apparurent. En Tripolitaine et en Cyrénaïque, l’occupation des Djebel Nefusa et Akhdar par ces derniers remonte au moins à 130 000 ans.

I- Les changements climatiques et l’histoire du peuplement
Depuis ± 60 000, le climat nord-africain évolue en dents de scie mais en tendant vers l’aride.
Il y a 30 000 ans, le climat devint de plus en plus froid, donc de plus en plus sec. Puis, de ± 13 000 à ± 7000-6000 av. J.-C., en raison des pluies équatoriales, le Nil déborda de son lit, provoquant un exode de ses habitants.

Quatre périodes peuvent être distinguées :

1- Le Grand Humide holocène9 (ou Optimum climatique holocène ou Optimum pluvio-lacustre du Sahara) s’étendit de ± 7000 à ± 4000 av. J.-C.
En Afrique du Nord, la végétation méditerranéenne colonisa l’espace vers le sud jusqu’à plus de 300 kilomètres de ses limites actuelles. Au Sahara, avec les précipitations, la faune et les hommes furent de retour dès la fin du VIIIe millénaire av. J.-C. Dans l’Acacus, le Hoggar et l’Aïr (carte page VI), la réoccupation est datée de 7500-7000 av. J.-C. alors qu’au Tibesti, le retour des hommes n’intervint pas avant 6000 av. J.-C. Le maximum du Grand Humide holocène saharien est situé vers 6000 av. J.-C. (Leroux, 1994 : 231).
Au nord, vers la Méditerranée, le réchauffement, donc les pluies, se manifesta vers 4000 av. J.-C. Au nord du tropique du Cancer, les pluies d’hiver arrosaient essentiellement les massifs (Fezzan, Tassili NAjjer etc.), tandis que les parties basses (désert Libyque et régions des Ergs) demeurèrent désertiques. À l’époque du Grand Humide Holocène, le Sahara septentrional n’était donc humide que dans ses zones d’altitude.

2- Entre ± 6000 et ± 4500 av. J.-C. selon les régions, l’Aride mi-Holocène (ou Aride intermédiaire) qui succéda au Grand humide holocène s’inscrivit entre deux périodes humides. Ce bref intermédiaire aride dura un millénaire au maximum.

3- Le Petit Humide (ou Humide Néolithique) succéda à l’Aride mi-Holocène et il s’étendit de ± 5000/4500 av. J.-C. à ± 2500 av. J.-C. Le Petit Humide, nettement moins prononcé que le Grand Humide Holocène, donna naissance à la grande période pastorale saharo-nord-africaine10.

4- L’Aride post-néolithique qui est daté entre ± 2500 et ± 2000-1500 av. J.-C. comprend plusieurs séquences :
– À partir de ± 2000 av. J.-C., le nord du Sahara connut une accélération de la sécheresse avec pour conséquence le départ de la plupart des groupes humains.
– Vers ± 1000 av. J.-C. et jusque vers ± 800 av. J.-C., le retour limité des pluies permit la réapparition de quelques pâturages.
– Puis le niveau des nappes phréatiques baissa à nouveau, les sources disparurent et les puits tarirent.
L’Aride actuel se mit en place et toute l’Afrique du Nord, ainsi que la vallée du Nil, subit les raids des pasteurs berbères sahariens à la recherche de pâturages, actions que nous connaissons notamment par les sources égyptiennes (voir plus loin page 28).

Le cas de l’Égypte
Les changements climatiques eurent des conséquences primordiales dans la vallée du Nil car les variations du niveau du fleuve expliquent le « miracle » égyptien. La raison en est simple : dans les périodes humides, l’actuel cordon alluvial du fleuve disparaissait sous les eaux ; durant presque 40 siècles, le Nil coula ainsi entre 6 à 9 mètres au-dessus de son cours actuel. En revanche, durant les épisodes hyperarides, son débit diminuait car il n’était plus alimenté par ses nombreux affluents sahariens alors à sec. Il ne disparaissait cependant pas totalement car il recevait toujours les eaux équatoriales qui lui arrivaient depuis les hautes terres de l’Afrique orientale (crête Congo Nil et plateau éthiopien notamment).
La vallée s’est donc peuplée ou au contraire vidée de ses habitants au gré des épisodes successifs de sécheresse ou d’humidité. Quand elle était sous les eaux, la vie l’abandonnait pour trouver refuge dans ses marges les plus élevées auparavant désertiques mais redevenues, sous l’effet du changement climatique, favorables à la faune, donc aux hommes vivant à ses dépens. Au contraire, durant les épisodes de
rétractation du Nil, la vallée était de nouveau accueillante aux hommes migrant depuis leurs territoires de chasse retournés au désert.
La chronologie climatique « longue » de la vallée du Nil depuis 20 000 ans permet de mettre en évidence quatre grandes phases dont l’alternance explique directement l’histoire du peuplement de l’Égypte.

1- De ± 16 000 à ± 13 000 av. J.-C.
Durant le Dernier Maximum Glaciaire, la région connut un épisode froid, donc aride, et l’étroite plaine alluviale du Nil devint un refuge pour les populations fuyant la sécheresse du Sahara oriental. Les occupants de la vallée tiraient alors leur subsistance d’une économie de ponction classique associant chasse, pêche et cueillette et fondée sur la transhumance, elle-même commandée par les crues du fleuve.
Contraints de s’adapter à des espaces limités, les chasseurs pêcheurs cueilleurs vivant dans la vallée se mirent à « gérer » leur environnement afin d’en tirer le maximum de subsistance ; c’est alors que l’économie de prédation et de ponction évolua lentement vers une économie de gestion. Cette période est celle de l’Adaptation nilotique qui constitue le terme d’un long processus paraissant démarrer vers 16 000 av. J.-C.

Cette économie de prédation s’exerçait au sein de sociétés déjà en partie sédentaires puisque des campements installés sur les sites d’exploitation des ressources ont été mis au jour. Ils étaient utilisés régulièrement selon les saisons et en fonction de leur spécialisation : pêche, chasse ou collecte des graminées sauvages (Vercoutter, 1992 : 93). Puis, vers 10 000 av. J.-C., ils devinrent permanents, disposant même de cimetières.

L’Adaptation nilotique est donc une économie de ponction rationalisée car pratiquée sur un espace restreint ne permettant plus le nomadisme de la période précédente. Nous sommes encore loin du néolithique, mais les bases de ce qui sera la division de la vie de l’Égypte pharaonique paraissent déjà émerger. En effet :

« N’y a-t-il pas dans le tableau de l’adaptation nilotique les germes lointains des trois saisons des Égyptiens ? L’inondation ; le retrait des eaux ; la chaleur. Mobiles à l’intérieur d’un territoire restreint, ces groupes surent développer une communauté de gestes, une notion de collectivité dont témoignent à la fois leur retour régulier et l’utilisation du stockage » (Midant-Reynes, 1992 : 237).
Puis le climat changea à nouveau et les pluies noyèrent la vallée du Nil, provoquant le départ de ses habitants.

2- De ± 13 000 à ± 7000-6000 av. J.-C.
En raison des pluies équatoriales, le Nil déborda de son lit, provoquant un nouvel exode de ses habitants. Ce fut ce que j’ai baptisé Répulsion Nilotique (Lugan, 2002 : 17), épisode durant lequel les hommes réoccupèrent les escarpements dominant la vallée, ou bien repartirent vers l’est et surtout vers l’ouest, pour recoloniser les anciens déserts qui refleurissaient alors en partie.

3- De ± 7000-6000 à ± 5000-4000 av. J.-C.
La sécheresse réapparut ensuite et la vallée du Nil redevint un milieu refuge qui commença à être repeuplé à partir du Sahara et du désert oriental.
Cette période qui est celle de l’Aride intermédiaire ou Aride mi-holocène, entraîna le repli vers le fleuve de populations sahariennes pratiquant déjà l’élevage des bovins et des ovicapridés. Ce mouvement de pasteurs venus depuis le Sahara oriental et central explique en partie l’éveil égyptien. La « naissance » de l’Égypte semble en effet être due à la rencontre entre certains « néolithiques » sahariens et les descendants des hommes de l’Adaptation nilotique. Vers 5500 av. J.-C. débuta le pré dynastique, période formative de l’Égypte.

4- Vers ± 3500-3000 av. J.-C.
Une courte séquence que j’ai baptisée Équilibre Nilotique (Lugan, 2002 : 20) et qui se poursuit jusqu’à nos jours, débuta à l’intérieur de l’Aride post-néolithique (± 3500 ± 1500 av. J.-C.)11 que nous avons évoqué plus haut. Elle provoqua un nouvel exode des populations sahariennes qui vinrent « buter » sur la vallée du Nil.

II- Les premiers habitants de l’Afrique du Nord
Entre ± 40 000 et ± 8000 av. J.-C., l’actuel Maghreb a connu trois strates de peuplement :

1- Durant le Paléolithique12 supérieur européen (± 40 000/ ± 12 000), y vivait un Homme moderne contemporain de Cro-Magnon, mais non cromagnoïde, dont l’industrie, l’Atérien, culture dérivée du Moustérien (Camps, 1981), apparut vers – 40 000 et dura jusque vers ± 20 000.

2- L’Homme de Mechta el-Arbi qui lui succéda à partir de ± 20 000 et dont l’industrie lithique est l’Ibéromaurusien, présente des traits semblables à ceux des Cro-Magnon européens (crâne pentagonal, large face, orbites basses et rectangulaires). Ce chasseur-cueilleur contemporain du Magdalénien (± 18000 / 15 000) et de l’Azilien (± 15 000) européens13 n’est ni un cro-magnoïde européen ayant migré au sud du détroit de Gibraltar, ni un Natoufien venu de Palestine, mais un authentique Maghrébin (Camps,
1981 ; Aumassip, 2001). L’hypothèse de son origine orientale doit en effet être rejetée car :

« […] aucun document anthropologique entre la Palestine et la Tunisie ne peut l’appuyer. De plus, nous connaissons les habitants du Proche-Orient à la fin du Paléolithique supérieur, ce sont les Natoufiens, de type proto-méditerranéen, qui diffèrent considérablement des Hommes de Mechta el- Arbi. Comment expliquer, si les hommes de Mechta el-Arbi ont une ascendance proche orientale, Nque leurs ancêtres aient quitté en totalité ces régions sans y laisser la moindre trace sur le plan anthropologique ? » (Camps, 1981)

3- Il y a environ 10 000 ans, donc vers 8 000 av. J.-C., une nouvelle culture apparut au Maghreb, progressant de l’est vers l’ouest. Il s’agit du Capsien14 qui se maintint du VIIIe au Ve millénaire (Hachid, 2 000)15. Les Capsiens sont-ils les ancêtres des Berbères ? C’est ce que pensait Gabriel Camps quand il écrivait que :

« L’homme capsien est un protoméditerranéen bien plus proche par ses caractères physiques des populations berbères actuelles que de son contemporain, l’Homme de Mechta […]. C’est un dolichocéphale et de grande taille » […] Il y a un tel air de parenté entre certains des décors capsiens […] et ceux dont les Berbères usent encore dans leurs tatouages, tissages et peintures sur poteries ou sur les murs, qu’il est difficile de rejeter toute continuité dans ce goût inné pour le décor géométrique, d’autant plus que les jalons ne manquent nullement des temps protohistoriques jusqu’à l’époque moderne » (Camps, 1981)
Le Capsien a donné lieu à bien des débats et controverses. L’on a ainsi longtemps discuté au sujet de son origine (asiatique ou européenne) et de son domaine d’extension (Maghreb seul ou toute Afrique du Nord)16. Aujourd’hui, s’il est généralement admis que ce courant est né au Maghreb, la question de son extension est encore l’objet de bien des discussions. Aurait-il ainsi débordé vers l’est, au-delà de la Tripolitaine et jusqu’en Cyrénaïque17 ?
L’hypothèse de Mc Burney (1967) qui soutenait la réalité de l’existence du Capsien en Libye a longtemps été dominante. Aujourd’hui, les travaux d’Élodie de Faucamberge sur le site néolithique d’Abou Tamsa proche d’Haua Fteah (Faucamberge, 2012, 2015) permettent de la réfuter. Désormais, le Capsien apparaît comme un courant culturel uniquement maghrébin (et Tripolitain18 ?), alors qu’en Cyrénaïque existait à la même époque un courant culturel local. Élodie de Faucamberge a bien posé le problème :

« L’idée de grands courants culturels à l’Holocène couvrant d’immenses zones géographiques d’un bout à l’autre de l’Afrique du Nord ne traduit pas la réalité du terrain. Il existe une multitude de zones écologiques bien particulières auxquelles correspondent autant de courants culturels et donc, d’extensions territoriales certainement beaucoup plus restreintes géographiquement. La composante
environnementale (géographique, climat, paysage) doit faire partie des éléments à prendre en considération lors de la comparaison des groupes humains. Elle a eu un impact sur leur mode de vie, leur évolution et leur culture matérielle, et cela est certainement encore plus vrai au Néolithique où la diversité des vestiges parvenus jusqu’à nous accentue encore la divergence entre les groupes. À chaque entité géographique (oasis, massif, basses terres, bord de mer ou de fleuve) correspondent
autant de cultures spécifiques traduisant l’adaptation de l’homme à son milieu […] » (Faucamberge, 2015 : 79).
Le Capsien semble durer de deux à trois mille ans, jusque vers ± 5000 av. J.-C., c’est-à-dire jusqu’au moment où le Néolithique devint régionalement dominant.

III – L’Afrique du Nord des Berbères19
Les études génétiques (Lucotte et Mercier, 2003) permettent d’affirmer que le fond ancien de peuplement de toute l’Afrique du Nord, de l’Égypte20 au Maroc, est berbère (cartes pages IX et X). La recherche de l’origine – ou des origines – des Berbères a donné lieu à de nombreux débats liés à des moments de la connaissance historique.
Tour à tour, certains ont voulu voir en eux des Européens aventurés en terre d’Afrique, des Orientaux ayant migré depuis le croissant fertile et même des survivants de l’Atlantide21. Aujourd’hui, par-delà mythes et idées reçues, et même si de nombreuses zones d’ombre subsistent encore, des certitudes existent.
Grâce aux progrès faits dans deux grands domaines de recherche qui sont la linguistique et la génétique, nous en savons en effet un peu plus sur les premiers Berbères22 :

1- La génétique a permis d’établir l’unité originelle des Berbères et a montré que le fond de peuplement berbère n’a été que peu pénétré par les Arabes.
L’haplotype Y V qui est le marqueur des populations berbères se retrouve en effet à 58 % au Maroc avec des pointes à 69 % dans l’Atlas, à 57 % en Algérie, à 53 % en Tunisie, à 45 % en Libye et à 52 % dans la basse Égypte (Lucotte et Mercier, 2003) (planches IX et X).
Les recherches portant sur l’allèle O ont montré que les Berbères vivant dans l’oasis de Siwa, en Égypte, à l’extrémité est de la zone de peuplement berbère présentent des allèles Oo1 et Oo2 similaires à celles retrouvées chez les Berbères de l’Atlas marocain (S. Amory et alii, 2005), lesquels sont proches des anciens Guanches des Canaries, ce qui établit bien la commune identité berbère.

2- La langue berbère fait partie de la famille afrasienne. Or, l’Afrasien est la langue mère de l’égyptien, du couchitique, du sémitique (dont l’arabe et l’hébreu), du tchadique, du berbère et de l’omotique.

L’hypothèse linguistique
Selon l’hypothèse afrasienne exposée par Christopher Ehret (1995, 1996 b) la langue berbère serait originaire d’Éthiopie-Érythrée. Au moment de sa genèse, il y a environ 20 000 ans, le foyer d’origine des locuteurs du proto-afrasien se situait entre les monts de la mer Rouge et les plateaux éthiopiens et ses deux plus anciennes fragmentations internes se seraient produites dans la région, peut-être même sur le plateau éthiopien (Le Quellec, 1998 : 493). Contrairement à ce que pensait J. Greenberg (1963) qui l’avait baptisée Afro-asiatique, cette famille serait donc d’origine purement africaine et non moyen-orientale.
Toujours selon Ehret, les premières fragmentations qui donnèrent naissance aux diverses familles de ce groupe auraient pu débuter vers 13 000 av. J.-C. avec l’apparition du proto-omotique et du protoérythréen.
Puis, entre 13 000 et 11 000 av. J.-C., le proto-érythréen se serait subdivisé en deux
rameaux qui donnèrent respectivement naissance au sud-érythréen, duquel sortirent ultérieurement les langues couchitiques, et au nord-érythréen. Vers 8000 av. J.-C. des locuteurs sud-érythréens commencèrent à se déplacer vers le Sahara où, plus tard, naquirent les langues tchadiques. Quant au nord-érythréen, il se subdivisa progressivement à partir de ± 8000 av. J.-C., en proto-berbère, en proto-égyptien et en proto-sémitique.

 

Dans l’est et dans l’ouest du Maghreb, aux points naturels de contact avec le continent européen, ont été mis en évidence des traits culturels liés à des populations venues du nord. Cela s’explique car, durant la période du Dernier Maximum glaciaire (± 18 000/ ± 15 000), la régression marine facilita le passage entre l’Afrique du Nord et la péninsule ibérique. Puis, au début de l’Holocène, la transgression marine provoqua la coupure des liens terrestres ; à la suite de quoi il fallut attendre la découverte de la navigation
pour que des contacts soient rétablis. En Tunisie et dans la partie orientale de l’Algérie, les cultures « italiennes » de taille de l’obsidienne, plus tard les dolmens et le creusement d’hypogées sont, semble-til, des introductions européennes. Dans le Rif, au nord du Maroc, nombre de témoignages, dont le décor cardial des poteries, élément typiquement européen, permettent également de noter l’arrivée de populations venues du nord par la péninsule ibérique.
C’est à tous ces migrants non clairement identifiés mais qui abandonnèrent leurs langues pour adopter celles des Berbères que sont dues les grandes différences morphotypiques qui se retrouvent chez ces dernières populations. Les types berbères sont en effet divers, les blonds, les roux, les yeux bleus ou verts y sont fréquents et tous sont blancs de peau parfois même avec un teint laiteux. Les Berbères méridionaux
ont, quant à eux, une carnation particulière résultant d’un important et ancien métissage avec les femmes esclaves razziées au sud du Sahara23.
Cependant, par-delà ses diversités, le monde libyco-berbère constituait un ensemble ethnique ayant une unité linguistique culturelle et religieuse qui transcendait ses multiples divisions tribales. En effet :
« […] toutes les populations blanches du nord-ouest de l’Afrique24 qu’elles soient demeurées berbérophones ou qu’elles soient complètement arabisées de langue et de moeurs, ont la même origine fondamentale » (Camps, 1987 : 1).

La poussée berbère dans le Sahara
À partir de ± 1 500-800 av. J.-C., le Sahara central fut en quasi-totalité peuplé par des Berbères dont l’influence, comme la toponymie l’atteste25, se faisait sentir jusque dans le Sahel. Les peintures rupestres montrent bien que le Sahara central et septentrional était alors devenu un monde leucoderme. Dans les régions de l’Acacus, du Tassili et du Hoggar (carte page VI), sont ainsi représentés avec un grand réalisme des « Europoïdes » portant de grands manteaux laissant une épaule nue, et apparentés à ces Libyens orientaux dont les représentations sont codifiées par les peintres égyptiens quand ils figurent les habitants du Sahara (planche page II). C’est également dans cette région, et alors que l’économie est encore pastorale, qu’apparurent des représentations de chars
à deux chevaux lancés au « galop volant » montés par des personnages stylisés vêtus de tuniques à cloche26.
Les représentations rupestres sahariennes permettent de distinguer plusieurs populations morphotypiquement identifiables et qui vivaient séparées les unes des autres. Ce cloisonnement humain est illustré dans le domaine artistique par les gravures et les peintures dont les styles sont différents (Muzzolini, 1983, 1986). Entre ± 8000 et ± 1000 av. J.-C., ces dernières permettent d’identifier trois grands groupes de population (Muzzolini, 1983 ; Iliffe, 1997 : 28) :

1- Un groupe leucoderme aux longs cheveux (Smith, 1992). Selon A. Muzzolini (1983 : 195-198), les gravures du Bubalin Naturaliste dont les auteurs occupaient tout le Sahara septentrional doivent leur être attribuées. En règle générale, et en dépit de nombreuses interférences territoriales, la « frontière » entre les peuplements blancs et noirs est constituée par la zone des 25e-27e parallèles qui sépare le Néolithique de tradition capsienne du Néolithique saharo-soudanais. Il s’agirait donc, non seulement d’une frontière climatique et écologique, mais encore d’une frontière « raciale », car le : « […] Tropique […] partage en quelque sorte le Sahara en deux versants : l’un, où
prédominent les Blancs, l’autre, presque entièrement occupé par les Noirs » (Camps 1987:50).

2- Un groupe mélanoderme mais non négroïde, à l’image des Peuls ou des Nilotiques actuels.

3- Le seul groupe négroïde attesté dans le Sahara central l’est dans le Tassili. D’autres
représentations de négroïdes se retrouvent ailleurs au Sahara et notamment au Tibesti, dans l’Ennedi et à Ouenat (carte page VI).


6. Pour ce qui concerne la préhistoire ancienne du Sahara et de ses marges, on se reportera à Robert Vernet,(2004).
7. Les plus anciennes traces laissées par ces derniers ont été identifiées en 2007, dans l’oasis de Siwa, en Égypte, à proximité de la frontière avec la Libye, où les archéologues mirent au jour une empreinte de pied datée d’au moins deux, voire trois millions d’années. Les plus anciens galets aménagés ont été découverts en Algérie, à Aïn el-Hanech, près de Sétif. Les datations de ce site ont donné ± 1,8 million d’années (Rabhi, 2009 ; Sahnouni et alii, 2013).
8. En 2008, sur le site de la carrière Thomas I à Casablanca, une équipe franco-marocaine dirigée par Jean-Paul Raynaud et Fatima-Zohra Sbihi-Alaoui a mis au jour une mandibule complète d’Homo erectus. Datée de plus de 500 000 ans, elle est morphologiquement différente de celle de la variété maghrébine d’Homo erectus.
9. L’Holocène, étage géologique le plus récent du Quaternaire, débute il y a 12 000 ans environ, à la fin de la dernière glaciation et voit l’apparition des premières cultures néolithiques.
10. Découvert en Cyrénaïque il y a plus d’un demi-siècle par Charles McBurney, le célèbre site d’Haua Fteah, en Cyrénaïque, a donné une stratigraphie de 13 mètres de profondeur. Refouillé à partir de 2006 par la Mission archéologique française, il a livré un néolithique local à céramique et petit bétail (Faucamberge, 2012). Les travaux d’Elodie de Faucamberge sur le site d’Abou Tamsa (2012 et 2015) confirment pour leur part la domestication des ovicaprinés en Cyrénaïque il y a 8 000 ans, soit au VIe millénaire av. J.-C. Quant à la traite laitière, elle est attestée pour la période de ± 5000 av. J.-C. grâce à l’analyse des acides gras extraits de poteries non vernissées mises au jour dans le Tadrar Acacus en Libye, dans l’abri sous roche de Takarkori (Dune et alii, 2012).
11. Ou Aride mi-Holocène ou Aride intermédiaire ou Aride intermédiaire mi-Holocène.
12. Le Paléolithique est la période durant laquelle l’homme qui est chasseur-cueilleur taille des pierres. Durant le néolithique, il continua à tailler la pierre mais il la polit de plus en plus.
13. Les dates les plus hautes concernant l’Ibéromaurusien ont été obtenues à Taforalt au Maroc. Cette industrie y serait apparue vers 20 000 av. J.-C., estimations confirmées en Algérie à partir de ± 18 000 av. J.-C. (Camps, 2007).
14. Du nom de son site éponyme, Gafsa, l’antique Capsa. Au Maghreb, les Capsiens – migrants ou indigènes –, repoussèrent, éliminèrent ou absorbèrent les Mechtoïdes (Homme de Mechta el-Arbi qui n’est pas l’ancêtre des Protoméditerranéens-Berbères). Ces derniers semblent s’être maintenus dans les régions atlantiques de l’ouest
du Maroc. Dans ce pays, le capsien n’est d’ailleurs présent que dans la région d’Oujda à l’est.
15. Le capsien se caractérise par de grandes lames, des lamelles à dos, nombre de burins et par une multitude d’objets de petite taille avec un nombre élevé de microlithes géométriques comme des trapèzes ou des triangles. Les Capsiens vivaient dans des huttes de branchages colmatées avec de l’argile et ils étaient de grands consommateurs d’escargots dont ils empilaient les coquilles, donnant ainsi naissance à des escargotières
pouvant avoir deux à trois mètres de haut sur plusieurs dizaines de mètres de long.
16. Pour ce qui est de la question de la contemporanéité ou de la succession du Capsien typique et du Capsien supérieur, nous renvoyons à Grébénart, 1978) et surtout à la thèse de Noura Rahmani, 2002).
17. En Cyrénaïque, dans le Djebel Akhdar, a été identifié le Libyco-Capsien Complex (McBurney, 1967).
18. Il n’a pas été identifié dans le nord-est de la Tunisie et « […] tout porte à croire aujourd’hui que l’influence du courant capsien n’a pas dépassé les régions des basses terres algériennes et tunisiennes » (Faucamberge, 2015 : 75).
19. Pour une étude d’ensemble du phénomène berbère et l’état actuel des connaissances, voir Lugan (2012).
20. Aujourd’hui, les derniers berbérophones d’Égypte se trouvent dans l’oasis de Siwa située à environ 300 kilomètres à l’ouest du Nil (Fakhry, 1973 ; Allaoua, 2000).
21. Les légendes bibliques donnant une origine orientale à toutes les ethnies nord africaines, Arabes et Berbères descendraient ainsi de Noé, les premiers par Sem et les seconds par Cham. Or, comme Cham vivait en Palestine, ses descendants n’ont pu coloniser le Maghreb qu’en y arrivant par l’est et c’est pourquoi les Berbères ont donc une origine orientale. CQFD !
22. Sur les premiers Berbères, voir Malika Hachid (2000).
23. Pour tout ce qui traite de l’anthropologie biologique dans la résolution des hypothèses relatives à l’histoire et à l’origine du peuplement berbère, voir Larrouy (2004).
24. Sur le sujet, il pourra être utile de lire, entre autres Boetsch et Ferrie (1989) ainsi que Pouillon (1993).
25. Le nom de Tombouctou est d’origine berbère puisque Tin signifie lieu et Tim puits tandis que Bouktou était une reine touareg qui installait là son campement durant une partie de l’année. Tombouctou signifie donc lieu ou puits de Bouktou. Quant au nom du fleuve Sénégal, il vient soit de zénaga pluriel de z’nagui qui signifie agriculteur en berbère ou bien de Zénata ou de Senhadja l’un des principaux groupes berbères.
26. Ces chars sont indubitablement de type égyptien car leur plate-forme est située en avant de l’essieu. Cependant, il est étrange de constater qu’ils sont absents du Sahara oriental, c’est-à-dire de la partie la plus proche de l’Égypte et que le plus oriental d’entre eux a été découvert sur la limite ouest du Tibesti.


Chapitre II
L’Égypte et la Cyrénaïque jusqu’à la conquête d’Alexandre (332 av. J.-C.)

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Maroc : Les plantations de cannabis inaccessibles par Google Earth. Bizarre !


Vidéo de LLP :

 

moroccomail.fr

Le Rif est super beau. C’est moins haut que l’Atlas mais les pentes sont vertigineuses. Les vallées sont très encaissées.

Ensuite 20 a 30 km avant Ketama les cultures ont changé pour passer à la mono culture du kif (ou du cannabis). Maroc 2ème producteur mondial avec cette région, 1er fournisseur de l’Europe. Il y en a partout, des champs de cannabis.

Ketama est une petite ville du Rif (nord du Maroc) qui doit sa survie essentiellement à l’exploitation du cannabis introduit dans la région par les Espagnols il y a cinq siècles.

Ketama est aussi une vallée qui s’étend sur plusieurs milliers d’hectares. C’est la première région productrice de cannabis dans le monde.

Elle a commencé à être connue en Europe dès les année 1970 par les amateurs de cannabis, durant lesquelles plusieurs Européens y sont même venu s’installer.

Elle est connue dans le monde pour la qualité du hachish qui y est produit et pour son goût sucré plus que pour la beauté des paysages.

Tout le monde t’en propose même les enfants. Sur la route les voitures t’arrêtent, les piétons pareil et en ville c’est pire. On ne peut pas faire 2 pas sans qu’on te demande si tu n’en veux pas même pour faire le revendeur.

« Le Rif, c’est le kif » (*)

Le Rif, chaîne de montagnes, située dans le nord-ouest de l’Afrique, longeant la côte méditerranéenne du Maroc, de la ville de Tanger à la frontière occidentale de l’Algérie, sur une distance de 350 km environ. La chaîne du Rif fait partie des monts Atlas. La Région est connue mondialement pour être le premier exportateur de Cannabis au monde. La culture du cannabis est intensive dans la partie centrale, entre Chefchaouen et Targuist .

Côté pile, le Maroc attire près de 6 millions de touristes par an. Côté face, les montagnes du Rif restent le repère des plus gros narcotrafiquants d’Afrique. Une zone de non-droit sauvage et enclavée, dans laquelle certains motards n’hésitent pourtant plus à s’aventurer.

Le Rif, c’est le kif : Selon Interpol, environ 90% du haschisch saisi en Europe en 2001 provenait du Rif Marocain et du Souss où la culture du cannabis constitue toujours la principale activité agricole rentable du pays. Un million de personnes serait concerné par la culture du cannabis rien que dans cette région. Du fait de son caractère illégal, les revenus que procure la culture du cannabis sont sans commune mesure avec ceux des cultures vivrières. Le cannabis est 40 fois plus rentable que les cultures de céréales : quand un hectare de maïs rapporte 800 euros, un hectare de cannabis peut rapporter dans des conditions optimales jusqu’à 30000 euros.

La production annuelle de la résine extraite des feuilles de chanvre dans le Rif est estimée suivant les années entre 1000 et 2000 tonnes.

L’essentiel du massif du Rif s’étage entre 1 000 et 2 000 m d’altitude, le point culminant, le djebel Tidighine, (2 450 mètres) . La chaîne est entaillée de vallées profondes qui rendent la circulation difficile.

La partie occidentale, bien arrosée, est couverte de forêts (chênes verts, chênes-lièges, cèdres) et de maquis. L’est est plus sec.

La densité de la population est élevée (80 à 100 habitants au kilomètre carré) et les villes nombreuses en bordure : Tanger, Tétouan, Ouezzane, Taza. Les Rifains pratiquent également l’élevage, l’arboriculture et la céréaliculture.

Les routes du cannabis

Dans les montagnes du Maroc, la production de cannabis génère énormément de devises. Pourtant, la misère perdure… tout chez les agriculteurs. Les autorités marocaine parlent d’Eldorado et opportunité pour le Maroc de se développer. Tout d’abord, la monoculture du cannabis malgré que depuis de longues années a nettement dégradé les terres, qui sont aujourd’hui pratiquement devenues stériles. En effet, la hausse de la demande a provoqué le besoin en terrains encore cultivables. Le résultat en est l’extension de la production vers les régions voisines, une fulgurante hausse des prix de vente des parcelles, et surtout la destruction d’hectares de forêt et des espèces qu’elles abritaient. En 20 ans, la surface forestière de la région à diminué de 40%.

Le réseau commercial du « chichon » (cannabis) en Europe « commence dans le Rif, la montagne marocaine qui borde la Méditerranée où la culture du cannabis a pris une extension dévorante », selon un reportage du journal Le Monde. Le « chichon », le cannabis ainsi appelé à Marseille, « vient du Maroc qui fournit, selon le rapport 2005 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, 31 % de la production mondiale et 80% des 3 000 tonnes fumées chaque année en Europe », rappelle le reporter.

Selon la même source, « L’ONU évalue le marché marocain du cannabis à 10,8 milliards d’euros en 2004 (12,3 milliards en 2003). Entre l’achat initial et la revente au détail, le kilo de résine passe de 300 ou 400 euros à 1500 ou 2000 euros ». « Tout commence dans le Rif, la montagne marocaine qui borde la Méditerranée où la culture du cannabis a pris une extension dévorante », rapporte le journaliste, décrivant que « dans les deux plus hautes vallées de Chefchaouen et de Ketama, elle a pris l’allure d’une quasi-monoculture. Dans certains villages, on trouve une succession de ‘‘garages-ateliers’’ : taxis Mercedes, 4×4 et camions y sont ‘‘blindés’’, c’est-à-dire équipés de caches pour mener la marchandise vers les villes ou les côtes ».

Le reporter, qui a remonté toute la filière du producteur marocain au consommateur européen, poursuit que « dans ces vallées arides où se succèdent des douars misérables, les terrasses où pousse la plante verte se juchent sur le moindre replat » et « les paysans les plus pauvres n’ont qu’un lopin. Eux n’extraient pas la résine. Ils vendent leur maigre production de plantes à plus riches qu’eux ». Ces « paysans-entrepreneurs vendent directement et proposent souvent eux-mêmes un transport vers l’Europe », quitte « à passer par les barons, installés dans les villes côtières : Tanger, Tétouan, Nador ou Casablanca. En 2003, 3070 tonnes de haschisch sont sorties des provinces du Nord. 2760 tonnes en 2004 ». Le reporter note que le rapport de l’ONU « répartit les 120 000 à 130 000 hectares de culture du cannabis dans le Rif en trois zones, qui se différencient par le degré plus ou moins grand de tolérance des autorités ». « Quelle que soit la zone d’où vient le haschisch, il faut l’exporter », poursuit-il, relevant que « les voies de sortie sont aussi nombreuses qu’ingénieuses », notamment par « conteneurs sur les navires de commerce » et que « Tanger, et surtout Casablanca, sont les meilleures portes ». « L’essentiel du trafic, de l’aveu des policiers, douaniers et vendeurs, passe par l’Espagne, où s’opère la plupart des ruptures de charge », note-t-il.

A la livraison, « on ne paye que la moitié. Cette modalité de paiement est générale tout au long de la chaîne, du Rif jusqu’à la revente par les dealers de rue », relève-t-il. Entre l’achat initial et la revente au détail, le kilo de résine de cannabis passe de 300 ou 400 euros à 1500 ou 2000 euros. Un article d’appui au reportage, réalisé en Espagne, rapporte que ce pays, du fait de sa proximité avec le Maroc, détient, en matière de trafic de drogues des records qui traduisent son rôle de porte d’entrée de l’Europe. L’une des place tournante du commerce du cannabis est Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles).

En octobre 1992, et sous la pression de la CEE pour que cesse la production du kif, le roi Hassan II reconnaît l’ampleur du phénomène : 50 000 hectares à ce moment-là. Cette reconnaissance était nécessaire pour que son pays continue à toucher des aides européennes, pour ne pas mettre quelques 200 000 paysans au chômage, et sortir le Rif de l’extrême pauvreté. Le doute persiste toujours quant à la volonté réelle du Roi de restreindre cette activité. En effet, le gouvernement marocain permet la culture du cannabis dans certaines zones, et exerce une répression totalement aléatoire, décidant de la diminution de l’espace cultivable à tout moment et sous tous les prétextes, et ne s’en prenant toujours qu’au petit paysan plutôt qu’aux contrebandiers qui ont régulièrement des succursales de distribution dans certain noyaux commerciaux en Europe.

Par quelle voie le cannabis est-il acheminé en Europe ?

Des collecteurs viennent acheter directement la marchandise aux paysans. Et puis, il y a aussi les ânes qui sont dressés pour rejoindre seuls dans la montagne des laboratoires où la poudre de haschisch est transformée en résine. Après, la drogue passe par bateau : les trafiquants utilisent des go fast, des canots pneumatiques avec des moteurs de 500 chevaux qui transportent jusqu’à 1 500 kilos. Et ce à partir des ports de Oued-Lalou, Martil et Bou-Ahmed. Certains bateaux vont directement en Espagne jusqu’à Malaga, d’autres transbordent la marchandise en mer sur des yachts. Les commanditaires vivent à Tanger, à Rabat et sur la Costa del Sol espagnole. Autre circuit : les camions qui descendent vers les ports du Sud, Agadir, Essaouira, et parfois jusqu’à Dakar. Enfin, il y a les avions et les hélicoptères venus d’Espagne. Il existe également un tourisme spécifique liée au Cannabis, vendu aux abords de n’importe quelle artères des villes marocaines aux touristes européens. Certains européens (surtout des français) viennent parfois s’établir au Maroc pour obtenir la substance chez le producteur.

Des deux côtés de la Méditerranée, les autorités laissent faire…

En Afrique, la rumeur court que l’Europe légalise l’usage : la Hollande, la Belgique (Molenbeek Saint-Jean en est la plaque tournante), la Grande-Bretagne. La Suisse va soumettre à référendum la possibilité de produire pour son usage personnel. De là à ce que certains de ces pays passent à une «autoproduction»… Au Maroc, on sent une vague inquiétude que les débouchés se tarissent. Ce devrait être une occasion de tout remettre à plat. Mais la France et l’Union européenne ne veulent pas déstabiliser un régime qui n’est pas islamiste. De plus, financer un véritable programme de développement du Rif serait très coûteux. 200 000 familles, soit un million de personnes, y vivent de cette culture et trafic. Si elles perdaient cette activité, elles constitueraient une vague d’immigrants sans précédent à destination de l’Europe. Au Maroc, le Rif a toujours été une région marginalisée : on ferme les yeux sur le cannabis qui leur permet de vivre et de se tenir tranquilles. Et au passage, la corruption enrichit les intermédiaires locaux.

La corruption est une incontournable réalité dans le Rif

Là où il y a délit, il y a corruption. La production, le trafic et la consommation sont des délits, et la corruption est une incontournable réalité dans le Rif – même s’il est, évidemment, impossible de la chiffrer.

La grande question est donc : si on légalise le cannabis, le volume de la corruption dans le Rif baissera-t-il significativement ?

À en croire l’ONG Transparency Maroc, chaque transaction économique légale dans notre pays engendre, en moyenne, un surcoût de 10 à 15% généré par la corruption. Même légalisé, le commerce du cannabis pourrait donc rester (au moins en partie) une activité “au noir” – tout comme le bâtiment ou le transport le sont aujourd’hui, dans l’unique souci d’augmenter les marges bénéficiaires des acteurs de ce commerce. Mais il y a tout de même une différence majeure : aujourd’hui, les intervenants dans le marché du cannabis sont obligés de corrompre, ils n’ont pas le choix. Demain, si le cannabis est légalisé, ils auront le choix. Fatalement, ils seront moins nombreux à faire ce choix. Et ceux qui le feront paieront de toute façon moins qu’avant, puisque “couvrir” du commerce au noir “coûtera” forcément moins cher que “couvrir” le trafic d’un produit illégal. L’un dans l’autre, la légalisation induira donc une baisse conséquente de la corruption.

(*) Source : Last Night in Orient

Des barbouzes marocains au cœur de Paris


tlaxcala-int.org

https://www.fayard.fr/sites/default/files/styles/detail_auteur/public/images/intervenants/6649.jpg?itok=luA74k7t

Ignace Dalle
Ancien journaliste de l’Agence France presse (AFP), Ignace Dalle a passé de nombreuses années en poste dans le monde arabe, notamment au Liban, en Égypte et au Maroc. De 1992 à 1996, il a dirigé le bureau de l’AFP à Rabat. Il a notamment publié Le Règne de Hassan II : L’espérance brisée (Maisonneuve et Larose, 2001), Les Trois Rois : La monarchie marocaine de l’Indépendance à nos jours (Fayard, 2004), et Maroc (La Découverte, 2007).

Ce n’est pas seulement au Maroc que le pouvoir royal poursuit ses opposants. Il le fait même en France, où ses hommes de main bénéficient d’étranges complaisances.

Le 15 février 2018, l’impudence de certains services marocains a franchi un nouveau palier au cœur de Paris. Alors que l’Association de défense des droits de l’homme au Maroc (Asdhom) organisait à Paris un débat sur la liberté de la presse au Maroc, une quinzaine de baltaguia (des voyous chargés de mater les opposants dans certains pays arabes) ont saboté la conférence. Le groupe, qui s’était installé dans la salle, a commencé par interrompre et insulter les invités parmi lesquels se trouvaient Khadija Ryadi, ancienne présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) ou le journaliste Hicham Mansouri, qui a obtenu l’asile politique en France après un simulacre de procès à Rabat et une condamnation à dix mois de prison ferme en 2015. Puis, des interventions intempestives, on est passé aux menaces et aux violences verbales avant de s’attaquer physiquement à la soixantaine de participants en jetant sur eux des chaises. Pour terminer, ces « barbouzes d’un autre temps » ont, selon le communiqué de l’Asdhom, sectionné des câbles du disjoncteur, plongeant la salle dans l’obscurité. Il ne restait plus aux baltaguia qu’à lancer des boules puantes et à s’enfuir avant l’arrivée de la police1

Curieusement, dans la salle était également présente une députée de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Hanane Rihab, qui n’a rien trouvé de mieux que de prier les organisateurs de laisser parler les perturbateurs. Cette parlementaire sans foi ni loi imposée à la direction de l’USFP par les services de renseignement — Mehdi Ben Barka et Abderrahim Bouabid, les deux grands leaders de la gauche marocaine ont dû se retourner dans leur tombe — s’est autoproclamée récemment porte-parole des « filles violées » par Taoufik Bouachrine condamné à 12 ans de prison en novembre dernier au terme d’une parodie de procès. Directeur de deux sites d’information – alyaoum24.com et soltana.ma très suivis en raison de leur indépendance, Bouachrine a été accusé de trafic d’êtres humains, d’exploitation sexuelle, de viols, etc. Selon son comité de soutien et de nombreux observateurs, le journaliste est « victime d’un procès politique » et le pouvoir n’a trouvé que ces accusations montées de toutes pièces pour s’en débarrasser.

Historien et cofondateur du journalisme d’investigation, Maâti Monjib, qui était dans la salle, est régulièrement attaqué par cette étrange socialiste en raison de ses activités en faveur des droits humains. L’avocat Mohammed Karout, qui travaille depuis longtemps comme avocat de la police et des services de renseignements, était également présent. Connu pour son langage ordurier, il s’est beaucoup impliqué dans la lutte contre le mouvement populaire du Rif (Hirak-Anhezzi). La présence de ces deux « politiques » inconditionnels du régime s’explique, selon Maâti Monjib, par leur crainte de voir évoquer au cours des débats l’affaire Bouachrine et d’autres sujets gênants pour le régime, comme la multiplication des moyens de pression sur les journaux.

Des pratiques anciennes

Si cette intrusion a pris une ampleur et une forme inédites, les violences verbales et physiques hors du royaume de l’appareil sécuritaire marocain et de ses agents ne sont malheureusement pas nouvelles. Avec parfois l’aide de « politiques » (diplomates, parlementaires, etc.), certaines officines de basse police spécialisées dans le tabassage ou l’intimidation d’opposants marocains n’hésitent plus à intervenir à l’étranger. Avec plus ou moins de succès.

Le journaliste Ali Lmrabet, fondateur de plusieurs hebdomadaires satiriques qui lui valurent d’être condamné à quatre ans de prison au début des années 2000 et d’en sortir en 2003 grâce à une intervention du secrétaire d’État américain Colin Powell, passe aujourd’hui le plus clair de son temps en Espagne. Il n’a pas cessé d’être harcelé par les services (plus ou moins) secrets marocains : « Chaque fois que je dois donner une conférence en Espagne, raconte-t-il, je vois arriver des groupes de personnes qui tentent de saboter la réunion. Souvent, avant la conférence, la police espagnole me signale qu’ils ont détecté des perturbateurs envoyés par le Maroc ! Les honorables correspondants de la MAP2, dont le directeur du bureau à Madrid, Saïd Ida Hassan, m’ont poursuivi en justice, mais ont perdu tous leurs procès devant le tribunal suprême. En juin 2009, un tribunal d’Almeria a même condamné Ida Hassan à 12 000 euros d’amende pour m’avoir insulté devant plus de 150 personnes à l’université d’Almeria. »

« Ils sont capables de tout, poursuit-il, y compris, comme l’a fait Amin Chaoudri alors conseiller à l’ambassade de demander à la maire de Carthagène de ne pas m’inviter au festival. La directrice fut contrainte de démissionner avec fracas pour dénoncer la censure. » En juillet 2015, alors qu’il poursuivait à Genève une grève de la faim pour obtenir le renouvellement de ses papiers d’identité, des groupes de jeunes Marocains armés de bâtons sont venus le harceler et le menacer de mort devant le Palais des Nations unies où il menait sa grève. Un groupe d’activistes suisses l’a tiré d’affaire.

Journaliste d’investigation, une activité qui lui vaudra d’être condamné à dix mois de prison en 2015 après un simulacre de procès, Hicham Mansouri, marqué par le traitement que lui a réservé au Maroc l’appareil sécuritaire, vit en France où il a obtenu l’asile politique. « Si les menaces et insultes se sont poursuivies sur les réseaux sociaux, si j’ai le sentiment parfois d’être suivi, c’est vraiment la première fois, le 15 février, que j’ai ressenti la peur que j’avais connue lors de mon agression au Maroc ».

« Nous avons appris à gérer les perturbateurs »

Discret, Hicham Mansouri évoque le tabassage en règle subi l’été dernier à Dijon par Reda Goura à la sortie d’un restaurant. Goura, un journaliste qui avait couvert le Mouvement du 20 février a perdu conscience et a été hospitalisé. S’il n’a pu fournir aucune preuve sur ses agresseurs, il ne fait aucun doute, selon lui, compte tenu des menaces reçues sur les réseaux sociaux, qu’il paie pour ses activités de militant.

Le régime n’oublie rien et surtout pas ceux qui, comme Mohammed Radi Ellili, un Sahraoui qui, après avoir présenté le journal de la première chaine marocaine et défendu la marocanité du Sahara, se montre aujourd’hui très critique de la gestion de ce dossier par le Palais. Ellili, qui s’est installé en France, est constamment menacé et insulté sur les réseaux sociaux et les sites marocains progouvernementaux comme le360.ma ou barlamane.com.

À Marseille, où il s’est établi récemment, Hamza Mahfoud, l’un des principaux animateurs du Mouvement du 20 février, a découvert lors de manifestations en faveur du Rif à quel point le consulat du Maroc était peu disposé à tolérer de telles initiatives. « Nous avons appris à gérer les perturbateurs », sourit-il. Les cas de Zakaria Moumni et Mustapha Adib sont plus connus. Tous deux sont installés depuis peu au Canada et aux États-Unis, pays auxquels ils ont demandé asile ou « protection ».

Zakaria Moumni était convaincu, en tant qu’ancien champion du monde de kickboxing (1999), de pouvoir bénéficier, aux termes d’un dahir (décret) royal de 1967, d’un poste de conseiller sportif auprès du ministère de la jeunesse et des sports. Non seulement le Maroc officiel n’a pas reconnu son titre, le qualifiant même au passage de « piètre boxeur »,, mais devant son insistance, l’a condamné en septembre 2010 à trois années de prison durant lesquelles il a été torturé dans le fameux centre de Témara situé à 30 km au sud de Rabat, où le Maroc sous-traitait notamment les interrogatoires de djihadistes faits prisonniers par l’armée américaine. Gracié par le roi, il s’installe en France et continue à réclamer justice. Les menaces de mort se multiplient et des montages pornographiques se retrouvent même sur des réseaux sociaux. En avril 2017, après une nouvelle agression physique par quatre hommes à Nancy, il demande l’asile politique au Canada, par crainte de représailles marocaines et en accusant la France de l’avoir abandonné. Sa demande est jugée recevable par le Canada.

En septembre 2018, l’ex-capitaine d’aviation Mustapha Adib, condamné en 1999 à trois années de prison pour avoir dénoncé la corruption de sa hiérarchie et installé depuis 15 ans en France, demande l’asile politique aux États-Unis. De ces derniers, il attend « la protection internationale en tant que Français persécuté en France ».

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Abdellatif Hammouchi, poulain et successeur de Driss Brasri, l’homme des basses oeuvres de Hassan II, est à la fois directeur de la DGSN et de la DGST. Il a été fait chevalier de la légion d’honneur par Sarkozy en 2011 et officier par Hollande en 2016, en dérogation à la règle qui stipule une latence de 8 ans pour le passage du premier au second grade. Macron n’a plus qu’à faire une nouvelle dérogation et le faire commandeur. Rappelons en passant que « Les étrangers peuvent être décorés de la Légion d’honneur s’ils ont rendu des services (culturels, économiques…) à la France ou encouragé des causes qu’elle défend (défense des droits de l’Homme, liberté de la presse, causes humanitaires…) ». De quoi laisser pour le moins preplexe [Note de Tlaxcala]

Le cas Hammouchi

Profondément marqués par leur détention puis par les menaces, les violences verbales et physiques à leur encontre, Moumni et Adib qui, à plusieurs reprises, ont été à l’origine de tensions entre Paris et Rabat n’ont pas admis ou compris que la raison d’État soit plus forte que leur quête de justice. En février 2014, Moumni dépose une plainte contre Hammouchi, qui était de passage à Paris. Une convocation est transmise à l’ambassade du Maroc afin qu’Hammouchi soit entendu sur des faits de torture, à la grande fureur du Maroc. La crise durera près d’une année. Quant à l’ex-capitaine Adib, il avait réussi à pénétrer en mars 2013 dans l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris et à déposer dans la chambre du général Abdelaziz Bennani, plus haut gradé du royaume, un bouquet de fleurs accompagné d’une lettre dans laquelle il dénonçait la corruption du général. Le Maroc s’en était fortement ému.

Ces quelques cas ne doivent pas faire oublier les innombrables individus ou organisations ciblés en permanence sur les réseaux sociaux ou par d’autres moyens (téléphone, courriels, harcèlement…) par les officines de basse police du régime, que ce soit au Maroc ou à l’extérieur3

Le sabotage de la conférence organisée par l’Asdhom n’en pose pas moins un certain nombre de questions. Quel intérêt le régime marocain a-t-il à perturber une réunion organisée par une association qui n’a jamais appelé au renversement de la monarchie, mais réclame seulement avec constance le respect de la loi et de la constitution amendée en 2012 ?

Un protocole d’entraide entre Paris et Rabat

Aboubakr Jamaï, fondateur du Journal hebdomadaire a été contraint de fermer avant de quitter le Maroc pour la France où il enseigne à l’Institut américain universitaire (IAU College) à Aix-en-Provence. Pour lui, « il n’y a pas de stratégie établie. On voit plein de décisions stupides dans ce pays. Il y a des stratégies individuelles. Sans doute des craintes. Il y a de la contestation, la situation sociale n’est pas bonne dans le Rif et ailleurs. Le régime fait ainsi depuis des années une fixation sur l’AMDH qui dénonce la répression des mouvements sociaux. L’AMDH est de loin l’association la plus dynamique du monde arabe dans ce domaine. Son ex-présidente, Khadija Ryadi, une femme remarquable, est d’autant plus dans le collimateur du pouvoir qu’elle a une bonne image sur le plan international depuis qu’elle a reçu en 2013 le prix de l’ONU pour les droits de l’homme. »

Pour Saïd Fawzi, président de l’Asdhom, et Ayad Ahram, ex-président, « le comportement des “donneurs d’ordre” marocains n’est certainement pas étranger au protocole d’entraide judiciaire franco-marocain adopté en juin 2015 et selon lequel les plaintes déposées en France sont désormais “prioritairement” renvoyées vers Rabat ou clôturées et inversement. Ces voyous, convaincus qu’ils n’ont rien à craindre, ont un sentiment d’impunité. »4

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Yassine Mansouri, patron de la DGED, le service de renseignement extérieur

Pour l’historien Maâti Monjib, la Direction générale des études et de la documentation (DGED) et la Direction générale de la surveillance du territoire (DST), les deux principaux services de renseignement sont très actifs depuis 2011 et le Mouvement du 20 février. « Même s’ils sont en concurrence, il y a un minimum de coordination entre eux. La DST, de plus en plus présente à l’étranger envoie ses nervis tandis que la DGED s’appuie sur des personnalités plus présentables, diplomates ou parlementaires qui travaillent pour elle. L’internationalisation de l’affaire Bouachrine, pour lequel le groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU a demandé une libération immédiate, inquiète le service. »

Néanmoins, tous ces observateurs comme les responsables de l’Asdhom estiment que le régime s’est tiré une balle dans le pied en prenant le risque de ternir l’image du Maroc. Pour l’Asdhom, « si ces individus ont réussi à saboter notre conférence, ils ne pourront jamais nous faire taire. Notre détermination à faire sortir le Maroc de l’obscurité dans laquelle ils veulent le plonger reste intacte (…) Nous continuons à militer au nez et à la barbe de ces services de l’ombre pour mettre le Maroc sur la voie d’un État de droit ».


Notes
1 Sollicité par OrientXXI, le ministère des Affaires étrangères n’avait toujours pas réagi au moment où nous publions cet article.

2NDLR. MAP : Maghreb Arabe Presse, agence de presse officielle marocaine.

3La presse entre information et diffamation rassemble les actes d’un colloque tenu à Rabat en janvier 2017. Les organisateurs y dénoncent en particulier « une presse spécialisée dans l’infâme » et la diffamation qui « est devenue une politique quasi publique ».

4 Protocole voté par le Parti socialiste et la droite pour mettre précisément un terme à la crise franco-marocaine de 2014. Les organisations de défense des droits humains s’en étaient vivement émues.

Merci à Orient XXI
Source: https://orientxxi.info/magazine/des-barbouzes-marocains-au-coeur-de-paris,2930

 

Le phosphate du Sahara occidental


tlaxcala-int.org

Titre original :

La roche du désert qui nourrit le monde : le phosphate du Sahara occidental

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Alex Kasprak

Traduit par  Fausto Giudice

Un différend sur les réserves de phosphate du Sahara occidental pourrait perturber la production alimentaire dans le monde entier.

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Aidé par la plus longue bande transporteuse du monde, un flux régulier de poudre blanche crayeuse arrive des profondeurs du désert sur la côte nord-africaine. La bande transporteuse, dont la présence sur les photos satellite est trahie par la poudre brillante balayée par le vent qui l’entoure sur la terre brune en contrebas, parcourt 96 km sur le terrain accidenté du Sahara occidental, des mines de Bou Craa au port d’El Ayoun, d’où d’énormes cargos transportent son contenu dans le monde.

La poudre blanche est de la roche phosphatée, une matière première précieuse et vitale. Sans elle, la population croissante de l’humanité ne pourrait pas se nourrir toute seule. Le phosphate, avec l’azote, est l’un des deux composants les plus nécessaires des engrais synthétiques. Mais contrairement à l’azote, qui représente 78 % de l’atmosphère, le phosphate est une ressource limitée. Et il n’y a aucun moyen de le fabriquer synthétiquement.

Le Sahara Occidental est occupé par le Maroc, juste au nord le long de la côte, depuis 1975. Si l’on inclut cette région contestée, le Maroc détient plus de 72 % de toutes les réserves mondiales de roches phosphatées, selon la plus récente étude de l’ United States Geological Survey (USGS, Institut d’études géologiques des USA). Le pays venant au deuxième rang mondial, la Chine, n’en a que  6 pour cent. Le reste est réparti dans de plus petites poches dans le monde entier. Le Maroc soutient agressivement et parfois violemment que la notion d’État du Sahara Occidental est illégitime, et que les riches réserves de phosphate de la région lui appartiennent. En conséquence, le Sahara Occidental a été le théâtre d’un conflit croissant sur les droits humains ainsi que d’importantes tensions géopolitiques régionales.

« J’ai visité 70 pays, dont l’Irak sous Saddam et l’Indonésie sous Suharto », dit Stephen Zunes, professeur d’études internationales à l’Université de San Francisco. « [Le Sahara occidental] est le pire État policier que j’aie jamais vu ».

Ce conflit politique, tout comme les questions de ressources naturelles qui y sont mêlées, est resté dans l’obscurité sur le front mondial. Mais à mesure que les réserves intérieures de phosphate d’autres pays deviendront plus coûteuses à extraire dans les décennies à venir, cette région contestée pourrait avoir un monopole sur le phosphate plus important que celui de l’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, sur le pétrole, ce qui a des implications majeures sur la dynamique alimentaire future et la disponibilité en nourriture dans les pays en développement.

* * *

Dans les années 1960, l’utilisation généralisée d’engrais synthétiques, qui faisait partie de la Révolution verte, a permis à des millions de personnes qui, autrement, seraient mortes de faim, de se nourrir en étendant considérablement les terres cultivables à travers le monde. Cela a été possible grâce au procédé Haber, qui permet à l’azote atmosphérique d’être converti en une forme biologiquement disponible pour les cultures. Mais pour toute augmentation de l’azote dans les sols, la vie exige également une augmentation proportionnelle du phosphore, qui est extrait sous forme de phosphate des gisements géologiques du monde entier. La demande en phosphate extrait a grimpé en flèche.

Peu importent les progrès technologiques impressionnants, il n’existera jamais de technique semblable à celle de Haber pour créer du phosphate : Il y en a une quantité fixe dans la Terre, elle est renfermée dans le sol, et la seule façon de l’obtenir est de l’exploiter. Il y a donc maintenant une controverse sur la quantité de phosphate qui reste dans le monde et sur la façon dont sa distribution affectera la production alimentaire à l’avenir.

En 2009, un document de recherche basé sur les estimations d’alors  des réserves de phosphate de l’USGS, a fait craindre que le monde soit sur le point d’entrer dans une période de « pic de phosphore ». Ses auteurs soutenaient que les réserves actuelles pourraient s’épuiser d’ici un siècle. En réponse, l’International Fertilizer Development Center – une ONG à but non lucratif axée sur l’industrie des engrais, la sécurité alimentaire et la faim dans le monde – a publié l’année suivante sa propre étude indépendante des réserves de phosphate. Ils ont estimé les réserves à près de quatre fois le montant calculé par l’USGS, apaisant ainsi les craintes concernant la disparition imminente de ce produit.

Stephen Jasinski, le spécialiste de l’USGS en charge de la surveillance des réserves de phosphate, affirme que la quasi-totalité de cette augmentation massive provient d’une réinterprétation des données fournies par la compagnie minière publique marocaine (l’Office chérifien des phosphates) dans les années 80, ainsi que d’études indépendantes de la même période. L’USGS accepte maintenant ces nouvelles valeurs marocaines comme exactes. Mais selon Olaf Weber, professeur de gestion de la durabilité à l’Université de Waterloo, en Ontario, « il est difficile de savoir exactement » quelle quantité de phosphate le Maroc possède réellement.

* * *

Une grande partie de cette incertitude provient probablement de la situation politique tendue de la région. Au centre du conflit se trouve le peuple sahraoui, qui habite le Sahara occidental depuis avant l’époque coloniale – un fait que le Maroc conteste – et qui lutte pour le droit à l’autodétermination depuis que l’Espagne a accepté de permettre au Maroc et à la Mauritanie de se partager la zone en 1975. (La Mauritanie a par la suite abandonné sa revendication sur la région.)

Selon Zunes, le gouvernement marocain écrase tout soupçon de nationalisme sahraoui, suit les étrangers et interdit la presse. Les USA, allié de longue date du Maroc, ont reconnu nombre de ces problèmes dans le dernier rapport du département d’État sur les droits de l’homme. Une grande partie de la population autochtone vit maintenant dans des camps de réfugiés en Algérie.

Grâce en partie au soutien militaire étranger des deux parties, le conflit armé qui a suivi l’occupation de 1975 s’est terminé dans une impasse en 1991, lorsqu’un traité des Nations Unies a été signé par le mouvement nationaliste sahraoui, connu sous le nom de Front Polisario, et le gouvernement marocain. Le traité a mis en place une force de maintien de la paix appelée MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) et a jeté les bases d’un futur référendum sur le statut du Sahara occidental. Zunes soutient que ce vote n’a aucune chance d’avoir lieu en raison de la structure politique de l’ONU.

La MINURSO est la seule force de maintien de la paix de l’ONU au monde qui n’a pas de mandat pour faire rapport sur les droits humains et, en mars de cette année, des travailleurs civils de la MINURSO ont été brièvement expulsés de la région parce que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, avait utilisé le mot « occupation » lors d’une visite aux camps algériens de réfugiés. Aujourd’hui, le conflit fait à nouveau la une des journaux, car le Roi Mohammed VI du Maroc fait campagne pour rejoindre l’Union africaine, une organisation que le Maroc a quittée en 1984 lorsqu’elle a reconnu la République arabe sahraouie démocratique.

* * *

Actuellement, le prix du phosphate n’est pas assez élevé pour qu’il y ait un besoin économique pour que les gouvernements et les entreprises privées de dépendre des sources du Sahara Occidental, dit Weber ; il y a suffisamment de réserves nationales ou internationales. En fait, un nombre croissant d’entreprises se sont désinvesties du phosphate du Sahara occidental en raison des préoccupations des investisseurs concernant les droits humains, déclare Eric Hagen, de Western Sahara Resource Watch, une ONG basée en Norvège qui surveille et plaide contre le commerce international des ressources provenant du Sahara occidental.

Mais selon Stuart White, directeur de l’Institute for Sustainable Futures de l’Université de technologie de Sydney, la demande de phosphate pour les engrais va augmenter au cours des prochaines décennies, en partie à cause de la demande d’une Afrique subsaharienne de plus en plus développée, qu’il décrit comme « un géant endormi en termes de demande de phosphore », et aussi en raison des changements de régimes alimentaires mondiaux. Bien qu’il y ait eu un plafonnement de la consommation de viande dans des endroits comme les USA, l’Europe et l’Australie, dit-il, des endroits comme l’Asie du Sud-Est et la Chine connaissent des taux de croissance fulgurants, et la viande nécessite relativement plus de phosphate pour sa production.

Cela signifie une dépendance accrue à l’égard du phosphate du Sahara occidental. Au fur et à mesure que la valeur de cette ressource augmentera, on verra monter la pression pour  la conserver. Selon Western Sahara Resource Watch, environ 10 pour cent des revenus du Maroc en phosphate proviennent de la mine de Bou Craa au  Sahara Occidental. Si cela reflète, même largement, les quantités relatives de phosphate dans le territoire non contesté du Maroc et dans la région contestée du Sahara occidental, alors le Sahara occidental est la deuxième plus grande réserve de roche phosphatée au monde. Si le Sahara occidental accédait à l’indépendance, il deviendrait un contrepoids à l’énorme monopole des phosphates dont jouirait autrement le Maroc, d’autres réserves devenant moins viables.

La dynamique de l’ensemble du marché du phosphate pourrait donc être fortement influencée par le conflit au Sahara occidental, sa résolution ou son impasse persistante. En 1975, une mission d’enquête de l’ONU au Sahara occidental a suggéré que le Maroc et le Sahara occidental réunis deviendraient un jour le premier exportateur mondial de phosphate. Le Maroc a fait valoir que ses propres réserves de phosphate sont suffisamment importantes pour rendre les réserves du Sahara occidental insignifiantes.

Mais, comme le soutient Toby Shelly dans Endgame in the Western Sahara: What Future for Africa’s Last Colony ?, cette position ignore le fait qu’un Sahara occidental indépendant réduirait considérablement la part de marché du Maroc et sa capacité à contrôler le prix de la matière première.

L’existence d’un monopole marocain aurait un effet disproportionné sur les pays pauvres, selon White et d’autres chercheurs. Dans un commentaire de Nature 2011, les scientifiques Jim Elser, de l’Arizona State University, et Elena Bennet, de l’Université McGill, spécialistes en durabilité et ressources naturelles, ont soutenu que «  les agriculteurs des pays en développement n’ont pas les moyens d’acheter des engrais phosphatés, même aux prix non monopolistiques actuels », et encore moins dans un avenir dominé par un monopole marocain sur le phosphate. « De nombreux producteurs alimentaires dans le monde risquent de devenir totalement dépendants du commerce avec le Maroc, où des articles de presse font état de projets de développement de luxe de type Dubaï en prévision d’aubaines en matière de phosphore ».

Le Maroc, pour sa part, refuse de plus en plus vigoureusement l’indépendance du Sahara occidental. En février de cette année, le ministre marocain de la Communication a annoncé un programme de formation de jeunes Marocains pour défendre la position du gouvernement sur le Sahara occidental dans les médias sociaux. Des fuites de câbles diplomatiques suggèrent une inquiétude croissante quant à la perception internationale de la revendication du Maroc sur le territoire. Le Polisario, quant à lui, s’est déclaré prêt à reprendre les armes, une fois de plus, pour le Sahara occidental.

L’avenir de la région, la répartition actuelle des réserves mondiales de phosphate et les forces du marché qui déterminent l’avenir du produit sont pleins d’incertitudes. La seule chose qui est certaine est mentionnée dans une note de bas de page du rapport de l’USGS sur les ressources minérales : « Il n’y a pas de substitut au phosphore en agriculture. »

 

La marche des Maures sur la France


par Israël Shamir

Source en anglais:  unz.com

Traduction et note: Maria Poumier

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Des fakirs qui jouent de la flûte à d’horribles cobras, un dentiste natif du lieu en tongs peu ragoûtantes, avec un pot rempli de dents arrachées, des tambourineurs en un costume national bariolé, des stalles où on vous sert des plats épicés dans de brillants tajines; la place centrale de Marrakech, l’ancienne capitale du Maghreb, est exotique, vibrante et tapageuse, tout à fait à la hauteur des attentes d’un nouveau Paul Bowles. La place est entourée d’un réseau de ruelles étroites, qui rappellent la vieille ville à Séville. Le Maghreb et l’Espagne sont unis par bien des traits de leur culture. Le Bahia Palace de Marrakech est un petit frère du magnifique Alcazar de Séville, et ses minarets imitent la Giralda. Les Maures, ou Maghrébins, ont créé les perles de la civilisation espagnole à Grenade, Cordoue et Séville, mais ils n’ont pas renouvelé l’exploit après leur expulsion, de retour sur leur propre sol [1].

 

Marrakech, c’est un nœud de vieilles routes reliant Tombouctou par le Sahara et l’Andalousie par le détroit de Gibraltar, les rivages de l’Atlantique avec ses surfeurs et le reste de l’Afrique du nord par Fès et Tunis. La première de ces routes est la plus romantique. La meilleure évocation de la navigation transsaharienne, c’est le film glorieux quoique sous estimé de Bernardo Bertolucci, Un thé au Sahara. Si le cinéma devait disparaître comme les enluminures des vieux manuscrits, hors de la conscience publique, ce film resterait, avec une poignée d’autres films, comme témoignage de ce jadis grand art. Les résidences carrées, les kasbah, avec leurs murs aveugles et leurs toits crénelés, bordent les routes fréquentées par les camions qui ont remplacé les chameaux. L’Afrique sub-saharienne est très loin, 52 journées à dos de chameau la séparent du Maghreb. Le ciel étoilé, un ciel incroyable, incomparable, est une raison suffisante pour aller voir le Sahara de près.

La deuxième route, vers Gibraltar et au-delà, est plus importante, parce que le Maghreb est bien relié à l’Europe. La Méditerranée rattache le Maghreb à l’Europe, alors que le Sahara le sépare du reste de l’Afrique. Arnold Toynbee considérait le Maghreb comme une extrémité de l’Europe, comme les Balkans ou la Scandinavie. Si l’Europe a pris la suite de l’Empire romain, le Maghreb, ou l’Afrique et la Mauritanie, ont été les provinces romaines les plus riches et les plus durables, alors que la Germanie et la Scandinavie étaient encore terra incognita. Cette proximité se voit contrebalancée par la différence de croyances. Les Maures ont été parmi les premiers à accepter le Christ, et ils ont  donné les Pères de l’Église Tertullien et saint Augustin; [2] mais ils ont bifurqué vers l’islam il y a fort longtemps, et sont devenus non seulement des voisins mais des concurrents et des adversaires pour l’Europe.

Ce sont eux, les Maures, le sujet de cet article. Avec les Européens, ils envahissent et s’invitent les uns chez les autres à tour de rôle, comme les vagues qui affluent et refluent sur le rivage. Ce n’est pas qu’il y ait eu un sens toujours prévalent. Les Maures ont colonisé l’Europe et les Européens ont colonisé le Maghreb. Ils ont également expulsé leurs colonisateurs même au bout de plusieurs siècles. Rien n’est éternel. Les Maghrébins, ou Maures, ne sont pas particulièrement dociles, pas du tout. Ce sont des gens dynamiques, vigoureux, des gaillards bien pourvus en testostérone. N’allez pas vous y frotter, vous le regretteriez. Vous le regretterez de toute façon, comme Desdémone avec le Maure de Venise. Les Maures ne sont pas noirs. Ils ressemblent à des Européens du sud, les uns plus clairs, les autres plus foncés, comme les Grecs, les Espagnols ou les Italiens. Il y en a maintenant des quantités qui vivent en Europe, principalement en France et aux Pays-Bas, au point qu’on peut parler d’une nouvelle conquête mauresque. Les invasions réciproques ont commencé il y a 2000 ans. Dans la confrontation entre Carthage, la principale ville d’Afrique du nord, et Rome, la première capitale européenne, les Romains avaient gagné [3]; ils conquirent et colonisèrent les Maures, et leur firent place dans l’empire; ils embrassèrent la foi chrétienne et entrèrent dans l’église latine. Tout comme l’Espagne le Maghreb fut submergé par les Vandales, un peuple d’Europe du nord, mais ils revinrent sous la houlette  de la Rome orientale, sous Justinien. La domination européenne prit fin avec l’arrivée des Arabes, qui se mêlèrent aux autochtones, leur amenèrent l’islam, les mobilisèrent et entreprirent l’aventure européenne. Les Maures s’emparèrent de l’Espagne (c’est ce qui s’appelle la Conquista) et leur civilisation y atteignit son apogée. Mais rien ne dure éternellement.

Des centaines d’années plus tard, les Espagnols vainquirent les Maures et les renvoyèrent en Afrique du nord. Même les Maures chrétiens furent expulsés, un peu plus tard (c’est ce qu’on a appelé la Reconquista, ou reconquête) [a].

Et pourtant, l’idée de séparation, ça ne marcha pas. Les Maures ne se résignèrent pas après leur défaite. Ils commencèrent à entreprendre des raids sur les rivages européens, et à attaquer les bateaux européens. On les appela alors les corsaires barbaresques, les redoutables adversaires des Européens. Ils firent des percées en Europe jusqu’en Islande, et dépeuplèrent villes et villages du sud de la France et de l’Espagne. L’Europe était pour eux un gisement d’esclaves.

Elle était là, la grande différence entre l’Europe et le monde musulman: l’esclavage. C’était un phénomène marginal en Europe (après la chute de l’Empire romain), mais populaire en Dar al Islam. Les musulmans faisaient usage d’esclaves, ils en avaient besoin, et apparemment ils préféraient les esclaves européens chrétiens. Lorsque l’Espagne était musulmane, les Vikings ravagèrent l’Europe orientale, ils capturaient les habitants et les vendaient aux juifs, et ceux-ci négociaient cette denrée hautement appréciée à Cordoue. Plus tard, les Européens de l’Est, ancêtres des Russes modernes, firent l’objet de razzias par les Tatares de Crimée, qui les convoyaient vers Istanbul. Mais la demande était forte, les profits considérables, et les Maures entreprirent de faire des incursions sur les plages  de l’ouest, et d’attaquer les bateaux en Méditerranée. Ces corsaires étaient fort différents des pirates des Caraïbes. Le peuple de Jack Sparrow, c’étaient des Européens, qui convoitaient les bateaux. Ils n’avaient cure des équipages ni des passagers des vaisseaux arraisonnés; on pouvait les jeter par-dessus bord ou les débarquer sur une plage en leur donnant un canot; on les gardait rarement contre rançon. Les corsaires de Barbarie visaient surtout les équipages et leurs passagers. Ils traitaient les Européens comme les Européens traitèrent les Africains sub-sahariens noirs: ils étaient capturés, mis en esclavage et vendus sur le marché. Oui, chère Virginie, les blancs aussi ont été esclaves. Tout Européen pouvait tomber en esclavage en Dar al-islam, et des millions d’Européens de l’est et de l’ouest, des Français, des Espagnols, des Britanniques et des Russes ont été vendus et achetés sur les marchés d’Istanbul. Les Européens ont été forcés de s’emparer du Maghreb (tout comme les Russes ont été obligés de conquérir la Crimée) pour en finir avec les razzias des esclavagistes.  Et ce fut le début de la colonisation européenne du Maghreb.

Les Maures cessèrent de venir en Europe, mais à cette époque, les Européens s’étaient installés au Maghreb. Ils avaient construit des villes et des cités, implanté des industries, et relié le Maghreb à l’Europe. Ils s’étaient fixés au Maghreb, en espérant y rester à jamais.

Mais cela ne marcha pas: à leur grand surprise (?), les Maures n’appréciaient guère leur présence. Ils se soulevèrent, se rendirent indépendants, et chassèrent tous les colons européens, des millions de gens, direction l’Europe. Un demi million de colons du Maroc, un million et demi d’Algérie, deux cent mille de la petite Tunisie durent quitter leurs maisons et s’en aller vers le pays où ils n’avaient probablement jamais mis les pieds.

Se sont-ils tourné le dos pour autant? Pas vraiment. En peu de temps, les Maures ont débarqué en Europe par centaines de milliers et y ont fait souche. Aujourd’hui la France et les Pays Bas ont plus de Maures, entre trois et quatre millions, que l’Espagne n’en eut à l’apogée du pouvoir maure.

Cela n’a pas aidé les Européens expulsés. Les maisons des colons européens en Algérie, au Maroc et en Tunisie ne furent pas rendues à leurs propriétaires. Elles sont toujours là, comme un mémorial de l’époque où les Européens vivaient en Afrique du nord.

Le général De Gaulle garantit à l’Algérie son indépendance, pour arrêter une migration de masse de Maures en France, disait-il. Cela ne marcha pas; l’Algérie devint indépendante, mais la migration ne s’est pas tarie. J’évoquais avec mon ami marocain Hamid un éventuel déménagement en Europe. Il ne veut rien savoir, même si nombre de ses amis, connaissances et parents ont sauté le pas. Il dit qu’il a ses aises, dans son Maghreb natal. S’il voulait vivre en France avec le même statut, il faudrait qu’il travaille bien plus dur. Se loger en France, ça coûte très cher. Chez lui, au Maroc, il vit bien, dans la classe moyenne qui es son élément, et il continue à travailler normalement, sans excès. Il est sage, mais cela n’empêche pas bien d’autres Maures de choisir l’Europe.

Dans la vieille ville de Marrakech, j’ai trouvé une synagogue. C’est un complexe tentaculaire, avec une cour intérieure, et elle se trouve à quelques centaines de mètres du Palais royal, comme c’est généralement le cas pour tous les centres communautaires juifs. Malgré des histoires de « persécutions », mes ancêtres juifs étaient largement privilégiés, même au Maroc et en Espagne. Ils ont été bien utiles dans les mouvements de population entre Europe et Maghreb, pendant des siècles.

Les Juifs ont été au premier rang pour aider les Maures à conquérir l’Espagne, prolongeant la tradition consistant à changer de camp au bon moment (en Palestine, les juifs soutinrent l’invasion perse, puis l’invasion arabe). Les juifs jouèrent un rôle important dans l’Espagne mauresque, et durent plier bagage avec eux.

Au Maghreb ils prêtèrent main forte à nouveau aux Européens. C’est le ministre de la justice juif Adolphe Crémieux qui donna, au XIX° siècle, la citoyenneté française aux juifs algériens (mais non aux autres Algériens) C’était un acte astucieux: les juifs locaux influents soutinrent la France contre les autochtones.

En Tunisie, les juifs étaient extrêmement puissants depuis des siècles. En 1819, le consul des États-Unis à Tunis, Mordecai Manuel Noah, écrivait à leur sujet: « Les juifs sont ceux qui commandent; en Barbarie ce sont les principaux mécaniciens, ils dirigent la douane, ils prélèvent les impôts; ils contrôlent la menthe, ce sont les trésoriers du bey, ses secrétaires et ses interprètes. Ces gens donc, quoiqu’on puisse dire de leur oppression, possèdent une capacité de contrôle, et il faut se méfier de leur éventuelle opposition, qui serait redoutable« .

Quand les Français arrivèrent, ce « peloton de tête » changea de bord et ils apportèrent leur soutien à l’administration coloniale française. Pourtant, même alors ils n’avaient pas de sympathie envers les colons français, et leur expulsion a été expliquée comme une mesure parfaitement justifiable par Albert Memmi, l’éminent écrivain tunisien juif. Pour Memmi, c’étaient des rapaces obsédés par la convoitise. « Vous allez  aux colonies parce que les emplois y sont garantis, les salaires sont élevés, les carrières plus rapides, et les affaires plus profitables. Le jeune diplômé se voit offrir une situation, le fonctionnaire un rang plus élevé, l’homme d’affaires est soumis à des taxes bien plus basses, les industriels trouvent des matières premières et de la main d’œuvre bien meilleur marché. On vous entend souvent rêver tout haut: dans quelques années vous quitterez votre purgatoire rentable et repartirez vous acheter une maison dans votre pays« . Il n’avait pas remarqué que  l’on pouvait attribuer la même attitude aux  Tunisiens juifs et  musulmans qui venaient s’installer en France.

Les juifs s’en iraient en Israël ou au Québec le moment venu; les musulmans rentreraient chez eux. Mais cela ne marchera probablement pas comme ça.

Les juifs d’Europe adorent l’émigration du Maghreb. En tout cas ils font tout pour l’encourager. Mais pourquoi donc est-ce que les Européens ont accueilli les immigrants maghrébins? Après avoir été expulsés de ces  contrées, on pouvait s’attendre à ce que les Européens disent : « vous avez voulu vous débarrasser de nous, eh bien maintenant restez où vous êtes et savourez votre libération des Européens« . Mais les pays d’Europe voulaient des immigrants, et ce n’était pas au premier chef parce qu’ils avaient besoin de main d’œuvre, puisque certains pays européens s’en sont très bien tirés sans y avoir recours.

Après la longue guerre mondiale, l’Europe s’était retrouvée occupée; à l’Ouest par les US, à l’est par l’URSS. Les dirigeants menèrent des politiques très différentes; les dirigeants européens n’avaient guère confiance dans leurs nations, et c’est la raison pour laquelle ils commencèrent à attirer des immigrants d’Afrique du nord et de Turquie, tout en prêchant la diversité.

Les dirigeants prosoviétiques ne voulaient pas d’immigrants du tout, et ils menèrent des politiques nationalistes modérées. L’expérience de l’Allemagne de l’est, de la République tchèque et de la Hongrie ont prouvé que les pays européens n’ont pas besoin d’immigrants pour faire tourner l’économie.

Ces pays connurent l’homéostasie, c’est à dire un  équilibre relativement stable avec un développement faible, une quasi stagnation qui allait de pair avec l’amélioration constante du niveau de vie des travailleurs du commun. C’est ce qui se produisit dans les Etats socialistes, y compris les Etats scandinaves, au socialisme modéré.

Les Européens auraient pu connaître une vie calme et paisible, en voyant s’élever doucement et graduellement leur niveau de vie, tout en chutant du point de vue démographique. Le monde n’est pas un gisement sans fond, les ressources sont limitées, la construction de logements prend du temps. Cela pourrait être bon pour l’Europe de voir décroître sa population jusqu’aux niveaux des années 1880. Ce serait un nouvel âge d’or, avec des pelouses vertes partout, des forêts, des conditions de vie modestes mais agréables pour tous.

Pourrait-il y avoir une immigration sans les juifs? Oui, parce qu’il y a assez de non-juifs pour imiter les juifs. Même si tous ne réussissent pas, il y en a beaucoup, et ils veulent aller beaucoup plus loin. Pour mettre un terme à l’immigration, il faut arrêter la croissance et l’expansion, mettre à bas le capitalisme tel que nous le connaissons.

La production et le marché sont tout à fait compatibles en homéostasie; les taux d’intérêt, l’actionnariat et le change monétaire ne le sont pas.

Les Gilets jaunes français ont proposé de faire des produits durables. C’est un pas en avant radical et salutaire, au lieu de faire du monde une poubelle, avec des modèles qui sont apparus il y a deux ans et qui sont déjà périmés ou inutilisables. Nous avions tout cela autrefois, je me souviens d’un frigidaire en parfait état de marche au bout de vingt ans, d’une coccinelle Volkswagen en parfait état de marche au bout de trente ans de bons et loyaux services. Si nous le voulions, nous pourrions fabriquer des objets qui durent pratiquement toujours, des choses réparables et serviables.

Le Japon est un bon exemple dans son évolution; notre collègue Linh Dinh s’est rendu sur la terre de Yamato, et il a été choqué par ce qu’il voyait, une population vieillissante et une jeunesse sans amour. Moi aussi, je me rends souvent au Japon; oui, le Japon était peut-être plus drôle il y a des années, mais ça se passe bien, là-bas. Il n’y a pas une forte croissance, les commerçants américains et européens ne s’enrichissent pas du jour au lendemain en spéculant sur les biens des Japonais. Les parts des actionnaires ne grimpent pas, c’est vrai. Mais pour les Japonais ordinaires c’est très bien comme ça. Ils pourraient connaître encore moins de progressions, et s’en trouver satisfaits quand même.

Mes amis japonais m’ont souvent dit, quand je faisais des réserves sur la lenteur de la croissance de l’économie japonaise: nous n’en voulons pas plus. Les années de croissance rapide ont été nos années de misère. Les années de stagnation nous conviennent très bien. Si les US voulaient bien nous oublier complètement, au lieu de nous harceler pour nous faire adopter leurs idées de croissance et de diversité, nous serions encore plus heureux. Notre monde a besoin de moins en moins de main d’œuvre. Qu’est-ce qui nous empêche de nous réjouir de cet état de fait? La population européenne ne grossit pas, elle décroît doucement. Les immigrants d’Afrique du nord et d’ailleurs connaissent quant à eux une croissance certaine, mais qu’ils aillent donc poursuivre leur croissance sur leurs terres ancestrales. Quand ils chassaient les Européens de leurs pays, ce n’était pas la durée de leur séjour qui les arrêtait. Des familles qui vivaient en Algérie depuis un siècle ont été forcées de partir. Par conséquent, ce sont les peuples d’Afrique du nord eux-mêmes qui se sont prêtés à des expulsions. Ce sont de braves gens, mais pas meilleurs que les colons européens en Afrique du nord.

Il n’y a pas de raison de s’alarmer de la croissance de la population africaine. C’est une affaire africaine, après tout. Le Sahara est trop grand à traverser; on peut arrêter les compagnies aériennes qui font du trafic d’hommes. Certes, bien des Africains préfèreraient résider en France ou en Hollande, et il y a sûrement des Africains qui vont y parvenir. Mais pas de vagues massives de peuplement, par pitié, sauf s’il y avait des Théodoric ou des Gengis Khan pour mener la danse.

Quand j’étais petit, il y avait un jeu très populaire, les chaises musicales. Tant que la musique jouait, on pouvait choisir sa chaise, et s’asseoir aussitôt que la musique s’arrêtait. Maintenant ça suffit, ce jeu. Laissez les gens là où ils ont toujours été. Cette tentation de la croissance sans fin, il faut s’en débarrasser, et c’est faisable. Il suffit de porter nos coups contre la rapacité, l’esprit d’avarice, cette envie de posséder toujours plus; et nous allons atterrir tout doucement sur nos vertes prairies.

Israël Adam Shamir


[a] On lira avec profit Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, Mythes et réalités de l’Espagne islamique, par Dario Fernandez Moreira, préface de Rémi Brague, éd. Jean-Cyrille Godefroy, novembre 2018


Joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Source:  The Unz Review

Traduction et note: Maria Poumier

israelshamir.net

Une Algérie dans une ambiance délétère, face à un Maroc en état d’apopléxie


madaniya.info

https://www.madaniya.info/wp-content/uploads/2018/10/casbah-alger.jpg

Une Algérie dans une ambiance délétère, face à un Maroc en état d’apopléxie

«La séquence des pères fondateurs de l’indépendance tarde à s’achever. Mais si elle tarde tant à s’achever, alors que les lois de la biologie ont déjà rendu leur verdict, c’est sans doute en raison du fait que le lancinant problème de la dévolution du pouvoir n’a pas encore été réglé, notamment la répartition de la rente pétrolière» . RN

1- Le grenouillage séparatiste de Ferhat Mehenni, le «caniche de BHL».

L’Algérie célèbre ce 1er novembre 2018 le 74ème anniversaire du «Toussaint Rouge», qui marque le soulèvement du peuple algérien et son engagement dans sa guerre d’indépendance, alors que le pays vit dans l’incertitude de la décision de son président Abdel Aziz Bouteflika de solliciter un 5ème mandat présidentiel, plongeant la population sinon en état d’atonie, à tout le moins dans une grande perplexité.

Une séquence qui se déroule sur fond d’une énergique reprise en main de l’appareil militaro-sécuritaire par un président en fin de mandat mais probable candidat sauf accident à sa propre succession, en toile de fond d’une psychose d’une épidémie de choléra, à l’arrière plan d’une guerre larvée entre les diverses factions postulantes au pouvoir,

7 me Président de la République algérienne, M. Bouteflika, à mobilité réduite, est au pouvoir depuis 1999, soit depuis 19 ans. Agé de 81 ans, il est diminué depuis 2013 par un AVC (accident vasculaire cérébral).

En prévision de l’échéance présidentielle de 2019, le président Bouteflika a donné un grand coup de pied dans la fourmilière de la corruption en ordonnant une grande purge dans l’appareil sécuritaire de l’état prenant prétexte de la saisine d’un important lot de 701 kg de cocaïne en Algérie, le 29 Mai 2018: Le tout puissant chef de la police Abdel Majid Hamel a été limogé, de même que le général Menad Nouba, chef de la gendarmerie. La purge a emporté le chef de sûreté de la willaya d’Alger, Nourredine Berrachedi. Des magistrats ont été suspendus, deux procureurs placés sous mandat de dépôt, des enfants de responsables politiques impliqués.

La purge s’est poursuivie en douceur avec le dégagement en douceur trois mois plus tard, en Août, de deux autres officiers généraux: le patron de la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), le général-major Mohamed Tirèche, dit Lakhdar, et le général Boumédiène Benattou, contrôleur général de l’armée, remplacé à ce poste par l’ancien directeur central de l’intendance, le général-major Hadji Zerhouni. Au total une douzaine de généraux ont été dégagés.

Effet d’une relation causale? Quoiqu’il en soit, quatorze personnalités algériennes avaient lancé trois jours plus tôt, vendredi 26 mai 2018, un appel demandant à M. Bouteflika de renoncer à briguer un 5ème mandat. Ce manifeste a quelque peu secoué la torpeur de la vie politique algérienne et redonné de l’intérêt à une compétition dont les résultats sont généralement connus d’avance:

«Votre long règne sur le pays a fini par créer un régime politique qui ne peut répondre aux normes modernes de l’Etat de droit”, (…) “Votre âge avancé et votre dramatique état de santé vous commandent de ne plus vous occuper des charges de l’Etat bien trop lourdes», souligne la missive signée des personnalités suivantes: Ahmed Benbitour, ancien chef du gouvernement actuellement dans l’opposition, Soufiane Djilali, président du jeune parti d’opposition Jil Jadid (Nouvelle génération) et Amira Bouraoui, militante à l’origine du mouvement Barakat (Ça suffit!) qui s’est imposé sur la scène politique en 2014 en incarnant l’opposition à un 4e mandat du président Bouteflika, ainsi que par l’écrivain Yasmina Khadra, l’universitaire Fatiha Benabbou, le sociologue Nacer Djabi, qui avaient également milité contre un 4e mandat pour M. Bouteflika, au pouvoir depuis 1999.

2- L’appel de Londres du 4 juin 2018 de Ferhat Mehenni: Un mauvais remake d’un mauvais film; un pastiche du général de Gaulle dans un comique de répétition

L’incertitude présidentielle a généré une forme de grenouillage séparatiste au sein du mouvement irrédentiste kabyle représenté par l’ancien troubadour de la canzonetta algérienne, réputé pour ses liens avec Bernard Henry Lévy, le philosioniste parrain médiatique des guerres de destruction de la Libye et de la Syrie.

Mauvais remake d’un mauvais film, Ferhat Mehenni, leader du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) et de l’Anavad (Gouvernement Provisoire de Kabylie), a en effet lancé un appel aux Kabyles les invitant à prendre les armes. Pastichant le Général Charles de Gaulle, dans un exercice qui relève du comique de répétition, le fondateur du MAK a lancé son appel depuis Londres, lieu de l’appel du 18 juin du chef de la France Libre. Son discours est intervenu le 4 juin, deux semaines avant la date symbolique du discours fondateur de la Résistance Française. Un décalage calendaire qui signe dans l’ordre symbolique un ratage manifeste de sa propre vision de la marche de l’histoire.

La sortie du leader de la mouvance indépendantiste Kabyle est intervenue dans un contexte d’une fragilisation de sa base militante, causée par des dissidences au sein de son mouvement ainsi que par la fondation de deux nouveaux mouvements concurrents en Kabylie: l’Union pour la République Kabyle (URK) prônant l’indépendance de la Kabylie et le Rassemblement pour la Kabylie (RPK) revendiquant quant à lui l’autonomie de la Kabylie.

Le RPK a d’ailleurs vertement répliqué au «petit caniche de BHL: «Le sens de discernement nous commande aussi de ne pas occulter les considérations géopolitiques et de rester insensibles au développement et à la prolifération des conflits au niveau régional. Les exemples ne manquent pas dans l’actualité internationale (la Libye, la Syrie, le Sahel.. etc.), et dans notre passé récent (la décennie noire) pour se laisser entrainer dans une aventure orchestrée par des forces obscures dont l’agenda est chargée par des actions de déstabilisation des nations», a affirmé le responsable.

Pour aller plus loin sur la problématique des Algériens et la question identitaire, cf ce lien

Pour aller plus loin sur Ferhat Mehenni et ses accointances:

L’Algérie n’est ni un pays arabe, ni musulman

BHL lance un appel au soutien de Ferhat Mehenni

3- La nécrose des circuits de décision.

L’Algérie vit dans une ambiance délétère, conséquence de l’atonie voire même de la tétanie de la population face à l’incertitude politique qui hypothèque la vie politique nationale, les recompositions géopolitiques qui s’opèrent dans la zone avec l’accroissement de la présence militaire occidentale dans la zone sahélo-saharienne sous couvert de guerre contre le terrorisme; enfin le démembrement du Soudan et les tentatives du pacte atlantiste d’édifier dans la foulée une entité autonome kurde en Syrie, le partenaire historique de l‘Algérie, en compensation du kurdistan irakien.

A cela s’ajoute, le sentiment d’abandon des populations des zones périphériques de la part du pouvoir central; ce qui explique les troubles persistants enregistrés en Algérie depuis 2013 notamment dans le sud du pays, à l’arrière-plan des menées irrédentistes encouragées par le lobby pro israélien en Europe dont la figure la plus illustre n’est autre que le natif de Beni chnouf BHL et son caniche servile Ferhat Mehheni.

Le meilleur service à rendre à l’Algérie, un pays cher au cœur de tous les militants de la cause de libération du Monde arabe, est de lui tenir un discours de vérité.

L’Algérie se meurt par nécrose des circuits de décision à une période charnière de la recomposition géostratégique, sur fond de crise économique lancinante et d’une gangrène djihadiste.

La séquence des pères fondateurs de l’indépendance tarde à s’achever. Mais si elle tarde tant à s’achever, alors que les lois de la biologie ont déjà rendu leur verdict, c’est sans doute en raison du fait que le lancinant problème de la dévolution du pouvoir n’a pas encore été réglé, avec tous les enjeux sous-jacents que cela implique en termes d’influence politique, d’impunité, de répartition de la rente pétrolière.

Pour aller plus loin sur le magma algérien, cf l’article de Ghania Oukazi: Elections présidentielles, l’énigme Hamel.

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5263279

4- De la déstabilisation de l’Algérie.

L’Algérie a été la cible d’une opération de déstabilisation dans la séquence dite du «printemps arabe» (2011-2018). Dans l’oeil du cyclone. Ciblée et encadrée par deux régimes néo islamistes, en Libye –avec le parachutage à Tripoli depuis Kaboul d’Abdel Hakim Bel Hadj, chef des groupements djihadistes afghans de Libye- et en Tunisie, avec la propulsion au pouvoir à coups de pétrodollars monarchiques de Rached Ghannouchi, chef de la branche tunisienne de la confrérie des Frères Musulmans, le parti An Nahda. Avec en surplomb, l’Egypte confrérique de Mohamad Morsi et sur son flanc méridional, l’écharde malienne plantée par le Qatar via Ansar Eddine.

Tout le monde garde présent à l’esprit les propos mémorables de l’oracle Nicolas Sarkozy prophétisant à Moustapha Abdel Jalil, la marionnette libyenne de l’OTAN, «l’Algérie dans un an, l’Iran dans trois ans», de même que les rodomontades du mégalocéphalite du Qatar Hamad Ben Jassem, menaçant l’Algérie d‘expulsion de la Libye Arabe pour s’être opposée à l’expulsion de la Syrie, un pays du champ de bataille qui a mené en tandem avec l’Egypte quatre guerres contre Israël.

La conjuration a échoué du fait d’un comportement digne de cloportes des artisans de cette machination, particulièrement l’exaltation suicidaire des islamistes libyens qui ont procédé à l’assassinat de l’ambassadeur des Etats Unis à Benghazi et à la destruction de l’Ambassade de France à Tripoli, deux pays pourtant artisans majeurs de la chute du régime Kadhafi, d’une part; l’élimination précoce des deux principaux sous traitants de la stratégie atlantiste: Nicolas Sarkozy, dégagé par un vote de défiance populaire aux présidentielles françaises de 2012, et l’Emir du Qatar, destitué par ses parrains américains consternés par sa lévitation erratique.

Dernier et non le moindre facteur, l’expertise algérienne en la matière, seul pays doublement victorieux d’une guerre de Libération Nationale et d’une guerre contre le terrorisme (1990-2000), sans soutien extérieur. Avec en superposition, un bouleversement de la donne stratégique mondiale marqué par le retour en force de la Russie sur le théâtre méditerranéen et la présence accrue de la Chine en Algérie qui en a fait son navire amiral dans son contournement de l’Europe; Russie et Chine, deux pays membres permanents du Conseil de sécurité, font office de pare-feux à un éventuel nouvel embrasement.

Dans la précédente séquence, la guerre civile algérienne avait coïncidé avec l’implosion de l’Union soviétique et le triomphe du djihadisme planétaire matérialisé par l’intronisation des Talibans pro wahhabites au pouvoir en Afghanistan, comme pour signifier de manière patente la victoire contre l’athéisme et de l’idéologisation de la guerre sur une base religieuse.

Un djihadisme triomphant qui s’est propagé sur les flancs de l’Empire soviétique pour en achever le démantèlement, en Tchétchénie et en Yougoslavie particulièrement en Bosnie.

Pour aller plus loin sur ce point, cf à ce propos http://www.renenaba.com/al-qaida-derriere-les-attentats-de-paris-en-1995-selon-l-ancien-messager-de-ben-laden/

Toutefois, sur le plan algérien, la présence de 60.000 soldats américains de confession juive sur le sol saoudien, la terre de ses commanditaires, à proximité des Lieux Saints de l’Islam (La Mecque et Médine), dans le cadre de la coalition internationale anti Saddam, en 1990-1991, a placé, dans un pays au nationalisme chatouilleux, en porte à faux Abbassi Madani, chef du Front Islamique du Salut (FIS) et obéré le discours pseudo révolutionnaire du chef de file de la contestation islamique algérienne, le discréditant durablement, le projetant vers le Golfe en exil.

Le djihad a pris une dimension planétaire conforme à la dimension d’une économie mondialisée par substitution des pétrodollars monarchiques aux caïds de la drogue dans le financement de la contre révolution mondiale.

Le basculement de l’Algérie dans la guerre civile dans la décennie 1990 est apparu rétrospectivement comme l’acte de représailles à sa fonction de plateforme opérationnelle des mouvements de libération d‘Afrique, «La Mecque des Révolutionnaires» d’Afrique, selon l’expression d’Amilcar Cabral chef du PAIGC, le mouvement indépendantiste de la Guinée portugaise (Guinée Bissau et Cap Vert), dans le prolongement de la destruction de l’autre plateforme révolutionnaire dans le versant oriental du Monde arabe, le Liban, carbonisé par une guerre civile de 15 ans (1975-1990), dont la capitale Beyrouth abritait 18 mouvements de libération dont les Palestiniens, mais aussi la Rote Armée Fraktion, l’ASALA (Armée Secrète Arménienne pour la Libération de l’Arménie), Le Front de Libération du Sud Yémen occupé (FLOSY), le Front de Libération de l’Erythrée, les Kurdes du PKK et l‘Armée Rouge Japonaise.

5 – L’équation du Sahel

L’armée algérienne a déployé près de 80 000 soldats à se frontières méridionales afin de contenir le flux migratoire propulsé par des mafias transnationales vers l’Europe, via l’Algérie qui héberge dans le sud du pays près de 500.000 migrants supposés être en transit. Une telle présence massive constitue une bombe à retardement du fait des interférences qu’elle peut générer sur l’équilibre démographique national.

L’Algérie est ainsi donc en «sursis de stabilité» deux décennies après la « décennie noire» en ce que sa stabilité perdure en l’état, grâce à la grande instabilité du Maroc, un pays affligé d’un fort taux de chômage urbain de l’ordre de 40 pour cent chez les jeunes.

Si l’Algérie se meurt par nécrose des circuits de décision, une lente gangrène qui gagne progressivement les rouages de l’État, nul toutefois ne songe désormais sérieusement à la déstabiliser par crainte de l’effet domino dont le plus grand bénéficiaire serait AQMI, alors que la France veille à s’assurer de la coopération d’Alger au sein du G5 Sahel, la structure ad hoc mise sur pied par Paris pour combattre le terrorisme dans la zone sahélo-saharienne.

Au sommet africain de Nouakchott, en juillet 2018, Le président Emmanuel Macron a accusé en termes à peines voilées l’Algérie d’être responsable de l’échec de son plan Sahel. L’armée algérienne répugne en fait à combattre les Touaregs maliens en raison du fait qu’une importante population touareg est déployée dans le giron saharien de l’Algérie et que le pays refuse à faire office de «hostspot», lieu de filtrage de l’émigration sub saharienne, une fonction de garde chiourme des Occidentaux, qu’elle juge insultante à son honneur au regard de son histoire anti coloniale.

L’arrimage de l’Algérie au G5 Sahel tarde à se finaliser en ce que l’Algérie répugne aux alliances du fait de son histoire. Le corpus doctrinal de l’Algérie a en effet été forgé en fonction de sa projection géostratégique. Une constante de la diplomatie algérienne depuis son indépendance, qui a valu à ce pays d’être considéré comme un pays phare de tiers monde à l’instar du Vietnam et de Cuba avec sa diplomatie multilatérale, initiée précisément par le tandem Boumédiène Bouteflika, lors d’une décennie prodigieuse (1970-1980).

Au point que dans le pré carré africain de la France, l‘Algérie supplée par moment l’ancienne puissance coloniale dans son rôle d’intermédiation comme ce fut le cas avec le conflit du septentrion malien.

6– Le Sahel, un eldorado pour les compagnies militaires privées.

Le Sahel tend d’ailleurs à devenir un nouvel eldorado pour les compagnies militaires privées.

Près de 7.500 membres des forces spéciales américaines sur un total de 60.000 sont engagés dans 90 pays pour y mener des actions clandestines. 1.200 sont à l’oeuvre dans trente pays africains, sous l’autorité de l’AFRICOM, basé à Stuttgart (Allemagne) (Cf à ce propos «Prolifération méconnue de bases militaires US» de Claude Angeli- Le Canard Enchainé, 13 juin 2018).

En complément à L’AFRICOM, 21 entreprises américaines s’affichent comme prestataires de service militaire en Afrique du Nord et au Sahel. Sans compter les entreprises de soutien aux opérations d’autres pays (MINUSMA, Barkhane…). Des dizaines d’autres compagnies ont progressivement occupé la zone. Leurs missions vont de la fourniture de repas à l’intervention armée. Elles sont françaises, britanniques ou ukrainiennes et se partagent un budget annuel de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Pour aller plus loin sur ce thème, ce lien A quoi servent les bases françaises en Afrique

http://www.afrik.com/chronique-afrique-debout-a-quoi-servent-les-bases-militaires-francaises-en-afrique-1ere-partie

Le Sahel en l’an 2050 comptera 1,9 milliards habitants soit autant que l’Europe, Les Etats Unis, l’Amérique latine et l’Océanie réunis. Avec 6.500 km de frontières avec sept pays du Sahel (Libye, Mali, Maroc, Niger, Tunisie, Sahara Occidental), l’Algérie y occupera une position centrale. Sa stabilité relève d’un impératif catégorique pour les pays occidentaux en ce qu’il constitue un passage obligé des flux migratoires à destination de l’hémisphère Nord.

A titre comparatif, le Japon affecte 27 pour cent de ses investissements à son voisinage immédiat des pays de l’ASEAN, contre 3 pour cent à l’Europe pour le Sahel, selon les précisions fournies par Abdel Aziz Rahabi, ancien ministre et ancien ambassadeur algérien, lors du colloque de l’UFAC (Union des Universitaires Algériens et Franco algériens), dont la 5ème session s’est tenue à Marseille le 7 avril 2018, sous le thème «Méditerranée: enjeux pour la paix dans la diversité»(1).

M. Rahabi a été l’ancienne cheville ouvrière auprès de Lakhdar Ibrahim, l‘émissaire de la Ligue Arabe aux négociations inter-libanaises de Taef (Arabie Saoudite, 1989), qui mirent fin à la guerre civile libanaise.

Cette parcimonie explique sans pour autant la justifier l’instabilité du flanc méridional de l’Europe au delà des explications culturalistes qui masquent mal une survivance d’une forme d’ethnographisme coloniale. Ce qui explique la sur-réaction psychologique des faits arabes et musulmans dans l’opinion occidentale, particulièrement française, au-delà aussi et surtout de la prégnance d’un comportement néocolonialiste occidentale dans l‘approche des problèmes du Monde arabo africain.

En dépit de l’aléa politique, l’Algérie compte néanmoins non parmi les plus sûrs mais parmi les plus sécurisés du Monde. Pour aller plus loin, cf sur ce point le sondage Gallup 2017 https://fr.scribd.com/document/355627928/L-Algerie-parmi-les-pays-les-plus-securises-au-monde-selon-l-institut-Gallup#from_embed

7 – Des rapports entre l’Algérie en atonie et le Maroc «partimonialisé» au seuil de l’apopléxie.

Si l’état de santé du président Abdel Aziz Bouteflika hypothèque quelque peu la vie politique de l’Algérie, la santé et les absences du Roi Mohamad VI en font autant pour le Maroc.

Pendant les quatre premiers mois de l’année 2018, le roi du Maroc a passé moins de vingt jours dans son pays. Ses absences fréquentes et prolongées alors que la contestation populaire ponctue la vie politique interne du royaume, paralysent partiellement le pays et créent une situation intenable sur le long terme, car le chef de l’État marocain détient presque tous les pouvoirs. Au point que se pose de manière lancinante la question de son abdication en faveur de son fils, âgé de 15 ans. De surcroît, le royaume chérifien, un pays «patrimonialisé» est au bord de l’apopléxie, «en manque d’oxygène», pour reprendre l’expression d’un analyste marocian, Hassan Allaoui, en proie à une ébullition permanente, conséquence de l’autoristarisme royal, du de l’arbitraire, du népotisme et de la corruption qui y règne.

Pour compenser son absence, Le roi a fait acte d’autorité à son retour, ordonnant une vaste purge de l’appareil sécuritaire marocain et du corps préfectoral, à qui il a fait assumer la responsabilité des défaillances ayant abouti au mécontentement populaire et à l’instabilité politique.

Pour aller plus loin sur ce sujet, ce lien:

https://orientxxi.info/magazine/maroc-l-inconcevable-abdication-de-mohamed-vi,2450

Le Maroc manque d’oxygène par Hassan Allaoui

http://www.economie-entreprises.com/le-maroc-manque-doxygene/

La précarité politique au Maroc et l’expansion des groupements islamistes dans la zone sahélo-saharienne ont une valeur dissuasive pour toute tentative de déstabiliser l’Algérie.

Depuis le lancement de la séquence dite du «printemps arabe», le nombre des groupements islamistes est passé de cinq à cinquante en Afrique. L’Algérie joue un rôle majeur dans la neutralisation de cette prolifération terroriste dans son hinterland, en consolidant discrètement le pouvoir tunisien post nadawiste, de même que le Mali, se posant par moments comme un médiateur régional.

En parallèle, le Maroc est embourbé par une tension sociale extrême (soulèvement du Rif), un taux de chômage urbain de l’ordre de 40 pour cent et des décennies d’absolutisme monarchique.

La décision de Rabat de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran, le 2 mai 2018, sous le faux prétexte du soutien du Hezbollah libanais au Front Polisario, a répondu au souci du Royaume d’acter dans l’ordre symbolique l’alignement du Maroc à l’axe constitué par les deux grandes théocraties du Moyen orient, Israël et l’Arabie saoudite, en voie de constitution, dans la perspective d’une éventuelle confrontation avec l’Iran afin de compenser la déroute militaire de l’OTAN en Syrie, celle des pétromonarchies au Yémen et d’occulter le retrait des Etats Unis de l’accord sur le nucléaire iranien.

Ce faisant, le Maroc cherche à atténuer le courroux occidental et à amortir l’impact de la révélation selon laquelle le royaume chérifien est apparu comme étant le plus grand exportateur du terrorisme islamique vers l’Europe, (Attentat de Madrid 2004 qui a fait 200 morts, l’assassinat de Théo Van Gogh, les attentats de Bruxelles en 2015, de Barcelone en 2017 et de Trèbes près de Carcassonne, le 23 mars 2018).

Cela ne se proclame pas publiquement surtout dans les médias français réputés qui pratique à l’égard du trône marocain, (diplomatie de la Mamounia oblige), un journalisme de révérence et de prosternation. Mais cela se chuchote dans les cabinets calfeutrés des chancelleries et cela joue en faveur de l’Algérie.

La Jordanie (Machreq) et le Maroc (Maghreb, deux royaumes sans ressources énergétiques, compensent leur absence de royalties, par une alliance clandestine ancienne avec Israël. Cette diplomatie souterraine est génératrice de dividendes en termes stratégiques et médiatiques, infiniment plus lucratives pour les deux royaumes que les pétro dollars. Pour mémoire, le Maroc est le lieu de villégiature préféré de Bernard Henry Lévy et de Dominique Strauss Khan, deux arabophiles notoires. Et ceci pourrait expliquer cela.

Il est de notoriété publique que le Maroc pratique une normalisation rampante avec Israël, qui octroie au monarque un sauf-conduit auprès des puissances occidentales, l’absolvant de toutes les turpitudes de son pays. Les récentes révélations sur la connivence entre Israël et le Maroc faites par Ronen Bergman dans son ouvrage Rise and Kill: «The Inside Story and Secret opérations of Israel’s assassination» ne sont pas faites pour améliorer l’image du Royaume.

La rupture avec l’Iran apparaît ainsi comme un acte éminemment démagogique, qui n’en constitue pas moins l’indice d’une recomposition politique en prévision d’une éventuelle confrontation régionale entre Israël et les contestataires à l’ordre hégémonique israélo américain dans la zone, après le désastre de l’alliance islamo atlantiste dans la guerre de Syrie et la débandade de l’opposition off shore syrienne pro monarchique.

8- La course aux armements

La tension persistance entre l’Algérie et le Maroc, à l’arrière-plan du contentieux de la question du Sahara occidental grève le budget des deux pays. Sur fond de crise diplomatique, l’Algérie et le Maroc se livrent en effet une course effrénée pour rendre hermétiques leur frontière commune.

Le Maroc a annoncé le lancement d’un satellite de surveillance des frontières et l’Algérie s’emploie à ériger un mur d’isolation électronique, et les deux pays sont engagés dans une course à l’acquisition de missiles balistiques longue portée, à fort pouvoir détonateur.

L’Algérie et le Maroc occupent la première place du continent africain sur le plan de l’armement. De 2007 à 2015, l’Algérie a dépensé près de onze milliards de dollars pour moderniser son armement, faisant l’acquisition principalement auprès de la Russie de chasseurs bombardiers, de frégates, des Hélicoptères et de l’artillerie, tandis que le Maroc consacrait durant cette même période 4, 7 milliards de dollars pour l’acquisition des armes des Etats Unis et des pays européens.

Ci joint pour le lectorat arabophone, le rapport du Congrès américain sur ce sujet.

Sur le plan balistique

Le rapport penche en faveur de l’Algérie, qui dispose de 176.000 missiles balistiques longue portée, à fort effet destructeurs, contre 72.000 au Maroc. Le classement établi par la revue américaine «Global Fire Power» donne le positionnement suivant:

  • Russie: 3.793.000 missiles
  • Corée du Nord: 2.400.000
  • Chine : 1.770.000
  • Egypte : 1.481.000
  • Iran : 1.475.000
  • Etats Unis : 1.331.000

suivis du Vietnam de la Turquie et de l’Ukraine.

Outre l’Egypte (1481), la Syrie se classe au 2ème rang parmi les pays arabes avec 650.000 missiles balistiques suivie des pays suivants:

  • Yémen : 423.000
  • Arabie saoudite : 322.000
  • Algérie : 176.000
  • Libye : 100.000
  • Jordanie : 88.000
  • Maroc : 72.000
  • Irak : 59.000

À moyen terme, la querelle de succession présidentielle sera immanquablement réglée. L’Algérie devra alors se tourner résolument vers l’avenir pour mobiliser ses capacités à la conquête de nouveaux horizons.

Se fixer comme objectif de rejoindre le groupe du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), c’est à dire les chefs de file du groupe s’employant à construire un monde multipolaire, à l’effet de mettre un terme à six siècles d’hégémonisme occidental, et de renouer ainsi avec le rôle pilote de l’Algérie dans le combat pour la libération de l’Afrique et du Monde arabe, particulièrement la cause palestinienne, à qui fait cruellement défaut le soutien d’un pays arabe de poids.

Pour aller plus loin sur l’Algérie

A propos du conflit du Sahara occidental

1 – L’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) est composée des dix pays suivants: Birmanie, Cambodge, Laos, Malaise, Indonésie, Japon, Philippines, Singapour, Thailande, Vietnam.

En 2013, elle représentait:

  • 620 millions d’habitants (environ 8,8 % de la population mondiale)
  • 2.400 milliards de dolars de PIB
  • 76 milliards US$ d’investissements étrangers (2010)

Fondée en 1967 à Bangkok (Thailande) par cinq pays dans le contexte de la guerre froide pour faire barrage aux mouvements communistes, l’ASEAN constitue désormais un espace pour régler les problèmes régionaux et peser en commun dans les négociations internationales.

Un sommet est organisé chaque année au mois de novembre. Son secrétariat général est installé à Jakarta (Indonésie).

En 2013, elle représentait:

  • 620 millions d’habitants (environ 8,8 % de la population mondiale)
  • 2.400 milliards de dollars de PIB
  • 76 milliards US$ d’investissements étrangers (2010)

Source

Le roi prédateur Main basse sur le Maroc


histoireebook.com

  https://i2.wp.com/afrique.lepoint.fr/images/2017/02/16/7034614lpaw-7035191-article-jpg_4099321_660x287.jpg
Auteurs : Graciet Catherine – Laurent Eric
Ouvrage : Le roi prédateur Main basse sur le Maroc
Année : 2012

 

Avant-propos
Notre livre décrit une prédation royale. Depuis son accession
au trône, en 1999, Mohammed VI a pris le contrôle de l’économie
du Maroc dans l’arbitraire le plus absolu. Une stratégie
d’accaparement marquée par la corruption effrénée de
ses proches.
Au Maroc, en 2012, la monarchie impose toujours le silence
et le secret sur ses agissements, ce qui a rendu notre enquête
souvent délicate à mener.
Pendant plusieurs mois, nous avons rencontré plus de quarante
témoins sur le sol marocain mais aussi à l’étranger, par
souci de prudence.
Afin d’éviter les fuites, nous n’avons parfois révélé à nos interlocuteurs
qu’une partie de notre projet. Ceux qui ont accepté
de nous parler se divisent en trois catégories : des hommes
proches du Palais ou du premier cercle gravitant autour du
roi, capables d’en décrire les moeurs, le fonctionnement et les
intrigues ; des experts, dont les compétences précieuses permettent
de déchiffrer l’opacité des affaires royales dans des
secteurs tels que l’agriculture, la finance, etc. ; et, enfin, des
politiques, qui connaissent certains domaines sensibles que
nous souhaitions aborder.
Ils ont accepté de nous parler mais, à l’exception de cinq
d’entre eux, ils ont tous exigé que nous garantissions leur

anonymat et modifions des détails qui auraient pu permettre
de les identifier.
La monarchie marocaine a instauré parmi les élites dirigeantes
une véritable « culture de la docilité ». Mais, surtout,
elle fait peur : lorsqu’elle s’abat, la disgrâce royale condamne
socialement mais aussi financièrement et professionnellement.
Nous voulons remercier tous ceux qui nous ont aidés et
qui sont conscients que les dérives royales que nous décrivons
exigeaient d’être révélées.
Ils connaissent notre attachement sincère au Maroc et à
son peuple. Nous avons l’un et l’autre travaillé comme journalistes
dans ce pays. L’une de nous, Catherine Graciet, a travaillé
au sein de la rédaction du grand journal d’opposition
Le Journal hebdomadaire, depuis lors fermé par les autorités,
et a notamment passé une année en poste au Maroc, à Casablanca.
Cela lui a permis d’apprendre à connaître les coulisses
politiques et économiques du royaume, ainsi que ses
protagonistes. L’autre, Éric Laurent, a rencontré à de nombreuses
reprises en tête à tête Hassan II, dans ses différents
palais, en vue de réaliser un livre d’entretiens avec lui. Intitulé
La Mémoire d’un roi, cet ouvrage est paru en 1993. Cette expérience
lui a permis d’observer de façon privilégiée les moeurs
du Palais et de la Cour.
Au Maroc, la monarchie demeure le seul pouvoir. Elle
continue de prospérer puisqu’elle a eu la bonne idée de
transformer, depuis des décennies, la vie publique et les
institutions en un théâtre d’ombres. Les excès du roi sont
protégés par une omerta que nous avons décidé de briser avec
ce livre. Nous démontons non seulement les mécanismes d’un
système, mais aussi les ressorts psychologiques internes qui
ont transformé le prétendu « roi des pauvres » en un véritable
« roi prédateur ».

CHAPITRE I
Mohammed VI en roi Midas
En juillet 2009, le magazine américain Forbes créa la surprise
en publiant sa liste annuelle des personnalités les plus
riches du monde. Dans le classement spécialement consacré
aux monarques, le roi du Maroc, Mohammed VI, faisait une
surprenante apparition à la septième place, avec une fortune
évaluée à 2,5 milliards de dollars. Il devançait des rivaux
en apparence pourtant plus richement dotés, comme l’émir du
Qatar, au sous-sol regorgeant de gaz et de pétrole, ou celui
du Koweït, dont la fortune, selon Forbes, était six fois inférieure
à celle du souverain marocain.
En 2009, la crise financière mondiale survenue un an plus
tôt avait frappé de plein fouet l’ensemble des revenus, y compris
ceux des plus fortunés. Pourtant, Mohammed VI, dont la
fortune avait doublé en cinq ans, semblait mystérieusement
échapper à ces aléas puisque Forbes le plaçait en tête du classement
des personnalités ayant accru leurs richesses durant
l’année 2008.
Il existait bien entendu entre ce « top ten », où figurait le
monarque marocain, et les profondeurs du classement où stagnait
son pays une distance considérable.
Dans le rapport mondial sur le développement humain
élaboré par le PNUD, l’agence des Nations unies pour le
développement, couvrant la période 2007-2008, le Maroc

est en effet classé au 126e rang (sur 177 États) du point de
vue du « développement humain », et le taux de pauvreté du
pays atteint 18,1 % 1. Mieux encore, plus de cinq millions de
Marocains vivent avec 10 dirhams par jour, soit un peu moins
de 1 euro 2, et le salaire quotidien minimum légal n’excède
pas les 55 dirhams (5 euros). Pour ne rien arranger, en 2008,
la dette publique du Maroc a bondi de 10 % en un an, pour
atteindre 11,9 milliards d’euros, soit 20 % du PIB.
Le classement de Forbes ne faisait que soulever pudiquement
un coin du voile sur l’ampleur d’une fortune royale en vérité
beaucoup plus importante. Surtout, il taisait ou ignorait les
moyens mis en oeuvre pour parvenir à amasser une telle richesse.
Il liait la fortune du roi à l’augmentation du prix des phosphates,
dont le Maroc est l’un des premiers producteurs mondiaux,
et, ce faisant, se trompait d’époque.

Un coup d’État économique
Pendant longtemps, durant le règne d’Hassan II, l’OCP
(Office chérifien des phosphates) avait vu une part importante
de ses bénéfices – jusqu’à 50 %, estimait-on –, soustraite
au budget public pour satisfaire aux dépenses du souverain.
Un arbitraire royal somme toute comparable à celui que pratique
la famille régnante saoudienne, qui accapare une bonne
partie de la manne pétrolière.
« Mon pays m’appartient », estimait Hassan II, qui appliqua


1. Fédoua Tounassi, « Mohammed VI, un roi en or massif », Courrier
international, nº 975, 9 juillet 2009.
2. Le taux de conversion des dirhams en euros étant soumis à des variations,
nous avons opté pour un taux moyen de 1 euro = 10 dirhams.


avec constance ce principe. Son style de vie était particulièrement
dispendieux. Il aimait le luxe, les dépenses somptuaires, et
pourtant jamais il n’apparut dans le classement des plus grandes
fortunes. Si son fils, en moins de dix ans de règne, a accompli
ce bond quantitatif, c’est parce qu’il s’est livré à une sorte de
hold-up à l’encontre de l’économie de son pays. Une prise
de contrôle de tous les secteurs clés, un coup d’État économique
larvé où l’apparence de légalité s’est employée à masquer
l’ampleur de l’arbitraire.
Partout, à travers le monde, des dirigeants autoritaires ou
des dictateurs détournent une partie des richesses nationales
à leur usage personnel. Le plus souvent il s’agit de matières
premières, comme le pétrole. Mais ce pillage revêt un caractère
en quelque sorte illicite, hors la loi.
L’abus de pouvoir au Maroc, tel que nous allons le révéler,
est d’une tout autre nature et relève d’une situation inédite,
sans précédent. Ce pays présente en effet toutes les apparences
d’un système économique normal, et à certains égards sophistiqué
: banques, entreprises, secteur privé. Une réalité dont il
convient de parler au passé. Le secteur économique marocain
ressemble désormais à un village Potemkine qui dissimulerait
les prédations royales.
Un maître des forges français, Wendel, avait énoncé au
début du XXe siècle un principe que Mohammed VI et son
entourage semblent avoir repris à leur compte : « Le bien ne fait
pas de bruit ; le bruit ne fait pas de bien. » Le roi est désormais
le premier banquier, assureur, exportateur, agriculteur de son
pays. Il contrôle également le secteur de l’agroalimentaire,
de la grande distribution et de l’énergie. Une prise de
contrôle feutrée. Pourtant, l’enrichissement effréné du souverain
et de quelques hommes à son service peut avoir des
conséquences politiques incalculables, au moment où la

population est touchée de plein fouet par une crise qui
l’appauvrit et fragilise les classes moyennes. C’est pourquoi
leurs agissements ont partie liée avec le silence et l’ignorance.
La révélation de Forbes fut suivie par un épisode de censure
particulièrement absurde. En juillet 2009, l’hebdomadaire
français Courrier international fut interdit sur le territoire
marocain. Il avait reproduit, sous le titre « Un roi en or massif »,
un article de la journaliste Fédoua Tounassi publié un peu plus
tôt par la publication marocaine Le Journal hebdomadaire. Ce
zèle absolu, et à contretemps, des censeurs traduisait l’extrême
nervosité provoquée par la divulgation d’informations portant
sur la fortune royale. Un tabou jusqu’ici inviolé, comme tout
ce qui a trait à la personne du roi.
En montant sur le trône en 1999, Mohammed VI avait reçu
le qualificatif flatteur de « roi des pauvres ». Dix ans plus tard,
on découvrait qu’il était devenu le « roi des bonnes affaires ».
Plus choquant encore, il aime être présenté comme un « businessman
», terme ici totalement vidé de son sens puisque la
détention d’un pouvoir absolu lui permet de réduire à néant
toute concurrence.
Un rapide parallèle avec d’autres monarchies, fussent-elles
de nature constitutionnelle, permet de comprendre que nous
sommes ici aux antipodes de toute éthique démocratique.
Imaginerait-on la reine d’Angleterre ou le roi d’Espagne à la
tête des plus grands établissements financiers, industriels, agricoles
de leur pays, opérant dans une situation de monopole à
peine dissimulée ?
Les trente-huit années du règne d’Hassan II furent ponctuées
de coups d’État et de crises diverses. Mais l’homme était
un redoutable animal politique, doté d’un instinct de survie
impressionnant. Dans les années 1960 et 1970, au moment

où la plupart des pays nouvellement indépendants choisissaient
la voie socialiste, il se tourna habilement vers l’économie
de marché tout en mettant en oeuvre une stratégie d’accaparement
de la rente.

Le jardin secret du roi
Attentif à ses intérêts, Hassan II a toujours veillé à ce que
la famille royale – et d’abord lui-même – bénéficie de revenus
financiers conséquents. Mais, omniprésent dans le champ politique,
il se désintéressait fondamentalement des questions économiques.
Son successeur, lui, demeure une véritable énigme
politique : inexistant sur la scène internationale, souvent absent
de la scène intérieure, il n’a jamais accepté d’être interviewé
par un journaliste marocain, n’a jamais accordé la moindre
conférence de presse, et il paraît se désintéresser de la politique
comme de son pays. En revanche, hyperactif dans le contrôle
de ses affaires, il semble regarder le Maroc comme un marché
captif soumis à son bon vouloir.
Le goût des bonnes affaires est le jardin secret du roi, un
secret qui fut longtemps soigneusement gardé par ses conseillers courtisans,
mais un jardin qui s’étend aux frontières du royaume.
Cette prédation autarcique traduit un étrange aveuglement
au moment même où l’Histoire, dans le monde arabe, est en
mouvement. La dénonciation de la corruption était en effet
au coeur des slogans lancés par les peuples qui ont eu raison
des régimes autoritaires en Tunisie, en Égypte et en Libye.
Au Maroc, les manifestations qui se déroulent ces temps-ci à
travers le pays mettent nommément en cause les deux collaborateurs
les plus proches du roi et stratèges de sa mainmise
sur l’économie et la politique du royaume.

Dans un univers aussi soigneusement codé et feutré que
le Maroc, ces attaques visent en réalité la personne même du
souverain, auquel il serait sacrilège de s’attaquer frontalement.
Aussi l’annonce par Forbes en 2009 du montant supposé de
la fortune royale rendit-elle les proches collaborateurs du roi
extrêmement nerveux.
Le 1er août 2009, le Palais, par le biais du ministre de
l’Intérieur, fit saisir et détruire le dernier numéro du magazine
indépendant TelQuel et sa version arabophone, Nichane. Motif :
la publication d’un sondage à l’échelle nationale pour savoir
ce que les Marocains pensaient du souverain. Un cas de censure
odieux, mais surtout absurde : le peuple portait un jugement
positif sur l’homme monté sur le trône dix ans plus tôt. Le
porte-parole du gouvernement et ministre de la Culture usa
alors d’une formule péremptoire : « La monarchie ne peut être
mise en équation. » En équation peut-être pas, mais en chiffres
certainement, d’où l’inquiétude qui s’emparait de ces exécutants
à la manoeuvre.
Principe de base au Maroc, sécrété par le système : tout
homme détenteur d’une parcelle de pouvoir est un courtisan
s’efforçant de toutes ses forces de défendre le roi pour mieux
se protéger lui-même. Le Monde, qui publia les résultats du
sondage, fut interdit deux jours plus tard au Maroc. Les autorités
marocaines récidivèrent ensuite en bloquant l’édition
du quotidien en date du 22 octobre 2009. Sa une exhibait un
dessin de Plantu montrant un personnage coiffé d’une couronne,
tirant la langue avec ce qui ressemblait à un nez de clown.
La légende mentionnait : « Procès au Maroc contre le caricaturiste
Khalid Gueddar qui a osé dessiner la famille royale
marocaine 1. »


1. Le Monde, 22 octobre 2009.


Désormais l’opinion se fait entendre dans les pays arabes.
Une irruption fâcheuse, qui perturbe la stratégie et complique
les objectifs des dirigeants en place. Sauf au Maroc, où, impavides,
le roi et ses exécutants continuent de se livrer à la prédation.
Le Makhzen est le mot par lequel on désigne l’appareil
d’État entourant le souverain. Ses caractéristiques : une soumission
aveugle aux ordres du monarque et un désir effréné
de satisfaire des besoins que la position occupée au sein de la
hiérarchie permet d’assouvir. Pour les hommes du Makhzen,
le Maroc n’est qu’une mine à ciel ouvert où l’on est susceptible
de puiser en toute impunité. Un monde où le sens de l’intérêt
général et de l’intérêt national n’existe pas. C’est ainsi que le
souverain marocain et ses proches conseillers pratiquent cette
forme dégradée du pouvoir qu’est l’abus permanent.

CHAPITRE II
Quand la monarchie
vit aux crochets de ses sujets

suite… PDF

Du Punique au Maghribi Trajectoires d’une langue sémito-méditerranéenne


Image associée

ENSET – Oran

Abdou Elimam

Résumé :

Voici une série d’interrogations nouvelles où nous prenons appui
sur l’éclairage historique pour reconstituer un pont édifiant entre la langue
de Carthage (le punique) et les formes d’arabe maghrébin contemporain.

Trois voies possibles de recherche s’ouvrent alors:

1. Le maghribi (ou maghrébi, comme l’avaient appelé aussi bien Fergusson que Marçais, bienavant nous) présenterait, de nos jours, un substrat punique substantiel.
Substrat sémitique, soulignons-le. Ce qui permet de relancer la perspective
scientifique d’une reconsidération des poids et influence de l’arabe
classique sur les formes contemporaines du maghribi.

2. Reconsidérer le profil sociolinguistique du Maghreb en faisant intervenir trois paramètres essentiels : formations langagières vernaculaires vs. langues à vocation
internationale ; langues dont l’acquisition repose sur des mécanismes natifs
vs celles dont l’apprentissage est le fruit exclusif de l’institution scolaire ; langues ne jouissant pas ou peu de reconnaissance institutionnelle vs celles dont les
statuts juridiques sont force de loi.

3. Repousser le concept de diglossie, au profit de celui d’un bilinguisme d’où les vernaculaires ne sont plus exclus.

La francophonie au Maghreb se pérennisera de la prise en compte de ces rapports
dialectiques ré-examinés.

Mots-clés: maghribi, diglossie, langue vernaculaire

 

 

Introduction/présentation
Notre papier se fixe pour objectif de relater la situation d’une langue à la
fois majoritaire dans le corps social et minorée par l’institution étatique.
Cette forme linguistique dont la cohérence d’ensemble l’impose comme un
système linguistique majeur. Cette langue qui, dès le IX ème siècle était déjà
dotée d’un système graphique singulier (« al-Xatt al-maghribi »). Cette langue
qui a vu naître une littérature prestigieuse («adab az-zadjal ») dès le X ème
siècle, en Andalousie, et qui a su la propager, en Afrique du nord, sous les
appellations de «melħoun», «âami»; voire de «chaâbi» et que Ibn Khaldoun
sut glorifier. Cette langue que Charles Ferguson, en son temps, appela le
«maghrebi», suivant en cela le grand orientaliste français, W. Marçais. Cette
langue que les orientalistes, précisément, ont étiquetée « dialecte arabe »,
sans précaution méthodologique rigoureuse. Créant, de ce fait, une confusion
entre les épithètes : «arabe » et «sémitique » – comme si l’on pouvait dire, par
exemple, que l’hébreu est un « dialecte arabe » ! Une étude récente (d’abord
en 1997, puis reprise en 2003 : A. Elimam , « Le maghribi, alias ed-darija », Ed.
Dar El-Gharb, Algérie) montre clairement que le substrat punique représente
environ 50% de l’actuelle langue vernaculaire majoritaire du Maghreb. Cette
langue qui a fait la gloire de Carthage et que le prince numide, Massinissa,
pratiquait en toutes circonstances, a été bien vivace avant l’arrivée de l’Islam
en terre du Maghreb – jusqu’au Vème siècle, elle était bel et bien attestée comme
« néo-punique ». L’arrivée de cette sorte de « islamo-arabophonie », langue
sémitique également, va favoriser un processus d’individuation linguistique qui,
au IX ème siècle, esquissera cette forme, encore vivace, qu’est le maghribi.
Malheureusement, les indépendances des pays du Maghreb, au lieu de sonner
l’heure de l’émancipation des langues natives, ont minoré ces langues au profit
d’une arabisation dont personne ne parvient à déterminer l’ancrage effectif.
Même si Tamazight commence à trouver une protection juridique en Algérie et
au Maroc, le maghribi, pour sa part continue de se voir marginalisé.

1. Echos d’histoire des langues natives

suite…

gerflint.fr

50 ans après la débâcle arabe de 1967 : Les Palestiniens toujours sans un État viable


Par Chems Eddine Chitour

mondialisation.ca

«Après 70 ans d’excavations et de fouilles extensives sur la terre d’Israël, les archéologues ont trouvé que les actions du patriarque sont des histoires de légende; nous n’avons pas séjourné en Egypte, ni fait un exode, nous n’avons pas conquis la terre. Il n’y a pas non plus de mention de l’empire de David et de Salomon. Ceux qui s’y intéressent savent tout cela depuis des années, mais Israël est un peuple têtu et ne veut pas en entendre parler.» Professeur Ze’ev Herzog, Département d’Archéologie et d’Études anciennes du Moyen-Orient. (Ha’aretz Magazine, 29 octobre 1999)

«La thèse selon laquelle le génocide était suspendu sur nos têtes en juin 1967, et qu´Israël combattait pour son existence physique, n´était qu´un bluff.»  Général israélien Matityahou Peled

Ces déclarations décrivent la situation réelle . La vision biblique du grand Israël ne résiste pas à la réalité à la pertinence des faits, à moins de faire de l’archéologie biblique. De plus Israël n’a jamais été menacé, le mythe de David contre Goliath a permis à Israël de démolir les Arabes avec l’assentiment et la complicité de l’Occident coupable d’une faute éternelle: le massacre des juifs par Hitler. Ils dédouanent en promettant à Israël l’impunité. Israël n’a respecté aucune de la quarantaine de résolutions des Nations unies, elle s’assume Etat d’apartheid et fait disparaître progressivement les territoires palestiniens accordés lors de la résolution du 22 novembre 1967.

Bref rappel des rodomontades des armées arabes le 5 juin 1967

 La Guerre des Six-Jours (en hébreu: Milkhemet Sheshet HaYamim,) que l´on peut traduire par «l´épopée des six jours» en arabe (Melhamet Sitet Ayam) est une guerre déclenchée par Israël qui annihila les armées des pays arabes qui, dès les premières heures, n´avaient plus d´aviation. Qualifiée de guerre des «Six-Jours» pour bien montrer la supériorité écrasante d´Israël face à tous les pays arabes réunis, c´est la troisième entre Israël et ses voisins. Cette agression israélienne entraîne, en outre, une profonde modification des frontières: avec l´occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, de Ghaza, du Golan et du Sinaï, l´État juif quadruple la superficie de son territoire. Dès le 5 juin au matin, une attaque fulgurante: une fois l´aviation arabe anéantie (en une matinée), les troupes israéliennes s´emparent, en six jours, du Sinaï égyptien, de la Cisjordanie jordanienne et -au prix d´un refus, deux jours durant, du cessez-le-feu décrété par l´ONU et accepté par les belligérants arabes- du plateau syrien du Golan. 

Le Mossad a écouté les préparatifs des États arabes pour la guerre des Six-Jours

Il est utile de rappeler que les dirigeants arabes n’ont jamais été unis. On rapporte que le roi Hussein de Jordanie avait averti Golda Meir la veille de l’attaque. Mieux, les dirigeants arabes s’était réunis au Maroc et des informations révélées bien plus tard nous apprennent que leurs entretiens étaient intégralement transmis à Israël. Nous lisons ces deux articles parus dans des journaux israéliens:

 «Le roi Hassan II du Maroc, qui n’a pas fait confiance à ses invités de la Ligue arabe, a enregistré secrètement les discussions lors d’un sommet de 1965. Le Mossad a pu accéder aux enregistrements secrets d’une conférence que les Nations arabes ont préparée pour un conflit possible avec Israël, aidant de manière significative les FDI à se préparer à ce qui s’est transformé en guerre des Six-Jours, ancien chef du renseignement militaire, Le général maj Shlomo Gazit a révélé à Yedioth Ahronoth, que les dirigeants du Monde arabe à l’époque, avec leurs commandants militaires et les chefs de leurs services de renseignement, se sont réunis dans un hôtel de luxe à Casablanca, au Maroc, en septembre 1965 pour discuter d’une question principale: la préparation de la guerre contre Israël. Leurs commandants militaires ont présenté une pléthore d’informations en parlant ouvertement et avec une franchise relative sur les capacités des militaires sous leur commandement.»(1)

«C’était le roi Hassan II du Maroc, qui n’avait pas vraiment confiance en ses invités, qui a permis au Mossad de suivre de près la conférence. Une équipe de l’unité «Oiseaux» (tziporim en hébreu)??- une équipe conjointe dirigée par Peter Zvi Malkin et Rafi Eitan, composée du Shin Bet, du service de sécurité interne d’Israël et du Mossad – est arrivée à Casablanca, Un jour avant le début de la conférence, le roi Hassan a ordonné aux agents du Mossad de quitter l’hôtel parce qu’il craignait que les invités arabes ne les remarquent. «Mais immédiatement après la fin de la conférence, (les Marocains) nous ont donné toutes les informations requises, et ne nous ont rien refusé», raconte Rafi Eitan. Dans un mémo à l’époque du Premier ministre Levi Eshkol, le chef du Mossad à l’époque, Meir Amit, a qualifié l’opération de «l’une des gloires de l’intelligence israélienne». Israël a préparé pour la guerre de six Jours en fonction de la grande quantité d’informations produites à partir de ces enregistrements, et les commandants des FDI étaient confiants de pouvoir gagner.» (1) (2)

La suite: un calvaire des Palestiniens au quotidien

 À partir du début de l´année 1969, de nouveaux combats eurent lieu entre l´Égypte et Israël le long du Canal de Suez. Cette guerre d´usure constitua une transition avant la Guerre du Ramadhan en 1973. Malgré toutes les résolutions votées, Israël ne voulut jamais se retirer des territoires. L´Occident tétanisé par sa dette envers le peuple juif ne fit rien. Pour Abba Eban «Les frontières d´Israël sont celles de l´holocauste». C´est au nom d´une prétendue -et illusoire- sécurité, que les gouvernements israéliens successifs ont refusé d´appliquer les résolutions de l´ONU leur intimant l´ordre de revenir aux frontières de 1967 -dite la «ligne verte»-, et en particulier de rendre à la Syrie les hauteurs du Golan. En réalité, la politique des «faits accomplis», guidée par la volonté connue de conquête territoriale d´Israël (a surtout pour objectif de mettre la main sur 90% des ressources en eau de la région, ce qui devrait être effectif quand le Mur sera terminé. Pour rappel, la politique des petits pas de Henri Kissinger, sioniste devant l´Eternel, acheva de tuer dans l´oeuf toute velléité d´un équilibre au Moyen-Orient. Les négociations du kilomètre 101 furent en fait une reddition en rase campagne de Sadate qui fut concrétisée par le discours de Sadate, à la Knesset, il le paya de sa vie.

 L’avènement de Moubarak enfonça définitivement la cause légitime de la Palestine. Il alla même jusqu’à construire un mur souterrain pour empêcher les Palestiniens de Gaza de rentrer en Egypte. Quant à Arafat, on sait que, tour à tour, il fut attaqué par les Légions bédouines de Hussein de Jordanie en septembre 1970, ce fut ensuite la sortie du Liban en 1982 et l´exil en Tunisie, en Algérie et ailleurs. Sharon n´hésita pas à emprisonner Arafat dans la Mouqata en pointant ses canons sur son bureau devant l´indifférence générale des donneurs de leçons en Occident. Depuis Oslo en 1993 jusqu´à Camp David, aucun gouvernement israélien n´a pu ou n´a voulu arriver à une vraie solution démocratique de la question palestinienne. Sept ans de négociations ont été, chaque fois, frustrés par l´opposition de la droite en Israël.

Israël est, par définition, une colonie européenne

Pour Aaron Tordjamn Israël est, par définition, une colonie européenne. Il bat en brèche la théorie divine du peuple élu et affirme que les Israéliens provenant de différentes diasporas n’ont aucun droit: Comment se fait-il écrit-il que la Palestine, partie intégrante du Moyen-Orient, et morceau de terre habité depuis l’Antiquité par une population orientale ayant adopté, depuis plus d’un millénaire, la culture et la langue arabe, à l’instar de la Syrie, de l’Égypte ou de l’Algérie, soit, en une centaine d’années, devenue un État peuplé de migrants venus du monde entier? On s’interrogera également pour comprendre comment la population originelle de la Palestine est dispersée dans des camps de réfugiés, une partie étant soumise à un pouvoir militaire d’occupation, et une minorité d’entre -elle, seulement, disposant de la citoyenneté dans le nouvel État d’immigrés, qui se considère comme faisant partie de l’Occident » (3)

 « Les réponses à ces interrogations se situent dans un contexte en dehors duquel le conflit entre le sionisme et le monde arabe demeure incompréhensible; à savoir: le colonialisme (…) La Grande-Bretagne n’avait pas le droit d’assurer en Palestine un «foyer national» aux Juifs d’Europe, pas plus que les États-Unis ont le droit de garantir un «foyer national» aux Mormons de l’Utah en Afghanistan, ou que le chef d’une tribu d’Afrique aurait le droit d’assurer aux Yézidis d’Irak un «foyer national» en Angleterre. Le sens de la déclaration Balfour correspondait donc bien, à un engagement d’implantation coloniale au coeur du Moyen-Orient, à l’instar de l’Amérique du Nord, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, etc. C’est ainsi qu’a été ouverte la voie au dernier conflit colonial dans le monde: conflit qui perdure encore aujourd’hui entre une population d’immigrants s’appuyant sur la force armée, et une population autochtone subissant la dépossession.» (3)

«Mais revenons à 1948, et à la question: «Que s’est-il véritablement passé?». Si l’on prend en considération le contexte colonial: les États arabes sont venus en aide aux habitants autochtones de la Palestine, soumis depuis six mois aux attaques et à un nettoyage ethnique de la part des colons sionistes (quiconque conteste cette expression doit s’interroger: en quel endroit du monde a-t-on autorisé des milices et des institutions étatiques séparées?). » (3)

 « En mai 1948, on comptait déjà un quart de million de réfugiés palestiniens, et de grandes villes comme Jaffa et Haïfa avaient subi un nettoyage ethnique de leur population palestinienne, effectué par les milices sionistes. La conquête de la Palestine battait son plein. Les États arabes ont finalement échoué pour plusieurs raisons, dont leur infériorité militaire, numérique et en matière d’organisation. 78% du territoire de la Palestine du Mandat se sont retrouvés sous l’occupation coloniale des immigrés, après que près de 80% de ses habitants autochtones aient été victimes d’un nettoyage ethnique. La conquête sioniste a été parachevée en 1967.» (3)

Qu’elle est la perception réelle des Palestiniens par les dirigeants israéliens ?

 On a l’habitude de faire croire qu’en Israël il y a les faucons ( les durs) qui ont une vision biblique intégrale de la destinée d’Israël et dit on aussi les colombes qui eux ont une vision plus réaliste de l’existence du peuples qu’ils ont spolié et à qui il faut bien donner quelque chose. Dans tous les cas à des degrés divers les responsables et militaires israéliens  ont laissé des déclarations qui valent plus que mille discours sur la perception qu’ils ont des Palestiniens. Les déclarations suivantes sourcées donnent un aperçu de la profondeur du fossé qui sépare le ressenti de ces responsables vis-à-vis de la dignité humaine. Quelques florilèges des dirigeants et des généraux de Tsahal « l’armée la plus morale du monde » qui utilise les mêmes techniques que celles du troisième Reich à l’endroit des Juifs :

«  Si j’étais un leader Arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C’est normal ; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l’a promise, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre dieu n’est pas le leur.  Il y a eu l’antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était ce leur faute ? Ils ne voient qu’une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient t-ils accepter cela ? » (David Ben-Gourion, cité par Nahum Goldmann dans « le Paradoxe Juif », page 121…)

« Ne nous cachons pas la vérité…. Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. Derrière le terrorisme (des Arabes) il y a un mouvement qui bien que primitif n’est pas dénué d’idéalisme et d’auto-sacrifice. » (David Ben-Gourion, discours de 1938, cité dans « Le Triangle Fatidique » de Chomsky, page 91, et dans « Le Sionisme et les Palestiniens », de Simha Flapan, page 141).

« Nous devons tout faire pour nous assurer que les Palestiniens ne reviendront jamais, les vieux mourront et les jeunes oublieront. » (David Ben-Gourion dans ses Mémoires, page 157)

« Des villages juifs furent construits à la place des villages arabes. (…) Il n’y a pas un seul endroit construit dans ce pays qui n’ait pas eu une ancienne population arabe. » (Moshe Dayan, ministre de la Guerre, adressé à The Technion Haifa, rapporté par Ha’aretz, 4 avril 1969).

« C’est le devoir des leaders israéliens d’expliquer à l’opinion publique clairement et courageusement, un certain nombre de faits qui ont été oubliés avec le temps. Le premier est qu’il n’y a pas de sionisme, de colonisation, d’État Juif sans l’éviction des Arabes et l’expropriation de leurs terres. » (Yoram Bar Porath, Yediot Aharonot, 14 juillet 1972).

« Nous marchions dehors, Ben-Gourion nous accompagnant. Allon répéta cette question, qu’est-ce qu’on doit faire de la population palestinienne ? Ben-Gourion agita sa main dans un geste qui voulait dire : “Conduisez-les en dehors” ! » (Mémoires de Rabin, publié dans le New York Times, 23 octobre 1979).

« Les Palestiniens sont comme des bêtes marchant sur deux pattes. » (Menahim Begin, discours à la Knesset, cité dans le New Statesman du 25 juin 1982).

« Lorsque nous aurons colonisé le pays, tout ce que les Arabes seront capables de faire, sera de détaler tout autour comme des cafards drogués dans une bouteille. » (Rafael Eitan, chef d’état-major israélien, dans le New York Times du 14 avril 1983).

Notons toutefois qu’Yitzhak Rabin, général une fois premier ministre a compris qu’il fallait régler le problème palestinien. Il laissa une phrase célèbre : « La Bible n’est pas un cadastre » explicitant par cela qu’il y a un peuple palestinien qui a droit lui aussi à vivre en paix sur sa terre. Ce fut les fameux accords d’Oslo de 1993 qui à la longue s’avèrent être sans lendemain. Deux ans plus tard Rabin fut assassiné. La paix qui semblait à portée de main s’est éloignée et ce n’est pas avec le premier ministre actuel qu’elle se fera, lui qui parle de la nécessité de coloniser à outrance. Il y a plus de 500000 colons en Cis Jordanie et Jérusalem est judaïsé d’une façon inexorable notamment par les colonisations qui font que toutes les bonnes terres sont occupées, et même que des fouilles entreprises sous la Mosquée d’El Aqsa pour retrouver les fondations du temple fragilisent cette mosquée risquant éboulement ce qui va naturellement amener à des regains de violence qui seront vite contenus. –

Les potentats arabes amis d’Israël enterrent la cause palestinienne

 Cinquante ans après la défaite de 1967 les potentats arabes n’ont tiré aucune leçon de leur gabegie. Des Etats nations arabes sont en train de disparaître après la pendaison de Saddam, le lynchage de Kaddafi et le dépeçage de la Syrie de Alyan el Kourdi le bébé migrant mort d’une façon tragique par noyade, il reste des dirigeants tortionnaires avec leur peuple, mais serviles avec les maîtres qui les adoubent. Nous voyons les Etats arabes s’effriter avec des potentats qui se vassalisent au plus offrant. Le cas le plus scandaleux puisque c’est de lui que viennent les maux actuels du terrorisme, est celui des dirigeants saoudiens qui se liguent avec Israël contre d’autres musulmans (syriens, libanais, iraniens)

Michel Raimbaud ancien ambassadeur français décrit la rencontre du maître et du vassal qui renforce la «banalisation d’Israël» au Moyen-Orient et diabolise l’Iran:

« Donald Trump est fidèle à un principe: America first. Ce principe de «l’Amérique d’abord» a été scrupuleusement respecté. Son discours a globalement été de dire: «On veut bien faire tout ce que vous voulez, mais au prix fort et c’est à vous de payer.» «Le Moyen-Orient n’est pas notre affaire, la lutte contre le terrorisme là-bas pas spécialement non plus. De notre côté, nous sommes prêts à vous fournir les armes nécessaires» – au prix fort. D’où les contrats mirifiques qui ont été conclus entre Riyadh et Washington. Il est vrai que tous les autres pays ont de quoi cauchemarder, à défaut de pouvoir rêver. (..) le grand bénéficiaire de tous ces sommets – en dehors des Etats-Unis – est Israël, sans conteste. C’est le grand gagnant car sa position est ainsi banalisée.» (4)

 « On voit se poursuivre le mouvement de normalisation et de banalisation des relations entre Israël et les pays arabes de la région, à commencer par les monarchies. Les Saoudiens et d’autres monarchies du Golfe ont d’ailleurs de moins en moins de complexes à dire que l’ennemi numéro un est devenu l’Iran – qui n’a jamais agressé un seul pays arabe – et non plus Israël (…) J’étais frappé de voir l’accueil qui a été réservé à Donald Trump par les autorités saoudiennes. C’était démentiel, obséquieux, d’une flagornerie et d’un sens de la flatterie grotesque. Je trouve cela humiliant pour un pays de recevoir avec autant de fastes un autre chef d’Etat. On dit qu’environ 550 milliards de dollars ont été engagés – avec des échéances de paiement diverses. Il y a eu environ 400 milliards sous forme de contrats commerciaux, et entre 110 et 150 milliards d’armements. C’est tout bonnement absurde. Les Saoudiens sont déjà bardés d’armements alors même qu’ils n’ont gagné aucune guerre, même pas au Yémen. Le pays le plus pauvre du Monde arabe a été totalement détruit par les soins de la riche Arabie saoudite. Ces dirigeants saoudiens sont sans vergogne.» (4)

Une insoutenable européanisation du chantage à l’antisémitisme

Pour couronner le tout, Israël tétanise le monde occidental en les obligeant à voter des lois contre l’antisémitisme étant entendu qu’elle le monopole du mot sémite qu’elle partage   en réalité avec les Arabes ; C’est donc devenu au fil des ans une marque déposée. Dans la majorité des pays européens il est possible d’être taxé d’antisémite et d’être jugé et condamné. Naturellement la frontière entre l’antisémitisme et la politique israélienne est de plus en plus floue. On va même plus loin il y a un glissement sémantique entre antisémite et antisioniste depuis qu’un premier ministre français lié d’une façon éternelle à Israël, a banalisé et a martelé qu’être antisioniste c’est être antisémite. Cet amalgame est naturellement inexact.

 Israël a réussi à faire voter une résolution par le Parlement européen à une très large majorité, le jeudi 1er juin, une nouvelle résolution sur l’antisémitisme . La réaction de l’Organisation antisioniste UJFP a été vive pour dénoncer cela : «Il va sans dire que nous déplorons, une fois encore, la singularisation de l’antisémitisme vis-à-vis des autres formes de racisme. D’elles pas un mot, alors que, par exemple, l’islamophobie sévit partout en Europe et que la romophobie tue. Mais il y a plus grave. A y regarder de plus près, ce n’est pas tant d’antisémitisme que de limitation de la liberté de parole et de criminalisation de la critique d’Israël qu’il s’agit ». (5)

 « La résolution, fait sienne les critères proposés par la très sioniste Alliance internationale de la mémoire de l’holocauste (International Holocaust Remembrance Alliance, IHRA) pour définir l’antisémitisme. «Nier au peuple juif (sic) le droit à l’autodétermination, en prétendant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est une entreprise raciste» relèverait de l’antisémitisme. (…) En France aussi, la petite musique qui amalgame insidieusement la moindre critique d’Israël et/ou du sionisme à de l’antisémitisme bat son plein. Pas besoin de la définition de l’IHRA pour cela! Et pourtant, si le vote de cette résolution au Parlement européen n’a aucune valeur juridique contraignante, il contribue à renforcer ce climat nauséabond où la parole critique à l’encontre d’Israël est bâillonnée et criminalisée.(…) Il faut rappeler qu’il n’y a pas de politique d’Etat antisémite en Europe, et que ce vote vise clairement à empêcher non pas l’antisémitisme réel mais la critique politique légitime d’un État, de sa politique et de son régime. Le vote de cette résolution nous rappelle, qu’ici comme en Europe, le droit à la critique d’Israël fait partie de la liberté d’expression politique en général – un acquis aussi précieux que fragile qu’il nous faut défendre à tout prix.» (5)

Conclusion

Cinquante ans après, les Palestiniens sont plus misérables que jamais. Israël a tout verrouillé , il est pratiquement interdit de critiquer Israël et ceux qui l’on fat fait en en payé le prix Les dirigeants israéliens ne veulent pas de la paix avec les Palestiniens. Ils s´accrochent à une vision biblique du grand Israël. Rappelons le mépris d’Israël. Il y eut 37 résolutions et nous allons citer les plus significatives. Cela a commencé avec la résolution 181 du 29 novembre 1947. On aurait cru que la résolution de décembre 2016 suite au non-véto américain aurait du être un tournant donnant un coup d’arrêt à l’hubris israélien. Il n’en n’est rien!

 L’Administration Trump a choisi son camp: Il est vrai que les Arabes ne représentent plus rien en termes d’influence sur les affaires du monde. Les Etats arabes plus atomisés que jamais et le Moyen-Orient tend à disparaître sous son ancienne architecture sous les coups de boutoir insidieux, lancinants, mais efficaces des dirigeants israéliens qui ont réussi à introduire durablement la fitna au sein des Arabes.  Les civilisations   syriennes et irakiennes qui ont vue l’enfance de l’humanité, qui sont le berceau des religions sont menacées de disparition. Dans ce chaos moyen-oriental seul Israël émerge et est arrivé à briser les alliances voire l’unanimisme certes de façade, autour de la cause palestinienne. Israël aide l’Arabise Saoudite à démolir la Syrie, l’Irak , Bahreïn …

Après la mort de Arafat le 11 novembre 2004 , Mahmoud Abbas « désigné » par les pays occidentaux comme interlocuteur conciliant des Israéliens remportent les élections. Il est toujours au pouvoir depuis. De plus le jeu trouble de Mahmoud Abbas qui est intronisé par les Occidentaux sur le bantoustan qui est laissé aux Palestiniens est devenu par la force des choses un allié d’Israël qui l’aide indirectement à garde le pouvoir . Un espoir peut être est l’émergence d’un dirigeant palestinien Marouane Berghouti qui est en prison depuis 2001 qui a soutenu en leurs temps les accords d’Oslo mais qui par la suite a été l’un des dirigeants de la colère des Palestiniens ( lors des deux intifadas) Aux dernières nouvelles il a déclencher une grève de la faim pour l’amélioration des conditions de détention…

Enfin ; le silence assourdissant des grands de ce monde est lié à une faute originelle commise à l’endroit des Juifs, fait que ce sont les Palestiniens qui payent cette faute qu’ils n’ont pas commise et qu’ils expient depuis un siècle depuis que Lord Balfour s’est permit au nom de sa majesté, de promettre une Terre pour la seconde fois après Dieu à des Juifs en diaspora qui ,au fil des ans ont réussi à chasser de leur terre les natifs de la Palestine. Ainsi va le Monde.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

Notes

1.Ronen Bergman http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4866702,00.html 15.10.16

2.http://www.timesofisrael.com/morocco-tipped-off-israeli-intelligence-helped-israel-win-six-day war/?

3.Aaron Tordjman Haaretz le 27 février 2017. http://www.ujfp.org/spip.php?article5453

4.https://francais.rt.com/opinions/38907-donald-trump-dirigeants-saoudiens-flirtent-avec-guerre-grande-legerete.

5.http://www.ujfp.org/spip.php?article5669

 Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur chitour/268423-les-palestiniens-toujours-sans-etat.html

L’Emir Abdelkrim Al-Khattabi : de la lutte contre l’impérialisme à la construction de l’union maghrébine.


dzactiviste.info

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La lutte de Muhammad Ben Abdelkrim Al-Khattabi contre les forces impérialistes franco-espagnoles a eu lieu au moment même où règne partout dans le monde arabe une effervescence de la renaissance arabe (An-Nahada). Elle s’inscrit dans le cadre des luttes anticoloniales menées par les peuples colonisés du sud et d’Orient, et plus particulièrement les révoltes arabes contre les accords de Sykes-Picot (en 1916). Elle est le symbole des luttes pour l’indépendance et l’autodétermination des peuples à disposer d’eux-mêmes.

L’action révolutionnaire de l’Emir Abdelkrim Al-Khattabi suscita l’enthousiasme et un soutien authentiques aux quatre coins du monde : l’Emir Al-Khattabi devint une icône pour toute une génération de révolutionnaires assoiffés de liberté et d’indépendance. Il ne fut pas uniquement cet habile stratège rifain qui combattit l’impérialisme occidental à partir de la région du Rif, mais il fut l’unificateur des luttes menées au nom d’un Maghreb uni et indépendant. Il est le fondateur de la guerre moderne anticoloniale du XXe siècle, son combat servira de modèle à toutes les guerres d’indépendances futures.

Le Maroc, comme bien d’autres pays dans le monde, fut la proie des prédateurs impérialistes qui lorgnaient sur ses ressources minières (phosphate, zinc, plomb, fer, cobalt, cuivre, barytine, charbon , argent…) et convoitaient son littoral. Il sera soumis à un double protectorat français et espagnol en 1912 parachevant ainsi la mise sous tutelle du Maroc dont les prémices remontent au XVe siècle.

C’est contre ce colonialisme que l’Emir Abdelkrim va s’insurger et combattre tour à tour les espagnols au nord, les français au sud et une coalition franco-espagnole appuyée et soutenue par les puissances occidentales notamment la Grande Bretagne.

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Le 21 juillet 1921, l’Emir Abdelkrim inflige une défaite monumentale à l’armée espagnole suréquipée lors de la mythique bataille d’Anoual. 3000 rifains font face à plus de 100 000 hommes ; la bataille se solde par une véritable débâcle dans le camp espagnol : 16 000 soldats tués, des milliers de blessés et des centaines de prisonniers, 20 000 fusils, 400 mitrailleuses, 200 canons passeront entre les mains des moudjahidines du Rif . L’Espagne vient de perdre le terrain qu’elle avait gagné par des années de guerre. Le général espagnol Fernandez Sylvester se donnera la mort à la suite de la déroute; à Madrid le gouvernement tombe. L’hécatombe est telle que la Société des Nations parle du « cataclysme marocain ». C’est aussi cette guerre du Rif qui provoquera l’ascension de Franco au pouvoir (en février 1926, alors qu’il n’a que 34 ans, il sera le plus jeune général d’Europe).

La bataille d’Anoual marque un tournant historique décisif dans les luttes anticoloniales : c’est la première fois qu’une armée impérialiste est mise en échec de façon aussi foudroyante. Un historien déclarera : « c’est l’un des plus effroyables désastres enregistrés au cours des entreprises coloniales européennes en Afrique. ».

Très vite cette victoire dépasse les limites du Rif pour se propager à l’ensemble du Maroc où chaque marocain se sentit rifain. L’aura de l’Emir Abdelkrim s’étendra à l’ensemble du Maghreb et du monde arabe et plus largement encore jusqu’en Indochine où Ho Chi Minh reconnut en Abdelkrim Al-Khattabi son frère d’armes : il le voyait comme « le précurseur de la guerre populaire moderne. »

Dans un monde marqué par les préjugés racistes et ethnocentristes, la victoire d’Anoual était tout un symbole : elle eut des répercussions psychologiques et politiques immenses chez les peuples qui vivaient sous la domination et le joug colonial. La victoire d’Anoual représentait une victoire triomphale des peuples de « couleurs » exploités par les impérialistes sur une nation « blanche » ; c’était une revanche des pays colonisés et une humiliation de l’Occident arrogant.

La victoire des moudjahidines rifains venait non seulement de mettre fin au mythe de l’invincibilité des armées occidentales mais elle inaugurait une technique de guerre qui allait faire le succès de toutes les guerres de libération du Tiers-Monde sous occupation coloniale : la guérilla.

A ce propos, en 1971, recevant une délégation du Fatah, Mao Tsé-toung leur déclara : « Vous êtes venus pour que je vous parle de la guerre populaire de libération alors que, dans votre histoire récente, il y a Abdelkrim, qui est une des principales sources desquelles j’ai appris ce qu’est la guerre populaire de libération. Pourquoi donc avez-vous fait tout ce chemin alors que vous avez le Maitre : Abdelkrim ? »

L’Emir Al-Khattabi réussit à unir et à mobiliser toutes les tribus du Rif sous son commandement et sous le mot d’ordre de la lutte pour l’indépendance. Il vainquit une armée impérialiste et proclama la création de la « République du Rif » qu’il dotera des institutions étatiques les plus modernes de son temps.

Cette jeune république, la première dans le monde arabe, représentera alors une menace insupportable pour tous les belligérants :

– d’une part pour le Makhzen et le sultan Moulay Youssef à qui Abdelkrim reprochait sa passivité, son manque de combattivité pour la libération nationale. En effet le sultan restera sagement sur son trône pendant que les français et les espagnols mèneront une guerre impitoyable au Rif. Le sultan percevait l’Emir Abdelkrim comme une menace pour son pouvoir royal.

– d’autre part cela représentait pour les français un danger colossal : en effet le risque encouru était de voir les moudjahidines rifains embraser tout le Maroc et la guerre du Rif s’étendre à l’Algérie voisine. Il est vrai que chacune des victoires de l’Emir Abdelkrim sera accueillie par le peuple algérien comme étant la sienne et sa défaite finale aussi. De plus c’est après la reddition d’Al-Khattabi en 1926 que naîtra, à Paris, l’Etoile Nord-Africaine qui va organiser les travailleurs d’origine maghrébine dans un cadre de lutte commun avec comme programme : la libération de l’ensemble des trois colonies du Maghreb. L’idéologie et le programme de cette Etoile Nord-Africaine s’inspire du combat anticoloniale d’Abdelkrim et de ses mots d’ordre unificateur.

Abdelkrim poursuit son combat tous azimuts contre les troupes françaises qu’il harcèle de toutes parts : au 20 juillet 1925, les pertes françaises s’élève à près de 6 000 hommes. Face à cette déroute, le général Hubert Lyautey sera contraint de démissionner. Le maréchal Philippe Pétain, partisan d’une guerre agressive et sans merci, prendra le relais.

Une coalition franco-espagnole se mettra alors en place mobilisant une armée d’un demi-million d’hommes. De partout dans le monde occidental, on veut s’engager pour croiser le fer avec les moudjahidines du Rif. Les Etats-Unis participeront activement à la guerre du Rif avec leurs escadrons de la mort.

La guerre du Rif était devenue le moyen de préserver la suprématie de l’homme blanc et les Empires coloniaux occidentaux en luttant brutalement contre la population rifaine.

Charles Willoughby, (1892-1972) major général de l’armée des États-Unis, publia un article en août 1925 où il écrit : « Une foule d’hommes noirs et de couleurs avait été précipitée contre des hommes blancs, d’Ypres jusqu’à Bagdad, théâtres d’opérations sur lesquels ils avaient appris à les tuer. Les races assujetties avaient découvert une étrange vérité : les suzerains blancs, ces insondables maîtres de leurs destinées, s’étaient opposés les uns aux autres. Les demi-dieux avaient chu de leurs piédestaux séculaires et avaient été réduits à des fragments d’argile. […] Il y a peu de temps encore, les Empires coloniaux étaient fondés sur une légende, la légende de l’invincible homme blanc. Il n’est pas bon de détruire ce mythe, de toucher au piédestal sur lequel reposait le demi-dieu depuis tant de siècles.[…] Seule une guerre agressive, conduite jusqu’au cœur de leur pays par des expéditions punitives incendiant les villages, détruisant les réserves de blé et dispersant les troupeaux, pourrait accomplir la subordination des tribus rebelles. »

Pour se faire, Willoughby suggéra l’utilisation de chars, de voitures blindées, de lance-flammes et de gaz. Les Espagnols, aidés par l’armée allemande et l’industrie, construisirent des usines pour la fabrication de gaz en Espagne et au Maroc. Des milliers de tonnes de gaz moutarde furent ainsi répandus sur des villages marocains ce qui préfigurera les guerres coloniales contre-révolutionnaire à venir.

Le Rif, comme aujourd’hui Gaza, sera soumis à un blocus meurtrier, la population sera pilonnée par un intense bombardement (3 000 tonnes par jour), l‘utilisation inhabituel du gaz moutarde fera des civils rifains les premières victimes gazés de l’histoire contemporaine (mais ce ne sont pas des juifs de l’holocauste – l’histoire n’en parle pas) : 150 000 est le nombre de victimes rifaines.

Les armées impérialistes, suivant la logique coloniale de responsabilité collective, ne distinguèrent pas les objectifs militaires des objectifs civils. Les Rifains étaient collectivement responsables des revers des armées coloniales et devaient, de fait, être « punis » en conséquence. Cela contraste avec l’esprit humaniste et chevaleresque de l’Emir Abdlekrim Al-Khattabi qui affirmait la distinction qu’il faisait entre les troupes coloniales espagnoles qu’il combattait sans relâche, et le peuple espagnols avec qui il espérait établir des relations amicales : « Le Rif ne combat pas les Espagnols et ne ressent pas de haine envers le peuple espagnol. Le Rif combat cet impérialisme envahisseur qui veut lui ôter sa liberté à force de sacrifices moraux et matériels du noble peuple espagnol. (…) les Rifains luttent contre l’Espagnol armé qui prétend lui enlever ses droits, et cependant garde ses portes ouvertes pour recevoir l’Espagnol sans armes en tant que technicien, commerçant, industriel, agriculteur, et ouvrier »

La coalition disposant d’un appui aérien américain et d’armes de destruction massive provoquera la capitulation de l’Emir Abdelkrim le 27 mai 1926, mais la pacification complète du Rif ne s’achèvera que 12 ans plus tard en 1934.

Abdelkrim désormais prisonnier de guerre sera exilé sur l’île de la Réunion où il y demeurera jusqu’en mai 1947. Il réussira à prendre la fuite du navire qui l’emmenait en France pour trouver asile en Egypte et s’installe au Caire. Cette évasion suscitera l’enthousiasme des nationalistes arabes et l’effroi dans le camp franco-espagnol ainsi que pour le Makhzen qui est pris d’une sainte terreur rien qu’à l’idée de voir revenir au Maroc le moudjahid Abdelkrim Al-Khattabi.

A partir du Caire, il continue son combat pour l’indépendance non seulement du Maroc mais de tout le Maghreb. Il en profitera pour diffuser ses thèses radicales anticoloniales. Il fonde, avec l’aide d’étudiants maghrébins, les commandos nord-africains qui avaient pour but de former des cadres militaires dans la perspective d’une insurrection généralisée des 3 pays du Maghreb. A côté de cet activisme militariste, l’Emir Abdelkrim cherchait à fédérer les différents mouvements nationalistes maghrébins en vue de coordonner la lutte anticolonialiste dans les 3 pays. C’est dans ces conditions qu’il créa, le 9 décembre 1947, le « Comité de Libération du Maghreb Arabe » qui affirmait clairement son identité arabo-islamique et se donnait pour objectif : l’évacuation des pays par les troupes d’occupations et la réalisation de leur indépendance totale et leur souveraineté nationale complète.

Dans le Manifeste d’Abdelkrim du 5 janvier 1948, on peut lire : « Nous le faisons en vue de réaliser la coalition entre tous les partis du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie qui réclament l’indépendance et la constitution d’un seul front afin de poursuivre la lutte pour libérer nos pays du joug colonialiste. Au moment où les peuples travaillent pour assurer leur avenir, les pays du Maghreb arabe étudient attentivement les moyens de recouvrer l’indépendance dont ils ont été spoliés et leur liberté perdue. Il est donc du devoir de tous les dirigeants maghrébins de s’unir. Tous les partis de l’indépendance doivent également se coaliser et s’aider. Seule cette méthode nous permettra d’atteindre la réalisation de nos buts et de nos aspirations.

Désormais, notre cause entre dans une phase décisive. Nous affronterons dorénavant les usurpateurs comme un seul bloc, se composant de 25 millions d’hommes rassemblés autour d’un programme et déployant leurs efforts vers un objectif unique : l’indépendance complète pour l’ensemble des pays du Maghreb arabe.

Désormais, l’occupant colonialiste ne trouvera plus l’opportunité de contrecarrer notre résolution. Il ne sèmera plus de discorde entre nous, en exploitant la multiplicité des partis et les divergences d’opinion pour nous asservir et consolider ses positions dans nos pays.

Nous considérons que, dans nos trois pays, notre cause est une seule et même cause. Nous affronterons le colonialisme, solidement unis. Nous n’accepterons aucune solution ne réalisant pas notre indépendance complète et notre souveraineté totale. »

Même après la libération du Maroc en 1956, l’Emir Abdelkrim professait de la manière la plus radicale toujours les mêmes idées de solidarité intermaghrébine. Ainsi, le 4 mai 1956, il affirma son refus de voir la question de la décolonisation des 3 pays du Maghreb être traitée séparément : « Nous n’acceptons pas de solution de compromis en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. Nous voulons l’indépendance totale ». L’Emir Abdelkrim était partisan d’une solidarité active avec la révolution algérienne qui devait être pour lui le prélude à une révolution maghrébine permettant d’unifier les trois pays. Lorsque la guerre d’Algérie tourne au carnage, il déclare en avril 1958 qu’il « ne mettra pas le pied sur le sol marocain avant le départ du dernier soldat français du Maghreb ».

Même si sa préoccupation première était la libération du Maghreb tout entier de toute occupation militaire étrangère et la création d’un Maghreb sous la forme d’une « Union fédérale », son combat avait une portée internationale : à la demande de Ho Chi Minh, L’Emir Abdelkrim lance un appel à la désobéissance des troupes marocaines engagées en Indochine sous le drapeau français. « Choisissez le camp de ceux qui défendent la liberté et affrontent la mort pour l’indépendance dans le but de se libérer de ce que vous endurez vous-même de la part du colonialisme », ordonne l’Emir à ses compatriotes.

A Cuba, Che Guevara, tenant en respect le génie tactique du héros rifain, avait été initié, avec Fidel et Raul Castro, aux actions de guérilla d’Abdelkrim Al-Khattabi par Alberto Bayo, un général espagnol d’origine cubaine, vétéran de la guerre du Rif, ayant combattu ensuite du côté républicain lors de la guerre d’Espagne. Ce sont ces hommes entraînés par le général républicain qui débarqueront à Cuba pour constituer le premier maquis castriste dans la Sierra Maestra en 1958 : “Bayo nous enseignait comment mettre en place une guérilla pour briser une défense à la manière des Marocains d’Abdelkrim face aux Espagnols”, a raconté Fidel Castro à Ignacio Ramonet (directeur de la rédaction du Monde Diplomatique, dans Cien Horas con Fidel ).

Quant à la Palestine dès l’annonce de son partage, le 29 novembre 1949, Mohamed ben Abdelkrim Al-Khattabi leva une armée d’un millier de volontaires arabes et maghrébins qui sont allés combattre auprès de leurs frères palestiniens. Prenant de vitesse l’arrivée des volontaires armés des pays de la Ligue. Les leaders palestiniens, Yasser Arafat, Abou Jihad et autres ont pris source à l’enseignement des méthodes de guerre populaire du vainqueur de la légendaire bataille d’Anoual pour lancer leur mouvement de résistance dès janvier 1965. Les Palestiniens en formation militaire se voyaient distribuer des brochures sur les diverses techniques de guérilla dont celle sur Abdelkrim Al-Khattabi à laquelle était donnée la priorité.

Mohamed ben Abdelkrim Al-Khattabi révolutionnaire sincère, affranchi de toute gangue idéologique qu’elle vienne de l’Est ou de l’Ouest, ennemi intraitable de la langue de bois aura un regard très critique face aux activistes nationalistes arabes auxquels il reproche leur arrivisme, leur affairisme et leur esprit de corruption. Il dénonce les contradictions flagrantes entre leurs discours et leurs actes. Il prendra ses distances avec eux, et deviendra un farouche opposant à Allal el-Fassi dont le parti Istiqlal truste tous les postes importants du jeune Maroc indépendant et fait main basse sur le pouvoir exécutif. Abdelkrim Al-khattabi restera hostile à la monarchie marocaine jusqu’à la fin de sa vie.

Admirable dans le combat, noble dans la défaite, L’Emir Muhammad Ben Abdelkrim Al-Khattabi restera pour les marocains et pour tous les hommes épris de liberté et de justice un symbole de la lutte contre l’oppression. Il aura été l’un des inventeurs du nationalisme marocain, ou, plutôt maghrébin.

Décédé loin de sa patrie le 6 février 1963 à l’âge de 80 ans, Nasser lui rendra hommage en organisant des obsèques dignes d’un chef d’Etat.

Presque 100 ans après la guerre du Rif, le combat d’Abdelkrim contre le colonialisme, son projet révolutionnaire, son refus des concessions et sa vision unificatrice de la Nation arabe représentent toujours le symbole de la résistance contre le pouvoir monarchique qui œuvre depuis pour effacer et taire cette page de l’histoire marocaine.

Aujourd’hui, il est de la responsabilité des peuples arabes et musulmans de puiser dans leur propre dynamique historique et de se réapproprier le modèle révolutionnaire que fût Abdelkrim al-Khattabi, afin de façonner leur action et leur projet de société de manière autonome et endogène. Il ne fait aucun doute que seule l’unité au sein de la nation arabe pourra être la source de l’émancipation des peuples et du développement économique au bénéfice de tous.

Comité Action Palestine
21 juin 2013

L’ORIGINE DES BERBÈRES


Auteur : M. G. OLIVIER

Année : 1867

Avocat, Officier d’Académie, secrétaire perpétuel de
l’Académie d’Hippone,
Membre correspondant de l’Académie de Caen, etc.,

PREMIÈRE PARTIE.

Mœurs et usages communs aux Berbères et aux
anciennes nations établies dans le bassin oriental de la
Méditerranée.

I.
On s’accorde volontiers à admettre, aujourd’hui, que
le Sahara était primitivement une mer ; que la Tunisie,
l’Algérie et le Maroc formaient alors une presqu’île, désignée
sous le nom de Berbérie, longue bande de terre jointe
à l’Espagne par un isthme situé où s’est ouvert depuis le

détroit de Gibraltar. Par contre, le véritable continent africain
commençait seulement au pied du Djebel-el-Kamar.
Les récentes et si curieuses observations malacologiques
de M. Bourguignat semblent confirmer ces données en
établissant que le contour des derniers contreforts méridionaux
de l’Atlas, ancienne plage de la mer saharienne,
a précisément la même faune conchyliologique que les
côtes septentrionales de notre Berbérie baignées par la
Méditerranée. Pour augmenter encore la consistance de
cette induction, il resterait à constater qu’une faune à peu
près identique se retrouve sur la rive sud de la mer saharienne,
rive nord de l’ancien continent africain. On y arrivera
probablement un jour.
Dans l’hypothèse que je viens d’exposer sommairement,
on suppose aussi que les îles composant à cette
heure le groupe des Canaries et celui des Açores, sont des
sommets de montagnes, surnageant au-dessus de l’abîme,
de deux continents submergés avec l’Atlantide, à l’époque
même où, par un mouvement de bascule, un relèvement
de terrains faisait de la mer saharienne un désert de sable.
Ces continents étaient-ils reliés à l’Atlantide, en étaient-ils
indépendants ? D’après leur faune malacologique, M.
Bourguignat pense qu’ils en étaient indépendants.
Quels hommes ont y habité ces contrées, alors que
la nature les modifiait si étrangement, ou les ont envahies
après ces modifications, pour former la première assise de
leurs habitants actuels ? Ces hommes étaient-ils demeurés
réfugiés dans tes hauts plateaux de l’Atlas que le
cataclysme n’avait pas ébranlés, en admettant que cette
révolution soit le résultat d’un cataclysme et non d’un lent
travail de, la mature ; se sont-ils emparés de la Berbérie
après l’apaisement ? Venaient-ils de l’occident à travers le

détroit nouveau creusé par l’océan ? sortis de l’Asie,
comme toutes nos races européennes actuelles, avaient-ils
gagné, à travers l’Égypte et les plages sablonneuses de
la grande Syrte, la Berbérie raffermie sur ses bases ; ou
bien enfin, issus de l’ancien continent africain, avaient-ils
poursuivi jusqu’au delà du désert la mer qui les avait fui ?
Problèmes difficiles sinon impossibles à résoudre. Cependant,
ignorants que nous sommes de ce que l’avenir nous
garde de lumières inattendues, nous devons marcher courageusement
en avant dans la voie de la science, si obscure
qu’elle nous paraisse au départ. Marchons donc.
Quels qu’aient été les premiers habitants de la Berbérie
et quel qu’ait été leur berceau, on les désigne sous
le nom de Berbères, et l’on est convenu d’appliquer ce
même nom aux Touaregs égarés dans le désert, aux Kabiles
étagés dans les montagnes de notre province, et enfin
à la plupart des indigènes qui, mêlés aux conquérants
arabes, n’ont pas cessé de cultiver les plaines comprises
entre Bône, Constantine et Bougie. C’est l’opinion de
l’un des plus studieux investigateurs de l’histoire de notre
Algérie, M. le baron Aucapitaine, membre correspondant
de l’Académie d’Hippone.
« Quant aux provinces de Constantine et de Bougie,
dit-il dans une Notice ethnographique sur l’établissement
des Arabes dans la province de Constantine(1), elles restèrent,
sous la domination des Arabes Riah, la demeure des
anciens peuples de race berbère, qui l’habitaient primitivement
et que nous y retrouvons aujourd’hui.»
____________________
(l) Recueil de la société archéologique de la province de
Constantine, 1865 p. 92.

____________________

Et plus bas :
« On peut avancer qu’il en fut des Arabes autour
de Constantine comme des Francks en Gaule; quoique
la nation ait gardé le nom des envahisseurs, le fond de
la population, à bien peu d’exceptions près, est presque
entièrement formé par les descendants des vaincus. »
D’accord sur ce qu’il faut entendre par Berbères,
cherchons d’où ils procèdent.
Des esprits, excellents d’ailleurs, regardent les Ibères
et les Berbères comme des débris de la race atlante qui
auraient occupé à un moment donné la presqu’île ibérique
et son annexe la Berbérie. Jusqu’à présent on ne sait
rien des Atlantes ; tout point de repère et de comparaison
manque; on ne peut donc que conjecturer. Aussi d’autres,
moins affirmatifs, se bornent-ils à supposer qu’Ibères et
Berbères sont également de famille occidentale, mais sans
leur prêter ni point de départ ni route déterminés. Rien ne
s’oppose à ce qu’Ibères et Berbères soient parents ; la terminaison
identique des deux noms pourrait annoncer deux
branches d’une même souche ; Berbère pourrait même
signifier à la rigueur, Ibère du dehors. Mais il n’y a là
que de bien légers indices. Quoiqu’il, en soit, et à défaut
de données positives, il serait naturel, si l’on devait s’en
tenir à la ressemblance des noms, d’affilier les Ibères du
continent hispanique aux Ibères du Caucase. Ceux qui, à
priori, veulent qu’Ibères et Berbères aient eu pour berceau
l’ouest de l’Europe, appuient leur supposition principalement
sur les deux faits suivants : d’une part, qu’il existe
sur la côte africaine des dolmens, monuments propres aux
races occidentales ; de l’autre que la langue berbère n’a pas
d’analogues en Asie. L’existence des dolmens en Afrique

semblerait en effet relier les Berbères aux Celtes, ou même
à une race antérieure à ceux-ci, race que leur invasion en
Europe aurait éparpillée et projetée partie au nord et à
l’est de l’Europe, partie, peut-être, sur la côte africaine.
Rien jusqu’ici ne dément ou ne confirme ces hypothèses
; rien surtout ne permet encore de préjuger quelle durée
et quel caractère aurait eus, sur notre sol, le séjour de ces
bâtisseurs de dolmens: l’affinité linguistique du berbère
aurait plus de portée, mais, à cette heure, personne que
nous sachions n’a osé se prononcer sur sa filiation glossologique.
Qu’importe au surplus que dans les veines des populations
berbères il conte ou non quelques gouttes plus ou
moins altérées de sang atlante ou ibérique ? Tant de siècles
se sont écoulés depuis le temps où l’Ibérie et la Berbérie
se touchaient par l’isthme de Gibraltar ! tant de peuples
se sont, depuis lors, choqués, superposés, mêlés sur tous
les bords de la Méditerranée, qu’il est bien malaisé de
rien entrevoir dans les profondeurs de ce passé antétraditionnel.
D’ailleurs, un peuple n’existe que du jour où il
forme une société ; c’est-à-dire du jour où il adopte une
langue, des coutumes et des usages communs. Je nomme
la langue la première, Comme l’élément le plus sérieux.
Aussi me proposais-je de faire de l’idiome: de nos indigènes
la matière d’une étude spéciale et d’un article à part.
Aujourd’hui je veux seulement examiner de quels
peuples anciens, les indigènes qui m’entourent et au
milieu, desquels je vis depuis tout à l’heure vingt ans, se
rapprochent plus particulièrement, par les traits du visage,
les usages et ses habitudes. C’est l’objet du présent travail,
et voici à quelle, occasion j’en ai conçu la pensée.

II.
Le 27 octobre 1865, j’avais à défendre aux assises
de Bône un indigène de la tribu des Beni-Ameur, Ahmedben-
Ali, accusé d’un meurtre commis dans les circonstances
suivantes, Le 25 mars précédent, les gens de sa
tribu avaient acheté en commun une vache pour la tuer
le lendemain près d’un figuier vénéré sous lequel repose
le marabout Sidi-Embarek. C’était un sacrifice qu’ils faisaient
pour obtenir de la pluie, et presque tonte la tribu
y assistait. L’immolation accomplie, on se partagea les
chairs de la victime qui furent consommées pris du saint
tombeau ; puis on mit la peau aux enchères. C’est alors
qu’une querelle surgit entre deux familles, et qu’Ahmedben-
Ali, attaqué par six adversaires, asséna sur la nuque
de Messaoud-ben-Amar un coup de bâton dont celui-ci
mourut la nuit suivante.
Le matin même de l’audience où je devais plaider
cette cause, je faisais brûler des herbes hersées dans un
champ qu’on allait labourer. Le jour venait de naître ; la
brise de mer ne soufflait pas encore ; une large colonne
de fumée blanche et à demi-transparente s’élevait doucement
et droit au-dessus du foyer et allait se répandre dans
le ciel. L’esprit tourné sans doute vers les idées de culte et
d’holocauste par l’affaire qui m’était confiée, je songeais,
en contemplant ce spectacle, que ces flocons de fumée
perdus dans les airs avaient pu suggérer à nos premiers
pères la pensée d’une relation par le feu entre la terre et
les cieux, d’une sorte de message envoyé aux puissances
divines, et enfin celle même du sacrifice, c’est-à-dire de
l’oblation sous une forme sensible d’être vivants réduits
en prière.

La première impression de l’homme en face des violences
de la nature dut être celle de la terreur ; frappé par
les orages, les déluges, les convulsions volcaniques, il dut
se demander nécessairement ce que lui voulaient ces puissances
malfaisantes, et s’il n’avait pas irrité a son issu les
maîtres de la vie. De là le sentiment de l’expiation, de la
supplication tout au moins, et, par suite, la pensée du sacrifice.
Aussi la genèse brahmique dit-elle : « L’être suprême
produisit nombre de Dieux, essentiellement agissants,
doués d’une âme, et une troupe subtile de Génies; et le
sacrifice fut institué DÈS LE COMMENCEMENT (Lois
de Manou, I. 22). » Aussi le sacrifice, c’est-à-dire l’oblation
par le feu, a-t-il laissé des traces non-seulement dans
la tradition, mais même dans l’histoire de presque tous tes
peuples. Il n’y a que des nations arrivées à la période philosophique,
soumises à des institutions purement morales
comme celles de Koung-fou-tssé et de Lao-tsseu, ou utilitaires
comme celles de l’Égypte, ou réactionnaires comme
celles de Bouddha, qui aient supprimé le sacrifice ; mais
partout où domine un rite révélé, le sacrifice subsiste,
différant seulement par le choix des victimes et le but de
l’immolation.
Il est probable que partout la victime a dû, d’abord,
être l’homme lui-même. Sans parler des Américains, chez
qui le christianisme seul a détruit le sacrifice humain, des
races nègres chez plusieurs desquelles il est essore en
pleine vigueur, sous le retrouvons à une époque relativement
récente, chez, les Celtes et dans tout le rayon kimrique,
chez les premiers Romains eux-mêmes et chez toutes
les races syro-chaldéennes. La Bible elle-même nous en
révèle un cruel exemple. dans l’immolation d’Isaac que
Dieu exige d’Abraham. Il est vrai que la substitution du

bélier semble indiquer la transition qui s’opère alors
dans les rites et les mœurs ; cependant les massacres de
Cananéens, de Madianites et de tant d’autres, égorgés
par milliers sur l’ordre exprès du dieu des Hébreux,
pourraient bien passer à bon droit pour des sacrifices
humains.
Du quinzième au treizième siècle avant notre ère, la
tradition et la poésie nous montrent le sacrifice humain
oblatoire établi en Tauride ; mais chez les Hellènes il
a changé de caractère. Achille égorge, il est vrai, douze
jeunes Troyens sur le bûcher de Patrocle ; mais ce n’est
plus une offrande aux dieux, c’est une vengeance, une
réparation aux mânes de son ami ; et encore ne faut-il. pas
oublier qu’Homère, en. parlant de ce meurtre, déclare que
le fils de Pélée avait résolu dans son âme de commettre
urne mauvaise action.
Outre ces doutes victimes humaines, Achille fait jeter
dans le bûcher de Patrocle quatre chevaux, deux chiens
« nourris de sa table » et sa propre chevelure. Chez les
Sarmates également, on brûlait avec un chef ses femmes,
ses esclaves, ses chevaux et ses chiens ; mais, je le répète,
ce n’étaient plus là des holocaustes offerts aux dieux ;
c’étaient ou des compagnons qu’on donnait au héros dans
la mort, ou des gages de sécurité assurés au héros vivant
contre les entreprises des siens.
L’usage des femmes indiennes de se brûler avec leur
époux n’a-t-il pas le même sens ?
En tout cas, dans l’Inde, cette comburation de la
femme était volontaire. Parmi les sacrifices oblatoires et
déprécatoires du culte brahmique, le plus solennel était
celui d’un cheval, l’awsameda, où la victime était consumée
tout entière en l’honneur des dieux. Mais le livre de

Manou (liv. V.) appelle également sacrifice toute immolation
d’un être vivant destiné à la nourriture, et il n’en
excuse le meurtre que sous le mérite des formules offertoires
qui l’accompagnent. Ce n’en est pas moins là une face
nouvelle du sacrifice, devenu purement utilitaire, qu’il est
essentiel de remarquer. Chez les Hellènes, sous le régime
héroïque, il n’en existe plus d’autre. Les victimes sont
le plus fréquemment prises parmi tes bêtes de boucherie.
C’est le chef de dême ou de famille qui tient le couteau
sacré. Une très-minime partie est brûlée a l’intention des
dieux ; le reste est livré aux assistants qui s’en nourrissent.
Chez tes Hébreux du Pentateuque, au contraire, le sacrifi
ce est presque entièrement oblatoire, c’est-à-dire que la
presque totalité de la victime est consumée et une faible
portion seulement réservée pour le prêtre.
Le sacrifice d’une vache, accompli par les Beni-
Ameur, sans intervention sacerdotale, avec les circonstances
que j’ai dites : — offrande déprécatoire, pour obtenir
de la plaie, et partage de la chair entre les assistants qui
la consomment, — n’a, on le voit, aucun rapport avec les
sacrifices hébreux, celtiques ou slaves ; il reproduit, au
contraire, exactement la formule du sacrifice hellénique,
avec cette teinte égyptienne que la vache en Égypte était
précisément consacrée a Isis, déesse de la pluie. (Diod., de Sic., liv. I, 2).
Isis, en effet, de qui relevait l’eau et la terre, était la
lune dans le mythe cosmologique des Égyptiens, et l’on
sait quelle influence le vulgaire attribue encore à la lune
sur la pluie et la végétation.

III.
Sans doute, ce fait d’un usage mythologique, nuancé

de rite hellénique et de croyance égyptienne, subsistant
au milieu de populations musulmanes, ne sentait à lui
seul, quelque remarquable qu’il soit, rien impliquer touchant
l’origine de nos Berbères. L’Égypte et après elle
sa parente l’Hellénie ont eu des relations incessantes de
commerce et de colonisation avec le nord du confinent
africain, et il est naturel de retrouver des traces de ces
relations dans les coutumes de nos indigènes. Aussi avant
d’en rien préjuger, il faudrait trier, en quelque sorte, tous
les usages de nos indigènes ; et dans les traits de ressemblance
qu’on y découvrirait avec ceux des anciennes
nations de l’Orient méditerranéen, il faudrait discerner
ceux qui ont pu naître fortuitement de conditions de vie
identiques, de ceux qui sont vraiment traditionnels. Parmi
ces derniers encore faudrait-il essayer de déterminer ceux
qui sont de première ou de seconde, main, et démêler enfin
une a une les coutumes imposées aux habitants de l’Algérie
par l’islam, Rome ou Carthage, la Grèce ou l’Hellénie
et les autres races qui s’y sont tour à tour assises on superposées.
Tel est, en effet, le but auquel je tends ; et pour épuiser
l’ordre d’idées qui me préoccupait tout ‘a l’heure, j’en
reviens aux habitudes rappelant d’anciens rites religieux.
Si je ne craignais pas de pousser un peu foin l’hypothèse,
j’inclinerais à penser, par exemple, que l’habitude de jeter
les marabouts sans la mer on dans les rivières lorsque la
sécheresse se prolonge, est un vestige bien fruste, bien
effacé, mais pourtant reconnaissable encore, des sacrifi –
ces humaine qui, je viens de le dire, ont souillé tant de
parties de l’ancien monde durant la période titanique, et
même plus tard sous l’empire des cultes cosmologiques et
anthropomorphiques.

Or, ce mot de titanique me rappelle à l’instant une
autre coutume de nos Arabes, où figure leur Chitann qui
n’est autre, ce me semble, que le Titan hellénique, le Satan
sémitique et le nôtre.
Lorsqu’ils sont atteints d’une maladie dont la diagnose
échappe à leurs médecine, ce qui est fréquent, ils
l’attribuent invariablement à l’influence de ce Chitann
tour à tour considéré, dans les religions ou les initiations
antiques, comme l’ami ou l’ennemi de l’humanité. Ils lui
immolent un coq noir; si Chitann manie la victime, la
maladie s’en va ; si; au contraire, l’offrande est dédaignée
la maladie persiste. Combien de Kabiles m’ont affirmé
avoir vu Chitann manger le coq !
Les femmes indigènes ont également, dit-on, des
pratiques bizarres et mystérieuses comme celles des Thesmophories.
Là aussi il y a des immolations de poules
rouges on noires, égorgées avec des formules traditionnelles.
Elles ont des philtres composés pour faire perdre la
raison, et d’autres pour procurer des avortements.
En 1849 j’ai vu traduire devant le conseil de guerre
de Bône, une magicienne des Beni-Urgines (ainsi s’exprimait
la procédure), avec l’oncle et la mère d’une jeune
fille à laquelle où avait fait prendre, dans le but de la faire
avorter, un breuvage où entrait du crapaud et de la couleuvre
écrasés. Pour que le remède opérât, il fallait qu’au
moment où la patiente prenait ce philtre, elle fût couchée
à terre, avec une pierre sur le ventre. Ce cérémonial avait
été scrupuleusement observé et la malheureuse en était
morte après d’affreux vomissements.
Ces sacrifices, ces philtres, ces breuvages au jus de reptile
ne rappellent-ils pas non-seulement la Thessalie, mais
l’Égypte si habile dans l’art des parfums et des potions ?

Avant de rechercher les autres points par où nos Berbères
se rapprochent des races orientales, il n’est pas sans
intérêt d’observer tout d’abord que sur ces hommes, dont
la vie est si peu compliquée et par conséquent presque
immuable, les impressions les plus anciennes sont celles
qui demeurent les plus accentuées et les plus vives. A ce
compte, ce seront nécessairement les derniers venus qui
marqueront le moins. Aussi l’action des Romains et des
Grecs proprement dits sur la race africaine, quoique sensible
encore, est-elle toute extérieure ; c’est dans le costume,
les outils de travail et les habitudes y afférentes
qu’il faut la chercher.
Les vêtements de nos indigènes, qu’ils conservent
comme Priam (Il, XIII) et Ulysse (Odys., II), dans des
coffres saturés d’essence de rose, semblent copiés sur les
peintures antiques de là grande Grèce, de Rome ou de la
Thébaïde. La gandoura brune à bandes jaunes que portent
nos trafiquants et spécialement les Tunisiens, rappelle
la Paragauda retracée dans la fresque de saint Jean de
Latran. L’Eudjar, ou voile dont les femmes se couvrent
le visage, semble l’héritier légitime de la Kalyptra grecque
; et le Chichia, du Pileolus ou Pilidion. Lorsqu’un de
nos fellahs découpe une paire d’Elga à même une peau de
boeuf, on croit voir Eumée «se taillant des sandales dans la
dépouille d’un boeuf agréablement colorié» (Od., XIV); et
lorsque ce même fellah laboure, dépouillé de son burnous
et vêtu d’une simple tunique blanche bordée d’un large
liseré rouge, on le prendrait volontiers pour un de ces alticincti
dont on retrouve l’image dans le Virgile du Vatican,
ou pour un de ces Égyptiens dont le costume ; d’après
Hérodote, consistait en une tunique de toile et un manteau
de laine blanche. (Eut., 81.)

La charrue arabe est encore l’Aratron des Grecs ; le
soc y est placé de même, à plat, à la pointe du dentale. La
harnais d’un mulet arabe reproduit exactement celui de la
bêle de somme dessinée dans les ruines d’Herculanum :
c’est le même bât retenu devant par l’antilena, et derrière
par la sangle à demi-flottante qui bride et blesse les cuisses
de l’animal.
Les vases de terre cuite que fabriquent nos potiers
indigènes sont modelés sur les différentes formes d’ampulla
recueillies dans les ruines de Rome ou les fouilles de
Pompéi Le cadus entr’autres, avec son goulot étroit et sa
base terminée en pointe, sert ici à mettre de l’huile. Dans
un article inséré à notre dernier bulletin, un de nos correspondants,
archéologue plein de zèle et d’étude, M. le
curé de Duvivier, a démontré que la mouture du blé et
de l’huile se fait exactement aujourd’hui comme sous la
domination romaine. Seulement est-ce aux Berbères ou
aux Romains qu’appartenaient ces procédés de fabrication
? Peu importe à la question qui nous occupe.
Ce qui demeure acquis, c’est que beaucoup de vêtements,
de vases, d’ustensiles de ménage, ont gardé des
périodes romaine et grecque la forme qu’ils ont encore
aujourd’hui.

IV.
La. part de rapprochements et de souvenirs que peuvent
revendiquer les Hellènes (j’entends par là les Grecs
sous le régime héroïque et un peu au, delà) est bien,
autrement importante que celle de leurs successeurs. Leur
influence sur les coutumes de nos indigènes se reconnaît
encore à de nombreuses traces. Maintenant, ces mœurs
communes proviennent-elles toutes du commerce direct

que les Hellénes ont eu avec nos Berbères, ou bien de
ce que les uns et les autres ont puisé à la même source,
l’Égypte ? Il y a là un partage assez difficile à faire. Toutefois,
comme durant l’expansion coloniale, favorisée par
la constitution du dême féodal, presque toutes les plages
de la Méditerranée ont été visitées par les navires hellènes
; que plus tard, au VIIe siècle avant J.-C., le développement
de Cyrène et de ses annexes les a mis en rapport
incessant avec les Libyens, il est hors de doute que leur
action directe a dû être considérable. L’histoire, du reste,
nous apprend que « les Asbytes, les Auschises, les Cabales
s’étaient approprié la plupart des coutumes des Cyrénéens.
» (H., Melp., 170, -171.) — La tradition ajoute :
« que les Argonautes mêmes avaient lié commerce avec
les Machlyes et les Anses établis au fond de la petite
Syrte. » (H. 179.)
Et, en réalité, que de ressemblances encore ave les
Hellènes !
Dans la préface de sa Grammaire, Tamachek, M.
Hanoteau a consigné les quelques renseignements qu’il a
pu recueillir sur les masures des Imouchak’ ! Toutes sommaires
que sont ses notions, elles sont précieuses aux rapprochements
que j’essaye.
J’y puise tout d’abord (P. XXV) quelques lignes sur
les razzias ou expéditions partielles que les Touaregs opèrent
autour d’eux :
«Souvent en querelle entre eux et en hostilité pour
ainsi dire permanente avec leurs voisins, ils font à ces
derniers une guerre de ruse et de surprise, où tout l’honneur
est pour celui qui, sait le mieux tomber à l’improviste
sur l’ennemi et lui enlever ses troupeaux. La gloire ne se
mesure pas à la résistance vaincue, mais à la richesse du

butin et à l’adresse avec laquelle on a trompé 1a vigilance
de son adversaire. Dans ces razias soudaines, malheur
aux vaincus ! Les hommes sont exterminés sans pitié, les
femmes violées et souvent mutilées pour leur arracher plus
vite leurs bijoux. On égorge les moutons et les chèvres, et
leurs chairs désossées sont entassées dans des sacs; les
nègres seuls et les chameaux trouvent grâce devant le
vainqueur, qui les ramène en triomphe dans son pays. »
Rapprochons de ce passage le récit fait par Ulysse de
l’une de ses expéditions.
« Au sortir d’Ilion, dit-il, le vent me pousse à Ismare,
sur les côtes des Ciconiens. Je saccage la ville, je détruis
le peuple ; nous partageons les femmes et les nombreux
trésors que nous ravissons dans ces murs. Personne ne
peut me reprocher de partir sans une égale part de butin
(Od., IX). »
Ces deux tableaux ne sont-ils pas identiques ?
Chez les Touaregs comme chez les Hellènes, la
guerre n’est le plus souvent qu’un moyen d’acquérir.
Un héros hellène aurait été fort mal vu de son dême,
s’il n’avait pas entrepris, de temps à autre, de ces coups
de main pour procurer à lui-même et aux siens des esclaves,
des métaux et des tissus. Ce, n’était pas la gloire que
l’Hellène non plus que l’Amachek’ recherchait dans ces
brigandages, c’était le profit ; l’essentiel étant de réussir,
la fourbe et la ruse y valaient autant que la force. Aussi,
les exploits d’Ulysse vont de pair dans Homère avec ceux
d’Achille. Lorsque le fils de Laërte se révèle lui-même aux
Phéaciens, il commence en ces termes : « Tous les hommes
connaissent mes stratagèmes ; ma gloire est montée jusqu’au
ciel. (Od. IV).» Minerve elle-même sourit avec

bienveillance aux mensonges d’Ulysse. Il est vrai que
Minerve est une divinité berbère née sur la rive du Triton.
Ce souvenir de Minerve me conduit à un rapprochement
de quelque portée.
Déjà, dans un article inséré dans la Seybouse du 3
août dernier, j’ai émis l’opinion, sur laquelle je reviendrai
plus tard, que, par les habitudes de leur langage, nos aborigènes
tenaient plus des Indo-européens que des Sémites;
le même rapport se signale dans leurs tendances religieuses.
Je m’explique.
D’après M. E. Renan, dans son Histoire générale
des langues sémitiques (p. 3 et suivantes), un caractère
qui distingue les Sémites entre tous les autres peuples,
c’est la forme de leur idée religieuse presque absolument
monothéiste, hostile au panthéisme et aux mythologies
cosmologiques ou anthropomorphiques, qui appartiennent
au contraire en propre aux nations aryennes.
Les cultes vraiment sémitiques, dit l’éminent professeur,
n’ont jamais dépassé la simple religion patriarcale…
La façon nette et simple dont les Sémites conçoivent
Dieu, séparé du monde, n’engendrant point, n’étant point
engendré, n’ayant point de semblable, excluait ces grands
poèmes divins où l’Inde, la Perse, la Grèce ont développé
leur fantaisie, et qui n’étaient possibles que dans l’imagination
d’une race laissant flotter indécises les limites de
Dieu, de l’humanité et de l’univers. Là mythologie, c’est
le panthéisme en religion ; or, l’esprit le plus éloigné du
panthéisme, c’est assurément l’esprit sémitique. Qu’il y a
loin de cette étroite et simple conception d’un Dieu isolé
du monde, et d’un monde façonné comme un vase entre
les mains du potier, à la théogonie indo-européenne, animant
et divinisant la nature, comprenant la vie comme une

lutte, l’univers comme un perpétuel changement, et transportant,
en quelque sorte, dans les dynasties divines la
révolution et le progrès.»
Si, d’une part, on admet le monothéisme somme un
penchant spécial et tranché de la conscience sémite, tandis
que le polythéisme serait une expression propre du génie
aryen ; si, d’autre part, on compte au nombre des berbères
les populations libyques établies autour des deux Syrtes,
il s’ensuivra que, par ce côté encore, les Berbères s’écarteraient
des Sémites et se montreraient non moins Ariens
que leu Hellènes, les Slaves et les Germains. Car Hérodote
fait naître parmi eux plusieurs des divinités intronisées
dans l’olympe : Neptune, Tritonis et Minerve entre
autres. Mais, peu; importe et le nom et le nombre ; il
sait que l’esprit libyque acceptât des dieux anthropomorphiques
et surtout des déesses, idée abhorrente aux Sémites,
pour trahir la parenté des Berbères avec la famille
aryenne. Voilà donc des dieux d’origine libyque obtenant
droit de cité chez les Hellènes ; plus tard, les traditions
religieuses de ces derniers prennent également cours chez
leurs voisins libyens. La disposition d’esprit est la même
des deux côtés.
Il est un autre trait de caractère par où les Berbères se
rapprochent pareillement des Hellènes, c’est par l’instinct
démocratique ; car le sentiment de la démocratie existait
déjà en Grèce, même sous les rois. Pour peu qu’on étudie
avec attention l’Odyssée et même l’Iliade, on reconnaîtra
que le dême formait auprès du héros un pouvoir délibératif
souvent prépondérant. Télémaque défend à grand’peine
son sceptre et son autorité contre le dême ithacien ; et si
Hector ou Ménélas s’étonnent de l’intervention du peuple
dans les affaires du jeune héros, ce n’est pas comme d’un

empiétement nouveau et contraire au droit politique de
l’époque, mais comme d’un ingrat oubli des bienfaits et
de la bonté d’Ulysse.
Dans l’agora militaire, fait plus significatif encore,
tous les guerriers avaient également voix consultative,
sauf aux chefs à prendre le dessus et à diriger les votes.
Parmi les Doriens surtout, on retrouve coexistants
trois éléments qui semblent contradictoires et qui pourtant
se mariaient sans difficulté dans leur pensée : un amour
profond de la démocratie, des chefs héréditaires et non seulement
des esclaves, mais des serfs, car les vaincus
d’Hélos étaient plutôt des serfs que des esclaves.
Le même sentiment démocratique se retrouve encore
vivant chez nos Kabiles. Chez eux, la constitution de la
commue rappelle celle du dême, et leurs mia’ad (mot où se
rencontrent les formatives du mot dama), les agoras helléniques.
Mais ce qui rend le rapprochement plus frappant,
c’est que ce démocratisme coexiste chez les Touaregs,
comme chez les Doriens, avec les mêmes circonstances de
chefferies héréditaires et d’ilotisme.
« Un fait qui domine tout l’état social des Imouchak’
dit M. Hanoteau, c’est l’existence parmi eux d’une aristocratie
de race. Les tribus se divisent en tribus nobles ou
Ihaggaren, et tribus vassales ou tributaires, sous le nom
générique d’Imk’ad… »
« Cet état de choses parait remonter très-loin dans
le passé, et seigneurs et vassaux ont perdu le souvenir de
son origine. Les Imk’ad sont les descendants d’une nation
vaincue… »
« Pour assurer leurs privilèges et maintenir des inégalités
sociales si contraires aux instincts naturels de leur
race, les tribus nobles ont dû, dès le principe, se donner

une forme de gouvernement qui permît à un chef unique
de concentrer leurs forces et de réunir leurs efforts contre
les tentatives d’indépendance du peuple opprimé. Aussi
la constatation politique du pays est-elle une espèce de
monarchie féodale dans laquelle le roi gouverne avec
l’assistance et probablement aussi sous la pression des
chefs des principales tribus nobles. L’autorité royale… est
d’ailleurs fortement tempérée par les mœurs démocratiques
qui distinguent en général la race berbère. » — Ce
tableau de la situation politique des Imouchak’ ne semble t-il
pas une peinture de-la constitution lacédémonienne ?
« Avant le mariage, poursuit fiai: Hanoteau, les
jeunes filles jouissent d’une liberté que l’on peut à juste
titre qualifier d’excessive. Elles se mêlent sans contrainte
à la société des hommes et ne prennent nul souci de cacher
leurs préférences ou leurs amours… Ces escapades ne nuisent
en rien à la. réputation des filles et ne les empêchent
pas de trouver des maris. »
A l’excès près, voilà une facilité de mœurs qui rappelle
non-seulement les habitudes anglaises, mais aussi
celles des Hellènes , parmi lesquels la jeune fille jouissait
d’une liberté qu’elle perdait en se mariant.
Entre les coutumes des anciens peuples, il faut en
général compter au nombre des plus caractéristiques celles
relatives au mariage et aux rapports sociaux de l’homme
et de la femme.
En ce qui concerne le mariage, je ne sais pas exactement
ce qui se pratique chez les Touaregs. L’usage d’acheter
la femme existe chez les Kabiles, mais il existe aussi
chez les Arabes, et il n’y a donc pas de conséquences
rigoureuses à tirer de ce rapprochement.
Car si nous trouvons ce singulier contrat en vigueur

parmi les Sémites-Hébreux, si dans la Bible le serviteur
d’Abraham achète Rebecea à Bathuel et à Laban moyennant
de très-riches présents, si Jacob achète ses deux
femmes Lia et Rachel au prix de quatorze ans de travail,
nous le retrouvons également parmi les Grecs d’Homère.
Chez les Hellènes, avant le siège de Troie, l’époux,
sans payer précisément sa fiancée, faisait au père et surtout
à elle-même des dons plus ou moins considérables
qui lui constituaient une dot. Climène, soeur d’Ulysse,
est mariée à un habitant de Samos gui comble ses parents
de dons infinis (Od., I5). Hector ne reçoit la main d’Andromaque
qu’après avoir fait de grands présents à Éetion
(Il., 22).
« Iphidamas, dit ailleurs Homère, meurt loin de sa
jeune épouse sans avoir pu lui montrer sa reconnaissance
par de nombreux présents : car il ne lui a encore donné
que cent bœufs; et parmi ses innombrables troupeaux de
chèvres et de brebis, il avait promis d’en choisir mille
(Il., 11). »
Ces présents, prix de la femme elle-même, se nommaient
chez les Grecs edna.
La dotation de la femme indigène, achetée par le
futur pour une somme débattue, est-elle autre chose que
l’edna helléniques ?
Lorsqu’une femme indigène est répudiée par son
mari sans motif sérieux, elle garde sa dot ; si, au contraire,
elle a mérité ce mépris par sa conduite, elle la restitue.
Lorsque Vulcain a pris au fi let Mars et Vénus. et qu’il
appelle les dieux à venir rire et s’indigner : « Mon piège
et mes lacs les retiendront, dit-il, jusqu’à ce que le père de
Vénus m’ait rendu les riches présents d’hymen que je lui
ai faits à cause de l’impudente épouse dont l’inconstance

égale la beauté. » Les dieux ajoutent : « Vulcain a raison,
il obtiendra l’amende due pour l’adultère (Od., liv..8). »
Au livre II du même poème, au contraire, lorsque les
prétendants pressent Télémaque de renvoyer Pénélope à
son père : « Antiaoüs, répond le prudent fils d’Ulysse, si
je renvoie ma mère de ma demeure malgré ses désirs…
j’aurai la douleur de rendre à Icare de nombreux présents.
»
Il y a deux faits graves à constater dans cet exemple
d’abord l’obligation de rendre à la femme ses présents
lorsqu’on la répudie sans qu’elle ait démérité, et, en
second lieu, le pouvoir qu’a le fils aîné, chef de famille, de
renvoyer, même malgré elle, sa mère, à ses parents.
Une femme de mon voisinage grondait son fils aîné
qui lui avait dit une, injure ; le père arriva furieux et commanda
au fils de battre sa mère, tant la prédominance de
l’homme sur la femme est constitutive de la famille arabe.
Or, Télémaque qui tout à l’heure pouvait, à sa guise, ou
renvoyer sa mère, ou la marier, avait aussi autorité pour
lui enjoindre publiquement de se retirer dans ses appartements.
— A la brutalité près, n’est-ce pas le même sentiment
?
Je terminerai ce qui me reste à dire à ce sujet en
signalant un autre trait de ressemblance.
Lorsque Achille donne des jeux funèbres après, la
mort de Patrocle, il offre comme prix de la troisième lutte
un large trépied que les Grecs estiment douze taureaux, et
ensuite un bassin couvert de fleurs sculptées de la valeur
d’un bœuf.
Cet usage d’employer le bœuf et la vache comme

valeur d’échange est commune aux Arabes. Un de nos
Drid me disait un jour: « On reproche à ma femme des
légèretés, mais peu m’importe ; elle fait très-bien le couscoussou,
et d’ailleurs elle m’a coûté vingt-quatre vaches
que j’aurais bien de la peine à ravoir. Je ne m’en déferai
pas » — Iphidamas, que nous citions tout a l’heure,
n’avait-il pas lui aussi acheté sa femme moyennant un
nombre déterminé de têtes de bétail ?
Il semblerait évidemment résulter de ces exemples
que les Arabes auraient plus de points de contact avec
les Grecs qu’avec les Hébreux, à l’endroit des habitudes
et des conditions de l’union conjugale, telles que les a
réglées le Coran. Cependant je n’hésite pas à penser que
l’achat de la femme est plus Sémite qu’Aryen. Mais ce qui
différencie essentiellement la société berbère de la société
arabe, c’est le rôle que la femme joue dans l’une et dans
l’autre. Consultons à ce sujet M. Duveyrier. Nous choisirions
difficilement un meilleur guide.
« Chez les Touareg, dit-il, la femme est l’égale de
l’homme, si même, par certains côtés, elle n’est dans une
condition meilleure.
Jeune fille, elle reçoit de l’éducation.
Jeune femme, elle dispose de sa main, et l’autorité
paternelle n’intervient que pour prévenir des mésalliances.
Dans la communauté conjugale, elle gère sa fortune
personnelle, sans être jamais obligée de contribuer aux
dépenses du ménage, si elle n’y consent pas… En dehors
de la famille, quand la femme s’est acquis, par la rectitude
de son jugement, par l’influence qu’elle exerce, sur l’opinion,
une sorte de réputation, on l’admet volontiers, quoique
exceptionnellement, à prendre part aux conseils de la
tribu. Libre de ses actes, elle va où elle veut, sans avoir à

rendre compte de sa conduite, pourvu que ses devoirs
d’épouse et de mère de famille ne soient pas négligés.
L’auteur des Touareg du Nord achève cette peinture par
un tableau comparatif de la vie de la femme berbère et de
celle de la femme arabe : d’un côté c’est la dignité de la
mère de famille, de l’autre l’asservissement de l’esclave
(p. 339). Plus loin, dans son chapitre intitulé Caractères
distinctifs, M. Duveyrier rappelle : « Dans l’ancienne
Égypte, d’après Diodore de Sicile (liv.I, ch. XX),
la femme pouvait, par contrat de mariage, se réserver
l’autorité sur son mari, même entre reine et roi, — l’analogie
intéressante qui s’harmonise fort bien à ce que nous
exposons nous-même dans ce travail, et qu’il est bon de
ne pas oublier.
Mais si par ce côté le courageux et érudit voyageur
rapproche les Berbères des Couschites, il n’oublie pas
une autre face du rôle de la femme, qui les assimile à
nos Galls, ces redoutables envahisseurs que leurs femmes
encourageaient au combat et animaient par des chants
guerriers.
« Outre leurs dispositions naturelles à la bravoure
chevaleresque, les Touareg sont encore sollicités à l’héroïsme
par leurs femmes, qui, dans leurs chants, dans
leurs improvisations poétiques, flétrissent la lâcheté et
glorifient le courage. Un Targui qui lâcherait pied devant
l’ennemi et qui par sa défection compromettrait le succès
de ses compagnons d’armes, ne pourrait plus reparaître au
milieu des siens. Aussi est-ce sans exemple.
« Entre Touareg, quand deux partis en sont venus aux
mains et que l’un d’eux est battu, les vainqueurs crient aux
vaincus, de ce cri sauvage qui leur est particulier :

Hia, hia ! hia, hia !
Il n’y aura donc, pas de rebaza !

Le rebaza est le violon sur lequel les femmes chantent
la valeur de leurs chevaliers.
A la menace du silence du rebaza, les vaincus reviennent
à là charge, tant est grande la crainte du jugement
défavorable des femmes.»
J’essayerai plus tard de démêler si ce trait d’union
entre les Berbères et les Galls tient à une communauté
d’origine ou au long contact des Ibères et des Celtes dans
le midi de la France.
Les mêmes habitudes de bienveillance qui attachaient
souvent l’esclave au héros, comme le montrent Eumée et
Euryclée, existaient parmi les Arabes, où il n’était pas rare
d’entendre le maître appeler l’esclave : « K’ouïa ! Mon
frère ! » C’est ainsi que Télémaque appelle Eumée.
M. Duveyrier constate que le même sentiment a persisté
chez les Berbères.
« Là, presque tous les Touareg nobles et riches, dit-il,
ont des esclaves nègres du Soudan amenés par des
caravanes, et aujourd’hui vendus à vil prix dans le pays
; quelques serfs en possèdent aussi… L’esclavage, chez
les Touareg comme chez tous les peuples musulmans, est
très-doux et n’a rien de commun avec le travail forcé des
colonies. Dans la famille musulmane, l’esclave est traité
par son maître avec les plus grands égards, et il n’est pas
rare de voir l’esclave se considérer comme un des enfants
de la maison. »

V

suite…

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Isabelle Eberhardt une femme en route vers l’islam


 
Auteur Patricia Bourcillier
Si les compagnons de hasard d’Isabelle
Eberhardt devinèrent que sous la
capuche blanche du grand burnous se
dissimulait une jeune femme, il est
certain qu’ils ne le laissèrent point voir.
C’est sa volonté de cheminer dans la voie
de l’islam qui avait retenu en premier lieu
leur attention, bien plus que son
travestissement ou ses assuétudes.
Si bien qu’en 1900 l’insolite vagabonde
avait trouvé moyen d’être aliée à la
confrérie des Kadriyas, dont l’univers
mystique laissait voir que la foi islamique
permettait au désir de subsister dans
l’infini, comme l’Amour.
Prologue
«Le goût du déguisement, c’est le besoin d’échapper à soi-même et de devenir un autre, de se faire passer pour un autre, de se croire un autre… tout en n’y croyant d’ailleurs pas.»
(Roger Caillois)
Voyager avec Isabelle Eberhardt c’est en tout temps être prêt à
se mettre en route ; c’est rêver de partir «sans plan fixe», armé «du bâton et de la besace symboliques1» avec l’idée du nomadisme, du cheminement, comme passage de la pensée elle-même. Aussi écrit-elle:
«Un droit que bien peu d’intellectuels se soucient de revendiquer, c’est le droit à l’errance, au vagabondage. Et pourtant, le vagabondage, c’est l’affranchissement et la vie le long des routes, c’est la liberté2.»
Pour cette heimatlos(apatride en allemand), l’identité est à faire, à refaire en permanence et le geste autobiographique y contribue. L’acte de l’écriture la porte tout naturellement au voyage, au mouvement. Car écrire, pour elle, ce n’est jamais accomplir mais toujours tendre vers… c’est être en route vers l’inconnu, s’avancer dans son devenir «autre»…
On est à la mi-temps du XIXème siècle. Face à un monde en pleine mutation, avec l’évènement du capitalisme et de
l’industrialisation, les «Désenchantés» de tous les rêves de progrès comme Pierre Loti réagissent par «la fuite du
présent méprisable et mesquin3.» La partance loin des régions familières, le projet littéraire, le fol espoir de trouver le bonheur, ces trois motifs se superposent pour les mener vers un ailleurs paré des attraits du romantisme et de
l’exotisme. Toute l’œuvre d’Isabelle Eberhardt nous fait part
de cette quête qui ne connaît pas de terme, vouée à l’inachèvement: être ailleurs, toujours ailleurs, «là-bas», «ignoré, étranger et chez soi partout4». Et qui la portera, entre 1899 et 1903, à arpenter la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, «accoutrée comme un jeune indigène du Tell avec une chéchia à gland, une veste et un pantalon français, un
chapelet arabe5», et à aller au-delà du connu vers «le chemin droit», à savoir vers l’islam, «la grande religion nomade» (Bruce Chatwin) à laquelle elle s’est convertie.

Le Roi prédateur


   

 par Graciet Catherine – Laurent Eric
 

 

 

Avant-propos
Notre livre décrit une prédation royale. Depuis son accession
au trône, en 1999, Mohammed VI a pris le contrôle de l’économie
du Maroc dans l’arbitraire le plus absolu. Une stratégie
d’accaparement marquée par la corruption effrénée de
ses proches.
Au Maroc, en 2012, la monarchie impose toujours le silence
et le secret sur ses agissements, ce qui a rendu notre enquête
souvent délicate à mener.
Pendant plusieurs mois, nous avons rencontré plus de quarante
témoins sur le sol marocain mais aussi à l’étranger, par
souci de prudence.
Afin d’éviter les fuites, nous n’avons parfois révélé à nos interlocuteurs
qu’une partie de notre projet. Ceux qui ont accepté
de nous parler se divisent en trois catégories : des hommes
proches du Palais ou du premier cercle gravitant autour du
roi, capables d’en décrire les moeurs, le fonctionnement et les
intrigues ; des experts, dont les compétences précieuses permettent
de déchiffrer l’opacité des affaires royales dans des
secteurs tels que l’agriculture, la finance, etc. ; et, enfin, des
politiques, qui connaissent certains domaines sensibles que
nous souhaitions aborder.
Ils ont accepté de nous parler mais, à l’exception de cinq
d’entre eux, ils ont tous exigé que nous garantissions leur

anonymat et modifions des détails qui auraient pu permettre
de les identifier.
La monarchie marocaine a instauré parmi les élites dirigeantes
une véritable « culture de la docilité ». Mais, surtout,
elle fait peur : lorsqu’elle s’abat, la disgrâce royale condamne
socialement mais aussi financièrement et professionnellement.
Nous voulons remercier tous ceux qui nous ont aidés et
qui sont conscients que les dérives royales que nous décrivons
exigeaient d’être révélées.
Ils connaissent notre attachement sincère au Maroc et à
son peuple. Nous avons l’un et l’autre travaillé comme journalistes
dans ce pays. L’une de nous, Catherine Graciet, a travaillé
au sein de la rédaction du grand journal d’opposition
Le Journal hebdomadaire, depuis lors fermé par les autorités,
et a notamment passé une année en poste au Maroc, à Casablanca.
Cela lui a permis d’apprendre à connaître les coulisses
politiques et économiques du royaume, ainsi que ses
protagonistes. L’autre, Éric Laurent, a rencontré à de nombreuses
reprises en tête à tête Hassan II, dans ses différents
palais, en vue de réaliser un livre d’entretiens avec lui. Intitulé
La Mémoire d’un roi, cet ouvrage est paru en 1993. Cette expérience
lui a permis d’observer de façon privilégiée les moeurs
du Palais et de la Cour.
Au Maroc, la monarchie demeure le seul pouvoir. Elle
continue de prospérer puisqu’elle a eu la bonne idée de
transformer, depuis des décennies, la vie publique et les
institutions en un théâtre d’ombres. Les excès du roi sont
protégés par une omerta que nous avons décidé de briser avec
ce livre. Nous démontons non seulement les mécanismes d’un
système, mais aussi les ressorts psychologiques internes qui
ont transformé le prétendu « roi des pauvres » en un véritable
« roi prédateur ».

 

CHAPITRE I

Mohammed VI en roi Midas
En juillet 2009, le magazine américain Forbes créa la surprise
en publiant sa liste annuelle des personnalités les plus
riches du monde. Dans le classement spécialement consacré
aux monarques, le roi du Maroc, Mohammed VI, faisait une
surprenante apparition à la septième place, avec une fortune
évaluée à 2,5 milliards de dollars. Il devançait des rivaux
en apparence pourtant plus richement dotés, comme l’émir du
Qatar, au sous-sol regorgeant de gaz et de pétrole, ou celui
du Koweït, dont la fortune, selon Forbes, était six fois inférieure
à celle du souverain marocain.
En 2009, la crise financière mondiale survenue un an plus
tôt avait frappé de plein fouet l’ensemble des revenus, y compris
ceux des plus fortunés. Pourtant, Mohammed VI, dont la
fortune avait doublé en cinq ans, semblait mystérieusement
échapper à ces aléas puisque Forbes le plaçait en tête du classement
des personnalités ayant accru leurs richesses durant
l’année 2008.
Il existait bien entendu entre ce « top ten », où figurait le
monarque marocain, et les profondeurs du classement où stagnait
son pays une distance considérable.
Dans le rapport mondial sur le développement humain
élaboré par le PNUD, l’agence des Nations unies pour le
développement, couvrant la période 2007-2008, le Maroc

est en effet classé au 126e rang (sur 177 États) du point de
vue du « développement humain », et le taux de pauvreté du
pays atteint 18,1 % 1. Mieux encore, plus de cinq millions de
Marocains vivent avec 10 dirhams par jour, soit un peu moins
de 1 euro 2, et le salaire quotidien minimum légal n’excède
pas les 55 dirhams (5 euros). Pour ne rien arranger, en 2008,
la dette publique du Maroc a bondi de 10 % en un an, pour
atteindre 11,9 milliards d’euros, soit 20 % du PIB.
Le classement de Forbes ne faisait que soulever pudiquement
un coin du voile sur l’ampleur d’une fortune royale en vérité
beaucoup plus importante. Surtout, il taisait ou ignorait les
moyens mis en oeuvre pour parvenir à amasser une telle richesse.
Il liait la fortune du roi à l’augmentation du prix des phosphates,
dont le Maroc est l’un des premiers producteurs mondiaux,
et, ce faisant, se trompait d’époque.

Un coup d’État économique

Pendant longtemps, durant le règne d’Hassan II, l’OCP
(Office chérifien des phosphates) avait vu une part importante
de ses bénéfices – jusqu’à 50 %, estimait-on –, soustraite
au budget public pour satisfaire aux dépenses du souverain.
Un arbitraire royal somme toute comparable à celui que pratique
la famille régnante saoudienne, qui accapare une bonne
partie de la manne pétrolière.
« Mon pays m’appartient », estimait Hassan II, qui appliqua

————————————————–

1. Fédoua Tounassi, « Mohammed VI, un roi en or massif », Courrier
international, nº 975, 9 juillet 2009.
2. Le taux de conversion des dirhams en euros étant soumis à des variations,
nous avons opté pour un taux moyen de 1 euro = 10 dirhams.

————————————————–

avec constance ce principe. Son style de vie était particulièrement
dispendieux. Il aimait le luxe, les dépenses somptuaires, et
pourtant jamais il n’apparut dans le classement des plus grandes
fortunes. Si son fils, en moins de dix ans de règne, a accompli
ce bond quantitatif, c’est parce qu’il s’est livré à une sorte de
hold-up à l’encontre de l’économie de son pays. Une prise
de contrôle de tous les secteurs clés, un coup d’État économique
larvé où l’apparence de légalité s’est employée à masquer
l’ampleur de l’arbitraire.
Partout, à travers le monde, des dirigeants autoritaires ou
des dictateurs détournent une partie des richesses nationales
à leur usage personnel. Le plus souvent il s’agit de matières
premières, comme le pétrole. Mais ce pillage revêt un caractère
en quelque sorte illicite, hors la loi.
L’abus de pouvoir au Maroc, tel que nous allons le révéler,
est d’une tout autre nature et relève d’une situation inédite,
sans précédent. Ce pays présente en effet toutes les apparences
d’un système économique normal, et à certains égards sophistiqué
: banques, entreprises, secteur privé. Une réalité dont il
convient de parler au passé. Le secteur économique marocain
ressemble désormais à un village Potemkine qui dissimulerait
les prédations royales.
Un maître des forges français, Wendel, avait énoncé au
début du XXe siècle un principe que Mohammed VI et son
entourage semblent avoir repris à leur compte : « Le bien ne fait
pas de bruit ; le bruit ne fait pas de bien. » Le roi est désormais
le premier banquier, assureur, exportateur, agriculteur de son
pays. Il contrôle également le secteur de l’agroalimentaire,
de la grande distribution et de l’énergie. Une prise de
contrôle feutrée. Pourtant, l’enrichissement effréné du souverain
et de quelques hommes à son service peut avoir des
conséquences politiques incalculables, au moment où la

population est touchée de plein fouet par une crise qui
l’appauvrit et fragilise les classes moyennes. C’est pourquoi
leurs agissements ont partie liée avec le silence et l’ignorance.
La révélation de Forbes fut suivie par un épisode de censure
particulièrement absurde. En juillet 2009, l’hebdomadaire
français Courrier international fut interdit sur le territoire
marocain. Il avait reproduit, sous le titre « Un roi en or massif »,
un article de la journaliste Fédoua Tounassi publié un peu plus
tôt par la publication marocaine Le Journal hebdomadaire. Ce
zèle absolu, et à contretemps, des censeurs traduisait l’extrême
nervosité provoquée par la divulgation d’informations portant
sur la fortune royale. Un tabou jusqu’ici inviolé, comme tout
ce qui a trait à la personne du roi.
En montant sur le trône en 1999, Mohammed VI avait reçu
le qualificatif flatteur de « roi des pauvres ». Dix ans plus tard,
on découvrait qu’il était devenu le « roi des bonnes affaires ».
Plus choquant encore, il aime être présenté comme un « businessman
», terme ici totalement vidé de son sens puisque la
détention d’un pouvoir absolu lui permet de réduire à néant
toute concurrence.
Un rapide parallèle avec d’autres monarchies, fussent-elles
de nature constitutionnelle, permet de comprendre que nous
sommes ici aux antipodes de toute éthique démocratique.
Imaginerait-on la reine d’Angleterre ou le roi d’Espagne à la
tête des plus grands établissements financiers, industriels, agricoles
de leur pays, opérant dans une situation de monopole à
peine dissimulée ?
Les trente-huit années du règne d’Hassan II furent ponctuées
de coups d’État et de crises diverses. Mais l’homme était
un redoutable animal politique, doté d’un instinct de survie
impressionnant. Dans les années 1960 et 1970, au moment

où la plupart des pays nouvellement indépendants choisissaient
la voie socialiste, il se tourna habilement vers l’économie
de marché tout en mettant en oeuvre une stratégie d’accaparement
de la rente.

Le jardin secret du roi

Attentif à ses intérêts, Hassan II a toujours veillé à ce que
la famille royale – et d’abord lui-même – bénéficie de revenus
financiers conséquents. Mais, omniprésent dans le champ politique,
il se désintéressait fondamentalement des questions économiques.
Son successeur, lui, demeure une véritable énigme
politique : inexistant sur la scène internationale, souvent absent
de la scène intérieure, il n’a jamais accepté d’être interviewé
par un journaliste marocain, n’a jamais accordé la moindre
conférence de presse, et il paraît se désintéresser de la politique
comme de son pays. En revanche, hyperactif dans le contrôle
de ses affaires, il semble regarder le Maroc comme un marché
captif soumis à son bon vouloir.
Le goût des bonnes affaires est le jardin secret du roi, un
secret qui fut longtemps soigneusement gardé par ses conseillers-courtisans,
mais un jardin qui s’étend aux frontières du royaume.
Cette prédation autarcique traduit un étrange aveuglement
au moment même où l’Histoire, dans le monde arabe, est en
mouvement. La dénonciation de la corruption était en effet
au coeur des slogans lancés par les peuples qui ont eu raison
des régimes autoritaires en Tunisie, en Égypte et en Libye.
Au Maroc, les manifestations qui se déroulent ces temps-ci à
travers le pays mettent nommément en cause les deux collaborateurs
les plus proches du roi et stratèges de sa mainmise
sur l’économie et la politique du royaume.

Dans un univers aussi soigneusement codé et feutré que
le Maroc, ces attaques visent en réalité la personne même du
souverain, auquel il serait sacrilège de s’attaquer frontalement.
Aussi l’annonce par Forbes en 2009 du montant supposé de
la fortune royale rendit-elle les proches collaborateurs du roi
extrêmement nerveux.
Le 1er août 2009, le Palais, par le biais du ministre de
l’Intérieur, fit saisir et détruire le dernier numéro du magazine
indépendant TelQuel et sa version arabophone, Nichane. Motif :
la publication d’un sondage à l’échelle nationale pour savoir
ce que les Marocains pensaient du souverain. Un cas de censure
odieux, mais surtout absurde : le peuple portait un jugement
positif sur l’homme monté sur le trône dix ans plus tôt. Le
porte-parole du gouvernement et ministre de la Culture usa
alors d’une formule péremptoire : « La monarchie ne peut être
mise en équation. » En équation peut-être pas, mais en chiffres
certainement, d’où l’inquiétude qui s’emparait de ces exécutants
à la manoeuvre.
Principe de base au Maroc, sécrété par le système : tout
homme détenteur d’une parcelle de pouvoir est un courtisan
s’efforçant de toutes ses forces de défendre le roi pour mieux
se protéger lui-même. Le Monde, qui publia les résultats du
sondage, fut interdit deux jours plus tard au Maroc. Les autorités
marocaines récidivèrent ensuite en bloquant l’édition
du quotidien en date du 22 octobre 2009. Sa une exhibait un
dessin de Plantu montrant un personnage coiffé d’une couronne,
tirant la langue avec ce qui ressemblait à un nez de clown.
La légende mentionnait : « Procès au Maroc contre le caricaturiste
Khalid Gueddar qui a osé dessiner la famille royale
marocaine 1. »

——————————————

1. Le Monde, 22 octobre 2009.

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Désormais l’opinion se fait entendre dans les pays arabes.
Une irruption fâcheuse, qui perturbe la stratégie et complique
les objectifs des dirigeants en place. Sauf au Maroc, où, impavides,
le roi et ses exécutants continuent de se livrer à la prédation.
Le Makhzen est le mot par lequel on désigne l’appareil
d’État entourant le souverain. Ses caractéristiques : une soumission
aveugle aux ordres du monarque et un désir effréné
de satisfaire des besoins que la position occupée au sein de la
hiérarchie permet d’assouvir. Pour les hommes du Makhzen,
le Maroc n’est qu’une mine à ciel ouvert où l’on est susceptible
de puiser en toute impunité. Un monde où le sens de l’intérêt
général et de l’intérêt national n’existe pas. C’est ainsi que le
souverain marocain et ses proches conseillers pratiquent cette
forme dégradée du pouvoir qu’est l’abus permanent.

 

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