Thomas SANKARA Un nouveau pouvoir africain


classiques.uqac.ca

https://s1.qwant.com/thumbr/0x0/0/d/967da9b9e2e28c014b614ff7bb9fd7c703f91aaa51993d90e50931196f27a2/51lgBJIywjL._SY291_BO1,204,203,200_QL40_.jpg?u=http%3A%2F%2Fecx.images-amazon.com%2Fimages%2FI%2F51lgBJIywjL._SY291_BO1%2C204%2C203%2C200_QL40_.jpg&q=0&b=1&p=0&a=1  https://s2.qwant.com/thumbr/0x0/4/4/b7c1d01dc3a35dd15681c0c18d24ada5742e51f69939eb6af34b9a9241e3ef/AVT_Jean-Ziegler_4427.jpeg?u=http%3A%2F%2Fwww.babelio.com%2Fusers%2FAVT_Jean-Ziegler_4427.jpeg&q=0&b=1&p=0&a=1https://s1.qwant.com/thumbr/0x0/b/a/1577d783271312c6224d84adc8ea3446a656fd24c5605575ac72fc3c64a59e/JEAN_PHILIPPE_RAPP_2.jpg?u=http%3A%2F%2Fwww.espace-rapp.ch%2FJEAN_PHILIPPE_RAPP_2.jpg&q=0&b=1&p=0&a=1

Ouvrage: Thomas SANKARA Un nouveau pouvoir africain

Auteur: Ziegler Jean & Jean Philippe RAPP

Année: 1986

 

 

AVANT-PROPOS

Quand l’oppression se fait plus lourde,
Nombreux sont les découragés
Mais son courage à lui augmente.

Il organise son combat
Pour quelques sous, pour l’eau du thé.
Pour le pouvoir d’État.
Il demande à la propriété :
D’où viens-tu ?

Là où l’on se tait toujours,
Il parlera.
Là où l’oppression règne et où l’on parle
de destin,
Il citera des noms.

Quand on l’expulse, là où il va,
Va la révolte.

Bertolt Brecht,
Éloge du révolutionnaire, poèmes,
Éditions de l’Arche.

INTRODUCTION
Dans notre Europe de la conscience homogénéisée, du consensus
confus et de la raison d’État triomphante, toute idée de rupture avec
l’ordre meurtrier du monde relève du délire. Un révolutionnaire, chez
nous, est considéré au mieux comme un original sympathique, une
sorte de clochard de l’esprit, un illuminé inoffensif ou un marginal pittoresque,
au pire comme un inquiétant trublion, un déviant, un fou. La
Realpolitik gouverne la planète. Son idéologie légitimatrice : le chauvinisme
fanfaron, la mensongère doctrine des droits de l’homme.
J’exagère ? Les États-Unis, la France, la Suisse, l’Angleterre et bien
d’autres États occidentaux abritent à l’intérieur de leurs frontières des
démocraties réelles, vivantes, respectueuses des libertés et des revendications
de bonheur de chacun de leurs habitants. Mais dans leurs
empires néocoloniaux, face aux peuples périphériques qu’elles dominent,
ces mêmes démocraties occidentales pratiquent ce que Maurice
Duverger appelle « le fascisme extérieur » : dans les pays du tiers
monde, depuis près de vingt ans, tous les indicateurs sociaux (sauf
l’indicateur démographique) sont négatifs. La sous-alimentation, la
misère, l’analphabétisme, le chômage chronique, les maladies endémiques,
la destruction familiale sont les conséquences directes des
termes inégaux de l’échange, de la tyrannie de la dette. Les démocraties
occidentales pratiquent le génocide par indifférence. Régis Debray
: « Il faut des esclaves aux hommes libres. » 1. La fragile prospérité
de l’Occident est à ce prix.


1 Régis Debray in Le Tiers monde et la gauche, ouvrage collectif, Éditions
du Seuil, 1979, p. 79.


Périodiquement, à la périphérie, des hommes, des femmes se
lèvent, refusent l’ordre du monde et revendiquent pour eux-mêmes,
pour leur peuple, une chance de vie. Thomas Sankara est de ces
hommes-là. Mystère de la liberté humaine : ces insurrections de l’esprit
ont généralement lieu dans les contrées les plus démunies, les plus
affligées. Le Burkina Faso est le 9e pays le plus pauvre de la terre, si
l’on considère le revenu par tête d’habitant ; sur la liste publiée par la
Banque mondiale en 1985, le Burkina figure en 161e position. Le déficit
alimentaire du pays a été en 1985 de 200 000 tonnes céréalières.
L’infrastructure industrielle ? Inexistante. Les réseaux routier, ferroviaire
? [10] Rudimentaires. L’attente de vie ? La moitié de celle que
connaît la France. Le budget de fonctionnement de l’État ? Déficitaire
en permanence ; chaque année, dès le mois d’octobre, le Burkina doit
quêter à l’extérieur les fonds nécessaires au paiement de son fonctionnariat
pléthorique et largement parasitaire. L’héritage institutionnel
enfin : il est totalement inadapté aux exigences d’un développement
autocentré, accéléré d’un pays à l’agriculture primitive et à l’accumulation
interne inexistante.
Chaque homme est le produit d’une dialectique compliquée entre
le général et le particulier, entre une histoire sociale multiforme,
contradictoire et une volonté personnelle, elle-même tributaire d’une
diachronie familiale, clanique. Jean-Paul Sartre : « Il ne s’agit pas de
savoir ce que nous voulons faire de notre liberté. La question est : que
voulons-nous faire de ce qu’on a fait de nous ? » Comprendre la dialectique
qui a produit un Sankara est le but ambitieux de ce livre.

*
* *
Comment faire ? Le mieux est évidemment de donner la parole au
sujet épistémique, à l’acteur lui-même.
Dans ce livre, c’est donc avant tout Sankara qui parle. C’est Jean-
Philippe Rapp qui sollicite, recueille sa parole.
Jean-Philippe Rapp est un journaliste de réputation et d’audience
internationales. Ancien producteur à la Télévision suisse romande de
l’émission « Temps présent », il dirige aujourd’hui l’édition de la mi-journée
du téléjournal. Il est également responsable d’un cours pour
les questions de communication à l’Institut universitaire d’études du
développement de Genève. Avec Sankara, il entretient des liens privilégiés :

« Temps Présent » avait sous son impulsion et celle de Jean-
Claude Chanel, Serge Théophile Balima et Azod Sawadogo produit en
1983 une série d’émissions d’analyse comparée de l’hôpital de Ouagadougou
et de Genève. Une collecte auprès du public suisse ayant répondu
à leur appel, ils ont pu — avec l’aide du Ministère de la Santé
du Burkina — construire une clinique pédiatrique. De cette collaboration
burkinabé helvétique est née une amitié : Rapp a, à plusieurs reprises,
eu de [11] longues conversations avec Sankara. Le résultat ? Un
portrait de Sankara diffusé par la télévision romande et le présent
livre.
Le dialogue Sankara-Rapp est-il un dialogue complice ? Évidemment
non. Comme moi-même, Rapp est très peu porté sur la vénération
des grands hommes. Comme moi, il a horreur des « héros ». Ce
livre abrite un dialogue didactique : Sankara tente, avec un remarquable
sens pédagogique, d’expliquer son projet politique et les racines
personnelles, idéologiques qui le nourrissent. Sa franchise est totale.
Il ne tente pas de séduire (ni Rapp ni moi-même ne nous serions
d’ailleurs prêtés à une telle opération…) mais de dire ce qui est. Grâce
à ce dialogue, une fascinante page de l’histoire africaine contemporaine
s’ouvre devant nos yeux.
*
* *
Pourquoi ai-je accepté le projet à ce livre ? Nice, mars 1986 : Robert
Charvin, doyen de la Faculté de droit et des sciences économiques
de l’université de Nice, nous a conviés, quelques collègues et
moi-même, dans son bureau qui, situé à mi-pente d’un splendide parc
planté de pins, surplombe la baie des Anges. Thème de la discussion :
les sujets de thèse. Nice a un problème similaire à celui de Genève :
de nombreux candidats aux doctorats, venus d’Afrique, d’Amérique
latine, d’Asie, cherchent un directeur de thèse… et surtout un sujet en
accord avec leur expérience personnelle, leurs intérêts intellectuels,
leurs projets d’avenir. Et que faisons-nous, nous les professeurs européens
? Nous dressons de savantes listes de sujets qui couvrent les
analyses des mouvements armés de libération, de la construction nationale
et d’État à la périphérie, de l’acculturation idéologique des
avant-gardes, etc. Pratiquement jamais nous ne proposons un sujet qui
problématise la création symbolique autochtone. Pourquoi ? Parce
que, tout simplement, dans la vaste bibliographie sociologique, politologique existante, les ouvrages de fond élaborés par les dirigeants des
mouvements de libération eux-mêmes sont quasi inexistants. Les
oeuvres d’Amilcar Cabrai, de Kwameh N’Krumah, de Luiz-Emilio
Recabarren, de José-Maria [12] Mariatégui ou d’Anibal Ponce, constituent
de rares exceptions. Les oeuvres théoriques, les systèmes d’auto-interprétation
élaborés par les combattants africains (latino-américains,
etc.) eux-mêmes, manquent cruellement. C’est au lendemain de
cette discussion, à mon retour de Nice, que j’ai donné mon accord définitif
pour ce livre à Jean-Louis Gouraud et Pierre-Marcel Favre.
Gouraud et Favre sont à l’origine du « Projet Sankara ».
*
* *
Quelle est la structure du livre ? Trois parties la composent. J’en
assume la première. J’évoque certaines hypothèses, formule certaines
intuitions concernant la genèse de la pensée de Sankara et des évidentes
contradictions qui l’habitent.
Cette première partie contient la transcription de mes notes prises
durant mes séjours au Burkina et de mes discussions avec nombre de
ses habitants, dirigeants ou simples paysans. Elle évoque aussi mon
interprétation de certains événements clés de la récente histoire du
pays.
J’insiste : je ne présente pas ici une analyse sociologique des bouleversements
politiques, idéologiques, économiques, militaires que les
jeunes officiers, vainqueurs de l’épreuve de force du 4 août 1983,
mettent en oeuvre dans un pays dont ils veulent changer le destin, les
mentalités et les structures. La « Haute-Volta », devenue grâce à Sankara
le Burkina Faso, « la terre des hommes libres », est parmi les
pays dont l’histoire sociale, la configuration ethnique, les multiples
héritages culturels sont les mieux connus en Afrique ; il existe une excellente
université à Ouagadougou ; à l’IFAN de Dakar, à l’ORSTOM
d’Abidjan, au CNRS de Paris et à l’Institut universitaire d’études du
développement de Genève, il existe des spécialistes — économistes,
linguistes, politologues, anthropologues et autres — qui ont publié
d’intéressantes monographies sur les peuples du Burkina. Sur la période
contemporaine, des recherches sont en cours qui promettent une
moisson riche et multiforme et qui apporteront dans les années à venir
des connaissances sectorielles précises.[13]

Je ne suis spécialiste ni de l’empire mossi ni des formations sociales
peul, bellah, touareg ou mandingue. Quant à l’histoire de la
conquête coloniale des plateaux mossi qui marque si profondément le
souvenir, le caractère des dirigeants actuels, Yves Person et ses successeurs
ont produit des travaux qui font autorité. Je le répète : je ne
fais pas ici oeuvre de sociologue ; des collègues, spécialistes de la région
le font et ce que je sais de la configuration ethnique, des contradictions
de classes, des cosmogonies autochtones, je le sais par les
sources secondaires dont, à la fin du livre, j’indique la bibliographie
sélective.
La deuxième partie du livre contient les dialogues de Sankara avec
Jean-Philippe Rapp. La troisième partie est une partie documentaire :
elle reproduit un certain nombre de textes de références indispensables
à la compréhension des événements du Burkina de la période
1983-1986.
Micheline Bonnet, documentaliste au Département de sociologie
de l’Université de Genève, a bien voulu mettre au net la première partie
du livre ; Juan Gasparini, assistant, a établi la bibliographie sélective.
Je leur dis ma vive gratitude.
JEAN ZIEGLER
Genève, Pâques 1986.

 

 

Première partie

LES ANNÉES
D’APPRENTISSAGE

À la table de qui le Juste refuserait-il de s’asseoir
S’il s’agit d’aider la justice ?
Quel remède paraîtrait trop amer
Au mourant ?
Quelle bassesse refuserais-tu de commettre
Pour extirper toute bassesse ?
Si tu pouvais enfin transformer le monde,
que
N’accepterais-tu de faire ?
Qui est-tu ?
Enfonce-toi dans la fange,
Embrasse le bourreau, mais
Change le monde : il en a besoin !
Bertolt Brecht
Change le monde, il en a besoin !

suite… PDF

Grenouille ou crapaud ?


integritydyl.wordpress.com

https://pbs.twimg.com/profile_images/488634609211408384/0lF1_jPU_400x400.jpeg

Étonnamment, il y en a qui ne font pas de différence entre les grenouilles et les crapauds. Bien que se ressemblant d’aspect, puisqu’appartenant tous deux à cette même famille de batraciens, il n’est pourtant pas compliqué de les distinguer : Autant la grenouille est mignonne, active et fringante, autant le crapaud est laid, paresseux et lourdingue. Et lourdingue, c’est justement le mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ceux qui fourrent délibérément tous les Musulmans dans le même sac – qu’ils soient pratiquants ou pas – en se foutant du « pas d’amalgame » comme de leur première chemise.
Rassurez-vous, je ne vais pas m’y mettre moi-aussi à m’insurger contre les agressions anti-islamiques croissantes et à m’adonner aux pleurnicheries de circonstance à l’instar des amateurs du genre. Je me contenterai uniquement ici de recadrer ceux qui incriminent ma religion, qui est malencontreusement aussi celle des aïeux de certains « malfaisants ». Pas question non plus de contredire quiconque sur les nuisances occasionnées par les « racailles islamisées » comme ils les qualifient. Je les rejoindrai même, avec retenue néanmoins, pour déplorer et condamner tout agissement néfaste. Bien que rejoignant leurs conclusions sur certains points, je préciserai, sait-on jamais, que je ne partage pas le moins du monde les idées d’exclusion exprimées par les nationalistes et l’extrême droite.
En ce qui concerne les Musulmans, il y a ceux qui sont dignes de ce nom et les contrefaçons. Une contrefaçon, même lorsqu’elle ressemble fortement à l’authentique, reste irrémédiablement une contrefaçon ; si elle parvient à abuser les gens du commun, les connaisseurs ne s’y trompent pas. Alors quand un Musulman pratiquant (le connaisseur, donc) affirme que ses convictions sont contraires à celles des contrefaçons, pourquoi d’aucuns (les gens du commun) mettent-ils systématiquement sa parole en doute en le qualifiant implicitement voire ouvertement de menteur ou d’hypocrite ? Pourquoi s’acharnent-ils à interpréter négativement des versets du Coran et des Hadiths du Prophète (ص) équivoques – quand ils ne les forgent pas carrément – alors que la majorité des Textes Saints de l’Islam sont positifs, et alors que la majorité des Musulmans les expriment d’une tout autre façon ?
Force est de constater que, la plupart du temps, les indignations des détracteurs de l’Islam et des Musulmans sont plus à caractère ségrégationniste que philanthropique. La défense des droits de l’homme, de la femme ou des animaux est de plus en plus souvent prétexte à des règlements de comptes idéologiques. Comme les lois locales condamnent les outrages aux races et aux communautés religieuses, tout en permettant le blasphème, il reste possible d’offenser indirectement celles-ci en dénigrant leur religion. D’où les caricatures provocatrices, les attaques contre le Prophète de l’Islam (ص) et ses enseignements (volontairement déformés) et le dessein de faire proclamer caducs par les Autorités Musulmanes certains versets du Coran et certaines Traditions prophétiques. En vérité, en les tronquant ou en les citant hors contexte, les dénigreurs font dire aux Saintes Ecritures Islamiques le contraire de ce que son message global enseigne.
En réalité, il en est qui ne digèrent pas d’avoir dû quitter précipitamment des bleds dont ils s’étaient rendus maîtres – comme les « pieds noirs » –, d’autres qui n’admettent pas qu’on désapprouve leur mode de vie y compris leurs déviances, et enfin ceux qui ne souffrent pas qu’on critique la politique (militaire) de l’intouchable Etat d’Israël. Résultat : au moindre méfait commis par un nom à consonance musulmane, « grand remplacement », « racisme anti-blanc » et « antisémitisme » sont de sortie, à tort et à travers. Les complotistes iront jusqu’à qualifier la « terrorislamisation » de certains faits divers de diversions, destinées à relativiser les frasques des ex-victimes de pogroms, qu’elles soient juives, coptes, arméniennes ou rapatriées des colonies. Faut-il préciser qu’en exprimant impudemment et imprudemment de telles opinions, ils ne peuvent non seulement bénéficier des complaisances de la liberté d’expression mais s’exposent aux condamnations pénales prévues par les lois mémorielles.
On ne peut blâmer les peuples qui ont été injustement traités, voire massacrés, de susciter et d’entretenir à satiété des rancunes et autres « devoirs de mémoire » censés les prémunir contre toute récidive. On ne peut que s’associer à leurs légitimes indignations pour condamner les actes antisémites et anti-occidentaux, mais il est néanmoins des récriminations et des exigences qui sont exagérées. Les Musulmans accepteront sans problème de condamner l’interprétation erronée d’un Texte Sacré incitant à la discrimination ou au meurtre, en l’annotant en marge si nécessaire, mais estiment qu’aucune créature, fût-elle humaine, n’aura jamais autorité pour abroger la parole du Créateur de toutes choses. Alors, il ne faudrait pas se tromper d’ennemi en traitant les gentilles « grenouilles » et leur habitus comme de vulgaires « crapauds ».

Tribune Libre : De l’Arabité


madaniya.info

Par Ziad Hafez, Secrétaire Général de la Conférence Nationale Arabe

De la problématique des définitions de l’arabité

Il existe une certaine confusion parmi les élites arabes, tant au sein de la patrie que dans l’exil ou les pays d’immigration, sur la nature de l’arabité. Ces élites confondent nationalisme arabe et arabité. De plus, leur appréciation du nationalisme arabe suppose qu’il est figé dans la pensée et imperméable au changement. Elles ignorent qu’il émane de la conscience des enfants de la nation arabe. D’autres élites pensent que les politiques suivies par les états et gouvernements se proclamant du nationalisme arabe comme étant l’incarnation de ce nationalisme. De ce fait, si ces politiques s’avèrent erronées il en résulte que le nationalisme arabe souffre d’erreurs fatales, ou bien est idéaliste et incompatible avec la réalité.
Nous pensons que la confusion est le fait de certains nationalistes arabes qui ont mal exprimé ou défini le nationalisme arabe. Ajoutons à cela la conduite erratique et la politique problématique de certains dirigeants ou responsables portant la bannière du nationalisme arabe ont contribué à cette confusion. Elles ont conduit à porter un jugement négatif sur son contenu. Aussi, nous pensons qu’il est de notre responsabilité d’apporter des éclaircissements relatifs à l’arabité et au nationalisme arabe, et de les différencier des politiques suivies sous cette bannière.

L’arabité est avant tout une identité. Elle n’est pas un programme politique ou même une orientation politique. Par contre, la défense de cette identité est l’objet du nationalisme arabe. Cette défense a amené les nationalistes à lutter pour l’indépendance des contrées arabes et à la libération de la terre occupée par le colon européen et sioniste, aussi bien qu’à lutter pour la fermeture des bases étrangères en terre arabe.
Elle vise également à consacrer l’unité de la nation divisée par l’occupant étranger et son aventure coloniale. Elle fustige la dépendance des élites arabes vis-à-vis des politiques du colonialisme, l’édification d’une société équitable et juste promouvant l’égalité des opportunités pour toutes les composantes de la société.

Le nationalisme arabe, un mouvement de libération

Le nationalisme arabe vise également à la libération des masses du joug de l’oppression politique, économique, et sociale.
Il promeut également la défense du patrimoine culturel face à l’invasion destructive de la pensée et culture provenant de l’Occident. En fait, le nationalisme arabe est en premier lieu un mouvement de libération, d’unité arabe en second lieu, et finalement une aspiration à la renaissance de la nation.

Cette ambition de vouloir réaliser des objectifs politiques, économiques, sociaux, et culturels en vue de préserver l’identité arabe est une réaction naturelle à toutes les tentatives ayant pour objectif d’étouffer cette identité arabe. Nous citons à ce propos, les dernières années du Sultanat Ottoman et ses politiques de turquisation des provinces arabes, ainsi que les politiques des puissances coloniales occupant ces provinces à la suite de la chute du sultanat ottoman. A la veille de la Seconde Guerre Mondiale, l’ensemble des contrées arabes étaient sous occupation européenne.
Ces tentatives d’occulter l’identité arabe s’effectuent sur quatre axes. Le premier axe est une attaque frontale la qualifiant de chauvine et de raciste. Le second axe est à travers le dénigrement en utilisant comme termes péjoratifs les dérivations étymologiques du mot «arabi» ou ‘arabe’ tel que ‘ourbane’, en l’association au comportement rétrograde de certains bédouins et tribus de la Péninsule Arabe. De plus, cette association avec les habitants de la Péninsule et du Golfe est devenue péjorative du fait du comportement outrancier de leurs dirigeants causé par la manne pétrolière. Le troisième axe est à travers le déni de la contribution arabe à la civilisation humaine en donnant la priorité aux contributions des civilisations avoisinantes telles que la civilisation persane, hindoue, chinoise, ou pharaonique, etc.

Le quatrième axe est plus récent où l’attaque contre l’arabité s’effectue par le refus de reconnaître son existence même.

Le discours occidental reconnaît l’identité ethnique es non -Arabes et ignore l’identité arabe

Le discours occidental des dernières années identifie les habitants du Levant arabe aussi bien que dans le Maghreb, comme un assemblage de communautés religieuses et ethnies diverses. Les irakiens ne sont que des ‘sunnites’, des ‘chiites’, de ‘kurdes’, de turkmènes.
On constate le double jeu occidental. On reconnaît l’identité ethnique des non-Arabes, et on ignore l’identité arabe du reste! Il en est de même en Syrie où il n’existe pas de ‘Syriens’, encore moins des Arabes, mais simplement des Sunnites, des Chiites, des Alaouites, des Chrétiens, des Druzes, mais aussi des ‘Kurdes’ et des ‘Turkmènes’! Au Maghreb, il n’y aurait que des Amazighes et des Africains du Nord! Tout cela pour justifier l’existence de l’entité sioniste comme un ‘état Juif’, c’est-à-dire que la religion est la base d’un état-nation.

Certains intellectuels arabes occidentalisés estiment que le problème principal du nationalisme arabe est l’occultation des ‘minorités’ ignorant que l’attaque se poursuit contre la ‘majorité’. Il est bien entendu que nous rejetons cette appréciation non fondée car notre définition de l’arabité n’ignore pas les minorités comme nous allons la discuter dans un paragraphe ultérieur. Mais nous avons jugé nécessaire auparavant de souligner la gravité de l’attaque contre l’identité arabe.

L’analyse linguistique du mot ‘identité’ en arabe ou hawiyya révèle que ce mot n’a pas d’étymologie arabe authentique. C’est un mot construit à partir du pronom houwa qui signifie ‘il’. En effet, il est difficile de trouver dans les textes classiques arabes le mot hawiyya signifiant identité. Le problème de l’Autre ne se posait pas comme en Occident. Certains chercheurs vont plus loin et estiment que le mot hawiyya est une introduction faite par les anciens traducteurs basée non sur le pronom houwa mais sur le mot conjonctif qui s’écrit et se prononce de la même façon que le pronom houwa. La fonction de ce mot serait de lier le porteur, c’est-à-dire le mot identificateur, avec son contenu. Par exemple, untel est un être humain, foulane houwa insane. En Occident, la racine du mot ‘identité’ suggère une égalité ou équivalence avec l’essence de ce qui est désigné.

Les éléments constitutifs de l’identité arabe sont multiples et sont porteurs des ajouts civilisationnels et culturels acquis à travers les siècles du fait de l’interface entre les peuples résultant de l’émigration et/ou des conquêtes. Mais ce qui distingue l’identité arabe et constitue en même temps son point d’orgue est la langue arabe. Il existe plusieurs études démontrant les liens entre l’identité et la langue non seulement chez les Arabes mais aussi pour l’ensemble de l’humanité, que nous ne citerons pas par manque d’espace dans cette note. Il nous suffit simplement d’observer et de réaffirmer le lien entre l’identité arabe et l’importance de la langue arabe comme incarnation et expression de cette identité.

A ce propos, nous avons jugé utile d’apporter une clarification sur l’étymologie arabe du mot «‘arab» qui définit l’identité.

La référence linguistique est tirée de l’encyclopédie lexicographique «Lissane el ‘Arab», littéralement ‘La Langue des Arabes’, du grand lexicographe du 13ème siècle Ibn Manzour. Ce dernier définit le mot ‘arab par celui qui connait son origine. Son contraire est «‘ajam» est celui qui ne connaît pas son origine. Par la suite, le mot «‘ajam» signifie ‘étranger’, et plus étroitement les non-Arabes et souvent les Perses.

Les dérivations du mot «arab».

Les dérivations du mot ‘arab sont significatives car elles dévoilent un faisceau d’informations sur le contenu du mot. En effet, un de ces dérivés est le mot ‘i’rab qui veut dire ‘analyse’.

Notons qu’un autre dérivé est le mot t’arib qui veut dire ‘trier’ qui implique nécessairement la distinction ou différenciation. Il en résulte que l’Arabe est celui qui connaît son origine du fait de sa capacité d’analyse, de triage, et donc de différenciation.
C’est un être de connaissance et de savoir! Nulle part il est fait référence à une origine ethnique, qui elle est sémite! Les particularités de la langue arabe, ses subtilités, voire son éloquence sont donc indissociables de l’identité.

Il faut donc insister que l’appartenance ethnique n’existe pas même si l’on relève que la ‘connaissance de son origine’ implique une reconnaissance du lien du sang. Cela ne veut pas dire qu’il faut occulter une première phase historique où les liens du sang avaient joué un rôle dans l’identification des appartenances. En contrepartie, les influences des changements et compositions démographiques, politiques, économiques, sociales, et culturelles ont significativement contribué à travers les âges, à la redéfinition des liens du sang au bénéfice de la langue, de l’histoire, du destin commun pour une définition inclusive de l’identité.

Les Sarasins

L’origine ethnique ou raciale des Arabes est souvent associée dans les anciens textes occidentaux au mot ‘Sarasin’. L’attribution raciale est un ‘apport’ occidental.

En effet, l’étymologie du mot ‘sarasin’ provient du grec ‘sarakounos’, c’est-à-dire les descendants d’Abraham non issus de Sarah, allusion à peine voilée de l’origine ‘inférieure’ (ou même bâtarde!) d’Ismaël hors du mariage officiel.

Les descendants d’Ismaël, le fils de la servante d’Abraham et de Sarah, Hajar, ‘mère des Arabes’ est le père légendaire des Arabes, un bâtard! Là encore, la question de l’Autre est une production occidentale où les identités partielles ont été inventées pour semer la sédition au sein des sociétés de notre patrie arabe tout en dénigrant l’origine des Arabes.

De plus, l’introduction des identités partielles a été voulue comme ‘introduction à la modernité’, d’après le chercheur Sari Makdissi.
Par contre, selon Georges Corm, la création du problème de l’Autre a été voulue pour justifier toutes les aventures coloniales où l’Autre, ‘inférieur’, devait être introduit à la ‘civilisation’. D’où le slogan trompeur de ‘mission civilisatrice’ pour la France colonisatrice, ou bien ‘le fardeau de l’homme blanc’ pour la Grande Bretagne, et plus récemment, ‘le destin manifeste’ pour l’entreprise impériale américaine! L’étude de l’Autre pour les besoins de l’entreprise coloniale aurait enfanté l’anthropologie où les ‘autres peuples’ seraient étudié avec le détachement qu’il se doit dans l’entomologie ou dans la zoologie. La perception de l’Autre est essentiellement condescendante et totalement différente de celle que l’on trouve dans le Coran (sourate 49, verset 13, les Chambres) lequel reconnaît la diversité des hommes et où le respect des Autres. Nous soulignons que le respect est demandé aux croyants, et non la tolérance, condescendante en soi, comme certains apologistes le suggèrent.

Si l’arabité est une identité, une identité inclusive, et si les Arabes n’appartiennent pas à une race déterminée, et si la dimension ethnique ou raciale est une importation occidentale, et si les composantes de l’identité sont l’interface avec les civilisations avoisinantes, et si les groupes constituants des sociétés arabes croient dans leur histoire commune et destin commun, qui est donc le porteur de l’arabité au 21ème siècle?

Le porteur de l’arabité, en ce qui nous concerne et ceux qui partagent notre point de vue, est celui ou celle qui s’exprime dans la langue arabe et qui croit au projet de renaissance arabe. Ce projet est le fruit d’une réflexion qui a duré plus de vingt ans à laquelle ont participé des intellectuels arabes de tout bord. De plus, ce projet est l’objet du discours politique de la Conférence Nationale Arabe depuis sa fondation en 1990 et a été finalement publié par le Centre des Études de l’Unité Arabe en 2010.

Ce projet promeut une renaissance de la Nation Arabe ou Oumma ‘Arabiya, à travers la réalisation des objectifs suivant: l’indépendance nationale, l’unité arabe, l’établissement d’une société de suffisance, d’équité, et d’égalité des opportunités. Il a également pour objectif l’instauration d’une épistémologie arabe à travers un système de connaissances arabe qui permet l’appréhension des problèmes politiques, économiques, sociaux, et culturels de la Patrie Arabe ou Watan ‘Arabi.

Cette épistémologie serait issue de la réalité arabe et non des perceptions importées. Donc la nature de l’arabité est inclusive et non exclusive car elle est fondée sur des réalités objectives résultant des interactions de l’Histoire et issue de la conscience collective arabe.

De la problématique de la relation entre Arabité et Islam

Un autre élément contribuant à la confusion relative à l’arabité est la relation de cette dernière avec l’Islam. Pour nous, la relation est simple: l’arabité est une identité et l’Islam est son esprit du fait que la grande majorité des Arabes est musulmane.

L’Islam en général et le Coran en particulier nécessitent la connaissance de la langue arabe. De ce fait, on comprend l’Islam à travers l’arabité et à travers l’Islam on découvre l’arabité. En ce qui nous concerne, et du fait de notre lecture personnelle du Coran, l’Islam dans sa large enveloppe signifie la croyance en un dieu unique (Allah ou Dieu), dans ses livres (Torah, Évangile, Coran), ses Envoyés et sans distinctions entre eux, telle que l’explicite le verset 285 de la sourate 2 La Vache. Nous considérons que le judaïsme et le christianisme sont des factions de l’Islam dans son sens le plus large du moment que Dieu est Un, qu’Il est Omnipotent, même si les rites cultuels diffèrent.

Cette clarification est importante car elle nous aide à comprendre que l’arabité est une identité inclusive de toutes les composantes de la nation ou Oumma, et cela malgré les tentatives de certains à vouloir créer la dissension à travers des interprétations erronées d’après nous.

Il nous semble utile de reproduire un extrait d’un texte, historique et d’une grande profondeur, écrit en 1942 par l’un des deux fondateurs du Parti Baath Michel Aflak intitulé «En souvenir du Messager Arabe», c’est-à-dire le Prophète Mohammad. Ce texte souligne la relation entre l’arabité et l’Islam. Nous reproduisons quelques phrases de ce magnifique texte qui illustre ce que nous avons développé plus haut.
Aflak souligne que «l’action de l’Islam est un symbole éternel reflétant fidèlement l’esprit arabe, son potentiel énorme, son authentique orientation qui rend cette action porteuse d’un renouvellement dans son esprit plutôt que dans sa forme et sa lettre.

L’Islam est le choc vital qui provoque le mouvement de toutes les forces de la Nation (Oumma). Il mobilise une vie chaleureuse qui emporte les obstacles et les empêchements de réforme, tout en rappelant son lien avec le sens profond de l’Univers. L’admiration et l’engouement qui en résultent créent des concepts et des actes glorieux. Ce sentiment d’extase rend difficile un retour aux limites de son essence, et de ce fait déborde vers d’autres nations tant dans la pensée que dans l’action et devient global. Les Arabes ont connu à partir de cette expérience morale indomptable la capacité de résister à leur sort et à se dépasser pour atteindre une union supérieure. Ils se sont soumis à l’épreuve pour découvre ce qui peut la renforcer».

Aflak ajoute: «cette expérience n’est pas un événement historique que l’on invoque à l’occasion pour des besoins de fierté, mais une disposition permanente dans la Nation Arabe, si l’Islam est compris comme il le faudrait, pour qu’à chaque fois que la matière prend le dessus sur l’esprit, ou la forme sur le fond, cette nation se divise en elle-même pour atteindre l’union supérieure et la saine cohérence.
Cette expérience renforce sa conduite morale chaque fois qu’elle s’assoupit, et approfondit son esprit chaque fois qu’il s’aplatit. Elle se répète à travers l’épopée héroïque de l’Islam dans toutes les phases du prosélytisme, de la persécution du Prophète, de son émigration, de ses guerres, de ses succès et de ses échec, jusqu’au triomphe final de la foi et du droit». Nous conseillons vivement ceux qui s’interrogent sur la relation entre l’Islam et l’arabité de lire ou de relire le texte «En souvenir du Messager Arabe».

De l’arabité et du nationalisme arabe

Le parcours de l’arabité est concomitant à celui du nationalisme arabe. Ce dernier a bien évolué durant le siècle dernier. Au départ, le nationalisme arabe est un mouvement de résistance à la turquisation des provinces arabes du sultanat Ottoman. Entre les deux guerres et jusqu’en 1970 il se transforme en un mouvement de libération contre l’occupant européen, britannique, français, italien, ou même espagnol.
L’Europe dans son entreprise coloniale au 19ème siècle s’était adjugé des provinces arabes dans le Levant qu’en Afrique du Nord. Elle a continué après la Première Guerre Mondiale. De ce fait, le caractère du nationalisme devient militant et appelle à la libération.

Durant les décennies 1950-1960, il appelle à l’unité arabe face à l’impérialisme et au sionisme qu’il rejette comme une implantation coloniale au sein de la patrie arabe. De plus, il appelle à une révolte contre l’ordre colonial hérité et la dépendance économique vis-à-vis des anciennes métropoles coloniales puis de l’Amérique. Au fur des années, il développe une vision économique et sociale progressiste attachée à l’émancipation de l’homme et de la femme. La teneur laïque de son discours émeut les forces réactionnaires parrainées par les pétromonarchies.
La disparition de Nasser en 1970 porte un coup d’arrêt à l’avancée du nationalisme arabe. La contre-révolution est amorcée par Sadate qui sonne le glas (provisoire) du panarabisme.
Durant les années 80 s’effectue une révision fondamentale de la pensée nationaliste arabe sous l’égide du Centre des Etudes pour l’Unité Arabe, et à travers la création de la Conférence Nationale Arabe.

L’arabité, définie comme une identité, sert de ralliement à toutes les composantes de la société arabe. Est considéré comme ‘arabiste’ ou ‘ouroubi toute personne qui adhère au Projet de Renaissance Arabe ou Al Mashrou’ Al Nahdaoui Al ‘Arabi.
Il ressort de tout cela que le nationalisme arabe a été, et l’est toujours, un mouvement de libération au niveau politique, économique, social, et culturel. Parmi les constantes de son programme politique la quête de l’unité arabe, l’opposition à l’entité sioniste, et la réalisation de tous les droits palestiniens spoliés par le Mandat Britannique et l’occupation sioniste.

Sans vouloir entrer dans les particularités des politiques suivies par les gouvernements arabes se proclamant du nationalisme arabe, et cela par manque d’espace dans cette intervention, il nous suffit de souligner que les échecs de ces gouvernements sont liés aux luttes intestines pour le pouvoir, par les jalousies personnelles des dirigeants, et l’éloignement voulu des objectifs d’union et de libération de la Palestine. Ces gouvernements ont pratiqué la politique d’exclusion de tous ceux qui contredisaient les factions régnantes.
Ce recul du nationalisme arabe amorcé avec l’arrivée au pouvoir de Sadat a été accéléré avec les moyens financiers considérables des pétromonarchies bénéficiant de la montée soudaine des prix du pétrole au lendemain de la disparition de Nasser.

Ces moyens financiers ont servi de support au développement d’un discours d’exclusion propagé à partir des mosquées soi-disant luttant contre ‘l’athéisme’ du mouvement de libération arabe. Ce discours a trouvé son apogée dans la justification de l’envahissement et occupation de l’Irak par la coalition menée par les États Unis. Le résultat a été la destruction de l’Irak suivie quelques années plus tard par la destruction de la Libye, du Yémen, de la Syrie, de Bahreïn et des menaces planant sur l’Égypte post révolutionnaire, sur le Liban, et sur l’Algérie.

La destruction de ces contrées arabes et le discours d’exclusion que l’a soutenu, ont provoqué une réaction à l’absurdité de l’exclusion et aux projets obscurantistes que promeuvent les avocats du fanatisme religieux, de ses excès de comportements, et de la sauvagerie qui les caractérisent. De plus ces mouvements sont liés aux agendas des services de renseignements occidentaux et sionistes. C’est pour cela que nous assistons à un réveil rétablissant le discours arabiste qui rassemble et qui n’exclut personne ainsi qu’un appel à la réalisation du Projet de Renaissance Arabe.

Les six objectifs de l’arabité

Car l’arabité est axée sur ce projet dans ses six objectifs: l’unité face à la division, la participation populaire face à la dictature, l’indépendance nationale face à la dépendance vis-à-vis de l’étranger, le développement face au sous-développement et l’ignorance, la justice sociale pour toutes les composantes de la société face aux inégalités causées par les aberrations de l’économie du marché, et finalement le renouvellement civilisationnel face à l’aliénation occidentale et l’emprise du passé.

De ce fait, l’arabiste est celui qui porte en lui tous les soucis des enfants de la nation ou Oumma et s’estime responsable de toutes ses composantes. L’arabiste veille à préserver la diversité de ces composantes, ce qui le distingue radicalement de ceux qui prêchent la primauté d’une ethnie, d’une confession, d’une secte, ou d’une idéologie. La culture de l’arabité est une culture de dialogue à l’opposé du discours d’exclusion comme l’a souligné un éminent arabiste tel que Maan Bashour.

Ainsi, il n’y a aucune place pour la discrimination ou le racisme. Le problème des minorités non-arabes se trouve résolu par ce concept d’arabité qui rejoint le concept de citoyenneté. En fait, l’arabité est la version arabe de la citoyenneté.

L’arabité reconnaît les spécificités de ces minorités et appelle à l’intégration avec la majorité arabe tout en veillant sur la sécurité nationale de toutes les composantes arabes et non-arabes, et cela face aux desseins de l’impérialisme, du sionisme, ou de toute autre origine.
Les nationalités partielles telles que le nationalisme syrien ou libanais ou kurde ne sont pas contradictoires avec l’arabité mais sont intégrées en elle. Ainsi, la Conférence Nationale Arabe est un cadre particulièrement approprié pour regrouper tous les arabistes de toute origine pour l’interface et le dialogue. La diversité est la caractéristique de la culture de la Conférence Nationale Arabe, qui reflète l’humeur dominante dans la Nation.

50 ans après la débâcle arabe de 1967 : Les Palestiniens toujours sans un État viable


Par Chems Eddine Chitour

mondialisation.ca

«Après 70 ans d’excavations et de fouilles extensives sur la terre d’Israël, les archéologues ont trouvé que les actions du patriarque sont des histoires de légende; nous n’avons pas séjourné en Egypte, ni fait un exode, nous n’avons pas conquis la terre. Il n’y a pas non plus de mention de l’empire de David et de Salomon. Ceux qui s’y intéressent savent tout cela depuis des années, mais Israël est un peuple têtu et ne veut pas en entendre parler.» Professeur Ze’ev Herzog, Département d’Archéologie et d’Études anciennes du Moyen-Orient. (Ha’aretz Magazine, 29 octobre 1999)

«La thèse selon laquelle le génocide était suspendu sur nos têtes en juin 1967, et qu´Israël combattait pour son existence physique, n´était qu´un bluff.»  Général israélien Matityahou Peled

Ces déclarations décrivent la situation réelle . La vision biblique du grand Israël ne résiste pas à la réalité à la pertinence des faits, à moins de faire de l’archéologie biblique. De plus Israël n’a jamais été menacé, le mythe de David contre Goliath a permis à Israël de démolir les Arabes avec l’assentiment et la complicité de l’Occident coupable d’une faute éternelle: le massacre des juifs par Hitler. Ils dédouanent en promettant à Israël l’impunité. Israël n’a respecté aucune de la quarantaine de résolutions des Nations unies, elle s’assume Etat d’apartheid et fait disparaître progressivement les territoires palestiniens accordés lors de la résolution du 22 novembre 1967.

Bref rappel des rodomontades des armées arabes le 5 juin 1967

 La Guerre des Six-Jours (en hébreu: Milkhemet Sheshet HaYamim,) que l´on peut traduire par «l´épopée des six jours» en arabe (Melhamet Sitet Ayam) est une guerre déclenchée par Israël qui annihila les armées des pays arabes qui, dès les premières heures, n´avaient plus d´aviation. Qualifiée de guerre des «Six-Jours» pour bien montrer la supériorité écrasante d´Israël face à tous les pays arabes réunis, c´est la troisième entre Israël et ses voisins. Cette agression israélienne entraîne, en outre, une profonde modification des frontières: avec l´occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, de Ghaza, du Golan et du Sinaï, l´État juif quadruple la superficie de son territoire. Dès le 5 juin au matin, une attaque fulgurante: une fois l´aviation arabe anéantie (en une matinée), les troupes israéliennes s´emparent, en six jours, du Sinaï égyptien, de la Cisjordanie jordanienne et -au prix d´un refus, deux jours durant, du cessez-le-feu décrété par l´ONU et accepté par les belligérants arabes- du plateau syrien du Golan. 

Le Mossad a écouté les préparatifs des États arabes pour la guerre des Six-Jours

Il est utile de rappeler que les dirigeants arabes n’ont jamais été unis. On rapporte que le roi Hussein de Jordanie avait averti Golda Meir la veille de l’attaque. Mieux, les dirigeants arabes s’était réunis au Maroc et des informations révélées bien plus tard nous apprennent que leurs entretiens étaient intégralement transmis à Israël. Nous lisons ces deux articles parus dans des journaux israéliens:

 «Le roi Hassan II du Maroc, qui n’a pas fait confiance à ses invités de la Ligue arabe, a enregistré secrètement les discussions lors d’un sommet de 1965. Le Mossad a pu accéder aux enregistrements secrets d’une conférence que les Nations arabes ont préparée pour un conflit possible avec Israël, aidant de manière significative les FDI à se préparer à ce qui s’est transformé en guerre des Six-Jours, ancien chef du renseignement militaire, Le général maj Shlomo Gazit a révélé à Yedioth Ahronoth, que les dirigeants du Monde arabe à l’époque, avec leurs commandants militaires et les chefs de leurs services de renseignement, se sont réunis dans un hôtel de luxe à Casablanca, au Maroc, en septembre 1965 pour discuter d’une question principale: la préparation de la guerre contre Israël. Leurs commandants militaires ont présenté une pléthore d’informations en parlant ouvertement et avec une franchise relative sur les capacités des militaires sous leur commandement.»(1)

«C’était le roi Hassan II du Maroc, qui n’avait pas vraiment confiance en ses invités, qui a permis au Mossad de suivre de près la conférence. Une équipe de l’unité «Oiseaux» (tziporim en hébreu)??- une équipe conjointe dirigée par Peter Zvi Malkin et Rafi Eitan, composée du Shin Bet, du service de sécurité interne d’Israël et du Mossad – est arrivée à Casablanca, Un jour avant le début de la conférence, le roi Hassan a ordonné aux agents du Mossad de quitter l’hôtel parce qu’il craignait que les invités arabes ne les remarquent. «Mais immédiatement après la fin de la conférence, (les Marocains) nous ont donné toutes les informations requises, et ne nous ont rien refusé», raconte Rafi Eitan. Dans un mémo à l’époque du Premier ministre Levi Eshkol, le chef du Mossad à l’époque, Meir Amit, a qualifié l’opération de «l’une des gloires de l’intelligence israélienne». Israël a préparé pour la guerre de six Jours en fonction de la grande quantité d’informations produites à partir de ces enregistrements, et les commandants des FDI étaient confiants de pouvoir gagner.» (1) (2)

La suite: un calvaire des Palestiniens au quotidien

 À partir du début de l´année 1969, de nouveaux combats eurent lieu entre l´Égypte et Israël le long du Canal de Suez. Cette guerre d´usure constitua une transition avant la Guerre du Ramadhan en 1973. Malgré toutes les résolutions votées, Israël ne voulut jamais se retirer des territoires. L´Occident tétanisé par sa dette envers le peuple juif ne fit rien. Pour Abba Eban «Les frontières d´Israël sont celles de l´holocauste». C´est au nom d´une prétendue -et illusoire- sécurité, que les gouvernements israéliens successifs ont refusé d´appliquer les résolutions de l´ONU leur intimant l´ordre de revenir aux frontières de 1967 -dite la «ligne verte»-, et en particulier de rendre à la Syrie les hauteurs du Golan. En réalité, la politique des «faits accomplis», guidée par la volonté connue de conquête territoriale d´Israël (a surtout pour objectif de mettre la main sur 90% des ressources en eau de la région, ce qui devrait être effectif quand le Mur sera terminé. Pour rappel, la politique des petits pas de Henri Kissinger, sioniste devant l´Eternel, acheva de tuer dans l´oeuf toute velléité d´un équilibre au Moyen-Orient. Les négociations du kilomètre 101 furent en fait une reddition en rase campagne de Sadate qui fut concrétisée par le discours de Sadate, à la Knesset, il le paya de sa vie.

 L’avènement de Moubarak enfonça définitivement la cause légitime de la Palestine. Il alla même jusqu’à construire un mur souterrain pour empêcher les Palestiniens de Gaza de rentrer en Egypte. Quant à Arafat, on sait que, tour à tour, il fut attaqué par les Légions bédouines de Hussein de Jordanie en septembre 1970, ce fut ensuite la sortie du Liban en 1982 et l´exil en Tunisie, en Algérie et ailleurs. Sharon n´hésita pas à emprisonner Arafat dans la Mouqata en pointant ses canons sur son bureau devant l´indifférence générale des donneurs de leçons en Occident. Depuis Oslo en 1993 jusqu´à Camp David, aucun gouvernement israélien n´a pu ou n´a voulu arriver à une vraie solution démocratique de la question palestinienne. Sept ans de négociations ont été, chaque fois, frustrés par l´opposition de la droite en Israël.

Israël est, par définition, une colonie européenne

Pour Aaron Tordjamn Israël est, par définition, une colonie européenne. Il bat en brèche la théorie divine du peuple élu et affirme que les Israéliens provenant de différentes diasporas n’ont aucun droit: Comment se fait-il écrit-il que la Palestine, partie intégrante du Moyen-Orient, et morceau de terre habité depuis l’Antiquité par une population orientale ayant adopté, depuis plus d’un millénaire, la culture et la langue arabe, à l’instar de la Syrie, de l’Égypte ou de l’Algérie, soit, en une centaine d’années, devenue un État peuplé de migrants venus du monde entier? On s’interrogera également pour comprendre comment la population originelle de la Palestine est dispersée dans des camps de réfugiés, une partie étant soumise à un pouvoir militaire d’occupation, et une minorité d’entre -elle, seulement, disposant de la citoyenneté dans le nouvel État d’immigrés, qui se considère comme faisant partie de l’Occident » (3)

 « Les réponses à ces interrogations se situent dans un contexte en dehors duquel le conflit entre le sionisme et le monde arabe demeure incompréhensible; à savoir: le colonialisme (…) La Grande-Bretagne n’avait pas le droit d’assurer en Palestine un «foyer national» aux Juifs d’Europe, pas plus que les États-Unis ont le droit de garantir un «foyer national» aux Mormons de l’Utah en Afghanistan, ou que le chef d’une tribu d’Afrique aurait le droit d’assurer aux Yézidis d’Irak un «foyer national» en Angleterre. Le sens de la déclaration Balfour correspondait donc bien, à un engagement d’implantation coloniale au coeur du Moyen-Orient, à l’instar de l’Amérique du Nord, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, etc. C’est ainsi qu’a été ouverte la voie au dernier conflit colonial dans le monde: conflit qui perdure encore aujourd’hui entre une population d’immigrants s’appuyant sur la force armée, et une population autochtone subissant la dépossession.» (3)

«Mais revenons à 1948, et à la question: «Que s’est-il véritablement passé?». Si l’on prend en considération le contexte colonial: les États arabes sont venus en aide aux habitants autochtones de la Palestine, soumis depuis six mois aux attaques et à un nettoyage ethnique de la part des colons sionistes (quiconque conteste cette expression doit s’interroger: en quel endroit du monde a-t-on autorisé des milices et des institutions étatiques séparées?). » (3)

 « En mai 1948, on comptait déjà un quart de million de réfugiés palestiniens, et de grandes villes comme Jaffa et Haïfa avaient subi un nettoyage ethnique de leur population palestinienne, effectué par les milices sionistes. La conquête de la Palestine battait son plein. Les États arabes ont finalement échoué pour plusieurs raisons, dont leur infériorité militaire, numérique et en matière d’organisation. 78% du territoire de la Palestine du Mandat se sont retrouvés sous l’occupation coloniale des immigrés, après que près de 80% de ses habitants autochtones aient été victimes d’un nettoyage ethnique. La conquête sioniste a été parachevée en 1967.» (3)

Qu’elle est la perception réelle des Palestiniens par les dirigeants israéliens ?

 On a l’habitude de faire croire qu’en Israël il y a les faucons ( les durs) qui ont une vision biblique intégrale de la destinée d’Israël et dit on aussi les colombes qui eux ont une vision plus réaliste de l’existence du peuples qu’ils ont spolié et à qui il faut bien donner quelque chose. Dans tous les cas à des degrés divers les responsables et militaires israéliens  ont laissé des déclarations qui valent plus que mille discours sur la perception qu’ils ont des Palestiniens. Les déclarations suivantes sourcées donnent un aperçu de la profondeur du fossé qui sépare le ressenti de ces responsables vis-à-vis de la dignité humaine. Quelques florilèges des dirigeants et des généraux de Tsahal « l’armée la plus morale du monde » qui utilise les mêmes techniques que celles du troisième Reich à l’endroit des Juifs :

«  Si j’étais un leader Arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C’est normal ; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l’a promise, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre dieu n’est pas le leur.  Il y a eu l’antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était ce leur faute ? Ils ne voient qu’une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient t-ils accepter cela ? » (David Ben-Gourion, cité par Nahum Goldmann dans « le Paradoxe Juif », page 121…)

« Ne nous cachons pas la vérité…. Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. Derrière le terrorisme (des Arabes) il y a un mouvement qui bien que primitif n’est pas dénué d’idéalisme et d’auto-sacrifice. » (David Ben-Gourion, discours de 1938, cité dans « Le Triangle Fatidique » de Chomsky, page 91, et dans « Le Sionisme et les Palestiniens », de Simha Flapan, page 141).

« Nous devons tout faire pour nous assurer que les Palestiniens ne reviendront jamais, les vieux mourront et les jeunes oublieront. » (David Ben-Gourion dans ses Mémoires, page 157)

« Des villages juifs furent construits à la place des villages arabes. (…) Il n’y a pas un seul endroit construit dans ce pays qui n’ait pas eu une ancienne population arabe. » (Moshe Dayan, ministre de la Guerre, adressé à The Technion Haifa, rapporté par Ha’aretz, 4 avril 1969).

« C’est le devoir des leaders israéliens d’expliquer à l’opinion publique clairement et courageusement, un certain nombre de faits qui ont été oubliés avec le temps. Le premier est qu’il n’y a pas de sionisme, de colonisation, d’État Juif sans l’éviction des Arabes et l’expropriation de leurs terres. » (Yoram Bar Porath, Yediot Aharonot, 14 juillet 1972).

« Nous marchions dehors, Ben-Gourion nous accompagnant. Allon répéta cette question, qu’est-ce qu’on doit faire de la population palestinienne ? Ben-Gourion agita sa main dans un geste qui voulait dire : “Conduisez-les en dehors” ! » (Mémoires de Rabin, publié dans le New York Times, 23 octobre 1979).

« Les Palestiniens sont comme des bêtes marchant sur deux pattes. » (Menahim Begin, discours à la Knesset, cité dans le New Statesman du 25 juin 1982).

« Lorsque nous aurons colonisé le pays, tout ce que les Arabes seront capables de faire, sera de détaler tout autour comme des cafards drogués dans une bouteille. » (Rafael Eitan, chef d’état-major israélien, dans le New York Times du 14 avril 1983).

Notons toutefois qu’Yitzhak Rabin, général une fois premier ministre a compris qu’il fallait régler le problème palestinien. Il laissa une phrase célèbre : « La Bible n’est pas un cadastre » explicitant par cela qu’il y a un peuple palestinien qui a droit lui aussi à vivre en paix sur sa terre. Ce fut les fameux accords d’Oslo de 1993 qui à la longue s’avèrent être sans lendemain. Deux ans plus tard Rabin fut assassiné. La paix qui semblait à portée de main s’est éloignée et ce n’est pas avec le premier ministre actuel qu’elle se fera, lui qui parle de la nécessité de coloniser à outrance. Il y a plus de 500000 colons en Cis Jordanie et Jérusalem est judaïsé d’une façon inexorable notamment par les colonisations qui font que toutes les bonnes terres sont occupées, et même que des fouilles entreprises sous la Mosquée d’El Aqsa pour retrouver les fondations du temple fragilisent cette mosquée risquant éboulement ce qui va naturellement amener à des regains de violence qui seront vite contenus. –

Les potentats arabes amis d’Israël enterrent la cause palestinienne

 Cinquante ans après la défaite de 1967 les potentats arabes n’ont tiré aucune leçon de leur gabegie. Des Etats nations arabes sont en train de disparaître après la pendaison de Saddam, le lynchage de Kaddafi et le dépeçage de la Syrie de Alyan el Kourdi le bébé migrant mort d’une façon tragique par noyade, il reste des dirigeants tortionnaires avec leur peuple, mais serviles avec les maîtres qui les adoubent. Nous voyons les Etats arabes s’effriter avec des potentats qui se vassalisent au plus offrant. Le cas le plus scandaleux puisque c’est de lui que viennent les maux actuels du terrorisme, est celui des dirigeants saoudiens qui se liguent avec Israël contre d’autres musulmans (syriens, libanais, iraniens)

Michel Raimbaud ancien ambassadeur français décrit la rencontre du maître et du vassal qui renforce la «banalisation d’Israël» au Moyen-Orient et diabolise l’Iran:

« Donald Trump est fidèle à un principe: America first. Ce principe de «l’Amérique d’abord» a été scrupuleusement respecté. Son discours a globalement été de dire: «On veut bien faire tout ce que vous voulez, mais au prix fort et c’est à vous de payer.» «Le Moyen-Orient n’est pas notre affaire, la lutte contre le terrorisme là-bas pas spécialement non plus. De notre côté, nous sommes prêts à vous fournir les armes nécessaires» – au prix fort. D’où les contrats mirifiques qui ont été conclus entre Riyadh et Washington. Il est vrai que tous les autres pays ont de quoi cauchemarder, à défaut de pouvoir rêver. (..) le grand bénéficiaire de tous ces sommets – en dehors des Etats-Unis – est Israël, sans conteste. C’est le grand gagnant car sa position est ainsi banalisée.» (4)

 « On voit se poursuivre le mouvement de normalisation et de banalisation des relations entre Israël et les pays arabes de la région, à commencer par les monarchies. Les Saoudiens et d’autres monarchies du Golfe ont d’ailleurs de moins en moins de complexes à dire que l’ennemi numéro un est devenu l’Iran – qui n’a jamais agressé un seul pays arabe – et non plus Israël (…) J’étais frappé de voir l’accueil qui a été réservé à Donald Trump par les autorités saoudiennes. C’était démentiel, obséquieux, d’une flagornerie et d’un sens de la flatterie grotesque. Je trouve cela humiliant pour un pays de recevoir avec autant de fastes un autre chef d’Etat. On dit qu’environ 550 milliards de dollars ont été engagés – avec des échéances de paiement diverses. Il y a eu environ 400 milliards sous forme de contrats commerciaux, et entre 110 et 150 milliards d’armements. C’est tout bonnement absurde. Les Saoudiens sont déjà bardés d’armements alors même qu’ils n’ont gagné aucune guerre, même pas au Yémen. Le pays le plus pauvre du Monde arabe a été totalement détruit par les soins de la riche Arabie saoudite. Ces dirigeants saoudiens sont sans vergogne.» (4)

Une insoutenable européanisation du chantage à l’antisémitisme

Pour couronner le tout, Israël tétanise le monde occidental en les obligeant à voter des lois contre l’antisémitisme étant entendu qu’elle le monopole du mot sémite qu’elle partage   en réalité avec les Arabes ; C’est donc devenu au fil des ans une marque déposée. Dans la majorité des pays européens il est possible d’être taxé d’antisémite et d’être jugé et condamné. Naturellement la frontière entre l’antisémitisme et la politique israélienne est de plus en plus floue. On va même plus loin il y a un glissement sémantique entre antisémite et antisioniste depuis qu’un premier ministre français lié d’une façon éternelle à Israël, a banalisé et a martelé qu’être antisioniste c’est être antisémite. Cet amalgame est naturellement inexact.

 Israël a réussi à faire voter une résolution par le Parlement européen à une très large majorité, le jeudi 1er juin, une nouvelle résolution sur l’antisémitisme . La réaction de l’Organisation antisioniste UJFP a été vive pour dénoncer cela : «Il va sans dire que nous déplorons, une fois encore, la singularisation de l’antisémitisme vis-à-vis des autres formes de racisme. D’elles pas un mot, alors que, par exemple, l’islamophobie sévit partout en Europe et que la romophobie tue. Mais il y a plus grave. A y regarder de plus près, ce n’est pas tant d’antisémitisme que de limitation de la liberté de parole et de criminalisation de la critique d’Israël qu’il s’agit ». (5)

 « La résolution, fait sienne les critères proposés par la très sioniste Alliance internationale de la mémoire de l’holocauste (International Holocaust Remembrance Alliance, IHRA) pour définir l’antisémitisme. «Nier au peuple juif (sic) le droit à l’autodétermination, en prétendant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est une entreprise raciste» relèverait de l’antisémitisme. (…) En France aussi, la petite musique qui amalgame insidieusement la moindre critique d’Israël et/ou du sionisme à de l’antisémitisme bat son plein. Pas besoin de la définition de l’IHRA pour cela! Et pourtant, si le vote de cette résolution au Parlement européen n’a aucune valeur juridique contraignante, il contribue à renforcer ce climat nauséabond où la parole critique à l’encontre d’Israël est bâillonnée et criminalisée.(…) Il faut rappeler qu’il n’y a pas de politique d’Etat antisémite en Europe, et que ce vote vise clairement à empêcher non pas l’antisémitisme réel mais la critique politique légitime d’un État, de sa politique et de son régime. Le vote de cette résolution nous rappelle, qu’ici comme en Europe, le droit à la critique d’Israël fait partie de la liberté d’expression politique en général – un acquis aussi précieux que fragile qu’il nous faut défendre à tout prix.» (5)

Conclusion

Cinquante ans après, les Palestiniens sont plus misérables que jamais. Israël a tout verrouillé , il est pratiquement interdit de critiquer Israël et ceux qui l’on fat fait en en payé le prix Les dirigeants israéliens ne veulent pas de la paix avec les Palestiniens. Ils s´accrochent à une vision biblique du grand Israël. Rappelons le mépris d’Israël. Il y eut 37 résolutions et nous allons citer les plus significatives. Cela a commencé avec la résolution 181 du 29 novembre 1947. On aurait cru que la résolution de décembre 2016 suite au non-véto américain aurait du être un tournant donnant un coup d’arrêt à l’hubris israélien. Il n’en n’est rien!

 L’Administration Trump a choisi son camp: Il est vrai que les Arabes ne représentent plus rien en termes d’influence sur les affaires du monde. Les Etats arabes plus atomisés que jamais et le Moyen-Orient tend à disparaître sous son ancienne architecture sous les coups de boutoir insidieux, lancinants, mais efficaces des dirigeants israéliens qui ont réussi à introduire durablement la fitna au sein des Arabes.  Les civilisations   syriennes et irakiennes qui ont vue l’enfance de l’humanité, qui sont le berceau des religions sont menacées de disparition. Dans ce chaos moyen-oriental seul Israël émerge et est arrivé à briser les alliances voire l’unanimisme certes de façade, autour de la cause palestinienne. Israël aide l’Arabise Saoudite à démolir la Syrie, l’Irak , Bahreïn …

Après la mort de Arafat le 11 novembre 2004 , Mahmoud Abbas « désigné » par les pays occidentaux comme interlocuteur conciliant des Israéliens remportent les élections. Il est toujours au pouvoir depuis. De plus le jeu trouble de Mahmoud Abbas qui est intronisé par les Occidentaux sur le bantoustan qui est laissé aux Palestiniens est devenu par la force des choses un allié d’Israël qui l’aide indirectement à garde le pouvoir . Un espoir peut être est l’émergence d’un dirigeant palestinien Marouane Berghouti qui est en prison depuis 2001 qui a soutenu en leurs temps les accords d’Oslo mais qui par la suite a été l’un des dirigeants de la colère des Palestiniens ( lors des deux intifadas) Aux dernières nouvelles il a déclencher une grève de la faim pour l’amélioration des conditions de détention…

Enfin ; le silence assourdissant des grands de ce monde est lié à une faute originelle commise à l’endroit des Juifs, fait que ce sont les Palestiniens qui payent cette faute qu’ils n’ont pas commise et qu’ils expient depuis un siècle depuis que Lord Balfour s’est permit au nom de sa majesté, de promettre une Terre pour la seconde fois après Dieu à des Juifs en diaspora qui ,au fil des ans ont réussi à chasser de leur terre les natifs de la Palestine. Ainsi va le Monde.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

Notes

1.Ronen Bergman http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4866702,00.html 15.10.16

2.http://www.timesofisrael.com/morocco-tipped-off-israeli-intelligence-helped-israel-win-six-day war/?

3.Aaron Tordjman Haaretz le 27 février 2017. http://www.ujfp.org/spip.php?article5453

4.https://francais.rt.com/opinions/38907-donald-trump-dirigeants-saoudiens-flirtent-avec-guerre-grande-legerete.

5.http://www.ujfp.org/spip.php?article5669

 Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur chitour/268423-les-palestiniens-toujours-sans-etat.html