Le brasier de la haine


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par Israël Shamir

 

L’ Eglise en proie aux flammes

https://static.timesofisrael.com/fr/uploads/2012/10/F100926YZ02.jpgShlomo Aviner

Les rabbins ne regrettent nullement le désastre parisien. « C’est le châtiment divin pour avoir brûlé le Talmud », vaticine un rabbin très en vue, celui de Bethel, Shlomo Aviner, au sujet de Notre-Dame en feu. En 1242, les Français avaient fait des recherches dans le Talmud, établi que le codex contient des volumes entiers d’appels à la haine, et ils ont fini par envoyer au bûcher 1200 échantillons du codex dans le square de la cathédrale Notre-Dame fraîchement édifiée. « Le temps du châtiment est venu », entonne dramatiquement ce rabbin. Pas si vite, rabbin! Si nous devons mettre en relation les deux évènements – l’incinération du Talmud et la récente destruction de l’église- ce qui est en cause, dans l’histoire, c’est que jadis la France avait un système immunitaire solide et viril. La destruction médiévale de ce livre funeste fortifia une salutaire immunité collective face aux légalismes talmudiques, et cela permit à la cathédrale de survivre aux guerres et aux révolutions pendant le nombre magique de 777 années. Mais rien ne dure éternellement, hélas, et la résistance du peuple de France s’est épuisée.

Peut-être est-ce le moment de lui ré-inoculer un vaccin contre les schémas talmudiques. Peut-être que le malfaisant esprit de l’intolérance talmudique et de la suprématie judaïque devait se voir exorcisé une fois de plus, chassé du cœur de la France pour encore 777 ans. Espérons que l’édification de la cathédrale de remplacement inspirera un nouvel esprit de fidélité envers Notre Dame. Mais on n’en prend pas le chemin. Certes, dans le climat actuel, les autorités françaises ont plutôt envie de profiter du naufrage de Notre-Dame pour en faire le prochain Musée de la tolérance.

Il y a 777 ans, un juif qui reniait le Talmud avait coupé les ponts avec la Juiverie, accueillait le Christ et entrait dans l’Eglise: Nicholas Danin exposa publiquement le tintamarre talmudique; cela fit l’objet d’un débat, et l’assemblée, choquée et amèrement offensée, décida de rassembler les exemplaires existants et de les brûler en place publique. Dans la France de Macron, Nicholas Danin serait traîné en justice par la LICRA, et condamné à la prison, voire brûlé vif. C’est Danin, et non le Talmud, qui serait déclaré coupable du propos haineux si ses juges étaient préalablement bien formés, comme nous le sommes, dans le philosémitisme. Y a-t-il la moindre raison de rendre les ruines de Notre-Dame à l’Eglise catholique? Pourquoi ne pas la refiler directement au CRIF?

Dans le même article, le rabbin Shlomo Aviner, Français de naissance, rappelle à ses disciples que toutes les églises chrétiennes peuvent se voir démolies prochainement (au moins en Israël), mais que les temps ne sont pas encore mûrs.

Pour ce qui est de la cathédrale française, « nous ne sommes pas obligés de la détruire », même si « le christianisme est le plus grand ennemi des juifs ». Un juif est censé se réjouir à la vue d’une église carbonisée, et doit réciter une bénédiction spéciale du dieu de la vengeance qui renverse la maison des orgueilleux. Le pouvoir juif en France ne cesse de monter tandis que l’Eglise voit sa signification s’amenuiser; la vieille cathédrale avait peu de chances de survivre à un tel retournement du destin. Elle sera reconstruite mais avec une autre identité: quelque chose qui ne sera pas catholique, quelque chose qui ne sera plus une église. Elle sera conçue pour attirer les touristes; nul besoin de consulter les autochtones. On a déjà tout décidé  à la place des Français.

La destruction de la cathédrale était dans les tuyaux depuis longtemps. Quand les sorcières dénudées des Femen y ont célébré leur messe noire, ont trompé les prêtres et fouetté les vénérables cloches dans les tours de Notre-Dame, un tribunal français les a aussitôt acquittées et a infligé des sanctions aux gardiens qui avaient tenté d’arrêter le sacrilège. Et ce n’était pas encore suffisant pour les ennemis de l’Eglise: pour leur pur blasphème, les Femen ont été présentées au concours de l’ International Secularism Award 2017, et leur cheffe a vu sa tête honorée sur un timbre postal; elle a en outre servi de modèle pour une nouvelle Marianne. Dominique Venner, écrivain et historien catholique français, s’est suicidé dans la cathédrale en 2013 pour alerter ses concitoyens sur les nuages menaçant sa chère France, mais en vain.

En France, le combat sans relâche contre l’Eglise, conduit par les juifs et leurs alliés, continue à porter des fruits. En 2013, le gouvernement de Hollande a forcé les citoyens à accepter le mariage gay malgré les manifestations sans égal des catholiques français. L’influence de la LICRA en France dépasse même celle de l’ADL en Amérique. Les catholiques comme Soral et Dieudonné sont désormais envoyés en prison parce qu’ils heurtent la sensibilité juive (et comme vous le savez, les juifs sont des gens très sensibles). Ils poursuivent les Gilets jaunes tout comme ils persécutent l’Eglise et pour la même raison: il s’agit de provinciaux têtus qui veulent écouter les leçons du temps de la France chrétienne.

Le terrible brasier de Paris devrait être un présage et un avertissement pour les Français: retrouvez le lien avec votre Eglise! Sauvez-la et chérissez-la, car elle ne sera pas toujours à vos côtés. Et qui vous sauvera une fois qu’elle vous aura quittés? L’Eglise de France devrait tendre la main au peuple en soutenant les Gilets jaunes contre le gouvernement anti-chrétien de Macron. Son gouvernement n’a rien fait pour défendre l’Eglise, et cet incendie n’est pas sorti de nulle part. Macron est absolument coupable, si ce n’est par action, par sa négligence criminelle. C’est trop facile de l’imaginer trinquant avec une coupe de champagne en recevant la nouvelle. Nous devrions nous méfier des gens de pouvoir qui sont susceptibles de se réjouir de la destruction de nos églises.

Les meneurs du combat contre l’Eglise de France livrent bataille en France comme ils l’ont fait aux US, sous l’étendard des « prêtres pédophiles ». Ces accusations ad hominem (ces ragots, ou ces tropismes, devrions-nous dire?) visent directement le cœur  de l’Eglise. Personne ne pipe mot sur la malhonnêteté du coup fourré, tout le monde est trop occupé à battre sa coulpe. Certes si vous faites une allusion aux « escrocs juifs », vous allez avoir la LICRA sur le dos, ou ses pieux agents viendront frapper à votre porte pour vous expliquer qu’il « peut y avoir des escrocs qui soient juifs, mais cela ne fait pas d’eux des escrocs juifs ». Et si vous vous avisez de parler d' »escrocs juifs », vous êtes coupables d’antisémitisme. L’histoire des « prêtres pédophiles » est un truc génial: l’Eglise se retrouve forcée de faire des purges en son sein, d’elle-même, et les juifs se retrouvent débarrassés d’elle, libres de poursuivre leur route vers un dénouement auto-destructeur.

Les juifs se décrivent eux-mêmes comme « une nation de prêtres », les prêtres de l’obédience la plus antichrétienne au monde. A mesure que l’influence de l’église juive resplendit, la fermeté de l’église chrétienne s’évanouit. C’est un jeu à somme nulle.

Même ceux qui ne s’intéressent pas aux choses de l’esprit peuvent constater que l’histoire menace de se répéter. Chaque fois que les forces de l’ombre préparent une nouvelle attaque contre l’humanité, ils se servent de leur redoutable artillerie pour mettre à bas toute éventuelle résistance, en commençant toujours par viser leur ennemi honni, l’Eglise.  Le Troisième Reich l’avait fait: avant d’entrer en guerre, ils avaient commencé une  campagne sur  les prêtres « amis du sexe », pour forcer l’Eglise au silence. Maintenant c’est au tour du Quatrième Reich: l’Eglise était contre la guerre en Irak; l’Eglise est prompte à défendre la Palestine; l’Eglise est contre une attaque menaçant l’Iran; l’Eglise s’oppose,  implacable, à une guerre contre la Russie. Il faut la mettre à genoux, cela saute aux yeux.

Mais l’Eglise ne peut pas être salie par les errements commis par ses serviteurs. Si un prêtre abuse d’un garçonnet, c’est son crime, et non pas celui de l’Eglise. De même, si un soldat abuse d’un jeune homme, ce n’est pas la faute de l’armée, et si un homme politique abuse d’un enfant, ce n’est pas la nation qui est à blâmer. Dans la mesure où nous voyons maintenant l’Eglise catholique traînée en justice pour des délits commis par des prêtres, ne devrions-nous pas être capables de traduire en justice ses concurrents traditionnels, les juifs, pour chaque crime commis par un juif? Si l’Eglise porte la responsabilité pour « les abus de prêtres », peut-être serait-il temps de poursuivre la communauté juive organisée à l’échelle internationale pour « escroqueries envers les juifs? » Ou pour les entraîner dans une guerre mondiale? Ou pour les massacres de non-juifs en Palestine?

Mon petit doigt me dit que les juifs modernes n’accepteraient jamais une responsabilité collective. Ils regrettent le temps de leur hubris, quand ils avaient tenu tête à Ponce Pilate. Les juifs d’aujourd’hui sont prêts à agir en tant que corps constitué pour récolter des offrandes, mais pas pour payer. L’actuelle génération de gentilles colombes ecclésiastiques devrait apprendre quelques leçons pragmatiques de ces vieux serpents avisés, pour trouver le moyen de survivre dans ce monde juif.

Un petit conseil: oubliez les supposées victimes d’abus cléricaux au siècle dernier. Je n’éprouve aucune pitié pour ces plaignants tardifs. Pourquoi ont-ils attendu vingt ans ou plus pour porter plainte? Les enfants qu’on agresse se mettent à hurler et courent chez eux demander la protection de leurs parents et de la police. S’ils n’ont pas pris leurs jambes à leur cou en hurlant, c’est qu’il ne s’agissait pas d’une agression.

Mettez cela sur le compte d’un geste maladroit de la part d’un amateur pathétique; c’est une expérience désagréable et honteuse, certes, mais peu susceptible de se reproduire après un blâme énergique.

Ne vous en prenez qu’à vous si vous envoyez des signaux ambigus, et reprenez votre chemin. Rejoignez l’humanité: chacun d’entre nous, même vos père et mère, ont eu à subir des baisers non souhaités ou des étreintes qui les dégoûtaient. Les lois devraient être raisonnables. Recevoir des plaintes au bout de vingt ans pour des transgressions non signalées à l’époque, ce n’est pas raisonnable. Seule une accusation immédiate devrait être reconnue comme valable, et 24 heures, c’est plus que suffisant dans la plupart des cas pour déposer plainte dans les formes.

Si un viol a été perpétré, bien sûr que le coupable devrait être puni. Mais ne laissez pas le délateur tirer profit de son rapport. C’est la règle indispensable pour que justice se fasse. Il y a eu une époque où un délateur pouvait réclamer un tiers des biens de celui qu’il dénonçait. Et souvent nous allons au-delà, dans notre environnement porté aux litiges. L’angle « pédo » nous égare. Un « enfant », c’est quoi? Etes-vous révoltés par Roméo et Juliette? En tant que bons citoyens américains, vous devriez l’être; Juliette avait 14 ans, et donc Romeo de nos jours devrait être jugé et enfermé en tant que pédophile, ainsi que son complice le bon Frère Laurence. Et celui-ci serait certainement considéré comme un prêtre coupable, et un Dershowitz quelconque raflerait un million de ducats, prélevé sur le diocèse de Vérone pour le péché d’avoir prêté son concours aux rendez-vous galants des amoureux. Edgar Allan Poe avait épousé une jeune fille de 14 ans, et sous les lois actuelles, le poète américain aurait estampé à son Corbeau son « nevermore » entre quatre murs. Le prophète Mohammed avait épousé Aicha à neuf ans, mais Jacob, le patriarche biblique, avait fait mieux encore, en épousant Rachel qui n’avait que sept ans. Dans notre monde moderne, Jacob et Mohammed seraient pris en chasse, extradés et mis sous les verrous. Et les Personnes encore plus haut placées ne s’en tireraient pas avec notre justice « éclairée »: la Mère de notre Sauveur avait à peine 14 ans lors de l’Annonciation.

La tradition grecque approuve les femmes mûres qui veulent bien partager leur expérience avec des garçons en plein bourgeonnement. Dans le classique grec Daphnis et Chloé, une dame mûre du nom de Lycaenium enseigne au jeune Daphnis comment donner du plaisir à sa petite amie pour leur mutuelle satisfaction. La BBC rapporte le cas d’une maîtresse d’école de 26 ans qui a été arrêtée pour des relations sexuelles avec un élève de 15 ans. Même le procureur a admis que c’est le « fantasme de tout écolier de recevoir ce genre d’attention de la part d’une éducatrice jeune et attirante », ce qui ne l’a pas empêché de sévir. Aux US, Pamela Rogers a été envoyée en prison pour avoir eu une relation avec un garçon aussi grand que vous et moi; il n’avait que 13 ans à l’époque, mais c’est exactement l’âge où s’était marié mon grand-père. Si Mrs Rogers s’était plutôt concentrée sur le moyen de torturer émotionnellement et d’humilier le garçon, elle aurait certainement mené une belle carrière dans l’éducation publique. Qui sait, elle serait peut-être devenue secrétaire d’Etat.

Les Américains et les Britanniques ont inventé le concept absurde de « détournement de mineur » [en anglais: viol statutaire]; comme si un procureur savait mieux que les garçons et les filles ce qu’ils veulent. Les grands penseurs français Sartre et Derrida, Foucault et Simone de Beauvoir, avaient appelé en 1977 à déchirer ce piège de papier, cet outil pour des poursuites sélectives. Les sages Espagnols ont établi l’âge du consentement à 13 ans, tandis que les musulmans encore plus sages ne fixent pas d’âge minimum pour le mariage du tout, parce qu’ils réprouvent plus que tous les rapports en dehors du mariage. Les juifs se guidaient par le Talmud, qui stipule que l’âge permis aux filles pour le mariage est de trois ans et un jour (mais on conseille plutôt d’attendre ses neuf ans), et il interdit sagement la sodomie.

De fait, presque tous les cas allégués en matière d’abus sexuel dans le clergé sont le fait d’homosexuels; les victimes éventuelles devraient plutôt incriminer les organisations pour les droits des gays qui ont infesté l’Eglise, plutôt que de harceler l’Eglise quand elle n’est pas parvenue à les en protéger. Mais les dirigeants de l’Eglise ne sont même pas autorisés à envisager une telle suggestion. Ils ne peuvent pas dire « pédérastie », ils doivent prétendre que c’est de la « pédophilie ». Il leur est interdit de défroquer un prêtre homosexuel , sans quoi il seront accusés d’homophobie.

La violence sexuelle envers un garçon ou une petite fille de la part d’un adulte est répugnante et criminelle, mais ces accusations sont extrêmement rares dans l’histoire des abus dans le clergé.

Nous ne devons pas rester indifférents aux tribulations de l’Eglise, parce qu’elle seule a le potentiel pour remplacer l’état de choses prédateur néo-judaïque par un cadre chrétien et aimant la paix. L’Eglise affirme la primauté de l’esprit, et de nos capacités d’origine divine pour la pensée et la reproduction; de telles opinions chargées d’espérance sont anathèmes aux yeux de nos maîtres du monde. Au niveau le plus profond l’Eglise est le principal adversaire du mal dans  notre monde. Les despotes ont constitué une sorte d’église concurrente, l’église des ténèbres, et ils ne souffriront pas de compétitrice. Mais tout dominants qu’ils sont, ils ne sont pas tout-puissants. Il n’y a pas de force magique dans leurs incantations. Ils n’ont pas de pouvoirs divins pour les protéger. Ce sont des imposteurs. Ils exploitent les vieux mythes de l’humanité, en oubliant que rien ne marche sans Dieu. En tant que rebelles contre Dieu, ils seront vaincus. En tant que charlatans, ils seront désossés. Leur chute est imminente. Nous devrions les rejeter complètement, aussi complètement que nous sommes appelés à le faire lorsque nous confessons notre foi.

L’Eglise catholique est l’un des plus grands champions de la Palestine. Elle a un patriarche palestinien, son clergé fait de son mieux pour défendre le peuple palestinien. Toutes les églises instituées soutiennent la Palestine; avec les églises apostoliques prenant le premier rôle, et les catholiques étant souvent en tête.

Lors du siège de Bethléem par les juifs en 2002, c’est l’Eglise catholique qui a dirigé la résistance. Je le sais parce que j’y étais résistant aussi. Jadis, l’Eglise avait lancé la croisade pour libérer la Terre sainte. Avec un esprit courageux et généreux, elle pourrait se mettre à la tête d’une croisade pour la Paix, et libérer à nouveau la Terre sainte. La France a autrefois atteint des sommets de justice économique, de sophistication sociale et d’intégrité morale, en union avec l’Eglise. Le terrible avertissement du brasier de Notre-Dame devrait provoquer un choc chez les Français, les faire basculer dans le giron de l’Eglise, tout comme devrait susciter un réveil de l’Eglise la vision des « fumées de Satan » imprégnant ses murailles.

Ecrit en collaboration avec Paul Bennet

Pour joindre Israel Shamir: adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Source: The Unz Review.

La marche des Maures sur la France


par Israël Shamir

Source en anglais:  unz.com

Traduction et note: Maria Poumier

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Des fakirs qui jouent de la flûte à d’horribles cobras, un dentiste natif du lieu en tongs peu ragoûtantes, avec un pot rempli de dents arrachées, des tambourineurs en un costume national bariolé, des stalles où on vous sert des plats épicés dans de brillants tajines; la place centrale de Marrakech, l’ancienne capitale du Maghreb, est exotique, vibrante et tapageuse, tout à fait à la hauteur des attentes d’un nouveau Paul Bowles. La place est entourée d’un réseau de ruelles étroites, qui rappellent la vieille ville à Séville. Le Maghreb et l’Espagne sont unis par bien des traits de leur culture. Le Bahia Palace de Marrakech est un petit frère du magnifique Alcazar de Séville, et ses minarets imitent la Giralda. Les Maures, ou Maghrébins, ont créé les perles de la civilisation espagnole à Grenade, Cordoue et Séville, mais ils n’ont pas renouvelé l’exploit après leur expulsion, de retour sur leur propre sol [1].

 

Marrakech, c’est un nœud de vieilles routes reliant Tombouctou par le Sahara et l’Andalousie par le détroit de Gibraltar, les rivages de l’Atlantique avec ses surfeurs et le reste de l’Afrique du nord par Fès et Tunis. La première de ces routes est la plus romantique. La meilleure évocation de la navigation transsaharienne, c’est le film glorieux quoique sous estimé de Bernardo Bertolucci, Un thé au Sahara. Si le cinéma devait disparaître comme les enluminures des vieux manuscrits, hors de la conscience publique, ce film resterait, avec une poignée d’autres films, comme témoignage de ce jadis grand art. Les résidences carrées, les kasbah, avec leurs murs aveugles et leurs toits crénelés, bordent les routes fréquentées par les camions qui ont remplacé les chameaux. L’Afrique sub-saharienne est très loin, 52 journées à dos de chameau la séparent du Maghreb. Le ciel étoilé, un ciel incroyable, incomparable, est une raison suffisante pour aller voir le Sahara de près.

La deuxième route, vers Gibraltar et au-delà, est plus importante, parce que le Maghreb est bien relié à l’Europe. La Méditerranée rattache le Maghreb à l’Europe, alors que le Sahara le sépare du reste de l’Afrique. Arnold Toynbee considérait le Maghreb comme une extrémité de l’Europe, comme les Balkans ou la Scandinavie. Si l’Europe a pris la suite de l’Empire romain, le Maghreb, ou l’Afrique et la Mauritanie, ont été les provinces romaines les plus riches et les plus durables, alors que la Germanie et la Scandinavie étaient encore terra incognita. Cette proximité se voit contrebalancée par la différence de croyances. Les Maures ont été parmi les premiers à accepter le Christ, et ils ont  donné les Pères de l’Église Tertullien et saint Augustin; [2] mais ils ont bifurqué vers l’islam il y a fort longtemps, et sont devenus non seulement des voisins mais des concurrents et des adversaires pour l’Europe.

Ce sont eux, les Maures, le sujet de cet article. Avec les Européens, ils envahissent et s’invitent les uns chez les autres à tour de rôle, comme les vagues qui affluent et refluent sur le rivage. Ce n’est pas qu’il y ait eu un sens toujours prévalent. Les Maures ont colonisé l’Europe et les Européens ont colonisé le Maghreb. Ils ont également expulsé leurs colonisateurs même au bout de plusieurs siècles. Rien n’est éternel. Les Maghrébins, ou Maures, ne sont pas particulièrement dociles, pas du tout. Ce sont des gens dynamiques, vigoureux, des gaillards bien pourvus en testostérone. N’allez pas vous y frotter, vous le regretteriez. Vous le regretterez de toute façon, comme Desdémone avec le Maure de Venise. Les Maures ne sont pas noirs. Ils ressemblent à des Européens du sud, les uns plus clairs, les autres plus foncés, comme les Grecs, les Espagnols ou les Italiens. Il y en a maintenant des quantités qui vivent en Europe, principalement en France et aux Pays-Bas, au point qu’on peut parler d’une nouvelle conquête mauresque. Les invasions réciproques ont commencé il y a 2000 ans. Dans la confrontation entre Carthage, la principale ville d’Afrique du nord, et Rome, la première capitale européenne, les Romains avaient gagné [3]; ils conquirent et colonisèrent les Maures, et leur firent place dans l’empire; ils embrassèrent la foi chrétienne et entrèrent dans l’église latine. Tout comme l’Espagne le Maghreb fut submergé par les Vandales, un peuple d’Europe du nord, mais ils revinrent sous la houlette  de la Rome orientale, sous Justinien. La domination européenne prit fin avec l’arrivée des Arabes, qui se mêlèrent aux autochtones, leur amenèrent l’islam, les mobilisèrent et entreprirent l’aventure européenne. Les Maures s’emparèrent de l’Espagne (c’est ce qui s’appelle la Conquista) et leur civilisation y atteignit son apogée. Mais rien ne dure éternellement.

Des centaines d’années plus tard, les Espagnols vainquirent les Maures et les renvoyèrent en Afrique du nord. Même les Maures chrétiens furent expulsés, un peu plus tard (c’est ce qu’on a appelé la Reconquista, ou reconquête) [a].

Et pourtant, l’idée de séparation, ça ne marcha pas. Les Maures ne se résignèrent pas après leur défaite. Ils commencèrent à entreprendre des raids sur les rivages européens, et à attaquer les bateaux européens. On les appela alors les corsaires barbaresques, les redoutables adversaires des Européens. Ils firent des percées en Europe jusqu’en Islande, et dépeuplèrent villes et villages du sud de la France et de l’Espagne. L’Europe était pour eux un gisement d’esclaves.

Elle était là, la grande différence entre l’Europe et le monde musulman: l’esclavage. C’était un phénomène marginal en Europe (après la chute de l’Empire romain), mais populaire en Dar al Islam. Les musulmans faisaient usage d’esclaves, ils en avaient besoin, et apparemment ils préféraient les esclaves européens chrétiens. Lorsque l’Espagne était musulmane, les Vikings ravagèrent l’Europe orientale, ils capturaient les habitants et les vendaient aux juifs, et ceux-ci négociaient cette denrée hautement appréciée à Cordoue. Plus tard, les Européens de l’Est, ancêtres des Russes modernes, firent l’objet de razzias par les Tatares de Crimée, qui les convoyaient vers Istanbul. Mais la demande était forte, les profits considérables, et les Maures entreprirent de faire des incursions sur les plages  de l’ouest, et d’attaquer les bateaux en Méditerranée. Ces corsaires étaient fort différents des pirates des Caraïbes. Le peuple de Jack Sparrow, c’étaient des Européens, qui convoitaient les bateaux. Ils n’avaient cure des équipages ni des passagers des vaisseaux arraisonnés; on pouvait les jeter par-dessus bord ou les débarquer sur une plage en leur donnant un canot; on les gardait rarement contre rançon. Les corsaires de Barbarie visaient surtout les équipages et leurs passagers. Ils traitaient les Européens comme les Européens traitèrent les Africains sub-sahariens noirs: ils étaient capturés, mis en esclavage et vendus sur le marché. Oui, chère Virginie, les blancs aussi ont été esclaves. Tout Européen pouvait tomber en esclavage en Dar al-islam, et des millions d’Européens de l’est et de l’ouest, des Français, des Espagnols, des Britanniques et des Russes ont été vendus et achetés sur les marchés d’Istanbul. Les Européens ont été forcés de s’emparer du Maghreb (tout comme les Russes ont été obligés de conquérir la Crimée) pour en finir avec les razzias des esclavagistes.  Et ce fut le début de la colonisation européenne du Maghreb.

Les Maures cessèrent de venir en Europe, mais à cette époque, les Européens s’étaient installés au Maghreb. Ils avaient construit des villes et des cités, implanté des industries, et relié le Maghreb à l’Europe. Ils s’étaient fixés au Maghreb, en espérant y rester à jamais.

Mais cela ne marcha pas: à leur grand surprise (?), les Maures n’appréciaient guère leur présence. Ils se soulevèrent, se rendirent indépendants, et chassèrent tous les colons européens, des millions de gens, direction l’Europe. Un demi million de colons du Maroc, un million et demi d’Algérie, deux cent mille de la petite Tunisie durent quitter leurs maisons et s’en aller vers le pays où ils n’avaient probablement jamais mis les pieds.

Se sont-ils tourné le dos pour autant? Pas vraiment. En peu de temps, les Maures ont débarqué en Europe par centaines de milliers et y ont fait souche. Aujourd’hui la France et les Pays Bas ont plus de Maures, entre trois et quatre millions, que l’Espagne n’en eut à l’apogée du pouvoir maure.

Cela n’a pas aidé les Européens expulsés. Les maisons des colons européens en Algérie, au Maroc et en Tunisie ne furent pas rendues à leurs propriétaires. Elles sont toujours là, comme un mémorial de l’époque où les Européens vivaient en Afrique du nord.

Le général De Gaulle garantit à l’Algérie son indépendance, pour arrêter une migration de masse de Maures en France, disait-il. Cela ne marcha pas; l’Algérie devint indépendante, mais la migration ne s’est pas tarie. J’évoquais avec mon ami marocain Hamid un éventuel déménagement en Europe. Il ne veut rien savoir, même si nombre de ses amis, connaissances et parents ont sauté le pas. Il dit qu’il a ses aises, dans son Maghreb natal. S’il voulait vivre en France avec le même statut, il faudrait qu’il travaille bien plus dur. Se loger en France, ça coûte très cher. Chez lui, au Maroc, il vit bien, dans la classe moyenne qui es son élément, et il continue à travailler normalement, sans excès. Il est sage, mais cela n’empêche pas bien d’autres Maures de choisir l’Europe.

Dans la vieille ville de Marrakech, j’ai trouvé une synagogue. C’est un complexe tentaculaire, avec une cour intérieure, et elle se trouve à quelques centaines de mètres du Palais royal, comme c’est généralement le cas pour tous les centres communautaires juifs. Malgré des histoires de « persécutions », mes ancêtres juifs étaient largement privilégiés, même au Maroc et en Espagne. Ils ont été bien utiles dans les mouvements de population entre Europe et Maghreb, pendant des siècles.

Les Juifs ont été au premier rang pour aider les Maures à conquérir l’Espagne, prolongeant la tradition consistant à changer de camp au bon moment (en Palestine, les juifs soutinrent l’invasion perse, puis l’invasion arabe). Les juifs jouèrent un rôle important dans l’Espagne mauresque, et durent plier bagage avec eux.

Au Maghreb ils prêtèrent main forte à nouveau aux Européens. C’est le ministre de la justice juif Adolphe Crémieux qui donna, au XIX° siècle, la citoyenneté française aux juifs algériens (mais non aux autres Algériens) C’était un acte astucieux: les juifs locaux influents soutinrent la France contre les autochtones.

En Tunisie, les juifs étaient extrêmement puissants depuis des siècles. En 1819, le consul des États-Unis à Tunis, Mordecai Manuel Noah, écrivait à leur sujet: « Les juifs sont ceux qui commandent; en Barbarie ce sont les principaux mécaniciens, ils dirigent la douane, ils prélèvent les impôts; ils contrôlent la menthe, ce sont les trésoriers du bey, ses secrétaires et ses interprètes. Ces gens donc, quoiqu’on puisse dire de leur oppression, possèdent une capacité de contrôle, et il faut se méfier de leur éventuelle opposition, qui serait redoutable« .

Quand les Français arrivèrent, ce « peloton de tête » changea de bord et ils apportèrent leur soutien à l’administration coloniale française. Pourtant, même alors ils n’avaient pas de sympathie envers les colons français, et leur expulsion a été expliquée comme une mesure parfaitement justifiable par Albert Memmi, l’éminent écrivain tunisien juif. Pour Memmi, c’étaient des rapaces obsédés par la convoitise. « Vous allez  aux colonies parce que les emplois y sont garantis, les salaires sont élevés, les carrières plus rapides, et les affaires plus profitables. Le jeune diplômé se voit offrir une situation, le fonctionnaire un rang plus élevé, l’homme d’affaires est soumis à des taxes bien plus basses, les industriels trouvent des matières premières et de la main d’œuvre bien meilleur marché. On vous entend souvent rêver tout haut: dans quelques années vous quitterez votre purgatoire rentable et repartirez vous acheter une maison dans votre pays« . Il n’avait pas remarqué que  l’on pouvait attribuer la même attitude aux  Tunisiens juifs et  musulmans qui venaient s’installer en France.

Les juifs s’en iraient en Israël ou au Québec le moment venu; les musulmans rentreraient chez eux. Mais cela ne marchera probablement pas comme ça.

Les juifs d’Europe adorent l’émigration du Maghreb. En tout cas ils font tout pour l’encourager. Mais pourquoi donc est-ce que les Européens ont accueilli les immigrants maghrébins? Après avoir été expulsés de ces  contrées, on pouvait s’attendre à ce que les Européens disent : « vous avez voulu vous débarrasser de nous, eh bien maintenant restez où vous êtes et savourez votre libération des Européens« . Mais les pays d’Europe voulaient des immigrants, et ce n’était pas au premier chef parce qu’ils avaient besoin de main d’œuvre, puisque certains pays européens s’en sont très bien tirés sans y avoir recours.

Après la longue guerre mondiale, l’Europe s’était retrouvée occupée; à l’Ouest par les US, à l’est par l’URSS. Les dirigeants menèrent des politiques très différentes; les dirigeants européens n’avaient guère confiance dans leurs nations, et c’est la raison pour laquelle ils commencèrent à attirer des immigrants d’Afrique du nord et de Turquie, tout en prêchant la diversité.

Les dirigeants prosoviétiques ne voulaient pas d’immigrants du tout, et ils menèrent des politiques nationalistes modérées. L’expérience de l’Allemagne de l’est, de la République tchèque et de la Hongrie ont prouvé que les pays européens n’ont pas besoin d’immigrants pour faire tourner l’économie.

Ces pays connurent l’homéostasie, c’est à dire un  équilibre relativement stable avec un développement faible, une quasi stagnation qui allait de pair avec l’amélioration constante du niveau de vie des travailleurs du commun. C’est ce qui se produisit dans les Etats socialistes, y compris les Etats scandinaves, au socialisme modéré.

Les Européens auraient pu connaître une vie calme et paisible, en voyant s’élever doucement et graduellement leur niveau de vie, tout en chutant du point de vue démographique. Le monde n’est pas un gisement sans fond, les ressources sont limitées, la construction de logements prend du temps. Cela pourrait être bon pour l’Europe de voir décroître sa population jusqu’aux niveaux des années 1880. Ce serait un nouvel âge d’or, avec des pelouses vertes partout, des forêts, des conditions de vie modestes mais agréables pour tous.

Pourrait-il y avoir une immigration sans les juifs? Oui, parce qu’il y a assez de non-juifs pour imiter les juifs. Même si tous ne réussissent pas, il y en a beaucoup, et ils veulent aller beaucoup plus loin. Pour mettre un terme à l’immigration, il faut arrêter la croissance et l’expansion, mettre à bas le capitalisme tel que nous le connaissons.

La production et le marché sont tout à fait compatibles en homéostasie; les taux d’intérêt, l’actionnariat et le change monétaire ne le sont pas.

Les Gilets jaunes français ont proposé de faire des produits durables. C’est un pas en avant radical et salutaire, au lieu de faire du monde une poubelle, avec des modèles qui sont apparus il y a deux ans et qui sont déjà périmés ou inutilisables. Nous avions tout cela autrefois, je me souviens d’un frigidaire en parfait état de marche au bout de vingt ans, d’une coccinelle Volkswagen en parfait état de marche au bout de trente ans de bons et loyaux services. Si nous le voulions, nous pourrions fabriquer des objets qui durent pratiquement toujours, des choses réparables et serviables.

Le Japon est un bon exemple dans son évolution; notre collègue Linh Dinh s’est rendu sur la terre de Yamato, et il a été choqué par ce qu’il voyait, une population vieillissante et une jeunesse sans amour. Moi aussi, je me rends souvent au Japon; oui, le Japon était peut-être plus drôle il y a des années, mais ça se passe bien, là-bas. Il n’y a pas une forte croissance, les commerçants américains et européens ne s’enrichissent pas du jour au lendemain en spéculant sur les biens des Japonais. Les parts des actionnaires ne grimpent pas, c’est vrai. Mais pour les Japonais ordinaires c’est très bien comme ça. Ils pourraient connaître encore moins de progressions, et s’en trouver satisfaits quand même.

Mes amis japonais m’ont souvent dit, quand je faisais des réserves sur la lenteur de la croissance de l’économie japonaise: nous n’en voulons pas plus. Les années de croissance rapide ont été nos années de misère. Les années de stagnation nous conviennent très bien. Si les US voulaient bien nous oublier complètement, au lieu de nous harceler pour nous faire adopter leurs idées de croissance et de diversité, nous serions encore plus heureux. Notre monde a besoin de moins en moins de main d’œuvre. Qu’est-ce qui nous empêche de nous réjouir de cet état de fait? La population européenne ne grossit pas, elle décroît doucement. Les immigrants d’Afrique du nord et d’ailleurs connaissent quant à eux une croissance certaine, mais qu’ils aillent donc poursuivre leur croissance sur leurs terres ancestrales. Quand ils chassaient les Européens de leurs pays, ce n’était pas la durée de leur séjour qui les arrêtait. Des familles qui vivaient en Algérie depuis un siècle ont été forcées de partir. Par conséquent, ce sont les peuples d’Afrique du nord eux-mêmes qui se sont prêtés à des expulsions. Ce sont de braves gens, mais pas meilleurs que les colons européens en Afrique du nord.

Il n’y a pas de raison de s’alarmer de la croissance de la population africaine. C’est une affaire africaine, après tout. Le Sahara est trop grand à traverser; on peut arrêter les compagnies aériennes qui font du trafic d’hommes. Certes, bien des Africains préfèreraient résider en France ou en Hollande, et il y a sûrement des Africains qui vont y parvenir. Mais pas de vagues massives de peuplement, par pitié, sauf s’il y avait des Théodoric ou des Gengis Khan pour mener la danse.

Quand j’étais petit, il y avait un jeu très populaire, les chaises musicales. Tant que la musique jouait, on pouvait choisir sa chaise, et s’asseoir aussitôt que la musique s’arrêtait. Maintenant ça suffit, ce jeu. Laissez les gens là où ils ont toujours été. Cette tentation de la croissance sans fin, il faut s’en débarrasser, et c’est faisable. Il suffit de porter nos coups contre la rapacité, l’esprit d’avarice, cette envie de posséder toujours plus; et nous allons atterrir tout doucement sur nos vertes prairies.

Israël Adam Shamir


[a] On lira avec profit Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, Mythes et réalités de l’Espagne islamique, par Dario Fernandez Moreira, préface de Rémi Brague, éd. Jean-Cyrille Godefroy, novembre 2018


Joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Source:  The Unz Review

Traduction et note: Maria Poumier

israelshamir.net

Quand le chien n’aboie pas


La meilleure solution pour un problème compliqué est toujours simple. L’œuf de Colomb, le nœud gordien, le lit de Procuste. Tant de gens s’étaient échinés à tenter de desserrer le sac de nœuds, avant qu’Alexandre arrive et en finisse d’un seul coup magistral de sa puissante épée. Des sages avaient essayé en vain de faire tenir l’œuf debout sur une table, jusqu’au jour où Christophe Colomb l’a écrasé par le petit bout. Et Procuste avait réglé le problème de l’extrême diversité de tailles dans la  population, en coupant les jambes aux trop grands et en étirant les jambes aux courts sur pattes.

Et maintenant le glorieux quoique trop long nom du  prince de la couronne des Saoud Muhammad bin Salman (pour faire court MBS) devrait rejoindre la liste des grands découvreurs de solutions. Il a affronté le problème d’avoir à gérer un pays en faillite, un trésor vide, et toute sorte de citoyens extrêmement riches, aux coffres débordants.

Trump se retrouve face à un problème semblable ; aux US, les chiens dominants tiennent toute la bonne viande, tandis que l’Etat croule sous une dette multimilliardaire. On a trois gentelmen de belle allure : Jeff Bezos, Bill Gates et Marck Zuckerberg, qui ont dans leurs coffres-forts autant que la totalité des gens ordinaires. Le déficit annuel avoisine les 400 milliards de dollars, autrement dit un chiffre à douze zéros.

Les Grecs sont dans une situation encore pire: ils sont endettés, ils crèvent la dalle sous les plans d’austérité, tandis que l’argent que l’Etat grec a emprunté déborde des poches des riches.

Le problème est universel. Partout, du Royaume Uni à la Russie, du Brésil à la Grèce, c’est la même chose : les coffres de l’Etat sont vides, les politiques prescrivent l’austérité pour tous, mais une poignée de riches contemplent la croissance rapide de leur capital non imposable.

Bon, d’accord, on est au courant, et qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse, petit malin? Tu vas t’en mordre la moustache, et alors ? Geindre ou vociférer, ou bien te contenter d’une bière bien fraîche pour oublier toutes ces saletés ? Tu le savais déjà, quand même, que tu n’as pas la permission de taxer les riches, que tu ne peux pas les empêcher de déménager leur capital dans des paradis fiscaux, que tu ne devrais même pas prononcer des mots aussi chargés de haine, où d’aucuns pourraient trouver des relents antisémites. Trump a connu ça : quand il a attaqué des banquiers dans sa campagne électorale, il a immédiatement été traité d’antisémite.

L’héritier de la couronne MBS a trouvé la solution. Il a coincé des centaines de gens parmi les plus riches de son royaume, les a parqués dans le Ritz Carlton cinq étoiles de sa capitale Riyad, et il leur a dit de cracher au bassinet. Quand ils lui ont ri au nez, il a fait appel à des sicaires pour mettre en place la ponction, style mafia.

The Daily Mail, dans un reportage en exclusivité nous dit que “les princes saoudiens et les hommes d’affaires milliardaires arrêtés lors d’une rafle plus tôt ce mois se retrouvent suspendus par les pieds et frappés par des agents de sociétés privées de sécurité américains. Les détentions ont été suivies d’interrogatoires menés, selon certaines sources, par des « mercenaires américains ». « Ils les frappent, les torturent, les giflent, les insultent. Ils veulent les briser », dit la source du Dail Mail.

La firme Blackwater a été mentionnée, et les réseaux sociaux arabes parlent aussi de sa présence en Arabie saoudite, de même que le président du Liban. Le successeur de cette firme, Academi, nie énergiquement avoir jamais mis les pieds en Arabie saoudite, et dit qu’ils ne font pas dans la torture.

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Prince Al-Walid bin al-Talal

N’empêche que la torture dans le somptueux hôtel a été confirmée par  l’un des meilleurs journalistes de la vieille école pour le Moyen Orient, David Hearst. D’après lui, plusieurs détenus ont été amenés à l’hôpital avec des  blessures suite à des séances de torture. Le plus riche Arabe parmi tous, le prince al-Walid bin al-Talal, dix-huit fois milliardaire, « partenaire important » de Bill Gates, copropriétaire de la 21 Century Fox et de Twitter, de l’hôtel George V à Paris et du Savoy à Londres, entre autres, s’est retrouvé accroché la tête en bas, à la mode mussolinienne.

Des centaines d’autres princes et gentlemen ont été torturés aussi, jusqu’à ce qu’ils consentent à livrer leurs biens mal acquis, soit 70% de toutes leurs possessions. Tandis que j’écris ceci, tandis que vous lisez ces lignes, la torture continue, de sorte que MBS a déjà essoré ces victimes de milliards de dollars, en cash et placements divers.

« C’est du racket ! » direz-vous. Peut-être que MBS avait vu Le Parrain dans son âge tendre, et qu’il avait été impressionné par l’efficacité de certaines méthodes. En tout cas, il a réglé, ou plutôt est en train de régler, son problème de trésorerie.

C’est peut-être la méthode qu’il faudrait  conseiller à Trump et à Poutine, ainsi qu’à d’autres dirigeants ? Si le dogme néolibéral interdit de les taxer, si les fonds offshore sont sacrés, qu’est ce qui reste à un dirigeant diligent, à part jeter son dévolu sur un hôtel cinq étoiles douillet puis embaucher une bande de tortionnaires expérimentés ?

Oui mais le tortionnaire en chef se retrouverait condamné et ostracisé par les défenseurs des droits de l’homme, direz-vous. Et pourtant, pas une voix, ni du côté de la gauche libérale ni d’une droite autoritaire n’a fait la moindre objection à l’exploit de MBS en matière d’extorsion de fonds et de tortures. Le copropriétaire de Twitter a été soumis à des bastonnades journalières, au moment même où la voix la plus haute de la conscience libérale, Tom Friedland du New York Times, faisait l’éloge de MBS comme un héraut du progrès. Dans un article qui relève du panégyrique, intitulé « Enfin, le printemps arabe arrive pour l’Arabie saoudite », avec pour sous-titre « L’héritier de la couronne a de grands projets pour sa société ».

Tom Friedman n’utilise pas le terme d’extorsion en disant que le “gouvernement de MBS a fait arrêter un nombre record de princes et d’hommes d’affaires suite à des plaintes pour corruption et les a jetés dans des cellules de fortune – le Riyadh Ritz-Carlton en l’occurrence- jusqu’à ce qu’ils acceptent de restituer leurs biens mal acquis ». Pas l’ombre d’une condamnation ! Imaginez ce qu’il dirait si Poutine devait arrêter ses oligarques « jusqu’à ce qu’ils restituent leurs biens mal acquis ».

Il y a une ligne dans l’éloge de Friedman à laquelle j’accorde foi, c’est quand il dit que les Saoudiens sont satisfaits de l’opération racket : « les Saoudiens avec qui j’en ai parlé m’ont répondu sur ce ton : « il faudrait les pendre tous la tête en bas et bien les secouer pour faire tomber toute la monnaie de leurs proches, les malmener jusqu’à ce qu’ils aient tout recraché ». D’ailleurs, je suis sûr que les Américains applaudiraient si leurs milliardaires subissaient le traitement MBS. Les Russes ont été ravis, lorsque Poutine a enfermé l’oligarque Khodorkovski, et se sont plaints qu’il n’y ait qu’un sous les verrous. Ils adoreraient voir le lot complet des oligarques qui ont pillé la Russie par des actes manifestement frauduleux, planifiés selon les instructions de conseillers américains à l’époque de Boris Eltsine, proprement prélevés « jusqu’à la dernière goutte ».

Les médias ne sont pas les seuls à soutenir le schéma extorsioniste. Le secrétaire au Trésor US Steven Mnuchin a dit sur CNBC : « je pense que le prince héritier [MBS] est en train de faire un excellent travail pour transformer son pays ». Le président Trump a félicité MBS aussi en des termes semblables ; pas un mot de condamnation n’a échappé non plus au président Poutine. Même Al Jazeera, tout en rapportant l’opération de siphonnement de fonds en des termes précis, n’en a pas fait vraiment tout un plat.

Il y a une véritable conspiration du silence autour des initiatives de MBS, un complot qui englobe les médias et les gouvernements. Il a fait enlever le premier ministre libanais, l’a mis en état d’arrestation, lui a retiré son téléphone et sa montre, l’a forcé à lire à la télé une lettre de démission rédigée par les hommes de MBS, et la réponse du monde a été parfaitement maîtrisée. Il a bombardé le Yémen, causant des centaines de milliers de morts entre le choléra et la famine, et le monde n’a pas bronché. Vous vous souvenez de la riposte quand les Russes ont bombardé Alep ? La guerre de MBS contre le Yémen ne suscite pas la moindre indignation.

Mais cette chape de silence retombe sur tous. D’habitude, le système des médias globalisés propage et amplifie les nouvelles dans un petit jeu d’agences qui se font écho et qui débouche indirectement sur des ventes exceptionnelles, a écrit le journaliste Claudio Resta. Mais dans ce cas, la nouvelle, importante et spectaculaire, n’a pas fait un seul gros titre. Dans notre société du spectacle, n’avoir pas exploité quelque chose d’aussi inscrit dans le spectaculaire est un gâchis de la plus rentable des ressources des médias.

Tout le potentiel pour un grand spectacle se trouve concentré là : l’arrestation  des dignitaires et des princes du sang, y compris le célèbre al-Walid bin al-Talal, investisseur bien connu, et de Bakr bin Laden, frère du mondialement connu Oussama, tout cela devrait nourrir les médias pour des jours et des jours. Ajoutons le décor de rêve du glorieux hôtel au bord du désert. Ajoutez à l’intensité dramatique le tir de roquettes sur l’hélicoptère dans lequel tentait de fuir le prince Mansour bin Muqrin, descendu en flammes, et mettant fin aux jours du susdit et d’autres dignitaires qui tentaient en vain d’en réchapper.

Quelle histoire haletante, haute en couleurs, et en costumes authentiques, sur une monarchie du Moyen Orient ! Cela aurait fait vendre les journaux pendant au moins une semaine. Mais c’est un silence assourdissant qui a suivi.

Les mêmes médias qui nous submergent sous les détails et les opinions dans le cas de violation des droits de l’homme en Russie ou en Chine manifestent à cette occasion une indifférence olympique pour le sort qui attend des princes et des milliardaires, injustement et arbitrairement coffrés et torturés dans un pays qui n’a pas la moindre constitution ni rien qui ressemble à un Habeas Corpus. Et les Nations unies se joignent à la conspiration du silence.

C’est probablement le trait le plus inhabituel de l’affaire, qui rappelle le récit de sir Arthur Conan Doyle Le chien qui n’aboyait pas. Dans cette aventure de Sherlock Holms, un chien n’avait pas aboyé alors qu’on  sortait un cheval de courses de son écurie, et cela revenait à montrer du doigt le voleur: c’était le maître du chien.

Dans le cas de MBS, le roquet médiatique garde le silence. Cela signifie que le méga patron du système médiatique, l’ensemble de ceux que j’appelle les Maîtres du Discours, a permis et autorisé l’opération racket. Nous sommes témoins d’un évènement médiatique unique, à la limite de la révélation. Comment se peut-il qu’un prince d’un Etat de troisième rang ait été autorisé à séquestrer des premiers ministres, à descendre des princes à coup de missiles terre-air, à garder sous clé et à torturer de puissants hommes d’affaires et dignitaires, en toute impunité, et sans que les médias réagissent ?

Est-ce que c’est par peur du côté des voleurs en chef que l’exemple de MBS soit repris et qu’on leur applique chez eux le même traitement pour leur soutirer quelques milliards ?

Ou bien est-il plus probable que l’Axe du bien, soit Trump, Netanyahou et MBS, avec la force qui est derrière eux, ait décidé de laisser le champ libre au prince volontaire qui leur a promis de leur livrer Jérusalem et d’offrir la Palestine en concession à perpétuité aux Juifs ? C’était cela, l’offre des vieux Saoudiens, qui sont devenus les seigneurs de toute l’Arabie à cause de leur volonté de satisfaire les désirs des juifs. Parce qu’il y avait d’autres seigneurs arabes et d’autres dynasties, encore plus éminentes, qui pouvaient prétendre régner sur la péninsule. Mais les Saoud étaient les seuls à être prêts à laisser choir la Palestine. Et ils avaient fait leurs preuves comme traîtres, car ils avaient déjà trahi leurs maîtres ottomans pendant la révolte arabe du colonel Lawrence.

Ce qu’on appelle le plan de paix de Trump, discuté et mis en forme par Jared Kushner et MBS, comporte la reddition de la Palestine, l’abandon du droit au retour pour les réfugiés de 1948, le renoncement à la souveraineté palestinienne, le renoncement à Jérusalem. Les Palestiniens paieront, Juifs et Saoudiens se partageront les dépouilles.

Pour cela, il faut que MBS graisse la patte à Mahmoud Abbas et à l’Autorité palestinienne, ce qui n’est pas une mission impossible. Abbas n’a pas de mandat, et il ne gouverne que sur autorisation israélienne. Mais il va falloir à son tour qu’il achète le Hamas, sans quoi Gaza  restera une épine plantée dans la chair des gestionnaires. Elle est là, la raison des efforts de réconciliation entre Gaza et la Cisjordanie, entre le Hamas et le Fatah avec l’Egypte à la manœuvre. Pour le moment ces efforts ne rencontrent pas un succès spectaculaire.

Le Hamas avait accepté une réconciliation en espérant améliorer les conditions d’existence des habitants souffrant à Gaza. Le Fatah était censé faire lever les sanctions, permettre la réalimentation en électricité, permettre aux gens d’entrer et de sortir par le point de passage de Rafah. Mais les sanctions sont toujours en place, les gens vivent misérablement comme toujours, et maintenant  l’Autorité palestinienne demande à ce que des milliers de gens chassés en 2007 puissent se réinstaller à Gaza. Ce qui signifierait mettre au chômage des milliers de gens qui vivent du Hamas. Pire encore, les appels de l’Autorité au désarmement de la branche militaire du Hamas, les brigades Izz ad-Din al-Qassam, c’est tout simplement impossible.

Au lieu d’obtenir la levée des sanctions, l’Autorité exige la reddition, et reproche à l’Iran l’intransigeance du Hamas. Azzam al-Ahmad, qui est à la tête de la délégation du Fatah pour la réconciliation palestinienne, a dit que l’Iran est le « sponsor numéro un »  de la division entre factions palestiniennes. C’est ce qu’il a dit sur la chaîne saoudienne al-Arabiya.

L’Iran est le principal écueil (plus exactement le seul) en travers du plan Kushner-MBS. Cela explique en partie la fureur saoudienne. Le dirigeant suprême de l’Iran est le « nouvel Hitler du Moyen Orient”, a dit MBS à Tom Friedman. « Mais nous avons appris de l’Europe que l’apaisement, ça ne marche pas. Nous ne voulons pas que le nouvel Hitler en Iran nous refasse au Moyen Orient le coup de ce qui s’est passé en Europe ». MBS a emprunté ces termes à un discours de Netanyahou, mais il s’est retenu de citer sa source.

C’est donc l’Iran qui bloque le plan de MBS pour brader la Palestine, qui bloque la guerre de MBS contre le Yémen, qui bloque l’invasion de la Syrie. Un nouvel Hitler, assurément ! Mais les Russes, alors, alliés de l’Iran dans la guerre de Syrie ?

Eh bien les Russes ont décidé de rester à l’écart de ces évènements. Pendant la visite historique du roi Salman et de son fils MBS récemment à Moscou, apparemment les invités ont exposé leurs idées à leur hôte. Ils ont promis de maintenir les prix du pétrole élevés, et c’est important pour la Russie. Quand l’Arabie saoudite a fait chuter le prix du pétrole dans les années 1980, l’URSS s’est effondrée. Maintenant, avec des prix élevés, Poutine a décidé de payer 10 000 roubles (soit 150 dollars) par mois à chaque famille pour la naissance de son premier enfant. Apparemment, de leur côté, les Saoudiens ont accepté la présence russe en Syrie.

Poutine est un homme raisonnable; il se contente de sa part du gâteau, il ne fait pas monter les enchères. Il a appris la leçon de l’Iliade : les princes grecs et troyens  auraient pu obtenir presque tout ce qu’ils voulaient, les Grecs Hélène et une rançon substantielle, les Troyens auraient laissé les Grecs s’enfuir sains et saufs, mais il en voulaient encore plus, ils visaient la destruction totale de l’ennemi, et ils ont tout perdu. Simone Weil écrivait : «Un usage modéré de la force, qui seul permettrait d’échapper à l’engrenage, demanderait une vertu plus qu’humaine, aussi rare qu’une constante dignité dans la faiblesse. » Poutine c’est cela, à la fois dans son usage tempéré de la force et dans sa dignité entêtée en situation de faiblesse.

Cependant, tandis que les politiques russes diffèrent de celles de l’Occident, les médias russes ont été intégrés au domaine des Maîtres du Discours il y a des années. Poutine est parvenu à sauver partiellement quelques chaînes de télévision de leurs griffes, mais en général, les médias russes suivent le même canevas que les médias occidentaux. Un article antisioniste, une critique de la loi juive en Palestine a aussi peu de chances, ou moins, de paraître dans les Izvestiaque dans le NY Times. Une couverture honnête du blocus de Gaza est tout aussi impossible sur CNN que sur la première chaîne et sur Russia Today.

La critique et la discussion des évènements du royaume des Saoud ont été bloquées en Russie. Les mêmes personnes qui bloquent le débat sur les affaires israélo palestiniennes bloquent maintenant le débat sur la crise au royaume des Saoud.

Par conséquent, l’Iran et la Syrie affaiblie par la guerre sont tout ce qui reste pour faire obstacle à une victoire juive décisive au Moyen Orient. Si une centaine d’années auparavant, les juifs avaient su jeter les US dans la première guerre mondiale, en remerciement pour la Déclaration Balfour, maintenant ils peuvent remettre ça sur le boulevard ouvert par le plan de paix Kushner-MBS par-dessus la tête des Palestiniens. Car pendant ces cent dernières années, les positions juives dans le contrôle mental n’ont fait que progresser, à travers Facebook et Google.

Pourtant leurs plans peuvent échouer, comme tous les plans de MBS. Ils n’ont encore rien réussi à mettre en place,  à part faire pression sur le Qatar au Yémen en voie de disparition. Beaucoup de sang, beaucoup d’argent vont couler, ajoutant au malheur du Moyen Orient et ailleurs.

Seule satisfaction : maintenant on sait à qui appartient le chien qui n’a pas aboyé.

Israël Shamir

Article original en anglais :

The Dog That Didn’t Bark, publié le 30 novembre 2017

Cet article a été publié initialement par The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier, Entre la Plume et l’Enclume

La révolution rose, et comment la mater


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par Israel Shamir

mondialisation.ca

Les révolutions de couleur ne se produisent habituellement que dans les pays qui jouissent d’une présence diplomatique US. Il vous faut une ambassade américaine pour  trouver le gouverneur potentiel qu’on pourra gonfler de popularité puis porter sur le trône ; il vous  faut une ambassade américaine pour fournir assez de liquide afin de couvrir les dépenses de l’apocalypse organisée ; et il vous faut un diplomate américain pour protéger les révolutionnaires, puis pour ordonner au dictateur en place de démissionner. Est-ce que par hasard il y aurait maintenant une ambassade américaine en Amérique ?

La Grande  Révolution américaine de couleur est en marche. Le script est très semblable à ceux qui ont été mis en œuvre outre Atlantique. Il comporte généralement des monuments qu’on déboulonne. Les forces pro-américaines ont abattu les statues de Saddam Hussein à Bagdad, de Félix Djerzinsky à Moscou, de Vladimir Ilich Lénine à Kiev, du Soldat libérateur russe à Tallin et à Varsovie. Et voilà que cela se retourne contre l’Amérique comme un boomerang, avec l’assaut contre les statues des Confédérés.

Il ne s’agit pas d’un vandalisme insignifiant, mais d’une déclaration symbolique de victoire. Les vainqueurs renversent les monuments des vaincus. Et les vaincus grognent et crachent leur dépit, mais n’y peuvent rien. Mais regardez bien comment ils s’y prennent : partout et à chaque fois, les révolutionnaires colorés choisissent des monuments commémoratifs de peu d’importance pour la majorité. C’est une différence avec les vraies révolutions, où ce sont les symboles bien réels du pouvoir qui sont renversés.

La bien réelle révolution française de 1789 a démantelé la Bastille, une autre vraie révolution en Russie en 1917 a mis en pièces les statues du tsar et s’est emparée du Palais d’hiver. Une vraie révolution  aux US occupera probablement la Réserve Fédérale et déboulonnera les icônes des présidents récents. Mais les révolutions de couleur sont des falsifications,  des imitations, et elles ne peuvent que viser des cibles faciles. Lénine à Kiev ou Lee à Charlottesville, c’était des appeaux. La cause de Lénine avait été battue en 1990, et le général Robert Lee livrait bataille il y a 150 ans. Beaucoup de gens sont indignés de ces saccages, mais fort peu prendraient les armes pour les défendre. Cela relève d’une opération de relations publiques, et c’est très efficace.

Le merveilleux Steve Sailer a écrit : « L’Etat profond américain a mis à bas plusieurs régimes opposants à travers le mécanisme d’une révolution de couleur ». Excellente lecture, mais insuffisante. La force qui est derrière les révolutions de couleur, y compris celle qui est en cours en Amérique, n’est pas une force américaine, ni même une manifestation de l’Etat profond américain, c’est une force globale, qui sert l’élite globaliste et le ténébreux gouvernement mondial. Jusqu’à une date récente, ces gens se sont servis de la puissance américaine pour leurs objectifs, maintenant les voilà qui affrontent le Golem qui surgit des Etats-Unis comme ils avaient attaqué l’Ukraine ou la Suède, bien plus faibles. « Golem, connais ta place » est l’incantation utilisée par le Sorcier de Prague, le créateur du Golem, dans la légende juive médiévale. Ce sortilège vient à bout de la créature.

Les gens qui sont proches du pouvoir aux US s’y entendent en hégémonie globale, et s’y retrouvent. Ceux qui la soutiennent sont des groupes libéraux lourdement juifs, qui mettent en branle le politiquement correct, leur hostilité envers l’Eglise, leur approbation de la fluidité de genre dans le but de miner l’esprit et la mentalité des Américains ordinaires, des nationalistes, des goy de la classe ouvrière (Adieu le goy, titrait le Huffington Post commentant le renvoi de Steve Bannon). Ils taraudent et taquinent le goy sans relâche, de façon à le pousser à des actes de rébellion prématurée qu’il sera facile de mater. Pour provoquer le travailleur, ils mettraient même, voyez-moi ça, sur le dernier avion de ligne des cuvettes de WC sans urinoirs !!!!, pour le bien-être d’éventuels transgenres…  et pour faire enrager les bouseux, les péquenots, les rednecks.

Les globalistes mondialistes ont eu la peur de leur vie quand leur candidate Hillary Clinton a perdu les élections, mais ils n’ont pas perdu de temps et se sont aussitôt mobilisés pour la bataille. Ils ne vont pas renoncer à l’hégémonie. Pratiquement tous les médias, le système judiciaire, le Congrès, les Services d’intelligence sont entre leurs mains. Charlottesville leur a fourni une occasion de montrer aux ploucs entre quelles mains repose l’hégémonie.

Les hégémonistes ont leurs propres troupes de choc, les antifas. Ce mouvement extrémiste est né en Allemagne. Là ils paradent dans les rues pour l’anniversaire du bombardement de Dresde avec des drapeaux israéliens et ils scandent : « Mort à l’Allemagne » Longue vie à Bomber Harris (le commandant britannique de l’Air Force, grand amateur du tapis de bombes sur l’Allemagne). Ils sont arrivés à terroriser les Allemands : à toute objection, ils traitent leur opposant de nazi et le rouent de coups. Et s’ils rencontrent de la résistance, la police arrive en renfort. C’est la raison pour laquelle en Allemagne, la résistance à l’afflux massif d’immigrants a été presque imperceptible. On en parle à la cuisine, chez soi, mais pas dans la rue.

Et l’Antifa est arrivée en Amérique. Ils ont le même mode d’action qu’en Allemagne. Tous ceux qui sont contre eux sont des nazis, ou des « racistes blancs ». Ils ont fait leurs preuves à Charlottesville, ville qui a le privilège d’avoir un maire juif qui a choisi sa police urbaine. Bien des militants juifs ont rappliqué, il en est venu depuis Boston. Après l’échauffourée, les journaux ont glapi : les nazis attaquent les juifs !

Le président Trump a condamné les deux parties, les nationalistes blancs et les antifas. C’est exactement ce qu’espéraient ses adversaires. Sa tentative pour rester au-dessus de la mêlée était condamnée à l’échec : les hégémonistes libéraux ont aussitôt brandi leurs épithètes habituels : néonazi et raciste. Trump leur a rappelé que tous les défenseurs du monument n’étaient pas des racistes blancs, mais cet argument n’a nullement fait mouche.

La réponse publique au cri de guerre « raciste! », véritable au coup de sifflet pour chien, a été écrasante. Les rabbins ont dit qu’ils ne voulaient plus que Trump leur téléphone et leur souhaite de bonnes fêtes juives. 300 juifs, anciens camarades de promotion de Mnuchin, le secrétaire d’Etat, l’ont supplié de démissionner (Et s’il y avait trop d’élèves juifs à Yale ? Où est donc passée la diversité, là-bas ?)

L’écrivain juif connu Michael Chabon a appelé Ivanka à tuer son père, avec une formule magique, en portant le grand deuil pour un président encore en vie. Les juifs croient que cela doit tuer un vivant aussi sûrement qu’une balle. Il faut lire le pavé hystérique de Chabon pour le croire. « Maintenant tu le sais, que Trump est un antisémite, un sympathisant nazi, un ami du Ku Klux Klan haïsseur de juifs », a-t-il déclaré. Et ils sont de plus en plus nombreux, les juifs qui réclament la destitution de Trump le raciste ET antisémite.

Malgré cela, les non-juifs ont repris le refrain docilement tandis que les juifs les manipulaient comme une caisse de résonnance. Des industriels se sont retirés du conseil présidentiel, des généraux ont publié un désaveu de leur commandant en chef, des milliers de non-juifs ont participé à des marches et à des rassemblements contre les « racistes blancs ». Bref, les juifs ont joué en équipe, et ont dicté les règles du jeu. Très très peu de gens ont offert une défense argumentée de Trump. Ils auraient été ostracisés, s’ils avaient osé, et Trump a fait comprendre qu’il ne va pas se battre pour ses amis. Si sa position sur Flynn n’avait pas suffi, son renvoi de Bannon l’a prouvé.

Dans le climat politique actuel, personne n’est autorisé à parler contre la vision hégémoniste. Si vous le faites, vous êtes un raciste blanc, et donc votre opinion n’est pas simplement rejetée, elle est déclarée aussi illégale qu’inadmissible. C’est ça l’hégémonie : c’est quand un point de vue opposé est privé de la moindre légitimité.

On peut invoquer le racisme (qui sera toujours préférable à la cupidité, qui est un péché mortel, le racisme relevant de la défense naturelle d’un territoire tribal), mais c’est difficile, et parfaitement futile. Avant Trump le raciste, il y a eu Trump l’espion russe, qui avait été précédé par Trump  le pinceur de fesses. On trouvera encore de nouvelles raisons pour le destituer, qui en douterait.

Mais il est désormais plus facile de retourner l’arme du racisme contre l’adversaire, parce que l’adversaire juif de Trump est aussi raciste qu’un éventuel membre du KKK, ou pire. La semaine dernière on a appris qu’en Israël les colons avaient implanté un panneau de signalisation qui dit « la zone où vous vous trouvez est sous contrôle juif. L’entrée est  absolument interdite aux Arabes et constitue un danger mortel pour vous. » Vous n’auriez jamais pu trouver de panneau semblable dans les Etats sudistes, même au temps de Jim Crow ! Y a-t-il eu la moindre riposte du côté des juifs américains « antiracistes » ? C’est une question rhétorique, évidemment.

N’importe quel numéro d’un quotidien juif vous offrirait des échantillons suffisants du racisme juif. Ici c’est un rabbin qui appelle à exterminer les  goys (comme les vermines qu’ils sont), là ce sont les juifs qui volent leur terre aux Palestiniens, là encore on a des juges juifs qui approuvent un vol caractérisé qui fait passer des maisons chrétiennes entre des mains juives.

Y a-t-il quelque chose que Trump ne saurait pas? Et s’il est au courant, pourquoi ne s’en sert-il pas pour sa défense ? Là, ce n’est pas une question rhétorique. La réponse, c’est qu’il a choisi de s’allier avec les juifs sionistes contre les juifs libéraux. C’est la méthode choisie par l’extrême-droite en France, en Grande Bretagne, en Hollande, en Suède. Peut-être que ça été utile quelque temps (pour avoir accès aux médias dominants), mais comme tout outil immoral, la chose a une durée de vie limitée. Les sionistes sont pour le peuple juif comme un fonds pour se couvrir, ceux qui parient contre le paradigme régnant. Ils ne peuvent pas vous faire chérir par les patrons des médias de masse, leur statut auprès du gouvernement mondial est extrêmement hasardeux. Les sionistes juifs peuvent pour un temps vous protéger de l’accusation d’antisémitisme, mais ils vous poignarderont dans le dos, aussitôt qu’il le faudra.

Non que les sionistes juifs ne servent à rien. Les sionistes sont utiles, dans un domaine en particulier : ils sont excellents pour révéler le racisme juif caché. Les militants palestiniens, parmi lesquels il y a des juifs aussi, peuvent expliquer ça aux Américains. Le livre d’Alison Weir et son site s’appellent « Si les Américains savaient », et tout y pointe sur cela. Norman Finkelstein peut en rajouter, de même qu’un bon nombre de juifs et de non juifs qui ont l’expérience du soutien aux Palestiniens.

Il est possible de battre les juifs et leur entourage au petit jeu du « sus au raciste » en s’en prenant au racisme israélien. De fait, c’est la seule chose qui marche, toute autre approche est vaine. Bannon a proclamé son sionisme, et il a fini en goy qu’on met à la porte. Richard Spencer a dit qu’il adorait Israël, et le voilà traité en paria. Le président Trump a suivi la même pente, qui mène à la défaite et à être rayé de la carte. Les nationalistes américains qui défendent le sionisme ont perdu leur supériorité morale et n’ont rien obtenu en échange.

Prendre position contre le racisme israélien est non seulement moral, c’est pratique et réaliste. C’est la voie pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Exigez qu’Israël abroge ses lois « sudistes » à la Jim Crow. Laissez les Palestiniens avoir les mêmes droits, les mêmes que les juifs en Terre sainte. Qu’ils aient le droit de vote, le droit à l’égalité dans l’emploi, la liberté de mouvement dans les mêmes autobus que les juifs.

Un Etat palestinien séparé et indépendant, ça ne suffit pas, surtout si on garde à l’esprit que les Juifs n’ont aucune envie d’en être les garants. Rappelez-leur plutôt que les Combattants juifs pour la liberté ne défendaient pas l’idée de bantoustans séparés pour les noirs, mais l’égalité pour les noirs et les blancs dans tous les Etats Unis d’Amérique. C’est la même attitude qu’il faut appliquer en Israël Palestine ; elle est là, la solution.

Si vous voulez leur casser la baraque, appelez à la démolition du mémorial au négrier juif David Levy Yulee[1], qu’on appelait “l’avaleur de feu de Floride » pour sa rhétorique enflammée en faveur de l’esclavage au Sénat US. Il avait démissionné de son siège de sénateur pour soutenir la Confédération, mais sa statue se dresse toujours très haut à Fernandina, sur l’île Amelia, en Floride, comme l’a confirmé Michael Hoffman qui remarque que ni l’Anti Defamation League ni le Centre de lois sur la pauvreté au Sud (SPCL) n’ont jamais appelé à l’abattre. C’est le moment d’exiger de la Floride qu’elle abroge sa désignation officielle de « Grand Floridien », qui date de 2000.

Je recommanderais au président Trump d’en appeler au meilleur côté de la nature humaine : si vos concitoyens américains veulent moins de racisme, eh bien il faut aller dans ce sens, en  rejetant le sionisme. Et foncez pour appliquer  votre ordre du jour. Monsieur le Président, j’ai constaté avec une vive satisfaction  que vous vous êtes débarrassé de la Corée du Nord, et que vous vous êtes référé à Jeff Bezos, votre ennemi juré. Mais il reste votre projet pour l’Afghanistan, qui est une erreur. Cela ne vous vaudra aucune gloire. Il vaudrait mieux vous en tenir au plan de départ, c’est à dire limiter les pertes et vous retirer d’Irak, d’Afghanistan et de Syrie avant que le retors Netanyahou vous embringue dans une guerre que vous n’aurez pas choisie. Commencez à ramener chez vous troupes et bases. Faites mieux qu’Obama : démolissez le bagne de Guantanamo et rendez l’enclave aux Cubains, avec les prisonniers qui y sont encore. Laissez-les se débrouiller avec les propriétaires.

Il est parfaitement superflu de vous mettre les noirs à dos. Il n’y a rien à y gagner. Ils ne sont pas contre vous, ils ne sont pas contre les blancs, ils ne sont même pas contre les nationalistes. Ils sont en partie blancs, en général. Certes, la surestimation de la contribution des noirs à la civilisation américaine, obligatoire selon le dogme de la diversité, peut être pesante, surtout dans la mesure où c’est censé offrir une couverture pour cacher leur taux excessif d’incarcération. Occupez-vous de cette question. Il y a beaucoup trop de pensionnaires dans le goulag US. Ramenez leur nombre au niveau des années 1970, par exemple. Abrogez les lois Clinton draconiennes. Et vous serez appelé Trump le Libérateur, et la principale raison pour le grossissement artificiel du facteur noir s’évanouira d’elle-même.

Une révolution de couleur,  on peut la mater en tenant fermement la barre, par l’arrière. Vous êtes golfeur : gardez les yeux fixés sur votre balle, Monsieur le Président.

 

Israel Adam Shamir

Article original en anglais :

The Pink Revolution and How to Beat It, publié le 26 aout 2017. Publié également par The Unz Review

Traduction et notes par Marie Poumier pour le site Entre la Plume et l’Enclume

 

[1] Wikipedia lui rend un vif hommage, et conclut : « David Levy Yulee est le fondateur et propriétaire de la plantation de canne à sucre devenue le site historique d’État de Yulee Sugar Mill Ruins, détruite pendant la guerre de Sécession, employant plus de 1 000 esclaves.

La ville de Yulee et le comté de Levy en Floride sont nommés en son honneur ».

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net