Ces islamophobes promoteurs de l’islamisme


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Des étudiantes dans l’Afghanistan des années 70

Contrairement à ce qu’affirment les islamophobes, l’essor de l’islamisme – comme on aime à l’appeler en France – n’est pas intrinsèque à l’islam, mais le résultat direct de la politique américaine et atlantiste au Moyen-Orient.

Al-Qaeda est née en Afghanistan, nourrie par les armes et l’argent américains. Idem pour Daech, créé suite à l’invasion de l’Irak. Sans oublier la Libye, devenue terrain fertile des jihadistes après sa destruction par l’Otan.

Par ailleurs, l’islam radical ne se serait sans doute jamais autant développé en France et en Europe sans le financement des alliés de l’Otan: le Qatar et l’Arabie Saoudite – Donald Trump n’a-t-il pas récemment rappelé que les États-Unis étaient les protecteurs de la monarchie saoudienne?

De plus, le développement de l’islam radical en France a beaucoup plus à voir avec la politique mercantile et irresponsable de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, clients des régimes wahhabites qatari et saoudien, qu’avec la foi musulmane.

Quant au si décrié Hamas – la branche palestinienne des Frères Musulmans, il a été créé avec l’aide d’Israël pour affaiblir le Fatah de Yasser Arafat – de l’aveu même d’un ancien diplomate israélien. Israël a également admis il y a quelques mois avoir financé et armé des « rebelles » dans le Golan syrien occupé, c’est-à-dire des membres d’al-Nosra, la branche d’Al-Qaeda en Syrie.

Des années 50 aux années 80 du siècle dernier, l’islamisme – l’interprétation rigoriste des lois coraniques et son application stricte dans la sphère publique – n’était pas en odeur de sainteté dans les pays arabes à majorité musulmane. Souvenons-nous des moqueries de Nasser en Égypte à propos du voile obligatoire.

Mais la France et surtout la Grande Bretagne voulaient faire tomber le raïs égyptien. Ils ont donc soutenu, protégé et nourri ses pires ennemis: les Frères Musulmans. Peu importe si cette confrérie affichaient des idées contraires aux principes qui ont fondé les démocraties occidentales.
L’idéologie des Frères Musulmans – le fameux islam politique dont on nous parle tant – est, avec le wahhabisme, la principale inspiration des groupes « takfiristes » (appelés aussi « jihadistes ») à travers le monde, d’Al-Qaeda à Daech, en passant par les Talibans.
Dans l’Irak de Saddam Hussein et la Syrie de Hafez el-Assad, tous les deux musulmans mais adeptes de l’idéologique baasiste, laïque et socialiste, les islamistes étaient pourchassés et écrasés dans le sang, comme ce fut le cas du soulèvement des Frères Musulmans à Hama en Syrie au début des années 80.
L’invasion de l’Irak et la chute de Saddam Hussein puis la guerre en Syrie contre le régime baasiste ont été une bénédiction pour les islamistes qui ont pu y constituer de véritables armées, et dans le cas de Daech, créer un état, un califat autoproclamé, à cheval sur les deux pays en ruine.
L’Afghanistan, pour sa part, était communiste. Afin de l’arracher à la mainmise soviétique, les États-Unis ont financé, entrainé et armé des rebelles afghans, majoritairement islamistes. Leurs héritiers ont constitué le mouvement des Talibans. Les États-Unis ont également créé une « légion arabe » sous la direction d’Oussama Ben Laden pour combattre les Soviétiques. Cette « légion », formée de mercenaires islamistes venus de plusieurs pays de la région, est devenue Al-Qaeda.
Bien que se revendiquant de l’islam, la Jamahiriya libyenne du colonel Kadhafi ne tolérait pas les mouvements fondamentalistes religieux. Sa chute, la destruction ainsi que le dépeçage de la Libye ont permis aux islamistes de sortir au grand jour et transformer le pays en havre pour jihadistes du monde entier.
La plupart des islamophobes militants qui hantent les plateaux de télévision et les colonnes des journaux et magazines soutiennent la politique américaine et atlantiste au Moyen-Orient, notamment l’invasion de l’Irak, la destruction de la Libye et la guerre en Syrie. Ils ont par conséquent applaudi les décisions politiques et militaires qui ont contribué à l’essor de l’islamisme.
En France, nombre d’entre eux ont soutenu ou travaillé avec Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Ils ont donc adoubé, souvent par leur silence, les décisions qui ont favorisé la mainmise saoudienne et qatarie sur l’islam hexagonal et, ce faisant, ont participé activement à sa communautarisation et sa radicalisation.
Bref, hypocrisie suprême, ces islamophobes veulent nous effrayer avec un islamismequ’ils ont eux-mêmes contribué, directement ou indirectement, à développer en France, en Europe et au Moyen-Orient.
© Claude El Khal, 2019
Claude El Khal : Born in Beirut, schooled in Paris, lived and worked in London, Dubai and of course Beirut. Writer, filmmaker, journalist, former aspiring comedian, occasional cartoonist. I write in english with a slight french accent and in french with a lebanese inflection.

Merci Brenton Tarrant pour ce moment magique de fraternité !


Le Libre Penseur !

On aurait aimé s’en passer, éviter ce carnage, ces 50 morts et dizaines de blessés mais il faut dire que ce malade mental a réussi à faire naître dans le cœur des Néo-Zélandais d’un côté, et de la communauté musulmane mondiale de l’autre, un sentiment de fraternité extraordinairement fort ! Il faut croire que ce sociopathe a complètement raté son coup et c’est tant mieux. C’est Éric Zemmour – et ses copains – qui doit passer actuellement un moment extrêmement difficile…

Ce n’est plus de la fraternité que l’on ressent envers ce peuple mais bien de l’amour !

via Le Libre Penseur

Le Mahdi : depuis les origines de l’Islam jusqu’à nos jours


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Ouvrage: Le Mahdi : depuis les origines de l’Islam jusqu’à nos jours

Auteur: Darmesteter James

Année:

 

 

CONFÉRENCE DU 28 FÉVRIER 1885
FAITE À LA SORBONNE
DEVANT L’ASSOCIATION SCIENTIFIQUE DE FRANCE

Mesdames, Messieurs,

Je vous dois, pour commencer, un aveu loyal. Si vous êtes venus ici dans l’espérance de remporter de l’inédit sur le prophète du Soudan, je crains que vous ne quittiez cette salle quelque peu déçus. Sur le Mahdi de 1885, je ne crois pas avoir grand’chose à vous apprendre qui n’ait déjà été dit. La presse, d’ailleurs, se charge de satisfaire votre curiosité mieux que je ne saurais le faire et vous a dit déjà tout ce qu’on sait de lui, et même plus qu’on n’en sait. Heureusement, dans ce monde, et surtout dans le monde musulman, l’histoire se répète si étrangement que vous raconter les aventures des Mahdi d’autrefois, c’est déjà vous faire par avance l’histoire du Mahdi d’aujourd’hui, son histoire passée, présente et future. Vous savez, en effet, que le prophète d’aujourd’hui n’est point le premier de son espèce, pas plus qu’il n’en sera le dernier. Il y a eu des Mahdis avant lui et il y en aura après lui. L’histoire de ses prestiges, de ses promesses, de ses succès et, tôt ou tard, de la déception finale, toujours inévitable, a déjà retenti plus d’une fois dans l’Islam et retentira plus d’une fois encore. On a attendu le Mahdi dès les premiers jours de l’Islam et il y aura des Mahdis tant qu’il y aura un musulman. Nous remonterons donc, si vous le permettez bien, du 28 février de l’an de grâce 1885 — du 13 djoumâdâ l’oulâ de l’année 1302 de l’hégire — à l’an 622 de notre ère, à l’an I de l’ère musulmane.

I
THÉORIE DU MAHDI

Vous savez comment s’y prit Mahomet pour faire sa religion. Quand il parut, il y avait en Arabie, à côté du vieux paganisme national, trois religions étrangères : le judaïsme, le christianisme et la religion de Zoroastre, c’est-à-dire la religion qui régnait en Perse avant la conquête musulmane et qui s’était propagée en Arabie, au Nord par le commerce, et au Sud, dans le Yémen, par la conquête. Mahomet ne se mit pas en frais d’originalité : il prit ses dogmes aux juifs et aux chrétiens ; il prit sa mythologie aux juifs, aux chrétiens et aux Persans : il n’y eut jamais religion fabriquée à meilleur compte. Or, un trait qui était commun à ces trois religions, c’était la croyance en un être surnaturel qui devait, à la fin des temps, ramener dans le monde l’ordre et la justice qui en sont bannis et préluder au règne de l’immortalité et de la félicité sans fin.

Ce n’est pas ici le lieu de faire l’histoire de cette idée, que l’on appelle l’idée messianique : vous avez tous lu les pages admirables que lui a consacrées l’auteur de la Vie de Jésus. Pour notre objet présent, il suffit ici de vous rappeler que cette conception, qui est née dans le judaïsme et qui a donné naissance au christianisme, n’avait pris chez les juifs et les chrétiens eux-mêmes sa forme définitive que sous l’influence de la mythologie persane. De là, sous ses trois formes, juive, chrétienne et persane, malgré une certaine variété de détails, une ressemblance profonde dans les grandes lignes. Dans les trois religions, l’arrivée du Sauveur devait être précédée d’un immense déchaînement des forces du Mal, personnifié chez les juifs par l’invasion et les ravages de Gog et Magog ; chez les chrétiens, par le Dragon ou la Bête de l’Apocalypse et par un faux prophète, le prophète de Satan, appelé l’Antéchrist ; chez les Persans, par le serpent Zohâk, incarnation d’Ahriman, le mauvais principe (1). Des trois côtés également, le Sauveur devait descendre en droite ligne du personnage le plus auguste de la tradition nationale : chez les juifs et les chrétiens, il s’appelait le Messie et descendait du roi-prophète d’Israël, David ; chez les Persans, il s’appelait Saoshyant et était fils du prophète de la Perse, Zoroastre (2) : il fallait que la figure qui, dans les trois religions, dominait l’histoire du monde, dominât aussi la fin du drame.

La doctrine messianique des musulmans est empruntée au christianisme. Les musulmans croient, comme les chrétiens, que Jésus doit, le jour venu, anéantir le démon déchaîné, la Bête de l’Apocalypse, le faux prophète de la dernière heure, l’Antéchrist, qu’ils appellent Deddjâl, c’est-à-dire l’imposteur. Mais l’Islam ne pouvait laisser à Jésus le rôle suprême et décisif. L’Islam croit à la mission de Jésus, mais non pas à sa divinité. Cinq prophètes jusqu’à Mahomet ont paru depuis la création : Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus, chacun plus grand que son prédécesseur, chacun apportant une révélation plus complète et plus haute que la précédente. Jésus est au-dessus des prophètes de la loi ancienne, mais il est au-dessous des prophètes de la loi nouvelle, celle qu’inaugura Mahomet. Il ne sera donc dans la lutte finale que le serviteur et l’auxiliaire d’un personnage plus auguste : ce personnage est le Mahdi.

Le sens littéral de ce mot de Mahdi n’est point, comme on le dit généralement dans les journaux, Celui qui dirige, sens en effet plus satisfaisant pour un Européen ; Mahdi est le participe passé d’un verbe hadaya, diriger, et signifie Celui qui est dirigé. L’idée fondamentale de l’Islamisme, c’est l’impuissance de l’homme à se diriger lui-même, à trouver la vérité, la voie droite. Par bonheur, Dieu envoie par instants à l’humanité ignorante des hommes en qui il met sa science et à qui il révèle ce qui est et ce qu’il faut faire : ce sont les prophètes. Le prophète, par lui-même, est aussi ignorant, aussi frêle, aussi borné que le reste de ses frères ; mais Dieu lui dicte, fait de lui son porte-paroles, et, s’il est le directeur des hommes, c’est parce que lui-même est seul « le Bien-Dirigé », le dirigé de Dieu, le Mahdi. Le mot de Mahdi n’est donc qu’une épithète qui peut s’appliquer à tout prophète et même à toute créature ; mais, employé comme nom propre, il désigne le Bien-Dirigé entre tous, le Mahdi par excellence, c’est-à-dire le Prophète qui doit clore le drame du monde. De celui-là Jésus ne sera que le vicaire. Jésus viendra égorger l’Antéchrist, massacrer les juifs, convertir à l’islamisme les chrétiens et les idolâtres, et, cela fait, il assistera le Mahdi dans la célébration d’un office suprême, le dernier célébré ici-bas, et répétera docilement la prière que prononce le Mahdi, comme le fidèle dans la mosquée répète les paroles que prononce l’imâm (3), chef de la prière. Alors retentiront les fanfares de la résurrection, et Dieu viendra juger les vivants et les morts (4).

II
FORMATION DE LA THÉORIE DU MAHDI

Le Coran ne parle point du Mahdi. Il semble pourtant bien certain que Mahomet l’avait annoncé, sans que l’on puisse dire au juste l’idée qu’il s’en faisait. Parmi les paroles que lui prête la tradition se trouvent celles-ci : « Quand même le temps n’aurait plus qu’un jour à durer, Dieu suscitera un homme de ma famille qui remplira la terre de justice autant qu’elle est remplie d’iniquité (5). » Autrement dit, le Mahdi serait du sang de Mahomet.

On peut douter que Mahomet lui-même se fût exprimé aussi nettement sur ce point. Il n’avait point de fils et rien n’indique qu’il ait admis dans la prophétie ce principe d’hérédité qui répugne si fort au génie anarchiste de la race arabe. Ni de son vivant, ni en mourant, il n’avait désigné d’héritier. Dieu choisit qui il veut : il n’est pas astreint à faire descendre ses dons avec le sang, et ses faveurs ne sont pas enchaînées au hasard de la génération. Si le prophète disparaît sans avoir légué son manteau au disciple qu’il a distingué, c’est au peuple à reconnaître sur quelles épaules il doit le jeter. La question se posa dès la mort de Mahomet et fut bientôt tranchée. Il ne laissait qu’une fille, Fatimah, qu’il avait donnée à son cousin, le jeune Ali, le premier de ses prosélytes, le plus dévoué et le plus ardent. Tout un parti se forma autour d’Ali ; mais par trois fois il fut écarté, trois fois en vingt-trois ans, la succession du Prophète, le Khalifat, ouverte par la mort, passa à des étrangers : Abou Bekr, Omar, Othman.

Le gendre du prophète parvint enfin au khalifat, mais pour se débattre au milieu de haines féroces sous lesquelles il succomba. Le fils d’un des adversaires les plus acharnés du Prophète, de l’un de ceux qui avaient tenu jusqu’au bout pour la vieille idolâtrie arabe, Moaviah, préfet de Damas, chef de la famille des Oméiades, fonda le khalifat héréditaire sur le cadavre du gendre du Prophète. C’était la revanche du paganisme. Ces khalifes de Damas étaient d’affreux mécréants, qui buvaient le vin sans se cacher, au lieu de le boire en se cachant, comme c’est le devoir d’un pieux musulman. Leur représentant typique était ce Wélid II, qui s’exerçait à la cible sur le Coran en lui disant en vers : « Au jour de la résurrection tu diras au Seigneur : C’est le khalife Wélid qui m’a mis en lambeaux » ; ou cet Abd-el-Melik, qui, à l’instant où il fut salué du titre de khalife, fermait le Coran, qui jusqu’alors ne l’avait jamais quitté, en disant : « Maintenant, il faut nous séparer. » Et pourtant c’est sous les auspices de ces princes à demi idolâtres que l’Islam fit ces merveilleuses conquêtes qui sont encore aujourd’hui l’étonnement de l’histoire, comme la Révolution fit le tour de l’Europe sous la cravache de Napoléon. C’est la loi, qu’un principe nouveau ne triomphe dans le monde que par ceux qui le corrompent et l’exploitent. C’est au moment de ce triomphe des Oméiades que commença à se préciser et à se développer la doctrine du Mahdi au profit des descendants d’Ali.

C’est que dans l’intervalle un événement capital s’était produit : la conquête de la Perse. Cet immense empire qui, pendant quatre siècles, avait tenu tête à Rome et à Byzance, venait de crouler en quelques années, sous le choc de quelques escadrons arabes poussant le cri de : « Dieu est grand », Allah akbar. La résistance nationale fut nulle : les armées de l’État dispersées, le peuple se soumit sans bouger. Bien plus, il adopta en masse la religion nouvelle, bien qu’elle ne fût pas imposée. Car les Arabes des premiers temps, si fanatiques qu’ils fussent, n’offraient point le choix, comme on l’imagine, entre le Coran et le glaive : ils laissaient une troisième alternative, le tribut à payer, et les Khalifes aimaient beaucoup mieux voir les peuples adopter cette dernière alternative, qui avait le grand avantage de remplir les coffres. Les succès du Coran effrayaient leurs ministres des finances et, comme s’en plaignaient les intransigeants de l’Islam, il semblait que Dieu eût envoyé le Prophète, non comme apôtre, mais comme collecteur de taxes.

La Perse se convertit en masse et de plein gré : l’invasion arabe était pour elle une délivrance, en religion comme en politique. Elle avait subi sous les derniers rois nationaux une période d’anarchie épouvantable, et la religion d’État, le zoroastrisme, religion d’une morale très pure et très haute, avait néanmoins inauguré en Orient une chose alors toute nouvelle : l’intolérance. Chargée de pratiques pénibles, de prohibitions vexatoires auxquelles les Sassanides — les premiers souverains qui aient inventé la formule du trône appuyé sur l’autel (6) — prêtaient l’appui du bras séculier, elle avait perdu toute prise sur les esprits ; et comme, d’autre part, elle était aussi hostile que possible à cet esprit d’ascétisme que le peuple aime à voir dans sa religion, même et surtout quand il ne la pratique pas, elle cessait d’être respectée sans cesser d’être lourde : elle ne pouvait plus durer, parce qu’elle ne gênait pas les passions et qu’elle gênait les intérêts.

Aussi, du jour au lendemain, la moitié de la Perse était musulmane, d’un islamisme étrange, il est vrai : l’Islam la dégageait de son culte incommode ; mais elle y transportait une chose à laquelle un pays tient bien plus qu’à sa religion, à ses dogmes et à son culte : elle y transportait en masse toute sa mythologie.

Quand la querelle entre Ali et les Oméiades éclata, la Perse, au fond, était bien peu intéressée dans la querelle : que lui importait qui tenait en main le bâton du khalife, de l’Arabe Ali ou de l’Arabe Moaviah ? Elle devait faire des vœux pour le vaincu, quel qu’il fût : c’était faire des vœux contre le maître. Le sentiment national s’était assez vite redressé. De revenir à l’ancienne religion, on n’y songeait guère : les souvenirs de cette dure et pédantesque discipline étaient encore trop cuisants. On restait musulman ; mais l’Islam est une chose et les Arabes en sont une autre : on voulait bien de l’un ; mais des autres, le moins possible. Ali ayant succombé, Ali avait le droit. Mais, une fois que la Perse fut alide, elle le devint de cœur et pour une raison profonde : c’est qu’Ali, gendre du prophète, c’est que les fils d’Ali, petits-fils du prophète, représentaient, pour un Persan, le principe de l’hérédité, du droit divin.

Or, la constitution persane, depuis des siècles, reposait sur le droit divin, principe commun d’ailleurs à toutes les nations aryennes dans leurs périodes primitives. Les Perses, comme les Indous, comme les Grecs homériques, croyaient que parmi les hommes il existe certaines familles, directement descendues de Dieu, et auxquelles appartient l’empire par le droit de leur nature surhumaine : ces rois, « ces fils de Zeus », comme disaient les Grecs, recevaient, croyait-on en Perse, et se transmettaient par la génération une flamme subtile, sorte d’auréole venue du ciel et qui s’appelait le Farri yazdan, c’est-à-dire « la gloire venue de Dieu ». Le roi était Dieu, fils de Dieu. Sur les inscriptions qui nous restent de ces princes, ils se proclament « divins, de race céleste (7) » ; ils s’intitulent dans leur correspondance « frère du Soleil et de la Lune, homme parmi les dieux, Dieu parmi les hommes (8) » ; ils portaient sur leur couronne une représentation du globe céleste, pour rappeler qu’ils étaient l’axe ou le pôle de l’humanité (9). Pendant quatre siècles, sous les Sassanides, la Perse avait été glorieuse et puissante, parce que le pouvoir était resté dans le sang légitime et divin : ces grands Sassanides eux-mêmes ne s’étaient pas sentis affermis sur le trône qu’ils ne se fussent rattachés d’abord, par-dessus les Parthes et les successeurs d’Alexandre, à la race des Achéménides, héritiers directs des premiers héros mythiques de l’Avesta, Féridoun et Djemchid. La décadence de la Perse avait commencé le jour où l’usurpation avait interrompu la lignée divine. Aussi, pour un Persan croyant à l’Islam, les prétentions et le triomphe des Oméiades, en dehors même de leur indignité religieuse, étaient un renversement monstrueux de la raison et du droit.

Aussi Ali, à peine mort, entra de plain-pied dans la légende et le mythe. Ali, cousin, frère, puis fils d’adoption du Prophète, son premier fidèle et son plus intrépide défenseur ; le guerrier que jamais homme n’avait vaincu, « à la naissance de qui, disait le khalife Abou-Bekr, les plus braves épées étaient rentrées dans le fourreau » ; le Samson des temps nouveaux qui, à l’assaut de Khaibar, avait arraché de ses gonds la porte de la ville et s’en était couvert comme d’un bouclier ; le beau, le noble, le charitable, le généreux, le sage et savant Ali, de qui le prophète avait dit : « Je suis la ville de la science et Ali en est la porte » ; Ali, trois fois dépouillé par l’intrigue de l’héritage de son père et tombant enfin sous le poignard des assassins, devint pour les siens comme une sorte de Christ héroïque et militant (10).

De là le grand schisme qui dès les premiers jours divisa l’Islam. Tandis que la plus grande partie des musulmans, les hommes de la tradition, les Sonnites, révéraient les trois premiers khalifes électifs à l’égal d’Ali, les autres, recrutés principalement parmi les Persans, les maudissaient comme usurpateurs et ne reconnaissaient que le gendre du Prophète pour imâm ou chef légitime : ils formaient la secte des Alides ou imâmiens, c’est-à-dire de ceux qui croient qu’il y a dans tous les temps un imâm impeccable dont l’existence est absolument nécessaire pour maintenir l’ordre de l’univers, qu’il n’y a qu’un imâm légitime dans le monde comme il n’y a qu’un Dieu dans le ciel, et que cette dignité d’imâm est fixée dans la race d’Ali, choisi de Dieu. C’est la secte plus connue en Europe sous le nom que lui ont donné les orthodoxes, de chiites ou sectaires. Le culte d’Ali prit bientôt chez une partie de ses fidèles toutes les allures d’une religion. Il y avait en lui une part de la divinité ; aussi n’était-il point mort, il était monté au ciel ; c’était lui qu’on voyait passer dans l’orage sur les nuées, c’était lui dont on entendait la voix dans le tonnerre et dont on voyait le fouet se tordre dans l’éclair. De son vivant même, dit-on, des hommes l’avaient adoré comme l’incarnation, disant : « Tu es Dieu. » Ali, indigné, et inconscient de sa divinité, leur faisait trancher la tête et les têtes en roulant continuaient à crier : « Ali, tu es Dieu ! (11) »

Ali laissait deux fils de Fatimah, Hasan et Husein ; Hasan fut empoisonné par les Oméiades ; Husein, abandonné dans la lutte par les partisans qui l’avaient appelé, avait été massacré à Kerbela avec toute sa famille, après une résistance héroïque et des scènes d’horreur dont la représentation a donné naissance en Perse à un monotone et admirable théâtre, que nous ont fait connaître les travaux de M. de Gobineau et de M. Chodzko (12) et qui aujourd’hui encore, chaque année, fait pleurer de douleur et de rage le Persan le plus incrédule.

Les Oméiades pouvaient triompher, assiéger et saccager les villes saintes, Médine et la Mecque, pousser les armes de l’Islam jusqu’au delà de l’Oxus et de l’Indus, jusqu’au Caucase, jusqu’aux Pyrénées : ils n’étaient que les maîtres de fait. Il n’y avait de chef légitime, d’imâm, que dans la race d’Ali. Si sombre que fût le présent, d’Ali devait sortir le sauveur futur, le Mahdi, puisqu’avait été confié à Ali le dépôt du sang du Prophète. Les Perses zoroastriens croyaient que le Sauveur, Saoshyant, devait naître du sang de leur prophète, Zoroastre : les Perses convertis n’avaient qu’à changer les noms propres. Ils racontaient qu’un jour Ali avait demandé au Prophète : « Ô prophète de Dieu ! le Mahdi sera-t-il des nôtres ou bien d’une autre famille ? » Et le prophète avait répondu : « Certainement il sera des nôtres. C’est par nous que Dieu doit achever son ouvrage, de même que par nous il l’a commencé (13). »

L’idée du Mahdi, une fois lancée, va faire le tour du monde musulman : nous allons la suivre rapidement chez les Persans, les Berbères, les Turcs, les Égyptiens et les Arabes du Soudan, sans avoir d’ailleurs la prétention de faire défiler devant vous tous les Mahdis qui ont passé un instant sur la scène prophétique, car leur nom s’appellerait Légion.

III
LE MAHDI EN PERSE, PREMIÈRE PÉRIODE
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Le califat dans les imaginaires de l’Islam sunnite 1/2


madaniya.info

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En 30 ans, deux califes assassinés, quatre guerres civiles scellent l’éclatement de l’Islam en trois islams : Sunnite, Chiite, Kharijite.

Note de la rédaction http://www.madaniya.info

Le califat est une notion exclusivement sunnite. Contrairement aux analyses des islamologues et autres islamophilistes, le califat universel n’existe pas. Le califat n’est pas universel, mais une notion exclusivement sunnite, et l’on ne comprendra rien au califat si on le décontextualise, c’est-à-dire si on en dé-sunnise l’histoire.

Retour sur cette séquence historique, sanglante que constitue le califat, «la plus grande source de discorde au sein de la Umma», selon l’expression du théologien Al Ashari.

Trois ans (2014-2017 : Telle aura été la durée du magistère du Calife Ibrahim, alias Abou Bakr Al Baghdadi, le plus court dans l’histoire du califat islamique.

Salué par la foultitude des djihadologues en herbe comme l’aube d’une nouvelle renaissance pan islamique, entraînant rupture du partage du Moyen orient selon le schéma Sykes Picot, le 5e califat de l’histoire musulmane est apparu au vu de sa pratique et de ses résultats comme l’expression d’une pathologie passéiste, d’une nostalgie de grandeur révolue.

Un délai ultra court au regard de l’histoire, mais qui aura opéré un bouleversement majeur des données de la guerre de Syrie et d’Irak. Parallèlement au travail de sape de la coalition occidentale en appui aux opérations au sol de ses supplétifs kurdes, la reconquête de l’Irak sur injonction de l’Ayatollah Ali Hussayni Al Sistani a mis en relief la contribution majeure des milices chiites irakiennes «Al Hached Al Chaabi» (La mobilisation Populaire) et des ses parrains iraniens dans la défaite de l’hydre djihadiste sunnite. A tout le moins en Irak.

Pour aller plus loin sur le thème

Fin de la note de la rédaction

1 – Le califat, la plus grande source de discorde

Beyrouth, mars-juillet 2017. La chute de Mossoul, capitale de L’État Islamique, en juin 2017, trois ans après la proclamation du califat, remet en mémoire la problématique du califat en terre d’Islam. À se référer à son histoire (1), le califat est, ainsi que l’a soutenu al-Ach’arī (2) en son temps, « a plus grande source de discorde au sein de la umma (…) Jamais principe religieux n’a fait couler tant de sang en islam».

Une histoire effectivement sanglante. En l’espace d’une trentaine d’années, entre 632, date de la mort du Prophète, et 661 l’assassinat de ‘Ali, sous ce califat dit Bien Guidé (al-kulafā’ ar-rāchidun), la umma islāmiyya fut ravagée par une suite de fitan (plur. de fitna(3)) – dont la plus traumatisante prit le nom de «al-fitna al-kubra»(4) – toutes ordonnées par la succession du Prophète.

Le Prophète mort, le choix d’Abu Bakr (r. 632-634) pour lui succéder ne se fit pas sans que sa nomination à la tête de la umma ne soulevât des tempêtes en son sein.

Il dut même affronter une sédition (632-633) qui, se généralisant rapidement (Bahreïn, Nadjd, Yamāma, Yémen, Hadramawt, ‘Umān), embrasa une grande partie des tribus arabes du monde islamique de l’époque et risqua de mettre la umma en pièces.

2- Les guerres d’apostasie : Hurub Ar-Ridda

Tout en proclamant haut et fort qu’elles ne reniaient pas l’islam et qu’elles continueraient à le pratiquer, les tribus arabes qui avaient été du vivant du Prophète sous domination médinoise, entrèrent en rébellion à sa mort, dénièrent reconnaître les représentants du «pouvoir central» de Médine -alors la capitale de ce qui n’était pas encore un empire-, refusèrent de continuer à payer l’impôt et, plus grave, maint de leur dirigeants s’érigèrent en successeur, en khalīfa, voire certains en prophète.

Baptisée du nom de hurub ar-ridda, cette première fitna remettant en question le Pouvoir central, ie le califat de Abu Bakr, fut à l’évidence de nature politique plutôt que religieuse comme on a voulu le faire croire en les dénommant hurub «ar-ridda», qui veut dire guerres «d’apostasie».

Si, les guerres de ridda matées, le califat de ‘Umar (r. 634-644) se passa sans fitna qui remît en question l’unité et l’unicité de la umma(5), la catastrophe survint vingt-cinq ans après la mort du Prophète, sous le califat de ‘Uthman (r. 644-656), pour se reconduire, s’amplifiant, tout au long du califat de ‘Ali (r. 656-661)… et même au-delà.

Après une période de fortes tensions induites par le gouvernement de ‘Uthmān jugé inique et parentiste, il fut assassiné chez lui, à Médine, en 656. Comme le diront les chroniqueurs, le meurtre de ‘Uthman aura été «al-bāb al-maftūh lil-fitna» [La porte ouverte à la «discorde et la guerre civile»]. Et effectivement, de cet assassinat, en soi déjà une crise, se foisonna une suite dérèglée de fitan plus graves les unes que les autres et toujours ordonnée à la succession du Prophète.

À la mort de ‘Uthman, les Médinois choisirent de prêter allégeance (bay’a) à ‘Ali dans l’urgence, traduisant leur désarroi quant à la possible décomposition de la umma. Mais cette élection ne satisfit pas tout le monde : notamment ‘Aycha, veuve du Prophète, et deux de ses Compagnons, az-Zubayr et Tālha qui avait, lui, des prétentions au califat ; notamment aussi Mu’āwiya, alors gouverneur de Damas et proche cousin de ‘Uthman, qui refusa la bay’a tant que ‘Ali, accusé d’être leur complice, n’aura pas vengé ‘Uthman en arrêtant ses assassins; notamment enfin des khārijites ou khawārij, qui, eux, se révoltèrent mais en un sens totalement différent. On y reviendra.

3- La bataille du Chameau (656) et la bataille de çiffin (657), dont l’enjeu est la succession du prophète

Cette suite réglée de crises devait s’engendrer en une suite réglée de trois batailles sanglantes et d’un assassinat dont l’enjeu était encore et toujours commandé par la succession du Prophète.

La première d’entre elles, fut la Bataille du Chameau (656) qui mit aux prises ‘Ali contre ‘Aycha et ses alliés, les deux Compagnons du Prophète.

Après Hurub ar-ridda, la Bataille du Chameau fut la seconde des grandes batailles qui opposa les armes à la main, les premiers musulmans entre eux.

Certes, ‘Ali en sortit vainqueur, mais la contestation de son califat ne prit pas fin pour autant, car dans la même foulée, se coulant l’une dans l’autre, l’année suivante s’accomplit en Syrie la troisième grande bataille des musulmans entre eux, celle de Çiffīn (657) qui opposa ‘Ali à Mu’āwiya.

4- La sortie des Kharijites et la bataille de Nahrawān (658-659)

Enfin, dans la coulée de cette bataille, une autre fitna, encore plus grave quoique d’un autre genre, opposa ‘Ali à certains de ses partisans. En effet, face au risque de perdre la bataille de Çiffīn, dont son armée était en passe d’être défaite, Mu’āwiya ordonna à ses hommes de brandir des Corans au bout de leur lance afin de réclamer un arbitrage humain. Après hésitation, ‘Ali finit par accepter l’arbitrage humain. Son acceptation eut deux suites majeures. Par rapport à son ennemi, l’arbitrage lui ayant été favorable, Mu’āwiya légitima sa désobéissance à ‘Ali et se fit proclamer calife en 660, avec pour capitale Damas. Deux califes désormais, régnaient sur la umma, Mu’āwiya à Damas en Syrie, ‘Ali à Kūfa en Iraq où il s’était replié avec ses partisans.

Seconde suite majeure. Qu ‘Ali eût accepté l’arbitrage humain est précisément ce que refusèrent certains de ses partisans qui se révoltèrent contre lui, car, pour eux, il est impossible de sceller le sort d’une bataille par l’arbitrage humain, puisque «Lā hukma illā li-Allāh»/«Lā hukma illā-lillāh» [Il n’y a d’arbitrage/de jugement que de celui de Dieu].

Ils décidèrent donc de «sortir» -(kharaja d’où leur nom : khārijites/khawārij, les «sortants»)(6)- des rangs de ‘Ali. Les considérant comme «sortis» de la umma, ‘Ali déclencha la quatrième des grandes batailles de ce califat «Bien Guidé», la terrible Bataille de Nahrawān (658-659) qui se conclut au profit de ‘Ali par une non moins terrible répression contre les khārijites, on a parlé de massacre. Et ce fut un khārijite qui lui asséna, en 661, le coup de poignard qui lui sera fatal.

Avec l’assassinat d‘Ali prit fin le mal nommé califat Bien Guidé qui fut à l’évidence des faits un «califat fitnique».

5- En 30 ans, deux califes assassinés, quatre guerres civiles scellent l’éclatement de l’Islam en trois islams : Sunnite, Chiite, Kharijite

En l’espace de seulement trente ans, pour raison de succession, deux califes auront été assassinés, quatre guerres civiles auront ensanglanté la umma, deux califes en guerre auront régné ensemble, et enfin mais surtout, le terme de ce califat aura définitivement scellé l’éclatement de l’Islam en trois islams :

l’islam sunnite, l’islam chiite et l’islam khārijite.

En l’espace de trente ans, ce califat des Premiers temps aura été vécu en contradiction frontale avec tout ce que les musulmans en attendaient ; de son fait les musulmans – qui ne s’attendaient pas que l’horizon islamique fût inaccessible, que les temps post prophétiques fussent si conflictuels, si profondément traversés par la fitna, ni si en contradiction avec les idéaux de l’islam ; les musulmans donc firent l’expérience de l’impossible unité de la umma.

Et pourtant !

6 -Le hiatus entre une réalité sanglante et la représentation mythifiée du Califat

Deux siècles après ces tragiques événements, à partir du VIIIe siècle bien que le fond de l’air en eût été plein depuis les grondements de la fitna, la fiction des Khulafā’ Rāshidūn -comme un pressentiment vers la fin du califat dit Bien Guidé, comme une présomption sous les Omeyyades et enfin comme une conviction partagée par la «umma sunnite» avec et depuis les Abbassides- s’imposa à tous, si ce n’est comme un «fait» en tout cas comme une «vérité»; et pour près de douze siècles, du VIIIe à nos jours, le califat dit Bien Guidé a représenté – et représenterait toujours (?) – pour la majorité des peuples musulmans sunnites, la vérité par excellence de l’«État islamique».

Comment expliquer ce(t) hiatus entre une réalité sanglante sans cesse avérée et sa représentation mythifiée ?

Comment expliquer que le Califat de paix et d’unité fantasmé en âge d’or, ait pu naitre d’une période califale (7) faite de discordes, de troubles, d’assassinats, de massacres et de guerres civiles, à répétition ?

Comment ce qui a existé, un califat fitnique, «malheureux (8)», a-t-il donné naissance à ce qui n’exista jamais et dont les musulmans n’avaient nulle expérience, le «califat “Heureux”(9)» dit des Bien Guidés ?

Le paradoxe intrigue ! Quand bien même l’on serait réduit à des explications conjecturales, tentons quand même l’aventure de nous l’expliquer ! Aventure que bien d’autres avant ont tentée.

Mais il me semble qu’au regard de ce que j’ai lu sur cette question – et Dieu sait la masse de ce que je n’ai pas lu -, il me semble que l’hypothèse retenue régulièrement repose, explicitement ou implicitement, sur l’opposition «réalité vs imaginaire/irréalité», en l’occurrence, la «réalité» fitnique du califat vs la «vérité imaginaire» d’un Califat Bien Guidé perçu comme promesse, celui-ci ne venant pas prendre la place de celui-là, s’y substituer pour l’effacer de la «mémoire de ces lieux», mais pour le chevaucher actant ainsi une bien étrange valse entre le «fait» de l’histoire et la «vérité» de la promesse. Mais une promesse ne peut se comprendre si l’on omet de prendre en compte celui qui fait confiance à la parole donnée, car quel sens aurait une promesse si elle n’avait pas un bénéficiaire qui croit à sa possible réalisation ?

À l’opposition radicale retenue par cette lecture «réaliste», le libre jeu de l’imaginaire en cette circonstance me semble avoir été beaucoup plus subtil et plus complexe dès lors que cette opposition vue autrement ou sous un autre angle, pourrait n’être que la forme sensible d’autres oppositions qui en constitueraient comme son imaginaire premier ?

«C’est précisément l’avantage d’une action symbolique que, agissant par elle-même, elle peut recevoir de multiples interprétations et dire à chacun, selon son point de vue, une chose nouvelle.» Johann Gottfried Herder, Sämtliche Werke, vol. 20, cité par Barbara Stollberg-Rilinger, «La communication symbolique à l’époque pré-moderne. Concepts, thèses, perspectives de recherche», Trivium [En ligne], 2 | 2008, mis en ligne le 24 octobre 2008, http://trivium.revues.org/1152 «Le symbole exprime ce qui ne peut être dit que par lui.» André Malraux.

Pour essayer de cerner l’imaginaire dont il est question, le mieux serait de revenir à l’horizon d’attente des musulmans de ce temps-là tel qu’il transparait dans la nostalgie du temps prophétique où elle s’origine.

Et effectivement, il me semble, que c’est que de là, du moment de son irruption et non d’elle-même que la fiction du Califat Bien Guidé tire son sens et sa force : de son inscription dans le contexte fitnique d’alors. C’est bien pour cela, je crois, qu’elle ne s’est pas construite pour «produire» une «autre réalité», une sorte de «contre-réalité» qui aurait falsifié les faits passés ; mais par le détour du contrepoint, il s’agissait de s’«inventer» une «vérité» autre que celle charriée par la «réalité fitnique».

7 – On ne succède pas au prophète

Or donc la fitna s’étant confondue dans l’imagerie musulmane à un effondrement, elle s’est engendrée en une crise «des signes». Bien qu’éprouvée et reconnue au plan des faits et de l’histoire, cette crise des signes est demeurée néanmoins «invisible» sur un autre plan, car la reconnaître menaçait et menace toujours d’ébranler les fondations d’une Loi fondamentale vécue comme sacrée : ce qui est reconnu c’est la crise de la succession califale qui donna lieu au califat fitnique ; mais ce qui est méconnu c’est l’impossibilité (de fait/de droit ?) d’une telle succession : on ne succède pas au Prophète.

Qu’elle soit méconnue, signifie que cette crise relève de l’indicible, de l’irreprésentable et dès lors du méconnaissable.

Non reconnue, elle demeure suspendue, sans lieu propre dans la compréhension de la totalité de ce qui se passe : on ne tient pas compte de ce qui s’est passé et on continue de fonctionner comme la succession prophétique était possible ; on continue d’agir et de penser comme si le ciel, le soleil, les éléments et les hommes n’avaient pas changé d’ordre, de mouvement et de puissance et ne sont pas différents de ce qu’ils étaient autrefois.


Notes
1- Tous les éléments qui suivent ont fait l’objet d’une narration historique issue de la tradition sunnite de l’époque ‘abbasside et transmise par les chroniqueurs des VIIIe-IXe siècles – soit quelque deux siècles après l’avènement des faits. Cette narration chrono-graphique constitue le canon historique chez les sunnites. Quand bien même les faits ne pourraient être avérés «scientifiquement», il reste que c’est cette narration, autant dans sa forme que dans son contenu, qui a marqué et marque toujours les esprits et c’est en elle que se fournit le matériel de l’imaginaire des Musulmans sunnites.
Les chiites, par contre, attachés au principe «généalogique» de transmission du pouvoir: ‘Ali, cousin et gendre du Prophète, époux de sa fille Fātima et père de ses deux petits-fils, Hasan et Husayn, et donc «le plus “proche” de ses Compagnons», aurait dû en toute légitimité «généalogique» lui succéder comme premier calife de l’islam; ce qui ne fut pas le cas. Aussi dénieront-ils toute légitimité aux califes, bien guidés ou pas, qui se succéderont. Rompant d’ailleurs radicalement avec le sunnisme, ils ont substitué l’Imamat au Califat.
Quant aux kharijites, eux, ils refusent le principe que le calife soit désigné parmi les membres de la famille du prophète ou parmi les Arabes appartenant à la tribu qurayshite.
Aussi tout mon propos sera-t-il consacré à la fiction sunnite des Califes Bien Guidés.
2- (874-936). Éminent théologien du IIIe/H-IXe).
3- Passons sur ses origines qui ne servent pas ici. Le mot de fitna désigne, historiquement, la sécession qui se manifesta au sein de la umma sous les califats de ‘Uthmān/‘Ali et donna lieu à une suite de guerres civiles et de batailles rangées. Cf. Supra. Relevant de la mémoire collective, douloureusement vécue dans le silence, nulle commémoration ne vient la rappeler au souvenir des siens, fitna désigne depuis ces événements délétères, désaccords, discordes ou divisions au sein de la umma porteurs de guerre civile.
4- «La Grande Épreuve» ou «La Grande Discorde». Elle prend fin cinq ans plus tard, en 661 avec l’assassinat de ‘Ali et le califat de Mu’āwiya, mais qui dut affronter une agitation chiite, des émeutes kharijites et une opposition doctrinale sunnite. Si stricto sensu, la Grande discorde prit fin en 661, elle ne prit fin «officiellement» que pour se reconduire intensément sur une période assez longue qui s’est étalée sur quelque soixante ans, puis pour labourer toute l’histoire du califat islamique. Dénommée «al-Kubra» (La Grande), parce qu’il y en a eu beaucoup, beaucoup d’autres mais de moindre ampleur en tout cas dans l’imaginaire des musulmans. Prenant donc fin sans réussir à s’évacuer de l’histoire, la fitna serait consubstantielle à l’histoire de l’islam post prophétique ; et parmi ces fitan/s qui ont reconduit la «Kubra», deux, en raison des conséquences qu’elles ont eu sur le cours des évènements, mériteraient qu’on s’y intéresse : 1) le «martyr» de Husayn, fils de ‘Ali, lors de la Bataille de Karbala (680), qui donnera naissance au chiisme ; 2) la fitna de ‘Abdallah b. az-Zubayr (681-693) qui, refusant la bay’a au calife Yazid Ier, intronisé par Mu’āwiya son père, s’autoproclama Calife (681) fort de sa légitimité parentale avec Abu Bakr dont il est le petit-fils. L’instabilité du califat omeyyade à ses débuts aidant, b. az-Zubayr réussit à gouverner le Hijāz dix ans durant, de 683 à 693. Recevant de nombreuses allégeances, il étendit son califat jusqu’à Basra en Iraq. Ce n’est qu’en 693, que le Calife de ‘Abdel Malik put redresser la situation, son armée s’empara de La Mecque où ‘Abdallâh fut tué. Suite grave, certes! Ça semble devenir la règle puisque, pour la seconde fois de sa courte carrière, une soixantaine d’années, la umma impuissante assistait à l’existence de deux califats : 1) Mu’āwiya / ‘Ali ; 2) Yazid Ier & ‘Abdel Malik / ‘Abdallah b. az-Zubayr. Décidément cette séquence postprophétique fut bien «malheureuse»/Cf. Note 7.
Ceci étant, la demeure de l’islam connut, entre 656 et 813, une autre séquence fitnique: pas moins de quatre guerres civiles, des dizaines de révoltes, des assassinats de succession califale comme, entre autres exemples, celui d’al-Amīn (fils de Hārūn ar-Rachīd) tué durant sa tentative de fuite de Bagdad, sa capitale assiégée par son frère al-Ma’mūn, établi calife en 833.
5- Certes, le calife ‘Umar fut assassiné, mais son meurtre ne relève pas de la politique et encore moins de la succession du Prophète ; aussi cet assassinat ne concerne-t-il pas mon propos.
6- Les Khawārij (« les sortants ») doivent leur nom bien mieux qu’à une épithète générique exprimant l’idée qu’ils étaient « sortis » de la communauté des Croyants (la umma), ainsi qu’on l’a interprété plus tard, à une époque assez reculée, au fait qu’un grand nombre de partisans de ‘Ali, sortirent (kharaja) en cachette de Kūfa où ‘Ali et ses partisans s’étaient retirés, pour rejoindre le camp d’Ibn Wahb (le chef des khawārij). Mais la légende a des droits sur les faits que l’histoire n’a pas toujours. Cf. « K̲h̲ārid̲j̲ites », Encyclopedie de l’islam.
7- Califat s’écrira avec une majuscule quand il réfère au Califat idéal, imaginaire, utopique…, objet de discours et de récits plutôt que de la réalité ; et avec une minuscule quand il réfère à la réalité historique d’un califat.
8- Cf. Note suivante.
9- Comme Aristote l’avait noté, il est des énoncés – comme la demande, la prière, le souhait, le vœu, le conseil, l’ordre, Etc. – qui se présentent comme des énoncés qui n’ont pas de valeur de vérité. Il serait absurde qu’à l’exclamation : «Je souhaite qu’il vienne!», il soit répondu : «C’est vrai/C’est faux». Néanmoins, si ces énoncés n’ont pas de valeur de vérité, ils ont une «valeur de réalisation» : la demande, la prière, le souhait, le vœu, … peuvent être exaucés ou pas, le conseil suivi ou pas, l’ordre obéi ou pas. Aux valeurs «Vrai/Faux», Wittgenstein substitue pour ce genre d’énoncés les valeurs «Heureux/Malheureux»: «Heureux» quand l’énoncé est réalisé selon le souhait, le vœu… et «Malheureux» dans le cas contraire.
Évidemment le califat n’est pas un énoncé. Néanmoins il nous a semblé suggestif d’emprunter à Wittgenstein ses appellations d’Heureux et de Malheureux (en en détournant quelque peu le sens), puisque le califat réel (les califes qui se sont succédé tout au long de l’histoire de l’Empire islamique) se sont «mal réalisés/ d’où notre appellation de «califat malheureux» ; et que le Califat idéal – qui correspond à une Idée du Califat, avec un «I», comme pour suggérer qu’elle aurait à la manière des Idées de Platon à se réaliser -, Idée dont la vocation est de précisément «éponger» le califat fitnique.

 

Pour le lecteur arabophone, le texte de l’intellectuel égyptien Ala’ Al Aswani
sur ce même thème
علاء الاسوانى
  ھل نحارب طواحین الھوا!؟
لقد عاش المسلمون أزھى عصورھم وحكموا العالم وأبدعوا «
حضارتھم العظیمة عندما كانوا یعیشون فى ظل الخلافة
الإسلامیة التى تحكم بشریعة لله ..فى العصر الحدیث نجح
الاستعمار فى إسقاط الخلافة وتلویث عقول المسلمین بالأفكار
الغربیة، عندئذ تدھورت أحوالھم وتعرضوا إلى الضعف
والتخلف ..الحل الوحید لنھضة المسلمین ھو استعادة الخلافة
..». الإسلامیة
كثیرا ما استمعت إلى ھذه الجملة من بعض خطباء المساجد
وأعضاء الجماعات الإسلامیة، ولا شك أن كثیرین فى مصر
والعالم العربى یؤمنون بصحة ھذه المقولة مما یجعل من
الواجب مناقشتھا..
الحقیقة أن الإسلام قدم فعلاً حضارة عظیمة للعالم، فعلى مدى
قرون نبغ المسلمون وتفوقوا فى المجالات الإنسانیة كلھا بدءا
من الفن والفلسفة وحتى الكیمیاء والجبر والھندسة..
أذكر أننى كنت أدرس الأدب الإسبانى فى مدرید، وكان الأستاذ
یدرسنا تاریخ الأندلس، وفى بدایة المحاضرة عرف أن ھناك
ثلاثة طلبة عرب فى الفصل فابتسم وقال لنا:
..». – یجب أن تفخروا بما أنجزه أجدادكم من حضارة فى الأندلس
الجزء الأول من الجملة عن عظمة الحضارة الإسلامیة صحیح
تماما ..المشكلة فى الجزء الثانى ..ھل كانت الدول الإسلامیة

المتعاقبة تطبق مبادئ الإسلام سواء فى طریقة تولیھا الحكم أو
تداولھا السلطة أو معاملتھا للرعیة..؟..!
إن قراءة التاریخ الإسلامى تحمل لنا إجابة مختلفة ..فبعد وفاة
الرسول
» صلى لله علیھ وسلم «
لم یعرف العالم الإسلامى الحكم الرشید العادل الا لمدة 31 عاما،
ھى مجموع فترات حكم الخلفاء الراشدین الأربعة :أبوبكر
الصدیق وعمر بن الخطاب وعثمان بن عفان وعلى بن أبى
طالب .. الذین حكموا جمیعا لمدة 29 عاما ) 11 ھ – 40 ھ.(
ثم الخلیفة الأموى عمر بن عبدالعزیز الذى حكم لفترة عامین)
99 ھ – 101 ھ ..( 31 عاما فقط من 14 قرنا من الزمان، كان الحكم
خلالھا عادلاً رشیداً نقیا متوافقا مع مبادئ الإسلام الحقیقیة.
أما بقیة التاریخ الإسلامى فإن نظام الحكم فیھ لم یكن متفقا قط
مع مبادئ الدین ..حتى خلال ال 31 عاما الأفضل حدثت مخالفات
من الخلیفة عثمان بن عفان، الذى لم یعدل بین المسلمین وآثر
أقاربھ بالمناصب والعطایا، فثار علیھ الناس وقتلوه، ولم یكتفوا
بذلك بل ھاجموا جنازتھ وأخرجوا جثتھ واعتدوا علیھا حتى
تھشم أحد أضلاعھ وھو میت..
ثم جاءت الفتنة الكبرى التى قسمت المسلمین إلى ثلاث فرق
)أھل سنة وشیعة وخوارج(
، وانتھت بمقتل على بن أبى طالب، وھو من أعظم المسلمین
وأفقھھم وأقربھم للرسول) صلى لله علیھ وسلم (على ید أحد
الخوارج وھو عبدالرحمن بن ملجم.
ثم أقام معاویة بن سفیان حكما استبدادیا دمویا أخذ فیھ البیعة

من الناس كرھاً لابنھ یزید من بعده لیقضى إلى الأبد على حق
المسلمین فى اختیار من یحكمھم ویحیل الحكم من وظیفة لإقامة
العدل إلى ملك عضوض) یعض علیھ بالنواجذ(،
والقارئ لتاریخ الدولة الأمویة ستفاجئھ حقیقة أن الأمویین لم
یتورعوا عن ارتكاب أبشع الجرائم من أجل المحافظة على
الحكم ..فقد ھاجم الأمویون المدینة المنورة وقتلوا كثیرا من أھلھا
لإخضاعھم فى موقعة الحرة.
بل إن الخلیفة عبدالملك بن مروان أرسل جیشا بقیادة الحجاج
بن یوسف لإخضاع عبدلله بن الزبیر الذى تمرد على الحكم
الأموى، واعتصم فى المسجد الحرام..
ولقد حاصر الحجاج مكة بجیشھ وضرب الكعبة بالمنجنیق حتى
تھدمت بعض أركانھا، ثم اقتحم المسجد الحرام وقتل عبدلله بن
الزبیر داخلھ..
كل شىء إذن مباح من أجل المحافظة على السلطة حتى الاعتداء
على الكعبة، أقدس مكان فى الإسلام، وإذا انتقلنا إلى الدولة
العباسیة ستطالعنا صفحة جدیدة من المجازر التى استولى بھا
العباسیون على السلطة وحافظوا علیھا،
فقد تعقب العباسیون الأمویین وقتلوھم جمیعا بلا ذنب ولا
محاكمة ونبشوا قبور الخلفاء الأمویین وعبثوا بجثثھم، انتقاما
منھم ..الخلیفة العباسى الثانى أبوجعفر المنصور قتل عمھ عبدلله
خوفا من أن ینازعھ فى الحكم ثم انقلب على أبى مسلم
الخرسانى.
الذى كان سببا فى إقامة الدولة العباسیة فقتلھ، أما أول الخلفاء
العباسیین فھو أبوالعباس السفاح الذى سمى بالسفاح لكثرة من

قتلھم من الناس، ولھ قصة شھیرة جمع فیھا من تبقى من
الأمراء الأمویین وأمر بذبحھم أمام عینیھ ثم غطى جثثھم ببساط
ودعا بطعام وأخذ یأكل ویشرب بینما لا یزالون یتحركون فى
النزع الأخیر ثم قال:
» ولله ما أكلت أشھى من ھذه الأكلة قط «
.
أما من ناحیة الالتزام الدینى، باستثناء بضعة ملوك اشتھروا
بالورع فقد كان معظم الملوك الأمویین والعباسیین یشربون
الخمر مع ندمائھم على الملأ كل لیلة..
فلسفة الحكم إذن لم یكن لھا علاقة بالدین من قریب أو بعید، بل
ھى صراع شرس دموى على السلطة والنفوذ والمال لا
یتورعون فیھ عن شىء حتى لو كان الاعتداء على الكعبة وھدم
أركانھا..
فلا یحدثنا أحد عن الدولة الإسلامیة الرشیدة، التى أخذت
بالشریعة لأن ذلك ببساطة لم یحدث على مدى 14 قرناً، إلا لفترة
31 عاما فقط ..السؤال ھنا:
ما الفرق بین الحكم الإسلامى الرشید، الذى استمر لسنوات
قلیلة، وبین ذلك التاریخ الطویل من الاستبداد باسم الإسلام؟..
إنھ الفرق بین العدل والظلم، بین الدیمقراطیة والاستبداد ..إن
الإسلام الحقیقى قد طبق الدیمقراطیة الحدیثة قبل أن یطبقھا
» صلى لله علیھ وسلم « الغرب بقرون طویلة .. فقد امتنع الرسول
عن اختیار من یخلفھ فى حكم المسلمین، واكتفى بأن ینتدب أبا
بكر لكى یصلى بالمسلمین بدلاً منھ وكأنھ) صلى لله علیھ وسلم(
یرید أن یرسل الإشارة أنھ یفضل أبا بكر لخلافتھ دون أن یحرم
المسلمین من حقھم فى اختیار الحاكم

وعندما توفى الرسول) صلى لله علیھ وسلم (اجتمع زعماء
المسلمین فى سقیفة بنى ساعدة لیختاروا الخلیفة .ھذا الاجتماع
بلغتنا الحدیثة اجتماع برلمانى بامتیاز تداول فیھ نواب المسلمین
الأمر ثم انتخبوا أبا بكر لیتولى الحكم..
یا أیھا الناس : « وقد ألقى أبوبكر على المسلمین خطبة قال فیھا
لقد وُلّیت علیكم ولست بخیركم ..أطیعونى ما أطعت لله ورسولھ
..». فإن عصیتھما فلا طاعة لى علیكم
ھذه الخطبة بمثابة دستور حقیقى یحدد العلاقة بین الحاكم
والمواطنین كأفضل دستور دیمقراطى..
نلاحظ ھنا أن أبا بكر لم یقل إنھ خلیفة لله، ولم یتحدث عن حق
إلھى فى الحكم، بل أكد أنھ مجرد واحد من الناس ولیس
أفضلھم ..ھذا المفھوم الدیمقراطى الذى ھو جوھر الإسلام
سیستمر سنوات قلیلة ثم یتحول إلى مفھوم آخر مناقض یعتبر
الحاكم ظل لله على الأرض.
فیقول معاویة بن أبى سفیان:
وأنا خلیفة لله فما أخذت فلى وما تركتھ للناس بفضل • الأرض
منى.
ویقول أبوجعفر المنصور العباسى:
أیھا الناس لقد أصبحنا لكم قادة وعنكم ذادة) حماة (نحكمكم بحق
لله الذى أولانا وسلطانھ الذى أعطانا، وأنا خلیفة لله فى أرضھ
وحارسھ على مالھ…
ولله لا : « ویقول عبدالملك بن مروان وھو یخطب على منبر النبى
». یأمرنى أحد بتقوى لله بعد مقامى ھذا إلا ضربت عنقھ
انقلب المفھوم الدیمقراطى الذى یمثل جوھر الإسلام إلى حكم

بالحق الإلھى یعتبر المعترضین علیھ كفاراً مرتدین عن الدین
یجب قتلھم .یقتضینا الإنصاف ھنا أن نذكر حقیقتین:
أولاً أن الخلفاء الذین تولوا الحكم عن طریق القتل والمؤامرت
كانوا فى أحیان كثیرة حكاما أكفاء، أحسنوا إدارة الدولة
الإسلامیة حتى أصبحت إمبراطوریة ممتدة الأطراف .لكن
طریقتھم فى تولى السلطة والحفاظ علیھا لا یمكن بأى حال
اعتبارھا نموذجا یتفق مع مبادئ الإسلام..
ثانیاً :إن الصراع الدموى على السلطة لم یقتصر على حكام
المسلمین فى ذلك العصر، وإنما كان یحدث بین ملوك أوروبا
بنفس الطریقة من أجل انتزاع العروش والمحافظة علیھا.
الفرق أن الغربیین الآن یعتبرون ھذه الصراعات الدمویة مرحلة
كان لابد من اجتیازھا من أجل الوصول إلى الدیمقراطیة، بینما
مازال بیننا نحن العرب والمسلمین من یدعو إلى استعادة نظام
الخلافة الإسلامیة، ویزعم أنھا كانت عادلة تتبع شریعة لله.
إن التاریخ الرھیب للصراع السیاسى فى الدولة الإسلامیة
منشور ومعروف وھو أبعد ما یكون عن شریعة الإسلام
الحقیقیة، وقد احترت فى ھذه الدعوة الغریبة إلى استعادة
الخلافة الإسلامیة فوجدت من یتحمسون لھا نوعین من الناس:
بعض المسلمین الذین لم یقرأوا التاریخ الإسلامى من أساسھ، أو
أنھم قرأوه وتھربوا من رؤیة الحقیقة، لأن عواطفھم الدینیة قد
غلبت علیھم فأصبحوا بالإضافة إلى تقدیس الإسلام یقدسون
التاریخ الإسلامى نفسھ، ویحاولون إعادة تخیلھ بما لیس فیھ.
أما الفریق الآخر من المنادین بالخلافة فھم أعضاء جماعات
الإسلام السیاسى الذین یلعبون على عواطف البسطاء الدینیة من
أجل أن یصلوا إلى السلطة بأى طریقة

وھم یخیرونك عادة بین طریقین :إما أن توافق على صورتھم
الخیالیة عن الخلافة، وإما أن یتھموك بأنك علمانى عدو
الإسلام ..إما أن تساعدھم على الوصول إلى الحكم عن طریق
نشر أكاذیب وضلالات عن التاریخ، وإلا فإن سیف التكفیر فى
أیدیھم سیھوون بھ على عنقك فى أى لحظة.
جوھر الإسلام العدل والحریة والمساواة ..وھذا الجوھر تحقق
لفترة قصیرة عندما تم الأخذ بمبادئ الدیمقراطیة..
أما بقیة تاریخ الحكم الإسلامى فلا وجود فیھ لمبادئ أو مُثُل
نبیلة، وإنما ھو صراع دموى على السلطة یستباح فیھ كل
شىء، حتى ولو ضربت الكعبة وتھدمت أركانھا ..ھذه الحقیقة
شئنا أم أبینا.
أما السعى لإنتاج تاریخ خیالى للخلافة الإسلامیة الرشیدة فلن
یخرج عن كونھ محاولة لتألیف صور ذھنیة قد تكون جمیلة
لكنھا للأسف غیر حقیقیة..
كتلك التى وصفھا الكاتب الإسبانى الكبیر میجیل دى سرفانتس،
حیث یعیش البطل العجوز فى ،» دون كیخوتھ « فى قصتھ الشھیرة
الماضى، مستغرقا فى قراءة الكتب القدیمة، حتى تستبد بھ
الرغبة فى أن یكون فارساً بعد أن انقضى زمن الفرسان فیرتدى
الدرع، ویمتشق السیف ثم یتخیل أن طواحین الھواء جیوش
الأعداء، فیھجم علیھم لیھزمھم.
الطریق الوحید للنھضة ھو تطبیق مبادئ الإسلام الحقیقیة:
الحریة والعدل والمساواة ..وھذه لن تتحقق إلا بإقامة الدولة
المدنیة التى یتساوى فیھا المواطنون جمیعا أمام القانون، بغض
النظر عن الدین والجنس واللون.
.. الدیمقراطیة ھى الحل..

 

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8- La fiction des Khulafa’ Rashidun

C’est du fond de cet horizon d’attente que la fiction des Khulafā’ Rashidūn serait venue aux musulmans. Ils l’ont naturellement acceptée, allant de soi comme une «vérité» qui ne venant de nulle part passait pour avoir été toujours-déjà-là. C’est à mettre en scène la représentation de la croyance en cette «vérité» du Califat Heureux que la fiction des Califes Bien Guidés fut vouée ; une représentation qui soit telle que celui qui y croit et lui est assujetti ne puisse que croire en elle dès lors que dans cette représentation l’acteur, la scène et le destinataire sont sur le même plan : les musulmans sont tout à la fois, les destinataires de la fiction, ses auteurs («inconscients» devrait-on ajouter) et les acteurs de la scène du spectacle, comme acteurs de la crise fitnique : c’est par et avec eux que s’est construit cette fiction comme mise en scène de la sortie de la fitna !

C’est bien pour cela qu’à la lecture «réaliste» de ceux qui opposent «réalité/imaginaire», on préfèrera d’autres qui s’expliqueraient, chacune, par sa raison d’être, le tout s’originant dans la fitna.

Trois raisons d’inégale importance me semblent devoir être retenues pour appréhender l’institutionnalisation, en milieu sunnite, de cette fiction.

  • La première proprement politique est liée à la da‘wa(1) des Abbassides.
  • La seconde, s’inscrivant dans la temporalité conflictuelle du califat fitnique – que j’appellerai «récit/fiction de démarcation et de partage» – serait, elle, liée au conflit qui opposa ceux qui se dénommeront «sunnites» contre tous les «sortants» des rangs du «consensus de la umma».
  • La Troisième et dernière enfin, la symbolique, qui s’inscrit, elle, dans la temporalité de l’islam prophétique.

Conçue comme stratégie de prise du pouvoir, la da‘wa abbasside, quand elle fut lancée, consista à dénigrer les Omeyyades leurs ennemis, certes sur tous les plans mais plus spécifiquement au plan de leur «conformité à la Tradition islamique» établie. Leur mise à plat emprunta deux axes d’attaque : au niveau des faits et de l’histoire ; au niveau de l’imaginaire sunnite. Au niveau des faits, ils leur reprochèrent d’avoir rompu le «‘urf» établi par les premiers califes, les Bien Guidés, d’une élection à la transmission par consultation des (proches) Compagnons et non par hérédité.

Avec les Omeyyades, dès Mu’āwiya, le premier d’entre eux, on passa brusquement d’un principe de succession «consensuel» au principe dynastique, présenté par la propagande abbaside comme un reniement.

Reniement souligné en abîme par la bid‘a de l’Imam (2) et de l’Imamat : une hérésie qui, se confondant avec rawāfid, sert aux sunnites à dénommer les chiites.

La dissemblance religieuse vint s’adjoindre au conflit politique autour de la succession. Si pour les sunnites en effet, le Prophète était à la fois un guide spirituel et un chef temporel, sa succession, elle, ne pouvait être que temporelle – et pas du tout «spirituelle» le temps de la révélation s’étant clos avec la mort du Prophète.

Pour les chiites par contre, la prophétie est doublée par l’Imamat. S’appuyant sur le Coran3 et des hadīth4, ils affirment que le Coran a une surface un sens exotérique ou visible (zāhir) et un sens ésotérique ou caché (bātin). Et pendant que le Prophète n’en a révélé que le sens exotérique, il revient à l’Imam d’en relever le sens ésotérique. C’est en ce sens que les chiites ont compris le dit attribué à ‘Ali : «le Coran ne parle pas» (Al-Qur’ān lā yantuq), il lui faut donc un interprète qui ne peut être que l’Imam. Comble de bid‘a, pour l’orthodoxie sunnite, et donc source de fitna.

9 – La fiction du Califat Bien Guide, une ligne de démarcation entre les Sunnites et les «sortants»

Au plan du «Grand partage», liée au conflit qui opposa ceux qui se dénommeront « sunnites »(5), aux « sortants » des rangs de la umma – ces dissidents ces déviants – la fiction du Califat Bien Guidé servira à tracer une ligne de démarcation – et comme tel un «signe de reconnaissance» – entre ceux qui suivent la «voie droite», les sunnites, contre tous les autres ; cette ligne de partage passera bien évidemment par la reconnaissance – ou pas – de la légitimité des trois califes élus avant ‘Ali, mais délégitimés comme usurpateurs par les «sortants» (chiites et kharijites confondus) parce qu’élus à la place de ‘Ali, seul successeur légitime – aux yeux des seuls chiites, d’où leur (sur)nom de rawāfid(6).

Or pour en arriver là, et changer la perception des évènements et celle de de l’autre-en-islam, fut institué, à l’époque abbasside, le récit de la fiction du Califat Bien Guidé pour battre le pavillon de la da‘wa abbasside, car une da‘wa, pour se lancer et mobiliser, se doit de se battre au nom du «vrai islam» (en l’occurrence, celui des Abbassides) contre un islam fāsiq, pervers et dévoyé (celui des Omeyyades). Par comparaison avec le règne des Omeyyades, le Califat Bien Guidé, régime «heureux» s’il en fut, servira ainsi de repoussoir et permettra que l’on précipitât les Omeyyades. Ce n’est peut-être pas encore une diabolisation mais c’est sûrement une stigmatisation doublée d’une exclusion.

Le symbolique, s’il reprend à son compte l’opposition de «ce qui est» à «ce qui n’est pas», en change néanmoins la perspective ajoutant un «encore» à «ce qui n’est pas» : ce qui n’est pas encore.

Du coup, elle ne se lit plus en termes d’exclusivité, «réel» vs «non-réel/irréel ou imaginaire», mais dans les termes d’une opposition entre deux ordres aux échéances incommensurables, contraires mais non contradictoires : l’ordre du «réel» et de la «vérité de fait», la vérité de «ce qui est» ou «a été» : un califat fitnique ; vs l’ordre de la «vérité de droit» de ce qui doit être dans la mesure où cette vérité – le Califat Heureux, ici symbolisé par le Califat Bien Guidé – quand bien même il n’aurait pas été, «sera parce qu’il doit être», et il ne peut qu’être puisque portée par l’eschatologie de la parole prophétique.

C’est bien cet ordre «du droit» qui met en récit la «vérité» du Califat Heureux en Califat Bien Guidé, et comme telle, d’une vérité qui ne serait ni opposée à la réalité ni non plus indexée sur le réel. Elle se présente comme nécessaire mais dans le temps indéterminé, nécessaire mais conditionnée, son accomplissement étant suspendu à la volonté divine.

Dès lors, on n’opposerait plus, comme dans la lecture «réaliste», le fait au non-fait, mais le fait à la vérité comprise comme signe, ouvrant par là le champ de l’avenir humain (à tout le moins musulman sunnite) au possible divin. Aussi le récit du Califat Bien Guidé s’est-il constitué en une scène de fiction où se déploie une histoire idéale qui réconcilie les sunnites avec l’Histoire, et dans laquelle ils se déploient comme sujet de cette fiction.

C’est par recours au contrepoint que la tradition sunnite a pu légitimer la fiction des Khulafā’ Rashidūn en lui assignant un «lieu» de vérité : la parole même qui en parle, et parole à travers laquelle se dit le monde qui fait le monde des musulmans, celui au sein duquel ils aspiraient à vivre.

Et c’est effectivement par l’intermédiaire du récit du Califat Bien Guidé que fut soulagé l’antinomie du savoir et du croire, de l’histoire et de la fiction, de la réalité et de l’imaginaire, puisqu’il fallait tout à la fois, et contradictoirement, savoir la «réalité malheureuse» du califat des Premiers temps (objet de la narration historique et populaire) et croire à la «vérité» heureuse du Califat, objet de l’imaginaire et de la fiction, et du discours savant sur le Califat, sa nature, sa fonction, soin statut, bref ce qui doit en être pour se légitimer. Parallélisme que l’on peut suivre tout au long de l’histoire de l’islam où narration et fiction ont coexisté, chacune d’entre elles allant son chemin, juxtaposées sans s’influencer.

Paradoxe d’une telle coexistence que j’expliquerai pour ma part par le fait que leur finalité et les enjeux qui s’y rattachaient, étaient (et le sont toujours) différents.

Si ceux de la narration sont de relater les faits en les authentifiant, pour la fiction, plutôt que d’accréditer contre les faits l’inaccréditable, sa finalité aura été, je pense, de tracer une frontière entre l’acceptable et l’inacceptable : la réalité fitnique du califat qui est un savoir, acceptée et reconnue comme tel ; et ce qui ne peut ni ne doit être accepté ou reconnu : l’impossibilité d’un Califat Heureux qui relève du croire ; car pour ce faire et que s’établît cette frontière, la logique de production de cette fiction a pénétré les logiques et les modalités – non pas de la fixation des événements, œuvre des chroniqueurs – mais du sens à leur donner.

Si les musulmans sunnites se sont donc accommodés de la réalité fitnique du califat, ils s’en accommodèrent selon le double moulinet du contrepoint : pendant qu’ils acceptaient la réalité «malheureuse» et s’y résignaient, ils n’acceptaient pas qu’elle s’imposât comme seule et unique «vérité».

C’est bien cette impossibilité d’un Califat Heureux que nie l’imaginaire de la fiction des Khulafā’ Rashidūn. Certes, ce qui est nié, c’est toujours une réalité, mais il s’agit cette fois de la réalité d’une expérience collective et historique, sans cesse renouvelée et renouvelée en premier sous la guidance de l’excellence des Compagnons du Prophète (Abu Bakr, ‘Umar. ‘Uthman, ‘Ali) ; et au creux de cette négation liminaire, se dissimule une autre, celle de l’impossibilité d’une umma Une et réconciliée avec elle-même selon l’injonction du Prophète.

10- À Chaque imaginaire, sa réalité

Comme l’on voit, à chaque imaginaire sa réalité. L’imaginaire où s’inscrit la fiction des Rashidūn, laisse entendre que la réalité fitnique du califat des Premiers temps (le savoir et les faits) n’a pas entraîné et (n’entraine toujours pas), ipso facto, l’abandon en la croyance de la «vérité» d’un Califat Rāshid et Heureux.

En dépit des faits, contre eux, par-delà et au-delà d’eux, a pu être sauvegardée du naufrage où elle sombrait l’unité de la umma, peut-être pas comme réalité effectuée dans le «passé/présent» ; mais certainement comme «Vérité» dans le «présent/avenir» (ou le futur comme il convient de dire aujourd’hui) dès lors que la fiction «à travers ce qui est dit… – ce qu’elle raconte quant à l’histoire des Khulafā’ Rāshidūn – … il y a ce qui se dit» :

Que la umma pourra échapper à son destin, à l’éclatement où l’a vouée le califat fitnique des Premiers temps, et donc que l’expérience décevante du passé ne saurait récuser la croyance certaine en sa nécessite à venir et l’espérance qu’elle induit.

En réduisant, pour réussir à franchir les frontières du réel décevant, la réalité fitnique à l’accidentel, en la soumettant à la seule conjoncture historique, s’affichait dans la fiction que cette vérité décevante ne saurait être la vérité, ou une vérité nécessaire et irréversible : elle aura eu ce mérite immense de sauver ce qui ne pouvait l’être.

11- Donner un sens nouveau à une réalité qu’il fallait maitriser pour être à même de produire un présent

Dans la perspective de ce propos, l’irruption de la fiction des Khulafā’ Rashidūn ne devrait donc pas être interprétée en termes de falsification de la réalité ou de sa méconnaissance…; mais, authentique «acte de création», elle traduirait plutôt l’impérieuse nécessité où se trouvaient les musulmans sunnites à donner un sens nouveau à un passé qu’il fallait maîtriser pour être à même de produire un présent qui pût s’inscrire dans un sens qui allait au-delà de son sens «réaliste», un sens dans la perspective eschatologique d’un avenir porteur du Salut de la umma au sein de son unité retrouvée «comme l’on retrouve un objet perdu», eût pu ajouter Freud. Néanmoins, si la sortie de la fitna représentée par la fiction du Califat Rāshid, se présente comme une nécessité, comme toute chose est selon la volonté d’Allah, c’est une nécessité reçue comme un don plutôt qu’un dû, une promesse de salut et non une dette.

12- La proclamation de l’État islamique du Calife Ibrahim : une déclaration blasphématoire en ce qu’elle établit une comparaison entre des termes -le Prophète/al-Baghdādi- incommensurables

Or donc le 29 juin 2014, en plein mois du ramadan qui coïncide avec le début de la révélation coranique, ash-shaykh, al-Moudjāhid, Abu Muhammad al-‘Adnāni ash-Shāmi7, porte-parole officiel de l’État Islamique, proclame la restauration du califat quelque quatre-vingt-dix ans après son abolition par Atatürk, sur des territoires qui relèvent de deux Etats, l’Irak et la Syrie, de la postérité de l’exécution de l’Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale.

Cette proclamation intempestive a remis en mémoire la question du califat en terre sunnite. Qu’en fut-il exactement de sa réception auprès des milieux concernés ?

Fut-elle perçue comme s’inscrivant dans le sillage du tableau de l’imaginaire ici rapidement esquissé ? ou bien en rupture avec, initiant un nouvel imaginaire ? Fut-elle acceptée ou rejetée ?

En s’arrogeant le droit de déterminer l’indéterminable temps du Califat Heureux, la proclamation califale d’Abu Bakr al-Baghdādi semble s’être inscrite en rupture avec la promesse prophétique (8). Ce n’est pas la restauration du califat comme tel qui a été rejeté par la masse des musulmans sunnites dits «modérés», mais son modus operandi : son mode de proclamation et de naissance. Si son comportement public a dû sûrement contribuer à son rejet, ce rejet en recouvre un autre – tu certes, mais à fleur du dire -, et qui me semble à moi nécessaire quoiqu’il n’ait pas mérité attention.

Car alors l’attention fut prise par quatre des aspect de cette restauration : bien évidemment, par son comportement public «sauvage», qui s’originerait dans un rigorisme qui n’accepte pour islamique que seulement ce qui peut être authentifié par le sceau du moment prophétique ou, à tout le moins, par celui des Premiers Compagnons, lequel s’achèvera avec la fin du Califat Bien Guidé et la mort de ‘Ali ;

  • Un second aspect, la dimension géopolitique de l’entreprise néo-califale qui balayait la balkanisation régionale des Provinces arabes de l’Empire ottoman, voulue à l’époque de leur puissance par la Grande-Bretagne et la France, aux lendemains de la Première Guerre mondiale
  • Le troisième retenu, la résurgence de l’imaginaire califale, dit abusivement «islamique», qui ne se serait jamais (?) désillusionné et travaillerait toujours, semble-t-il, la psyché musulmane ; le quatrième peut être la soumission de l’Occident non-musulman à la sharī’a et, pour ce faire, «purifier» l’islam de ses éléments «hérétiques», nommément chiites et soufis
  • Enfin le dernier retenu, la mise en scène apocalyptique de la «mission» du califat, qui, dramatisant à l’extrême l’affrontement avec l’ennemi, joue pleinement, en pathos, sur le registre de l’urgence

Or il est un autre enjeu, resté dans la pénombre, qui n’a pas mérité attention. Se situant sur un autre plan, on en retrouve les traces, les signes ou les indices, mais nettement et très clairement, dans le discours de Proclamation de la restauration du califat, lu par al-‘Adnā’ni.
Discours plaidoyer qui, afin de plaider sa cause et légitimer le califat (auto)-proclamé, s’essaie à justifier la légitimité de l’entreprise califale.

Cette légitimation se fait, tout au long de la plaidoirie, dans les termes d’un parallèle entre deux périodes de l’histoire islamique -celle prophétique/celle d’aujourd’hui-, qu’elle fait se correspondre homologiquement terme à terme.

Dans les deux cas, les Arabes à l’époque prophétique/les musulmans d’aujourd’hui, étaient/sont dans la Jāhiliyya : ils étaient/sont impuissants et humiliés, pauvres et sans ressources. Or, il a fallu un Prophète pour sauver les Arabes de la Jāhiliyya, il faut donc de nos jours, une sorte de «délégué» du Prophète, pour sauver les musulmans d’aujourd’hui de la nouvelle Jāhiliyya (9).

En s’autoproclamant calife, Baghdādi s’affiche comme l’homme providentiel, choisi par le Prophète et agréé par Dieu, pour conduire à bien cette mission.

Parallèlement aux raisons de son immoralité et de sa «sauvagerie», c’est du fait de cette homologie que l’État Islamique aurait été, me semble-t-il, et le serait toujours, rejeté par la masse des musulmans sunnites dits «modérés» : parce que, dans l’absolu, c’est une proclamation blasphématoire qui établit une comparaison entre des termes -le Prophète/al-Baghdādi- incommensurables ; et que, relativement aux choses de la succession, la restauration telle qu’elle s’est actée l’a été en dehors de tout «‘urf», de tout modus operandi connu dès lors qu’elle s’est faite en battant en brèche la fiction du «ijmā‘» qui, quoique fictif, semble symboliquement nécessaire pour légitimer une entreprise de ce genre qui se doit de sacrifier à la fiction du «consensuel».

Déplacer le centre de gravité du rejet sunnite vers le modus operandi de la proclamation, permet de mettre au jour que ce qui a été rejeté ce n’est pas la croyance toujours recommencée en la promesse d’un Califat Heureux !

Et je pense, que tant que la croyance en cette promesse ne se serait pas d’elle-même désenchantée elle continuera à figurer dans l’horizon d’attente des sunnites en ce que cette promesse Califat incarne le retour de la umma a elle-même, unifiée sous et par la sharī’a.

Pour aller plus loin

https://www.madaniya.info/2016/07/18/liban-symboles-temps-de-detresse/


Notes
1- Dans son sens courant, da‘wa signifie prédication et se traduit comme «appel à l’islam». Comme tel, ce peut être le fait de tout musulman d’appeler de non-musulmans à embrasser l’islam. Au fil des temps, certains d’entre eux, les prédicateurs (dā‘ia/du‘āt) ont consacré leur vie à prêcher la bonne parole islamique.
Mais da‘wa s’entend aussi autrement, comme dans les expressions «la da‘wa prophétique ; la da‘wa ‘abāsiyya ; la da‘wa fātimiyya ; da‘wat al-Husayn, Etc.», que l’on retrouve sous la plume des historiens musulmans, notamment Tabari et Ibn Khaldūn. Certes, c’est toujours un appel à l’islam, mais d’un autre genre puisqu’il ne s’agit plus de conversion, mais de faire triompher une cause (celle de l’islam, évidemment), en brandissant l’étendard de la révolte contre une dynastie parce qu’elle aurait dévié dans un islam fāsiq (perverti et dévoyé).
Dès lors qu’il s’agit de prise du Pouvoir, cette da‘wa-là devait souscrire à certaines conditions :
  • quand le califat était encore le fait des Arabes (avant l’irruption des Turcs qui a tout chamboulé) sahib ad-da‘wa (celui qui lance l’appel) devait être un qurayshite, de la « tribu » du Prophète (Abu Bakr al-Baghdādi n’a-t-il pas fait éditer un opuscule prouvant son ascendance quraychite)
C’est un mouvement à base populaire, bien qu’encadré par les partisans et conduite par une direction, qui se mobilise pour faire triompher la cause de sahib ad-da‘wa, qui se confond en l’occurrence, avec la cause de l’islam.
Elle comprend enfin une sorte de non-dit : l’issue doit en être heureuse, sanctionnée par la victoire, c’est-à-dire la conquête du Pouvoir, pour passer l’éponge sur le temps de la fitna/rupture qu’elle a suscité et prouver par-là que l’Unité de la umma est sauve puisque retrouvée ; et si la da‘wa venait à échouer, elle serait vouée aux gémonies de la fitna et condamnée à l’oubli «officiel». La da‘wa, l’abbaside (qu’on a appelé Révolution abbasside, ce qui n’a pas de sens), la fatimide, Etc., souscrivent en gros à ce protocole que l’on peut induire de la Muqaddima d’Ibn Khaldūn.
Comme telle, et bien qu’elle comprenne une appréciable mobilisation populaire, da’wa n’est pas, ne peut et ne doit pas être confondue avec «révolution» au sens que lui a donné la Modernité occidentale ; pour une raison à tout le moins : en dernière analyse, une da’wa ne cherche qu’à corriger ou à rectifier le tir – l’exercice du Pouvoir, la pratique de l’islam – mais elle n’a jamais cherché à «révolutionner» le régime islamique : jamais, dans aucune des da‘wa, il n’a été question d’une sortie de l’islam pour proposer un autre régime de pouvoir, un autre discours, une autre «idéologie». Ainsi la «Révolution islamique» de Khomeyni, si elle peut être perçue comme une révolution parce qu’elle a réussi à changer le régime politique en place, il reste que c’est une da‘wa plutôt qu’une révolution au sens moderne du mot : après tout, elle ne cherchait pas à «inventer» un régime politique nouveau, inédit, mais tout simplement à restaurer le régime islamique vieux de l’époque du Prophète ou de l’Imamat.
2- Ne pas confondre l’”Imam” (Majuscule) du chiisme et l’«imam» (minuscule) de la prière, celui-ci étant celui qui dirige la prière du vendredi et qui est placé «amam»/devant les fidèles le temps de la prière ; il peut s’agir également d’un réfèrent qui fait autorité en matière religieuse, ainsi les fondateurs des mazāhib (écoles juridiques) sunnites ont le titre d’imam.
3- Coran : 3,7 ; 3,190 ; 29,43 ; 72,26-27
4- qui font dire au Prophète : «Le Coran possède un extérieur (zāhir) et un intérieur (bātin), une limite (hadd) et un lieu vers lequel on s’élève (muttala‘)» ou encore : «Le Coran a été révélé selon sept lectures (ahruf); chaque verset a un extérieur et un intérieur»
5- De l’arabe «سني»/sunnī, signifie la «voie», sous-entendue celle suivie par le Prophète. Le mot sunnite en est un dérivé, la «sunna» représentant la ligne de conduite de Muhammad, attestée par ses dires et ses actes – à valeur de modèle – compilés dans des recueils de logions appelés Hadīth. Partant du principe qu’il existerait effectivement quelque part une orthodoxie musulmane facilement identifiable, à l’aune de laquelle il serait facile de mesurer le degré d’aberrations théologiques des uns ou des autres, ceux qui deviendront les sunnites, se prétendant seuls à suivre cette «Voie», se sont érigés en parangon et taxèrent de déviants tous les autres islams.
6- Précisément, ceux qui refusent de reconnaitre la légitimité des trois premiers califes.
7- dont on trouvera l’intégrale en français, ici : http://w41k.com/89121
8- … quand bien même elle s’intitulerait «Ceci est la promesse d’Allah», se donnant pour promesse accomplie.
9- Lieu commun et thème récurrent de ce genre de discours, que l’on retrouve chez, par exemple, Hasan al-Banna, Sayyid Qutb, Muhammad ‘Abdel-Wahhab.

BONUS

madaniya.info

 

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Pérégrinations du pouvoir califal

Un hadîth, dûment consigné dans les recueils canoniques (les Sahîh/s), cité à l’envi par ceux qui deviendront les oulémas, fait dire au Prophète que «… les savants sont les héritiers des prophètes, et les prophètes (…) ont laissé comme héritage la science, celui qui la prend aura certes pris la part complète», ou selon une autre version qui ne s’en écarte pas beaucoup, «Car la science est l’héritage des prophètes, et les savants sont leurs héritiers, donc l’amour de la science et des savants est une preuve d’amour de l’héritage des prophètes, et par conséquent détester les savants revient à détester l’héritage des prophètes et leurs héritiers.»

Un autre lui fait dire: «La prophétie restera parmi vous autant qu’Allah le souhaitera, puis Allah y mettra un terme quand Il voudra. Il y aura alors un Califat suivant la voie prophétique, qui vous gouvernera autant qu’Allah le souhaitera, puis Allah y mettra un terme quand Il voudra. Puis viendra une royauté injuste (et dynastique) qui vous gouvernera autant qu’Allah le souhaitera, puis Allah y mettra un terme quand Il voudra. Puis viendra une royauté tyrannique qui vous gouvernera autant qu’Allah le souhaitera, puis Allah y mettra un terme quand Il voudra. Puis viendra alors un Califat suivant la voie prophétique. Puis le Prophète se tut.»

Mais il a fallu trois siècles alentour pour en arriver là, pour que les savants (oulémas) et les dynasties guerrières arrachent, chacun pour son propre compte et dans son domaine propre, son Pouvoir au calife, les oulémas lui prenant son pouvoir spirituel et les dynasties guerrières son pouvoir temporel; et cette double perte s’est joué au même moment, au tournent des IXe-Xe siècles, sous le règne des Abbassides. Elle devait se jouer également selon une suite déréglée de batailles, au sens propre et souvent batailles sanglantes, mais au sens figuré également, au sens de polémiques et autres controverses encore plus souvent violentes.

Mais commençons par le commencement, et comme il arrive toujours en terre d’islam, le commencement commence avec la succession du Prophète, à l’origine du califat.

On peut, pour faire rapide, voire grossier, suivre la dévolution du pouvoir califal selon trois séquences majeures. La première de ces séquences (632- ~833/945) fut celle de la gloire du califat, que j’appellerai le «califat muhammadien» [appellation sur laquelle on reviendra] – c’est ce califat-là qui tisse l’imaginaire d’Abu Bakr al-Baghdâdi et c’est celui-là qu’il prétendait rétablir. Lors de la seconde séquence, (945-1258/chute de Bagdad), sous les coups de boutoir des émirs et des sultans au plan politique, et sous ceux des oulémas au plan religieux, le pouvoir califal perdit de sa superbe, se relativisa pour se réduire finalement à un rituel formel sans nul effet sur la politique ou la religion. La troisième (l’Empire ottoman: 1299-1923) gomme le calife et le pouvoir califal pour lui substituer as-Sultân al -A‘zam (Le Sultan).

1e séquence: le Califat «muhammadien» ou le plein pouvoir du calife

(Rashidūn-Abbassides: 632 ~ 833-945)
Au commencement donc étaient les califes dits «Bien Guidés»/al khulafâ’ ar-râchidûn (632-661: Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Ali). Ces califes, parmi les Premiers convertis et les premiers Compagnons du Prophète, de ses proches parents en outre, postulant de leur «intimité» avec le Prophète pour savoir ce qu’il avait signifié, pouvaient à ce titre prétendre faire coïncider en eux le pouvoir temporel, le pouvoir politique du Prophète, et son pouvoir spirituel, le pouvoir religieux, non pas le don prophétique scellé par la mort du Prophète, mais celui de légiférer et d’ordonnancer.

La prise de pouvoir par les Omeyyades en 661, puis par les Abbassides en 750 ne changea pas fondamentalement l’assise de l’autorité califale. La fonction légiférante et ordonnatrice revenait toujours et tout aussi légitimement au calife. Car durant cette longue période,

«… l’institution califale prétend exercer un pouvoir théocratique grâce aux liens privilégiés que son titulaire entretient avec Dieu. Le souverain reçoit une inspiration divine (ra’y, hadîth) qui lui permet d’être le dépositaire du secret divin (amîn Allah) et le guide inspiré (imâm) quasi-infaillible (ma’sûm) [1].

C’est à ce titre que les califes, nommés alors «khalifat Allah»/Calife de Dieu et non «khalifat ar-Rasûl»/ Calife du Prophète comme il est dit et cru, auraient hérité et de l’autorité religieuse et des attributions régaliennes du Prophète [2]. C’est cette sorte de pouvoir califal que j’appelle «muhammadien».

2e séquence: un pouvoir en partage

Les choses changèrent brutalement entre 833/945/1429-1538. Deux suites pas forcement réglée de raisons et de causes, concomitantes certes mais sans relation de causalité, contribuèrent à la transformation des assises du pouvoir califal pour en faire un pouvoir en partage, avant d’en faire (lors de la 3e séquence) un pouvoir en déshérence.

2.1. En partage religieux (politique) avec les oulémas

À la mort du Prophète, la dissémination de la parole prophétique risquait d’entrainer l’émiettement de l’islam lui-même et de son domaine qui se constituait. Dans l’urgence, les premiers califes se lancèrent dans l’entreprise d’unifier cette parole sous l’espèce d’une vulgate qui reçut la sanction de l’écriture en se fixant en un «livre», le Coran. Puis vint le tour des Hadîth/s c’est-à-dire des dires, faits et gestes du Prophète. Or, si la recension coranique fut œuvre califale, la collation des Hadîth/s a été prise en charge par des individus (des Compagnons, des proches) plutôt que par le pouvoir central.

S’il est vrai que depuis longtemps déjà des récits sur le Prophète et ses Grands Compagnons circulaient, ce n’est que vers la fin du VIIIe/début IXe que ces récits et hadîth/s se seraient fixés définitivement et codifiés la forme de leur transmission pour être légitimés et reconnus comme authentiques et, c’est à partir de ce moment-là que les Hadîth/s prirent de l’importance dans l’interprétation du Coran, l’élaboration du droit (fiqh), de la jurisprudence, …; bref c’est à partir de cette canonisation qui les consacrait que les Hadîth/s s’instituraient en texte «sanctifié», indispensable pour comprendre et interpréter le Coran. Les VIIIe-IXe siècles seraient donc ce temps où se précipita l’élaboration de la religion musulmane-sunnite et sa codification. Et qui dit texte, dit interprétation du texte. Aussi, comme son ombre portée, s’est constitué un corps d’oulémas [3], savants versés en la matière et dont la compétence religieuse, leur maîtrise du coran et du Hadîth, leur connaissance des codes herméneutiques des texte saints, Etc., rendaient capables de comprendre et d’interpréter le sens de ces textes, et les rendaient, eux, aptes à gérer la sphère du religieux jusque-là géré par les califes eux-mêmes [4]. Le clash entre ces deux tenants du même savoir indispensable, et concourant pour le même pouvoir de gestion de la scène religieuse, et en-deçà, de la sphère sociale-politique, était inévitable.

Quand bien même ils ne composaient qu’un «corps» informel, les oulémas forts de ce savoir sacré maintenant constitué, entrèrent, pour les matières religieuses, en rivalité avec le calife, lui contestant mezza voce le droit de légiférer sans leur concours, et estimaient qu’ils avaient seuls le droit de hisba; or la hisba [5], pouvoir régalien par excellence, relevait, jusqu’à cette époque, du seul calife, les califes s’estimant avoir une responsabilité particulière devant Dieu, la hisba justifiait leur intervention dans les affaires religieuses. En réclamant le droit de hisba, les oulémas prétendaient appliquer le droit à la place du calife qui était, du coup, destitué de son monopole d’«interprétateur légitime» du texte sacré, ce qui revient à nier que l’application de la Loi fût une prérogative califale et son monopole et qu’elle revenait à qui de droit, en l’occurrence, les savants/oulémas. Si la crise couvait donc – les Abbassides sentirent bien la montée en puissance de l’autorité des oulémas qui rabaissait d’autant le pouvoir califal – elle n’éclata néanmoins que sous al-Ma’mûn (r. 813-833) quand il voulut imposer à la umma, en 832-833, la thèse du «Coran créé» défendue par les Mu‘tazalites [6].

L’entreprise d’al-Ma’mun, appelée al-Mihna, ne fut pas sans susciter l’opposition virulente des milieux traditionalistes, notamment de la majeure partie des oulémas regroupés autour d’Ibn Hanbal, mais aussi de la majorité des sunnites [7], le tout défendant le dogme d’un Coran qadîm awwal/ incréé, «présent avant même le début des temps» comme dira Ibn Hanbal s’appuyant sur une lecture littéraliste du Coran.

Si le règne d’al-Ma’mûn s’avéra constituer un tournant dans l’histoire de dévolution du pouvoir califal, c’est, entre autres raisons, parce qu’il aurait eu pour effet de modifier les termes des rapports de pouvoir califal quant au rapport qu’entretenait le calife avec les oulémas; mais également parce s’est créé, depuis la Mihna, une sorte d’ijmâ’ qui cimenta – et continue – les liens entre le «peuple sunnite» et les oulémas, constituant ce bloc historique [8] en «lieu de la vérité, de la religion et de l’unité», établissant avec la sunna (du Prophète) un lien privilégié qui servira désormais de fond à l’ijmâ’ «savant» des oulémas et leurs fatwa/s. La Mihna en vouant l’entreprise d’al-Ma’mûn à l’échec, précipita la crise et la séparation des pouvoirs dans des termes défavorables au califat. Ses successeurs d’ailleurs non se seulement se rallièrent aux positions du traditionalisme, mais renoncèrent en outre à toute prétention d’interprétation en matière religieuse, pouvoir désormais légué aux seuls oulémas [9].

2.2.En partage politique avec les sultans

L’immensité de l’Empire à l’époque abbasside – de l’Afrique du Nord à la Transoxiane, et de l’océan Indien à l’Arménie – rendait difficile l’exercice d’un pouvoir unique et centralisé depuis Bagdad.

En interne – sans parler des contestations khârijite et shi’ite du sein même de l’Empire -, un vaste processus d’autonomisation des provinces et de son corollaire l’affaiblissement du pouvoir central, s’étaient enclenché dès la moitié du IXe siècle et les gouverneurs de province représentaient une menace toujours présente sous les boisseaux d’autant qu’ils disposaient d’armées locales qui échappaient pour la plupart au pouvoir califal. Devant ce pouvoir affaibli plusieurs gouverneurs de provinces, portant le titre d’émir, s’étaient transformés en souverains héréditaires et battaient en brèche le pouvoir califal.

Mais le pouvoir califal ne se discréditait pas seulement en interne; en externe les Omeyyades de Cordoue et les Fatimides (Ifriqiya/Égypte) s’opposaient directement au califat de Bagdad, dont ils contestaient la légitimité.

Ainsi, cahin-caha, le pouvoir abbasside de la suite du IXe siècle se bâtit sur un équilibre fragile et précaire, menacé tant au plan politique que religieux, tant de l’extérieur que de l’intérieur et, fait aggravant, de l’intérieur de la dynastie elle-même puisque l’absence de règle de succession claire était grosse de guerres de succession fratricides.

Mais c’est à partir de 833 pour prendre un symbole et en faire une référence – que les choses politiques commencèrent de se gâter sérieusement, quand le calife al-Mu’taçim (r. 833-842) eut décidé, après qu’il a eu perdu toute confiance en l’armée califale, de fonder une armée nouvelle formée d’esclaves qu’il fit venir des grandes steppes turques : c’est le début du système des Mameluks, dont lui et ses successeurs devinrent les otages, les émirs turcs, ayant pris le contrôle de cette armée nouvelle, empiétaient ouvertement sur le pouvoir califal ; le calife n’ayant plus désormais qu’un pouvoir formel pendant que le pouvoir réel se partageait entre les vizirs (Administration) et les émirs (Armée).

945 devait consacrer cette tendance, lorsque les Bûyides (945-1055) d’abord – des shi’ites de surcroît – puis les Seljukides (1037-1194/milieu du XIe-fin XIIe siècles), un siècle plus tard occupèrent Bagdad, se proclamèrent «Sultan» et se firent déléguer, officiellement, le pouvoir politique du calife, ne lui laissant qu’une autorité religieuse – toute symbolique. 945 marque effectivement la fin du pouvoir temporel du califat abbasside.

Néanmoins, malgré tous ses déboires, l’Empire abbasside, comme tel, tenait le coup et conservait, théoriquement au moins, on intégrité territoriale et son unité politique. Le califat abbasside parvint à maintenir sur ce vaste territoire une certaine autorité califale.

Les choses changèrent du tout au tout quand les Mongols, en 1258, mirent fin au califat abbasside en mettant fin à Bagdad leur capitale. Alors le pouvoir politique passa définitivement aux mains d’autres acteurs, et le califat ne devint plus qu’une vague et même très vague instance spirituelle de référence. A noter que les nouveaux maîtres de l’Empire court-circuitèrent cette vague référence en se faisant aider, en matière religieuse, par les oulémas, si ce n’est en tant que corps social tout au moins à titre individuel.

3e séquence: l’Empire ottoman ou le califat en déshérence

Quand ils prirent le pouvoir, les Ottomans se passèrent royalement du titre de calife lui préférant le leur, as-Sultân al-A‘zam, se faisant aider en matière religieuse par un corps hiérarchisé d’oulémas avec à leur tête Shaykhu-ul-islam. Ce n’est qu’au XIXe que le sultan Abdul Hamid II (r. 1876-1909) reprendra le titre mais il ne le fit que pour le prestige du titre, poussé par des raisons politiques croyant pouvoir rassembler par ce titre, et le panislamisme qu’il lança alors, ce que le déclin de l’Empire et la montée en puissance de l’Europe était en train de lui arracher : un adjuvant donc de sa mumāna‘a impériale plutôt que figure cardinale.

Fin de séquence

Quand Atatürk en 1923 abolit le califat, il ne fit qu’enterrer un cadavre, mais non l’imaginaire de la réunification glorieuse qui attend la umma islâmiyya des sunnites lors de sa restauration. Attente que ne sut pas combler al-Baghdâdi.

[1] Nabil Mouline, «La formation du sunnisme. La consécration d’une orthodoxie musulmane»,
http://www.academia.edu/12941938/La_formation_du_sunnisme_The_Rise_of_Sunnism_, consulté le 19/05/15.

[2] La question est controversée. La Grande Tradition sunnite récuse cette hypothèse, mais le renouvellement des études islamiques conteste à son tour cette Grande Tradition construite deux ou trois siècles après la mort du Prophète pendant que l’islam s’érigeait en empire. Ainsi, après tant d’autres, Christian Décobert (in «L’autorité religieuse aux premiers siècles de l’islam», Archives de Sciences sociales des Religions, n0 125, janvier-mars 2004, pp. 23-44) dément cette Grande Tradition: «… à l’âge formatif de l’islam, (…), seule la figure du calife s’était imposée, celle du chef et guide (imâm) (…) à ceux qui se disaient musulmans. […] L’idée est largement admise, parmi les historiographes anciens et les historiens modernes, que l’institution du califat fut d’abord politique, ou plutôt que l’autorité religieuse du calife n’émergea, et de façon conflictuelle, que dans un second temps. Le pouvoir religieux du chef de la communauté des “vrais croyants” revenait au Prophète Muhammad et se scellait avec lui ; […]»mais, ajoute-t-il, «Contrairement à ce qu’ont prétendu les savants (`ulamâ’) de l’époque abbasside, c’est le titre Khalifat Allâh (Député de Dieu) qui s’imposa en premier lieu pour désigner le calife et ce n’est qu’ensuite que vint le titre Khalifat Rasûl Allâh (Député du Messager de Dieu). L’expression Khalifat Allâh est attestée pour tous les Omeyyades, comme pour les califes “bien guidés”, et par des sources multiples (les poètes, les traditionnistes eux-mêmes, les premiers historiens arabes), de même que par la documentation archéologique. […] Certes, il y a la fameuse réticence attribuée à Abû Bakr al-Siddîq, le premier des califes : lorsque les gens de son entourage l’appelaient “Député de Dieu (Khalîfat Allâh)”, il signifiait de ne pas le nommer ainsi mais plutôt “Successeur du Prophète (Khalifat Rasûl Allâh)”, ajoutant que ce titre le satisfaisait pleinement et signifiant que sa fonction n’avait rien d’une hypostase. Sur l’argument de cette phrase, les `ulamâ’ des IIIe et surtout IVe siècles de l’islam (IXe-Xe siècles) soutinrent qu’il y avait eu une invention [bid‘a] omeyyade, une innovation blâmable. Il reste que le propos d’Abû Bakr a les caractéristiques d’une tradition apocryphe : tout à fait isolé, il est rapporté par une seule source, qui n’est pas antérieure au début du VIIIe siècle (un siècle après le califat d’Abû Bakr, 632-634). » Référence électronique : http://assr.revues.org/1032 ; DOI : 10.4000/assr.1032, consulté le 30 septembre 2016.

[3] Par «corps» il ne faut pas entendre un corps formellement constitué ou même institutionnalisé mais un «corps» informel qui a fonctionné – et continue de le faire – sous forme de «réseaux d’influence et d’affinités doctrinales ou théologiques». Ils ne formèrent un «corps institutionnalisé» que sous les Ottomans, par décret impérial, avec pour charge d’ordonnancer le quotidien de la vie, au prorata des besoins du pouvoir central.
[4] Tout donne à penser que les premiers califes, des Bien Guidés aux Abbassides du IXe siècle, étaient versés en matière coranique. Pour ne donner qu’un exemple, et tardif, celui d’al-Ma’mûn, fils de Hârûn ar-Rashîd), « [il] reçut (…) en matière de sciences religieuses, une formation en hadîth (et devint lui-même transmetteur) et en fiqh (…) où il excella en jurisprudence hanafite. » Cf. pour plus de détails, M. Rekaya, « al-Ma’mūn », Encyclopédie de l’Islam, Brill Online, 2012.
http://referenceworks.brillonline.com/entries/encyclopedie-de-l-islam/al-mamun-SIM_4889.
[5] « al amr bi-l ma‘rûf wa-n nahy ‘an al munkar», l’obligation d’ordonner le bien et d’interdire le mal. La hisba était une obligation collective et non individuelle, qui doit être à ce titre appliquée par toute la umma dont le calife lui-même.
[6] Au prétexte que la grande masse de la umma – qui ne possède pas la lumière de la connaissance comme le calife -, se trompe quand elle épouse la thèse selon laquelle le Coran est qadîm awwal, prééternel/incréé, car Dieu a dit dans le Coran (43, 3) : « Nous en avons fait (j̲a‘alnāhu) un Coran arabe », et tout ce qu’Il a fait (j̲a‘ala), Il l’a créé (k̲h̲alaqa), al-Ma’mûn voulut imposer la thèse mu‘tazalite du « Coran créé ». Pour plus de détails, cf. at-Ṭabarī, III/1112 et sv., ou Encyclopédie de l’Islam, article « Mihna », Brill Online, http://referenceworks.brillonline.com/entries/encyclopedie-de-l-islam/mihna-COM_0732, consulté le 25/04/2012.
[7] La thèse califale du «Coran créé», soutenue par les Mu‘tazalites et défendue par al-Ma’mûn, par trop «élitiste» par ses finesses intellectuelles et son argumentaire d’autorité, ne réussit pas à mobiliser le «peuple sunnite» qui la rejeta, d’autant que cet «élitisme intellectuel» était souligné en abîme par l’« élitisme » de leur train de vie « aristocratique » qui allait à l’encontre des us et coutumes populaires indexés sur le train de vie du Prophète, ou tout aussi loin des symboles et idéaux du califat « bien dirigé » véhiculés par les oulémas depuis plusieurs décennies.
[8] C’est ce bloc historique sous le signe de l’ijmâ‘ qu’ignora Abu Bakr al-Baghdâdi quand il proclama intempestivement son califat. Concept gramscien par excellence mais non formellement défini par son auteur, absence qui n’a pas manqué de multiplier les définitions.

De toutes celles offertes au choix, je collationne celle qui sert mon propos, à savoir, qu’un bloc historique se constitue par une alliance organique entre un certain nombre de forces sociales, en l’occurrence les masses sunnites (comme «Peuple») et les oulémas (comme intellectuels organiques), qui ont réussi à l’occasion de la bataille de la Mihna à prendre la direction religieuse, morale et intellectuelle du peuple sunnite, piédestal de leur conquête du pouvoir, ici religieux (sans oublier ses prolongement politiques), étant entendu que cette alliance est en rapport d’unité dialectique, faite donc d’histoire et donc de divergences, de contradictions, voire, parfois, de luttes, et qu/enfin c’est un rapport asymétrique la balance penchant du côté des oulémas.

[9] Cf. Nabil Mouline, «La consécration d’une orthodoxie musulmane», article cité.

Illustration

Bronze Pièce d’échecs du calife Abbasside Harun al-Rashid du Khorassan ver 780 AD à 850 jc Dimensions 3,4 « (8,6 cm) de hauteur

Pièce d’échecs du grand calife Abbasside Harun al-Rashid du 8 ou 9eme siècle

LE PRÉSENT DE L’HOMME LETTRÉ


wikisource.org

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/24/Abd-All%C3%A2h_ibn_Abd-All%C3%A2h_-_Le_pr%C3%A9sent_de_l%27homme_lettr%C3%A9.djvu/page7-1024px-Abd-All%C3%A2h_ibn_Abd-All%C3%A2h_-_Le_pr%C3%A9sent_de_l%27homme_lettr%C3%A9.djvu.jpg  https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/512Utr1LqyL.jpg

Ouvrage: Le Présent de l’Homme lettré pour réfuter les partisans de la Croix

Auteur: ‘Abd-Allâh ibn ‘Abd-Allâh, le Drogman

Année: 1886

Traduction française inédite par Jean Spiro

 

 

AVANT-PROPOS

Aucune dynastie n’a laissé dans l’Afrique septentrionale des traces

aussi profondes que celle des Beni Hafs[1]. Tous, ou
presque tous les grands monuments soit à Tunis, soit dans les
autres villes de la Tunisie, la plupart des fondations pieuses,
charitables ou scientifiques datent de leur règne. Aussi n’est-il
pas étonnant que de nos jours les noms de plusieurs Sultans de
cette dynastie soient encore populaires et dans la bouche de
tous.
Ce fut sous le règne de deux des plus glorieux souverains
hafsides que l’auteur de notre ouvrage arriva et vécut à Tunis.
Né à Majorque, ayant fait ses études successivement en
Espagne et en Italie, il a certainement dû de bonne heure faire
la connaissance des Musulmans. Une grande partie de
l’Espagne était encore entre les mains des Arabes. Les relations
entre les souverains africains et les États chrétiens de l’Europe
méridionale étaient des plus fréquentes : c’étaient des traités de
commerce sans cesse violés et renouvelés, des envois
d’ambassadeurs suivis plus d’une fois d’invasions et de pillage,
des échanges de présents et bien plus souvent de prisonniers.
Quant à la personne de notre auteur, nous n’en savons que ce
qu’il nous raconte lui-même. Malgré tous nos efforts, il ne
nous a pas été possible jusqu’ici d’en apprendre davantage.
Nous ignorons le nom qu’il portait avant sa conversion ; nous
ignorons même l’année de sa mort. Nous savons seulement
qu’il est enterré à Tunis. Sa tombe, qui se trouve au milieu du
Souk des Selliers, est encore actuellement l’objet d’une grande
vénération. Les renseignements des auteurs arabes sont
également sans nous rien apprendre[2].
Mais bien plus que l’auteur, c’est l’ouvrage qui nous
intéresse. Et ici nous avons tout lieu d’être satisfaits.

Les ouvrages de polémique et d’apologétique musulmanes
ne font certes pas défaut[3] ; mais les polémistes se font tous
remarquer par leur ignorance presque complète du
christianisme et de ses dogmes. Il n’en est pas ainsi pour notre
auteur et c’est bien pour cette raison que son traité a fait
époque dans le monde musulman et y est encore populaire.
Dans sa réfutation des dogmes chrétiens, il fait preuve de
connaissances théologiques et bibliques si étendues pour son
époque, qu’à elles seules elles nous sont un garant de
l’authenticité de son livre. Nous trouvons aussi une preuve de
cette authenticité dans la partie biographique de l’ouvrage.
L’auteur y raconte son enfance, sa jeunesse, ses études, ses
ouvrages, sa conversion avec une simplicité qui porte tout le
cachet de la vérité. Quand on songe que ce document encore si
peu connu en dehors du monde spécial des arabisants, date de
la fin du xive siècle, on comprend quel grand intérêt il présente
pour tous ceux qui s’occupent d’histoire des religions.
Le style de notre auteur est franchement mauvais. Malgré ce
qu’il dit lui-même de ses connaissances de la langue arabe (p.
8), nous n’hésitons pas à dire qu’il n’a pas réussi à bien
apprendre cette langue. Il s’exprime mal, il se sent gêné dans la
phrase arabe, chaque page presque nous révèle un auteur
habitué à manier une autre langue que celle du Corân. Mais
cette incorrection même constitue à nos yeux une nouvelle
preuve de l’authenticité du livre.
Les manuscrits sont répandus partout et se trouvent dans
toutes les bibliothèques. En général, ils sont peu corrects ; les
meilleurs sont ceux écrits en caractères maugrébins. L’ouvrage
a été traduit déjà en turc[4]. Il en existe aussi une édition

imprimée, moins correcte encore que la plupart des manuscrits.
Nous en ignorons et la date et le lieu d’impression. À en juger
d’après les types d’imprimerie et certaines notes marginales,
dont nous parlerons dans le corps de l’ouvrage, il y a lieu de
supposer que cette impression s’est faite en Angleterre.

 

LE PRÉSENT DE L’HOMME LETTRÉ
Au nom du Dieu clément et miséricordieux.
Dieu m’ayant fait la grâce de me conduire vers la voie droite
et de me faire entrer dans la vraie religion qu’il a envoyée à
son bien-aimé et son élu Mohammad, j’en ai examiné les
preuves décisives et les démonstrations claires, évidentes pour
quiconque a le moindre discernement, et cachées seulement
pour ceux qui ne voient pas les oeufs de l’autruche.
Dans l’exposition de ces preuves et de ces démonstrations,
nos docteurs musulmans ont fait tout ce qu’il était possible de
faire. Mais dans presque toutes leurs discussions avec les
chrétiens et les juifs ils ont suivi la méthode du
raisonnement[5]. Il n’est guère que Al-Hâfith Mohammad ibn
Hazm[6] qui se soit servi pour les réfuter d’arguments à la fois
intellectuels et historiques, mais dans quelques rares questions
seulement.
Ces considérations m’ont inspiré le vif désir de traiter mon
sujet selon la voie historique et d’en contrôler la justesse par
des arguments métaphysiques, réunissant ainsi la critique
historique au raisonnement et mettant d’accord les preuves

intellectuelles et celles tirées de l’observation.
J’exposerai dans ce livre leurs erreurs[7], à savoir : ce qu’ils
ont établi au sujet de la Trinité et les conséquences qui en
découlent. Outre cela je parlerai de leurs Évangiles et de ceux
qui les ont composés, de leurs dogmes et de ceux qui les ont
faits, de la perversité de leur métaphysique, de leur infidélité à
l’égard de la tradition historique, de leurs calomnies contre
Jésus le Messie[8] (que le salut soit sur lui) et de leurs
mensonges contre Dieu.
Je dirai aussi un mot de leurs prêtres, de leurs croyances, de
leurs ruses, de la façon dont ils ont corrompu l’Évangile révélé
à Jésus.
Enfin nous dirons ce qui en est de leur sacrifice de la messe
et de leur adoration des croix.
J’ai fait précéder cet exposé de quelques détails sur ma
patrie et sur le lieu où j’ai été élevé, ensuite j’ai raconté mon
départ de cet endroit et ma conversion à l’islâm. Poursuivant
mon récit, j’ai rendu hommage à la générosité, à mon égard, du
prince des croyants, Aboul’-Abbâs Ahmad-al-Fâris [9]. J’ai dit
aussi un mot des évènements qui eurent lieu sous son règne et
sous celui de son fils, le prince des croyants, Abou’l-Fâris Abdal-
Azîz, dont j’ai mentionné la belle conduite. J’ai terminé
mon livre par la réfutation de la religion chrétienne en
établissant la supériorité de la religion musulmane. Après avoir
ainsi arrangé cet ouvrage, je l’ai intitulé : Cadeau du lettré
pour réfuter les partisans de la croix, et je l’ai divisé en trois
chapitres pour en faciliter la lecture et pour éviter au lecteur
toute fatigue d’esprit.

Le premier chapitre parlera de ma conversion à l’islâm, de
ce qui m’a fait sortir du christianisme pour embrasser la
doctrine hanéfite[10], des bienfaits que m’a accordés le prince
des croyants Abou’l-Abbâs-Ahmad et de ce qui m’est arrivé
sous son règne.
Le deuxième chapitre racontera ce qui m’est arrivé sous le
règne du prince des croyants, Abou’l-Fâris-Abd-al-Azîz, dont
je relaterai l’excellente conduite et les oeuvres les plus
remarquables à l’époque de la composition de ce livre, l’année
823[11] de l’hégire.
Le troisième chapitre enfin, qui renferme le but principal de
mon écrit, tendra à réfuter les chrétiens au sujet de leur religion
et à établir la mission prophétique de notre seigneur
Mohammad, par les textes mêmes de la Thora, des évangiles et
des autres livres des prophètes[12]. Que les bénédictions de
Dieu soient sur eux tous !

 

CHAPITRE I

Sachez que je tire mon origine de la ville de Majorque[13],
(que Dieu la ramène à l’islâm !), grande ville sur la mer, entre
deux montagnes et traversée par une petite rivière. C’est une
ville de commerce qui possède deux ports où de grands navires
viennent jeter l’ancre pour se livrer à un trafic important. Elle
se trouve dans une île du même nom, abondante en oliviers et
en figuiers. Dans une bonne année l’île de Majorque peut
exporter vers le Caire et Alexandrie plus de 20.000 barriques
d’huile d’olive[14]. On rencontre dans cette île plus de 120
places fortes entourées de murs et bien entretenues. De
nombreuses sources arrosent tous les points de l’île et se jettent
dans la mer.
Mon père, homme considéré d’entre les habitants de la ville
de Majorque, n’avait d’autre enfant que moi. À l’âge de 6 ans,
mon père me mit entre les mains d’un savant prêtre, sous la
direction duquel j’étudiai l’Évangile au point d’en savoir par
coeur la majeure partie au bout de deux ans. Puis je me suis mis
à étudier l’idiome[15] de l’Évangile et la logique pendant six
ans. Ayant achevé ces études, je me transportai de Majorque à
la ville de Lérida[16] dans la Catalogne[17], ville réputée pour sa
science chez les chrétiens de cette région[18]. Une grande
rivière la traverse[19]. J’y remarquai l’or mélangé avec le sable,
mais il est un fait reconnu par tous les habitants de ce pays, que
les frais de l’exploitation ne compensent pas le profit que l’on
en retire. Aussi l’a-t-on abandonnée. Les fruits abondent dans
cette ville. J’ai remarqué que les paysans ont l’habitude de
couper les pêches en quartiers qu’ils font sécher au soleil ; ils
en font de même des courges et des noix[20]. Quand ils veulent
en manger pendant l’hiver, ils les laissent tremper une nuit
dans l’eau, et les cuisent comme si elles étaient fraîches de la
saison. La récolte principale de tout ce pays est celle du safran.
C’est à Lérida que se réunissent les étudiants chrétiens au
nombre de mille ou de mille cinq cents, qui ne reconnaissent
d’autre autorité que celle du prêtre sous la direction duquel ils
étudient.
Pendant six ans j’étudiai dans cette ville la physique et
l’astronomie, après quoi je me mis exclusivement pendant
quatre ans à l’étude de l’Évangile et de son idiome. Au bout de
ces études je quittai Lérida pour me transporter à Bologne[21]
en Lombardie.
Bologne est une très grande ville. Les édifices y sont
construits en excellentes briques rouges, à cause du manque de
carrières de pierre.
Chaque fabricant de briques possède un timbre spécial, pour
marquer ses produits. À leur tête se trouve un inspecteur,
chargé de contrôler la bonne qualité de l’argile dont ils se
servent et la cuisson des briques. S’il arrive qu’une brique se
fende ou s’effrite, l’inspecteur en condamne le fabricant à en
payer la valeur et le fait frapper de verges.
La ville de Bologne est un centre scientifique pour tous les
habitants de cette région[22]. Chaque année il y arrive de tous
côtés plus de deux mille étudiants, pour y étudier la science.
Tous les étudiants, y eut-il même parmi eux un roi ou un fils de
roi, portent pour vêtement le costume du baptême, qui leur sert
de signe distinctif. Ils ne sont justiciables que du prêtre auprès
duquel ils font leurs études.
Quant à moi j’habitai le presbytère d’un prêtre très âgé et
d’une grande autorité, nommé Nicolas Myrtil. Ce prêtre
occupait à Bologne un rang très considérable par sa science, sa
piété et son ascétisme. Aux yeux de tous les chrétiens de ce
temps il était envisagé comme le plus grand savant. De tous
côtés, de la part des rois ou d’autres personnages, des
questions, se rapportant à la religion, lui étaient sans cesse
soumises. Ces questions étaient accompagnées de riches
présents, afin de recevoir sa bénédiction. Quand leurs présents
étaient bien accueillis par lui, ils s’en honoraient et s’en
félicitaient. Ce fut auprès de ce prêtre que j’étudiai la science
des principes et des fondements de la religion chrétienne.
Pendant longtemps je lui rendis des services et je remplis une
grande partie de ses fonctions, ce qui le détermina à la fin à me
recevoir au nombre de ses plus intimes. Comme je continuai à
le servir et à l’entourer de mes hommages, il alla jusqu’à me
confier les clefs de sa demeure et de ses armoires de
provisions. Tout était sous ma main, excepté la clef d’une
petite chambre à l’intérieur de la maison, où personne d’autre
n’entrait que lui. C’était probablement l’endroit où il cachait
les trésors qui lui étaient envoyés. Mais Dieu seul sait au juste
ce qu’il en est.
Je passai ainsi à servir ce prêtre et à étudier une période de
dix ans. Or il arriva certain jour que le prêtre étant malade, fut
empêché de se rendre à la conférence. Les auditeurs de la
conférence, tout en l’attendant, s’étaient mis à discuter des
questions scientifiques. À un certain moment il se présenta
dans leurs discussion cette parole que Dieu a dite par la bouche
de son prophète Jésus : « Il viendra après moi un prophète dont
le nom est le Paraklète[23] ». Ils cherchèrent à déterminer
auquel des prophètes cela pouvait se rapporter. Chacun d’eux
émit son opinion selon le degré de sa science et de son
intelligence, et la discussion allait en s’animant et la dispute en
augmentant sans cesse. À la fin ils se séparèrent sans avoir
résolu la question.
Rentré chez le directeur de notre collège, il me dit : Sur quoi
avez-vous discuté aujourd’hui pendant mon absence ? Je
l’informai de notre désaccord au sujet du nom du Paraklète,
que tel avait exprimé telle opinion, tel autre telle autre opinion
et je le mis au courant des diverses réponses.
— Et toi, me dit-il, quelle opinion as-tu exprimée ? Celle du
docteur un tel, lui répondis-je, que j’ai empruntée à son
commentaire de l’évangile.
— Que tu es loin et proche de la vérité, s’écria-t-il, un tel
s’est trompé, un tel a presque trouvé.
Aucun cependant n’a trouvé le sens véritable. Au reste
personne ne peut expliquer la signification de ce nom illustre
que les docteurs très-ferrés dans la science. Or, en fait de
science, vous n’en avez encore acquis que bien peu.
Sur ces paroles je me précipitai à ses pieds, je les baisai et je
lui dis : Tu vois, Monseigneur, que je suis venu auprès de toi
d’un pays éloigné ; pendant ces dix ans que je suis à ton
service, j’ai acquis, grâce à toi, des connaissances
innombrables, achève maintenant ta bonté à mon égard en me
faisant connaître ce nom illustre. Le vieillard se mit à pleurer
et me dit : Mon enfant, certes tu m’es bien cher à cause des
services que tu m’as rendus et de ton attachement à moi. Il y a
certainement dans la connaissance de ce nom illustre un grand
profit, mais je crains que, si tu le divulguais, les chrétiens ne te
tuent à l’instant même.
— Par Dieu le Très-Grand, par la vérité de l’Évangile et par
celui qui l’a apporté, m’écriai-je, je ne parlerai à personne de
ce que tu me confieras, si ce n’est sur ton ordre.
— Mon fils, m’interrompit-il, dès ton arrivée auprès de moi
je t’ai demandé des informations sur ta patrie, j’ai voulu savoir
si elle se trouve voisine des Musulmans, si vos compatriotes
les combattent, ou s’ils vous combattent, en un mot je tenais à
connaître tes sentiments au sujet de l’Islam. Sache donc, mon
fils, que le Paraklète est l’un des noms du prophète des
Musulmans, Mohammad, à qui a été révélé ce quatrième
livre[24] dont parle Daniel, le prophète,[25] annonçant que ce
livre lui serait révélé. Certes sa religion est la religion véritable
et sa doctrine est cette doctrine bienfaisante dont parle
l’évangile.
— S’il en est ainsi, Monseigneur, lui demandai-je, quel est
ton avis sur la religion de ces chrétiens ?
— Mon enfant, me répondit-il, si les chrétiens étaient restés
fidèles à la religion primitive de Jésus, ils posséderaient la
religion de Dieu, car la religion de Jésus comme celle de tous
les prophètes (que la bénédiction et le salut soient sur eux tous)
est la religion de Dieu.
— Comment faire donc, Monseigneur, demandai-je ?
— Il me répondit : ô mon enfant, il faut embrasser l’Islâm.
— Mais les Musulmans, insistai-je, peuvent-ils sauver celui
qui embrasse leur religion ?
— Oui, me disait-il, ils le sauvent dans ce monde-ci et dans
l’autre.
— Cependant, Monseigneur, lui fis-je observer, l’homme
intelligent choisit pour lui-même ce qu’il a reconnu être le
meilleur, puisque donc tu proclames la supériorité de la
religion de l’Islâm, qui t’empêche de l’embrasser ?
— Mon enfant, me répondit-il, Dieu m’a révélé la vérité de
ce que je viens de te dire au sujet de la supériorité de la
religion de l’Islâm et de la grandeur du prophète de l’Islâm,
dans ces derniers temps. Maintenant je suis bien vieux et mon
corps s’est affaibli. Je ne veux pas dire que cela m’excuse, au
contraire Dieu aura raison contre moi. Ah ! si Dieu m’avait
conduit vers cette voie alors que j’avais ton âge, j’aurais
abandonné toute chose et j’aurais embrassé la vraie religion.
Mais l’amour du monde est le principe de tout péché. Tu
connais ma position chez les Chrétiens, mon rang élevé, la
considération et le respect dont on m’entoure. Eh bien, dès que
l’on s’apercevrait en quoi que ce soit, de ma tendance vers
l’Islâm, tout le peuple me tuerait à l’instant même. Mais
admettons que je réussisse à leur échapper et à me mettre en
sûreté chez les Musulmans, voici ce qui se passerait : Je suis
venu, en musulman, auprès de vous, leur dirais-je. En entrant
dans la vraie religion, me répondraient-ils, tu t’es fait du bien à
toi-même, mais à nous tu n’as rendu aucun service. Car par ton
entrée dans la religion de l’Islâm tu as échappé au châtiment de
Dieu. Après cela je resterais au milieu d’eux, vieillard de 70
ans, pauvre, ne sachant pas leur langue, et condamné à mourir
de faim, tandis qu’ils ignoreraient ma position.
Eh bien, grâce à Dieu, je suis resté fidèle à la religion de
Jésus et à ce qu’il a apporté, Dieu m’en est témoin.
— Ainsi donc, Monseigneur, lui dis-je, tu me donnes le
conseil de me rendre au pays des Musulmans et d’embrasser
leur religion ! — Oui, me répondit-il, si tu es bien avisé,
cherchant le salut, hâte-toi de le faire, tu gagneras par là ce
monde-ci et l’autre. Mais, mon enfant, que pour le moment
personne ne soit instruit de cette affaire, cache-la avec la plus
extrême sollicitude, car si elle s’ébruitait, si peu soit-il, on te
tuerait à l’instant même et je ne pourrais rien pour toi. Il ne te
servirait à rien d’en rejeter la cause sur moi, je le nierais, et
tandis qu’on ajouterait foi à ce que je dirais contre toi, on ne
croirait pas ce que tu dirais contre moi. Si donc tu prononces
un mot de cette affaire je serai net de ton sang. — Que Dieu me
préserve, m’écriai-je, d’en arriver là.
Ayant tout fait pour le tranquilliser, je fis mes préparatifs de
voyage et je lui dis adieu. À ce moment il me combla encore de
ses bénédictions, et me remit comme viatique cinquante dînârs
d’or.
Je m’embarquai pour la ville de Majorque, ma patrie, où je
m’arrêtai pendant six mois ; puis je me mis en route pour l’île
de Sicile, où je restai cinq mois, attendant un navire faisant
voile pour le pays des Musulmans. Un navire allant à Tunis
étant arrivé, je m’y embarquai. Nous quittâmes la Sicile au
moment du coucher du soleil et nous jetâmes l’ancre en rade de
Tunis à midi.
Dès que je fus descendu au bureau de la douane, des
Chrétiens notables ayant entendu parler de moi, m’amenèrent
une monture et me prirent avec eux dans leurs maisons.
Quelques négociants également habitant à Tunis, les
accompagnèrent. Je passai quatre mois chez eux, jouissant de
la plus large hospitalité.
Au bout de ce temps je m’informai auprès d’eux si à la cour
du Sultan se trouvait quelqu’un parlant la langue des Chrétiens.
(Or le Sultan à cette époque était notre Seigneur feu Abou’l-
Abbâs Ahmad). Ils m’apprirent qu’il y avait à la cour un
homme distingué, nommé le docteur Yoûsouf, un des
principaux serviteurs du Sultan, dont il était le médecin. Cette
nouvelle me causa une très grande joie. M’étant informé de la
résidence de cet homme, je me rendis chez lui.
Quand je fus auprès de lui, je lui exposai ma situation et lui
dis que le motif de mon arrivée était le désir d’embrasser la
religion de l’Islam. Le médecin se réjouit extrêmement de cette
nouvelle, surtout parce que cet heureux évènement devait avoir
lieu par son intermédiaire. Puis il monta sa jument et se rendit
avec moi au palais. Il y entra, informa le sultan de mon histoire
et demanda une audience pour moi. Ce qui m’ayant été
accordé, je me tins en présence du Sultan.
Il s’informa d’abord de mon âge ; je lui répondis que j’avais
35 ans. Puis il voulut savoir quelles sciences j’avais étudiées,
ce que je lui appris. — Tu es venu, me dit-il, pour une bonne
chose, deviens Musulman, avec la bénédiction du Dieu Très-
Haut.
Je dis à l’interprète, le médecin susdit : Dis à notre Seigneur
le Sultan, jamais personne n’abandonne sa religion, sans que
s e s coreligionnaires n’élèvent la voix contre lui et ne le
calomnient ; je réclame donc de ta bienveillance de bien
vouloir faire chercher les négociants Chrétiens et les autres
notables qui se trouvent dans ta capitale et de les interroger à
mon sujet, de cette façon tu entendras ce qu’ils disent sur mon
compte ; après cela j’embrasserai l’Islâm.
Le sultan me répondit par l’intermédiaire de l’interprète : Tu
me fais la même demande que ‘Abd Allah ben Salam[26] fit au
prophète lorsqu’il embrassa l’Islâm. Sur cela il fit venir les
notables chrétiens et quelques commerçants, et m’ayant fait
entrer dans une chambre voisine de la salle d’audience, il leur
dit : Que pensez-vous de ce prêtre nouvellement arrivé, par tel
bateau ? — C’est, lui répondirent-ils, un grand savant dans
notre religion, et même nos chefs prétendent qu’il ne se trouve
pas dans le monde chrétien un homme ayant atteint le degré de
science et de piété auquel il est parvenu.
— Que diriez-vous de lui, demanda le sultan, s’il devenait
musulman ?
— À Dieu ne plaise, s’écrièrent-ils, jamais il ne fera cela.
Dès qu’il eut appris l’opinion des chrétiens, le sultan me fit
chercher.
Alors, dans ce moment même et en présence des chrétiens, je
prononçai la profession de foi[27]. Les Chrétiens se signèrent
sur leur visage[28] et dirent : Le désir seul de se marier l’a
poussé à cette action (car chez nous le prêtre ne se marie pas)
et ils quittèrent le palais profondément affligés.
Le feu sultan m’accorda un traitement de quatre dînârs par
jour, me désigna comme demeure son palais particulier et me
fiança avec la fille de Hadji Mohammad Assaffar. Le jour de
mon mariage, il me gratifia de cent dînârs d’or et d’un
magnifique habillement. Peu de temps après, ma femme mit au
monde un fils que j’appelais Mohammad pour lui obtenir les
bénédictions attachées au nom de notre prophète Mohammad.

 

CHAPITRE II
CE QUI M’ARRIVA SOUS LES RÈGNES DE ABOU’L ‘ABBAS AHMAD
ET DE SON FILS ABOU FARIZ ‘ABD AL-‘AZÎZ.

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Pour la Naissance du Prophète


Par Pierre Dortiguier  (poésie)

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Chacun se croit une âme à destinée unique,

Qui court jusqu’à sa mort dans un souffle haletant,

Voyant en Dieu l’ombre à ce soleil mystique

Invisible à des yeux, sauf au cœur palpitant

 

D’angoisse et de désir d’une vie idyllique ;

Un homme à quarante ans, n’est point de ce métal

D’or jupitérien qui vous rend despotique

Et vit dans le combat incertain, mais vital

 

De ne réaliser que ce qu’il peut détruire,

Car il éprouve tout et écoute la nuit

Le murmure des vagues aux portes de la terre.

Il renaissait alors comme un cristal qui luit.

 

Tel était le temps mûr où l’Ange Gabriel

Ouvrit cette poitrine, et en pressa la forme,

Pour en faire sortir l’inépuisable fiel

Qui alourdit le sang hérité de la femme ;

 

Il redonna l’esprit que l’enfant apportait

Au clan enraciné dans un passé glorieux,

Mais Mohammed comprit qu’Allah pour lors plantait

Au sol un beau buisson aux fruits bientôt radieux

Que son cousin Ali et ses propres épouses

Ne laisseraient cueillir par tant de mains honteuses

« Ils aiment l’Islam » p.73, p.74 Salim Laïbi (2018)

 

MARABOUTS & KHOUAN ÉTUDE SUR L’ISLAM EN ALGÉRIE


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Ouvrage: Marabouts et Khouan Étude sur l’Islam en Algérie

Auteur: Rinn Louis

Année: 1884

 

 

PRÉFACE
Depuis une cinquantaine d’années, les puissances
occidentales de l’Europe ont fait de grands efforts pour
entraîner le Vieil Orient dans le courant de la civilisation
moderne. Les résultats obtenus ne sont pas considérables
; et cependant, les quelques progrès réalisés ont suffi pour
émouvoir profondément les chefs religieux de l’Islam, qui,
par conviction comme par intérêt, sont, opposés à ces tendances
et à ces réformes.
Pour combattre ce qu’ils regardent comme un danger,
ils ont, non sans succès, cherché à exalter le sentiment religieux
et à resserrer les liens spirituels qui unissent tous
les disciples du Prophète. Leur résistance, d’abord timide
et maladroite, s’est peu à peu organisée et développée, dans
tous les pays musulmans. Aujourd’hui, elle a réussi à déterminer
un mouvement panislamique qui, s’étendant des îles
de la Sonde à l’Atlantique, constitue un véritable danger
pour tous les peuples européens ayant des intérêts en Afrique
ou en Asie.
Ce panislamisme a surtout, comme force et comme
moyens d’action, les nombreuses congrégations et associations

religieuses qui, depuis le commencement du siècle,
ont pris partout un énorme développement et exercent une
grande infl uence sur les masses.
Sous prétexte d’apostolat, de charité, de pèlerinages
et de discipline monacale, les innombrables agents de ces
congrégations parcourent ce monde de l’Islam, qui n’a ni
frontières ni patrie, et ils mettent en relations permanentes
La Mecque, Djerboub, Stamboul ou Bar’dad avec Fez,
Tinbouktou, Alger, Le Caire, Khartoum, Zanzibar, Calcutta
ou Java. Protées aux mille formes, tour à tour négociants,
prédicateurs, étudiants, médecins, ouvriers, mendiants,
charmeurs, saltimbanques, fous simulés ou illuminés inconscients
de leur mission, ces voyageurs sont, toujours et
partout, bien accueillis par les Fidèles et effi cacement protégés,
par eux, contre les investigations soupçonneuses des
gouvernements réguliers.
Comme nation souveraine, suzeraine et limitrophe de
peuples musulmans, la France a un intérêt politique considérable
à être bien fi xée sur le nombre de ces Ordres religieux,
sur leurs doctrines, leurs tendances, leurs foyers de
propagande, leurs rayons d’action, leurs modes de recrutement,
leurs organisations, etc.
Tous ces renseignements ne sont pas faciles à se procurer.
Si les statuts des Ordres religieux ne sont pas absolument
tenus secrets, ils sont, du moins, mis, le plus possible,
à l’abri des regards des Européens. On ne nous en montre
guère que la partie connue de la masse des Khouan ou consignée
dans des livres de doctrines, tombés, en quelque
sorte, dans le domaine public des lettrés musulmans ; et
c’est encore une chose délicate et diffi cile que d’en avoir de
bonnes copies !
Aussi, même en Algérie, cette question des Ordres religieux

n’est pas connue comme il serait nécessaire qu’elle
le fût pour la bonne surveillance du pays. Les quelques publications,
qui ont été faites, en français, sur cette matière,
sont très rares, déjà anciennes, ou perdues dans des recueils
volumineux; la plupart ne se trouvent plus en librairie(1).
Nous pensons donc avoir fait oeuvre utile en offrant
aux lecteurs un exposé aussi impartial et aussi explicite que
possible de la situation de l’Islam en Algérie. Sans doute, il
est regrettable que cet exposé se borne à notre France transméditerranéenne,
alors que dans l’islam tout se tient, tout
est connexe, sans distinction de pays. Mais, tel qu’il est, et
malgré ses lacunes forcées ou ses imperfections involontaires,
ce livre facilitera toujours, dans une certaine mesure,
les recherches et études des travailleurs, comme aussi il
fournira des indications précieuses à tous les agents français
qui, à un titre quelconque, en Algérie ou a l’Étranger,
ont la délicate et diffi cile mission de surveiller les agissements
religieux ou politiques des Musulmans.
____________________
(l) Les meilleurs sont : Les Khouan, par le capitaine De Neveu, Paris,
1846. — Les Khouan, par M. BROSSELARD, Alger, 1862. — Ces deux
ouvrages n’existent plus en librairie. — Citons aussi les chapitres XXI,
XXII, XXIII du tome 2 de La Kabylie et les coutumes kabyles, par HANOTEAU
et LETOURNEUX, Paris, 1973.


Grâce à la haute bienveillance de M. le Gouverneur
général TIRMAN, à qui nous sommes heureux d’offrir ici
l’expression de notre respectueuse gratitude, nous avons eu
toutes les facilités désirables pour puiser nos informations
aux sources les plus autorisées ; nos relations personnelles
avec quelques notabilités religieuses, telles que SI AHMED
TEDJINI, CHEIKH EL-MISSOUM, ALI BEN OTSMAN,
nous ont permis de vérifi er et de compléter ces informations.
Plusieurs de nos camarades du Service des Affaires indigènes
et du Corps des Interprètes militaires ont bien voulu
nous prêter leur concours empressé ; parmi eux, nous avons
tout particulièrement à remercier M. le capitaine BISSUEL,
qui a été chargé d’établir la carte jointe à ce volume, et MM.
les interprètes ARNAUD et COLAS, qui ont consacré de
longues heures à des traductions ardues et hérissées de difficultés.

 

 

CHAPITRE PREMIER
DOCTRINE POLITIQUE DE L’ISLAM

Lorsque, sans parti pris ni passion, on regarde autour de
soi en pays musulman, qu’on interroge l’histoire ou qu’on
étudie les livres des docteurs de l’Islam, on s’aperçoit bien
vite que le caractère dominant de la religion musulmane n’est
ni l’intolérance, ni le fanatisme.
Ce qui domine et déborde dans l’oeuvre de Mohammed,
c’est l’idée théocratique, et ce qui frappe chez ses adeptes,
c’est l’ardeur des convictions religieuses. Tous les Musulmans,
sans exception, ont cette foi robuste qui n’admet ni
compromis ni raisonnement, et qui, naïvement, se complaît
dans son « credo quia absurdum. »

Dans ses origines, comme dans son essence, la société
musulmane a toujours été et est restée foncièrement théocratique.
Ses premiers souverains n’étaient ni princes, ni rois, ni
chefs, ni juges, ils étaient prêtres, et eux-mêmes se nommaient
« pontifes et vicaires du Prophète. »
Les guerres qui, après la mort de Mohammed, divisèrent
et ensanglantèrent l’Islam pendant plusieurs siècles, curent
surtout pour objectif l’Imamat, c’est-à-dire le sacerdoce universel.
La plupart des fondateurs des dynasties musulmanes
du Mar’reb furent des personnages religieux avant d’être des
personnages politiques ; et, devenus souverains, ils se donnèrent
comme pontifes et successeurs du Prophète. Car Mohammed
lui-même n’avait fondé sa puissance temporelle qu’en
raison de la mission, qu’il disait avoir reçue du ciel, de ramener
les hommes au culte des anciens patriarches et à l’unité de
Dieu.
A travers les siècles, planant au-dessus de toutes les révolutions
politiques et de tous les progrès de la science ou de
la civilisation, l’idée théocratique est restée la clef de voûte de
l’édifice de l’Islam. Et, telle cette idée s’affirmait, en 681, lors
de l’assassinat d’Ali, chez les premiers puritains Ouahbites(1),
telle elle s’affirme encore aujourd’ hui, en plein XIXe siècle,
non seulement dans les doctrines mystiques des Senoussya et
autres ordres religieux, mais même dans tout l’enseignement
officiel, normal et orthodoxe des écoles publiques musulmanes.
Dans un livre, classique en Orient, et l’un des catéchismes
les plus autorisés et les plus en faveur chez les professeurs des
établissements où se donne l’instruction islamique, le « très
vénéré » imam Nedjem Ed-Din-Nassafi (mort à Bar’dad en
537-1142) résume, en 58 articles, les dogmes fondamentaux
____________________
(1) Voir chapitre XI.


de l’Islam, et s’exprime ainsi(1) :
« Les Musulmans doivent être gouvernés par un imam
qui ait le droit et l’autorité : de veiller à l’observation » des
préceptes de la loi, de faire exécuter les peines légales, de défendre
les frontières, de lever les armées, de percevoir les dîmes
fiscales, de réprimer les rebelles et les brigands, de célébrer
la prière publique du vendredi et les fêtes de Beyram, de
juger les citoyens, de vider les différends qui s’élèvent entre
les » sujets, d’admettre les preuves juridiques dans les causes
litigieuses, de marier les enfants mineurs de l’un et l’autre
sexe qui manquent de tuteurs naturels, de procéder enfin au
partage du butin légal. »
Tout l’Islamisme est renfermé dans ces quelques lignes,
qu’un des commentateurs les plus autorisés et les plus connus,
Sad-Ed-Din-Teftazani (mort à Boukhara en 808-1405)
précise et complète en ces termes :
« L’établissement d’un imam est un point canonique arrêté
et statué par les Fidèles du premier siècle de l’Islam. Ce
point, qui fait partie des règles apostoliques et qui intéresse,
d’une manière absolue, la loi et la doctrine, est basé sur cette
parole du Prophète : Celui qui meurt sans reconnaître l’autorité
et l’imam de l’époque, est censé mort dans l’ignorance,
c’est-à-dire dans l’Infidélité… Le peuple musulman doit donc
être gouverné par un imam. Cet imam doit être seul, unique;
son autorité doit être absolue; elle doit tout embrasser ;
tous doivent s’y soumettre et la respecter ; nulle ville, nulle
contrée ne peut en reconnaître aucun autre, parce qu’il en
____________________
(1) C’est l’article ou le chapitre 33. Voir, dans l’excellent ouvrage du
chevalier de Mouradja d’Ohssou, Tableau de lempire ottoman, l’exposé et le
développement de ces 58 dogmes fondamentaux.


résulterait des troubles qui compromettraient et la religion et
l’État ; et, quand même une autre autorité indépendante serait
à l’avantage temporel de cette ville, de cette contrée, elle
n’en serait pas moins illégitime et contraire à l’esprit et au
bien de la religion, qui est le point le plus essentiel et le plus
important de l’administration des imams. »
A quelques variantes près, dans les détails, tous les anciens
docteurs musulmans reconnaissent et professent ces doctrines.
Le Coran n’a-t-il pas dit :(1) Soyez soumis à Dieu, au
Prophète et à celui d’entre vous qui exerce l’autorité suprême.
Portez vos différends devant Dieu et devant l’Apôtre, si « vous
croyez en Dieu et au jugement dernier. Ceci est le mieux. »
Et Mohammed a précisé dans ses hadits, en disant : « Celui
qui meurt sans reconnaître l’autorité de l’imam de son temps
meurt dans l’ignorance, c’est-à-dire dans l’Infidélité. »
Le Coran reste donc, en réalité, la seule loi légitime aux
yeux des Musulmans ; il renferme la loi politique, la loi civile
et la loi criminelle; il est l’enseignement par excellence ; il
suffit à tout, et dirige tout.
On comprend facilement les difficultés qu’un pareil
état de choses peut opposer à notre action gouvernementale
en Algérie. On s’explique aussi comment, avec la meilleure
volonté de ne pas heurter les sentiments religieux des Musulmans,
nous ne pouvons pas réaliser un progrès ni inaugurer
une réforme, sans nous attirer les malédictions des vrais
Croyants assez instruits pour connaître l’esprit et les dogmes
de leur religion.
Heureusement pour nous, les gens réellement instruits,
même en matière religieuse, sont rares en Algérie ; la masse
des Musulmans ne connaît guère que les pratiques d’une dévotion
étroite, limitée aux prières quotidiennes et à l’observance
___________________
(1) Chapitre IV, verset 62.


d’usages traditionnels que nos réformes n’atteignent pas directement.
Puis, la masse de la population est plutôt berbère
qu’arabe ; elle n’est pas insensible à la satisfaction de ses intérêts
matériels, et elle a déjà répudié une partie de la loi islamique,
pour la remplacer par des kanoun ou coutumes, qui se
rapprochent plus ou moins des nôtres.
Nous avons donc pu, sans user de procédés violents, et
sans nous créer des difficultés trop grandes, séparer, en Algérie,
trois choses ordinairement confondues dans tous les pays
musulmans : la justice, la religion et l’instruction.
La substitution de notre système pénal français aux répressions
prescrites par le Coran s’est faite, presque au lendemain
de la conquête (vers 1842), sans soulever d’objection
: c’était un progrès réel et un grand adoucissement à ce que
subissaient les Algériens sous le joug des Turcs. Quant à la
juridiction civile, elle a été laissée à des magistrats musulmans,
appliquant la loi islamique, sous certaines réserves qui
ne sont pas toujours subies sans froissement par les lettrés
musulmans, et qui sont sourdement exploitées, contre nous,
par les personnalités religieuses.
En matière d’instruction, tous nos efforts, depuis 1830,
ont eu pour objet de réduire l’enseignement coranique et d’y
substituer, progressivement, un enseignement plus rationnel,
plus pratique et, surtout, plus français. Bien que ces efforts
n’aient pas toujours obtenu les résultats que nous espérions, ils
ont suffi pour nous aliéner la grande masse des lettrés et marabouts
musulmans qui avaient, avant notre arrivée, la direction
exclusive des établissements d’instruction, et qui ont préféré
s’abstenir, ou s’éloigner, plutôt que de subir notre contrôle et
de modifi er leur enseignement dans un sens libéral et laïque.
Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, la séparation que nous
avons cherché à réaliser, est aujourd’hui assez marquée, pour
que la question de l’instruction publique musulmane soit

tout à fait distincte de la question religieuse proprement dite,
la seule que nous ayons ici l’intention d’examiner.
Laissant donc de côté ces deux questions, malgré leur
connexité trop réelle, nous pouvons dire qu’en Algérie, l’action
religieuse musulmane est exercée par trois catégories
d’individus qu’il est important de ne pas confondre.

La première catégorie comprend le clergé musulman,
investi et salarié au même titre que celui des autres cultes reconnus
par les lois françaises.

La seconde catégorie se compose des marabouts locaux,
religieux libres, exerçant les devoirs du sacerdoce ou de l’enseignement
islamique, sans attaches offi cielles ni salaire, et
dans des édifi ces leur appartenant, ou construits et entretenus
par la piété des fi dèles (zaouïa, mammera, djamâ, mesdjed,
kobba, etc.).

La troisième et dernière catégorie comprend les ordres
religieux congréganistes (ou khouan).
Ces trois catégories sont presque toujours absolument
distinctes et séparées. Cependant, on rencontre quelquefois,
parmi les membres du clergé investi et parmi les religieux libres,
des individus et même des groupes affi liés à des sociétés.
religieuses, exactement comme on voit chez nous, soit dans
les clergés paroissiaux, soit dans la société laïque, des membres
isolés de certains ordres religieux ou confréries laïques,
subissant la direction spirituelle de congrégations appartenant
au clergé régulier.

CHAPITRE II
CLERGÉ INVESTI ET SALARIÉ
(MOFTI ET IMAM)

suite… PDF

Victoire de la raison en Iran


Chroniques-Dortiguier

Victoire de la raison en Iran


 

La liberté de porter ou non le voile, ce qui n’a rien de contraire au noble Coran, s’est imposée à l’Iran, et je puis témoigner, en connaisseur du pays, que par là a été désamorcée une sorte de révolution colorée qui prend les prétextes les plus simples pour entraîner une population désorientée. Il n’est, du reste, pas exclu que, selon une déclaration du prince royal Salman, pareille mesure ne soit envisagée en Arabie saoudienne.

Les deux États n’ont, du reste, point le même esprit : le comte Gobineau qui fut, du reste, un ami de l’Islam, et a séjourné en Perse comme diplomate, par ailleurs bon connaisseur de la langue en laquelle il traduisit le Discours de la Méthode de Descartes que le Châh Nasredinne fit aussitôt imprimer à ses frais, notait le 19 septembre 1855, dans une lettre à un collègue diplomate et orientaliste allemand-autrichien, le général comte Prokesch-Osten, que le pays, surtout dans le Nord, ressemblait à l’Europe, en ces termes : « Je suis convaincu  que parmi les nations orientales du Sud, aucune n’a autant de rapport d’esprit avec les Européens que les Persans. Ces rapports d’esprit sont très bien et très clairement accusés par les rapports physiques. Les Persans dans leur physionomie, dans leur taille, dans leurs habitudes de corps, dans leur mobilité inquiète, toujours debout, toujours remuant, toujours parlant nous ressemblent, surtout dans le Nord.» 

Il y aura toujours des esprits courts pour tourner en rond, comme un âne, autour d’un piquet, pour soit identifier une manière de se couvrir à la religion ou, au contraire, à un abaissement de la femme. Un élément fait défaut aux deux partis antagonistes, qui est la conscience morale d’où fleurit d’abord l’idée puis la passion pour la divinité, et non l’inverse. En Iran même, nous avons connu des femmes qui excusaient leur conduite, que nos ancêtres eussent jugée immorale, par une conformité aux usages, confondant la discipline, qui est toujours formelle, avec l’action. Et si le germano-italien Dante, qui fut un admirateur de l’islamité mystique, place des papes  et des cardinaux ou des princes chrétiens en Enfer, il en va de même en toute religion qui mérite ce titre et n’est pas seulement une sorte de statut politique, comme le philosophe Kant l’observait d’une confession particulière, la seule qu’il soit malséant de critiquer aujourd’hui, sur tous les plans !


La question n’est pas, à protéger nos femmes, selon une recommandation connue, de mesurer ce qui couvre leur tête, mais d’armer celle-ci de logique…


Ceci nous amène à examiner, en ce jour précis où une partie de l’Occident carbonisait, 15 février 1945, Dresde pendant qu’il signait les accords sur ce croiseur US Quincy, avec l’Arabie wahhabite en promettant de protéger sa monarchie factice contre l’exclusivité de son pétrole, dans quelle mesure la gent féminine et sa progéniture vivent en conformité avec la raison : imagine-t-on, comme mon voisin me le rapporte de son fils âgé de trois ans et demi, en Iran ou dans les États qui suivent l’exemple du Prophète, une psychologue familiale interroger un être aussi jeune et innocent – n’en déplaise à l’incestueux Freud – et lui demander, après qu’il ait repoussé vivement sa maîtresse d’école, s’il se sent plutôt garçon ou fille ? Tel est l’acide de la théorie du genre sexuel ainsi répandue dans nos classes primaires ! N’est-ce pas là bâillonner la raison et étouffer la sensibilité naturelle ? Ces nouvelles maîtresses ou pseudo-pédopsychologues, par une pansexualisation forcée, détruisent l’équilibre psychophysique de nos jeunes pousses, posent des germes de frénésie là où l’on attendrait le développement d’une lumière naturelle (lumen naturale), terme relevant, non du jargon des loges, mais de la théologie naturelle, partie traditionnelle du corps théologique.

L’on attend vainement de nos « théologiens de cour » qu’ils redressent cette conduite pédagogique irrationnelle détestable qui produira des violences et des désordres, au lieu de contraindre les esprits à mordre un voile qui n’est plus un signe de moralité, mais un prétexte à détourner l’attention d’un mot plus essentiel que la taille des habits, la longueur des barbes ou des cheveux visibles d’une féminité qui reçoit le choc d’un monde intoxiqué par des faux prophètes et les illusionnistes libertaires ou, comme on le disait, en théologie ancienne, libertins. La question n’est pas, à protéger nos femmes, selon une recommandation connue, de mesurer ce qui couvre leur tête, mais d’armer celle-ci de logique ; tel est ce mot essentiel, ce premier remède, pour dissiper les sophismes dont leurs enfants souffriront.

Pierre Dortiguier

Noureddine Boukrouh : « L’Algérie se trouve actuellement à la croisée des chemins » — Algérie Résistance


Noureddine Boukrouh. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Votre livre « L’islam sans l’islamisme : vie et pensée de […]

via Noureddine Boukrouh : « L’Algérie se trouve actuellement à la croisée des chemins » — Algérie Résistance

France-Islam : des morisques à l’Émir Abdelkader


par l’historien Sadek Sellam

lelibrepenseur.org

Très intéressante vidéo qui revient sur l’histoire de l’émir Abdelkader, de l’islam et des musulmans et de leurs rapports avec la France. Histoire curieusement ignorée par nos contemporains et qui pourtant est essentiel à l’apaisement et à l’entente en cette période de troubles d’avant-guerre civile.

 

Source : Al Magharibia Channel

Elisabeth Guigou voilée fait scandale !


lelibrepenseur.org

Sarkö/Hollande/Chirac/Valls en kippa ça fait quoi ?

Ce faux scandale totalement absurde ne fait que démontrer la haine pathologique que porte une certaine intelligentsia parisienne envers l’islam et les musulmans. Une tempête dans un verre d’eau d’autant que tous ces spécialistes de l’indignation sélective n’ont pipé mot lorsque les cinq derniers présidents, leurs chefs de gouvernement ainsi que leurs ministres ont porté la kippa lors de certaines cérémonies juives…

Un simple geste respectueux, le minimum syndical que peut effectuer un être humain dans un lieu de culte quel qu’il soit, est considéré lorsqu’il s’agit d’une femme portant un léger voile comme une infamie. Il est vrai que la France, peuplée aujourd’hui d’un nombre effrayant de zombis, s’illustre par un comportement totalement irrespectueux dans ses propres cathédrales. Alors que les responsables religieux des lieux de culte italiens offrent des voiles aux touristes légèrement vêtues, on peut rentrer dans les cathédrales françaises en mini short et débardeur ! J’ai même personnellement vu un couple d’hommes entrer dans une église bordelaise avec un petit chien !

Quant à l’intelligentsia germanopratine corrompue, incompétente et imbécile, elle continuera sa stratégie de propagande et de mensonge, même si leur stratagème grossier ne peut plus tromper grand monde, tellement il accroche le regard comme le nez de clown au milieu du visage. Il ne s’agit ici ni de politique et encore moins de religion, il s’agit juste de logique et de justice.

Complètement marteau !


par integritydyl

Ça devient complètement délirant ces attentats que d’aucuns s’obstinent à qualifier d’islamistes. Après les mini-agressions à la ceinture de pétards mouillés, à l’arme blanche ou à la voiture bélier perpétrés au sein des pays de la coalition anti-DAECH, les bricoleurs étiquetés terroristes en sont maintenant réduits à recourir à leurs boites à outils. Depuis qu’un frappadingue en est venu à utiliser un marteau pour agresser des militaires en faction devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, on s’attend à ce que de futurs attentats s’opèrent au « tourne-vice » ou à la « scie à mytho ».
Et que dire des revendications « terroristes » de ces forfaits, tirées par les poils de barbe puisque récupérées à postériori voire posthume sur ces « soldats déchus » dont l’enrôlement chez DAECH ou ses semblables est loin d’être établi. Les attaques suicidaires exécutées en Occident, accomplies de façon rudimentaire par des délinquants primaires ou des détraqués qui se sont téléguidés tous seuls sur Internet, sont loin d’avoir l’envergure des attentats de masse commis continuellement dans les pays dits musulmans, dont tout le monde se fout royalement tant que les compatriotes ne sont pas touchés. Alors quitte à tout islamiser à tort et à travers, pourquoi pas aussi les accidents de circulation et les crimes passionnels, et jusqu’aux attaques de requins, en particulier celles des requins-marteaux !
Néanmoins, le comique de répétition a des limites. A force de se sentir menacé par des drames réitérés, le petit peuple va finir par se fâcher tout rouge. Et avec le peu de discernement qui qualifie les gens ordinaires, il faut s’attendre à ce que les bons payent pour les mauvais. À croire que c’est le but recherché puisqu’il y en a de moins en moins pour distinguer entre les agressions improvisées de déséquilibrés « musulmans » – qui ne sont pas moins dramatiques, déplorons-le – et les attentats suicides soigneusement préparés par des soldats aguerris. S’il n’est pas mis un terme rapide et définitif à cette succession d’actes inconséquents, par du renseignement approprié et non à l’aveuglette comme c’est le cas actuellement, ceux-ci vont immanquablement déclencher des haines et des vendettas incurables. Tout le monde a donc intérêt à y mettre du sien pour empêcher que la méfiance et l’animosité réciproques se banalisent et deviennent irréversibles. Le raisonnement est simpliste et assez égoïste mais, assez logiquement, qui raffole des problèmes ? Et qui déteste qu’on le laisse tranquille ?
Les Musulmans en ont marre d’être suspectés et ostracisés rien que parce qu’ils sont Musulmans. Ils passent de plus en plus de temps à se justifier, à « marteler » qu’ils se démarquent des exaltés qui surgissent périodiquement et à condamner les sauvageries qu’on leur impute injustement à eux, mais rien n’y fait. A tel point que, pour démontrer leur bonne foi, de nombreux Imams ont décidé de refuser d’accomplir les offices religieux préalables aux inhumations pour les auteurs d’actes criminels. Est-ce que ça contribuera à dissuader les forcenés de pourrir l’actualité et améliorera la réputation de leurs coreligionnaires ? Rien n’est moins sûr tant « les préjugés ont la vie dure ». En attendant, en cette période d’élections, les plus démagos ne se gênent pas pour exploiter l’animosité antimusulmane grandissante en faisant de l’islamophobie larvée leur argument électoral principal.
La violence criminelle de la part de soi-disant Musulmans est totalement incompréhensible puisque l’Islam, comme n’importe quelle religion et n’importe quelle loi humaine, considère que les meurtres sont injustifiables.[1] Pour accomplir de telles atrocités, inhumaines et injustifiables religieusement parlant, et encourir de ce fait les châtiments de ce monde et de l’au-delà, ces énergumènes prétendument croyants doivent donc être soit complètement ignorants soit complètement cinglés. On ne sait même plus comment leur faire comprendre à ceux-là et on se demande si, en définitive, il ne faut pas leur enfoncer de force la gentillesse dans le crâne, et à coups de marteau peut-être bien !
[1] « Et, sauf en droit, ne tuez personne que DIEU ait interdit. Quiconque est tué injustement, alors nous donnons autorité à son représentant ; – que celui-ci ne commette donc pas d’excès dans le meurtre ! – Oui, il sera secouru. » (Coran 17 :33). « Celui qui frappera un homme mortellement sera puni de mort. » (Deutéronome 19 :6,12 – 21 :12 – Nombres 35 :12-19 et Josué 20 :3). « C’est pourquoi Nous avons prescrit sur les Enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne, -à moins qu’en échange d’une autre ou à cause d’un désordre commis sur la terre -… rien d’autre, alors : c’est comme s’il avait tué tous les gens ensemble. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les gens ensemble. » (Coran 5 :32). Quiconque intentionnellement tue un croyant, sa récompense alors est la Géhenne, d’y demeurer éternellement. Et sur lui la colère de DIEU, ainsi que Sa malédiction, tandis qu’IL lui a préparé un énorme châtiment. » (Coran 4 :93).

Ils vont nous pourrir le Ramadan !


par integritydyl

À croire que cette année ils se sont donnés le mot pour nous pourrir le Ramadan. Cinq jours avant de commencer à jeûner le mois sacré, au Royaume-Uni cette fois, un « terroriste musulman » a eu le mauvais goût de se faire exploser publiquement au sortir du concert d’une « idole » contemporaine de pop music. Ses malheureux coreligionnaires, et moi, et moi, et moi, se seraient bien passés d’être rappelés au bon souvenir de ceux qui ne peuvent déjà pas les blairer épidermiquement en vertu du « tous les Musulmans ne sont pas des terroristes mais tous les terroristes sont musulmans ». Comme tous ceux qui l’ont précédé dans ce type de délire  – et qui, martelons-le, ne pratiquaient l’Islam que le trente-deux du mois ou la semaine des quatre vendredis – il est passé à l’acte de façon autant inconséquente qu’ inutile. Mais peut-être que celui-là s’est pulvérisé parce qu’il ne pouvait tout simplement pas supporter l’idée d’avoir à se priver de bouffer pendant un mois. Sait-on jamais !
Plus sérieusement et inévitablement, c’est la Communauté musulmane, dont la bombe humaine est supposée être issue, qui va à nouveau subir le contrecoup de son geste insensé. À commencer par les réactions haineuses des anti-Islam et consorts, dont le nombre croît de façon exponentielle après de tels actes, lesquelles s’expriment désormais ouvertement sur les biens et les personnes. Et sans oublier les mesures démagogiques du Pouvoir, censées rassurer les concitoyens, à plus fortes raisons en période électorale, qui se doivent d’être à la hauteur des espérances de la vindicte populaire envers tous les adeptes de l’Islam sans exception : Prolongation et mutation de l’état d’urgence en extrême urgence, renforcement de la loi antiterroriste, multiplication des fichages « S », (ex)actions policières spectaculaires, fermetures de lieux de culte salafisto-compatibles et assignations ou incarcérations des boucs émissaires les plus récalcitrants. Et tout ce pataquès sans obligation ni garantie de résultat puisque, tout le monde en convient, le risque zéro n’existe pas.
La coercition et la pression sociale n’engendrant que de l’hypocrisie, durant le mois de Ramadan les Croyants doivent rechercher volontairement les avantages physiques et spirituels du jeûne par un contrôle accentué du comportement,[1] par une augmentation des bonnes actions et un abandon total des mauvaises, par une maîtrise des pulsions et par une prise de conscience de la condition des plus défavorisés. Il est déplorable que certains Musulmans flemmardent la journée pour mieux supporter la privation et s’adonnent le soir à des ripailles et des réjouissances retentissantes[2], d’autant plus que leurs détracteurs examinent minutieusement leurs actions et ne voient dans les allègements de tâches et les aménagements de temps de travail « ramadaniques » que baisse de productivité si ce n’est danger. N’étant pas à une contradiction près, d’un côté ils minimisent la pénibilité d’un jeûne diurne qu’ils estiment  – sans jamais l’avoir expérimenté – largement compensé par des festins nocturnes, et de l’autre, ils dénoncent les graves conséquences de la privation de nourriture sur la santé, sur l’absentéisme ou la productivité, voire sur les accidents du travail et de de la circulation.
Néanmoins, n’éludons pas hypocritement les petites bisbilles annuelles de détermination de début et de fin de Ramadan où tout un chacun expose son argumentation pour prouver qu’il a la plus grosse. Les plus fondamentalistes (par conviction ou par esprit de contrariété pour certains) donneront leur préférence à une vision claire de la lune[3] (comme mon ami Pierrot[4]) et ne la calculeront pas outre mesure. Par opposition, pour les plus progressistes (par modernisme voire par mimétisme occidental), la définition mathématique doit théoriquement prévaloir sur la détermination physique. Mais, en réalité, immanquablement, l’incompétence et la paresse prennent chaque année le pas sur les affrontements juridiques et les beaux discours ; en effet,  les « décisionnaires » de la nuit du doute ne font que calquer leur décision sur celle du pays musulman de leur choix ayant déclaré officiellement sa vision du croissant de la nouvelle lune. Je n’en dirais pas plus, pour ne pas vous pourrir le Ramadan.
[1] « Celui qui ne renonce pas à dire des mensonges, ni à pratiquer des faussetés, DIEU n’a nul besoin qu’il s’abstienne de boire ou de manger. » (Boukhary 30/8/1 – 78/51/1) « Le jeûne est un refuge (contre l’Enfer). Aussi, lorsque l’un de vous est en état de jeûne, qu’il s’abstienne de se comporter avec grossièreté et ignorance, et si quelqu’un l’agresse ou l’insulte, qu’il dise :  » Je suis en état de jeûne « , en répétant cela deux fois.» (Boukhary 30/2,9/1 – 97/35/2 – 97/50/3). «Et mangez et buvez; mais pas d’excès ! IL (Allah) n’ aime pas les excessifs. » (Coran 7 :31).
[2] D’où l’expression populaire « faire du ramdam ».
[3] « Ne jeûnez pas avant d’avoir vu le croissant de lune et ne rompez pas avant de l’avoir vu. S’il y a des nuages faites une supputation. Le mois a vingt-neuf nuits. Ne rompez pas le jeûne avant d’avoir vu le croissant de la lune. S’il y a des nuages, achevez le nombre de trente (jours). » (Boukhary 30/5/3, 30/11/1-4).
[4] https://lc.cx/iuNE

le véritable islam est représenté par l’Émir Abdelkader, pas Daech !


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Voici le témoignage d’un Occidental de grande qualité qui connaît son sujet et qui n’a pas été lobotomisé par des milliers d’heures de télé ou par un cursus universitaire abrutissant et castrateur. Le plus grand danger qui guette l’humanité est bien l’ignorance, l’ignorance dans laquelle est baigné l’Occident tout entier qui, paradoxalement, n’a pourtant jamais aussi simplifié et rendu accessible le savoir.


Le célèbre journaliste britannique Robert Fisk a estimé que l’Émir Abdelkader est le représentant du véritable islam, et non pas les organisations terroristes comme l’État Islamique, invitant l’occident, dans un article publié jeudi 25 mai par The Independent en réaction à l’attentat de Manchester, à « penser à lui (l’Émir), maintenant plus que jamais ».

Le grand reporter spécialiste du moyen-orient est revenu sur des aspects du parcours de l’Émir Abdelkader, sa lutte contre le colonialisme français ainsi que son aide apportée aux chrétiens de le Syrie après son exil. L’article élogieux souligne la tolérance, l’humanisme et la noblesse de l’homme historique algérien et rappelle la grandeur de l’homme qui prônait un islam humaniste.

« Il est temps de se rappeler de l’Émir Abdelkader. Un musulman, soufi, cheikh, un guerrier féroce, un humaniste, un mystique, un protecteur de son peuple contre la barbarie des occidentaux et un protecteur des chrétiens contre la barbarie des musulmans », a écrit Robert Fisk.


emir abdelkader


Le texte rappelle l’épisode en 1860 en Syrie, terre d’exil de l’Émir, quand ce dernier a envoyé ses propres gardes musulmans pour protéger les chrétiens de Damas, les sauvant d’un massacre aux mains des druzes musulmans durant les violences confessionnelles de cette période. Abdelkader Ben Mouhieddine avait prononcé un discours réprimandant les musulmans pour leur traitement des chrétiens.

« Sa fureur a été exprimée en des mots qui pourraient être utilisés aujourd’hui contre les exécuteurs de la secte-califat de l’EI », a écrit M. Fisk.

Pour lui, il n’y a aucun antidote au chagrin et au deuil pour les victimes de Manchester, ainsi que tous les autres innocents tués par le terrorisme. Mais, conclut-il , « ils prouvent que l’EI ne représente pas l’islam et qu’un musulman peut mériter les honneurs du monde ».


HuffPost [Algérie]

La déradicalisation pour les nuls.


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Contrairement aux professionnels de la déradicalisation qui, comme on a pu le constater récemment, excellent plus dans les détournements financiers que dans la psychologie réparatrice, je vais vous parler de vécu, de mon vécu, en tant que « converti » à l’Islam de longue date, à une époque où le pacifisme de cette religion prédominait. La médiatisation outrancière et les interprétations politiques de la révolution islamique iranienne à l’orée des années 1980, du printemps islamique algérien des années 90, des attentats du 11 septembre 2001 et de la pagaille qui s’en est suivie depuis au sein du monde arabo-afghano-musulman, ont transformé une religion considérée autrefois comme une particularité exotique en une menace planétaire et incité à la suspicion envers la totalité de ses adeptes.
Il est vrai que lorsque l’on se consacre sincèrement à sa religion ou que l’on se convertit à une autre, on s’applique à la respecter du mieux possible en en exécutant minutieusement les moindres détails. En ce qui me concerne, à mes débuts, certains de mes coreligionnaires me cataloguaient « trop Musulman » ; il est vrai que, par mimétisme outrancier, j’étais trop rapidement passé du statut de hippy hyper chevelu en jean délavé à pattes d’éléphant à celui de bédouin avec crâne rasé, barbichette, turban, djellaba et canne. Bien que convaincu de la prééminence de l’Islam par rapport aux autres religions, j’étais profondément ignorant de la doctrine islamique (Coran et Hadith) et ai donc été un temps assez perméable aux influences, bonnes comme mauvaises, de ceux qui étaient censés être plus « savants » que moi. Et au fur et à mesure où j’ai enregistré des bribes de savoir, je suis devenu imbu de moi-même, estimant que ceux que je côtoyais alors n’avaient pas la chance d’avoir aussi bien compris que moi. Rassurez-vous, depuis quarante-cinq ans j’ai quelque peu évolué.
Il est étonnant de se focaliser outre mesure sur des détails et des pratiques extérieures (barbes, longueur de vêtements, attitudes, non-serrage de mains, etc.)[1] plus que sur des recommandations essentielles comme tenir ses engagements ou ne pas mentir,[2] entre autres, sur lesquelles insistent le Coran et le Hadith et qui sont bien souvent négligées. Les prémisses de la marginalisation et de la radicalisation c’est quand, en invoquant le strict respect des injonctions islamiques et en faisant abstractions des tolérances et des facilités accordées par la religion,[3] on refuse de serrer la main du DRH femme lors des entretiens d’embauche ou qu’on veut absolument faire la prière sur son lieu de travail. Se prenant pour des modèles de piété et attribuant leurs échecs à la discrimination voire à l’islamophobie, nos « dévots » n’ont par contre pas le moindre scrupule à profiter abusivement des assistances sociales et des allocations de chômage, quand bien même l’Islam répugne à cette forme de mendicité.[4] Et le comble c’est quand, pour solutionner leurs problèmes, ils sollicitent effrontément l’aide de ceux qu’ils méprisent parce qu’ils ont consenti, eux, à faire ces concessions qu’ils abhorrent.
La croyance constituant normalement un progrès spirituel par rapport à la mécréance, les néophytes ont  parfois tendance à idéaliser leurs fautes ou à en minimiser l’importance. En interprétant librement les textes et en étant convaincus que c’est pour la bonne cause, certains en viennent ainsi à mentir, voler voire tuer en pensant servir l’Islam… Je réalise donc, sans l’admettre évidemment, que, par ignorance, des jeunes musulmans (jeune dans le sens de récent) ne voient pas de mal à « islamiser » leurs méfaits et délits en se persuadant que ceux-ci sont légitimés ou compensés par leur pratique religieuse, à plus fortes raisons quand le cursus de ces « égarés » est plus carcéral qu’universitaire ; certains délinquants ont renoué avec le religieux, de façon superficielle, en passant par la case prison. Toutefois, si traitement il y a, il ne peut être que dans la justification de l’Islam et non dans sa proscription car la déradicalisation ne s’opérera réellement que si les sujets acquièrent deux facultés : le raisonnement et le sens critique. Le seul remède valable constituera à substituer une argumentation logique et cohérente basée sur l’ensemble des enseignements islamiques à l’ingestion brute et simplette des bribes d’anecdotes ou de traditions, fussent-elles sponsorisées par les « Savants de Marseille » spécialistes en lavage de cerveaux.
[1] Dont on ne trouve aucune mention dans le Coran et qui sont rarissime dans les recueils de Hadith. Par nécessité, et non volontiers, en ce qui concerne le serrage de main homme-femme, cela s’entend.
[2] « Ho, les croyants ! Remplissez les engagements. » (Coran 5 :1). « Quatre choses, lorsqu’elles se rencontrent chez un individu, en font un parfait hypocrite : Mentir quand il parle, manquer à sa promesse, trahir les engagements pris, être de mauvaise foi lorsqu’il pactise. Celui chez qui se trouve une seule de ces quatre choses sera atteint de quelque hypocrisie jusqu’au moment où il s’en sera débarrassé ». (Boukhary 58/17/1 et aussi 46/17/1 – 52/28/2 – 55/8/1).  « DIEU, vraiment, ne guide pas celui qui est outrancier, mensonger ! » (Coran 40 :29). « Ho, les croyants ! Pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas ? C’est en grande détestation auprès de DIEU, de dire ce que vous ne faites pas. » (Coran 61 :2,3). « Ne mentez pas car le mensonge mène à l’impiété et l’impiété mène à l’Enfer. L’homme qui use régulièrement de mensonge en viendra à être inscrit auprès de DIEU comme un grand menteur. Soyez véridiques car la véracité mène à la piété et la piété mène au Paradis. L’homme qui dit toujours la vérité en viendra à mériter le nom de très véridique ». (Boukhary 78/69/1 – Abou Daoud 40/80 – Tirmizhy 25/46).
[3] « Celui qui est en détresse mais ni rebelle ni transgresseur, pas de péché sur lui. Oui, DIEU est pardonneur, miséricordieux ». (Coran 2 :173 et aussi 6 :145 – 16 :115). « DIEU veut pour vous la facilité, Il ne veut pas pour vous la difficulté.» (Coran 2 :185).
[4] « J’en jure par celui qui tient ma vie entre Ses mains, il vaudrait mieux que quelqu’un prit une corde et allât faire du bois qu’il rapporterait sur son dos (afin que DIEU sauvegarde ainsi votre dignité) plutôt que de mendier à quelqu’un, que celui-ci lui donne ou lui refuse » (Boukhary 24/50/2,3 – 34/15/5,6 – 42/13/1,2).

“Je ne suis pas une musulmane modérée. Et je n’ai nul désir de l’être”


Aux Etats Unis, il existe une presse étudiante très vivante dont le niveau éditorial n’a souvent rien à envier aux médias professionnels (ce serait même parfois l’inverse). Cette presse étudiante à l’intérêt particulier de mettre en évidence ce que pensent les jeunes dont beaucoup feront partie de l’élite américaine et auront donc un poids particulier […]

via “Je ne suis pas une musulmane modérée. Et je n’ai nul désir de l’être” — Mounadil al Djazaïri

Ce n’est pas par hasard


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par integritydyl

pognon2Les jeux d’argent brassent des sommes colossales à longueur d’année et ne sont plus réservés aux riches et aux oisifs. Bon marché, à portée de main et n’exigeant aucune aptitude, ils sont aisément disponibles à tous. Ils se présentent sous diverses formes : casinos, bingos, loteries, courses de chevaux, lotos, millionnaire, et il s’en crée régulièrement de nouveaux pour soutenir l’intérêt des gogos ou en attirer de nouveaux. Les sociétés occidentales les laissent proliférer pour distraire les populations qui espèrent par-là s’enrichir sans efforts et pour améliorer les finances publiques. Prétendument afin de réduire les jeux « illégaux », l’État les supervise et en tire de gros profits, au détriment de ceux qui risquent de devenir des joueurs invétérés.
Logiquement, puisqu’il n’y a qu’une poignée de gagnants pour des millions de perdants, la meilleure chance de gagner serait de ne pas jouer. Aux jeux de hasard les seuls à se remplir les poches sans prendre de risques sont les administrateurs des dits jeux et l’État. Ces « proxénètes » suscitent l’intérêt des joueurs au moyen de publicités qui mettent en lumière la facilité de souscription et les possibilités de richesse instantanée, à tel point que ceux qui misent régulièrement de petites sommes ne se considèrent même pas comme des joueurs. Ce qui est ni plus ni moins qu’un vice se trouve ainsi banalisé et personne ne se méfie vraiment de ces « amusements » qui en poussent pourtant certains à se suicider après y avoir perdu tous leurs biens.
Les gens faibles aspirent à faire fortune aux jeux de hasard et autres concours tout en prétendant risquer leur argent pour le plaisir. Sérieusement, qui paierait pour jouer s’il n’y avait rien à empocher ? Et qui peut prétendre que cette véritable obsession que constitue chez certains le désir de gagner est inoffensive ? Car s’il en est qui se contentent de parier de petites sommes, qui s’amoncellent malgré tout à la longue, d’autres perdent plus qu’ils ne peuvent se le permettre ; pour récupérer leur mise ou encouragés par de petits rapports, beaucoup de mordus n’ont pas la volonté de s’arrêter.
Le fait d’empocher des gains aux dépens de ses semblables ne contribue certainement pas à rendre plus charitable mais encouragerait plutôt la cupidité. Pour les gagnants au jeu, le fait de n’avoir pas travaillé dur pour acquérir cette soudaine richesse aura tendance à en déprécier la valeur. Par ailleurs, doutant de la sincérité des attentions qui leur sont portées par de nouveaux amis qui les aident à dilapider leur subite fortune, ils deviendront fatalement suspicieux envers tout leur entourage. Et ce n’est pas par hasard si l’Islam a prohibé les jeux de hasard au même titre que les boissons alcooliques,[1] car cet argent-là ne fait pas le bonheur ni dans le près ni dans l’éloigné.
Quant aux jeux de chance/malchance réputés gratuits, de type concours ou tombolas, d’aucuns les trouveront acceptables puisque rien n’a été misé et donc que rien ne sera perdu. D’autres ne sont pas de cet avis, considérant que d’une part la cagnotte a été ponctionnée à l’insu de tous pour être reversée à une minorité, et que d’autre part on met le pied à l’étrier des novices qui pourraient ensuite être incités à miser de l’argent. De plus, ils estiment que même lorsque c’est au bénéfice d’œuvres charitables, cela pervertit les intentions désintéressées des donateurs lesquels escomptent ainsi récupérer une partie de leurs donations. Et en sus, ils  font remarquer que, puisque une part non négligeable sera ponctionnée avant toute distribution pour être affectée aux promoteurs des jeux, aux vendeurs de billets et aux gagnants, les sommes recueillies ne seront pas reversées en totalité aux dites œuvres. Alors, comme dit le proverbe :  « Dans le doute, abstiens-toi ! »[2]
[1] « Ils t’interrogent sur le vin et le jeu de hasard. — Dis : « Dans les deux il y a un grand péché et quelques avantages pour les gens ; mais dans les deux, le péché est plus grand que l’utilité. » (Coran 2 :219). « Ho, les croyants ! Oui, le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’ordure, œuvre du Diable. Donc, à écarter. Peut-être serez-vous gagnants ? Oui, le Diable ne veut que jeter parmi vous dans le vin et le jeu de hasard, inimitié et haine, et vous empêcher du Rappel de DIEU et de l’Office. Eh bien, vous abstiendrez-vous ? » (Coran 5 :90-91).
[2] « Est évident ce qui est licite comme est évident ce qui est illicite. Entre ces deux, il est des choses qui suscitent le doute et que bien peu de gens connaissent. Aussi, celui qui se garde des choses douteuses préservera-t-il alors sa religion et son honneur. Car celui qui s’aventure dans les domaines du doute s’aventure en fait dans l’illicite ». (Boukhary 2/39/1 – Nawawy/40 Hadiths/ 6). « Laisse ce qui occasionne ton doute pour ce qui ne l’occasionne pas. » (Tirmizhy 35/59 – Nasa’y 51/50 – Mousnad d’Ahmad Ibn Hanbal 1/200).

Laïcité : un billet de banque français avec verset coranique et haïk islamique !


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                                                                                                    L’autre face du billet :

 


Lors de la dernière vidéo-débat entre Messieurs Pierre Dortiguier et Rachid Benaïssa (cf. ci-dessous), ce dernier avait parlé des billets de banque français des colonies, plus précisément ceux en circulation en Algérie, sur lesquels était imprimé, sur une de leurs faces, un verset coranique afin de dissuader les éventuels faussaires ou fraudeurs. Il s’agit du premier verset de la sourate éponyme (numéro 83) du Saint Coran et qui signifie tout simplement : « Malheur aux fraudeurs ».

La république française était pourtant toujours laïque, la séparation de l’église et de l’État consommée depuis plus de 30 ans déjà, puisque ce billet date des années 40. Nous pouvons constater également sur ce billet la présence du voile islamique traditionnel algérien, le haïk ! Nous avions aussi fait remarquer la présence d’un grand nombre d’affiches publicitaires touristiques du temps des colonies où on ne s’embarrassait pas de mettre en avant le voile islamique, ça ne choquait absolument personne à l’époque.

Ainsi, avec de nombreuses preuves à l’appui, il faut bien se rendre à l’évidence que c’est la société française actuelle, ou plus exactement, l’élite politique ou médiatique dirigée par des agents subversifs dangereux, qui a changé sa façon de faire et de voir. On est passé tout simplement de la laïcité protectrice telle que conçue au départ, celle qui sépare le pouvoir du culte, afin de garantir son exercice aux citoyens de toutes croyances, au laïcisme tel que prôné par Vincent Peillon et qui n’est rien d’autre qu’une nouvelle religion – la religion de l’état annonce-t-il le plus sérieusement du monde – un genre de dictature de la pensée, un athégrisme dangereux qui refuse l’existence même de toute vie spirituelle et religieuse autre que celle du mammonisme progressiste actuel. On en est arrivé à une société qui interdit le culte islamique à ses citoyens, contre toute logique et en violation des textes institutionnels et des droits fondamentaux connus acquis de haute lutte : une société qui fait des obligations alimentaires religieuses une affaire d’État ; une société qui veut imposer de manière dictatoriale des comportements, tout en se disant libre, moderne, progressiste et pour l’expression illimitée de la liberté de conscience et des libertés humaines.

Non, les musulmans n’ont rien inventé, ni changé, ni modifié quoi que ce soit à leur comportement et à leur façon d’être. C’est bien la société occidentale qui a renié ses traditions, C’est bien la société occidentale qui se laisse manipuler par des agents de subversion d’une rare grossièreté qui viennent, aujourd’hui, expliquer aux Français comment penser, vivre et se comporter. Nous ne citerons pour exemple que des personnes d’une bêtise abyssale : Robert Ménard l’agent de la CIA dont M. Maxime Vivas a démontré la fonction réelle dans son excellent livre sur Reporters sans frontières. Enfin Éric Zemmour, le juif pratiquant qui se dit athée – plus français que Clovis le roi des Francs – qui distille une idéologie mensongère via des chiffres inventés de toutes pièces. Bref, tout ceci n’est pas très sérieux, d’autant que les faits sont têtus dans leur incontestable réalité.

 

Histoire de l’Ordre des Assassins


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Ouvrage: Histoire de l’Ordre des Assassins

Auteur: Joseph von Hammer-Purgstall

Année: 1833

traduit de l’allemand et augmenté
de pièces justificatives
J.J. Hellert et P.A. De La Nourais

arbredor.com
Les Assassins, ou Haschischin, étaient plus qu’une secte, c’était un Ordre mystique comportant sept degrés ou grades. «Rien n’est vrai et tout est permis, tel fut toujours le principe de la doctrine secrète». Suivant le degré d’instruction du candidat, il était ou Bateni, c’est-à-dire initié au culte intérieur et au sept des termes allégoriques, ou Dkhaheri, c’est-à-dire celui qui se renferme dans le culte extérieur.

La doctrine de Mohammed, ébranlée à l’extérieur par les croisés et minée intérieurement par la corruption, l’impiété et l’irréligion de l’ordre des Assassins, allait être menacée d’une chute plus rapide et plus certaine, si les pèlerins d’Europe, qui s’étaient couverts de fer pour conquérir la Terre-Sainte, se rencontraient avec les Assassins dans une communauté d’efforts pour planter sur les débris de l’islamisme, la croix et les poignards.

Les meurtres avaient généralement pour but, soit de se venger des ennemis de l’Ordre, soit de complaire à ses amis, soit enfin d’obtenir de riches récompenses. Ceux à qui l’accomplissement de ce devoir avait coûté la vie étaient considérés comme des martyrs, jouissant dans le paradis d’une haute félicité. Leurs parents recevaient de riches présents, ou s’ils étaient esclaves, ils étaient affranchis.

L’ORDRE DES ASSASSINS

LIVRE PREMIER

Introduction
Dans tous les pays et chez tous les peuples, les événements tournent et se reproduisent en général dans un cercle infini et perpétuel, comme les nuits et les jours suivent la loi éternelle de la rotation. Toutefois, en parcourant l’histoire de la destinée du genre humain, nous rencontrons par intervalle des faits qui nous surprennent par leur grandeur et la richesse de leurs résultats, et interrompent l’uniformité de l’histoire du monde, tantôt en nous faisant éprouver de douces et fécondes émotions ; tantôt en nous offrant le triste spectacle d’un monde bouleversé par le fanatisme. Plus est agréable ou pénible l’impression que laisse dans notre esprit le récit de ces événements, plus ils méritent d’exciter l’attention de l’observateur et de trouver un impartial historien. Des faits inouïs et dont la vérité, bien que révoquée en doute, n’en est pas moins incontestable, sont une mine bien précieuse pour l’écrivain à qui il est donné de l’exploiter. Des événements dont la connaissance est parvenue jus-qu’à nous depuis qu’on écrit l’histoire, des plus singuliers et des plus surprenants est sans contredit l’existence et la puissance de l’Ordre des Assassins, de cet ordre qui formait un état au sein des états et demandait à ses membres une soumission que n’avaient pas encore exigée de leurs sujets les despotes de l’Orient ; de cette association de fourbes et de dupes, qui, sous le prétexte d’améliorer les moeurs et d’épurer les croyances, ne faisait que saper les bases de toute morale et de toute religion ; enfin de cet ordre d’Assassins qui tenait toujours le poignard suspendu sur la tête des Princes. Pendant deux siècles en-tiers ; ils furent tout-puissants, parce qu’ils étaient partout redoutés. Enfin cette

tourbe d’Assassins fut exterminée, et disparut sous les débris du khalifat, dont elle avait juré la ruine ; parce qu’il était le centre de toute autorité spirituelle et séculière. L’Organisation politique de cette société ne peut se comparer à celle d’aucune autre des sociétés secrètes ou des associations de brigands et de pirates qui ont précédé ou suivi. L’histoire de ces dernières ne nous présente que de malheureux essais ou d’infructueuses imitations. Quelque renommée que se soit acquise, des extrémités de l’Orient aux confins de l’Occident, le nom d’assassin qui, dans toutes les langues, a conservé la signification de meurtrier, il n’en est pas moins vrai qu’on n’a su jusqu’à ce jour que bien peu de choses sur l’histoire et les destinées de l’Ordre, sur ses doctrines, sur les principes de son gouvernement. Encore, ces détails, si incomplets par eux-mêmes, nous ont-ils été transmis sans suite ; sans ordre, sans aucune vue claire et précise. Longtemps on a regardé comme un conte oriental et comme une tradition populaire tout ce que racontaient de cette colonie d’Assassins les historiens byzantins, les Croisés et surtout Marco Polo ; on n’ajoutait pas plus de foi aux récits de ce dernier qu’à ceux qu’Hérodote nous avait donnés sur les Pays et les peuples de l’antiquité la plus reculée. Cependant plus les voyages ou l’étude des langues nous dévoilent l’Orient, plus nous ajoutons de confiance à ces vénérables matériaux d’histoire et de géographie, plus nous voyons dans tout son jour le respect que professaient pour la vérité le père de l’histoire ancienne et celui des voyageurs modernes. L’historien de l’Ordre. des Assassins s’estime heureux de trouver sur sa route les recherches philosophiques, historiques, chronologiques et topographiques d’un Falconet, d’un Sylvestre de Sacy, d’un Quatremère et d’un Rousseau : ces ouvrages, qui ne laissent rien ignorer des rapports de l’Europe avec l’Orient, ne lui ont pas été moins utiles que ceux des Deguignes et des d’Herbelot, et que l’histoire récente des croisades par Wilken, pour laquelle cet écrivain a exploré les plus anciens documents que nous ont laissés les historiens des croisades et les Arabes contemporains ; mais ni Withof, avec sa loquace prolixité, ni Mariti, dont l’esprit étroit se complaît dans l’obscurité, ne sauraient mériter la même reconnaissance de la part de l’historien. Outre l’ouvrage arabe d’Aboulféda, celui de Mirkhond en langue

persane et les morceaux pleins d’intérêt que nous a donnés Jourdain sur la dynastie des Ismaélites, il est encore une foule de sources inconnues où peut puiser l’historien. Tels sont, chez les Arabes, la grande topographie d’Égypte par Macrisi et les prolégomènes politiques d’Ibn-Khaledoun ; chez les Turcs, la Géographie précieuse et les Tables chronologiques d’Hadschi-Khalfa, le Lit de roses des khalifes par Nasmisade, les deux Collections des histoires et des contes de Mohammed le secrétaire et de Mohammed Klaufi, l’Explication et le choix des histoires par Hessarfenn et Moliammed-Effendi ; et chez les Persans, l’Histoire universelle de Lari, le Musée de Ghaffari, etc., ouvrages qui, tous, peuvent servir de modèles dans l’art de classer les faits et d’écrire l’histoire. Tels sont encore l’Histoire de Wassaf, le Conquérant du monde par Dschovaïni, la Biographie des poètes par Devletschâh, l’Histoire du Thabéristân et du Ma-sendérân de Sahireddin, et enfin, les Conseils aux rois par Dschelali de Kaïn.
Tous ceux qui jouissent de l’inappréciable avantage de pouvoir puiser à ces sources encore inexplorées de l’histoire orientale, ne peuvent s’étonner assez de la richesse de ces trésors. Là, l’historien apprend quel fut le gouvernement de ces grandes monarchies, comment une multitude d’autres dynasties héritèrent de cette puissance d’abord unique ; il les voit se produire sous mille et mille formes, il pénètre au sein des chronologies les plus fabuleuses des peuples anciens, en même temps qu’il trouve sous sa main les annales les plus exactes des empires modernes. C’est alors qu’il découvre quelles ténèbres régnaient avant l’apparition du prophète et quelles lumières se répandirent après lui ; il aime à lire les miracles des Persans, les hauts faits des Arabes, à voir : comment le génie destructeur des Mogols menaçait les empires d’une destruction totale, et admire la judicieuse politique des Ottomans. À la vue de tant de richesses encore ignorées, désespère de ses forces ; la plus longue vie lui semble trop courte pour épuiser cette mine féconde, et l’abondance des Matériaux ne contribue qu’à augmenter son incertitude sur le choix. Malgré cette foule d’écrits divers, il ne trouve nulle part un ouvrage complet ; peu importe que son choix soit guidé par le hasard ou par ses affections particulières ; la nouveauté ou l’intérêt des faits excitera toujours l’attention. D’ailleurs, dans un siècle éminemment

historique. Il se présentera des hommes qui sauront mettre en oeuvre ces documents inconnus.
Un proverbe arabe dit : « On ne laisse point sur la route la pierre de construction : » celui qui veut étendre ses connaissances, qui s’est voué aux recherches historiques et qui peut puiser aux sources, s’inquiète peu de savoir avec quoi et dans quel but il commencera ses travaux. Il n’en est pas ainsi de l’écrivain consciencieux qui ne travaille avec amour qu’après s’être entouré de tous les documents connus, désireux de s’éviter par une scrupuleuse exactitude le reproche de légèreté. Envisagés sous ce rapport, les matériaux d’abord si nombreux pour l’histoire de l’Orient, se réduisent dans une étonnante progression. Où est en Orient ou en Occident la riche bibliothèque qui possède les ouvrages nécessaires pour traiter à fond les époques les plus mémorables de l’histoire orientale et dont le nom même nous est à peine connu ?
Qui, par exemple, se chargerait d’écrire l’histoire du khalifat, celle du gouvernement des familles de Ben-Ommia et d’Abbas, saris connaître dans tous ses détails l’histoire de Bagdad par Ibn-Katib ; et celle de Damas par Ibn-Hassaker, la première en soixante, la seconde en quatre-vingts volumes ? Qui oserait faire une histoire complète de l’Égypte sans avoir lu Macrisi et les ouvrages où cet auteur a puisé lui-même ?
Celui qui veut écrire l’histoire persane rencontre encore de plus grandes difficultés, qu’il veuille traiter soit l’époque la plus reculée où la vie des héros est si entremêlée de fables, soit l’époque intermédiaire Où la monarchie persane se subdivise en un nombre infini de dynasties ; soit enfin l’époque moderne où cet empire s’écroule en proie à toutes les fureurs de l’anarchie. Plu-sieurs siècles encore passeront avant que les trésors littéraires de l’Orient soient complétés dans les bibliothèques de l’Occident par des princes amis des lettres ou des voyageurs avides d’instruction avant que des traductions ou des études philosophiques plus étendues les rendent accessibles au grand nombre. Il est impossible d’écrire l’Histoire l’Orient sans lire et sans consulter les auteurs originaux. Explorer ces sources ; tel est le premier devoir de l’écrivain. L’histoire des Ottomans fait seule exception : aujourd’hui encore on peut s’ouvrir les

sources relatives à l’histoire primitive de ce peuple, sources qui n’ont pas plus de cinq cents ans d’existence ; elles peuvent en outre se compléter et se rectifier par les histoires contemporaines des Byzantins, et de quelques Européens modernes. Cependant un ouvrage historique exige tant d’années de recherches et de si longs travaux préparatoires, que c’est seulement lorsque nous nous sommes vu en possession de toutes les sources originales qui pouvaient éclairer l’histoire des Assassins, que nous nous sommes déterminé à livrer au public le résultat de nos études. On y trouve en abondance des matériaux que l’Europe savante s’affligerait de ne point connaître et dont la rareté avait plus d’une fois arrêté au milieu de leur carrière ceux qui avaient tenté d’écrire l’histoire des empires d’Orient. Quand même de brillantes descriptions de batailles, un récit d’actions éblouissantes et de magnifiques entreprises commerciales, la liste des grands monuments qui furent élevés durant cette période, présenteraient quelque sécheresse, elle sera plus que compensée par le haut intérêt historique qu’inspire, cet ordre des Assassins qui a si fortement influé sur les gouvernements et les religions de l’Orient. Les Assassins ne sont qu’une branche des Ismaélites, qui ne sont point, comme on a longtemps supposé, les ancêtres des Arabes, descendus eux-mêmes d’Ismaël, fils d’une femme nommée Hagar, mais une secte qui a pris naissance au sein même de l’Islamisme, et dont l’origine remonte à l’Imam Ismaïl, fils de Dschafer. Afin de faire connaître à fond quelles étaient leurs doctrines et sur quelles bases fut assise leur puissance, nous croyons nécessaire de remonter à l’Islamisme même et de dire quelques mots de son fondateur et des sectes qui s’élevèrent de la nouvelle religion qu’il venait de proclamer.
Au septième siècle de l’ère chrétienne, lorsque Nouschiwan, surnommé le juste, faisait briller sur le trône impérial de Perse l’éclat de ses hautes vertus, et que le tyran Phocas déshonorait par ses cruautés celui de Byzance, la même année où les armées persanes fuyaient pour la première fois devant les hordes arabes du vice-roi révolté d’Hira, et où Abraha, roi chrétien de Habesch, le Seigneur des Éléphants, accouru de l’Afrique pour détruire la sainte maison de la Kaaba, fut contraint de renoncer à son entreprise, arrêté par la variole qui dévastait

alors le vieux continent, ou, comme dit le Coran, l’année où les oiseaux de la vengeance céleste jetèrent après ses troupes de petites pierres qui causèrent leur mort, cette année, si mémorable pour les Arabes qu’elle fut pour eux la date d’une ère nouvelle, celle des éléphants, la nuit même où le palais de Khosroès à Médaïn fut prêt à s’écrouler, ébranlé jusque dans ses fondements par un tremblement de terre qui tarit les lacs et éteignit sous les ruines des temples les es feux sacrés, cette nuit, Mohammed vint au monde. Sa biographie a été écrite par tous les peuples qui suivent ses lois ; Maracci1, Gagnier2 et Sale3 ont tiré de ces nombreux volumes ce qu’on connaissait de lui jusqu’à ce jour en Europe ; le premier, entrainé par un zélé fanatique, ne présente pas toujours les faits sous leur véritable jour ; le second est le plus profond et le plus véridique ; le dernier est libre de préjugés ; mais en écrivant la vie de ce législateur à la fois conquérant et prophète, il est difficile d’atteindre à la hauteur ou se sont élevés Voltaire,4 Gibbon5 et Muller.6 Nous nous bornerons donc ici à ne dire de lui que ce que ces trois derniers historiens ont omis faute de sources ; cependant il est nécessaire de donner une idée juste de sa doctrine et de celle des Ismaélites qui dans la suite mine et remplace la première.
Mohammed, fils d’Abdallah et petit-fils d’Abdolmotaleb, sorti du sang le plus noble parmi les Arabes, c’est-à-dire de la famille des Koreisch ; gardienne des clés de la sainte Maison de la Kaaba, se sentit appelé à ramener sa nation perdue dans l’idolâtrie à la connaissance d’un seul et vrai Dieu. En commençant ce grand oeuvre, il se proposait de purifier la religion naturelle des taches de la superstition, entreprise essayée avant lui par divers prophètes à des époques différentes, et d’accomplir cette sublime mission en devenant le législateur de son peuple. Trois religions, le Christianisme, le judaïsme et le


1 Maracii Prodromus Alcorani. Patavii. 1698.
2 Gagnier, Vita Mohammedis ex Abulfeda, Oxonii 1723.
3 Sale’s Koran, London, 1734 ; Mohammed, par Claudius et Savary.
4 Voltaire, Essai sur les Moeurs et l’Esprit des Nations t. II, chap. 6.
5 The History of the decline and fall of the roman Empire, by Gibbon, chap. I.
6 Les vingt-quatre livres de l’Histoire Universelle, par J. de Muller, liv. XII, chap. 2.


sabéisme, se partageaient l’Arabie. Fondre ces trois religions en une seule, réunir ce qu’elles avaient de commun, afin que la religion nouvelle pût donner aux Arabes la liberté et la puissance dans le monde politique, tel était son but ; il l’atteignit au déclin de sa vie, après avoir passé toute sa jeunesse en méditations. Sa mère, Emina, née juive, mais convertie en bas âge, dans un voyage en Syrie, par le moine chrétien Sergius, avait, dès son enfance, imbu son esprit des idées religieuses que Moïse et J.-C. avaient jetées dans le monde. Aussi l’idolâtrie de la Kaaba, où trois cents idoles réclamaient l’adoration des peuples, lui apparaissait-elle dans toute sa turpitude. Les juifs attendaient le Messie comme le sauveur d’Israël, les chrétiens le Paraclet comme un consolateur, un médiateur : pénétré de ces croyances, Mohammed arrivé à l’âge de 40 ans, âge qui de tout temps fut considéré sans l’Orient comme l’âge nécessaire d’un prophète, sentit au fond de son âme comme une voix divine qui l’exhortait à lire au nom du seigneur les commandements du ciel7 et à se faire reconnaître par son peuple comme le prophète et l’envoyé de Dieu. Son éloquence entraînante, ce génie de poésie enthousiaste dont la nature l’avait doué, la vivacité de son imagination, la noblesse de ses manières commandaient un profond respect ; ses moeurs étaient douces, il était brave, généreux et possédait au plus haut degré le don de la persuasion ; ces qualités qu’admirent tous les peuples, mais plus encore les fils du Désert, lui gagnèrent tous les coeurs. L’Arabe de tous les temps a sympathisé avec les héros et a chéri la libéralité, mais rien n’égale son amour pour les grands poètes, dont les oeuvres, écrites en lettres d’or, étaient suspendues aux murs de la Kaaba en honneur de Dieu, comme témoignage d’une inspiration divine.
Le Coran est le chef-d’oeuvre de la poésie arabe ; ce qui distingue ce poème de tous les autres, c’est la sublimité des idées qui percent au milieu d’un chaos de traditions et de lois confuses, et l’énergie du langage. Jamais, ni avant ni après lui ; poète arabe n’eut une si haute gloire. Lebid, un des sept grands


7 Ikra biismi reblike, lis au nom de ton seigneur : tel est le commencement de la première sourate qui fut publiée ; dans l’ordre actuel, elle se trouve la quatre-vingt-seizième.


poètes dont les ouvrages portaient le nom d’Al-Moallakat, les suspendus, parce qu’ils étaient suspendus aux murs de la Kaaba, les en arracha comme n’étant pas dignes d’un tel honneur après avoir lu le commencement sublime de la deuxième sourate du Coran ; Hassan le satirique, qui poursuivait le prophète de sa verve moqueuse et qui, suivant la tradition, fut, réfuté par des vers envoyés du ciel, se vit forcé de reconnaître la puissance irrésistible de sa parole et de ses armes après la conquête de la Mecque, et Kaab, fils de Soheir, lui rendit un hommage spontané, en lui adressant une hymne de louanges qui lui fit obtenir du prophète comme récompense le don de son manteau. Il se trouve encore aujourd’hui parmi les trésors, de l’empire Ottoman et est vénéré et touché tous les ans au mois de ramadan, avec de grandes cérémonies, par le sultan, les grands fonctionnaires et la cour. La haute destinée à laquelle parvint Mohammed en changeant le titre de poète contre celui de prophète, engagea depuis quelques poètes arabes à suivre son exemple, mais ce fut sans succès et souvent au péril de leur vie : Moseleima, contemporain de Mohammed et comme lui poète de la nature, fut cependant sur le point d’être pour lui un rival très dangereux. L’idée qu’on ne saurait jamais atteindre la divinité du Coran n’avait pas encore reçu la sanction des siècles : Ibn-Mokaffas, l’agréable traducteur des fables de Bidpai, qui s’était enfermé des semaines entières pour faire un seul vers et qui soutint la comparaison avec ce passage sublime du Coran sur le dé-luge : Terre, bois tes eaux, cieux, retenez vos cataractes, ne rapporta pour fruit de ses longs travaux que la renommée d’un déiste ; Motenebbi (homme qui prophétise) acquit à la vérité la gloire d’un grand poète, mais non celle d’un prophète. Ainsi le Coran fut exclusivement regardé pendant douze siècles comme un poème incréé céleste, inimitable, comme la parole éternelle de Dieu.
La parole du prophète c’est la sunna, c’est-à-dire la collection de ses harangues et de ses commandements qu’il donnait de vive voix. Dans ces lois, de même que dans le Coran écrit, on trouve une vive imagination une grande force de volonté, une connaissance profonde de l’homme ; on y reconnaît à chaque pas le génie du grand poète et du législateur. Jusqu’à ce jour le Coran

n’a été présenté nulle part sous ce point de vue ; dans ce qui suit nous allons analyser la parole du prophète.
L’acte de foi de l’islamisme, c’est à dire résignation à la volonté de Dieu, est : « il n’y a d’autre Dieu que Dieu et Mohammed est son prophète ; » toute sa doctrine se réduit à cinq articles de foi et à autant de devoirs pour le culte extérieur : les premiers consistent dans les dogmes suivants : la croyance en Dieu, à ses anges, à ses prophètes, au jugement dernier et à la prédestination ; les devoirs religieux sont l’ablution, la prière, le jeûne, l’aumône et le pèlerinage à la Mecque. Ils forment à eux tous un mélange de christianisme, de judaïsme et de sabéisme, seulement il n’y a point d’autres miracles que celui de la création et de la parole, c’est-à-dire les vers du Coran l’Assension de Mohammed qui s’y trouve n’est qu’une figure dans le genre de celle d’Ézéchiel, et l’alborak ou le cheval céleste du prophète avec un visage d’homme ; une imitation de la vision du prophète juif. Les dogmes des choses dernières, du juge-ment des morts, de la balance où se pèsent les âmes, du pont de l’épreuve, des sept enfers et des huit Paradis, sont empruntés aux traditions persanes et égyptiennes. Les joies que donnent les plaisirs des sens et les raffinements de la volupté, des lits de gazon sous l’ombrage, près desquels murmurent des ruisseaux cachés sous les fleurs, des kiosques dorés, des coupes précieuses, des buffets magnifiques, des sofas moelleux, des sources aux ondes argentées et de jeunes garçons d’une ravissante beauté, sont les plus grandes récompenses du ciel ; les sorbets mousseux et le plus pur vin puisé aux sources de Kewszer et de Selsebil, sont la nourriture de l’homme pieux qui se sera abstenu sur la terre de boissons enivrantes ; de jeunes filles aux yeux noirs et d’une éternelle jeunesse partageront la couche du juste et surtout de celui qui aura remporté la palme du martyre dans une sainte guerre contre les ennemis de la foi ; à lui félicité éternelle, car le paradis est sous l’ombre des épées, et l’épée des croyants doit servir sans cesse contre les infidèles, jusqu’à ce qu’ils se convertissent à l’islamisme ou se soumettent en payant un tribut ; c’est chose légale que de tuer celui qui menace la foi ou l’empire, et si le meurtre est quelquefois pardonnable, la révolte ne l’est jamais. Le Coran règle encore les droits des époux et des héritages, les

droits et les devoirs des femmes, auxquelles Mohammed a le premier assuré une existence civile dont elles semblent avoir à peine joui avant lui chez les Arabes ; mais il est muet sur l’ordre de successibilité au trône, sur les droits à exercer sur les pays conquis et sur la manière de les gouverner. La domination suprême est à Dieu, il la donne et l’ôte à qui lui plaît. Ces formules générales par lesquelles on exprimait la volonté céleste ouvraient un vaste champ aux despotes et aux usurpateurs, mais la pensée intime de Mohammed était que la domination appartenait de droit au plus vaillant ; et il déclara un jour expres-sément qu’Omar, dont il avait remarqué l’énergie extraordinaire, possédait toutes les qualités d’un prophète et d’un khalife. La tradition ne nous a rien conservé de semblable sur le compte du débonnaire Ali, son gendre. Il n’était point échappé à la perspicacité du prophète, que dans les développements successifs de l’histoire du monde, rien n’était stable, qu’aucune institution humaine n’était d’une durée permanente et qu’il arrivait rarement qu’un siècle héritât de l’esprit du siècle qui l’avait précédé ; c’est dans cet esprit qu’il faut entendre une de ses prophétiques paroles : « Le khalifat ne durera que trente ans après ma mort. »
Il est à présumer que si Mohammed avait voulu donner à ses plus proches parents la succession, ou, comme disent les Arabes, le khalifat, il aurait revêtu de cette dignité son gendre, Ali ; mais, comme pendant sa vie, il n’avait fait à cet égard aucune disposition, car les louanges qu’il adressa à Ali, et que rapportent les sectateurs de ce dernier, sont trop problématiques pour être une preuve de ses volontés ultérieures, il paraît qu’il voulut abandonner aux croyants le choix du plus digne. Après lui les Moslimins proclamèrent émir et imam celui qui le premier s’était converti à l’islamisme, Eboubekr-Eszszidik, le vrai, et après son règne, qui fut de peu de durée, Omar-Alfarouk, le tranchant, et lui jurèrent fidélité en lui donnant la main. La sévérité d’Omar, aussi inflexible pour les autres que pour lui-même, et la vive énergie de son caractère, donnèrent dès le principe à l’islamisme et au khalifat cette tendance fanatique et despotique qui avait été jusque, là entièrement étrangère à ces naissantes institutions. L’esprit de conquête s’était, il est vrai, déjà révélé dans les premières

entreprises de Mohammed contre les chrétiens de la Syrie, les juifs du Khaïbar et les idolâtres de la Mecque ; les victoires d’Eboubekr dans l’Yémen et la Syrie, apprirent aux fidèles qu’il suivait les traces du prophète ; mais c’était à Omar qu’il était réservé de consommer le triomphe de l’islamisme et du khalifat. Ce vaillant général prit Damas et Jérusalem, renversa l’ancien trône des Perses et ébranla celui de Byzance, auquel il enleva deux de ses plus puissants appuis, la Syrie et l’Égypte. Ce fut alors que le zèle aveugle du khalife et de ses généraux détruisit les trésors littéraires amassés pendant des siècles par les philosophes grecs et persans, que la bibliothèque d’Alexandrie servit à chauffer des bains publics, et que les livres de Medaïn firent déborder les eaux du Tigre.8 Omar proscrivit, sous les peines les plus sévères, l’usage de l’or et de la soie, et défendit aux Moslimins de se livrer à la navigation, ce puissant moyen de communication et de commerce pour les peuples, et d’échange pour les idées. C’est ainsi qu’il conserva ses conquêtes et affermit les doctrines de l’islamisme, veillant avec une sorte de jalousie à ce que leur pureté fût à l’abri des atteintes de toute influence étrangère et à ce que les moeurs des vainqueurs ne fussent point cor-rompues par le luxe des vaincus. Ce n’était pas sans fondement qu’il redoutait pour les Arabes le contact de la civilisation et des institutions plus avancées des Grecs et des Persans. Mohammed lui-même avait déjà fait sentir à son peuple, si avide du merveilleux, la nécessité de se défier des contes et des récits fabuleux des Persans.
Osman laissa échapper les rênes du gouvernement, que son prédécesseur, Omar, avait tenues d’une main si ferme. Ce khalife fut le premier qui périt dans une conspiration sous les poignards des révoltés. Ali, gendre de Mohammed, ne monta sur le trône, souillé du sang de son prédécesseur, que pour le teindre bientôt du sien. Une grande partie des Musulmans refusa de reconnaître Ali, gendre de Mohammed, comme prince des vrais croyants, et de lui


8 Ce fait se trouve raconté non seulement par Aboulfaradsch, mais encore par Macrisi et Ibn-Khaledoun ; il est en outre confirmé par Hadschi-Khalfa.


rendre hommage ; ils furent appelés Motasali, les apostats9, et formèrent une des plus grandes et des premières sectes de l’islamisme ; à leur tête était Moawia, de la famille d’Ommia, dont le père, Ebousofian, avait été un des adversaires les plus redoutables du prophète. Il fit suspendre les vêtements ensanglantés d’Osman à la chaire de la grande mosquée de Damas, afin d’exciter les Syriens à venger sa mort sur Ali ; mais la haine éternelle qu’Aïsché avait jurée à Ali, du vivant même de Mohammed son époux, et de son père Eboubekr, hâta sa perte plus encore que l’ambition de Moawia ; cette haine datait de la sixième année de l’hégire, où, pendant l’expédition que fit le prophète contre la tribu Moszthalak, Aïsché, la chaste, s’égara avec son compagnon de voyage Sofwan, fils de Moattal. Ce fut l’objet de beaucoup de conjectures calomnieuses ; nombre de sceptiques et d’incrédules contestèrent à Aïsché le nom de chaste, au point qu’il fallut envoyer du ciel une soura afin d’apaiser ces bruits et sauver l’honneur d’Aïsché et du prophète. C’est depuis cette sentence, prononcée par les saintes écritures de l’islamisme, qu’elle n’a plus cessé d’être considérée comme le modèle de la chasteté. Quatre-vingts calomniateurs tombèrent aussi-tôt sous le glaive vengeur, mais ce ne fut que plus tard qu’Ali Fraya de son trône et de sa vie ses doutes inconsidérés. Aïsché conduisit elle-même ses deux généraux, Tallin et Sobeir et les encouragea par sa présence dans la bataille où ils périrent tous deux. Une partie des troupes d’Aïsché refusèrent de combattre et se déclarèrent hautement en faveur de son ennemi ; depuis lors on les appela Khawaredschi, les transfuges, et plus tard elles formèrent une secte puissante, aussi hostile que celle des Motasali à la famille de Mohammed, mais qui pro-fessa sur un grand nombre de points une doctrine différente. À la seconde ba-taille près de Saffaïn, Moawia fit porter le Coran devant l’armée sur les pointes des lances10, et, après celle de Neheran, Ali fut forcé d’abdiquer l’empire à Daumetol-Dschendel, et bientôt après il fut assassiné. C’est ainsi que, par une suite de révoltes et d’assassinats, le khalifat, d’abord héréditaire dans la famille


9 Aboulféda, Annales Moslemici, t. I, p. 282.
10 Aboulféda, t. I, p. 314.


d’Ali, passa à celle d’Ommia, après un laps de 30 ans, terme fatal que Mohammed lui avait fixé.
Le khalife ou successeur du prophète était non-seulement émir-al-mominin, prince des vrais croyants, mais encore imam-al-moslimin, chef des soumis ; prince suprême et pontife, il portait de la même main l’étendard et le glaive, et se revêtait du manteau du prophète. Ce monde nouveau, créé par l’islamisme, ne devait jamais obéir qu’à un seul khalife légitime comme la chrétienté à un seul pape. Mais aussi, de même que souvent trois papes se disputaient la triple tiare, l’on vit trois khalifes se disputer la domination suprême des trois parties du monde. Après que la famille d’Ommia eut perdu son trône de Damas, elle régna encore en Espagne, de même que la famille d’Abbas sur les bords du Tigre, et celle de Fatima sur les rives du Nil. Les Ommiades, les Abassides et les Fatémites, régnaient à la fois, en qualité de khalifes à Grenade, à Bagdad et au Caire ; aujourd’hui encore, les princes des familles de Katschar et d’Osman occupent avec le même titre les trônes de Téhéran et de Stamboul ; les droits de ces derniers à un pareil titre sont légitimes, car, après la conquête de l’Égypte par Selim, les insignes du khalifat, l’étendard, le glaive et le manteau du prophète, qui jusqu’alors se gardaient au Caire, furent confiés à la garde des saintes villes de la Mecque, où il naquit, et de Médine, où était son tombeau. C’est pour cela qu’ils s’appellent gardiens des deux saintes villes. Padischah et schah, empereur et roi, sultan-alberrein et khakan-albahrein, sont des mots qui signifient dominateurs et seigneurs de deux parties du monde et de deux mers ; ils pourraient aussi facilement se dire les protecteurs de trois saintes villes, les maîtres de trois parties du monde et les dominateurs de trois mers, car Jérusalem, la Mecque et Médine sont en leur possession. Ils commandent en Europe, en Asie et en Afrique ; enfin, la mer Noire, la mer Rouge et la mer Blanche, baignent des contrées soumises à leur pouvoir.
Ces courts éclaircissements justifieront cette digression sur la puissance actuelle des Moslimins. Revenons maintenant à leur histoire primitive.
Les premiers et les plus grands schismes qui éclatèrent au sein de l’islamisme durent leur origine à l’interminable lutte qui s’engagea pour acquérir

la puissance séculière, et la scission dans les croyances amena bientôt le démembrement de l’empire. Nous avons déjà remarqué quelle fut l’origine des grandes divisions politiques et religieuses des motasali et des khawaredschi, des apostats et des transfuges ; ces deux partis avaient des opinions tout opposées sur les divers dogmes de la religion dominante, mais surtout sur les droits qu’ils attachaient aux dignités de khalife et d’imam. Ce sont ces prétentions diverses qui ont fait naître dans l’islamisme tant de sectes différentes : on n’en compte pas moins de soixante-douze ; une tradition fait prédire à Mohammed que la religion de son peuple se divisera en soixante-treize branches, mais qu’une seule sera la vraie. Scheheristani et Macrisi nous en donnent l’instructive énumération, que nous omettons ici à dessein, et nous fournissent des détails circonstanciés sur chacune d’elles. Sylvestre de Sacy est le premier qui ait appelé sur toutes ces diverses sectes l’attention publique, dans une petite lecture qu’il fit à une séance de l’Institut de France.
Examinons actuellement ces deux branches principales de l’islamisme au moment où cette religion nouvelle s’est répandue dans l’Asie. Aujourd’hui encore, après une existence de douze siècles, on en voit surgir une innombrable quantité de petites sectes. De ces deux branches ont pris naissance les doctrines des sunnites et celles des shiites, qui encore aujourd’hui offrent beaucoup de points de dissemblance ; le plus grand c’est que les sunnites regardent comme légale la succession des quatre premiers khalifes ; les shiites au contraire ne reconnaissent d’autres droits que ceux d’Ali et de ses successeurs. Les Sunnites ont en horreur le meurtre qui fut commis sur la personne d’Osman, et les shiites ne sauraient pardonner celui dont Ali et ses fils furent les victimes ; ce qui fait l’exécration des uns est justifié par les autres, ce que les uns admettent les autres le repoussent. Cette opposition, qui existait déjà dans la plus grande partie de leurs dogmes, prend, avec le cours des siècles, un caractère bien plus marqué à mesure qu’il se manifeste une plus complète dissidence entre les divers intérêts politiques des différentes nations qui suivent cette religion. De temps immémorial presque toutes les guerres entre les Turcs et les Persans, dont les premiers sont sunnites et les autres shiites, sont aussi bien des guerres

de religion que des guerres de peuple à peuple, et les essais si souvent répétés, et en dernier lieu encore par Schah-Nadir, pour confondre et réunir ces deux sectes, furent toujours aussi infructueux que ceux qui furent tentés pendant plusieurs siècles pour réunir l’église chrétienne d’Orient et celle d’Occident. Leur schisme ne saurait se mieux comparer dans l’histoire qu’à celui des sunnites et des shiites.
Tous les traités publiés jusqu’à ce jour en Europe sur les divers systèmes religieux de l’islamisme ont tous été puisés à des sources sunnites. Ils nous ont appris que les sunnites, ceux que nous considérons comme les vrais croyants, se partageaient en quatre classes qui bien que d’accord entre elles sur les points essentiels des dogmes, se divisaient sur quelques autres moins importants ; du reste, cette différence peut, selon nous se comparer à celle qui dans l’église catholique existe entre le rite romain, celui des Grecs arméniens et le rite syrien, tous d’une égale valeur canonique. Les quatre sectes des Sunnites, entièrement orthodoxes sont appelées du nom des quatre grands imams Malek, Schafii, Hanbali, Abou-Hanife ; ce sont leurs pères de l’église ; leur doctrine et surtout celle du dernier, qui est considérée comme dominante dans l’empire Ottoman, est suffisamment connue par l’exposé précieux qu’en a fait Mouradja-Ohsson. Les sectes des shiites qui se subdivisent encore en plusieurs autres ne le sont pas autant. De même que les non-catholiques se subdivisent en protestants, réformés, anabaptistes, quakers etc., les Shiites ont quatre sectes principales, qui sont les kaissaniyé, les seidiyé, les ghoultat et les imamié. Nous mettrons à pro-fit les travaux d’Ibn-Khaledoun et de Lari pour en donner un aperçu précis, aperçu réclamé tant par la nouveauté du sujet que par les rapports qu’elles ont avec notre histoire. La principale cause de leur dissidence est leur manière d’interpréter les prétentions d’Ali et l’ordre de successibilité à la dignité d’imam, c’est-à-dire de pontife suprême de l’islamisme qui devait être héréditaire dans la famille de ce gendre de Mohammed.

I. Les Kaissaniyé, ainsi appelés d’un affranchi d’Ali, soutiennent qu’il avait transmis le droit de succéder non à ses fils Hassan et Hossein, comme le croient presque tous les autres shiites, mais à leur frère Mohammed-Ben-Hanfie ;

cette Secte se divise en plusieurs branches ; nous n’en mentionnerons seulement que deux ; la première est celle des Wakifiyé, ceux qui sont debout ; suivant eux la dignité d’imam est restée dans la personne de Mohammed, et n’a pas été transmise à un autre, car telle est leur croyance, le prophète n’est jamais mort, il n’a fait que disparaître de la terre pour reparaître plus tard, opinion partagée par les deux poètes arabes Koszir et Seid-homaïri ; la seconde est celle des Haschemiyé, qui prétendent que la dignité d’imam a été transférée de Mohammed-Ben-Hanfie à son fils Abou-Haschem, qui a nommé pour son successeur Mohammed, de la famille d’Abbas, qui l’aurait transmise à son fils Ibrahim, et celui-ci à son frère Abdallah-Seffah, fondateur de la dynastie. Il est évident que le but des Haschemiyé était d’établir les prétentions de la famille d’Abbas au trône des khalifes, c’est ce que fit en effet Abou-Moslem, un des principaux docteurs et prédicateurs de cette secte.

II. Les Seidiyé qui forment la seconde secte principale des Shiites, soutiennent que la dignité d’imam a été transférée par Ali11, d’abord à Hassan et Hossein, puis à Ali-Seinolabidin, qui à son tour la transmit à son fils Seid ; presque toits les autres Shiites regardent après Seinolabidin, comme l’imam légitime, son fils Mohamtned-Bakir, frère de Seid. Les Seidiyé, outre qu’ils différaient entre eux sur le mode d’après lequel la dignité d’imam avait été transférée par succession ; ne peuvent encore s’accorder avec les Imamié sur deux points essentiels.

Ils ne reconnaissent comme véritable imam que celui qui à la piété réunit encore la libéralité, la valeur, l’érudition et les autres vertus qui font la gloire du prince et le bonheur des peuples ; les Imamié, au contraire, ne demandent que l’observation des devoirs religieux, tels que la prière, le jeûne et l’aumône.

À l’exemple de Seid, ils regardent comme légitimes les khalifats d’Eboubekr, d’Osman et d’Omar, tandis que la plus grande partie des autres shiites les repoussent comme illégitimes, et qu’ils sont en horreur aux Imamié. C’est cette diversité dans les croyances qui a fait donner aux seidiyé, par les autres shiites, le surnom de Réwafis, dissidents. Les seidiyé se divisent encore en


11 Après 3.-C. 750 ; de l’hégire, 132.


d’autres branches, suivant qu’ils font remonter l’origine de l’imamat à Seid, à son père Seinolabidin ou à son frère Bakir. C’est d’eux que sortit cette multitude de prétendants au trône, qui se sont élevés dans le nord et l’ouest de l’Asie ; tel fut Edris, fils d’Edris, frère de Mohammed12 ; c’est à ce dernier, connu généralement sous le nom de Nefs-Sekiyé, l’âme pure, que le fils de Seid ; Yahya, pendu à Khorassân, avait dit-on, cédé ses prétentions à l’imamat, et Edris, le même que nous avons nommé plus haut, sut les faire valoir, pour fonder la dynastie des Edrissites, dans la ville de Fez, qu’il avait bâtie. Suivant d’autres, Mohammed fils d’Abdallah, nommé aussi l’âme pure et Mehdi, céda l’imamat à son frère Ibrahim, et celui-ci à Issa son plus proche parent. Ces trois hommes, qui avaient élevé des prétentions au khalifat, sous le règne de Manszour, expièrent leurs tentatives par la perte de la vie ; leur supplice affermit la famille d’Abbas sur le trône, qui, plus tard, fut encore une fois ébranlé par un des descendants d’Issa avec le secours des Africains du Zanguebar (Sindschi ) qui alors inondèrent l’Asie. Dans le Dilem, un certain Naszir-Atrousch invita le peuple à reconnaître les prétentions qu’élevèrent au khalifat Hassan-Ben-Ali, un fils d’Omar, le frère de Seinolabidin et l’oncle de Seid ; c’est de cette manière que s’établit la domination d’Hassan, dans le Taberistan, c’est ainsi que les seidiyé propagèrent aux dépens du khalifat abasside leurs opinions sur la succession de l’imamat en Afrique et en Asie.13

III. Ghoullat, les exagérés. Ce titre qui est commun à plusieurs sectes indique l’exagération et le débordement de leurs doctrines, qui dépassent de beaucoup les bornes de la raison, et dans lesquelles on reconnaît facilement des traces de métaphysique gnostique, et de mysticisme indien. Ils parlent seule-ment d’un imam, comme les juifs d’un messie, et attribuent à Ali les mêmes propriétés divines que les chrétiens à Jésus-Christ ; quelques-uns admettent en lui la nature divine et la nature humaine, d’autres n’admettent que la première ; il en est qui croient qu’en les seuls imams, s’opère la transmigration des


12 Après J.-C. 787 ; de l’hégire, 179.
13 Ibn Khaledoun, I. Ier. chap. III, § 25. — Lari, au chapitre des douze imams.


âmes, que la nature parfaite d’Ali, se transmet de lui à ses descendants, d’un imam à un autre et ainsi jusqu’à la fin du monde. Selon d’autres, cette série de transmigrations successives a été interrompue par Mohammed-Bakir, fils de Seinolabidin et frère de Seid, quelques-uns croient qu’il erre encore sur la terre, qu’il est caché comme Khiser, le gardien de la source de la vie ; d’autres assurent que c’est Ali lui-même, qui est assis tout vivant sur un trône de nuages où le tonnerre est sa voix, et la foudre rapide l’instrument de ses colères. Ces sectes de Ghoullat sont regardées comme hérétiques et athées, non seulement par les sunnites, mais encore par les shiites ; c’est ainsi que sont considérés les ariens et les nestoriens, non seulement par les catholiques romains, mais aussi par les jacobites de Byzance ; ils sont tous compris sous la dénomination générale de moulhad, ou moulhahid, impies : la base de leur doctrine est une vénération insensée, et une véritable idolâtrie pour les premiers imams, qui loin de l’admettre, la frappèrent d’une réprobation publique. Déjà du temps d’Ali, on en avait fait brûler quelques-uns : Mohammed Ben-Hanfye, rejeta avec horreur les doctrines de Moukhtar, qui lui attribuait une nature divine, et l’imam Dschafer maudit tous ceux, qui à l’avenir imiteraient l’exemple de Moukhtar. Cet anathème n’empêcha pas que cette doctrine n’eût après eux des partisans et des propagateurs. On voit sans peine où elle conduit, et quel parti en tirèrent d’habiles fourbes et de politiques prétendants au trône ; elle fut entre leurs mains un instrument puissant dont ils se servirent pour exciter à la révolte et usurper le pouvoir. C’était chose facile que d’invoquer le nom d’un imam invisible et parfait, pour détourner les peuples de l’obéissance qu’ils avaient jurée à des princes visibles et imparfaits, ou d’attribuer à un usurpateur qui s’élevait les perfections d’un être qui avait déjà passé par les divers degrés de la migration des âmes, et par ce moyen, lui faire obtenir le pouvoir suprême.

IV. Toutefois les Ghoullat, bien qu’ils prêchassent les doctrines exagérées du dieu fait homme et de la métempsycose, étaient en général, bien moins dangereux pour les princes que les Imamié, qui leur avaient emprunté le dogme d’un imam disparu, et avaient établi jusqu’à lui, une suite non inter-rompue et perpétuée par une filiation naturelle, d’imams révélés, mais après lui

cachés. Tandis que quelques-uns terminent la série des imams révélés au douzième, d’autres n’en admettaient que sept ; ces deux sectes n’exigeaient pas même comme les Seidiyé, des princes appelés au trône, les vertus les plus nécessaires à un souverain, mais seulement la piété et la bienfaisance ; au moyen de ces doctrines, des intrigants aussi adroits qu’effrontés, régnèrent sous le nom de princes ineptes, et parvinrent à asseoir leur domination sur les peuples, en se servant d’eux comme d’un jouet. Les Imamié se divisent en deux classes, les Esnaaschrie ou les douze, ainsi appelés de ce qu’ils terminent la série des imams révélés par Mohammed-Ben-Hassan-Askeri, qui était le douzième ; ils disent de ce dernier qu’il avait disparu dans une grotte près de Hella, qu’il y demeurait invisible, jusqu’à ce qu’il reparût à la fin du monde, sous le nom de Mohdi, celui qui conduit. La seconde classe est celle des Sébiin, les sept, qui ne reconnaissent que sept imams dans l’ordre suivant : 1° Ali, 2° Hassan, 3° Hossein, 4° Ali-Seinolabidin, la gloire des hommes pieux, 5° Mohammed-Bakir, celui qui préside aux secrets, 6° DschaferSadik, le sincère, 7° son fils Ismaïl, qui mourut avant son père, est pour eux le dernier imam ; ils en ont emprunté le nom d’Ismaïlites, de même que les Esnaaschrie ont pris celui d’Imamites. Les uns et les autres ne se divisent donc qu’au septième imam. Les Imamites transmettent de la manière suivante l’imamat, depuis Moussa-Kassim, fils de Dschafer et frère puîné d’Ismaïl, 7° Moussa-Kassim, 8° Ali-Risa, 9° Mohammed Taki, 10° Hadi, 11° Hassan, 12° Askeri et son fils Mohammed-Mehdi. Les prétentions de ces imams étaient tellement appuyées et si bien reconnues sous les premiers Abassides, que Maimoun appela publiquement le huitième d’entre eux, Ali-Risa, pour lui succéder, au grand mécontentement de toute la famille d’Abbas, qui certainement aurait empêché un pareil ordre de successibilité, si Ali-Risa n’était pas mort avant Maimbun. Les Sebiin, à qui l’on donna encore le nom d’Ismaélites, furent, dans leurs efforts pour soutenir leurs prétentions au trône, bien plus heureux que les Imamiés. La domination des premiers s’étendit d’abord, sous la dynastie des Fatémite, sur les bords de la mer et dans l’intérieur de l’Afrique, jusqu’à Mahadia et au Caire, et cent cinquante ans plus tard, elle s’établit en Asie, avec le royaume des Assassins, dans les montagnes de

l’Irak et sur les confins de l’Assyrie., Les Ismaélites de l’Afrique ont reçu des historiens de l’Orient, le nom d’Occidentaux ; celui d’Orientaux a été donné aux Ismaélites de l’Asie. Avant de commencer l’histoire de ces derniers que nous : nous proposons d’écrire, nous ajouterons encore quelques mots, afin de pouvoir donner sur les premiers des détails plus circonstanciés, car c’est à eux que les autres doivent leur origine. Le fondateur de la secte des Ismaélites d’Orient était Obeidollah, qui s’annonçait comme fils de Mohammed-Habib, fils de Dschafer-Mostadik, fils de Mohammed, fils d’Ismaïl, c’est-à-dire comme descendant, au quatrième degré du septième imam. Celui-ci, d’après la doctrine des Ismaélites, était le dernier des imans révélés, et Mohammed, Dschafer-Moszadik, Mohammed-Hahib, ses fils, petit, fils, et arrière petit-fils, furent regardés comme des imams secrets, Mektoum, jusqu’à ce qu’Obeidollah, le premier des imams révélés, parvint à faire valoir les droits de la famille d’Ismaïl au khalifat. Toutefois, ces droits furent disputés pendant longtemps et avec acharnement par la famille d’Abbas, qui avait le plus grand intérêt à détruire à la fois la validité des prétentions de ses rivaux au khalifat et la pureté de leur généalogie. Sous le règne du khalife Kadir-Billah, tous les légistes tinrent à Bagdad, une assemblée secrète, dans laquelle les plus célèbres d’entre eux, notamment, Abouhamid-Isfraïni, l’Imam Koudouri, le scheik Samir, Abjourdi et d’autres déclarèrent14 que les prétentions des Fatémites au khalifat étaient nulles et sans fondement et qu’il n’y avait rien de vrai dans ce qu’ils alléguaient sur leur descendance. La pusillanimité des Abassides, plus encore que cette fin de non-recevoir, prouva combien cet arrêt était juste, cinquante ans plus tard, lorsque l’émir Asrlan-Bessasiri, lieutenant du prince dilémite Behaod-dewlet mamelouk de naissance au service des Fatémites du Caire, fit pendant un an frapper la monnaie à Bagdad et faire les prières publiques au nom du khalife égyptien Mostanszer, en omettant, celui du khalife de Bagdad Kaïm Biemril-lah.15 Ces prétentions au trône, la nécessité de se défendre toujours, nous en-


14 Arès J.-C. 1011 ; de l’hégire 402.
15 Après J.-C ; 1058 ; de l’hégire 450.


gagent à suspecter les doutes soulevés par Ismaïl, de la famille d’Abbas, contre la pureté de la descendance d’Obeidollah, fondateur de la dynastie des Fatémites. De célèbres historiens arabes, tels que Mascrisi et Ibn-Khaledoun, les regardent comme, les suggestions d’une politique passionnée et leur refusent toute confiance. Le grand juriste Kadi-Eboubekr-Bakilani professe une opinion toute contraire, en faveur de laquelle militent, comme nous le verrons, non-seulement l’autorité de ce scheik mais encore d’autres puissants motifs tirés de la doctrine secrète des Ismaélites. Cette doctrine secrète, sur laquelle est basée aussi celle des Assassins, ne sera parfaitement connue, que lorsque nous aurons encore ajouté quelques détails sur les sectes et les différents partis de l’islamisme.
Souvent le fanatisme religieux est accusé par l’histoire d’être l’auteur des guerres sanglantes qui dévastent les empires et déchirent les états ; cependant si la religion fut rarement le but, elle fut presque toujours l’instrument d’une politique avide et d’une ambition sans bornes. Les usurpateurs ; les conquérants, se servaient de l’influence qu’exerçaient les sectaires, pour jeter le trouble au sein des gouvernements.
Plus il y aura de contact entre les intérêts politiques et religieux, plus il y aura de semences de guerres civiles et de guerres religieuses. L’histoire des anciens Perses, des Romains, des Égyptiens et des Grecs ne nous en offre presque aucune, parce que la religion, uniquement, considérée comme moyen de civiliser les peuples, ne pouvait ni affaiblir ni étendre les droits du souverain. Le christianisme n’a fait couler le sang que lorsque infidèle à son origine, il devint un servile instrument entre les mains de papes et de princes ambitieux : c’est ce qui arriva sous Grégoire VII et ses successeurs, où la tiare commandait au sceptre ; sous Luther, où comme nous l’assure Gibbon16, la rébellion détruisait les grands principes de la religion chrétienne qui avant tout ordonnaient le respect de la liberté naturelle. Il n’en était pas de même de l’islamisme, qui, propagé comme le Coran par le glaive, réunissait en même temps la dignité de


16 Gibbon, tom. I, chap. XIII.


pontife et de souverain, dans une personne qui était à la fois imam et khalife. De là tant de guerres plus meurtrières dans cette histoire que dans celle des autres religions. Chez presque toutes les sectes ; les shiismes, sont sortis des contestations élevées sur l’ordre de successibilité au trône ; il n’y en a presque aucune de quelque importance qui ne soit en même temps devenue dangereuse à l’état et à la famille régnante comme parti politique ; en un mot, il n’en est pas qui ne soit portée dans le sens véritable de ce mot devenir la secte dominante, et qui n’ait tâché d’usurper le trône et d’entraîner les princes de l’islamisme à embrasser leur doctrine. Leurs missionnaires appelés Daï, n’exigeaient pas seulement la foi, mais encore l’obéissance, et étaient envoyés en même temps pour propager la religion et recruter des partisans pour les prétendants au trône. Toutes les hérésies dont nous avons déjà parlé jusqu’ici, étaient proprement, d’après leur esprit, celles de sectes usurpatrices. Toutefois, au sein même de l’islamisme, il s’en élevait d’autres d’un caractère bien plus désastreux encore, qui, en foulant aux pieds tous les principes de la foi et de la morale, préparaient au nom de l’égalité et de la liberté générale, la ruine des trônes et des autels. C’est de ces dernières, dont le caractère est entièrement différent et que, pour les distinguer des précédentes, nous appellerons révolutionnaires, dont il nous reste à parler maintenant.
Dans le royaume de l’erse, la monarchie la plus ancienne et à la fois la mieux constituée de l’Orient, la tyrannie était déjà depuis longtemps poussée jusqu’à ses dernières limites ; les excès du despotisme qui contrariaient sans cesse les efforts de la liberté, l’avaient livré à toutes les horreurs de l’anarchie. Aussi longtemps que la doctrine de Serdouscht se conserva dans sa pureté primitive, comme le feu sacré dans les temples, les peuples ne purent emprunter dans leurs soulèvements le masque de la religion ; mais lorsque, sous les Sassanides, des idées nouvelles à l’esprit de réforme eurent ébranlé l’édifice de la vieille doctrine, l’empire marcha vers sa ruine à mesure que le feu sacré s’éteignit dans les sanctuaires. Des novateurs et des athées surgirent de toutes parts, et en ébranlant les fondements des autels devinrent plus dangereux encore pour les trônes. Nous ne connaissons que très imparfaitement les sectes

qui professaient l’ancienne doctrine des mages, c’est pourquoi nous n’avons que des idées incomplètes sur la religion des Persans. On a voulu à toute force réunir en un seul système les opinions des différentes époques de l’empire, et le dualisme et le manichéisme ont souvent été cités comme la doctrine originaire de Serdouscht ; de là ces idées flottantes et contradictoires que nous rencontrons non seulement chez les Grecs, mais encore chez Anquetil et Kleuker, qui les ont puisées dans les livres du Send nouvellement découverts. Herder d’ailleurs, a déjà appelé sur ce sujet toute notre attention ; ce que nous dit de la secte des Mages Macrisi, qui suivant toute probabilité, a pris pour guide Schehristâni, confirme assez les positions du savant allemand. Il en cite plusieurs : 1° Les Keyoumerssié, c’est-à-dire les partisans, de la doctrine la plus ancienne d’après Keyoumersz, le premier des hommes qui fut appelé roi ; 2° les Servaniyé, qui reconnaissent Servan c’est-à-dire le temps infini, comme le moteur et l’auteur de toutes choses ; 3° les Serdouschtiyé ou disciples de Serdouscht, le réformateur de l’ancienne doctrine de Hom ; 4° Séneviyé ; les véritables dualistes ; 5° les Maneviyé c’est-à-dire les manichéens ; 6° les Farkouniyé, espèce de gnostiques, qui admettaient deux principes ; le père et le fils : la querelle qui s’était élevée entre les deux principes fut, d’après eux apaisée par un troisième pouvoir céleste ; 7° les Mastékiyé, ou partisans de Mestek, qui, les premiers, déclarèrent la guerre à toute religion et à toute morales et prêchèrent la liberté et légalité universelles, ainsi qu’une complète et froide indifférence pour les actions humaines et la communauté des biens et des femmes. Mastek, en laissant un libre essor à toutes les passions, ne gagna pas seulement les esclaves, les pauvres et les hommes de la basse classe, qui partout sont les plus nombreux, et qui généralement n’ont rien à perdre et tout à gagner, mais encore ceux qui avaient tout à perdre et rien à gagner, les grands de l’empire et jusqu’au roi Kobad même ; père de Nouschirwan. Celui-ci expia sa folie par la perte de son trône et par la prison dont il ne fut retiré que par la sagesse et la vertu de son visir Bisiirdschimihr. Son fils, Nouschirwan le juste, employa le fer et le feu pour purifier le royaume et la foi de cette déplorable engeance, sans pouvoir

toutefois l’anéantir entièrement, ainsi que nous le montrent les événements postérieurs.17
Déjà dans les premiers siècles de l’islamisme on vit un semblable esprit se manifester dans les doctrines dissolues de plusieurs chefs de sectes, jusqu’à ce que Babek et Karmath vinrent le propager encore sur des monceaux de cadavres et des villes en cendres, et le rendre aussi terrible aux rois que désastreux à l’humanité. Les Persans, dit Macrisi, se sont regardés de tout temps comme le peuple le plus libre et le plus civilisé, et n’ont considéré les autres que comme d’ignorants esclaves. Après que les Arabes eurent détruit leur empire, ils n’eurent pour eux que des sentiments de haine et de mépris ; ils cherchèrent à amener la perte de l’islamisme, non-seulement en suscitant ouvertement la Guerre, mais ils voulurent encore ébranler l’édifice de la foi et de la monarchie, en répandant des doctrines occultes, et en semant de pernicieuses divisions, qui, plus tard, devaient amener de sanglantes insurrections. Comme en général ces doctrines portaient le cachet de l’irréligion et du libertinage, leurs partisans reçurent le nom de Sindik18, esprits forts, mot tiré par corruption de celui descend, la parole vivante de Serdouscht ; leur apparition au sein de l’islamisme date du commencement du khalifat de la famille d’Abbas, car les premiers khalifes de cette maison avaient tenté, mais en vain, de l’extirper par le glaive. Ce fut dans les provinces les plus orientales de l’ancien royaume persan, où s’étaient conservés quelques débris de leur antique puissance et de leur vieille civilisation, et où les doctrines de l’islamisme n’avaient que faiblement pénétré, que se développa avec le plus de force le germe de ces idées si menaçantes à là fois pour l’imamat et pour le khalifat. C’est ainsi que sous le khalife Manszour, parurent dans le Horassân les Rawendi19 qui enseignaient la transmigration des âmes, et cinquante ans plus tard, dans le Dscharschan, sous le règne d’Abdol-Kahir, les Mohaniméens20, c’est-à-dire les Rouges ou les Ânes, ainsi appelés, soit


17 Macrisi, Lari.
18 Voyez Hadschi-Khalfa et les notes de Beiskius sur Aboulféda 2e part., f. 86.
19 Après J.-C. 758 ; de l’hégire 141.
20 Après J.-C. 778 ; de l’hégire 162.


parce qu’ils portaient des habits rouges, soit parce, qu’on leur donnait le nom d’Ânes-Vrais-Croyants, car la racine arabe hamere, peut signifier également, il est un âne, ou, il est rouge. La même année la Transoxane vit surgir les Sefidd-schamegan, c’est-à-dire ceux qui sont vêtus de blanc, dont le fondateur était Hakem-ben-Haschem, surnommé Mokanaa, le masque, parce qu’il portait un masqué d’or, et Sasendeimah, celui qui disposait du clair de lune, parce que pendant la nuit il produisait au-dessus d’une fontaine ; à Makhscheb une lueur merveilleuse qui jetait sur les lieux environnants une clarté semblable à celle de la lune. Il voulait se servir de cette jonglerie comme d’un miracle confirmatif de sa mission. De même Mani, chef des Manichéens ; pour convaincre ses disciples de la divinité de son caractère, leur présentait un livre rempli de portraits magnifiques exécutés avec un art merveilleux (ertengi-mani). Mokanaa enseignait que Dieu avait revêtu la forme humaine depuis qu’il avait ordonné à ses anges d’adorer le premier homme, que depuis, la nature divine s’était transmise de prophète en prophète, d’abord à Abou-Moslem, qui avait mis sûr le trône la famille d’Abbas, et enfin à lui. Il était disciple d’Abou-Moslem, que les Rawendi reconnaissaient aussi pour leur maître, et qui paraît également avoir enseigné le premier au sein de l’islamisme, la doctrine de la transmigration des âmes. À cette doctrine de la métempsycose, (Tenasouch) Mokanaa ajouta celle de la transformation de la nature humaine en la nature divine (Houloul) doc-trine que la Perse avait empruntée aux Indes depuis que, comme nous l’avons vu plus haut, elle était devenue le dogme principal des Ghoullat.21
Sous Mamoun ; septième khalife abasside, lorsque les traductions et les encouragements d’hommes instruits, venus de la Grèce et de la Perse à Bagdad, eurent porté les sciences au plus haut degré d’élévation, l’esprit des Arabes qui jusque là avait profondément pénétré dans la philosophie grecque, dans la théologie persane et dans le mysticisme indien, s’affranchit dès lors de plus en plus, des liens dont l’avait enlacé la doctrine de l’islamisme. Les personnages les plus marquants de la cour des khalifes, s’étaient tellement identifiés avec la


21 Voy. Herbelot aux mots Mani, Erteng, Mokaana et Hakem ben Hasehem.


doctrine de ceux qu’on appelait Moulhad, scélérats, et Sindik, esprits forts, qu’ils en avaient reçu le nom. C’est alors, la première année du troisième siècle de l’hégire, que surgit un sectaire terrible pour les gouvernements, qui, comme Masdek en Perse, deux siècles et demi auparavant, prêchait l’indifférence des actions humaines, la communauté de tous les biens, et qui faillit renverser le trône, des khalifes, comme Masdek celui de Khosroès. Babek appelé Khourremi, soit, comme le veut Lari, du bourg de Khourrem, lieu de sa naissance, ou suivant d’autres de l’extravagance de sa doctrine (en persan extravagant) couvrit pendant vingt ans de ruines et de cadavres le vaste empire des khalifes, jusqu’à ce qu’enfin, battu et pris par Moteaszem, successeur de Mamoun, il fut exécuté en présence même du khalife.22 Babek avant de faire tomber sous la hache ses prisonniers, faisait déshonorer sous leurs yeux leurs femmes, et leurs filles. On prétend qu’il eut à souffrir les mêmes outrages de la part du commandant du château où il fut fait prisonnier. Lorsque le khalife lui fit couper les pieds et les mains, il se prit à rire et témoigna même au milieu des supplices de la criminelle insouciance de sa doctrine. Le nombre des victimes qui, dans l’espace de vingt ans, tombèrent sous le glaive, est évalué par les historiens à un million. Noud, un des dix aides du bourreau, se vantait d’avoir a lui seul égorgé au moins vingt mille hommes, tant fut terrible et sanglante la lutte que livrèrent aux partisans de la doctrine nouvelle de l’égalité et de la liberté les défenseurs du trône du khalifat et de la chaire de l’islamisme.23
À cette époque si orageuse et si féconde en cruautés, vivait à Ahwas, dans les provinces méridionales de la Perse, Abdallah, fils de Maimoun-Alkaddah, fils lui-même de Daissan le dualiste. Son père et son grand père, qui avaient fait passer le dualisme de la doctrine des mages dans l’islamisme ; l’avaient élevé dans les anciens principes monarchiques et religieux des Persans, et poussé à des actions qui devaient amener, sinon leur rétablissement ; du moins la destruction de l’empire et de la foi des Arabes.


22 Après J.-C. 837 ; de l’hégire 223, d’après Hadschi Khalfa ; suivant Lari, après J.-C. 841 ; de l’hégire 227.
23 Voy. Lari, d’herbelot, V°. Balek.


HISTOIRE DE L’ORDRE DES ASSASSINS

suite…

histoire-de-l-ordre-des-assassins

Netanyahu à Sumer


lelibrepenseur.org

par Lotfi Hadjiat

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« Au Moyen-Orient, les faibles ne survivent pas… La force et l’intelligence survivent », a déclaré Netanyahu, le boucher de Gaza, le 4 décembre 2016 à Washington, par vidéoconférence, au public du Forum Saban annuel pour la politique moyen-orientale de la Brookings Institution. Les Juifs savent pourtant bien depuis les Hébreux dans le désert du Sinaï, que les faibles survivent au Moyen-Orient, même en plein désert… Ils savent bien aussi qu’un des piliers du Judaïsme, la tsedaka, recommande comme en islam, d’aider les faibles. Alors question, Netanyahu est-il juif ? Je dirais qu’il est israélite. Nuance. Il y a deux mouvances chez les Juifs, les Israélites et les Judéens. Ces derniers sont attachés au message moral monothéiste de Jacob, quant aux Israélites ils sont attachés à l’idéologie de leur ancêtre : Israël. Car Israël n’est pas Jacob, ce sont deux personnages distincts comme le précise bien le Livre des Nombres. Israël n’est nul autre que Caïn, selon le Coran. Les enfants d’Israël, les israélites sont donc les enfants de Caïn, les héritiers, les partisans de Caïn-Israël. Selon le Talmud et le Zohar, Caïn, le premier assassin de l’humanité, fut le résultat de l’union d’Eve et de Satan. Il y a donc chez les Juifs deux mouvances irréductiblement antagoniques : les Judéens, juifs authentiques, et les Israélites, leurs usurpateurs obstinés. Ces deux mouvances sont comme l’huile et le vinaigre, ou plutôt comme le bon grain et l’ivraie… le royaume de Juda fut toujours en guerre contre le royaume d’Israël, comme l’écrit l’Ancien Testament… Et avec le temps, les Israélites ont phagocyté les Judéens.

Pour comprendre l’idéologie de Caïn-Israël, il faut évidemment comprendre l’idéologie de son père, Satan, le premier ennemi de l’humanité. Et cette idéologie peut se formuler simplement : défier Dieu par la « force, l’intelligence » et la ruse en transgressant ses lois morales pour perdre l’humanité, cette humanité qui fut la cause de la chute de Lucifer-Satan (selon le Coran). La descendance de Caïn-Israël se place donc au-dessus des hommes, des Goyims… qui ne sont là que pour être exploités, pillés, massacrés… Et la vie de Caïn-Israël lui-même incarne cette idéologie. Dans son ouvrage Antiquités judaïques, voici ce que nous dit l’historien juif Flavius Joseph, premier siècle après J. C., au début du deuxième chapitre du premier livre : « Caïn était en tout d’une grande perversité et n’avait d’yeux que pour le lucre ; il est le premier qui ait imaginé de labourer la terre. Caïn (après avoir été maudit par Dieu) traverse beaucoup de pays et s’arrête avec sa femme dans un endroit appelé Naïs, où il fixe sa résidence et où des enfants lui naquirent. Loin de considérer son châtiment comme un avertissement, il n’en devint que plus pervers : il s’adonna à toutes les voluptés corporelles, dût-il maltraiter, pour les satisfaire, ceux qui étaient avec lui ; il augmente sa fortune de quantités de richesses amassées par la rapine et la violence ; il invita au plaisir et au pillage tous ceux qu’il rencontrait et devint leur instructeur en pratiques scélérates. Il détruisit l’insouciance, où vivaient précédemment les hommes, par l’invention des mesures et des poids ; la vie franche et généreuse que l’on menait dans l’ignorance de ces choses, il en fait une vie de fourberie. Le premier, il délimita des propriétés ; il bâtit une ville, la fortifia par des murs et contraignit ses compagnons à s’associer en communauté. (…). Joubal (os), son frère, né de la même mère, s’adonna à la musique et inventa les psaltérions et les cithares. Thobél (os), un des fils de l’autre femme, plus fort que tous les hommes, se distingua dans l’art de la guerre où il trouva de quoi satisfaire aux plaisirs du corps ; il inventa le premier l’art de forger. (…). Encore du vivant d’Adam, les descendants de Caïn en arrivèrent aux plus grands crimes : par les traditions et l’exemple, leurs vices allaient toujours en empirant ; ils faisaient la guerre sans modération et s’empressaient au pillage. Et ceux qui n’osaient pas verser le sang montraient, du moins, tous les emportements de l’insolence, de l’audace et de la cupidité ». La conduite de Caïn est exactement celle des sionistes en Palestine ou de certains Juifs à travers le monde… Bernard Madoff, Cyril Astruc, Gilbert Chikli, Arcadi Gaydamac, les freres Tchernoï et tant d’autres.


« Aujourd’hui, le message spirituel de l’islam restitue les enseignements d’Abel envers et contre la fureur de Caïn-Israël. »


À en croire Flavius Joseph, la première ville fut donc édifiée par Caïn, avant le Déluge. Il semblerait que le Déluge conté par tant de mythes soit un événement qui ait réellement eu lieu. Au cours de fouilles archéologiques, dans les ruines de l’antique cité sumérienne d’Ur, en 1929, Sir Leonard Woolley découvrit soudain une couche boueuse sédimentaire d’argile pure ; il eut alors l’idée de creuser encore, et au bout de trois mètres de profondeur de plus, il découvrit sous la couche d’argile pure les vestiges d’une civilisation. Wolley en conclut qu’une forte inondation avait dû apporter cette impressionnante couche de boue et ensevelir cette ancienne civilisation. Puis, considérant l’impressionnante épaisseur de la couche, Woolley émit l’hypothèse qu’il s’agissait du fameux Déluge. D’autres fouilles entreprises à Babylone, Shuruppak, Uruk, Lagash, Kish et Ninive confirmèrent l’hypothèse de Woolley. La mythologie sumérienne relate en détail le Déluge et l’arche du Noé sumérien, Ziusudra, un récit quasi-identique à celui que la Torah formulera 2000 ans plus tard. On peut déceler aussi dans la mythologie sumérienne, les personnages de Caïn (le dieu Enki-le-fourbe) et Abel (le dieu Enlil-le-juste) ou de Adam (Adapa ?) et Eve (Inti). Ces personnages étaient des dieux pour les hommes du paléolithique. Car les premiers hommes ne sont pas Adam et Ève. La Genèse nous dit dans le premier chapitre, que Dieu créa les hommes le sixième jour, et se reposa le septième, puis, dans le chapitre suivant, Dieu créée Adam… La sourate de l’Homme confirme cela dès la première phrase, « Ne s’est-il pas écoulé un laps de temps durant lequel l’espèce humaine n’était même pas digne d’être mentionnée ? ». Adam, auquel Dieu insuffla de Son Esprit, fut le premier homme digne d’être mentionné.

Les hommes du paléolithique, les premiers hommes vivaient dans une violence et une brutalité inouïe, en proie à tous les démons, un peu comme les racailles des banlieues françaises (qui ne menacent malheureusement en rien le pouvoir démoniaque dominant, au contraire, elles le servent). Et Dieu décida « d’établir un vicaire sur Terre », comme le relate la deuxième sourate du Coran. Un vicaire humain… Les anges protestèrent estimant que ce vicaire devait être un ange puis se soumirent finalement à la divine décision, car ce vicaire, Adam, avait certes l’apparence des hommes mais avait un esprit de Dieu et n’était pas mortel. Quant à Lucifer/Satan, génie supérieur, qui se voyait aussi en vicaire, il se rebella contre cette décision et fut déchu et maudit. Adam et Ève arrivèrent ainsi au milieu de la sauvagerie des hommes paléolithiques et furent inéluctablement considérés comme des dieux. Car autour d’eux, la vie prospérait harmonieusement (exactement comme la vie prospérait autour de Jésus-Christ), une harmonie où résonnait l’éternité, le jardin d’Eden… qui se situait probablement dans le Croissant fertile… Puis, par une ruse du Diable ayant pris une apparence éblouissante (comme les pires crapules israélites prennent une apparence des plus respectables), l’esprit, par Ève et Adam, tomba et s’enlisa dans la chair mortelle, et dans la quête malheureuse de la connaissance perdue (dont le Coran nous ouvre le chemin), la connaissance de la vie éternelle. Ève et Adam tombèrent dans la vie mortelle. Les générations issus d’Adam et Ève furent les douloureux aventuriers de la connaissance perdue, ce fut la fin de la préhistoire, la révolution néolithique… dans le croissant fertile, à Sumer. Effectivement, l’Histoire commença à Sumer, comme l’écrivit Samuel Noah Kramer.

La première ville fut donc édifiée par Caïn-Israël, et effectivement les tablettes sumériennes nous apprennent que la première ville où s’exerça la royauté fut Eridu, la ville de Caïn-Enki, où se trouvait son temple, « la maison d’Apsû », le dieu de l’Abîme, Satan… Caïn-Enki fut l’initiateur des premières cités sumériennes avec les premières institutions, palais, temples, tribunaux, la première royauté (dont toutes les autres royautés, y compris européennes, ne sont qu’une imitation), le premier parlement (également imités par tous), la première écriture, qui établit les premiers contrats, les premières sciences, mathématique, médecine, pharmacopée, astronomie, les premiers textes religieux, législatifs, juridiques, les premières technologies, roue, tour de potier, fours, bateau à voile, charpenterie, charrue, chariot, armureries, les premières industries, agriculture, métallurgie, construction de bâtiment en pierre, métier à tisser, vannerie, les premiers instruments de musique, harpe, lyre, flûte, cithare, psaltérion, tambour, gong, les premières administrations, fiscales, scolaires, le premier commerce organisé par professions, boulangers, ingénieurs, forgerons, bijoutiers, artistes, musiciens, bureaucrates, scribes… et la première monnaie, le shekel…! Oui, la monnaie israélienne actuelle… Réduire le miracle grec à une branche tardive du miracle sumérien serait injuste, car les anciens Grecs interrogèrent justement par la philosophie, la littérature, le théâtre et la poésie, les vanités essaimées par Sumer et les destinées humaines. Il y eut aussi à Sumer les premières populations exploitées jusqu’à la mort pour engraisser une oligarchie contrôlant le temple et le palais, les premiers sacrifices, prostitutions et orgies institutionnalisés par le temple, les premiers marchands du temple, les premiers Pharisiens, les premières masses aliénées, broyées, le premier commerce des esclaves, les premières dettes, endettements, les premiers taux d’intérêt, l’usure, les premières banques… La première société moderne foncièrement aliénante et destructrice à laquelle nous fait revenir aujourd’hui la franc-israélito-maçonnerie. La première société où ne « survivait » que « la force et l’intelligence » et la ruse, et où « les faibles » majoritaires, maintenus faibles, étaient broyés implacablement. Un mythe sumérien raconte l’épuisement des Igigi, qui durant des années travaillèrent jour et nuit au service des Anunnaki, et qui finirent par cesser le travail en détruisant leurs outils. Comme aujourd’hui, le peuple était écrasé, contrôlé, surveillé, traqué pour la sécurité d’une oligarchie inique ; ce n’est vraiment pas un hasard si Israël est actuellement en pointe dans les technologies de sécurité.

L’édification des premières villes ne se fit pas sans résistance. Il y eut au départ un conflit profond entre le cupide Caïn-Enki et son frère cadet le juste Abel-Enlil. Voyons ce que nous dit Flavius Joseph sur Abel : « les deux frères se plaisaient à des occupations différentes : Abel, le plus jeune, était zélé pour la justice et, dans l’idée que Dieu présidait à toutes ses actions, il s’appliquait à la vertu ; sa vie était celle d’un berger ». Enlil comme Abel était le berger, le pasteur d’hommes qui conduisait les hommes selon la justice, et Enki comme Caïn-Israël, celui qui exploitait les hommes sur ses terres pour en tirer toutes les richesses. Le conflit entre les deux frères aboutira à l’assassinat d’Abel-Enlil par Caïn-Enki. Et Sumer prospérera de plus belle dans l’iniquité des Israélites, qui ne furent malheureusement pas complètement éradiqués par le Déluge, selon l’exégèse juive et le Coran. Babylone fut la grande continuatrice de Sumer, en pire (le grand dieu de Babylone fut le dieu-serpent Mardouk, fils de Enki…), jusqu’à ce que les Kassites, à la moitié du deuxième millénaire avant J. C., envahirent Babylone et en chassèrent du pouvoir les Israélites, qui croisèrent dans leur errance les Judéens. Et après un pacte avec Laban, cupide, fourbe, idolâtre et exploiteur comme Caïn, Jacob le Judéen pourtant soumis à Dieu fut affublé du nom de « Israël » (qui veut dire : en lutte contre Dieu !), comme le raconte la Torah, qui fut écrite à Babylone par l’israélite Esdras, mêlant au message judéen l’idéologie israélite, domination par l’usure, le vice, le mépris des Goyims, la rivalité implacable… On retrouve par exemple dans la Torah, le fameux « œil pour œil, dent pour dent » du Code Hammourabi, roi babylonien avant la dynastie kassite. Ce Code disposait que « la nourrice qui a laissé un enfant mourir parce qu’elle a accepté d’en nourrir un autre a les seins coupés » ! Mais on retrouve aussi dans ce code le souvenir d’Abel, on peut y lire par exemple que « le fort n’opprime pas le faible » et que justice soit faite « à la veuve et à l’orphelin ».

Aujourd’hui, le message spirituel de l’islam restitue les enseignements d’Abel envers et contre la fureur de Caïn-Israël. Comme dans la doctrine des Caïnites (dont la Kabbale juive et la franc-maçonnerie sont les héritières), la théogonie sumérienne substitue la copulation primordiale à Dieu : la copulation entre Apsû et son épouse Nammu (dieux primordiaux de l’Abîme), va créer tout ce qui existe dans l’univers, dieux, ciel, terre, etc. Dans cette théogonie qui signe la victoire ideologico-politique de Caïn-Enki sur Abel-Enlil, Enki, dieu de l’Abîme, lui aussi, a évidemment le beau rôle, et Enlil le mauvais : Enki créé Adam (Adapa) ! Et il conseille à Noé-Ziusudra de construire l’Arche ! La théogonie sumérienne influença sans aucun doute celle des anciens Grecs, qui commence également par l’Abîme, disait Hésiode, et où Gaïa (la Terre) copule avec Ouranos (le ciel) et engendre les dieux, les titans, les géants, les hommes (par Prométhée qui comme Caïn-Enki, créé les hommes, et dont le fils sera Deucalion, le survivant du Déluge… !).

Mais quelques mythes sumériens révèlent qui était vraiment Caïn/ Enki, un homme perfide, avide d’or et de pouvoir. Voici deux extraits significatifs :

En ce temps-là, quand les destins eurent été arrêtés,
Et qu’une année d’opulence, venue du ciel,
Se fut déployée ici-bas comme verdure et gazon,
Sir Enki, roi de l’Apsû (l’Abîme),
Enki, le seigneur qui arrête les destins,
Se construisit un palais, d’argent et de lazulite
Argent et lazulite étincelants comme le jour !
Ce sanctuaire répandait la lisse en l’Apsû,
Et les frontons étincelants qui en saillaient
Se dressaient devant le seigneur Nudimmud.
Il l’édifia donc, d’argent adorné de lazulite
Et somptueusement rehaussé d’or.
C’est à Eridu, sur le littoral, [qu’]il érigea ce palais
Dont les briques répercutaient l’écho de mille voix
Et dont les parois de roseaux mugissaient comme des bœufs !

« Autrefois, il fut un temps où le pays de Šubur, de Hamazi, de Kalam (Sumer) où se parlent tant de langues, le pays et principauté aux divines lois, Uri, le pays pourvu de tout le nécessaire, le pays de Martu qui reposait dans la sécurité, l’univers tout entier et les peuples tous ensemble, rendaient hommage à Enlil avec une seule langue. Cependant, le Père-Seigneur, le Père-Prince, le Père-Roi, Enki, […] le Père-Seigneur courroucé… ». « […] Enki, le Seigneur de l’abondance, dont les commandements sont sûrs, le Seigneur de la Sagesse qui scrute la Terre, le chef des dieux, le Seigneur d’Eridu, doté de Sagesse, changea les mots de leurs bouches, y mit de la discorde, dans la langue de l’Homme, qui avait été d’abord unique » ; extrait d’une tablette appelée « Emmerkar et le Seigneur d’Aratta », à l’Ashmolean Museum d’Oxford.

Lotfi Hadjiat

Les Musulmans de Cuba en images — Mounadil al Djazaïri


Le titre de l’article est trompeur. Où alors il faut l’entendre dans le sens où cette population ne pouvait que croître étant donné le nombre insignifiants d’adeptes dont elle disposait à Cuba. Ce qu’il y a vraiment d’intéressant dans cet article, ce sont les photos! Pourquoi la population musulmane de Cuba augmente Par Lucy Westcott, […]

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