LA BATAILLE À SCUTARI D’ALBANIE


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Auteur : Tharaud Jérôme et Jean
Ouvrage : La bataille à Scutari d’Albanie
Année : 1913

 

Depuis des siècles les Monténégrins ont
coutume de faire des razzias en pays ottoman
: ils appellent ces incursions des tchétas.
La tchéta, c’est la descente, l’avalanche qui
roule des sommets, la course à main armée
dans la plaine. Une fois de plus cette année,
la tchéta est ouverte dans le Monténégro.
Pourquoi vais -je là- bas ? Quel intérêt
m’entraîne ? Un seul, mon plaisir. Voir

des gens qui se battent, des hommes qui
croient à quelque chose et qui donnent leur
vie pour cela, c’en est assez pour justifier,
si tant est que j’y songe, l’allègre mouvement
qui m’emporte, et qui dans cette
nuit d’automne sur la mer Adriatique
semble se confondre pour moi avec l’agitation
du flot et le rythme du navire.
On l’avait dit tout l’été dans la Montagne
Noire : nous mangerons du Turc cet hiver I
Le 8 octobre 1912, avant tous les rois du
Balkan, avant les Grecs, les Bulgares et les
Serbes, le vieux roi Nicolas lançait son défi
au Sultan ; et voici plus d’une semaine que
Turcs et Monténégrins sont aux prises sur
les deux rives du lac de Scutari d’Albanie.
A bord du vapeur autrichien qui m’emmène
à Cattaro, d’où je compte gagner à
mulet le théâtre de la guerre, je puis déjà

me croire dans la Tcherna Gora. L’entrepont
est rempli de montagnards émigrés
qui reviennent d’Allemagne, d’Autriche ou
d’Italie, et rentrent chez eux pour se battre.
Depuis tantôt vingt-quatre heures que nous
avons quitté Trieste, ils n’ont pas cessé un
moment de chanter l’hymne national, un
hymne monotone et lent qui semble appartenir
plutôt à la steppe qu’à la montagne.
Dès qu’un groupe s’arrête, un autre reprend
aussitôt, et ce navire autrichien paraît frété
tout exprès pour promener sur l’Adriatique
cette chanson des Slaves.
Dans tous les petits ports de la côte dalmate
où nous faisons escale, la population
accourue sur les quais nous accueille avec
des vivats et des cris. A la vue de ce bateau
qui emporte leurs frères au combat, tous
ces Slaves d’Autriche sentent se réveiller en

eux un désir de bataille et d’affranchissement.
L’hymne monténégrin alterne avec la
Marseillaise, des cris s’élèvent « à bas l’Allemagne
! » sans doute parce que devant les
baïonnettes autrichiennes on ne peut crier
« à bas l’Autriche ! » Le Commandant du
paquebot, que ces manifestations exaspèrent,
se hâte de décharger et d’embarquer ses marchandises
; le navire lève l’ancre, et nous
poursuivons notre route, emportant plus
loin vers le sud la chanson monténégrine.
A Zeng, à Sébénico, à Spalato, à Raguse,
partout le même enthousiasme. A Zara où
nous arrivons de nuit, toute la ville est là,
sur l’étroite marine entre le vieux rempart
vénitien et la mer. Des feux de bengale
multicolores éclairent par longs instants la
foule; des fusées illuminent les pentes
abruptes de la montagne qui se dresse à pic

derrière la ville et se perd dans le ciel. Que
de pensées libres, que d’espoirs s’élèvent
avec ces fusées et s’éteignent dans les
ténèbres !
A Gaitaro même impression, mais le
spectacle est différent. Il est six heures du
soir. Tout un petit monde élégant fait à
cette heure le corso. Italiennes et Dal mates
vont et viennent, flirtent et bavardent dans
tous les patois qu’on parle ici. Voicil’évêque
catholique au bras de son vicaire, avec un
chapeau à glands d’or; deux ou trois Franciscains
; des popes orthodoxes, la soutane
barrée d’une large ceinture lie de vin, la
moustache hérissée et une barbiche à la
Royale qui les fait ressembler tous au Cardinal
de Richelieu dont le portrait est au
Louvre. Des officiers de toutes armes s’en
vont par groupes brillants, en tenue degala,

car la garnison fête ce soir le Général-gouverneur
de la ville que l’Empereur François-
Joseph vient d’élever au titre d’Excellence.
Une fanfare retentit ; des lueurs dansantes,
vertes et rouges, apparaissent au fond de la
rue; un piquet de soldats qui portent des
lanternes au bout de longs bâtons détouche
sur la place, précédant la musique qui vient
donner la sérénade à la nouvelle Excellence.
Et tandis que les hommes de corvée,
sur deux files, tournent en sens inverse
les uns des autres, mêlant de la façon
la plus pittoresque les lumières vertes et
rouges, l’orchestre fait entendre ces valses
et ces pots pourris dont les Viennois ont le
secret. Aux fenêtres du palais brillamment
éclairé apparaissent, entre les uniformes, les
chapeaux monstrueux des dames de la
garnison. Son Excellence elle-même, bon-

homme et magnifique, donne de son balcon
le signal des applaudissements.
Les indigènes, eux, n’applaudissent pas.
Manifestement ils boudent et prétendent
rester étrangers à cette fête autrichienne. Ils
continuent d’aller et de venir entre les vieux
palais écussonnés du lion de Saint-Marc,
qui forment autour de la place une belle
assemblée d’un noble caractère ancien. Les
vapeurs qui s’élèvent du golfe à cette fin
du jour répandent sur la place et dans les
rues dallées une brume légère : c’est l’odeur
même de Venise qui s’exhale de ce crépuscule,
une inexprimable odeur d’humidité,
de marée, de fruits légèrement pourris et
de médiocres parfums.
Soudain on cesse de tourner, des groupes
animés se forment; personne n’écoute plus
la musique, personne ne s’arrête plus pour

admirer le chef d’orchestre qui se démène
comme un furieux au milieu de sa fanfare
dans le cercle des lumières dansantes.
Zaghreb ! Zaghreb ! je n’entends plus que ce
mot. C’est en slave le nom d’Agram. Un
étudiant de cette ville vient, paraît-il, de
tirer cinq coups de revolver sur le Gouverneur
de Croatie, une Excellence toute
pareille à celle que l’on fête ici ce soir.
La place se vide en un clin d’oeil, chacun
rentre chez soi pour commenter la nouvelle
et causer plus librement. Je reste bientôt
presque seul à regarder les soldats qui continuent
de promener leurs lanternes multicolores
autour de la musique. Et cette solitude,
cette bouderie des indigènes au milieu
de cette fête autrichienne, cette dispersion
de tous ces Slaves qui ne tiennent
pas à trop laisser paraître l’émotion que

suscite en eux l’acte d’un patriote exailé,
tout cela, dans la brume où tournoient
les lanternes, parle aussi clairement avec
ses demi-teintes et son demi-silence que
l’enthousiasme des petits ports de la côte et
les brillantes fusées de Zara.
Le lendemain, on apprenait que la nouvelle
de l’attentat était fausse et que son Excellence
le Gouverneur d’Agram se portait à
merveille.

Entre toutes les capitales de l’Europe,
Cettigné offre cette originalité qu’on n’y peut
arriver qu’à mulet ou en voiture. Une petite
automobile fait bien depuis quelques mois
le service, mais elle est souvent en panne.
Un bon mulet est plus sûr, et rien ne vaut
son pas méditatif pour vous laisser à loisir
contempler le paysage.
La route d’ailleurs est admirable. Elle s’élève
lentement par d’innombrables lacets

au-dessus du fiord de Cattaro qui s’enfonce
entre des gorges profondes, disparaissant et
apparaissant tour à tour en forme de lacs
ou de rubans étroits, dans un caprice
inextricable de rochers et de forêts. Par
malheur, ce matin, tous les échos retentissent
d’un bruit assourdissant de canonnade
et de mousqueterie : ce sont les Autrichiens
qui, pour intimider l’enthousiasme
des Slaves, ne cessent depuis une semaine
de faire parler la poudre dans tous les forts
et les fortins dont ils ont couronné les crêtes.
Je les voudrais au diable, tous ces petits
forts turbulents qui troublent la paix matinale.
Et comme ils semblent ridicules avec
leurs fanfaronnades, quand on lève les yeux
et qu’on voit se dresser à deux mille mètres
dans le ciel le Lovtchen monténégrin, qui de
sa masse puissante domine tous les sommets

d’alentour. A la cime, un point blanc :
c’est la chapelle où leprince-éveque Pierre II,
poète, législateur et guerrier, dort son dernier
sommeil sous la garde des Vilas, les
belliqueuses fées protectrices de la Tcherna
Gora. Là-haut rien que des fées, un moine
et un tombeau ; mais qu’on y installe un
canon, et tous ces petits forts bavards ne
tiendraient pas une heure.
Interminablement, on va de droite à
gauche, et puis de gauche à droite, par cette
route vertigineuse, dessinée comme un éclair
et qui semble tracée sur un mur; on monte
au-dessus des vergers, au-dessus des bois
d’oliviers, et après quatre ou cinq heures
d’un long cheminement au milieu des
pierrailles, se découvre au regard une vaste
étendue, creusée de puits profonds, de larges
entonnoirs qui font songer aux alvéoles d’un

prodigieux gâteau de miel d’oîi le suciv; a
coulé: c’est le Monténégro.
La route plonge dans un de ces puits,
entre des parois abruptes, couleur de cendre
et de suie, hérissées, déchiquetées, séjour
de l’aigle et du corbeau. Au fond du précipice,
quelques champs misérables protégés
contre les pluies diluviennes et l’hostilité
des pentes par de petits murs de terre sèche
et où pourrissent des tiges noires de maïs ;
une trentaine de maisons basses, sans cheminées
ni fenêtres, d’où la fumée s’échappe
par la porte et les interstices du toit ; et
parmi elles, deux ou trois autres un peu
plus confortables, bâties par quelques montagnards
revenus d’Amérique, mais plus
lamentables encore avec leurs tuiles
neuves, que leurs voisines de rocaille et de
chaume. C’est là, dans cette humidité, que

jadis est venu s’établir une de ces familles
serbes qui préféraient la rude vie des montagnes
à la domination turque. Elle fit halte
au fond de ce trou, réussit à gagner sur la
montagne infertile quelques champs, quelques
pâturages. Dans un étroit enclos, en
contre bas de la route, une maison à un
étage, bien humble, bien pauvre elle aussi,
marque encore aujourd’hui la place où s’arrêta
le chef de la tribu exilée : c’est la maison
familiale des Pétrovitch-Niégousch qui règne
depuis deux siècles sur le Monténégro.
Pour sortir de ce puits, la montée recommence
sur l’abrupte paroi. Le cri des corbeaux
plus fort, à mesure que vient le soir,
la montagne qui s’élève, le trou qui s’approfondit,
tout augmente l’impression de solitude
et de lointain. Une seule chose est rassurante
dans cette nuit qui s’apprête: les clochettes

des troupeaux. Partout je l’entendrai, ce
bruit, dans la Montagne Noire. Il se lie dans
mon souvenir à ces pentes revêches couvertes
de genévriers, à cette gravité montagnarde
qui touche au désespoir et qui pourtant
l’évite, à ces bergers-soldats, à ces prisonniers
turcs dont je vais voir bientôt les
longues fdes, à ces femmes qui s’en vont
pieds nus, courbées sous des fardeaux
énormes, à cent images idylliques ou
guerrières ; il résonne partout, sur le
moindre sentier, sur le plus étroit pacage;
il peuple ce grand pays désert, le vivifie,
l’éclairé de cette voix d’argent, et ne s’arrête
que là-bas, très loin dans la plaine, sur la
ligne de feu, vers Scutari d’Albanie, quand
le soldat, pour se nourrir, égorge d’un coup
le troupeau.
Dans ce doux carillon, j’arrive à Cettigné.

C’est un très vieux village au fond d’un
entonnoir. C’est Argos, c’est Mycènes, c’est
le royaume d’Ithaque. Les bêtes que l’on
rentre empêchent mon mulet d’avancer. Pas
un seul homme dans cette capitale, rien que
des enfants et des femmes. Le Roi lui-même
est parti pour la guerre avec ses fils et sa fille.
A l’auberge, au Grand-Hôtel, vingt-cinq
journalistes s’ennuient. Anglais aimables,
polis, d’imagination paisible et d’esprit lent,
Italiens gesticulants et bavards, grands inventeurs
d’événements inouïs, Allemands touchants
par la naïveté avec laquelle ils
accueillent comme paroles d’évangile les plus
saugrenus bavardages, Slaves de toutes régions
et de tout poil (Croates, Serbes, Russes,
Bohémiens ou Bulgares) charmants et facétieux,
les seuls qui aient gardé un peu d’esprit
critique parmi ces gens affolés à la

poursuite des nouvelles. Tous, ils ont le
senliment que la tragédie se joue ailleurs
dans les plaines de Kumanovo et de Kirk-
Kilissé, et que ce sont leurs confrères de Belgrade,
de Salonique ou de Gonstantinople,
qui voient les grandes choses émouvantes et
enverront à leurs journaux la copie sensationnelle.
Dans toutes les langues de l’Europe
, ils forment un choeur plein d’amertume;
on ne voit rien, on ne sait rien, et le
peu qu’on apprend par hasard d’une femme,
d’un enfant ou de quelque blessé revenu de
la plaine, on ne peut le télégraphier : la
censure est impitoyable ! Ils se consolent en
jouant au poker. Le soir, après diner, ils
s’en vont tous en bandes, par la grand’rue
vaguement éclairée de quinquets à pétrole,
vers une bâtisse badigeonnée de jaune qu’on
dirait être la mairie du village et où se

trouvent réunis tous les services de l’État.
Dans une salle enfumée qui respire l’ennui
spécial à toutes les salles de rédaction,
un fonctionnaire monténégrin leur communique
les nouvelles sur les opérations
du jour. Chacun s’assied alors devant une
longue table de bois blanc et, comme un
écolier docile, s’applique à faire jaillir de
ces maigres informations un récit ingénieux,
une narration agréable qui va s’envoler tout
à l’heure de ce pauvre village, sur un fil de
télégraphe, pour distraire demain matin,
dans toutes les parties du monde, le réveil,
le bureau, l’ennui de millions et de millions
d’inconnus.
Ensuite, on sort dans la nuit. Les uns
retournent à l’hôtel continuer la partie de
poker interrompue, d’autres font les cent pas
en fumant un cigare. Dans le triste village.

tout s’endort dans l’inquiétude. Pas une de
ces maisons basses, silencieuses et fermées,
qui n’ait un homme à la guerre. Une profonde
angoisse humaine repose dans ce creux
de vallée, comme au printemps une neige
oubliée dans un pli de montagne. Tout est
noir au palais du roi ; aucune fenêtre allumée
sur sa modeste façade qu’on entrevoit derrière
les arbres de son maigre jardinet. Quelques
lumières brillent seulement dans les
villas des Ministres accrédités à Gettigné. Sur
une légère éminence, à peine visible dans
les ténèbres, un petit couvent orthodoxe se
dresse avec son campanile; à côté, une tour
ruinée, sur laquelle, il y a cinquante ans à
peine, on exposait encore les têtes ottomanes
coupées dans la bataille ; à l’entour, dans le
ciel, un grand cercle hérissé de montagnes
sauvages… Qu’il a fallu haïr le Turc, pour

venir chercher un refuge dans cette affreuse
solitude! mais aussi qu’on doit l’aimer cette
aire inaccessible, ce nid farouche suspendu
au rocher, où depuis des siècles ces montagnards
défendent leur droit de vivre libres
et d’avoir sur ce petit mamelon ce frôle
campanile, si mince dans la nuit!
Une à une les lumières s’éteignent aux
fenêtres des Légations. La dernière bougie
est soufflée; le génie diplomatique a cessé
de veiller sur le Monténégro. Tout a
sombré dans l’obscurité la plus noire ;
seules, les grandes cimes déchiquetées des
montagnes se détachent en aiguilles claires
sur le bleu foncé du ciel. De fois à autre,
notre pas attardé va réveiller un mouton
dans son étable : un bêlement, comme
une plainte, s’élève et nous poursuit longtemps…
Je regagne l’auberge avec le sentiment que ce

misérable village dans ce
paysage tragique, c’est là un de ces lieux
où il faut naître, vivre et mourir, ou ne pas
rester une heure.

Ah ! qu’on est bien sur la route, loin de
l’auberge bruyante et du ministère enfumé 1
L’air est léger, embaumé par les menthes,
rafraîchi par les neiges, d’une qualité inexprimable.
Lorsqu’enfin je sors du trou au
fond duquel gît la pauvre capitale, et que
j’arrive sur la crête qui sert de margelle à
ce puits, je revois de nouveau le grand plateau
désert, tout creusé, tailladé d’entonnoirs
et de ravines d’où montent les vapeurs

de vallées invisibles. Les hautes cîmes calmes
du Lovtclien, du Dormitor et du mont
Kom font trois bornes gigantesques à ce
vaste enclos de pierraille. Tout est sinistre,
désolé, d’une irrémédiable indigence. Comme
on comprend dans cette solitude la petite
patricienne deVenise que son mari Georges IV
ramena un jour du Lido pour régner sur ces
rochers I Sa vie ne fut plus qu’un soupir
vers sa belle patrie. Elle finit par persuader
son faible mari de l’y suivre. Et ce fut ainsi
que prit fin dans la Tcherna Gora la dynastie
des Maramont qui, avec les princes des
Baux — une autre famille française — a
donné tant de chefs à ce Monténégro… Mais
déjà on découvre d’ici la riche plaine de
Scutari d’Albanie où poussent le lin, le
tabac et la vigne, le beau lac poissonneux,
la blanche Scutari qu’on devine plus qu’on

ne la voit, et, pour clore l’horizon, le cirque
éblouissant des neiges d’Albanie.
Cette plaine, ce lac, cette ville lointaine,
c’est le riche trésor qui sera le partage du vainqueur,
c’est la coupe dorée qui circule au jour
des noces, dans les banquets monténégrins.
Depuis des siècles, du haut de ces rochers,
le berger misérable de la Tcherna Gora voit
briller cette opulence à ses pieds; depuis des
siècles il rêve d’abandonner son séjour de
corbeau pour descendre là-bas, dans cette
terre promise. Un moment il l’a possédée :
il y a cinq cents ans de cela, et cela n’a
duré qu’un jour, mais de ce bref instant la
nostalgie lui reste. Ses chansons, ces belles
chansons que Goethe égalait à VIliade et que
l’on chante encore dans les villages en s’accompagnant
de la gusla, ne lui permettent
pas d’oublier que ses princes ont régné là-bas.

Et par delà ces montagnes, sa rêverie
s’en va rejoindre la rêverie du Serbe qui
pense toujours à l’empire de Douchan, et
celle du Bulgare qui se souvient du temps
où la Mer Noire el l’Egée bordaient la grande
Bulgarie…
Ce qui fut sera-t-il encore ? Ce grand horizon
impassible garde toujours son secret.
On se bat dans tous les ravins qui enserrent
les rives du lac ; dans cet enchevêtrement
de montagnes et de vallées, partout
des soldats, des canons. Et pourtant, que
cette campagne, vue d’ici, a l’air paisible 1
De très loin, par intervalles, le bruit grave,
amorti et presque régulier d’une batterie en
action du côté de Scutari, ne parvient pas à
troubler la paix sauvage du lieu. Cette canonnade
lointaine n’a d’ici rien de funèbre;
c’est plutôt un bruit rassurant, quelque

chose d’humain qui détourne l’esprit des
rêveries trop molles où entraînent inévitablement
le silence et la solitude, une ponctuation
un peu forte dans le calme qui
m’entoure, le bruit que fait en hiver, dans
la forêt muette, le pivert qui frappe du bec
le tronc de quelque arbre creux.
Dans le sinistre ravin qui descend sur la
vallée, toujours la même tristesse, les mômes
champs humides où pourrissent les tiges
noires de maïs, et où semblent pousser les
sons argentins des troupeaux ; toujours les
mêmes corbeaux qui volent d’une cîme à
une autre, jetant leurs ombres rapides sur
la pierre grise et nue; toujours les mêmes
cabanes, sans fenêtres ni cheminées, debout
au faîte des rochers ou sur des terrasses
croulantes, comme autant de forteresses
d’où fusiller l’assaillant. Plus un homme

aujourd’hui dans ces demeures perdues.
Parfois, sur le pas de la porte, un enfant
me regarde, le couteau à la ceinture et si
fièrement campé dans sa large culotte à la
turque qu’à lui seul il suffit à donner
l’impression d’une race guerrière. A travers
les sentiers, des femmes se hâtent, pieds
nus, courbées sous des fardeaux énormes :
elles s’en, vont là-bas, sur la ligne de feu,
porter à un mari, à un frère, à un enfant
qui se bat, un peu de linge propre, de la
viande séchée, du pain et du raki. Au-dessus
de ma tète, arrive en bondissant toute
une bande de jeunes garçons, qui méprisant
la route et les sentiers se frayent un chemin
à travers les pierrailles. Ce sont des recrues
de seize ans qui vont rejoindre l’armée. Ils
ont encore leurs habits de paysans, la veste
courte, le gilet rouge à boutons de métal et

la calotte noire, rouge et or, aux couleurs
symboliques de deuil et d’espérance (1) ; par
dessus leur large ceinture où voisinent le
khandjar, le revolver et la blague à tabac,
ils ont passé la cartouchière; et tous ils
portent le fusil emmanché de la baïonnette,
avec leur uniforme au bout, enveloppé dans
un mouchoir.
Qui n’a pas vu cette jeunesse bondir de
roche en roche ne sait pas ce que peut
donner, à un corps de jeune homme, d’élégance
et de sûreté l’habitude de la montagne.
Ils sautent sur la route, sans faire plus de
bruit avec leurs sandales de cuir que s’ils
avaient les pieds nus ; ils la traversent d’un
bond; et à les voir passer si virils et si


(1) La tradition veut que le noir rappelle le deuil de la
patrie serbe ; le rouge, le sang versé à Kossovo, et l’or,
l’espoir de la revanche.


gais, on dirait de joyeux garçons qui s’en
vont à la frairie. Au-dessous de moi, ils
dégringolent, glissent, diminuent, disparaissent.
Bientôt je n’entends plus que les
coups de revolver que, pour tromper l’attente
du combat, ils déchargent en l’air ou sur les
corbeaux qui passent…
Charme de ces hauts pays sous le climat
de la Méditerranée ! Rien de plus âpre que
les cîmes : c’est l’Atlas, la Sierra, l’Apennin,
l’Estérel ; c’est ce Monténégro oîi la neige
paraît de bonne heure et reste six mois de
l’année; et puis en bas, c’est le Tell, la
plaine de Grenade, Naples et la Campanie,
Fréjus et ses jardins de fleurs. A mesure
que je descends dans le ravin sauvage par
où les Monténégrins ont dévalé si souvent
pour faire la tchéta dans la plaine, la nature
s’humanise, se fait riante, aimable. Partout,

autour de moi, les doux oliviers gris, les
citrons qui jaunissent, les grenades ouvertes
au milieu de leurs feuilles à peine rougies
par l’automne. A Riéka, où j’arrive, c’est
le jour du marché. Au bord de l’eau, des
paysannes habillées de tuniques aux couleurs
tendres se tiennent accroupies entre leurs volailles
et leurs oeufs ; des canards et des oies
nagent sur la rivière ; quelques muletiers
se reposent avant de repartir pour le front;
la fille du Roi passe en automobile pour aller
porter à l’armée les ordres de son père, et
derrière elle, dans la poussière soulevée par
sa machine, la mort fait son apparition.
Oh ! une apparition paisible et comme
familière, qui vient troubler à peine cette
vie bucolique. Un cortège s’avance, quelques
enfants qui chantent, un pope en chape
noire, un diacre avec la croix, puis un cercueil

ouvert, un cercueil de bois blanc, orné
d’une façon rustique d’étoiles en papier
doré, de têtes d’anges avec des ailes. Un
jeune homme y est étendu dans l’uniforme
vert olive du soldat monténégrin ; des branches
sont jetées sur lui, mais laissent voir
son visage qui n’a rien d’effrayant —la pâleur,
la rigidité des cires qu’on promène aux
processions. Les paysannes s’agenouillent;
les muletiers se lèvent. La bande des jeunes
garçons que j’ai rencontrés tout à l’heure
débouche sur la route. A la vue de l’enterrement
ils s’arrêtent tout interdits, s’alignent
au bord du chemin, et présentent
gauchement leurs armes dont ils se servent
pour la première fois… Combien d’entre
eux, à cette heure où j’écris, sont étendus
dans ces cercueils décorés de papier doré,
tout semblables à celui qui passait sur la

route, ou bien frappés à mort dans quelque
endroit désert, sont devenus la proie de ces
corbeaux sur lesquels, en descendant la
montagne, ils déchargeaient leurs revolvers
si gaîment…

suiite PDF

 

LE COUP D’AGADIR ET LA GUERRE D’ORIENT


  Jacques Bainville Source

Auteur : Bainville Jacques
Ouvrage : Le Coup d’Agadir et la guerre d’Orient
Année : 1913

 

AVANT-PROPOS

Le monde tel qu’il se présente de nos jours ressemble
fort peu à ce quil devait être selon les calculs
et selon les prophéties du plus grand nombre des
philosophes politiques du XIXe siècle. A l’heure
qu’il est, nous devrions voir au moins l’ébauche
des Etats- Unis d’Europe. Nous n’apercevons que
nationalismes nouveaux ou renaisssants , impérialismcs
d’une exigence redoutable. La République universelle
ne nous découvre aucun de ses linéaments. Par
confiée, des monarchies neuves se sont élevées,
d’autres ont fjrandi, et de contestées qu’elles étaient,
sont devenues puissantes. D’autres encore, qui s’appliquaient
à de médiocres domaines et qui ne faisaient
pas fort grande figure, se sont étendues à de
vastes empires. Le siècle qui passe dans l’histoire pour
essentiellement monarchique, celui de Louis XIV, a
compté plus d’États républicains qu’il n’en subsiste
de nos jours et préféré le plus souvent l’élection à
l’hérédité. A aucun moment le système du gouvernement
par la royauté héréditaire n’a joui d’une vogue
pareille à celle qu’il connaît aujourd’hui dans le
monde européen
.
Cette vogue s’explique par le succès.

L’esprit de réaction qui souffle sur le continent a
ceci de remarquable qu il est parti de la profondeur
des peuples. Il ne s’agit plus, comme à d’autres époques,
d’une impulsion donnée par des individualités
puissantes, un Melternich ou un Bismarck. Spontanément
les nations se sont mises à mieux aimer ce
qui réussit que ce qui échoue. Elles ont pu voir encore,
en ces derniers mois, la Turquie parlementaire écrasée
par les jeunes monarchies de l’Orient. Elles ont
compris la portée de ces expériences pratiques, et la
royauté leur apparaît comme une fondation d’utilité
nationale.
En même temps les doctrines démocratiques ont
perdu leur attrait. Le libéralisme, après avoir
passionné l’Europe au milieu du XIXe siècle, n’a
plus cessé de décliner. S’il remporte parfois des
victoires de nos jours, c’est en des régions excentriques,
sur les points où la civilisation est le moins
avancée. Les peuples commencent, ainsi que l’avait
prévu Auguste Comte, à ne plus « placer le bonheur
humain dans l’exercice des droits politiques ». A ce
point de vue, les progrès du collectivisme ont correspondu
à la décadence des doctrines libérales. Le collectivisme
séduit les masses en leur parlant de l’organisation
du prolétariat, du pain quotidien et de
l’avenir des travailleurs. Son programme est réel, ses
promesses substantielles. Par rapport à lui, le libéralisme
et ses succédanés ne sont que viande creuse.
Le réalisme du XXe siècle exige une nourriture plus
forte.

Cependant, par un phénomène bien remarquable, le
collectivisme, tout en groupant en Europe d’épais bataillons
d’adeptes, n’exerce aucune influence sérieuse
sur les rapports des peuples entre eux. C’est ainsi
q’on n’a pas vu les poussées socialistes au Reichstag
faire varier d’un iota la politique d’armements et d’intimidation
de l’Allemagne. Il a même été facile de
relever plus d’un symptôme d’impérialisme chez les
socialistes allemands. Le premier commandement du
marxisme : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous
», n’est obéi que pour la forme. A aucun degré
l’Internationale n’est entrée dans le courant de la vie
européenne.
Il résulte de cet ensemble de circonstances résumées
à grands traits, — renforcement des dynasties régnantes,
décroissance du libéralisme, inefficacité de
l’internationalisme, — que la politique extérieure des
États contemporains se trouve livrée aux seules influences
de cet esprit de réaction dont nous parlions
plus haut. Les grandes monarchies font librement
une politique monarchique. On pourrait même dire,
à bien des égards, une politique d’ « ancien régime ».
Un contemporain de Choiseul qui reviendrait parmi
nous se reconnaîtrait parfaitement au milieu de ces
sysllmes d’alliances qui se partagent l’Europe comme
à l’époque de la guerre de Sept ans. Triple Alliance,
Triple Entente, il entendrait tout de suite ce que
signifient ces termes. Mais une politique monarchique,
une politique d’ « ancien régime » suppose, pour
être pratiquée utilement et même sans danger, l’existence

de certaines conditions. Les États qui contiendront
le plus d’ « ancien régime » et le plus de monarchie,
c’est à-dire ceux où l’autorité sera constituée le
plus fortement, où la suite des desseins ne sera pas
rompue par les allées et venues des groupes et des
partis, ou l’action ne sera pas énervée par la discussion,
ces Etats-là auront chance de l’emporter sur ;
les autres. C’est ainsi que nous avons vu, en effet, au
cours (les dernières années, la Triplice dominer d’une
manière génêrale, en dépit d’infériorités évidentes
sur beaucoup de points, l’union formée par la France
républicaine, l’Angleterre malencontreusement
retombée aux mains de ses radicaux et la Russie à
peine remise de ses défaites et de sa révolution.
Quel scandale, au surplus, que ce triomphe du germanisme
! Et quelle régression ! La démocratie française
aura valu cette défaite à notre pays, ce recul à
la civilisation et à l’humanité…
Voilà ce que l’élude quotidienne des événements
nous à permis d’observer depuis quelques années.
Telles sont les tendances dont nous avons cherché-à
donner une idée aussi exacte que possible, les résul-
Ints dont nous nous sommes efforcéde dresser un ta-
bleau complet. Si la République avait été proclamée .
à Rome ou à Berlin, si, après le coup d’Agadir, la
France avait refusé une « compensation » à l’Allemagne,
si les Jeunes-Turcs avaient victorieusement résisté ;
à l’assaut des rois balkaniques, si un vif enthousiasme
pour les anciennes conceptions du libéralisme
réqnait en Europe et pesait sur les décisions de la
diplomatie, il nous eût été impossible de le cacher et
ce livre eût comporté d’autres enseignements. Il dit
ce que tout le monde a pu observer comme nous-même,
et ce n’est pas notre faute si les faits ne sont pas
meilleurs républicains .
9 mai 1918.

 

I
AVANT ET APRÈS AGADIR

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Qu’est-ce qu’être français ?


lelibrepenseur.org

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Ce fut l’objet de disputes, et l’on eut, comme il faut le savoir, une proposition de loi, au début  de la Révolution Française, pour changer ce nom qui sentait l’aristocratie germanique, en celui de Gaule. Ce dernier terme était d’usage latin (Gallia), et l’on peut en effet, dans toute l’Europe, et, outre, en Orient, la Galilée (cf. la  qualité de Galiléen attribuée au Christ et à l’apôtre Pierre), le retrouver, comme il est advenu à l’auteur de ces lignes, en pays kurde iranien, tout comme sont familiers en ce dernier les noms de Kerman, à savoir Germain, telle la ville kurde de Kermanshah portant le nom de « roi du Kerman » ou autres lieux homonymes ! La couleur blonde naturelle des femmes y est, du reste, fort notable. L’on peut parler des Gaules, jusqu’à la Galicie hispanique ou autrichienne, du Portugal au pays de Galles ou chez les Wallons, Germains de langue française, comme l’a si bien dit un intrépide homme d’esprit !
Celui de Français ou de Franks serait, tout comme le premier, asiatique et dans sa polémique avec le dit Père de Tournemine, Jésuite breton académicien professeur de Voltaire à Louis-Le-Grand, l’illustrissime savant saxon Leibniz, dans une dissertation sur l’origine des Français, fait remonter pareille souche venue d’Asie à une population aux bords de la Mer Baltique et dans l’actuel Golfe de Finlande qui aurait suivi la voie côtière du plat pays, glacière et ainsi franchi quelque rivière des Lys, au nord des Gaules, comme il fut noté, pour donner son nom, si l’on lit bien les cartes du temps de François premier, à une mince région entourant Paris.

Le livre illustrant l’éclat des Franks est, pour les doctes, le monument littéraire en huit livres du moine picard des dits XI-XIIe siècles, Guibert de Nogent (dont on ne sait rien hormis son autobiographie, qui pourrait être un faux pieux) historien de la première croisade intitulé : « Les actions de Dieu par les Francs », Gesta Dei per Francos ! Et chacun, pour rédiger un catéchisme national, de définir la France, en effet,  par une sorte d’élection divine. Cette idée est toujours courante, sauf que le chœur se renforce : à côté des vieux-croyants de moins en moins  audibles se font entendre les chœurs de cette république avec laquelle est officiellement, non sans quelque touche de ridicule, confondu le pays de France.

Chacun, Zemmour en premier, cite la jeune Pucelle dont la vie est une légende d’État, et qui symbolise avec la France, en serait l’incarnation : il n’appartient pas de toucher à ce mythe qui, pour le positiviste Auguste Comte, devait remplacer celui de Napoléon. Rappelons que le fameux « frère » Léon Gambetta, dont on cite le cri de guerre repris d’un sectaire plus obscur : « le cléricalisme voilà l’ennemi » s’empressa ailleurs de donner cette directive : « ne touchez pas à Jeanne d’Arc ! », celle que Shakespeare estimait, dans la première partie de son drame Henri Six, Acte V, une fausse bergère, « mais issue de la lignée des rois » !

« À se demander si le mot de France ne se confondrait pas avec l’utopie envahissante d’une secte voulant s’affranchir de la nature pour dicter ses lois au monde. »


But issu’d  from the progeny of kings (vers 38)
C’est dans cette optique cosmopolite républicaine et impériale, dont la francophonie est l’ombre, que la dispute célèbre se tint après cette guerre de 1870, que l’Empire Français désirait, entre Ernest Renan et son collègue allemand historien Leopold von Ranke, si j’ai bonne mémoire, sur la réalité nationale. Il en résulta une dissertation publiée en 1882, au jargon tout maçonnique intitulée : « Qu’est-ce qu’une nation ? », dont la réponse tenait en la formule creuse, du type de ce que sera  l’Algérie Française ou volonté de « vivre ensemble » ! Pour le bon sens, au contraire, du même type que celui que Voltaire attribue au Westphalien Candide, nation et nature ont la même racine, celle d’une naissance ou d’une large famille, qui implique une diversité de ressemblances, le même et l’autre liés et jamais opposés, une unité dont la personne du chef est l’incarnation ! Cela vaut pour toutes les espèces humaines, mais l’exception française veut qu’il y ait une élection particulière, une capacité de former, selon le mot connu de Spinoza décriant les passions excessives et aveugles mues par l’imagination et non réglées par la raison, « un empire dans un empire » (imperium in imperio) (Préface au livre troisième de son Éthique). Les tribuns républicains et leurs tuteurs monarchistes dans la suite maçonnique de la lignée des Orléans, cultivant le souvenir de Philippe-Égalité, appellent cela une exception française ! À se demander si le mot de France ne se confondrait pas avec l’utopie envahissante d’une secte voulant s’affranchir de la nature pour dicter ses lois au monde.
Les guerres intestines, conséquence d’un rêve français

Nos poètes de cour, que l’ont pourrait dire officiels, ont célébré ce nom de France en le rattachant à une capacité de vaincre ou du moins d’apaiser des factions toujours renaissantes. L’imagination qui en contait l’origine pouvait être outrée, comme dans la Françiade de Ronsard publiée en 1573 :


Muse qui tiens les sommets du Parnasse
Guide ma langue et me chante la race 
Des rois François issus de Francion

Enfant d’Hector, Troyen de nation.


Cependant, le meilleur poème politique et national demeure, pour sa clarté et les leçons qu’on en peut tirer en ce temps d’assombrissement laissant présager des troubles, voire, selon le mot de l’ex-Président Hollande, une partition territoriale, quelque instabilité durable entraînant des interventions étrangères,  telle que celle des Nations Unies, la Henriade de Voltaire : chaque faction prend les armes, protestants, catholiques ou ligueurs, comme on les appelait. Tout leur sert de lieu d’affrontement, églises, temples et une synagogue même permettant à Voltaire de se montrer toujours aussi incisif et mordant, mais juste. Ce mouvement ramène à la question des destinées de la France. De Gaulle la voyait, en nordiste qu’il était, incliné à la rêverie, et au symbolisme poétique, venir l’écrivait-il, « du fond des âges », comme dans une Légende où les héros meurent souvent sur scène, selon le mot profond de Wagner rappelé par un ami corse, car, précisait le plus noble des musiciens-poètes  d’Allemagne – le plus grand homme après le Christ disait-il de lui, avec la disposition de se connaître soi-même, l’humanité ne les mérite pas. Chacun connaissait, avant que le Q.I. des maîtres polissons ne baisse, les pages inspirées par l’esprit plus imaginatif que réaliste de de Gaulle, monarchiste-républicain, comme l’a montré sa fin malheureuse, pour ne pas dire plus, ayant cédé devant une troupe de jeunes crétins avantageux aujourd’hui confesseurs des maîtres au pouvoir.  Est-ce à dire que la France est une construction plus nominale que réelle ?

Il peut, expliquait le journaliste Emile Girardin, coexister plusieurs France : une France allemande, italienne, etc. et il en vantait le paradoxe inconnu aux autres puissances. Mais cela implique une relative stabilité ou prospérité, laquelle, une fois disparue, pour user du langage des philosophes, retourne à l’état de nature. Un État fort est à cet égard nécessaire pour tenir cet agrégat, de même qu’une lourde fiscalité qui fut le trait français le mieux observé en Europe, notamment par l’école des juristes de Bologne au début des Temps Modernes. Il est à redouter, à cet égard, que la vie française, outrant des principes républicains, n’établisse l’égalité des conditions sur un paupérisme encadré. Nous voilà revenu au temps de la Terreur, dans les plis du drapeau tricolore dont un frère Ragon, dans son Catéchisme maçonnique, paru  au temps de la Restauration, sous les frères du roi-martyr, eux mêmes ayant prêté serment à la secte omnipotente, expliquait les couleurs respectives par les usages de cette Société identifiée avec la République. La France serait-elle l’échafaudage abandonné de cette maison de la culture du « être-ensemble », comme un être qui ne respirerait jamais naturellement, mais artificiellement ?
Pourquoi s’étonner alors des soubresauts périodiques de notre France, légende enterrée auprès de laquelle jouent les petits et grands enfants de la République !

Pierre Dortiguier

Jean-Loup Izambert : « Il faut briser le mur du silence imposé par les puissances occidentales »


Olivier DemeulenaereRegards sur l’économie

Interview de Jean-Loup Izambert (avril 2018) France-Irak Actualité : La presse mainstrean boude vos derniers ouvrages d’investigation. Pourquoi ? Jean-Loup Izambert : La censure s’est exercée sur les deux tomes de 56 et sur Trump face à l’Europe. L’envoi systématique de communiqués à près de 600 journalistes de médias français, la présentation du contenu des ouvrages afin de faciliter […]

via Syrie – Jean-Loup Izambert : « Il faut briser le mur du silence imposé par les puissances occidentales » — Olivier Demeulenaere – Regards sur l’économie

Dr. Melvin Goodman : « Nous n’avons évidemment rien appris de la défaite au Vietnam il y a quarante ans » — Algérie Résistance


Dr. Melvin Goodman. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre incontournable “Whistleblower at the CIA: […]

via Dr. Melvin Goodman : « Nous n’avons évidemment rien appris de la défaite au Vietnam il y a quarante ans » — Algérie Résistance

Humour Factuel !


insolentiae.com/

par Charles Sannat

Ce milliardaire chinois qui rachète Mercedes

!!! Das pas drôle du tout !!

Ce milliardaire chinois qui rachète Mercedes !!! Das pas drôle du tout !!

Bon, je ne boude pas mon plaisir.

Je vous annonce depuis quelques mois que la progression de la Chine a été la suivante.

C’est une montée en gamme.

Quand on monte en gamme, on part d’en bas. On commence par les faibles valeurs ajoutées.

On fait du textile et de la houille ! J’exagère à peine.

Puis nous avons en face une civilisation brillante, millénaire ! S’imaginer qu’ils n’allaient que coudre quelques tee-shirts et faire du tricot, c’était justement faire preuve d’arrogance néocoloniale.

Alors les Chinois ont commencé à concurrencer les pays moyens de gamme comme la France, l’Angleterre ou même les États-Unis.

Pendant ce temps, les Allemands (bénis soient-ils car l’Europe c’est la paix blablablabla) trouvaient la mondialisation véritablement exquise. Au fur et à mesure que nos industries mourraient, les leurs prenaient les parts de marchés supérieures, laissant la qualité inférieure à la compétitivité chinoise.

Arrogants, nos amis allemands nous faisaient la leçon.

L’Europe et l’euro c’est la paix et c’est irréversible on vous dit !

Et puis un jour, les Chinois, qui décidément étaient une civilisation brillante et millénaire, se sont mis à racheter Mercedes… Et là, nos amis germains trouvèrent la mondialisation nettement moins drôle.

Alors vous allez voir que petit à petit, les idées “trumpistes” que les bien-pensants vous vomissent vont trouver des partisans nettement plus nombreux… y compris chez Merkel !

C’est triste à dire, mais pour que la France s’en sorte, il n’y a que deux solutions : soit nous sortons de l’Europe et de l’euro, soit nous aidons les Chinois à laminer un peu plus vite les Allemands – avec un peu de chance, les ennemis de nos ennemis sont nos amis… ou quelque chose comme ça !

Charles SANNAT

“Li Shufu, ce milliardaire chinois qui, après avoir racheté Volvo, s’attaque à Mercedes

Le milliardaire chinois était déjà propriétaire du suédois Volvo. Il détient maintenant 10 % de Daimler (Mercedes). Une prise de participation à la hussarde qui jette le désarroi au sein du groupe allemand, déjà lié à l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors.

L’homme est secret. Le chinois Li Shufu veut se construire un empire automobile, avec une obstination qui égale sa discrétion. Ce milliardaire de 54 ans, fils de riziculteurs pauvres, a amassé des actions Daimler sans avertir personne. Et le voilà devenu vendredi, à la surprise générale, le premier actionnaire du groupe allemand, en montant à hauteur de 9,69 %. Moyennant 7,5 milliards d’euros. Le propriétaire à 100 % du constructeur suédois Volvo Cars (depuis 2010) veut ainsi compléter sa panoplie et accéder aux technologies du propriétaire des prestigieuses voitures Mercedes mais aussi des non moins célèbres camions de la firme à l’étoile. Daimler est le numéro un du haut de gamme auto et le premier fabricant mondial de poids lourds. Une belle prise.

Lire la suite sur le site de Challenges ici

Carbone connexion – Le casse du siècle


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Ouvrage: Carbone connexion – Le casse du siècle

Auteur: Robert Aline 

Année: 2012

À mes co-enquêteurs,
Naka, JP, Bo, Alan, Nathan, Richard et Mike

 

 

Avertissement
Les sources de cet ouvrage ont d’abord été des sources ouvertes amassées ces trois dernières années, notamment sur les registres européens du carbone. Beaucoup de ces données ont été analysées avec talent par mes confrères danois Bo Elkjaer et John Mynderup, pro du data journalisme, qui ont partagé avec moi les fruits de leur enquête.
Mais les grandes lignes, comme les détails de cette fraude gigantesque proviennent de sources confidentielles. Elles appartiennent à trois cercles bien distincts. Celui de la finance carbone d’abord, qui a été le théâtre de l’arnaque. Celui des fraudeurs et de leurs proches, ensuite. Et enfin du milieu judiciaire, toutes branches confondues, la défense comme le parquet, les enquêteurs comme les avocats.
Des sources multiples, qui ont souvent pris du recul et des risques par rapport à leur fonction pour témoigner du scandale, et qui doivent donc rester anonymes.
Cette enquête est aussi un témoignage, qui veut rendre compte d’une fraude sur laquelle l’État préfère fermer les yeux plutôt que de reconnaître sa responsabilité dans les coupes franches faites dans les finances publiques. Les fraudeurs présumés poursuivis par la justice ne sont donc pas cités sous leur identité réelle, mais sous un prénom d’emprunt, afin de préserver la présomption d’innocence. Comme le précise la Convention Européenne des Droits de l’Homme, « toute personne accusée d’une infraction est
présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie ». Ce qui n’est le cas de personne en France dans le cadre de la fraude à la TVA sur le carbone, à l’heure d’impression de ce livre.

 

Prologue
Un soir de juin 2009, le bouclage s’étire en longueur dans mon journal, La Tribune. Comme souvent dans ce cas, la tension monte. « Tu vas encore mettre le journal en croix avec ton obsession du CO2 » crie mon chef, Christophe, qui commence à être un brin nerveux de l’autre côté du plateau « open space ». Je tente de gagner du temps. « Écoute, il se passe un truc, je passe encore un coup de fil. » J’ai encore une demi-heure pour tenter de comprendre. Le marché du CO2, le petit dernier de la place parisienne, a visiblement un gros problème : il est fermé. Ce qui n’arrive jamais. C’est même à cela que l’on bâtit la réputation d’une place de marché : sa fiabilité. Il y a forcément un os. Et un gros. « We have a technical problem that will be solved within 24 hours » m’assure le chargé de communication de Bluenext, Keiron, un anglais non francophone – une drôle d’idée pour la dernière place de marché franco-française.
À Bercy, au ministère de l’Économie et des Finances, les communicants ne l’entendent pas de la même oreille. « Ah oui, ils vous disent ça, et bien c’est ce qu’on va voir ! Il y a une fraude énorme sur ce marché, on va quand même pas les laisser rouvrir. » C’est visiblement la panique. Au milieu du ring, la Caisse des Dépôts, actionnaire de Bluenext et responsable du registre du CO2, ne veut surtout pas réagir.
« Nous n’avons rien à dire pour l’instant. » J’appelle un ami dans une banque, qui travaille sur le CO2. Il est tout aussi interloqué, mais il a entendu parler de choses étranges. « Il y a des mails qui circulent, une histoire de fraude à la TVA. Et puis nous, on est sans cesse appelés par des gens qui ne connaissent rien au CO2. Ils ont l’accent des banlieues, ils ne connaissent même pas le vocabulaire du marché. »
Et il y a aussi les volumes échangés. En un an, ils sont passés de quelques centaines de milliers à plus de 15 millions de quotas par jour. Du jamais vu sur une matière première, encore moins sur du CO2. Et forcément : Bluenext est la première place du marché de cette nouvelle matière première, c’est la première fois que des hommes tentent de donner un prix à ce gaz qui accélère le réchauffement climatique.
Bluenext, qui n’arrêtait pas de se féliciter de son succès, préfère désormais se taire. Une façon de confirmer ce qu’ils récusent officiellement : il y a un vrai problème. Une fraude gigantesque. Je boucle le petit papier fissa, en prenant des pincettes. Le sujet mérite d’être fouillé, me dis-je.
L’enquête va se poursuivre durant trois ans. Sur les matières premières, ma spécialité, les arnaques se font d’ordinaire discrètes. Les manipulations de cours et autres abus de position dominante sont légion, mais sous le manteau. Cette fois, c’est autre chose : ce n’est pas les gens du métier qui ont bidouillé le marché. Ce sont des quidams. Mais des milliers de quidams.
Quelques jours plus tard, Bluenext rouvre. Et il ne se passe… rien. Ou presque. Les volumes échangés sombrent comme un soufflé au sortir du four. La TVA a été supprimée sur les quotas de CO 2, ce qui limite visiblement… leur attrait. Supprimer un impôt parce qu’il est fraudé : en voilà une réaction étrange au premier abord. Elle est en fait très rationnelle. L’État avance la TVA aux entreprises qui vendent un bien, elles doivent ensuite la lui restituer. Un mécanisme imaginé pour diminuer les problèmes de trésorerie des petites boites : ce n’est qu’en fin d’exercice qu’elles doivent s’acquitter de l’impôt.
Le revers du mécanisme, c’est qu’il permet de piquer directement dans la caisse de l’État ; il suffit pour ça d’organiser de fausses transactions. Par exemple acheter puis vendre un téléphone portable, non pas pour récupérer une petite marge de 5 %, comme les intermédiaires le font dans le secteur des télécoms, mais pour récupérer la TVA. Une opération illégale, mais nettement plus lucrative : elle autorise un bénéfice de 19 à 25 % de la valeur du bien, selon les pays européens. Pour cela, il faut acheter hors taxe dans un autre pays, puis vendre taxe comprise dans son pays d’origine. Et disparaître
avant que le fisc ne s’en aperçoive. Et ne voit rouge. Car il ne s’agit pas de manque à gagner pour le Trésor, mais de coupes franches et nettes dans le budget de l’État. Les États avancent en effet systématiquement la TVA aux entreprises qui vendent. Si Darty achète des téléphones portables à un petit intermédiaire, il les achète, TVA comprise. L’État rembourse ensuite à Darty la taxe, et attend que
l’intermédiaire s’acquitte de sa TVA. Sur les quotas de carbone, les intermédiaires sont partis, par dizaines, avec la TVA qu’ils devaient à l’État. Les fraudeurs sont ainsi parvenus à empocher des milliards d’euros.
En France, les premiers suspects de cette escroquerie sont arrêtés en 2009 et 2010. Entre temps, des chiffres sont mis en face de cette fraude. Elle est titanesque. Europol l’évalue à 5 milliards d’euros. Trois ans plus tard, des experts l’estiment plutôt au double de ce montant, voire au quadruple.
Et personne n’en parle. La fraude est invisible. L’impunité des services de l’État qui l’ont laissée proliférer est totale.
Pourtant, de vrais millions ont changé de main. De vrais escrocs profitent de dizaines, voire des centaines de millions d’euros indûment gagnés. De vrais projets d’hôpitaux, d’écoles, de routes, n’ont pas été financés pour les mêmes raisons. Pourtant, le risque pénal de la fraude s’avère minime. S’ils sont arrêtés, les fraudeurs risquent, au maximum 7 ans de prison, dont ils font à peine la moitié. Soit 3 ans de prison contre des dizaines de millions d’euros. Aucun vol à main armée portant sur des sommes
équivalentes n’a jamais été constaté ; mais pour le casse d’une agence bancaire, les voleurs encourent facilement des peines de prison d’une quinzaine d’années… la rançon de la violence propre aux casses à mains armées. Mais il serait illusoire de croire que la fraude à la TVA sur le carbone s’est déroulée sans violence. Il y a des victimes, au sein des hommes de paille à qui l’on fait porter le chapeau. Et aussi parmi les proches des fraudeurs. Il y a enfin des meurtres. L’argent de la fraude est de l’argent sale, il fait
vivre un monde dans lequel la loi du plus fort est la règle : celui du crime organisé. En donnant des ailes aux hors la loi, les États se sont tiré une balle dans le pied. Et l’arme pointe toujours en direction de leur jambe.
Car le carbone a dévoilé au grand jour une défaillance qui perdure : les États ne savent pas se protéger contre cette fraude. En France, la TVA représente un pactole de 10 milliards d’euros par an pour les escrocs, selon un rapport parlementaire. Au niveau européen, ce sont plus de 100 milliards qui passent chaque année des caisses des États à des comptes en banque éparpillés dans les paradis fiscaux.
Des montants qui donnent le tournis. Et qui méritent qu’on s’y attarde. Qui sont ces hommes qui volent des milliards ? Comment opèrent-ils ? Où termine l’argent volé ? Pourquoi personne ne s’interpose au pillage des finances publiques européennes ?

 

Chapitre un
L’invention du jackpot

Des panneaux solaires au carbone
« Le tramway, encore une belle idée verte. » Coincé dans le trafic, malgré son deux-roues, Frédéric peste au milieu des embouteillages qui transforment le sud de Paris en champ de foire. Nous sommes au printemps 2006, les travaux de la ligne 3 du tramway se terminent, ce dont Frédéric n’a cure. Il se rend à la porte de Versailles, ce qui l’excite moyennement. Direction le parc des Expositions, un lieu mi-glauque mi-beauf, blindé de provinciaux endimanchés venus vendre leurs chaudières à granulats pour le Salon des
Énergies Renouvelables. Pas exactement la tasse de thé de Frédéric, sorti jusque tard dans la nuit la veille dans une boite sur les Champs. Mais justement. Entre le loyer de l’appartement à Levallois et l’école des enfants, la pression monte. Il doit foncer sur le nouveau coup à la mode, les panneaux solaires.
– Les télécoms, ça commence à puer, lui a assuré son cousin Marcel la veille. Trop de monde sur le coup, trop de risques dans les tournées camions qui trimbalent la marchandise d’un pays à l’autre. Il est temps de changer de crémerie, et surtout de lâcher le réseau EuroMountain. La société luxembourgeoise
au coeur du trafic de téléphones va finir par se faire repérer vu les drôles de questions que les douaniers commencent à poser aux gens de la filière.
C’est le côté rageant de la fraude à la TVA : à peine le business bien huilé, il faut tout recommencer à zéro. Changer les hommes de paille, changer de boite, changer les adresses, histoire que tout disparaisse dans la nature. EuroMountain a déjà extorqué des millions, en revendant TVA comprise des téléphones
achetés hors taxes dans d’autres pays d’Europe. Depuis Schengen et la disparition des frontières, tromper les douaniers sur les quantités et la destination de marchandise qui passent d’un pays à l’autre est devenu un jeu d’enfant. Mais sur les téléphones, tout le monde le fait désormais. Il est grand temps de se calmer.
Donc direction le sud de Paris. Frédéric gare sa moto en plein milieu du trottoir sans même y penser ; ça fait longtemps qu’il ne paie plus la moindre amende. Avec les contacts qu’il a chez les poulets, ce serait le comble. Puis il fonce droit vers l’allée qui l’intéresse : celle des panneaux solaires. L’idée est de tâter le terrain, voire de rencontrer des acheteurs susceptibles de… tomber dans le panneau. Dans le sud de la France, des « turbins » ont déjà commencé apparemment : les mecs achètent des panneaux en
Espagne hors taxe, et les vendent taxes comprises à des intermédiaires dans l’Hérault et le Gard, à des artisans souvent. Ensuite, ils se débrouillent pour récupérer les subventions des collectivités locales à leur compte. L’ensemble est un peu lent et fastidieux du goût de Frédéric, qui vise plutôt de gros volumes.
L’idéal serait de vendre des panneaux solaires dans la grande distribution… mais bon, il ne faut pas rêver. Il avise un installateur de panneaux solaires, et commence à discuter affaires sérieusement, avec ce regard perçant, mais sérieux qui rassure ses interlocuteurs.
– Vous faites des marges, vous, sur les panneaux installés chez le client ?
– Ah non, quasiment pas, au contraire ! Les panneaux sont déjà très chers, donc il faut qu’on marge ailleurs… c’est plutôt sur leur installation qu’on parvient à s’en sortir.
– C’est vrai que c’est tout le problème. Ça vous intéresserait d’avoir des produits légèrement moins chers ? J’ai de très bonnes relations avec un fournisseur chinois…, assure Frédéric.
Forcément, son discours séduit, et son côté gentil garçon propre sur lui fait le reste. Ce petit brun de 35 ans, de corpulence moyenne, est très bon acteur ; il rentre dans le moule, quel que soit le contexte.
Difficile de croire que sa seule formation se résume à deux ans de CAP de carrosserie en banlieue parisienne. L’école, ou plutôt les classes lui glissaient dessus comme un courant d’air. Ce n’était pas son monde, ce n’était pas ses règles, ce n’était pas ses rêves. Des « goys » partout, se satisfaisant de leurs leçons d’histoire nombrilistes, savourant la complexité absurde de la langue française. Un contraste total
avec la vie chez ses parents, des Tunisiens séfarades encore étonnés de se retrouver en métropole et qui se rattachaient autant que possible à leur passé perdu en fréquentant assidûment la synagogue. La vie à
Pantin n’avait rien de facile, les privations étaient régulières. Face aux profs à lunettes et pantalon de velours râpé, Frédéric, lui, rêvait voitures, paillettes et adrénaline. Presque sa vie d’aujourd’hui finalement. Marié, trois enfants, il mène grand train grâce à des combines toujours plus énormes, d’autant que la famille de sa femme l’aide en lui présentant des contacts. Mais il est en train de prendre le large par rapport à la petite vie rangée prévue au départ. Les potes, le poker, les sorties, c’est quand même plus
tentant que de rester à la maison même avec les équipements vidéo haut de gamme qui truffent l’appartement. Et puis, c’est pour le business.
« C’est presque trop simple », se dit-il en empochant une carte de visite d’un installateur de panneaux. Ce qui le sera moins, c’est de faire transiter la marchandise d’un pays à l’autre ; contrairement aux puces électroniques ou aux téléphones, les panneaux solaires se mêlent plus difficilement à une cargaison de vêtements ou de biscuits. Ce n’est pas les transporteurs qui manquent, mais là, il faudra en trouver des
bons. Le père de Frédéric travaillait dans une entreprise de camions en région parisienne, un milieu qu’il connait forcément. Mais lui veut passer de l’autre côté, justement. Il n’est pas là pour se faire exploiter, comme les générations précédentes. Il a une revanche à prendre sur cette société qui a fait souffrir ses
parents, qui l’a de facto exclu avec son système scolaire spécial petits blancs dociles. Pour réussir, il ne lui reste que les arnaques, c’est comme ça. Jouer avec la loi, c’est inévitable.
En déambulant d’une allée à l’autre, Frédéric s’interroge sur le photovoltaïque : va-t-il vraiment décoller comme les experts le prédisent ? Pour croquer de la TVA, mieux vaut noyer le poisson dans la masse de volumes importants. Sans quoi les rotations de marchandises à des prix inférieurs au marché ont rapidement l’air suspect aux yeux des acteurs traditionnels.
C’est sur un immense stand tout blanc que le Salon des Énergies Renouvelables devient un peu plus convaincant. Sachant que les arnaques vertes ne cessent de gagner du terrain, Frédéric tente d’en apprendre un peu plus. À Marseille, on ne parle plus que de ça. Les taux de remboursement des produits
verts par l’État sont tout simplement hallucinants. Comme le lui explique un commercial d’une grosse boite d’électricité.
– Pour le solaire, l’État prend en charge la moitié du prix du panneau, et nous, nous rachetons l’électricité à un prix garanti et deux fois plus important que le prix normal. C’est vrai que ça fait beaucoup d’incitations, mais vous savez, l’État ne sait plus quoi faire pour réduire les émissions de CO2 !
Même nous, en tant que producteurs d’électricité, nous devons payer pour émettre du CO2 maintenant, avec le marché européen des quotas.
– Comment ça ?
– Ben on a un marché européen, et on doit acheter une tonne de CO2 dès qu’on en émet une tonne en brûlant du gaz ou du charbon. Ils appellent ça des quotas, comme pour le lait, sauf que les quotas laitiers ça ne s’achète pas, ils sont juste là pour donner un plafond à la production. Nous on peut émettre du CO2, tant qu’on paie les quotas qui correspondent, mais c’est un coût supplémentaire.
– C’est un marché dans toute l’Europe ?
– Je crois oui, enfin faut voir, mais ça s’appelle système européen, donc ça doit concerner tout le monde…
Pour Frédéric, c’est le mot « européen » qui joue les déclics. Ce n’est pas la première fois qu’il entend parler de quotas de CO2.
A Londres, un contact « Paki », un Pakistanais, lui en a déjà touché mot, en lui proposant du cash s’il trouvait le moyen de pénétrer le marché parce qu’il y avait de la TVA dessus. Il s’était dit que les embrouilles avec le Pakistan et Dubaï, c’était souvent dangereux au final. Mais s’il y a vraiment de la TVA sur les quotas, ça pourrait être un pur plan. Il faudrait vérifier. Tout échange intracommunautaire,
c’est de la TVA qui se balade. Sait-on jamais. Son téléphone sonne. C’est Émilie, la star de la télé qu’il a rencontrée la veille au Hustler… inespéré ! La question des quotas passe à la trappe.

 

« On va se faire du fric avec du vent ! »

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Le monde selon K.


Source: pdfarchive.info

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Ouvrage: Le monde selon K.

Auteur: Pierre Péan

Année: 2008

 

 

« C ’est curieux, chez les marins,
ce besoin de faire des phrases… »
Les Tontons flingueurs

Les maillots blancs, puis les bleus surgissent sur la
pelouse du Stade de France où va se jouer dans les
prochaines minutes la demi-finale de la Coupe du
monde de rugby 2007. Le numéro 15, Jason Robinson,
sort de son groupe et se fait applaudir au milieu
du terrain pour sa cinquantième sélection dans
l’équipe nationale anglaise, puis tous les rugbymen se
mettent en ligne pour les hymnes nationaux.
Il est près de 21 heures, ce samedi 13 octobre 2007.
Les dix convives installés en mezzanine au premier
étage de ce restaurant de Trouville jettent un regard
distrait au grand écran plaqué contre le mur. Les
femmes se sont enflammées à l’évocation de Johnny
Wilkinson, la star du XV de la Rose, qu’elles viennent
d’apercevoir. La caméra montre les sept remplaçants
anglais en haut de survêtement rouge qui vont
rejoindre les bancs de touche, quand les premières

paroles du God Save the Queen sortent des gorges
des joueurs. Tel un automate jaillissant brutalement
de sa boîte, Bernard Kouchner, comme mû par une
urgence absolue, bondit et se met au garde-à-vous, la
main droite sur le coeur. Figé, l’air grave, il écoute
religieusement l’hymne britannique sous le regard
mi-narquois, mi-interloqué des autres convives. Le
God Save s’achève. La caméra « panote » vers les tribunes,
puis, une fois La Marseillaise entonnée,
revient sur les deux équipes. Le ministre des Affaires
étrangères de la République française laisse sa main
retomber et détourne le regard de l’écran où, après
quelques images des joueurs, l’objectif fixe en gros
plan Nicolas Sarkozy chantant à pleins poumons.
Bernard Kouchner se remet à table sans même avoir
fredonné quelques mesures de l’hymne national pour
mêler sa voix aux accents virils de Chabal et
Michalak…
Bernard Kouchner reprend langue avec le noyau
des happy few organisateurs et invités de marque du
Women’s Forum qui s’est ouvert le 11 octobre et
s’est terminé quelques heures plus tôt par son discours1
au Centre international de Deauville. Fondé
par Aude Zissenis de Thuin2 et quelques femmes de


1. Sur le thème suivant : « Est-il possible de réconcilier les
impératifs moraux et humanitaires avec la realpolitïk et la
défense des intérêts nationaux ? »
2. Pour P état-civil, elle est plus simplement Aude Leroux.


pouvoir, le Women’s Forum est cofinancé par de
grosses entreprises comme Areva, Orange, La Poste,
Cartier, Renault, etc., et des cotisations individuelles
de l’ordre de 5 000 euros. Le Forum a pour objectif
de créer un establishment féminin à caractère mondial
en organisant un certain nombre de rencontres prestigieuses.
L’affaire semble être également une belle
machine à faire de l’argent. Au cours de ces trois
journées, Christine Ockrent, qui fait partie du board
de Women’s Forum et collabore étroitement avec
Aude de Thuin, a «modéré» deux panels sur des
thèmes qui ne manquent pas de sel pour une journaliste
contestée quelques jours plus tôt pour ses « ménages
» et pour le problème que pose à une femme
de ministre sa position d’animatrice d’émission politique
sur France 3. Le premier : «Nous faisons
confiance aux médias… ou devrions-nous le faire ? »
Le second, encore plus humoristique si faire se peut :
«Qu’est-ce que les femmes devraient attendre des
leaders politiques pour restaurer la confiance dans
notre système de gouvernance ? »
Après ces deux « ménages » de Mme Kouchner et
le discours de clôture de Monsieur, Aude de Thuin a
convié le couple à dîner aux côtés de Carlos Ghosn,
président de Renault, et de sa femme, d’Anne Lauvergeon,
présidente d’Areva, de son mari et de ses
enfants, de Rama Yade, secrétaire d’État chargée des

droits de l’homme, et de son mari, de Mercedes Erra,
présidente d’Euro RSCG, directrice de Havas et
membre du board de Women’s Forum, et d’un couple
de ses amis. Aude de Thuin, euphorique, s’esclaffe à
tout propos. La femme du patron de Renault,
patraque, ne participe guère à la conversation qui
s’est peu à peu fractionnée autour de la longue table.
L’Angleterre bat la France 15 à 9…

 

 

I
L’icône et La Marseillaise

On ne touche pas à une icône.
Bernard Kouchner en est une depuis longtemps.
Même si cela fait de nombreuses années qu’il a abandonné
sa blouse blanche, les Français – en tout cas,
l’opinion que leur prêtent les instituts de sondage,
notamment le fameux baromètre annuel IFOP-JDD
des personnalités les plus aimées – ne le perçoivent
pas comme un politicien ordinaire, mais comme un
bon French doctor. Un héros contemporain qui brave
tous les dangers pour aller soulager la misère des victimes
à l’autre bout du monde. Une version laïque,
postmodeme, de l’abbé Pierre dont il se proclamait
d’ailleurs volontiers l’ami. Cette image est si bien
ancrée dans le public que Bernard Kouchner est probablement
le seul homme politique français à pouvoir

se permettre de faire la promotion de son biographe et
de sa biographie1 sur les plateaux de télévision sans
susciter une vague de réactions indignées de la presse
et de la classe politique.
On ne peut donc qu’hésiter à égratigner cette image
pieuse, même si – comme c’est mon cas – on ne partage
pas l’enthousiasme d’une grande majorité de nos
concitoyens à son endroit. L’attirance quasi caricaturale
de Bernard Kouchner pour les caméras, les journalistes
– du moins ceux qui l’apprécient ou le
célèbrent – et la messe du 20 heures, bref, son narcissisme
aussi exacerbé que décomplexé ne saurait faire
bon ménage avec les valeurs qui m’ont été autrefois
inculquées par ma mère qui me recommandait quand
j ’étais petit de ne pas «faire l’intéressant» et de
« rester à ma place ». Ce sont sans doute ces réminiscences
de ma propre éducation qui m’ont fait tiquer
lorsque, à la fin de l’année 1992, on le vit, un sac de
riz sur l’épaule, poser à Mogadiscio devant les caméras;
j ’ignorais pourtant qu’il avait répété trois fois
la scène2. M’ont aussi choqué son soutien aux deux
guerres d’Irak, celle de 1991 comme celle de 2003,
et plus généralement son côté « va-t-en-guerre ».
Bernard Kouchner a été le plus ardent promoteur


1. Michel-Antoine Bumier, Les Sept Vies du D1 Kouchner,
XO Éditions, Paris, 2008.
2. http://wAvw.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=24548


du fameux droit d’ingérence dont il reviendra aux historiens
d’établir à quel point il a contribué à dégrader
l’art de la diplomatie et les chances de paix dans le
monde.
Mais ceux qui m’ont fait l’honneur de lire mes
livres le savent : je ne postule à aucune chaire, je n’ai
pas de thèse générale à défendre. Le seul talent que
je me reconnaisse consiste à chercher et parfois à
trouver des documents et/ou des témoignages susceptibles
d’infléchir, voire d’infirmer des vérités officielles.
La vérité officielle sur Bernard Kouchner, sa prétention
réitérée à être l’homme de la paix, l’avocat
des plus faibles, le défenseur pugnace de la démocratie
et des droits de l’homme1 est sérieusement écornée
par son comportement pratique en Afrique.
Heureusement pour lui, son action sur le continent
noir suscite peu de comptes rendus, de commentaires
ou d’analyses. L’Afrique est devenue son jardin
secret depuis que l’homme prétend agir sur les grands
conflits qui écartèlent le monde. En Afrique, cependant,


1.Tout au moins jusqu’à son interview au Parisien du
10 décembre 2008 dans lequel, tournant le dos à tous ses discours
passés, il a déclaré : « Je pense que j ’ai eu tort de demander
un secrétariat d’État aux droits de l’homme. C’est une
erreur. Car il y a contradiction permanente entre les droits de
l’homme et la politique étrangère d’un État, même en France. »


Kouchner porte toujours un sac. Mais ce sac ne
contient pas de riz, et, s’il le porte, c’est à l’écart des
caméras. Mais n’anticipons pas…
C’est à propos du Rwanda et de la nouvelle politique
qu’il mène à l’égard de ce pays depuis son arrivée
au Quai d’Orsay que je me suis vraiment
intéressé à ce personnage. Mon livre sur le Rwanda,
Noires fureurs, blancs menteurs1, m’avait amené à
revenir sur une autre vérité officielle aux termes de
laquelle, et pour l’éternité, tous les Hutus étaient des
bourreaux, et tous les Tutsis des victimes, et la France
avait aidé les premiers à mener à bien l’extermination
des seconds. Or, cas unique dans l’histoire récente de
la diplomatie de notre pays, peu de temps après son
arrivée au Quai d’Orsay, en mai 2007, Bernard
Kouchner décidait de tendre la main à un chef
d’État qui non seulement est le maître d’oeuvre de
la désinformation sur la tragédie rwandaise, mais est
considéré par la justice française comme un criminel
de guerre et par la justice espagnole comme un génocidaire.
J’ai été choqué d’apprendre que le 26 juillet
2007, le ministre des Affaires étrangères avait pris
langue (par téléphone) avec Paul Kagame pour
envisager les voies et moyens de renouer les relations
diplomatiques ; choqué qu’il lui ait proposé de
lui rendre visite à Kigali ; encore plus choqué que


1. Mille et une nuits, 2005.


l’Elysée ne s’y soit pas opposé malgré les très fortes
réserves émanant du ministère de la Défense ; choqué
que le chef de notre diplomatie souhaite aussi ardemment
réconcilier la France avec un pays qui avait pris
l ‘initiative de rompre ses relations avec elle en guise
de représailles pour les neuf mandats d’arrêt lancés
par le juge Bruguière contre l’entourage du président
rwandais. Selon le juge français, Paul Kagame serait
bel et bien, en effet, à l’origine de l’attentat perpétré
Contre le Falcon 50 à bord duquel ont péri son prédécesseur,
le président Juvénal Habyarimana, mais aussi
trois Français ; attentat dont le juge Bruguière a écrit
que le seul but était « l’obtention de la victoire totale,
et ce, au prix du massacre des Tutsis dits “de l’intérieur”
», considérés par Paul Kagame comme des
« collaborateurs du régime Habyarimana ». Depuis
lors, chacun a pu le constater, cet homme avec qui le
chef de la diplomatie française veut à tout prix réconcilier
Paris ne s’est pas contenté de faire ployer sous
son joug la population du Rwanda, en majorité hutue,
mais il a mis Pex-Zaïre à feu et à sang – quatre, peutêtre
cinq millions de morts – et il pille les richesses
du Kivu en apportant son soutien aux milices de Laurent
Nkundal.
Un ministre est censé représenter la République


1. http://www.bakchich.info:8080/article5637.1itml et Vendredi
du 7 novembre 2008.


dans tous ses actes et témoigner de la continuité de
l’État. En militant ouvertement pour une réconciliation
avec le dictateur de Kigali, Bernard Kouchner
néglige, méprise, insulte même tous les hommes politiques,
les militaires et les juges français que Paul
Kagame traite depuis des années de « génocidaires ».
Celui-ci n’a-t-il pas qualifié1 le juge Bruguière de
«vaurien, une tête vide, tout comme ses maîtres,
d’ailleurs, qui portent tous en eux le crime de génocide,
et c’est ce crime qui les perdra » ?
J’ai trouvé insupportable que, durant le même été
2007, Bernard Kouchner donne des gages de bonne
volonté à Kigali en acceptant qu’à deux reprises des
mandats d’arrêt exigés par Kigali soient lancés par le
TPIR2 contre deux Rwandais.
Mon premier réflexe, pour dire mon indignation
face à l’attitude de Bernard Kouchner, a été d’écrire
une tribune dans la rubrique « Rebonds » du quotidien
Libération, publiée le 11 septembre 2007 et intitulée
« L’erreur de Kouchner ». Depuis la fin de l’été
2007, le ministre des Affaires étrangères n’a eu de
cesse de se démener pour donner satisfaction à
Kagame qui exige, pour se réconcilier avec Paris,
l’enterrement de l’instruction menée par le juge
Bruguière et des mandats d’arrêt qu’il a délivrés. Un


1. Dans un discours prononcé le 7 avril 2007 à Murambi.
2. Tribunal pénal international pour le Rwanda.


groupe téléphonique formé de deux fonctionnaires du
Quai d’Orsay et du procureur du Rwanda a même été
Chargé d’examiner les voies et moyens de réduire à
néant cette instruction du juge Bruguière. Mais alors
Blême qu’était trouvée la solution1, le Rwanda lançait,
le 5 août 2008, une virulente attaque contre la
France. Le rapport Mucyo2 accusait François Mitterrand,
trois anciens Premiers ministres, Dominique de
Villepin, Édouard Balladur et Alain Juppé, mais aussi
Hubert Védrine, Paul Dijoud, quelques hauts fonctionnaires
et une douzaine d’officiers supérieurs de
complicité de génocide, et annonçait le lancement de
mandats d’arrêt correspondants. Afin de ne pas entraver
le processus de réconciliation, Bernard Kouchner
estima inutile d’élever une forte protestation pour
démentir ces mensonges aussi grossiers qu’insupportables.
Les autorités françaises acceptaient ainsi une
nouvelle fois de laisser Kagame salir la France, la


1. En faisant venir à Paris Rose Kabuye, la moins impliquée
des neuf personnes faisant l’objet d’un mandat d’arrêt, et en
lui garantissant qu’elle ne serait pas incarcérée. Cette venue
permettant au Rwanda d’avoir accès au dossier Bruguière et
d’avoir tout loisir d’échafauder les faux témoignages destinés à
le rendre inopérant.
2. Jean de Dieu Mucyo, ancien ministre de la Justice et
ancien procureur général du Rwanda, présidait la Commission
nationale « indépendante » chargée de rassembler les preuves
montrant l’implication de l’État français dans le génocide.


presse ayant en effet largement reproduit les viles
attaques de Kigali sans pouvoir y opposer de réplique
officielle.
L’attitude de Bernard Kouchner levait mes dernières
hésitations. Une nouvelle tribune libre n’eût
pas suffi à exprimer ce que j ’avais sur le coeur, ni ce
que je découvrais ou redécouvrais sur le personnage
depuis que je m’intéressais vraiment à lui, cette fois
en dépassant très largement le cadre de sa gestion du
dossier rwandais.
Kouchner, qui a bâti sa renommée de French doctor
sur une opposition permanente à la raison d’État,
n’a pas hésité, dans cette affaire rwandaise, à mettre
le poids de l’État dans la balance pour donner satisfaction
à son ami dictateur. Lui qui a passé sa vie à
se forger une image de « chevalier blanc », morale et
vertu au poing, traite la justice – incarnée ici par le
juge Bruguière – comme on le fait dans les républiques
bananières. Une telle attitude oblige à aller
au-delà de l’image qu’il veille à donner aux Français.
De comprendre les mobiles et ressorts qui l’animent.
D’analyser son sansfrontièrisme et son vrai rapport à
la France. Comment concilie-t-il ses impératifs
moraux et humanitaires avec la realpolitik et la
défense des intérêts nationaux ? (thème de sa conférence
au Women’s Forum 2007). Que signifiait son
garde-à-vous lors du God Save the Queen, suivi d’une

ostensible indifférence lors de l’hymne national?
Pitrerie ? Provocation ? Bernard est-il vraiment ce
type altruiste, généreux – c’est l’image qu’ont encore
de lui la majorité des Français -, capable, en cet instant
de chauvinisme exacerbé qu’est un match de
rugby, de trouver les ressources morales pour penser
d’abord à l’adversaire du jour et lui rendre hommage
? Faut-il voir au contraire dans cette attitude une
forme de « haine de soi » ?
Bien au-delà de ce vibrant hommage et du pied de
nez symbolique à l’équipe de son propre pays, c’est
bien sûr par son attitude à l’égard de Paul Kagame et
par son traitement du dossier rwandais que Bernard
Kouchner, à sa manière, siffle La Marseillaise. Mais,
à la différence des petits beurs du Stade de France, il
n’est pas un siffleur occasionnel. Et ses sifflements
me vrillent tant et si bien les oreilles que j ’ai décidé
d’en savoir un peu plus long sur l’occupant du bureau
de Vergennes. Pour autant, je n’ai pas du tout l’intention
d’explorer ses sept vies, comme l’a fait Michel-
Antoine Bumier, son hagiographe1.
Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour constituer
un dossier conséquent sur les distorsions entre
son image de « chouchou des Français » et une réalité
qui va bien au-delà de ses démarches visant à s’attirer
les bonnes grâces du serial killer africain. Pour notre


1. Avec Les Sept Vies du LV Kouchner, op. cit.


pays, Bernard Kouchner constitue en réalité, à mes
yeux, un danger public. Tant qu’il était en blouse
blanche, voire secrétaire d’État ou ministre de la
Santé, l’« aventurier des bonnes causes », le « parachutiste
du malheur » ne faisait pas prendre de trop
grands risques aux Français. Depuis qu’il est à la tête
d’un grand ministère régalien, les Français seraient
bien davantage fondés à s’inquiéter. Il est, à n’en pas
douter, le principal homme de la rupture de l’ère
Sarkozy. Bernard Kouchner rêve en effet d’effacer
cinquante ans de politique étrangère indépendante de
la France. C’est ainsi qu’en 2003 il n’aurait pas
hésité, lui, à envoyer des militaires français en Irak.
Son goût de l’expédition militaire est au demeurant
bien antérieur à 2003, il lui est même consubstantiel.
« Quelle peut être la psychologie d’un médecin qui
manifeste une préférence stable pour la guerre ? se
demande Emmanuel Todd. Nous passons trop vite de
“Médecins du Monde” à “Militaires sans frontières
1”. »
Dans le titre de son livre, Les Guerriers de la paix,
plus que le mot paix il faut d’abord retenir celui de
guerriers. Dès sa première mission de French doctor
au Biafra, à la fin des années 60, il réclamait des


1. Emmanuel Todd : « Kouchner est passé de Médecins du
Monde à Militaires sans frontières», Marianne, 18 septembre
2007.


avions, et, par la suite, on l’a vu souvent demander,
espérer et parfois obtenir l’envoi de soldats français
combattre çà et là les « méchants ». Ainsi, début
1987, demandait-il, aux côtés d’André Glucksmann et
d’Yves Montand, d’« entamer une riposte graduée »
contre Kadhafi, au-delà du 16e parallèle, au Tchad. Il
suggérait même de solliciter, si nécessaire, une aide
des États-Unis, manifestant pour la première fois
aussi explicitement son tropisme américain. En
novembre 1989, il envisageait la possibilité d’envoyer
des Brigades internationales contre les Khmers
rouges revenus au pouvoir – «je serais content d’en
être », précisait-il. Plus récemment, il approuvait les
bombardements massifs sur la Serbie, puis, appelé à
gérer provisoirement le Kosovo, comme nous le
verrons, il ne développait pas une grande énergie pour
empêcher l’épuration ethnique visant la minorité
serbe… Parvenu à la tête du Quai d’Orsay, non seulement
il ne se sent pas de mission plus urgente que
de se rapprocher d’un homme qui accuse François
Mitterrand, son ancien « patron » et véritable parrain
en politique, de « complicité de génocide », mais il
ne rêve que d’en découdre avec quelques pays classés
par lui dans la catégorie des « États-voyous ». Ainsi,
avec l’Iran, annonce-t-il aux Français qu’il faut « se
préparer au pire », qui « est la guerre ». Kouchner
aime la guerre et se verrait bien en chef d’armée. Des

fonctionnaires ont ainsi été fort surpris quand, durant
le week-end des 2 et 3 février 2008, alors qu’était
annoncée la prise de N’Djamena par les forces
rebelles et que le président Idriss Déby était coincé
dans son palais, ils ont vu le plaisir manifeste que
prenait Bernard Kouchner à diriger la «cellule de
crise » au Quai, appelant successivement la DGSE, la
Défense, les militaires au Tchad, suivant la progression
des rebelles minute après minute et demandant :
« On ne pourrait pas les bombarder ? »
« Va-t-en-guerre » aussi au Darfour parce qu’il
prétend qu’un génocide s’y perpètre en dépit du diagnostic
contraire porté par les ONG qui y sont installées.
Bernard Kouchner a en effet, comme certains de
ses amis, la singulière manie de légitimer ses appels
à l’interventionnisme militaire par l’utilisation abusive
du mot « génocide ». Il l’aura utilisé pour le Biafra,
le Kurdistan, puis le Liban, l’Érythrée, la
Somalie, le Kosovo*. En ce qui concerne le Rwanda,
il qualifiera paradoxalement de « faute politique » et
même d’« erreur criminelle2 » la décision de François
Mitterrand d’intervenir pour empêcher un génocide,
décision qui n’était pourtant autre qu’une déclinaison
de « son » droit d’ingérence…


1. Bernard Kouchner aura parlé, le 2 août 1999, de
11 000 Kosovars exhumés de fosses communes – le Tribunal
de La Haye démentira dans la journée.
2. Cf. le documentaire Tuez-les tous, de Raphaël Glucksmann.


Le bénévole volant aux quatre coins de la planète
pour soulager la misère du monde a aussi une autre
spécificité qui ne saute pas aux yeux : il arrive au
« chevalier blanc » de perdre sa couleur virginale én
mélangeant les genres auprès des leaders africains.

 

II
« Ma grande explication du monde,
c’est l’hormone mâle »

suite … PDF

Victoire de la raison en Iran


Chroniques-Dortiguier

Victoire de la raison en Iran


 

La liberté de porter ou non le voile, ce qui n’a rien de contraire au noble Coran, s’est imposée à l’Iran, et je puis témoigner, en connaisseur du pays, que par là a été désamorcée une sorte de révolution colorée qui prend les prétextes les plus simples pour entraîner une population désorientée. Il n’est, du reste, pas exclu que, selon une déclaration du prince royal Salman, pareille mesure ne soit envisagée en Arabie saoudienne.

Les deux États n’ont, du reste, point le même esprit : le comte Gobineau qui fut, du reste, un ami de l’Islam, et a séjourné en Perse comme diplomate, par ailleurs bon connaisseur de la langue en laquelle il traduisit le Discours de la Méthode de Descartes que le Châh Nasredinne fit aussitôt imprimer à ses frais, notait le 19 septembre 1855, dans une lettre à un collègue diplomate et orientaliste allemand-autrichien, le général comte Prokesch-Osten, que le pays, surtout dans le Nord, ressemblait à l’Europe, en ces termes : « Je suis convaincu  que parmi les nations orientales du Sud, aucune n’a autant de rapport d’esprit avec les Européens que les Persans. Ces rapports d’esprit sont très bien et très clairement accusés par les rapports physiques. Les Persans dans leur physionomie, dans leur taille, dans leurs habitudes de corps, dans leur mobilité inquiète, toujours debout, toujours remuant, toujours parlant nous ressemblent, surtout dans le Nord.» 

Il y aura toujours des esprits courts pour tourner en rond, comme un âne, autour d’un piquet, pour soit identifier une manière de se couvrir à la religion ou, au contraire, à un abaissement de la femme. Un élément fait défaut aux deux partis antagonistes, qui est la conscience morale d’où fleurit d’abord l’idée puis la passion pour la divinité, et non l’inverse. En Iran même, nous avons connu des femmes qui excusaient leur conduite, que nos ancêtres eussent jugée immorale, par une conformité aux usages, confondant la discipline, qui est toujours formelle, avec l’action. Et si le germano-italien Dante, qui fut un admirateur de l’islamité mystique, place des papes  et des cardinaux ou des princes chrétiens en Enfer, il en va de même en toute religion qui mérite ce titre et n’est pas seulement une sorte de statut politique, comme le philosophe Kant l’observait d’une confession particulière, la seule qu’il soit malséant de critiquer aujourd’hui, sur tous les plans !


La question n’est pas, à protéger nos femmes, selon une recommandation connue, de mesurer ce qui couvre leur tête, mais d’armer celle-ci de logique…


Ceci nous amène à examiner, en ce jour précis où une partie de l’Occident carbonisait, 15 février 1945, Dresde pendant qu’il signait les accords sur ce croiseur US Quincy, avec l’Arabie wahhabite en promettant de protéger sa monarchie factice contre l’exclusivité de son pétrole, dans quelle mesure la gent féminine et sa progéniture vivent en conformité avec la raison : imagine-t-on, comme mon voisin me le rapporte de son fils âgé de trois ans et demi, en Iran ou dans les États qui suivent l’exemple du Prophète, une psychologue familiale interroger un être aussi jeune et innocent – n’en déplaise à l’incestueux Freud – et lui demander, après qu’il ait repoussé vivement sa maîtresse d’école, s’il se sent plutôt garçon ou fille ? Tel est l’acide de la théorie du genre sexuel ainsi répandue dans nos classes primaires ! N’est-ce pas là bâillonner la raison et étouffer la sensibilité naturelle ? Ces nouvelles maîtresses ou pseudo-pédopsychologues, par une pansexualisation forcée, détruisent l’équilibre psychophysique de nos jeunes pousses, posent des germes de frénésie là où l’on attendrait le développement d’une lumière naturelle (lumen naturale), terme relevant, non du jargon des loges, mais de la théologie naturelle, partie traditionnelle du corps théologique.

L’on attend vainement de nos « théologiens de cour » qu’ils redressent cette conduite pédagogique irrationnelle détestable qui produira des violences et des désordres, au lieu de contraindre les esprits à mordre un voile qui n’est plus un signe de moralité, mais un prétexte à détourner l’attention d’un mot plus essentiel que la taille des habits, la longueur des barbes ou des cheveux visibles d’une féminité qui reçoit le choc d’un monde intoxiqué par des faux prophètes et les illusionnistes libertaires ou, comme on le disait, en théologie ancienne, libertins. La question n’est pas, à protéger nos femmes, selon une recommandation connue, de mesurer ce qui couvre leur tête, mais d’armer celle-ci de logique ; tel est ce mot essentiel, ce premier remède, pour dissiper les sophismes dont leurs enfants souffriront.

Pierre Dortiguier

Pour une poignée de pétrodollars, l’Europe a vendu son âme


madaniya.info

Le 11 septembre a détruit les États-Unis d’Amérique


La Genèse des temps modernes ! Les masques sont tombés.

mondialisation.ca

Par Dr. Paul Craig Roberts

Les événements du 11 septembre 2001 ont changé le monde. Ils ont fourni l’alibi au gouvernement américain pour lancer des attaques militaires sur sept pays du Moyen-Orient, causant des pertes de civils se comptant en millions de morts et envoyant des vagues de réfugiés musulmans dans le monde occidental. Le gouvernement américain a gaspillé des milliards de dollars pour détruire ces pays et pour assassiner des femmes et des enfants, tandis que les infrastructures publiques aux États-Unis se sont détériorées, des maisons américaines ont été saisies et les besoins de santé américains ont été laissés sans surveillance. Le 11 septembre a également été  l’excuse pour la destruction de la protection prévue par la Constitution des États-Unis pour assurer la liberté du citoyen américain. Aujourd’hui, aucun Américain n’a plus la protection de ses libertés civiles que la Constitution garantit.

Le 11 septembre 2001, lorsqu’un voisin m’a appelé et m’a dit d’allumer la télévision, j’ai interrompu ce que je faisais et j’ai regardé la télévision. Ce que j’ai vu, c’est que les deux World Trade Center Towers avaient explosé. J’avais souvent apprécié de déjeuner dans le restaurant sur le toit d’une des tours de l’autre coté de la rue où j’avais mon bureau au Wall Street Journal.

Un minuscule et fragile avion de ligne en aluminium a frappé une grande tour en acier et un autre avion de ligne en aluminium a frappé l’autre. Il y avait des panaches oranges à l’extérieur des bâtiments. Ensuite, environ après une heure, moins dans un des cas, plus dans l’autre, les deux tours ont explosé étage par étage alors qu’elles tombaient sur elles-mêmes.

C’était précisément la façon dont les nouvelles ont décrit ce que je voyais. « Cela ressemble exactement à une démolition contrôlée », ont annoncé de nouvelles sources. Et en effet, c’était ça. En tant qu’étudiant en technologie de la Georgia Tech, j’avais assisté à une démolition contrôlée, et c’est ce que j’ai vu à la télévision, de même que c’est ce qu’ont vu les sources d’information.

Plus tard ce jour-là, Larry Silverstein, qui possédait ou détenait le bail du World Trade Center, a expliqué à la télévision, que l’effondrement en chute libre en fin d’après-midi du troisième gratte-ciel WTC, bâtiment 7, sur lui-même était une décision délibérée de « faire sauter » le bâtiment. « Faire sauter » est le terme utilisé par la démolition contrôlée pour décrire un bâtiment à détruire, câblé avec des explosifs. Le bâtiment 7 n’a pas été touché par un avion de ligne et n’a subi que des incendies de bureau mineurs et très limités. La déclaration de Silverstein a ensuite été corrigée par les autorités pour signifier que les pompiers avaient été retirés du bâtiment. Cependant, de nombreuses vidéos montrent que les pompiers étaient déjà sortis, l’un d’eux affirmant que le bâtiment allait être démoli.

Comme il n’y a aucun doute que le bâtiment 7 a été câblé pour la démolition, la question est : pourquoi ?

Parce que les Américains sont des gens insouciants et confiants en la bonté intrinsèque de leur pays, des années se sont écoulées avant même que les experts aient remarqué que l’histoire officielle était en contradiction totale avec les lois de la physique connues, était aussi en contradiction totale avec la façon dont les bâtiments s’effondrent suite à un dommage asymétrique, et que ces bâtiments n’auraient pas pu s’effondrer en étant touchés par des avions de ligne alors que qu’ils satisfaisaient à tous les exigences réglementaires pour résister aux collisions avec de tels avions. Beaucoup ne savaient même pas que le troisième gratte-ciel, le bâtiment 7, s’était aussi effondré.

Le professeur Steven E. Jones, professeur de physique à la BYU, a été le premier à s’apercevoir que l’histoire officielle était une pure fantaisie. Sa récompense pour avoir parlé a été de voir son contrat de travail annulé par la BYU. Beaucoup croient que c’est sous la pression du gouvernement fédéral, sous la menace que tout le soutien fédéral à BYU serait annulé à moins que Stephen Jones ne soit viré.

Cynthia McKinney, une femme noire qui représentait un district du Congrès de la Géorgie à la Chambre des représentants des États-Unis était soit beaucoup plus brillante, soit beaucoup plus courageuse que ses collègues blancs. Elle a soulevé des questions évidentes au sujet du 11 septembre, des questions demandant des réponses, et elle a perdu son siège.

Environ cinq ans après le 11 septembre, l’architecte de San Francisco, Richard Gage, a remarqué que les trois bâtiments du WTC n’étaient pas tombés conformément aux explications officielles. Il a formé un mouvement nommé Architectes et ingénieurs pour la vérité du 11 septembre (A&E for 9/11 Truth), qui compte environ 3 000 membres. Ce groupe comprend des architectes de haut niveau et des ingénieurs des structures qui sont réellement expérimentés dans la construction de gratte-ciel. En d’autres termes, ce sont des gens qui savent de quoi ils parlent.

Ces 3 000 experts ont déclaré que l’explication officielle de l’effondrement de trois gratte-ciels est en contradiction avec les lois de la physique, de l’architecture et de l’ingénierie structurelle connues.

En d’autres termes, l’explication officielle est totalement impossible. Seul un public non instruit et ignorant peut croire l’histoire officielle du 11 septembre. La population des États-Unis correspond à cette description.

A&E for 9/11 Truth a obtenu progressivement l’assentiment des architectes et des ingénieurs. Il est très difficile pour un architecte ou un ingénieur de soutenir la vérité, parce que la population américaine, et les sociétés de construction patriotiques dont les employés collent des drapeaux américains sur leurs camions ne veulent pas embaucher des architectes et des ingénieurs qui sont « les ennemis de l’Amérique alignés avec des terroristes arabes ». En Amérique, si vous dites la vérité, vous risquez de perdre vos clients et même votre vie.

Pensez maintenant aux physiciens. Combien de facultés de physique connaissez-vous qui ne dépendent pas des subventions fédérales, en général pour un travail lié au domaine militaire ? Il en va de même pour la chimie. Tout professeur de physique qui, devant le fait évident que l’histoire contrevient aux lois de la physique connues a contesté l’histoire officielle du 11 septembre, a mis en danger non seulement sa propre carrière, mais aussi les carrières de son département entier.

La vérité en Amérique est extrêmement coûteuse à exprimer. Elle a un prix élevé que presque personne ne peut se permettre de payer.

Nos maîtres le savent, et ils peuvent donc se passer de la vérité à volonté. En outre, tout expert assez courageux pour dire la vérité est facilement marqué comme un « théoricien de la conspiration ».

Qui vient à sa défense ? Pas ses collègues. Ils veulent s’en débarrasser aussi vite que possible. La vérité est une menace pour leur carrière. Ils ne peuvent pas se permettre d’être associés à la vérité. En Amérique, la vérité est un mot qui peut tuer votre carrière.

En Amérique, la vérité devient un synonyme d’« agent russe ». Seuls les agents russes disent la vérité, ce qui signifie que la vérité est un ennemi de l’Amérique. On prépare des listes de sites Web qui parlent de vérité au pouvoir en place et sont donc séditieux. Aux États-Unis, aujourd’hui, les gens peuvent mentir à volonté sans conséquence, mais il est mortel de dire la vérité.

Soutenons A&E for 9/11 Truth. Ce sont des personnes héroïques. Le 11 septembre a été l’excuse fabriquée de toutes pièces pour 16 ans de crimes de guerre des néo-conservateurs contre des millions de personnes, des peuples musulmans, dont le reste cherche maintenant refuge en Europe.

Les néo-conservateurs sont un petit nombre de personnes. Pas plus d’une douzaine tout au plus. Pourtant, ils ont utilisé l’Amérique pour tuer des millions de personnes. Et maintenant ils fomentent la guerre avec la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord. Le monde ne survivra jamais à une telle guerre.

Les Américains sont-ils si insouciants qu’ils resteront à regarder ailleurs alors qu’une douzaine de néo-conservateurs sont prêt à détruire le monde ?

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :

9/11 Destroyed America

 

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Michèle pour le Saker Francophone

« Aujourd’hui l’OTAN est totalement obsolète »


Noam Chomsky et Jean Bricmont. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Quelle est votre analyse de […]

via Dr. Jean Bricmont : « Aujourd’hui l’OTAN est totalement obsolète » — Algérie Résistance

Entrevue avec Jean-Loup Izambert


 

mondialisation.ca

« Trump face à l’Europe. Peut-on éviter une nouvelle guerre mondiale? »

Le journaliste Jean-Loup Izambert vient de publier un livre, le 1erMars 2017, quelques mois seulement après l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis en novembre 2016. Ce livre, Trump face à l’Europe, prend néanmoins le temps de reposer les bases géopolitiques permettant de comprendre les rapports de force actuels entre les différents acteurs qui font l’actualité.

C’est l’auteur lui-même qui nous a contactés pour nous proposer son livre et, après celui de Kunstler, je vous propose de vous dresser une rapide synthèse de cette lecture. N’ayant pas lu ses précédents ouvrages et ne connaissant l’auteur que de nom, je ne parlerai que de son texte. Il a aussi accepté de se prêter à une interview que vous pouvez retrouver plus bas.

Le titre peut paraître assez trompeur et on pourrait s’attendre à plonger dans l’actualité des récentes déclarations de l’équipe de Trump sur l’OTAN, sur l’UE alors que, paradoxalement, on commence par une plongée dans l’Histoire et même une double ou triple plongée dans celle de l’Asie, des États-Unis et de l’Europe. Izambert part de l’analyse d’Alexandre Latsa, dans son livre Un printemps Russe, sur la situation de la Russie et des différentes organisations qui structurent l’eurasisme avec un succès grandissant, malgré les attaques occidentales pour torpiller ces coopérations.

Dans ce contexte, les États-Unis sont assez logiquement décrits comme le Pays de la guerre qui, non content de vivre de ces guerres perpétuelles, entend continuer à faire monter les tensions en s’appuyant sur des ennemis réels et imaginaires à l’image de la première Guerre froide, une aubaine des deux côtés, pour leurs oligarchies respectives. Pour cela, les USA ont absolument besoin d’un contrôle militaire, politique et économique sur l’Europe de l’Ouest. L’OTAN, l’UE et les médias pro-atlantistes sont les outils de cette domination. Du point de vue économique, ces tensions sont aussi l’occasion pour les USA d’affaiblir encore les pays d’Europe de l’Ouest pour favoriser ses multinationales.

Résultat de recherche d'images pour "izambert trump face a l'europe"L’auteur analyse les multiples facteurs de cet affaiblissement, les guerres (Balkans, Ukraine), l’immigration massive, son couplage avec le terrorisme avec toutes les conséquences sociales et économiques sur les populations locales déjà en cours de paupérisation.

Le livre se termine sur deux constats, l’un que le système centré sur les États-Unis n’a que la fuite en avant guerrière pour se prémunir d’un effondrement et que Trump, qui a pris le navire en marche, n’a pas forcément les moyens de l’infléchir, l’autre que Trump n’est tout simplement ni le trublion qu’il prétend être, ni l’acteur d’un changement radical mais une simple nuance des élites américaines.

En 260 pages, ce livre est une opération coup de poing, menée à un rythme infernal, articulant de multiples sujets avec une grande profondeur historique. Du coup l’auteur ne s’embarrasse pas de nuances et ne négocie en rien avec le politiquement correct des médias occidentaux. Il y a un parti pris pro-multipolaire et anti-unipolaire caractérisé. Si vous lisez avec plaisir notre blogue, vous ne serez pas perdu, bien au contraire.

C’est d’ailleurs un autre trait du livre. Les sources sont une collection de liens de blogues ayant pignon sur rue dans la sphère anti-système, sputniknews.com, reseauinternational.net ou encore voltairenet.org, le site de Thierry Meyssan.

Si vous cherchez un fil conducteur pour mieux comprendre l’actualité, c’est sans doute un livre à lire d’autant qu’il refait un large tour d’horizon des forces en présence pour donner du sens aux conflits récents. Il s’appuie avec justesse sur des sources bien à jour et surfe aussi sur l’explosion de ces multiples blogues, auteurs, vidéos qui sont apparus ces dernières années pour suppléer à l’effondrement des médias traditionnels.

Un des autres intérêts du livre est de montrer l’articulation de sujets aussi divers que l’économie, la monnaie, la géopolitique, l’énergie et bien d’autres pour appréhender la complexité de notre monde. C’est un des objectifs de notre propre activité au Saker Francophone, défricher tous ces sujets, en parallèle, pour ne pas se contenter d’un seul point de vue. L’auteur a visiblement une compréhension solide de tous ces sujets et ce livre est l’occasion pour lui de le démontrer avec brio.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’auteur, retrouvez-le sur TV Libertés sur les collusions de l’État Français avec les réseaux terroristes.

Hervé, Le Saker francophone


Interview de Jean-Loup Izambert du 20 mars 2017 par Hervé pour Le Saker francophone

– Bonjour Mr Izambert. Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots ?

Jean-Loup Izambert : – Je suis journaliste depuis quarante-cinq ans et je travaille en indépendant depuis 1987 après avoir occupé différentes fonctions au sein de différents médias français très divers, du mensuel économique et financier du groupe Les Echos à L’Humanité. J’ai fréquenté les couloirs feutrés de sociétés transnationales et partagé les vies malmenées des prolétaires des champs. Je suis également passé de « l’autre côté du miroir » en exerçant comme conseil en communication au sein de collectivités territoriales et d’entreprises, de PME comme de quelques grands comptes. J’y ai rencontré des personnages passionnants et tiré les moyens de financer mes enquêtes à long terme tout en assurant le nécessaire à ma famille. Faisant le constat que de grandes questions économiques et politiques n’étaient pas traitées par les médias officiels pour des raisons diverses, mon activité s’est très vite portée sur ces domaines. Apporter aux lecteurs des faits et des éléments les incitant à réfléchir, voire à agir pour changer l’ordre des choses, demande un travail personnel important sur le long terme pour tenter d’expliquer simplement des réalités complexes. Le journalisme d’investigation s’est imposé à moi tout naturellement et de manière indépendante afin de préserver ma liberté d’enquête, de réflexion et de publication.

– Pourquoi sortir un livre d’analyse aussi vite après l’élection américaine? Ne fallait-il pas laisser retomber la poussière et voir ce que Trump envisage de faire concrètement?

– Je n’ai jamais eu aucune illusion sur Donald Trump. Tout comme Hillary Clinton il est lié aux mêmes milieux des milliardaires des sociétés transnationales et du complexe militaro-industriel. Or, dans aucun  pays vous ne pouvez avoir l’ambition d’agir pour l’émancipation humaine, le premier combat pour la liberté, sans vous en prendre à « la racine de mal » comme disait Marx. Cela veut dire décider de mesures politiques qui mettent la grande finance et les dirigeants des entreprises au service de l’intérêt général – les hommes qui font l’entreprise et son environnement – et non plus au seul profit des clans des grands propriétaires privés de la finance et de l’économie. De même, vous ne pouvez assurer la stabilité monétaire et la stabilité financière sans contrôler les mouvements de capitaux, sans être maître de l’utilisation des ressources financières de la nation. Aussi, parler de changement sans proposer de s’attaquer à ces questions est soit être naïf, soit foncièrement malhonnête. L’impérialisme est en fin de vie et ne doit plus sa survie qu’à des opérations de fausse alternance de ce genre et à l’absence d’organisations politiques qui proposent de s’attaquer réellement et prioritairement à ces questions. On ne peut envisager sérieusement que Donald Trump puisse modifier la situation de l’emploi dans les États-Unis en pleine crise structurelle sans prendre des mesures qui obligent les dirigeants de la grande finance et des sociétés transnationales à agir pour l’intérêt général. La question, qui ne vaut pas que pour les États-Unis, est de réorienter les bénéfices réalisés par les entreprises au profit de leur développement (création d’emplois, renforcement de la recherche et développement, augmentation des salaires, etc.) comme de celui de leur environnement. Ce changement nécessite une gestion démocratique des entreprises qui implique un engagement des salariés dans leur fonctionnement. Il s’agit, comme l’explique Hervé Sérieyx dans son Alerte sur notre contrat social, « de passer du ‘personnel-instrument’ au service de l’organisation à ‘l’organisation-instrument’ au service des personnes ». Cela revient à remettre en cause les fondements du capitalisme et ses hiérarchies de castes fermées contre un monde qui s’ouvre, ce que Donald Trump ne veut pas. Du reste que sont devenues ses promesses électorales ? Les places off-shore continuent d’héberger les filiales des transnationales étasuniennes qui y exportent la majeure partie de leurs bénéfices dans l’opacité la plus totale, les interventions de l’administration Trump dans les affaires intérieures d’autres États non seulement se poursuivent sur tous les continents mais se développent. De même, le renforcement du dispositif offensif de l’OTAN aux frontières de la Fédération de Russie est toujours en cours. Par ailleurs, les conseillers de Trump sont tous liés aux cercles impérialistes étasuniens, ce qui n’augure rien de bon pour la paix du monde. Vous noterez que, à quelques rares exceptions, les mêmes conseillers auraient pu tout aussi bien se mettre au service du clan Clinton pour mener une politique identique.

– Pouvez-vous commenter la couverture? Le titre oppose Trump à l’Europe alors que la photo choisie pour représenter l’Europe est celle de Vladimir Poutine? Et aussi ce sous-titre anxiogène « Peut-on éviter une nouvelle guerre mondiale? » qui peut sembler anachronique, car c’est Hillary Clinton qui pouvait le plus représenter le parti de la Guerre.

– La photo du président russe illustre l’Europe réelle, c’est-à-dire celle qui compte, celle qui se construit de Vladivostok à Lisbonne comme je le montre en début d’ouvrage. Qui mieux que le président russe représente l’Europe de la paix ? Certainement pas le président français et encore moins un quelconque fonctionnaire de la Commission dite « européenne » de Bruxelles. L’actuelle Union « européenne » n’est qu’une fabrication artificielle par laquelle Washington s’efforce d’empêcher la construction européenne en séparant son versant Ouest de son cœur, la Fédération de Russie. Je ne peux symboliser l’Europe par l’un de ces dirigeants qui s’évertuent à vouloir construire une union « européenne » sans la première puissance économique, financière, politique, culturelle et militaire du continent. L’Europe de Bruxelles est tout simplement vouée à disparaître à plus ou moins long terme. Vladimir Poutine quant à lui représente bien l’avenir de l’Europe, celle qui s’engage non pas dans des aventures militaires et s’empêtre dans la crise mais s’efforce de promouvoir une politique de paix et de développement économique et social. J’en donne de nombreux exemples comme vous avez pu le lire. Cela ne veut pas dire que j’approuve pleinement la politique du gouvernement russe dirigée par le Premier ministre Medvedev mais force est de constater que la Fédération de Russie défend la paix en Europe et dans le monde alors que les dirigeants français arment des groupes terroristes pour renverser les gouvernements qui ne conviennent pas à Washington. Que resterait-il de la Syrie aujourd’hui sans la coopération diplomatique et militaire de Moscou avec Damas et Téhéran ? Une autre Libye démantelée, une nouvelle place forte du terrorisme ! Quand au sous-titre, « Peut-on éviter une nouvelle guerre mondiale ? », je pense qu’il colle parfaitement à la réalité. Comme vous avez pu le lire au fil des chapitres nous sommes déjà en guerre : guerre politique, économique, financière, médiatique. Ces attaques de Washington contre l’Europe ne sont pas nouvelles mais elles ont pris aujourd’hui une telle intensité sur le continent européen qu’il est urgent de les stopper car elles conduisent le monde à sa perte. N’oublions pas, l’histoire l’a montré, que la guerre économique propre au capitalisme conduit toujours à la guerre totale. Les Français n’en n’ont pas conscience car les médias officiels ne traitent pas de ces questions importantes : la construction européenne avec tous les pays du continent, le développement de l’organisation de l’Union européenne eurasiatique ou de l’OCS, le renforcement de l’OTAN et les provocations militaires aux frontières de la Fédération de Russie, les conséquences sur l’économie de l’Europe occidentale des sanctions économiques décidées par Washington et reprises par Bruxelles, les tentatives de contrôle des médias, l’espionnage US en Europe, le soutien des gouvernements étasunien et français à des organisations criminelles, les initiatives en faveur de la paix et les coopérations économiques sur le continent européen au-delà de la petite Union « européenne », etc. Qui en parle vraiment dans les médias français ? Si Hillary Clinton est bien la représentante du parti de la guerre, de ce clan arrogant et prétentieux qui pense pouvoir régenter le monde avec son pays en ruines, en quoi Donald Trump serait-il différent ? Il n’a pris, alors qu’il pouvait le faire dès son accession à la présidence justement pour marquer une nouvelle orientation politique, aucune mesure significative, essentielle, permettant de stopper la crise, les interventions des États-Unis dans les affaires intérieures d’autres pays et les préparatifs de guerre.

– Le livre fourmille de détails, de références à différentes analyses et comme je suis gourmand, j’ai presque envie d’en avoir un peu plus. Par exemple, sur le phénomène d’immigration massive, vous citez cette fameuse analyse autrichienne de Direckt qui pointe des responsabilités aux USA, dont celles du réseau Soros, mais je n’ai rien trouvé sur l’organisation de ces trafics à la source. Comment ne peut-on pas tracer les incitations concrètes dans les pays d’origine pour que ces gens se mettent en marche ? On a parlé de la publicité faite par l’ambassade d’Allemagne, mais pas de témoignages des migrants eux-même sur la réalité de leur expérience par exemple. Est-ce si difficile de pénétrer ses réseaux de trafic d’êtres humains ?

– C’est une question importante que vous soulevez. Y répondre demande de mener une enquête de terrain sur le long terme qui n’est pas aisée. Je m’y suis engagé pour la préparation du tome 2 de 56 – Mensonges et crimes d’État, qui paraîtra en juin prochain – en remontant l’une des filières de passage de l’Europe occidentale (Belgique, France et Espagne) vers le  nord Maroc. J’ai vécu plusieurs années au Maroc, ai voyagé à de nombreuses reprises entre la France, l’Espagne et le Maroc et ai pu suivre l’évolution de cette filière entre 2009 et 2014. Depuis quelques villes marocaines du nord-Maroc – région qui compte de nombreux Marocains résidant à l’étranger, les RME comme on les appelle –, les « combattants » recrutés étaient dirigés par des facilitateurs vers d’autres pays d’Afrique, la Libye mais surtout la Turquie pour aller combattre en Syrie. Concernant la masse de migrants déportée vers l’Europe, ce sont des fuyards qui désertent le combat pour libérer leur pays de l’occupation étrangère ou du pillage des sociétés transnationales occidentales. Ceux qui empruntent les deux corridors ouverts par les États-Unis – la filière de la Méditerranée après le renversement du régime libyen et la filière des Balkans après la guerre contre la Fédération de Yougoslavie – sont déjà sur place, dans des camps improvisés ou d’organisations de l’ONU. Vous avez là des passeurs qui se chargent de rassembler les candidats à l’exode, de les regrouper, de collecter les fonds et d’organiser leurs départs. Dès cet instant des associations financées tantôt par de plus importantes associations étasuniennes subventionnées par le gouvernement US ou par des milliardaires comme George Soros entrent en jeu. L’association Open Society de Soros est l’une des plus actives et apparente dans le financement de structures destinées à favoriser le passage des migrants et leur installation en Europe occidentale. Elles ont d’abord été installées dans les pays du sud de l’Europe occidentale afin de faciliter leur venue : la Central European University (CEU – Université d’Europe Centrale, créée en 1991 par Soros), qui aide par exemple Migration Aid, une ONG britannique d’aide matérielle sur le terrain, qui a, entre autres, mis au point Infoaid, une application mobile d’aide aux migrants ; Solidarity Now, créée en Grèce par l’Open Society en 2013 et qui entend, notamment en finançant d’autres organisations, prendre un poids conséquent au sein de la « société civile » grecque. En parallèle, l’Open Society finance plus d’une vingtaine d’ONG de natures diverses, et qui œuvrent pour l’accueil et l’installation des migrants : Refugee Aid Miksalište, Migrant’s Help Association for Hungary (MigHelp), Menédek – Hungarian Association for Migrants, International Rescue Committee, PICUM (Plateforme pour la coopération internationale sur les sans-papiers), UNITED for Intercultural Action, Legis, Solidarity Now, et bien d’autres qu’il serait trop long de citer ici. Peu de choses ont été publiées sur ce sujet mais vous avez pu lire des extraits de témoignages que j’ai recueillis auprès de fonctionnaires de divers services de renseignement. J’en publierai d’autres dans le tome 2 de 56. Le site Internet de la Fondation Prometheus (www. fondation-prometheus.org) a publié en octobre 2016 un très intéressant article à ce sujet sous le titre George Soros, le Brexit et les migrants.

Pour répondre à la seconde partie de votre question, il est effectivement difficile de pénétrer ces réseaux de trafics d’êtres humains pour plusieurs raisons. D’une part vous avez affaire à des masses sous-cultivées qui sont encadrées par des groupes criminels, ensuite vous êtes vite repéré si vous ne parlez pas l’arabe ou un dialecte africain et si votre aspect physique et vestimentaire dénote avec leur environnement. D’autre part, plusieurs des dirigeants de ces organisations qui organisent ces trafics sont en contact avec des membres de services de renseignement occidentaux. Bien souvent les mêmes passeurs sont présents  dans des réseaux qui se livrent à d’autres trafics comme celui des armes. Comme je l’explique dans un chapitre, la DGSE mais aussi la CIA et le MI6 anglais connaissent bien nombre d’entre eux. Sous le gouvernement de Mouammar Kadhafi ceux-ci étaient emprisonnés à Benghazi avec des criminels d’organisations islamistes sunnites. Ils ont été libérés par ces services occidentaux afin de répandre la terreur dans le pays. Depuis, ils ont repris leurs activités mafieuses avec la tolérance de leurs libérateurs. Ainsi que je le développe également, les hiérarchies militaire et politique de l’État sont informées de ces déportations de population par la Direction du renseignement militaire (DRM) qui a les moyens humains et techniques de les suivre. Celles-ci n’ont donc rien de « soudain » contrairement à ce qu’ont affirmé certains médias et vous avez pu voir comment ceux-ci ont été exploités par les politiciens français.

– Si on prolonge votre livre, que pensez vous de la position chinoise et même russe sur le FMI ? Ces deux pays semblent collaborer avec le FMI et le BIS pour l’établissement d’une nouvelle monnaie mondiale. S’agit il d’une fausse collaboration, d’un double jeu pour une démolition contrôlée de l’Empire américain ? N’y-a-t-il pas un risque que les élites financières globalisées sautent du Titanic américain sur le bateau eurasiatique pour continuer leur domination ?

– Votre question en suggère une autre : celle du contenu des décisions politiques et économiques de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) et du groupe BRICS. Dans la période actuelle, l’essentiel est de poursuivre la dédollarisation des économies. C’est l’une des conditions pour dégager les pays de l’impérialisme économique et financier des organisations financières et des sociétés transnationales anglo-saxonnes. Ainsi que je l’évoque rapidement, les BRICS ont créé leur propre banque dont les fonds sont destinés à permettre aux pays de se développer économiquement et socialement en préservant leur indépendance, ce qu’ils ne pouvaient faire en traitant avec les organisations financières de l’ONU – dont le FMI – ou les entreprises d’investissement anglo-saxonnes. Vous avez aujourd’hui des grands chantiers de développement qui portent sur des milliards d’euros qui sont traités en monnaies nationales par les pays membres du groupe des BRICS et de l’OCS. Concernant la tentative des pôles majeurs de l’industrie financière capitaliste de tenter de maintenir leur domination en « sautant dans le bateau eurasiatique », il est évident que ces acteurs de la financiarisation de l’économie ne restent pas les bras croisés. Lorsqu’elle était Secrétaire d’État Hillary Clinton a déclaré, en décembre 2012, vouloir empêcher par tous les moyens le développement de l’Union économique eurasiatique. Voilà bien l’aveu de s’opposer à une construction européenne qui échapperait à Washington ! Les dirigeants US multiplient leurs interventions politiques et financières pour entraver cette nouvelle construction européenne et sauver la position hégémonique du dollar, en déclin continu. Ils ont tenté de priver la Fédération de Russie de moyens de paiement en cessant les services Visa et MasterCard et en tentant de la faire déconnecter du réseau Swift. Ils ont été mis en échec grâce à la rapidité de réaction du système bancaire russe et de ses partenaires. Puis, ils ont tenté de perturber le fonctionnement des banques russes par des cyberattaques destinées à saboter les services de paiement de la Fédération de Russie, espérant la priver ainsi de ressources financières. Ils ont, là aussi, été mis en échec par les informaticiens du FSB, l’un des services du renseignement russe. Les dirigeants étasuniens ont demandé à rejoindre l’OCS mais ils ont reçu une fin de non recevoir unanime des représentants des peuples de l’assemblée eurasiatique. Les dirigeants de l’OCS agissent contre l’impérialisme, pour préserver la paix sur leurs territoires et engager des grands chantiers de développement économique et social dans tous les secteurs. Les dirigeants des États-Unis qui, depuis leur fondation en 1776, ont consacré plus de 93% de leur existence à faire la guerre aux peuples, et qui persistent toujours dans la même politique belliciste, ne peuvent en conséquence avoir leur place dans le monde positif. L’OCS a du reste décidé d’exclure de ses territoires toutes les infrastructures militaires étrangères – bases de l’OTAN et étasuniennes – qui ne participent pas à préserver la paix et à lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Il n’est donc pas envisageable qu’en l’état actuel les États-Unis puissent rejoindre les organisations des peuples agissant pour la paix et le développement auxquelles ils ne cessent de s’opposer pour imposer leur hégémonie. Le « pays de la guerre » est en pleine débâcle économique, sociale et morale : premier pays occidental pour la consommation de drogues, la vente d’armes, le nombre de gangs du crime organisé et d’églises, la corruption financière et la pauvreté. Près de 103 millions d’Étasuniens en âge de travailler sont exclus de l’emploi, 47 millions (15% de la population) font la queue dès le matin devant les banques alimentaires et environ 100 millions reçoivent tous les mois une aide sociale du gouvernement fédéral. Quels sont les droits de l’homme pour ces millions de pauvres étasuniens ? Au lieu de s’ingérer dans les affaires intérieures d’autres États, les dirigeants étasuniens seraient mieux avisés de commencer à régler ces problèmes qui ne font  pas vraiment de leur pays un modèle de démocratie. Aussi, leur domination est devenue très fragile et toute relative, ce qui explique pour partie leur agressivité militaire.

– Que pensez-vous de cette explosion de blogues sur la toile? Quel peut être leur impact sur la scène politique et sur l’avenir de l’occident ?

– L’explosion des blogues est une bonne chose dans la mesure où tout ce qui facilite la diffusion de l’information et le contact entre les citoyens favorise l’échange d’idées et la prise de conscience. Reste qu’il faut être assez méfiant quant à la qualité des informations qui peuvent être diffusées par ces médias de masse. Bien souvent de fausses informations sont relayées faute d’être vérifiées ou des informations sérieuses sont noyées dans des textes plus ou moins fantaisistes. C’est aussi sans doute pourquoi la grande majorité des blogues deviennent relativement vite inactifs et ont une courte durée de vie. Seule une petite minorité des 3 millions de blogues qui se créent chaque mois survivent. Cela s’explique par le fait que, comme vous le savez, la collecte d’informations, leur vérification, leur mise en ligne et leur suivi demande un travail régulier très important. Il est donc nécessaire de sélectionner les sites qui donnent les sources des informations qu’ils publient comme vous le faites avec lesakerfrancophone.fr ou comme le fait, parmi d’autres, le site les-crises.fr d’Olivier Berruyer. Le web joue déjà un rôle dans l’image des entreprises et l’information économique, politique et sociale. La situation est devenue intéressante car des blogues peuvent diffuser et relayer des informations que les médias officiels ne traitent pas pour des raisons que j’expose dans le chapitre Contrôler les médias pour préparer l’opinion à la guerre. L’impact peut dans certains cas être important et plus fort que celui engendré par les médias traditionnels. Par exemple, une page de blogue avec les photos des principaux dirigeants français impliqués dans la protection et/ou le soutien à des membres d’organisations terroristes susciterait immédiatement un intérêt sur mon travail d’enquête que les médias ne traitent pas malgré l’importance de l’information. De même, des images sur les grands chantiers en cours en Fédération de Russie en partenariat avec d’autres pays juxtaposées à des titres mensongers de médias ou des déclarations russophobes de politiciens ne manqueraient pas de ridiculiser ces derniers. Traitée avec sérieux et efficacité, l’information d’un seul blogue peut provoquer des réactions en chaîne de manière rapide et ciblée auprès d’un large public.

– Est-ce que vous êtes connu ou traduit à l’étranger ?

– Plusieurs de mes reportages ont été publiés dans divers pays d’Europe (Fédération de Russie, Angleterre, Finlande, Allemagne, Italie) et deux de mes ouvrages, Le Crédit Agricole hors la loi ? et ONU violations humaines ont été traduits l’un en russe, l’autre en anglais. J’ai par ailleurs participé à un film réalisé par la télévision russe sur mon investigation sur le groupe bancaire Crédit Agricole, ce qui est complètement impossible en France où la censure frappe dès que vous enquêtez sur le pouvoir politique ou les centres de la nébuleuse banque-finance. Je parle bien évidemment d’enquêtes sérieuses sur les bas-fonds et le fonctionnement du système et non des historiettes sur les abus de politiciens avec lesquelles les médias amusent le peuple. Ce n’est pas le costume de monsieur Fillon à 6 000 euros qui m’intéresse mais comment des milliards d’euros ont pu passer en 2001 des caisses des sociétés coopératives locales et régionales de Crédit Agricole Mutuel dans celle d’une société anonyme sans l’accord des sociétaires propriétaires de ce capital. Ce n’est pas la vie amoureuse clandestine de François Hollande qui devrait retenir l’attention mais plutôt comment ce président a pu, avec son Premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault, et son ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, faire armer des groupes terroristes sans que personne ne s’y oppose.

– Et est ce que l’agitation des blogs francophones anti-système est perçue à l’étranger, notamment en Russie ?

– Je pense que nous ne sommes qu’au début d’un long processus car la langue reste souvent une barrière pour faire circuler l’information. La démarche que vous avez entreprise avec Le Saker Francophone est importante puisque vous portez à la connaissance des francophones des informations et analyses venues du monde entier, exprimées dans plusieurs langues et qui portent sur des sujets que les médias officiels ne traitent pas. Les blogues anti-système sont bien évidemment lus à l’étranger mais le manque de fiabilité des informations diffusées par nombre d’entre eux discrédite souvent l’ensemble de ces nouveaux médias de masse. Toutefois, les blogues qui s’affirment par le sérieux des informations qu’ils diffusent deviennent vite référencés comme des sources fiables et devraient conduire des médias traditionnels, y compris russes comme Sputnik ou RT, a être plus réceptifs et ouverts à des informations qu’ils ne traitent pas. Ceci étant dit nous travaillons souvent dans l’urgence, sommes confrontés à une multitude d’informations en un laps de temps très court et vérifier l’information diffusée par un blogue demande parfois beaucoup de disponibilité même si celle-ci paraît sourcée sérieusement. Et comme je le rappelle, si les milliardaires propriétaires des médias officiels reçoivent des centaines de millions d’euros de subventions annuelles, les équipes de rédaction sont de plus en plus réduites. Les journalistes d’investigation sont devenus pratiquement absents des salles de rédaction françaises. Il me semble encore trop tôt pour dire si les blogues vont se montrer des défricheurs entreprenants et efficaces pour s’emparer de ce déficit d’information.

Jean-Loup Izambert

Liens

Vous pouvez enfin retrouver un extrait du livre sur mondialisation.ca.

Trump et son équipe de francs-maçons


(À gauche, les commandants communistes juifs en URSS, à droite, les pionniers juifs sionistes au kibboutz Gan Shmuel en 1921. Les deux groupes arborent le signe maçonnique classique). Une atmosphère rappelant l’Allemagne d’avant-guerre est en train d’émerger aux États-Unis et en Europe. Une intensification du conflit entre la « Gauche » (mondialiste) et la « Droite », (nationaliste) ; […]

via Trump et son équipe de francs-maçons — Henry Makow

Soixante-dix ans de harcèlement contre les gouvernements et le peuple européens


voltairenet.org

par Andrey Fomin

Contrairement aux apparences, si les États-Unis ont décidé d’enquêter et de mettre au jour d’éventuels soutiens russes aux partis anti-européens, leur but n’est pas de protéger les Européens de quelque ingérence étrangère. C’est même plutôt l’inverse. Depuis soixante-dix ans, Washington manipule la politique de l’Europe de l’Ouest et empêche la mise en place d’une véritable démocratie.

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Un article retentissant publié dans The Telegraph nous apprend que le directeur du renseignement états-unien a été récemment diligenté par le Congrès pour « mener une enquête de grande envergure sur le financement occulte de partis politiques européens par la Russie au cours de la dernière décennie [1]. » Cette révélation, une fuite contrôlée, classique du genre, a pour but de mettre en garde toutes les entités politiques européennes insoumises, fortifiées par le soutien populaire, et de les inciter à revoir à la baisse leurs ambitions de rééquilibrage de la souveraineté de leur État au sein de l’Union européenne. Le parti Jobbik en Hongrie, Aube dorée en Grèce, la Ligue du Nord en Italie et le Front national en France sont explicitement cités dans la liste des suspects. L’article laisse entendre que d’autres partis en Autriche, en République tchèque et aux Pays-Bas, sans être cités nommément, font l’objet des « investigations des services de renseignement US ». Même le nouveau chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, est suspecté de s’amouracher des Russes. Le message est clair : toute personnalité politique qui ose remettre en cause l’expansion de l’Otan vers l’est, les mesures de sanctions envers la Russie ou la position actuelle de l’Europe dans le conflit ukrainien est considérée comme un agent, de plein gré ou à son insu, de la guerre multiforme menée par la Russie.

Tout cela serait amusant si ce n’était pas dangereux. À la vérité, tout observateur impartial se poserait quelques questions élémentaires : pourquoi les agences de renseignement états-uniennes s’intéressent-elles donc tant aux enjeux de la sécurité intérieure en Europe ? N’est-ce pas les mêmes agents qui financent, recrutent et manipulent d’innombrables personnes, organisations politiques et médias européens ? Pourquoi les États-Unis lèvent-ils si ostensiblement le voile sur leur domination sur l’Europe ?

La réponse politiquement correcte à ces interrogations s’articule autour du rôle salvateur des États-Unis en Europe contre la « menace communiste » après la Seconde Guerre mondiale, où ils ont permis une reprise rapide de l’économie et de la protection que leur parapluie nucléaire garantit encore aujourd’hui sur le continent. Peut-être. Mais l’analyse du contexte historique commence avec le plan Marshall. D’abord, parce qu’il ne fut lancé qu’en 1948. La capitulation nazie datant de mai 1945, un lecteur mal informé pourrait en déduire que les États-Unis travaillaient depuis trois ans à la préparation de ce programme d’investissements massifs pour l’Europe… et il aurait tort. Lors de la seconde conférence de Québec en septembre 1944 (portant le nom de code « Octogone »), le Président des États-Unis, F. D. Roosevelt, et son secrétaire au Trésor, Henry Morgenthau Jr, soumirent au Premier ministre britannique, Winston Churchill, leur programme post-capitulation pour l’Allemagne [2]. Ce document secret envisageait la partition et la démilitarisation complète de l’État allemand. Il prévoyait la division de l’Allemagne en deux États indépendants. Les centres miniers et industriels, dont le protectorat de Sarre, la Ruhr et la Haute-Silésie devaient être internationalisés et annexés par la France ou la Pologne. En voici quelques extraits :

-  Les forces armées [états-uniennes] entrant dans les zones industrielles [allemandes] devront procéder à la destruction de toutes les usines et de tous les équipements qui ne pourraient pas être immédiatement déplacés.
-  Dans un délai de six mois après l’arrêt des hostilités, toutes les usines et tous les équipements industriels qui n’auraient pas été détruits par l’armée seront tous soit démantelés ou déplacés hors zone, soit complètement détruits.
-  La population de ces régions sera informée que, désormais, aucune industrie ne sera autorisée à s’implanter dans les zones démantelées. Ainsi, les ouvriers qualifiés et expérimentés seront encouragés à émigrer définitivement avec leur famille et dispersés dans tout le pays.
-  Les stations de radio, les journaux, magazines, hebdomadaires, etc. seront tous suspendus jusqu’à ce que des contrôles adéquats soient mis en place et un programme approprié adopté.

 

Ce programme de reprise post-conflit mondial pour l’Allemagne est connu sous le nom de Plan Morgenthau. La célèbre directive du Comité des chefs d’état-major interarmées 1067 adressée au Commandant en chef des Forces d’occupation états-uniennes en Allemagne, officiellement publié en avril 1945, était parfaitement calquée sur ce document initial [3].

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La partition de l’Allemagne d’après les dispositions du plan Morgenthau de 1944

Le plan Morgenthau s’avéra rapidement être une erreur stratégique. Les États-Unis sous-estimaient l’impact culturel et idéologique que les Soviétiques allaient avoir sur la société européenne. Ne se fiant qu’à leur propre jugement, les stratèges US ne saisirent pas la force d’attraction exercée par le système socialiste sur la majorité de la population des nations libérées. Les organes politiques se réclamant du socialisme et du communisme remportaient des élections démocratiques et faisaient croître leur influence, non seulement en Europe de l’Est, mais aussi en Grèce, en Italie, en France et dans d’autres pays européens (voir les succès de Palmiro Togliatti et de Maurice Thorez, pour ne citer qu’eux). Progressivement, les États-Unis se rendirent compte que la désindustrialisation qu’ils voulaient imposer à l’Europe pouvait favoriser une réindustrialisation à la soviétique et ainsi mener à la domination de l’URSS sur le continent… C’est ainsi que les États-Unis durent prestement remplacer le plan Morgenthau par celui qui porte le nom du secrétaire d’État d’alors, George Marshall… Pendant quatre années, le plan Marshall a arrosé l’Europe de douze milliards de dollars répartis entre crédits, prêts, donations, etc. dans le but d’acheter… les moyens de production et les marchandises US. Le plan Marshall a indubitablement revivifié l’économie des nations européennes, mais son effet positif principal reste l’impact sur l’économie… états-unienne. Parallèlement, une vague de répression politique déferlait en Europe, et plus significativement en Allemagne.

Les médias ont largement occulté l’initiative soviétique de 1950 qui prévoyait son retrait de RDA et la réunification de l’Allemagne démilitarisée, neutre et non-alignée, dans l’année suivant le traité de paix. La résolution adoptée à la Conférence de Prague entre les ministres des Affaires étrangères du bloc soviétique, le 21 octobre 1950, proposait la mise en place d’une Chambre constituante composée de représentants de toute l’Allemagne à égale mesure entre les membres issus de RFA et de RDA afin de « préparer la formation du gouvernement provisoire démocratique, souverain et pacifique d’une Allemagne unie. » Nul besoin de préciser que le gouvernement états-unien et l’administration ouest-allemande de Bonn s’opposèrent avec virulence à cette proposition [4]. Le référendum, proposé aux électeurs des deux parties de l’Allemagne, sur la question « Êtes-vous contre la remilitarisation de l’Allemagne et pour la ratification du Traité de paix de 1951 ? », ne fut officiellement reconnu que par la seule RDA (avec 96 % des suffrages en faveur du « oui »). En RFA, les autorités téléguidées par les États-Unis se gardèrent bien d’y répondre de manière démocratique. Elles refusèrent de reconnaitre les résultats partiels du référendum qui se tenait depuis le mois de février 1951 (parmi les 62 millions de citoyens de l’Allemagne fédérale ayant voté jusqu’en juin 1951, 94,4 % s’exprimaient pour le « oui ») [5] et, le 11 juillet, promulguèrent un amendement draconien à la loi pénale (la Loi éclair de 1951). Cet acte législatif prévoyait des poursuites pour haute trahison et des sanctions comprises entre 5 et 15 ans de prison contre tout individu se rendant coupable d’importer des productions littéraires censurées, de critiquer le gouvernement ou d’avoir établi des contacts non signalés avec les représentants de RDA. Cet amendement fut utilisé dans plus de 200 000 actions judiciaires menées contre 500 000 membres du Parti communiste et d’autres partis de gauche entre 1951 et 1968. Des dizaines de milliers de personnes furent condamnées à des peines d’emprisonnement et la plupart de ceux qui furent « blanchis » ne reprirent jamais leurs activités politiques. En 1953, plusieurs amendements supplémentaires abolirent purement et simplement le droit de réunion et, en 1956, le Parti communiste d’Allemagne était interdit en RFA.

Daniel Burkholz, dans son documentaire de 2012, “Verboten – Verfolgt – Vergessen” (Interdits, suivis, oubliés : un demi-million d’ennemis publics) fournit de nombreuses informations supplémentaires. Étonnamment, la vidéo n’est plus accessible sur Youtube.

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La répression politique menée en Allemagne des années 1950 aux années 1980 est un sujet particulièrement tabou en comparaison de celle qui sévissait dans d’autres pays d’Europe au cours de la même période. Une résonance médiatique bien plus importante a été offerte à l’opération Gladio en Italie, à la dictature des colonels en Grèce et à l’assassinat de personnalités politiques publiquement déclarées en faveur d’un compromis avec le Bloc soviétique, comme l’Italien Aldo Moro abattu en 1978 et le Premier ministre suédois Olof Palme en 1986. Les révélations faites par l’ancien correspondant du Frankfurter Allgemeine Zeitung, Udo Ulfkotte, dans son livre Journalistes soudoyés (Gekaufte Journalisten) consacré aux mécanismes de manipulation des populations par les médias en Allemagne (cela nous rappelle le plan Morgenthau) ne constituent que la partie émergée de l’iceberg.

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L’absence quasi-totale de réaction de la part de Berlin après les révélations d’Edward Snowden à propos de la surveillance électronique systématique des dirigeants allemands par la NSA (National Security Agency) tend à confirmer que l’Allemagne a pris acte de la perte de sa souveraineté et que, dès lors, elle n’a plus rien à perdre.

Ce bref rappel des faits et une lecture plus attentive de l’article duTelegraph n’entament-ils pas votre conviction que les États-Unis sont les garants de la souveraineté européenne ? En justifiant la surveillance et la pression exercée sur les gouvernements et la société civile en Europe par le prétexte d’une prétendue « menace russe », l’oncle Sam ne chercherait-il pas plutôt à servir son objectif premier : conserver son pré carré ?

Traduction
Nathalie Krieg

Source
Oriental Review (Russie)

 


[1] « Russia accused of clandestine funding of European parties as US conducts major review of Vladimir Putin’s strategy. Exclusive : UK warns of « new Cold War » as Kremlin seeks to divide and rule in Europe » (La Russie soupçonnée de financement occulte au profit de partis politiques en Europe dans l’enquête à grande échelle menée par les autorités américaines sur la stratégie de Vladimir Poutine. Exclusif : Le Royaume-Uni s’inquiète d’une “nouvelle guerre froide‟ à propos de la volonté du Kremlin de diviser et de régir l’Europe), Peter Foster & Matthew Holehouse, The Telegraph, 16 janvier 2016.

[2] “Suggested Post-Surrender Program for Germany” (Proposition de programme post-capitulation pour l’Allemagne), F. D. Roosevelt, Septembre 1944.

[3] “Directive to the Commander in Chief of the U.S. Occupation Forces (JCS 1067)” (Directive au Commandant en chef des Forces d’occupation en Allemagne), avril 1945.

[4] “Notes for Eastern Element’s Briefing of General Mathewson” (Notes sur les instructions du général Mathewson en Europe de l’Est), 15 février 1951. Publié in Foreign Relations of the United States 1951, Volume III, Part 2, European Security and the German Question (Document 341).

[5] “Flusslandschaft 1951. Frieden”, Protest in München.

Géopolitique, Russie, Terrorisme, Finance (Charles Gave, Studennikov, Carmoy, Olivier Berruyer)


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« Le système économique mondial est dirigé par une ploutocratie mafieuse » dixit Charles Gave.

Fouille corporelle des ministres algériens : Humiliation ?


http://www.lelibrepenseur.org/fouille-corporelle-des-ministres-algeriens-humiliation/

Cette affaire est extrêmement curieuse et ne peut que cacher certaines vérités honteuses, secrets inavouables. Cette émission a pour intérêt de décrypter cette affaire avec des informations pertinentes peu connues.

En Europe, c’est l’été, par Israël Adam Shamir


http://plumenclume.org/blog/30-en-europe-c-est-l-ete-par-israel-adam-shamir

Publié le 17/08/2015

En Europe c’est l’été

Par Israël Adam Shamir

L’été règne sur toute l’Europe, de la Grèce jusqu’à la Suède. Les vacances ont vidé les bureaux, et rempli les plages. Des fleurs partout, des fleuves de parfums. Des festivals sans fin, des performances et autres installations artistiques agrémentent les anciennes cités désuètes. Mais ça ne se passe pas comme d’habitude. Le vieux continent est malade. La vie est belle, mais pas pour vous. Les bonnes choses vous passent sous le nez, et le chômage est au plus haut.

L’austérité pour tous sauf les banquiers et les politiques corrompus, c’est le mot d’ordre. La protection sociale rétrécit, mais les budgets militaires grossissent, et l’Otan n’en finit pas de s’étendre. En dehors de l’Allemagne, les pays européens membres sont désindustrialisés, leurs travailleurs perdent leur savoir-faire et finissent dans les services. Un caddie de golf risque moins de créer des problèmes qu’un ouvrier de l’industrie, certes. La démocratie n’est jamais tombée aussi bas.

Après la débâcle Syriza, en Grèce, on ne fait plus guère confiance à la rhétorique gauchiste. De toute l’histoire moderne européenne, on n’avait jamais vu une reddition aussi honteuse, une  telle trahison. « Alexis Tsipras » est une traduction grecque de « Vijkum Quisling », ou « Maréchal Pétain ». Il a reçu le plein soutien de son peuple, et il s’est dégonflé ! La première décision de Syriza après son fiasco a été d’entamer une coopération militaire avec Israël. Aube Dorée, le mouvement d’extrême-droite, n’est plus seul à clamer contre cet abaissement devant les banquiers, mais c’est un parti dans l’opposition, et il ne risque rien à pousser des coups de gueule.

Les partis de gauche et de droite sont maintenant bien semblables. L’Europe n’a plus ni vraie droite ni vraie gauche. La pseudo gauche soutient les guerres impérialistes et émascule l’homme. La pseudo droite soutient les guerres impérialistes et supprime les impôts pour les riches. C’était plus drôle avec les partis traditionnels, avec la droite qui haïssait les financiers et maintenait la tradition, l’Eglise et la famille, tandis que la gauche attaquait la bourgeoisie, se souciait des travailleurs, et se battait pour la justice sociale. Dans les termes de Douglas Adams, « les hommes étaient de vrais hommes et les femmes de vraies femmes, et les petites bestioles fourrées d’Alpha du Centaure de vraies petites bestioles fourrées d’Alpha du Centaure. » Maintenant tous poussent les femmes dans les conseils d’administration des multinationales, se disputent les donations juives et  rivalisent de risettes pour se faire bien voir des gays.

Sur des questions importantes, c’est du pareil au même, comme disait, perspicace, ma logeuse chinoise. La gauche veut plus d’immigration, pour des raisons humanitaires et par antiracisme, tandis que la droite est d’accord, pour avoir une main d’œuvre moins chère et pour forcer les natifs à plus de docilité. Le résultat est le même.

Les gens qui se voient menacés par l’immigration votent souvent pour la droite,  parce qu’ils pensent qu’une petite dose de racisme débouchera sur de réelles actions. Mais c’est en vain. Prenez Nicolas Sarkozy, ex-président français. Il flatte son électorat avec une ligne raciste, mais c’est lui qui a bombardé la Libye et envoyé plus d’immigrants en France qu’aucun gauchiste ne l’a jamais fait. A moins, bien sûr, que le président actuel François Hollande ne parvienne à le surpasser, puisque son soutien aux rebelles syriens a déjà envoyé un million de réfugiés en Europe.

Au Royaume Uni, Tony Blair a détruit le parti travailliste. Il a fait du vieux parti des ouvriers et des mineurs des éclaireurs des tories. Il a soutenu   absolument toutes les campagnes militaires US et y a gagné le titre honorable de caniche britannique. Favori d’Israël et du lobby israélien, c’est un autre de ses titres de gloire. Il n’est plus au pouvoir, mais ceux qui le soutenaient dans son parti sont toujours là. Et ils continuent à perdre…

Les travaillistes voudraient que ce soit Jeremy Corbyn qui soit leur chef. Blair le déteste, ce qui est sûrement une excellente recommandation. On s’attend à ce qu’il  soit un nouveau Michael Foot, qui était un grand homme à l’ère pré-thatcherienne. Il veut le  désarmement nucléaire, il a parlé en termes positifs du Hamas et du Hezbollah, il a voté contre la Marche vers l’Est des guerres américaines.  Littlewood l’a appelé « l’antidote à l’emprise sioniste ». Il pourrait changer la donne, s’il parvenait au pouvoir. Mais les autres vont le maintenir à l’écart, parce que les gens qui sont derrière les partis préfèrent des politiciens faibles et perméables.

Le parti d’extrême-droite BNP se veut l’héritier des vrais travaillistes. Ils disent que les ouvriers anglais votent pour le BNP. Ce qui ne manque pas d’un certain fondement. Car la vraie gauche, qu’il s’agisse de la variété chinoise, soviétique ou cubaine, était strictement anti-immigration. Mais l’immigration n’est qu’une question parmi d’autres, alors que le BNP a rétréci son horizon pour ne développer qu’une politique antimusulmane. Ils n’essayent même pas d’affronter le vrai problème, qui est la richesse démesurée de quelques uns, édifiée sur l’appauvrissement de vastes majorités.

Le Front national en France a des côtés plus reluisants, et plus de soutiens. En fait, le FN est probablement le seul parti bien vivant en France, les autres sont morts. Il veut sortir la France de l’Otan et de l’Union européenne, pour retrouver l’amitié avec la Russie et la souveraineté nationale. Leur arrivée à l’Elysée changerait bien des choses en Europe, mais cela arrivera-t-il un jour ?

Le grand problème de l’Europe, c’est l’occupation américaine. Elle est là, la source de des problèmes. En 1945, le continent a été partagé entre US et URSS. En 1991, les Russes se sont retirés, mais aucune liberté ne s’en est suivie : ce sont les US qui ont pris la place, occupant toute l’Europe, depuis Narva en Estonie jusqu’à Oeiras au Portugal, depuis la Baie de Souda en Crète jusqu’à Orland en Norvège. Sur ces fondements militaires, ils ont renforcé la pression politique. Et leur joug pèse sur les pierres grises de la vieille Europe. Les mesures qu’ils forcent les dirigeants européens à prendre nuisent  au continent. Les dirigeants prennent les mauvaises décisions, et c’est le peuple qui trinque.

L’Europe avait un excellent client pour sa production. La Russie lui achetait machines-outils, fromages, vins et voitures, et fournissait du gaz et de pétrole à bon marché. Les US ont mis fin à ces échanges profitables. Et maintenant les Européens bradent leurs pommes et leurs fromages, dépensent plus en achats militaires, et importent du gaz américain cher.

L’Europe avait un ami quelque peu excentrique, Kadhafi  le colonel à la retraite. Il vendait du pétrole bon marché, importait des marchandises européennes pour sa petite population prospère, et donnait du travail à des millions d’Africains. Sous la houlette US, l’Otan a bombardé la Libye, sodomisé le colonel avec un flingue, l’ont lynché, et ont anéanti son pays. Les Africains déferlent, depuis, en Europe, sur tout ce qui peut flotter sur mer.

L’Europe pouvait compter sur l’amitié de l’ex-ophtalmologiste de Londres, qui était à Damas. Il y ramenait des marchandises européennes, gardait son pays à flot, fréquentait Paris. Sous la direction US, cet homme aimable s’est vu traité de « génocideur », et ils ont armé ses ennemis, les takfiristes fanatiques. Son pays a été dévasté et des millions de réfugiés syriens ont fui en Europe.

Ils y ont retrouvé les irakiens, dont le pays a été ruiné par l’invasion US de 2003. Le pays le plus avancé du Proche Orient, avec un système d’éducation et de santé gratuites, avec les meilleurs ingénieurs et une armée solide, est devenu un nid de bagarres sectaires, tandis que des millions d’Irakiens rejoignaient l’Europe. Les Afghans, Palestiniens, Arabes, Africains se retrouvent en Europe, s’ils parviennent à échapper au poing d’acier qui écrase leurs pays.

Mon ami Roger van Zwanenberg, éditeur de la maison Pluto, estime que l’effroyable dévastation du Proche Orient du fait des guerres commandées par les US s’explique par l’influence sioniste et correspond au souhait israélien de voir la région fragmentée et soumise dans le cadre du paradigme d’un Grand Israël du Nil à l’Euphrate.

C’est tout à fait plausible, si on garde à l’esprit la scène récente de Netanyahu devenu objet de vénération au Congrès US. Les promoteurs des guerres étaient principalement les néocons archisionistes, Wolfowitz, Perle et consorts. Ils ont poussé à l’invasion de l’Irak et voulaient en faire autant en Iran. Mais pourquoi ces mégalomaniaques borneraient-ils leurs rêves de suprématie au Proche Orient ? Pourquoi ne pas viser la domination mondiale ? S’ils veulent mettre en pièces les vieilles sociétés orientales, ils peuvent le faire aussi en Europe, et y mettre le paquet. L’Europe est bel et bien une victime du conflit. Sans ces guerres, les vagues d’immigrants ne recouvriraient pas l’Europe comme le Proche Orient. Par conséquent, quels que soient les commanditaires de ces guerres, ils ont probablement essayé de démolir l’Europe comme le Proche orient, et l’Europe était la plus importante des victimes visées, parce qu’il fallait lui briser la nuque, la faire rentrer dans le droit chemin de la domination mondiale. Et le Proche Orient n’est pas la seule source de réfugiés et d’immigrants.

Jadis, l’Union européenne était une union des Etats issus de l’empire de Charlemagne, et peut-être une idée qui se tenait. Mais les US ont pris le contrôle de Bruxelles et les ont forcés à accepter les Etats de l’Est européen, sous la coupe de dévots de l’Amérique furieusement anticommunistes. A l’intérieur de l’UE, les pays développés de l’ancienne union ont dévoré les pays périphériques moins développés. Les Etats baltes ont perdu environ un tiers de leur population ; la Lettonie est passée de 2,7 millions d’habitants à la fin de l’époque soviétique à 1,9 millions aujourd’hui, la Lithuanie est passée de 3,7 millions à 2,9 millions. La Roumanie, alors que la poigne d’acier de Nicolas Ceausescu l’avait libérée de ses dettes, se retrouve maintenant à nouveau endettée jusqu’au cou. Et les citoyens appauvris de tous ces pays se précipitent en masse dans les villes de l’Ouest.

Prenez le cas de la Suède. C’est l’été le plus froid depuis plusieurs années, en Suède. Le mois de juillet a été aussi frais qu’un mois d’avril, mais cela n’a nullement arrêté l’afflux des réfugiés. Devant chaque supermarché, chaque station de train ou de métro en Suède, depuis Kiruna jusqu’à Luind, vous tombez sur un mendiant rom avec une soucoupe en plastique à la main. Ils sont venus de Roumanie et de Hongrie, les Etats qui font partie de l’UE, qui ont certes un niveau de vie assez bas, mais qui appartiennent à l’espace Schengen, ce qui les dispense de visa. Ils ne sont pas venus de leur plein gré, mais ont été expédiés par leurs  barons qui se sont construit de grands châteaux dans le plus pur style tzigane tape-à-l’oeil, sur la redevance que les mendiants leur versent. Après trois mois à battre le pavé suédois, ils rentrent chez eux, remplacés par d’autres arrivages de mendiants.

La police suédoise n’interfère pas avec ces mendiants. Ils disent qu’il n’y a pas de loi pour chasser les gitans. Ils ont peur de se voir condamnés pour racisme s’ils le faisaient. Les romanichels sont hauts en couleur, hommes et femmes, âgés ou plus jeunes, et ne sont jamais plus que deux à chaque emplacement. La logistique ne peut pas être facile, avec tant de gens à répartir si uniformément, mais les barons roms savent s’y prendre : je n’ai jamais observé de bagarre, ou même d’altercation, entre les mendiants. Ils ont même été entraînés à sourire ; quelque chose que vous ne verrez jamais en Europe de l’Est, où les mendiants sont aussi sinistres que les immeubles des années 1950.

Les réfugiés de Somalie et du Soudan, victimes des interventions US précédentes, ne mendient pas. Ils se regroupent dans des villes suédoises plus petites ; l’Etat suédois paye pour leur hébergement et leur donne quelques subventions pour vivre. Ils ne sont pas autorisés à travailler, et de toute façon personne n’a besoin d’eux comme ouvriers. Ils restent là, simplement, en attendant que leurs demandes d’asile aboutissent, généralement sur un refus. Après quoi ils disparaissent des radars.

Mais ne versez pas trop de larmes sur les Suédois. Les tauliers se font beaucoup d’argent dans ce système de même que les fonctionnaires. L’Etat suédois paye 500 couronnes (50 euros) par nuit et par chambre. C’est une excellente affaire dans les petites villes reculées. Habituellement, l’Etat préfère des hôtels avec beaucoup de chambres à offrir, et ils renvoient l’ascenseur au fonctionnaire chargé de l’hébergement. Curieusement, un individu considéré comme le plus ouvertement raciste de toute la Suède, qui se bat contre l’immigration, a fait des profits rondelets avec l’hébergement  des Somaliens ; il s’appelle Bert Karlsson.

Outre les réfugiés et immigrants fournis par les guerres US et l’élargissement de l’UE dicté par les US, la Suède et les autres pays de l’Ouest se trouvent minés par la campagne, en provenance aussi des US pour réorganiser la vie en termes de gender. Il y a peu d’enfants ; des écoles ont été fermées, les gays ont absolument tous les droits ; les femmes sont prioritaires pour les emplois. Les garçons ont moins d’opportunités : depuis les chaînes publiques de télé jusqu’aux coiffeurs, les emplois sont pris par les femmes. Les prêtres de l’église suédoise sont principalement femmes ; l’Etat choisit  et rémunère les évêques connus pour leur soutien au sacerdoce féminin.

« La Suède est l’Arabie saoudite du féminisme », a conclu Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, bouclé pour la troisième année consécutive à l’ambassade d’Equateur à Londres ; C’est un expert en la matière : deux petites Suédoises avaient porté plainte pour viol, simplement parce que dans le cadre d’une relation pleinement consentie, elles avaient eu un rapport sexuel non protégé. La procureuse Marianne Ny a  dit qu’en de tels cas, l’homme doit faire de la prison, même s’il s’avère qu’il était innocent. La Suède a le taux de plaintes pour viol le plus élevé au monde, et le taux le plus élevé de plaintes fallacieuses pour viol rejetées. Ce qui ne fait pas la promotion de l’amour entre personnes de sexe opposé.

L’éducation fait tout ce qu’elle peut pour émasculer les hommes, et les splendides Suédoises préfèrent souvent des mâles étrangers plus masculins (je le sais, étant précisément un mâle étranger basané et moustachu qui plus est, j’avais épousé une ravissante Suédoise il y a bien longtemps). Les Suédois se marient de moins en moins, et ont de moins en moins d’enfants, malgré les aides gouvernementales très généreuses.

Bien des observateurs conservateurs accusent les féministes. Même si les hommes ont certainement perdu la guerre, la victoire des femmes ne résiste pas à l’examen. Jadis les femmes avaient le choix : rejoindre le monde des gens très occupés ou rester à la maison avec les enfants. Jadis, les femmes pouvaient élever une famille sans se sentir coupables. Jadis les femmes pouvaient aimer être courtisées. Tout ça c’est fini, la dévirilisation des hommes a rapidement entraîné la déféminisation des femmes.

Il y a un sous-entendu commun aux tenants du pouvoir : c’est que les hommes féminisés sont plus faciles à contrôler, et c’est pour  cela qu’ils encouragent l’homosexualité. Déviriliser l’homme est un pivot dans la reprogrammation de l’humanité pour qu’elle devienne horde obéissante, parce que les hommes entiers sont imprévisibles.  Ils sont prompts à la rébellion, prêts au sacrifice et à l’action. Ce n’est pas une coïncidence si les ennemis de l’empire sont tous des mâles très virils, qu’il s’agisse de Kadhafi, de Castro, de Chavez, de Loukachenko, de Poutine, ou de Julian Assange. Tout devient clair : les hommes sont ciblés pour l’élimination, et les fourmis au travail n’ont pas besoin de sexe.

Les Suédois ont le culte des « blacks », qui vient  aussi des Usa, à en croire Rachel Dolezal, la militante blanche pour les droits des noirs qui se faisait passer pour  noire. Les noirs sont censés être meilleurs et plus beaux que les blancs. Dans le film Terminator, c’est un savant noir qui invente le truc merveilleux ; il se bat aux côtés de la guerrière blanche contre les méchants hommes blancs. Morpheus, noir, dans Matrix, est un opérateur de Zion, et il sauve la race humaine. Il y avait un président noir dans Le Cinquième Elément, avant Obama. Bien des Suédois en manque d’enfants ont importé des enfants noirs et asiatiques, autre ligne culturelle instaurée par Angelina Jolie. Ce racisme à l’envers n’est pas différent de la variété ordinaire. Les noirs sont des gens très bien, mais nullement meilleurs que les Suédois roses.

Les Suédois ordinaires sont malheureux. Dans une petite ville avec un haut pourcentage de réfugiés et d’immigrants, ils sont 40% à voter pour le parti d’extrême droite, les Démocrates suédois. Ils sont 12% à l’échelle du pays malgré une campagne féroce contre eux dans les médias.

La gauche a obtenu une majorité relative des sièges au Parlement, après des années de droite au pouvoir. Après l’élection, les gauche et droite officielles ont uni leurs forces sur un programme commun dans le seul but de maintenir les Démocrates suédois en marge,  ostensiblement. Les électeurs de gauche se sont sentis bernés. Pourquoi s’en faire et pourquoi voter, si le résultat, c’est un arrangement entre les partis ?

Ne versez pas une larme sur le sort des Démocrates suédois non plus. Il y a un timide parti pro-sioniste dont l’action la mieux connue en matière politique a été d’installer une parade gay dans un quartier musulman. Ils s’extasient devant l’Etat juif, comme leurs frères dans les autres pays d’Europe. Ils acceptent l’emprise de l’idéologie gender, qui est le programme du nouvel ordre mondial. Ils sont contre les immigrants et les réfugiés, mais jamais contre ceux qui envoient les vagues déferler sur la Suède. Au contraire, ils soutiennent le régime de Kiev, bande de bâtards à la botte des néocons, et détestent la Russie comme se doit de le faire tout défenseur du Nouvel Ordre Mondial.

Voilà pourquoi il est bien difficile de voir d’où pourra venir la libération du continent, et si même il en est encore question.

adam@israelshamir.net

Original initialement publié dans Unz Review.

Traduction : Maria Poumier

Eloge de la folie



Auteur : Erasme
Ouvrage : Eloge de la folie
Année : 1509

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

« Point n’est besoin d’être un seiziémiste patenté pour
savourer la cocasserie de cette fatrasie menée allegro
con brio, avec un clin d’oeil de temps en temps pour
nous rappeler que l’insensé produit du sens. »
C’est ainsi que Claude Barousse présente ce
classique des classiques qui, dans la pensée de la
Renaissance, occupa une place fondamentale. La
folie elle-même décline ses différents avatars, décrit
ses manifestations, dit son indignation – en cela servie
par une nouvelle traduction décapante, provocatrice
et résolument vivante.

En 1509, Erasme (1469-1536), après avoir voyagé entre
Venise, Rome et l’Allemagne, rentre à Londres, à cheval. Sur
le trajet il compose son Eloge de la folie, qu’il rédige en
quelques jours, sitôt arrivé.

AVANT-PROPOS
Le titre surnage encore, mais le livre ? Exhumons-le
des oubliettes. Il n’a pas pris une ride : la folie est
indémodable. Et point n’est besoin d’être un seiziémiste
patenté pour savourer la cocasserie de cette
fatrasie menée allegro con brio, avec un clin d’oeil
de temps en temps pour nous rappeler que l’insensé
produit du sens.
Nous sommes transportés, certes, un demimillénaire
en arrière, ou presque : en ce temps-là,
le pape était guerrier, la faune sorbonnicole grouillait
de théologiens, les alchimistes se ruinaient dans
leur quête de la quintessence, les instituteurs, faméliques
et crasseux, manipulaient la férule en virtuoses
; mais on voyait aussi, en ce temps-là, des
contribuables tondus, des astrologues prospères, des
vieillards amoureux, des joueurs décavés, des écrivains
sans talent sûrs de leur génie, des pédants férus
de jargon et des gogos pour les gober, des fanatiques
du conformisme moral et du formalisme religieux.
Comme aujourd’hui. Il y a des constantes dans les
efflorescences bigarrées de la folie humaine. Autant
dire qu’Erasme, témoin d’une époque déboussolée,

nous tend un miroir où nous pouvons aussi reconnaître
des figures de notre temps. Erasme est des
nôtres également quand il dénonce les professionnels
du double langage (chap. VI), quand il s’émerveille
devant le charme énigmatique de l’enfance
(chap. XIII), quand il en appelle à l’amour du vivant
pour condamner la bestialité de la chasse
(chap. XXXIX) ou déplorer le sort des animaux captifs
(chap. XXXIV), quand il dévoile avec quelle désinvolture,
dans les administrations laïques ou cléricales,
on se repasse d’échelon en échelon le mistigri des
responsabilités (chap. LX), quand il brocarde les
prétentions étroitement nationalistes (chap. XLIII),
et qu’il montre du doigt, dans le corps social, les
mille métastases du cancer provoqué par l’argent :
l’écrivain nanti s’achète une critique flatteuse
(chap. III), la vieille vermoulue s’offre un gigolo
(chap. XXXI), l’épouse déçue finance l’empoisonnement
de son mari (chap. XLI), l’hommage aux
morts est l’affaire de pleureuses tarifées (chap. XLI),
le marché des oeuvres d’art s’affranchit de toute
logique (chap. XLV), le mercenaire risque tout pour
faire fortune (chap. XLVIII), la justice va au plus
offrant (chap. XLVIII), le paradis lui-même est à
vendre (chap. XL) !
Erasme, toutefois, ne prétend pas dresser le répertoire
intégral des passagers sur notre « nef des
fous ». Ce serait folie : « leur nombre est infini »,
comme dit l’Ecclésiaste (chap. LXIII).
Mais, s’il est normal, pour tout être humain, d’être
plus ou moins fou, comment tracer la ligne de
démarcation entre folie normale et folie pathologique
? Parfois, Erasme s’interroge ouvertement sur
cette ondoyante limite (chap. XXXIX). Et c’est l’une
des questions qui sous-tendent tout le livre.
Le regard sans illusion qu’Erasme porte sur le
branle du monde n’a pas pour ligne d’horizon une
culture du doute ou du non-sens. Quand il fait dire
à la Folie qu’elle agit en bienfaitrice de l’humanité,
il souligne que les faiblesses de l’esprit humain,
ces petites folies que nous vivons au quotidien, par
exemple dans l’expérience de l’oubli, de l’ignorance,
de l’étourderie ou de l’espérance, sont précieuses à
un double titre : elles rendent la vie plus vivable,
moins désespérante, mais aussi elles nous font
découvrir que le psychique a plus d’extension que
le conscient et que tout ce qui est réel n’est pas
forcément rationnel.
La folie est à la fois un baume ordinaire pour
ici-bas, et un passeport extraordinaire pour l’audelà.
Relevons, en effet, la dynamique ascendante
du discours : s’il y a un temps prolongé pour le burlesque,
la caricature, l’humour décapant ou souriant,
le moment vient, aux alentours du chapitre LXII, où
s’opère un saut qualitatif ; la Folie passe du langage
de la critique sociale, morale et politique à celui de
la mystique et de la transcendance. A vrai dire,
elle a du mal – elle, si diserte à l’accoutumée ! –
pour évoquer avec des mots justes la « folie de la
croix ». Il semble bien qu’Erasme veuille suggérer
par là que l’expérience mystique est à la fois réelle
et peu communicable. Chemin faisant, nous serons

donc passés du bavardage endiablé au recueillement
extatique. Autant de paradoxes. Autant d’ambiguïtés.
Mais n’est-ce pas le propre des grands textes de
rester ambigus ? La Folie caracole sur un chemin
de crête, où se rejoignent réalité et illusion, naturel
et surnaturel, préjugés grégaires et convictions personnelles,
culture païenne et foi catholique. C’est
au lecteur de choisir, s’il y tient, entre tous les visages
possibles de la Folie érasmienne.
En tout cas, dans la présente édition, elle s’avance
aussi peu apprêtée que possible. Dans le plus simple
appareil. Nous avons choisi de privilégier l’accès
direct au texte, et de limiter au strict nécessaire
l’accompagnement des notes explicatives.
Les éditions savantes, indispensables pour l’étude
et la spécialisation, voient ces notes proliférer : on
en compte jusqu’à sept cents et leur volume excède
celui du texte d’Erasme. Cela se conçoit : l’auteur
était, pour reprendre une expression de Valéry, un
de ces « cerveaux faits d’une pâte grise de livres » dont
la pensée personnelle vivait en symbiose permanente
avec un trésor de citations. L’Eloge de la Folie
est l’ouvrage d’un clerc, truffé de réminiscences
livresques ou mythologiques, souvent opaques pour
le lycéen, l’étudiant, « l’honnête homme » d’aujourd’hui.
Mais, s’agissant d’une « déclamation » très
enlevée, rédigée dans l’euphorie, il nous a semblé
qu’en interrompre sept cents fois la lecture risquait
d’en briser l’élan, d’en affadir la séduction. Nos petits
dépannages, soixante-dix environ, concernent des
passages où le lecteur, livré à lui-même, risquait
de se décourager devant une énigme, une zone de
pot au noir. Mais, pour prendre un exemple, nous
n’avons pas considéré qu’il soit opportun d’embourber
dans des informations érudites, au chapitre
LUI, l’énumération des écoles scolastiques :
« Réalistes, nominalistes, thomistes, albertistes,
occamistes, scotistes. » Par elle-même, l’accumulation
des « -ismes » vaut condamnation. Inutile de
s’attarder à de subtils distinguos. Le lecteur aura
vite compris ce qui est visé ; le temps présent n’ignore
pas les chapelles rivales !
Notre traduction vient après beaucoup d’autres
et ne prétend pas les évincer. Sans rien céder sur la
rigueur, nous avons tenté de limiter les déperditions
dans ce qui fait le charme de cette prédication parodique,
pétillante, publiée une veille de carnaval,
mais où serpente subrepticement le message de
l’évangélisme. Notre objectif serait atteint si l’on
retrouvait un peu, dans cette version, l’état d’esprit
d’Erasme dans l’instant de l’écriture : alacrité, pugnacité,
modernité.
Malraux prophétisait qu’Erasme serait « le philosophe
du xxie siècle ». Le fait est que lire l’Eloge
de la Folie, cela ressemble à la visite d’un « lieu de
mémoire » : on y prend appui sur le passé pour mieux
inventer l’avenir. Et qui plus est, en s’amusant :
Erasme a les vertus d’un antidépresseur.
CLAUDE BAROUSSE

PRÉFACE

suite…

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AAA – Audit Annulation Autre politique – La seule façon d’en sortir


   

Auteur : Damien Millet & Eric Toussaint

Ouvrage : AAA – Audit Annulation Autre politique – La seule façon d’en sortir

Année : 2012

La prétendue « crise de la dette publique » est une crise de la finance privée délibérément mise à la charge des finances publiques par des gouvernements soumis aux marchés financiers.

Cette crise est instrumentalisée par les politiques pour accréditer l’idée que les Européens n’ont plus les moyens de se payer des services publics et des protections sociales trop coûteuses. Ainsi se trouvent justifiées les plans de rigueurs imposés dans toute l’Europe et l’appel aux marchés et aux assurances privées pour occuper le terrain abandonné par les pouvoirs publics.

Mais cette stratégie mène l’Europe à une impasse financière car la rigueur assèche les ressources publiques en maintenant la sous-activité des entreprises et le sous-emploi des travailleurs. Il est pourtant d’autres solutions pratiques, réalistes, plus justes socialement et plus efficaces économiquement.

Un audit public de la dette permettrait d’identifier la part de la dette qui est légitime et soutenable, et la part qui est illégitime et ne doit pas être laissée à la charge des peuples.

Forts de leur expertise et des expériences accumulées dans le règlement de la crise d’endettement des pays en développement, les deux principaux animateurs du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM) explicitent les moyens juridiques et techniques mobilisables immédiatement pour se débarrasser d’une dette excessive et pour sortir de la crise par la prospérité, au lieu de nous enfoncer plus avant dans l’impasse de l’austérité.

Introduction
AAA… Ces trois lettres qui résonnent comme un rire sarcastique désignent la note
maximale décernée par les agences de notation. Une entreprise ou un État noté AAA inspire confiance
aux prêteurs et aux spéculateurs, et peut emprunter au moindre coût. Mais pour obtenir – ou
conserver – cette note emblématique, les gouvernements européens sont prêts à tout et appliquent des
politiques de rigueur qui ne font que soumettre leurs économies aux diktats des créanciers. Derrière ce
AAA, se cachent des régressions sociales de grande ampleur, des violations des droits humains, du
sang et des larmes pour les populations les plus fragiles. La dégradation de la note souveraine de la
France, qui a perdu son AAA le 13 janvier 2012, a fait grand bruit.
AAA… C’est le ricanement des hyènes que sont les créanciers quand les droits des peuples sont
sacrifiés avec la complicité active des dirigeants des pays européens, de la Commission européenne,
du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE). Prêteurs et
spéculateurs ont pris des risques insensés, certains que les autorités publiques viendraient les
renflouer en cas de crise. Jusqu’ici, ils ont eu raison. Des plans de sauvetage des banques ont été mis
en place, des garanties leur ont été apportées par les États pour des milliers de milliards d’euros, les
souhaits des créanciers ont été exaucés. Les États ont dépensé des sommes colossales pour sauver les
banques avant d’imposer des plans d’austérité massifs contre lesquels les peuples se dressent souvent
avec détermination. Manifestations de rue, grèves générales, mouvement des Indignés, les luttes
sociales sont porteuses d’espoir si elles parviennent à se fédérer au niveau européen. Peuples
d’Europe, unissons-nous !
Depuis trois décennies, les politiques néolibérales ont hissé l’endettement à un niveau
insupportable pour les classes moyennes et modestes sur lesquelles pèse l’essentiel des
remboursements. La dette publique des pays européens a deux causes principales : d’une part la
contre-révolution fiscale commencée dans les années 1980 qui a favorisé les plus riches et d’autre part
les réponses apportées par les États à la crise actuelle causée par les investissements débridés des
banquiers et des fonds spéculatifs. La dérégulation financière a supprimé les indispensables gardefous
et permis de construire des produits financiers de plus en plus complexes qui ont conduit à de
graves excès et à une crise économique et financière mondiale.
Aujourd’hui, les politiques appliquées protègent les responsables de la crise et font payer le prix
aux peuples qui en sont les victimes. C’est pourquoi cette dette est largement illégitime. Tant que la
logique actuelle demeurera, la dictature des créanciers pourra imposer des reculs incessants aux
peuples. Un Audit de la dette publique, accompagné d’un moratoire sans pénalité sur les
remboursements, est la seule solution pour en déterminer la part illégitime, voire odieuse. À coup sûr,
cette part doit faire l’objet d’une Annulation inconditionnelle. Pour que cette dette illégitime soit
abolie, les peuples doivent poursuivre leur mobilisation pour être en mesure d’imposer une Autre
politique, enfin respectueuse des droits fondamentaux et de l’environnement.
Cette Autre politique doit déboucher sur une Europe bâtie sur la solidarité et la coopération, qui
tourne le dos à la concurrence et à la compétition. La logique néolibérale a conduit à la crise et révélé
son échec. Cette logique, qui sous-tend tous les textes fondateurs de l’Union européenne, Pacte de
stabilité et de croissance et Mécanisme européen de stabilité en tête, doit être battue en brèche. Les
politiques budgétaires et fiscales doivent être non pas uniformisées, car les économies européennes
présentent de fortes disparités, mais coordonnées pour qu’enfin émerge une solution « vers le haut »

que nous esquissons dans ce livre. L’Europe doit aussi résolument mettre fin à sa politique de
forteresse assiégée envers les candidats à l’immigration, pour devenir un partenaire équitable et
véritablement solidaire à l’égard des peuples du Sud de la planète. Le premier pas doit consister à
annuler la dette du tiers-monde de manière inconditionnelle. De toute évidence, il faut abroger les
actuels traités européens et les remplacer par de nouveaux dans le cadre d’un véritable processus
constituant démocratique, permettant de jeter les bases d’une Autre Europe.
Audit-Annulation-Autre politique, voilà le AAA que nous voulons, celui des peuples et non celui
des agences de notation. Nous plaçons cette revendication au coeur du débat public pour affirmer avec
force que d’autres choix politiques, économiques et financiers sont possibles. Seules des luttes
sociales puissantes pourront permettre au AAA des peuples de voir le jour, afin d’opérer un
changement radical de logique à la hauteur de l’enjeu.

1
Des milliers de milliards d’euros
Les chiffres ne doivent pas donner le tournis. Dans un premier temps, retenons trois ordres de
grandeur : en 2011, la dette publique de la Grèce était d’environ 350 milliards d’euros, celle de la
France de 1 700 milliards d’euros, celle des États-Unis dépassait 11 000 milliards d’euros1.
D’où viennent ces dettes ? Un petit retour en arrière est nécessaire. À la fin de la Seconde Guerre
mondiale, les pays du Nord ont connu une trentaine d’années de forte croissance, les fameuses Trente
Glorieuses. Les luttes sociales après la Libération et dans les années 1960 ont amélioré les conditions
de vie des populations au Nord. Elles ont aussi imposé un partage relatif du gâteau et freiné
l’accaparement du surplus de richesse produite par les détenteurs de capitaux. Ils ne l’ont pas accepté.
La contre-offensive a été lancée. Elle a conduit au développement exponentiel de la dette publique.
Les politiques néolibérales, testées au Chili sous la dictature du général Pinochet dès 1973, ont
été imposées à travers le monde à partir des années 1980. Les conservateurs britanniques ont remporté
les élections le 3 mai 1979 et Margaret Thatcher est devenue Première ministre. Ronald Reagan s’est
installé à la Maison-Blanche en janvier 1981. Rapidement, de nombreux dirigeants européens, même
s’ils se proclamaient socialistes, ont suivi le mouvement. En France, François Mitterrand a appliqué la
rigueur dès 1983 et, dans la plupart des pays du Nord, les économistes ultralibéraux de l’école de
Chicago ont trouvé un terreau fertile pour mettre en pratique leurs idées battues en brèche depuis des
décennies2.
Dans le cas de la France, examinons l’évolution de la dette publique (administrations centrales et
locales, Sécurité sociale) depuis 1979.


ÉVOLUTION DE LA DETTE PUBLIQUE DE LA FRANCE ENTRE 1979 ET 2010 3


        Année            Dette en % du PIB                             Dette en milliards d’euros

1979                                 21,1                                                             83

1983                                26.6                                                            170

1995                                55.5                                                            663

2007                                64.2                                                            1212

2010                               82.3                                                             1591


Tout d’abord, deux raisons expliquent le doublement de la dette publique française entre 1979 et
1983. D’une part, en 1979, à l’initiative de la Réserve fédérale (Fed, le nom de la banque centrale) et
de son président Paul Volcker, les taux d’intérêt ont été multipliés par trois aux États-Unis. Le but de
l’opération consistait à attirer les capitaux – quitte à les payer cher – pour relancer l’économie
américaine, notamment via un grand programme militaro-industriel. Les autres pays industrialisés se
sont empressés d’emboîter le pas, en augmentant également les taux d’intérêt, ce qui a creusé
l’endettement puisque les remboursements demandés étaient plus importants et le taux d’intérêt

moyen à long terme est devenu supérieur au taux de croissance entre 1980 et 2000 (c’est le fameux
effet « boule de neige » pour la dette). D’autre part, les nationalisations mises en place par le
gouvernement de Pierre Mauroy en 1982 (Thomson-Brandt, Saint-Gobain, Rhône-Poulenc, Pechiney,
Usinor, Sacilor, Suez, Compagnie générale d’électricité, plusieurs dizaines de groupes bancaires et
financiers) ont coûté à l’État 39 milliards de francs (environ 6 milliards d’euros), auxquels il convient
d’ajouter les intérêts des sommes empruntées pour 47 milliards de francs sur quinze ans, portant ainsi
le coût global à 86 milliards de francs (13,1 milliards d’euros)4. Ces nationalisations se sont faites
dans des conditions très favorables pour les actionnaires, puisque le prix d’achat des actions était la
moyenne du cours pendant la période précédant la nationalisation augmentée du montant des
dividendes versés, le tout majoré de 14 % au titre d’indemnisation.
Par la suite, la classe capitaliste au Nord a obtenu une diminution importante de ses impôts et
autres charges (taux maximal d’imposition sur le revenu réduit pour les personnes physiques, impôts
sur les bénéfices des sociétés en baisse, exonérations de charges sociales). Ceux qui étaient à la tête de
l’État ont limité son intervention dans l’économie au strict minimum. Les budgets sociaux (éducation,
santé, logement…) et les effectifs dans la fonction publique ont été fortement baissés, la taxe sur la
valeur ajoutée (TVA) – profondément injuste car le même taux s’applique à tous, indépendamment de
son revenu – relevée. L’économie a été libéralisée, laissant les entreprises se dégager des contraintes
qui pesaient sur elles. Ainsi, elles pouvaient investir de plus en plus facilement là où le coût de la
main-d’oeuvre était le moins cher et là où les exonérations étaient les plus importantes. Renault, par
exemple, a réduit ses activités en France et en Belgique, mais l’ouverture de plusieurs sites en
Roumanie a été saluée dans les médias comme une victoire française à l’international. Ainsi, les
salariés sont mis en concurrence entre eux pour permettre aux capitalistes d’accroître leurs profits.
Avec de telles politiques, l’État a vu ses finances se dégrader et les déficits se sont creusés
inexorablement. C’est ainsi qu’en France5, les prélèvements obligatoires au profit des administrations
centrales sont passés de 18,8 % du PIB en 1980 à 14,6 % en 2008 du fait des baisses d’impôts. Pour
compenser, l’État a alors eu recours à l’endettement et la part de la dette des administrations centrales
dans la dette publique totale a fortement augmenté, passant de 61 % en 1980 à 86 % en 2008. Au
contraire, celle des autres composantes de cette dette publique (administrations locales et Sécurité
sociale) s’est nettement réduite durant cette période, car leurs recettes et leurs dépenses ont progressé
de manière comparable, dans un contexte de transferts de compétences de la part de l’État. C’est donc
l’État qui a subi la quasi-totalité du choc.
Par conséquent, entre 1980 et 2008, ce sont des politiques visant à faire des cadeaux aux plus
riches et aux grandes entreprises qui ont contribué à creuser la dette publique. La grave crise
internationale qui a éclaté en 2007-2008 a provoqué une nouvelle accélération de l’endettement. À
partir de l’automne 2008, les États du Nord sont venus à la rescousse des banques et ont garanti les
dépôts pour des montants astronomiques.
Dans tous les pays du Nord, la dette publique a alors atteint des sommets (cf. tableau ci-après).
En France6, l’État a créé un dispositif d’aide que les banques ont utilisé dès la fin 2008. En
quelques mois, elles ont reçu 76,9 milliards d’euros de prêts garantis et 20,75 milliards d’apports en
fonds propres7. Ainsi, l’État est entré au capital de plusieurs banques françaises, détenant en août 2009
par exemple 15,19 % de BNP-Paribas et 7,2 % de la Société générale, mais sans droit de vote. En
échange, pour éviter que les banques ne bloquent l’accès au crédit, il leur a été demandé d’augmenter
entre 3 et 4 % le montant de leurs prêts aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités locales.
Mais cette mesure était surtout une opération de communication car, en cette période de crise aiguë,
les banques ont durci les conditions de prêts aux petites et moyennes entreprises, aux ménages et aux

collectivités locales. L’État a aussi demandé aux banques d’adopter des règles éthiques dans la
rémunération de leurs dirigeants, règles suffisamment floues pour que tout puisse continuer comme
avant en termes de bonus et de stock-options. À l’automne 2009, toutes les banques françaises avaient
remboursé l’État (à l’exception de BPCE [Banques populaires – Caisses d’épargne] qui acheva de le
faire en mars 2011). Pourquoi si vite ? D’une part, l’État avait prêté à 8 % alors que les banques ont
ensuite pu emprunter à un taux bien plus faible auprès de la Réserve fédérale des États-Unis et de la
BCE8. D’autre part, en remboursant rapidement, elles se débarrassaient des timides contraintes
imposées par l’État qui n’a même pas profité de son important soutien pour prendre le contrôle et
exiger des choix radicalement différents.

DETTE BRUTE DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES EN 2010 9

suite…

L’invention de l’Europe


 
Auteur : Todd Emmanuel
Ouvrage : L’invention de l’Europe
Année : 1990

Avant-propos
L’Europe dont il est ici question n’est pas le continent propre, apaisé,
rationnel, des économistes ou des technocrates, monde prospère et amnésique
dont l’histoire s’inscrit tout entière entre les traités de Rome de 1957
et le grand marché de 1993. Trente-cinq ans de recul, c’est un peu court
pour comprendre une civilisation née de la conquête romaine, des invasions
germaniques et de la christianisation des peuples.
L’histoire de l’Europe est longue, brillante et sanglante, accoucheuse
simultanément de modernité et de mort. Ses cinq cents dernières années
comprennent la réforme protestante au XVIe siècle, la Révolution française
au XVIIIe, la montée des socialismes et des nationalismes au XXe, trois épisodes
décisifs de l’histoire du progrès humain, dont le coût se chiffre pourtant
en millions de morts. L’Europe des années 1517-1945 pourrait être
décrite, indifféremment, comme le continent savant ou comme le continent
fou, chacune des étapes de sa modernisation mêlant création et destruction.
Les passions européennes, religieuses ou idéologiques, sont inscrites
dans l’espace. Telle nation, telle région adhère à la Réforme ou à la
Révolution, à la social-démocratie ou à l’anarchisme, au libéralisme, au
communisme, au fascisme, au nazisme, et se révèle prête à affronter ses
voisines au nom de valeurs aussi absolues qu’indémontrables. La France
croit majoritairement en la liberté et l’égalité, l’Allemagne lui oppose des
rêves d’autorité et d’inégalité, l’Angleterre ne s’intéresse qu’à la liberté.
Quelques régions comme l’Italie centrale combinent amour de l’égalité et
goût de l’autorité. La diversité des valeurs européennes explique assez
largement le prodigieux dynamisme d’un continent qui ne peut, à aucune
étape de son histoire, s’enfermer dans un système mental unique et définitif.
Lorsque l’histoire s’arrête en Italie, elle reprend en Allemagne; lorsqu’elle
s’épuise en Allemagne, elle renaît en Angleterre ou en France …
Les conflits de valeurs entre zones géographiques expliquent cependant
aussi l’extraordinaire brutalité des affrontements des cinq derniers
siècles.
La civilisation européenne actuelle est le produit d’une synthèse, lente et
pénible. Aucune des nations européennes, grande ou petite, ne peut être
considérée comme l’inspiratrice de toute la modernité. Considérons par

exemple les trois éléments essentiels du progrès que sont l’alphabétisation,
l’industrialisation et la contraception. C’est en Allemagne que l’on peut
trouver, dès la fin du XVIIe siècle, des populations globalement alphabétisées.
Mais c’est en Angleterre que démarre, vers le milieu du XVIIIe, la révolution
industrielle. Et c’est en France que commence, entre 1750 et 1800,
la diffusion du contrôle des naissances. L’état actuel du continent –
cultivé, industriel et contracepteur – est le résultat d’une collaboration
entre les peuples.
Le modèle démocratique européen qui se généralise après la Deuxième
Guerre mondiale et qui triomphe à l’Est en 1989, deux siècles après l’ouverture
de l’âge idéologique moderne par la Révolution française, est,
comme la richesse matérielle du continent, un produit de synthèse, mêlant
des éléments anglais, français et allemands. Le respect des droits individuels
est une invention anglaise, le suffrage universel est une contribution
française, la sécurité sociale est nettement d’origine allemande. Aucune
des trois nations ne peut donc raisonnablement se prétendre créatrice de
l’idéal politique qui semble appelé à dominer l’Europe du troisième millénaire,
système essentiellement composite combinant parlementarisme,
souveraineté populaire et intégration bureaucratique.

Petites nations, présentes et futures

Il serait d’ailleurs injuste et absurde de réduire l’histoire de l’Europe à
celle de ses nations les plus peuplées – France, Angleterre, Allemagne, Italie,
Espagne. Les développements religieux, économiques et idéologiques
scandinaves, néerlandais, belges, helvétiques, autrichiens, irlandais, portugais,
ont leurs logiques propres, dont l’examen gagne aujourd’hui en intérêt.
Les grandes nations traditionnelles de l’Europe sont en effet en train
de devenir petites, à l’échelle mondiale, et ont désormais beaucoup à
apprendre de pays habitués depuis longtemps à une certaine modestie
diplomatique et militaire. Dans l’état actuel des équilibres démographiques
nationaux et mondiaux, même une Allemagne réunifiée ne
serait pas, loin de là, un géant historique. Le nombre annuel des naissances
dans chaque pays nous donne une image simplifiée des populations
futures. Or, à côté des vrais géants, les peuples de l’Europe occidentale
font plus que jamais figure de poids plume. En 1987 (dernière année disponible)
naissent en France 770000 individus, au Royaume-Uni 775000,
en Allemagne, de part et d’autre d’un rideau de fer qui existe encore à cette
date, 870000. Aux États-Unis, 3 830000. En Russie – une Russie qui
aurait conservé l’Ukraine mais perdu toutes ses colonies baltes, caucasiennes
et musulmanes -, 3 400 000. La disparition de la pression communiste
laisse la place à une pression spécifiquement russe, qui contraint,
aussi sûrement que le stalinisme, l’Europe à l’unité.

Or l’Europe politique ne. pourra être réalisée que si la France, l’Angleterre
et l’Allemagne cessent de se penser comme différentes par nature des
Pays-Bas, de la Suède ou de la Suisse. L’espace géographique étudié dans
ce livre comprend donc toutes les nations occidentales du continent, de la
Finlande au Portugal, que celles-ci soient «grandes» ou petites, qu’elles
appartiennent ou non à la CEE. Ma définition implicite de la communauté
historique européenne n’est pas économique mais religieuse.
C’est l’ensemble du monde structuré, dès le XVIe siècle, par la polarité
catholicisme/protestantisme qu’il s’agit de comprendre, dans son développement
culturel, industriel et idéologique. La Grèce, dont les traditions
religieuses orthodoxes mèneraient hors de la sphère catholique-protestante,
n’est donc pas incluse, malgré son appartenance à la CEE.
La Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et les trois nations baltes
n’ont pu être intégrées à cette étude malgré leur appartenance à la sphère
religieuse occidentale. L’absence de données électorales solides pour les
années 1950-1989 interdit dans leur cas toute analyse comparative. La
Pologne (catholique), la Tchécoslovaquie (formellement catholique mais
dominée par des traditions hussites proches du protestantisme) et la Hongrie
(catholique mais comprenant de fortes minorités calvinistes) figurent
sur mes cartes d’Europe comme des espaces vides que la vie politique libre
des années à venir permettra de remplir. Il sera bientôt possible d’évaluer
la résistance des traditions religieuses et idéologiques polonaises, tchèques
et magyares à la tentative stalinienne de destruction des fonds anthropologiques
nationaux.
Le territoire de la RDA est une quatrième case vide sur ces cartes d’Europe,
mais il est en réalité étudié en détail avec le reste du cas allemand;
l’abondance des séries électorales correspondant aux années 1871-1933
compense suffisamment l’extinction des années 1933-1989.

Les fondements anthropologiques de la diversité

L’analyse des structures familiales et de leur distribution dans l’espace
permet de saisir, à la source, la diversité européenne. Les mondes paysans
qui se stabilisent entre la conquête romaine et la fin des grandes invasions
ne définissent pas un type unique. Dans certains dominent des systèmes
familiaux nucléaires, accordant une large autonomie à l’individu; dans
d’autres, au contraire, des systèmes familiaux complexes, attachant fortement
l’individu au groupe. Parfois le système anthropologique considère
les individus comme équivalents à l’intérieur du groupe, parfois comme
différents par nature.
Les valeurs fondamentales de liberté ou d’autorité, d’égalité ou d’inégalité
qui stimulent, organisent, guident le mouvement de la modernité sont
enracinées dans ce terrain familial originel, substrat primordial dont on

retrouve la marque à toutes les étapes de l’ascension européenne. La diversité
des systèmes familiaux permet d’expliquer la pluralité des réactions
régionales à la Réforme protestante et à la Révolution française, la multiplication
des types de socialisme et de nationalisme au xxe siècle, les aptitudes
inégales des zones géographiques à l’alphabétisation, à l’industrialisation,
à la déchristianisation, à la contraception.
Cette diversité anthropologique a-t-elle, en 1990, complètement disparu?
C’est peu probable. L’examen des évolutions sociales les plus
récentes – démographiques, industrielles, politiques -, qui constitue la
dernière partie de ce livre, révèle la permanence de certaines déterminations
anthropologiques importantes.
Le passage à la société post-industrielle se fait à des rythmes différents
dans les sociétés à fondement individualiste (famille nucléaire), comme la
France ou l’Angleterre, et dans les sociétés à fondement anti-individualiste
(famille souche), comme l’Allemagne ou la Suisse.
Partout, les idéologies socialistes ou nationalistes qui segmentaient le
continent s’effacent, tout comme les dernières poches de religiosité catholique,
au point que l’Europe de l’an 2000 dans son ensemble pourra être
définie comme un espace d’incrédulité, religieuse autant qu’idéologique.
Mais les croyances métaphysiques ne meurent pas partout de la même
façon: dans certains pays, les partis traditionnels semblent capables de
survivre au reflux des idéologies. Dans d’autres, ils explosent et la politique
se restructure de la manière la plus radicale. Ici encore, le couple
anthropologique individualisme/anti-individualisme permet d’expliquer
bien des divergences.
L’analyse des attitudes européennes face à l’immigration, qui clôt ce
livre, illustre quant à elle la permanence des clivages existant entre sociétés
à fondement anthropologique égalitaire et sociétés à fondement
anthropologique non égalitaire ou même franchement inégalitaire.
L’Europe est apaisée, unifiée par quelques conceptions politiques synthétiques,
soudée par sa richesse, mais elle reste très diverse, tranquillement
fragmentée.
Cette fragmentation persistante explique assez largement les difficultés
de la construction européenne, les hésitations des élites et le scepticisme
des peuples. Non parce qu’elle existe en soi, mais parce qu’elle est niée.
Après tout, la plupart des nations européennes sont elles-mêmes très
diverses sur le plan anthropologique, sans que cette diversité ait empêché
la construction des États. Des systèmes familiaux minoritaires mais substantiels
peuvent être identifiés en France comme en Grande-Bretagne, aux
Pays-Bas comme en Espagne, en Italie comme en Norvège. La fragmentation
anthropologique du continent n’est un obstacle à l’unité que
parce qu’elle est refoulée de la conscience politique: ce refoulement interdit
que l’on aborde franchement les vrais problèmes. La définition d’une
citoyenneté commune implique que l’on confronte les conceptions allemande,
britannique, française, italienne, néerlandaise, espagnole de la
nationalité. La construction d’un pouvoir politique unique suppose une

comparaison honnête des différentes formes de vie sociale existant à travers
le continent.
L’Europe des citoyens ne peut naître d’une unité naturelle qui n’existe
pas. Elle doit, pour se définir, accepter et surmonter des différences bien
réelles, ancrées dans les moeurs, dans l’inconscient des peuples.

INTRODUCTION
L’espace et le temps
L’histoire des hommes se développe dans le temps et dans l’espace.
Pourtant, l’histoire des savants préfère le temps à l’espace. Elle situe les
événements par leur date avant d’en déterminer le lieu. Elle considère par
exemple la Réforme protestante comme un phénomène typique du XVIe
siècle avant de la localiser dans le monde germanique, en Scandinavie, aux
Pays-Bas, en Écosse, dans la France méridionale. Elle fait de la Révolution
de 1789 une manifestation du XVIIIe siècle avant d’identifier le Bassin parisien
comme son assise géographique fondamentale et de constater la résistance
active d’une partie de l’Hexagone à l’événement. L’histoire des
savants place également la social-démocratie au XXC siècle avant de préciser
qu’elle devient une force dominante en Suède, en Norvège, en Allemagne
du Nord, en Écosse et au pays de Galles plutôt qu’ailleurs. Le communisme
aussi est repéré, d’abord par une coordonnée temporelle, le XXC
siècle, ensuite seulement par des coordonnées spatiales, comme typique de
l’Italie centrale, de la Finlande, de la bordure nord-ouest du Massif central,
de la façade méditerranéenne de la France et du Portugal méridional,
si l’on s’en tient à l’Europe occidentale. D’innombrables exemples, tirés de
l’histoire religieuse, politique, économique, sociale pourraient illustrer la
prééminence absolue du temps sur l’espace dans la description historique
usuelle.
Secondaire, l’espace n’est pas absent de la description historique mais il
est en général totalement rejeté de l’explication, qui ne se contente pas
d’énumérer les phénomènes mais s’efforce de les mettre en rapport les uns
avec les autres, d’établir des corrélations et, pourquoi pas, des relations de
causalité. La coïncidence des phénomènes dans le temps est fréquemment
repérée, analysée, expliquée; leur coïncidence dans l’espace ne l’est que
très rarement. L’apparition successive ou simultanée, dans les mêmes
lieux, de deux phénomènes distincts évoque pourtant bien la possibilité
d’une relation d’un type ou d’un autre, se manifestant par une coïncidence
spatiale.
L’indifférence à l’espace et la préférence pour le temps manifestées par
les historiens ne proviennent vraisemblablement pas d’un choix conscient,
méthodologique ou doctrinal. L’oubli de l’espace est avant tout une facilité
technique. Le temps est en effet une dimension linéaire, que définit

parfaitement une variable numérique simple, la date. L’espace terrestre
n’est pas une dimension mais deux: sa représentation nécessite la confection
de cartes, objets encombrants parce que bidimensionnels, et qu’il
n’est pas facile d’intégrer à la structure linéaire d’un récit. Bref, l’espace est
oublié, me semble-t-il, parce que sa perception et sa représentation sont,
par nature, plus compliquées que celles du temps.
La maîtrise de l’espace par l’historien suppose la fabrication systématique
de cartes donnant une représentation exhaustive des phénomènes
étudiés, qu’il s’agisse d’événements ou de structures économiques et
sociales. Ces cartes mettent très vite en évidence des coïncidences frappantes,
entre événements, entre structures, entre événements et structures.
Elles révèlent l’existence de formes géographiques stables, traversant les
siècles et dans lesquelles viennent s’inscrire, avec une belle régularité, avec
une magnifique discipline, événements, structures, phénomènes de tous
ordres – économiques, religieux, idéologiques. L’espace lui-même paraît
devenir un acteur de l’histoire, un déterminant du destin des hommes.
Ces formes géographiques immuables sont l’effet visible de l’action souterraine
mais permanente de forces stables, fortement associées au cadre
géographique, incrustées dans des lieux, et relativement indifférentes au
temps. La plus importante de ces forces est le système familial, déterminant
puissant, quoique silencieux, de nombreuses conduites humaines.
Dès le Moyen Age, l’espace anthropologique européen apparaît segmenté.
Quatre types familiaux, distincts par la conception des rapports
entre parents et enfants, des relations entre frères, définissent une hétérogénéité
initiale du continent. Dans chaque région, on peut identifier un
type familial dominant, dont la permanence à travers les siècles éclaire
bien des comportements locaux – culturels, économiques, religieux ou
idéologiques. La diversité familiale de l’Europe permet d’expliquer sa
constante aptitude à la fragmentation, du XVIe au xxe siècle. Cette longue
période est celle du décollage, de l’accession à la modernité. Mais chacune
des ruptures décisives – Réforme protestante, alphabétisation, révolution
industrielle, déchristianisation, développement du contrôle des naissances,
essor des idéologies socialistes et nationalistes – semble l’occasion
d’une division nouvelle, d’une segmentation supplémentaire de l’espace
européen.
Certains pays, certaines provinces adoptent spontanément la Réforme,
d’autres la rejettent avec une unanimité troublante et définissent une Contre-
Réforme, dont la métaphysique, polairement opposée à celle de Luther
ou de Calvin, définit un nouveau catholicisme. Ce premier clivage,
d’ordre religieux, se perpétue à travers les phénomènes de développement
culturel et industriel. Le monde protestant décolle, la sphère catholique
stagne. Dès le XVIIIe siècle cependant, le protestantisme semble se diviser.
L’Allemagne du Nord et la Suède atteignent très rapidement le stade de
l’alphabétisation de masse tandis que l’Angleterre, moins avancée pourtant
sur le plan culturel, s’engage résolument dans la première des révolutions
industrielles. Mais déjà, le monde protestant ne s’identifie plus à la

modernité. Dans les années 1730-1 740 commence dans une partie du
monde catholique une autre rupture décisive, le déclin de la foi. Dans la
France du Nord, en Espagne, Portugal et Italie du Sud, les populations
abandonnent leurs clergés et commencent à vivre comme si Dieu et l’Enfer
n’existaient pas. Les pays protestants, souvent plus industriels, toujours
plus alphabétisés, ne suivront leur exemple qu’à partir des années
1880-1890, le reste du monde catholique encore plus tard, dans les années
1965-1970. Entre 1730 et 1965, la division de l’espace catholique en deux
territoires, l’un clérical, l’autre déchristianisé, renouvelle toute la problématique
des affrontements religieux. C’est en France, pays partiellement
déchristianisé et relativement alphabétisé (par rapport au reste de la
sphère catholique), que se répand, dès les années 1770-1790, le contrôle
des naissances. Dans le domaine sexuel, la modernité échappe clairement
au protestantisme.
Le déclin des religions mène presque mécaniquement à l’essor des idéologies.
A partir de 1789, et deux siècles durant, Révolution française, puis
nationalismes et socialismes secouent l’Europe. Les idéologies, une nouvelle
fois, divisent le continent. Certaines régions de France et d’Europe
acceptent les idéaux de liberté et d’égalité, d’autres les rejettent avec la
même détermination. Au xxe siècle, nationalisme et socialisme semblent
capables d’envahir tous les pays, toutes les provinces. Le nationalisme,
c’est évident, dresse les États les uns contre les autres, mais le socialisme,
internationaliste, rêve un instant d’unifier un espace continental traditionnellement
morcelé. C’est alors qu’il se divise lui-même, en quatre
composantes irréductibles les unes aux autres. Quatre variétés distinctes
de socialisme – social-démocratie, communisme, anarchisme, travaillisme
– se différencient très vite et se partagent l’Europe. Quatre nationalismes
leur font face, que la recherche historique n’avait pas jusqu’à présent définis
avec la même précision mais dont les formes caractéristiques
deviennent très reconnaissables une fois que le mécanisme différenciateur,
la pluralité des types familiaux, est identifié.
A toutes les époques, et dans la plupart des domaines, la diversité des
structures familiales est en effet l’agent fondamental du processus de segmentation
géographique. Aucun génie des peuples ou des régions n’est en
effet responsable de l’existence d’aptitudes spécifiques au protestantisme,
à l’alphabétisation, à l’industrialisation, à la déchristianisation, à la contraception,
à la production de telle ou telle variété de socialisme ou de
nationalisme. Ce sont les quatre types familiaux européens qui déterminent
aptitudes et résistances. Leurs espaces anthropologiques respectifs
se reflètent en espaces religieux, culturels, économiques, démographiques,
idéologiques. Le mécanisme des déterminations implique la coïncidence,
partielle ou totale, des cartes décrivant les divers types de phénomènes.
Dans les cas de la Réforme, de l’alphabétisation, de l’industrialisation, de
la déchristianisation, du contrôle des naissances, la détermination par les
structures familiales n’est que partielle: d’autres facteurs essentiels
peuvent être identifiés et la coïncidence des cartes, imparfaite, trahit la

pluralité des facteurs. L’analyse des idéologies modernes révèle en
revanche l’existence d’une détermination simple et stricte du contenu de
l’idéologie par les valeurs familiales. Chacun des quatre socialismes s’emboîte
donc, conceptuellement et géographiquement, dans un type familial
et un seul; chacun des quatre nationalismes se coule également dans un
moule familial. Paradoxalement, c’est donc au Xxe siècle que la puissance
des déterminations familiales apparaît la plus forte, et qu’elle segmente
l’Europe avec la plus grande rigueur. Durant quelques décennies, les sousensembles
idéologiques et géographiques du continent semblent extraordinairement
étanches, aveugles et sourds les uns aux autres. La combinaison
de ces autismes idéologiques mène aux deux guerres mondiales,
conclusions dramatiques d’un processus de divergence guidé par des fondements
anthropologiques souterrains et stables.
Le découpage de l’espace européen: cadre administratif
et formes anthropologiques
Les sous-ensembles géographiques dans lesquels viennent s’inscrire,
entre le XVIe et le XXe siècle, les structures et événements fondamentaux de
l’histoire européenne ne sont pas en général les États-nations. Systèmes
familiaux, crises religieuses, poussées d’alphabétisation, ruptures révolutionnaires,
idéologies politiques modernes ne définissent pas sur les cartes
d’Europe des espaces nationaux mais des unités géographiques d’ordre
inférieur. Les grands États ne constituent donc pas des ensembles homogènes.
La diversité de leurs systèmes familiaux permet de qualifier d’anthropologique
leur hétérogénéité.
La France intègre quatre systèmes familiaux, l’Italie trois, l’Espagne et
l’Angleterre deux. Parmi les grands États, seule l’Allemagne présente un
certain degré d’homogénéité des structures familiales, imparfaite mais
néanmoins curieuse si l’on considère la tardive unité étatique de l’espace
allemand. Les petites nations elles-mêmes sont rarement uniformes. Ni les
Pays-Bas, ni le Portugal, ni la Norvège, ni l’Écosse ne sont constitués, du
point de vue anthropologique, d’un système familial unique.
L’analyse des coïncidences spatiales exige donc que l’on descende au-dessous
du simple niveau national et que l’on définisse une grille géographique
et statistique plus fine. Chaque État doit être fragmenté en un
certain nombre d’unités régionales de taille réduite. La diversité des organisations
administratives nationales semble à première vue un obstacle: le
département français ne correspond pas exactement, par la surface ou la
population, au county anglais, au Regierungsbezirk allemand, à la provinda
italienne, au liin suédois et au canton suisse. Il n’est pas possible de
jeter sur l’ensemble de l’Europe occidentale une grille absolument régulière
et uniforme, comme il en existe pour chacun des États pris séparément.

Il n’est cependant pas impossible d’aboutir à un quadrillage raisonnable,
malgré l’absence d’unité politique. L’essentiel est d’obtenir pour
chacune des nations une segmentation administrative plus fine que sa segmentation
anthropologique «naturelle». Les 90 départements français
permettent de définir avec suffisamment de précision huit zones anthropologiques
principales, les 95 provincie italiennes quatre zones anthropologiques,
les 19 fylkene norvégiens deux zones, les 12 regions écossaises
deux zones, les 18 distrilos portugais trois zones.

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http://www.histoireebook.com/index.php?post/2012/04/05/Todd-Emmanuel-L-invention-de-l-Europe