Islamisme et bédouinisme


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« Le grand nomade a les instincts exactement inverses [de ceux du sédentaire]. Politiquement, c’est un anarchiste, un nihiliste, il a une préférence profonde pour le désordre qui lui ouvre des perspectives. C’est le destructeur, le négateur» Dans (Histoire et historiens de l’Algérie, p. 31). Par Émile-Félix Gautier (1864 – 1940), géographe et ethnographe français, spécialiste de l’Afrique du Nord.

Le sinistre « Printemps Arabe », autre nom des « révolutions de couleur » ou « changement de régime » semble maintenant  contaminer l’Algérie. Les évènements vécus en Tunisie  et en Égypte en 2011 semblent se répéter en Algérie, avec leurs lots de collabos et de trolls travaillant pour l’Empire anglo-sioniste. Comme en Tunisie et en Égypte, les sionislamistes s’apprêtent à rafler la mise pour mettre le pays en coupe réglée. En Tunisie, avec le « dictateur » Ben Ali, on avait une famille de malfrats voleurs ; les Trabelsi. Avec les sionislamistes, il y a maintenant des centaines de malfrats islamistes, qui, insatiables, ont ruiné le pays .  La population l’accepte sans trop rechigner : c’est au nom d’Allah et de son Prophète que ces malfrats agissent : ils seront jugés par Allah …plus tard. C’est ce que Voltaire appelait le fatalisme islamique.
Il faut étudier la genèse de la maladie dégénérative qu’est « l’islamisme sunnite » pour comprendre ce qui s’est passé depuis des siècles et ce qui se passe aujourd’hui dans le monde, qualifié abusivement, d' »arabo-musulman ». 
Nous reprenons ci-dessous un article écrit en 2013.

Le bédouinisme

On définit le bédouinisme comme étant l’organisation sociale de tribus arabes nomades chamelières, de confession sunnite. Le bédouinisme apparaît consubstantiel à l’Arabe jusque dans ses racines les plus profondes. Malgré leur importance quantitative, les habitants des villes, comme Médine ou Mekka, peuvent encore être considérés comme des bédouins sédentarisés et leur existence ne fait pas obstacle à l’importance du nomadisme dans la spécificité bédouine.
L’ethnologie même la plus simple nous apprend que chacun est le fils de son milieu, a fortiori quand ce milieu est aussi profondément typé que peut l’être le désert arabique. Ce n’est donc pas étonnant que cet emprunt originel ait marqué ce peuple d’une empreinte dont on ne peut méconnaître la profondeur et la force. Et ces traits de caractère originaux ont été exportés, à travers la religion islamique, dans toute une partie du monde dès le VIIe siècle. Ils ont même été imposés à des peuples n’ayant jamais pratiqué le nomadisme. On peut en mesurer les séquelles de nos jours, particulièrement auprès des franges de la population se proclamant de cet héritage arabo-musulman, et qu’on pourrait qualifier d’islamo-bédouin. L’Islamisme d’aujourd’hui, c’est la continuation, en milieu urbain, du Bédouinisme originel.

La sourate 16, verset 80 dit : « Dieu vous a fait de vos maisons une habitation et des peaux de bête des tentes que vous trouvez légères et pratiques le jour où vous voyagez et le jour où vous campez. De leurs laines, de leurs poils (chameaux) et de leurs crins (chèvres) il vous a fait un mobilier et autres sources de jouissance pour un certain délai.

  1. وَاللَّهُ جَعَلَ لَكُم مِّن بُيُوتِكُمْ سَكَنًا وَجَعَلَ لَكُم مِّن جُلُودِ الأَنْعَامِ بُيُوتًا تَسْتَخِفُّونَهَا يَوْمَ ظَعْنِكُمْ وَيَوْمَ إِقَامَتِكُمْ وَمِنْ أَصْوَافِهَا وَأَوْبَارِهَا وَأَشْعَارِهَا أَثَاثًا وَمَتَاعًا إِلَى حِينٍ

La vie bédouine et les mentalités individuelles

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Le bédouin vit sous la tente et se déplace souvent. Il ne peut donc posséder que les objets susceptibles d’être transportés par ses chameaux. C’est dire qu’il n’a pas ou que peu de mobilier. Il dort sur un tapis ou sur une peau de chèvre ou de mouton. Il palabre, il fume et il boit son thé sur une natte. Il est frappant de constater que l’habitude ancestrale ainsi créée s’est  perpétuée dans le monde islamo-bédouin même après des siècles de vie urbaine. En 2013, Il est courant que le prêcheur dans sa mosquée soit assis par terre, le dos appuyé à une colonne, les auditeurs étant assis en tailleur, tout autour, par terre aussi.

Le bédouin souffre de toutes les privations. Il sait que sa survie est suspendue aux aléas d’un puits sec ou ensablé. La toile de la tente est le plus frêle des abris. Quant à la ration alimentaire, elle n’est souvent faite que d’une pauvre galette, d’un peu de lait, ou de quelques dattes plus ou moins écrasées. La longue soumission à cette extrême frugalité s’est imposée dans l’inconscient collectif de tous les islamo-bédouins. Pour eux, le paradis promis, c’est lieu d’abondance, lieu de bombance. C’est le lieu où se trouvent les jardins « sous lesquels coulent des fleuves perpétuels ». Si l’Islam était apparu au Bengladesh, où les gens sont périodiquement emportés par de terribles inondations du Brahmapoutre et du Gange, ces fleuves gigantesques, le paradis promis aurait eu une autre image.

Le bédouin n’a ni murs, ni portes, ni serrures. Son maigre bien n’est protégé que par une dérisoire haie de broussailles, qu’il entasse parfois autour de son campement, et par les crocs impitoyables de chiens faméliques et affamés. Ajoutons à ces conditions matérielles singulières, l’isolement du nomade dans son désert, privé de la protection effective qu’assurent au sédentaire le gendarme et le juge. Dans les langues sémitiques, le terme « din » signifie religion ou bien loi. Le mot  « médina » signifie la ville en arabe ; c’est donc le territoire où règnent la loi et/ou la religion. En dehors de ce périmètre privilégié, le bédouin est donc celui qui n’a ni foi ni loi. Il ne connaît, comme l’Islamiste, que la loi du plus fort, dite loi de la jungle.

Pour le Bédouin, le travail est l’apanage de l’esclave.

« Le nomade n’est pas tant le fils que le père du désert”.  Jean Dorst, La force du vivant (1981)

Le bédouin a un mépris sans limites pour le travailleur, qu’il soit intellectuel ou manuel, et particulièrement, envers le cultivateur. Nous en voyons deux preuves parfaitement convergentes. D’une part, il y a le texte du hadith où il est affirmé que la honte entre dans une maison en même temps que la charrue. On ne peut oublier, à titre de rappel, que les bédouins arabes qui ont envahi le Maghreb (premières invasions du septième siècle, puis secondes invasions hilaliennes du onzième siècle) ont eu un plaisir sadique à détruire toute l’infrastructure agricole (barrages, routes, puits, aqueducs), édifiée durant les siècles par les générations de paysans berbères. D’autre part, on constate, de nos jours, une forte proportion de noirs parmi la population des oasis. Ce sont les descendants des harrathines (les laboureurs), des esclaves noirs que les Arabes affectaient aux travaux agricoles. A l’évidence, c’est dans cette mentalité que s’enracine la pérennité de l’esclavage dans le monde arabe, particulièrement dans la Péninsule arabique. Dans ces pays, seuls travaillent les esclaves modernes : immigrés « arabes », noirs et asiatiques Ce mépris à l’égard du travailleur jette une certaine lumière sur l’accusation de paresse qu’on a souvent porté à l’encontre de l’Arabe et qui expliquerait son inefficacité dans la vie et la compétition modernes. 

« On est mieux assis que debout, couché qu’assis, endormi qu’éveillé et mort que vivant. » ce proverbe arabe est des plus explicite

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Les vertus guerrières du Bédouin

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Qu’y-a-t-il de commun entre Attila (395-453), Gengis-Khan (1160-1227), Tamerlan (1336-1405),… et les Bédouins arabes ? Ils ont tous été nomades : Huns, Mongols, Turcs ou Arabes. Les steppes et les déserts ont fabriqué leurs corps rabougris et trapus, indomptables puisqu’ils ont survécu à des conditions physiques extrêmes. Jamais, hommes n’ont été davantage les fils de la terre, expliqués par elle, voulus par le milieu, immédiatement « lisibles » en leurs mobiles et en leur comportement dès qu’on connaît leur mode d’existence. Pour les sédentaires de Byzance, de Perse ou d’Égypte, le Bédouin arabe, le Turcoman ou le Mongol sont proprement des sauvages, qu’il s’agit d’intimider par quelques parades, d’amuser avec quelques verroteries ou quelques titres, de tenir en respect loin des terres cultivées. Quant aux nomades, leurs sentiments se devinent. Les pauvres pâtres qui, les années de sécheresse, sur l’herbe rare de la steppe et du désert, s’aventurent de point d’eau tari en point d’eau tari jusqu’à l’orée des cultures, aux portes du croissant fertile, de l’Égypte, de l’Ifriqya ou de la Transoxiane, y contemplent, stupéfaits, le miracle de la civilisation sédentaire, les récoltes plantureuses, les villages regorgeant de grains, le luxe des villes. Ce miracle, ou plutôt le secret de ce miracle, le patient labeur qu’il a fallu pour aménager ces ruches humaines, le nomade, le bédouin, ne peut le comprendre. S’il en est ébloui, son réflexe millénaire est pour l’irruption par surprise, le pillage, puis la fuite avec le butin.

Ajoutons que les bédouins, selon Ibn Khaldoun, se trouvent appartenir à une race intelligente, équilibrée, pratique, qui, dressée par les dures réalités du milieu, est naturellement préparée pour le combat militaire. Que les sociétés sédentaires, souvent décadentes, cèdent facilement sous le choc des nomades. Le nomade entre dans la cité et, une fois passées les premières heures de tuerie, se substitue sans grand effort aux potentats qu’il a abattus. Sans s’intimider, il s’assied sur les trônes les plus vénérables. Le voilà calife de Damas ou de Bagdad, grand-khan de Chine, roi de Perse, empereur des Indes, sultan des Roums. Jusqu’à ce qu’une nouvelle horde nomade vient le détrôner.

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D’où vient que cette aventure réussisse presque toujours, que le même rythme se renouvelle pendant dix mille ans ?

C’est que, pendant tout ce temps, le nomade, bien que fort arriéré pour la culture matérielle, a possédé une avance, un avantage militaire énorme. Il a été l’archer à cheval. Une cavalerie incroyablement mobile d’archers infaillibles, voilà « l’arme » technique qui lui a donné sur le sédentaire. Le monde entier connaît les admirables qualités du cheval arabe. Il est souvent cité comme le « plus beau cheval du monde ». C’est aussi l’une des races les plus anciennes qui soient. D’une race intelligente et toujours prête à apprendre, ce cheval a développé une grande endurance et une résistante exceptionnelle à l’effort prolongé. Comme pour le cheval arabe, le cheval mongol est docile, intelligent et extrêmement résistant.

La mobilité, l’ubiquité hallucinante de cette cavalerie font d’elle une sorte d’arme savante. L’archer ou le Bédouin à cheval a donc régné sur le monde pendant 10 millénaires, parce qu’il était la création spontanée du sol même, le fils de la faim et de la misère, le seul moyen pour les nomades de ne pas entièrement périr les années de disette.

Défaite des nomades, victoire de la civilisation

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Ce conflit géostratégique mondial entre nomades et sédentaires s’achève à l’avantage des sédentaires au début du XVIe siècle, avec l’implosion de l’Empire mongol. Cette implosion est due à trois causes principales. La première est la décadence produite par les rivalités internes des différentes hordes qui se sont séparées et affaiblies. La deuxième est le développement de l’artillerie moderne qui bat en brèche la supériorité militaire des cavaliers nomades. La supériorité technologique des sédentaires l’emporte définitivement sur les qualités guerrières des nomades. La troisième, curieusement, est la tolérance religieuse des Mongols. Toutes les grandes religions de l’époque sont présentes dans l’Empire mongol où Tengri, « le ciel très haut », la principale divinité du chamanisme mongol peut, selon les chamans, contenir tous les autres dieux. Pendant que l’Europe passe de l’Inquisition aux Guerres de Religion, tout en poursuivant le combat contre l’Islam, la capitale mongole de Karakorum est le seul lieu au monde où, sans affrontements religieux, les temples bouddhistes voisinent avec les mosquées et les églises chrétiennes nestoriennes. Cette tolérance sonnera la perte des Mongols dont les antagonismes seront exacerbés par les conversions de certaines tribus à des religions beaucoup moins tolérantes que leur chamanisme originel. L’issue de ce conflit géostratégique entre nomades et sédentaires sera la montée des impérialismes religieux qui caractérisent les empires sédentaires.

La guerre entre nomades et sédentaires, commencée par des escarmouches au néolithique 8.000 avant J.C., s’achèvera au XVIe siècle, soit pendant presque 10.000 ans. Pour la première fois, mais aussi pour toujours, la technicité militaire a changé de camp, la civilisation est devenue plus forte que la barbarie.

Le bédouin, n’a qu’une obligation morale : obéir au Cheikh

Son attitude, d’origine tribale, envers des notions telles que la loyauté, l’objectivité et la neutralité ne peut être comprise indépendamment de la sociologie nomade. Sa loyauté inconditionnelle étant réservée au Cheikh de la tribu, l’objectivité lui devient étrangère et la neutralité tient de la trahison.

La fidélité au Cheikh de la tribu (ou du parti islamiste) est personnelle par sa nature, alors que la loyauté envers l’État  est une notion plus abstraite et plus objective. L’obéissance aux désirs et aux ordres du Cheikh est la contrepartie de l’engagement du citoyen moderne aux règlements constitutionnels et légaux de l’État. Il n’est guère étonnant que les tenants de l’islamo-béduinisme, les islamistes tunisiens, fassent tout pour éradiquer toute référence à l’État tunisien et à ses acquis historiques, dont le 9 avril et le 20 mars. Dans l’environnement tribal (ou islamiste), on ne peut discuter de sujets tels que la diversité ou l’acceptation d’autrui; on ne peut s’engager à une autocritique ou à admettre la critique venant d’autrui. On ne peut reconnaître que le savoir est universel et qu’il est le legs collectif de l’humanité entière. En fait, la notion même de l’«humanité» est étrangère à la société tribale, et donc à la mentalité islamiste. La Troïka au pouvoir en Tunisie, ou les Frères Musulmans en Égypte, en sont les exemples les plus flagrants et les plus choquants.

Wahhabisme = islamisme + bédouinisme

https://systemophobe.files.wordpress.com/2019/03/a0bc1-arabie.pngLe Wahhabisme, cet islam bédouin, sectaire et déviant, a été conçu et propagé au courant du demi-siècle dernier par des tribus bédouines vivant dans les déserts intérieurs de l’est de la Péninsule d’Arabie, le Nejd. Il a été initié, encouragé et soutenu par les impérialistes et les sionistes anglais, afin de diviser l’islam, de bouter les Turcs hors du monde arabe, de mettre la main sur les richesses arabes, et de créer un terrain favorable à la création d’Israël. On pourra se référer, pour plus de détails, à nos articles « Confessionsde l’espion britannique à l’origine du wahhabisme » et  « Origines de la connivencewahhabisme-sionisme ».

Cet islam wahhabite, c’est aussi la revanche des tribus du Nejd sur celles du Hedjaz, car ces dernières ont toujours « trusté » tous les honneurs inhérents à l’islam orthodoxe. On voit de nos jours avec quel acharnement les Wahhabites, dont les représentants locaux sont les Nahdhaouis et leurs comparses salafistes, s’acharnent à détruire toute trace de l’islam authentique. Lors de leur prise de Mekka, les Wahhabites avaient saccagé toutes les reliques historiques, dont certaines dataient du temps du prophète. Ils ont brûlé tous les anciens exemplaires du coran, qui avaient plus de mille ans d’âge, et ont récupéré leurs couvertures en cuir pour en faire des savates. De nos jours, l’ancienne demeure d’Aïcha, l’épouse préférée du Prophète, a été transformée en toilettes publiques ! La maison où le Prophète était né a été transformée en bibliothèque, sans qu’aucune référence au Prophète ne soit indiquée. C’est cette secte qui gouverne la plupart des pays arabes de nos jours. Aucun arabe, aucun musulman ne réagit ni ne proteste.

Peut-on imaginer que des sectes chrétiennes ou juives transforment le Saint-Sépulcre ou le Mur des Lamentations en vespasiennes ? Assurément pas, car chrétiens et juifs, croyants ou athées,  pratiquants ou non, toutes obédiences confondues, ont du respect pour la religion et pour ses symboles. 

Est-ce la mort de l’islam authentique, fraternel et tolérant ?

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Dans ce cas, les anglo-sionistes auraient réussi au-delà de toutes leurs  espérances.

L’un des développements les plus alarmants des dernières années, est que l’hérésie wahhabite n’a pas monopolisé seulement les centres et les écoles islamiques à travers le monde, mais elle a aussi élargi son cercle d’influence pour conquérir le pouvoir temporel et spirituel dans la quasi-totalité du monde arabe. Ses tentacules s’étendent jusqu’à de vénérables institutions Islamiques dans des pays comme l’Égypte (Al-Azhar), la Tunisie (Ezzitouna), et d’autres, rongeant leurs traits originaux, et les remplaçant par les siens.   Ainsi, alors que jadis on reconnaissait en écoutant son sermon du vendredi, un  orateur comme étant Shaféite ou Hanafite en Égypte, Malékite au Maroc ou en Tunisie, on entend aujourd’hui un tout autre ton, une note unique, Hanbalite, accordée à la musique d’Ibn Taymiyah ou d’Ibn Abdoul Wahhab. Ce dernier n’a jamais été un juriste, mais simplement un prêcheur (formé, téléguidé et encouragé par les impérialistes et les sionistes anglais) cherchant des conversions à l’Islam bédouin (obscurantiste, archaïque et déviant) du Nejd, qu’il faut entendre dans le contexte de ses origines désertiques, tribales, bédouines, et insulaires.   Si ce n’était pour le pétrole découvert dans ces régions, cette hérésie de l’Islam serait restée prisonnière de la géographie et des dunes sablonneuses du Nejd, dunes qui n’ont produit ni art, ni musique, ni littérature, ni science, ni philosophie. Rien, que du malheur et de la misère pour les Arabes, pour les Musulmans, pour l’Humanité.

Hannibal Genséric

Citation :

Seul le Coran oblige, la charia est une fabrication humaine, un carcan élaboré par des hommes au IIIe siècle de l’hégire. L’alternative est donc un islam coranique qui, lui, est totale liberté. Personne n’a jamais rapporté avoir vu le Prophète armé d’un gourdin, tenant une fiole de vitriol et portant une bombe à la ceinture pour faire appliquer par tous les moyens al-amr bil maarouf wan nahyi anil mounkar [« la promotion de la vertu et l’interdiction du vice »].

Ceux qui ont fabriqué la charia ont dénaturé le Coran, qui n’est que liberté et respect de l’individu. Il faut que les croyants se regroupent contre cette inquisition.

Si un jour les musulmans authentiques constituent un front conscient ayant une doctrine bien structurée à leur portée, on entrera dans la modernité, car le Coran est modernité. « La Ikraha fid din » [« Nulle contrainte en religion », Coran, II, 256], des mots simples et clairs pour souligner que l’islam n’impose rien et ne recèle pas les interdits qu’on lui prête. Tout ce qui relève des libertés individuelles est respecté et protégé par le Coran.

Mohamed Talbi , savant islamologue

 

Humour « Barbares »


dilem - migrants

Sacré Dilem…

Al-Kamil fi al-Tarikh – Annales du Maghreb & de l’Espagne


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Auteur : IBN EL-ATHÎR

Ouvrage : Al-Kamil fi al-Tarikh

TRADUITES ET ANNOTÉES
PAR  E. FAGNAN


ibn-athir

Ibn al-Athîr : Biographie

Il naquit le 13 mai 1160 à Jazirat Ibn Omar ), l’actuelle Cizre en Turquie. Il est de la tribu arabe des Banu Shayban, apparentées au Banu Bakr, qui vivaient en haute Mésopotamie. C’est du nom de cette tribu que provient le nom de la ville de Diyarbakir.

Son père s’est chargé de son enseignement. Il lui a appris le Coran et les rudiments de la lecture et de l’écriture.
Izz al-Din ibn al-Athir s’est déplacé à Mossoul où il a poursuivi ses études. Il a étudié différentes sortes d’études, mais il s’est spécialisé dans les sciences de hadith et de l’histoire. Il est devenu à son époque une référence dans ces deux disciplines : la généalogie des tribus arabes, les biographies des sahaba.

Il est considéré parmi les plus grands historiens de l’Islam après Tabari. Ses voyages, ses fonctions auprès du gouverneur de Mossoul et ses sorties avec Saladin dans ses expéditions lui ont permis d’accumuler des renseignements importants qu’il a ensuite transcris dans ses œuvres de l’histoire.
Parmi ses œuvres, on cite :

  • Al-Kāmil fī At-tārīkh, ou Histoire Complète ). Ce livre est une source de toute première importance pour la première période des Croisades et jusqu’à la chute du Royaume de Jérusalem. Le texte complet en arabe est disponible sur internet.
  • Al-Tārīkh al-bāhir fī al-Dawlah al-Atābakīyah bi-al-Mawṣil, Histoire de l’État atabeg.
  • Usd Al Ghāba fī Ma`rifat As-sahāba, Les lions de la forêt et la connaissance des Compagnons fī maʕrifat ‘al-ṣaḥāba)), livre biographique citant plus de 7000 compagnons du Prophète.
  • Al-Lubāb fī tahdhīb al-ansāb, un livre sur la généalogie.

Ibn al-Athîr: Ses frères

Ibn al-Athîr

Ses deux frères se sont eux aussi distingués, l’aîné comme lettré spécialiste de la tradition et du langage, le cadet comme critique littéraire. Ils ont joué un certain rôle politique, le premier au service d’un prince Zangide de Mossoul, le second de Saladin puis de son fils, Malik al-Afdhal.

Principales conclusions

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite. Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh, considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte contre la troisième croisade.

 

Introduction

Izz ed-Din Aboû’l-Hasan ‘Ali ben el·Athîr Djezeri, né à Djezirat
Ibn ‘Omar, sur la rive droite du Tigre, à trois journées nord-ouest
de Mossoul, le 4 djomada 555 (12 mai H60), mourut en cha’bân
630 (mai-juin 1233). Second fils d’un personnage qui avait l’empli
de hautes fonctions administratives, il fut lui-même chargé de
plusieurs missions à la cour de Baghdâd, mais renonça à cette
carrière pour se livrer tout entier aux travaux littéraires.
Il a laissé divers ouvrages, dont plusieurs ne paraissent pas
être parvenus jusqu’à nous; le plus connu et le plus souvent cité
est le vaste corps d’annales, le Kâmil fi ‘t-tarikh, qui s’étend jusqu’à
la fin de l’année 628 de l’Hégire, ce qui jouit à juste titre d’une
haute estime auprès des savants musulmans et européens. Cette
chronique a été publiée par C. J. Tornberg à Leyde (Ibn et-Athiri
Chronicon, 14 vol. 8°, 1851-1876) chez l’éditeur Brill, à qui les études
orientales ont tant d’obligations; elle a été aussi réimprimée à.
Boulak, bien ‘vraisemblablement, à en juger par les passages que
j’ai collationnés, d’après l’édition du savant européen. C’est de cette … dernière que j’ai extrait ce traduit tout ce qui concerne le Maghreb
et l’Espagne; j’ai pu aussi, pour une faible partie seulement, collationner
les manuscrits de Paris pour quelques passages douteux.
Malheureusement la plupart des chapitres ayant trait à l’Occident
ne figurent pas dans tous les exemplaires, alors que, notamment,
divers noms géographiques corrompus ou dépourvus de points
diacritiques ne peuvent guère être rétablis que par le rapprochement
de plusieurs copies. Disons en passant que ces lacunes semblent
autoriser la supposition qu’Ibn el-Athîr, écrivant en Orient et n’ayant
vraisemblablement pas sous la main des sources assez nombreuses
et sûres pour l’histoire de l’Occident, a pu ajouter ces chapitres
Postérieurement, de façon à établir une seconde édition de son
livre. Cependant on pourrait croire aussi que ces additions sont

l’oeuvre de Mohammed ben Ibrâhîm el-Wat’wât’, qui mourut en
718 (1318-19 de J .-C.) et annota le Kâmil, au dire du bibliographe
Haddji Khalfa (1).
On a souvent, et avec raison, relevé le fait que les chroniqueurs
orientaux sont peu et mal renseignés sur les événements du Maghreb.
Mais Ibn el-Athir constitue une brillante exception. Il ne cite pas
les sources auxquelles il a recouru, mais elles sont bien choisies,
et maintes fois elles complètent ou rectifient ce que nous savons
par ailleurs; les lacunes que présentent parfois ses annales ne lui
sont peut-être pas toujours imputables, et je suis très porté à
croire que la portion ici traduite de son oeuvre mérite les éloges
qu’on accorde unanimement à son récit des faits relatifs à l’Orient.
La première obligation du traducteur d’un texte arabe consiste
sans doute à rendre aussi fidèlement que possible la pensée de
l’auteur, mais aussi, ce que certains paraissent oublier, sous une
forme toujours intelligible dans la langue adoptée. A mes yeux ce
n’est cependant pas tout: une partie non moins importante de son
rôle est de fournir les éclaircissements et rapprochements indispensables
pour compléter, vérifier ou contredire les assertions d’un
texte destiné à d’autres encore que des arabisants.
Tel est le but de notes assez nombreuses, bien que généralement
aussi succinctes que possible, et qui auraient pu être plus copieuses
si j’avais eu plus de facilités de recherches ou le désir d’augmenter
le nombre de ces pages.
Je ne pouvais omettre la traduction de certains fragments déjà
faite ailleurs, ci j’ai signalé le fait autant que je l’ai pu ; mon travail
a cependant toujours été fait d’une manière indépendante, et peut-être
les arabisants et les historiens trouveront que, même pour ces
portions, et bien que n’ayant aucun caractère officiel, il ne fait pas
toujours double emploi.

Conquête de Tripoli de Barbarie et de Bark’a

suite…

annales du Maghreb et de l »Espagne-PDF

L’ORIGINE DES BERBÈRES


Auteur : M. G. OLIVIER

Année : 1867

Avocat, Officier d’Académie, secrétaire perpétuel de
l’Académie d’Hippone,
Membre correspondant de l’Académie de Caen, etc.,

PREMIÈRE PARTIE.

Mœurs et usages communs aux Berbères et aux
anciennes nations établies dans le bassin oriental de la
Méditerranée.

I.
On s’accorde volontiers à admettre, aujourd’hui, que
le Sahara était primitivement une mer ; que la Tunisie,
l’Algérie et le Maroc formaient alors une presqu’île, désignée
sous le nom de Berbérie, longue bande de terre jointe
à l’Espagne par un isthme situé où s’est ouvert depuis le

détroit de Gibraltar. Par contre, le véritable continent africain
commençait seulement au pied du Djebel-el-Kamar.
Les récentes et si curieuses observations malacologiques
de M. Bourguignat semblent confirmer ces données en
établissant que le contour des derniers contreforts méridionaux
de l’Atlas, ancienne plage de la mer saharienne,
a précisément la même faune conchyliologique que les
côtes septentrionales de notre Berbérie baignées par la
Méditerranée. Pour augmenter encore la consistance de
cette induction, il resterait à constater qu’une faune à peu
près identique se retrouve sur la rive sud de la mer saharienne,
rive nord de l’ancien continent africain. On y arrivera
probablement un jour.
Dans l’hypothèse que je viens d’exposer sommairement,
on suppose aussi que les îles composant à cette
heure le groupe des Canaries et celui des Açores, sont des
sommets de montagnes, surnageant au-dessus de l’abîme,
de deux continents submergés avec l’Atlantide, à l’époque
même où, par un mouvement de bascule, un relèvement
de terrains faisait de la mer saharienne un désert de sable.
Ces continents étaient-ils reliés à l’Atlantide, en étaient-ils
indépendants ? D’après leur faune malacologique, M.
Bourguignat pense qu’ils en étaient indépendants.
Quels hommes ont y habité ces contrées, alors que
la nature les modifiait si étrangement, ou les ont envahies
après ces modifications, pour former la première assise de
leurs habitants actuels ? Ces hommes étaient-ils demeurés
réfugiés dans tes hauts plateaux de l’Atlas que le
cataclysme n’avait pas ébranlés, en admettant que cette
révolution soit le résultat d’un cataclysme et non d’un lent
travail de, la mature ; se sont-ils emparés de la Berbérie
après l’apaisement ? Venaient-ils de l’occident à travers le

détroit nouveau creusé par l’océan ? sortis de l’Asie,
comme toutes nos races européennes actuelles, avaient-ils
gagné, à travers l’Égypte et les plages sablonneuses de
la grande Syrte, la Berbérie raffermie sur ses bases ; ou
bien enfin, issus de l’ancien continent africain, avaient-ils
poursuivi jusqu’au delà du désert la mer qui les avait fui ?
Problèmes difficiles sinon impossibles à résoudre. Cependant,
ignorants que nous sommes de ce que l’avenir nous
garde de lumières inattendues, nous devons marcher courageusement
en avant dans la voie de la science, si obscure
qu’elle nous paraisse au départ. Marchons donc.
Quels qu’aient été les premiers habitants de la Berbérie
et quel qu’ait été leur berceau, on les désigne sous
le nom de Berbères, et l’on est convenu d’appliquer ce
même nom aux Touaregs égarés dans le désert, aux Kabiles
étagés dans les montagnes de notre province, et enfin
à la plupart des indigènes qui, mêlés aux conquérants
arabes, n’ont pas cessé de cultiver les plaines comprises
entre Bône, Constantine et Bougie. C’est l’opinion de
l’un des plus studieux investigateurs de l’histoire de notre
Algérie, M. le baron Aucapitaine, membre correspondant
de l’Académie d’Hippone.
« Quant aux provinces de Constantine et de Bougie,
dit-il dans une Notice ethnographique sur l’établissement
des Arabes dans la province de Constantine(1), elles restèrent,
sous la domination des Arabes Riah, la demeure des
anciens peuples de race berbère, qui l’habitaient primitivement
et que nous y retrouvons aujourd’hui.»
____________________
(l) Recueil de la société archéologique de la province de
Constantine, 1865 p. 92.

____________________

Et plus bas :
« On peut avancer qu’il en fut des Arabes autour
de Constantine comme des Francks en Gaule; quoique
la nation ait gardé le nom des envahisseurs, le fond de
la population, à bien peu d’exceptions près, est presque
entièrement formé par les descendants des vaincus. »
D’accord sur ce qu’il faut entendre par Berbères,
cherchons d’où ils procèdent.
Des esprits, excellents d’ailleurs, regardent les Ibères
et les Berbères comme des débris de la race atlante qui
auraient occupé à un moment donné la presqu’île ibérique
et son annexe la Berbérie. Jusqu’à présent on ne sait
rien des Atlantes ; tout point de repère et de comparaison
manque; on ne peut donc que conjecturer. Aussi d’autres,
moins affirmatifs, se bornent-ils à supposer qu’Ibères et
Berbères sont également de famille occidentale, mais sans
leur prêter ni point de départ ni route déterminés. Rien ne
s’oppose à ce qu’Ibères et Berbères soient parents ; la terminaison
identique des deux noms pourrait annoncer deux
branches d’une même souche ; Berbère pourrait même
signifier à la rigueur, Ibère du dehors. Mais il n’y a là
que de bien légers indices. Quoiqu’il, en soit, et à défaut
de données positives, il serait naturel, si l’on devait s’en
tenir à la ressemblance des noms, d’affilier les Ibères du
continent hispanique aux Ibères du Caucase. Ceux qui, à
priori, veulent qu’Ibères et Berbères aient eu pour berceau
l’ouest de l’Europe, appuient leur supposition principalement
sur les deux faits suivants : d’une part, qu’il existe
sur la côte africaine des dolmens, monuments propres aux
races occidentales ; de l’autre que la langue berbère n’a pas
d’analogues en Asie. L’existence des dolmens en Afrique

semblerait en effet relier les Berbères aux Celtes, ou même
à une race antérieure à ceux-ci, race que leur invasion en
Europe aurait éparpillée et projetée partie au nord et à
l’est de l’Europe, partie, peut-être, sur la côte africaine.
Rien jusqu’ici ne dément ou ne confirme ces hypothèses
; rien surtout ne permet encore de préjuger quelle durée
et quel caractère aurait eus, sur notre sol, le séjour de ces
bâtisseurs de dolmens: l’affinité linguistique du berbère
aurait plus de portée, mais, à cette heure, personne que
nous sachions n’a osé se prononcer sur sa filiation glossologique.
Qu’importe au surplus que dans les veines des populations
berbères il conte ou non quelques gouttes plus ou
moins altérées de sang atlante ou ibérique ? Tant de siècles
se sont écoulés depuis le temps où l’Ibérie et la Berbérie
se touchaient par l’isthme de Gibraltar ! tant de peuples
se sont, depuis lors, choqués, superposés, mêlés sur tous
les bords de la Méditerranée, qu’il est bien malaisé de
rien entrevoir dans les profondeurs de ce passé antétraditionnel.
D’ailleurs, un peuple n’existe que du jour où il
forme une société ; c’est-à-dire du jour où il adopte une
langue, des coutumes et des usages communs. Je nomme
la langue la première, Comme l’élément le plus sérieux.
Aussi me proposais-je de faire de l’idiome: de nos indigènes
la matière d’une étude spéciale et d’un article à part.
Aujourd’hui je veux seulement examiner de quels
peuples anciens, les indigènes qui m’entourent et au
milieu, desquels je vis depuis tout à l’heure vingt ans, se
rapprochent plus particulièrement, par les traits du visage,
les usages et ses habitudes. C’est l’objet du présent travail,
et voici à quelle, occasion j’en ai conçu la pensée.

II.
Le 27 octobre 1865, j’avais à défendre aux assises
de Bône un indigène de la tribu des Beni-Ameur, Ahmedben-
Ali, accusé d’un meurtre commis dans les circonstances
suivantes, Le 25 mars précédent, les gens de sa
tribu avaient acheté en commun une vache pour la tuer
le lendemain près d’un figuier vénéré sous lequel repose
le marabout Sidi-Embarek. C’était un sacrifice qu’ils faisaient
pour obtenir de la pluie, et presque tonte la tribu
y assistait. L’immolation accomplie, on se partagea les
chairs de la victime qui furent consommées pris du saint
tombeau ; puis on mit la peau aux enchères. C’est alors
qu’une querelle surgit entre deux familles, et qu’Ahmedben-
Ali, attaqué par six adversaires, asséna sur la nuque
de Messaoud-ben-Amar un coup de bâton dont celui-ci
mourut la nuit suivante.
Le matin même de l’audience où je devais plaider
cette cause, je faisais brûler des herbes hersées dans un
champ qu’on allait labourer. Le jour venait de naître ; la
brise de mer ne soufflait pas encore ; une large colonne
de fumée blanche et à demi-transparente s’élevait doucement
et droit au-dessus du foyer et allait se répandre dans
le ciel. L’esprit tourné sans doute vers les idées de culte et
d’holocauste par l’affaire qui m’était confiée, je songeais,
en contemplant ce spectacle, que ces flocons de fumée
perdus dans les airs avaient pu suggérer à nos premiers
pères la pensée d’une relation par le feu entre la terre et
les cieux, d’une sorte de message envoyé aux puissances
divines, et enfin celle même du sacrifice, c’est-à-dire de
l’oblation sous une forme sensible d’être vivants réduits
en prière.

La première impression de l’homme en face des violences
de la nature dut être celle de la terreur ; frappé par
les orages, les déluges, les convulsions volcaniques, il dut
se demander nécessairement ce que lui voulaient ces puissances
malfaisantes, et s’il n’avait pas irrité a son issu les
maîtres de la vie. De là le sentiment de l’expiation, de la
supplication tout au moins, et, par suite, la pensée du sacrifice.
Aussi la genèse brahmique dit-elle : « L’être suprême
produisit nombre de Dieux, essentiellement agissants,
doués d’une âme, et une troupe subtile de Génies; et le
sacrifice fut institué DÈS LE COMMENCEMENT (Lois
de Manou, I. 22). » Aussi le sacrifice, c’est-à-dire l’oblation
par le feu, a-t-il laissé des traces non-seulement dans
la tradition, mais même dans l’histoire de presque tous tes
peuples. Il n’y a que des nations arrivées à la période philosophique,
soumises à des institutions purement morales
comme celles de Koung-fou-tssé et de Lao-tsseu, ou utilitaires
comme celles de l’Égypte, ou réactionnaires comme
celles de Bouddha, qui aient supprimé le sacrifice ; mais
partout où domine un rite révélé, le sacrifice subsiste,
différant seulement par le choix des victimes et le but de
l’immolation.
Il est probable que partout la victime a dû, d’abord,
être l’homme lui-même. Sans parler des Américains, chez
qui le christianisme seul a détruit le sacrifice humain, des
races nègres chez plusieurs desquelles il est essore en
pleine vigueur, sous le retrouvons à une époque relativement
récente, chez, les Celtes et dans tout le rayon kimrique,
chez les premiers Romains eux-mêmes et chez toutes
les races syro-chaldéennes. La Bible elle-même nous en
révèle un cruel exemple. dans l’immolation d’Isaac que
Dieu exige d’Abraham. Il est vrai que la substitution du

bélier semble indiquer la transition qui s’opère alors
dans les rites et les mœurs ; cependant les massacres de
Cananéens, de Madianites et de tant d’autres, égorgés
par milliers sur l’ordre exprès du dieu des Hébreux,
pourraient bien passer à bon droit pour des sacrifices
humains.
Du quinzième au treizième siècle avant notre ère, la
tradition et la poésie nous montrent le sacrifice humain
oblatoire établi en Tauride ; mais chez les Hellènes il
a changé de caractère. Achille égorge, il est vrai, douze
jeunes Troyens sur le bûcher de Patrocle ; mais ce n’est
plus une offrande aux dieux, c’est une vengeance, une
réparation aux mânes de son ami ; et encore ne faut-il. pas
oublier qu’Homère, en. parlant de ce meurtre, déclare que
le fils de Pélée avait résolu dans son âme de commettre
urne mauvaise action.
Outre ces doutes victimes humaines, Achille fait jeter
dans le bûcher de Patrocle quatre chevaux, deux chiens
« nourris de sa table » et sa propre chevelure. Chez les
Sarmates également, on brûlait avec un chef ses femmes,
ses esclaves, ses chevaux et ses chiens ; mais, je le répète,
ce n’étaient plus là des holocaustes offerts aux dieux ;
c’étaient ou des compagnons qu’on donnait au héros dans
la mort, ou des gages de sécurité assurés au héros vivant
contre les entreprises des siens.
L’usage des femmes indiennes de se brûler avec leur
époux n’a-t-il pas le même sens ?
En tout cas, dans l’Inde, cette comburation de la
femme était volontaire. Parmi les sacrifices oblatoires et
déprécatoires du culte brahmique, le plus solennel était
celui d’un cheval, l’awsameda, où la victime était consumée
tout entière en l’honneur des dieux. Mais le livre de

Manou (liv. V.) appelle également sacrifice toute immolation
d’un être vivant destiné à la nourriture, et il n’en
excuse le meurtre que sous le mérite des formules offertoires
qui l’accompagnent. Ce n’en est pas moins là une face
nouvelle du sacrifice, devenu purement utilitaire, qu’il est
essentiel de remarquer. Chez les Hellènes, sous le régime
héroïque, il n’en existe plus d’autre. Les victimes sont
le plus fréquemment prises parmi tes bêtes de boucherie.
C’est le chef de dême ou de famille qui tient le couteau
sacré. Une très-minime partie est brûlée a l’intention des
dieux ; le reste est livré aux assistants qui s’en nourrissent.
Chez tes Hébreux du Pentateuque, au contraire, le sacrifi
ce est presque entièrement oblatoire, c’est-à-dire que la
presque totalité de la victime est consumée et une faible
portion seulement réservée pour le prêtre.
Le sacrifice d’une vache, accompli par les Beni-
Ameur, sans intervention sacerdotale, avec les circonstances
que j’ai dites : — offrande déprécatoire, pour obtenir
de la plaie, et partage de la chair entre les assistants qui
la consomment, — n’a, on le voit, aucun rapport avec les
sacrifices hébreux, celtiques ou slaves ; il reproduit, au
contraire, exactement la formule du sacrifice hellénique,
avec cette teinte égyptienne que la vache en Égypte était
précisément consacrée a Isis, déesse de la pluie. (Diod., de Sic., liv. I, 2).
Isis, en effet, de qui relevait l’eau et la terre, était la
lune dans le mythe cosmologique des Égyptiens, et l’on
sait quelle influence le vulgaire attribue encore à la lune
sur la pluie et la végétation.

III.
Sans doute, ce fait d’un usage mythologique, nuancé

de rite hellénique et de croyance égyptienne, subsistant
au milieu de populations musulmanes, ne sentait à lui
seul, quelque remarquable qu’il soit, rien impliquer touchant
l’origine de nos Berbères. L’Égypte et après elle
sa parente l’Hellénie ont eu des relations incessantes de
commerce et de colonisation avec le nord du confinent
africain, et il est naturel de retrouver des traces de ces
relations dans les coutumes de nos indigènes. Aussi avant
d’en rien préjuger, il faudrait trier, en quelque sorte, tous
les usages de nos indigènes ; et dans les traits de ressemblance
qu’on y découvrirait avec ceux des anciennes
nations de l’Orient méditerranéen, il faudrait discerner
ceux qui ont pu naître fortuitement de conditions de vie
identiques, de ceux qui sont vraiment traditionnels. Parmi
ces derniers encore faudrait-il essayer de déterminer ceux
qui sont de première ou de seconde, main, et démêler enfin
une a une les coutumes imposées aux habitants de l’Algérie
par l’islam, Rome ou Carthage, la Grèce ou l’Hellénie
et les autres races qui s’y sont tour à tour assises on superposées.
Tel est, en effet, le but auquel je tends ; et pour épuiser
l’ordre d’idées qui me préoccupait tout ‘a l’heure, j’en
reviens aux habitudes rappelant d’anciens rites religieux.
Si je ne craignais pas de pousser un peu foin l’hypothèse,
j’inclinerais à penser, par exemple, que l’habitude de jeter
les marabouts sans la mer on dans les rivières lorsque la
sécheresse se prolonge, est un vestige bien fruste, bien
effacé, mais pourtant reconnaissable encore, des sacrifi –
ces humaine qui, je viens de le dire, ont souillé tant de
parties de l’ancien monde durant la période titanique, et
même plus tard sous l’empire des cultes cosmologiques et
anthropomorphiques.

Or, ce mot de titanique me rappelle à l’instant une
autre coutume de nos Arabes, où figure leur Chitann qui
n’est autre, ce me semble, que le Titan hellénique, le Satan
sémitique et le nôtre.
Lorsqu’ils sont atteints d’une maladie dont la diagnose
échappe à leurs médecine, ce qui est fréquent, ils
l’attribuent invariablement à l’influence de ce Chitann
tour à tour considéré, dans les religions ou les initiations
antiques, comme l’ami ou l’ennemi de l’humanité. Ils lui
immolent un coq noir; si Chitann manie la victime, la
maladie s’en va ; si; au contraire, l’offrande est dédaignée
la maladie persiste. Combien de Kabiles m’ont affirmé
avoir vu Chitann manger le coq !
Les femmes indigènes ont également, dit-on, des
pratiques bizarres et mystérieuses comme celles des Thesmophories.
Là aussi il y a des immolations de poules
rouges on noires, égorgées avec des formules traditionnelles.
Elles ont des philtres composés pour faire perdre la
raison, et d’autres pour procurer des avortements.
En 1849 j’ai vu traduire devant le conseil de guerre
de Bône, une magicienne des Beni-Urgines (ainsi s’exprimait
la procédure), avec l’oncle et la mère d’une jeune
fille à laquelle où avait fait prendre, dans le but de la faire
avorter, un breuvage où entrait du crapaud et de la couleuvre
écrasés. Pour que le remède opérât, il fallait qu’au
moment où la patiente prenait ce philtre, elle fût couchée
à terre, avec une pierre sur le ventre. Ce cérémonial avait
été scrupuleusement observé et la malheureuse en était
morte après d’affreux vomissements.
Ces sacrifices, ces philtres, ces breuvages au jus de reptile
ne rappellent-ils pas non-seulement la Thessalie, mais
l’Égypte si habile dans l’art des parfums et des potions ?

Avant de rechercher les autres points par où nos Berbères
se rapprochent des races orientales, il n’est pas sans
intérêt d’observer tout d’abord que sur ces hommes, dont
la vie est si peu compliquée et par conséquent presque
immuable, les impressions les plus anciennes sont celles
qui demeurent les plus accentuées et les plus vives. A ce
compte, ce seront nécessairement les derniers venus qui
marqueront le moins. Aussi l’action des Romains et des
Grecs proprement dits sur la race africaine, quoique sensible
encore, est-elle toute extérieure ; c’est dans le costume,
les outils de travail et les habitudes y afférentes
qu’il faut la chercher.
Les vêtements de nos indigènes, qu’ils conservent
comme Priam (Il, XIII) et Ulysse (Odys., II), dans des
coffres saturés d’essence de rose, semblent copiés sur les
peintures antiques de là grande Grèce, de Rome ou de la
Thébaïde. La gandoura brune à bandes jaunes que portent
nos trafiquants et spécialement les Tunisiens, rappelle
la Paragauda retracée dans la fresque de saint Jean de
Latran. L’Eudjar, ou voile dont les femmes se couvrent
le visage, semble l’héritier légitime de la Kalyptra grecque
; et le Chichia, du Pileolus ou Pilidion. Lorsqu’un de
nos fellahs découpe une paire d’Elga à même une peau de
boeuf, on croit voir Eumée «se taillant des sandales dans la
dépouille d’un boeuf agréablement colorié» (Od., XIV); et
lorsque ce même fellah laboure, dépouillé de son burnous
et vêtu d’une simple tunique blanche bordée d’un large
liseré rouge, on le prendrait volontiers pour un de ces alticincti
dont on retrouve l’image dans le Virgile du Vatican,
ou pour un de ces Égyptiens dont le costume ; d’après
Hérodote, consistait en une tunique de toile et un manteau
de laine blanche. (Eut., 81.)

La charrue arabe est encore l’Aratron des Grecs ; le
soc y est placé de même, à plat, à la pointe du dentale. La
harnais d’un mulet arabe reproduit exactement celui de la
bêle de somme dessinée dans les ruines d’Herculanum :
c’est le même bât retenu devant par l’antilena, et derrière
par la sangle à demi-flottante qui bride et blesse les cuisses
de l’animal.
Les vases de terre cuite que fabriquent nos potiers
indigènes sont modelés sur les différentes formes d’ampulla
recueillies dans les ruines de Rome ou les fouilles de
Pompéi Le cadus entr’autres, avec son goulot étroit et sa
base terminée en pointe, sert ici à mettre de l’huile. Dans
un article inséré à notre dernier bulletin, un de nos correspondants,
archéologue plein de zèle et d’étude, M. le
curé de Duvivier, a démontré que la mouture du blé et
de l’huile se fait exactement aujourd’hui comme sous la
domination romaine. Seulement est-ce aux Berbères ou
aux Romains qu’appartenaient ces procédés de fabrication
? Peu importe à la question qui nous occupe.
Ce qui demeure acquis, c’est que beaucoup de vêtements,
de vases, d’ustensiles de ménage, ont gardé des
périodes romaine et grecque la forme qu’ils ont encore
aujourd’hui.

IV.
La. part de rapprochements et de souvenirs que peuvent
revendiquer les Hellènes (j’entends par là les Grecs
sous le régime héroïque et un peu au, delà) est bien,
autrement importante que celle de leurs successeurs. Leur
influence sur les coutumes de nos indigènes se reconnaît
encore à de nombreuses traces. Maintenant, ces mœurs
communes proviennent-elles toutes du commerce direct

que les Hellénes ont eu avec nos Berbères, ou bien de
ce que les uns et les autres ont puisé à la même source,
l’Égypte ? Il y a là un partage assez difficile à faire. Toutefois,
comme durant l’expansion coloniale, favorisée par
la constitution du dême féodal, presque toutes les plages
de la Méditerranée ont été visitées par les navires hellènes
; que plus tard, au VIIe siècle avant J.-C., le développement
de Cyrène et de ses annexes les a mis en rapport
incessant avec les Libyens, il est hors de doute que leur
action directe a dû être considérable. L’histoire, du reste,
nous apprend que « les Asbytes, les Auschises, les Cabales
s’étaient approprié la plupart des coutumes des Cyrénéens.
» (H., Melp., 170, -171.) — La tradition ajoute :
« que les Argonautes mêmes avaient lié commerce avec
les Machlyes et les Anses établis au fond de la petite
Syrte. » (H. 179.)
Et, en réalité, que de ressemblances encore ave les
Hellènes !
Dans la préface de sa Grammaire, Tamachek, M.
Hanoteau a consigné les quelques renseignements qu’il a
pu recueillir sur les masures des Imouchak’ ! Toutes sommaires
que sont ses notions, elles sont précieuses aux rapprochements
que j’essaye.
J’y puise tout d’abord (P. XXV) quelques lignes sur
les razzias ou expéditions partielles que les Touaregs opèrent
autour d’eux :
«Souvent en querelle entre eux et en hostilité pour
ainsi dire permanente avec leurs voisins, ils font à ces
derniers une guerre de ruse et de surprise, où tout l’honneur
est pour celui qui, sait le mieux tomber à l’improviste
sur l’ennemi et lui enlever ses troupeaux. La gloire ne se
mesure pas à la résistance vaincue, mais à la richesse du

butin et à l’adresse avec laquelle on a trompé 1a vigilance
de son adversaire. Dans ces razias soudaines, malheur
aux vaincus ! Les hommes sont exterminés sans pitié, les
femmes violées et souvent mutilées pour leur arracher plus
vite leurs bijoux. On égorge les moutons et les chèvres, et
leurs chairs désossées sont entassées dans des sacs; les
nègres seuls et les chameaux trouvent grâce devant le
vainqueur, qui les ramène en triomphe dans son pays. »
Rapprochons de ce passage le récit fait par Ulysse de
l’une de ses expéditions.
« Au sortir d’Ilion, dit-il, le vent me pousse à Ismare,
sur les côtes des Ciconiens. Je saccage la ville, je détruis
le peuple ; nous partageons les femmes et les nombreux
trésors que nous ravissons dans ces murs. Personne ne
peut me reprocher de partir sans une égale part de butin
(Od., IX). »
Ces deux tableaux ne sont-ils pas identiques ?
Chez les Touaregs comme chez les Hellènes, la
guerre n’est le plus souvent qu’un moyen d’acquérir.
Un héros hellène aurait été fort mal vu de son dême,
s’il n’avait pas entrepris, de temps à autre, de ces coups
de main pour procurer à lui-même et aux siens des esclaves,
des métaux et des tissus. Ce, n’était pas la gloire que
l’Hellène non plus que l’Amachek’ recherchait dans ces
brigandages, c’était le profit ; l’essentiel étant de réussir,
la fourbe et la ruse y valaient autant que la force. Aussi,
les exploits d’Ulysse vont de pair dans Homère avec ceux
d’Achille. Lorsque le fils de Laërte se révèle lui-même aux
Phéaciens, il commence en ces termes : « Tous les hommes
connaissent mes stratagèmes ; ma gloire est montée jusqu’au
ciel. (Od. IV).» Minerve elle-même sourit avec

bienveillance aux mensonges d’Ulysse. Il est vrai que
Minerve est une divinité berbère née sur la rive du Triton.
Ce souvenir de Minerve me conduit à un rapprochement
de quelque portée.
Déjà, dans un article inséré dans la Seybouse du 3
août dernier, j’ai émis l’opinion, sur laquelle je reviendrai
plus tard, que, par les habitudes de leur langage, nos aborigènes
tenaient plus des Indo-européens que des Sémites;
le même rapport se signale dans leurs tendances religieuses.
Je m’explique.
D’après M. E. Renan, dans son Histoire générale
des langues sémitiques (p. 3 et suivantes), un caractère
qui distingue les Sémites entre tous les autres peuples,
c’est la forme de leur idée religieuse presque absolument
monothéiste, hostile au panthéisme et aux mythologies
cosmologiques ou anthropomorphiques, qui appartiennent
au contraire en propre aux nations aryennes.
Les cultes vraiment sémitiques, dit l’éminent professeur,
n’ont jamais dépassé la simple religion patriarcale…
La façon nette et simple dont les Sémites conçoivent
Dieu, séparé du monde, n’engendrant point, n’étant point
engendré, n’ayant point de semblable, excluait ces grands
poèmes divins où l’Inde, la Perse, la Grèce ont développé
leur fantaisie, et qui n’étaient possibles que dans l’imagination
d’une race laissant flotter indécises les limites de
Dieu, de l’humanité et de l’univers. Là mythologie, c’est
le panthéisme en religion ; or, l’esprit le plus éloigné du
panthéisme, c’est assurément l’esprit sémitique. Qu’il y a
loin de cette étroite et simple conception d’un Dieu isolé
du monde, et d’un monde façonné comme un vase entre
les mains du potier, à la théogonie indo-européenne, animant
et divinisant la nature, comprenant la vie comme une

lutte, l’univers comme un perpétuel changement, et transportant,
en quelque sorte, dans les dynasties divines la
révolution et le progrès.»
Si, d’une part, on admet le monothéisme somme un
penchant spécial et tranché de la conscience sémite, tandis
que le polythéisme serait une expression propre du génie
aryen ; si, d’autre part, on compte au nombre des berbères
les populations libyques établies autour des deux Syrtes,
il s’ensuivra que, par ce côté encore, les Berbères s’écarteraient
des Sémites et se montreraient non moins Ariens
que leu Hellènes, les Slaves et les Germains. Car Hérodote
fait naître parmi eux plusieurs des divinités intronisées
dans l’olympe : Neptune, Tritonis et Minerve entre
autres. Mais, peu; importe et le nom et le nombre ; il
sait que l’esprit libyque acceptât des dieux anthropomorphiques
et surtout des déesses, idée abhorrente aux Sémites,
pour trahir la parenté des Berbères avec la famille
aryenne. Voilà donc des dieux d’origine libyque obtenant
droit de cité chez les Hellènes ; plus tard, les traditions
religieuses de ces derniers prennent également cours chez
leurs voisins libyens. La disposition d’esprit est la même
des deux côtés.
Il est un autre trait de caractère par où les Berbères se
rapprochent pareillement des Hellènes, c’est par l’instinct
démocratique ; car le sentiment de la démocratie existait
déjà en Grèce, même sous les rois. Pour peu qu’on étudie
avec attention l’Odyssée et même l’Iliade, on reconnaîtra
que le dême formait auprès du héros un pouvoir délibératif
souvent prépondérant. Télémaque défend à grand’peine
son sceptre et son autorité contre le dême ithacien ; et si
Hector ou Ménélas s’étonnent de l’intervention du peuple
dans les affaires du jeune héros, ce n’est pas comme d’un

empiétement nouveau et contraire au droit politique de
l’époque, mais comme d’un ingrat oubli des bienfaits et
de la bonté d’Ulysse.
Dans l’agora militaire, fait plus significatif encore,
tous les guerriers avaient également voix consultative,
sauf aux chefs à prendre le dessus et à diriger les votes.
Parmi les Doriens surtout, on retrouve coexistants
trois éléments qui semblent contradictoires et qui pourtant
se mariaient sans difficulté dans leur pensée : un amour
profond de la démocratie, des chefs héréditaires et non seulement
des esclaves, mais des serfs, car les vaincus
d’Hélos étaient plutôt des serfs que des esclaves.
Le même sentiment démocratique se retrouve encore
vivant chez nos Kabiles. Chez eux, la constitution de la
commue rappelle celle du dême, et leurs mia’ad (mot où se
rencontrent les formatives du mot dama), les agoras helléniques.
Mais ce qui rend le rapprochement plus frappant,
c’est que ce démocratisme coexiste chez les Touaregs,
comme chez les Doriens, avec les mêmes circonstances de
chefferies héréditaires et d’ilotisme.
« Un fait qui domine tout l’état social des Imouchak’
dit M. Hanoteau, c’est l’existence parmi eux d’une aristocratie
de race. Les tribus se divisent en tribus nobles ou
Ihaggaren, et tribus vassales ou tributaires, sous le nom
générique d’Imk’ad… »
« Cet état de choses parait remonter très-loin dans
le passé, et seigneurs et vassaux ont perdu le souvenir de
son origine. Les Imk’ad sont les descendants d’une nation
vaincue… »
« Pour assurer leurs privilèges et maintenir des inégalités
sociales si contraires aux instincts naturels de leur
race, les tribus nobles ont dû, dès le principe, se donner

une forme de gouvernement qui permît à un chef unique
de concentrer leurs forces et de réunir leurs efforts contre
les tentatives d’indépendance du peuple opprimé. Aussi
la constatation politique du pays est-elle une espèce de
monarchie féodale dans laquelle le roi gouverne avec
l’assistance et probablement aussi sous la pression des
chefs des principales tribus nobles. L’autorité royale… est
d’ailleurs fortement tempérée par les mœurs démocratiques
qui distinguent en général la race berbère. » — Ce
tableau de la situation politique des Imouchak’ ne semble t-il
pas une peinture de-la constitution lacédémonienne ?
« Avant le mariage, poursuit fiai: Hanoteau, les
jeunes filles jouissent d’une liberté que l’on peut à juste
titre qualifier d’excessive. Elles se mêlent sans contrainte
à la société des hommes et ne prennent nul souci de cacher
leurs préférences ou leurs amours… Ces escapades ne nuisent
en rien à la. réputation des filles et ne les empêchent
pas de trouver des maris. »
A l’excès près, voilà une facilité de mœurs qui rappelle
non-seulement les habitudes anglaises, mais aussi
celles des Hellènes , parmi lesquels la jeune fille jouissait
d’une liberté qu’elle perdait en se mariant.
Entre les coutumes des anciens peuples, il faut en
général compter au nombre des plus caractéristiques celles
relatives au mariage et aux rapports sociaux de l’homme
et de la femme.
En ce qui concerne le mariage, je ne sais pas exactement
ce qui se pratique chez les Touaregs. L’usage d’acheter
la femme existe chez les Kabiles, mais il existe aussi
chez les Arabes, et il n’y a donc pas de conséquences
rigoureuses à tirer de ce rapprochement.
Car si nous trouvons ce singulier contrat en vigueur

parmi les Sémites-Hébreux, si dans la Bible le serviteur
d’Abraham achète Rebecea à Bathuel et à Laban moyennant
de très-riches présents, si Jacob achète ses deux
femmes Lia et Rachel au prix de quatorze ans de travail,
nous le retrouvons également parmi les Grecs d’Homère.
Chez les Hellènes, avant le siège de Troie, l’époux,
sans payer précisément sa fiancée, faisait au père et surtout
à elle-même des dons plus ou moins considérables
qui lui constituaient une dot. Climène, soeur d’Ulysse,
est mariée à un habitant de Samos gui comble ses parents
de dons infinis (Od., I5). Hector ne reçoit la main d’Andromaque
qu’après avoir fait de grands présents à Éetion
(Il., 22).
« Iphidamas, dit ailleurs Homère, meurt loin de sa
jeune épouse sans avoir pu lui montrer sa reconnaissance
par de nombreux présents : car il ne lui a encore donné
que cent bœufs; et parmi ses innombrables troupeaux de
chèvres et de brebis, il avait promis d’en choisir mille
(Il., 11). »
Ces présents, prix de la femme elle-même, se nommaient
chez les Grecs edna.
La dotation de la femme indigène, achetée par le
futur pour une somme débattue, est-elle autre chose que
l’edna helléniques ?
Lorsqu’une femme indigène est répudiée par son
mari sans motif sérieux, elle garde sa dot ; si, au contraire,
elle a mérité ce mépris par sa conduite, elle la restitue.
Lorsque Vulcain a pris au fi let Mars et Vénus. et qu’il
appelle les dieux à venir rire et s’indigner : « Mon piège
et mes lacs les retiendront, dit-il, jusqu’à ce que le père de
Vénus m’ait rendu les riches présents d’hymen que je lui
ai faits à cause de l’impudente épouse dont l’inconstance

égale la beauté. » Les dieux ajoutent : « Vulcain a raison,
il obtiendra l’amende due pour l’adultère (Od., liv..8). »
Au livre II du même poème, au contraire, lorsque les
prétendants pressent Télémaque de renvoyer Pénélope à
son père : « Antiaoüs, répond le prudent fils d’Ulysse, si
je renvoie ma mère de ma demeure malgré ses désirs…
j’aurai la douleur de rendre à Icare de nombreux présents.
»
Il y a deux faits graves à constater dans cet exemple
d’abord l’obligation de rendre à la femme ses présents
lorsqu’on la répudie sans qu’elle ait démérité, et, en
second lieu, le pouvoir qu’a le fils aîné, chef de famille, de
renvoyer, même malgré elle, sa mère, à ses parents.
Une femme de mon voisinage grondait son fils aîné
qui lui avait dit une, injure ; le père arriva furieux et commanda
au fils de battre sa mère, tant la prédominance de
l’homme sur la femme est constitutive de la famille arabe.
Or, Télémaque qui tout à l’heure pouvait, à sa guise, ou
renvoyer sa mère, ou la marier, avait aussi autorité pour
lui enjoindre publiquement de se retirer dans ses appartements.
— A la brutalité près, n’est-ce pas le même sentiment
?
Je terminerai ce qui me reste à dire à ce sujet en
signalant un autre trait de ressemblance.
Lorsque Achille donne des jeux funèbres après, la
mort de Patrocle, il offre comme prix de la troisième lutte
un large trépied que les Grecs estiment douze taureaux, et
ensuite un bassin couvert de fleurs sculptées de la valeur
d’un bœuf.
Cet usage d’employer le bœuf et la vache comme

valeur d’échange est commune aux Arabes. Un de nos
Drid me disait un jour: « On reproche à ma femme des
légèretés, mais peu m’importe ; elle fait très-bien le couscoussou,
et d’ailleurs elle m’a coûté vingt-quatre vaches
que j’aurais bien de la peine à ravoir. Je ne m’en déferai
pas » — Iphidamas, que nous citions tout a l’heure,
n’avait-il pas lui aussi acheté sa femme moyennant un
nombre déterminé de têtes de bétail ?
Il semblerait évidemment résulter de ces exemples
que les Arabes auraient plus de points de contact avec
les Grecs qu’avec les Hébreux, à l’endroit des habitudes
et des conditions de l’union conjugale, telles que les a
réglées le Coran. Cependant je n’hésite pas à penser que
l’achat de la femme est plus Sémite qu’Aryen. Mais ce qui
différencie essentiellement la société berbère de la société
arabe, c’est le rôle que la femme joue dans l’une et dans
l’autre. Consultons à ce sujet M. Duveyrier. Nous choisirions
difficilement un meilleur guide.
« Chez les Touareg, dit-il, la femme est l’égale de
l’homme, si même, par certains côtés, elle n’est dans une
condition meilleure.
Jeune fille, elle reçoit de l’éducation.
Jeune femme, elle dispose de sa main, et l’autorité
paternelle n’intervient que pour prévenir des mésalliances.
Dans la communauté conjugale, elle gère sa fortune
personnelle, sans être jamais obligée de contribuer aux
dépenses du ménage, si elle n’y consent pas… En dehors
de la famille, quand la femme s’est acquis, par la rectitude
de son jugement, par l’influence qu’elle exerce, sur l’opinion,
une sorte de réputation, on l’admet volontiers, quoique
exceptionnellement, à prendre part aux conseils de la
tribu. Libre de ses actes, elle va où elle veut, sans avoir à

rendre compte de sa conduite, pourvu que ses devoirs
d’épouse et de mère de famille ne soient pas négligés.
L’auteur des Touareg du Nord achève cette peinture par
un tableau comparatif de la vie de la femme berbère et de
celle de la femme arabe : d’un côté c’est la dignité de la
mère de famille, de l’autre l’asservissement de l’esclave
(p. 339). Plus loin, dans son chapitre intitulé Caractères
distinctifs, M. Duveyrier rappelle : « Dans l’ancienne
Égypte, d’après Diodore de Sicile (liv.I, ch. XX),
la femme pouvait, par contrat de mariage, se réserver
l’autorité sur son mari, même entre reine et roi, — l’analogie
intéressante qui s’harmonise fort bien à ce que nous
exposons nous-même dans ce travail, et qu’il est bon de
ne pas oublier.
Mais si par ce côté le courageux et érudit voyageur
rapproche les Berbères des Couschites, il n’oublie pas
une autre face du rôle de la femme, qui les assimile à
nos Galls, ces redoutables envahisseurs que leurs femmes
encourageaient au combat et animaient par des chants
guerriers.
« Outre leurs dispositions naturelles à la bravoure
chevaleresque, les Touareg sont encore sollicités à l’héroïsme
par leurs femmes, qui, dans leurs chants, dans
leurs improvisations poétiques, flétrissent la lâcheté et
glorifient le courage. Un Targui qui lâcherait pied devant
l’ennemi et qui par sa défection compromettrait le succès
de ses compagnons d’armes, ne pourrait plus reparaître au
milieu des siens. Aussi est-ce sans exemple.
« Entre Touareg, quand deux partis en sont venus aux
mains et que l’un d’eux est battu, les vainqueurs crient aux
vaincus, de ce cri sauvage qui leur est particulier :

Hia, hia ! hia, hia !
Il n’y aura donc, pas de rebaza !

Le rebaza est le violon sur lequel les femmes chantent
la valeur de leurs chevaliers.
A la menace du silence du rebaza, les vaincus reviennent
à là charge, tant est grande la crainte du jugement
défavorable des femmes.»
J’essayerai plus tard de démêler si ce trait d’union
entre les Berbères et les Galls tient à une communauté
d’origine ou au long contact des Ibères et des Celtes dans
le midi de la France.
Les mêmes habitudes de bienveillance qui attachaient
souvent l’esclave au héros, comme le montrent Eumée et
Euryclée, existaient parmi les Arabes, où il n’était pas rare
d’entendre le maître appeler l’esclave : « K’ouïa ! Mon
frère ! » C’est ainsi que Télémaque appelle Eumée.
M. Duveyrier constate que le même sentiment a persisté
chez les Berbères.
« Là, presque tous les Touareg nobles et riches, dit-il,
ont des esclaves nègres du Soudan amenés par des
caravanes, et aujourd’hui vendus à vil prix dans le pays
; quelques serfs en possèdent aussi… L’esclavage, chez
les Touareg comme chez tous les peuples musulmans, est
très-doux et n’a rien de commun avec le travail forcé des
colonies. Dans la famille musulmane, l’esclave est traité
par son maître avec les plus grands égards, et il n’est pas
rare de voir l’esclave se considérer comme un des enfants
de la maison. »

V

suite…

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