Islamisme et bédouinisme


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« Le grand nomade a les instincts exactement inverses [de ceux du sédentaire]. Politiquement, c’est un anarchiste, un nihiliste, il a une préférence profonde pour le désordre qui lui ouvre des perspectives. C’est le destructeur, le négateur» Dans (Histoire et historiens de l’Algérie, p. 31). Par Émile-Félix Gautier (1864 – 1940), géographe et ethnographe français, spécialiste de l’Afrique du Nord.

Le sinistre « Printemps Arabe », autre nom des « révolutions de couleur » ou « changement de régime » semble maintenant  contaminer l’Algérie. Les évènements vécus en Tunisie  et en Égypte en 2011 semblent se répéter en Algérie, avec leurs lots de collabos et de trolls travaillant pour l’Empire anglo-sioniste. Comme en Tunisie et en Égypte, les sionislamistes s’apprêtent à rafler la mise pour mettre le pays en coupe réglée. En Tunisie, avec le « dictateur » Ben Ali, on avait une famille de malfrats voleurs ; les Trabelsi. Avec les sionislamistes, il y a maintenant des centaines de malfrats islamistes, qui, insatiables, ont ruiné le pays .  La population l’accepte sans trop rechigner : c’est au nom d’Allah et de son Prophète que ces malfrats agissent : ils seront jugés par Allah …plus tard. C’est ce que Voltaire appelait le fatalisme islamique.
Il faut étudier la genèse de la maladie dégénérative qu’est « l’islamisme sunnite » pour comprendre ce qui s’est passé depuis des siècles et ce qui se passe aujourd’hui dans le monde, qualifié abusivement, d' »arabo-musulman ». 
Nous reprenons ci-dessous un article écrit en 2013.

Le bédouinisme

On définit le bédouinisme comme étant l’organisation sociale de tribus arabes nomades chamelières, de confession sunnite. Le bédouinisme apparaît consubstantiel à l’Arabe jusque dans ses racines les plus profondes. Malgré leur importance quantitative, les habitants des villes, comme Médine ou Mekka, peuvent encore être considérés comme des bédouins sédentarisés et leur existence ne fait pas obstacle à l’importance du nomadisme dans la spécificité bédouine.
L’ethnologie même la plus simple nous apprend que chacun est le fils de son milieu, a fortiori quand ce milieu est aussi profondément typé que peut l’être le désert arabique. Ce n’est donc pas étonnant que cet emprunt originel ait marqué ce peuple d’une empreinte dont on ne peut méconnaître la profondeur et la force. Et ces traits de caractère originaux ont été exportés, à travers la religion islamique, dans toute une partie du monde dès le VIIe siècle. Ils ont même été imposés à des peuples n’ayant jamais pratiqué le nomadisme. On peut en mesurer les séquelles de nos jours, particulièrement auprès des franges de la population se proclamant de cet héritage arabo-musulman, et qu’on pourrait qualifier d’islamo-bédouin. L’Islamisme d’aujourd’hui, c’est la continuation, en milieu urbain, du Bédouinisme originel.

La sourate 16, verset 80 dit : « Dieu vous a fait de vos maisons une habitation et des peaux de bête des tentes que vous trouvez légères et pratiques le jour où vous voyagez et le jour où vous campez. De leurs laines, de leurs poils (chameaux) et de leurs crins (chèvres) il vous a fait un mobilier et autres sources de jouissance pour un certain délai.

  1. وَاللَّهُ جَعَلَ لَكُم مِّن بُيُوتِكُمْ سَكَنًا وَجَعَلَ لَكُم مِّن جُلُودِ الأَنْعَامِ بُيُوتًا تَسْتَخِفُّونَهَا يَوْمَ ظَعْنِكُمْ وَيَوْمَ إِقَامَتِكُمْ وَمِنْ أَصْوَافِهَا وَأَوْبَارِهَا وَأَشْعَارِهَا أَثَاثًا وَمَتَاعًا إِلَى حِينٍ

La vie bédouine et les mentalités individuelles

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Le bédouin vit sous la tente et se déplace souvent. Il ne peut donc posséder que les objets susceptibles d’être transportés par ses chameaux. C’est dire qu’il n’a pas ou que peu de mobilier. Il dort sur un tapis ou sur une peau de chèvre ou de mouton. Il palabre, il fume et il boit son thé sur une natte. Il est frappant de constater que l’habitude ancestrale ainsi créée s’est  perpétuée dans le monde islamo-bédouin même après des siècles de vie urbaine. En 2013, Il est courant que le prêcheur dans sa mosquée soit assis par terre, le dos appuyé à une colonne, les auditeurs étant assis en tailleur, tout autour, par terre aussi.

Le bédouin souffre de toutes les privations. Il sait que sa survie est suspendue aux aléas d’un puits sec ou ensablé. La toile de la tente est le plus frêle des abris. Quant à la ration alimentaire, elle n’est souvent faite que d’une pauvre galette, d’un peu de lait, ou de quelques dattes plus ou moins écrasées. La longue soumission à cette extrême frugalité s’est imposée dans l’inconscient collectif de tous les islamo-bédouins. Pour eux, le paradis promis, c’est lieu d’abondance, lieu de bombance. C’est le lieu où se trouvent les jardins « sous lesquels coulent des fleuves perpétuels ». Si l’Islam était apparu au Bengladesh, où les gens sont périodiquement emportés par de terribles inondations du Brahmapoutre et du Gange, ces fleuves gigantesques, le paradis promis aurait eu une autre image.

Le bédouin n’a ni murs, ni portes, ni serrures. Son maigre bien n’est protégé que par une dérisoire haie de broussailles, qu’il entasse parfois autour de son campement, et par les crocs impitoyables de chiens faméliques et affamés. Ajoutons à ces conditions matérielles singulières, l’isolement du nomade dans son désert, privé de la protection effective qu’assurent au sédentaire le gendarme et le juge. Dans les langues sémitiques, le terme « din » signifie religion ou bien loi. Le mot  « médina » signifie la ville en arabe ; c’est donc le territoire où règnent la loi et/ou la religion. En dehors de ce périmètre privilégié, le bédouin est donc celui qui n’a ni foi ni loi. Il ne connaît, comme l’Islamiste, que la loi du plus fort, dite loi de la jungle.

Pour le Bédouin, le travail est l’apanage de l’esclave.

« Le nomade n’est pas tant le fils que le père du désert”.  Jean Dorst, La force du vivant (1981)

Le bédouin a un mépris sans limites pour le travailleur, qu’il soit intellectuel ou manuel, et particulièrement, envers le cultivateur. Nous en voyons deux preuves parfaitement convergentes. D’une part, il y a le texte du hadith où il est affirmé que la honte entre dans une maison en même temps que la charrue. On ne peut oublier, à titre de rappel, que les bédouins arabes qui ont envahi le Maghreb (premières invasions du septième siècle, puis secondes invasions hilaliennes du onzième siècle) ont eu un plaisir sadique à détruire toute l’infrastructure agricole (barrages, routes, puits, aqueducs), édifiée durant les siècles par les générations de paysans berbères. D’autre part, on constate, de nos jours, une forte proportion de noirs parmi la population des oasis. Ce sont les descendants des harrathines (les laboureurs), des esclaves noirs que les Arabes affectaient aux travaux agricoles. A l’évidence, c’est dans cette mentalité que s’enracine la pérennité de l’esclavage dans le monde arabe, particulièrement dans la Péninsule arabique. Dans ces pays, seuls travaillent les esclaves modernes : immigrés « arabes », noirs et asiatiques Ce mépris à l’égard du travailleur jette une certaine lumière sur l’accusation de paresse qu’on a souvent porté à l’encontre de l’Arabe et qui expliquerait son inefficacité dans la vie et la compétition modernes. 

« On est mieux assis que debout, couché qu’assis, endormi qu’éveillé et mort que vivant. » ce proverbe arabe est des plus explicite

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Les vertus guerrières du Bédouin

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Qu’y-a-t-il de commun entre Attila (395-453), Gengis-Khan (1160-1227), Tamerlan (1336-1405),… et les Bédouins arabes ? Ils ont tous été nomades : Huns, Mongols, Turcs ou Arabes. Les steppes et les déserts ont fabriqué leurs corps rabougris et trapus, indomptables puisqu’ils ont survécu à des conditions physiques extrêmes. Jamais, hommes n’ont été davantage les fils de la terre, expliqués par elle, voulus par le milieu, immédiatement « lisibles » en leurs mobiles et en leur comportement dès qu’on connaît leur mode d’existence. Pour les sédentaires de Byzance, de Perse ou d’Égypte, le Bédouin arabe, le Turcoman ou le Mongol sont proprement des sauvages, qu’il s’agit d’intimider par quelques parades, d’amuser avec quelques verroteries ou quelques titres, de tenir en respect loin des terres cultivées. Quant aux nomades, leurs sentiments se devinent. Les pauvres pâtres qui, les années de sécheresse, sur l’herbe rare de la steppe et du désert, s’aventurent de point d’eau tari en point d’eau tari jusqu’à l’orée des cultures, aux portes du croissant fertile, de l’Égypte, de l’Ifriqya ou de la Transoxiane, y contemplent, stupéfaits, le miracle de la civilisation sédentaire, les récoltes plantureuses, les villages regorgeant de grains, le luxe des villes. Ce miracle, ou plutôt le secret de ce miracle, le patient labeur qu’il a fallu pour aménager ces ruches humaines, le nomade, le bédouin, ne peut le comprendre. S’il en est ébloui, son réflexe millénaire est pour l’irruption par surprise, le pillage, puis la fuite avec le butin.

Ajoutons que les bédouins, selon Ibn Khaldoun, se trouvent appartenir à une race intelligente, équilibrée, pratique, qui, dressée par les dures réalités du milieu, est naturellement préparée pour le combat militaire. Que les sociétés sédentaires, souvent décadentes, cèdent facilement sous le choc des nomades. Le nomade entre dans la cité et, une fois passées les premières heures de tuerie, se substitue sans grand effort aux potentats qu’il a abattus. Sans s’intimider, il s’assied sur les trônes les plus vénérables. Le voilà calife de Damas ou de Bagdad, grand-khan de Chine, roi de Perse, empereur des Indes, sultan des Roums. Jusqu’à ce qu’une nouvelle horde nomade vient le détrôner.

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D’où vient que cette aventure réussisse presque toujours, que le même rythme se renouvelle pendant dix mille ans ?

C’est que, pendant tout ce temps, le nomade, bien que fort arriéré pour la culture matérielle, a possédé une avance, un avantage militaire énorme. Il a été l’archer à cheval. Une cavalerie incroyablement mobile d’archers infaillibles, voilà « l’arme » technique qui lui a donné sur le sédentaire. Le monde entier connaît les admirables qualités du cheval arabe. Il est souvent cité comme le « plus beau cheval du monde ». C’est aussi l’une des races les plus anciennes qui soient. D’une race intelligente et toujours prête à apprendre, ce cheval a développé une grande endurance et une résistante exceptionnelle à l’effort prolongé. Comme pour le cheval arabe, le cheval mongol est docile, intelligent et extrêmement résistant.

La mobilité, l’ubiquité hallucinante de cette cavalerie font d’elle une sorte d’arme savante. L’archer ou le Bédouin à cheval a donc régné sur le monde pendant 10 millénaires, parce qu’il était la création spontanée du sol même, le fils de la faim et de la misère, le seul moyen pour les nomades de ne pas entièrement périr les années de disette.

Défaite des nomades, victoire de la civilisation

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Ce conflit géostratégique mondial entre nomades et sédentaires s’achève à l’avantage des sédentaires au début du XVIe siècle, avec l’implosion de l’Empire mongol. Cette implosion est due à trois causes principales. La première est la décadence produite par les rivalités internes des différentes hordes qui se sont séparées et affaiblies. La deuxième est le développement de l’artillerie moderne qui bat en brèche la supériorité militaire des cavaliers nomades. La supériorité technologique des sédentaires l’emporte définitivement sur les qualités guerrières des nomades. La troisième, curieusement, est la tolérance religieuse des Mongols. Toutes les grandes religions de l’époque sont présentes dans l’Empire mongol où Tengri, « le ciel très haut », la principale divinité du chamanisme mongol peut, selon les chamans, contenir tous les autres dieux. Pendant que l’Europe passe de l’Inquisition aux Guerres de Religion, tout en poursuivant le combat contre l’Islam, la capitale mongole de Karakorum est le seul lieu au monde où, sans affrontements religieux, les temples bouddhistes voisinent avec les mosquées et les églises chrétiennes nestoriennes. Cette tolérance sonnera la perte des Mongols dont les antagonismes seront exacerbés par les conversions de certaines tribus à des religions beaucoup moins tolérantes que leur chamanisme originel. L’issue de ce conflit géostratégique entre nomades et sédentaires sera la montée des impérialismes religieux qui caractérisent les empires sédentaires.

La guerre entre nomades et sédentaires, commencée par des escarmouches au néolithique 8.000 avant J.C., s’achèvera au XVIe siècle, soit pendant presque 10.000 ans. Pour la première fois, mais aussi pour toujours, la technicité militaire a changé de camp, la civilisation est devenue plus forte que la barbarie.

Le bédouin, n’a qu’une obligation morale : obéir au Cheikh

Son attitude, d’origine tribale, envers des notions telles que la loyauté, l’objectivité et la neutralité ne peut être comprise indépendamment de la sociologie nomade. Sa loyauté inconditionnelle étant réservée au Cheikh de la tribu, l’objectivité lui devient étrangère et la neutralité tient de la trahison.

La fidélité au Cheikh de la tribu (ou du parti islamiste) est personnelle par sa nature, alors que la loyauté envers l’État  est une notion plus abstraite et plus objective. L’obéissance aux désirs et aux ordres du Cheikh est la contrepartie de l’engagement du citoyen moderne aux règlements constitutionnels et légaux de l’État. Il n’est guère étonnant que les tenants de l’islamo-béduinisme, les islamistes tunisiens, fassent tout pour éradiquer toute référence à l’État tunisien et à ses acquis historiques, dont le 9 avril et le 20 mars. Dans l’environnement tribal (ou islamiste), on ne peut discuter de sujets tels que la diversité ou l’acceptation d’autrui; on ne peut s’engager à une autocritique ou à admettre la critique venant d’autrui. On ne peut reconnaître que le savoir est universel et qu’il est le legs collectif de l’humanité entière. En fait, la notion même de l’«humanité» est étrangère à la société tribale, et donc à la mentalité islamiste. La Troïka au pouvoir en Tunisie, ou les Frères Musulmans en Égypte, en sont les exemples les plus flagrants et les plus choquants.

Wahhabisme = islamisme + bédouinisme

https://systemophobe.files.wordpress.com/2019/03/a0bc1-arabie.pngLe Wahhabisme, cet islam bédouin, sectaire et déviant, a été conçu et propagé au courant du demi-siècle dernier par des tribus bédouines vivant dans les déserts intérieurs de l’est de la Péninsule d’Arabie, le Nejd. Il a été initié, encouragé et soutenu par les impérialistes et les sionistes anglais, afin de diviser l’islam, de bouter les Turcs hors du monde arabe, de mettre la main sur les richesses arabes, et de créer un terrain favorable à la création d’Israël. On pourra se référer, pour plus de détails, à nos articles « Confessionsde l’espion britannique à l’origine du wahhabisme » et  « Origines de la connivencewahhabisme-sionisme ».

Cet islam wahhabite, c’est aussi la revanche des tribus du Nejd sur celles du Hedjaz, car ces dernières ont toujours « trusté » tous les honneurs inhérents à l’islam orthodoxe. On voit de nos jours avec quel acharnement les Wahhabites, dont les représentants locaux sont les Nahdhaouis et leurs comparses salafistes, s’acharnent à détruire toute trace de l’islam authentique. Lors de leur prise de Mekka, les Wahhabites avaient saccagé toutes les reliques historiques, dont certaines dataient du temps du prophète. Ils ont brûlé tous les anciens exemplaires du coran, qui avaient plus de mille ans d’âge, et ont récupéré leurs couvertures en cuir pour en faire des savates. De nos jours, l’ancienne demeure d’Aïcha, l’épouse préférée du Prophète, a été transformée en toilettes publiques ! La maison où le Prophète était né a été transformée en bibliothèque, sans qu’aucune référence au Prophète ne soit indiquée. C’est cette secte qui gouverne la plupart des pays arabes de nos jours. Aucun arabe, aucun musulman ne réagit ni ne proteste.

Peut-on imaginer que des sectes chrétiennes ou juives transforment le Saint-Sépulcre ou le Mur des Lamentations en vespasiennes ? Assurément pas, car chrétiens et juifs, croyants ou athées,  pratiquants ou non, toutes obédiences confondues, ont du respect pour la religion et pour ses symboles. 

Est-ce la mort de l’islam authentique, fraternel et tolérant ?

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Dans ce cas, les anglo-sionistes auraient réussi au-delà de toutes leurs  espérances.

L’un des développements les plus alarmants des dernières années, est que l’hérésie wahhabite n’a pas monopolisé seulement les centres et les écoles islamiques à travers le monde, mais elle a aussi élargi son cercle d’influence pour conquérir le pouvoir temporel et spirituel dans la quasi-totalité du monde arabe. Ses tentacules s’étendent jusqu’à de vénérables institutions Islamiques dans des pays comme l’Égypte (Al-Azhar), la Tunisie (Ezzitouna), et d’autres, rongeant leurs traits originaux, et les remplaçant par les siens.   Ainsi, alors que jadis on reconnaissait en écoutant son sermon du vendredi, un  orateur comme étant Shaféite ou Hanafite en Égypte, Malékite au Maroc ou en Tunisie, on entend aujourd’hui un tout autre ton, une note unique, Hanbalite, accordée à la musique d’Ibn Taymiyah ou d’Ibn Abdoul Wahhab. Ce dernier n’a jamais été un juriste, mais simplement un prêcheur (formé, téléguidé et encouragé par les impérialistes et les sionistes anglais) cherchant des conversions à l’Islam bédouin (obscurantiste, archaïque et déviant) du Nejd, qu’il faut entendre dans le contexte de ses origines désertiques, tribales, bédouines, et insulaires.   Si ce n’était pour le pétrole découvert dans ces régions, cette hérésie de l’Islam serait restée prisonnière de la géographie et des dunes sablonneuses du Nejd, dunes qui n’ont produit ni art, ni musique, ni littérature, ni science, ni philosophie. Rien, que du malheur et de la misère pour les Arabes, pour les Musulmans, pour l’Humanité.

Hannibal Genséric

Citation :

Seul le Coran oblige, la charia est une fabrication humaine, un carcan élaboré par des hommes au IIIe siècle de l’hégire. L’alternative est donc un islam coranique qui, lui, est totale liberté. Personne n’a jamais rapporté avoir vu le Prophète armé d’un gourdin, tenant une fiole de vitriol et portant une bombe à la ceinture pour faire appliquer par tous les moyens al-amr bil maarouf wan nahyi anil mounkar [« la promotion de la vertu et l’interdiction du vice »].

Ceux qui ont fabriqué la charia ont dénaturé le Coran, qui n’est que liberté et respect de l’individu. Il faut que les croyants se regroupent contre cette inquisition.

Si un jour les musulmans authentiques constituent un front conscient ayant une doctrine bien structurée à leur portée, on entrera dans la modernité, car le Coran est modernité. « La Ikraha fid din » [« Nulle contrainte en religion », Coran, II, 256], des mots simples et clairs pour souligner que l’islam n’impose rien et ne recèle pas les interdits qu’on lui prête. Tout ce qui relève des libertés individuelles est respecté et protégé par le Coran.

Mohamed Talbi , savant islamologue

 

Génétique !


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Génétiquement, les Maghrébins ne sont pas des Arabes

 

Le fantasme de la pureté identitaire est un signe d’appauvrissement intellectuel” 

Sophie Bessis, historienne franco-tunisienne

 

Le Fantasme

Alors que la vaste majorité des Tunisiens (98 %), et des autres Maghrébins, s’identifiet culturellement aux Arabes, des études scientifiques tendent à indiquer qu’ils seraient ethniquement plus proches des Berbères et de certains Européens, qu’ils ne le sont des Arabes. « Comparés avec d’autres communautés, notre résultat indique que les Tunisiens sont très liés aux Nord-Africains et aux Européens de l’Ouest, en particulier aux Ibériques, et que les Tunisiens, les Algériens et les Marocains sont proches des Berbères, suggérant une petite contribution génétique des Arabes qui ont peuplé la région au VIIe ouVIIIe siècle. » ( A. Hajjej, H. Kâabi, M. H. Sellami, A. Dridi, A. Jeridi, W. El Borgi, G. Cherif, A. Elgaâïed, W. Y. Almawi, K. Boukef et S. Hmida, « The contribution of HLA class I and II alleles and haplotypes to the investigation of the evolutionary history of Tunisians »,Tissue Antigens, vol. 68, n°2, août 2006, pp. 153–162).

 
Femmes maghrébines
(19ème siècle)  

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INTRUSION SYSTÈME :  

gros doute sur l’origine de cette photo qui paradoxalement le « narguilé » est d’origine Perse (wikipedia)

les Berbères de chez nous ne fument pas le narguilé, il y a les champs à travailler…

pas le temps pour cette fumisterie. (humour DATA) 

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Bien que ces études se soient basées sur des échantillons retreints, elles sont parlantes. Elles confirment ce que les historiens ont toujours affirmé : l’apport arabe est très minoritaire dans les populations maghrébines (Ibn Khaldoun, Gabriel Camps, etc.), car quelques dizaines de milliers d’envahisseurs arabes n’ont pas pu, matériellement, changer des millions de Berbères en Arabes.

Le verdict des chercheurs ci-dessus est sans appel : l’identité arabe (ou arabo-musulmane) de la Tunisie, ou du Maghreb, relève plus du fantasme que de la réalité. Ce fantasme a été injecté dans les têtes et les esprits à une époque récente : nos pères, nos grands pères et nos aïeux, certainement plus réalistes, n’ont jamais revendiqué cette filiation douteuse, inventée par les monarchies pétrolières et leurs valets islamistes. En psychologie, un fantasme est une construction consciente ou inconsciente, permettant au sujet qui s’y met en scène, d’exprimer et de satisfaire un désir plus ou moins refoulé, de surmonter une angoisse.

Oublier ses ancêtres, c’est être un ruisseau sans source, un arbre sans racines  Proverbe chinois

Nous savons que le Maghreb, initialement peuplé de Berbères, a été envahi par de nombreuses populations, qui ont toutes été assimilées à des degrés divers : Phéniciens, Romains, Vandales , Arabes, Espagnols, Turcs et Français. De plus, beaucoup de Maures (Espagnols islamisés) et de Juifs arrivèrent d’Andalousie à la fin du XVe siècle.

Les premiers Arabes orientaux, venus à partir du VIIe siècle avec les conquêtes musulmanes, ont contribué à lislamisation de la majeure partie de l’Ifriqiya. C’est à partir du XIe siècle, avec l’arrivée des tribus hilaliennes chassées d’Égypte, que l’arabisationlinguistique et culturelle devient déterminante. Selon Gabriel Camps (Les Berbères. Mémoire et identité, éd. Errance, Paris, 1995, p. 102), « en renforçant par leur présence la part de population nomade, les Arabes arrivés au Xe siècle ont été d’un poids insignifiant sur le plan démographique, mais déterminant sur le plan culturel et socio-économique. »

Comme le dit Ibn Khaldoun, nous ne sommes pas des Arabes, nous sommes des « arabisés » (moustaaraboune). Il n’y a aucune honte à le reconnaître : les Maghrébins sont …des Maghrébins (Magharibeh).

De nos jours, la presque totalité des Tunisiens (98 % de la population) est de confession musulmane sunnite de rite malékite. De la forte population juive qui a existé durant 2.000 ans, il n’en reste plus aujourd’hui qu’une infime partie, vivant principalement dans la région de Tunis, car la majorité des Juifs tunisiens ont émigré vers Israël ou la France. Il existe également une petite population chrétienne.

Cela ne sert à rien de défoncer des portes ouvertes, en affirmant que la Tunisie est musulmane. Qui le conteste ? Personne. Sauf queles tenants de l’arabo-islamisme veulent effacer toute référence nationale (tunisien, algérien, marocain, etc.) au profit d’une référence à une « oumma » où nous serions tous, non des citoyens, mais les sujets d’un cheikh, d’un roi , d’un émir, ou d’un quelconque calife.

Génétique : Adn et généalogie ou l’histoire de nos ancêtres

A partir d’un simple prélèvement salivaire, les généticiens sont désormais en mesure de retracer l’histoire des migrations des ancêtres de tout individu. Leurs techniques sont si performantes qu’elles permettent de remonter jusqu’à la préhistoire, soit 900 ans avant Jésus-Christ, juste avant l’arrivée, en 814 av.J.C., de Didon/Elyssa, fondatrice et reine de Carthage.

C’est au travers de l’haplogroupe que les généticiens sont capables de remonter la lignée généalogique sur autant de décennies. Les haplogroupes peuvent se définir comme les branches de l’arbre généalogique des Homo Sapiens, ils représentent l’ensemble des personnes ayant un profil génétique similaire grâce au partage d’un ancêtre commun.

On distingue deux sortes d’haplogroupe, le premier étant d’ADN mitochondrial et le second de chromosome Y. L’ ADN mitochondrial (ADNmt) est transmis de la mère à ses enfants (fille et garçon), l’haplogroupe ADNmt réunit les personnes d’une même lignée maternelle. Le chromosome Y est transmis uniquement du père vers son fils, l’haplogroupe chromosome Y se compose des hommes partageant un ancêtre de la lignée paternelle.

Grâce à l’identification des haplogroupes et à leur comparaison entre populations, il est possible de connaître, avec une certitude relative, les déplacements migratoires réalisés par des peuples. Ces techniques permettent donc de déterminer la zone géographique dans laquelle nos ancêtres vécurent.

L’haplogroupe se détermine à partir des SNPs, c’est-à-dire les single nucleotide polymorphism qui sont eux-mêmes des variations de couples de base (A-D-T-N) de séquences d’ADN. Différents tests et analyses existent aujourd’hui et permettent d’identifier rapidement les SNP, sur l’ADNmt et le chromosome Y. Les similitudes sont alors regroupées en haplogroupe.

Bien que non significatif en termes de généalogie (les haplogroupes constituent des ensembles trop importants pour fournir des renseignements spécifiques à une unique lignée familiale), ces données renseignent sur les migrations géographiques de peuples et fournissent progressivement une cartographie mondiale de plus en plus précise sur l’histoire des hommes préhistoriques.

Lignée paternelle maghrébine : l’ADN du chromosome Y

La principaux haplogroupes du chromosome Y des Tunisiens et des Maghrébins (berbérophones et arabophones) en général sont : le marqueur berbère E1b1b1b (M81) (65 % en moyenne) et le marqueur arabe J1 (M267) (15 % en moyenne) auxquels plus de 80 % des Maghrébins appartiennent.

D’après les données du tableau intitulé « Lignée paternelle : l’ADN du chromosome Y » figurant dans l’article de Wikipedia relatif auxMaghrébins , nous avons calculé que, en moyenne, chez les Maghrébins, le marqueur berbère est majoritaire à 59,6% , et que le marqueur arabe est minoritaire à 20,6%.

1b (le marqueur berbère, carte ci-dessus), est caractéristique des populations du nord-ouest de l’Afrique (Maghreb) où sa fréquence moyenne est d’environ 50 %. Dans certaines parties isolées du Maghreb, sa fréquence peut culminer jusqu’à 100 % de la population. Cet haplogroupe se retrouve aussi dans la péninsule Ibérique (5 % en moyenne) et à des fréquences moins élevées, en Italie, en Grèce et en France.

La carte ci-dessous montre la répartition géographique en Tunisie du haplotype E1b1b1b, marqueur caractéristique des berbères; il en résulte que  la population tunisienne est, en grande majorité, berbère :

J1 est un haplogroupe « sémitique » très fréquent dans la péninsule arabique, avec des fréquences avoisinant 70 % au Yémen.J1 est le marqueur « arabe », carte ci-dessous. 20 % des Juifs appartiennent aussi à J1. On en conclut que l’origine des Arabes est le Yémen. Le marqueur arabe se retrouve aussi en Turquie, en Europe du Sud et en France.

 

Lignée maternelle : l’ADN mitochondrial

De nombreuses études ont été menées sur des populations du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, ou plus globalement du Nord de l’Afrique. Les auteurs montrent que la structure génétique mitochondriale générale des Tunisiens et des populations du Maghreb est composée majoritairement d’haplogroupes (H, J, T, V…) fréquents dans les populations européennes (de 45 à 85 %), d’haplogroupes L (de 3 à 50 %) très fréquents dans les populations sub-sahariennes, de l’haplogroupe M1 (de 0 à 15 %) détectés principalement dans les populations est-africaines, de l’haplogroupe U6 (0 à 28 %), surtout présent en Afrique du Nord et également a des fréquences de 5 % dans la péninsule Ibérique, et d’haplogroupes M, N ou X (de 0 à 8 %) détectés principalement en Eurasie. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Maghr%C3%A9bins#G.C3.A9n.C3.A9tique).

Conclusions de la génétique 

D’après wikipedia « La principaux haplogroupes du chromosome Y des Tunisiens et des Maghrébins berbérophones et arabophones en général sont : E1b1b1b (M81) (65 % en moyenne) et J1 (M267) (15 % en moyenne) auxquels plus de 80 % des Tunisiens appartiennent. »

En moyenne, le Maghrébin est donc :

– à 65% d’ascendance berbère et à 15% d’ascendance arabe du côté paternel,

– à plus de 50% d’ascendances diverses, qu’il partage avec les Européens, du côté maternel.

Cette conclusion devrait clouer le bec aux racistes des deux bords de la Méditerranée : par nos mères, nous avons une forte ascendance commune avec les Européens.

Les défenseurs de l’hégémonie, voire même de l’exclusivité du caractère arabo-musulman de la Tunisie, et plus généralement du Maghreb, tentent de gommer de la mémoire collective toutes les autres composantes de l’identité nationale ou maghrébine  et d’imposer une conception extra-territoriale de l’Etat nation, en l’occurrence la oumma islamique, prélude à la dissolution de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc dans un califat archaïque et cauchemardesque. [1]

Mais là où le bât blesse encore plus, c’est que, alors que la plupart des sociétés s’orientent vers le multiculturalisme, le « monde arabe » semble à la recherche d’une pureté identitairecomplètement fantasmée.

Hannibal Genséric

  Autre carte du marqueur berbère :

 

 

Ramdhane Abbane (1920/1957) <<Nous ne sommes pas des occidentaux pour suivre le mode de vie occidental mais nous sommes pas des orientaux non plus. Nous sommes une race unique et nous le resterons>>

Il joue un rôle fondamental dans l’histoire de la révolution algérienne, souvent considéré comme le dirigeant « le plus politique » du FLN. Il est surnommé  « l’architecte de la révolution ».
 Principal organisateur du congrès de la Soummam, il trace les grandes lignes du mouvement révolutionnaire consistant à créer un État dans lequel l’élément politique l’emporte sur l’élément militaire, et a opté pour le pluralisme politique et linguistique en Algérie.

[1]  Depuis l’écriture de cet article, un califat d’assassins violeurs, voleurs, cannibales, etc. est apparu sous le nom de l’État Islamique, mais il faut lire « État Islamiste » ou mieux encore »État Israélien ». Même dans nos pires cauchemars, on n’aurait jamais pu imaginer les horreurs dont sont capables ses sbires.

VOIR AUSSI :

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Nouveau dossier :

numidia-liberum

Génétique. Les faux Arabes d’Afrique du Nord

Dans notre article « Génétiquement, les Maghrébins ne sont pas des Arabes« , nous avions écrit :

« Le Fantasme. Alors que la vaste majorité des Tunisiens (98 %), et des autres Maghrébins, s’identifient culturellement aux Arabes, des études scientifiques tendent à indiquer qu’ils seraient ethniquement plus proches des Berbères qu’ils ne le sont des Arabes. »

Des études récentes démontrent qu’il en est ainsi pour toute l’Afrique du Nord, y compris l’Égypte et la Libye. Inversement, des pays qui rejettent toute affiliation arabe, comme l’Iran, sont majoritairement arabes.  
Enfin, les conquêtes « arabes » en Europe sont, en réalité, des conquêtes berbères. Les Sarrasins étaient des Berbères islamisés, et non pas les « Arabes d’Andalousie » !
Dans l’étude ci-dessous, la désignation génome « nord africain »  signifie génome berbère.

Et si la science et la génétique faisaient tomber les derniers mythes éculés, la falsification de l’histoire, les dénis identitaires. Et si la science, pouvait rassembler plutôt que diviser, réconcilier les humains avec leur passé, couper l’herbe sous le pied des islamistes menteurs (pléonasme), sournois, marchands de facéties, politiciens véreux.

Tous ceux qui gouvernent le Maroc, la Mauritanie, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte, ont gardé dans leurs gênes authentiquement berbères, une soumission pathétique aux conquérants arabes du septième siècle. Depuis cette époque, pour gouverner, il fallait impérativement se dire « Arabe », courber l’échine devant Damas ou Bagdad, capitales de l’empire arabe. Les rares parenthèses de gouvernance authentiquement berbère sont négligées, sinon décriées. C’est ce qu’on appelle « le syndrome de Stockholm » [2].

Le projet Genographic project (Reference Populations – Geno 2.0 Next Generation) vient nous livrer (et nous délivrer d’une tromperie) les résultats d’une étude menée depuis plusieurs années, sur des groupes de populations sur les quatre continents.

Égypte

Arabie 17%
Diaspora juive 4%
Afrique de l’Est 3%
Afrique du Nord 68%
Asie Mineure 3%
Europe du Sud 3%

 

Au fur et à mesure que les populations anciennes émigrèrent d’Afrique, elles passèrent à travers l’Afrique du Nord-Est vers l’Asie du Sud-Ouest. Les composantes de l’Afrique du Nord et de l’Arabie en Égypte sont représentatives de cette ancienne route migratoire, ainsi que les migrations ultérieures du Croissant Fertile vers l’Afrique avec la propagation de l’agriculture au cours des 10.000 dernières années et les migrations arabes du VIIe siècle avec la propagation de l’islam. La composante de l’Afrique de l’Est reflète vraisemblablement un mouvement localisé vers le haut du Nil navigable tandis que les composantes du Sud de l’Europe et de l’Asie Mineure reflètent le rôle géographique et historique de l’Égypte en tant qu’acteur historique de la croissance économique et culturelle dans la région méditerranéenne

Iran

Bien qu’on ait toujours considéré l’Iran, ex Perse, comme un pays non arabe, il s’avère que génétiquement les Iraniens sont Arabes à 56%, les autres composantes génétiques sont très minoritaires.

     Arabie      56%
     Afrique de l’Est      4%
     Afrique du Nord      2%
     Asie centrale      4%
     Asie Mineure      6%
     Europe du Sud      2%
     Asie du Sud      24%

Les grandes composantes de l’Arabie et de l’Asie du Sud trouvées dans notre population iranienne de référence reflètent ces modèles anciens. Les composantes de l’Asie Mineure et de l’Asie Centrale sont probablement arrivées par les migrations de groupes originaires des régions situées plus au nord, comme les Turcs et les Mongols. La Route de la Soie peut également avoir servi à disperser les tendances génétiques asiatiques plus au sud et à l’ouest

Liban

     Arabie      44%
     Diaspora juive      14%
     Afrique de l’Est      2%
     Afrique du Nord      11%
     Asie Mineure      dix%
     Europe du Sud      5%

Comme certaines populations anciennes émigrées de l’Afrique, ils ont passé d’abord par le Moyen-Orient en route vers l’Eurasie. Certaines populations sont restées au Moyen-Orient et au fil du temps ont développé des modèles génétiques uniques. Le mélange d’Arabie, d’Afrique du Nord et d’Asie Mineure est unique dans cette partie du monde. Les composantes de l’Arabie et de l’Afrique du Nord reflètent des modèles anciens de colonisation et d’interaction dans la région, tandis que la Route de la Soie peut avoir servi à ajouter des profils génétiques plus au nord et à l’est.

Tunisie

     Arabie      4%
     Afrique du Nord      88%
     Europe du Sud      5%
     Afrique occidentale et centrale      2%

L’emplacement de la Tunisie sur la Méditerranée en Afrique du Nord contribue à sa grande diversité génétique. En majorité d’Afrique du Nord, il existe aussi des composantes clairement européennes et arabes. La composante arabe est arrivée probablement en deux vagues, l’une avec l’arrivée de l’agriculture du Moyen-Orient, il y a environ 8.000 ans, et l’autre avec la conquête islamique du VIIe siècle. Les Tunisiens ont également des composantes d’autres régions d’Afrique, comme l’Afrique occidentale et centrale.

Conclusions

D’abord, l’étude nous révèle que plusieurs pays, considérés comme Arabes, ne le sont que peu ou prou. C’est le cas de l’Égypte, que le génome de sa population avec 68%, désigne clairement comme une nation Nord-Africaine, au même titre que la Tunisie, l’Algérie, la Libye ou le Maroc. Au fait, elle n’est arabe qu’à 17% et même un peu juive à 4% !
La Tunisie, quant à elle, choisie comme représentant le Maghreb, est à seulement 4% arabe, à 88% Nord-Africaine et à 5% européenne. Génétiquement, la Tunisie est plus européenne qu’arabe !!

Le Liban, comme on peut s’y attendre, est l’un des peuples les plus hétéroclites au monde. Il comporte 14% de génome Juif, 11% du génome Nord-Africain, et  44% de génome arabe!

(sur site, un lien n’est plus d’actualité.)

Autres surprises : le génome nord-africain se retrouve sur quatre continents : Afrique, Europe, Asie, et… en Amérique latine !

Une autre révélation renversante est l’absence totale du génome arabe dans des pays où était admise leur présence, pour des raisons religieuses, comme en Espagne, au Portugal, en France et en Afrique subsaharienne (Sénégal et Nigeria). C’est d’ailleurs dans ces contrées, où s’était propagé l’Islam, que la présence du génome nord-africain est la plus forte. C’est ainsi que les Ibériens (Espagnols et Portugais) ont 9% de part du gène Nord-Africains et tenez-vous bien 0% de gêne arabe. La Sardaigne 11%, le Sénégal avec une grande part de 12% et Yarubans (Nigeria) 3% d’ADN Nord-Africain,

Une dernière révélation est la présence surprenante de génome Nord-Africain sur le continent américain et notamment celui du Sud. Cela appuie la théorie selon laquelle les Berbères, auraient pu atteindre le continent des Amériques bien avant les colons Européens au 15e siècle[1], mais également, la présence d’équipages berbères au sein de l’expédition de Christophe Colomb, et des conquistadors partis des Îles Canaris. C’est ainsi que l’on retrouve 5% d’ADN Nord-Africain chez les Argentins, et 6% chez les Colombiens.

On retrouve également l’ADN d’Afrique du Nord dans les Bermudes, Chez les Mexicains, les Péruviens 3%, les Mexicains Américains 4%, à Puerto-Rico 3%, en Grèce 3%, en Iran 4%, en Italie et en France (2%), au Kenya et en Éthiopie avec 4%. Cette découverte bouche un coin aux adeptes du Maghreb Arabe  qui enseignent à nos enfants que les Maghrébins sont à 80% arabes et à 20% de « mélanges ».  

D’ailleurs, bien avant les études génétiques récentes, des chercheurs avaient déjà conclu que les populations maghrébines ne sont « arabes » que par la langue officielle (l’arabe littéral) imposée à l’école et dans les médias. 

Voici ce qu’écrit wikipédia :
 » Selon Gilbert Meynier, la population Nord Africaine serait principalement berbère bien qu’officiellement elle est de majorité arabe. En effet, si l’apport des Arabes en Afrique du Nord n’est pas aussi important sur le plan démographique qu’il n’est déterminant sur les plans linguistiques, culturels et religieux, les Arabes arrivés à partir du VIIe siècle avec les invasions musulmanes, ont contribué à convertir à l’islam l’Afrique du Nord après plusieurs années de guerre, malgré la résistance et les combats de la Kahena et Koceila. L’apport démographique arabe est beaucoup plus significatif à partir duXIe siècle, lorsque le pouvoir des chiites Fatimides envoya, dans le but de réprimer des dynasties berbères ayant proclamé leur indépendance, certaines tribus arabes telles que les Hilaliens et les Banu Soulaym.
Les estimations en termes de déplacement de population vont de 80.000 à 200.000 ou 250.000. Selon Charles-André Julien, les actuelles populations arabophones, majoritaires au Maghreb, seraient en grande partie berbères. Selon l’historien Gabriel Camps, les « invasions hilaliennes » ont été « d’un poids insignifiant sur le plan démographique, mais déterminant sur les plans culturel et socio-économique. » De nos jours, l’arabe littéral est la langue officielle des pays du Maghreb, c’est-à-dire la langue des médias et de l’école. »

AUCUN de ces pays n’est  arabe !

[1] Des musulmans ont découvert l’Amérique cinq siècles avant Christophe Colomb
[2]  Ces Maghrébins atteints du « syndrome de Stockholm »

VOIR AUSSI :

Hannibal GENSERIC

Al-Kamil fi al-Tarikh – Annales du Maghreb & de l’Espagne


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Auteur : IBN EL-ATHÎR

Ouvrage : Al-Kamil fi al-Tarikh

TRADUITES ET ANNOTÉES
PAR  E. FAGNAN


ibn-athir

Ibn al-Athîr : Biographie

Il naquit le 13 mai 1160 à Jazirat Ibn Omar ), l’actuelle Cizre en Turquie. Il est de la tribu arabe des Banu Shayban, apparentées au Banu Bakr, qui vivaient en haute Mésopotamie. C’est du nom de cette tribu que provient le nom de la ville de Diyarbakir.

Son père s’est chargé de son enseignement. Il lui a appris le Coran et les rudiments de la lecture et de l’écriture.
Izz al-Din ibn al-Athir s’est déplacé à Mossoul où il a poursuivi ses études. Il a étudié différentes sortes d’études, mais il s’est spécialisé dans les sciences de hadith et de l’histoire. Il est devenu à son époque une référence dans ces deux disciplines : la généalogie des tribus arabes, les biographies des sahaba.

Il est considéré parmi les plus grands historiens de l’Islam après Tabari. Ses voyages, ses fonctions auprès du gouverneur de Mossoul et ses sorties avec Saladin dans ses expéditions lui ont permis d’accumuler des renseignements importants qu’il a ensuite transcris dans ses œuvres de l’histoire.
Parmi ses œuvres, on cite :

  • Al-Kāmil fī At-tārīkh, ou Histoire Complète ). Ce livre est une source de toute première importance pour la première période des Croisades et jusqu’à la chute du Royaume de Jérusalem. Le texte complet en arabe est disponible sur internet.
  • Al-Tārīkh al-bāhir fī al-Dawlah al-Atābakīyah bi-al-Mawṣil, Histoire de l’État atabeg.
  • Usd Al Ghāba fī Ma`rifat As-sahāba, Les lions de la forêt et la connaissance des Compagnons fī maʕrifat ‘al-ṣaḥāba)), livre biographique citant plus de 7000 compagnons du Prophète.
  • Al-Lubāb fī tahdhīb al-ansāb, un livre sur la généalogie.

Ibn al-Athîr: Ses frères

Ibn al-Athîr

Ses deux frères se sont eux aussi distingués, l’aîné comme lettré spécialiste de la tradition et du langage, le cadet comme critique littéraire. Ils ont joué un certain rôle politique, le premier au service d’un prince Zangide de Mossoul, le second de Saladin puis de son fils, Malik al-Afdhal.

Principales conclusions

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite. Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh, considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte contre la troisième croisade.

 

Introduction

Izz ed-Din Aboû’l-Hasan ‘Ali ben el·Athîr Djezeri, né à Djezirat
Ibn ‘Omar, sur la rive droite du Tigre, à trois journées nord-ouest
de Mossoul, le 4 djomada 555 (12 mai H60), mourut en cha’bân
630 (mai-juin 1233). Second fils d’un personnage qui avait l’empli
de hautes fonctions administratives, il fut lui-même chargé de
plusieurs missions à la cour de Baghdâd, mais renonça à cette
carrière pour se livrer tout entier aux travaux littéraires.
Il a laissé divers ouvrages, dont plusieurs ne paraissent pas
être parvenus jusqu’à nous; le plus connu et le plus souvent cité
est le vaste corps d’annales, le Kâmil fi ‘t-tarikh, qui s’étend jusqu’à
la fin de l’année 628 de l’Hégire, ce qui jouit à juste titre d’une
haute estime auprès des savants musulmans et européens. Cette
chronique a été publiée par C. J. Tornberg à Leyde (Ibn et-Athiri
Chronicon, 14 vol. 8°, 1851-1876) chez l’éditeur Brill, à qui les études
orientales ont tant d’obligations; elle a été aussi réimprimée à.
Boulak, bien ‘vraisemblablement, à en juger par les passages que
j’ai collationnés, d’après l’édition du savant européen. C’est de cette … dernière que j’ai extrait ce traduit tout ce qui concerne le Maghreb
et l’Espagne; j’ai pu aussi, pour une faible partie seulement, collationner
les manuscrits de Paris pour quelques passages douteux.
Malheureusement la plupart des chapitres ayant trait à l’Occident
ne figurent pas dans tous les exemplaires, alors que, notamment,
divers noms géographiques corrompus ou dépourvus de points
diacritiques ne peuvent guère être rétablis que par le rapprochement
de plusieurs copies. Disons en passant que ces lacunes semblent
autoriser la supposition qu’Ibn el-Athîr, écrivant en Orient et n’ayant
vraisemblablement pas sous la main des sources assez nombreuses
et sûres pour l’histoire de l’Occident, a pu ajouter ces chapitres
Postérieurement, de façon à établir une seconde édition de son
livre. Cependant on pourrait croire aussi que ces additions sont

l’oeuvre de Mohammed ben Ibrâhîm el-Wat’wât’, qui mourut en
718 (1318-19 de J .-C.) et annota le Kâmil, au dire du bibliographe
Haddji Khalfa (1).
On a souvent, et avec raison, relevé le fait que les chroniqueurs
orientaux sont peu et mal renseignés sur les événements du Maghreb.
Mais Ibn el-Athir constitue une brillante exception. Il ne cite pas
les sources auxquelles il a recouru, mais elles sont bien choisies,
et maintes fois elles complètent ou rectifient ce que nous savons
par ailleurs; les lacunes que présentent parfois ses annales ne lui
sont peut-être pas toujours imputables, et je suis très porté à
croire que la portion ici traduite de son oeuvre mérite les éloges
qu’on accorde unanimement à son récit des faits relatifs à l’Orient.
La première obligation du traducteur d’un texte arabe consiste
sans doute à rendre aussi fidèlement que possible la pensée de
l’auteur, mais aussi, ce que certains paraissent oublier, sous une
forme toujours intelligible dans la langue adoptée. A mes yeux ce
n’est cependant pas tout: une partie non moins importante de son
rôle est de fournir les éclaircissements et rapprochements indispensables
pour compléter, vérifier ou contredire les assertions d’un
texte destiné à d’autres encore que des arabisants.
Tel est le but de notes assez nombreuses, bien que généralement
aussi succinctes que possible, et qui auraient pu être plus copieuses
si j’avais eu plus de facilités de recherches ou le désir d’augmenter
le nombre de ces pages.
Je ne pouvais omettre la traduction de certains fragments déjà
faite ailleurs, ci j’ai signalé le fait autant que je l’ai pu ; mon travail
a cependant toujours été fait d’une manière indépendante, et peut-être
les arabisants et les historiens trouveront que, même pour ces
portions, et bien que n’ayant aucun caractère officiel, il ne fait pas
toujours double emploi.

Conquête de Tripoli de Barbarie et de Bark’a

suite…

annales du Maghreb et de l »Espagne-PDF

ALGÉRIE – HISTOIRE DES GUERRES DES ROMAINS, DES BYZANTINS ET DES VANDALES


Auteur : DUREAU DE LA MALLE

Ouvrage : HISTOIRE DES GUERRES DES
ROMAINS, DES BYZANTINS ET DES VANDALES,
ACCOMPAGNÉE D’EXAMEN SUR LES MOYENS EMPLOYÉS
ANCIENNEMENT POUR LA CONQUÊTE ET LA SOUMISSION
DE LA PORTION DE L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE NOMMÉE
AUJOURD’HUI L’ALGÉRIE
MANUEL ALGÉRIEN.

Année : 1852

AVERTISSEMENT
MANUEL ALGERIEN.
Ce livre a été resserré en un très petit format,
pour que le soldat, le sous-officier, l’officier supérieur
ou inférieur qui se sentirait du goût pour la
géographie, l’administration ancienne, en un mot,
pour l’archéologie de l’Afrique, pût le mettre
dans son sac, et le parcourir pendant ses loisirs de
bivouac ou de garnison.
Il contient le récit ou la mention de tous les
faits mémorables qui se sont succédé dans la partie
de l’Afrique septentrionale connue, il y a 22 ans,
sous le nom de Régence d’Alger, et maintenant
sous celui d’Algérie.
Le tout a été fidèlement traduit sur les textes
originaux. Il a semblé à l’auteur que la publication
de ce Manuel répondait à un désir, peut-être même
à un besoin généralement exprimé.

INTRODUCTION
RÉSUMÉ DES FAITS HISTORIQUES.
Il n’est pas inutile peut-être de rappeler à l’impatience
et à la légèreté française l’exemple de la constance
et de la ténacité prudente des Romains dans la
conquête de l’Afrique.
On s’étonne qu’en quatre années on n’ait pas
soumis. organisé, assaini, cultivé toute la régence
d’Alger, et l’on oublie que Rome a employé deux cent
quarante ans pour la réduire tout entière à l’état de province
sujette et tributaire; on oublie que cette manière
lente de conquérir fut la plus solide base de la datée
de sa puissance. Cette impétuosité française, si terrible
dans les batailles, si propre à envahir des royaumes,
deviendrait-elle un péril et un obstacle quand il s’agit
de garder la conquête , et d’achever lentement l’oeuvre
pénible de la civilisation ?
Retraçons brièvement les faits :
En 553 de Rome, Scipion l’Africain a battu Annibal

réduit Carthage aux abois, vaincu et pris Syphax(1) . Il
peut rayer le nom Punique de la liste des nations, et
former une province romaine du vaste pays qui s’étend
depuis les Syrtes jusqu’au fleuve Mulucha(2). Le sénat
romain se borne à affaiblir Carthage par un traité, et
donne à Massinissa tous les États de Syphax(3)
L’an de Rome 608, Scipion Émilien a détruit Carthage,
occupé tout son territoire, et cependant le sénat
romain ne le garde pas tout entier : il détruit toutes les
villes qui avaient aidé les Carthaginois dans la guerre,
agrandit les possessions d’Utique qui l’avait servi
contre eux , fait du surplus la province romaine d’Afrique(4),
et se contente d’occuper les villes maritimes ,
les comptoirs, les colonies militaires ou commerciales,
que Carthage avait établis depuis la petite Syrte jusqu’au
delà d’Oran. Rome, de même que la France jusqu’à
ce jour, prend position sur la côte, et ne s’avance
pas dans l’intérieur.
En 646, Rome, insultée par Jugurtha, est forcée
d’abattre la puissance de ce prince, inquiétante pour les
nouvelles possessions en Afrique. Métellus, Marius et


1 Tit. Liv., XXX, VIII, 111, 44.
2 Malva de d’Anville, Moulouiah actuelle.
3 Voyez le détail des articles dans Polybe, XV, XVIII.
4 Appian, Punic., cap. CXXXV.
5 Scylax, p. 51, ed. Huds. ; Polybe, t. I, p. 458, ed.
Schweigh ; Heeven, Politique et commerce des peuples de
l’antiquité, sect. I, chap. II, t. IV, pag. 58, trad. française.


Sylla viennent à bout de l’habile et rusé Numide; il
est conduit en triomphe, mené au supplice : ses États
semblaient acquis au peuple romain et par le droit de
la guerre, et par droit de réversion; car il ne restait plus
d’héritier direct de Massinissa, à qui Rome, un siècle
auparavant, avait donné ce royaume. Cependant le
hardi Marius n’en propose pas l’adjonction entière à
l’empire. Il réunit quelques cantons limitrophes à la
province d’Afrique(1). On donne à Hiempsal le reste
de la Numidie, moins la partie occidentale dont le
sénat gratifie Bocchus, ce roi maure qui avait livré
Jugurtha(2).
L’an 708, Juba Ier, fi ls d’Hiempsal II, veut relever
le parti de Pompée, abattu par César, à Pharsale.
Juba défait d’abord, près d’Utique, Curion , lieutenant
de César, et se joint ensuite à Scipion pour combattre
le dictateur. La bataille de Thapsus décide du sort
de l’Afrique(3) : Juba vaincu se tue lui-même. César
réduit la Numidie en province romaine, et la fait régir
par Salluste l’historien, qu’il honore du -titre de proconsul(4).
Auguste, en 721, après la mort de Bocchus et de


1 Président de Brosses, Histoire de la république romaine,
t. I, p. 212, note.
2 Salluste, Jug., C. CXIX.
3 Hirt., Bell., Afr., C. LXXXVI.
4 Ibid., C. XCVII.


Bogud, rois des Mauritanien Césarienne et Tingitane,
forme de leurs États une province(1) : mais en 724 il
rend à Juba II, élevé à sa cour et l’un des hommes
les plus instruits de son siècle, une partie de l’ancien
royaume de Massinissa(2) ; il le marie à Cléopâtre
Séléné, fille de M. Antoine et de la fameuse Cléopâtre.
L’an 729, Auguste change ces dispositions : il reprend
à Juba la Numidie, et en compose la nouvelle province
d’Afrique; il lui donne pour compensation quelques
portions de la Gétulie et les deux Mauritanies, déjà
un peu façonnées au joug de la domination romaine(3).
Ptolémée, fils de Juba et de Cléopâtre, devient victime
de la capricieuse jalousie de Caligula(4) en 793, et c’est
en 795 de Rome , l’an 43 de l’ère vulgaire, que Claude
fait de ce royaume, sous le nom de Mauritanies Césarienne
et Tingitane(5), deux provinces qui, avec celles
de Numidie, d’Afrique et de Cyrénaïque, composaient
l’ensemble des possessions romaines dans l’Afrique
septentrionale.
Cet exposé succinct, mais fidèle, montre quelle
prudente circonspection, quelle patience persévérante
la république romaine crut devoir employer dans la


1 Dio., XLIX, XLIII.
2 Ibid., L1, XV ; Reimar., not. 93, et la dissertation de
Sévin, Mém., Acad. des inscr., t. V1, p. 144 sqq.; Plin., V, I,
XVI.
3 Dio., LIII, XXVI.
4 Ibid., LIX, XXV ; Suétone, Caligula, C. XXXV.
5 Dio. LX, IX.


conquête, l’occupation et la colonisation de la Numidie
et de la Mauritanie Césarienne seulement : et ce
fut dans l’apogée de sa puissance, dans les trois siècles
les plus féconds en grands capitaines, en hommes
d’État distingués, quand l’armée avait la confiance que
donnent une instruction supérieure et huit siècles de
victoires ; ce fut enfin dans la période comprise entre
l’époque du premier Scipion et celle de Corbulon,
que des vainqueurs tels que Marius et Sylla, César et
Pompée, Auguste et Agrippa, jugèrent cette lenteur
d’action utile et nécessaire : tant cette Afrique, plus
peuplée, plus agricole, plus civilisée néanmoins que
de nos jours, alors que, grâce à une religion presque
identique, on n’avait point à triompher d’un obstacle
énorme, leur parut périlleuse à conquérir, difficile à
subjuguer.
On voit les Romains marcher pas à pas; maîtres
de la province punique et de la Numidie tout entiers, ils
la rendent, l’une à un ennemi affaibli, l’autre à un roi
allié. Le téméraire Marius semble se glisser en tremblant
dans cette même Numidie que Massinissa, pourtant,
avait laissée si productive et si peuplée(1) ; il n’ose
la garder après l’avoir conquise; il se borne à assurer la
possession des villes maritimes, des colonies militaires,
des positions fortes, héritage des Carthaginois recueilli


1 Polybe, XXXVII, m, 7.


par les victoires de Scipion Émilien. Le grand César
lui-mène, ce génie supérieur, pour qui le temps, l’espace,
le climat, les éléments ne sont point un obstacle,
le grand César recule devant la conquête d’une faible
portion de l’Afrique ; il subjugue la Numidie, et rend à
Bocchus la Mauritanie Césarienne.
Auguste, dans un règne de cinquante-huit ans,
emploie toutes les ressources de sa politique habile et
ruse pour triompher des résistances de l’indépendance
africaine. La Numidie, pillée et vexée par Salluste,
menaçait de se soustraire au joug imposé par César :
Auguste lui rend la liberté, un gouvernement national,
un roi issu du sang de Massinissa. Mais ce roi a été
élevé à Rome; il a pris les goûts, les moeurs, les habitudes
et l’instruction du siècle d’Auguste. L’empereur l’a
formé de ses propres mains au respect, à l’adulation et
à la servitude. C’est le modèle de ces reges inservientes,
ces rois esclaves, si bien peints par Tacite. Juba est
chargé de façonner son peuple à la crainte de Rome et
à la soumission. Quand Bocchus et Bogud sont morts,
laissant leurs États au peuple ou plutôt à l’empire
romain, Auguste reprend à son élève la Numidie romanisée,
si l’on peut hasarder ce mot, par ses soins et par
son exemple; il la réduit en province, et donne à Juba
les Maures farouches, les Gétules indomptés, pour
apprivoiser lentement ces bêtes sauvages des déserts

africains. Ce n’est enfin que lorsque ces rois esclaves
ont rempli leur mission, lorsque deus règnes successifs
de princes mariés à des Romaines, lorsque des
colonies civiles ou militaires, formées de Romains , de
Latins, d’Italiens, ont infiltré de plus en plus dans 1e
pays l’usage de la langue, le désir des lois, le goût des
moeurs, des habitudes, des vertus et même des vices du
peuple conquérant; ce n’est qu’après avoir si bien préparé
les voies, que le sénat décrète la réunion à l’empire,
que les deux Mauritanies sont à jamais réduites
en provinces sujettes et tributaires.
On se tromperait cependant sur le véritable état
des choses, si l’on croyait que Rome n’a tiré aucun
avantage de l’Afrique que lorsqu’elle a eu détruit
entièrement son indépendance.
Les rois qu’elle y avait créés, ceux qu’elle y laissait
végéter à l’ombre de son alliance, étaient, comme
Hiéron, comme Attale, des espèces de vassaux soumis
à ses ordres, prévenant ses désirs, et qui, au moindre
signe du peuple-roi, lui apportaient leurs blés, leur
argent, leurs éléphants, leur excellente cavalerie, pour
l’aider dans les guerres lointaines qui leur étaient tout
à fait étrangères. Massinissa, le plus puissant de tous,
dans le cours d’un règne de cinquante ans, fournit de
nombreux exemples de cette soumission prévenante :
ce fut une loi pour ses successeurs. Le sénat conférait

même à ces rois vassaux une sorte d’investiture en
leur envoyant, d’après un décret en forme, les insignes
du pouvoir, la chaise curule , le sceptre d’ivoire,
la pourpre du manteau royal; et cette marque de servitude
était brimée comme un honneur, comme une
rémunération de services.
Sous l’empire, l’étendue des conquêtes, la nécessité
d’entretenir, pour les conserver, de nombreuses
légions permanentes, contraignirent Auguste à étendre
beaucoup le droit de cité, à se donner une base
plus large pour le recrutement des armées nationales.
Il voulut faire de l’Afrique une seconde Italie : sa
politique , dans tout le cours de son règne, tendit à ce
but. Mais c’était une oeuvre de temps et de patience.
Il fallait changer les moeurs, le langage, déraciner les
habitudes et les préjugés nationaux; il fallait substituer
la civilisation grecque et romaine à celle de Tyr
et de Carthage, et la langue qui était arrivée de l’Inde
dans la Grèce et dans l’Italie, à celle que l’Arabie et
la Palestine avaient portée dans l’Afrique.
Deux cent trente-deux ans avaient été nécessaires
heur opérer la fusion des peuples, pour cimenter
leur union, pour bâtir enfin le durable édifice de la
domination romaine en Afrique. Mais, dans le sicle
suivant, cette fusion était si complète ; mais, cent ans
après Auguste, l’Afrique était devenue tellement

romaine, que, sous le règne de Trajan, la loi qui infligeait
l’exil à un citoyen et qui l’excluait du territoire
de l’Italie lui interdisait aussi le séjour de l’Afrique(1),
où il eût retrouvé, disait-elle, les moeurs, les habitudes,
le langage de Rome, toutes les jouissances du
luxe et tous les agréments de sa patrie.
Les motifs de prudence que j’ai déduits furent
exprimés en 553, après la bataille de Zama, dans
une délibération du sénat qu’Appien seul(2) nous a
conservée. Après avoir rappelé, en citant la marche
suivie à l’égard des Latins, des étrusques, des Samnites
et du reste de l’Italie, que c’est par des conquêtes
lentes et successives que Rome a établi et consolidé
sa puissance, l’orateur pose cette question : «Faut-il
détruire Carthage, s’emparer de la Numidie ? – Mais
Carthage a encore de grandes forces, et Annibal pont
les diriger. Le désespoir peut les doubler. – Donner à
Massinissa Carthage et son territoire? – Mais ce roi,
maintenant notre allié, peut devenir un jour un ennemi
dangereux. – Adjoindre le pays au domaine public ?
– Le revenu sera absorbé par l’entretien des garnisons
: il faudra de, grandes forces pour contenir tant
de peuples barbares. – Établir des colonies au milieu
de cette Numidie si peuplée? – Ou elles seront dé-


1 Tacit., Ann.,II, L; Plin. Jun., II, XI, 19.
2 Punic., lib. VIII, LVII-LXI.


truites par les barbares , ou, si elles parviennent à
les subjuguer, possédant un pays si vaste, supérieur
en tout à l’Italie, elles aspireront à l’indépendance et
deviendront redoutables pour nous. Suivons donc les
sages conseils de Scipion ; « donnons la paix à Carthage.»
Ce parti prévalut.
Que l’expérience des siècles passés nous guide
et nous instruise! Que la France, que la grande nation,
dans la conquête d’Alger, ne se laisse pas décourager
si vite ! Que cette devise, Perseverando vincit, qui
résume tout le prodige de la puissance de Rome et de
l’Angleterre, soit inscrite sur nos drapeaux, sur nos
édifices publics, dans la colonie africaine.
Cette épigraphe serait à la fois un souvenir, un
exemple et une leçon.
Nous avons vu, dans la première partie de cette
introduction , que la Mauritanie fut réunie à l’empire
l’an 43 de l’ère vulgaire, sous le règne de Claude.
Deux ans auparavant , le dernier roi de cette contrée,
Ptolémée, fils de Juba(1), avait été sacrifié aux cruels
caprices de Caligula: ce fat sous son règne qu’eut lieu
la guerre de Tacfarinas, si bien racontée par Tacite. A
la suite de cette catastrophe, tout le littoral de l’Afrique,
depuis le Ras Dellys et Mers-el-Fahm (Saldoe),


1 Sueton., Caligula, cap. XXXV ; Dion. Cassius, lib.
LIX, cap. XXV.


à 25 lieues E. d’Alger, jusqu’à Ceuta, devint province
romaine. Dans le petit nombre d’historiens anciens que
le temps a respectés, nous ne trouvons presque aucun
détail sur cette occupation, effectuée probablement par
des troupes embarquées dans les ports de l’Espagne,
et préparée de longue main sous le règne de Juba le
Jeune, prince instruit mais faible(1), qui ne s’était maintenu
sur son trône chancelant que par une soumission
aveugle aux volontés d’Auguste et de Tibère.
L’indifférence du polythéisme a facilité partout
les conquêtes de Rome; et les villes maritimes de 1a
Mauritanie, craignant peut-être l’interruption de leur
commerce avec l’Espagne, la Gaule et l’Italie, surveillées
par les colonies romaines qui existaient déjà
au milieu d’elles, paraissent avoir reçu sans difficulté
les garnisons de l’empire. Un seul mouvement insurrectionnel
eut lieu, probablement dans la partie occidentale
de la Mauritanie. Sous le prétexte de venger
la mort du roi Ptolémée, un de ses affranchis, nommé
OEdémon, se mit à la tète d’une armée d’indigènes,
grossie sans doute par les tribus nomades de l’Atlas; et,
pour soumettre l’intérieur du pays, l’empereur Claude
fut obligé d’envoyer en Afrique un général distingué,
Caïus Suetonius Pauliens, qui plus tard, sous le


1 « Juba, Ptolemæi pater, qui primus utrique Mauritaniæ
imperavit, studiorum claritate memorabilior etiam quam
regno. » PLIN V, I, 16.


règne de Néron, devint consul en 66(1) . L’issue de la
guerre dont les environs de Fez, de Méquinez et de
Safrou ont dû être le principal théâtre, fut heureuse
pour les armes de l’empire.
Suetonius Paulinus, observateur éclairé non
moins que militaire habile, avait écrit lui-même l’histoire
de ses campagnes; et si son ouvrage nous était
parvenu, nous n’y trouverions peut-être pas l’élégante
simplicité de style qu’on admire dans les récits
de César ; mais, vu la masse des faits et des renseignements
précieux que cet ouvrage devait contenir
sur des pays que nous ne connaissons nous-mêmes
qu’imparfaitement, nous placerions probablement
les commentaires du conquérant de la Mauritanie à
côté de ceux du conquérant de la Gaule.
Aujourd’hui nous savons seulement, par les courts
extraits qui se trouvent dans Pline, qu’après avoir
pacifié les contrées au nord et à l’ouest de l’Atlas, Paulinus
conduisit ses troupes en dix marches jusqu’aux
hautes chaînes de cette montagne, couvertes de neiges
profondes et éternelles; et que, peut-être pour punir
quelques tribus du désert d’avoir soutenu la révolte
d’OEdémon, il s’avança au delà jusqu’au fleuve Ger,


1 Dion Cassius, lib. LX, cap. IX; Pline, V, I, II. « Romana
arma primum Claudio principe in Mauritania bellavere, Ptolemæum
regem à C. Cæsare interemptum ulciscente liberto
OEdemone, refugien tibusque barbaris, ventum constat ad
montem Atlantem. »


que nous croyons être le fleuve Niger(1). Cette expédition,
entreprise avec une armée sans doute peu
nombreuse, mais du moins bien choisie, suffi t pour
inspirer au loin une terreur salutaire, et pour faire
prendre à Rome, en Mauritanie, l’attitude de la
souveraineté. Paulinus rentra dans les limites de sa
nouvelle province, et, d’après l’ancienne maxime du
sénat d’entretenir toujours les forces les plus imposantes
sur les points les plus rapprochés des hostilités
présumables, une occupation militaire habilement
combinée marqua la séparation entre les nomades
indépendants de l’Afrique et l’Europe, ses enfants
actifs et sa civilisation envahissante. Pendant que
Paulinus ou ses premiers successeurs construisaient
dans les hautes vallées de la Moulouia, aux environs
d’Aksabi-Suréfa, cette ligne de forteresses dont les
ruines, avec des inscriptions en caractères inconnus,
excitaient encore au seizième siècle l’attention
des Mogrébins qui y reconnaissaient l’ouvrage des
Roumi(2), pendant ce temps, dis-je, de nouvelles
colonies continuaient à rendre général sur la côte


1 Pline, V, I, XIV. « Verticem altis, etiam æstate, operiri
nivibus. Decumis se eo pervenisse castris, et ultra ad fl uvium
qui Ger voraretur. »
M. Horace Vernet étant en mer par le travers de Bougie,
le 27 mai 1831, a vu et dessiné la chaîne de l’Atlas. « Tous les
points culminants étaient, m’a-t-il dit, couverts de glaciers et
de neiges qui ne fondent jamais. »
2 Léon l’africain, p. 165 sqq.


l’usage de la langue latine, et à propager les perfectionnements
de la vie sociale. Sous le règne de
Claude, il n’est pas impossible qu’on ait vu arriver
avec plaisir sur la côte d’Afrique les citoyens
romains de l’Espagne, de la Gaule et de l’Italie,
qui vinrent avec leurs familles habiter les colonies
de Lixos (Larache), place de commerce sur l’océan
Atlantique(1), et de Tingis (Tanger)(2), dont au surplus
les anciens habitants avaient déjà reçu de l’empereur
Auguste le droit de cité(3).
L’occupation fut consolidée par d’autres colonies,
les unes existant déjà dans le pays depuis le
règne d’Auguste et de Juba, les autres envoyées par
Claude et par ses successeurs.
En résumé, au commencement du règne de vespasien,
la Mauritanie Césarienne renfermait au moins
treize colonies romaines, trois municipes libres, deux
colonies en possession du droit latin, et une jouissant
du droit italique. Toutes les autres villes étaient des
villes libres ou tributaires.
La Numidie, du temps de Pline, avait douze colonies
romaines ou italiques, cinq municipes et trente et
une villes libres: les autres étaient soumises an tribut.


1 Pline, V, I, 3: « Colonia a Claudio Cæsare facta
Lixos. »
2 Pline, V, I, 2 : « Nunc est Tingi quondam ab Antæo
conditum ; postes a Clandio Cæsare, quum coloniam faceret,
appellatum Traducta Julia. »
3 Dion Cassius, XLVIII, XLV


On voit combien de centres de civilisation, d’entrepôts
pour les échanges mutuels, de remparts pour
la défense du territoire, propugnacula imperii, les
Romains s’étaient créés en Afrique par l’établissement
de ces colonies militaires, véritables forteresses
que Cicéron, dans son style poétique, appelle les créneaux
de l’empire, et par la fondation de ces colonies
pacifiques qu’il nomme ailleurs la propagande de la
civilisation romaine.
Au surplus, malgré le système d’une occupation
fortement combinée, malgré le grand nombre des
troupes régulières qui occupaient les villes, malgré
les tribus alliées et indigènes auxquelles on parait
avoir abandonné de préférence la garde des positions
avancées qui ne présentaient pas les conditions de
salubrité désirables pour de jeunes soldats venus de
la Mésie, de la Germanie et de la Gaule (depuis le
premier siècle de notre ère, ces trois provinces formaient
la principale force de l’empire) ; malgré tout
cela, disons-nous, il ne faut pas croire que ces avantages
et ces précautions aient procuré à la Mauritanie
Césarienne une paix perpétuelle et un calme non
interrompu. Déjà en 726, cinq ans après la réduction
en province romaine, Cossus, général d’Auguste,
avait été forcé de réprimer les incursions des Musulmans
et des Gétules(1). Le défaut de matériaux


1 P. Oros., VI, XXI: «ln Africa Musulanos et Gætulos latius
vagantes, Cossus, dux Cæsaris, arctatis fi nibus coercuit, aique

romanis limitibus abstincre metu coegit.» Dio., LV, XXVIII ;
Vellejus, II, CXVI ; Florus, IV, XII, 40. Cossus reçut les ornements
triomphaux et le surnom de Gætulicus. Adi ap. Dion.
Reimari, not. I. c. Vid. Orelli. Inscr. select., n. 559, 560, sur une
Cornélia, fi lle de cossus Gætulicus, et sur Silanus, son petit-fils.


nous empêche de rendre compte de tous les actes
d’hostilité commis par les tribus insoumises du désert
contre les colonies et les possessions romaines; mais
nous savons que, peu d’années après le règne glorieux
de Trajan, Adrien se vit dans la nécessité de réprimer
les tentatives des Maures; qu’il envoya contre eux
Martius Turbo, l’un des meilleur, généraux de Trajan,
à qui on décerna une statue pour honorer ses vertus
civiles et guerrières; et qu’Antonin le Pieux les força
à demander la paix.
C’est de cette guerre d’Antonio contre les
Maures que parle Pausanias(1) : « L’empire, dit-il, fut
attaqué par les Maures, peuplade la plus considérable
des Libyens indépendants. Ces Maures, nomades
comme les Scythes, sont bien plus difficiles à vaincre
que ces peuples, puisqu’ils voyagent à cheval eux et
leurs femmes, et non sur des chariots. Antonio les
ayant chassés de toute la partie de l’Afrique soumise
aux Romains, les repoussa aux extrémités de la
Libye, dans le mont Atlas et sur les peuples voisins
de cette chaîne. »


1 Lib. VIII, Arcadica, chap. XLIII.


Le biographe de Marc-Aurèle nous révèle encore
un fait important et curieux : ni les garnisons romaines
qui occupaient le littoral, ni le détroit de Gadès,
n’empêchèrent les hordes de l’Atlas de prendre l’offensive,
de pénétrer en Europe, et de ravager une
grande partie de l’Espagne. Tel est du moins le sens
qui semble ressortir. des paroles un peu vagues de
Jules Capitolin(1), à moins qu’on ne veuille supposer
que ces hostilités, réprimées enfin par les lieutenants
de l’empereur, s’exerçaient par mer, et qu’il y avait
déjà alors sur les côtes de l’Afrique des corsaires ou
des pirates , comme de nos jours nous en avons vu
sortir des ports d’Alger.
Les inscriptions découvertes en 1829 à Tarquinies,
que l’un de nous a expliquées(2), prouvent qu’il
y eut des mouvements sérieux en Afrique et dans la
Bétique. En effet, dans cette province sénatoriale nous
voyons un P. Tullius Varro, procurateur de la Bétique(
3), c’est-à-dire gouverneur de la province au nom
de l’empereur. Dans ces inscriptions, où l’ordre de
prééminence des titres est très régulier, le mot procurateur
succède à celui de légat propréteur et précède


1 Jul. Capitol., Ant. Philos, C. XXI: « Cum Mauri Hispanias
prope omnes vastarent, res per logatos bene gestæ sunt. »
Institut. arclreolog. Memor., t. IV, p. 165-170.
2 Instit. archéolog. Memor., t IV, p. 165-170.
3 Proc. prov.Bætieæ ulterioris Hispaniæ, leg xnfulminatæ,
prætori. Inscript. II, lign. 9-13, p. 168.


le titre de préteur. Or, Capitolin(1) nous apprend que
Marc-Aurèle fut contraint, par les nécessités de la
guerre, de changer la hiérarchie établie pour les provinces.
De même l’Afrique, province sénatoriale, dont
ce même Varron avait été proconsul, s’était révoltée
plus tard, ou avait été attaquée par les Maures, puisque
Marc-Aurèle y envoya des troupes et la rendit
province impériale, dont le gouverneur Dasumius
n’eut plus des lors que le titre seul de légat, ou celui
de légat propréteur(2).
Nous exposerons ici le résumé de longues méditations
sur cette période obscure de l’histoire romaine.
Trois grandes causes de destruction envahissaient
l’empire : la corruption des moeurs, le décroissement
de la population libre, et, l’établissement du christianisme.
L’un de nous les a développées dans un grand
ouvrage inédit sur l’économie politique des Romains.
Mais l’histoire de la décadence de l’empire (on sent
bien que nous ne parlons pas de la forme et du style)
nous semble encore à retoucher, même après Montesquieu
et Gibbon. Nous fixerions l’origine de cette
décadence au règne d’Adrien, et la cause immédiate à


1 Cap. XXII, Art. Philos : « Provinciasex proconsularibus
consulares, aut ex consularibus proconanlares aut prætorias pro
belli necessitato fecit. » Vide h. I. Casaubon et Salmas, not. 3,
t. I, p. 374, ed. 1671.
2 Inscript. IV, lign. 13. Voy. l’explication, t. IV, p. 163,
165, 168, l70.


l’épuisement produit par les conquêtes excentriques
de Trajan. De là une réaction de tous les peuples voisins
de l’empire (1), comme celle de l’Europe sur
Napoléon de 1812 à 1815 ; de là l’abandon des provinces
au delà du Danube et de l’Euphrate, attribué par
Gibbon et Montesquieu à la pusillanimité d’Adrien,
mais, selon nous, chef-d’oeuvre de politique et de
prudence; de là ses voyages continuels dans toutes
les parties de l’empire; car partout, par les causes
indiquées, troubles, résistances, révoltes ou dangers.
Dès cette époque, la fabrique de l’espèce humaine
s’active chez les barbares; l’instinct de conservation,
la nécessité commandent ; on cultive pour produire
non de l’argent, mais des hommes. Le principe actif
de population se développe dans toute son énergie.
Pour vivre, il faut se défendre Et conquérir. Ces peuples
sont ce qu’était Rome vis-à-vis de l’Italie dans
les cinq premiers siècles de la république : c’est le
même fait, la même histoire en sens inverse, et transportée
du centre aux extrémités. Aussi, vains efforts
d’Adrien pour rétablir la discipline des légions, fortifications
des limites naturelles, grande muraille élevée
en Bretagne, enfin paix achetée, à prix d’or, des barbares.
De plus, on en remplit les armées. Les expéditions
lointaines de Trajan avaient dégoûté du service


1 Spatian. Adrian. ch. V.


militaire les citoyens romains, et créé, pour résister à
la conscription, la force d’inertie qui perdit Napoléon
en 1814. De là les esclaves armés par Marc-Aurèle(1),
et plus tard, mais trop tard, l’édit de Caracalla qui
donne le droit de cité à tous les sujets de l’empire.
Et ce n’est pas seulement par avidité, comme on l’a
écrit, c’est par nécessité d’une pépinière de soldats
pour le recrutement des armées.
Sous Antonio, l’histoire est vide ; les faits
manquent. On nous indique plusieurs révoltes(2).
Juifs, Gètes, Égyptiens, Maures, Daces, Germains,
Alains, attaquent partiellement les extrémités de,
l’empire.
Sous Marc-Aurèle(3), la ligue se forme. Parthes
et barbares de l’Orient, nations slaves, gothiques,
germaniques, bucoles en Égypte, partout et toujours
guerres sur guerres, et guerres obstinées. C’est en
grand l’attaque des Cimbres et des Teutons, moins la
force de résistance. La ligue se porte sur l’Italie; c’est
au coeur de l’empire qu’elle frappe, comme les peuples
unis sur la France en 1814 . Elle trouve, comme
eux, des auxiliaires dans les armées, formées alors non
plus de Romains seuls, mais pour moitié de barbares,


1 Capitolin, XXI.
2 Cf. Appian. præf.; Dio. Capitol. I. c.; Vict. Epitom.;
Pausan. Arcad, I. c.
3 Capitolin., N. Anton. Philos , VIII, IX, et verus, VII, et
M. Anton. Philos., XII, XIII, XIV.


comme chez nous de Français mêlés également
de Polonais, d’Espagnols, de Portugais, d’Italiens.
L’empire romain résiste encore; mais il a donné le
secret de sa faiblesse; et en deux siècles le principe
actif de population d’une part, fabriquant des
hommes libres et des soldats, de l’autre, l’obstacle
privatif, la corruption des moeurs romaines, la chasteté
des moeurs chrétiennes éteignant la population
libre et guerrière, achèvent la ruine et le démembrement
du colosse politique formé de tant de débris,
et appelé pendant tant de siècles l’univers romain,
orbis romanus.
Des chrétiens pouvaient-ils être unis de coeur et
d’intérêt à un empire qui leur ôtait les droits civils et
politiques, qui proscrivait leur culte, leurs masure,
et jusqu’à leur croyance ? Eh bien, les Antonins
sont forcés de les ménager, et d’en remplir leurs
légions.
Des barbares, adorateurs de Teutatès, d’Odin
et de Mithra, étrangers aux Romains de goûts , de
moeurs, de lois et de langages, pouvaient-ils s’incorporer
facilement dans la législation et la civilisation
romaines ? Eh bien, les Antonins sont contraints de
s’appuyer sur eux pour repousser d’autres barbares
plus ignorants, plus féroces, plus dangereux.
En résumé, le détail des faits manque pour ces quatre-vingts
ans de l’histoire : mais les causes sent évidentes,

sont palpables. Il ne faut qu’observer, méditer ce qui
précède et ce qui suit.
A cet exposé concis des effets et des causes,
deux des inscriptions de Tarquinies(1) ajoutent un
témoignage sûr, une autorité imposante. L’histoire
nous dit que sous Antonin le Pieux tous les Maures
se soulèvent. La Mauritanie n’est séparée de l’Espagne
que par un détroit de cinq lieues : on est
obligé d’y porter des forces, de mettre la province
sous le régime militaire. Aussi, dans l’inscription
citée, nous la voyons soustraite à l’autorité du
sénat, et cette province sénatoriale recevoir, non
un proconsul en toge, et ne pouvant, d’après les
lois de l’empire, porter l’épée, mais un procurateur
(procurator provincioe Boeticoe) revêtu, depuis
Claude, de tout le pouvoir civil et militaire affecté
à l’empereur lui-même. Le procurateur alors est un
vice-roi.
Ces marbres mêmes, bien observés, bien étudiés,
donnent des dates ou au moins des époques. On y lit
que la révolte de la Mauritanie précéda celle de la province
d’Afrique ; car ce P. Tullius varro à qui l’inscription
est dédiée, y est nommé proconsul de la province
d’Afrique (procos. prov. Africoe)(2), donc alors province


1 L. c, n° II, lign. 9, 10, et n° IV, lign. 13
2. N° II, ligne 4.


 sénatoriale, et plus bas(1) procurateur de la Bétique
; preuve certaine que cette province sénatoriale
d’Espagne était devenue, à cause du danger, province
impériale.
En comparant le teste du n° II avec celui du n° IV,
on voit que la première inscription a précédé l’autre.
On distingue même clairement que l’insurrection de
la Mauritanie a gagné la province d’Afrique, sa voisine;
car cette même province d’Afrique, sénatoriale
quand Varron en était proconsul, devient impériale
dans le marbre n° IV(2), puisque L. Dasumius Tullius
Tuscus en est nommé légat (leg , prov. Africoe) . Évidemment
le danger était pressant; il fallait concentrer
dans une main habile et fidèle tout le pouvoir civil
et militaire ; aussi Marc-Aurèle y envoie Dasumins,
d’abord le conseiller privé d’Adrien, d’Antonin, le
pontife de son temple, son trésorier, son chancelier,
et qui, de plus, avait fait la guerre, comme légat propréteur,
dans les provinces frontières et importantes
de la Germanie et de la Pannonie supérieure. Pour
mériter de sels emplois de la prudence d’Adrien,
d’Antonio, de Marc-Aurèle , il fallait à coup sûr des
talents remarquables ; et ce Desumius, qui n’est pas
même nommé ni dans les fastes ni dans l’histoire, ne
parait pas un homme ordinaire; du reste, sa famille


1 Ligne 9, 10.
2 Ligne 13.


était riche et dans les honneurs depuis le règne de
Trajan(1) .
L’histoire, depuis Marc-Aurèle jusqu’au règne de
valentinien, fournit bien peu de détails sur cette partie
de l’Afrique. Nous savons seulement que, sous Alexandre
Sévère, Furius Celsus remporta des victoires dans
la Mauritanie Tingitane(2) ; que sous le règne de Gallien
l’Afrique éprouva des tremblements de terre épouvantables(3),
mais qu’elle resta fidèle à l’empire, et que
l’usurpateur Celsus n’eut que sept jours de règne(4).
La vie de Probus, racontée par Vopiscus et par
Aurelius Victor, offre, sur l’Afrique, quelques faits
qu’il ne faut pas négliger de recueillir. Chargé du
commandement de cette contrée probablement par
les empereurs Gallien, Aurélien et Tacite, il déploya
de grands talents, un grand courage personnel dans
la guerre contre les Marmarides, qu’il parvint enfin à
subjuguer(5). Il passa de la Libye à Carthage, dont il ré-


1 Voyez le testament de Dasumius, Inst. archéol., Mém.,
t. III, p. 387, 392, et Tavola d’aggiunta C.
2 Æ. Lamprid., Alex. Sever., c. LVIII : «Actæ sunt res
féliciter et in « Mauritania Tingitana per Furium Celsum.»
3 « Mota est Libya ; hiatus terræ plurimis in locis fuerent,
cum aqua salsa in fossis appareret. Maria etiam multas urbes
occupaverunt. » Trebell, Pollio, Gallien, chap. V.
4 « Septimo imperii die interemptus est (Celsus). Corpus
ejus a canibus consumptum est, Siccensibus qui Gallieno fi dem
servaverant, perurgentibus. » Trebell. Pollio, Triginta Tyranni,
cap. XXVIII.
5 « Pugnavit et contra Marmaridas in Africa fortissimo,

eosque denique vicit. » Flav. Vopisc., Probus, cap. IX. Les
Marmarides habitaient entre l’Égypte et la Pentapole. Cf. Cellarii
t. II, Geogr., Anliq., IV, II p. 838 sqq.


prima les rébellions. Il provoqua et tua en combat singulier
un chef de tribus africaines, nommé Aradion ;
et, pour honorer le courage remarquable et la défense
opiniâtre de ce guerrier, il lui fi t élever par ses soldats
un grand monument funéraire de deux cents pieds de
largeur, qui existe encore, nous dit Vopiscus(1). Il avait
pour principe qu’il ne fallait jamais laisser le soldat
oisif. Il fi t construire à ses troupes des ponts, des temples,
des portiques, des basiliques; il les employa à
désobstruer l’embouchure de plusieurs fleuves et à
dessécher un grand nombre de marais, dont il forma
des champs parés de riches moissons.
Le long règne de Dioclétien, qui ne nous est connu
que par des abrégés secs et décharnés, vit s’allumer en
Afrique une guerre importante, puisque Maximien s’y
rendit en personne. Une ligne d’A. Victor(2) : « Julianus
et les Quinquégentiens agitaient violemment l’Afrique
; » deux lignes d’Eutrope copié par Zoneras :
« Herculius (Maximianus) dompta les. Quinquégentiens(3)
qui avaient occupé l’Afrique, » sont, avec une


1 «Sepulchro ingenti honoravit… per milites, quos otiosos
esse nunquam est passus.» Vopisc., Prebus, cap. IX.
2 De Coesaribus, cap. XXXIX. Eutrop. IX, XV. « Maximianus
bellnm in Africa profl igavit, domitis Quinquegentiania
et ad pacem redactis. »
3 Que Zoneras nomme. Ann., XII, 31, t. I,

p. 641. Voyez pour cette guerre le P. de Rivas, Éclaircissements
sur le martyre de la légion Thébéenne ; un vol. in-8°, 1779.


phrase de panégyrique(1), à peu près tout ce qui nous
reste au sujet de cette expédition.
Ce fut cette même année 297(2) que le nombre
des provinces d’Afrique fut augmenté, et que Maximien,
après avoir dompté les Maures et les avoir
transplantés de leur sol natal dans des contrées qu’il
leur assigna, fixa la délimitation des nouvelles provinces(3).
La Byzacène fut formée d’un démembrement
de la province proconsulaire d’Afrique, et nommée
d’abord Valeria en l’honneur de l’empereur Valerius
Diocletianus(4) : alors la Numidie fut gouvernée par
un consulaire(5), de même que la Byzacène, et prit le
deuxième rang après la province d’Afrique.
La Mauritanie Sitifensis fut composée d’une
portion de la Mauritanie Césarienne. Ces deux provinces
étaient gouvernées chacune par un proeses.
La contrée située entre les deux Syrtes, jusqu’à la
Cyrénaïque, s’appela Tripolitaine, et fut régie par un


1 Panegyr. Vet., VI, XVIII : «Tu ferocissimos Mauritaniæ
populos, inaccessis montium jugis, et naturali munitione fi dentes,
expugnasti, recepisti , transtulisti.»
2 Morcelli, Afr. chr., t. I, p. 23-25 ; t. II, p. 177.
3 Ce morcellement est indiqué par Lactance, de Mort.
Persec c. VII, n° 4.
4 Morcelli, t. I, p. 23.
5 Not. dign. inp., c. XXXIV, XLVI.


proeses, qui était pour le rang et la dignité au-dessous
du consulaire(1).
L’Afrique fut donc alors divisée en six provincdes,
qui étaient, en allant de l’est à l’ouest, la Tripolitaine,
la Byzacéne, la Proconsulaire (Africa), la
Numidie, la Mauritanie Sitifensis, et la Mauritanie
Césarienne.
La Mauritanie Tingitane était attribuée à l’Espace,
don elle formait la septième province(2).
Zosime(3) nous apprend que, l’an 311, Maxence,
déjà maître de Rome, réunit à son domaine l’Afrique,
qui avait d’abord refusé de le reconnaître, et où
s’était fait proclamer empereur un certain Alexandre,
paysan pannonien, qui pendant plus de trois ans régna
sur cette contrée.
Maxence avait arraché l’Afrique à cet Alexandre,
aussi lâche et aussi incapable que Ici-même. Volusianus,
préfet du prétoire, y avait été envoyé par ce tyran
avec quelques cohortes : un léger combat suffi t pour
abattre le pouvoir chancelant, de ce paysan parvenu.
La belle province d’Afrique, dit Aurelius Victor(4),
Carthage, la merveille du monde, terrarum deccus , fut


1 Morcelli, t. I, p. 24.
2 Sext. Rufus, Brev., cap. V ; Isidor., Géogr., C. IV;
Insript., p. 361, n. I, Gruter. PER PROVINCIAS PUOCONSULARES
ET NUMIDIAM, BYZACIUM AC TRIPOLIN, ITENQUE
MAURITAN1AM SITIFENSEM ET CÆSARIENSEM.
3 Lib. II, A. Victor, Epitom., C. XL..
4 De Cæsaribus, cap. XI.


pillée, ravagée, incendiée par les ordres de Maxence,
tyran farouche et inhumain, dont le penchant a la
débauche redoublait la férocité. Il parait certain
que la Numidie avait aussi accepté la domination
d’Alexandre, et même que ce timide usurpateur,
après avoir perdu Carthage presque sans combat,
s’était, comme Adherbal, réfugié sous l’abri de la
position forte de Cirta. Telle est du moins l’induction
très probable qu’on peut tirer de la phrase de
Victor, qui nous dit, avec, sa concision ordinaire(1),
que Constantin, vainqueur de Maxence, fi t relever,
embellir la ville de Cirta qui avait beaucoup souffert
dans le siège d’Alexandre, et qu’il lui donna le nom
de Constantine.
Un fait assez curieux qui nous a cité conservé
par Aurelius Victor(2) et par une inscription, c’est
que Constantin, chrétien fervent, qui, dans sa guerre
contre Maxence, avait fait placer le labarum(3) sur ses
drapeaux, qui, après sa victoire, refusa de monter au
Capitole pour rendre grâce à Jupiter, se fi t élever en
Afrique, plusieurs années après et dans les lieux les
plus fréquentés, un grand nombre de statues d’airain,
d’or ou d’argent; c’est qu’en outre il fi t ériger dans
cette contrée un temple, et instituer un collège de


1 « Cirtaeque oppido, quod ubsidione Alexandri ceciderat,
reposito exornatoque, nomen Constantina inditum. »
2 De Cæsaribus, cap. XL.
3 La croix avec ces mots : In hoc signo vinces.


prêtres en l’honneur de la famille -Flavienne, de la
gens Flavia, dont il se disait descendu(1).
Étrange bizarrerie de l’esprit humain ! Ce
prince, propagateur zélé du christianisme, qui porta
même jusqu’au fanatisme les croyances religieuses;
ce même prince qui, dans la Grèce et l’Asie, fermait
les temples, abattait les idoles, Constantin établissait
dans une partie de son empire, pour lui-même, pour
la sainte Hélène sa mère, pour le pieux Constance
son père, une véritable idolâtrie. Il agissait en Asie
comme un apôtre du Christ, en Afrique comme un
enfant de Vespasien.
Ce culte idolâtre de la gens Flavia subsistait
encore en 340, sous Constance. Cette inscription(2)
le prouve : L. ARADIO VAL. PROCULO V. C.
AUGURI PONTTFICI FLAVIALI. L’Afrique fut
la dernière à recevoir le christianisme. On n’y aperçoit,
dit Gibbon(3), aucune trace sensible de foi et de
persécution, avant le règne des Antonins. Le premier
évêque de Carthage connu est agrippinus, élu en l97;
la sixième année de Septime Sévère(4).


1 « Statuæ (Constantini) locis quam celeberrimis, quarum
plures ex auro, aut argenteæ sunt : tum per Africam sacerdotium
decretum Flaviæ genti. »
2 Grut., p. 361, n° I ; Morcelli, Afr. Chr. t. I, p. 25.
3 Décad. de l’emp. rom., t. III, p. 126.


L’Afrique même, peut-être à cause de cette
adoration si fl atteuse pour les princes, sous quelque
forme qu’elle se présente, fut, pendant le règne de
Constantin, l’une des provinces les plus favorisées de
l’empire. Il y bâtit des forteresses, restaura plusieurs
villes, les décora de monuments; il rétablit le cours
de la justice, institua une police vigilante, établit des
secours pour les pères chargés d’enfants(1), réprima
les exactions du fi sc, diminua les impôts, et affranchit
les Africains de ces dons gratuits de blé et d’huile,
qui, d’abord offerts par la reconnaissance à Septime
Sévère, s’étaient changés, depuis son trogne, en un
impôt annuel et régulier(2).
Sous les règnes de Constantin et de Constance,
l’Afrique ne fut troublée que par le schisme des Donatistes(
3). Cependant la secte des circoncellions, paysans
grossiers et barbares, qui n’entendaient que la langue
punique, et qu’animait un zèle fanatique pour l’hérésie
de Donat, se mit en révolte déclarée contre les lois du
l’empire. Constantin fut obligé d’employer les armes


1 Cod. Theod., I. XI, tit. XXVII, C. II, et not. de Godefroy,
c. f. I. V, tit. VII-VIII.
2 « Remotæ olei frumentique adventitiæ præbitiones
quibus Tripolis ac Nicæa (lege Oea) acerbius angebantur. Quas
res superiores, Severi imperio, gratanies civi obtulerant, verteratque
gratiam muperis in perniciem posterorum dissimulatio.
» Aurel. Vict., De Cæsaribus, cap. XLI.
3 Lebeau , Hist. du Bas-Empire, II, 56 ; III, 12, 13.


contre ces sectaires(1). On en tua un grand nombre,
dont les donatistes fi rent autant de martyrs. L’Afrique
fut jusqu’à sa mort en proie à ces dissensions, qui, en
affaiblissant l’autorité impériale, préparèrent le soulèvement
des tribus indigènes, toujours disposées à
saisir les occasions de recouvrer leur indépendance.
Dès le commencement du règne de Valentinien
Ier, la révolte éclata sur deux points à la fois, vers
Leptis, dans la Tripolitaine, et autour de Césarée,
dans la Mauritanie(2). Les nations africaines, trouvant
des auxiliaires dans une hérésie qui, depuis trentetrois
ans, avait dégénéré en guerre civiles(3), et qui
paralysait ]es forces de l’empire, jugèrent l’occasion
favorable pour secouer le joug des Romains.
Firmus, fi ls de Nubel, un roi maure, vassal de l’empire,
se déclara empereur(4), et fut bientôt maître de la
Mauritanie Césarienne. La révolte éclata d’abord sur
les monts Jurjura, dans le pays des Quinquégentiens,
que Maximien n’avait subjugués qu’avec peine, et dont
il avait transporté quelques tribus au delà de l’Atlas.
Théodose, père de l’empereur du même nom, fut chargé


1 Depuis 316 jusqu’en 337. Lebeau, III, 20; Dupin, Hist.
Donat. ; Vales., De schism. Donat.
2 « Africam, jam inde ab exordio Valentiniani imperii,
exurehat barbarica rabies; per procursus audentiores et crebris
cædibus et rapinis intenta. » Ammian. Marcell., XXVII, IX, t,
XXVIII, VI, t 26.
3 Optatus, De schism. Donat , III, 3 – 9.
4 En 372.


de la réprimer. Un peut inférer du récit détaillé de
cette guerre, qu’Ammien Marcellin nous a transmis
d’après les rapports offi ciels du général(1), que Firmus
sut rallier à ses vues d’ambition privée des intérêts
généraux très puissants. Les donatistes trouvaient en
lui un défenseur contre la persécution; les nations africaines,
un chef pour les conduire à l’indépendance ;
enfi n, les tribus, chassées de leur pays par une rigueur
outrée, aspiraient au plaisir d’une juste vengeance, et
se fl attaient de recouvrer, par sa victoire, leurs héritages
paternels et les tombeaux de leurs ancêtres.
Théodose, habile général, qu’Ammien compare à
Corbulon(2), prévoyait toutes les diffi cultés de cette
guerre. Il fallait conduire, dans un pays brûlé par des
chaleurs excessives, des soldats habitués au climat
humide et froid de la Gaule et de la Pannonie. Avec
des troupes peu nombreuses, il avait à combattre une
nuée de cavaliers infatigables, des troupes légères
excellentes(3). C’était une guerre de postes, d’escarmouches
et de surprises, contre un canerai exercé à


1 XXIX, V, 1-56. Voyez plus bas la section Géographie
ancienne.
2 Amniian, XXIX, V, 4.
3 « Agensque in oppido (Theodosius ) sollicitudine diducebatur
ancipiti, multa cum animo versans, qua via quibusve
commentis per exustas caloribus terras pruinis adsuetum duceret
militem ; vel hostem caperet discursatorem et repentinum,
insidiisque patius clandestinis quam præliorum stabililate confi
sum, etc. » Ammian., XXIX, V. 7.


voltiger sans cesse, aussi redoutable dans la fuite que
dans l’attaque, et qui avait tous les habitants pour
lui.
Dans sa guerre d’Afrique, l’oeil perçant de
César avait reconnu tout d’un coup les obstacles
que lui opposaient ce climat et ce genre d’ennemis.
Il lui fallut toutes les ressources de son génie, toutes
les fautes de ses adversaires, pour en triompher. Ses
légions si fermes, indomptables dans les Gaules et à
Pharsale, ses vétérans exercés par tant de victoires,
s’épouvantèrent devant ces Parthes de l’Afrique, ces
Numides insaisissables, qu’ils dispersaient sans les
vaincre, qui ne leur laissaient pas un seul moment
de relâche, et qui, comme les insectes importuns de
ces contrées, quand ils les avaient chassés loin d’eux,
quand ils les croyaient en déroute, se retrouvaient en
un clin d’oeil sur leur front, sur leur dos, sur leurs
flancs.
Dans la guerre contre Firmus, qui dura trois
années consécutives, avec des alternatives continuelles
de revers et de succès, Théodose eut encore
à combattre les obstacles du terrain. C’était dans la
région la plus âpre et la plus escarpée de l’Afrique
qu’existait le foyer le plus ardent de l’insurrection.
C’est ce réseau de montagnes abruptes ; c’est cet
amas de gorges, de défi lés, de pics, de lacs et de torrents
qui se croisent sans interruption de Sétif à Cherchel,
entre les deux chaînes de l’Atlas ; c’est cette

contrée presque inviable que Firmus avait habilement
choisie pour y amener les Romains, et en faire
le théâtre de la guerre.
Des plans si bien concertés échouèrent. Firmus,
de même que Jugurtha, succomba après une défense
opiniâtre. Si l’histoire de cette époque n’était muette
sur les détails des opérations militaires, Théodose,
comme général, serait placé sans doute a côté de
Metellus et non loin de Marius. D’un caractère dur
et infl exible, il sut maintenir dans son armée la plus
exacte discipline; sa politique habile et rusée sut
désunir ses adversaires, en leur prodiguant à propos
les trésors de l’empire. Sans doute il établit par des
victoires la terreur de ses armes; mais l’inconstance
et la corruptibilité des Maures furent pour lui de puissants
auxiliaires, et l’aidèrent à triompher des efforts
obstinés de l’indépendance africaine.
A Valens succéda Théodose le Grand, fi ls du général
vainqueur de Firmus. Né dans la même contrée,
issu de la même famille qui avait produit Trajan(1), il
fut comme Trajan un empereur belliqueux, nomme lui
redoutable eux nations barbares voisines de l’empire.
Le même fait que j’ai déjà signalé se renouvelle encore
une fois : le génie militaire de Théodose, l’éclat de ses
victoires, l’importance et l’étendue de ses conquêtes


1 « Gencre Hispanus, originem a Trajano principe trahens.
» Aurel. Vict., Epitom., C. XLVIII.


inspirent à ces peuples de vives craintes pour leur
indépendance; l’empire romain, réuni sous la main
ferme de ce grand prince, est partagé après sa mort(1)
entre ses deux fils Arcadius et Honorius, héritiers
du trône et non des vertus de leur père. Alors commence
la réaction des peuples assujettis contre le
peuple dominateur, et le refoulement des nations
pressées par les hordes sauvages de l’Asie. L’Afrique
tout entière se sépare de l’empire d’Occident(2),
et se donne au frère de Firmus , au Maure Gildon,
qui l’avait gouvernée pendant douze ans avec le titre
de comte.
Un autre frère de Firmus et de Gildon, Mascézil,
qui était resté fi dèle aux Romains, fut choisi par
Stilichon pour combattre et réduire l’usurpateur. La
petite armée de Mascézil ne montait qu’à cinq mille
hommes, et ce petit nombre de soldats éprouvés suffit
pour ramener à l’obéissance toute cette vaste contrée.
Gildon, vaincu d’avance par sa vieillesse, par ses
débauches et par ses vices, est trahi par ses troupes,
et s’enfuit sans combattre.
Ces deux ordres de faits, l’accession si prompte de
l’Afrique entière à l’usurpation de Gildon, sa soumission
plus prompte encore à l’empire du faible Honorius,


1 En 395. Lebeau, XXV, LIV.
2 En 397. Voyez Lebeau, XXVI, XLV; Gibbon, Decad, t.
V, p. 412 ; et Claudien, Bello Gild. de laud. Stilic., I, 248 ; in
Eutrop., I, 399 sqq.


 ces deux faits ont une cause générale qu’on a
jusqu’ici négligé de rechercher, mais qui nous semble
évidente et palpable.
Gildon était Maure et païen, mais protecteur
zélé des circoncellions et des donatistes; il était
frère de Firmus, qui était mort en combattant pour
la liberté du pays : il représentait donc deux intérêts
généraux très-puissants, celui de l’indépendance
africaine, et celui d’une secte religieuse fort active
et fort étendue : l’accession du pays fut prompte et
volontaire.
Mais la famille de Gildon était chrétienne et
orthodoxe; sa femme, sa sueur et sa fille furent
des saintes(1). Son règne dégénère en tyrannie. Sa
cruauté, sa lâcheté, son avarice et ses débauches,
plus offensantes dans un vieillard, lui aliènent le
coeur de ses partisans. Mascézil arrive devant lui
avec une poignée de soldats : il représente, aux yeux
des Maures, le sang des rois indigènes, fils de Nubel
; aux yeux des chrétiens, la religion orthodoxe qui,
depuis l’épiscopat de saint Cyprien, avait jeté en
Afrique de profondes racines. Mascézil trouve des
auxiliaires dans la famille même du tyran; il s’appuie
à son tour sur des intérêts généraux tout-puissants
: l’Afrique entière se soumet presque sans
résistance.


1 Lebeau, Hist. du Bas-Empire, I. XXVI, chap. LI.


Aussi, la conquête achevée , Stilichon , politique
à la vue perçante, mais peu délicat sur les moyens, se
débarrasse de Mascézil par un crime, qu’il déguise
sous les apparences d’an accident fortuit(1). Stilichon,
trop instruit des secrets de la faiblesse de l’empire,
eut évidemment pour but, en sacrifi ant Mascézil,
d’ôter un chef redoutable à l’indépendance africaine.
Un seul chiffre démontre quel appui la rébellion
pouvait trouver en Afrique. On compta en 411, au
concile de Carthage, composé de cinq cent soixante,
seize membres, deux cent soixante-dix-neuf évêques
donatistes(2) ; et cette secte, depuis quarante ans,
appuyait toutes les tentatives formées pour se séparer
de l’empire. Aussi tous les efforts du gouvernement,
toute l’énergie des Pères de l’Église, dirigée par saint
Augustin, s’appliquèrent à extirper cette hérésie, qui
menaçait à la fois la religion et l’État.
L’Afrique même profi ta pendant quelque temps
des malheurs de l’Italie et du démembrement de
l’empire; un grand nombre de fidèles s’y réfugia pont
échapper à l’invasion des barbares, et vint accroître les
forces du parti catholique et impérial. Enfi n, depuis la
révolte de Gildon jusqu’à l’arrivée des Vandales(3), cette


1 Lebeau, XXVI, LII ; Gibbon, t. V, p. 424, an 398.
1 Morcelli, Afr. chr., an 411, C. VII. Les évêques catholiques
étaient presque trois cents. Ibid., C. V.
3 Depuis 398 jusqu’en 428.


partie du monde ne fut déchirée par aucune guerre
civile ou étrangère.
Le comte Boniface gouvernait toute l’Afrique.
Habile général, administrateur intègre, ce
grand homme, plus Procope(1) appelle le dernier des
Romains, sut manier les rênes du pouvoir d’une main
douce et ferme à la fois. Il avait réprimé les incursions
des Maures, fait fl eurir le commerce, l’agriculture,
l’industrie(2), et, au milieu des convulsions de l’empire,
fait jouir les vastes pays confi és à sa vigilance
de tous les avantages de la paix. Une intrigue de cour
qui menace sa vie le pousse à la révolte : il s’unit
avec Genséric, et partage l’Afrique avec lui : toute la
nation vandale(3) abandonne l’Espagne, et traverse la
mer avec son roi.
Quoique l’histoire ne spécifi e point quelles provinces
furent abandonnées aux vandales, il paraît que
Boniface leur céda les trois Mauritanies, et que le
fleuve Ampsaga fut la limite de cette concession(4).
Genséric, peu content de ce partage inégal, attaque
Boniface qui s’était réconcilié avec l’empire, détruit
l’armée romaine, s’empare d’Hippône, occupe la Numidie,
l’Afrique proconsulaire et la Byzacène, moins


1 Bell. Vandal., I, III, p. 322, ed. Dindorf.; Bonn., 1833.
2 Victor, Vit. parsec. Vand., I, I.
3 « Vandali omnes eorumque familiæ. » Idat. Chron.
apud Lebeau, XXXI, XVII, n° 3.
4 Lebeau, ibid., chap. XVI.


Carthage et Cirta. Un traité, conclu en 435(1) avec
Valentinien III, lui assure, moyennant un tribut, la
possession de ce qu’il occupait, et rend à l’empire les
trois Mauritanies, déjà probablement abandonnées
par les Vandales, trop peu nombreux(2) pour garder un
si vaste territoire. Genséric livre même son fils Hunéric
en otage, preuve que cet empire qui s’écroule est
encore à craindre aux barbares. Genséric, en 439, se
rend maître de Carthage, et il établit dans les provinces
soumises à sa domination une sorte de système
féodal ou bénéficiaire. Il avait trois fils; il leur abandonna
les terres et la personne même des plus riches
habitants, qui devinrent les esclaves de ces princes. Il
fit deux lots des autres terres : les meilleures et les plus
fertiles furent distribuées aux Vandales, exemptes de
toutes redevances, mais certainement à la charge d’un
service militaire. Ces propriétés étaient concédées à
perpétuité, et, du temps de Procope, portaient encore
le nom d’héritages des Vandales. Ce fut l’Afrique
proconsulaire qu’il partagea ainsi. Par ce moyen,
il retenait ses soldats près de Carthage, où il avait
fixé sa résidence; il s’était réservé la Byzacène, la


1 Le 3 des ides de février, c’est-à-dire le 11 de ce mois.
Morcelli , an 435, C. I.
2 Cinquante mille combattants, selon Procope; quatrevingt
mille hommes de tout âge (senes, juvenes, parvuli, servi
vel domini), selon Victor de Vite, I, I.


Gétulie et une partie de la Numidie(1). Quant aux
fonds d’un moindre rapport, il les laissa aux anciens
possesseurs, et les chargea d’impôts très-considérables.
Je suis étonné qu’on n’ait point encore signalé
cette distribution de la propriété dans une conquête
faite par des peuples teutoniques, comme le premier
germe du système féodal, qui ne s’établit en Europe
que cinq sicles après.
La Tripolitaine et les Mauritanies restèrent soumises
à l’empire d’Occident jusqu’en 45l(2). Elles
en étaient déjà séparées l’an 460. Depuis la mort de
Valentinien III en 455 , Genséric s’était rendu maître
du reste de l’Afrique(3), c’est-à-dire de la Tripolitaine,
de la Numidie entière, et des trois Mauritanies. Ce
fait historique, raconté par un évêque africain, par
un écrivain contemporain peu favorable à Genséric,
nous a paru digne d’être signalé à l’attention du gouvernement.
Il doit engager la France à persévérer,
et démontre même que la conquête du pays n’offre
pas des diffi cultés insurmontables; car les Vandales
n’avaient au plus que cinquante mille combattants. Ils
étaient ariens par conséquent, plus haïs peut-être des


1 « Exercitui Zengitanam vel Proconsularem funiculo
hæreditatis divisit, sibi Byzacenam, Abaritanam atque Gætuliam,
et partem Numidiæ reservavit. » Victor Vit., I, IV.
2 Morcelli, Afr. chr., an. 460, e. I; an. 461, ibid.
3 Idem, I, 4 : « Post cujus mortem totius Africæ ambitum
obtinuit. »


catholiques fervents qui composaient alors presque
toute la population de l’Afrique, que les chrétiens
aujourd’hui ne, le sont des musulmans. Ils avaient
tout le pays contre eux. La seule différence de langue,
de couleur, de lois, de moeurs et d’usages devait
entretenir entre les Africains et les conquérants teutoniques
une division constante et des haines acharnées.
Mais Genséric sut comprendre que le temps et
la persévérance sont des éléments nécessaires pour
la fondation d’un empire. Débarqué en 429, il s’empare
en 431 d’Hippône et d’une portion de la Numidie.
En 435, un traité par lequel il rend à l’empire
les trois Mauritanies, lui donne la possession de la
Byzacène et de l’Afrique proconsulaire. En 439 il
se rend maître de Carthage, et ce n’est qu’en 455,
après s’être affermi dans ses nouvelles conquêtes,
qu’il attaque et soumet les trois Mauritanies. Alors
quatre-vint mille vandales occupaient complètement
la vaste contrée qui s’étend de la Méditerranée jusqu’au
Ger, et depuis l’océan Atlantique jusqu’aux
frontières de Cyrène.
Cette soumission complète se maintint pendant
font le long règne de Genséric. Ce prince, pour se garantir
contre les révoltes des habitants, avait fait démanteler
toutes les villes fortifi ées de l’Afrique, excepté
Carthage. Procope remarque que ce fut une des causes
qui facilitèrent les progrès de l’invasion de Bélisaire.

Mais il nous dit lui-même(1) que les Vandales ne
savaient pas combattre à pied, ni se servir de l’arc et
du javelot; qu’ils étaient tous cavaliers(2), et n’avaient
pour armes offensives que la lance et l’épée. Avec
une armée ainsi composée, la démolition des murs
de toutes les villes était une mesure indispensable
pour maintenir le pays dans l’obéissance. Cependant,
comme les vandales ne pouvaient pas anéantir
les forteresses naturelles, le pays de montagnes fut
le premier qui leur échappa. Déjà, sous le règne de
Hunéric, les Maures s’étaient emparés de toute la
chaîne des monts Aurasius, et ils purent s’y maintenir
pendant toute la durée de la domination des
Vandales(3). Mais enfi n, avec de la cavalerie seule et
quatre-vingt mille combattants au plus, les Vandales
conservèrent pendant quatre-vingt-quinze ans la possession
de presque toute l’Afrique septentrionale.
Bélisaire, en 533, avec une armée de dix mille
fantassins et de cinq ou six mille cavaliers, leur enleva
tout le pays de plaine, et Carthage, siége de leur domination.
Salomon , successeur de cet habile général,
et qui avait appris l’art de la guerre en exécutant les


1 Bell. Vandal., I, VIII, p. 349.
2 Il serait curieux de rechercher si cette prédominance
de l’arme de la cavalerie dans la composition des armées n’est
pas une conséquence immédiate de l’établissement du système
féodal.
3 Procop., I, VIII, p. 345.


savavantes combinaisons de ce grand capitaine,
Salomon reprit aux Maures le pays de montagnes,
la province de Zab, porta les frontières de l’empire
aux limites du désert, et s’avança vers le sud jusqu’à
40lieues au delà du grand Atlas. La conquête si
prompte d’un pays si étendu, avec une armée si peu
nombreuse, aurait droit de nous étonner ; mais les
causes du succès nous semblent palpables et évidentes.
Les Vandales étaient ariens. La population catholique
ne les voyait qu’avec horreur. Ils avaient usurpé
les deux tiers des propriétés foncières de l’Afrique.
Tous les Romains, dépossédés par la violence, avaient
un intérêt puissant à secouer le joug de cette aristocratie
spoliatrice; cet arbre, planté par la conquête ,
qui n’avait pas jeté de racines dans le pays, devait être
renversé au premier souffle. Les vandales, comme
la pospolite de la Pologne, leur ancienne patrie, ne
combattaient qu’à cheval et de près; une seule arme
faisait toute leur force. Bélisaire se présente avec une
armée peu nombreuse, mais complète et régulière. Il
l’avait formée de l’élite des Romains et des nations
barbares. La cavalerie romaine était très exercée à
tirer de l’arc, l’infanterie à se servir des catapultes et
des balistes ; les Goths étaient redoutables l’épée à
la main; les Huns étaient des archers admirables ; les
Suèves bons soldats d’infanterie ; les Alains étaient
pesamment armés, et les Hérules étaient une troupe

légère. Bélisaire prit dans toutes ces nations les divers
corps de troupes qui convenaient à ses desseins, et
combattit contre une seule arme avec les avantages
de toutes les autres.
Salomon avait le même avantage vis-à-vis des
Maures. Ceux-ci ne se servaient que de la fronde et
du javelot. C’étaient, en infanterie, en cavalerie, des
troupes légères excellentes. La rudesse et l’âpreté de
leur pays, les escarpements de l’Aurasius et de l’Atlas,
convenaient merveilleusement à cette manière de
combattre. Ils avaient de plus tous les habitants pour
eux. Cependant la supériorité de l’organisation militaire
l’emporta sur le nombre, sur les difficultés du
terrain, et en moins de trois campagnes ces Maures
indomptables furent vaincus et soumis.
Toutefois les limites de l’empire de Justinien
ne s’étendirent pas à l’ouest au delà de la Mauritanie
Sitifensis. La Césarienne et la Tingitane, moins
Césarée et Ceuta, restèrent au pouvoir des Maures.
En 543, il se forma une ligue des nations maures,
jalouses dû reconquérir leur indépendance. Nous ne
connaissons l’histoire de cette guerre que par quelques
lignes de Procope et par un poème latin de Cresconius
Corippus, récemment découvert et publié à Milan(1).


1 En 1820, par P. Mazuchelli, d’après. un manuscrit
unique du quatorzième siècle, qui existe dans cette ville au
musée Trivulce.


Après quelques alternatives de succès et de revers,
Jean Troglita, qui avait servi sous Bélisaire, et que
Justinien investit du pouvoir suprême sur toute l’Afrique,
défit complètement les Maures dans deux grandes
batailles, et les convainquit si bien de l’infériorité
de leurs forces, qu’à partir de cette époque ils furent
entièrement soumis, et que même, selon Procope(1), ils
semblaient de véritables esclaves. L’Afrique alors jouit
pendant longtemps d’une paix tranquille et assurée, et,
délivrée du ravage de ces Tribus turbulentes, elle vit
refleurir de nouveau son agriculture et son industrie.
Justinien(2) y établit un vice-roi, sous le nom de
préfet du prétoire d’Afrique. Il réforma l’administration
civile, institua une bonne organisation militaire, et
assigna les fonds nécessaires au traitement des divers
employés, qui tous étaient soumis au pouvoir unique
et suprême de son délégué. L’Afrique, séparée par la
mer du reste de l’empire, avait besoin d’un seul chef
et d’une forte centralisation. Il y eut cependant, après
la mort de Justinien(3), quelques soulèvements des
Maures, quoique ces peuples eussent alors embrassé


1 Bell. Goth., IV, XVII
2 Cod. lib. I, tt. XXVII, de Offi cio præfect. proe’orio
Ajrics, et de Offi cio præfect, præ’orio Africæ, et de omni ejusdem
dioecesco statu. CCCXCVI viros per diversa scrinia et
offi cia.
3 En 569. Joann. abb. Biclar. Chron. Lebeau, L, XXIV, n.
4; Morcelli, ann. 569, 570.


volontairement le christianisme. Deux exarques
d’Afrique furent vaincus et massacrés par leur roi
Gasmul, qui, devenu tout-puissant par ses victoires,
donna à ses tribus errantes des établissements
fixes(1), et s’empara peut-être de Césarée, soumise
aux Romains depuis la conquête de Bélisaire.
Ce roi maure semble même avoir été un conquérant
ambitieux et assez entreprenant; car, l’année
suivante, nous le voyons marcher contre les Francs et
tenter l’invasion de la Gaule(2). A la vérité, il échoua
dans cette entreprise; mais cette expédition lointaine
atteste sa puissance, et ce fait curieux pour l’histoire
du Bas-Empire, pour l’histoire de l’Afrique et celle
de notre pays, méritait d’être recueilli par deux écrivains
français très-érudits, Lebeau et Saint-Martin,
qui l’ont entièrement laissé dans l’oubli.
Tibère succède au faible Justin, tombé en
démence ; il choisit pour vice-roi de l’Afrique(3) Gennadius,
habile général et soldat intrépide. Ce guerrier
reproduit dans cette contrée l’exemple des hauts faits
d’armes de Probus. Il défi e en combat singulier le roi
Gasmul, remarquable par sa force, son courage et son
expérience dans les armes; il le tue de sa propre main,


1 Joann. Biclar. Chron. ; Morcelli , an. 574.
2 Marius Aventic., in Chron. ; Morcelli, Afr. chr., an
575.
3 En 579. Morcelli, I. c. II avait alors le titre de decar.
Simocalta, I. VII. C. VI.


remporte une victoire complète sur les Maures, extermine
leur race, et leur reprend toutes les conquêtes
qu’ils avaient faites sur les Romains(1).
A partir de cette époque , pendant les règnes
de Tibère, de Maurice et de Phocas, l’histoire se tait
sur l’Afrique. Ce silence est presque une preuve du
calme et de la tranquillité uniforme dont jouit alors
cette contrée. Les époques stériles pour les historiens
sont généralement heureuses pour les peuples.
Sous l’empire d’Héraclius(2), l’Afrique septentrionale
toute entière, depuis l’océan Atlantique
jusqu’à l’Égypte, était soumise au trône de Byzance
; car ce prince en tire de grandes forces pour sa
guerre contre les Perses. Suinthilas, roi des Goths
espagnols, profi te du moment pour s’emparer de
plusieurs villes situées sur le détroit de Cadix, qui
faisaient partie de l’empire romain. Ce fait, qui nous
a été conservé par Isidore(3), a encore été négligé par
Lebeau, Gibbon et Saint-Martin. Il méritait, à ce
qu’il nous semble, d’être consigné dans leurs écrits,
puisqu’il nous montre l’étendue des limites occidentales
de l’empire à une époque fameuse par la
fondation de l’islamisme, qui devait bientôt ébranler
le trône de Byzance, et lui arracher ses plus belles
provinces.


1 Joann. Biclar., in Chron. ; Morcelli, ann. 579.
2 La douzième année de son règne, en 621.
3 Hist. Gothor. in fi n.; Morcelli, Afr. chr., ann. 621, 622.


En 647, les Arabes s’emparent de la Cyrénaïque
et de la Tripolitaine(1).
En 658, un traité partage l’Afrique entre Constant
et Moawiah, qui se soumet, disent les Grecs, à
payer un faible tribut(2).
En 666 ou 670, ce même Moawiah fonde la ville
de Kairouan, qui devient le siége de la domination
musulmane en Afrique(3).
Enfi n, en 697, Carthage est prise et détruite par
Hassan, et le nom grec et romain effacé de l’Afrique(4).
Ici se termine notre tâche : à partir de l’an 647,
les sources orientales sont presque les seules qui soient
fécondes et abondantes pour cette partie du globe, pour
cette époque de l’histoire. Nous nous sommes bornés
à indiquer les faits principaux. Nous laissons à nos
savants confrères qui ont fait de l’Orient leur domaine,
le soin de développer la série et l’enchaînement des
faits historiques depuis la fin da septième siècle jusqu’à
l’époque du dix-neuvième, qui a vu la domination barbare
de la régence d’Alger s’écrouler en un clin d’oeil
sous l’impétuosité des armes françaises.


1 Elmacin, Hég. 27 ; Fredegar. in Chron., n. 81
2 Theoph., Chron., p. 288.
3 Leo Afr., p. 575, ed. Elzev.; Mariana, lib. VI, C. XI ;
Elmacin, Hégir. 46 ; Otter, Hist. Acad. inscr., t. X, p. 203, éd.
in-12 ; et Theoph. Elmacin, Art de vérifier les dates, t. V, p.
148.
4 Theoph.; Elmacin, ibid., p. 148.


GUERRE DE SCIPION
CONTRE ANNIBAL

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Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis


 
Auteurs : Mearsheimer John – Walt Stephen
Ouvrage : Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis
Année : 2007

Depuis ces dernières décennies, et en particulier depuis la Guerre des Six Jours en 1967, la pièce
maîtresse de la politique Moyenne-Orientale des Etats-Unis a été sa relation avec Israel. La combinaison du
soutien constant à Israel et de l’effort lié pour répandre la ‘démocratie’ dans toute la région a enflamé l’opinion
Arabe et Islamique et a compromis non seulement la sécurité des Etats-Unis mais celle d’une grande partie du
reste du monde. Cette situation n’a pas d’égal dans l’histoire politique américaine.
Pourquoi les Etats-Unis ont-ils été prêts à mettre de côté leur propre sécurité et celle de plusieurs de leurs
alliés pour soutenir les intérêts d’un autre Etat?
On pourrait supposer que la relation entre les deux pays était basée sur des intérêts stratégiques communs
ou des impératifs moraux irrésistibles, mais aucune de ces interprétations ne peut expliquer le niveau
remarquable du soutien matériel et diplomatique que fournissent les Etats-Unis.
Au lieu de cela, l’impulsion de la politique des Etats-Unis dans la région dérive presque entièrement de la
politique domestique, et en particulier des activités du ‘Lobby Israélien’. D’autres groupes avec des intérêts
particuliers sont parvenus à biaiser la politique étrangère, mais aucun lobby n’est parvenu à la détourner aussi
loin de ce que l’intérêt national pourrait suggérer, tout en convainquant simultanément les Américains que les
intérêts des Etats-Unis et ceux de l’autre pays – dans ce cas-ci, Israel – sont essentiellement identiques.
Depuis la Guerre d’Octobre 1973, Washington a fourni à Israel un niveau de soutien en diminuant ce qui
était donné aux autres états. Israel a été le plus grand bénéficiaire de l’aide économique directe et de l’assistance
militaire annuelles depuis 1976, et est au total le plus grand bénéficiaire depuis la Seconde Guerre Mondiale,
pour un montant de plus de 140 milliards de dollars (en 2004).
Israel reçoit environ 3 milliards de dollars par an en aide directe, soit environ un cinquième du budget de
l’aide étrangère, et une somme d’environ 500 dollars par an par Israélien. Cette largesse heurte particulièrement
depuis qu’Israel est maintenant un Etat industriel riche avec un revenu par personne à peu près égal à celui de la
Corée du Sud ou de l’Espagne.
D’autres bénéficiaires obtiennent leur argent par des acomptes trimestriels, mais Israel reçoit la totalité de
sa dotation au début de chaque exercice budgétaire et peut donc empocher dessus des intérêts.

La plupart des bénéficiaires de l’aide attribuée à des fins militaires doivent la dépenser en totalité aux
Etats-Unis, mais Israel est autorisé à utiliser environ 25% de son attribution pour subventionner sa propre
industrie de la défense.
C’est le seul bénéficiaire qui n’a pas à expliquer comment l’aide est dépensée, ce qui rend pratiquement
impossible d’empêcher l’argent d’être utilisé pour des besoins auxquels les Etats-Unis s’opposent, comme la
construction de colonies en Cisjordanie.
D’ailleurs, les Etats-Unis ont fourni à Israel presque 3 milliards de dollars pour développer des systèmes
d’armements, et lui ont donné l’accès des armements top niveau comme les hélicoptères Blackhawk et les jets F-
16.
En conclusion, les Etats-Unis donnent à Israel l’accès aux renseignements qu’ils refusent à ses alliés de
l’OTAN et ferment les yeux sur l’acquisition par Israel d’armes nucléaires.
Washington fournit également à Israel un soutien diplomatique constant. Depuis 1982, les Etats-Unis ont
mis leur véto à 32 résolutions du Conseil de sécurité critiquant Israel, soit plus que l’ensemble des vétos formulés
par tous les autres membres du Conseil de sécurité.
Il bloque les efforts des Etats Arabes pour mettre l’arsenal nucléaire israélien sur l’agenda de l’AIEA. Les
Etats-Unis viennent à la rescousse en temps de guerre et prennent le parti d’Israel dans les négociations de paix.
L’Administration Nixon l’a protégé contre la menace d’une intervention soviétique et l’a réapprovisionné
pendant la guerre d’Octobre.
Washington s’est profondément impliqué dans les négociations qui ont mis fin à cette guerre, comme
pendant toute la durée du processus ‘étape-par-étape’ qui a suivi, tout comme il a joué un rôle clé dans les
négociations qui ont précédé et suivi les Accords d’Oslo de 1993.
Dans chaque cas, il y avait des frictions occasionnelles entre les responsables américains et israéliens,
mais les Etats-Unis ont uniformément soutenu la position israélienne.
Un participant américain à Camp David en 2000 a dit ensuite : ‘Beaucoup trop souvent, nous agissions . .
. en tant qu’avocat d’Israel.’
En conclusion, l’ambition de l’Administration Bush de transformer le Moyen-Orient a au moins en partie
pour but l’amélioration de la situation stratégique d’Israel.
Cette générosité extraordinaire pourrait être compréhensible si Israel possédait des atouts stratégiques
vitaux ou s’il y avait une raison morale irrésistible pour un soutien américain. Mais aucune de ces explications
ne convainc. On pourrait arguer du fait qu’Israel était un atout pendant la guerre froide.
En servant de représentant de l’Amérique après 1967, il a aidé à contenir l’expansion soviétique dans la
région et a infligé des défaites humiliantes aux clients de l’Union Soviétique comme l’Egypte et la Syrie.
Il a de temps en temps aidé à protéger d’autres alliés des Etats-Unis (comme le Roi Hussein de Jordanie)
et ses prouesses militaires ont forcé Moscou à dépenser plus pour soutenir ses propres Etats-clients.
Il a également fourni des renseignements utiles sur les capacités soviétiques.
Le soutien à Israel ne fut pas bon marché, cependant, il a compliqué les relations de l’Amérique avec le
monde Arabe.
Par exemple, la décision de donner 2,2 milliards de dollars en aide militaire d’urgence pendant la Guerre
d’Octobre a déclenché un embargo sur le pétrole de l’OPEP qui a infligé des dégâts considérables sur les
économies occidentales.
Pour tout cela, les forces armées israéliennes n’étaient pas en mesure de protéger les intérêts américains
dans la région.
Les Etats-Unis n’ont pas pu, par exemple, compter sur Israel quand la révolution iranienne en 1979
soulevait des inquiétudes au sujet de la sécurité des approvisionnements en pétrole, et ils ont dû créer leur propre
Force de Déploiement Rapide.

La première Guerre du Golfe a montré à quel point Israel devenait un fardeau stratégique. Les Etats-Unis
ne pouvaient pas utiliser des bases israéliennes sans rompre la coalition anti-Irakienne, et ont dû détourner des
ressources (par exemple des batteries de missiles Patriot) pour empêcher que Tel Aviv fasse quoi que ce soit qui
pourrait nuire à l’alliance contre Saddam Hussein.
L’Histoire s’est répétée en 2003 : bien qu’Israel soit pressé d’une attaque de l’Irak par les Etats-Unis, Bush
ne pouvait pas lui demander de l’aide sans déclencher une opposition Arabe. Ainsi Israel est encore resté sur la
ligne de touche.
Au début des années 90, et encore plus après le 11 septembre, le soutien des Etats-Unis a été justifié par
l’affirmation que les deux Etats étaient menacés par des groupes terroristes originaires du monde Arabe et
Musulman, et par des ‘Etats voyous’ qui soutiennent ces groupes et qui sont à la recherche d’armes de destruction
massive.
Cela signifiait que non seulement Washington devait laisser les mains libres à Israel face aux Palestiniens
et de ne pas insister pour qu’il fasse des concessions jusqu’à ce que tous les terroristes palestiniens soient
emprisonnés ou morts, mais que les Etats-Unis devaient s’en prendre à des pays comme l’Iran et la Syrie.
Israel est donc vu comme un allié crucial dans la guerre contre le terrorisme, parce que ses ennemis sont
les ennemis de l’Amérique.
En fait, Israel est un handicap dans la guerre contre le terrorisme et dans l’effort plus large de s’occuper
des Etats voyous.
Le ‘terrorisme’ n’est pas un seul adversaire, mais une stratégie utilisée par un grand nombre de groupes
politiques. Les organisations terroristes qui menacent Israel ne menacent pas les Etats-Unis, sauf quand ils
interviennent contre eux (comme au Liban en 1982).
D’ailleurs, le terrorisme palestinien n’est pas une violence dirigée par hasard contre Israel ou ‘l’Occident’;
c’est en grande partie une réponse à la campagne prolongée d’Israel pour coloniser la Cisjordanie et la Bande de
Gaza.
Plus important, dire qu’Israel et les Etats-Unis sont unis par une menace terroriste commune a derrière un
lien de cause à effet : les Etats-Unis ont un problème de terrorisme en grande partie parce qu’ils sont de si
proches alliés d’Israel, et non le sens inverse.
Le soutien à Israel n’est pas la seule source du terrorisme anti-Américain, mais il est important, et cela
rend la guerre contre le terrorisme plus difficile à gagner. On ne doute pas que de nombreux chefs d’Al-Qaida, y
compris Osama bin Laden, sont motivés par la présence d’Israel à Jérusalem et par la situation difficile des
Palestiniens. Le soutien inconditionnel à Israel aide les extrémistes à rallier un soutien populaire et à attirer des
recrues.
Quant aux prétendus Etats voyous du Moyen-Orient, ils ne sont pas une grande menace pour les intérêts
vitaux des Etats-Unis, sauf dans la mesure où ils sont une menace pour Israel.
Même si ces Etats acquerraient des armes nucléaires – ce qui est évidemment indésirable – ni l’Amérique
ni l’Israel ne pourrait faire l’objet d’un chantage, parce que le maître-chanteur ne pourrait pas mettre la menace à
exécution sans souffrir de représailles terribles.
Le danger d’un approvisionnement en nucléaire aux terroristes est également écarté, parce qu’un Etat
voyou ne pourrait pas être sûr que le transfert ne serait pas détecté ou qu’il ne serait pas blâmé et puni ensuite.
La relation avec Israel rend réellement aux Etats-Unis la tache plus difficile pour s’occuper de ces états.
L’arsenal nucléaire d’Israel est l’une des raisons pour lesquelles une partie de ses voisins désire des armes
nucléaires, et les menacer d’un changement de régime ne peut qu’augmenter ce désir.

Une dernière raison pour remettre en cause la valeur stratégique d’Israel, c’est qu’il ne se comporte pas
comme un allié fidèle.
Les responsables israéliens ignorent fréquemment les demandes américaines et renoncent à leurs
promesses (y compris les engagements à cesser la construction de colonies et à s’abstenir ‘d’assassinats ciblés’ de
responsables palestiniens).
Israel a fourni une technologie militaire sensible à des rivaux potentiels comme la Chine, dans ce que
l’inspecteur-général du Département d’Etat a appelé ‘un modèle systématique et croissant des transferts non
autorisés’.
Selon le General Accounting Office, Israel a également ‘mené des opérations d’espionnage plus agressives
contre les Etats-Unis que n’importe quel allié’.
En plus du cas de Jonathan Pollard, qui a donné à Israel de grandes quantités de matériel secret au début
des années 80 (qu’il aurait transmis à l’Union soviétique en échange de visas de sortie supplémentaires pour les
juifs soviétiques), une nouvelle polémique a éclaté en 2004 quand il a été révélé qu’un haut responsable du
Pentagone appelé Larry Franklin avait passé des informations secrètes à un diplomate israélien.
Israel n’est pas le seul pays qui espionne les Etats-Unis, mais sa bonne volonté à espionner ses principaux
protecteurs font plus que douter de sa valeur stratégique.
La valeur stratégique d’Israel n’est pas le seul problème. Ses supporters arguent également du fait qu’il
mérite un soutien total parce qu’il est faible et entouré d’ennemis; c’est une démocratie; les Juifs ont souffert des
crimes du passé et méritent donc un traitement spécial; et la conduite d’Israel a été moralement supérieure à celle
de ses adversaires.
A y regarder de près, aucun de ces arguments n’est persuasif. Il y a une forte raison morale pour soutenir
l’existence d’Israel, mais elle n’est pas en péril.
D’un point de vue objectif, sa conduite passée et présente n’offre aucune base morale pour le privilégier
face aux Palestiniens.
Israel est souvent dépeint comme David confronté à Goliath, mais l’inverse est plus proche de la vérité.
Contrairement à la croyance populaire, les Sionistes avaient des forces plus grandes, mieux équipées et
mieux dirigées pendant la guerre d’Indépendance de 1947-49, et les Forces de Défense Israélienne ont gagné des
victoires rapides et faciles contre l’Egypte en 1956 et contre l’Egypte, la Jordanie et la Syrie en 1967 – tout cela
avant que l’immense aide américaine commence à affluer.
Aujourd’hui, Israel est la force militaire la plus puissante du Moyen-Orient.
Ses forces conventionnelles sont de loin supérieures à celles de ses voisins et c’est le seul Etat dans la
région qui possède des armes nucléaires.
L’Egypte et la Jordanie ont signé des traités de paix avec lui, et l’Arabie Saoudite a offert de le faire.
La Syrie a perdu son protecteur soviétique, l’Irak a été dévasté par trois guerres désastreuses et l’Iran est à
des milliers de kilomètres.
Les Palestiniens ont à peine une force de police efficace, encore moins une armée qui pourrait constituer
une menace pour Israel.
Selon une estimation du Centre Jaffee pour les Etudes Stratégiques de l’université de Tel Aviv en 2005,
‘l’équilibre stratégique favorise décidément Israel, qui continue à élargir le fossé qualitatif entre ses propres
capacités militaires et son pouvoir de dissuasion et celles de ses voisins.’
Si soutenir l’opprimé était un motif irrésistible, les Etats-Unis soutiendrait les adversaires d’Israel.
Qu’Israel soit une démocratie amie entourée par des dictatures hostiles ne peut pas expliquer le niveau
actuel de l’aide: il y a beaucoup de démocraties dans le monde, mais aucune ne reçoit un soutien aussi
somptueux.
Les Etats-Unis ont par le passé renversé des gouvernements démocratiques et soutenu des dictateurs
quand cela pouvait faire avancer ses intérêts – ils ont de bonnes relations avec un certain nombre de dictatures
aujourd’hui.
Quelques aspects de la démocratie israélienne sont en désaccord avec les valeurs de base des Américains.

À la différence des Etats-Unis, où les gens sont censés avoir une égalité des droits indépendamment de
leur race, leur religion ou leur appartenance ethnique, Israel a été explicitement fondé en tant qu’Etat Juif et la
citoyenneté est basée sur le principe de la parenté de sang.
Etant donné ceci, il n’est pas étonnant que ses 1,3 millions d’Arabes soient traités comme des citoyens de
seconde zone, ou qu’une récente commission du gouvernement israélien ait constaté qu’Israel se comporte d’une
façon ‘négligeante et discriminatoire’ envers eux.
Son statut démocratique est également miné par son refus d’accorder aux Palestiniens leur propre Etat
viable ou l’intégralité de leurs droits politiques.
Une troisième justification est l’histoire de la souffrance des Juifs dans l’Occident Chrétien, en particulier
pendant l’Holocauste.
Puisque les Juifs ont été persécutés pendant des siècles et qu’ils ne peuvent se sentir en sécurité que dans
une patrie juive, beaucoup de gens pensent maintenant qu’Israel mérite un traitement spécial de la part des Etats-
Unis.
La création du pays était assurément une réponse appropriée au long registre des crimes contre les Juifs,
mais cela a également provoqué des nouveaux crimes contre un tiers en grande partie innocent : les Palestiniens.
Cela avait été bien compris par les premiers responsables d’Israel. David Ben-Gurion avait indiqué à
Nahum Goldmann, le président du Congrès Juif Mondial :
Si j’étais un leader Arabe je ne signerais jamais un accord avec Israel. C’est normal: nous avons pris leur
pays. . . Nous venons d’Israel, mais il y a deux mille ans, et qu’est-ce que c’est pour eux? Il y a eu l’antisémitisme,
les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais quelle est leur faute ? Ils voient seulement une chose: nous
sommes venus ici et nous avons volé leur pays. Pourquoi devraient-ils accepter cela?
Depuis lors, les responsables israéliens ont à plusieurs reprises cherché à dénié les ‘ambitions nationales’
des Palestiniens.
Quand elle était Premier Ministre, Golda Meir a fait cette fameuse remarque : ‘Il n’y a jamais eu ce qu’on
appelle les Palestiniens.’
La pression de la violence extrémiste et la croissance de la population palestinienne ont forcé les
responsables israéliens au désengagement de la bande de Gaza et à envisager d’autres compromis territoriaux,
mais même Yitzhak Rabin ne voulait pas offrir aux Palestiniens un Etat viable.
La soi-disant ‘offre généreuse d’Ehud Barak’ à Camp David leur aurait donné seulement un ensemble de
Bantustans désarmés sous contrôle israélien.
L’histoire tragique des Juifs n’oblige pas les Etats-Unis à aider Israel aujourd’hui quoi qu’il fasse.
Les supporter d’Israel le dépeignent également comme un pays qui a cherché la paix dès qu’il pouvait et
qui a montré beaucoup de retenue même lorsqu’il était provoqué. On dit que les Arabes, en revanche, agissent
avec une grande méchanceté.
Pourtant sur le terrain, les actes d’Israel ne se distinguent pas de ceux de ses adversaires.
Ben-Gurion a reconnu que les premiers Sionistes étaient loin d’être bienveillants envers les Arabes
palestiniens, qui ont résisté à leurs usurpations – ce qui est à peine étonnant, étant donné que les Sionistes
essayaient de créer leur propre Etat sur la terre Arabe.
De la même manière, la création d’Israel en 1947-48 a impliqué des actes de nettoyage ethnique, y
compris des exécutions, des massacres et des viols par des Juifs, et la conduite ultérieure d’Israel a souvent été
brutale, démentant tout supériorité morale.
Entre 1949 et 1956, par exemple, forces de sécurité israéliennes ont tué entre 2700 et 5000 Arabes qui
revenaient en s’infiltrant, la grande majorité d’entre eux n’étaient pas armés.
L’IDF a assassiné des centaines de prisonniers de guerre égyptiens dans les guerres de 1956 et 1967, alors
qu’en 1967, il expulsait entre 100.000 et 260.000 Palestiniens de la Cisjordanie nouvellement conquise, et ont
conduit 80.000 Syriens hors des Hauteurs du Golan.

Pendant le premier intifada, l’IDF distribuait à ses troupes des matraques et les encourageait à briser les os
des protestataires palestiniens.
La section Suédoise de Save the Children a estimé qu’entre ‘23.600 et 29.900 enfants ont eu besoin de
soins médicaux pour leurs blessures suite aux tabassages lors des deux premières années de l’Intifada.’ Presque
d’un tiers d’entre eux étaient âgés de 10 ans ou moins.
La réponse au Second Intifada a été bien plus violente, menant Ha’aretz à déclarer que ‘l’IDF. . . se
transforme en machine à tuer dont l’efficacité inspire la crainte, et choque pourtant.’ L’IDF a tiré un million de
balles pendant les premiers jours du soulèvement.
Depuis lors, pour chaque Israélien perdu, Israel a tué 3,4 Palestiniens, dont la majorité était des
spectateurs innocents; la proportion entre les enfants Palestiniens et les enfants Israéliens tués est encore plus
élevée (5,7 pour 1).
Il est également intéressant de garder à l’esprit que les Sionistes utilisaient des bombes terroristes pour
faire partir les Anglais de la Palestine, et que Yitzhak Shamir, au début, terroriste et ensuite Premier Ministre,
avait avoué que ‘ni l’éthique juive ni la tradition juive ne peut éliminer le terrorisme comme moyens de combat.’
Le recours des Palestiniens au terrorisme est mauvais mais n’est pas étonnant. Les Palestiniens pensent
qu’ils n’ont aucune autre moyen de forcer les Israéliens à faire des concessions.
Comme Ehud Barak l’a un jour admis, s’il était né Palestinien, il ‘aurait rejoint une organisation terroriste’.
Donc, si ni les arguments stratégiques ni les arguments moraux ne peuvent expliquer le soutien de
l’Amérique à Israel, comment allons-nous l’expliquer?
L’explication est le pouvoir inégalé du Lobby Israélien. Nous utilisons ‘Le Lobby’ comme raccourci pour
la coalition lâche d’individus et d’organisations qui travaille activement pour orienter la politique étrangère des
Etats-Unis dans une direction pro-Israélienne.
Ceci n’est pas censé suggérer que ‘Le Lobby’ est un mouvement uni avec une direction générale, ou que
les individus qui en font partie ne sont pas en désaccord sur certaines questions.
Tous les Américains Juifs ne font pas partie du Lobby, parce que Israel n’est pas un sujet proéminent pour
bon nombre d’entre eux.
Dans une enquête de 2004, par exemple, environ 36% des Juifs Américains ont déclaré qu’ils étaient ‘pas
très’ ou ‘pas du tout’ émotionnellement attachés à Israel.
Les Américains juifs diffèrent également sur des politiques israéliennes spécifiques.
Plusieurs des principales organisations du Lobby, telles que le Comité aux Affaires Publiques Américano-
Israélienne (AIPAC) et la Conférence des Présidents des principales Organisations Juives, sont dirigées par des
intransigeants qui soutiennent généralement la politique expansionniste du parti du Likud, y compris son hostilité
au processus de paix d’Oslo.
La majeure partie des Juifs Américains est par contre plus encline à faire des concessions aux
Palestiniens, et quelques groupes – tels que Jewish Voice for Peace – préconisent fortement de telles initiatives.
En dépit de ces différences, les modérés et les intransigeants sont tous en faveur d’un soutien absolu à
Israel.
Sans surprise, les leaders Juifs Américains consultent souvent les responsables israéliens, pour s’assurer
que leurs actions font avancer les objectifs israéliens.
Comme l’a écrit un activiste d’une importante organisation juive, ‘Nous disons souvent : « C’est notre
politique sur une certaine question, mais nous devons vérifier ce que pensent les Israéliens. » Nous, en tant que
communauté, le faisons tout le temps.’ Il y a un gros préjudice à critiquer la politique israélienne, et faire
pression sur Israel est considéré comme hors de question.

Edgar Bronfman Sr, Président du Congrès Juif Mondial, a été accusé de ‘perfidie’ quand il a écrit une
lettre au Président Bush mi-2003 l’invitant à persuader Israel de limiter la construction de sa ‘barrière de sécurité
‘controversée.
Ses critiques ont dit que ‘Il est toujours obscene que le président du Congrès Juif Mondial incite le
président des Etats-Unis à résister à la politique promue par le gouvernement israélien.’
De même, quand le président du forum politique d’Israel, Seymour Reich, a conseillé à Condoleezza Rice
en novembre 2005 de demander à Israel de rouvrir un passage des frontières critique dans la bande de Gaza, son
action a été dénoncée comme ‘irresponsable’: ‘Il n’y a’, ont dit ses critiques, ‘absolument aucune place dans le
principal courant juif pour une prospection active contre la politique liée à la sécurité . . d’Israel.’
Reculant devant ces attaques, Reich a annoncé que ‘le mot « pression » n’est pas dans mon vocabulaire
quand il s’agit d’Israel.’
Les Américains juifs ont créé un nombre impressionnant d’organisations pour influencer la politique
étrangère Américaine, dont l’AIPAC, la plus puissante et la mieux connue.
En 1997, le magazine Fortune a demandé à des membres du Congrès et à leurs équipes d’énumérer les
Lobbies les plus puissants à Washington.
L’AIPAC a été placée en seconde place derrière l’Association Américaine des Retraités (AARP), mais
devant de l’AFL-CIO and la National Rifle Association.
Une enquête du journal Nationale en mars 2005 a tiré la même conclusion, en plaçant l’AIPAC en seconde
place (à égalité avec l’AARP) dans le « classement des muscles » à Washington.
Le Lobby comprend également des Evangélistes Chrétiens bien connus comme Gary Bauer, Jerry Falwell,
Ralph Reed et Pat Robertson, tou comme Dick Armey et Tom Delay, d’anciens chefs de la majorité à la
Chambre des Représentants, tous croient que la renaissance d’Israel est l’accomplissement d’une prophétie
biblique et soutiennent son agenda expansionniste; agir autrement, pensent-ils, seraient contraires à la volonté de
Dieu.
Des gentils (Non-Juifs) Néo-conservateurs tels que John Bolton; Robert Bartley, l’ancien rédacteur de
journal Wall Street; William Bennett, l’ancien secrétaire de l’éducation; Jeane Kirkpatrick, ancien ambassadeur
de l’ONU; et l’influent chroniqueur George Will sont également des fermes défenseurs.
La forme du gouvernement américain offre aux activistes de nombreuses façons d’influencer le processus
politique. Les groupes d’intérêt peuvent inciter les représentants élus et les membres du bureau exécutif,
apportent des contributions de campagne, votent aux élections, tentent de façonner l’opinion publique etc…
Ils apprécient une quantité disproportionnée d’influence quand ils s’engagent sur une question à laquelle la
majeure partie de la population est indifférente.
Les politiciens auront tendance à satisfaire ceux qui s’intéressent au sujet, même si leurs nombres sont
petits, persuadés que le reste de la population ne les pénalisera pas pour avoir agi ainsi.
Dans son fonctionnement de base, le Lobby Israélien n’est pas différent du Lobby des fermiers, de celui
des Syndicats de l’acier ou du textile, ou d’autres Lobbies ethniques. Il n’y a rien d’abusif concernant le fait que
les Juifs Américains et leurs alliés Chrétiens essayent d’influencer la politique américaine : les activités du Lobby
ne sont pas une conspiration telle qu’elle est représentée dans des appareils comme les Protocoles des Sages de
Sion.
Pour la plupart, les individus et les groupes qui en font partie font seulement ce que d’autres groupes
d’intérêt font, mais le font beaucoup mieux. En revanche, les groupes d’intérêt pro-Arabes, pour autant qu’ils
existent, sont faibles, ce qui rend la tâche encore plus facile au Lobby Israélien.

Le Lobby poursuit deux larges stratégies.

D’abord, il utilise son influence significative à Washington, en faisant pression sur le Congrès et le bureau
exécutif. Quelque soit l’opinion d’un législateur ou d’un politicien, le Lobby tente de faire que le soutien à Israel
soit le ‘bon’ choix.
En second lieu, il tâche de s’assurer que le discours public dépeigne Israel sous un jour positif, en répétant
des mythes au sujet de sa création et en défendant son point de vue dans des débats politiques. Le but est
d’empêcher que des commentaires critiques puissent obtenir une audience équitable dans l’arène politique.
Le contrôle de la discussion est essentiel pour garantir le soutien américain, parce qu’une discussion
sincère sur les relations Américano-Israéliennes pourrait mener les Américains à favoriser une politique
différente.
Un pilier clé de l’efficacité du Lobby est son influence au Congrès, où Israel est pratiquement immunisé
de critique. C’est en soi remarquable, parce que le Congrès lance rarement des sujet contestables.
Quand Israel est concerné, cependant, les critiques potentielles disparaissent. Une raison est que certains
principaux membres sont des Sionistes Chrétiens comme Dick Armey, qui a dit en septembre 2002 : ‘Ma priorité
numéro 1 dans la politique étrangère est de protéger Israel.’ On pourrait penser que la priorité numéro 1 de tout
membre du Congrès devrait être de protéger l’Amérique.
Il y a également des sénateurs et des membres du Congrès Juifs qui travaillent pour s’assurer que la
politique étrangère des Etats-Unis soutienne les intérêts d’Israel.
Une autre source du pouvoir du Lobby est son utilisation du personnel du Congrès pro-Isralien. Comme
l’a admis un jour Morris Amitay, un ancien chef de l’AIPAC : ‘Il y a beaucoup de types à des postes de cadres ici
‘- sur Capitol Hill – ‘qui s’avèrent justement être juifs, qui sont disposés. . . à voir certains sujets en termes de
leur appartenance à la communauté Juive. . . Ce sont tous des types qui sont en mesure de prendre une décision
dans ces domaines pour ces sénateurs. . . On peut vous mener une vie affreuse juste au niveau de l’équipe.’
Cependant, l’AIPAC lui-même, forme le coeur de l’influence du Lobby au Congrès.
Son succès est dû à sa capacité de récompenser les législateurs et les candidats au Congrès qui soutiennent
son ordre du jour, et de punir ceux qui le défient.
L’argent est critique dans les élections américaines (comme nous le rappelle le scandale sur les affaires
douteuses du lobbyiste Jack Abramoff), et l’AIPAC s’assure que ses amis obtiennent lune forte aide financière
des nombreux comités d’action politique pro-Israéliens.
Toute personne qui est vue comme hostile à Israel peut être sûre que l’AIPAC orientera des contributions
de campagne à ses adversaires politiques.
L’AIPAC organise également des campagnes d’écriture de lettres et encourage les rédacteurs de journaux
à approuver les candidats pro-Israéliens.
Il n’y a aucun doute sur l’efficacité de ces stratégies.
Voici un exemple : aux élections de 1984, l’AIPAC a aidé à battre le sénateur Charles Percy de l’Illinois,
qui, selon un haut responsable du Lobby, avait montré ‘de l’insensibilité et même de l’hostilité envers nos
intérêts’.
Thomas Dine, le chef de l’AIPAC à l’époque, a expliqué ce qui s’est produit : ‘Tous les Juifs en Amérique,
d’une côte à l’autre, se sont réunis pour évincer Percy. Et les politiciens américains – ceux qui occupent des
positions publiques maintenant, et ceux qui y aspirent – ont reçu le message.’
L’influence de l’AIPAC sur la Colline du Capitole va même encore plus loin. Selon Douglas Bloomfield,
un ancien membre de la direction de l’AIPAC, ‘Il est commun pour les membres du Congrès et leurs équipes de
se tourner d’abord vers l’AIPAC quand ils ont besoin d’information, avant d’appeler la Bibliothèque du Congrès,
le Service de Recherches du Congrès, le personnel du comité ou des experts en matière d’administration.’
Plus important, il note que l’AIPAC ‘est souvent invité à rédiger des discours, à travailler sur la législation,
à conseiller sur des stratégies, à effectuer des recherches, à rassembler des co-sponsors et des votes de marshal’.

Le résultat est que l’AIPAC, agent d’un gouvernement étranger, a la mainmise sur le Congrès, avec
comme conséquence : la politique américaine envers Israel n’y est pas discutée, bien que cette politique ait des
conséquences importantes pour le monde entier.
En d’autres termes, une des trois principales branches du gouvernement est fermement investie dans le
soutien à Israel.
Comme le remarquait un ancien sénateur Démocrate, Ernest Hollings, en quittant le bureau, ‘Vous ne
pouvez pas avoir une politique israélienne autre que celle que l’AIPAC vous donne ici.’
Ou comme ce qu’a dit un jour Ariel Sharon à un public américain : ‘Quand les gens me demandent
comment ils peuvent aider Israel, je leur dis : « Aidez l’AIPAC. » ‘
Grâce en partie à l’influence qu’ont les électeurs juifs sur les élections présidentielles, le lobby a également
un pouvoir significatif sur l’Exécutif.
Bien qu’ils constituent moins de 3% de la population, ils font de grosses donations de campagne aux
candidats des deux partis. Le Washington Post a par le passé estimé que les candidats Démocrates à l’élection
présidentielle ‘dépendent des partisans Juifs qui fournissent au moins de 60% de l’argent’.
Et parce que les électeurs juifs ont des taux élevés de personnes présentes et sont concentrés dans les Etats
clés comme la Californie, la Floride, l’Illinois, New York et la Pennsylvanie, les candidats à la présidence vont
loin pour ne pas les contrarier.
Les principales organisations du Lobby travaillent à s’assurer que les critiques d’Israel n’obtiennent pas de
postes importants en politique étrangère.
Jimmy Carter voulait que George Ball soit son premier Secrétaire d’Etat, mais il savait que Ball était
connu comme un critique d’Israel et que le Lobby s’opposerait à sa nomination.
De cette façon, tout aspirant politicien est encouragé à devenir un défenseur d’Israel manifeste, c’est
pourquoi les critiques publics de la politique israélienne sont devenus des espèces en danger dans l’establishment
de la politique étrangère.
Quand Howard Dean a appelé les Etats-Unis à prendre rôle ‘un plus équitable’ dans le conflit Arabo-
Israélien, le sénateur Joseph Lieberman l’a accusé de vendre Israel et a dit que sa déclaration était ‘irresponsable’.
Pratiquement tous les principaux Démocrates à la Chambre des Représentants ont signé une lettre
critiquant les remarques de Dean, et le Chicago Jewish Star a rapporté que : ‘Des attaquants anonymes. . .
encombrent les boites mails des responsables Juifs du pays, pour prévenir – sans beaucoup de preuve – que Dean
serait plutôt mauvais pour Israel.’
Cette inquiétude était absurde; Dean est, en fait, tout à fait pro-Israélien : son co-responsable de
campagne était un ancien président de l’AIPAC, et Dean a déclaré que ses propres opinions sur le Moyen-Orient
étaient plus proches de celles de l’AIPAC que celles des plus modérés que sont Americans for Peace Now.
Il avait simplement suggéré que ‘en réunisant les deux parties’, Washington agirait en tant qu’intermédiaire
honnête. C’est difficilement une idée radicale, mais le Lobby ne tolère pas l’impartialité.
Pendant l’Administration Clinton, la politique Moyen-Orientale était en grande partie façonnée par des
responsables ayant des liens étroits avec Israel ou d’importantes organisations pro-israéliennes; parmi eux,
Martin Indyk, l’ancien directeur adjoint de la Recherche à l’AIPAC et le co-fondateur du pro-israélien
Washington Institute for Near East Policy (WINEP); Dennis Ross, qui a rejoint le WINEP après avoir quitté le
gouvernement en 2001; et Aaron Miller, qui a habité en Israel et visite souvent le pays.
Ces hommes étaient parmi les conseillers les plus proches de Clinton au sommet de Camp David en juillet
2000.
Bien que tous les trois soutenaient le processus de paix d’Oslo et privilégiaient la création d’un état
palestinien, ils l’ont fait seulement dans les limites de ce qui semblerait acceptable pour Israel. La délégation
américaine a pris ses consignes auprès d’Ehud Barak, a coordonné à l’avance avec Israel ses positions de
négociation, et n’a pas offert de propositions indépendantes.
Sans surprise, les négociateurs palestiniens se sont plaints qu’ils ‘étaient en pourparlers avec deux équipes
israéliennes – l’une affichant un drapeau israélien, et l’autre un drapeau américain ‘.

La situation est bien plus prononcée dans l’Administration Bush, dont les rangs comprenaient des avocats
aussi fervents de la cause israélienne comme Elliot Abrams, John Bolton, Douglas Feith, I. Lewis (‘Scooter’)
Libby, Richard Perle, Paul Wolfowitz et David Wurmser.
Comme nous le verrons, ces responsables ont uniformément poussé pour des politiques privilégiées par
Israel et soutenues par des organisations du Lobby.
Le Lobby ne veut pas de débat public, naturellement, parce que cela pourrait mener les Américains à
remettre en cause le niveau de soutien qu’ils fournissent.
En conséquence, les organisations pro-Israéliennes travaillent dur pour influencer les institutions qui font
tout ce qu’elles peuvent pour façonner l’opinion populaire.
La perspective du Lobby règne dans les médias traditionnels : ‘le débat parmi les experts du Moyen-
Orient’, écrit le journaliste Eric Alterman : ‘est dominé par des gens qui ne peuvent pas imaginer critiquer Israel’.
Il énumère 61 ‘chroniqueurs et commentateurs sur lesquels on peut compter pour soutenir Israel par
réflexe et sans qualification’.
En revanche, il a trouvé seulement cinq experts qui critiquent uniformément les actions israéliennes ou
approuvent les positions arabes.
Les journaux publient de temps en temps des articles d’invités critiquant la politique israélienne, mais
l’équilibre de l’opinion favorise clairement l’autre côté. Il est difficile d’imaginer un média traditionnel aux Etats-
Unis publier un article comme celui-ci.
‘Shamir, Sharon, Bibi – tout ce que veulent ces types me semble très bien’ a un jour remarqué Robert
Bartley. Il n’est pas étonnant que, son journal, le Wall Street Journal, ainsi que d’autres journaux importants
comme le Chicago Sun-Times et le Washington Times, publient régulièrement des éditoriaux qui soutiennent
fortement Israel. Des magazines comme le Commentary, le New Republic and le Weekly Standard défendent
Israel à chaque fois.
On trouve également des éditoriaux partiaux dans des journaux comme le New York Times qui critique de
temps en temps la politique israélienne et concède parfois que les Palestiniens ont des revendications légitimes,
mais il n’est pas équitable.
Dans ses mémoires, l’ancien directeur de la rédaction du journal, Max Frankel, reconnaît l’impact que sa
propre attitude a eu sur ses décisions éditoriales : ‘J’ai été bien plus profondément dévoué à Israel que j’ai osé
l’affirmer. . . Enrichi par ma connaissance d’Israel et de mes amitiés là-bas, j’ai moi-même écrit la plupart de
nos commentaires sur le Moyen-Orient. Comme l’ont reconnu plus de lecteurs Arabes que de Juifs, je les ai
écrits d’une perspective pro-Israélienne.’
Les nouveaux reportages sont plus équitables, en partie parce que les journalistes tâchent d’être objectifs,
mais également parce qu’il est difficile de couvrir des événements dans les Territoires Occupés sans reconnaître
les actions d’Israel sur le terrain.
Pour décourager les reportages défavorables, le Lobby organise des campagnes d’écriture de lettres, des
manifestations et des boycotts des nouvelles publications dont le contenu est considéré comme anti-Israélien.
Un directeur de CNN a dit qu’il reçoit parfois 6000 messages emails en une seule journée pour se plaindre
d’une histoire.
En mai 2003, le pro-israélien Committee for Accurate Middle East Reporting in America (CAMERA) a
organisé des manifestations à l’extérieur des stations de National Public Radio dans 33 villes; il a également
essayé de persuader les donateurs de suspendre le soutien au NPR jusqu’à ce que sa couverture Moyen-Orientale
devienne plus sympathique à Israel.
La station du NPR de Boston, WBUR, aurait perdu plus de 1 million de dollars de contributions suite à
ces efforts.
D’autres pressions sur la NPR sont venues des amis d’Israel au Congrès, qui ont demandé un audit interne
de sa couverture Moyen-Orientale ainsi que plus de surveillance.
Le côté israélien domine également les think tanks qui jouent un rôle important dans le façonnage du
débat public ainsi que dans la politique actuelle. Le Lobby a créé son propre think tank en 1985, quand Martin
Indyk a aidé à créer WINEP.

Bien que WINEP garde secret ses liens avec Israel, en affirmant qu’il fournit une perspective « équilibrée
et réaliste » sur les questions du Moyen-Orient, il est financé et dirigé par des individus profondément engagés
dans la progression de l’agenda d’Israel.
Cependant, l’influence du Lobby se prolonge bien au delà de WINEP,. Au cours des 25 dernières années,
les forces pro-israéliennes ont installé une présence dominante à l’American Enterprise Institute, au Brookings
Institution, au Center for Security Policy, au Foreign Policy Research Institute, à l’Heritage Foundation, à
l’Hudson Institute, à l’Institute for Foreign Policy Analysis et au Jewish Institute for National Security Affairs
(JINSA)..
Ces think tanks emploient peu ou pas du tout de critiques du soutien américain à Israel.
Prenons le Brookings Institution. Pendant de nombreuses années, son principal expert sur le Moyen-
Orient était William Quandt, un ancien fonctionnaire du NSC avec une réputation bien-méritée d’impartialité.
Aujourd’hui, la couverture de Brookings est menée par le Saban Center for Middle East Studies, qui est financé
par Haim Saban, un homme d’affaires Israélo-Américain et Sioniste ardent. Le directeur du centre est
l’omniprésent Martin Indyk. Ce qui était par le passé un institut de politique indépendant fait maintenant partie
du chorus pro-Israélien.
Là où le Lobby a eu la plus grosse difficulté est dans l’étouffement du débat sur les campus d’université.
Dans les années 90, quand le processus de paix d’Oslo était en cours, il y avait seulement une légère
critique d’Israel, mais elle s’est développée avec l’effondrement d’Oslo et l’accès au pouvoir de Sharon, devenant
très tonitruante quand l’IDF a réoccupé la Cisjordanie au printemps 2002 et qu’elle a utilisé une force énorme
pour maitriser le deuxième intifada.
Le Lobby a agi immédiatement pour  »reprendre les campus ‘.
Des nouveaux groupes ont pris naissance, comme la Caravan for Democracy, qui a fait venir des
intervenants israéliens dans les universités américaines. Des groupes établis comme le Jewish Council for Public
Affairs et Hillel s’y sont joints, et un nouveau groupe, l’Israel on Campus Coalition, a été constitué pour
coordonner les nombreux organismes qui cherchent maintenant à aborder le cas d’Israel.
En conclusion, l’AIPAC a plus que triplé ses dépenses dans des programmes pour surveiller les actions
dans les universités et pour former de jeunes avocats, dans le but ‘d’augmenter énormément le nombre d’étudiants
impliqués sur les campus. . . dans le cadre de l’effort national pro-Israélien’.
Le Lobby surveille également ce que les professeurs écrivent et enseignent.
En septembre 2002, Martin Kramer et Daniel Pipes, deux néo-conservateurs passionément pro-Israéliens,
ont créé un site internet (Campus Watch) qui affichent des dossiers sur des universitaires suspects et encouragent
les étudiants à relater les remarques ou les comportements qui pourraient être considérés comme hostiles à Israel.
Cette tentative transparente de mettre sur une liste noire et d’intimider les professeurs a provoqué une
sévère réaction et Pipes et Kramer ont plus tard enlevé les dossiers, mais le site internet invite toujours les
étudiants à rapporter toute activité  »anti-Israélienne ».
Des groupes du Lobby ont fait pression sur des universitaires et des universités particuliers.
Colombia a été une cible fréquente, sans aucun doute en raison de la présence du défunt Edward Said dans
son corps enseignant. ‘On pouvait être sûr que toute déclaration publique en soutien aux Palestiniens faite par
l’éminent critique littéraire Edward Said récolterait des centaines d’email, de lettres et de compte-rendus
journalistiques nous invitant à dénoncer Said et soit à le sanctionner ou à lui tirer dessus’ rapportait Jonathan
Cole, son ancien principal.
Quand Colombia a recruté l’historien Rashid Khalidi de Chicago, la même chose s’est produite.
Ce fut un problème que Princeton a également affronté quelques années plus tard quand il a envisagé
courtiser Khalidi pour qu’il parte de Colombia.
Une illustration classique de l’effort pour maintenir l’ordre dans le milieu universitaire s’est produite vers
la fin 2004, quand le Projet David a produit un film alléguant que les membres du corps enseignant du

programme d’études Moyen-Orientales de Colombia étaient antisémites et intimidaient les étudiants juifs qui se
positionnaient pour Israel.
Colombia a été sur des charbons ardents, mais un comité du corps enseignant qui a été assigné pour
enquêter sur les accusations n’a trouvé aucune preuve d’anti-sémitisme et le seul incident probablement notable
était qu’un professeur ‘avait répondu âprement’ à la question d’un étudiant.
Le comité a également découvert que les universitaires en question avaient été eux-mêmes la cible d’une
campagne manifeste d’intimidation.
L’aspect peut-être le plus inquiétant dans tout cela, ce sont les efforts faits par les groupes juifs pour
pousser le Congrès à établir des mécanismes pour surveiller ce que disent les professeurs.
S’ils parviennent à le faire voter, des universités jugées avoir une tendance anti-israélienne pourraient se
voir refuser un financement fédéral. Leurs efforts n’ont pas encore réussi, mais cela indique l’importance placée
sur le contrôle du débat.
Un certain nombre de philanthropes Juifs ont récemment créé des programmes d’Etudes d’Israel (en plus
des environ 130 programmes d’études Juifs existants déjà) afin d’augmenter le nombre d’élèves amis d’Israel sur
les campus.
En mai 2003, NYU a annoncé la création du Taub Center for Israel Studies; des programmes semblables
ont été créés à Berkeley, Brandeis et Emory.
Les administrateurs universitaires soulignent leur valeur pédagogique, mais la vérité est qu’ils ont en
grande partie pour objectif de favoriser l’image d’Israel.
Fred Laffer, directeur de la Taub Foundation, indique clairement que sa fondation a financé le centre de
NYU pour aider à contrer ‘le point de vue [sic] Arabe’ qu’il pense être répandu dans les programmes Moyen-
Orientaux de NYU.
Aucune discussion sur le Lobby ne serait complète sans examen d’une de ses armes plus puissantes:
l’accusation d’anti-sémitisme.
Toute personne qui critique les actions d’Israel ou argue du fait que les groupes pro-Israéliens ont une
influence significative sur la politique Moyen-Orientale des Etats-Unis – un hommage à l’influence de l’AIPAC –
a une forte chance d’être traitée d’antisémite.
En effet, toute personne qui affirme simplement qu’il y a un Lobby Israélien court le risque d’être accusée
d’anti-sémitisme, bien que les médias israéliens fassent référence au ‘Lobby Juif’ en Amérique.
En d’autres termes, le Lobby se vante d’abord de son influence et attaque ensuite toute personne qui attire
l’attention sur lui. C’est une stratégie très efficace: l’anti-sémitisme est quelque chose dont personne ne veut être
accusé.
Les Européens ont été plus disposés que les Américains à critiquer la politique israélienne, ce que certains
attribuent à une réapparition de l’anti-sémitisme en Europe. ‘Nous arrivons à un point’, déclarait l’ambassadeur
américain auprès de l’Union Européenne début 2004, ‘qui est aussi mauvais que ce qui se passait dans les années
30’.
Mesurer l’anti-sémitisme est une chose compliquée, mais le poids des preuves montrent la direction
opposée.
Au printemps 2004, quand les accusations d’anti-sémitisme européen se sont répandues en Amérique, des
sondages d’opinion publique européenne séparés menés par l’Anti-Defamation League basée aux Etats-Unis et le
Pew Research Center for the People and the Press ont constaté qu’en fait il diminuait. Dans les années 30, en
revanche, l’anti-sémitisme était non seulement répandu parmi les Européens de toutes classes mais était
considéré comme tout à fait acceptable.
Le Lobby et ses amis dépeignent souvent la France comme le pays le plus antisémite d’Europe. Mais en
2003, le chef de la communauté juive française a déclaré que la ‘France n’était pas plus antisémite que
l’Amérique.

Selon un article récent paru dans Ha’aretz, la police française a rapporté que les incidents antisémites
avaient diminué de près de 50% en 2005; et cela bien que la France ait la plus grande population Musulmane
d’Europe.
En conclusion, quand un juif français a été assassiné à Paris le mois dernier par un gang Musulman, des
dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour condamner l’anti-sémitisme. Jacques
Chirac et Dominique de Villepin ont tous les deux assisté à l’office commémoratif de la victime pour montrer
leur solidarité.
Personne ne nierait qu’il y a de l’anti-sémitisme parmi les Musulmans Européens, en partie provoquée par
la conduite d’Israel envers les Palestiniens et une partie parce qu’il y a tout simplement du racisme. Mais c’est
une question séparée avec peu de relation avec si oui ou non l’Europe est aujourd’hui comme l’Europe des années
30.
Personne ne nierait qu’il reste quelques antisémites autochtones virulents en Europe (comme il y en a aux
Etats-Unis) mais ils ne sont pas nombreux et leurs opinions sont rejetées par la grande majorité des Européens.
Quand ils sont pressés d’aller au delà de la seule affirmation, les avocats d’Israel prétendent qu’il y a un
‘nouvel anti-sémitisme’, qui équivaut à une critique d’Israel. En d’autres termes, critiquez la politique israélienne
et vous êtes par définition un antisémite.
Quand le Synode de l’Eglise Anglicane a récemment voté pour désinvestir de Caterpillar Inc. parce qu’il
fabrique des bulldozers utilisés par les Israéliens pour démolir les maisons palestiniennes, le Grand Rabbin s’est
plaint que cela ‘aurait des répercussions les plus défavorables sur. . . les relations entre les Juifs et les Chrétiens
en Grande-Bretagne ‘, tandis que le Rabbin Tony Bayfield,à la tête du Mouvement de Réforme, disait : ‘Il y a un
net problème d’anti-Sioniste – à la limite de l’antisémitisme – des attitudes émergeant de la base et même des
catégories au centre de l’Eglise.’ Mais l’Eglise était simplement coupable de protestation contre la politique du
gouvernement israélien.
Des critiques sont également accusés de tenir Israel à un niveau injuste ou de remettre en cause son droit à
exister. Mais ce sont de fausses accusations aussi. Les critiques occidentaux d’Israel ne remettent presque
jamais en cause son droit à exister : ils remettent en cause son comportement envers les Palestiniens, tout comme
les Israéliens eux-mêmes.
Israel n’est pas non plus jugé injustement. Le traitement des Palestiniens par les Israéliens attire la
critique parce qu’il est contraire aux notions largement admises des droits de l’homme, au droit international et au
principe de l’autodétermination nationale. Et c’est difficilement le seul Etat à avoir affronté de vives critiques
pour ces raisons.
En automne 2001, et particulièrement au printemps 2002, l’Administration Bush a tenté de réduire le
sentiment anti-Américain dans le monde Arabe et de saper le soutien aux groupes terroristes comme Al-Qaida en
stoppant la politiques expansionniste d’Israel dans les Territoires Occupés et en préconisant la création d’un Etat
palestinien.
Bush avait à sa disposition des moyens de persuasion très significatifs. Il aurait pû menacer de réduire le
soutien économique et diplomatique à Israel, et les Américains l’auraient presque certainement soutenu.
Un sondage de mai 2003 indiquait que plus de 60% des Américains étaient disposés à retenir l’aide si
Israel résistait à la pression des Etats-Unis pour régler le conflit, et que le nombre atteignait 70% parmi ‘les
politiquement actifs’.
En effet, 73% ont dit que les Etats-Unis ne devraient pas favoriser l’une ou l’autre partie.
Pourtant, l’Administration n’a pas changé la politique israélienne, et Washington a fini par la soutenir.
Avec le temps, l’Administration a également adopté les propres justifications d’Israel sur sa position, de
sorte que la rhétorique des Etats-Unis a commencé à imiter la rhétorique israélienne. En février 2003, un titre du
Washington Post résumait la situation : ‘Bush et Sharon presque identiques sur la politique du Moyen-Orient.’
La raison principale de ce changement était le Lobby.

L’histoire commence en septembre 2001, quand Bush a commencé à inviter Sharon pour qu’il montre de la
retenue dans les Territoires Occupés. Il l’a également pressé de permettre au Ministre des Affaires Etrangères
israélien, Shimon Peres, de rencontrer Yasser Arafat, quoiqu’il (Bush) ait fortement critiqué le leadership
d’Arafat. Bush a même dit publiquement qu’il soutenait la création d’un état palestinien. Alarmé, Sharon l’a
accusé de tenter ‘d’apaiser les Arabes à nos frais’, en avertissant qu’Israel ‘ne sera pas la Tchécoslovaquie’.
Bush était soi-disant furieux d’avoir été comparé à Chamberlain, et le secrétaire de presse de la Maison
Blanche a qualifié les remarques de Sharon d »inacceptables ‘.
Sharon a présenté des excuses, mais il a rapidement réuni ses forces à celles du Lobby pour persuader
l’Administration et les Américains que les Etats-Unis et Israel affrontaient une menace terroriste commune.
Des responsables israéliens et des représentants du Lobby ont insisté sur le fait qu’il n’y avait aucune
véritable différence entre Arafat et Osama bin Laden : les Etats-Unis et Israel, ont-ils dit, devraient isoler le chef
élu des Palestiniens et ne rien avoir à faire avec lui.
Le Lobby est également allé travailler au Congrès.
Le 16 novembre, 89 sénateurs ont envoyé une lettre à Bush en le félicitant d’avoir refusé de rencontrer
Arafat, mais en demandant également que les Etats-Unis ne retiennent pas Israel de représailles contre les
Palestiniens; l’administration, écrivaient-ils, doit déclarer publiquement qu’elle se tient derrière Israel.
Selon le New York Times, la lettre ‘provenait’ d’une réunion qui s’était déroulée deux semaines auparavant
entre les ‘responsables de la communauté juive américaine et les principaux sénateurs’, en ajoutant que l’AIPAC
avait été ‘particulièrement actif en fournissant des conseils au sujet de la lettre ‘.
Fin novembre, les relations entre Tel Aviv et Washington s’étaient considérablement améliorées. C’était
grâce en partie aux efforts du Lobby, mais également grâce à la victoire initiale de l’Amérique en Afghanistan,
qui a réduit le besoin détecté d’un soutien Arabe dans l’affrontement avec Al-Qaida.
Sharon s’est rendu à la Maison Blanche début décembre et a eu une réunion amicale avec Bush.
En avril 2002, des problèmes ont encore éclaté, après que l’IDF ait lancé l’opération Bouclier Défensif et
qu’il ait repris le contrôle de pratiquement tous les principaux secteurs palestiniens de Cisjordanie.
Bush savait que les actions d’Israel endommageraient l’image de l’Amérique dans le monde Islamique et
mineraient la guerre contre le terrorisme, donc il a exigé que Sharon ‘cesse les incursions et commence le retrait’.
Il a souligné ce message deux jours plus tard, en disant qu’il voulait qu’Israel ‘se retire sans tarder’.
Le 7 avril, Condoleezza Rice, conseiller à la sécurité nationale de Bush à l’époque, a déclaré aux
journalistes : ‘ »sans tarder » signifie sans tarder. Cela signifie maintenant.’ Le même jour, Colin Powell partait
pour le Moyen-Orient afin de persuader toutes les parties de cesser de combattre et de commencer à négocier.
Israel et le Lobby sont entrés en action.
Les membres pro-Israéliens du bureau du vice-président et du Pentagone, ainsi que des experts néoconservateurs
tels que Robert Kagan et William Kristol, ont mis la pression sur Powell. Ils l’ont même accusé
d’avoir ‘pratiquement effacé la distinction entre des terroristes et ces terroristes combattants’.
Bush lui-même était pressé par des leaders Juifs et des évangélistes Chrétiens. Tom DeLay et Dick
Armey étaient particulièrement francs sur la nécessité de soutenir Israel, et DeLay et le chef de la minorité au
Sénat, Trent Lott, se sont rendus à la Maison Blanche pour avertir Bush de ne pas insister.
Le premier signe que Bush cédait est survenu le 11 avril – une semaine après qu’il ait dit à Sharon de
retirer ses forces – quand le secrétaire de presse de la Maison Blanche a dit que le président pensait que Sharon
était ‘un homme de paix’.
Bush a répété cette déclaration publiquement au retour de Powell de sa mission ratée, et a indiqué aux
journalistes que Sharon avait répondu d’une manière satisfaisante à son appel pour un retrait total et immédiat.
Sharon n’avait jamais fait une telle chose, mais Bush ne voulait plus en faire un problème.
En attendant, le Congrès se préparait également à soutenir Sharon.
Le 2 mai, il a passé outre les objections de l’Administration et a voté deux résolutions réaffirmant un
soutien à Israel. (Le vote du Sénat était de 94 contre 2; la version de la Chambre des Représentants a été votée
par 352 contre 21.)
Les deux résolutions affirmaient que les Etats-Unis ‘se positionnent solidaires d’Israel’ et que les deux
pays étaient, pour citer la résolution de la Chambre, ‘maintenant engagés dans une lutte commune contre le
terrorisme ‘. La version de la Chambre condamnait également ‘le soutien continu et la coordination du terrorisme

par Yasser Arafat’, qui a été dépeint comme une partie centrale du problème de terrorisme. Les deux résolutions
ont été élaborées avec l’aide du Lobby.
Quelques jours plus tard, une délégation bipartite du Congrès d’une mission exploratoire sur Israel a
déclaré que Sharon devrait résister à la pression américaine pour négocier avec Arafat.
Le 9 mai, un sous-comité de dotation de la Chambre s’est réuni pour envisager de donner à Israel 200
millions de dollars supplémentaires pour combattre le terrorisme.
Powell s’y est opposé mais le Lobby l’a soutenu et Powell a perdu.
En bref, Sharon et le Lobby s’en sont pris au président des Etats-Unis et ont triomphé. Hemi Shalev, un
journaliste du journal israélien Ma’ariv, a rapporté que les collaborateurs de Sharon ‘ne pouvaient pas cacher leur
satisfaction en raison de l’échec de Powell. Sharon a regardé le Président Bush dans le blanc des yeux, se sontils
vantés, et le président a baissé les yeux le premier.’ Mais c’étaient les champions d’Israel aux Etats-Unis, non
Sharon ou Israel, qui ont joué un rôle clé dans la défaite de Bush.
La situation a peu changé depuis lors. L’administration Bush a toujours refusé de traiter avec Arafat.
Après sa mort, elle a embrassé le nouveau responsable palestinien, Mahmoud Abbas, mais n’a pas fait beaucoup
pour l’aider.
Sharon a continué à développer son plan pour imposer un règlement unilatéral aux Palestiniens, basé sur
le ‘désengagement’ de Gaza couplé à l’expansion continue en Cisjordanie. En refusant de négocier avec Abbas et
en faisant en sorte qu’il lui soit impossible de fournir des avantages réels aux Palestiniens, la stratégie de Sharon
a contribué directement à la victoire électorale du Hamas.
Avec le Hamas au pouvoir, Israel a une autre excuse pour ne pas négocier. L’administration américaine a
soutenu les actions de Sharon (et celles de son successeur, Ehud Olmert).
Bush a même approuvé les annexations unilatérales israéliennes dans les Territoires Occupés, inversant la
politique déclarée de tout président depuis Lyndon Johnson.
Les responsables américains ont légèrement critiqué quelques actions israéliennes, mais n’ont pas fait
grand chose pour aider à la création d’un Etat palestinien viable.
Sharon a ‘accroché Bush autour de son petit doigt’, a déclaré l’ancien conseiller à la sécurité nationale,
Brent Scowcroft, en octobre 2004.
Si Bush essaye d’éloigner les Etats-Unis d’Israel, ou même de critiquer des actions israéliennes dans les
Territoires Occupés, il est sûr d’avoir à affronter la colère du Lobby et de ses défenseurs au Congrès.
Les candidats Démocrates à l’élection présidentielle comprennent que ce sont des choses de la vie, c’est la
raison pour laquelle John Kerry s’est donné beaucoup de mal pour montrer un soutien sans faille à Israel en 2004,
et c’est pourquoi Hillary Clinton fait la même chose aujourd’hui.
Maintenir un soutien américain à la politique d’Israel contre les Palestiniens est essentiel en ce qui
concerne le Lobby, mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là. Il veut également que l’Amérique aide Israel à rester
la puissance régionale dominante.
Le gouvernement israélien et les groupes pro-Israéliens aux Etats-Unis ont travaillé ensemble pour
façonner la politique de l’administration envers l’Irak, la Syrie et l’Iran, ainsi que son grand programme pour
réorganiser le Moyen-Orient.
La pression d’Israel et du Lobby n’était pas le seul facteur derrière la décision d’attaquer l’Irak en mars
2003, mais elle était critique.
Quelques Américains pensent que c’était une guerre pour le pétrole, mais il y a peu de preuve directe pour
soutenir cette affirmation. Au lieu de cela, la guerre a été motivée, en grande partie, par un désir de rendre Israel
plus sûr.
Selon Philip Zelikow, un ancien membre du Foreign Intelligence Advisory Board du Président, le
directeur exécutif de la Commission du 11 septembre, et maintenant conseiller de Condoleezza Rice, la ‘véritable
menace’ de l’Irak n’était pas une menace pour les Etats-Unis. ‘la menace non dite’ était la ‘menace pour Israel’, a
déclaré Zelikow devant un public de l’université de Virginie en septembre 2002. ‘Le gouvernement américain,’

a-t’il ajouté, ‘ne veut pas trop appuyer là-dessus de façon rhétorique, parce que ce n’est pas un argument
populaire.’
Le 16 août 2002, 11 jours avant que Dick Cheney lance la campagne pour la guerre avec un discours
devant les Vétérans des Guerres Etrangères, le Washington Post indiquait qu »’Israel poussait les responsables
américains à ne pas retarder une attaque militaire contre l’Irak de Saddam Hussein.’ Grâce à cela, selon Sharon,
la coordination stratégique entre Israel et les Etats-Unis a atteint ‘des dimensions sans précédent’, et les
responsables des renseignements israéliens ont donné à Washington une variété de rapports alarmants au sujet
des programmes du WMD de l’Irak.
Comme l’a dit plus tard un général à la retraite israélien : ‘Les renseignements israéliens étaient associés à
part entière dans l’image présentée par les renseignements Americains et Britanniques concernant les capacités
non conventionnelles de l’Irak.’
Les leaders israéliens furent profondément affligés quand Bush a décidé de demander l’autorisation du
Conseil de sécurité pour la guerre, et furent encore plus inquiets quand Saddam a accepté de laisser entrer des
inspecteurs de l’ONU. ‘La campagne contre Saddam Hussein est un must’ a déclaré Shimon Peres aux
journalistes en septembre 2002. ‘Les inspections et les inspecteurs sont bons pour les gens honorables, mais les
gens malhonnêtes peuvent surmonter facilement des inspections et des inspecteurs.’
Au même moment, Ehud Barak écrivait un éditorial dans le New York Times avertissant que ‘le plus
grand risque se situe maintenant dans l’inaction.’
Son prédécesseur en tant que Premier Ministre, Binyamin Netanyahu, publiait un article semblable dans le
Wall Street Journal, intitulé : ‘La question du Renversement de Saddam’. ‘Aujourd’hui il n’y a rien d’autre à faire
que de démanteler son régime,’ déclarait-il. ‘Je crois pouvoir parler pour la majorité écrasante des Israéliens en
soutenant une frappe préventive contre le régime de Saddam.’
Ou comme Ha’aretz l’a rapporté en février 2003, ‘Le leadership militaire et politique aspire à une guerre en
Irak.’
Comme l’a suggéré Netanyahu, pourtant, le désir d’une guerre n’était pas limité aux leaders israéliens.
Indépendamment du Kowéit, que Saddam avait envahi en 1990, Israel était le seul pays au monde où les
politiciens et le public étaient en faveur de la guerre.
Comme l’observait à l’époque le journaliste Gideon Levy,  »Israel est le seul pays en Occident dont les
responsables soutiennent la guerre sans réserves et où aucune opinion alternative n’est exprimée.’
En fait, les Israéliens étaient tellement va-t’en-guerre que leurs alliés en Amérique leur ont demandé de
réduire leur rhétorique, ou cela serait vu comme si la guerre était engagée au nom d’Israel.
Aux Etats-Unis, la principale force motrice derrière la guerre était une petite bande des néo-conservateurs,
dont beaucoup avaient des liens avec le Likud. Mais les chefs des principales organisations du Lobby prêtaient
leurs voix à la campagne. ‘
Alors que le Président Bush essayait de vendre. . . la guerre en Irak’ rapportait The Forward, ‘les plus
importantes organisations Juives d’Amérique se sont rassemblées pour ne faire qu’un et le défendre. Déclaration
après déclaration, les chefs de la communauté ont souligné la nécessité de débarrasser le monde de Saddam
Hussein et de ses armes de destruction massive.’ L’éditorial continue en disant que :  »L’inquiétude pour la
sécurité d’Israel a été un facteur légitime dans les discussions des principaux groupes juifs.’
Bien que les néo-conservateurs et d’autres leaders du Lobby aient été désireux d’envahir l’Irak, la plus
large communauté juive américaine ne l’était pas. Juste aprés que la guerre ait commencé, Samuel Freedman a
signalé que ‘une compilation des sondages d’opinion dans tout le pays effectué par le Pew Research Center
montre que les juifs sont moins enclins à soutenir la guerre contre l’Irak que la population dans son ensemble,
52% contre 62%.’
En clair, il serait erroné de blâmer la guerre en Irak sur ‘l’influence juive’.
Par contre, c’était en grande partie dû à l’influence du Lobby, et en particulier à celle des néoconservateurs
qui en ont font partie.
Les néo-conservateurs étaient déterminés à renverser Saddam même avant que Bush soit élu président.
Ils ont causé une agitation, début 1998, en publiant deux lettres ouvertes à Clinton, demandant le
renversement de Saddam du pouvoir.

Les signataires, dont beaucoup avaient des liens étroits avec les groupes pro-Israéliens comme le JINSA
ou WINEP, et qui incluaient Elliot Abrams, John Bolton, Douglas Feith, William Kristol, Bernard Lewis,
Donald Rumsfeld, Richard Perle et Paul Wolfowitz, avaient quelques problèmes à persuader l’Administration
Clinton d’adopter l’objectif général d’évincer Saddam. Mais ils ne pouvaient pas vendre une guerre pour
atteindre cet objectif.
Ils ne furent pas non plus capables de générer l’enthousiasme pour envahir l’Irak pendant les premiers
mois de l’Administration Bush. Ils avaient besoin d’aide pour atteindre leur but. Cette aide est arrivée avec le 11
Septembre. Précisément, les événements de ce jour-là ont mené Bush et Cheney à changer de direction et à
devenir de forts partisans d’une guerre préventive.
Lors d’une réunion clé avec Bush à Camp David le 15 septembre, Wolfowitz a préconisé d’attaquer l’Irak
avant l’Afghanistan, quoiqu’il n’y ait eu aucune preuve que Saddam était impliqué dans les attaques contre les
Etats-Unis et que l’on savait que Bin Laden était en Afghanistan.
Bush a rejeté son conseil et a choisi d’aller attaquer l’Afghanistan, mais la guerre avec l’Irak était
maintenant envisagée comme une possibilité sérieuse et le 21 novembre le président a chargé les planificateurs
militaires de développer des plans concrets pour une invasion.
D’autres néo-conservateurs étaient pendant ce temps au travail dans les couloirs du pouvoir. Nous n’avons
pas encore l’histoire complète, mais des professeurs comme Bernard Lewis de Princeton et Fouad Ajami de
Johns Hopkins auraient joué des rôles importants en persuadant Cheney que la guerre était la meilleure option,
cependant des néo-conservateurs de son équipe – Eric Edelman, John Hannah et Scooter Libby, le chef d’Etat-
Major de Cheney et l’un des individus les plus puissants dans l’administration – ont également joué leur rôle.
Début 2002, Cheney avait persuadé Bush; et avec Bush et Cheney à bord, la guerre était inévitable.
A l’extérieur de l’administration, des experts néo-conservateurs n’avaient pas perdu de temps à rendre
l’invasion de l’Irak une chose essentielle pour gagner la guerre contre le terrorisme. Leurs efforts étaient conçus
en partie pour maintenir la pression sur Bush, et pour triompher en partie d’une opposition à la guerre à l’intérieur
et à l’extérieur du gouvernement.
Le 20 septembre, un groupe de proéminents néo-conservateurs et leurs alliés ont publié une autre lettre
ouverte : ‘Même si aucune preuve ne lie directement l’Irak à l’attaque,’ dit-elle, ‘Toute stratégie visant l’extirpation
du terrorisme et ses commanditaires doit inclure un effort déterminé pour renverser Saddam Hussein du pouvoir
en Irak.’
La lettre rappelait également à Bush que  »Israel était et restait l’allié le plus sûr de l’Amérique contre le
terrorisme international.’
Dans la parution du 1er Octobre du Weekly Standard, Robert Kagan et William Kristol demandaient un
changement de régime en Irak dès que les Talibans seraient battus.
Le même jour, Charles Krauthammer arguait dans le Washington Post que lorsque les Etats-Unis auraient
terminé la guerre en Afghanistan, la Syrie devrait être le prochain, suivi de l’Iran et de l’Irak: ‘La guerre contre le
terrorisme se conclura à Bagdad, ‘Quand nous acheverons le régime terroriste le plus dangereux au monde’.
C’était le début d’une campagne de relations publiques implacable pour gagner le soutien d’une invasion
de l’Irak, dont une partie cruciale était la manipulation des renseignements de façon à faire croire que Saddam
constituait une menace imminente.
Par exemple, Libby a fait pression sur les analystes de la CIA pour qu’ils trouvent des preuves pour la
guerre et a aidé à préparer le briefing maintenant critiqué de Colin Powell au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Au Pentagone, le Policy Counter terrorism Evaluation Group était chargé de trouver des liens entre Al-
Qaida et l’Irak que les renseignements avaient soi-disant ratés. Ses deux principaux membres étaient David
Wurmser, un néo-conservateur de la ligne dure, et Michael Maloof, un Libano-Américain très lié à Perle.
Un autre groupe du Pentagone, le soi-disant Bureau des Projets Spéciaux, avait pour tâche de découvrir
des preuves qui pourraient être utilisées pour vendre la guerre.
Il était dirigé par Abram Shulsky, un néo-conservateur avec des liens de longue date avec Wolfowitz, et
ses rangs incluaient des recrues des think tanks pro-Israéliens. Ces deux organisations avaient été créés après le
11 Septembre et rendaient des comptes directement à Douglas Feith.

Comme pratiquement tous les néo-conservateurs, Feith est profondément dévoué à Israel; il a également
des liens avec le Likud depuis longtemps.
Il a écrit des articles dans les années 90 soutenant les colonies et arguant qu’Israel devrait conserver les
Territoires Occupés.
Plus important, avec Perle et Wurmser, il a écrit le rapport célèbre « Clean Break » en juin 1996 pour
Netanyahu, qui venait juste d’être élu Premier Ministre. Entre autres, il a recommandé que Netanyahu ‘se
concentre sur le renversement de Saddam Hussein du pouvoir en Irak – un important objectif stratégique
Israélien’.
Il demandait également qu’Israel prenne des mesures pour réorganiser l’ensemble du Moyen-Orient.
Netanyahu n’a pas suivi leur conseil, mais Feith, Perle et Wurmser encouragèrent bientôt l’administration
Bush à poursuivre ces mêmes objectifs. L
e chroniqueur Akiva Eldar du Ha’aretz a averti que Feith et Perle ‘marchent sur une ligne mince entre leur
loyauté aux gouvernements américains. . . et les intérêts israéliens ‘.
Wolfowitz est également dévoué à Israel. The Forward l’a un jour décrit comme ‘la voix pro-israélienne la
plus « faucon » dans l’administration’, et, en 2002, l’a choisi 1er parmi les 50 notables qui ‘ont consciemment
poursuivi l’activisme Juif ‘.
A peu près au même moment, le JINSA donnait à Wolfowitz son Henry M. Jackson Distinguished Service
Award pour avoir favorisé un fort partenariat entre Israel et les Etats-Unis; et le Jérusalem Post, en le décrivant
comme ‘fortement pro-Israélien’, l’a élu ‘homme de l’année’ en 2003.
En conclusion, un mot bref sur le soutien d’avant-guerre des néo-conservateurs à Ahmed Chalabi, l’exilé
irakien sans scrupules qui dirige le Congrès National Irakien (INC).
Ils ont soutenu Chalabi parce qu’il avait établi des liens étroits avec les groupes Juif-Américains et s’était
engagé à favoriser de bonnes relations avec Israel quand il serait au pouvoir.
C’était précisément ce que les partisans pro-Israéliens du changement de régime voulaient entendre.
Matthew Berger a présenté le contexte de l’histoire dans un journal Juif : ‘L’INC voyait l’amélioration des
relations comme un moyen d’utiliser l’influence juive à Washington et à Jérusalem et d’obtenir un soutien accru à
sa cause. Pour leur part, les groupes juifs voyaient une occasion de préparer le terrain pour de meilleures
relations entre Israel et l’Irak, si et quand l’INC serait impliqué dans le remplacement du régime de Saddam
Hussein.’
Etant donné la dévotion des néo-conservateurs à Israel, leur obsession de l’Irak, et leur influence dans
l’administration Bush, il n’est pas étonnant que beaucoup d’Américains aient suspecté que la guerre ait été conçue
pour favoriser les intérêts israéliens.
En mars dernier, Barry Jacobs de l’American Jewish Committee a reconnu que la croyance qu’Israel et les
néo-conservateurs avaient conspiré pour faire entrer en guerre les Etats-Unis contre l’Irak était ‘dominante’ parmi
les services de renseignements.
Pourtant peu de gens le diraient publiquement, et les la plupart de ceux qui l’ont fait – comme le sénateur
Ernest Hollings et le Représentant James Moran – ont été condamnés pour avoir soulevé la question.
Fin 2002, Michael Kinsley a écrit que : ‘Le manque de débat public au sujet du rôle d’Israel. . . c’est
l’éléphant proverbial dans la pièce.’ La raison de l’hésitation à en parler, a-t’il observé, était la crainte d’être traité
d’un antisémite.
Il y a peu de doutes qu’Israel et le Lobby furent les principaux facteurs dans la décision à partir en guerre.
C’est une décision que les Etats-Unis auraient probablement été loins de prendre sans leurs efforts.
Et la guerre elle-même était prévue pour être seulement la première étape. Un titre en première page du
Wall Street Journal peu de temps après que la guerre ait commencé dit tout : ‘Le Rêve du Président: Non
seulement changer un Régime mais une Région: Une Zone Pro-Américaine, Démocratique est un objectif qui a
des Racines Israéliennes et Néo-Conservatrices.’
Les Forces Pro-Israéliennes sont depuis longtemps intéressées par l’implication plus directe des militaires
américains au Moyen-Orient. Mais elles avaient un succès limité pendant la guerre froide, parce que l’Amérique
agisssait en tant que ‘balancier off-shore’ dans la région.

La plupart des forces désignées pour le Moyen-Orient, comme la Force de Déploiement Rapide, ont été
maintenues ‘au-dessus de l’horizon’ et hors de toute atteinte. L’idée était que les puissances locales se
neutralisent les unes contre les autres – ce qui est pourquoi l’administration Reagan a soutenu Saddam contre
l’Iran révolutionnaire pendant la guerre entre l’Iran et Irak – afin de maintenir un équilibre favorable aux Etats-
Unis.
Cette politique a changé après la première guerre du Golfe, quand l’administration Clinton a adopté une
stratégie ‘de double retenue’. Des forces américaines substantielles seraient postées dans la région afin de
contenir l’Iran et l’Irak, au lieu d’en utiliser une pour maitriser l’autre.
Le père de la double retenue n’était autre que Martin Indyk, qui a, pour la première fois, esquissé la
stratégie en mai 1993 au WINEP et l’a ensuite mise en application en tant qie Directeur pour les Affaires du
Proche Orient et Sud-Asiatiques au Conseil de sécurité nationale.
Au milieu des années 90, il y avait un mécontentement considérable en ce qui concerne la double retenue,
parce qu’elle avait transformé les Etats-Unis en ennemi mortel de deux pays qui se détestaient, et forcait
Washington à porter le fardeau de les contenir tous les deux.
Mais c’était une stratégie que le Lobby favorisait et travaillait activement au Congrès pour qu’elle soit
conservée.
Poussé par l’AIPAC et d’autres forces pro-Israéliennes, Clinton a durçi la politique au printemps 1995 en
imposant un embargo économique sur l’Iran. Mais l’AIPAC et les autres voulaient plus.
Le résultat fut une Loi sur des Sanctions contre l’Iran et la Libye en 1996 qui imposait des sanctions à
toutes les compagnies étrangères qui investissaient plus de 40 millions de dollars pour développer les ressources
de pétrole en Iran ou en Libye.
Comme Ze’ev Schiff, le correspondant militaire de Ha’aretz, le remarquait à l’époque,  »Israel est un
élément minuscule dans le grand complot, mais on ne devrait pas conclure qu’il ne peut pas influencer ceux qui
sont à la tête.’
A la fin des années 90, pourtant, les néo-conservateurs arguaient du fait que la double retenue n’était pas
suffisante’ et qu’un changement de régime en Irak était essentiel. En renversant Saddam et en transformant l’Irak
en démocratie vivante, arguaient-ils, les Etats-Unis déclencheraient un processus de grande envergure de
changement dans l’ensemble du Moyen-Orient.
La même ligne de la pensée était évidente dans l’étude ‘Clean Break’ que les néo-conservateurs avaient
écrits pour Netanyahu. En 2002, quand une invasion de l’Irak était imminente, la transformation régionale était
une profession de foi parmi les cercles néo-conservateurs.
Charles Krauthammer décrit ce grand programme comme l’invention personnelle de Natan Sharansky,
mais les Israéliens parmi toute la classe politique croyaient que le renversement de Saddam changerait le Moyen-
Orient à l’avantage d’Israel. rapportait Aluf Benn dans Ha’aretz (17 février 2003):
Des hauts responsables de l’IDF et des proches du Premier Ministre Ariel Sharon, tel que le conseiller à la
sécurité nationale, Ephraim Halevy, dépeignait une image attrayante du futur merveilleux d’Israel après la guerre.
Ils envisagaient un effet domino, avec la chute de Saddam Hussein suivie des autres ennemis d’Israel. . . Avec
ces leaders disparaîtraient le terrorisme et les armes de destruction massive.
Quand Bagdad est tombé mi-avril 2003, Sharon et ses lieutenants ont commencé à pousser Washington à
viser Damas.
Le 16 avril, Sharon, interviewé dans le Yedioth Ahronoth, appelait les Etats-Unis à faire une pression ‘très
forte ‘sur la Syrie, tandis que Shaul Mofaz, son Ministre de la Défense, interviewé dans Ma’ariv, déclarait : ‘nous
avons une longue liste de questions que nous pensons poser aux Syriens et il est approprié que ce soit fait par
l’intermédiaire des Américains.’
Ephraim Halevy déclarait à un public de WINEP qu’il était maintenant important que les Etats-Unis soient
durs avec la Syrie, et le Washington Post signalait qu’Israel ‘entretenait la campagne’ contre la Syrie en
fournissant aux renseignements américains des rapports sur les actions de Bashar Assad, le président syrien.

Des membres importants du Lobby avaient les mêmes arguments.
Wolfowitz a déclaré que : ‘Il devrait y avoir un changement de régime en Syrie, ‘et Richard Perle a dit à un
journaliste que : ‘Un message court, un message de deux mots’ pourrait être envoyé aux autres régimes hostiles
du Moyen-Orient : ‘Vous êtes prochain.’
Début avril, WINEP a publié un rapport bipartite déclarant que la Syrie ‘ne devrait pas rater le message
que le comportement de pays qui suivent le comportement imprudent, irresponsable et provoquant de Saddam
pourraient finir en partageant son destin ‘.
Le 15 avril, Yossi Klein Halevi écrivait un article dans le Los Angeles Times intitulé : ‘Après, Serrer les
vis de la Syrie’, alors que le lendemain Zev Chafets écrivait un article pour le New York Daily News intitulé : ‘La
Syrie amie des Terroristes a besoin d’un Changement, Aussi’. Pour ne pas être surpassé, Laurent Kaplan écrivait
dans la New Republic le 21 avril qu’Assad était une menace sérieuse pour l’Amérique.
De retour sur la Colline du Capitole, le membre du Congrès Eliot Engel avait réintroduit la Loi sur la
Responsabilité de la Syrie et la Restauration de la Souveraineté Libanaise. Il menacait la Syrie de sanctions si
elle ne se retirait pas du Liban, si elle ne renonçait pas à son WMD et si elle ne cessait pas de soutenir le
terrorisme, et il appelait également la Syrie et le Liban à prendre des mesures concrètes pour faire la paix avec
Israel. Cette législation était fortement approuvée par le Lobby – par l’AIPAC en particulier – et ‘était concue’,
selon le Jewish Telegraph Agency, ‘par certains des meilleurs amis d’Israel au Congrès’.
L’administration Bush était peu enthousiaste à son égard, mais la Loi anti-Syrienne a été votée de façon
écrasante (398 contre 4 dans la Chambre; 89 contre 4 au Sénat), et Bush l’a signée par la loi du 12 décembre
2003.
L’administration elle-même était encore divisée sur la sagesse de viser la Syrie. Bien que les néoconservateurs
aient été désireux de de faire un crochet pour se battre contre Damas, la CIA et le Département
d’Etat étaient opposés à l’idée. Et même après que Bush ait signé la nouvelle loi, il a souligné qu’il irait
lentement pour la mettre en application. Son ambivalence est compréhensible.
D’abord, le gouvernement syrien avait non seulement fourni des renseignements importants au sujet d’Al-
Qaida depuis le 11 septembre : il avait également averti Washington au sujet d’une attaque terroriste prévue dans
le Golfe et avait donné aux enquêteurs de la CIA l’accès à Mohammed Zammar, le supposé recruteur de certains
des pirates de l’air du 11 septembre. Viser le régime d’Assad compromettrait ces connexions précieuses, et
saperait ainsi la guerre plus large contre le terrorisme.
En second lieu, la Syrie n’avait pas été en mauvais termes avec Washington avant la guerre contre l’Irak
(elle avait même voté pour la résolution 1441 de l’ONU), et n’était pas elle-même une menace pour les Etats-
Unis. Jouer au dur avec elle pourrait faire penser que les Etats-Unis ont un appétit insatiable pour se battre
contre les Etats arabes.
Troisièmement, mettre la Syrie en haut de la liste donnerait à Damas une forte incitation pour causer des
problèmes en Irak. Même si on voulait faire pression, il semblerait plus raisonnable de terminer le travail en Irak
d’abord. Pourtant le congrès a insisté pour serrer la vis à Damas, en grande partie en réponse à la pression des
responsables israéliens et des groupes comme l’AIPAC.
S’il n’y avait pas de Lobby, il n’y aurait pas eu de Loi sur la Responsabilité de la Syrie, et la politique
américaine envers Damas serait plus en conformité avec l’intérêt national.
Les Israéliens on tendance à décrire chaque menace par des termes les plus rigides, mais l’Iran est
largement vu comme leur ennemi le plus dangereux parce qu’il est le plus susceptible d’acquérir des armes
nucléaires.
Pratiquement tous les Israéliens considèrent un pays Islamique au Moyen-Orient possédant des armes
nucléaires comme une menace pour leur existence. « l’Irak est un problème. . . Mais vous devriez comprendre
que, si vous me le demandez, aujourd’hui l’Iran est plus dangereux que l’Irak,’ a fait remarquer le Ministre de la
Défense, Binyamin Ben-Eliezer, un mois avant la guerre contre l’Irak.
Sharon a commencé à pousser les Etats-Unis pour qu’ils se confrontent avec l’Iran en novembre 2002,
dans une interview au Times. Décrivant l’Iran comme ‘le centre terroriste mondial’, et enclin à acquérir des
armes nucléaires, il a déclaré que l’administration Bush devrait mettre une forte pression sur l’Iran ‘dès le
lendemain’ de sa conquête de l’Irak.

En avril 2003, Ha’aretz indiquait que l’ambassadeur israélien à Washington réclamait un changement de
régime en Iran. Le renversement de Saddam, notait-il, n’était ‘pas suffisant’. Selon ses mots, l’Amérique ‘doit
poursuivre. Nous avons toujours de grandes menaces de cette magnitude venant de la Syrie, venant d’Iran.’
Les néo-conservateurs, aussi, n’ont pas perdu de temps pour demander un changement de régime à
Téhéran.
Le 6 mai, l’AEI co-organisait une conférence d’une journée sur l’Iran avec Foundation for the Defense of
Democracies et l’Hudson Institute, les deux champions d’Israel. Tous les intervenants étaient fortement pro-
Israéliens, et beaucoup appelaient les Etats-Unis à remplacer le régime iranien par une démocratie.
Comme d’habitude, une pluie d’articles de proéminents néo-conservateurs demandaient de s’en prendre à
l’Iran. « La libération de l’Irak était la première grande bataille pour le futur du Moyen-Orient. . . Mais la
prochaine grande bataille – nous espérons que ce ne sera pas une bataille militaire – sera contre l’Iran. » écrivait
William Kristol dans le Weekly Standard le 12 mai.
L’administration a répondu à la pression du Lobby en travaillant jour et nuit pour arrêter le programme
nucléaire de l’Iran. Mais Washington a eu peu de succès, et l’Iran semble déterminé à avoir un arsenal nucléaire.
En conséquence, le Lobby a intensifié sa pression. Des éditoriaux et d’autres articles avertissent
maintenant des dangers imminents de la puissance nucléaire de l’Iran, précaution contre tout apaisement d’un
régime ‘terroriste ‘, et laissent entendre une sombre action préventive si la diplomatie échouait.
Le Lobby pousse le Congrès à approuver la Loi de Soutien à la Liberté de l’Iran, qui augmenterait les
sanctions existantes. Les responsables israéliens avertissent également qu’ils pourraient prendre une mesure
préventive si l’Iran continue sa recherche nucléaire, des menaces en partie prévues pour maintenir l’attention de
Washington sur la question.
On pourrait arguer qu’Israel et le Lobby n’ont pas eu beaucoup d’influence sur la politique envers l’Iran,
parce que les Etats-Unis ont leurs propres raisons pour empêcher l’Iran d’avoir des armes nucléaires.
Il y a une certaine vérité en cela, mais les ambitions nucléaires de l’Iran ne constituent pas une menace
directe pour les Etats-Unis. Si Washington pouvait vivre avec une Union soviétique nucléaire, une Chine
nucléaire ou même une Corée du Nord nucléaire, il peut vivre avec un Iran nucléaire. Et c’est pourquoi le Lobby
doit maintenir une pression constante sur les politiciens pour qu’ils se confrontent avec Téhéran.
L’Iran et les Etats-Unis seraient difficilement des alliés si le Lobby n’existait pas, mais la politique des
Etats-Unis serait plus tempérée et la guerre préventive ne serait pas une option sérieuse.
Ce n’est pas une surprise si Israel et ses partisans américains veulent que les Etats-Unis s’occupent de
toutes les menaces à la sécurité d’Israel. Si leurs efforts de façonner la politique des Etats-Unis réussissent, les
ennemis d’Israel seront affaiblis ou renversés, Israel aura les mains libres avec les Palestiniens, et les Etats-Unis
feront la majeure partie du combat, en mourant, en reconstruisant et en payant.
Mais même si les Etats-Unis ne transforment pas le Moyen-Orient et se retrouvent en conflit avec un
monde Arabe et Islamique de plus en plus radicalisé, Israel finira protégée par la seule superpuissance au monde.
Ce n’est pas un résultat parfait du point de vue du Lobby, mais il est évidemment préférable à un
éloignement de Washington, ou à l’utilisation de son influence pour forcer Israel à faire la paix avec les
Palestiniens.
Est-ce que le pouvoir du Lobby peut être diminué ?
On voudrait bien le penser, étant donné la débacle de l’Irak, la nécessité évidente de reconstruire l’image
de l’Amérique dans le monde Arabe et Islamique, et les révélations récentes au sujet des responsables de
l’AIPAC passant des secrets du gouvernement américain à Israel.
On pourrait également penser que la mort d’Arafat et l’élection du plus modéré Mahmoud Abbas
entraineraient Washington à faire pression de façon plus forte pour obtenir un accord de paix équitable.

En bref, il y a les raisons suffisantes pour que les leaders se distancent du Lobby et adoptent une politique
Moyen-Orientale plus conforme aux intérêts plus larges des Etats-Unis. En particulier, utiliser la puissance
américaine pour arriver à une paix juste entre Israel et les Palestiniens aiderait à promouvoir la cause de la
démocratie dans la région.
Mais cela ne va pas se produire – de toute façon pas de sitôt. L’AIPAC et ses alliés (y compris les
Sionistes Chrétiens) n’ont aucun adversaire sérieux dans le monde du Lobby. Ils savent qu’il est devenu plus
difficile de défendre Israel aujourd’hui, et ils répondent en s’imposant sur les équipes et en augmentant leurs
activités.
En outre, les politiciens américains restent intensément sensibles aux contributions de campagne et à
d’autres formes de pression politique, et les principaux médias sont susceptibles de rester sympathiques à Israel
quoi qu’il fasse :
L’influence du Lobby cause des problèmes sur plusieurs fronts. Elle augmente le danger terroriste auquel
font face tous les états – y compris les alliés européens de l’Amérique. Elle a rendu impossible la fin du conflit
Israélo-Palestinien, une situation qui donne aux extrémistes un outil recruteur puissant, augmente le réservoir des
terroristes potentiels et des sympathisants, et contribue au radicalisme islamique en Europe et en Asie.
Également inquiétant, la campagne du Lobby pour un changement de régime en Iran et en Syrie pourrait
mener les Etats-Unis à attaquer ces pays, avec des effets potentiellement désastreux. Nous n’avons pas besoin
d’un ‘autre Irak. Àu minimum, l’hostilité du Lobby envers la Syrie et l’Iran rend presque impossible à
Washington de les enrôler dans la lutte contre Al-Qaida et l’insurrection irakienne, où leur aide serait vraiment
nécessaire.
Il y a là aussi une dimension morale.
Grâce au Lobby, les Etats-Unis sont devenus ceux qui ont rendu possible l’expansion israélienne dans les
Territoires Occupés, les rendant complices des crimes perpétrés contre les Palestiniens. Cette situation contredit
les efforts de Washington pour favoriser la démocratie à l’étranger et le rend hypocrite quand il pousse d’autres
états à respecter les droits de l’homme.
Les efforts des Etats-Unis pour limiter la prolifération nucléaire apparaissent également hypocrite étant
donné sa bonne volonté à accepter l’arsenal nucléaire d’Israel qui encourage seulement l’Iran et d’autres à
chercher des capacités semblables.
De plus, la campagne du Lobby pour étouffer le débat concernant Israel est malsain pour la démocratie.
Réduire au silence les sceptiques en organisant des listes noires et des boycotts – ou suggérer que les
critiques sont des antisémites – viole le principe du libre débat dont dépend la démocratie.
L’incapacité du congrès à avoir une véritable discussion sur ces questions importantes paralyse le
processus tout entier de la délibération démocratique. Les partisans d’Israel devraient être libres de le faire et de
défier ceux qui sont en désaccord avec eux, mais les efforts pour étouffer le débat par l’intimidation devraient
être sévèrement condamnés.
En conclusion, l’influence du Lobby a été mauvaise pour Israel.
Sa capacité à persuader Washington de soutenir un agenda expansionniste a découragé Israel de saisir des
occasions – dont un traité de paix avec la Syrie et une application rapide et totale des Accords d’Oslo qui aurait
sauvé la vie des Israéliens et aurait diminué les rangs des extrémistes palestiniens.
Refuser aux Palestiniens leurs droits politiques légitimes n’a certainement pas rendu Israel plus sûr, et la
longue campagne pour tuer ou marginaliser une génération de responsables palestiniens a renforcé des groupes
extrémistes comme le Hamas, et a réduit le nombre de leaders palestiniens qui seraient disposés à accepter un
arrangement juste et capables de le mettre en place. Israel lui-même serait probablement mieux si le Lobby
étaient moins puissant et si la politique américaine était plus équitable.
Il y a pourtant une lueur d’espoir.
Bien que le Lobby reste une force puissante, il est de plus en plus difficile cacher les effets nuisibles de
son influence. Les états puissants peuvent maintenir des politiques imparfaites pendant un certain temps, mais la
réalité ne peut pas être ignorée indéfiniment.

Ce qui est nécessaire, c’est une discussion franche sur l’influence du Lobby et un débat plus ouvert sur les
intérêts des Etats-Unis dans cette région vitale. Le bien-être d’Israel est l’un de ces intérêts, mais l’occupation
continue de la Cisjordanie et de son agenda régional plus large ne le sont pas.
Un débat ouvert exposerait les limites du problème stratégique et moral d’un soutien américain à une seule
partie et pourrait faire évoluer les Etats-Unis vers une position plus conforme à ses propres intérêts nationaux,
aux intérêts des autres états dans la région, et aussi aux intérêts à long terme d’Israel.
10 Mars 2006.
Footnotes
Une version non publiée de cet article est disponible à :
http://ksgnotes1.harvard.edu/Research/wpaper.nsf/rwp/RWP06-011
or at
http://papers.ssrn.com/abstract=891198
John Mearsheimer is the Wendell Harrison Professor of Political Science at Chicago, and the author of
The Tragedy of Great Power Politics.
Stephen Walt is the Robert and Renee Belfer Professor of International Affairs at the Kennedy School of
Government at Harvard. His most recent book is Taming American Power: The Global Response to US Primacy.

Une étude américaine critique la politique proisraélienne
des Etats-Unis

suite…

iCi

Arabie Saoudite : Un royaume en plein désarroi, en pleine convulsion


René Naba

par René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias).

Photo: D.R.

Samedi 24 janvier 2015

Sur fond de désarroi et de désespérance, en pleine convulsion

Sixième Roi d’Arabie, Abdallah Ben Abdel Aziz, décédé jeudi à 90 ans des suites d’une lourde pathologie, laisse un Royaume en plein désarroi, en pleine convulsion, sur fond d’une guerre de succession entre les deux principaux clans de la dynastie wahhabite (le clan Sideiry et le clan Al shammar), sur fond d’une désespérance de sa jeunesse face aux taux élevé d’un  chômage persistant, à l’arrière plan d’un bras de fer énergétique avec les États Unis visant à assécher les petits producteurs de pétrole de schiste, alors que les deux pays qui ont longtemps fait office de sas de sécurité du royaume, le Yémen, dans la décennie 1960 contre Nasser et l’Irak, dans la décennie 1980 contre Saddam Hussein, échappe désormais au contrôle sunnite au bénéfice des chiites, les rivaux historiques des sunnites dont la dynastie se veut le fer de lance au niveau du Monde arabo-musulman.

Sans doute l’effet du hasard,  qui n’en est pas moins révélateur, l’annonce du décès du Roi a été annoncée, alors que le Yémen plongeait dans le chaos à la suite de la démission collective du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi de son gouvernement, sous les coups de butoir de la milice chiite Ansar Allah et que Riyad se hâtait de dresser un mur de 900 kilomètres à sa frontière avec l’Irak pour se protéger d’une invasion par les djihadistes de l’état islamique autoproclamé.

Abdallah est le monarque qui aura exercé le plus long règne au sein de la dynastie, d’abord en tant que prince héritier et chef de la garde nationale, régentant le royaume en suppléance de son frère Fahd atteint d’une lourde pathologie, (1995-12005), puis en tant que souverain (2005-2015), soit vingt ans. A l’instar de son prédécesseur, l’homme aura présidé aux destinées du Royaume, lourdement handicapé par la maladie (une double pontage coronarien, doublé de troubles dorsaux et d’un cancer au larynx), à une période charnière de l’histoire du Moyen Orient, marquée notamment par l’invasion américaine de l’Irak (2003) et la guerre de Syrie (2011), dix ans plus tard, deux pays se réclamant de l’idéologie laïque baasiste, dont la destruction, le premier l’Irak, a servi de matrice à  l’ossature militaire de l’état islamique et le second, la Syrie, à la prolifération du djihadisme dégénératif erratique.

La construction de la «Grande Muraille» saoudienne a été décidée pour se prémunir précisément du chaos que le Royaume, en partenariat avec les autres pétromonarchies et leurs alliés occidentaux du pacte atlantiste ont infligé aux deux pays se réclamant de l’idéologie laïque baasiste. Le mur se composerait d’un mur et d’un fossé destinés à protéger le royaume wahhabite des rebelles de l’organisation État islamique qui contrôlent «une grande partie de la zone du côté irakien de la frontière» et lorgnent «la conquête ultime de l’Arabie Saoudite, qui renferme les deux mosquées saintes de La Mecque et Médine, leur objectif essentiel.

Salman, nouveau représentant du clan Sideiry au sein du pouvoir

En application des prescriptions du Roi, Salman, représentant du clan Sideiry, lui a succédé à la tête du Royaume. Agé de 79 ans, prince héritier qu’il cumulait avec celui de ministre de la Défense, cet ancien gouverneur de la province de Riyad pendant 48 ans, un faucon dans la pure tradition wahhabite passe pour avoir supervisé la ventilation des «dons» privés versés tant aux moudjahidines afghans lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan, dans la décennie 1980, qu’aux prédicateurs salafistes lors de la guerre de Syrie, dans la décennie 2010.

Souffrant de déficience mémorielle, le terme d’Alzheimer a été prononcé, Salman sera secondé par le prince Moqren, ancien gouverneur de la province de Médine.

Ancien chef du renseignement saoudien et proche d’Abdallah, Moqren, le nouveau prince héritier, semble avoir pour tâche de déblayer la voie à la venue au pouvoir du premier roi de la troisième génération en la personne de Mout’eab Ibn Abdallah, 62 ans, le propre fils du roi défunt, déjà en place en sa qualité de chef de la garde nationale saoudienne, la garde prétorienne du régime composée de guerriers recrutés dans les tribus du Royaume.

Acteur-clé au Moyen-Orient et premier exportateur mondial de pétrole brut, le Roi Abdallah, prudent et prévoyant, a ainsi placé son fils aîné, Mout’eb au poste stratégique de deuxième vice-président du conseil, scellant l’ordre de succession au bénéfice de son fils, sans possibilité d’en modifier l‘ordre de succession. Son deuxième fils, Mecha’al, a été nommé gouverneur de la région de la Mecque, la capitale religieuse du royaume et son 3eme fils, Turki, gouverneur de Riyad, sa capitale politique et financière. La fratrie Abdallah conserve dans son giron la «Garde Nationale», traditionnelle contrepoids aux forces régulières.

Ultime cadeau d’un roi octogénaire en phase crépusculaire de son règne, le Roi Abdallah (88 ans) a couplé cette démarche en impulsant une refonte de l’archaïque système éducatif saoudien, si préjudiciable à l’image du Royaume, à l’image de l’Islam et à la stratégie de ses alliés du bloc atlantiste. Fait sans précédent dans les annales du Royaume, une dame, Haya Al Sahmary, a été nommée à une fonction d’autorité au sein de la haute administration saoudienne, à la direction de la formation, en tandem avec le Prince Khaled Ben Fayçal, le fils du défunt Roi Fayçal, au poste de ministre de l’éducation, avec à la clé un budget de plusieurs milliards de dollars pour mener à bien cette opération.

Dans la foulée, Abdallah a discrètement évacué de la scène publique, le Mufti As Cheikh, un authentique représentant de la fratrie de Mohamad Abdel Wahhab, le fondateur du Wahhabisme, au profit d’un dignitaire moins rigide.

Sous couvert de guerre contre le terrorisme, l’Arabie saoudite a par ailleurs opéré un rapprochement tangible avec Israël, criminalisant la confrérie des Frères Musulmans, renouant avec Mahmoud Abbas, dans une tentative de renflouement de la question palestinienne, la grande oubliée du «printemps arabe», en vue d’accompagner le règlement du conflit israélo-arabe selon un schéma américain conférant un statut minoré au futur état palestinien.

Au-delà des rivalités de voisinage et des conflits de préséance, la diabolisation des Frères Musulmans, la matrice originelle d’Al Qaida et de ses organisations dérivées, apparaît ainsi comme une grande opération de blanchissement des turpitudes saoudiennes et de dédouanement de la dynastie à son soutien à la nébuleuse du djihadisme erratique depuis son apparition dans la décennie 1980 lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan. Un parrainage qui a valu à l’Irak d’assumer, par substitution, la fonction de victime sacrificielle d’un jeu de billard à trois bandes, en 2003, en compensation au châtiment de l’Arabe saoudite pour sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.

Soldant sans état d’âme l’ère Bandar, l’ancien patron de la nébuleuse islamiste, la dynastie wahhabite pense avoir signifier aux rivaux du Royaume, dans l’ordre subliminal, sur fond de  négociations irano américaines sur le nucléaire iranien, la permanence et la solidité du Pacte de Quincy, en dépit des fritures dans les relations entre le meilleur allié des États Unis dans le Monde arabe et le protecteur d’Israël; en dépit des tentatives de rapprochement des États-Unis avec l’Iran, l’ancien super gendarme du Golfe du temps de Chah et désormais la bête noire de la dynastie wahhabite.

L’Arabie saoudite, le grand vaincu de la guerre de Syrie, au même titre que la France

Au delà des propos postmortem de circonstance vantant les qualités du défunt roi, «défenseur de la paix » Stephen Harper-Canada), «grand homme d’état dont l’action a profondément marqué l’histoire de son pays (François Hollande-France), «dirigeant sincère et courageux» (Barack Obama- Etats Unis), l’Arabie saoudite passera dans les annales de la décennie 2010 comme le grand vaincu de la guerre de Syrie, au même titre que la France, dont les dérapages se sont répercutés sur son national par  de sanglants attentats terroristes (Mohamad Merah 2012, Mehdi Nemmouche 2014, les frères Kouachi (contre Charlie Hebdo en 2015).

Le Gardien des Lieux Saints de l’Islam a certes financé la promotion de l’Islam à travers le monde, mais son prosélytisme religieux tous azimut s’est souvent confondu avec une instrumentalisation politique de la religion comme arme de combat contre les ennemis de l’Amérique, notamment l’athéisme communiste, au détriment des intérêts stratégiques du Monde arabe.

Le chef de file de l’Islam sunnite a porté le fer aux quatre coins de la planète pour le compte de son protecteur américain, mais le bailleur de fonds des équipées militaires américaines dans le tiers monde -de l’Afghanistan au Nicaragua, à l’Irak et à la Syrie- n’est jamais parvenu à libérer l’unique Haut Lieu Saint de l’islam sous occupation étrangère, la Mosquée d’al Aqsa de Jérusalem, au point que son leadership est désormais concurrencé par le nouveau venu sur la scène diplomatique régionale la Turquie et sa posture néo ottomane.

Le protégé de l’Amérique, auteur de deux plans de paix pour le proche orient, n’a jamais réussi à faire entériner par son protecteur américain et son partenaire israélien les propositions visant à régler le conflit israélo palestinien, ni à prévenir l’annexion rampante de Jérusalem, ni la judaïsation de la 3eme ville sainte de l’Islam, pas plus qu’il n’a pu éviter le basculement des grandes capitales arabes hors de la sphère sunnite, dans le giron adverse: Jérusalem sous occupation israélienne, Damas sous contrôle alaouite et Bagdad enfin sous partage kurdo Chiite.

Le plus riche pays arabe, membre de plein droit du G20, le directoire financier de la planète, a dilapidé une part de sa fortune à d’extravagantes réalisations de prestige et à la satisfaction d’invraisemblables caprices de prince, sans jamais songé à affecter sa puissance financière au redressement économique arabe ou au renforcement de son potentiel militaire, bridant au passage toute contestation, entraînant dans son sillage le monde arabe vers sa vassalisation à l’ordre américain.

La dynastie wahhabite, détournant les Arabes et les Musulmans de leur principal champ de bataille, la Palestine, dans de furieux combats en Afghanistan, n’a jamais tiré un coup de feu contre Israël, au point que le meilleur allié arabe des Etats Unis apparaît, rétrospectivement, comme le principal bénéficiaire des coups de butoir israélien contre le noyau dur du monde arabe, et Israël, comme le meilleur allié objectif de la monarchie saoudienne.

Ce royaume quasi centenaire est par excellence un pays de passe droit, gouverné par six monarques (Abdel Aziz, Saoud, Faysal, Khaled, Fahd, Abdallah). Mais, à une période charnière de l’histoire du monde arabe, à l’ère de l’optronique, de la balistique, du combat disséminé et de la furtivité de basse tension, aucun des six monarques n’était détenteur d’un diplôme universitaire, tous formatés dans le même moule de la formation bédouine et de l’école coranique, à l’instar des autres pétromonarchies gérontocratiques du Golfe, soit le tiers des membres de la Ligue arabe et les deux tiers de la richesse nationale arabe, alors que la théocratie voisine iranienne a, d’ores et déjà, accédé au statut de puissance du seuil nucléaire.

Malgré les turbulences, la famille Al Saoud a réussi à sauvegarder son trône, mais plongé la zone dans une sinistrose quand Israël sinistrait la zone.

Une illustration caricaturale de la réalité paralytique arabe.

suite…

http://www.madaniya.info/2015/01/23/arabie-saoudite-un-royaume-en-plein-desarroi-en-pleine-convulsion/