Un cas d’insoumission. Comment on devient révisionniste.


Auteur : Theil Georges (Dubreuil Gilbert)
Ouvrage : Un cas d’insoumission Comment on devient révisionniste
Année :2002

 

 

Nous n’aurions sans doute pas songé à mettre en ligne cette naïve bluette s’il ne s’était trouvé un
juge de Limoges, un de ces rhadamante de province, aussi borné qu’un nain de jardin, nommé François
Casassus-Buihle, qui, dans une désinvolte de matamore, a, le 7 octobre 2005, condamné l’auteur de ces
pages, un Gilbert Theil, à six mois de prison ferme, plus 40.000 euros d’amendes, pour déviance de la
pensée. Alors, à la face de ce juge imbécile, nous jetons ce livre pour qu’il soit lu par l’immense jury des
honnêtes gens. Que le juge de Limoge, condamné par acclamation, retourne à ses enfers et à leur néant !
Ce livre n’a jamais été mis en vente et il n’a circulé que dans un cercle très restreint. Nous n’avons
pas cru bon de demander à l’auteur la permission de le mettre à la disposition des internautes puisque la
loi française, dite Gayssot, du nom d’un stalinien attardé, ne lui permet pas de consentir.

 

En mémoire des 9000 civils allemands (dont quatre mille
enfants) innocents, assassinés en Mer Baltique le 30
janvier 1945 pour le seul fait d’être allemands, ans le
torpillage du Wilhelm-Gustloff par l’Armée Rouge.

 

PRÉFACE
Le révisionnisme historique a été la grande aventure intellectuelle de la fin du
XXe siècle. À l’aube du XXIe siècle, l’aventure se poursuit, tout aussi périlleuse.
Mais que sait-on des révisionnistes ? De quelle étoffe sont-ils faits ces insoumis
qui, en France ou à l’étranger, persistent à braver les lois écrites et non écrites ? On les
traque, on les cloue au pilori et il arrive qu’on brûle leurs livres. Dans les médias, on les
accable d’outrages et on ne les autorise pas à présenter leurs arguments ou leur défense.
Peu à peu, ces rebelles, ces réfractaires, ces refuzniks se voient contraints à la
clandestinité, y compris sur Internet où ils sont depuis peu pourchassés.
Dès lors, comment le grand public les connaîtrait-il ?
À cette question le cas de Gilbert Dubreuil offre un élément de réponse.
Né en 1940, Gilbert Dubreuil fait en province de solides études. Il se forge même
la réputation d’un surdoué des sciences et des lettres. Il voit s’ouvrir devant lui un avenir
prometteur.
Toutefois, entre 13 et 22 ans, des événements tragiques sont venus marquer de
leur sombre empreinte l’existence de l’adolescent et du jeune homme. Tardivement, on
lui a révélé qu’en avril 1944 son père avait été tué dans des circonstances obscures soit
par des Géorgiens sous uniforme allemand, soit par des miliciens français ; ce père
ingénieur de son métier, avait été trouvé en possession d’une arme. Déjà, lors de la
première guerre mondiale, le père de ce père avait, en 1916, trouvé une mort tragique au
Tonkin ; il formait sur place des tirailleurs tonkinois pour les envoyer en France « tuer
du Boche » dans le cadre de la Revanche. D’autres deuils frappent une famille qui
semble comme marquée par le destin. La réaction du jeune homme est inattendue. Au
lieu d’incriminer, comme le veut une certaine imagerie conventionnelle, les « Huns » ou
les « Nazis » pour leur responsabilité supposée dans le déclenchement des deux guerres
mondiales, il va s’interroger sur le mystère historique qui fait que, de 1870 à 1945, en
l’espace de trois générations, Allemands et Français se soient ainsi entretués.
En tant que Français, c’est aux Français qu’il pose ses questions sur le sujet.
Orphelin d’un père qui, lui-même, était pupille de la Nation, il demande : « Qui, en
France, a bien pu vouloir cela ? » ou encore : « Pourquoi a-t-on envoyé à la mort tant de
Français pour tuer des Allemands? » (À l’inverse, un jeune Allemand pourrait poser à
ses compatriotes des questions équivalentes sauf que, dans le cas de la deuxième guerre
mondiale, aucun Allemand, y compris Adolf Hitler, n’avait souhaité une guerre contre la
France puisque c’est la France qui a cru devoir entrer en guerre contre lui).

Chez le jeune Gilbert d’autres questions s’ensuivent et notamment celle-ci :
« Pourquoi, après l’armistice du 8 mai 1945, a-t-il fallu déshonorer les Allemands ? »
On peut, en effet, se demander de quel droit les bouchers du camp des vainqueurs ont
jugé et condamné les vaincus dans un pays qu’ils avaient réduit en cendres et dont des
millions d’habitants, à l’Est, étaient contraints à une affreuse déportation, dans des
circonstances bien pires que celles qu’avaient connues les juifs.
En matière de cynisme et de pharisaïsme, on ne fait pas mieux que le procès de
Nuremberg (1945-1946). Le vainqueur y juge le vaincu. Sa loi est rétroactive. Il institue
la responsabilité collective. Il n’est « pas lié par les règles techniques relatives à
l’administration des preuves ». Il n’exige pas que « soit rapportée la preuve de faits de
notoriété publique » (sic). Les yeux fermés, il accorde valeur de preuve authentique à
des milliers de rapports rédigés par des « commissions de crimes de guerre » françaises,
britanniques, américaines, soviétiques, yougoslaves, polonaises, tchécoslovaques,… et
c’est ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, que les rapports de la police politique
soviétique acquièrent valeur de « preuves authentiques » et ne peuvent être l’objet de
contestation. D’ailleurs, quasiment rien ne peut être contesté en matière d’accusation dès
lors que l’accusé appartient à une organisation « criminelle » ; tout au plus, l’individu
relevant d’une telle organisation aura-t-il l’autorisation de plaider que, personnellement,
il n’a joué aucun rôle dans ce crime. C’est ce qui explique que, de 1945 à nos jours, on a
vu tant d’Allemands ou tant de « collabos » à la fois accepter ou paraître accepter
l’existence du crime et contester une participation personnelle à ce crime. Il n’y avait – et
il n’y a – là aucune hypocrisie ni aucune lâcheté de la part des accusés mais la simple
soumission forcée à l’article 10 du Statut du tribunal militaire international. On n’avait
pas – et on n’a pas – le droit de contester l’existence et le fonctionnement de chambres à
gaz homicides à Auschwitz mais on avait – et on a – le droit de dire : « Personnellement,
je n’en ai pas vu ou je n’ai participé à aucun gazage ». Tous les avocats des accusés ont
dû suivre cette calamiteuse ligne de défense. Comme dans les procès de sorcellerie, il
leur a fallu cautionner l’existence du Malin, la réalité des sabbats, la véracité de toutes
sortes d’horreurs sataniques tout en cherchant à faire croire que leurs clients, pourtant
sur place ou informés, n’y avaient personnellement pris aucune part !
Les articles 10, 19 et 21 du Statut qui permettent ces ignominies seraient à
reproduire en lettres d’infamie dans le Grand Livre de l’histoire des procès truqués, des
mises en scène judiciaires, des parodies de justice.
Mais peut-être l’article 13 dépasse-t-il en la matière les articles 10, 19 et 21. Il est
clair comme le couperet de la guillotine. Citons-le :
Le tribunal établira les règles de sa procédure. Ces règles ne devront en
aucun cas être incompatibles avec les dispositions du présent Statut.
En bon français : les juges du siège rédigeront leur propre code de procédure
pénale ! Et ils pourront le faire de façon quasi arbitraire puisque, aussi bien, les
dispositions du Statut se réduisent à trente articles assurant à l’accusation la plus grande
latitude et à la défense le minimum de droits.
Le tribunal de Nuremberg n’a rien prouvé. Il a affirmé.
Le grand public l’ignore mais les spécialistes le savent: tous les procès exigés et
obtenus depuis plus d’un demi-siècle par des organisations juives soit contre des
Allemands, soit contre des non-Allemands qui sont accusés d’avoir collaboré à la
persécution des juifs sont calqués sur le procès de Nuremberg. Encore au procès de
Maurice Papon on a vu jouer l’article 10 : tout le monde a supposé, sans le moindre
commencement de preuve, que le IIIe Reich avait suivi une politique d’extermination

physique des juifs ; personne n’a contesté, protesté, réclamé de preuve. Les avocats de
l’accusé, tout comme leur client, ont plié l’échine. Tout le monde savait qu’en exigeant
une preuve, une seule preuve, on aurait déclenché une tempête à l’échelle du monde.
Aujourd’hui, en France, la version casher de l’histoire de la seconde guerre
mondiale est officiellement imposée à tous par une disposition législative datant du 13
juillet 1990 et improprement appelée « loi Gayssot » alors qu’il s’agit d’une loi préparée
et obtenue par Laurent Fabius. Dès le printemps 1986, le grand rabbin René-Samuel
Sirat, flanqué de Pierre Vidal-Naquet et d’autres personnalités juives, avait demandé
l’institution d’une loi spéciale afin d’empêcher la contestation des conclusions du procès
de Nuremberg en matière de « crimes contre l’humanité », c’est-à-dire, pour parler clair,
de « crimes contre les juifs ». Laurent Fabius a été le porte-parole et la courroie de
transmission de cette exigence juive.
Bien des intellectuels préconisent la lutte contre le mensonge institutionnalisé et
contre la force injuste de la loi mais peu s’y risquent effectivement.
Giibert Dubreuil, pour sa part, a choisi le risque. Il l’a fait en décidant de révéler
ici comment et pourquoi il s’est lancé dans l’aventure révisionniste.
Jean Norton
10 avril 2002

 

Je pense à Bernanos. Comme il est à l’aise dans son
monologue avec Dieu. Les responsabilités lui pèsent, il en prend
et il en laisse. Il a une conscience pourvue de tous les
perfectionnements de la technique moderne, une conscience à
thermostat […]. Il repousse Nagasaki avec horreur, il gémit sur
Hambourg et il règle avec soin le degré de massacre permis pour
la défense de la Personne Humaine. Cela me fait penser à certain
film de propagande sur la R.A.F. Avant le départ de l’escadrille,
on voyait s’avancer un prêtre portant l’étole : il venait bénir les
engins qui allaient dans un quart d’heure écrabouiller quelques
milliers de femmes et d’enfants « hitlériens ». Vos défenseurs de
la Personne Humaine sont pareils à ce prêtre imprudent. Ils
portent de belles étoles, mais nous n’oublions pas qu’ils ont béni
le visage de la Mort. Il n’y a pas d’armées du Droit.
Maurice Bardèche, Lettre à François Mauriac, La Pensée
Libre, Paris, 1947, p. 131.
Tu trembles, carcasse ? Tu tremblerais bien davantage si
tu savais où je te mène.
Turenne

 

I
TENTATIVE DE MEURTRE,
AVEC PRÉMÉDITATION,
CONTRE L’ALLEMAGNE ?

 

C’était en 1967, au Quartier latin ; je me retrouvai ce jour-là nez à nez avec
Jacques Joubert, comme moi ancien taupin au lycée Saint-Louis, perdu de vue depuis
six ans. Il était devenu ingénieur de l’Aéronautique. Nos itinéraires respectifs avaient
divergé ; j’avais gardé de lui le souvenir d’un acharné travailleur qui pourtant différait
des autres taupins : il sortait dans le monde, il avait des connaissances ailleurs qu’en
mathématiques-physique, et, de plus, il courait les filles comme ne le faisaient pour
ainsi dire jamais les élèves de Mathématiques spéciales.
Notre rencontre ne dura qu’une demi-heure. Au moment de nous serrer la main,
j’eus la prémonition que nous ne nous reverrions sans doute jamais. Il tint à me dire :
« J’ai un livre à te recommander. C’est le dernier Rassinier : Le Drame des Juifs
européens. Il ne te laissera pas insensible. »
Sur ce sujet j’en étais resté à deux ouvrages iconoclastes de Maurice Bardèche,
que je tenais d’un cousin radical-socialiste décédé trop jeune : Nuremberg ou la Terre
promise, et Nuremberg II ou les Faux Monnayeurs, deux ouvrages publiés par Maurice
Bardèche en 1948 et 1950. Je me portai à la librairie Gibert toute proche, et en ressortis
avec Le Drame des Juifs européens, la dernière publication de Paul Rassinier.

AS, ET PETIT CHELEM

Dix ans plus tôt, l’année du bac math’élem, j’étais ce qu’on appelait un as, un surdoué
scolaire, et on m’avait propulsé, dès que j’eus obtenu mes deux bacs vers la « prépa » de
Saint-Louis, la taupe. Après des débuts en fanfare, l’échec à l’X deux ans plus tard me
blessa au plus haut point. Comment avais-je pu échouer, moi qui quatre ans auparavant
avais passé si brillamment mon premier bac dès la classe de seconde A’ (latin-grecmaths),
puis math’élem avec la mention bien ! Moi qui lisais en traduction les
philosophes grecs dès l’âge de douze ans, qui n’avais jamais mérité moins de 17/20 en
mathématiques et en physique ! La vérité était que mon côté « surdoué » avait bel et
bien disparu vers mes 17-18 ans, et que je me refusais à l’admettre. Je vivais en quelque
sorte de restes qui pouvaient faire illusion par moments, aussi bien à moi-même qu’à
l’entourage. J’étais peut-être encore capable d’étincelles, mais sans plus. « Quelque peu
surdoué », devait me dire drôlement mon vieux professeur de mathématiques de
l’époque, retrouvé bien longtemps après, et qui voulait résumer le cas sans flagornerie.
Ces dix années 1957-1967 avaient fait de moi un autre homme, en qui subsistait
maintenant la volonté de me rattraper, avec ces restes justement. Une rencontre m’avait
marqué, peu après mon installation à Paris, celle de ma nouvelle logeuse du XVIIe

arrondissement, m’ouvrant des horizons insoupçonnés par le récit qu’elle me fit de ce
qu’avec son mari elle avait vécu durant la période de l’Occupation à Paris. Elle m’avait
prêté un exemplaire des Décombres, de Lucien Rebatet, qui me fit forte impression.
J’avais effectué ensuite mon service militaire de seize mois dans une unité de l’OTAN
qui m’avait fait côtoyer journellement Américains, Allemands, Anglais, Belges, dans
l’inénarrable contexte « post-atomique » de mon bataillon (11).
Au retour de l’armée j’avais été victime d’un accident de moto, dans Paris, où je
fus bien près de perdre la vie, et qui me laissa de longues séquelles. Encore
convalescent, je rencontrai la même année la ravissante Beatrix ; je l’épousai l’année
suivante. J’avais accompli ma remise sur pied professionnelle. Cadre fonctionnaire,
j’avais la volonté de passer, dès que l’ancienneté statutaire serait atteinte, le concours
interne spécial de mon ministère qui me permettrait, après un cursus incluant la scolarité
complète des dix-sept mois de l’ENA, d’accéder au corps des Administrateurs civils. Ce
qui advint, comme prévu.
Quand je franchis, fin décembre 1971, rabelaisien joyeux, la porte de l’Ecole
nationale d’administration alors installée rue des Saints-Pères, je dédiai ce succès (mon
petit chelem !) à mon père tombé mortellement 27 ans plus tôt, parce qu’il avait eu sa
conception de la liberté comme pouvait l’avoir eue en avril 1944 l’homme de 27 ans
qu’il était alors.

MOURIR À 27 ANS

Ce 10 avril 1944, mon père circulait au volant d’une camionnette de l’usine Celtia,
non loin de Neuvic, en Corrèze. Cette usine de fabrication de bobines de bois pour les
filatures et le commerce avait été achetée par son oncle et il en était le directeur
technique. Il avait pu ce jour-là réaliser son projet de se rendre à Brive avec un
contremaître de l’usine pour un achat de machine et il avait proposé à la soeur de sa
femme, ma tante Christine, de les accompagner : une aubaine pour elle dans ces temps
de restriction sévère en matière de circulation automobile. Elle avait pris avec elle, pour
ce voyage, son jeune fils âgé de quatre ans, mon cousin germain. Peu avant la petite
ville d’Egletons, soit trente kilomètres après leur départ, un petit pont, dans une courbe :
une patrouille allemande, en barrage volant, ordonne de faire halte. Elle est composée
de ces supplétifs géorgiens (les Vlassov), qui, à l’époque, représentaient la Wehrmacht
en Haute-Corrèze.
Contrôle des papiers, fouille experte du véhicule. « À qui ce revolver ? » interroge
le sous-officier en vert-de-gris, brandissant l’arme qu’il vient de saisir sous la banquette
du passager avant. Les trois passagers blêmissent et se regardent. Mon père, sourire aux
lèvres, se désigne. Alors, le Géorgien se saisit de lui : « Vous, arrêté ! », et ordonne aux
autres occupants du véhicule de faire demi-tour pour rejoindre leur point de départ, sans
autre forme de procès,
Le soir même, mon père est incarcéré à deux kilomètres de là au lycée Albert-
Thomas d’Egletons, dont une partie sert de casernement aux mêmes Géorgiens. On
barricade une salle pour lui, après y avoir installé un bat-flanc. Ses gardiens, confie-t-il
à sa jeune épouse (autorisée à venir le voir chaque jour), ne sont pas de trop mauvais

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1 Notre unité interalliée de l’OTAN, le JMCC (Joint Mobile Communication Center), était supposée être le « résidu »
du service de transmissions de l’Etat-major restant encore opérationnel après le désastre (survenu) d’une guerre
atomique en Europe. Basés en forêt dans des véhicules équipés d’émetteurs-récepteurs puissants, nous étions chargés
de « remettre en communication » les éléments, épars en Europe, des commandements d’unités dispersées et
épargnées par le désastre.

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bougres. Il ne se plaint pas même de la nourriture, à l’exception notable du pain. On
vient l’informer de son transfert imminent à Limoges distant de cent kilomètres, pour y
comparaître devant le tribunal militaire allemand de la zone. Il annonce le 14 avril à ma
mère qu’il en connaît déjà la dure sentence : travail forcé quelque part dans le Reich,
sûrement avec régime sévère, et en usine d’armement compte tenu de sa qualification
d’ingénieur.
Ce jour de la mi-avril, il sait qu’on va venir le chercher sous bonne garde pour le
transfert. Il l’a dit d’ailleurs à sa jeune femme. Il se voit déjà entre deux vert-de-gris, en
route pour le Tribunal. Justement, ils arrivent ! Bizarrement, il ne s’agit pas d’un
véhicule militaire, mais d’une traction avant avec des civils français à l’intérieur ! Ils se
présentent au sous-officier géorgien, papiers à la main. Ils emmènent mon père à qui ses
gardiens ont rendu ses effets sans oublier l’argent qu’il avait emporté pour la transaction
projetée à Brive.
Le malheureux est assis entre deux sbires, sur la banquette arrière ; à leurs faces
de truands, il comprend que ce n’est ni un tribunal militaire, ni une usine allemande qui
l’attendent, mais la mort.
L’après-midi de ce même 15 avril, on vient annoncer à la mairie d’Egletons qu’à
quatre kilomètres de là, un homme jeune est allongé, mort, dans un sentier, à une
vingtaine de mètres de la vieille route Egletons-Limoges qui passe ensuite par le village
de Sarran. C’était mon père. Tué d’une balle dans la nuque, le médecin le précisera un
peu plus tard, mais tué à distance par une balle de revolver : sans fenêtre de sortie, la
balle a peu pénétré à la base du cervelet. Par ailleurs, aucune trace de lutte, visage
tranquille, léger sourire, la nuque un peu gonflée seulement par un caillot de sang
Ma mère n’a que 27 ans, et se retrouve veuve avec deux jeunes enfants : ma soeur
(deux ans) et moi (trois ans et demi).
Le lendemain, elle se précipite au bureau de l’officier allemand qu’on lui a indiqué
comme le responsable du secteur. Il la toise durement du haut de son 1m90, quand elle
ose lui demander pourquoi on a tué son époux, pourquoi on lui a aussi volé son argent.
Sans ménagement il lui réplique : « On ne vous doit rien, madame; et, même je n’ai
aucun compte à vous rendre ! Nous n’avons rien à faire de vos règlements de comptes
entre terroristes ! »

DES SATURNALES AHURISSANTES…
UN JEUNE HOMME TONNANT ET FULMINANT
UN ABATTAGE PEU RITUEL

Il était difficile, et à l’école plus qu’ailleurs, d’être un élève surdoué parmi les
«normaux».
Je le sentis très vite. Dans la salle de classe, déjà, le surdoué lève la main avant
tous les autres, sur tous les sujets. L’enseignant comprend vite cela mais il doit faire
mine de l’ignorer quelque peu, pour laisser leur chance aux autres et ne pas les humilier.
Je me retrouvais hors-compétition.
À la récréation, c’est souvent que se donnait libre cours la jalousie des élèves
ordinaires et des moins bons. Tout comprendre avant tous les autres m’isolait. À de rares
occasions, cependant, je pouvais bénéficier, en contrepartie, d’entretiens en tête-à-tête
avec mes professeurs.
Dès la classe de cinquième, je m’étais retrouvé dans un pensionnat catholique de
bon niveau, sorte de pépinière de supposées vocations sacerdotales. Pris de ferveur pour

la littérature latine, je parvenais dès les classes de quatrième et de troisième, à lire le
latin aperto libro. J’avais fait l’acquisition d’ouvrages latins hors programme et de ce fait
interdits puisqu’ils ne figuraient pas dans la liste, restreinte, des ouvrages autorisés. Lors
d’une fouille de routine, on trouva dans mon placard d’interne le Satyricon de Pétrone,
en édition bilingue Guillaume Budé. Je fus sur-le-champ convoqué chez le Supérieur et
copieusement réprimandé pour avoir été trouvé en possession d’un ouvrage aussi
« pernicieux ». Horresco referens, on me surprit quelque temps plus tard, à l’étude du
soir, en train de lire les Saturnales de Macrobe, dans l’édition bilingue Garnier. Cette
fois, le Supérieur s’étrangla d’indignation . « Mais enfin, vous ne pouviez ignorer ce que
signifie ce terme de Saturnales ! Il désigne une période finissante de l’année où le peuple
romain, la populace, se livrait ouvertement et sans frein aux pires débauches ! Comment
avez-vous pu être attiré par un ouvrage au titre pareil ? »
Manifestement, le Supérieur n’avait pas lu l’ouvrage. Je me hasardais à lui en faire
la remarque. Je lui résumai le contenu du livre. « Macrobe, lettré du IVe siècle finissant,
avait mis à profit ces jours de fête annuelle, appelés Saturnales par les Romains, pour
rencontrer quelques érudits de ses amis et discuter avec eux de littérature, de poésie, de
science ou d’histoire, en cette période fascinante où l’on allait bientôt assister à
l’effondrement de Rome. L’ouvrage est précieux pour quiconque s’intéresse à ces lettrés
romains attachés à l’ancienne religion, quelques décennies après l’édit de Constantin et
nostalgiques de la Rome impériale et ra.yonnante. »
Le cuistre en soutane rompit là et m’informa qu’il allait adresser une lettre à ma
mère.
J’appris un peu plus tard qu’en fait le saint homme s’était entretenu avec ma mère
et lui avait benoîtement expliqué que j’aurais dû être renvoyé. Je n’étais « pas pieux »
(J’avais en privé exposé au professeur de religion, brave homme au demeurant, que je
n’admettais pas certains dogmes de la foi catholique) et, surtout, j’avais introduit dans
son respectable établissement au moins deux livres « déshonnêtes ». « Compte tenu de
[mes] résultats scolaires remarquables, on voulait cependant bien [me] garder. »
Ma passion pour les lettres classiques allait aussi, bien sûr, au grec ancien qui
m’attirait par sa beauté graphique immédiate, sa délicatesse, sa précision, sa richesse ; le
dictionnaire Bailly était ma savante distraction du fait de son apparat linguistique et
philologique, qui me révélait des correspondances avec les autres langues européennes.
J’avais ainsi commencé à monter des tableaux à partir de radicaux originaux les plus
proches ou les plus probables du sanscrit et de l’indo-européen primitif restitué, dans
lesquels je classais les mots latins, grecs, romans, germaniques, slaves, qui étaient
rattachables au « squelette » primitif. Ce faisant, j’avais la sensation d’avancer sur des
sentiers escarpés menant à des sommets d’où je découvrais des paysages insoupçonnés.
Plus tard je devais, bien entendu acquérir le gros et incontournable Indogermanisches
etymologisches Wörterbuch (2) de Julius Pokorny, et me passionner pour les ouvrages
philologiques sur le sujet des langues issues de l’indo-européen primitif. (3)
Doté de la bosse des maths, j’étais toujours premier en mathématiques ainsi qu’en
physique-chimie avec une prédilection pour la trigonométrie, le calcul analytique et la
chimie minérale. Je m’étais, en troisième et seconde, procuré de gros ouvrages de
chimie, puis du matériel de laboratoire. Nanti de mes cornues et becs Auer, je procédais
avec délectation à des expériences de chimie. Cela se passait, en période de vacances,
dans une remise attenante à la belle et ancienne maison où habitait ma grand-mère

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2 J. Pokorny, Indogermaniscbes etymologisches Wörterbuch, 2 tomes, A. Francke Editeur, Berne, 1959-1969
3 Jean Haudry : L’Indo-européen, Paris, PUF (collection Que sais-je), 1992, et Les Indo-européens, Paris, PUF
(collection Que sais-je), 1994.

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paternelle. Près de deux hectares de parc agrémentaient cette demeure, qui fut mon
paradis.
Un jour de juillet 1956, le facteur, la mine inquiète, vient m’informer que deux
lourds colis sont arrivés à mon nom mais il se refuse à me les livrer dans sa tournée, car
ils comportent des étiquettes de couleur vive, telles que « Produit toxique »,
« Explosif », ou « Corrosif ». Ma première commande à Prolabo venait d’arriver,
comprenant les ingrédients de base. Il s’agissait notamment d’acides sulfurique et
nitrique concentrés, dans des bouteilles en verre fumé noyées dans du silice en poudre.
J’employais ces produits à la préparation de fusées que je souhaitais mettre au point à
peu de frais.
Bientôt je fus connu dans la région pour mes expériences tonnantes et fulminantes
qui alertaient chaque été le pays. Mon souci était de mettre au point, même de façon
assez rudimentaire, un mélange chimique, solide, pâteux ou pulvérulent, le plus
propulseur possible, sans que la combustion en fût ni trop rapide ni trop lente. Une de
mes premières fusées, chargée d’au moins cinq kilos d’une poudre de ma fabrication, ne
décolla pas et explosa sur sa « base de lancement » en bois. Un chêne tout proche fut
pour moitié défolié par le souffle de la déflagration. Une nouvelle fusée, celle-là bien
partie mais comme à chaque fois assez mal guidée, après une haute trajectoire
parabolique, tomba au beau milieu du troupeau de moutons d’un paysan voisin
prénommé Camille. Elle n’avait directement touché aucune bête mais une des brebis,
effrayée par la chute de la fusée brûlante qui l’avait frôlée en grondant et fumant, s’était
élancée dans la clôture barbelée toute proche, et elle s’y s’était tranché la carotide. Le
paysan qui avait assisté de loin à la scène, se précipita dans le pré avec son domestique.
Les deux vilains, se saisissant du gros cylindre métallique cabossé et encore brûlant,
m’invectivèrent : « Ta torpille, tu iras la récupérer… à la gendarmerie ! » Au tribunal de
police, le juge, se retenant de rire, m’infligea une amende de 20 francs pour « violences
légères » tandis que je lui présentai mes regrets pour cet ovicide par imprudence.

LE PARADIS, UNTER DEN LINDEN

Les vacances scolaires étaient l’occasion de lire et de prendre des notes. Ma mère
venait de m’offrir un scooter, qui devint l’instrument idéal pour l’exploration
systématique de la région. Une parente venait de me faire cadeau d’une armoire
bibliothèque vitrée (dont on devait me voler le contenu bien plus tard), que j’installai
avec enthousiasme dans ma nouvelle chambre de 45 m2, au rez-de-chaussée de la belle
maison, et qui allait rester ma Thébaïde jusqu’à mes 30 ans.
Je n’avais pas 18 ans, en ces beaux jours de juillet 1958, avec mes deux bacs et
mon ticket d’entrée en classe préparatoire scientifique pour la fin septembre. Les deux
fenêtres grandes ouvertes, avec le bourdonnement rassurant des abeilles dans le tilleul
séculaire, face à ma nouvelle bibliothèque, j’étais comblé. Je l’avais composée, cette
bibliothèque, selon les thèmes qui m’étaient chers. Face à moi, le rayon scientifique,
avec le gros ouvrage rouge de chimie générale de Troost (suranné dans son contenu), La
Terre et les Mers de Figuier, des traités d’algèbre, des épreuves de mathématiques et
physique avec corrigés, des ouvrages spécialisés de l’éditeur Dunod, et ces cinq
ouvrages de vulgarisation du physicien américain G. Gamow qui m’enthousiasmait. Ils
m’initiaient à la théorie de la relativité, à la mécanique quantique. Je goûtais le subtil
mystère des mathématiques ; pur produit du cerveau de l’homme, les mathématiques
peuvent autant vivre d’une vie indépendante que se mettre au service des sciences de la

matière. Je me passionnais pour le calcul des probabilités, les lois des grands nombres,
leurs prodigieuses conclusions aboutissant à ce paradoxe d’obtenir des certitudes à partir
de phénomènes aléatoires. À propos des jeux et des espérances de gains, une certaine
démonstration, agrémentée d’intégrales et d’équations « aux dérivées partielles » me
rappelait opportunément qu’entre toutes les stratégies possibles de jeu, la meilleure
possible est de ne pas jouer du tout.
Au-dessus, les auteurs classiques, encadrés par le Bailly et le Bornecque – les
classiques Budé bilingues, ocres pour les grecs (une quinzaine), et de couleur rouge
brique pour les latins (une quarantaine), les grammaires (Petitmangin pour le latin,
Ragon pour le grec, Carpentier-Fialip pour l’anglais), des ouvrages de toponymie de
Meillet, de Dauzat, ainsi que, plus savants et coûteux, des ouvrages de philologie
publiés chez Klincksieck. Du côté des livres anciens, j’avais reçu en cadeau le tome Il
(seul !) de l’Esprit des Lois de Montesquieu en édition cuir d’époque. Je possédais déjà
une Géographie de Crozat datant de 1794 et les Contes moraux de Madame de Genlis.
Figurait encore un Albert moderne en édition populaire du XVIIe siècle, sorte de manuel
de médecine populaire dont je me plaisais à réciter à quelque visiteur ou visiteuse les
recettes à base d’ingrédients de sorcière.
Sous l’étagère scientifique, je classais romanciers et nouvellistes : Jules Verne,
bien sûr, avec une vingtaine d’ouvrages, trois ou quatre romans de Balzac, le Mémorial
de Las Cases, Don Quichotte en traduction française, Chateaubriand avec son Itinéraire,
Edgar Poë, Dickens, Stendhal, S. Lagerlöf, des Sherlock Holmes, Wells, H. H. Ewers,
des Daudet, un Goncourt, le Roi des Montagnes d’Edmond About, Mme de Staël avec
son Allemagne, des contes de Maupassant, deux Octave Mirbeau, des Francis Carco,
Paul Morand, Montherlant, nul recueil de poésie sinon Les Fleurs du mal et une
anthologie de la poésie française où Mallarmé m’intriguait par son hermétisme. J’avais
écarté un Paul Valéry, reçu en cadeau, que je trouvais assommant. Je n’aimais pas Hugo
et je n’en voulais pas dans ma bibliothèque. Je me souviens du Candide et du
Dictionnaire philosophique de Voltaire, d’oeuvres de Saint-Simon, de Michelet, des
Mémoires du beau Lauzun. Deux Nietzsche en traduction française : Ecce homo et La
Naissance de la tragédie. Deux Céline : Voyage au bout de la nuit et Mort à Crédit.
Parmi les ouvrages peu orthodoxes, légués par le cousin radical-socialiste : La Fin des
Religions d’Auguste Dide, La Vie de Jésus de Renan, et les deux Nuremberg de Maurice
Bardèche. Je croyais sentir une parenté d’esprit entre l’ouvrage de Renan et les
Nuremberg de Bardèche. « Sais-tu bien que la Vie de Jésus de Renan est… à l’Index ? »
me dit un jour ma grand-mère, facétieuse. Cette réflexion piqua ma curiosité. J’étais
désormais « indexé ».
Sur les deux rayons du bas : voyages, géographies, ouvrages de mécanique auto et
moto, un dictionnaire médical de 1911 qui, avec insistance, préconisait l’emploi de la
Magnésie bismurée, des collections de Science & Vie, des Sherlock Holmes, des livres
de science-fiction (Jimmy Guieu !), des livraisons anciennes et récentes de Paris-Match
et quelques Crapouillot, des numéros de Signal, hebdomadaire allemand en langue
française paru sous l’Occupation, avec ses photos centrales impressionnantes de
réalisme. Bientôt, j’allais y ajouter Le Matin des Magiciens et la revue Planète.
Tout en bas, une douzaine d’ouvrages surannés qu’avait prélevés à mon intention
ma grand-mère sur sa propre bibliothèque et que j’avais fini par accepter ; des Gyp,
Marcel Prévost, Félicien Champsaur et autres Paul Bourget, une biographie de Madame
Steinheil. Sans compter une bible, protestante, dont j’avais coché les passages scabreux.
Tel était pour l’essentiel l’inventaire du trésor de mes dixhuit ans.

L’ÉNIGME DE LA MORT

Etre confronté à la mort et en prendre la mesure constitue pour l’enfant et
l’adolescent un moment décisif. Déjà, à l’âge de mes neuf ans, avait disparu ma grand-mère
maternelle qui m’émerveillait le soir avec les contes de Perrault qu’elle savait dire
à la perfection. Puis, nous avait quitté, bien trop jeune, le cousin radical-socialiste, qui
avait été mon tuteur légal à la mort de mon père. Son dernier poste avait été celui de
conseiller technique au cabinet ministériel d’Edgar Faure. Je l’admirais pour ses
connaissances et son expérience de la vie. C’est avec lui que je venais de faire mon
premier grand déplacement automobile : rejoindre Paris, plus de 400 kilomètres en
« traction avant ». Disparu encore, le grand-oncle Ernest, le patron des usines Celtia, qui
m’avait surnommé « Monsieur pourquoi » ; il savait répondre à toutes mes nombreuses
interrogations. Sur son lit de mort je n’acceptai pas de l’embrasser, comme on m’y
invitait. J’avais onze ans.
Un jour de juin 1958, on avait ramené sur la berge de notre étang le corps d’un
garçon de treize ans qui avait coulé à pic. Notre professeur de gymnastique, puis les
pompiers, venus avec leurs bouteilles d’oxygène, avaient en vain cherché à le réanimer.
Nous étions là, silencieux, à contempler la face bleuie, quand arrivèrent les parents.
Sous nos yeux la mère fut prise d’un malaise. Je ressentis la mort comme une énigme.
Quelques semaines plus tard, j’appris la mort de mon cousin Jean, âgé de 18 ans.
Grand sportif, champion de natation, il avait cherché à secourir ses compagnons mais
s’était noyé. Son corps ne fut retrouvé que dix-huit jours plus tard. Ses parents ne
devaient plus se remettre de cette disparition tragique.
En août 1962, une jeune parente, la jolie Agnès, 27 ans, quitta un soir son hôtel
madrilène où elle séjournait pour un mois comme chaque été. Peu après, elle fut
retrouvée, noyée dans l’eau peu profonde du Manzanérès.
Ces trois morts familiales : celle de mon père à 27 ans, de Jean à 18 ans, d’Agnès à
27 ans, comment les expliquer ?
Un mystère entourait la disparition brutale d’Agnès. S’agissait-il d’un suicide ?
D’un assassinat ? D’un accident ? Je parvins à me procurer des journaux et des
hebdomadaires espagnols. Tous évoquaient cette jolie jeune Française, élégamment
vêtue, qui parlait un espagnol parfait et qu’on avait retrouvée noyée : elle n’avait pas
subi de violences.
Sur les circonstances de sa disparition, j’avais personnellement entamé une
enquête mais, soudainement, sa mère, qui était notre tante (la passagère de la
camionnette quand avait été arrêté mon père dix-huit ans plus tôt), m’intima l’ordre
d’interrompre toute recherche et de lui communiquer, sans en prendre copie, tous les
éléments en ma possession.

VOUS AVEZ DIT:
AU NOM DE LA CIVILISATION ?

En somme, pour Agnès comme pour mon père, on ne souhaitait pas en savoir
plus.
Pour ma mère, son mari était simplement tombé en martyr de l’occupation, en
héros silencieux, en combattant de l’ombre.

Pour ce qui me concerne, j’étais pris entre toutes ces conjectures qui m’assaillaient
dès que je questionnais les uns et les autres : mon père, une fois arrêté, n’aurait-il pas été
dénoncé à la police allemande, ou à celle de Vichy, comme dangereux résistant (ce qu’il
n’était aucunement mais qui ne pouvait qu’aggraver son cas) ? Et n’aurait-on pas alors
organisé une mise en scène pour le faire cueillir à sa prison improvisée d’Egletons par
des tueurs à gages, des gestapaches français ? On me disait qu’il était constant que les
Allemands préféraient voir faire « le sale boulot » par des mercenaires des pays
occupés. Une autre version m’était présentée : mon père n’avait pas voulu être interrogé
par les services spéciaux qui l’attendaient avant le tribunal militaire et il avait tenté de
s’enfuir en sortant en force de la traction avant. Ou encore : la grosse somme d’argent
qu’il portait sur lui avait suscité la convoitise des occupants de la traction, qui avaient
alors préféré le liquider, prétextant ensuite qu’il avait voulu s’échapper. D’autres
explications étaient possibles. (4)
Pour la mère de mon père, son fils s’était laissé entraîner dans une aventure bien
imprudente. Toujours souriant, car telle était sa nature, mon père aurait voulu aider ces
maquisards, dont un des chefs lui avait confié un revolver « pour le cas où » : c’était le
vouer à la mort si jamais il se faisait surprendre avec cette arme. Ma grand-mère
méprisait ces maquisards qu’elle tenait quasiment pour responsables de la mort de son
fils. L’action de ces FFI, de ces FTP, par ailleurs, avait-elle seulement modifié d’un jour
la date du débarquement de Normandie et la plupart de leurs coups de main avaient-ils
entraîné d’autres conséquences que des représailles sur des populations innocentes ?
Mais souvent il lui arrivait de conclure que son fils avait agi en homme sûr de lui et
convaincu du bien-fondé de son choix. Elle avait alors dans le regard la fierté d’une
douce grande dame à qui la guerre avait fait perdre les deux hommes auxquels allait tout
son amour : son mari et son fils.
Son mari avait été tué au Tonkin en juin 1916. Il était alors jeune officier,
commandant du poste frontière de Lao-Kay, face aux successeurs des Pavillons noirs.
Auparavant, il avait fait une « glorieuse guerre » face aux Allemands, sur le front de
l’Aube, à la tête de sa compagnie de tirailleurs tonkinois lesquels avaient, presque tous,
péri broyés par les obus allemands de 77 ou étaient morts de froid dès leur premier hiver
dans la boue glacée des tranchées. Grièvement blessé, il avait bénéficié d’un
avancement de grade et d’une nouvelle promotion en Indochine. Epousant alors sa
fiancée, il avait passé avec elle en juillet 1915 trois semaines de lune de miel à Vichy.
Puis il était parti, pour ne plus jamais revenir, sinon en juillet 1916 dans un cercueil en
plomb couvert du drapeau tricolore et d’une décoration accordée à titre posthume. Il
n’avait jamais vu son jeune enfant, mon père, nourrisson de trois mois d’âge qui
deviendrait pupille de la Nation. Ce qui allait, précisément, être aussi mon cas en 1945.
Pouvait-on les qualifier d’héroïques, ces deux hommes ?
Ma grand-mère me posa un jour une question qui me donna à réfléchir:
Ton grand-père officier avait la consigne officielle d’instruire ses tirailleurs
tonkinois en vue d’en faire des « tueurs de Boches » : les plus efficaces, les plus
cruels possibles. « Il y a vingt millions d’Allemands de trop ! » avait dit
Clemenceau, n’est-ce pas ?
Oui ! Et combien de « Boches » justement ton grand-père a-t-il ainsi bien
pu faire mourir ? Quelques-uns ou des centaines ? Des milliers, peut-être ? La
France, notre pays, envoyait des officiers comme lui à 10.000 km d’ici pour

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4 La version la plus récente, tirée du gros ouvrage Maquis de Corrèze (recueil de témoignages divers, édité par le
collectif « Maquis de Corrèze », 2, quai Edmond-Perrier, 19000 Tulle, 798 p., 1995) et présentée comme authentique
évoque une liquidation par des miliciens.

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entraîner des Asiatiques à tuer des Allemands, nos voisins, nos proches parents,
nous le savions bien ; cela me donne le vertige. Après tout, ton père n’aurait-il
pas été victime d’une sorte de justice immanente ? Souvent, je pense qu’une
justice immanente a frappé ton père, qui, sans le savoir et bien sûr sans le
comprendre, aura payé de sa propre vie en 1944 l’erreur criminelle de nos
gouvernants que j’ai vus précipiter la France dans deux guerres contre
l’Allemagne en moins de vingt-cinq ans. N’oublions pas non plus le triste
Badinguet qui se prenait pour Napoléon et qui n’avait pas hésité en 1870 à
déclarer la guerre à l’Allemagne sous un prétexte futile, avec l’issue
catastrophique que nous savons, les Chassepots n’ayant, au bout du compte, pas
vraiment … fait merveille.
La notion de « justice immanente » me laissait, et me laisse toujours, perplexe. Et
cette réflexion me reste présente à l’esprit quand je m’interroge sur l’histoire tragique du
XXe siècle.
Il m’arrivait de lire des ouvrages violemment antiallemands, publiés avant 1914,
dans ce qui restait de la petite bibliothèque de ma grand-mère. J’ai conservé l’un d’eux :
La Menace allemande, d’un certain André Barre. Ce livre, écrit vers 1908, est un
véritable appel au meurtre, une déclaration de guerre à l’Allemagne de Guillaume II, une
ardente annonce de guerre européenne. Comme affolé par les progrès techniques et
économiques de cette Allemagne, l’auteur appelle à la mobilisation des Latins et des
Slaves contre l’Empire allemand:
Dans un espace d’années qui sera court le monde doit voir ceci: le
drapeau germanique abritera 86 millions d’Allemands, et ceux-ci gouverneront
un territoire peuplé de 130 millions d’Européens. Sur ce vaste territoire, seuls
les Allemands exerceront les droits politiques […]. Ils seront alors, comme au
Moyen Âge, un peuple de maîtres, condescendant simplement à ce que les
travaux inférieurs soient exécutés par les peuples soumis à leur domination. (5)
On sent bien dans tout l’ouvrage que l’admiration première, même quand elle est
exposée objectivement, ne tarde pas à faire place à une sourde inquiétude.
Au début du XXe siècle, un ingénieur français issu des Arts & Métiers, Victor
Cambon, (6) rédigea plusieurs ouvrages sur ce qu’il avait vu outre-Rhin. Après un
constat impartial des qualités du peuple allemand (amour de la science, travail soutenu,
confiance en soi-même, initiative hardie, esprit d’organisation, discipline), il cherchait à
s’expliquer le développement étonnant de l’industrie et de la recherche allemande. Il
l’attribuait au système de formation unique de l’Allemagne : « La prodigieuse expansion
industrielle de l’Allemagne resterait inexplicable si sa description n’était précédée d’une
visite à ses établissements d’enseignement professionnel. » Il constatait par ailleurs que
le terreau en était un véritable culte pour l’instruction à tous les niveaux ; les paysans
eux-mêmes, vivant en demi-citadins (ce qui « relève sensiblement leur intellectualité »,
précisait-il) y avaient accès :
Leur tenue s’en ressent; l’on distingue difficilement en Allemagne un
paysan d’un ouvrier endimanché et, surtout, on n’y rencontre point, comme
dans certains départements reculés de la France, de ces êtres d’aspect sauvage,

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5 André Barre, La Menace allemande, Louis-Michaud Editeur, 1908 (?), p. 270.
6 Victor Cambon, L’Allemagne au travail, Pierre Roger & Cie, éditeurs, 1910, Paris, p. 9, p. 259

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aux accoutrements inexpressibles, vivant seuls dans des chaumières perdues, à
la façon d’hommes préhistoriques.
Résultat de cette législation et de ces moeurs : il n’y a pas en Allemagne
un millième d’illettrés. Mais cette constatation me paraît insuffisante. Il importe
peu qu’un homme ait appris à lire, si, sa vie durant, il ne lit jamais. Or, on voit
des journaux et des livres dans les mains et dans la demeure des Allemands de
toutes les conditions.
Après de méticuleuses descriptions de sites industriels, de leur organisation de
production et de travail, il en arrivait à cette conclusion :
Certainement, l’Allemagne d’aujourd’hui ne redoute aucun producteur
comme concurrent. […] Seulement, en résulte-t-il qu’elle puisse imposer au
monde entier ses marchandises ? Ne verrons-nous pas un peu partout les
douaniers entrer en scène ? Les autres nations protégeront leurs industries
vieillies ou naissantes contre la puissante Allemagne. Déjà l’Angleterre nous en
offre l’exemple avec sa loi sur les brevets étrangers. Cet exemple suivi et
dépassé partout serait un blocus mondial. Faudra-t-il le percer à coups de
canon ? Cruelle, mais nullement invraisemblable hypothèse.
[…1 Telles sont les difficultés qui assombrissent l’horizon de l’empire
allemand ; nous les voyons nettement et devons, sans exagération, les déclarer
inquiétantes.
On voit déjà là, de façon prémonitoire qu’il n’y avait pas loin chez notre auteur,
des douaniers aux coups de canon. Pour n’en rester qu’au plan économique, et le siècle
étant écoulé, on peut ajouter aujourd’hui : en 1923, démontage et pillage des usines
allemandes ; en 1943 et 1944, destruction systématique des villes allemandes et des sites
industriels allemands, en 1945, vol des brevets allemands, captation des ingénieurs
allemands de recherche nucléaire et spatiale au profit des vainqueurs ; de 1945 à 1948,
déportation d’une vingtaine de millions d’Allemands et vol de la totalité de leurs biens ;
de 1945 à 1990, mise en esclavage des 18 millions d’Allemands de la DDR.
En 1913, un journaliste, Georges Bourdon, correspondant du Figaro, venait
d’effectuer un long voyage en Allemagne qu’il relata dans une série d’articles de ce
quotidien. Le compte rendu complet qu’il réunit ensuite en un volume intitulé L’Enigme
allemande montrait que ce qu’il avait vu outre-Rhin ne cadrait pas avec l’image négative
que la presse française donnait de l’Allemagne. Il avait l’honnêteté de l’écrire. Il
rapportait, par exemple, un entretien qu’il avait eu avec Hermann Sudermann, homme
de lettres allemand, auteur dramatique et par là en contact permanent avec le public de
son pays. (7) Le sujet en était les sentiments réciproques des deux peuples à l’égard de
leur voisin :
Ah ! [dit H. Sudermann à son interlocuteur] tous les Français sont les
mêmes !… Lorsque je vais à Paris et que j’y constate à quel point l’on s’abuse
sur les sentiments de l’Allemagne, je ne sais que dire à vos compatriotes. Je
voudrais leur crier : « Vous vous trompez ! On vous ment ! Vous vous mentez
à vous-mêmes ! » […] Oui, oui, tout ce que vous supposez, tout ce que vous
croyez, c’est de la fantasmagorie. Dans toute l’Allemagne, il n’y a que

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7 Georges Bourdon, L’Enigme allemande, Plon, 1913, p. 158. Le dramaturge allemand Hermann Sudermann
qu’évoque ici G. Bourdon fut, à l’époque, un auteur connu même en France, où sa pièce Magda, jouée par Sarah
Bernhardt au Théâtre de la Renaissance, avait ému Paris.

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sympathie pour la France et pour ce qui vient de France et je n’ai jamais
rencontré une seule personne qui ne considérât comme une calamité la seule
perspective d’un conflit nouveau. Cela, je vous le jure. C’est la vérité stricte.
Hors d’elle, il n’est qu’illusion et duperie !
[…] L’Allemagne malveillante ?… Comparez, je vous prie. Dans vos
caricatures, dans vos livres, dans vos théâtres, vos cafés-concerts, quel rôle
donnez-vous à l’Allemand ? C’est un lourdaud antipathique, un sournois, qui ne
sait pas s’habiller, mange gloutonnement et se tient mal ; les louches affaires,
les marchés équivoques, les sales trahisons, c’est le bagage du juif allemand;
enfin le personnage infâme, celui qu’on bafoue, qu’on déshonore et qu’on
déteste, toujours l’Allemand. Faites maintenant la contre-partie ; promenezvous
à travers l’Allemagne, entrez dans nos théâtres et nos cafés-concerts, ouvrez
nos journaux de caricatures, à Berlin comme à Francfort, à Breslau comme à
Munich: quand il y est question d’un Français, c’est presque toujours pour lui
donner un caractère aimable et un rôle sympathique. Encore hier, un de nos
bons romanciers Walther Blöm, publiait un roman, L’Année de fer, dont l’action
se passe pendant « la grande guerre » (celle de 1870), et, parmi ses principaux
personnages, figure un officierfrançais qu’il a paré de toutes les noblesses.
J’aurais trop beau jeu, si je voulais mettre en regard tout ce que la littérature
française, depuis Maupassant, a produit sur nous. Il vaut mieux ne pas insister.
Eh bien ! croyez-moi, en ce point comme en beaucoup d’autres, notre littérature
et notre théâtre enregistrent, à leur insu ou non, les idées et les penchants
communs à la masse. Toute ma génération a été élevée dans des sentiments de
sympathie respectueuse à l’égard de la France, et le langage que je vous tiens,
c’est celui que vous tiendrait tout Allemand instruit.
Déjà, un ouvrage français de 1876, intitulé l’Ennemi héréditaire, de Victor de
Saint-Genis, après avoir tenté de démontrer que la France avait été menacée depuis l’an
mil par les invasions germaniques (alors qu’en même temps il démontre naïvement que
les progrès territoriaux du royaume de France se sont faits aux dépens exclusifs de
l’empire germanique), s’en prenait violemment aux Français qui avaient eu le courage de
reconnaître les qualités allemandes et l’intérêt qu’il y avait lieu de porter à nos
voisins (8):
Qui donc a propagé en France tant d’erreurs dangereuses, tant d’illusions
sur le caractère, le génie, l’esprit, les appétits des Allemands ? Deux écrivains
dont le talent a servi la rancune et qui n’ont flatté l’Allemagne que pour se
venger des Français : Voltaire, qui fit tant de mal à notre pays par ses
hypocrisies élégantes et le charme éloquent de ses calomnies ; Mme de Staël,
ignorante et crédule. Nous revenons un peu tard de ces erreurs funestes.
Voltaire, « mauvais Français » ! Avoir admiré le grand Frédéric, son organisation
militaire et étatique, quel crime !
Je prenais conscience, à la lecture de tous ces ouvrages, de l’immense vague de
germanophobie activement entretenue en France bien avant 1914. Tous ces écrits
prêtaient à l’Empire allemand les plus noirs desseins; on était bien loin de l’admiration
que Taine et Renan, quelques décennies auparavant, avaient éprouvée pour la
profondeur du génie allemand. C’était de plus en plus comme une angoisse devant les

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8 Victor de Saint-Genis, L’Ennemi héréditaire, 326 p., 1976, E. Dentu éditeur (17-19, Galerie d’Orléans, Paris) p.264.
V. de Saint-Genis fut Correspondant du Ministère pour les Travaux historiques et par ailleurs lauréat de l’Institut.

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progrès en tous domaines de ce pays. On en arrivait à souhaiter ardemment la guerre
contre l’Allemagne, présentée d’abord comme une guerre de revanche nécessaire sur la
défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine. Puis, à partir de 1905, on donnait dans
la haine raciste pure et simple. L’Allemand devait être détruit physiquement, pour la
simple raison qu’il était allemand. Les exemples abondaient d’appels au meurtre des
Allemands ; ces appels ne pouvaient manquer d’imprégner bien des esprits et d’aboutir à
la joie mauvaise d’août 1914, quand les soldats partirent en guerre … (9)
Peu de temps après, Auguste, un autre membre de la famille, allait par ses propos
me rendre encore plus perplexe. L’homme, d’une particulière sagacité, jouissait de
l’estime générale. En 1917, alors qu’il préparait le baccalauréat, il avait été appelé au
front, dans une unité d’artillerie. Il en revint marqué à jamais. Après quoi il fit partie des
troupes d’occupation françaises en Rhénanie. Plus de quarante ans après ces
événements, le bilan qu’il tirait de ces deux expériences pouvait se résumer en ces
termes :
La France n’a, en aucune manière, mérité d’être classée parmi les
vainqueurs de 1918. Cette guerre, qu’elle a ardemment désirée, lui a valu plus
de dégâts humains et de désastres psychologiques que d’avantages. En 1919, au
moment du traité de Versailles, monument d’iniquité, la France pensait sans
doute avoir gagné la guerre avec ses alliés contre l’Allemagne.
Mais cette Allemagne s’était battue à un contre six et la France ne pouvait
se targuer de lui être supérieure. Le contraire était vrai. En 1923, jour après
jour, j’ai de mes yeux vu la réalité de cette Allemagne vaincue. J’en ai été
stupéfait.
Je peux dire qu’avec l’occupation de la Rhénanie, j’ai participé à une
expédition de pillage. Nous sommes venus dans ce pays hautement civilisé en
démonteurs d’usines et en pillards. J’ai découvert l’état intérieur des habitations
et jusqu’à celles des plus modestes employés et ouvriers. Les pianos que je
découvrais parfois chez les ouvriers n’étaient pas là pour la montre. L’amour
des beaux-arts, de la musique, de la lecture, était omniprésent.
On avait osé nous lancer contre les Allemands prétendument au nom de
la Civilisation, alors que ces gens étaient bien plus avancés que nous sur bien
des plans. Cette guerre de 1914-1918 a été suscitée par un groupe de nations
jalouses et inquiètes de voir les Allemands se développer bien trop vite à leur
gré. Ce peuple nous surclassait presque en tout domaine. Nous, Français, nous
avons figuré au premier rang des nations barbares.
Ce discours, je l’ai dit, me bouleversa : je pressentis le grand mystère du XXe
siècle que je n’ai toujours pas élucidé. Je m’interroge encore sur les motifs de cette haine
qui a poussé l’Occident à se retourner contre son véritable centre de gravité, contre son
propre coeur, contre lui-même.
Trop souvent, quand il s’agit de l’Allemagne, les historiens français se font
nébuleux. Voici, par exemple, comment encore en 1958, deux de ces historiens

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9 Un aspect de cette imprégnation de haine anti-allemande m’est apparue récemment à la lecture du scénario d’un film
documentaire intitulé Docteur Cbarles Mérieux en cours d’achèvement (producteur: La Cuisine aux Images, 2001,
Lyon). Dans ce film, Marcel Mérieux, fils et successeur de Charles Mérieux (1907-2001) à la tête du laboratoire de
microbiologie, raconte qu’à 1’âge de sept ans il déclara un jour dans le cercle familial : « Mon papa donnera le tétanos
aux Allemands : ils mourront tous en quatre jours. » Les Français, on le voit, étaient imprégnés de haine contre « les
Boches » (documentation personnelle de l’auteur).

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expliquaient dans un manuel scolaire à l’usage des élèves de la classe de première, la
responsabilité des Allemands dans le déclenchement de la guerre de 1914-1918 (10):
[…] L’habileté des commis-voyageurs [allemands], qui se pliaient au goût
de la clientèle locale au lieu de lui imposer leurs modèles, conquirent au Reich
des marchés sans cesse plus étendus, aux dépens particulièrement de
l’Angleterre. Si l’Allemagne avait continué ainsi pendant une dizaine d’années,
au lieu de se lancer dans la guerre, elle eut dominé économiquement une
grande partie du monde. Mais comme l’apprenti-sorcier de la légende
germanique, l’Allemagne fut débordée par les forces qu’elle avait déchaînées.
Ces prétendues explications, à vrai dire répétitives, ne me satisfaisaient pas. En
effet, elles partent toutes d’une supposition selon laquelle l’existence de l’Allemagne
constituerait une entrave pour les autres pays d’Europe à cause du dynamisme propre
aux Allemands. Les qualités de ce peuple – méthode, technologie, souci du travail bien
fait et de l’après-vente, rigueur scientifique en tous domaines – seraient pour les autres
peuples des sources d’inquiétude. Les défauts de ces qualités, à savoir l’assurance
éprouvée par les Allemands, les font alors taxer d’arrogance. Quoi qu’ils fassent, ils
dérangent. En fait, on n’aime jamais le premier de la classe, j’en savais quelque chose
moi-même. C’est ainsi qu’on leur instruit en quelque sorte un procès permanent.
Coupables d’être ce qu’ils sont, on décrète les Allemands « trop allemands », et, à ce
titre, leurs dirigeants se retrouvent en posture d’accusés devant une sorte de tribunal
international.
Arrêtons-nous ici un instant. Dans ce procès de l’Allemagne, imaginons, après un
tel réquisitoire, ce que pourrait être une plaidoirie. L’Allemagne, un peuple « égaré » au
milieu des autres nations européennes ? On pourrait d’abord poser en principe qu’un
peuple de la communauté européenne ne s’égare pas durant des siècles sans qu’il y aille
un peu de la faute des autres. On doit convenir d’abord que tout équilibre fut rompu par
la guerre de Trente ans, où les armées de l’Europe entière chassèrent de lieu en lieu les
populations allemandes et laissèrent derrière elles un effroyable chaos. Après deux
siècles d’éclipse, durant lesquels les vainqueurs eurent soin de maintenir l’Allemagne en
état de division et de faiblesse, le peuple allemand emprunta au rationalisme français et
à la Révolution l’idée moderne de nation. On pourrait soutenir que l’Allemagne ne fit
alors qu’adopter des principes étrangers ; que, venue tard à l’intuition de son existence
nationale, elle en prit une conscience peut-être plus agressive et eut à l’imposer dans une
Europe qui ne voulait point l’admettre. On imagine sans peine la suite de ce plaidoyer,
dont tous les éléments se retrouvent aux pages des manuels d’histoire nationauxsocialistes.
Une analyse assez lucide de la question est fournie par Albert Béguin, auteur
d’un ouvrage pourtant aussi anti-allemand qu’on savait l’être en 1946 :
Il reste que nous n’avons à peu près rien fait pour maintenir l’Allemagne
dans l’union des Européens. Il reste surtout que si nous autres, peuples
d’Europe, nous avions eu à proposer à l’Allemagne une image plus
convaincante de notre communauté et de notre existence supérieure à la sienne,
elle n’eût peut-être pas exagéré nos erreurs jusqu’à en faire apparaître les pires
aspects. Sachons voir au moins qu’une Europe plus juste et plus belle eût offert
à l’appétit spirituel des Allemands d’autres exemples que ceux qu’elle a suivis,
et d’autres satisfactions que celles où elle s’est jetée avidement.

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10 E. Jarry et P. Mazin, L’Europe et le Monde de 1848 à 1914, Editions de l’Ecole, Paris, 1958.

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A. Béguin poursuit par une réflexion sur le national-socialisme et cette
« rééducation » des Allemands qui commençait alors :
Le national-socialisme, lui, a suscité chez ses adeptes un héroïsme,
parfois une manière de sainteté, qui certes étaient viciés au principe qu’ils
mettaient l’homme au service de l’humanité, mais qui malgré tout inspirèrent
d’authentiques sacrifices. Ces jeunes hommes ont conquis l’Europe au prix de
leur aveugle courage ; ils ont vécu pendant douze ans de l’existence étonnante,
libre, sans prudences bourgeoises, sans rien de réservé, de préservé, qui est
l’existence du soldat.
Puis ils ont connu l’immense défaite, la vanité de leur don de soi, l’échec
de ce qu’ils croyaient sincèrement être une révolution et l’aurore d’un nouveau
monde humain. Et l’on voudrait maintenant qu’ils écoutent des professeurs, des
sermonneurs en qui ils ont toujours vu, – et souvent avec raison – des gens plus
soucieux de conserver leur rang social, leur dignité bourgeoise, leurs préjugés
et leur confort spirituel, que de sauvegarder des valeurs sacrées ! Allons même
plus loin : beaucoup de ces jeunes hommes, trompés par une propagande qui
abusait des mots, ont poussé le sacrifice jusqu’au sacrilège qui consiste à se
dépouiller de son âme. […] Et l’on viendrait leur proposer une bonne petite vie
sage, organisée sur le modèle des paisibles démocraties suisses ou
scandinaves ! On peut être certain d’avance qu’ils ne comprendront même pas
de quoi on leur parle. (11)
Dans une biographie récente de Lénine, l’historienne Hélène Carrère d’Encausse,
qui ne passe pas pour être particulièrement germanophile, écrit :
[Lénine] est fasciné par le modèle intellectuel allemand (la philosophie
allemande attire particulièrement les élites russes au tournant du siècle), par la
science et la technique allemandes, par le génie allemand de l’organisation
étatique et militaire. Comparée à l’Allemagne, la Russie est pour lui
l’incarnation de la « barbarie asiatique ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, penset-
il, si le marxisme a été inventé et développé par les Allemands. Lorsqu’il
songe à la Russie, il considère que la révolution est la seule voie, et la plus
sûre, pour l’arracher à son retard, à la « barbarie asiatique », et à en faire un jour
à grands efforts une copie de l’Allemagne. (12)
Citons encore Robert N. Proctor, ce professeur américain d’histoire des sciences à
l’Université d’Etat de Pennsylvanie, très « politiquement correct », qui s’interroge, en
1999, à propos d’un domaine médical précis (celui de la recherche sur le cancer sous le
IIIe Reich) sur la formidable avance de l’Allemagne – « des décennies d’avance sur les
autres nations dans la mise en place des réformes sanitaires que nous considérons
aujourd’hui comme progressistes et socialement responsables » :
[…] Le nazisme s’enracina dans la culture scientifique la plus puissante
du monde, qui pouvait s’enorgueillir de détenir la moitié des prix Nobel et une
partie considérable des brevets d’invention du monde. La science et la
médecine allemande étaient jalousées par la planète entière et ce fut en
Allemagne – « la patrie des savants et des poètes » – que beaucoup

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11 Albert Béguin, Faiblesse de l’Allemagne, Paris, Librairie Joseph Corti, 1946.
12 Hélène Carrère d’Encausse, Lénine, Paris, Favard 1998, p. 619.

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d’universitaires pleins d’espoir se retrouvèrent pour se faire les dents dans le
domaine scientifique. (13)

LA PENSÉE UNIQUE

« Il faudrait que vous arrêtiez sur cette pente catastrophique… Si vous
persistez à penser et à parler de cette façon, vous allez vous attirer de graves
ennuis. Il est mal vu de prendre le parti de l’Allemagne, c’est ainsi. Que vous le
vouliez ou non, le procès de Nuremberg, après la seconde guerre mondiale, a
réglé la question. L’Allemagne hitlérienne, l’Allemagne tout court même, selon
Jaspers, a été convaincue de tant de crimes, que vos recherches et vos
remarques sur le traité de Versailles de 1919, pour sérieuses et relativement
objectives qu’elles soient, paraîtront suspectes. La découverte au printemps
1945 des camps nazis, de leurs morts-vivants et de leurs cadavres par milliers,
de leurs chambres à gaz, a démontré l’entreprise d’extermination qui se cachait
dans le nazisme : on ne reviendra pas là-dessus. Essayez de le comprendre. »
C’est ce qu’en substance il m’arrivait d’entendre lorsque dans les années soixantedix,
je me risquais parfois à exposer mon analyse de ce que je tenais pour le suicide de
l’Occident dans la première moitié du XXe siècle.
La guerre de 1914-1918 et celle de 1939-1945 m’apparaissaient de plus en plus
comme une tentative, en deux étapes, de mise à mort du peuple allemand par une
puissante coalition d’intérêts. Par ailleurs, mes nombreux voyages en Allemagne à partir
de 1967, et aussi, malgré des difficultés de toutes sortes, en « RDA », ainsi qu’en
Autriche, en Pologne, en Scandinavie et mes lectures de ce qui se publiait sur
l’Allemagne me renforcèrent dans l’opinion que ce pays était à peu près innocent de ce
qu’on lui avait imputé par des mensonges incessamment martelés.
Avant même d’avoir lu Paul Rassinier, j’avais pressenti qu’à propos de
l’Allemagne et des deux conflits du XXe siècle, une histoire officielle s’était constituée.
Dans les années soixante-dix, d’une part, ce que j’entendais de la bouche de divers
Allemands vingt-cinq ans seulement après la guerre, et, d’autre part, l’imputation
permanente faite à l’Allemagne, par les ex-Alliés et par Israël, de crimes sans
précédents, me sembla être devenu la contrepartie indispensable pour occulter à la fois
l’apocalypse du bombardement des populations civiles allemandes par les Alliés et les
abominables déportations de quelque quinze à vingt millions d’Allemands de leurs terres
ancestrales de Prusse, de Silésie, des Sudètes, de Hongrie.
Tous comptes faits, l’Allemagne n’avait-elle pas souffert plus que tout autre
belligérant ? À Hambourg, par exemple, en juillet 1943, les Anglo-américains n’avaientils
pas tenté de brûler vivante, en larguant des dizaines de milliers de bombes au
phosphore sur les quartiers d’habitation, la population civile allemande ? Près de quatrevingt
mille morts ! Plus de cent fois Oradour ! En l’espace de deux nuits et de deux jours
consécutifs de février 1945, l’aviation alliée avait perpétré à Dresde bien plus de deux
cents Oradour ! Deux cents Oradour en 48 heures ! L’instigateur de Dresde, Winston
Churchill, ne devrait-il pas figurer au rang des plus grands criminels de guerre ? (14)

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13 Robert N. Proctor, The Nazi War on Cancer, Princeton University Press, 1999. Paru en traduction française sous le
titre La Guerre des nazis contre le cancer, Paris, Les Belles Lettres, 2001 (avec préface et traduction de Bernard
Frumer).
14 « C’est Churchill qui imposa […] les premiers bombardements de terreur sur des objectifs civils (comme la ville
de Duisbourg bombardée en juin 1940, ce qui poussa Hitler à bombarder des villes anglaises, comme Londres) ;

Churchill recommanda d’ailleurs à ses pilotes de bombarder surtout avec des bombes incendiaires les centres très
peuplés des vieilles cités, car les vieilles maisons brûlent mieux, représentent mieux la culture à détruire et sont
nettement plus peuplées de petites gens et d’ouvriers en général. Il organisa ensuite personnellement les
bombardements de terreur et d’anéantissement sur les villes allemandes bourrées de civils comme Hambourg et
Dresde, cette dernière n’étant [en février 19451 qu’une ville hôpital. » (Claude Soas, Vers un matérialisme biologique
ou la faillite du matérialisme historique, éd. privée, 1982, remaniée cri 1993, cité par Dietrich Schuler, in
L’Antigermanisme, son histoire et ses causes, traduction et adaptation de Jean-Loup Pesteil, Paris, L’Æncre, 1999.)

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Comment expliquer que la plus grande déportation de tous les temps, voulue et planifiée
par Churchill, Roosevelt et Staline, fut celle de dix-huit millions d’Allemands chassés de
leurs terres ancestrales de 1945 à 1948, déportation qui se déroula dans des conditions si
horribles qu’elles firent vraisemblablement deux millions de victimes ! (15)
Déjà un constat s’imposait : sur ces crimes bien réels commis contre les
Allemands, la propagande officielle mise en place depuis 1945 et surtout après le
verdict du « procès » de Nuremberg, n’a rien à dire. Elle répète à satiété que les
Allemands avaient prémédité et mis en oeuvre une politique d’extermination physique
des juifs et, pour cela, avaient mis au point et utilisé des abattoirs chimiques, appelés
« chambres à gaz ». Mais où sont les preuves matérielles, les expertises, les témoins
directs dont on aurait vérifié les témoignages ? Raul Hilberg, auteur de La
Destruction des juifs d’Europe (1985), répond qu’il n’y en a pas et avance pour toute
explication que les Allemands auraient fait disparaître les preuves matérielles et
assassiné les vrais témoins. (16)
J’étais frappé par un aspect singulier du caractère germanique que je découvrais au
fil de mes séjours fréquents, de mes voyages, de mes discussions, de mes
recoupements : l’Allemand, le Germain, avance dans la vie par son patient labeur, sa
technicité, son souci d’achèvement de l’ouvrage entrepris, son honnêteté ; il y a en lui du
poète, de l’ingénieur, du chercheur, qui répugne au mensonge ou à la ruse pour
escroquer, à la duplicité et à l’arnaque en affaires. Ce n’est pas un hasard si le Candide
de Voltaire est allemand. C’est là son défaut dans un environnement cupide et jaloux.
Aussi va-t-on chercher à le tromper pour l’escroquer si possible et pour l’exploiter
toujours, de l’intérieur ou de l’extérieur. Quand il s’en aperçoit, la colère de notre
Germain peut se faire redoutable.
Après le 11 novembre 1918, ayant obtenu l’armistice, l’Allemagne fut contrainte
de tout accepter, y compris les injustices et les mensonges les plus monstrueux : sa
culpabilité, décrétée par les Alliés, dans le déclenchement de la guerre, le paiement
d’énormes réparations (trois fois et demi l’équivalent du stock d’or mondial !) (17),
l’interdiction de l’unification avec l’Autriche qui, de son côté, réclamait cette
réunification, la perte d’immenses territoires, allemands depuis plus de sept siècles,
cédés à la Pologne, l’incorporation aberrante de trois millions et demi d’Allemands à un
nouvel Etat slave créé de toutes pièces (la « Tchécoslovaquie »), le maintien après
l’armistice d’un blocus impitoyable au mépris des lois de la guerre, la perte de toutes ses
colonies au profit de vainqueurs avides de profiter des infrastructures modernes
installées par l’Allemagne dans ces pays, le vol pur et simple de ses navires et sousmarins,
bientôt le démontage et le pillage de ses usines, et pis encore, les plus infâmes
bobards de guerre répandus complaisamment par les mêmes sur son compte. Selon ces
rumeurs, entre 1914 et 1918 les Allemands avaient coupé les mains de petits enfants
belges ; ils avaient violé des nonnes dans leurs couvents avant de leur couper les seins ;
ils avaient transformé en graisse les cadavres de leurs ennemis ou de leurs propres

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15 Heinz Nawratil, Schwarzbuch der Vertreibung 1945 bis 1948, Munich, Ed. Universitas, 1999. Traduction française
par Michel Kaiser: Le Livre noir de l’expulsion – L’Epuration ethnique des Allemands en Europe centrale et
orientale, 1945-1948, Saint-Genis-Laval (Rhône), Editions Akribeia, 2001.
16 Interview par Annette Lévy-Willard, « Hilberg avec un grand H », Libération, 15-16 sept. 2001, p. VI.
17 F. Grimm, Le Testament de Richelieu, Paris, Flammarion, 1941.

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soldats ; ils avaient crucifié des aviateurs canadiens tombés vivants entre leurs mains ;
sept cent mille Serbes au moins avaient été gazés par les Austro-Boches.
Interview par Annette Lévy-Willard, « Hilberg avec un grand H », Libération, 15-
16 sept. 2001, p. VI.
Le vertige vous saisit à l’énumération de tous ces bobards qui, par la suite, ont été
démontés les uns après les autres.
J’avais été troublé par les deux ouvrages de Paul Rassinier : Le Drame des Juifs
européens (1964) et Les Responsables de la Seconde guerre mondiale (1967), qui
m’apportaient un singulier éclairage. Le désir d’en savoir plus, de démêler le vrai du
faux, de comprendre surtout la raison de l’occultation de la vérité historique sur la
première moitié du XXe siècle pour tout ce qui touche à l’Allemagne, et donc à notre
propre destin d’Européens, me parurent un impératif moral et psychologique bien plus
encore qu’une aventure intellectuelle non conformiste.
Une confirmation de mes constatations me vint un jour de juillet 1969. Nous
avions loué une maison en Bretagne pour nos vacances d’été. Ce jour-là, nous étions
invités à déjeuner dans leur chaumière restaurée par un couple d’amis parisiens dont
c’était la résidence secondaire. L’homme était un ethno-sociologue déjà connu dans ce
milieu quelque peu restreint, et ouvertement conscient de sa valeur. Sa femme, qui
connaissait mes sujets d’intérêt, nous avait prévenus de la sensibilité de son mari et de
ses réactions d’écorché vif (de gauche, bien entendu). Dans nos conversations, toujours
marquées idéologiquement de son côté, je n’essayais pour ainsi dire jamais de le
contredire. Il en était venu ce jour-là à ce qu’il appelait l’exploitation post-coloniale
sournoise et générale, des peuples dits du tiers-monde par les pays dits développés. Je
me décidai à sauter le pas. En la seule présence de nos deux épouses, je l’interpellai :
Peut-être avez-vous raison quand vous parlez, pour l’Afrique,
d’exploitation de ces peuples par d’autres peuples. Mais il est dans le monde
actuel une exploitation dont vous ne soufflez mot, une double exploitation qui
frappe un peuple, sous nos yeux, en 1969 et en Europe même :
— d’un côté, un morceau découpé dans la chair de l’Allemagne, et appelé
curieusement « RDA », dont les 18 millions d’habitants sont enfermés à jamais
derrière la plus formidable frontière du monde ; ces 18 millions d’Allemands,
vous devez bien le savoir, sont gardés par sept cent mille soldats soviétiques
surarmés (soit un soldat rouge pour 25 Allemands !) et astreints aux travaux
forcés pour le compte de l’occupant soviétique ; leur pays a subi un pillage
méthodique et leurs usines ont été démontées et emportées en URSS;
— de l’autre, et cela concerne au moins tous les Germains, une
propagande inlassablement martelée qui accuse le défunt Reich allemand de la
mise à mort préméditée de six millions de Juifs entre 1941 et 1945. Or, au-delà
de la calomnie de la «préméditation», ce chiffre est monstrueusement gonflé, et
Rassinier, par exemple, propose, arguments à l’appui, un chiffre maximum de
un million de morts juifs, décédés sur cette période pour toutes sortes de
raisons, hélas classiques car inhérentes à la guerre elle-même.
N’est-ce pas là une forme supplémentaire et cruelle d’exploitation,
politique ou autre, de tout un peuple, que de lui imputer à tort des millions de
morts ?
L’homme s’emporta : « Si ce que vous venez de dire se propageait, alors il faudrait
diviser l’Allemagne non pas en deux ou en quatre, mais la faire disparaître en milliers de
pièces ! Qui êtes-vous, vous-même et Rassinier, pour ne tenir aucun compte du

jugement de Nuremberg ? » Il se leva pour sortir. Nous pouvions maintenant le voir
marcher dans la prairie proche, serrant les poings et baissant la tête comme s’il avait
reçu un coup. « Je vous avais prévenu et vous l’avez néanmoins provoqué », me dit son
épouse en souriant qui ajouta « Il va revenir dans un quart d’heure. »
On se doute qu’un tel personnage a su mener à bonne fin une brillante carrière
universitaire, bien maçonnée et couronnée, je crois, par une nomination à un poste de
directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.
Quelque temps plus tard et presque coup sur coup, trois rencontres allaient encore
me frapper.
La première rencontre : au cours d’un voyage familial, un parent de mon épouse
nous présenta un jour un Allemand de ses amis, Gerd. La cinquantaine alerte, parlant un
français châtié, l’homme m’apparut cultivé et sensible. Cet Allemand était originaire des
« territoires perdus », du côté de la Posnanie, à présent polonaise. Je lui fis comprendre
que j’aimerais en savoir plus. Il devait me faire quelques jours plus tard un récit
hallucinant des conditions dans lesquelles l’expulsion, la Vertreibung, s’était déroulée
pour lui et pour sa famille, à l’automne 1945. Réfugiés dans le Brandebourg après 1945,
sa famille et lui-même avaient fui, peu de temps après, le nouveau régime communiste
installé par la force dans cette partie de l’Allemagne par les occupants soviétiques, et
qu’il appelait Mitteldeutschland (Allemagne centrale) plutôt que « DDR ». Il se trouvait
donc à présent (nous sommes en 1975) en Rhénanie-Westphalie.
Je l’écoutais ce jour-là avec intérêt en train de développer son analyse de la réalité
du régime de la DDR (« Allemagne de l’Est », pour nous autres Français). Il m’expliqua
qu’il s’agissait d’un régime d’oppression et de pillage organisé au profit des Soviétiques.
Le nombre de juifs aux rênes de ce gouvernement de la « DDR » était considérable,
hors de proportion avec leur présence dans la population. Il s’agissait de juifs qui avaient
quitté naguère le Reich, du fait des lois hitlériennes, et qui étaient revenus en force dès
après 1945 « pour remettre la main sur le peuple allemand en vue de l’exploiter
férocement, tout en satisfaisant leur fantasmes bolcheviques, leur seconde nature.
Certains sont même, dès la fin des années quarante, revenus des riches USA, pour se
retrouver installés aux postes dirigeants de cette DDR pour mieux asservir des
Allemands. » Il m’énuméra les noms de ces « dirigeants », en précisant leurs fonctions.
Il dessina devant moi l’organigramme du gouvernement communiste de la RDA et de
ses structures. Il le compléta par les noms des titulaires juifs des postes-clés. J’avais
ainsi sous les yeux l’organigramme de la structure décisionnelle du gouvernement de la
« RDA » qu’il entreprit de compléter par les noms des titulaires en poste. Je vis entre
autres apparaître les noms d’Hermann Axen, Ernst Bloch, Horst Brasch, Otto Braun,
André et Horst Brie, Kurt Cohn, Peter Edel, le couple Eisler, Hans Fruck, Ralph
Giordano, Bruno Goldhammer, Herbert Grünstein, les Gysi, Wieland Herzfelde, Stefan
Hermlin, Erwin Jacobi, Max Leon Kahane, Heinz Lippmann, Erich Markowitsch.
L’organigramme dirigeant était quasiment rempli par ces noms ! Il me demanda de
conserver le document.
Je lui fis remarquer, sans doute maladroitement, qu’ils avaient peut-être, ces juifslà,
des raisons d’avoir voulu se venger de leur exil forcé, de la déportation de certains
des leurs, et, ajoutai-je, des massacres en chambres à gaz. Il me fixa assez durement :
« Massacres en chambres à gaz ? D’où sortez-vous ce bobard ? » Je lui répondis,
comme pour atténuer mon propos, que j’avais lu Rassinier, ancien déporté et député
français, déjà bien connu en Allemagne fédérale, qui avait qualifié les chambres à gaz
homicides de «hautement improbables».
Gerd tint un peu plus tard à me parler de l’Autriche.

« L’Autriche résiduelle de 1919 (votre Clemenceau l’appelait l’Autriche
allemande, partie de cette ancienne Autriche-Hongrie qu’il avait rêvé d’abattre)
était incontestablement un morceau de l’ethnie germanique, et l’est toujours
d’ailleurs. La réunion au Reich était donc une nécessité humaine, économique
et politique. La Bretagne n’est-elle pas une partie de votre nation française ?
L’Anschluss si souvent décrié dans les manuels fut consolidé par un referendum
qui se passa sous l’oeil d’observateurs internationaux conviés en Autriche.
Avez-vous remarqué que ce fait est généralement passé sous silence ? Savezvous
que le résultat du vote, qui se passa dans des conditions de régularité
parfaite, donna une énorme proportion de « oui », de l’ordre de 98,5 % ? Savezvous
quelle était la typologie du 1,5 % totalisant les votes « non » ? Ce fut très
approximativement la population juive de l’Autriche ! Ce fut un exemple
saisissant de « vote ethnique », dont je vous laisse tirer la leçon. »
Deuxième rencontre : nous connaissions à Paris une jeune femme allemande qui
travaillait à l’ambassade de RFA en France au service des réclamations concernant les
affaires de réparations liées à la déportation. Elle nous expliqua un jour – ce devait être
en 1977 – qu’elle avait été surprise par de nombreux cas, dont elle entreprit de nous
détailler le plus récent. Un quadragénaire, juif né en Pologne, était venu à plusieurs
reprises à l’ambassade allemande de Paris se plaindre de « la responsabilité de
l’Allemagne » dans le délabrement de son état psychique. Il annonçait que toute sa
famille avait été raflée, déportée, puis exterminée dans un camp de concentration situé
en Pologne. Lui seul, âgé de 12 ans à l’époque (1944), avait pu s’échapper du convoi.
Aucun témoin n’était resté vivant, car, disait cet homme, « nous habitions un shtetl non
loin de Lublin, qui fut rasé totalement par les Nazis, et dont tous les habitants furent
déportés et exterminés. J’en suis le seul rescapé. Les Nazis ont poussé le sadisme jusqu’à
brûler toutes les archives d’état civil. Depuis près de trente ans, je ne dors pratiquement
plus , si j’y parviens, ce sont des cauchemars qui m’assaillent: je vois mes parents chéris
dans la chambre à gaz, puis brûlant sur des bûchers. J’ai les nerfs brisés. Vous,
Allemands, qui m’avez handicapé à vie, vous devez m’indemniser en capital et me payer
une pension. »
Et notre amie allemande poursuivait : « Dans ces cas-là, nous faisons des
recherches d’état-civil auprès de l’Internationaler Suchdienst (Service international de
recherches) d’Arolsen, qui centralise les informations recueillies à diverses sources,
notamment les registres entrées-sorties des camps et les listes de convois. Pour cette
personne, Arolsen nous fit savoir qu’on ne possédait aucune information sûre, et même
que la date de déportation indiquée semblait erronée en ce qui concernait la région de
Lublin. Nous en avons informé par courrier le plaignant, qui vint nous trouver à
nouveau à l’ambassade et tempêta. Il nous produisit, peu de temps après, pas moins de
cinq certificats, tous signés par des médecins dont les noms avaient une consonance
juive évidente, et qui tous concordaient pour dire que le patient venu les trouver
présentait des signes incontestables de traumatisme psychique grave, dus évidemment à
la déportation et à la mort des membres de sa famille. Que pensez-vous qu’a été la
décision finale du service des « Réparations » ? Nous avons fini par lui accorder
pratiquement ce qu’il demandait. De guerre lasse. Et nous ne savons toujours pas s’il a
vraiment perdu sa famille comme il le prétend. »
Troisième rencontre : une amie parisienne de ma femme nous présenta un jour son
nouvel ami, un médecin nommé Max Rosen. Juif d’origine roumaine né vers 1915, il
nous parlait du camp de Mauthausen où il avait été déporté en 1944, « non pas en tant
que juif », aimait-il à répéter, « mais en tant que résistant ». Son diplôme de médecin lui

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avait valu d’être affecté là au Revier (hôpital ou infirmerie), et d’avoir effectué aussi,
chez les bien-portants du camp, diverses séances de contrôle médicaux ou sanitaires.
« À ce titre », ajoutait-il, « j’ai connu nombre de détenus de ce camp. Encore plus de
trente ans après, j’ai toujours en tête les noms de bien des détenus de Mauthausen ». Un
jour, il confia à mon épouse, assez imprudemment, qu’il devait aller prochainement à
Düsseldorf pour y témoigner devant des autorités allemandes. « Je vais certifier là-bas
que j’ai bien connu les gens qui figurent sur une liste destinée à obtenir, pour leurs
ayant-droits, des indemnités. Je dois t’avouer que ces listes sont composées de
personnes imaginaires. Je vais certifier que je les ai bien vues, connues ou même
soignées à Mauthausen «avant qu’elles ne disparaissent exterminées dans le même
camp», sans jamais avoir été enregistrées. Les Allemands nous ont tellement fait
souffrir que j’estime qu’on peut bien leur jouer ce tour. Je sais cependant que le procédé
est dangereux… »

 

II
ÉCRASONS L’INFÂME
Je rêve d’une confrérie d’hommes qui n’auraient d’égards
à rien, ne connaîtraient pas de ménagements et voudraient être
appelés « destructeurs » ; ils passeraient toute chose au crible de
leur critique et se sacrifieraient à la vérité. Mettre au jour ce qui
est mauvais et faux !
Il y a des pessimistes paresseux, des résignés ; nous ne
serons pas de ceux-là.
F. Nietzsche, La Volonté de puissance, 1875, éd. Kröner,
X, p. 420, § 293.

UN GRAND SILENCE,
AVANT LA TEMPÊTE

Mon activité professionnelle, la vie de famille, des facilités nouvelles de voyage
par avion, nous permettant de voyager à bien meilleur compte dans le monde entier,
m’avaient quelque peu écarté des préoccupations d’ordre historique. Je me contentais
d’être maintenant celui qui, blasé, pense à peu près tout savoir d’un sujet interdit. Je
croyais aussi qu’un jour prochain et sous une forme encore difficile à imaginer, la vérité
finirait bien par éclater, puisqu’il n’est, dit-on, pas possible de mentir tout le temps à tout
le monde.
Je me reproche maintenant cette attitude. Laisser courir le mensonge lorsqu’on est
assuré qu’il s’agit d’une calomnie constitue une lâcheté, en même temps, et surtout,
qu’une intolérable injustice à l’égard de celui qui en est la victime.
Jusqu’en 1986 ma position concernant la seconde guerre mondiale avait été la
suivante : Hitler, patriote allemand, était parti à la conquête du pouvoir en Allemagne,
bien décidé à pulvériser le traité de Versailles, ressenti comme une humiliation doublée
d’une mise en coupe réglée du peuple allemand par ses voisins et notamment la France.
Puis, il avait fini par accéder à ce pouvoir en janvier 1933 par des élections régulières.
Mais ce pouvoir n’était pour lui que le moyen de mettre en oeuvre, dans une vision
planétaire, la libération et le destin même de son peuple à travers un programme
esquissé dans Mein Kampf.
À l’intérieur, Hitler, convaincu pour sa part des qualités de l’homme germanique,
cherchait à remodeler le capital humain de la société allemande, en visant à préserver
son unité raciale par la mise en oeuvre de mesures pour le départ des allogènes «non-germains
» et principalement des juifs. A la fois dans leur ensemble et en chacun d’entre
eux, il percevait chez les juifs un facteur de dégénérescence. Il dénonçait leur
participation majeure, en URSS et ailleurs, au communisme bolchevique, qu’il analysait
comme une sorte d’idéologie judaïque et messianique destinée à exploiter le non-juif et
notamment l’Allemand par ailleurs hostile à cette « religion ».
Comme tous les Allemands, il avait assisté au déferlement de membres de la
communauté juive sur son pays lors de ce qu’en Allemagne on a appelé la révolution de
novembre 1918. Incitateurs majoritaires de ce mouvement, les juifs s’étaient alors
emparés du pouvoir politique. On sait que leurs tentatives d’instaurer ici et là en
Allemagne des républiques bolcheviques (en fait, des dictatures dont ils furent les
maîtres provisoires) allaient toutes s’achever en faillites, sans exception, après avoir été
le théâtre d’affrontements sanglants et de meurtres d’opposants, véritables ou prétendus
tels. Un Français, Ambroise Got, docteur en philosophie, ancien attaché militaire
français à Berlin en 1919, en a fait, quelque temps après, une description

impressionnante dans un ouvrage qui relate avec force détails cette mainmise des
bolcheviks juifs sur l’Allemagne de 1919 :
L’ancien ambassadeur de la République soviétique russe à Berlin, Joffe,
est juif. C’est lui à qui incomba la tâche de préparer la révolution allemande en
semant des millions [de marks] de propagande. La Rostra, soi-disant agence de
nouvelles, en réalité centre actif de la propagande, fut créée et l’on mit à sa tête
le juif Sobelsohn, dit Radek. C’est de la Rostra que partaient les millions de
feuilles volantes répandues par tout le pays. Levien et Axelrod ont appartenu à
la Rostra.
Les principaux comparses des révolutionnaires russes furent les deux
députés [juifs] du Reichstag, Oscar Cohn – de la circonscription de Nordhausen
– et Huga Haase […]. Au total, Cohn, Haase empochèrent environ 1.500.000
marks à l’aide desquels fut faite la révolution allemande […].
Que ce soit à Berlin, à Munich ou en province, les chefs du mouvement
sont israélites. Dans le bassin de la Ruhr, [ce sont] le juif Karski et le juge juif
Ruben, à Essen Leo Dannenberg qui à la déclaration de guerre avait fui en
Hollande, le Dr Levy, Leviné que nous retrouvons à Munich, la fameuse Rosa
Wolfstein […], ancienne caissière des grands magasins juifs Tietz à Düsseldorf.
[…]
Dans le directoire qui est constitué à Berlin au lendemain de la révolution
siègent deux juifs, tous deux avocats : Landsberg et Haase. Oscar Cohn, cidessus
mentionné, devient sous-secrétaire d’Etat à la Justice avec comme
adjoint, le social-démocrate Bernstein, juif qui est originaire de Dantzig. Le
professeur juif Preuss, qui va préparer la réforme de la Constitution, devient
secrétaire d’Etat à l’Intérieur. Il choisit pour sous-secrétaire son coreligionnaire
le professeur Freund. Autre juif Emmanuel Wurm est promu sous-secrétaire
d’Etat au Commerce et à l’Agriculture. Le juif tchèque Kautsky est chargé de
dépouiller les archives des Affaires étrangères.
Entre-temps, le ministre Schiffer s’est démis de ses fonctions et il est
remplacé par deux juifs – Dernburg et Gothein. On crée aux affaires étrangères
un département spécial pour les questions juives à la tête duquel on place le Dr
Sobernheim [juif également].
Dans le Cabinet prussien, le président du Conseil, Hirsch, qui cumule le
ministère de l’Intérieur, est israélite ; à côté de lui, le ministre de la Justice,
l’avocat Kurt Rosenfeld, et le ministre des Finances, Simon, sont également
Juifs.
Des centaines et des milliers de Sémites envahissent tous les bureaux
[…].
Dans les Etats confédérés, le même tableau se présente à nous : les Juifs
se ruent avec fièvre dans la politique dont ils ont été tenus si longtemps à
l’écart. En Bavière, c’est Kurt Eisner, alias Salomon Kuchiwsky, ce sont ses
acolytes et ses amis, tous Juifs : Rothschild, Arnold, Landauer, Konigsberger,
Kaiser, Kranold, Sreit Muhsam, Fechenbach, Bonn, etc… Les communistes
munichois Levien, Leviné, Soheimer, Toller, le ministre des Finances Jaffé
sont tous des fidèles de la religion hébraïque. Le préfet de police de Munich
Steiner est juif.

Le Dr Haas est ministre de l’Intérieur en Bade, le Dr Heinemann, ministre
des Cultes en Wurtemberg pendant que Thalheimer est ministre des Finances.
En Saxe, le président du Conseil est le juif Gradnauer. (18)
Parallèlement à la politique, ce qu’il faut bien appeler la mainmise juive sur
l’économie allemande après la première guerre mondiale fut tout aussi impressionnante.
Des intérêts juifs avaient maintenant, à la faveur de la faiblesse économique et
monétaire allemande consécutive à 1918, la haute main sur des pans très importants de
l’économie, notamment par la prise de possession capitalistique de firmes de secteursclés.
Les banques privées, leurs conseils d’administration, devinrent des « fiefs juifs ».
(19)
À la Bourse, domaine d’influence majeur, la proportion d’Israélites parmi les
membres des diverses directions, au tout début des années trente, était la suivante :
bourse des valeurs, 25 sur 36 ; bourse des produits : 12 sur 16 ; bourse des métaux : 10
sur 12 ; commission du marché à terme : 15 sur 18 ; commission d’admission des
valeurs : 18 sur 23. Le statisticien (d’origine juive) Alfred Marcus établit à l’époque le
revenu juif moyen pour 1930 en Allemagne, à 320 % du revenu moyen de la population.
À la fin des années vingt, les deux principaux groupes de presse allemands
(Ullstein et Mosse) étaient juifs. C’est dans l’entreprise dirigée par Rudolf Mosse que
paraissait avant 1933 le journal donné pour représentatif de l’opinion publique
allemande : le Berliner Tageblatt, dont le rédacteur en chef Theodor Wolff était juif,
comme… dix-sept de ses collaborateurs de la rédaction. (20)
Que cela plaise ou non, force est de con stater qu’après la défaite de novembre
1918, les membres de la communauté juive avaient conquis en Allemagne une place qui
pouvait fort bien être ressentie comme hors de proportion avec leur poids numérique
(0,8 %, au sens confessionnel). Tout se passait à présent comme si la défaite allemande
avait bénéficié, en terme de puissance, à cette communauté. Celle-ci, fort prospère
jusque là, avait pourtant déjà occupé une place enviable dans la société impériale
wilhelminienne. Mais à présent, avec la défaite, il s’agissait d’un déferlement.
Cette situation nouvelle reflétait plus qu’une simple coïncidence. L’Allernand
moyen des années vingt et des premières années trente pouvait constater que les
malheurs intérieurs et extérieurs de sa patrie s’accompagnaient d’un véritable
déferlement d’Israélites aux plus hauts postes de responsabilité de leur pays et, chez ces
privilégiés, de l’étalement de leur insolente richesse. À tort ou à raison, ils en
déduisaient que les juifs ne pouvaient prospérer autrement que sur le dos d’Allemands
maintenant voués à la misère et au chômage.
Hitler croyait à une conspiration juive. Ne lit-on pas en effet dans Mein Kampf :
«C’est ainsi que le juif est aujourd’hui le grand instigateur de la destruction de
l’Allemagne. Si l’Allemagne se libère de son étreinte, ce danger mortel pour le monde
entier sera conjuré. » L’idée n’était ni nouvelle ni même arbitraire. (21) À l’aube du XXe

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18 A. Got, L’Allemagne après la débâcle. Impressions d’un attaché à la mission militaire à Berlin, mars-juillet 1919
(Paris-VIe, 1 rue Vavin, 1921, p. 112, …)
19 F. K. Wiebe, L’AIlemagne et la question juive (édité par l’Institut pour l’étude de la question juive de Berlin, non-daté,
probablement de 1934), p. 18 ; on se référera aussi au compte rendu du discours du 15 février 1934 du ministère
de l’Intérieur du Reich, W. Frick, dans la publication du ministère français des Affaires étrangères intitulée Bulletin
périodique de la presse allemande (n° 434, p. 17). C’est ainsi que le ministre allemand y rappelle qu’à Berlin, avant
1933, par exemple, 54 % des médecins, 48 % des avocats, 80 % des directeurs de théâtre, étaient juifs.
20 Voir Vincent Reynouard, Julius Streicher à Nuremberg [pp. 29 à 381, éd. V. Reynouard, 2001.
21 Il ne faut cependant pas occulter ici l’influence, surtout intellectuelle, du comte de Gobineau, diplomate
français, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, ouvrage paru en 1854, et surtout de l’anglais Houston
Stewart Chamberlain, gendre de Richard Wagner, avec, dès 1898, ses célèbres Grundlagen des 19. Jahrhunderts
(Fondements du XIXe siècle), F. Bruckmann, Munich, Jubiläums Ausgabe, 1915, qui développent la théorie de «la
race aryenne qui s’améliore »: la race devient noble peu à peu comme les arbres fruitiers. Il y soutient que les

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siècle, elle se situait plutôt dans le droit fil de ce qui était perçu depuis quelques
décennies en Allemagne comme une nécessaire résistance face à une judaïsation de ce
pays au détriment des valeurs de la germanité. (22)
Hitler était né en 1890 sujet autrichien. L’Autriche-Hongrie de la fin du XIXe
siècle comportait plus d’un million d’habitants de confession juive (4,8 % de la
population). « Ils figuraient dans la proportion de 62,9 % parmi les gens qui y ont été
condamnés pour usure », rapporte en 1899 F. Trocase, citoyen français installé à
Vienne. Il note en particulier que
La plus épouvantable forme qu’ait revêtue jusqu’ici la cruauté des Juifs
est celle qui a trait à l’exploitation du corps humain, de ce qu’ils appellent « la
bête humaine ». […] La façon dont les juifs traitent les paysans en Galicie
dépasse absolument toute imagination. Elle semblerait incroyable si elle n’était
attestée par des témoins dignes de foi. Il a été cité des cas où les cultivateurs
polonais, en guise d’intérêts pour une dette peu importante, devaient livrer leurs
enfants à des créanciers juifs, qui avaient le droit de les garder à leur service
sans leur donner aucun salaire jusqu’à l’extinction de la dette.
C’est uniquement, exclusivement par l’exploitation que le Juif autrichien
s’est enrichi. Il n’a pas travaillé; il n’a fait preuve d’aucun mérite spécial. Il n’a
jamais pris en main ni une aiguille, ni une alêne, ni une hache. Il n’a jamais
manié la charrue, ni ensemencé les champs, ni fauché les prairies. Quelle
oeuvre féconde a-t-il accomplie ? Tout pour lui, et pour lui seul. Il est devenu
riche, infiniment plus riche que les Chrétiens, et aux dépens des Chrétiens.
Tout ce que ceux-ci avaient amassé par leur travail, grossi par leurs économies,
et conservé avec mille soins minutieux, il les en a dépouillé. (23)

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Allemands ont le devoir de devenir une race extraordinaire ; pour cela il leur faut notamment se débarrasser de
tout ce qu’il y a de sémite dans le christianisme, pour le rendre acceptable aux âmes germaniques. L’Allemagne,
une fois ce travail fait, aura une mission divine à accomplir.
22 «Il s’est formé peu à peu [entre juifs et Germains] un dualisme qui doit nécessairement aboutir à la destruction
d’une nation par l’autre. Or c’est la nôtre que le judaïsme courbe sous son joug. Ce joug, ayons le courage de le
secouer; engageons, non pas une croisade moderne, mais une lutte à mort entre la nation allemande et la nation
juive.» Egon Waldegg, Judenhetze oder Notwehr ? (Antisémitisme ou légitime défense ?), Dresde, Berlin, Otto
Hentze, 1880. [Voir Juifs et Antisémites en Europe de Jean de Ligneau, Paris, Tolra imprimeur-éditeur, 1891, p. 176].
23 F. Trocase n’est pas un antisémite primaire. Il tente dans son ouvrage de prendre même la défense des juifs,
et le fait d’une manière particulière :
« Les juifs – nous dit-on notamment – sont après tout des êtres humains ; or, quels que soient les hommes, il
faut tâcher de vivre avec eux ». Personne ne songe à inaugurer vis-à-vis des juifs des moeurs d’anthropophages ; on
leur demande simplement de ne pas martyriser les autres, de ne pas les exploiter avec tant de férocité. Peut-être
pourrait-on ajouter, à l’appui de cet argument, que les Juifs jouent dans notre société moderne un rôle que déterminent
les desseins secrets de la Providence. Certains pisciculteurs, par exemple, mettent dans leurs étangs des brochets en
proportion déterminée, 8 à 10 % environ, afin quils fassent la chasse aux autres poissons, carpes et truites, et les
maintiennent ainsi dans un état permanent d’agitation, de mouvement indispensable à toute conservation. Il est en
effet démontré par l’expérience que, dans les étangs non pourvus de brochet, les carpes et les truites perdent toute
vivacité et arrivent à tel état de torpeur qu’elles oublient même la loi de reproduction. Leur chair n’est pas mangeable.
Qui sait ? Peut-être les Juifs remplissent-ils dans le monde le rôle des brochets dans les états. Ils en font en tous cas la
besogne. »
Mais très vite il revient à la réalité : « […] Qui donc achète les maisons et les meiubles des gens après les
avoir ruinés ? Qui donc chasse le paysan de la chaumière de ses pères ? Qui excite les jeunes gens à la débauche ?
Qui fait des banqueroutes frauduleuses ? Qui enlève à l’ouvrier le bénéfice de son travail ? Qui possède le talent de
s’appuyer sur les passions politiques pour réaliser ses propres désirs et satisfaire ses intérêts ? Qui fait les coups de
Bourse ? […] L’idée fondamentale, innée chez tous les juifs e vigoureusement enracinée chez eux, qu’ils font partie du
peuple élu par Dieu, cette conviction qu’ils sont plus que des hommes, leur donne une audace à l’aide de laquelle ils
éblouissent les gens à courte vue. Mais aussi c’est là ce qui a fini par provoquer tant de haines. Les Autrichiens n’ont
pu supporter à la longue, le mépris qu’on leur témoignait en les traitant comme des êtres inférieurs.»
F. Trocase, L’Autriche juive, Paris, A. Pierret, 1899, p. 177, 178…

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En politique extérieure, Hitler souhaitait la réincorporation au sein du Reich des
populations allemandes selon lui injustement séparées de leur patrie, comme les
Autrichiens et les Sudètes. Il voulait tisser des liens nouveaux avec les peuples de même
souche ou traditionnellement proches de l’Allemagne : Scandinaves, Baltes,
Néerlandais, Suisses, Belges et même Anglais, ainsi que Français, Hongrois, Slovènes,
Croates.
Ce projet d’un grand Empire germanique au centre de l’Europe ne pouvait
qu’inquiéter des voisins peu enclins à s’y incorporer. Il n’était pourtant pas contre nature
et on pouvait légitimement aspirer à voir se reconstituer en quelque sorte l’ancien
empire de Charlemagne, dont la dislocation en 843 avait été sans aucun doute un
malheur pour l’Europe. Et n’était-il pas permis, après tout, de rêver à la reconstitution
d’un nouveau Saint Empire romain germanique qui eût incorporé la France et, à terme,
l’Angleterre ? Avec une autre organisation de gouvernement sans doute, une autre
dénomination aussi. N’était-ce pas la seule façon, héroïque et romantique à la fois, pour
les peuples d’Europe de s’organiser enfin, en acceptant une nouvelle synergie sous la
houlette de l’Allemagne, avec ce peuple allemand « le plus cultivé du monde » selon
Renan qui n’affirmait rien à la légère. C’était sans compter avec la bassesse, la pleutrerie
des politiciens en charge des autres pays. Chez nous autres Français, s’ajoutait
l’insidieuse idéologie de la revanche, dévoyée en racisme anti-allemand, qui envahissait
toute la politique française depuis 1885, jusqu’à la conflagration de 1914, et qui allait
continuer avec la politique de pillage de l’Allemagne incluse dans le traité de Versailles
de 1919. L’Allemagne paiera ! Ehonté slogan des Clemenceau et Poincaré.
Pour les mêmes raisons qu’en 1914, les anciens Alliés, à l’exception notable des
Italiens, se considérèrent en état de guerre potentielle contre le Reich dès que le projet
de Hitler fut patent. Ils connaissaient la dynamique allemande. Leur Politique visait
naguère à la dislocation et à l’affaiblissement de l’Allemagne ; il leur suffisait désormais
de réactiver cette politique séculaire.
Le formidable redressement économique de l’Allemagne à partir de 1933,
minimisé par des historiens que gênent certaines vérités, est une source d’étonnement
pour tout honnête homme : « Six ans d’autarcie avaient fait de l’Allemagne, en 1939, le
plus grand pays industriel du monde ». (24)
Avec surprise, je découvris (et cela seulement dans les années 1980) un autre fait
historique généralement occulté : de nombreuses communautés juives du monde entier
avaient déjà déclaré la guerre à l’Allemagne dès le mois de mars 1933. (25) Les Juifs ne
constituant pas un Etat, il s’agissait d’une déclaration de guerre économique avec une
décision de boycott accompagné d’une mise en quarantaine psychologique par médias
interposés. Sûrs de leur puissance dans les rouages économiques occidentaux et de leur
toute-puissance dans les médias hollywoodiens, ils allaient pouvoir lancer nombre de
films haineux contre l’Allemagne et surtout contre les Allemands eux-mêmes. Face au
Juif Süss, à peu près la seule production national-socialiste ouvertement anti-juive sortie
des studios allemands, on peut dire qu’une déferlante cinématographique judéo-anglosaxonne
inspirée par la haine de la nouvelle Allemagne inonda l’Occident tout entier à
partir de 1933. L’Anglais Russell Grenfeld, auteur de l’ouvrage Unconditional Hatred, a
bien résumé cette situation de haine primitive et comme viscérale: « On a décrété que
l’Allemagne était une nation possédée par le démon et qu’à ce titre elle était responsable

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24 Voir L. Genet, Précis d’histoire contemporaine, 1919-1939, Paris, Hatier, 1947, p. 209.
25 Voir le numéro du Daily Express du 24 mars 1933, au titre éloquent : Judæa déclares War on Germany, et
l’ouvrage de Hartmut Stern : Jüdische Kriegserklärungen an Deutschland (Les Déclarations de guerre juives à
l’Allemagne), FZ-Verlag, Munich, 2000.

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de tous les maux de l’humanité. » On voit ici nettement se profiler la notion de
« culpabilité collective », qui n’est rien d’autre qu’une forme de racisme.
Les juifs qui constituaient en si grand nombre l’essentiel des conseillers
techniques de Roosevelt, président des Etats-Unis, allèrent jusqu’à l’appel au meurtre du
peuple allemand. Theodore N. Kaufman, Israélite américain influent, édita en mars
1941 son terrible livre : Germany must perish (« L’Allemagne doit disparaître »).
Largement diffusé et traduit, il exposait clairement la mise en oeuvre et l’organisation
planifiée du génocide des Allemands : il y aura lieu de stériliser la totalité des hommes
et des femmes allemands en âge de procréer, et cela de façon méthodique et rapide (26) ;
en quelques mois, il s’agira pour 20 000 chirurgiens (et plus si nécessaire) à raison de 25
stérilisations quotidiennes, de stériliser 48 millions d’Allemands et Allemandes; en
l’espace de deux générations, ce peuple aura disparu et son territoire géographique sera
réparti entre ses voisins. Des périodiques américains (tous à direction juive, il faut le
noter) osèrent traiter cette infamie de « sensationnelle idée » (Time Magazine), de
« théorie provocante, présentée de façon intéressante » (Washington Post), de « plan
pour une paix éternelle entre les nations civilisées » (New York Times).
Une variante, tout aussi monstrueuse, de génocide antiallemand programmé, le
« plan Morgenthau », date de 1944.
Morgenthau, autre juif influent de l’entourage de Roosevelt (de 1933 à 1945),
avait construit là un plan de mise à mort des Allemands par la famine organisée. Le plan
Oppenheimer, du nom d’un autre conseiller d’origine juive allemande, lui, pouvait
aboutir à la destruction totale des Allemands (et des Japonais) par la bombe atomique et
la radioactivité. En août 1945, les Allemands ayant été mis hors jeu, ce furent les
Japonais qui eurent à goûter de ce que les savants juifs avaient préparé d’aussi bon coeur
contre l’Allemagne.
Sur le front de l’Est européen on n’était pas en reste. Le « poète » chéri de Staline,
Ilya Ehrenbourg, juif lui aussi, dans d’odieuses incantations à l’usage de la soldatesque
rouge, se déchamait dans ses exhortations suant la pire haine raciale : « Tuez tous les
Allemands ! Tuez les enfants allemands dans le ventre de leurs mères
allemandes ! » ou «Les Allemands ne sont pas des êtres humains… les seuls bons
Allemands, ce sont des cadavres d’Allemands ! »
Encore à la fin de 1985, c’est avec une sorte de détachement, celui de l’historien
(?), que je prenais connaissance de tous ces faits. Le chiffre de six millions de victimes
juives m’apparaissait comme une évidente exagération, ne fût-ce que par le simple
examen démographique, aux meilleures sources, des mouvements de populations. (27) Je
voyais bien que les chiffres avaient été truqués. Je tenais maintenant pour certain que
les prétendues « chambres à gaz d’exécution » qu’on visite au Struthof, à Dachau
ou à Mauthausen étaient des impostures et que celles d’Auschwitz-1 et d’Auschwitz-11
(Birkenau) étaient « hautement suspectes », pour parler comme Rassinier. Les juifs
avaient beaucoup souffert et, dans leurs récits, ils avaient exagéré leurs souffrances ; les
médias, où ils régnaient, avaient reproduit leurs inventions. Je pensais que tôt ou tard, la
vérité se ferait jour.
C’est alors qu’au printemps 1986 éclata en France l’affaire Roques.

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26 Theodore N. Kaufman, Germany must perish (L’Allemagne doit disparaître), 1941, Newark, Newjersey, Argyle
Press.
27 The Dissolution of Eastern European Jewry, by Walter N. Sanning, Institute for Historical Review (Etats-Unis
d’Amérique), 1983.

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L’AFFAIRE ROQUES

Devant l’université de Nantes, en juin 1985, Henri Roques, ingénieur agronome
retraité depuis peu, avait présenté une thèse de doctorat intitulée Les Confessions de
Kurt Gerstein, étude comparative des différentes versions. Il avait obtenu la mention
très honorable. Au printemps 1986, la révélation du contenu et des conclusions de cette
thèse provoquait un scandale. Plusieurs organisations juives exigeaient l’interdiction de
la thèse ou plutôt son annulation par le ministre de l’Éducation Alain Devaquet. Au
printemps 1986, journaux et télévision dénonçaient le « scandale révisionniste ».
De quoi s’agissait-il au fond ?
On avait affirmé jusqu’ici que les Confessions de l’ancien officier SS Kurt
Gerstein, obtenues de l’intéressé en mai-juin 1945 alors qu’il était prisonnier des
Français à la prison parisienne du Cherche-Midi, constituaient la clé de voûte, la preuve
irréfutable (bien qu’isolée) émanant d’un témoin direct, de l’existence des «chambres à
gaz». En apparence, la preuve était bien irréfutable puisque son auteur était un officier
SS responsable, sous l’autorité de Glücks (inspecteur général des camps), de
l’approvisionnement des camps de concentration en désinfectant Zyklon B, gaz sous
support solide servant à l’épouillage des locaux et des vêtements depuis le début des
années vingt.
Cette déposition, quasi miraculeuse, de Gerstein, s’accompagnait de bizarreries :
d’abord elle avait été rédigée en français, langue que Gerstein maîtrisait mal, et l’officier
SS avait été peu de temps après, trouvé «suicidé» dans sa cellule du Cherche-Midi. La
Sécurité militaire française avait fait jeter le corps à la fosse commune de Thiais. Bien
que son adresse (inchangée depuis des années) soit parfaitement connue, la veuve de
Gerstein ne devait être informée de la mort de son mari qu’en 1948, trois ans après.
Manifestement il s’était agi de rendre (sciemment) inopérante toute éventuelle
exhumation suivie d’autopsie.
Henri Roques dévoilait dans sa thèse l’existence de plusieurs versions de la
fameuse « déposition », en français et en allemand. Son travail essentiel, et méticuleux,
avait consisté à décortiquer le texte et ses variantes et à en faire éclater les
invraisemblances. Après deux lectures attentives de la thèse, une conclusion
bouleversante me parut s’imposer: ces prétendues Confessions qui étaient jusqu’ici, en
l’absence de tout autre témoignage direct digne de foi, le fondement même de la
croyance à l’existence de « chambres à gaz », n’étaient que le produit d’une fabrication.
La thèse d’Henri Roques me fit l’effet d’une révélation. Nul doute que, de leur côté, ses
détracteurs allaient tenter de démontrer la fausseté de la thèse.
Un fait remarquable acheva de me convaincre, si besoin était: Michel de Boüard,
ancien président de la Commission d’histoire de la déportation de 1945 à 1981 (au sein
du Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale), ancien déporté à Mauthausen,
membre de l’Institut de France, venait de prendre parti en faveur des conclusions de la
thèse d’Henri Roques ! Après avoir reconnu qu’il avait en 1954 lui-même cautionné
l’existence d’une chambre à gaz là où il n’avait pu en exister (à Mauthausen), il poussait
plus avant, et, ne cachant pas son inquiétude, exprimait le fond de sa pensée : l’histoire
de la déportation était à récrire, à la lumière des travaux des révisionnistes. Dans Ouest-
France du 2-3 août 1986 (p. 6), il déclarait:
Je suis hanté par la pensée que dans cent ans ou même cinquante les
historiens s’interrogeront sur cet aspect de la seconde guerre mondiale qu’est le

système concentrationnaire et de ce qu’ils découvriront. Le dossier est pourri. Il
y a, d’une part, énormément d’affabulations, d’inexactitudes obstinément
répétées, notamment sur le plan numérique, d’amalgames, de généralisations et,
d’autre part, des études critiques très serrées pour démontrer l’inanité de ces
exagérations. Je crains que ces historiens ne se disent alors que la déportation,
finalement, a dû être un mythe. Voilà le danger. Cette idée me hante.
Germaine Tillion avait déjà noté, peu après la fin de la guerre, le phénomène
inquiétant des affabulations de tous ordres à propos des camps de concentration
allemands. En 1954, dans une étude sur « Le Système concentrationnaire allemand
(1940-1944) », elle avait écrit, à propos de ces faux témoins :
Ces personnes sont, à vrai dire, beaucoup plus nombreuses qu’on ne le
suppose généralement, et un domaine comme celui du monde
concentrationnaire – bien fait, hélas, pour stimuler les imaginations sadomasochistes
– leur a offert un champ d’action exceptionnel. Nous avons connu
de nombreux tarés mentaux, mi-escrocs, mi-fous, exploitant une déportation
imaginaire ; nous en avons connu d’autres – déportés authentiques – dont
l’esprit malade s’est efforcé de dépasser encore les monstruosités qu’ils avaient
vues ou dont on leur avait parlé et qui y sont parvenus. Il y a même eu des
éditeurs pour imprimer certaines de ces élucubrations et des compilations plus
ou moins officielles pour les utiliser, mais éditeurs et compilateurs sont
absolument inexcusables, car l’enquête la plus élémentaire leur aurait suffi pour
éventer l’imposture. (28)
Je m’en entretenais avec Pierre Guillaume, l’éditeur de la Vieille Taupe dont je
venais de faire la connaissance à cette occasion (il diffusait la thèse d’Henri Roques). Il
se moquait quand je lui faisais part de mon attente d’une réfutation de la thèse d’Henri
Roques, sans doute par Georges Wellers ou Pierre Vidal-Naquet. «Êtes-vous naïf ? Il ne
pourra jamais y avoir de réfutation scientifique. Il n’y aura que des insultes, et des
lamentations.» Il me donna à lire l’ouvrage de l’universitaire Serge Thion : Vérité
historique ou Vérité politique ? P. Guillaume, homme sympathique au premier abord,
quelque peu partial à mon goût et très marqué à gauche, me conseilla de rencontrer « le
plus grand spécialiste actuel sur le sujet » : Robert Faurisson, professeur à l’université de
Lyon-II, dont il me laissa les coordonnées personnelles.

ROBERT FAURISSON
LE VOYAGE EN POLOGNE

Je ne connaissais paradoxalement, en 1986, que peu de choses sur le professeur
Faurisson. Son analyse « érotique » parue en 1961, du sonnet des « Voyelles » de
Rimbaud avait été qualifiée d’ « assez éblouissante » par André Pieyre de Mandiargues
et d’« agitante au possible » par André Breton. Ce brillant universitaire s’était ensuite, en
spécialiste de la critique de textes, penché sur des sujets en rapport avec la seconde
guerre mondiale, dans le sillage de Paul Rassinier. Il avait fait quelque bruit en
démontrant que le Journal d’Anne Frank n’était pas authentique (il avait établi qu’il

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28 Revue d’Histoire de la deuxième guerre mondiale, juillet 1954, p. 18.

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s’agissait d’une fabrication, d’une supercherie littéraire) et, sur le sujet de la mortalité
dans les camps de concentration, je savais qu’il confirmait les mises au point et les
doutes argumentés de l’ancien déporté Paul Rassinier, décédé en 1967. Je savais
seulement qu’il avait ainsi appliqué ses méthodes rigoureuses à l’analyse de témoignages
présentés à Nuremberg ou ailleurs. Il avait démontré qu’il s’agissait de supercheries, de
répétitions avec variantes sur un « archétype » lui-même non fiable ou fabriqué. Il avait
aussi pu montrer que chez certains accusés allemands, des « aveux » avaient été
extorqués soit sous la torture, soit par la peur de l’exécution, soit encore par la crainte
d’être livrés aux Bolcheviques, ce qui signifiait une mort certaine.
Téléphonant au domicile du professeur, je me présentai et lui exposai mon intérêt
pour la recherche historique sur le sujet. Il me demanda ce que je savais en fait de la
question et quels ouvrages j’avais lus en la matière. Il ajouta que, puisque je souhaitais
le rencontrer et que j’avais lu Rassinier, Serge Thion et la thèse d’Henri Roques, il
m’accorderait un entretien à son domicile, mais à la condition que j’eusse lu d’ici là,
d’une part, son Mémoire en Défense et sa Réponse à Pierre Vidal-Naquet ainsi que Le
Mythe d’Auschwitz de Wilhelm Stäglich dans sa récente édition française qui
comportait, de la part du professeur, un supplément explicatif avec schémas et photos.
Du côté des historiens « officiels », il me recommandait aussi de lire Léon Poliakov,
Pierre Vidal-Naquet, Georges Wellers. Je pouvais me passer de lire, ajouta-t-il, les
misérables fabrications de plumitifs tels que Christian Bernadac, Jean-François Steiner,
Martin Gray ou Marek Halter.
Je fis les acquisitions nécessaires et me mis au travail.
La rencontre de Robert Faurisson peut vous changer l’existence. À l’écouter, de
vive voix, quelques semaines plus tard, à son domicile, je sentis que j’étais en présence
d’un homme qui détenait une arme redoutable.
Il connaissait son sujet, il maîtrisait les sources, il savait une abondance de détails,
de références, d’éléments essentiels concernant l’organisation, la prévention des
épidémies, la vie et la mort dans les camps, la circulation des données concernant les
détenus, les directives des responsables nazis et de leurs subalternes, les conséquences
de ces mêmes directives. Surtout il était passé maiÎtre dans la détection de la forgerie et
dans l’analyse des témoignages de survivants : sa règle était, et demeure, la crossexamination
(le contre-interrogatoire). Je l’entends encore me dire : «Savez-vous bien
qu’il n’existe pas un seul témoin direct d’une seule «chambre à gaz» dans un seul camp
de concentration allemand ? »
Il avait en tête les plans des camps allemands, leur organisation, leurs destinations
particulières ou successives ; et il connaissait les ordres ou notes de service afférents,
leurs états successifs, les trucages ou montages d’après-guerre.
Fasciné comme je le fus ce jour-là par son discours et la netteté de ses réponses à
toutes mes questions, son humour discret, surpris par sa capacité de passer en revue les
arguments de l’adversaire et de leur trouver la réplique, j’eus quelque peine à m’extraire
du bureau en sous-sol où il m’avait reçu parmi ses livres, dossiers et documents.
A la fin, une question me tourmentait : Robert Faurisson, qu’on ne peut prendre en
défaut de raisonnement, a démonté la plus formidable imposture de tous les temps, et
ses adversaires sont incapables de lui répliquer ; pourquoi, alors, n’emporte-til pas
l’adhésion immédiate de tout chercheur, de tout historien, du grand public éclairé, de
tout honnête homme ?
Lui-même, ce jour-là, me fournit la réponse à cette question : Parce que les
«chambres à gaz» ne sont rien d’autre aujourd’hui (nous étions alors en 1986) que le
produit par excellence d’une propagande de guerre en temps de paix et sont de ce fait
soumises aux lois de la guerre ; la contestation de leur existence est interdite, et

réprimée sévèrement ; les contrevenants sont poursuivis de cent manières ; la répression
va s’accentuer; des lois spécifiques seront édictées. (En juillet 1990, la loi Fabius-
Gayssot allait en apporter une éclatante confirmation.)
« Certes, lui dis-je alors, je peux comprendre que de puissants lobbies aient intérêt
à propager, dans les médias qu’ils tiennent en main, une version mensongère pour des
raisons politico-financières. Mais pourquoi les pouvoirs publics, la Justice par définition
indépendante, répriment-ils ceux qui ne font que demander l’ouverture d’un débat public
sur ces questions ? » R. Faurisson me répondit qu’il n’y avait guère de différence entre
les pouvoirs financiers, médiatiques, politiques et judiciaires.
Après quelques mois passés à lire sur le sujet, j’appelai le professeur pour
l’informer de mon vif souhait d’aller sur place visiter l’une de ces « chambres à gaz », à
Auschwitz-Birkenau bien sûr, puisque ce camp était tombé intact entre les mains de
l’Armée rouge en janvier 1945. Il voulut bien évoquer à nouveau les plans d’origine du
camp qu’il avait trouvé le moyen de sortir des archives du camp d’Auschwitz à partir de
1976 : ils me seraient indispensables pour suivre les transformations faites après la
guerre dans ce camp par les communistes polonais et russes.
Préalablement à mon départ en Pologne par avion, je fis un détour par son
domicile, où il me remit donc copie des plans d’origine de la Bauleitung (Direction de la
construction) en ajoutant :
« Les «chambres à gaz», dans ce grand camp pourtant tombé intact entre
les mains des Soviétiques, vous ne les verrez ni à Auschwitz, ni à Birkenau.
Vous allez voir à Auschwitz-I un abri anti-aérien avec salle d’opération
chirurgicale qui vous sera présenté par les guides comme une chambre à gaz en
état d’origine, mais vous constaterez que ce local prétendument destiné à
l’asphyxie en masse dispose… d’une petite porte-fenêtre avec ouverture… vers
l’intérieur ! Quant à l’autre porte de la pièce, elle donne sur une salle de
crématoires reconstruite : ainsi les communistes polonais n’ont-ils pas craint
d’imaginer et de «reconstituer» une salle de fours à coke donnant sur une pièce
chargée de façon répétée d’acide cyanhydrique, explosif avec l’oxygène de l’air.
Ne croient donc à cette chambre à gaz que ceux qui veulent bien y croire.
À la vérité, aucune personne dotée de sens commun n’y croit plus, et pas
même Pierre Vidal-Naquet, mais les Polonais maintiennent leur fiction, pour
les enfants des écoles et pour ceux aussi qui ont tellement besoin de croire aux
«chambres à gaz», fussent-elles impossibles ! » (29)
Il me confia aussi deux tâches, simples de prime abord : d’une part, demander sur
place à un officiel du camp-musée s’il existait des photographies d’époque de ces
«chambres à gaz» ; les Soviétiques, pour ne parler que de ceux-là, avaient certainement
dû les photographier dès leur prise de possession du camp en janvier 1945 ; d’autre part,
essayer d’obtenir la photocopie d’une ou plusieurs pages des Sterbebücher (registres
mortuaires) que les autorités allemandes du camp tenaient, paraît-il, de façon si
méticuleuse, documents là encore laissés intacts sur place par les Allemands en janvier
1945. Il me rappela de ne pas oublier de me munir d’une lampe-torche pour l’examen de
la prétendue « chambre à gaz » (maintenue par les Polonais dans une semi-obscurité) et
d’une boussole pour établir un plan précis des lieux.
Deux jours plus tard, au volant d’une Lada rouillée, louée à l’aéroport de Varsovie
(le paiement ayant été effectué au préalable à Paris), je prenais la route du sud pour

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29 Voir pour confirmation, près de vingt ans après la découverte de R. Faurisson, Eric Conan, « Auschwitz : la
mémoire du mal », L’Express, 19-25 janvier 1995 et, tout particulièrement, l’étonnante page 68.

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Oswiecim-Auschwitz. À mon arrivée sur place, au petit matin, je fis en trois heures une
première visite du camp principal et du camp voisin de Birkenau, de façon à bien situer
dans leur environnement les points intéressants pour ma seconde visite prévue pour le
lendemain. Dans l’après-midi, un officiel du camp voulut bien me recevoir, après que je
me fusse présenté à lui comme chercheur français indépendant dont le père avait été tué
en France en 1944 pour faits de Résistance. J’étais décidé à aller vite.
Ma question fut simple et se voulut d’emblée incisive:
« Puisqu’on ne peut actuellement pas voir la moindre trace de «Chambre
à gaz», ni de local à asphyxier en masse, que ce soit à Auschwitz, ou à
Birkenau, que les bétons brisés mais non disparus des crématoires de Birkenau,
dits Kremas II et III, ne peuvent en aucune manière avoir possédé une telle
installation (absence de trous d’origine pour le déversement des granulés de
Zyklon, notamment), il est indispensable pour tout chercheur de disposer des
photos de ces chambres à gaz, que les Soviétiques n’ont pu manquer de prendre
à leur entrée sans coup férir le 27 janvier 1945 dans le camp évacué par les
Allemands quelquesjours auparavant. Ces « chambres à gaz » homicides
étaient forcément des bâtiments en béton de plusieurs dizaines de tonnes, et
n’avaient pu être emportées dans leur retraite par les Allemands qui avaient par
ailleurs abandonné sur place les archives et la documentation du camp. »
Son regard se fit perçant : « Mais bien sûr, et je peux vous en montrer ! Nous
avons des photos aériennes des chambres à gaz de ce camp. »
Il alla à un tiroir d’une grande armoire métallique et me présenta des photocopies,
agrandissements de photos aériennes du camp, que je connaissais déjà par R. Faurisson.
Elles étaient maintenant devant moi, légendées en anglais et en polonais au moyen de
bulles avec flèches dirigées vers tel ou tel bâtiment. Je ne pipai mot.
« Il s’agit de photos de guerre prises en 1943 et 1944 à l’occasion de raids de
reconnaissance », crut-il bon de me préciser. Sur certains de ces agrandissements, on
pouvait voir, dans une bulle avec flèche : «Chambre à gaz», et, désigné par le bout de la
flèche, tel ou tel bâtiment.
Je ne pus m’empêcher de sourire tellement le subterfuge était voyant. Déjà Serge
Thion, par dérision, s’était amusé quelque part à légender «chambre à gaz» de simples
bunkers militaires français de la guerre d’Algérie, du côté de Colomb-Béchar.
Je fis remarquer à ce responsable du camp-musée qu’il me montrait là des photos
aériennes prises essentiellement par l’aviation sud-africaine et américaine, et qui étaient
connues de tous les chercheurs. Deux Américains de la CIA (Brugioni et Poirier)
avaient, au prix d’un montage effronté, désigné comme «chambres à gaz» des bâtiments
ou des installations dont lui-même devait bien savoir qu’ils ne pouvait rien être de tel.
Grâce aux plans d’origine de la Bauleitung nous connaissions les destinations exactes et
les fonctions de ces bâtiments et installations. Bien entendu, je me gardai de montrer à
mon interlocuteur les copies des plans d’origine qui étaient en ma possession. Pour toute
réponse, il me dit que, dans ces conditions, notre entretien était terminé et qu’il se voyait
au regret de ne pouvoir me fournir copie des autres documents demandés.
Il n’existait donc ni photos, ni traces physiques, de ce qui avait été, selon l’histoire
officielle, de gigantesques abattoirs humains. Et même on n’avait pu trouver aucune
trace documentaire, aucune allusion certaine dans aucun document officiel, aucune
référence allemande à de telles installations, aucune trace budgétaire de ce qui aurait dû
être un investissement énorme en crédits et en matériaux.

Je passai la fin de la journée et le jour suivant à reprendre d’abord la visite des
différents Blocks du camp principal d’Auschwitz, boussole et plans d’origine en main. Je
ne négligeai pas la naïve maquette du processus de mise à mort et d’incinération
proposée par les Polonais dans le Block 4, dit « de l’extermination ».
Je me dirigeai ensuite, l’après-midi du deuxième jour, vers le camp de Birkenau, à
deux kilomètres du camp principal d’Auschwitz. Je me fis montrer des unités
d’épouillage de vêtements, qui avaient fonctionné au Zyklon. Celles-ci, accessibles au
visiteur sur demande, ont été conservées. De petites dimensions, dotées de systèmes
d’accrochage pour les vêtements, elles n’ont pu bien évidemment asphyxier d’êtres
humains et, d’ailleurs, nul ne l’a jamais prétendu jusqu’ici. Les traces de bleu de Prusse,
caractéristiques de la réaction d’acide cyanhydrique avec les sels de fer contenus dans
les matériaux, y sont nettement visibles sur les parois.
À Birkenau, les alignements de baraques en bois pour loger les prisonniers (et
reconstituées depuis, avec des crédits… allemands) m’impressionnaient. J’essayai
d’imaginer ce que pouvait être une journée, une soirée ordinaire, un petit matin, à
l’époque d’activité de ce vaste camp. Je me mis à ressentir la dureté, la cruauté aussi, de
la situation des prisonnières et des prisonniers astreints là à des travaux forcés, vivant au
jour le jour, tentant de chaparder un peu de nourriture, d’organiser, comme on disait
dans l’argot du camp. Mais, pensai-je, puisque les camps d’internement, les camps de
travail sont inhérents à tout conflit de grande ampleur, les camps d’un des belligérants
ne peuvent être comparés qu’à des camps de l’autre partie. Et je ne pouvais m’empêcher
de comparer intérieurement ce camp allemand à ce que devait être le goulag soviétique :
discipline de fer aussi certainement, pénibilité extrême des travaux, comportement
brutal des gardiens et chefs de blocs, de la même façon sans doute. Me revenaient alors
en tête les nombreux témoignages de « déportés dans les deux systèmes » (tel celui de
Mme Buber-Neumann) sur la bien meilleure organisation interne, et le bien meilleur
ordinaire, des camps allemands, sur la stupéfaction des Rouges quant ils entrèrent à
Auschwitz en janvier 1945, y découvrant des installations modernes, une infirmerie
dotée de capacités d’opérations chirurgicales dont pouvaient bénéficier les détenus, un
théâtre, une piscine, un terrain de sport pour les mêmes, des cuisines, à tel point qu’ils
soupçonnèrent sur-le-champ les rares prisonniers valides restés sur place à les attendre,
d’être des complices des Nazis et non des victimes !
Mais j’étais venu pour bien plus que cela. Allais-je trouver maintenant, à
Birkenau, là où certains prétendent qu’elles ont existé et fonctionné, d’authentiques
installations ayant pu servir à un meurtre de masse par asphyxies collectives ? La veille,
le local présenté comme « chambre à gaz » du camp principal d’Auschwitz venait de
m’apparaîÎtre comme une supercherie bien misérable. Aucun chercheur sérieux, aucun
historien n’y croyait déjà plus. Ne sachant que faire à son sujet, les autorités du campmusée
avaient préféré… ne rien faire, laissant les choses en l’état. Les chambres à gaz, si
elles avaient jamais existé, ne pouvaient donc se trouver qu’à Birkenau, à l’emplacement
désigné sous le nom d’Auschwitz-II, appellation couvrant les Kremas
(morgues/Leichenkeller et crématoires, disposés en vis-à-vis, selon les plans d’origine).
J’atteignis cette partie du camp. Leur emplacement correspondait bien aux plans
d’origine. Je ne vis là que des pans de béton affaissés mais non désintégrés, comme si
une explosion de puissance très insuffisante les avait touchés. Aucune partie de
l’ensemble des deux grands crématoires K II et K III ne semble manquante. Le plafond
en béton est toujours là. Si les deux morgues (légèrement enterrées) avaient été deux
locaux d’asphyxie collective par le gaz, on devrait en priorité y voir d’abord, percés
d’origine dans la dalle-plafond encore présente, un ou plusieurs orifices d’origine de
déversement des granulés ou des plaquettes de Zyklon. Ce n’est pas le cas. Pas de traces

bleues ou bleuâtres sur les murs intérieurs qu’il est possible d’examiner si on se glisse
sous la dalle effondrée du Krerna-Il.
En supposant néanmoins que quelque 2000 personnes – qui sont prétendues avoir
été entassées là, et de façon répétitive – y eussent bien été asphyxiées en quelques
minutes, comment leurs cadavres auraient-ils pu ensuite être incinérés, puisque la
capacité de crémation (30) ne pouvait dépasser, pour ce crématoire, 80 cadavres par jour
? Qu’aurait-on fait, le soir, une fois ces 80 crémations terminées, des 1920 corps non
incinérés, restant des 2000 « gazés » du matin ? À coup sûr, il n’y aurait pas pu y avoir
de « fournée suivante ». Il eût été impossible, par ailleurs, de disposer ces corps dans
des fosses, puisque à Auschwitz, la nappe phréatique affleure à quelques dizaines de
centimètres de la surface d’un terrain autrefois marécageux (ce qui avait obligé en son
temps la Bauleitung à des opérations d’assainissement, encore visibles aujourd’hui).
L’allégation grotesque d’un processus de gazage homicide m’était déjà été apparue,
pour ainsi dire par défaut, au simple examen des plans d’Oranienburg, autre camp nazi.
Ce camp comportait des Leichenkeller (morgues) comparables aux Leichenkeller
d’Auschwitz-II. Jamais pourtant on n’a affirmé que les Leichenkeller d’Oranienburg
avaient servi de « chambres à gaz ». Au-delà de l’impossibilité physique, c’est bien la
preuve irrécusable que les installations de Birkenau n’avaient aucune destination
criminelle.
Un document de la société Degesch (qui fabriquait et conditionnait l’insecticide
Zyklon B), intitulé Directives pour l’utilisation de l’acide cyanhydrique Zyklon aux fins
d’épouillage, (31) prouve à lui seul l’absurdité de la légende de l’extermination en masse
d’êtres humains par ce moyen.
D’après ce document, un minimum de vingt heures est nécessaire pour l’aération
d’un local traité au Zyklon. On y précise que le port du masque à gaz pourvu d’un filtre
spécial (par des personnels spécialement qualifiés pour cela) est obligatoire pour
pénétrer dans un tel local au terme de ces vingt heures. A lui seul, ce mode d’emploi du
fabricant Degesch met à bas le prétendu témoignage qu’aurait rédigé Höss, responsable
du camp d’Auschwitz. Höss parle d’une équipe pénétrant sans masques, en mangeant et
en buvant, dans la « chambre à gaz », une demi-heure après l’introduction du gazpoison.
Mais il est vrai que, prisonnier des Anglais en 1946, il avait ensuite été livré aux
« spécialistes » polonais (tous d’origine juive, selon ses dires) qui le torturèrent
physiquement et psychologiquement. Ses tortionnaires lui dictèrent d’autres insanités du
même acabit, les insérèrent dans de prétendues Confessions, puis Höss fut condamné à
mort par un tribunal communiste et pendu. (32) La pendaison eut lieu, en 1947, à
l’emplacement de la prétendue chambre à gaz homicide d’Auschwitz I.

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30 À la suite de l’épidémie de typhus qui ravagea le camp d’Auschwitz-Birkenau durant l’été 1942, une extension à
cinq incinérateurs, de trois bouches chacun, fut construite à Birkenau (Auschwitz-II), et mise en service au printemps
1943 ; la capacité de crémation sur ce site précis fut alors, au maximum, de 15 corps simultanés (pour une durée
d’une heure trente, temps nécessaire pour une incinération au coke), soit environ 80 à 90 corps incinérés par jour.
31 Document NI-9912 (Archives du procès de Nuremberg, enregistré en date du 21 août 1947) : Richtlinien für die
Anwendung von Blausaüre (Zyklon) zur Ungeziefervertilgung (Entwesung).
32 Ceci est démontré par W. Stäglich dans son ouvrage déjà cité: Le Mythe d’Auschwitz, traduction française, Paris,
La Vieille Taupe, 1986, page 295. Par ailleurs, on doit à Robert Faurisson d’avoir « exhumé » la brochure authentique
de la Degescb (voir note précédente) qui donne le mode d’emploi du désinfectant-désinsectisant Zyklon.

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URSZULA

Je quittai enfin, le soir du second jour, le camp-musée d’Auschwitz, après avoir
fait l’acquisition de quelques numéros des Hefte von Auschwitz («Cahiers
d’Auschwitz », édités par l’administration du camp-musée). Dans l’immédiat, des
difficultés m’attendaient pour mon approvisionnement en carburant et lubrifiant (la Lada
consommait de l’huile). Impossible, en outre, de trouver une chambre d’hôtel à
proximité. Un cycliste à qui je promis du café s’il arrivait à me trouver une halte pour la
nuit, ainsi que de l’huile moteur, m’invita à le suivre sur une dizaine de kilomètres par
des chemins tortueux. Nous atteignîmes une petite bourgade. On allait pouvoir me loger
dans un immeuble inachevé, futur hôtel apparemment, dont seul le rez-de-chaussée était
habitable.
Une jeune femme d’une trentaine d’années, qui semblait être une cliente de cet
« hôtel » surréaliste, constata ma difficulté à m’expliquer avec une logeuse ne parlant ni
anglais ni allemand, ni français. Elle s’avança vers moi et me dit: « J’ai appris le français
au cours d’un séjour étudiant d’un an dans votre pays. Je m’appelle Urszula. Je peux
vous aider à vous faire comprendre pour l’hôtellerie. »
Le soir même, je la retrouvai, pimpante, dans le hall. N’en étant pas à mon premier
voyage dans les pays communistes d’Europe de l’Est, je soupçonnai qu’elle devait
appartenir à quelque service officiel et donc être d’une orthodoxie idéologique certaine.
Elle appartenait en effet, me dit-elle, à un service gouvernemental de contrôle
d’avancement de constructions immobilières d’Etat (sic), et l’avancement de ce futur
hôtel entrait dans son domaine de compétence professionnel. Elle se mit à me poser des
questions, intriguée de voir qu’un étranger eût ainsi la possibilité de voyager en Pologne
communiste dans un véhicule banalisé comme l’était ma Lada avec ses plaques
polonaises. Elle ignorait que ce fût possible pour des touristes occidentaux ; il suffisait,
depuis peu de temps, à Paris, au moment de la réservation, de régler la location en
devises occidentales à une agence spécialisée, avant de prendre l’avion pour Varsovie.
Elle me demanda si j’avais eu le temps de visiter ce haut-lieu qu’était le camp
d’Auschwitz.
« Dites-moi votre impression sur Auschwitz ? N’avez-vous pas senti rôder la mort
en déambulant dans le camp ? N’avez-vous pas trouvé saisissante cette entreprise de
mort, organisée à un tel point ? » Je me risquai à lui répondre que les bâtiments du camp
principal n’avaient rien de bien « saisissant », puisqu’il s’agissait des anciens bâtiments
d’une manufacture des tabacs devenue ensuite cantonnement de cavalerie du temps de
l’Autriche-Hongrie. D’ailleurs, après la guerre de 39-45, une partie des bâtiments,
jouxtant la zone polonaise d’habitation contiguë au camp d’Auschwitz, avait été
purement et simplement annexée au quartier d’habitation polonais. Des Polonais de la
banlieue d’Oswiecim habitent donc aujourd’hui dans les anciens bâtiments du camp
d’Auschwitz, lui fis-je remarquer, simplement parce ces Allemands honnis y avaient
installés entre 1940 et 1944 le sanitaire suffisant pour rendre ces bâtiments habitables.
(33) Quant au camp de Birkenau, je convenais qu’il s’en dégageait une oppressante
monotonie. Mais, à supposer qu’il en reste des vestiges, tirerait-on une impression
différente de la visite d’un camp du Goulag en Sibérie, par exemple ?
Ayant remarqué chez elle une certaine finesse, je me permis d’ajouter: « Vous me
parlez, bien entendu, du camp tel qu’il nous est présenté aujourd’hui. Mais quand on
peut consulter les plans d’origine, qu’on les examine avec attention, on est surpris de

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33 Wilhelm Stäglich, Le Mythe d’Auschwitz, édition française, La Vieille Taqe, 1986, p. 488.

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voir les incroyables modifications, ajouts ou effacements apportés à ce qui existait
réellement. Tenez, par exemple, le terrain de sport (avec matches de football), la piscine
à l’usage des détenus, avec plongeoir; le théâtre (qui fonctionna régulièrement) ; le
bâtiment surnommé « Canada » qui entreposait les effets et vêtements des détenus. J’ai
cherché en vain le bloc dentaire et le bloc opératoire pour les prisonniers, très modernes
pour l’époque ; dans ce dernier, savez-vous que fut opéré, par exemple, Elie Wiesel (34)
en décembre 1944 ? Il nous le raconte dans son essai autobiographique La Nuit, publié
en France en 1958 avec une préface de François Mauriac. Comme à tout visiteur, on m’a
présenté au camp principal une « Chambre à gaz en état d’origine » ; or, tous les
chercheurs savent que l’endroit fut successivement une morgue, puis un petit hôpital de
quelques chambres ; on peut encore voir très nettement les traces des cloisons des
différentes pièces. Après guerre, vos concitoyens, chère Urszula, n’ont pas hésité à
reconstruire une salle de fours donnant sur la pièce où l’on gazait, paraît-il, les
prisonniers ! Or, il s’agit là d’une impossibilité radicale ! Mon saisissement, si j’en ai
ressenti un, n’a donc pas été celui de l’horreur, mais plutôt d’indignation devant
l’imposture, après qu’on m’eût enseigné qu’en ces lieux avaient été exterminés par le gaz
des millions d’êtres humains. »
Sur le ton du sarcasme, elle me demanda : « Voulez-vous dire que ce n’était pas
du tout un camp d’extermination ? Plutôt, un camp de prisonniers dorlotés par les
nazis ? Il paraît qu’en France des personnes, des professeurs, annoncent et publient que
les camps de concentration nazis n’ont jamais existé ! Eh bien : vous venez de voir
Auschwitz aujourd’hui. Nous ne l’avons tout de même pas fabriqué ! Les tas de cheveux,
de lunettes, de chaussures, ne sont pourtant pas fictifs ! »
Je lui répliquai que je n’avais jamais entendu de professeur français assurer que les
camps nazis n’avaient pas existé, mais qu’en revanche une école de chercheurs avait
démontré que les chambres à gaz homicides d’Auschwitz n’avaient jamais pu exister.
Prétendre le contraire n’était qu’une calomnie. Le camp d’Auschwitz avait été un camp
de prisonniers à régime sévère, où ceux-ci avaient été astreints à des travaux forcés
parfois épuisants, dans ce qui était un vaste complexe industriel et agricole. Les
épidémies inhérentes à toute concentration d’êtres humains, dans les conditions de
l’époque qui plus est (les antibiotiques étaient rares), propagées par des parasites tels
que les poux, y avaient provoqué des ravages. Ces épidémies auraient été encore plus
dévastatrices s’il n’y avait pas eu de système de désinfection des prisonniers eux-mêmes,
de leurs vêtements et des locaux. Quant aux tas de lunettes, de cheveux, ou de
chaussures, notre Urszula savait-elle que les Allemands récupéraient absolument tout,
dans les pays occupés et en Allemagne même ? Des wagons venus de l’Europe entière
apportaient, à Auschwitz et ailleurs, des tas de déchets normalement jetés, mais qui, en
économie de guerre, sont recyclés par les prisonniers, justement, en ateliers : des
cheveux en quantité suffisante, par exemple, étaient voués à la fabrication de textiles
tandis que des verres et des montures de lunettes apparemment hors d’usage étaient
recyclés pour de nouvelles lunettes, etc.

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34 Elie Wiesel y raconte un épisode peu connu et tout à fait étonnant ; se trouvant dans une infirmerie (Revier)
d’Auschwitz (probablement Auschwitz-III) en décembre 1944 et début janvier 1945, après y avoir subi une opération
au pied parfaitement réussie, ce qui semble ahurissant dans un camp prétendu « d’extermination », lui et son père (qui
avait obtenu l’autorisation de dormir au Revier dans la chambre de son fils) se voient proposer, à la mi-janvier 1945,
par les SS qui leur annoncent l’évacuation imminente du camp devant l’avance de l’Armée rouge, de choisir entre
partir avec les Allemands vers l’intérieur du Reich, à pied et sous la neige, ou bien rester sur place et attendre les
« libérateurs » soviétiques. Quel fut le choix d’Elie Wiesel et son père ? Ils choisirent de partir à pied et sous la neige,
avec les Nazis « exterminateurs ». Un tel aveu inflige un démenti à la légende d’Auschwitz.

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La jeune femme, devenue nerveuse, exigea d’en savoir plus et de connaître quelle
pouvait bien être au juste l’argumentation de ces révisionnistes sur le point précis de
l’inexistence des « chambres à gaz » pour l’extermination d’êtres humains.
Je lui répondis qu’ils l’expliquaient par l’impossibilité physique et chimique du
processus d’asphyxie, qui plus est au gaz cyanhydrique porté par le Zyklon, lequel
n’était qu’un puissant désinfectant et désinsectisant pour l’épouillage des effets des
prisonniers et des locaux. Le chef de file de ces révisionnistes, le professeur Faurisson,
l’avait démontré sur des bases documentaires irréfutables et irréfutées. J’ajoutai qu’il lui
suffisait d’ailleurs, à elle-même comme à n’importe qui, de lire le mode opératoire du
Zyklon B fourni par le fabriquant de l’époque (la Degesch) pour comprendre qu’il aurait
été radicalement impossible de tuer des gens avec ce produit sans se tuer soi-même.
À m’entendre, elle semblait atterrée et comme changée d’aspect. Je souhaitai m’en
tenir là pour le moment. J’ajoutai cependant que si les chambres à gaz pour exterminer
les gens n’avaient jamais pu fonctionner, et même n’avaient jamais existé ni à Auschwitz
ou à Birkenau, c’était là, au fond, une bonne nouvelle. À ces mots, et après un silence,
Urszula, qui me regardait fixement, finit par éclater d’un rire où se sentait l’autodérision.
En Pologne communiste, on savait à quoi s’en tenir sur les mensonges de la propagande.
Que les maquillages d’Auschwitz ne fussent qu’un maquillage de plus n’était finalement
pas pour l’étonner.
Le lendemain, je poursuivis mon voyage en direction du camp de Majdanek.
Jusqu’à la nausée, de grossières supercheries et reconstructions d’après-guerre y sont
mises sur le compte des nazis, à tel point que les historiens préfèrent, en général, ne plus
parler d’exterminations dans ce camp. La supercherie des « installations
d’extermination » qui y sont montrées, toutes construites après guerre par des non-
Allemands, y est éclatante, même pour un profane, sauf peut-être pour l’écrivain juif – et
même de plus en plus juif – Bertrand Poirot-Delpech. Je me rendis ensuite vers le nordest
sur les sites de Belzec et de Sobibor (dont il ne reste strictement rien). Je retournai à
Varsovie par Treblinka où, là non plus, aucun bâtiment d’origine n’a été conservé ; on a
pourtant prétendu que le camp était doté de « chambres » fonctionnant à… la vapeur
d’eau, et qu’après 1943, les Allemands auraient déterré des corps largement décomposés
pour les brûler sur place. Or, on verra plus loin qu’il est démontré qu’aucune gigantesque
fosse à cadavres n’a été creusée dans ce camp.
Je revins de Pologne à la fois satisfait et consterné. J’étais satisfait car ce voyage
m’avait fait franchir une étape décisive de mon enquête. La lecture de Rassinier m’avait
rendu suspectes ces « chambres à gaz » ; puis l’affaire Roques me les avaient rendues
improbables ; et enfin grâce à Faurisson, au terme de ce voyage sur le site, j’avais la
preuve qu’il s’agissait d’une fiction.
J’étais en revanche consterné par l’énormité du mensonge, ou, ce qui revient sans
doute au même, par l’étendue de la croyance au bobard. Seul l’éclat de rire d’Urszula
résonnait en moi comme un signal d’espoir.
Je me confiai à un ami ingénieur que je fréquentais de longue date. D’abord
intrigué par mon discours, il me dit qu’il voulait à son tour en avoir le coeur net et pour
cela visiter les sites que je lui avais décrits. Je lui montrai les copies des plans d’époque
de la Bauleitung d’Auschwitz, et lui remis le livre de W. Stäglich (Le Mythe
d’Auschwitz), dans sa traduction française. Je pensai d’abord qu’il allait abandonner cette
idée de voyage, mais il me relança à maintes reprises, si bien que nous partimes
ensemble quelques mois plus tard, en avril 1989, dans sa voiture personnelle, pour la
Pologne, via la Tchécoslovaquie. En route, je lui servais de mentor. Je lui commentais
les lieux visités en appelant son attention sur la mise en scène de «vainqueurs» acharnés
à vouloir faire croire à l’existence de prodigieux abattoirs chimiques en béton armé dont

ne subsistait pas le moindre vestige. Là-dessus, nous prîmes connaissance du tout récent
et premier Rapport Leuchter. Je vis mon ami en proie à un trouble certain. J’assistai
bientôt, en direct, à son désarroi. Puis, après ces révélations et, comme le temps pressait,
le voyage s’acheva par une rapide visite des territoires maintenant polonais, qui avaient
été arrachés à l’Allemagne de 1945 à 1947. Pour nous, ce fut essentiellement la Silésie
et la Poméranie orientale (nous n’avions pas le temps suffisant pour aller visiter
l’ancienne Dantzig et encore moins la Prusse orientale).
Je garde un souvenir poignant de cette fin de notre périple, qui venait comme en
complément de l’épouvantable mensonge. Le coeur se serrait, en pleine campagne, à la
vue de ces bâtisses si typiquement allemandes, entre Breslau et l’ancienne Hirschberg,
qui avaient dû être avant 1945 des fermes prospères. Voilà que les Polonais avaient cru
bon de les barbouiller d’un méchant crépi pour effacer l’origine de leur construction de
facture typiquement germanique (colombages, Fachwerk), et maquiller ainsi le vol de
ces mêmes maisons. Maintenant, plus de quarante ans après, on pouvait nettement voir,
à travers le crépi justement, le noir et blanc du mélange croisé des poutres en bois qui
réapparaissait. Justice immanente, là aussi ?
L’occupant polonais de la ferme, à qui nous demandâmes l’hospitalité pour la nuit,
nous alloua deux méchants lits dans le vaste grenier, en exigea le paiement d’avance,
refusant sa propre monnaie nationale pour exiger le paiement par chacun de nous de dix
marks allemands.

LE COUP DE GRÂCE: LES RAPPORTS D’EXPERTISE
L’IMPOSSIBILITÉ RADICALE D’UN PROCESSUS
D’EXTERMINATION DE MASSE
DANS LES LOCAUX ET AUX LIEUX PRÉTENDUS

Nous voici à la fin de l’année 1989. Le Mur de Berlin, symbole d’une oppression,
d’une exploitation et d’un mensonge, s’est écroulé. Dans peu d’années, l’URSS va se
disloquer définitivement.
Dès les événements de Berlin, en novembre 1989, j’avais proposé à ma famille de
partir en voiture pour assister sur place à la casse désormais certaine du Mur et afin de
participer au dépeçage du honteux symbole, encore «en état d’origine». Les épouses
respectives avaient préféré à la fin nous laisser partir seuls, entre hommes, quitte à leur
ramener des morceaux du Mur en souvenir. Avec mon jeune fils et mon frère, nous
partîmes, pics, burins et marteaux dans le coffre. Arrivés à la porte de Brandebourg,
nous pûmes constater que beaucoup avaient eu la même idée que nous et qu’ils
s’attaquaient résolument au symbole.
Quelques semaines auparavant, le 16 septembre 1989, Robert Faurisson avait été
sauvagement attaqué dans un parc proche de son domicile par trois jeunes juifs
(simulant une partie de ballon). On avait cherché à le tuer à coups de pied. Grièvement
blessé à la face, avec de multiples fractures, il se remettait lentement. « Naturel et
normal », commenta Serge Klarsféld.
R. Faurisson avait su rapidement identifier le commanditaire de ses agresseurs, un
certain Nicolas Ulmann, fils d’un commerçant de Vichy. La juge d’instruction s’employa
à ne rien trouver.

Un an auparavant, le même R. Faurisson, cité comme témoin à Toronto dans un
procès intenté au publiciste canadien Ernst Zündel, contestataire actif de l’histoire
officielle et imposée de la seconde guerre mondiale, avait suscité une démarche qui
allait marquer le combat pour la vérité historique. Il avait proposé à Fred Leuchter,
ingénieur américain spécialiste de la mise au point et du fonctionnement de chambres à
gaz d’exécution pour condamnés à mort de certains pénitenciers aux Etats-Unis, de se
rendre avec une petite équipe sur les sites polonais où les organisations juives
prétendent que de telles installations de mise à mort en masse par asphyxie auraient
fonctionné, de prélever les échantillons nécessaires, de les expertiser et d’en tirer des
conclusions, après analyse des échantillons. En effet, ses observations, dans les années
soixante-dix, des conditions de fonctionnement de chambres à gaz d’exécution de
condamnés à mort américains (à Baltimore par exemple), où d’infinies précautions sont
prises pour exécuter un seul condamné afin de ne faire courir aucun risque à l’entourage
de l’installation, avaient persuadé R. Faurisson de la nécessité d’une expertise
scientifique des locaux ayant prétendument servi à exécuter des prisonniers à Auschwitz
et autres lieux.
Fred Leuchter procéda sur place à une confrontation scientifique des plans et des
locaux, à des prélèvements systématiques d’échantillons, qui devaient être analysés
ensuite «en aveugle» par un laboratoire américain indépendant et qui, bien entendu,
ignorerait l’objet de la recherche et l’origine des échantillons. En effet, on sait que les
matériaux tels que le ciment ou la brique, exposés à de l’acide cyanhydrique (tel qu’en
dégageaient les granulés ou les disques de Zyklon B, par définition), sont l’objet d’une
réaction chimique en présence d’acide cyanhydrique. Ces matériaux contiennent des
traces de fer (à l’état d’oxydes, de sulfates, de silicates) ; celui-ci réagit avec l’acide
cyanhydrique du Zyklon pour former des composés complexes (ferri- et ferrocyanures)
de couleur bleue caractéristique (bleu de Prusse). Ceux-ci présentent la particularité
remarquable d’être extrêmement stables dans le temps (plusieurs siècles) et d’être
pratiquement insolubles, donc insensibles aux intempéries. C’est ainsi qu’on voit
nettement des traces bleues intenses dans les unités de désinfection de vêtements, qui
ont été fréquemment soumises à l’acide cyanhydrique.
La détection de ferri- et ferrocyanures dans les échantillons de briques et de béton
prélevés en divers lieux du camp et leur teneurs comparées devait permettre de
déterminer les endroits précis de contact avec le gaz. Il s’agissait de vérifier si les lieux
prétendus de l’extermination par le gaz coïncidaient avec des traces significatives de
ferrocyanures. Or, parmi les prélèvements effectués par Fred Leuchter et son équipe en
une trentaine de points des cinq crématoires d’Auschwitz-Birkenau, aucune trace
décelable ne fut trouvée dans aucun des matériaux de ces divers locaux. En revanche,
des traces très importantes pouvaient être décelées dans les unités de désinfection de
vêtements ! Au-delà des résultats des analyses chimiques, l’analyse physique et
topologique de Leuchter fut, elle encore, sans équivoque. Ses conclusions (premier
Rapport Leuchter) furent nettes : les locaux ou installations d’Auschwitz et de Birkenau
incriminés (dénommés sur les plans K-I, K-H, K-III, K-IV et K-V), dont certains
prétendent qu’ils furent le siège de gazages d’êtres humains, n’avaient pu, en aucune
manière, être le lieu d’exécutions par asphyxie au Zyklon B : absence de traces de sels
cyanhydriques, locaux inadéquats, danger de mort pour les servants, impossibilité
matérielle du processus de « mise à mort suivie d’incinération ». (35)
Incapables de trouver une réplique à ce rapport, les sectateurs des «chambres à
gaz» se déchaînèrent dans le monde entier et singulièrement aux Etats-Unis contre la

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35 Fred Leuchter, An Engineering Report on the Alleged Execution Chambers at Auschwitz, Birkenau and Majdanek
(Poland), Samisdat Pubhshers Ltd, 1988, 193 p.

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personne même du chercheur et Leuchter vit sa carrière ruinée du jour au lendemain. On
répandit sur son compte de grossières calomnies et on s’abstint de produire la moindre
contre-expertise.
Une tentative, cependant. Un pharmacien de la banlieue parisienne, Jean-Claude
Pressac, s’était intéressé à titre personnel au problème des chambres à gaz et il s’était
rendu à Auschwitz à plusieurs reprises. Il n’avait, contrairement à la rumeur, jamais été
un « disciple de Faurisson ». Il avait fait la rencontre du professeur au domicile de Pierre
Guillaume. Un jour, las d’être importuné, R. Faurisson avait dû chasser J.-C. Pressac
manu militari. Ce dernier alla offrir ses services à Serge Klarsfeld. Celui-ci proposa
d’allumer un contre-feu au Rapport Leuchter et finança l’entreprise. Le résultat en fut la
publication en 1989 d’un gros ouvrage, indigeste et confidentiel, au titre en apparence
prometteur : Auschwitz, Technique and Operation of the Gas Chambers. (36) En réalité,
dans cet ouvrage ne figurait pas un seul croquis, pas une seule esquisse, pas une seule
maquette, pas une seule description cohérente, de cette fameuse «chambre à gaz». Le
malheureux pharmacien ne démontrait finalement qu’une chose : à Auschwitz-Birkenau,
il y avait bien eu… des crématoires pour incinérer les morts. Au passage, il réduisait
drastiquement le nombre des victimes incinérées, s’attirant par là la suspicion et la haine
des tenants, tel Claude Lanzmann, de la thèse des meurtres de masse en «chambres à
gaz». Ce dernier, cinéaste, en est d’ailleurs réduit à présenter des films de fiction où,
sans aucune preuve, sans aucun vestige archéologique ou trace documentaire
authentifiée, l’existence des « chambres à gaz » est présentée comme allant de soi : c’est
le cas dans son dernier film-fiction sur Sobibor (octobre 2001).
R. Faurisson devait pulvériser le livre de J.-C. Pressac, d’abord dans sa Réponse à
Jean-Claude Pressac, (37) puis face à Pressac lui-même en mai 1995 à la XVIIe chambre
du Tribunal correctionnel de Paris, où le piteux pharmacien, au bord des larmes, ne sut
que répondre aux questions successives de Me Erie Delcroix et de la présidente, Martine
Ract-Madoux. Exit Pressac.
Une tentative de contre-expertise du Rapport Leuchter fut menée par l’Institut de
criminologie de Cracovie. Les résultats des analyses chimiques tendaient à confirmer les
conclusions de F. Leuchter. Aussi s’abstint-on de publier cette contre-expertise
polonaise.
Le Rapport Lüftl (38) (du nom de son auteur Walter Lüftl, président de la chambre
des ingénieurs-chimistes autrichienne) fut publié quelque temps après. Il examine le
processus avancé par les tenants de la prétendue extermination et prouve son
impossibilité radicale. Il montre comment l’utilisation du désinfectant Zyklon pour tuer
en masse des êtres humains est ridiculement affirmée par les tenants de l’extermination.
Pour ce faire, il eût été infiniment moins dangereux, plus simple, et pour tout dire plus
efficace, d’utiliser du simple gaz carbonique (CO2) ; le problème de l’incinération en
masse se serait de toute façon posé dès le début d’une telle opération, et n’aurait pu être
résolu.
La conclusion, en forme de conseil, mettait en garde contre la propension des
juges, dans les procès de révisionnisme, à n’entendre que des « historiens » : les
scientifiques, les techniciens, sont ici indispensables.

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36 New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1989, 564 p., 45 x 30 cm.
37 Robert Faurisson, Réponse à Jean-Claude Pressac, 1994, Ed. R.H.R.
38 Walter Lüftl : Holocaust (Glaube und Fakten), Vienne, octobre 1991 ; en langue anglaise, et sous forme
condensée, in Journal of Histotical Retiew, hiver 1992-1993.

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Aucun contre-rapport ne put être avancé, n’a jamais été avancé, contre le Rapport
Lüftl. Ce président de la chambre syndicale des ingénieurs autrichiens fut contraint à
démissionner de son poste, mais on n’osa pas le poursuivre en justice. (39)
En 1991, survint la première édition du rapport de l’Allemand Germar Rudolf.
Germar Rudolf, qui travaillait au prestigieux Institut Max Planck rédigeait là un
rapport méticuleux, où, avec l’érudition du chimiste, il confirmait, de façon irréfutable,
les conclusions de Robert Faurisson et de F. Leuchter. Ce Rapport Rudolf, (40) envoyé
par la suite à nombre de sommités scientifiques, physiciens et chimistes, pour leurs
éventuelles remarques et critiques sur la méthode et le résultat, n’attira aucune remarque
négative ! Tant sous l’angle des considérations physico-chimiques qui mettent à mal les
allégations de témoins que par l’enchaînement sans failles du raisonnement, il aboutit à
des conclusions dévastatrices.
Citons-les, en respectant la présentation finale qui en est faite :
1/ Pour des raisons physiques et chimiques, les gazages de masse au moyen
d’acide cyanhydrique, qui, d’après des témoins, auraient été commis dans les
prétendues « chambres à gaz » d’Auschwitz, ne peuvent pas avoir eu lieu.
2/ Les processus de gazage en masse allégués par des témoins devant des
tribunaux, déclarés établis par jugement et décrits par des publications
scientifiques et littéraires, quel que soit le bâtiment d’Auschwitz dans lequel
ils sont censés avoir été mis en oeuvre, sont incompatibles avec les lois de la
nature.
G. Rudolf ne manquait pas de prévoir que l’adversaire, incapable de lui apporter la
contradiction, pourrait recourir à un subterfuge consistant à abandonner la thèse des
assassinats en « chambres à gaz » pour d’autres thèses de remplacement. Aussi, dans
une déclaration finale en forme de mise en garde, écrit-il : « Imaginer de nouveaux
scénarios et de nouvelles techniques de meurtre en masse, en contradiction avec les
témoignages, relèverait de la fabrication d’atrocités hollywoodiennes et non de
l’historiographie. »
Pour toute réponse à la publication du rapport de Germar Rudolf, le gouvernement
allemand engagea des poursuites judiciaires contre son auteur, ordonna la destruction de
l’ouvrage, démit Germar Rudolf de son poste et le contraignit à se réfugier
clandestinement à l’étranger. (41)
Enfin, en l’an 2000, eurent lieu sur le terrain des mesures du plus haut intérêt,
celles opérées par Richard Krege. Ce jeune ingénieur australien eut l’idée d’utiliser un
radar d’analyse du sous-sol (Ground Penetrating Radar), système permettant de déceler
sans ambiguïté (la propagation de ces ondes radar dans le sous-sol varie fortement si la
partie mesurée a été remuée en profondeur ou non) à un endroit donné, si le sol a été un
jour retourné, même à une date fort éloignée. Avec le révisionniste suisse Jürgen Graf, il
se rendit sur les sites polonais de Belzec, Sobibor, Treblinka et Auschwitz. Dans les
trois premiers camps, l’absence de fosses communes put être constatée. De même à
Auschwitz, sauf en des endroits précis où l’on savait déjà que des tombes communes (à
l’exclusion de toute fosse gigantesque) avaient existé. Ces expertises de Richard Krege

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39 Süddeutsche Zeitung, 14 mars 1992, p. 8. [Il a été poursuivi par la suite, et emprisonné. Il vient d’être à nouveau
condamné à quatre ans de prison, à Vienne. Note de l’éditeur, début 2006.]
40 Germar Rudolf, Gutachten über die Bildung und Nachweisbarkeit von Cyanidverbindungen in den Gaskammern
von Auschwitz, 3e édition, 1994, 114 p. Trad. française disponible chez Vrij Historisch Onderzoek (www.vho.org).
41 Voir le gros ouvrage de Germar Rudolf (Ernst Gauss), Grundlagen zur Zeitgeschichte, Grabert (Postfach 1629, D-
72006 Tübingen, Allemagne), 1994, 416 p. Édition, fortement enrichie, en langue anglaise : Dissecting the
Holocaust, 2000, Theses & Dissertations Press, PO Box 64, Capshaw, Alabama 35142, Etats-Unis d’Amérique.

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ne font que confirmer ce qu’avait pu établir, huit ans auparavant, le canadien John C.
Ball. Celui-ci avait analysé toutes les photos aériennes d’époque prises par des avions de
reconnaissance alliés (et aussi allemands) au-dessus des camps actuellement en territoire
polonais. Sur celles-ci, prises évidemment à l’improviste, on ne note aucune installation
qui puisse être celle de la mise en oeuvre d’un meurtre de masse, aucune concentration
suspecte de prisonniers face à un bâtiment, aucune fumée sortant des bâtiments dévolus
à la crémation. Ces photos sont la preuve matérielle irrécusable que ces camps n’étaient
rien d’autre que des camps de travail ou de transit.

LES « PROCÈS » DE NUREMBERG:
L’IMPOSTURE JUDICIAIRE

Il est impossible de comprendre le vingtième siècle si l’on ne s’est pas penché sur
ce qu’on peut tenir pour le plus grand procès en sorcellerie de tous les temps: le
procès de Nuremberg de 1945-1946 (suivi d’autres du même nom). Nous nous référons
ici à celui qu’il est convenu d’appeler le TMI – Tribunal militaire international -, dont le
texte fondateur fut celui issu de l’« Accord de Londres » (8 août 1945). Bornons-nous
ici à citer des articles du statut fondateur de ce tribunal d’exception :
art. 19 : « Le Tribunal ne sera pas lié par les règles techniques relatives à
l’administration des preuves (…) ». Toute pièce que le tribunal estimait avoir valeur de
preuve était admise. Le tribunal pouvait accepter des pièces à conviction sans s’assurer
de leur fiabilité et rejeter des preuves à décharge sans donner de raisons. On pouvait
donc forger des « pièces à conviction » et ignorer des pièces à décharge. Ce qui fut fait,
à grande échelle.
art. 21 : « Le Tribunal n’exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de
notoriété publique, mais les tiendra pour acquis ». C’est le tribunal lui-même qui
décidait ce qu’était « un fait de notoriété publique ».
art. 13 : « Le Tribunal établira les règles de sa procédure. Ces règles ne
devront en aucun cas être incompatibles avec les dispositions du présent Statut ». Il
s’agit bien là d’une véritable monstruosité juridique : les juges sont habilités à
improviser leur propre code de procédure pénale !
Carlos W. Porter, né en 1947 en Californie, traducteur professionnel, a eu le
mérite de se plonger dans les quarante-deux volumes (aussi bien en anglais que dans la
version allemande) des actes du procès de Nuremberg. (42)
Ce qu’il nous relate est consternant : le président du tribunal, Sir Geoffrey
Lawrence, ne comprenait pas l’allemand. L’accusateur en chef, Joseph Jackson, non
plus. Le procureur général Robert M. W. Kempner, personnage clé du tribunal, était un
israélite allemand animé d’une haine ouverte et incandescente pour les Allemands. C’est
lui qui fut le promoteur du « procès-verbal de Wannsee », document qui fut présenté
tardivement (1947) dans l’un des procès « américains » de Nuremberg comme le compte
rendu d’une conférence de hauts dignitaires allemands à Berlin-Wannsee en janvier
1942 sur l’organisation de l’anéantissement des juifs. Or il ne s’agit pas d’un « procès-

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42 Carlos W. Porter, Non coupable à Nuremberg, 1996, Granata, Box 2145, Palos Verdes, CA 90274, Etats-Unis
d’Amérique.

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verbal », mais d’un document ne comportant ni cachet, ni date, ni signature, aucune
indication de service, aucun numéro de dossier permettant de l’enregistrer,
dactylographié sur une machine ordinaire ; de toute façon, il ne traite que d’une
évacuation des juifs européens vers l’Est et non d’une extermination de ces juifs. (43)
Au grand procès lui-même, c’est-à-dire en 1945-1946, la défense produisit 102
témoins à décharge, et 312 000 déclarations écrites (XXI-287, 397-398) concernant les
prétendues « organisations criminelles » ; sur ce nombre, seulement quelques douzaines
furent traduites en anglais ; le tribunal ne fut donc pas en mesure de les lire ! Par
ailleurs, une seule déclaration de l’accusation (D-973) fut considérée comme une
réfutation de 136 000 documents de la défense. De plus, 6 déclarations écrites et
présentées par l’accusation furent considérées comme ayant « réfuté » les témoignages
des 102 témoins de la défense (XXI- 153).
Un examen, même rapide, des sources de « preuves » présentées au procès de
Nuremberg est édifiant. Les documents utilisés comme preuves étaient des
« photocopies » de « copies ». Beaucoup de ces documents donnés comme « documents
originaux » étaient écrits entièrement sur du papier sans en-tête et sans aucune marque
faite à la main, par des personnes inconnues. Parfois s’y trouvait un paraphe
« certifiant » le document comme étant une « copie conforme ». Beaucoup furent
« trouvés » par les Russes, ou « certifiés » par des « commissions de crimes de guerre »
soviétiques.
On réplique parfois que les Alliés auraient étudié 100.000 documents, puis choisi
1000 documents qui furent présentés devant le Tribunal, les originaux étant archivés
ensuite au Palais de la Paix à La Haye. Erreur !
Et Carlos Porter de poursuivre :
Au Palais de la Paix [à La Haye], il n’y a pratiquement pas d’originaux
allemands datant de la guerre. En revanche, on y trouve des « déclarations »
écrites après la guerre, le procès-verbal de la Commission du tribunal de
Nuremberg (structure de pré-analyse de recevabilité des documents), ainsi que du
matériel de la défense. Concernant les documents originaux allemands, le Palais
de la Paix n’en possède que des « photostats » négatifs (c’est-à-dire des
photocopies), sur du papier très fragile et qui a été agrafé. Chose étrange, les
National Archives de Washington (cf. Telford Taylor, « Use of Captured German
and Related Documents », conférence tenue sous les auspices des National
Archives de Washington) prétendent que les documents originaux seraient à La
Haye. La Haye prétend que les documents originaux seraient aux National
Archives américaines. La « Stadtarchive Nürnberg » et la « Bundesarchiv
Koblenz » n’ont pas de documents originaux du procès de Nuremberg non plus.
Un nombre important de documents, falsifiés ou sans valeur, furent présentés par
l’accusation, tel le document 1721-PS, ou le « discours de Hitler » (1014-PS), écrit sur
du papier sans en-tête, sans signature, sans cachet, par un inconnu ; et encore le
document L-3, qui ne fut cependant pas accepté par le tribunal comme preuve, mais
dont 250 copies furent distribuées à la presse comme authentiques ; et le 812-PS

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43 En 1992, l’historien israélien Yehuda Bauer parla d’« histoire inepte » (silly story) à propos de la thèse selon
laquelle la politique d’extermination physique des juifs aurait été lancée à Wannsee, le 20 janvier 1942 (The
Canadian Jewish News, 30 janvier 1992). Huit ans plus tôt, en mai 1984, les historiens « officiels » allemands
Eberhard Jäckel et Jürgen Rohwer avaient, discrètement, largué cette thèse (Der Mord an den juden im Zweiten
Weltkrieg, DVA, 1985, p. 67). Soit dit en passant, on a là un exemple de découverte révisionniste confirmée par les
historiens orthodoxes.

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présenté comme « copie conforme » d’une lettre non signée, présenté comme une lettre
de Rosenberg, ne comportant ni paraphe, ni numéro de fiche, et qui n’avait pas été
trouvée parmi les effets personnels du destinataire ; le 81-PS, par exemple, est une
« photocopie » avec un numéro de pièce à conviction soviétique (URSS-353 ; XXV,
156-161).
Tout cela paraissait, à Nuremberg, parfaitement normal. Le document 386-PS, dit
« protocole Hossbach », prétendu discours de Hitler du 5 novembre 1938, est une
« photocopie conforme » d’une « copie certifiée sur microfilm » d’une « copie
conforme » re-dactylographiée par un Américain, d’une « copie conforme » redactylographiée
par un Allemand (des notes prises par Hossbach et jamais approuvées
par Hitler lui-même), d’un discours de Hitler, écrit de mémoire par Hossbach cinq jours
plus tard. Carlos Porter fait remarquer avec humour qu’il ne s’agit pas ici de l’un des
pires documents, mais de l’un des meilleurs, parce que nous savons qui a préparé l’une
des « copies ».
Il conclut justement : « Une telle procédure était établie en violation des règles de
preuve de n’importe quel pays civilisé. De plus les documents n’étaient pas identifiés par
des témoins. »
Une sinistre illustration de ces infamies à Nuremberg concerne le cas de Wilhelm
Keitel, ancien chef de l’OKW (État-Major de la Wehrmacht). L’essentiel des « preuves »
contre Keitel consistait en des « rapports » de « commissions soviétiques de crimes de
guerre » (XVII, 611-612) présentés sous forme de « résumés » avec des jugements, des
conclusions, des généralisations, sans aucune annexe de preuves ou documents de base.
Il y était fait référence à des agences militaires allemandes incorrectement désignées.
Ces documents soviétiques comptèrent beaucoup pour la condamnation à mort de
Keitel. Citons parmi ceux-ci le document URSS-4, « rapport » accusant les Allemands
d’avoir propagé exprès des épidémies de typhus pour exterminer la population
soviétique! Le document 470 contre Keitel est une « copie conforme » (donc un
document réécrit à la machine pour en faire la copie) d’un « document original » écrit
entièrement en serbo-croate, avec une « signature » de Keitel tapée à la machine ! Keitel
n’entendant pas le serbo-croate, on prétendit au procès qu’il s’agissait d’une
« traduction » écrite en allemand, d’un original à présent introuvable (XV, 530-536).
Keitel fut condamné à mort et pendu.
Des actions parfaitement légales furent considérées comme des « crimes », étaient
considérées comme des inconvénients insignifiants quand elles étaient perpétrées par les
Alliés. Par exemple, Seyss-Inquart fut condamné à mort pour des actions de représailles
à la suite de sabotages ou résistance armée. Pourtant il avait été expressément admis par
l’accusation que des membres de la résistance, des francs-tireurs, pouvaient être fusillés
(V, 405).
Celui qui n’a pas pris personnellement connaissance des documents de Nuremberg
ne peut pas concevoir le caractère abracadabrant des accusations que les vainqueurs
portèrent contre les vaincus. Des énormités furent proférées tout au long du procès.
Smimov, l’avocat général soviétique, évoqua les « planchers électrisés » du camp
de Belzec (VII, 577) et Walsh, le substitut du procureur général américain, évoqua, pour
sa part, l’extermination massive de juifs dans les « chambres à vapeur » de Treblinka
(111, 570-57 1).
Marie-Claude Vaillant-Couturier, témoin de l’accusation, témoigna sous serment
avoir vu la chambre à gaz en bois (!) du camp de Ravensbrück (VI, 233). Il est vrai que
cette célèbre militante communiste, impitoyable témoin à charge à Nuremberg, osera
nier froidement, un peu plus tard, l’existence des « goulags soviétiques » ! (44)

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44 Histoire parallèle, émission de Marc Ferro, sur Arte, 18 mai 1996.

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Bien que les services de renseignement alliés (et notamment anglais) eussent su
depuis l’origine du massacre que c’étaient les Soviétiques qui avaient délibérément
exécuté des milliers d’officiers polonais à Katyn en 1940, ils avaient laissé courir la
rumeur que les Allemands en étaient les auteurs. Plus tard, les Soviétiques pendirent,
pour ce crime, sept officiers et soldats allemands : Ernst Böhm, Ernst Geherer, Herbard
Janicke, Heinrich Remmlinger, Erwin Skotki, Eduard Sonnenfeld et Karl Strüffling, et
ils condamnèrent à vingt ans de travaux forcés trois autres innocents allemands : Arno
Diere, Erich Paul Vogel et Franz Wiese. (45)
Le président Jackson demanda si 20.000 juifs n’avaient pas été volatilisés à
Auschwitz à l’aide d’une sorte de bombe atomique (XVI, 551).
Il fut question, par exemple, de véhicules spéciaux aménagés pour gazer des gens,
des « camions à gaz », qui auraient mis à mort des dizaines de milliers de personnes.
Pas une seule photographie de ce genre de véhicule ne put être présentée à Nuremberg !
Le territoire allemand, en ce début de l’année 1946, était totalement occupé par les
Alliés qui avaient donc toute latitude pour rechercher et produire un « camion à gaz ».
L’armée allemande ne possédait que d’inoffensifs camions de désinfection pour
l’épouillage des vêtements.
Smirnov, déjà cité, affirma au procès que les Allemands avaient utilisé des « fours
crématoires mobiles » pour y brûler 840.000 corps. Le même cita un « rapport » (VII,
569-570) de la « Commission extraordinaire d’Etat sur les crimes des envahisseurs
hitlériens en Lithuanie » : 100.000 corps, disait l’accusation, avaient été déterrés par les
Allemands en six mois, entassés par tas de 3000 qu’on avait arrosés de pétrole et ces
bûchers avaient été activés par quatre bombes incendiaires placées aux quatre coins du
bûcher. Alléguant que les traces du crime avaient été minutieusement effacées, le
Ministère public se dispensait d’apporter les preuves de son accusation.
La population allemande « avait pu rester propre » jusqu’à la fin de la guerre, osa
dire, le 8 février 1946, le général Rudenko, procureur général soviétique au procès de
Nuremberg, en lisant devant le Tribunal « l’appel à l’opinion mondiale [lancé] par les
représentants de plusieurs milliers d’anciens internés dAuschwitz » qui mentionne que
« les cadavres fournissaient aussi des huiles et des graisses destinées à des usages
techniques et même à la fabrication de savon » (VII, 183).
Trente-sept ans plus tard, Georges Wellers, ancien directeur scientifique du Centre
de documentation juive contemporaine de Paris, devait officiellement annoncer en 1983
que « la fabrication de savon à partir de graisses humaines appartient à la catégorie des
« bobards » qui circulaient déjà dans les camps ».
Un témoin essentiel du procès, en tous cas celui dont la déposition contribua de
façon décisive à lancer le chiffre de six millions de victimes juives, fut Wilhelm Höttl.
Cet officier allemand, arrêté à la fin de la guerre par les Américains, interné, et cuisiné
par les nombreux « conseillers » qui récoltaient des témoignages parmi les prisonniers,
accepta de passer au service des vainqueurs afin de travailler désormais pour le CIC
(ancêtre de la CIA), et d’améliorer ainsi son sort. (46) Il fut transféré dans un quartier
réservé, comme témoin spécial au procès de Nuremberg, sans être mêlé aux autres
accusés allemands. Ayant déclaré avoir connu Eichmann (l’organisateur des transferts
de juifs vers l’Est européen), W. Höttl accepta de déposer un affidavit (document écrit,
sous serment) dans lequel il mentionnait que le même Eichmann (introuvable à l’époque
du procès de Nuremberg) lui aurait confié un jour que le nombre de juifs exterminés, à
la date d’août 1944, pouvait se monter à quelques six millions. Le chiffre fut lancé. Les

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45 Voir notamment Rivarol, n° 2248, 2 juin 1995, p. 12.
46 CIC : Counter Intelligence Corps (branche « contre-espionnage » de l’OSS devenue ensuite CIA). Selon d’autres
chercheurs, Höttl aurait déjà travaillé comme espion au service des anglo-saxons bien avant cette date.

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avocats des accusés demandèrent la comparution de cet étrange témoin mais en vain. Ce
fut cela, Nuremberg : une entreprise de « faux-monnayeurs », où la fausse monnaie
(déclarations fantaisistes, mensongères, ou calomnieuses, un affidavit unique, voire des
« aveux » extorqués sous pression physique ou morale), était transformée en monnaie
ayant cours légal (l’histoire officielle). Le « procès » de Nuremberg fut le théâtre d’un
blanchiment d’accusations mensongères, comme ailleurs on blanchit l’argent sale de la
pègre.
La comparaison avec les procès en sorcellerie des XVIe et XVIIe siècles crève ici
les yeux. L’objectif de ces tribunaux religieux, avant que de mettre à mort dans les
flammes la présumée sorcière, était d’obtenir ses aveux publics et autant que possible
des témoignages « prouvant » que la malheureuse accusée avait bien forniqué avec le
diable. Une défense rationaliste fondée sur l’inexistence du diable eût été impensable de
la part de l’accusée et, pour le coup, eût entraîné illico au bûcher cette hérétique, cette
« négationniste ». En l’absence d’aveux de sa part, l’intervention providentielle d’un
« témoin » entraînait de facto la condamnation. Ce témoin pouvait être un ancien suppôt
du diable. Repenti entre temps, il jurait avoir entendu le diable ou à défaut l’un de ses
sectateurs, lui affirmer que la fornication était avérée. Tel avait été le cas du « témoin »
W. Höttl.
Le procès de Nuremberg était-il cependant justifiable ? Et le vainqueur était-il en
mesure de juger équitablement le vaincu ? On peut dire, à la lumière de ces quelques
énormités, avec Carlos Porter, que la simple consultation des sténotypies du procès
permet de trancher le débat. Le procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal
Militaire International n’a été qu’un lynchage judiciaire, qu’une gigantesque farce. Dès
lors, la sagesse impose de ne pas croire sans vérification préalable ce qui aurait été
« établi » à Nuremberg. Les conséquences d’un tel constat sont immenses.
Toute l’histoire de l’Allemagne entre 1933 et 1945 doit en conséquence être
revue, revisitée, réécrite.

LE « PROCÈS D’AUSCHWITZ »
(FRANCFORT, déc. 1963-août 1965)

Nous étions alors dans les années 1960. Quel était, plus de quinze ans après 1945,
l’état d’esprit des Allemands ?
Ecoutons Wilhelm Stäglich :
La majorité du peuple allemand n’y avait de toute façon pas vraiment cru. Il
subsistait des doutes notables quant à l’ampleur de l’extermination des juifs. En
revanche, les atrocités commises par les Alliés sur des « criminels de guerre »
incarcérés, les châtiments infligés pour des actions qui n’ont jamais été prouvées,
enfin et surtout les procès des chambres d’épuration intentés par des
« Allemands » contre d’autres Allemands (ce qu’on a appelé la « dénazification »)
et qui ont affecté presque chaque famille allemande avaient suscité dans de larges
couches de la population une vive amertume et même de la sympathie pour les
victimes de ces vengeances déguisées en justice. On ne voulait pas en entendre
parler. Ainsi la chasse aux nazis devint-elle de jour en jour plus impopulaire et
d’autant plus que les doutes au sujet des massacres de juifs se multipliaient et qu’à
partir de 1955 il devenait incontestable que les « chambres à gaz » exhibées après

l’effondrement du Reich, principalement à Dachau, mais aussi dans d’autres camps
n’avaient jamais existé durant l’époque du IIIe Reich. Dans ces circonstances, il
n’était pas étonnant que des voix se fissent entendre pour exiger de mettre un
terme à la « réparation » financière envers Israël décidée par le chancelier
Adenauer. C’est à coup sûr cette attitude qui a fait naître l’inquiétude chez tous
ceux qui avaient profité de la défaite allemande et du mensonge des six millions,
et qui entendaient continuer à en profiter. Les moyens de chantage politique et
financier sur le peuple allemand allaient se trouver compromis. Il fallait donc
rechercher de nouvelles voies pour maintenir l’un et l’autre.
[…] Considérant la foi quasi proverbiale que professe l’Allemand envers
l’autorité, il était tout indiqué de faire désormais entrer en action la justice
allemande et d’abuser de ses tribunaux en vue de ressusciter le complexe de
culpabilité sur de nouvelles bases. (47)
Comme le rappelle opportunément W. Stäglich, après la fin des procès des
criminels de guerre organisés par les puissances occupantes, les prétendues atrocités
nazies étaient rapidement tombées dans l’oubli au sein du peuple allemand ; par ailleurs
aucune expertise de l’arme du crime (assassinat par le gaz dans des installations
spécialement élaborées) n’avait eu lieu (et n’aura jamais lieu).
Le drame, dans des procès tels que celui, à Francfort, des « gardiens
d’Auschwitz » (1963-1965) est que l’avocat de la défense n’a généralement aucun intérêt
à ce que soit établie la vérité historique. Il se limite à présenter ce qui sera favorable à
son client ou du moins ne lui fera pas de tort. Quant au parquet, il ne faut pas oublier
que son représentant est un fonctionnaire, dépendant du pouvoir politique en place. Ces
gens-là se nourrissent pour ainsi dire en permanence d’une condamnation du régime qui
ne s’est installé que par la grâce des forces d’occupation, après la chute du Reich. Les
magistrats du parquet acceptent, sans la moindre réticence, l’arrière-plan historique tel
qu’il a été déterminé par les hommes qui, dans l’ombre, ont incité à ces procès dans un
but purement politique. Nous en arrivons là à une particularité propre à la magistrature
du parquet qui existe seulement dans les procès contre les « nazis ».
Autre point troublant : la mort suspecte de Richard Baer, dernier commandant
d’Auschwitz, mort survenue juste avant sa comparution, quand on sut qu’il ne parlerait
pas des « chambres à gaz ».
Et Stäglich de résumer avec amertume : « C’est ainsi qu’on a rendu et qu’on rend
la justice en Allemagne ». Il conclut :
[…] Cette manière de déterminer le verdict rappelle de la façon la plus
pénible la procédure utilisée dans les procès de sorcellerie d’autrefois. À cette
époque aussi, comme chacun sait, le crime n’était que « présumé », parce qu’il
était au fond impossible à prouver. Même les juristes les plus éminents de ce
temps-là […] soutenaient que, dans le cas de « crimes difficiles à prouver », on
pouvait renoncer à établir la matérialité objective du fait si la «présomption»
plaidait en faveur de son existence. Quand il s’agissait de prouver qu’il y avait
eu commerce charnel avec le diable ou que tel emplacement était un lieu de
sabbat ou autres sornettes, les juges de cette époque se trouvaient exactement
dans la même situation que nos magistrats «éclairés» du vingtième siècle face
aux chambres à gaz. Ils étaient obligés d’y croire sous peine de finir eux-

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47 Le Mythe d’Auschvitz, op. cit., p. 317 (édition française).

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mêmes sur le bûcher ; ce fut le même dilemme, bien que transposé, pour les
juges de la cour d’assises de Francfort appelés à se prononcer sur Auschwitz.
(48)

DES LOIS D’EXCEPTION CONTRE LES RÉVISIONNISTES

L’extermination des Juifs d’Europe par les Allemands entre 1941 et 1945, alléguée
par les organisations juives, admise par les pays d’Occident qui ont presque tous fini par
se la voir imposer comme vérité d’Etat (comme on dirait religion d’Etat), n’a pu
matériellement avoir lieu. Il s’agit là d’une conclusion fondée scientifiquement sur un
faisceau concordant de preuves : parmi les centaines de milliers de documents
d’archives en notre possession, on est frappé par l’absence totale de directives ou
documents allemands à propos d’une mise en oeuvre de mesures d’extermination.
L’absence de pièces faisant référence à d’éventuelles directives en ce sens, l’analyse des
témoignages, des dépositions à divers procès, des nombreux documents dont nous
disposons, des conclusions des chercheurs impartiaux sur le sujet (c’est-à-dire
suffisamment honnêtes pour n’avoir aucun intérêt à la propagation d’affirmations sans
preuves), de l’analyse des flux et reflux de populations et, enfin, des rapports
scientifiques d’expertises (des locaux et des processus invoqués) qui concluent tous à
l’impossibilité matérielle de la mise en oeuvre d’un tel processus ne peuvent que
renforcer notre incrédulité.
Et pourtant le summum de l’imposture est encore à venir. Le voici.
Non seulement il faut croire, sans aucune preuve et même avec la preuve du
contraire, que six millions de juifs sont morts du fait des Nazis, dont une grande partie
dans des abattoirs humains fonctionnant avec un insecticide, mais encore on en est venu
à instituer des lois spéciales dans presque tous les pays occidentaux afin de punir par la
prison, par l’amende ou par l’interdiction professionnelle ceux qui émettent
publiquement des doutes sur le sujet.
Il s’agit donc bien d’une croyance de type religieux. Qui s’aviserait en pays d’Islam
de contester publiquement l’existence d’Allah, l’authenticité du Coran ou le caractère
sacré de la Mecque ? Qui s’aviserait de ricaner devant le Mur des Lamentations ? Que
serait dans ce cas la sentence «unanime» ?
Qui dit croyance religieuse dit hiérarchie religieuse, avec ses privilèges, ses rites
et ses sites, ses grands prêtres, son Inquisition, ses excommunications, ses fulminations.

LE SCANDALE D’AROLSEN-WALDECK

Arolsen, petite ville d’Allemagne du Nord, dans l’ancien Waldeck, est le siège d’un
grand bâtiment, centre de recherches qui contient des informations capitales.
C’est en effet à Arolsen que se trouve le Service international de recherches sur les
victimes des camps de la dernière guerre et essentiellement des camps nationauxsocialistes.

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48 W. Stäglich, Le Mythe d’Auschwitz, op. cit., (édition française, p. 382-383)

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Outre sa fonction, naturelle, de recherche systématique, ce centre est chargé, face
aux éventuelles demandes de recherche ou d’indemnisation de familles de disparus, de
vérifier leur concordance avec les multiples fiches d’état civil et autres listes
nominatives : listes nominatives de convois de déportés, tant au départ qu’à l’arrivée,
listes internes aux divers camps allemands, listes de détenus transférés, registres
d’infirmeries des camps, registres des morts de ces mêmes camps, autres listes de
détenus. Un des aspects importants de l’activité de ce centre est la confrontation des
données dont il dispose avec les réclamations ou les recherches nominatives concernant
tel ou tel disparu.
On peut s’en étonner mais ce Service, bien que situé en territoire allemand et placé
sous la tutelle du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de Genève, est sous
souveraineté « alliée » et… israélienne. Il comporte une proportion élevée de juifs dans
son équipe de direction. De même qu’est d’origine juive le responsable du très officiel
Institut de recherche d’histoire contemporaine de Munich. De même que la responsable
du camp-musée de Dachau. De même que le responsable du camp-musée d’Auschwitz
actuel et ses prédécesseurs.
Les informations et les statistiques dont dispose en abondance le centre d’Arolsen
sont, on s’en doute, d’une importance capitale. Car elles sont la clé ultime : c’est là qu’il
est patent qu’un holocauste a eu lieu ou n’a pas eu lieu. En effet, puisque les droits à
pension sont logiquement liés, pour les ayant-droits, à un passage au crible d’Arolsen,
on va pouvoir, disposant des statistiques et des résultats nominatifs, cerner par ce moyen
le nombre total des victimes des camps allemands. J’envisageais donc de me rendre à
Arolsen. Mais le professeur Faurisson me rappela à la réalité.
Il se gaussa de ma naïveté en cette affaire. Les données d’Arolsen, plus de 55 ans
après la fin de la guerre, sont toujours tenues rigoureusement secrètes. Elles sont encore
et toujours interdites d’accès aux chercheurs, quels qu’ils soient. De crainte de fuites
dévastatrices. On a compris qu’en effet Arolsen détient les chiffres les plus approchants,
la vérité en somme, sur l’ampleur du nombre des victimes de la « barbarie nazie », et
surtout avec des listes nominatives vérifiées. Le professeur me convainquit qu’il ne
serait pas possible, autrement que par ruse, d’avoir accès aux données d’Arolsen. Charles
Biedermann, le directeur du centre d’Arolsen, cité par la défense au procès Zündel
(Toronto, avril 1988), n’avait pas consenti devant le tribunal canadien à dévoiler le
nombre de décès dûment répertoriés qu’il détenait pourtant. « Il serait prématuré de
donner ces chiffres », fut sa réponse éhontée à la demande expresse de Robert
Faurisson, assistant d’Ernst Zündel au procès en question. On a bien entendu :
prématuré. En 1988 on était pourtant à 43 ans de la fin des hostilités !
Toutefois, les révisionnistes sont gens obstinés, patients, rusés quand il le faut, et
surtout ils sont, dans leur ensemble, armés d’outils bien affûtés.
Pour authentifier un décès de prisonnier en camp de concentration, il faut disposer
d’informations fiables et concordantes : preuve de la déportation (liste d’époque
afférente à un convoi donné) et mention chronologique sur une liste des décès du camp
(d’après ces Sterbebücher qui étaient méticuleusement tenus par l’administration des
camps, connus, pour Auschwitz, quasiment en totalité). Ces listes, quand on en dispose,
sont précieuses en ce qu’elles rassemblent, outre les noms, prénoms et dates des décès,
des données d’état civil concernant la personne, son pays d’origine, son ethnie ou sa
religion. Mais qu’advient-il d’une demande de recherche concernant une personne ne
figurant ni sur une liste d’entrée, ni sur une liste de décès, ni sur une liste
« intermédiaire » (liste de prisonniers transférés d’un camp à un autre, liste isolée de
membres d’un Kommando de travail interne à un camp, …) ? Un témoignage isolé par
exemple ne saurait ici être probant. Et des prisonniers décédés dans un camp dont les

archives ont été perdues ont pu n’être « réclamés » après-guerre par aucun proche
existant. Ceux-là vont échapper au crible d’Arolsen. C’est bien pour cela que les chiffres
d’Arolsen sont en quelque sorte des chiffres par défaut et Arolsen ne peut prétendre,
comme le croient parfois certains, donner le chiffre de la totalité des décès en camps de
concentration. Ce centre a établi un nombre de décès authentifiés par lui avec certitude
face au total des demandes nominatives de personnes disparues. Après examen des
archives soviétiques, cachées jusqu’ici pour un certain nombre d’entre elles jusqu’à
l’effondrement de l’URSS (ce qui d’ailleurs n’a pas fait notablement varier le nombre de
victimes auquel avait abouti Arolsen avant cela), le nombre total de victimes
« réclamées » dont les demandeurs ou les ayant-droits ont des raisons de penser qu’elles
ont pu décéder dans des camps de concentration hitlériens, toutes origines ou ethnies
confondues, est de 396.081 (arrondissons à quatre cent mille), selon les derniers chiffres
en notre possession. C’est là le total des fiches nominatives « entrées » à Arolsen. Parmi
ces noms-là, Arolsen a pu authentifier les décès de 291.594 peronnes (arrondissons à
trois cent mille), toutes origines confondues.
L’intérêt majeur des chiffres d’Arolsen vient de ce qu’ils sont établis selon une
démarche qu’on peut qualifier de révisionniste en ce sens qu’ils sont arrêtés à partir de
recherches documentaires croisées sur documents d’origine. Une remarque capitale à
propos des chiffres-résultats d’Arolsen : au cours du temps, ils se sont stabilisés, et ne
varient plus que de façon mineure. La révélation des archives de l’ex-URSS après 1991
n’a pas non plus apporté de modification significative du nombre des décès authentifiés.
On comprend alors pourquoi la publication ouverte de ces chiffres serait dévastatrice.
On imagine l’effroi qui saisit les autorités en charge de la version officielle des six
millions de victimes juives à l’idée des conclusions logiques et imparables que la
recherche révisionniste pourrait tirer des chiffres d’Arolsen. À coup sûr, c’est là qu’il
faut trouver la raison de la suppression par les autorités du Centre de recherches
d’Arolsen, en 1978, de son Historische Abteilung (département d’histoire).
En effet, en partant des chiffres certifiés par Arolsen, le nombre des décès
authentifiés des détenus d’origine juive, morts dans tous les camps hitlériens pour toute
la période 1933-1945, et pour toutes raisons, peut être estimé à un total à coup sûr
inférieur à 200.000 (car deux cent mille morts juifs supposerait un pourcentage bien trop
élevé, de 2/3 de juifs, dans le total des détenus des camps).
Deux cent mille décès authentifiés de juifs, au maximum, dans tous les camps
allemands, pour toute la durée de la guerre. Voilà ce dont on est certain, a établi le
Centre de recherches d’Arolsen, même si ce même centre refuse obstinément d’en
publier le chiffre. Il est patent que nombre d’autres personnes d’origine juive sont aussi
mortes, et pour d’autres raisons, entre 1941 et 1945, ailleurs que dans les camps de
concentration : celles qui ont pu avoir été tuées dans les villes allemandes bombardées
sans relâche, celles décédées hors des camps par privations de toutes sortes. Mais la
mort de ces juifs-là ne différa pas de celle qui fut le lot de bien d’autres victimes non
juives de la guerre européenne.
Ce chiffre, répétons-le, même non exhaustif comme nous venons de le voir, est
dramatiquement inférieur aux allégations sans fondement des organisations juives.
Parallèle dévastateur, il est de l’ordre du nombre des victimes allemandes en deux jours
du seul bombardement de Dresde par les Alliés en février 1945…
Qu’un centre officiel, sous tutelle de plusieurs gouvernements, se refuse à publier
le résultat de ses recherches, constitue un véritable acte de forfaiture à l’égard de la
recherche historique. Nous avons droit à la vérité, partielle ou non. Le chiffre authentifié
des décès dans les camps de concentration ne peut rester caché autrement que par une
volonté d’obstruction de la vérité, de la part des autorités officielles. Ceci nous amène à

constater que ces mêmes gouvernements, dans ce que j’ose appeler un consensus
pervers, ont estimé avoir intérêt à tenir ces chiffres sous le boisseau, et se comportent
comme de véritables receleurs. Un jour prochain, prenons-en le pari, Arolsen devra
livrer ses chiffres. Avec pièces justificatives. Justificatives, et nominatives.
Winston Churchill, le général Eisenhower, le général de Gaulle, ont rédigé après
la guerre leurs Mémoires. (49) Dans aucun de ces volumineux ouvrages, il n’est fait
allusion à un quelconque massacre par asphyxie collective dans les camps de
concentration allemands. Autrement dit, ces trois personnages-clés du conflit, chefs de
gouvernements et chefs de guerre, par là même informés aux meilleures sources et qui
auraient pu offrir un témoignage capital, ne soufflent mot d’un crime qui eût été d’une
ampleur et d’une singularité sans précédent. Il en est de même des rapports réguliers de
la Croix-Rouge ; le CICR était admis à visiter les camps de concentration et ne s’en
priva pas, pendant toute la durée du conflit : dans ses rapports, jamais aucune mention
de « chambres à gaz », sinon comme d’une rumeur. Une délégation de la Croix-Rouge
visita ainsi le camp d’Auschwitz-Birkenau en septembre 1944, et expliqua dans son
rapport qu’elle n’avait pu trouver de preuve pouvant confirmer les rumeurs dont on lui
avait fait part. (50) Il en est encore de même du Vatican, qui fut pourtant
remarquablement informé pendant toute la durée de la guerre.
Les tenants de l’extermination, comme en désespoir de cause, objectent encore
que les unités qui se nommaient Einsatzgruppen (« Groupes d’intervention ») se sont
livrées à des exécutions sommaires de nombreux francs-tireurs et partisans (souvent
juifs et encadrés par des juifs, commissaires du peuple). Il est avéré que ces
Einsatzgruppen avaient bien pour mission de sécuriser l’arrière de la Wehrmacht en
URSS, par «nettoyage» des partisans notamment, que nombre de ceux-ci étaient en effet
juifs, que le commandement allemand de ces Einsatzgruppen pouvait ne pas se sentir lié
par les lois de la guerre puisque l’URSS n’avait pas adhéré à la convention de Genève
sur le traitement des prisonniers, et que de toute façon le principe de représailles est
admis à l’encontre de francs-tireurs ou partisans. Mais là encore, des études sérieuses
ont été menées sur l’action de ces mêmes Einsatzgruppen, dont on a notamment les
ordres du jour. Les « aveux » des hauts responsables de ces unités, Oswald Pohl et Otto
Ohlendorf notamment n’ont que bien peu de valeur, car ils ont été obtenus sous la
torture. (51) Et même si on admettait pour véridiques (Ohlendorf « donna » le chiffre de
90.000 exécutions) ces chiffres extorqués sous la torture, ils ne seraient pas de nature à
infléchir la conclusion qu’il n’y a nullement eu d’holocauste, ou de génocide, ni même de
tentative de génocide des juifs européens.
Si c’était le cas, comment faudrait-il alors qualifier la mort non naturelle
entre 1939 et 1948 de plus de 14 millions de civils et militaires de nationalité
allemande ? (52)

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49 W. Churchill (1874-1965), The Second World War, 1948-1954 ; général Eisenhower (1890-1969), Crusade in
Europe, 1948; général de Gaulle (1890-1970) Mémoires de Guerre, 1954-1959.
50 Documents sur l’activité de la Croix-Rouge en fàveur des civils détenus dans les camps de concentration en
Allemagne – 1939/1945, 2e éd., Croix-Rouge, Genève, juin 1946, p. 91-92.
51 Oswald Pohl fut martyrisé pendant plus d’un an, entre mai 1946 et son « procès » du 3 novembre 1947 devant un
tribunal militaire américain : pour en extorquer des « aveux », ses bourreaux (des « conseillers » américains d’origine
juive) lui faisaient notamment de profondes entailles dans la chair, sur lesquelles ils versaient du sel. Voir Prominente
ohne Maske, FZ-Verlag, Munich, 1998. Ceci fut révélé à la presse américaine le 20 mai 1949 par le sénateur Mac
Carthy.
52 Le nombre des morts ressortissants du IIIe Reich (Allemands, Autrichiens, Volksdeutsche) de la seconde
guerre mondiale est un sujet délicat qu’en Allemagne même il n’est pas de bon ton de rappeler ou de révéler. Car il
montre que l’Allemagne, parmi tous les belligérants européens, est le pays qui a subi proportionnellement et de loin,
le plus de pertes en vies humaines. Les évaluations (voir notamment : Erich Kern, Verheimlichte Dokumente,
Munich, FZ-Verlag, 1988 ; Heinz Nawratil, Schwarzbuch der Vertreibung 1945 bis 1948, Munich, Universitas,
1999 ; Claus Nordbruch, Der deutscbe Aderlaß, Tübingen, Grabert-Verlag, 2001 ; l’ouvrage bien documenté de

Wolfgang Popp, Wehe den Besiegten !, Tübingen, Grabert, 2001) dépassent les quatorze millions de victimes
allemandes (civils et militaires) :
1/ victimes (essentiellement des civils) des bombardements de terreur alliés sur les villes allemandes : au
moins 650.000 ;
2/ victimes militaires (morts au combat ou victimes de partisans, « manquants » jamais revenus) : 4.800.000 ;
3/ victimes de la Vertreibung [expulsion] de 1945 à 1948: (1. Allemands des terres de l’Est: 2.230.000 ; 2.
Allemands de la Volga et autres : 350.000 ; 3. Allemands, mais non nés à l’Est: 220.000 ; en tout: 2.800.000 ;
4/ « morts pour raisons diverses » (dont famine organisée, de 1945 à 1949) militaires, dans les camps alliés, et
civils allemands dans les 3 seules zones « occidentales » d’occupation : 5.700.000 (voir James Bacque, Morts pour
raisons diverses) ;
5/ autres (morts en camps de concentration russes – jusqu’en 1955 – et en « RDA » occupée, et dans les camps
polonais, tchèques ou yougoslaves, après mai 1945) :1.430.000.

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YAD VASHEM

En janvier 2001, à l’invitation de proches basés à Amman en Jordanie, un couple
de mes amis avait souhaité visiter Petra, la mer Morte, Aqaba et divers sites grecs et
romains de la Décapole. Ils sont accueillis comme prévu, à 2 h du matin, à leur descente
d’avion. Ils roulent vers la capitale jordanienne distante d’une quarantaine de kilomètres.
Leur hôte leur fait savoir qu’en raison d’un contre-temps il sera trop occupé dans
l’immédiat pour se consacrer à leurs projets communs, qu’il propose de différer de
quatre jours. En attendant, il leur suggère de se rendre, seuls, en Israël. Le lendemain,
les amenant au pont Allenby, passage le plus proche pour Israël, il leur conseille de
loger pour trois ou quatre nuits au sein de la vieille ville de Jérusalem, dans un couvent
chrétien par exemple ; après quoi ils n’auraient qu’à prendre au retour un taxi collectif
jusqu’au même pont Allenby où il enverra un taxi. Le soir même, ils se retrouvent à
Jérusalem, et, pour une première nuit, « entrent au couvent » près de la via Dolorosa.
Ils passent la journée du lendemain dans les quartiers anciens de Jérusalem. Ils en
visitent le quartier chrétien. Ils se rendent au Mur des lamentations, par la partie arabe.
Ils observent les quartiers populaires palestiniens où la foule est quadrillée comme à son
insu par de jeunes juifs « banalisés musulmans » (les Mistavrazim), armés et munis de
discrets téléphones portables, tandis que des caméras omniprésentes et haut situées ne
laissent aucun angle mort pour les observateurs israéliens postés dans quelque centre de
supervision.
Le Guide du Routard signale qu’il ne faut pas manquer la visite de Yad Vashem, à
quelques kilomètres à l’ouest de Jérusalem. J’avais également conseillé cette visite à mes
amis. Deux jours après leur arrivée à Jérusalem, ils se rendent donc à Yad Vashem, par
l’autobus. Après dix minutes de marche, ils atteignent le musée-mémorial. Ils en visitent
les différentes parties, le jardin des Justes, la crypte avec la flamme, le bâtiment
émouvant avec ses milliers de petites étoiles qui vous entourent dans une semiobscurité,
des salles à thèmes, des bâtiments en travaux. Ils retournent au bâtiment
principal, dans le hall d’accueil. Des ouvrages présentés comme importants y sont
exposés sur un long comptoir. Bien en vue, disponible en trois langues, un ouvrage tout
récent, intitulé Les Profanateurs de la Mémoire ; l’auteur s’inquiète de l’argumentation
révisionniste (« négationniste », dans le jargon), jugée susceptible de troubler des gens
qui, a priori, ne sont pas nécessairement antisémites. Mes amis en acquièrent un
exemplaire en langue française. (53)

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53 Ephraïm Kaye, Les Profanateurs de la Mémoire / Faire face au Négationnisme, Yad Vashem, 2000. Cet ouvrage,
d’une extrême indigence argumentaire, ose passer sous silence les expertises et rapports scientifiques de Fred
Leuchter, Germar Rudolf, Walter Lüftl, John Ball, etc.

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Puis, l’homme se décide enfin à poser une question au responsable de cette salle
d’accueil. Esprit curieux, il souhaite « pour sa documentation personnelle, obtenir des
photos d’origine de ces chambres à gaz ayant fonctionné dans les camps de
concentration nazis ». À l’appui de sa demande, et de crainte que sa question trop directe
ne soit prise pour une impertinence, il se permet de faire savoir au responsable que les
Soviétiques, quand ils investirent le camp d’Auschwitz-Birkenau sans coup férir en fin
janvier 1945, auraient, forcément, trouvé de telles chambres à gaz en état d’origine
puisque le camp venait d’être évacué quelques jours auparavant par les troupes
allemandes. Par définition, ces installations en béton n’avaient pu être évacuées. Les
Soviétiques ont alors dû prendre de nombreuses photos de toutes les installations, et,
parmi celles-ci, sûrement des photos de telles chambres à gaz, ou, à la rigueur, des
vestiges de celles-ci, abandonnées depuis quelques jours par les Allemands.
La question semble désarçonner le jeune homme préposé au comptoir : « Vous
avez dit des photos de chambres à gaz ? Attendez, je vais voir mon supérieur ». Le
couple craint l’incident. Un barbu de complexion rouquine arrive, et leur déclare :
« Nous avons une photo de l’intérieur d’une chambre à gaz elle se trouve dans
l’Encyclopédie de l’Holocauste que voici ». Il désigne du doigt un gros ouvrage en
anglais, dans le haut de la vitrine.
Notre touriste s’en saisit, et à la lettre G, sous l’entrée Gas Chambers, il découvre
une courte rubrique d’une quinzaine de lignes, qui évoque l’utilisation systématique par
les nazis de chambres à gaz d’exécution ; ces lignes s’accompagnent de la photo… d’une
vaste salle de douches du camp de Majdanek ! On distingue nettement les douches avec
le caillebotis et deux fenêtres vitrées laissant inonder de lumière la salle de douches.
Une légende explique qu’il s’agit d’une salle de douches factice, pour que les détenus
abusés, après s’être déshabillés sans méfiance, soient en fait asphyxiés par le gaz sortant
des pommes de douche (!) (54)
Quel n’est pas son étonnement : on avait expliqué jusqu’ici que les détenus, après
avoir été poussés de force et en grand nombre dans une pièce aveugle et cimentée, y
étaient asphyxiés par le gaz qu’émettaient des plaquettes ou cristaux de Zyklon déversés
par des orifices pratiqués dans le plafond du local, et voilà que maintenant on explique à
Yad Vashem que les victimes étaient tuées par du gaz circulant dans des tuyaux de
douche. Où sont donc passées ici les plaquettes, les cristaux ? Quel est ce nouveau gaz
pour les tuyaux de douche ? Et surtout, étant plus léger que l’air, l’acide cyanhydrique,
sous sa forme gazeuse, devait donc monter au plafond en sortant des pommes de
douche.
Comment croire à pareilles sornettes ? La vie dans les camps de concentration n’at-
elle pas été suffisamment éprouvante pour qu’on n’aille pas inventer, au surplus, de tels
récits qui heurtent le sens commun ?

LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ SUR 1941-1945 EST-ELLE
UN COMBAT POUR LE PASSÉ OU POUR L’AVENIR ?

Je tiens pour un crime contre l’esprit et une insulte à la dignité de tous
l’interdiction, qui nous est signifiée par la loi, d’ouvrir un débat de fond sur le sujet des
camps de concentration allemands de la dernière guerre.

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54 Cette habitude répétée de prendre les gens pour des simples d’esprit se retrouve par exemple à l’Holocaust Museum
de Washington qui ne craint pas de montrer la « porte d’une chambre à gaz », alors qu’il s’agit, tout simplement, à
Majdanek, de la porte… d’une unité de désinfection de vêtements !

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Le citoyen français jouit, en principe, du droit à la liberté de recherche et du droit
à la liberté d’expression. Il me paraît indigne de devoir soutenir sans preuves
l’accusation portée contre l’Allemagne d’avoir mis à mort des millions d’êtres humains
dans de prétendues « chambres à gaz » dont il n’existe aucune trace, ni archéologique ni
documentaire, et cela d’autant plus que des expertises scientifiques incontestablement
sérieuses, concordantes et non démenties, ont démontré, de façon convergente,
l’impossibilité radicale d’existence et de fonctionnement de ces abattoirs chimiques aux
endroits où les « affirmationnistes » prétendent les situer.
L’argument selon lequel l’existence d’un consensus quasi général pour condamner
le régime hitlérien ôterait tout sens à un tel débat est fallacieux.
Aucun pays, aucun groupe humain, ethnique, philosophique, politique ou
religieux n’a le droit, par une propagande mensongère organisée et par des accusations
sans preuves et sans documents, d’accuser le peuple allemand de millions d’assassinats
dans des installations introuvables (et par ailleurs reconnues comme impossibles à
mettre en oeuvre). Aucun de ces pays ni aucun de ces groupes n’est autorisé à persécuter
ceux qui, à ce sujet, posent des questions et apportent des réponses. Enfin, cette
accusation et cette persécution sont d’autant plus inadmissibles qu’elles s’accompagnent
d’une exploitation financière du peuple qu’on a ainsi mis au ban de la société des
nations.
Des personnes éclairées et « bien intentionnées » me diront :
Mais à la fin, pourquoi insister si fort ? Il est évident, à présent, et nous en
sommes convaincus par le formidable appareil de recherche révisionniste, qu’il n’y
a bien sûr jamais eu d’« Holocauste » des juifs. Les honnêtes gens tout comme les
spécialistes ne peuvent qu’en convenir. Les « chambres à gaz » sont une
fantasmagorie « orientale », un conte fabuleux des Mille et Une Horreurs, une
réponse talmudique à l’oppresion d’un monde concentrationnaire organisé par des
Allemands férus de technique mais à la fin acculés à une épouvantable pénurie
alimentaire et logistique jusque dans ces mêmes camps, devenus pour le coup des
camps où la mort rôdait !
« Holocauste », dites-vous ? Mais enfin, quand comprendrez-vous qu’il n’y a
pu avoir un pareil mensonge, une pareille escroquerie, que parce que l’Allemagne
a perdu la guerre ? Le vaincu a toujours tort. Même et surtout s’il a été vaincu à un
contre dix. Dans cette guerre perdue, il y a eu également l’absence, chez les Alliés,
d’esprit de chevalerie, ce qui ne saurait nous surprendre de la part de vainqueurs
qui se sont conduits en fieffés criminels de guerre à Katyn, à Dresde, à
Gumbinnen, à Hiroshima et à Nagasaki. Il en a découlé, comme inéluctablement,
cette horrible accusation sans preuves, imposée à Nuremberg par un simulacre de
procès organisé par les mêmes vainqueurs (pour pouvoir tuer « légalement » les
dirigeants vaincus et terroriser ainsi la population allemande), ou du moins sans
autres preuves que des affirmations haineuses et grotesques, fabrications imposées
ensuite par une terreur médiatique sans cesse renforcée. Jusqu’à l’implosion finale,
qui ne manquera pas d’intervenir.
Mais pourquoi emboîter le pas aux révisionnistes, qui risquent de passer
pour des nostalgiques de la revanche ? Une explosion d’antisémitisme ne risque-telle
pas de surgir avec le révisionnisme triomphant ? Ne peut-on rien trouver de
mieux que d’être pour le coup aussi antisémites qu’eux sont anti-allemands et antieuropéens
? Pourquoi ne pas être simplement sages et laisser aux historiens seuls,
dans des ouvrages sérieux et dépourvus de toute polémique blessante, le fin mot

de cette horrible histoire ? Ainsi les braises et cendres encore brûlantes de cette
période pourront-elles refroidir.
À quoi je répondrais : occulter sciemment la vérité de peur d’être catalogué
comme antisémite n’est qu’un faux-fuyant. C’est faire la part belle aux terroristes de la
pensée. Les conclusions révisionnistes sont honnêtes, scientifiques et raisonnées. Ceux
qui pensent que les révisionnistes sont inspirés par l’antisémitisme et cherchent à se
venger sont-ils sincères ? Ne sont-ils pas, en fait, surtout dérangés par la lumière que le
révisionnisme projette crûment et d’un seul coup dans les ténèbres ? Ont-ils peur ? Du
révisionnisme on a dit qu’il constituait la plus grande aventure intellectuelle de la fin du
XXe siècle. Serait-il, en outre, l’unique catalyseur d’une renaissance de l’Occident, sa
seule chance de survie ?

POUR L’AVENIR

Mon père est donc tombé, comme on dit, pour ses idées, Il a été la victime d’une
double propagande de haine : celle que suscitaient les appels au meurtre contre
l’occupant, et celle que l’occupant, à son tour, éprouvait contre le franc-tireur. Je refuse
de croire qu’il ait donné sa vie pour que les vainqueurs de la dernière guerre civile
européenne répandent contre le vaincu une calomnie cruelle, aux retombées politiques
et financières des plus sordides. Par notre combat présent pour la vérité historique, par
des recherches inlassables et surtout par des découvertes qui se révèlent si dérangeantes,
nous pourrons remettre l’histoire à l’endroit. L’Occident, et notre pays, sont tombés si
bas qu’on a contraint la justice à protéger le mensonge et à punir ceux qui s’interrogent
sur des crimes allégués ou ceux qui les contestent avec les arguments de la science. Il
s’agit là d’une terreur judiciaire inadmissible.
Les révisionnistes usent de preuves et on ne leur réplique que par des menaces,
des incantations ou des gémissements. On les jette en prison, on les accable d’amendes.
On brise leur vie.
À l’aube du troisième millénaire, un débat international réunissant historiens,
chercheurs et scientifiques, s’impose pour répondre notamment aux expertises
révisionnistes. Toutes ces expertises ont conclu à l’impossibilité radicale de l’existence
et du fonctionnement des « chambres à gaz nazies ». Jusqu’à présent les tenants de la
vérité officielle ont fui ou refusé ce débat et ils ont cherché refuge dans la force injuste
d’une loi de circonstance.
Le temps est venu d’abandonner les subterfuges, de jeter les masques, de renoncer
à la force et d’affronter les risques d’un vrai débat en pleine lumière.
Il y va de la simple justice des hommes.

 

ÉPILOGUE JUDICIAIRE
Article de Libération
Les négationnistes témoignent de leurs obsessions à la barre
Le tribunal de Lyon jugeait hier un des disciples de Robert Faurisson.
par Olivier BERTRAND QUOTIDIEN : mercredi 30 novembre 2005
Lyon de notre correspondant
Robert Faurisson a vieilli. L’ancien universitaire lyonnais, négationniste de la première
heure, a aujourd’hui 76 ans, une couronne de cheveux blancs à l’arrière du crâne et la voix
aigrelette d’un vieillard. Il n’a en revanche rien perdu de ses obsessions. Hier, le tribunal
correctionnel de Lyon lui a offert une tribune inespérée. Faurisson devait témoigner au procès
d’un ancien conseiller régional FN poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité. Il en
a profité pour nier une nouvelle fois l’existence des chambres à gaz faites pour tuer.
Délires. L’audience concernait Georges Theil, un homme de 65 ans moins malin que Faurisson
et déjà condamné à deux reprises pour ses délires négationnistes. Le dernier jugement, dont il a
fait appel, lui a infligé six mois de prison ferme, sans le calmer pour autant. L’affaire qui le
conduisait hier à la barre risque à nouveau de lui valoir des soucis lourds.
Le 14 octobre 2004, dans les couloirs du conseil régional Rhône-Alpes, où il travaillait pour le
groupe FN après avoir été conseiller régional six ans, Theil avait réagi devant des journalistes
aux propos ambigus tenus quelques jours plus tôt par Bruno Gollnisch, président du groupe FN,
au sujet des chambres à gaz (1). Le collaborateur s’était d’abord félicité de la «décision sage» de
son leader de «s’attaquer à un tabou majeur». Puis, moins sibyllin que Gollnisch, il avait
affirmé que les chambres à gaz n’étaient que des «autoclaves de désinfection». Devant le
tribunal, il a enfoncé la pointe négationniste, croyant convaincre le tribunal, un index levé. Il a
parlé des «dizaines de milliers de morts» (sic) dus à la «foudroyante du typhus», à des
«maladies comme la dysenterie» ou à des «travaux pénibles et la férocité des gardiens». Mais
il a été affirmatif. «Je conteste l’existence d’installations mortifères.» Pour le prouver, il a fait
citer son maître, Faurisson. Alain Jakubowicz, avocat de la Licra, a demandé au tribunal de
refuser l’audition de «ce chef de file d’une poignée d’illuminés». Selon lui, «entendre Robert
Faurisson sur Georges Theil reviendrait à demander à Marc Dutroux son avis sur Francis
Heaulme».
Le tribunal ne l’a pas suivi, même si le président a promis de cadrer l’intervention de Faurisson.
En vain. Le vieux négationniste a jubilé à la barre. De la personnalité de Theil, il n’avait pas
grand-chose à dire. «Sur les propos qu’il a tenus, je lui donne toute mon approbation. C’est un
homme honnête», a-t-il doctement commenté. Avant d’infliger au tribunal trois quarts d’heure
de négationnisme. Chaque question d’Eric Delcroix, l’avocat de Georges Theil, l’a invité à
détailler une «preuve» de l’«inexistence» des chambres à gaz. Puis l’ancien professeur a ponctué
: «Ce que disent les révisionnistes, ce n’est pas seulement que les chambres à gaz n’ont pas
existé. C’est qu’elles n’ont pas pu exister.» Embarrassé, le président a abrégé l’intervention, et
Faurisson a suivi le reste du procès depuis le premier rang, un large sourire aux lèvres.
Ricanements. Les incidents ont été nombreux, avec une salle où se pressaient de nombreux
militants et quelques négationnistes comme l’éditeur Jean Plantin, plusieurs fois condamné. Le
président a expulsé une conseillère régionale FN et demandé aux amis de Georges Theil
d’arrêter de ricaner lorsque les avocats des parties civiles ont évoqué les millions de morts.
Bruno Gollnisch se tenait au premier rang, impassible. Le procureur a suggéré six mois de
prison ferme, plus une amende. Le tribunal rendra sa décision le 3 janvier.
(1) Le député européen doit être jugé pour ces propos, mais son procès, déjà reporté, a été hier renvoyé au
23 mai. Le Parlement européen doit d’ici là se prononcer sur son immunité.
Libération 30 novembre 2005.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=341398

SUITES
Aujourd’hui, 3 janvier, par jugement de la 6e chambre (presse) du tribunal de grande
instance de Lyon (président : Fernand Schir), Georges Theil, ancien élu du Front national, vient
d’être condamné pour « contestation » révisionniste, sur le fondement de la loi Fabius-Gayssot (13
juillet 1990). Devant la caméra d’un journaliste il avait tenu des propos sur l’impossibilité
technique de l’existence et du fonctionnement des chambres à gaz nazies.
Les peines sont les suivantes :
– Six mois d’emprisonnement sans sursis ;
– Amende de 10 000 E ;
– Paiement de la publication d’extraits du jugement dans Libération et dans Le Progrès (de
Lyon) ;
– Versement de 3 000 E à chacune des onze parties civiles ;
– Versement de 1 000 E de remboursement des frais de justice à chacune des onze parties civiles
;
– Paiement d’un droit de procédure de 90 E.
G. Theil, par l’intermédiaire de son avocat, Maître Eric Delcroix, va interjeter appel.
Je rappelle que, le 7 octobre 2005, par jugement du tribunal de grande instance de Limoges
(président : François Casassus-Builhé), le même G. Theil avait été condamné pour le même
motif de fond. En 2004, il avait envoyé à quelques personnes un exemplaire d’un opuscule qu’il
avait publié en 2002 sous le nom de Gilbert Dubreuil et intitulé : Un cas d’insoumission /
Comment on devient révisionniste.
Les peines avaient été les suivantes :
– Six mois d’emprisonnement sans sursis ;
– Interdiction d’exercer pendant cinq ans son droit d’éligibilité ;
– Paiement de la publication d’extraits du jugement dans Le Monde, Le Figaro, Le Populaire du
Centre et L’Echo de la Haute-Vienne ;
– Confiscation des scellés (c’est-à-dire des ordinateurs, livres et documents saisis par la police à
son domicile) ;
– Paiement à diverses parties civiles des sommes suivantes : 7000 E et 350 E + 1 E et 350 E +
1000 E et 350 E + 1000 E et 350 E + 1 E et 350 E ;
– Paiement d’un droit de procédure de 90 E.
G. Theil a commencé à verser de fortes sommes aux parties civiles. Il a, par l’intermédiaire de
son avocat, Maître Eric Delcroix, interjeté appel. La cause sera entendue le 3 février 2006
devant la cour d’appel de Limoges.
Je me permets de rappeler que les frais de publication judiciaire forcée dans un certain nombre
de journaux peuvent être particulièrement lourds. Quant aux divers frais entraînés par la
préparation de ces procès et leur tenue, je sais qu’ils ont été considérables.
J’apprends, en dernière minute, que le texte du jugement Schir serait d’une longueur,
exceptionnelle en pareil cas, de 48 pages.
Adresse de G. Theil : BP 50-38, 38821 GRENOBLE CEDEX 2
Robert Faurisson
3 janvier 2006.
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GOETHE, LE GALILÉE DE LA SCIENCE DU VIVANT


Auteur : Steiner Rudolf
Ouvrage : Goethe, le Galilée de la science du vivant Introductions aux œuvres scientifiques de Goethe
Année : 1973

Traduit de l’allemand
par Alain Barbezat

 

 

REPÈRES
Les Introductions aux oeuvres scientifiques de Goethe font partie
d’une édition de l’oeuvre complète du poète, parue dans la
collection Deutsche National-Litteratur de Joseph Kürschner
entre 1884 et 1897.
Comment le jeune Rudolf Steiner fut-il donc amené à
collaborer à cette magistrale publication? C’est à l’époque
où vers 1880 il était élève à l’Ecole supérieure technique
de Vienne que Steiner connut pour la première fois l’oeuvre
de Goethe. Il avait alors pour professeur de littérature
allemande Karl Julius Schrôer avec lequel il allait se lier
d’amitié et avoir de nombreux entretiens, notamment sur
Goethe. C’est ainsi que Schrôer le recommanda en 1882
au germaniste Joseph Kürschner, son ami, qui était chargé
de cette monumentale édition de Goethe. Kürschner
confia ainsi au jeune Steiner la présentation des oeuvres
scientifiques avec une large introduction et des
commentaires. Un choix qui aux yeux de germanistes
reconnus de l’époque a pu sembler osé, alors que Steiner
n’avait que 22 ans, était encore étudiant et sans diplôme.
D’autant qu’une autre édition des oeuvres scientifiques avait
paru quelques années auparavant avec l’introduction d’un
scientifique, le physicien Salomon Kalischer.
Cependant Steiner était déjà à cette époque entré très
avant dans l’étude des grands problèmes philosophiques,
celui de la théorie de la connaissance notamment, et se
trouvait ainsi bien préparé à comprendre la pensée de
Goethe sur la science. Et surtout, ainsi qu’il le relate à cette
époque : « Je découvrais, écrit-il, que mon point de vue aboutissait
à une théorie de la connaissance qui est celle même de la vision
goethéenne du monde. »

Mais n’est-ce pas aussi une circonstance un peu étonnante
que cette rencontre de l’éditeur du grand poète et de celui
qui, plus que bien d’autres, a pu nous faire découvrir
l’essentiel que recèle l’oeuvre scientifique de Goethe ?
Les oeuvres scientifiques de Goethe dans l’édition
Kürschner comportèrent ainsi quatre volumes. Le premier
paraît début 1884, mais c’est seulement 13 ans plus tard,
en mai 1897, que vient la dernière introduction de Steiner
au quatrième volume.
A la lecture de ces introductions, on peut être tout de
suite étonné de voir combien les commentaires de Steiner
s’élèvent au-delà d’une simple introduction, à des
problèmes d’une portée bien plus générale, pour devenir
une véritable contribution philosophique à la théorie de la
connaissance. On voit bien que Steiner, à travers Goethe,
expose ses propres idées sur la science. De là aussi le souhait
qu’il eut d’ajouter un supplément à son Introduction ;
cependant Kürschner le lui refusa. Ce texte n’en fut pas
moins publié indépendamment, en octobre 1886, sous le
titre : « Traits fondamentaux d’une théorie de la connaissance de la
vision goethéenne du monde » avec en sous-titre : « Supplément
aux oeuvres scientifiques de Goethe dans la collection Kürschner « 
Aujourd’hui, et plus encore qu’à son époque, on oublie
volontiers que Goethe n’a pas seulement été un génial poète
et penseur, qu’il a été aussi un homme de science.
Lorsqu’on voit tous les efforts qu’il a consacrés dans sa
vie à la science, on comprend qu’il attachait un grand prix
à ses oeuvres scientifiques. « De tout ce quej’ai fait comme poète,
disait-il, je ne tire aucune vanité (…) mais d’avoir été dans mon
siècle le seul qui ait vu clair dans cette science difficile des couleurs, je
m’en glorifie, et là,j’ai conscience d’être supérieur à bien des savants2. »
Malgré cela, quelque deux siècles plus tard, l’on tend à
penser que ses écrits scientifiques — et donc avec eux les
commentaires de Rudolf Steiner — sont tout simplement

dépassés par la science moderne qui, elle, s’est développée
dans une tout autre direction. Et pourtant ce serait une
erreur que d’en rester à cette constatation.
Il est vrai que Goethe n’avait pas présenté ses résultats
sous une forme très systématique, de sorte que leur valeur
pour la science a été rendue difficile à percevoir. Mais
surtout, comme le dit Steiner : Goethe « a laissé inexprimé ce
qui seul cependant nous rend compréhensible sa vision' ». Et c’est
justement tout l’intérêt de cette Introduction aux oeuvres
scientifiques que de venir exprimer ce que Goethe avait ainsi
« laissé inexprimé  » . Steiner dit qu’il a pour cela « été guidé par
la pensée de donner vie à l’étude de points particuliers de ces écrits,
par la présentation du monde idéel grandiose qui en constitue le
fondement’ .
Mais Steiner nous montre aussi que cette vision grandiose
de Goethe est en même temps issue de l’observation des
phénomènes du monde naturel, parce que toujours elle reste
« construite sur l’expérience pure, même là où Goethe s’élève à l’idées. »
« Goethe vent demeurer à l’intérieur des phénomènes, parce qu’il
cherche précisément en eux-mêmes les données de leur explication6. »
C’est bien pourquoi le goethéanisme n’est pas resté
seulement une théorie, mais a pu devenir une méthode
d’étude concrètement scientifique. Car la recherche
goethéaniste, comme toutes les sciences, veut étudier, elle
aussi, dans leurs détails les phénomènes observables avec
leurs lois. Mais, d’autre part, elle veut voir en même temps
le phénomène avec le « fondement » qui en est l’être essentiel
et rend ce phénomène intelligible. En somme ce que
Goethe recherchait avec le phénomène primordial, par
exemple dans ses expériences avec le prisme. De son vivant
certains savants orientèrent leurs travaux selon les données
de ses écrits scientifiques. C’est cependant à partir de Rudolf
Steiner — cette Introduction en est ainsi à l’origine — que le
goethéanisme est devenu un instrument de travail et de

recherche. Ainsi s’est développée la science d’orientation
goethéaniste (anthroposophique). D’où de nouveaux
points de vue, de nouvelles directions pour la recherche,
mais sans jamais faire appel à la spéculation.
C’est sur de telles bases que travaillent aujourd’hui
certains chercheurs venant de toutes les branches de la
science (physiciens, naturalistes, biologistes, médecins …).
Leurs recherches ont fait l’objet d’ouvrages et publications
scientifiques et ont aussi débouché sur des applications
concrètes dans de nombreux domaines.
L’Introduction aux oeuvres scientifiques de Goethe doit enfin
être située dans l’ensemble de l’oeuvre de Rudolf Steiner,
dans le déroulement de sa vie. Car il y a dans la présente
Introduction, comme dans toutes les premières oeuvres de
Steiner qui ne traitent pas encore directement de
l’anthroposophie, à l’intérieur de la réflexion philosophique,
une certaine dimension spirituelle. Et celle-ci — elle
aussi présente plus secrètement chez Goethe — Steiner ne
la postule pas, mais nous l’explique, nous fait participer à
son explication. Vue dans cette perspective, la présente
Introduction peut être, elle aussi, une approche éminente de
l’anthroposophie. C’est ainsi que, par exemple parmi
d’autres passages de l’Introduction, Steiner écrit qu »‘une
philosophie ne peut jamais transmettre une vérité ayant valeur
universelle, mais décrit les expériences intérieures du philosophe, à
travers lesquelles il interprète les phénomènes extérieurs’ . Une telle
phrase annonce véritablement ce que va être La Philosophie
de la liberté (1894), ce livre majeur de l’anthroposophie.
Steiner n’a-t-il pas, lui aussi, souvent dit que toute
l’anthroposophie avec ses contenus se trouve déjà en germe
chez Goethe ?
C’est ainsi qu’en novembre 1923 — un peu plus d’un an
avant sa mort — Steiner se tourne encore vers cette oeuvre
de jeunesse que fut « Traits fondamentaux d’une théorie de la

connaissance » (1 886), en donnant l’introduction et des notes
à la nouvelle édition (qu’il veut laisser inchangée). Et dans
cette introduction, parlant de ses premières oeuvres, il écrit
que déjà celles-ci « portaient en elles les germes (souligné par
Steiner) de cette vision spirituelle (geistgemilssen) du monde que je
présente aujourd’hui ». Ajoutant encore que « la théorie de la
connaissance de la vision goethéenne du monde m’apparaît à nouveau
aujourd’hui (1923) comme fondant etjustifiant épistémologiquement
tout ce quej’ai dit et publié ultérieurement. Elle parle d’une essence
du connaître qui fraie le chemin allant du monde du sensible dans le
monde du spirituel 8″ .
Alain BARBEZAT

———————————————

Notes
1. Traduction en français sous le titre : Une théorie de la
connaissance chez Goethe (EAR 1985).
2. Conversations de Goethe avec Eckermann, 19.2.1829 (NRF 1949 ;
p. 231).
3. Voir plus loin chapitre VIII p. 118.
4. Voir plus loin chapitre VII p. 115.
5. Idem.
6. Voir plus loin XI p. 152.
7. Voir plus loin XVIII p. 303.
8. Ouvrage cité note 1.

———————————————

 

INTRODUCTION
Le 18 août 1787, Goethe écrivait d’Italie à Knebel :
« Après tout ce quej’ai vu des plantes et des poissons près de Naples
et en Sicile, je serais très tenté, sij’avais dix ans de moins, de faire
un voyage aux Indes, non pas pour découvrir quelque chose
de nouveau, mais pour regarder à ma manière ce qui y a
été découvert. » C’est en ces mots que réside le point de
vue d’où nous avons à considérer les travaux scientifiques
de Goethe. Ce qui importe chez lui n’est jamais de
découvrir de nouveaux faits, mais d’ouvrir un point de vue
nouveau pour regarder la nature d’une certaine manière. Il
est vrai que Goethe a fait une série de grandes découvertes
isolées, telles qu’en ostéologie celle de l’os intermaxillaire
et de la théorie vertébrale du crâne, en botanique celle de
l’identité de tous les organes végétaux avec la feuille
originaire, et ainsi de suite. Mais nous devons regarder
comme l’âme, qui donne vie à tous ces points particuliers,
une vision grandiose qui rejette dans l’ombre tout le
reste : celle de l’essence même de l’organisme. Ce principe qui fait
qu’un organisme est la forme sous laquelle il se présente,
les causes dont les manifestations de la vie nous apparaissent
être les conséquences, c’est-à-dire tout ce sur quoi nous
avons à poser des questions à ce sujet du point de vue du
principe, voilà ce que Goethe nous a exposé’. Tel est
d’emblée le but de tout son effort en ce qui concerne les
sciences du domaine organique ; en poursuivant cet effort,
ces points particuliers s’imposent comme d’eux-mêmes à
lui. Il fallait qu’il les trouve s’il voulait ne pas être contrarié
dans l’effort à poursuivre. Avant lui, les sciences ne
connaissaient pas l’essence des phénomènes vitaux et

étudiaient les organismes simplement selon leurs parties
constitutives, selon leurs caractères extérieurs, comme on
le fait aussi pour les choses non organiques ; elles ne
pouvaient par cette voie que donner souvent une fausse
interprétation des faits isolés, elles ne pouvaient que les
placer sous un faux jour. Dans le cas de faits isolés
considérés comme tels, une telle erreur ne peut naturellement
pas se remarquer. Nous ne nous en apercevons
précisément que lorsque nous comprenons l’organisme,
car les faits isolés, considérés à part, ne portent pas en
eux-mêmes le principe de leur explication. L’on ne peut
les expliquer que par la nature du tout, parce que c’est le
tout qui leur donne l’essence et la signification. C’est
seulement après avoir précisément dévoilé cette nature du
tout que Goethe put discerner ces interprétations erronées ;
elles n’étaient pas conciliables avec sa théorie des êtres
vivants, elles étaient en contradiction avec elle. S’il voulait
avancer dans sa voie, alors il lui fallait écarter de tels
préjugés. Il en était ainsi dans le cas de l’os intermaxillaire.
Certains faits, qui n’ont de valeur et d’intérêt que si
précisément on possède cette théorie de la nature des os
crâniens, étaient encore inconnus de cette science ancienne.
Tous ces obstacles devaient être écartés par la connaissance
expérimentale des détails. Cette dernière ne nous apparaît
donc jamais chez Goethe comme un but en soi ; elle doit
toujours être faite en vue de confirmer une grande pensée,
en vue de cette découverte centrale. Il est indéniable que les
contemporains de Goethe en vinrent tôt ou tard aux mêmes
observations et qu’aujourd’hui elles seraient peut-être toutes
connues même sans les efforts de Goethe ; mais l’on ne
peut encore bien moins nier que sa grande découverte qui
embrasse la nature organique tout entière n’a jusqu’à ce
jour été exprimée par aucun autre, indépendamment de
Goethe, d’aussi parfaite manière2; bien plus encore,

aujourd’hui nous ne la voyons pas appréciée de façon ne
serait-ce que tant soit peu satisfaisante. Il apparaît au fond
sans importance que Goethe ait, le premier, découvert un
fait ou qu’il l’ait seulement redécouvert ; ce n’est que par
la manière dont Goethe l’insère dans sa vision de la nature
que ce fait acquiert sa véritable signification. C’est là ce
qu’on n’a pas vu jusqu’ici. L’on donnait trop d’importance
à ces faits particuliers et suscitait ainsi la polémique. Certes
l’on faisait souvent remarquer que Goethe était convaincu
du caractère cohérent de la nature, seulement l’on ne
prêtait pas attention au fait que l’on ne donne ainsi qu’une
caractéristique tout à fait secondaire, peu signifiante, des
vues de Goethe et que, par exemple, pour ce qui est du
monde organique, l’essentiel est de montrer de quelle
nature est ce qui maintient cet état cohérent. Si l’on parle
ici du type, l’on doit dire en quoi consiste au sens de
Goethe l’entité du type.
L’important dans la métamorphose des plantes tient non
pas, par exemple, à la découverte du fait isolé que la feuille,
le calice, la corolle, etc., sont des organes identiques ; il
tient au grandiose édifice idéel d’un tout vivant fait de lois
de formation interactives, édifice qui en découle et qui, à
partir de lui-même, détermine les différents stades du
développement. La grandeur de cette pensée, que Goethe
chercha ensuite à étendre également au règne animal, ne se
révèle à vous que lorsque l’on tente de la rendre vivante à
l’esprit, lorsqu’on entreprend de méditer sur elle. L’on
s’aperçoit alors qu’elle est la nature même de la plante
transposée en l’idée, qui vit dans notre esprit tout autant
que dans l’objet ; l’on remarque aussi que l’on donne vie
en soi à un organisme jusque dans ses plus petites parties,
qu’on se le représente non pas comme un objet sans vie,
achevé, mais comme ce qui se développe, qui devient,
comme un constant non-repos en soi-même.

Nous allons maintenant tenter d’exposer en détail ce
que nous venons d’esquisser ; ce sera nous révéler en même
temps le véritable rapport entre la vue goethéenne de la
nature et celle de notre époque, notamment la théorie de
l’évolution sous sa forme moderne.

 

LA GENÈSE DE L’IDÉE DE MÉTAMORPHOSE
Si l’on reprend l’histoire de la genèse des idées de
Goethe sur la formation des organismes, l’on n’en arrive
que trop facilement à douter de la part à attribuer à la
jeunesse du poète, c’est-à-dire à l’époque qui a précédé
son arrivée à Weimar. Goethe lui-même faisait très peu
cas de ses connaissances scientifiques à cette époque : « De
ce qu’est en réalité la nature extérieure, je n’avais aucune idée et pas
la moindre connaissance de ce qu’on appelle ses trois règnes. » Fort
de cette assertion, l’on s’imagine en général que le début
de ses études scientifiques vient seulement après son arrivée
à Weimar. Toutefois il semble à propos de revenir plus
encore en arrière, si l’on ne veut pas laisser inexpliqué l’esprit
tout entier de ses conceptions. La puissance vivifiante qui
orienta ses études dans la direction que nous voudrions
exposer plus loin apparaît dès sa toute première jeunesse.
Lorsque Goethe entra à l’Université de Leipzig, les
travaux scientifiques s’y trouvaient encore entièrement
dominés par cet esprit qui caractérise une grande partie
du XVIlle siècle et qui scindait l’ensemble de la science en
deux extrêmes, qu’on n’éprouvait pas le besoin de réunir.
Il y avait d’un côté la philosophie de Christian Wolff (1679-
1754) qui se mouvait entièrement dans un élément
abstrait ; de l’autre les différentes branches de la science
qui se perdaient dans la description extérieure de détails
sans fin et auxquelles manquait tout désir de rechercher un
principe supérieur dans le monde de leurs objets. Cette
philosophie ne pouvait trouver la voie qui, de la sphère de
ses concepts généraux, amène dans le domaine de la réalité
immédiate, de l’existence individuelle. Dans ce domaine

les choses les plus évidentes étaient traitées de la façon la
plus détaillée. L’on apprenait que la chose est un quelque
chose qui n’a en soi aucune contradiction, qu’il y a des
choses finies et d’autres infinies, etc. Mais lorsqu’on abordait
les choses elles-mêmes avec ces généralités, afin de
comprendre leur action et leur vie, on se trouvait alors
complètement désemparé ; l’on ne pouvait appliquer
aucun de ces concepts au monde dans lequel nous vivons
et que nous voulons comprendre. Mais l’on décrivait les
choses qui nous entourent avec passablement peu de
principes, selon leur aspect purement visuel, selon leurs
caractères extérieurs. Ici se faisaient face une science des
principes à qui manquait le contenu vivant, le geste plein
d’amour pour approfondir l’étude de la réalité immédiate
et une science dépourvue de principes à qui manquait le
contenu idéel, sans un médiateur entre elles, chacune restant
stérile pour l’autre. La saine nature de Goethe se trouvait
pareillement repoussée par ces deux exclusives3 et, en
opposition avec elles, se développèrent chez lui des
représentations qui le conduisirent plus tard à cette
conception féconde de la nature où idée et expérience, en
une interpénétration multiforme, se vivifient l’une l’autre
et en viennent à former un tout.
Aussi est-ce le concept que ces deux extrêmes étaient le
moins capables de saisir qui chez Goethe se développe en
premier : le concept de la vie. Un être vivant que nous
considérons selon son apparence extérieure nous présente
une foule de détails qui nous apparaissent comme étant
ses parties ou ses organes. La description de ces parties,
selon leur forme, position relative, grandeur, etc., peut
constituer l’objet du vaste exposé auquel s’est appliquée la
deuxième des orientations en question. Mais l’on peut
également décrire de cette manière tout assemblage
mécanique de corps inorganiques. L’on oubliait

complètement que l’on devrait pour tout organisme retenir
avant tout que l’apparence extérieure est ici régie par un
principe intérieur, qu’en chaque organe agit le tout. Cette
apparence extérieure, la juxtaposition dans l’espace des
parties peut aussi s’observer après la disparition de la vie,
car, on le sait, elle subsiste encore un certain temps. Mais
ce que nous avons devant nous dans le cas d’un organisme
mort n’est en vérité plus un organisme. Le principe qui
pénètre tous les détails a disparu. A cette perspective qui détruit
la vie pour connaître la vie, Goethe a très tôt opposé la possibilité et
le besoin d’un point de vue plus élevé. Nous le voyons déjà dans
une lettre de l’époque de Strasbourg, du 14 juillet 1770,
dans laquelle il parle d’un papillon : « Le pauvre animal s’agite
dans le filet et perd ses plus belles couleurs ; et si on l’attrape sans
l’endommager, le voilà quand même finalement étalé, raide et sans
vie ; le cadavre n’est pas l’animal entier ; quelque chose de plus en
fait encore partie, une partie principale et en cette occurrence comme
en toute autre, une partie principale des plus principales : la vie… »
C’est encore cette même vision que l’on trouve à la source
des paroles de Faust :
« Celui qui veut connaître et décrire quelque chose de vivant
Cherche d’abord à en éliminer l’esprit,
Alors il a en mains toutes les parties,
Il ne manque, hélas ! que le lien spirituel4. »
Mais comme on peut bien l’attendre de sa nature, Goethe
n’en resta pas à ce refus d’une conception, mais chercha à
développer de plus en plus la sienne, et dans les allusions
que nous trouvons sur son penser entre 1769 et 1775, nous
reconnaissons déjà très souvent les germes de ses futurs
travaux. Il forme ici l’idée d’un être en qui chaque partie
donne vie à l’autre, en qui un principe pénètre tous les
détails. Il le dit aussi dans Faust :
« Comme tout s’agrège pour former un tout,
Comme chaque élément agit et vit dans l’autre5 ! »

et dans Satyros :
« Tout comme de la non-chose sortit la chose première
La puissance de la lumière résonna dans la nuit,
Pénétra les profondeurs de tous les êtres
Si bien que germa le flot des désirs
Et que les éléments s’ouvrirent,
Se déversèrent avides les uns dans les autres,
Pénétrant tout, pénétrés par tout6. »
Cet être est conçu comme soumis dans le temps à de
constantes transformations, mais en sorte qu’à tous les
stades de ces transformations ne se manifeste toujours qu’un
unique être qui s’affirme comme ce qui dans le changement
est permanent, est stable. Dans Satyros, il est à nouveau dit
de cette chose première :
« Et s’en allait, roulant en haut, en bas
La chose éternelle, une et tout,
Toujours changée, toujours constante6. »
Que l’on compare à ces vers ce que Goethe écrivait
en 1807 en introduction à sa théorie de la métamorphose :
« Mais si nous observons toutes les formes, et surtout les formes
organiques, nous découvrons que nulle part ne se présente un élément
qui persiste, qui soit en repos, soit achevé, mais qu’au contraire
tout oscille en un continuel mouvement. » Dans cet écrit il
oppose à cette mouvance ce qui est constant, c’est-à-dire
l’idée ou bien « un élément fixé dans l’expérience pour un instant
seulement ». Dans le passage de Satyros cité plus haut, l’on
reconnaîtra assez clairement que le fondement de ses
idées morphologiques était déjà posé avant son arrivée
à Weimar.
Mais ce qu’il faut retenir, c’est que cette idée d’un être
vivant n’est pas aussitôt appliquée à un organisme
particulier, mais que l’univers tout entier est conçu comme
un tel être vivant. Ce qui amène Goethe à cette conception
est certainement à rechercher dans les travaux alchimiques

avec Mademoiselle de Klettenberg et dans la lecture de
Paracelse après son retour de Leipzig (1768-1769). L’on
cherchait à retenir au moyen de quelque expérience ce
principe qui pénètre l’univers tout entier, à en montrer la
présence dans une substance8a. Cependant cette manière
de regarder l’univers, proche du mysticisme, forme
seulement un épisode passager dans l’évolution de Goethe
et fait bientôt place à un mode de représentation plus sain
et plus objectif. Cette vision de l’univers tout entier formant
comme un grand organisme, nous l’avons trouvée esquissée
dans les passages cités de Faust et de Sayros, mais elle reste
encore présente vers 1780, comme nous le verrons plus
loin, dans l’essai intitulé La nature. Nous la rencontrons
encore une fois dans Faust, là même où l’Esprit de la Terre
est présenté comme le principe de vie qui pénètre l’organisme
de l’univers :
« Dans les flots de la vie, dans l’ouragan de faction
Je m’élève et m’abaisse,
J’ondoie de-ci, de-là !
Naissance et tombeau,
Eternel océan,
Changeante activité,
Vie ardente7 .
Tandis que dans l’esprit de Goethe se développaient de
telles visions, il lui tomba à Strasbourg sous la main un
livre qui voulait mettre en valeur une vision du monde
exactement à l’opposé des siennes. C’était le Système de la
nature d’Holbach. Tandis que jusqu’alors il n’avait eu à
critiquer que le fait que l’on décrivait le vivant comme une
accumulation de faits isolés, il put avec d’Holbach
découvrir un philosophe qui concevait le vivant comme un
véritable mécanisme. Ce qui dans le premier cas avait
simplement pour origine une incapacité de reconnaître la
vie dans ses racines conduisait ici à un dogme qui tuait la

vie. Dans Poésie et vérité8 Goethe dit à ce sujet : « Une matière
aurait existé de toute éternité, et aurait de toute éternité été en
mouvement ; et par ce mouvement à droite, à gauche et de tous les
côtés, elle aurait tout simplement produit les phénomènes infinis de
l’existence. Tout cela, nous nous en serions, à la rigueur, accommodés,
si l’auteur, à partir de sa matière en mouvement, avait en effet construit
le monde devant nos yeux. Mais il paraissait en savoir aussi peu que
nous sur la nature ; car après avoirplanté, comme des jalons, quelques
concepts généraux, il les abandonne aussitôt pour transformer ce qui
apparaît comme plus élevé que la nature, ou du moins comme une
nature supérieure dans la nature, en une nature matérielle, pesante,
qui se meut, il est vrai, mais sans direction et sans forme, et ainsi il
croit avoir beaucoup gagné. » En cela Goethe ne pouvait trouver
rien d’autre que « de la matière en mouvement » , et c’est à
l’opposé que ses concepts de la nature se formèrent de
plus en plus clairement. Nous les trouvons exposés dans
le cadre de l’essai La nature9, qui est écrit autour de 1780.
Cet essai revêt une importance particulière, car toutes les
pensées de Goethe sur la nature y sont rassemblées, alors
que jusque-là nous les trouvons seulement çà et là, à l’état
d’allusion. Ici vient s’imposer l’idée d’un être en constante
transformation et qui cependant reste toujours
identique : « Tout est nouveau, tout en étant toujours l’ancien. »
« Elle (la nature) est en éternelle transformation et à aucun moment il
n’est en elle climmobilité » , mais « ses lois sont immuables10 « . Nous
verrons plus loin que dans l’infinité des formes végétales,
Goethe recherche l’unique plante primordiale. Ici aussi nous
découvrons qu’il esquisse déjà cette pensée : « Chacune de ses
oeuvres (de la nature) a une essence qui lui est propre, chacune de ses
manifestations a le concept le plus distinct et pourtant tout cela constitue
un être. » Et même la position qu’il prit ultérieurement à l’égard
des cas exceptionnels est déjà ici très nettement formulée,
c’est-à-dire de ne pas les considérer tout bonnement comme
des anomalies, mais de les expliquer à partir de lois de la

nature :  » même ce qui est le plus anti-naturel est nature » et « ses
exceptions sont rares*  »
Nous avons vu que, dès avant son arrivée à Weimar,
Goethe s’était fait une idée précise de ce qu’est un
organisme. Car quand bien même l’essai La nature déjà
cité n’a paru que bien après son arrivée, il contient pourtant
des vues de Goethe en majeure partie antérieures à cette
arrivée. Il n’avait pas encore appliqué ce concept à un genre
déterminé d’objets de la nature, à des êtres pris en
particulier. Il avait pour cela besoin du monde concret des
êtres vivants dans leur réalité immédiate. Le reflet de la
nature qui est passé à travers l’esprit humain n’était pas du
tout l’élément qui pouvait stimuler Goethe. Les
conversations botaniques chez le conseiller aulique Ludwig
à Leipzig n’eurent pas non plus d’effets plus profonds
que les conversations de table avec les amis médecins à
Strasbourg. En ce qui concerne les études scientifiques, le
jeune Goethe nous apparaît tout à fait comme Faust, à qui
manque la fraîcheur d’une vision première de la nature,
lorsqu’il exprime sa nostalgie vers elle, dans ces vers :
« Cheminer dans ta lumière aimée,
Ah ! si je pouvais donc, sur les hauteurs des montagnes,
Planer autour des cavernes rocheuses avec les Esprits,
Errer sur les prairies dans ton clair-obscur.11″
Il nous semble qu’il y a comme un assouvissement de
cette aspiration lorsque, à son arrivée à Weimar, il lui est
accordé « d’échanger l’air des intérieurs et de la ville contre
l’atmosphère de la campagne, de la forêt et des jardins. »

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*Rudolf Steiner avait l’intention, pour la réédition de l’ensemble de ses
Introductions aux oeuvres scientifiques de Goethe à paraître à Dornach en 1926,
de rédiger des notes relatives à des passages qu’il avait déjà indiqués. Ces
passages sont signalés par un astérisque* dans la suite de cet ouvrage.
Steiner ne put réaliser cette intention. (Note de l’éditeur suisse.)

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L’on peut penser que le poète fut incité à étudier les plantes
en ayant à s’occuper de la végétation dans le jardin dont le
duc Charles-Auguste lui fit cadeau. Goethe entra en sa
possession le 21 avril 1776 et le Journal nous informe dès
lors souvent des travaux de Goethe dans ce jardin, qui devint
l’une de ses occupations préférées. Un autre espace pour de
semblables aspirations lui était offert par la Forêt de
Thuringe, où il eut l’occasion de prendre également
connaissance des organismes inférieurs dans les
manifestations de leur vie. Il s’intéressait surtout aux Mousses
et aux Lichens. Le 31 octobre 1777 il demande à Madame
de Stein des Mousses de différentes espèces, si possible avec
les racines, et humides, afin de les replanter. Il doit nous
apparaître comme un fait au plus haut point significatif qu’ici
déjà Goethe s’occupait de ce monde des organismes
hiérarchiquement inférieurs et que, plus tard, c’est pourtant
des plantes supérieures qu’il déduisit les lois de l’organisation
végétale. Une réflexion sur ce point doit nous amener à
l’attribuer non pas, comme beaucoup le font, au fait qu’il
ait sous-estimé l’importance des êtres moins développés,
mais bien à une intention pleinement consciente.
Désormais le poète ne quitte plus le royaume des plantes.
Il se peut qu’il ait très tôt déjà abordé les ouvrages de
Linné. La première information sur cette rencontre nous
vient des lettres de 1782 à Madame de Stein.
Les travaux de Linné tendaient à apporter une clarté
systématique dans la connaissance des plantes. Il fallait
trouver un certain ordre, dans lequel chaque organisme
est à une place déterminée, de sorte que l’on puisse le
retrouver facilement à tout moment, en somme que l’on
ait un moyen pour s’orienter dans l’infinité des détails. Dans
ce but les êtres vivants devaient être étudiés selon les degrés
de leur parenté et assemblés en groupes qui leur
correspondent. Comme il s’agissait par là avant tout de

reconnaître chaque plante et de retrouver facilement sa
place dans le système, l’on devait spécialement prendre en
considération les caractères qui différencient les plantes
entre elles. Pour rendre impossible la confusion d’une plante
avec une autre, l’on recherchait en premier lieu les caractères
différentiels. Les caractères extérieurs, la grandeur, le
nombre et la position des différents organes étaient ainsi
considérés comme caractéristiques par Linné et ses élèves.
De cette manière les plantes étaient bien classées dans un
certain ordre, mais tout comme l’on aurait pu classer une
quantité de corps inorganiques : selon des caractères que
l’on tirait de l’apparence visuelle, non pas de la nature
intérieure de la plante. Elles apparaissaient en une
juxtaposition extérieure, sans corrélation intérieure
nécessaire. Vu le concept plein de sens que Goethe avait
de la nature d’un être vivant, ce mode de considération ne
pouvait le satisfaire. Il n’y avait là nulle part de recherche
quant à l’essence de la plante. Goethe devait se poser cette
question : en quoi consiste ce « quelque chose » qui d’un
certain être de la nature fait une plante ? Il lui fallait de
plus reconnaître que ce « quelque chose » est présent de la
même manière en toutes les plantes. Et pourtant l’infinie
diversité des différents êtres était là, qui demandait à être
expliquée. Comment se fait-il que cet unique élément se
manifeste en des formes si diverses ? C’étaient sans doute
les questions que Goethe soulevait à la lecture des ouvrages
de Linné, car il dit de lui-même : « Ce qu’il—Linné — cherchait
à maintenir de force séparé, devait, par le plus intime besoin de mon
être, tendre à l’union. »
C’est aussi vers l’époque de cette première rencontre
avec l’oeuvre de Linné qu’a lieu celle qu’il a avec les efforts
de Rousseau en botanique. Le 16 juin 1782, il écrit à
Charles-Auguste : « Dans les oeuvres de Rousseau se trouvent de
tout à fait charmantes Lettres sur la botanique, où il expose

cette science de la plus claire et la plus élégante manière à une dame.
C’est vraiment un modèle, tel qu’on doit l’enseigner, et un supplément
à lEmile. De là l’occasion que je prends de recommander à nouveau
le beau royaume des fleurs à mes belles amies. » Les efforts de
Rousseau en science botanique ont fait à coup sûr une
profonde impression sur Goethe. La mise en valeur d’une
nomenclature qui procède de l’essence même des plantes
et lui est conforme, le caractère originel de l’observation,
la contemplation de la plante pour elle-même, en l’absence
de tous les principes utilitaires, tout cela, que Rousseau
nous apporte, était tout à fait dans le sens de Goethe. Tous
deux avaient aussi en commun d’être venus à l’étude de la
plante, non pas par une étude scientifique spécialisée, mais
par des motifs universellement humains. Le même intérêt
les attachait au même objet.
Les observations détaillées du monde végétal qui suivent
datent de l’année 1784. Le baron Wilhelm von Gleichen
dénommé Russwurm avait publié deux ouvrages qui
avaient pour objet des recherches qui intéressaient vivement
Goethe : Les dernières nouveautés du règne des plantes
(Nuremberg, 1764) et Choix de découvertes microscopiques sur
les plantes (Nuremberg, 1777-1781). Ces deux ouvrages
traitaient des processus de fécondation chez la plante. Le
pollen, les étamines et le pistil furent soigneusement étudiés
et les processus dont ils sont le siège présentés sur des
planches d’une belle facture. Ces recherches furent alors
reprises par Goethe. Le 12 janvier 1785, il écrit à Madame
de Stein : « Mon microscope est monté pour refaire et contrôler, à
l’arrivée du printemps, les observations du baron von Gleichen, dénommé
Russwurm. » Ce même printemps, il étudie aussi la nature de
la graine, comme l’indique une lettre du 2 avril 1785 à
Knebel : « J’ai étudié à fond la matière de la graine, pour autant
que mes expériences, y suffisent. » Dans toutes ces études, il n’est
pas question pour Goethe de données isolées ; le but de

ses efforts est d’étudier l’essence même de la plante. Le
8 avril 1785 il informe Merck qu’en botanique il a « fait de
jolies découvertes et combinaisons ». L’expression « combinaisons »
nous montre également ici qu’il en vient à ébaucher en
pensée une image des processus dans le monde végétal.
L’étude de la botanique approchait rapidement d’un but
déterminé. Or nous devons en même temps penser au
fait qu’en 1784, Goethe a découvert l’os intermaxillaire,
dont nous parlerons plus loin expressément, et qu’il a fait
ainsi un pas considérable dans l’approche du secret selon
lequel la nature procède dans la formation des êtres
organiques. Nous devons en outre penser au fait
qu’en 1784 la première partie des Idées pour la philosophie de
l’histoire de Herder était achevée et qu’il y avait alors entre
Goethe et Herder de très fréquentes conversations sur les
objets de la nature. Madame de Stein informe ainsi Knebel
le 1 er mai 1784 : « Le nouvel ouvrage de Herder rend vraisemblable
que nous fûmes d’abord plantes et animaux ( . .) Maintenant Goethe,
avec toute sa richesse de pensées, rumine ces choses, et chacune d’elles,
une fois venue à son esprit, devient extrêmement intéressante. » Nous
voyons par là de quelle manière Goethe s’intéressait alors
aux plus grandes questions de la science. Cette réflexion
sur la nature de la plante et les combinaisons, faite au
printemps 1785, va alors nous paraître parfaitement
explicable. A la mi-avril de cette année, il s’en va au château
de Belvédère spécialement pour résoudre ses doutes et
ses questions et le 15 juin, il communique à Madame de
Stein ce qui suit : « Combien le livre de la nature m’est devenu
lisible, je ne puis te le traduire, ma lente épellation m’y a aidé,
maintenant tout à coup il se fait une avancée et ma joie intime est
inexprimable. » Peu auparavant, il veut même écrire un petit
traité de botanique pour Knebel, pour le gagner à cette
science12. La botanique l’attire tellement que son voyage à
Karlsbad, qu’il entreprend le 20 juin 1785 pour y passer

l’été, devient un voyage d’études botaniques. Knebel
l’accompagne. Aux environs de Iéna, ils rencontrent un
jeune homme de 17 ans, [Friedrich Gottlieb] Dietrich, dont
la boîte à herboriser montrait qu’il était en train de rentrer
d’une excursion botanique. Sur cet intéressant voyage, nous
en savons un peu plus par l’Histoire de mes études botaniques
de Goethe13 et par quelques informations de [Ferdinand]
Cohn à Breslau, qui put les emprunter à un manuscrit de
Dietrich. A Karlsbad des conversations botaniques offrent
alors un agréable divertissement. De retour chez lui, Goethe
se consacre avec une grande énergie à l’étude de la
botanique ; s’appuyant sur la Philosophie de Linné’, il fait
des observations sur les Champignons, Mousses, Lichens
et Algues, comme nous le voyons dans ses lettres à
Madame de Stein. C’est seulement maintenant qu’il a déjà
beaucoup pensé et observé par lui-même que Linné lui
devient profitable, qu’il trouve en lui l’explication de
nombreux détails qui l’aident à avancer dans ses
combinaisons. Le 9 novembre 1785, il rapporte à
Madame de Stein : « Je continue à lire Linné, il le faut bien, je
n’ai pas d’autre livre avec moi, c’est la meilleure manière de lire
consciencieusement un livre, et que je dois souvent pratiquer, car je ne
lis pas facilement un livre jusqu’au bout. Mais pour l’essentiel celuici
n’est pas fait pour la lecture, mais pour la récapitulation, ce qui
me rend les plus excellents services, car j’ai déjà réfléchi par moi-même
sur la plupart des points. » Au cours de ces études, il lui
devint de plus en plus évident qu’il n’y a bien qu’une forme
fondamentale unique qui apparaît dans l’infinie multitude de plantes
individuelles, et cette forme fondamentale lui était elle-même de plus
en plus intérieurement perceptible ; il reconnut aussi que dans cette
forme fondamentale réside cette faculté de transformer à l’infini qui
engendre la diversité à partir de l’unité. Le 9 juillet 1786, il écrit
à Madame de Stein : « C’est un percevoir de la forme (…) avec
laquelle la nature en quelque sorte ne fait toujours que jouer, et en

jouant, produit la vie dans sa diversité. » Maintenant il s’agissait
avant tout d’élaborer dans l’individuel une image plastique
de ce qui se perpétue, de ce qui est stable, de cette forme
primordiale avec laquelle la nature joue en quelque sorte.
Pour cela il fallait une occasion de séparer ce qui dans la
forme végétale est vraiment constant, durable, de ce qui
est changeant, variable. Pour des observations de ce genre,
Goethe avait exploré jusqu’ici un trop petit domaine. Il lui
fallait observer une seule et même plante dans des
conditions et sous des influences différentes. Car c’est
seulement par comparaison que ce qui est variable saute
vraiment aux yeux. Avec des plantes d’espèces différentes,
cela nous frappe moins. Le bienheureux voyage en Italie,
qu’il avait entrepris le 3 septembre à partir de Karlsbad,
lui apportait tout cela. Sur la flore des Alpes déjà il fit
mainte observation. Il trouvait là non seulement de
nouvelles plantes qu’il n’avait encore jamais vues, mais aussi
celles qu’il connaissait déjà, mais modifiées. « Alors que dans les
régions plus basses, rameaux et tiges étaient plus forts et plus gros,
lesyeux plus rapprochés et les feuilles plus larges, à mesure qu’on
montait les branches et les tiges devenaient plus délicates, les yeux
s’espaçaient, laissant un intervalle plus grand entre les noeuds et les
feuilles prenaient une forme plus lancéolée. Je le remarquai sur un
Saule et une Gentiane et je me convainquis que ce n’était pas par
hasard des espèces différentes. Au bord du lac de Walchen aussi je
remarquai des joncs plus longs et plus sveltes que dans la vallée14a . »
De semblables observations se répétèrent. A Venise il
découvre au bord de la mer différentes plantes qui lui
montrent des propriétés que pouvait seulement leur donner
le sel ancien du sol sablonneux, et encore davantage l’air
salin. Il trouvait là une plante qui ressemblait à notre « innocent
Tussilage, mais ici pourvu d’armes acérées, la feuille comme du cuir,
de même les capsules, les tiges, tout était épais et gras15 . » Tous les
caractères extérieurs de la plante, tout ce qui en elle

appartient à l’apparence visuelle, Goethe le voyait là
instable, changeant. Il en tire la conclusion que l’essence de
la plante ne se trouve donc pas dans ces propriétés, mais
doit être cherchée plus profondément. Darwin partit
d’observations analogues à celles de Goethe, lorsqu’il
exposa ses doutes sur la constance des formes des genres
et des espèces. Mais les résultats que l’un et l’autre en
déduisent sont tout à fait différents. Alors que Darwin
estime que ces propriétés épuisent, à elles seules, l’essence
de l’organisme et conclut de la variabilité qu’il n’y a rien de
constant dans la vie des plantes, Goethe va plus profond
et en tire cette conclusion : si ces propriétés ne sont pas
constantes, alors il faut chercher le constant dans un autre
élément qui est à la base de ces formes variables purement
extérieures. Donner forme à cet élément, tel est le but de
Goethe, tandis que les efforts de Darwin visent à
rechercher et à montrer la variabilité dans les détails. Les
deux manières de voir sont nécessaires et se complètent.
C’est se fourvoyer complètement de croire que l’on va
trouver la grandeur de Goethe, sur le plan de la science de
l’organique, en voyant en lui le simple précurseur de
Darwin. Il a une manière de voir bien plus large ; elle
comporte deux aspects : 1) Le type, c’est-à-dire la légalité
qui se manifeste dans l’organisme, l’animalité dans l’animal,
la vie se donnant forme à partir d’elle-même, qui a la force
et la faculté, au moyen des possibilités existant en elle, de
se développer en des formes extérieures, diverses (espèces,
genres). 2) L’interaction entre l’organisme et la nature non
organique, et des organismes entre eux (adaptation et lutte
pour l’existence). Darwin n’a développé du monde
organique que son deuxième aspect. L’on ne peut donc
pas dire : la théorie de Darwin serait le développement
des idées fondamentales de Goethe ; elle est au contraire
le développement d’un aspect seulement de celles-ci. Elle

n’a en vue que les faits qui font que le monde des êtres
vivants se développe d’une certaine manière, mais non pas
ce « quelque chose » sur lequel ces faits ont une action
déterminante. Si l’on n’étudie qu’un seul aspect, ce dernier
ne peut absolument pas conduire à une théorie complète
des organismes ; elle doit être étudiée essentiellement dans
l’esprit de Goethe, être complétée et approfondie par
l’autre aspect de sa théorie. Une simple comparaison va
mieux faire comprendre la question. Prenez un morceau
de plomb, liquéfiez-le par chauffage et versez-le alors dans
de l’eau froide. Le plomb est passé par deux stades
successifs de son état ; le premier a été produit par la
température la plus élevée, le deuxième par la température
la plus basse. Or la forme que prennent les deux stades ne
dépend pas seulement de la nature de la chaleur, mais très
essentiellement aussi de celle du plomb. Un autre corps
qui passerait par les mêmes milieux se présenterait sous de
tout autres états. Les organismes aussi subissent l’influence
des milieux qui les entourent, eux aussi passent par différents
états produits par ces milieux, mais cela de manière tout à
fait conforme à leur nature, en conformité avec l’entité qui
fait d’eux des organismes. Et c’est cette entité que l’on trouve
dans les idées de Goethe. Celui qui est armé de la
compréhension de cette entité sera seul à même de
comprendre pourquoi les organismes répondent (réagissent)
à certaines incitations de telle manière et non pas d’une autre.
Il sera seul à même de se faire les représentations exactes
sur la variabilité des formes de manifestation des organismes
et sur les lois de l’adaptation et de la lutte pour l’existence
qui sont en rapport avec ces formes16.
La pensée de la plante primordiale prend une forme
de plus en plus précise et claire dans l’esprit de Goethe.
Alors qu’il se trouve dans le Jardin botanique de Padoue
(Voyage en Italie, 27 septembre 1786), parmi une végétation

qui lui est étrangère, « cette pensée devient de plus en plus vivante
que l’on pourrait déduire toutes les formes végétales à partir d’une
seule ». Le 17 novembre 1786 il écrit à Knebel : « Je me réjouis
tout de même vraiment de mon petit peu de botanique dans ce pays
où une végétation plus riante, moins interrompue, est chqelle. J’ai
déjà fait de vraimentjolies observations qui tendent à la généralité,
et qui, par la suite, te seront aussi agréables. » Le 19 février 1787
(Voyage en Italie) il écrit à Rome qu’il est en voie de « découvrir
de nouveaux et beaux rapports, c’est-à-dire la manière dont la nature,
ce prodige qui n’a l’air de rien, développe la plus grande diversité à
partir de l’élément simple ». Le 25 mars, il prie de dire à Herder
qu’il va bientôt réaliser l’idée de la plante primordiale. Le
17 avril (Voyage en Italie), il écrit à Palerme au sujet de la
plante primordiale : « Il faut bien qu’une pareille plante existe : à
quoi reconnaîtrais je sans cela que telle ou telle forme est une plante,
si elles n’étaient pas toutes faites d’après un même modèle. » Il a en
vue le complexe de lois de formation qui organise la plante,
fait d’elle ce qu’elle est et par quoi nous en venons devant
un certain objet de la nature à cette pensée : Ceci est une
plante, c’est là la plante primordiale*. Et comme telle, elle
est un élément idéel, que seule la pensée peut saisir ; mais
elle acquiert un aspect, elle acquiert une certaine forme,
grandeur, couleur, nombre de ses organes, etc. Cette forme
extérieure n’est rien de fixe, mais elle peut subir d’infinies
variations qui sont toutes conformes à ce complexe de lois
de formation et découlent nécessairement de ce dernier. Si
l’on a appréhendé ces lois de formation, cette image
primordiale de la plante, alors on a saisi en idée ce que la
nature met en quelque sorte à la base de tout individu végétal
donné, d’où elle le déduit et lui donne naissance en
conséquence. Bien plus, l’on peut même découvrir
conformément à cette loi des formes végétales qui découlent
nécessairement de l’essence de la plante et pourraient exister,
si les conditions nécessaires à cela se présentaient. Goethe

cherche ainsi à imiter en quelque sorte en esprit ce que la
nature accomplit en formant ses êtres. Le 17 mai 1787 il
écrit à Herder : « Il me faut en outre te confier que je suis tout
proche du secret de la génération des plantes et que c’est la chose la
plus simple qui se puisse penser (. ..) La plante primordiale sera la
créature la plus étonnante du monde, que la nature elle-même m’enviera.
Avec ce modèle et sa clef, on peut ensuite inventer encore à l’infini des
plantes qui doivent être cohérentes, c’est-à-dire qui, même si elles
n’existent pas, pourraient exister et ne sont pas des ombres et des
apparences de peintre ou de poète, mais ont une vérité et une nécessité
internes. La même loi pourra s’appliquer à tout ce qui est vivant17″
Or ici apparaît encore une autre différence entre la
conception de Goethe et celle de Darwin, notamment quand
on tient compte de la manière dont cette dernière est
ordinairement présentée18. Celle-ci admet que les influences
extérieures agissent sur la nature d’un organisme comme
des causes mécaniques et le modifient en conséquence.
Chez Goethe les modifications particulières sont des manifestations
extérieures de l’organisme primordial, qui a
en lui-même la faculté de prendre diverses formes et qui,
dans un cas donné, prend celle qui est la plus adaptée aux
conditions du milieu ambiant. Ces conditions extérieures sont
simplement ce qui donne l’occasion aux forces formatrices
internes de venir se manifester d’une manière particulière.
Seules ces dernières sont le principe constitutif, l’élément
créateur dans la plante. C’est pourquoi, le 6 septembre 1787 19 ,
Goethe lui donne aussi le nom d’un hen kaipân (Un et Tout)
du monde végétal.
Si maintenant nous abordons la plante primordiale ellemême,
voici ce qu’il faut en dire. L’être vivant est une totalité
achevée en soi, qui pose à partir d’elle-même ses états.
Aussi bien dans la juxtaposition des parties, que dans la
succession dans le temps des états d’un être vivant, est
présente une corrélation qui apparaît non pas conditionnée

par les propriétés visibles des parties, ni par la
détermination mécanique-causale de l’ultérieur par
l’antérieur, mais qui est régie par un principe supérieur qui
est au-dessus des parties et des états successifs. Il est
déterminé dans la nature même de la totalité qu’un certain
état soit posé comme premier, qu’un autre le soit comme
dernier ; et la succession des états intermédiaires est, elle
aussi, déterminée dans l’idée de la totalité ; ce qui vient
avant est dépendant de ce qui vient après, et
inversement ; bref, dans l’organisme vivant il y a évolution
de l’un à partir de l’autre, un passage des états de l’un à
l’autre, aucune existence finie, achevée, mais un constant
devenir. Dans la plante, cette détermination de chaque partie
par l’ensemble apparaît dans le fait que tous les organes
sont construits selon la même forme fondamentale. Dans
une lettre du 17 mai 1787 à Herder, Goethe exprime cette
pensée en ces mots : « Il m’était apparu peu à peu que dans cet
organe de la plante que nous avons l’habitude d’appeler la feuille se
trouve dissimulé le vrai Protée et qu’il pourrait bien se cacher et se
manifester dans toutes les formations. Dans la phase ascendante et
descendante de sa croissance, la plante n’est toujours que feuille, si
inséparablement unie au futurgerme que l’on ne doit pas penser l’un
sans l’autre20 ). » Alors que chez l’animal ce principe supérieur
qui régit chaque élément particulier nous apparaît comme
ce qui meut les organes, les utilise selon ses besoins, etc., la
plante est encore dépourvue d’un semblable principe réel
de vie ; il se manifeste chez elle seulement de manière plus
indéterminée, en ce que tous les organes sont construits
selon le même type de formation, que la plante entière est
virtuellement contenue en chaque partie et peut aussi être
produite à partir de celle-ci grâce à des conditions
favorables. Ce principe devint évident pour Goethe lorsque
à Rome, lors d’une promenade avec le conseiller
Reiffenstein, celui-ci, rompant çà et là un rameau, affirmait

que, planté en terre, il allait continuer à pousser et se
développer en donnant la plante entière. La plante est donc
un être qui développe en périodes successives certains
organes qui sont tous construits, aussi bien individuellement
que dans un ensemble, selon une seule et même idée.
Chaque plante est donc un ensemble harmonieux de
plantes21. Lorsque Goethe vit tout cela clairement, il ne
s’agissait plus pour lui que des observations de détail qui
permettaient de montrer plus spécialement les différents
stades de développement que la plante fait sortir d’elle-même.
Et pour cela aussi le nécessaire avait déjà été fait.
Nous avons vu que Goethe a dès le printemps 1785 étudié
des graines ; le 17 mai 1787, il informe Herder depuis
l’Italie qu’il a trouvé très clairement et sûrement le point
où se trouve le germe. Ainsi la chose était-elle réglée pour
le premier stade de la vie de la plante. Mais l’unité de
structure se révèle bientôt, elle aussi, avec suffisamment
de clarté. De ce point de vue, Goethe, à côté de
nombreux autres exemples, observa sur le Fenouil à l’état
frais la différence entre feuilles inférieures et feuilles
supérieures, mais qui n’en sont pas moins toujours le même
organe. Le 25 mars 22, il prie d’annoncer à Herder que sa
doctrine des cotylédons est tellement sublimée qu’on
pourra difficilement aller plus loin. Il n’y avait plus qu’un
petit pas à faire pour voir aussi dans les pétales, les étamines
et le pistil des feuilles métamorphosées. C’est à cela que
pouvaient conduire les recherches du botaniste anglais Hill,
qui gagnaient alors en notoriété et avaient pour objet les
transformations des organes floraux en d’autres organes.
Quand les forces qui organisent l’être de la plante entrent
dans l’existence effective, elles donnent dans l’espace une
série de formes structurées. Il s’agit maintenant du concept
vivant qui relie entre elles ces formes, dans leur progression
comme dans leur régression.

• Lorsque nous considérons la théorie goethéenne de la
métamorphose, telle qu’elle se présente à nos yeux en 1790,
nous y trouvons que ce concept est chez Goethe celui de
l’expansion et de la contraction qui alternent. Dans la graine
la formation de la plante est contractée au maximum. Avec
les feuilles se produit ensuite le premier déploiement, la
première expansion des forces formatrices. Ce qui dans la
graine est condensé en un point se dissocie spatialement
dans les feuilles. Dans le calice les forces se contractent à
nouveau en un point axial ; la corolle est produite par
l’expansion suivante ; les étamines et le pistil prennent
naissance par la contraction suivante ; le fruit par la dernière
(troisième) expansion, après quoi toute la force vitale de
la plante (ce principe entéléchique) se dissimule à nouveau
dans la graine dans un état d’extrême contraction. Tandis
que nous pouvons assez bien suivre tous les détails de la
pensée de la métamorphose jusqu’à sa définitive mise en
valeur dans l’essai paru en 1790, il n’en ira pas aussi
facilement avec le concept d’expansion et de contraction.
L’on ne fera cependant pas fausse route en admettant que
cette pensée, du reste profondément enracinée dans l’esprit
de Goethe, fut en Italie déjà mêlée aussi au concept de
formation de la plante. Comme le contenu de cette pensée
est le déploiement plus ou moins grand dans l’espace que
déterminent les forces formatrices, donc ce qui, de la
plante, s’offre immédiatement à l’oeil cette pensée va alors
le plus facilement prendre naissance quand on entreprend
de dessiner la plante conformément aux lois de la formation
naturelle. Or Goethe trouva à Rome un pied d’OEillet ayant
un port de buisson et qui lui montrait la métamorphose
avec une particulière clarté. Il écrit ainsi à ce sujet : « ne voyant
à portée de main aucun moyen de conserver cette merveille de forme,
j’entrepris de la dessiner exactement, parvenant ainsi à toujours
mieux comprendre le concept fondamental de métamorphose23. »

De tels dessins furent peut-être encore exécutés souvent,
et cela a pu alors conduire au concept en question*.
En septembre 1787, lors de son deuxième séjour à
Rome, Goethe expose la chose à son ami Moritz. Il trouve
ainsi combien, lors d’un tel exposé, la chose devient vivante,
visible. Le point auquel ils sont ainsi arrivés est alors toujours
noté. Ce passage et quelques autres propos de Goethe
rendent vraisemblable le fait que la théorie de la
métamorphose ait encore été rédigée en Italie, au moins
sous la forme d’aphorismes. Il dit en outre : « C’est de cette
manière seulement — en parlant avec Moritz —quejepouvais
mettre sur le papier quelque chose de mes pensées24. » Il n’y a donc
pas de doute qu’à la fin de l’année 1789 et au début
de 1790 le travail avait été rédigé sous la forme que nous
avons aujourd’hui devant nous ; seulement, il est difficile
de dire dans quelle mesure cette dernière version ne fut
qu’une simple rédaction et ce qui y fut ajouté. Un livre
annoncé pour la foire de Pâques25 suivante, qui aurait pu
contenir à peu près les mêmes pensées, l’engagea à
l’automne 1789 à passer en revue ses idées et à faire avancer
leur publication. Le 20 novembre, il écrit au duc qu’il se
sent stimulé à noter par écrit ses idées sur la botanique.
Le 18 décembre, il envoie déjà le texte au botaniste Batsch
de Iéna pour qu’il le relise ; le 20 il s’y rend lui-même pour
conférer avec Batsch ; le 22 il informe Knebel que Batsch
a bien accueilli la chose. Il revient chez lui, retravaille encore
le texte, le renvoie alors à Batsch, qui le retourne le
19 janvier 1790. Goethe a raconté lui-même en détail les
événements par lesquels passèrent le manuscrit et le texte
imprimé. Nous traiterons plus loin en détail de la grande
importance de la théorie de la métamorphose, et de sa
nature, dans l’essai : Sur l’essence et la signification des écrits de
Goethe sur la formation organique.

———————————————–

NOTES
1. Celui qui déclare a priori qu’un tel but est inaccessible
n’arrivera jamais à comprendre les vues de Goethe sur la
nature ; par contre celui qui, sans préjugés, laissant cette
question ouverte, entreprend l’étude de ces vues, va
certainement, au terme de cette dernière, répondre affirmativement.
Il est vrai que des doutes pourraient naître chez
bien des gens, cela par certaines remarques de Goethe luimême,
telle que celle-ci : « Sans prétendre vouloir découvrir les
ressorts premiers des effets de la nature, nous aurions (…) tourné
notre attention sur des manifestations des forces par lesquelles la
plante transforme peu à peu un seul et même organe. » Seulement
de tels jugements ne sont chez Goethe jamais tournés contre
la possibilité de principe de connaître l’entité des choses ;
Goethe est simplement assez prudent de ne pas trancher
trop vite quant aux conditions physico-mécaniques à la base
de l’organisme, car il savait bien que de telles questions ne
peuvent être résolues qu’au cours du temps.
2. Nous ne voulons aucunement dire par là que Goethe n’a jamais
été compris sur ce point. Au contraire : dans cette même
édition, nous prenons plusieurs fois l’occasion d’attirer
l’attention sur une série d’hommes qui nous semblent avoir
continué ou élaboré les idées de Goethe. Des noms tels que
ceux de Voigt, Nees von Esenbeck, d’Alton (l’Ancien et le
Jeune), Schelver, C.G. Carus, Martius et d’autres, ont leur place
dans cette série. Mais ils construisaient leur système justement
sur la base des conceptions contenues dans les oeuvres
goethéennes et l’on ne peut vraiment pas dire d’eux que même
sans Goethe, ils auraient accédé à leurs concepts, alors que certains
de leurs contemporains — par exemple Josephi à Gôttingen –
sont bien arrivés par eux-mêmes à l’os intermaxillaire, ou bien
Oken à la théorie vertébrale.
3. Voir Poésie et Vérité, 2e partie, 6′ Livre B V. — Le sigle B suivi d’un
chiffre romain renvoie à la bibliographie en fin de volume.
4. Faust, I vers 1936-1939 (trad. H. Lichtenberger). B II.
5. Faust I, vers 447-449; voir également B(VI).
6. B(VI).

7. Faust I, vers 501-507.
8. Poésie et Vérité, 3′ partie, 11′ livre. B IV V.
8a. Poésie et Vérité, 2′ partie, 8′ livre B V.
9. et 10. Voir B IV.
11. Faust I, vers 392-395. Voir également B II.
12. « Je t’enverrais volontiers une leçon de botanique, si seulement elle
était déjà écrite. » 2 avril 1785. Correspondance avec Knebel.
13. Voir B IV.
14. Philosophia botanica, Stockholm, 1751.
14a.Voyage en Italie, 8 septembre 1786 — Voir B VII.
15. Voyage en Italie, Venise, 8 octobre 1786. Idem.
16. Inutile de dire que ceci ne met aucunement en doute la théorie
moderne de la descendance, ni qu’il faille restreindre l’étendue
de ses affirmations ; c’est d’abord, au contraire, une base sûre
qui leur est ainsi donnée.
17. Voyage en Italie. B VIII.
18. Ce que nous avons ici en vue, c’est moins la théorie de
l’évolution des naturalistes qui se placent sur le terrain de
l’empirisme du domaine sensoriel que plutôt les fondements
théoriques, les principes que l’on met à la base du darwinisme.
Avant tout, naturellement, l’École d’Iéna avec Haeckel à sa
tête ; dans cet esprit de premier rang, la théorie de Darwin
avec tout son exclusivisme, ont connu leur développement
conséquent.
19. Voyage en Italie. B VIII.
20. Voyage en Italie. Ibid.
21. Nous aurons à plusieurs reprises l’occasion d’exposer dans
quel sens ces parties sont en rapport avec l’ensemble. Si nous
voulons emprunter à la science moderne un concept pour
exprimer un tel concours d’êtres vivants à un ensemble dont
ils sont les parties, ce serait en zoologie celui de « ruche ». C’est
une sorte de république faite d’êtres vivants, un individu
constitué lui-même d’individus autonomes, un individu d’un
genre supérieur.
22. Voyage en Italie. B VIII.
23. Ibid.
24. Ibid.
25. Les nouveautés de l’édition étaient présentées alors au public
lors des grandes foires qui se tenaient à Leipzig, à Pâques et à
la Saint-Michel (NdT).

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III
LA GENÈSE DES IDÉES DE GOETHE
SUR LA FORMATION DES ANIMAUX

 

suite…

http://www.freepdf.info/index.php?post/Steiner-Rudolf-Goethe-le-Galilee-de-la-science-du-vivant

 

LE BRISE-GLACE Juin 1941 : le plan secret de Staline pour conquérir l’Europe


par Suvorov Victor (Vladimir Bogdanovich Rezun)

Année : 1988

AU LECTEUR
Qui a commencé la Deuxième Guerre mondiale?
Parmi toutes les réponses à cette question aucune ne fait l’unanimité. A plusieurs reprises, le gouvernement soviétique a même changé officiellement d’avis sur ce sujet.
Le 18 septembre 1939, il déclarait, dans une note officielle, que la responsabilité de la guerre incombait au gouvernement polonais.
Le 30 novembre 1939, dans la Pravda, Staline accusait « l’Angleterre et la France, qui ont attaqué l’Allemagne », de porter « la responsabilité de la guerre actuelle. »
Le 5 mai 1941, dans un discours confidentiel prononcé devant les promotions des académies militaires, il désignait un autre coupable: l’Allemagne.
La guerre achevée, Moscou élargit le cercle des responsables du conflit à l’ensemble des pays capitalistes. Comme l’URSS était alors le seul pays non capitaliste, c’était donc la communauté internationale tout entière, à l’exception de la « Patrie des travailleurs », qui portait, selon cette thèse, la responsabilité du conflit.
La mythologie communiste a longtemps conservé le point de vue stalinien. N.S. Khrouchtchev, L.I. Brejnev, Iou.V. Andropov et K.Ou. Tchernenko ont régulièrement mis le monde entier au banc des accusés. Sous l’influence de M.S. Gorbatchev, bien des choses commencent à changer, mais le jugement porté par Staline n’a pas été corrigé : le lieutenant- général P.A. Jiline, historien en chef de l’Armée soviétique, répète toujours à qui veut l’entendre : « Les responsables de la guerre n’ont pas été les seuls impérialistes d’Allemagne, mais ceux du monde entier1. »
La raison de cette attitude est simple : les communistes soviétiques continuent d’accuser le reste du monde pour dissimuler le rôle qu’ils ont eux-mêmes joué dans la genèse du conflit.
Après la Première Guerre mondiale, le Traité de Versailles avait retiré à l’Allemagne le droit de disposer d’une armée puissante et d’armes offensives : chars, avions de combat, artillerie lourde et sous-marins. Les chefs militaires allemands qui ne pouvaient s’entraîner sur leur territoire à la guerre offensive, le firent, grâce au Traité de Rapallo (1922), en… Union soviétique. Staline leur offrit les meilleures conditions d’entraînement. Des salles d’étude, des polygones et des champs de tir furent mis à leur disposition, mais également tout le matériel qui leur était interdit. Sur ordre de Staline, les portes des usines de production de blindés furent ouvertes aux stratèges allemands. Si Staline accorda alors tout le temps et l’argent nécessaires à la reconstitution de la puissance militaire allemande, c’est parce que, en cas de conflit, elle serait dirigée, non pas contre l’URSS, si compréhensive, mais contre le reste de l’Europe.

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1 L’Etoile rouge, 24 septembre 1985.

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Staline savait qu’une armée, aussi puissante et agressive qu’elle fût, ne suffirait pas à déclencher une guerre. Il fallait également un chef fanatique et illuminé. Il fit beaucoup pour qu’un tel personnage parvienne à la tête de l’Allemagne. Dès l’arrivée des fascistes au pouvoir, il les encouragea à la guerre. En août 1939, le pacte Molotov-Ribbentrop fut l’apothéose de cette politique : il garantissait à Hitler une totale liberté d’action en Europe ce qui rendait la guerre inévitable. Quand nous évoquons le chien enragé qui a couvert de morsures la moitié de l’Europe, n’oublions pas que c’est Staline qui l’a dressé avant de détacher sa chaîne.
Bien avant qu’il ne devienne Chancelier du Reich, les dirigeants soviétiques avaient donné à Adolf Hitler le surnom secret de « Brise-glace de la Révolution ». C’est un sobriquet précis et lourd de sens. Les communistes savaient bien que le seul moyen de vaincre l’Europe capitaliste était la guerre extérieure et non les révolutions intérieures. Le « Brise-glace » devait, à son insu, frayer la voie au communisme mondial en anéantissant les démocraties occidentales à coup de guerres éclair qui épuiseraient et disperseraient ses propres forces.
Contrairement à Hitler, Staline savait que c’était le dernier entré en guerre qui la gagnerait. Il lui céda donc l’honneur de la déclencher et se prépara à attaquer lorsque « tous les capitalistes se seront battus entre eux*».
Hitler était un véritable cannibale mais il ne faut pas prendre Staline pour un végétarien. On a fait beaucoup pour dénoncer les crimes du nazisme et démasquer ses bourreaux. Ce travail doit être poursuivi et développé. Mais il faut aussi condamner ceux qui ont encouragé tous ces crimes dans l’intention d’en tirer profit.
Les archives soviétiques ont été depuis longtemps soigneusement épurées. Elles sont, en plus, difficilement accessibles aux historiens. J’ai eu la chance de pouvoir travailler dans celles du ministère de la Défense de l’URSS, mais c’est volontairement que je les utiliserai de façon limitée. Les publications officielles sont amplement suffisantes pour faire asseoir les dirigeants communistes soviétiques au même banc des accusés que les nazis.
Mes principaux témoins seront Karl Marx, Friedrich Engels, V.I. Lénine, L.D. Trotski, I.V. Staline, tous les maréchaux de la période de guerre et un bon nombre de généraux de premier plan. Dans cet ouvrage, les responsables communistes eux- mêmes dévoileront au lecteur leurs desseins. De leur propre aveu, ils reconnaîtront qu’ils ont favorisé la guerre; que l’action des nazis leur a permis de la déclencher; qu’ils se préparaient à attaquer par surprise pour s’emparer de l’Europe préalablement ravagée par Hitler.
Il se trouvera de nombreuses personnes pour défendre les communistes soviétiques. De grâce, puisque je les ai pris au mot, qu’on les laisse se défendre eux-mêmes.

Victor Suvorov, décembre 1988

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* Staline, Œuvres, t. 6, p. 158.

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I

LE CHEMIN DU BONHEUR

«Nous sommes le parti de la classe qui marche à la conquête, à la conquête du monde *. »
M.V. FROUNZE (1885-1925).

1
Marx et Engels ont prédit la guerre mondiale et des conflits internationaux prolongés « d’une durée de quinze, vingt, cinquante ans ». Cette perspective était loin d’effrayer les auteurs du Manifeste du parti communiste. Ils n’appelaient pas le prolétariat à empêcher les guerres; au contraire, ils pensaient qu’un conflit généralisé était souhaitable. Il serait porteur de la révolution mondiale. Engels expliquait qu’elle provoquerait « la lamine générale et la création des conditions pour une victoire définitive de la classe ouvrière ».
Les deux hommes ne vécurent pas assez vieux pour voir éclater la guerre, mais leur disciple, Lénine, poursuivit leur action. Dès le début de la Première Guerre mondiale, Lénine souhaita la défaite du gouvernement de son propre pays afin de « transformer la guerre impérialiste en guerre civile ».
Il était persuadé que les partis de gauche des autres pays belligérants se dresseraient contre leurs gouvernements et que le conflit deviendrait une guerre civile à l’échelle mondiale. Mais il se trompait. Dès l’automne 1914, sans abandonner l’espoir d’une révolution planétaire, il adopta un programme minimum : la révolution devait éclater dans un pays au moins : « Le prolétariat victorieux de ce pays se dressera contre tout le reste du monde », attisant des désordres et des insurrections dans les autres Etats, « ou marchant ouvertement contre eux avec une force armée ».
En avançant ce programme minimum, Lénine n’abandonnait pas la perspective à long terme de révolution mondiale. Il s’agissait seulement de savoir à l’issue de quels événements elle se produirait. En 1916, il formula une réponse nette : ce serait à l’issue d’une seconde guerre impérialiste.
Sauf erreur, je n’ai jamais trouvé chez Hitler une phrase prouvant qu’en 1916 il songeait à une seconde guerre mondiale. Lénine, si. Mieux, il justifiait déjà en théorie la nécessité d’une telle guerre par la construction du socialisme dans le monde entier.
Les événements se précipitèrent. L’année suivante, la révolution éclata en Russie. Lénine se hâta de retourner dans son pays. Dans le tourbillon de désordre -anarchique, il parvint, avec son petit parti organisé militairement, à s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat.

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* OEuvres (Sotchineniïa), t. 2, p. 96

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Ses premiers actes furent aussi simples qu’habiles. Dès la formation de l’Etat communiste, il prit le « Décret sur la paix » qui se révéla un excellent moyen de propagande. Si Lénine avait besoin de la paix, c’était pour sauvegarder son pouvoir. Conséquence immédiate du décret, des millions de soldats désarmés désertèrent le front et rentrèrent chez eux, transformant la guerre impérialiste en guerre civile. Ils jouèrent le rôle d’un « brise-glace » qui désarticula la Russie. En plongeant le pays dans le chaos, Lénine consolida le pouvoir des communistes et l’étendit peu à peu à l’ensemble du territoire.
En politique extérieure, il fut aussi adroit. En mars 1918, il conclut la paix de Brest-Litovsk avec l’Allemagne et ses alliés. La position de Berlin face aux Alliés était déjà sans espoir. Ce fut d’ailleurs pour cela que Lénine signa la paix. Elle lui permit de consacrer toutes ses forces à la consolidation de la dictature communiste à l’intérieur du pays. Elle donnait également à l’Allemagne la capacité de poursuivre la guerre à l’Ouest contre les Alliés, affaiblissant ainsi tous les belligérants à la fois.
Par cette paix séparée avec l’adversaire, Lénine trahissait les alliés de la Russie tsariste. Il trahissait aussi la Russie tout court. Au début de 1918, la victoire de la France, de la Grande-
Bretagne, de la Russie, des Etats-Unis et autres alliés était inéluctable. La Russie, qui avait perdu des millions de soldats, aurait pu figurer de plein droit parmi les vainqueurs. Mais Lénine ne souhaitait pas une telle victoire. La paix de Brest-Litovsk répondait seulement aux intérêts de l’idéologie communiste. Le chef des Bolcheviks reconnaissait lui-même qu’il «plaçait la dictature mondiale du prolétariat et la révolution mondiale plus haut que tous les sacrifices nationaux». Il livra ainsi, sans combat, à une Allemagne au bord de la défaite, un million de kilomètres carrés parmi les terres les plus fertiles et les régions industrielles les plus riches du pays. Sans compter les indemnités de guerre en or qu’il s’engagea à payer. Pourquoi?
La réponse est simple : la paix de Brest-Litovsk démobilisait de fait des millions de soldats et ces masses, que personne ne dirigeait, retournèrent dans leurs foyers en brisant sur leur passage tous les fondements de l’Etat et de la démocratie qui venait à peine de naître. La paix de Brest fut en fait le début d’une guerre civile bien plus sanglante et cruelle que ne l’avait été la Première Guerre mondiale.
La paix de Brest n’était pas seulement dirigée contre les intérêts nationaux de la Russie, elle visait aussi l’Allemagne. En un certain sens, elle préfigurait le pacte germano- soviétique. Le calcul de Lénine en 1918 était le même que celui de Staline en 1939 : laisser l’Allemagne faire la guerre à l’ouest afin que les pays occidentaux s’épuisent mutuellement, et tirer ensuite les marrons du feu.
Alors qu’à Brest, la fin des hostilités était signée avec l’Allemagne, à Petrograd, on préparait dans le même temps le renversement du gouvernement de Berlin. C’est le moment où l’on imprimait à cinq cent

mille exemplaires en Russie soviétique le journal communiste allemand, Die Fackel. Avant même la signature de la paix, en janvier 1918, le groupe communiste allemand « Spartacus » fut créé, toujours à Petrograd. Sur ordre de Lénine, les journaux Die Weltrevolution et Die Rote Fahne naquirent également en Russie communiste (et non en Allemagne).

2
Le calcul de Lénine, se révéla juste : l’Empire germanique ne put supporter le choc de cette guerre d’épuisement à l’ouest. Elle s’acheva par la chute des Hohenzollern et une révolution. Immédiatement, Lénine annula le traité de Brest-Litovsk. Dans l’Europe épuisée, sur les ruines des empires, surgirent des Etats communistes calqués sur le modèle de celui des Bolcheviks. Il pouvait se réjouir : « Nous sommes à la veille de la révolution mondiale !» A ce moment-là, il rejeta son programme minimum et n’évoqua plus la nécessité d’une seconde guerre mondiale. En revanche, il créa le Komintern qui se définissait lui-même comme un parti communiste universel dont l’objectif était la création d’une République socialiste soviétique mondiale.
Pourtant, la révolution mondiale n’eut pas lieu. Les régimes communistes de Bavière, de Brême, de Slovaquie et de Hongrie furent incapables de se maintenir. Les partis révolutionnaires occidentaux firent preuve de faiblesse et d’indécision pour conquérir le pouvoir. Lénine ne pouvait les soutenir autrement que moralement : toutes les forces bolcheviques étaient mobilisées sur les fronts intérieurs dans la lutte contre les peuples de Russie qui refusaient le communisme.
Ce ne fut qu’en 1920 que Lénine sentit sa position assez ferme à l’intérieur du pays pour lancer d’importantes offensives contre l’Europe dans le but d’attiser la flamme révolutionnaire.
En Allemagne, le moment le plus favorable était déjà passé mais le pays représentait encore un bon champ de bataille pour la lutte des classes. Désarmé et humilié, le pays souffrait d’une très grave crise économique et fut secoué, en mars 1920, par une grève générale. C’était un baril de poudre qui n’attendait qu’une étincelle… Dans la marche militaire officielle de l’Armée rouge (la «marche Boudienny») un couplet disait : « A nous Varsovie! A nous Berlin! » N.I. Boukharine, théoricien du parti bolchevique, n’hésitait pas à signer un slogan encore plus résolu dans la Pravda : « Sus aux murs de Paris et de Londres ! »
Sur le chemin des légions rouges se dressait la Pologne libre et indépendante. La Russie soviétique n’avait pas de frontière commune avec l’Allemagne. Pour apporter l’étincelle qui devait faire éclater le baril de la révolution, il fallait d’abord abattre cet Etat-tampon qui les séparait. L’entreprise échoua : les troupes soviétiques, dirigées par M.N. Toukhatchevski, furent défaites devant Varsovie. Au moment critique de la bataille, celui-ci,

 particulièrement incompétent, ne disposait pas des réserves stratégiques nécessaires. Cela décida de l’issue du combat. Six mois avant le début de cette « campagne de libération » soviétique sur Varsovie, Toukhatchevski avait justement « théorisé » sur l’inutilité des réserves stratégiques dans la guerre.
La stratégie est régie par des lois simples, mais impitoyables. L’une d’entre elles est la concentration. Il s’agit de constituer une force écrasante contre le point faible de l’ennemi, au moment et au lieu décisif. Pour concentrer des forces, il faut les avoir en réserve. Toukhatchevski ne l’avait pas compris et le paya par la défaite. Quant à la révolution allemande, il fallut la différer à 1923…
La déroute des troupes de Toukhatchevski eut des conséquences très lourdes pour les Bolcheviks. La Russie, qu’ils semblaient avoir entièrement noyée dans le sang et soumise à leur contrôle, se redressa soudain dans une tentative désespérée pour se débarrasser de la dictature communiste. Petrograd, berceau de la révolution, se mit en grève. Les ouvriers réclamaient du pain et la liberté promise. Les Bolcheviks entreprirent d’écraser les révoltes lorsque l’escadre de la Baltique prit le parti des ouvriers. Les marins de Cronstadt, qui, trois ans auparavant, avaient fait cadeau du pouvoir à Lénine et Trotski, exigeaient à présent que les communistes fussent exclus des soviets. Le pays fut gagné par une vague de révoltes paysannes. Dans les forêts de Tambov, les paysans créèrent une puissante force anticommuniste, bien organisée, mais mal armée.
Toukhatchevski reçut l’ordre de redresser la situation. Il lava ainsi dans le sang russe sa faillite stratégique en Pologne. Sa férocité lors de la répression de Cronstadt devint légendaire. Quant à l’extermination des paysans dans la région de Tambov, ce fut l’une des pages les plus atroces de l’histoire humaine2.

3
En 1921, Lénine instaura la NEP, sa Nouvelle Politique économique. Cette politique pourtant n’avait rien de nouveau : ce n’était que le retour au bon vieux capitalisme. Face à la crise et à la famine, les communistes étaient prêts à tous les accommodements (y compris à tolérer des éléments de marché libre) pour conserver le pouvoir. Il est courant d’affirmer que les révoltes de Cronstadt et de Tambov poussèrent Lénine à instaurer la NEP et à relâcher quelque peu la pression idéologique sur la société.
Je crois que les causes de ce recul sont plus profondes. En 1921, il

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2 Le xxe siècle ne manque pas de grands criminels : N.I. Iejov, Heinrich Himmler, Pol Pot… Par la quantité de sang qu’il a versé, Toukhatchevski mérite pleinement de figurer à leurs côtés. Chronologiquement, il fut certainement le précurseur de la plupart d’entre eux. Voir également annexe 1, p. 283.

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était clair que la Première Guerre mondiale n’avait pas accouché d’une révolution européenne. Il fallait donc, suivant le conseil de Trotski, passer à la révolution permanente en attaquant les maillons les plus faibles du monde libre et préparer en même temps la Deuxième Guerre mondiale qui devait, elle, conduire à la « libération » définitive. En décembre 1920, peu de temps avant de décréter la NEP, Lénine annonça clairement : « Une nouvelle guerre du même type [que la Première Guerre mondiale] est inévitable. » Il déclara aussi : « Nous sortons d’une étape de la guerre, nous devons nous préparer à la seconde étape. »
C’est la raison de la NEP. La paix n’est qu’une pause avant une nouvelle guerre : c’est le langage de Lénine, de Staline, de la Pravda. La NEP est un court entracte avant les guerres à venir. Les communistes doivent remettre le pays en ordre, consolider leur pouvoir, développer une industrie militaire puissante et préparer la population aux futures batailles et « campagnes de libération ».
L’introduction d’éléments du marché libre ne signifiait nullement que l’on renonçât à préparer la révolution mondiale dont la Deuxième Guerre mondiale devait être le détonateur.
En 1922, l’Union des républiques socialistes soviétiques fut constituée. Il s’agissait d’un pas décisif vers la création d’une République socialiste soviétique universelle. A l’origine, l’URSS comprenait quatre républiques. On prévoyait d’en augmenter le nombre jusqu’à ce que le monde entier en fit partie. En réalité, c’était une déclaration de guerre, franche et honnête, au reste de la planète.

II
L’ENNEMI PRINCIPAL

« Si un ébranlement révolutionnaire de l’Europe commence quelque part, ce sera en Allemagne […] et une victoire de la révolution en Allemagne garantirait la victoire de la révolution internationale3»
STALINE, 3 juillet 1924.

1
En 1923, l’Allemagne se trouvait à nouveau au bord de la révolution. Lénine, affaibli par la maladie, ne prenait plus part à la direction du parti et du Komintern. Staline s’était presque totalement emparé des rênes du pouvoir même si personne parmi ses rivaux ou les observateurs étrangers, ne s’en était encore avisé.
Voici comment Staline décrivait son propre rôle dans la préparation de la révolution allemande de 1923 : « La Commission allemande du Komintern, composée de Zinoviev, Boukharine, Staline, Trotski, Radek et d’un certain nombre de camarades allemands a pris une série de décisions concrètes pour aider directement les camarades allemands dans leur entreprise de prise du pouvoir. »
Boris Bajanov, le secrétaire particulier de Staline, a expliqué en détail cette préparation. Selon lui, les crédits alloués à l’entreprise furent énormes : le Politburo avait décidé de ne pas en limiter les moyens. En URSS, on mobilisa les communistes d’origine allemande et tous ceux qui maîtrisaient la langue de Goethe pour les envoyer faire du travail clandestin en Allemagne. Sur place, ils étaient dirigés par des responsables soviétiques de haut rang, comme le commissaire du peuple V.V. Schmidt, le vice-président de la Guépéou I. Unschlicht (futur chef de l’espionnage militaire) et les membres du Comité central Radek et Piatakov. N.N. Krestinski, ambassadeur soviétique à Berlin, déploya une activité débordante. Son ambassade devint le centre organisé de la révolution. Par elle transitaient les ordres de Moscou et des flots de devises immédiatement transformés en montagnes de propagande, d’armes et de munitions.
Unschlicht fut chargé de recruter des détachements pour l’insurrection armée, de les former et de leur fournir des armes. Sa tâche consistait aussi à organiser la Tcheka allemande « en vue de l’anéantissement de la bourgeoisie et des adversaires de la révolution après le coup d’Etat 4 ».

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3 Séance de la Commission du Komintern sur la Pologne, 3 juillet 1924. OEuvres, t. 6, p. 267.
4 B. Bajanov, Bajanov révèle Staline, Gallimard, Paris, 1979, p. 64.

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Le Politburo mit au point un plan détaillé de prise du pouvoir dont la date fut fixée au 9 novembre 1923. Mais la révolution attendue n’eut pas lieu pour plusieurs raisons.
D’abord, le parti communiste ne jouissait pas d’un appui suffisant parmi les masses allemandes dont une importante partie penchait vers la social-démocratie. De plus, le parti était scindé en deux fractions dont les leaders (à la différence de Lénine et de Trotski en 1917) n’étaient pas assez déterminés.
La deuxième raison tenait, comme en 1920, à l’absence de frontière commune entre l’Allemagne et l’URSS. L’Armée rouge ne pouvait pas voler au secours du parti communiste allemand et de ses chefs indécis.
La troisième raison est sans doute la plus importante: Lénine, mourant, ne dirigeait plus depuis longtemps l’Union soviétique et la révolution mondiale. Ses héritiers potentiels étaient nombreux : Trotski, Zinoviev, Kamenev, Rykov, Boukharine. A côté de tous ces rivaux, Staline semblait travailler modestement dans l’ombre mais, bien que personne ne le considérât comme un prétendant, il avait déjà, aux dires de Lénine, « concentré entre ses mains un pouvoir sans limites ».
La révolution allemande de 1923 fut dirigée d’un Kremlin où faisait rage une bataille acharnée. Aucun des prétendants au pouvoir ne souhaitait voir un rival prendre la tête de la révolution allemande et, par conséquent, européenne. Ils se bousculaient tous à la barre, donnant à leurs subordonnés des ordres contradictoires qui ne pouvaient en aucune façon conduire à la victoire. Staline, sagement, ne tenta pas de s’ériger en timonier. Il décida d’accorder toute son attention à la consolidation définitive de son pouvoir personnel, laissant à plus tard les autres problèmes, y compris la révolution mondiale.
Dans les années suivantes, Staline se débarrassa de ses rivaux, un par un, les faisant dévaler de plus en plus vite les échelons du pouvoir vers les caves de la Loubianka.
Une fois au pouvoir, il écarta les obstacles qui avaient empêché la révolution allemande : il mit de l’ordre dans le parti communiste allemand et le força à obéir aveuglément aux ordres de Moscou; il établit des frontières communes avec l’Allemagne; et pour finir, il laissa les nazis anéantir la social-démocratie allemande.

2
Selon Marx et Lénine, la guerre devait accélérer et faciliter le processus révolutionnaire. La position de Staline était simple et cohérente : il fallait combattre les sociaux- démocrates et les pacifistes qui détournaient le prolétariat de la guerre. Le 7 novembre 1927, il lançait ce slogan : « Impossible d’en finir avec le capitalisme, si on n’en finit pas avec le social-démocratisme dans le mouvement ouvrier5. »
L’année suivante, Staline précisait que les communistes devaient, « en premier lieu, lutter contre le social-démocratisme sur toute la ligne […] y compris démasquer le pacifisme bourgeois 6 ».
A l’égard de ceux qui se déclaraient ouvertement pour la guerre, les premiers nazis, la position de Staline était tout aussi simple et logique : il fallait les soutenir pour leur permettre d’anéantir les sociaux-démocrates et les pacifistes. En 1927, il prévoyait la venue des fascistes au pouvoir et considérait que ce serait positif : « Précisément cet événement conduit à l’aggravation de la situation interne des pays capitalistes et aux soulèvements révolutionnaires des ouvriers. »
Staline soutint la montée d’Hitler. Des staliniens zélés, comme Hermann Remmele, appuyèrent ouvertement les nazis. La responsabilité de Staline dans l’avènement du dictateur allemand est loin d’être mince. J’espère un jour consacrer un ouvrage à cette question. Pour l’heure, je me contenterai de citer ce jugement de Trotski : « Sans Staline, il n’y aurait pas eu Hitler, il n’y aurait pas eu de Gestapo7  !» La perspicacité de Trotski apparaît également dans cette autre observation, faite deux ans plus tard : « Staline a radicalement délié les mains de Hitler tout comme celles de ses adversaires, et il a poussé l’Europe à la guerre8. » Au même moment, Chamberlain prétendait que la guerre n’aurait pas lieu, Mussolini se considérait comme un pacificateur, Hitler n’avait pas encore planifié l’attaque de la Pologne et encore moins celle de la France. Alors que l’Europe entière poussait un soupir de soulagement et se persuadait qu’il n’y aurait pas de conflit, Trotski savait qu’il aurait lieu et en désignait à l’avance le responsable.
En juin 1939, des pourparlers intensifs étaient menés entre la Grande-Bretagne, la France et l’URSS contre l’Allemagne. Personne n’évoquait la possibilité de complications imprévues. Le 21 juin, Trotski, lui, écrivait : « L’URSS s’approchera de l’Allemagne de toute sa masse, au moment même où le Troisième Reich sera entraîné dans

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5 Pravda, 6-7 novembre 1927.
6 Discours devant les militants du parti de Leningrad, le 13 juillet 1928. OEuvres, t.ll, p. 202.
7 Bulletin de l’opposition (Bioulleten’ oppositsii), n° 52-53, octobre 1936.
8 Ibid., n°71, novembre 1938.

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une lutte pour un nouveau partage du monde9. » Les choses se sont bien passées ainsi! Pendant que l’Allemagne faisait la guerre à la France, Staline, « de toute sa masse », occupa les Etats neutres sur ses frontières occidentales (partie orientale de la Pologne, Bessarabie, Bukovine septentrionale, Etats baltes), se rapprochant ainsi de celles de l’Allemagne. Le même jour, Trotski fit une autre prophétie encore plus extraordinaire : il prédit qu’au cours de l’automne 1939, la Pologne allait être occupée par les nazis et que l’Allemagne avait l’intention de commencer une offensive contre l’Union soviétique au cours de l’automne 1941.
Le fondateur de l’Armée rouge ne commit qu’une erreur de quelques mois sur le début de la guerre soviéto-allemande10. Staline commettra la même…
Trotski fut le premier à comprendre le jeu de Staline, ce qui ne fut pas le cas des chefs des Etats occidentaux ni, au début, de Hitler lui-même. Pourtant, la tactique stalinienne était simple. Trotski en avait été la victime quelques années plus tôt : Staline s’était allié à Zinoviev et Kamenev pour l’écarter du pouvoir. Puis il avait provoqué la chute de ses deux alliés provisoires avec l’aide de Boukharine, qu’il élimina à son tour un peu plus tard. Staline avait, de la même façon, écarté les tchékistes de la génération de Dzerjinski en se servant de Iagoda, puis il utilisa Iejov pour éliminer Iagoda et les siens avant de liquider Iejov grâce à Beria, etc.
Trotski voyait bien que Staline se bornait simplement à transposer ces méthodes à l’échelle internationale et se servait du fascisme allemand comme d’un instrument pour déclencher la guerre inter-capitaliste d’où devrait éclore la révolution mondiale.
Dès 1927, Staline annonçait que la nouvelle guerre impérialiste était aussi inéluctable que l’entrée de l’URSS dans ce conflit. Mais, rusé, il n’entendait pas déclencher les hostilités ni y prendre part très rapidement : « Nous interviendrons, mais nous le ferons dans les derniers jours pour jeter sur le plateau de la balance un poids qui puisse peser de manière décisive. »
Staline avait besoin de crises et de guerres en Europe. Hitler, sans s’en rendre compte, pouvait les lui procurer. Plus les nazis commettraient de crimes et mieux Staline pourrait lâcher sur le continent une Armée rouge « libératrice ».
Tout cela, Trotski l’avait compris bien avant la victoire d’Hitler en

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9 Ibid., n° 79-80, juin 1939.
10 A lire, cinquante ans plus tard, les jugements de Trotski, on s’étonne de tant de clairvoyance. En fait, Trotski n’en fait pas mystère. Principal artisan du coup de force bolchevique, créateur de l’Armée rouge, chef reconnu de l’URSS au même titre que Lénine, il fut le théoricien de la révolution mondiale. Il était donc bien placé pour connaître le fonctionnement du système communiste. Ainsi qu’il le reconnaissait lui-même, ses prédictions se fondaient sur les publications soviétiques officielles, notamment celles de Gueorgui Dimitrov, secrétaire du Komintern.

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Allemagne. En 1932, il expliquait ainsi l’attitude de Staline envers les fascistes allemands : « Qu’ils arrivent au pouvoir, qu’ils se compromettent, et alors… »
A partir de 1927, Staline soutint de toutes ses forces, mais sans le montrer publiquement, la montée des nazis. Parvenus au pouvoir, Staline les poussa à faire la guerre. Lorsqu’ils ouvrirent le conflit, il ordonna aux communistes occidentaux de devenir provisoirement pacifistes, de saper les armées occidentales, d’ouvrir la route aux nazis et de capituler devant eux en exigeant que l’on mette fin à la « guerre impérialiste » et en sabotant les efforts de guerre de leurs gouvernements respectifs.
Tout en poussant le «brise-glace» hitlérien sur l’Europe démocratique, Staline l’avait déjà condamné à mort. Cinq ans avant l’arrivée des fascistes au pouvoir en Allemagne, il planifiait leur anéantissement : « Ecraser le fascisme, abolir le capitalisme, instaurer le pouvoir des soviets, libérer les colonies de l’esclavage. »

III
DES ARMES POUR LES COMMUNISTES

« Les hommes meurent pour du métal. »
GOUNOD, Faust.

1
En 1933, le général allemand Heinz Guderian visita l’usine de locomotives de Kharkov. Il témoigna que cette usine produisait aussi des chars : vingt-deux par jour.
Pour comprendre la portée de ce témoignage qui concerne seulement la production annexe d’une seule usine soviétique en temps de paix, il faut se rappeler qu’en 1933, l’Allemagne ne produisait encore aucun char. En 1939, au début de la guerre, Hitler disposait de  3195 blindés, c’est-à-dire moins de six mois de production de la seule usine de Kharkov en temps de paix. En 1940, alors que la Deuxième Guerre mondiale avait déjà commencé, les Etats-Unis ne disposaient que de 400 chars.
Les blindés aperçus par Guderian étaient l’oeuvre d’un génie américain, J. Christie, dont personne, hormis les constructeurs soviétiques, n’avait apprécié les inventions à leur juste valeur. Ce char américain fut acheté et envoyé en Union soviétique grâce à de faux papiers d’exportation qui le firent passer pour un tracteur agricole. En URSS, ce « tracteur » fut produit en très grand nombre sous le sigle BT (initiales de « char rapide » en russe). Les premiers BT pouvaient atteindre une vitesse de cent kilomètres à l’heure. De quoi faire pâlir d’envie un conducteur de char moderne. La forme du châssis était simple et rationnelle. Quant au blindage, aucun char de l’époque, y compris ceux de l’armée américaine, n’en possédait de comparable11.
Le T-34, le meilleur char de la Deuxième Guerre mondiale, était un descendant direct du BT. Sa forme était un développement des idées du grand constructeur américain. Le principe de la disposition inclinée des plaques de blindage à l’avant fut ensuite utilisé pour les «Panthers» allemands, puis par tous les chars du monde.
Il faut toutefois reconnaître un défaut des BT : il était impossible de les utiliser sur le territoire soviétique.

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11 Voir annexe 2, p. 283.

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Le BT était un char agressif. Sa principale qualité était la vitesse. Par ses caractéristiques, il ressemblait au guerrier monté, petit mais extraordinairement mobile, des hordes mongoles. Gengis-Khan remportait la victoire en assenant à ses ennemis des coups soudains où il engageait le plus gros de ses troupes. Sa force résidait moins dans la puissance de ses armes que dans ses manoeuvres très rapides en profondeur. Pour cela, il n’avait pas besoin de cavaliers lents et lourds mais de hordes légères, capables de franchir des distances énormes, de forcer le passage des fleuves et de pénétrer profondément dans les arrières de l’ennemi.
Telles étaient les caractéristiques du BT, produit en plus grande quantité que tous les autres chars du monde au 1er septembre 1939. La mobilité, la rapidité et l’autonomie avaient été obtenues grâce à des blindages rationnels mais très légers et fins. Le BT ne pouvait être utilisé que pour une guerre d’agression, sur les arrières de l’ennemi, dans une de ces offensives foudroyantes où des masses de chars envahissent soudain le territoire ennemi et y pénètrent en profondeur, contournant les foyers de résistance, pour atteindre les villes, les ponts, les usines, les aéroports, les ports, les postes de commandement et les centres de transmission.
Les qualités agressives du BT provenaient également de son train de roulement. Sur les chemins de terre, il se déplaçait sur chenilles, mais, sitôt qu’il s’engageait sur de bonnes routes, il les enlevait et filait sur ses roues comme une voiture. Or, on le sait, la vitesse contredit la capacité de franchissement : il faut choisir entre une voiture rapide qui ne peut rouler que sur de vraies routes et un tracteur lent qui passe partout. Les maréchaux soviétiques avaient choisi la voiture : le BT était totalement impuissant sur le territoire soviétique. Lorsqu’Hitler engagea l’opération « Barbarossa » en attaquant l’URSS, presque tous les BT furent abandonnés. Même sur chenilles, ils ne pouvaient servir en dehors des routes. Quant aux roues, elles ne furent jamais utilisées. Ces chars magnifiques ne furent donc jamais employés selon leurs capacités. Ils avaient été créés pour opérer uniquement sur des territoires étrangers dotés d’un bon réseau routier, ce qui excluait la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, la Chine, la Mandchourie et la Corée. Seul G.K. Joukov parvint à utiliser les BT en Mongolie, sur des plaines absolument plates. Il en fut fort mécontent : en dehors des pistes, les chars déchenillaient souvent. Quant aux roues, elles s’enfonçaient dans le sol, même sur les routes de terre, et les chars patinaient.
Les BT ne pouvaient être utilisés efficacement qu’en Europe centrale et méridionale. Sur roues, ils pouvaient donner leurs pleines capacités en Allemagne, Belgique et France.
Selon les manuels soviétiques de l’époque, les roues des BT étaient plus importantes que les chenilles car elles lui donnaient sa rapidité. Les chenilles ne devaient servir qu’à gagner le territoire étranger, par

exemple, forcer la Pologne. Après quoi, les chars pourraient se lancer, sur roues, sur les autoroutes allemandes. Les chenilles n’étaient considérées que comme un moyen annexe qui ne devait être utilisé qu’une fois, exactement comme un parachute que l’on jette dès que l’on a atterri sur les arrières ennemis. Les divisions et corps d’armées équipés de chars BT ne disposaient pas de véhicules de transport pour récupérer les chenilles abandonnées. Les BT devaient achever la guerre sur d’excellentes routes.
Il faut également noter que l’URSS fut à cette époque la seule à produire massivement des chars amphibies. Dans une guerre défensive, ces chars n’avaient aucune utilité. Au début de l’agression allemande, il fallut aussi les abandonner et réduire leur production, comme celle des BT.
En 1938, l’Union soviétique lança des travaux intensifs pour créer un char nouveau portant le sigle totalement inhabituel d’A-20. Que signifiait cet « A » ? Aucun manuel soviétique ne répond à cette question. Il est possible qu’après publication de cet ouvrage, les intéressés inventent une explication. Quant à moi, j’ai longtemps cherché une réponse. Je crois l’avoir trouvée à l’usine n° 183, cette même usine de locomotives visitée par Guderian, qui fournissait aussi des chars. Les vieux ouvriers de l’usine affirment que le sens initial du « A » était « autoroute ». J’ignore si l’explication est vraie, mais je la tiens pour satisfaisante. Le A-20 était un dérivé du BT dont la carac-téristique de rapidité apparaissait dans le sigle. Pourquoi n’en irait-il pas de même pour l’A-20? Sa fonction principale était de gagner les autoroutes pour se transformer en roi de la vitesse12.
A la fin des années 80, l’Union soviétique ne dispose toujours pas d’un seul kilomètre de ce qu’on appelle « autoroute » en Occident. En 1938, aucun des Etats frontaliers de l’URSS ne disposait d’une infrastructure autoroutière. Mais l’année suivante, le pacte Molotov-Ribbentrop partageait la Pologne et instaurait des frontières communes entre l’URSS et un pays qui était doté d’un important réseau d’autoroutes: l’Allemagne.
Les historiens expliquent qu’en juin 1941 les chars soviétiques n’étaient pas prêts à la guerre. C’est faux. Ils n’étaient pas prêts à une guerre défensive sur le territoire de l’URSS. Ils étaient conçus pour mener un autre type de combat sur d’autres territoires.

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12 Certains modèles de chars soviétiques portaient des noms de chefs communistes : KV (Klim Vorochilov), IS (Iossif Staline), mais la plupart portaient un sigle comprenant la lettre « T » (tank) et des préfixes comme « O » (lance-flammes), « B » (rapide), « P » (amphibie).

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4

A la qualité et à la quantité des blindés soviétiques répondaient celles des avions. Les historiens communistes prétendent qu’il y avait certes beaucoup d’avions, mais mauvais et périmés. Il faudrait seulement prendre en compte les plus récents appareils d’alors, le Mig-3, le Yak-1, le Pe-2, le Il-2 et décompter les vieilleries produites plusieurs années avant la guerre.
Mais voici ce que pense de ces vieilleries Alfred Price, officier de la Royal Air Force, qui pilota quarante modèles d’avions différents et totalisa 4’000 heures de vol à son actif : « De tous les chasseurs existant en septembre 1939, le plus puissamment armé était le Polikarpov 1-16 russe. […] En puissance de feu, il dépassait du simple au double le Messerschmitt-109E, et presque du simple au triple le Spitfire-1. Le 1-16 était unique car il était le seul à doter le pilote d’une protection blindée. Ceux qui croient que les Russes étaient des pay-sans attardés avant la Deuxième Guerre mondiale et qu’ils ont seulement progressé en suivant l’expérience allemande devraient se rappeler les faits13. »
Ajoutons qu’en août 1939, pour la première fois dans l’histoire de l’aviation, les chasseurs soviétiques utilisèrent des missiles. En outre, l’URSS travaillait déjà à un avion, seul en son genre, dont le fuselage devait être blindé, le Il-2, véritable char volant doté d’un armement surpuissant qui comprenait huit missiles.
Dans ces conditions, que se passa-t-il? Pourquoi l’aviation soviétique perdit-elle la maîtrise du ciel dès le premier jour de combat? La réponse est simple : la majeure partie des pilotes soviétiques, y compris ceux des chasseurs, n’avaient pas appris à mener des combats aériens. Ils savaient seulement détruire des objectifs à terre. Les règlements de l’aviation de chasse et de bombardement (BOUIA-40 et BOUBA-40) incitaient les pilotes à mener une seule opération d’offensive, grandiose et soudaine, dans laquelle l’aviation soviétique détruirait d’un coup l’aviation ennemie et disposerait de la maîtrise du ciel14.
C’est bien pourquoi toute l’aviation soviétique était massée aux frontières en 1941. Ainsi, l’aérodrome de campagne du 123e régiment de chasse se trouvait à deux kilomètres de la frontière allemande. En temps de guerre, et par souci d’économie de carburant, les avions décollent en direction de l’ennemi. Au 123e chasseurs, comme dans bien d’autres formations, les avions devaient prendre de la hauteur au-dessus du territoire allemand.
Avant et pendant la guerre, l’Union soviétique mit au point d’excellents avions d’une étonnante simplicité. Ils n’étaient pas

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13 A. Price, World War II Fighter Conflict, Londres, 1975, pp. 18,21.
14 Voir annexe 3, p. 283.

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destinés à détruire les appareils ennemis en combat aérien mais à les anéantir au sol. Le Il-2 en fut la plus belle réussite. Son objectif principal était les aérodromes. En concevant cet appareil d’attaque, le constructeur S.V. Iliouchine avait prévu un moyen d’assurer aussi sa défense : dans sa première version, le Il-2 était biplace. Derrière le pilote, un tireur protégeait l’appareil contre les chasseurs ennemis. Staline téléphona à Iliouchine pour lui intimer l’ordre d’enlever le tireur et sa mitrailleuse. Pour Staline, le Il-2 devait être utilisé dans une situation où aucun chasseur ennemi n’aurait le temps de décoller.
Dans les premières heures de l’opération « Barbarossa », Staline téléphona de nouveau à Iliouchine et lui ordonna de refaire du Il-2 un biplace : dans une guerre défensive, même un avion d’attaque a besoin d’un armement défensif.

5
En 1927, Staline finit de consolider son pouvoir et concentra son attention sur les problèmes du mouvement communiste et de la révolution mondiale.
La même année, il conclut au caractère inévitable d’une nouvelle guerre mondiale et engagea une lutte résolue contre le pacifisme social-démocrate en favorisant les nazis dans leur conquête du pouvoir.
1927 marqua également le début de l’industrialisation de l’URSS. Ou plutôt de sa surindustrialisation planifiée par quinquennats.
Au début du premier plan quinquennal, l’Armée rouge disposait de 92 chars. Bien que la production militaire ne fût pas encore prioritaire, elle en avait plus de 4’000 à son terme. Le but de ce premier quinquennat était de mettre en place une infrastructure industrielle capable de produire, ensuite, des armements.
Le deuxième quinquennat continua sur cette lancée : l’on créa des batteries de fours à coke et des fours Martin, des barrages géants et des usines d’oxygène, des laminoirs et des mines. La production d’armement n’était toujours pas prioritaire, mais Staline ne l’oubliait pas pour autant : au cours des deux premiers plans, la production d’avions de combat fut de 24’708 unités…
En revanche, le troisième quinquennat, qui devait s’achever en 1942, fut bel et bien consacré à la production militaire à une échelle énorme.
L’accomplissement du troisième plan avait été rendu possible par la collectivisation des campagnes et l’industrialisation du pays dont le but n’était nullement d’améliorer les conditions d’existence de la population15. Au milieu des années vingt, la vie était relativement

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15 Voir annexe 4, p. 284.

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supportable. Si Staline s’était préoccupé du niveau de vie, il aurait prolongé la NEP et les Soviétiques n’auraient pas connu, au début des années trente, l’appauvrissement presque total et les terribles famines que décrit Robert Conquest dans un récent ouvrage16. En réalité, le but de l’industrialisation et de la collectivisation n’était pas l’amélioration des conditions de vie des Soviétiques mais la production d’armes en quantités gigantesques.
Pourquoi les communistes voulaient-ils des armes? Pour défendre la population? Drôle de calcul : faire des millions de morts pour se protéger d’une hypothétique attaque. Rappelons que les nazis parvinrent au pouvoir en Allemagne en 1933, alors que la famine sévissait en URSS depuis déjà deux ans. Si, pour payer les chars d’assaut, la soie des parachutes et la technologie militaire occidentale, Staline n’avait vendu à l’étranger que quatre millions de tonnes de blé par an au lieu de cinq, des millions d’enfants seraient restés en vie. Dans tous les pays normaux, les armements servent à défendre la population et préserver l’avenir de la nation. En Union soviétique, la population souffrit d’effroyables calamités pour que le pays se dote d’armements offensifs.
Comparé à l’industrialisation stalinienne, l’horrible massacre de la Première Guerre mondiale prend des airs de joyeux pique-nique. De l914à l918, le conflit fit dix millions de morts dans l’Europe entière. A elle seule, la Russie perdit 2,3 millions de personnes. Mais Staline, en temps de paix, extermina une population incommensurablement plus élevée : la paix communiste s’avéra plus meurtrière que la guerre impérialiste! Et cela, pour se munir de chars et d’avions destinés exclusivement à attaquer ses voisins. Car ces armes ne convenaient nullement à la défense du territoire et de la population et, la guerre venue, il fallut purement et simplement renoncer à les utiliser.

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16 Robert Conquest, The Harvest of Sorrow. Soviet Collectivization and the Terror Famine, Londres, 1986.

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IV
LE PARTAGE DE LA POLOGNE

« Nous poursuivons une oeuvre qui, en cas de succès, retournera le monde entier et libérera la classe ouvrière tout entière17. »
STALINE.

1
Le 22 juin 1941, l’Allemagne nazie attaqua par surprise l’Union soviétique. C’est un fait historique dont on finit par ne plus percevoir le caractère étrange : avant la Deuxième Guerre mondiale, l’Allemagne n’avait pas de frontière commune avec l’URSS et ne pouvait donc pas l’attaquer par surprise.
Les deux puissances étaient séparées par une zone tampon constituée d’Etats neutres. Pour qu’une guerre germano-soviétique fût possible, il fallait au préalable détruire cette zone. Avant de maudire le seul Hitler, quiconque s’intéresse à la date du 22 juin 1941 devrait se poser ces deux questions : Qui a abattu la zone tampon constituée par ces Etats neutres? Dans quel but?

2
La Pologne était le seul état qui possédait des frontières à la fois avec l’URSS et avec l’Allemagne. Elle représentait la voie d’accès la plus courte, la plus directe, la moins accidentée et la plus commode entre les deux pays. En cas de guerre germano- soviétique, l’agresseur potentiel devait donc se tailler un corridor en territoire polonais. En revanche, pour éviter une telle guerre, le comportement normal d’une puissance non agressive devait être d’engager son poids politique, son autorité internationale et sa puissance militaire pour interdire à son adversaire d’entrer dans la zone tampon. En dernière extrémité, elle devait se battre contre lui en Pologne sans le laisser s’approcher de ses frontières.
Pourtant, que se passa-t-il? Hitler avait ouvertement proclamé son besoin d’espace vital à l’est. Staline l’avait publiquement qualifié de cannibale. Mais les nazis ne pouvaient attaquer l’URSS en l’absence de frontière commune. Hitler proposa donc à Staline de l’aider à détruire la zone tampon qui les séparait. Ce dernier accepta la proposition avec joie et mit dans l’entreprise le même enthousiasme que les nazis. Les motivations d’Hitler étaient compréhensibles. Mais comment expliquer celles de Staline?

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17 OEuvres, t. 13, p. 40.

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Les historiens communistes expliquent ce mystère de trois manières différentes :
Première explication : après avoir dépecé et ensanglanté la Pologne, l’URSS poussa ses frontières vers l’ouest, renforçant ainsi sa sécurité. Etrange raisonnement. Les frontières soviétiques furent avancées de deux à trois cents kilomètres, mais l’Allemagne déplaçait simultanément les siennes de trois à quatre cents kilomètres vers l’est. Loin d’y gagner en sécurité, l’URSS ne fit qu’en souffrir : cela créait une zone de contact entre les deux pays, qui permettait le lancement d’une attaque subite.
Deuxième explication : en poignardant la Pologne dans le dos au moment où elle livrait un combat désespéré aux nazis, l’URSS tentait de reculer l’échéance d’une guerre germano- soviétique… C’est en quelque sorte l’histoire du type qui met le feu à la maison de son voisin pour que l’incendie ne se propage pas trop vite à la sienne.
Troisième explication : la France et la Grande-Bretagne ne voulaient pas signer de traité avec l’URSS, ce qui laissa les mains libres à Hitler… Sottises! Pour quelle raison ces deux pays auraient-ils dû s’engager à défendre un pays qui proclamait haut et fort que son objectif principal était de renverser les démocraties, y compris à Paris et à Londres? En tout cas, une attaque allemande à l’est ne touchait qu’indirectement les Etats occidentaux. Cette possibilité, en revanche, revêtait une importance primordiale pour les pays de l’Europe de l’Est qui étaient directement visés. C’étaient eux les alliés naturels de l’Union soviétique. C’était avec eux qu’il fallait rechercher une alliance contre Hitler. Mais Staline n’en voulait pas.
Les explications inventées par les historiens communistes ont deux défauts : elles ont été produites après coup ; et elles ignorent totalement les vues des dirigeants soviétiques qui ont pourtant été exprimées encore plus clairement que celles d’Hitler.

3
Une fois détruite la zone tampon qui le séparait de l’URSS, Hitler s’estima momentanément satisfait et consacra son attention à la France et à la Grande-Bretagne qui lui avaient déclaré la guerre par solidarité avec la Pologne. Staline aurait dû mettre ce répit à profit pour renforcer la défense de cette trouée de 570 kilomètres. Il fallait d’urgence perfectionner la ligne de fortifications existantes. Et aussi en créer d’autres, miner les routes, les ponts, les champs, creuser des fossés antichars…
Une telle tâche pouvait être menée à bien en peu de temps. En 1943, à Koursk, pour repousser une offensive de l’ennemi, l’Armée rouge créa six lignes fortifiées continues, sur une profondeur de 250 à 300 kilomètres et toute la largeur du front. Chaque kilomètre était

saturé d’épaulements, de tranchées, de boyaux de communication, d’abris, de positions de batteries. La densité du minage était de 7 000 mines par kilomètre. Quant à la concentration d’artillerie antichar, elle atteignait le chiffre monstrueux de 41 canons au kilomètre, sans compter l’artillerie de campagne, les chars enterrés et la DCA. Et tout cela sur une étendue sans relief et presque nue.
En 1939, les conditions de création de lignes de défense étaient plus favorables : le secteur frontalier comprenait des forêts denses, des rivières et des marais. Il y avait peu de routes et les Soviétiques disposaient du temps nécessaire à aménager une zone véritablement infranchissable.
Or, on se hâta de rendre la région accessible. On construisit des routes et des ponts et le réseau ferroviaire fut étendu et perfectionné. Les fortifications existantes furent détruites et recouvertes de terre. De plus, ce fut précisément le moment que choisit Staline pour arrêter la production de canons antichars et de DCA.
Commentaire de I.G. Starinov, colonel du GRU qui fut l’un des acteurs de cette politique : « La situation créée était stupide. Lorsque nous avions pour voisins de petits Etats dont les armées étaient faibles, nos frontières étaient verrouillées. Mais quand l’Allemagne nazie devint notre voisine, les ouvrages de fortifications défendant l’ancienne frontière furent abandonnés et parfois même démontés18. » La direction du génie de l’Armée rouge demandait 120’000 mines à retardement, quantité suffisante, en cas d’invasion, pour paralyser toutes les communications ferroviaires sur les arrières de l’armée allemande. La mine est l’arme la plus simple, la moins coûteuse et la plus efficace. Au lieu de la quantité demandée, le génie ne reçut que… 120 mines. Leur production, précédemment énorme, fut arrêtée après le partage de la Pologne.
Dans l’année qui suivit, Staline poursuivit son entreprise de démantèlement de la zone tampon. En 1940, il annexa l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, une grande partie de la Roumanie (Bessarabie et Bukovine septentrionale) et tenta d’annexer la Finlande dont il parvint, au prix d’une guerre, à arracher des morceaux.
Dix mois après la signature du pacte germano-soviétique, la zone tampon était entièrement détruite. De l’océan Arctique à la mer Noire, il n’y avait plus d’Etats neutres entre Staline et Hitler : les conditions nécessaires pour une offensive étaient en place. De plus, alors qu’à la fin de 1939 la frontière entre l’URSS et l’Allemagne ne traversait que des territoires polonais soumis, après le phagocytage des Etats baltes, en 1940, l’Armée rouge se trouvait directement au contact d’une région allemande : la Prusse orientale.

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18 I.G. Starinov, Les mines attendent leur heure (Miny jdout svoego tchassa), Voenizdat, 1964, p. 176.

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Ces multiples éléments renversent l’image d’un Hitler rusé, creusant des corridors vers l’est avec l’aide involontaire d’un Staline stupide. Au contraire, c’est Staline qui perçait des trouées vers l’ouest sans aucune aide extérieure : « L’histoire nous dit, expliquait-il en 1936, que lorsqu’un Etat veut faire la guerre à un autre Etat, même si ce n’est pas son voisin, il commence par chercher des frontières par lesquelles il pourrait atteindre celles du pays qu’il veut attaquer 19. »
En 1940, à l’occasion des fêtes de la Révolution, le maréchal S.K. Timochenko précisait : « En Lituanie, en Lettonie, en Estonie, le pouvoir des propriétaires et des capitalistes, haï des travailleurs, a été détruit. L’Union soviétique s’est considérablement étendue et a poussé ses frontières vers l’ouest. Le monde capitaliste a été obligé de nous faire de la place et de reculer. Mais ce n’est pas à nous, combattants de l’Armée rouge, de nous laisser gagner par la vantardise et de nous reposer sur nos lauriers! 20 »
Il ne s’agit pas ici d’un discours ni d’un communiqué de l’agence Tass, mais d’un ordre de l’Armée rouge. Or, à l’ouest des frontières soviétiques, il n’y avait que l’Allemagne et ses alliés.

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19 Pravda, 5 mars 1936.
20 Ordre du commissaire du peuple à la Défense n°400, 7 novembre

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suite…

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L’Europe païenne du XXe siècle


par Mariel Pierre (Marie Pierre-Maurice)

Année : 1964

magie noire en Angleterre
tziganes, gitans et romanichels
l’Allemagne païenne

chapitre premier
Âgé de soixante-douze ans, dans la nuit du décembre 1947, Aleister Crowley mourut à Hastings, d’une crise cardiaque.
Ses obsèques furent aussi insolites que l’avait été sa vie son cadavre fut revêtu d’une robe blanche, rouge et or, et ceint d’une écharpe où étaient brodés les signes du Zodiaque. Comme un roi, il fut déposé dans son cercueil, couronne en tête, glaive et sceptre aux poings.
La chambre mortuaire fut transformée en « pastos » où signes et objets magiques remplaçaient les symboles chrétiens. Une seule suscription Perdurabo, le nomen mysticum qui avait été imposé au défunt en 1898.
Le 5 décembre, la dépouille mortelle fut transportée à Brighton, afin d’y être incinérée. Les quelques disciples fidèles furent littéralement noyés dans une foule indiscrète de reporters, de photographes et de curieux.
La municipalité de Brighton prévint les organisateurs qu’elle ne s’opposerait pas, — tout en les désapprouvant, — aux rites non-chrétiens qui pourraient être exécutés, à l’exception d’un seul : danser nu autour du cercueil.
Les disciples protestèrent qu’ils n’en avaient jamais eu l’intention, qu’ils étaient les victimes de journalistes imaginatifs.
La bière fut placée dans le choeur d’un oratoire attenant au four crématoire. Malgré l’hiver rigoureux, elle disparaissait sous des gerbes de roses rouges.
Dans la nef, régnait une véritable cohue. Malgré les protestations des amis du défunt, les badauds ricanaient et s’interpellaient. Il était manifeste qu’une bagarre risquait d’éclater au moindre incident.
Soudain, au moment où la tension nerveuse atteignait son paroxysme, un disciple se leva et, d’un geste autoritaire, exigea le silence. On lui obéit, car on reconnut le romancier Louis Marlow [1]. D’une voix profonde, bien timbrée, une voix de tragédien, Marlow récita le chef-d’oeuvre poétique du mort, cet Hymne à Pan [2], qui commence ainsi :
« Frissonne sous la volupté joyeuse de la lumière,
0 homme ! Homme à moi !
Viens, surgissant de la nuit de Pan,
Io Pan ! Io Pan !
A travers les mers, viens de Sicile et d’Arcadie !

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1 — De son vrai nom Louis Wilkinson.
2 — Hymn to Pan ; The Argus Book Shop 1917.

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Tel Bacchus, vagabondant avec ta garde de faunes,
De panthères, de nymphes et de satyres,
Sur un âne d’un blanc de lait.
A travers les mers, viens à moi, à moi,
Viens avec Apollon en robe nuptiale
(Berger et sorcière)
Viens avec Artémis, chaussée de soie,
Et lave ta cuisse blanche, ô dieu splendide,
A la lune des bois, sur le mont de marbre,
Dans l’eau creuse et neuve de la source ambrée… »

Un témoin, John Symonds, écrit :
— Je crus voir dans un coin sombre, Crowley, cornu comme Pan, qui nous regardait en ricanant.
Après un court silence, Marlow lut l’ode The Skip, dont voici le début :

« Je suis celui qui est la flamme
Cachée dans l’arche sainte.
Je suis le nom qui n’a pas été prononcé
Dans l’étincelle qui n’a pas été engendrée.
Je suis celui qui va toujours,
Étant moi-même la Voie, la Voie
Connue et que pourtant aucun mortel ne connaît,
Désignée et que pourtant aucun mortel ne désigne.
Moi, l’enfant de la nuit et du jour,
Je suis Amour et je suis Vérité.
Je suis le Verbe créateur,
Je suis l’auteur de l’Univers,
Personne, si ce n’est moi,
N’a jamais perçu, dans l’Empyrée.
L’écho de la plectre du premier des péans !
Je suis l’Eternel
Ailé et immaculé, le rameau en fleurs
Dans la fontaine du Soleil,
Vrai Dieu de vrai Dieu…
Puis un autre disciple psalmodia quelques versets du Livre de la Loi [1]. Certains passages étaient si obscènes que l’assistance recommença de s’agiter. Alors, sur un signe de l’ordonnateur, les « undertakers » firent leur office et la dépouille mortelle d’Aleister Crowley fut, — selon sa propre volonté — livrée au Feu.
Cette cérémonie païenne suscita, bien entendu, des commentaires passionnés. Toute la presse britannique en rendit compte. Un journal de Brighton résuma l’opinion générale :
« Cette mascarade a profané un lieu sacré ».
Le conseiller J.C. Sherrott s’indigna :
C’est tout un cérémonial de magie noire qui a été célébré. Et les regalia qui ont été dé1

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1 —The Book of the Law ; Privately issued by the O.T.O. — London-1938.

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posés dans le cercueil offensent la majesté royale…
Le Lord-Chief of Justice [1] prononça cette oraison funèbre :
— Aleister Crowley était le personnage le plus immonde et le plus pervers du Royaume-Uni.
Mais cette opinion fut contredite maintes fois.
… Paul Gauguin et Aleister Crowley s’étaient rencontrés à Paris, aux environs de 1900. D’où une réciproque estime. Dans sa correspondance, Gauguin parle avec admiration de son ami anglais, et Crowley a placé le nom du peintre dans la Collecte de sa messe gnostique par ce mandement :
« Moi, Baphomet 666 en vertu de mon pouvoir et de mon autorité, ordonne l’inscription du nom de
PAUL GAUGUIN
parmi les saints mémorables cités à la Messe Gnostique. »
Baphomet XIe O.T.O.
I.I. et O.B. [2]
Somerset Maugham avait été aussi le compagnon de Crowley à Montparnasse. Il en a même fait le héros de son roman Le Magicien. Il le décrit avec curiosité et voit en lui « Le Cagliostro de notre époque ».
Un autre ami des beaux soirs du Dôme et de la Rotonde, W.S. Gilbert, attesta :
« Il était le plus courageux des hommes qui vivaient alors en France. Je le dis bien haut ! »
Et le critique Hayer Preston, rendant hommage à son talent poétique, le compare à Arthur Rimbaud :
« Crowley, comme Rimbaud, voulut obtenir des pouvoirs surnaturels grâce à la poésie. Quand l’inspiration l’abandonna, il attendit les mêmes résultats de la magie cérémonielle. »
Voyons maintenant quelle fut l’opinion d’un savant théologien :
Dom Aloïs Mager, o.s.b., doyen de la faculté de théologie de Salzbourg, rappelle que Crowley avait proclamé :
— Avant que Hitler fut, Je suis !
et l’éminent bénédictin, — qui voit en Crowley le plus grand des satanistes contemporains, — affirme :
« Avant de disparaître de ce monde, ce sorcier septuagénaire maudit son médecin qui lui refusait, à juste titre, de la morphine, parce qu’il la distribuait à des jeunes gens. « Puisque je dois mourir sans morphine à cause de vous, vous mourrez aussitôt après moi ! ». Ce qui advint » [3].
Robert Amadou est, incontestablement, la plus haute autorité de la Métapsychie contemporaine. Or, il est formel :

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1 — Président du tribunal du Banc du Roi.
2 — Ecclesioe gnosticoe catholicoe canon missae, vel Liber XV. (s.l. ad.)
3 — Satan, recueil édité par la revue des Etudes Carmélitaines.

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« Un seul homme, à notre sens, osa présenter sous une forme conceptuelle et revendiquer l’attitude magique fondamentale. Cet homme est le plus grand, le plus inquiétant et, peut-être, le seul magicien du XXe siècle occidental : Aleister Crowley » [1].

En revanche, des rapports du service britannique de contre-espionnage l’avaient « fiché » :
« Agent assez maladroit, toujours à court d’argent, d’une moralité corrompue. A n’utiliser qu’en prenant de très grandes précautions ».
Voilà qui est plus étrange encore :
Crowley, en 1940, envoya à Winston Churchill un talisman pour faire cesser le « blitz ». Il affirma en toute simplicité :
— C’est moi qui, en réalité, ai gagné la guerre.
De même qu’il proclamait :
— Il y a plus de génie poétique dans mon petit doigt qu’il n’y en avait dans toute la personne de Shelley.
Celui qui affirmait être l’incarnation de la Bête de l’Apocalypse, qui signait Perdurabo, ou The Great Beast, ou Mega Therion, ou 666 [2], ou Baphomet IXe [3], s’était ainsi défini :
« Je suis une étoile dans l’espace, unique et existant par elle-même, une essence individuelle, incorruptible. Je suis aussi une âme. Je suis identique avec tout et avec rien. Je suis en tout et tout est en moi… Je suis un Dieu, un vrai Dieu de Vrai Dieu. Je vais sur ma voie pour réaliser ma volonté. Je fais de la matière et du mouvement le miroir de ma conscience.
« …Je suis omniscient, car rien n’existe pour moi. à moins que je ne le connaisse. Je suis omnipotent, car rien n’existe là où je ne suis pas, moi qui modèle l’Espace comme une condition de la conscience de moi-même, qui suis le centre de tout…
Je suis le Tout, car tout ce qui existe pour moi est une expression nécessaire dans la pensée de quelque tendance de ma nature, et toutes les pensées sont seulement les lettres de mon Nom… »
Après sa mort, le nombre des disciples de The Great Beast ne fit que de croître, comme en témoigne cette déclaration de Sir Henry Price, secrétaire perpétuel du Council for Psychical Investigation de Londres, datée du 30 mars 1948 [4]
Dans tous les quartiers de Londres, des centaines d’hommes et de femmes, d’excellente formation intellectuelle, de conditions sociales élevées, adorent le Diable et lui rendent un culte permanent. La magie noire, la sorcellerie, l’évocation diabolique, ces trois formes de superstition médiévale sont pratiquées aujourd’hui à Londres sur une échelle et avec une liberté d’allure inconcevables au Moyen-Age… » [5].

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1 — Le Crapouillot. numéro spécial sur l’Amour et la Magie.
2 — Apocalypse de Saint-Jean X11-18.
3 — Cf. Serge Marcotoune : La science secrète des initiés. pages 130-137.
4 — Satan… cf. note 6.
5 — Cf. Figaro du 31 octobre 1959 et du 8 décembre 1963.
« Londres, 30 octobre. — Vingt-six sorcières célébreront secrètement dans la nuit de demain, veille de la Toussaint, le sabbat dans la lande de Keswick. (Cumberland) et dans celle de Saint-Albans. (Hertfordshire), a déclaré le Révérend méthodiste Brian Soper, exorciseur notoire qui, dit-il, a été invité lui-même au sabbat de Keswick.

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Quelle conclusion faut-il tirer de ces jugements contradictoires et passionnés
Cachée sous tant de masques, quelle fut, en vérité, la personnalité profonde de Crowley ? Que subsiste-t-il d’authentique, de sincère, quand on arrache les défroques de The Great Beast et de Frater Perdurabo ?
C’est ce que nous allons tenter de découvrir impartialement.
Et d’abord, en évoquant son enfance. Si (selon la formule célèbre) l’Enfant est le père de l’Adulte, commençons donc par interroger le petit Alexandre, fils unique et légitime d’Edward Crowley et d’Emily-Bertha Bishop [1].
Il naquit le 12 octobre 1875, à Leamington, cité des environs de Manchester, d’une

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« L’Angleterre renferme de nombreux magiciens et on y célèbre la messe noire, a-t-il dit, mais il n’y a plus que deux véritables communautés de sorcières, de treize membres chacune. Ce sont les dernières adeptes d’un culte maudit, remontant à l’âge du Fer.
« Les sorcières, a-t-il déclaré, dansent à l’intérieur de cercles magiques. Elles ne pratiquent plus des rites antichrétiens et ne déterrent plus les cadavres, ajouta le Révérend Saper, mais on a la preuve que les sorcières peuvent voler. Les communautés de sorcières anglaises prétendent avoir protégé la Grande-Bretagne contre une invasion de Hitler, en 1940, au cours d’un convent tenu une nuit sur les falaises de Douvres.
« Londres, 8 décembre. — La sorcellerie est de nouveau à l’ordre du jour Outre-Manche. La police du Sussex est, en effet, occupée à chasser quatre individus surpris en train d’officier une messe noire dans la vieille église du village de Westham, qui date du 12e siècle.
« Le carillonneur, Mr. Burstead, se dirigeait hier soir vers l’église où il devait rencontrer quelques confrères des environs invités à un de ces « concours » très recherchés dans la campagne anglaise, lorsqu’il s’aperçut qu’il y avait une lumière dans le beffroi et, s’approchant, il vit quatre individus psalmodiant des litanies païennes et invoquant le diable à la lumière des cierges de l’autel arrangés en forme de croix au milieu du plancher du sanctuaire.
« Il alerta immédiatement le vieux vicaire qui se trouvait à l’école du village où se tenait une vente de charité pour Noël. Le Révérend Colhurts, qui est âgé de soixante-dix-neuf ans, accompagné du capitaine Hayden et de Mr. Pourpre, ses marguilliers, et de plusieurs paroissiens, se rendit sur les lieux. Ainsi qu’il devait le raconter plus tard, la première chose qu’il vit en entrant fut l’un des profanateurs crachant sur la croix de l’autel, pendant que les autres continuaient à chanter dans un charabia incompréhensible.
« Lorsqu’il essaya de mettre fin à la mascarade, le vicaire fut frappé et une bataille en règle s’engagea entre ses fidèles et les « hommes du diable » qui réussirent à s’échapper.
« Le vicaire qui, en dehors du capitaine Hayden, fut le plus molesté, déclara par la suite :
« — Je suis certain qu’ils appartiennent à la même bande que ceux qui ont profané des églises et des cimetières du Somerset, où certains mirent le feu aux églises et d’autres allèrent jusqu’à ouvrir une tombe.
« Les incidents du Somerset ont été d’ailleurs récemment évoqués à la Commune où le député de la circonscription avait demandé au ministre de l’Intérieur de mettre la Sorcellerie hors-la-loi. Mais le ministre se refusa à réintroduire des lois auxquelles on avait renoncé au cours du siècle dernier, arguant que ce serait faire un pas en arrière et que les lois en vigueur sont suffisantes pour le maintien de l’ordre.
« La sorcellerie continue à être pratiquée sur une large échelle dans les Iles britanniques. »
1 — C’est plus tard. (à Cambridge) qu’il traduisit son prénom en gaélique et se fit donc appeler Aleister.

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famille dévote riche et honorée. Ce fut même ce milieu familial qui décida à jamais de son destin… en le rendant très malheureux, puis révolté et haineux.
Depuis plusieurs générations, les Crowley et les Bishop appartenaient à la secte des Frères de Plymouth (Plymouth Brethern) qu’on nomme aussi, du patronyme de son fondateur, les Darbystes. De toutes les dénominations puritaines, celle-ci est certainement la plus austère. Cette « communauté des saints » tient en abomination non seulement l’Eglise romaine mais la High Church et la plupart des autres églises protestantes. Elle les englobe dans la dénomination de Synagogue de Satan [1].
Brasseur, Edward Crowley était fort riche. Il consacrait une part de sa fortune à des tournées d’évangélisation et emmenait souvent son fils unique avec lui, afin de le préparer à sa succession missionnaire. L’enfant entendait son père qui tonnait contre le Siècle et qui vouait la plupart des chrétiens aux malédictions divines.
A la maison, Alexandre ne trouvait ni caresses ni jouets. Sa mère était encore plus austère que son mari ; elle tenait Noël pour une abomination païenne et la seule lecture qu’elle permît à son enfant était la Bible. D’ailleurs, lors de la prière en commun qui réunissait chaque soir les Crowley, leurs domestiques et leurs employés, on lisait à haute voix quelques chapitres du Volume de la Loi Sacrée.
Déjà secrètement révolté, Alexandre retenait surtout les passages sanglants de l’histoire juive : le massacre des Sichémites [2], le crime rituel de Phineas [3], les combats meurtriers de Gédéon [4], de Samson [5], de David [6], etc… Et il était littéralement fasciné par la Vision de Saint Jean. Edward Crowley avait une prédilection marquée pour l’Apocalypse. Dans sa vive imagination, Alexandre voyait apparaître la Grande Bête à Sept Têtes et à Dix Cornes, et il faisait des prières pour que tous les Darbystes disparussent sans attendre le Jugement, dans le lac de soufre. Il évoquait déjà le mystère du Nombre de la Bête : 666.
Par sa mère, un sang irlandais circulait dans ses veines. Celte, il était rêveur, tendre, imaginatif, Plus qu’aucun autre enfant, il eût souhaité la chaleur du sein. Aussi prit-il en haine cette mère qui ne l’avait jamais embrassé et que, plus tard, il qualifia de « brainless bigot ».
Pour échapper à cette atmosphère étouffante, Alexandre, dès l’âge de dix ans, écrivait de courts poèmes.
Il avait douze ans quand son père mourut (après de terribles souffrances) d’un cancer à la langue, cette langue qui n’avait jamais proféré aucun blasphème et qui avait constamment proclamé la Sainte Vérité. Les pensées sacrilèges de l’orphelin en furent confirmées.
Pour mater une nature qu’elle jugeait perverse, Mrs Crowley mit son fils en pension. Bien entendu, dans des établissements dirigés par des Frères de Plymouth. De ces séjours aux internats de Malvern et de Tonbridge, Alexandre garda toute sa vie un souvenir horrifié.
Dès qu’il s’adonna à la magie cérémonielle, il maléficia constamment un certain Champney qui s’était dévotement acharné contre « l’enfant révolté et pervers ».

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1 — Cf. Encyclopédie des sciences religieuses, de F. Lichtenberger Paris-1877-1882)
2 — Jug. IX-41.
3 — Nom. XXV-7, 11.
4 — Jug. VI.
5 — Jug. XIII-XIV-XV-XVI.
6 — I. Sam. -2-Sam.

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chapitre II
Malgré leur intransigeance, les Darbystes n’en étaient pas moins de bons pédagogues. Quand, — à l’automne 1895, — Alexandre prit ses inscriptions au Trinity College de Cambridge, il avait fait, comme on disait alors, de sérieuses humanités. Mais, plus que de son bagage de latiniste et de mathématicien, il était fier de la réputation d’alpiniste qu’il avait méritée après d’audacieuses escalades des Monts Campbell, en Ecosse.
Passer du sinistre pensionnat de Tonbridge aux frondaisons de Cambridge, c’était échapper à l’Enfer pour découvrir le Paradis. L’avenir souriait à l’adolescent athlétique, haut de six pieds, dont les traits réguliers étaient éclairés par un regard profond. Il n’aurait tenu qu’à lui de tourner tous les coeurs après soi, mais une fâcheuse expérience, — courue pendant un court séjour à Glascow, — l’éloigna des filles d’Eve [1].
Sa mère venait de mourir. Alexandre était à la tête d’un héritage considérable, au moins quarante-cinq mille guinées, et la brasserie de Leamington lui versait de confortables dividendes. De quoi mener une existence de dandy et se constituer une petite cour d’admirateurs.
Délaissant les études régulières, Alexandre devient Aleister pour signer son premier recueil de poèmes, Aceldama [2], que quelques esthètes signalent avec éloges. On le compara à Swinburne et à Baudelaire. Plus tard, on établira un parallèle entre ce recueil et la Saison en Enfer de Rimbaud.
Aleister voyage beaucoup. Il visite la France, la Suède, la Russie. Ce sont les premières étapes d’une vie errante qu’il continuera jusqu’à la vieillesse.
En été 1898, il passe ses vacances dans le Valais. Le même amour des cimes le rapproche d’un de ses compatriotes, Julian C. Baker. Au hasard des escalades, on échange des confidences. Voilà le bachelor de Cambridge qui s’enflamme ! Depuis plusieurs années, l’Occultisme l’attire ; il a même été en correspondance avec le rosicrucien Waitte [3]. Il affirme qu’une nuit, à Stockholm, il a eu un rêve prémonitoire. Devant un tel prédestiné, Julian Baker livre quelques secrets du Grand Art il dresse l’horoscope du néophyte et, découvrant Soleil, Mercure, Jupiter et Vénus groupés en Maison IV, la Lune en Maison IX il proclame :
— Vous êtes, incontestablement, un fils d’Hermès, un Amant de la Licorne. Vous êtes appelé aux plus hautes destinées ésotériques.

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1 — I caught the clap from a whore of Glascow, écrit A.C. dans une lettre.
2 — Aceldama, a philosophical poem by a gentleman of the University of Cambridge Privately printed. (Lond. 1898)
3 — The real history of the Rosicrucians, by Arthur-Edward Waitte. (Lond. 1882)

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Ce que le poète « décadent » ne demande qu’à croire. Son destin s’en trouve engagé à jamais.
On rentre en Angleterre. Julian présente Aleister à George Cecil Jones [1]. Tous deux ressentent une mutuelle et profonde sympathie.
Le 18 novembre 1898, Crowley est initié aux secrets et mystères de The Order of the Golden Dawn of the Outer (l’Ordre de l’Aube d’Or à l’Extérieur), (la G.D. pour les initiés) dont l’Imperator est S.L. Mathers [2], lui-même haut dignitaire du très mystérieux et très puissant O.T.O. (Ordo Templi Orientis). Le nouvel initié reçoit le nomen mysticum de Perdurabo et les instructions secrètes du premier grade de la G.D. : Oo O.
L’horoscope n’avait pas menti : Brother Perdurabo se révéla merveilleusement doué. En quelques mois, il gravit les degrés de l’échelle initiatique il fut promu Adeptus minor, dès l’hiver 1899.

Quels étaient les objectifs de The Golden Dawn ?
Selon un manifeste qui était remis aux personnes susceptibles d’être admises dans l’Ordre :
« La Golden Dawn est une société d’occultisme étudiant la plus haute magie pratique… les femmes y sont admises au même titre que les hommes. Mais chacun s’engage, sous serment, à garder secret l’enseignement communiqué. »
Un autre document spécifie :
« Cette société étudie la Tradition occidentale. Des connaissances pratiques sont le privilège des plus hauts initiés qui les tiennent secrètes. »
Il semble bien que la Golden Dawn fut, en quelque sorte, le « cercle intérieur » de la Societas Rosicruciana in Anglia (S.R.I.A.) qui avait été créée au XVIIe siècle par Elias Ashmole [3], un des fondateurs de la Royal Society, analogue à notre Académie des Sciences.
La Societas Rosicruciana avait compté, au début du XIXe siècle, parmi ses Imperatores, l’écrivain Bulwer Lytton qui en condensa l’enseignement dans son roman à clef Zanoni [4].
Une union étroite semble avoir existé à cette époque entre les Rose-croix anglais et les Rosecroix allemands.
Vers 1890, trois des dirigeants de la S.R.I.A. fondèrent l’ordre hermétique de la Golden Dawn in Outer : William Woodmann, Samuel Liddell Mathers et Wyhn Westcott. Par une voie mystérieuse, ils reçurent communication de manuscrits écrits en « caractères hénochiens », sorte de sténographie mystique que des « esprits » auraient enseignée à John Dee [5], l’astrologue de la Grande Elizabeth. Ces documents magiques leur permirent d’entrer en communication avec une Berlinoise, Frau Anna Sprengel, qui se révéla être une Adepte. Une correspondance suivie établit la « chaîne d’union » avec une branche allemande de la Rose-croix d’Or. Les trois initiés britanniques reçurent alors une charte leur

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1 — In ordinem. (O.T.O.) Brother Volo Noscere.
2 — Samuel Liddell Mathers, alias Mac Gregor.
3 — Cf. Histoire des Rose-Croix, par Paul Arnold. (Paris-1955), p. 240 et suivantes…
4 — Zanoni, par Edward Bulwer Lytton, traduit par Alexander Labzine. (Paris-1963)
5 — Cf. L’Ange à la fenêtre d’Occident, par Gustav Meyrinck. traduit par Saint-Helme. (Paris-1963)

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accordant pouvoir d’édifier le temple mystique Urania III (17 Fitzroy street, à Londres).
Comme Woodman, Mathers et Westcott étaient connus des milieux occultistes anglais, la Golden Dawn prit rapidement une grande extension et ses affiliés se recrutèrent surtout parmi les intellectuels.
Alors que tant d’occultistes français sont de doux farfelus, leurs confrères britanniques tiennent la Haute Science en profonde vénération. Ils y consacrent leur vie, leur fortune, et n’hésitent pas à défendre leurs mystères par tous les moyens, même les plus radicaux.
Comme presque toutes les sociétés secrètes, la Golden Dawn est établie selon une hiérarchie précise. Voici les divers grades que l’affilié doit franchir avant d’arriver à l’Adeptat suprême [1] :
Premier Temple : Neophytus, Zelator, Theoricus, Praticus, Philosophus.
Deuxième Temple : (Le Portail) Adeptus minor, Adeptus major, Adeptus exemptus.
Troisième Temple : Magister Templi, Magus, Ipsissimus.
Peut-être existe-t-il un ultime grade rigoureusement secret, dont le rituel, au lieu d’être écrit, n’est transmis que de bouche à oreille ?
On pratique deux sortes de cérémonies initiatiques : celles qui se déroulent collectivement dans des temples consacrés à cet effet et celles que chaque affilié doit célébrer chez lui, dans un oratoire, en son particulier.
De nombreux temples ont disparu. D’autres n’ont jamais été connus des profanes. Signalons donc seulement ceux de Bristol, Bradford, Zimbourg on en signale deux à Londres. Le premier, comme nous venons de le dire, à Fitzroy Street, l’autre à Great Queen Street.
La Golden Dawn ne tarda pas à franchir la Manche. Il y eut, au moins un temple à Paris : 87, avenue Mozart. Il était placé sous la haute autorité de l’épouse de l’Imperator et se nommait Athanor.
L’ambiance de la Golden Dawn ne pouvait que plaire à un intellectuel d’avant-garde comme le poète Crowley. Tout de suite il se sentit attiré par un frère, un poète, de renommée mondiale, William Butler Yeats [2], fondateur de l’école gaélique, futur prix Nobel. Puis les deux écrivains se brouillèrent, étant aussi orgueilleux l’un que l’autre.
Plus durable fut l’amitié d’Aleister Crowley avec Allan Bennett, curieux personnage, dont le no-men mysticum était Iehi Aour.
Cet Écossais, d’une prodigieuse érudition, vivait misérablement dans un slum. Crowley, — qui habitait alors un luxueux appartement à Londres, — le décida à vivre avec lui. Il l’hébergea dans une belle chambre, le chargea de constituer sa bibliothèque et partagea avec lui son oratoire particulier.
En 1900, Bennett partit pour Ceylan, puis pour la Birmanie. Converti au bouddhisme, il devint le bikkhou Ananda Metteya. Quelques années plus tard il revint en Occident pour fonder une mission bouddhiste à Londres [3].
L’hôte de Crowley était d’une santé fragile. Il était sujet à des crises d’asthme que le climat de Londres aggravait. Sous prétexte de calmer ses malaises, il usait de stupéfiants.

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1 — La Tour Saint-Jacques, op. cit.
2 — Cf. Littérature anglaise, par Adrien Maisonneuve : « Le XXe siècle ». « Histoire des littératures », La Pléiade. Tome II.
3 —Looking back on thirty years of buddhism in England, by Christmas Humphreys. (Saïgon-1959)

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En réalité, il demandait à l’opium de l’aider à réussir certaines expériences psychiques. Comme il avait une grande influence sur son hôte, celui-ci ne tarda pas à l’imiter ; d’où une toxicomanie chronique et polymorphe : opium, morphine, héroïne, cocaïne.
A mesure que les années passèrent, Crowley fut contraint d’augmenter les doses… ce qui ne l’empêcha pas d’atteindre un âge avancé !
Au cours d’un voyage en Extrême-Orient, The Great Beast rencontra de nouveau le moine bouddhiste. Ils conversèrent longuement, mais rien ne transpira de ces entretiens… hélas !
Parmi d’autres adhérents à la Golden Dawn, citons l’actrice Florence Farr, l’amie de Bernard Shaw. Aussi un savant universellement connu Sir Gerard Kelly, président de la Royal Academy. Bram Stoker, l’auteur de Dracula, Et Sam Rohmer, dont les romans policiers sont teintés de mystère.
Un des initiés les plus singuliers fut Arthur Machen. Arthur Machen est un écrivain de génie auquel, tardivement, on commence seulement à rendre hommage. Son chef-d’oeuvre, Le Grand Dieu Pan [1] fut traduit par Paul-Jean Toulet et inspira manifestement Crowley pour son Hymne à Pan.
Parmi les adeptes de la Golden Dawn, il faut réserver une place particulière à l’Imperator, Samuel Liddell Mathers. Personnage énigmatique. On ne sait même pas son nom véritable. Il se fit appeler aussi Mac Gregor et comte de Glenstrae, et se disait du sang des Stuarts.
C’était un homme pesant, autoritaire, d’un vaste savoir, et doué de pouvoirs magnétiques. Il avait épousé Moïna Bergson, la soeur du grand philosophe, et René Guénon voit une certaine ressemblance entre L’Imagination créatrice et la cosmologie de la Golden Dawn.
Mathers eut pour amie, puis pour irréconciliable ennemie, une fille naturelle de Lola Montès et du roi Louis Ier de Bavière. Elle s’était mariée quatre fois et avait été trois fois veuve : l’époux survivant se nommait Dutton Jackson. Son nomen mysticum était Horus. En 1901, elle fut condamnée pour détournement de mineure.
L’Imperator partageait son temps entre Londres et Paris. Là, il étudiait les manuscrits hermétiques que recèle la Bibliothèque de l’Arsenal. On lui doit une remarquable traduction commentée d’une « somme » magique : Le livre d’Abramelin le Sage, dont voici le titre exact :
« La Magie Sacrée que Dieu donna à Moïse, Aaron, David, Salomon et à d’autres saints patriarches et prophètes et qui enseigne la vraie Sapience Divine laissée par Abraham, fils de Simon, à son fils Lamech ; traduite de l’hébreu, à Venise, en 1458 [2]. »
Ce copieux ouvrage contient, dans un apparent désordre, des formules de théurgie, des recettes de magie pratique et un manuel très précis de magie cérémonielle. Dans son Dogme et rituel de haute magie Eliphas Levi s’en est copieusement inspiré [3].
La Monade Hiéroglyphique [4], de John Dee [5], le Livre d’Abramelin sont les deux sour1

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1— Réédition – Emile Paul – 1963, avec une préface d’Henri Martineau.
2 — Cf. notre bibliographie.
3 — Dogme et rituel de haute magie, par Eliphas Lévi. (Paris-1856)
4 — Esotérisme de Shakespeare, par Paul Arnold. (Paris-1959)
5 — La monade hiéroglyphique de John Dee, traduit du latin par Grillot de Givry. (Paris-1925)

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ces essentielles des rituels de la Golden Dawn.
Mac Gregor faisait peser sur l’Ordre une autorité tâtillonne. Il ne tolérait ni discussion ni négligence. A la moindre désobéissance, il répondait par une exclusion. Lui seul réglait l’avancement initiatique des affiliés.
— Sur cette terre, moi seul dispose des Clefs…
Mais il reconnaissait que, « au delà de cette terre », il existait des Supérieurs Inconnus, des Frères Aînés, dont il ne parlait qu’avec crainte et tremblement. C’était (à l’en croire) Eux qui présidaient aux destinées de l’Ordre et il n’était que leur obéissant mandataire.
Il écrivit à Aleister Crowley :
« …Je ne sais même pas leurs noms terrestres et je les connais seulement par quelques devises secrètes et je ne les ai vus que très rarement dans un corps physique, et dans ces rares cas, le rendez-vous fut pris dans l’Astral par eux… Mes rapports avec eux m’ont prouvé combien il était difficile à un être humain, si avancé soit-il en occultisme, de supporter leur présence…
« …Je me sentais en contact avec une force si terrible que je ne puis que la comparer à l’effet ressenti par quelqu’un se trouvant près d’un éclair durant un violent orage… »
Hallucination ? Auto-suggestion ? Mensonge ?… ou réalité ?…
Je crois qu’une seule de ces hypothèses est à écarter. Comme Aleister Crowley, comme tous les autres initiés, l’Imperator était, — est resta toujours, — imperturbablement sincère.
Ainsi, un savant d’une renommée mondiale comme Sir Gerald Kelly (même après s’être séparé avec éclat de la Golden Dawn comme d’un autre groupe dirigé par Crowley) ne mit jamais en doute la réalité des phénomènes qu’il avait vus ou subis.

chapitre III
Nous avons vu que chaque initié à la Golden Dawn devait fonder et consacrer chez lui un oratoire particulier pour y célébrer certains rites quotidiens.
Voici, selon une « Instruction » de Crowley lui-même, les directives relatives à ce templum [1] :
« L’initié doit disposer d’une demeure où il ne sera ni observé ni gêné. Dans cette demeure, il réservera une place pour le templum. Celui-ci aura au Nord une fenêtre donnant sur une terrasse, à l’extrémité de laquelle on édifiera une loge, analogue à celle du grade de Maître des francs-ma-à çons [2].
« L’officiant disposera d’une robe de lin blanc, d’une couronne, d’une baguette, d’un autel, de l’encens, de l’huile sacramentelle et d’un pectoral d’argent natif. Tous ces objets ayant été consacrés selon les instructions du Livre d’Abramelin. La terrasse sera recouverte de sable fin, spécialement consacré.
« L’Opérateur s’astreint à une chasteté complète, à l’isolement et au silence, durant quatre mois. Il réduit sa nourriture, et sa boisson, au strict minimum. Il consacre aux rites et aux cérémonies prescrites par son instructeur le plus clair de son temps. Il se tient en communication avec les influx astraux.
« Il passe les deux premiers mois dans une extase ininterrompue, évitant tout contact avec les profanes.
« A la fin de ces deux mois, il accomplit la Grande Conjuration ; alors son Ange Gardien lui apparaît dans sa gloire. Un signe apparaîtra sur le pectoral. Préalablement, le Magiste aura tracé, selon l’Art Royal, un cercle magique où il s’enfermera pour supporter, sans être embrasé, la présence radiante de l’Entité.
« Il obtiendra de son Ange pouvoir pour soumettre à sa puissance les Quatre Archontes des points cardinaux… »
Afin de réaliser l’Opus magorum, Aleister Crowley, en 1898, acquit un beau domaine en Écosse, près du Loch Ness : cet antique manoir, ayant appartenu au clan des Mac Gregor, se nommait Boleskine.
Le nouveau propriétaire le meubla richement et s’étant, dit-il, approprié l’égrégore [3] des anciens propriétaires, porta le tartan à leurs couleurs, engagea un joueur de bag-pipe et prit le titre de Lord Boleskine.

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1 — Ou « pastos ».
2 — Cf. Symbolique maçonnique, par Jules Boucher. (Paris-1951)
3 — Cf. La science secrète des initiés, par Serge Marcotoune. (Paris-s.d.)

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La préparation des objets sacrés, — comme l’établissement du templum et de la lodge. — lui demandèrent beaucoup de temps. D’autre part, il reprenait goût à l’alpinisme et faisait de longues excursions dans les Highlands. Il éblouissait par ses dépenses somptuaires les Écossais, volontiers parcimonieux.
Les guinées fondaient, le temps passait. Des phénomènes inexplicables éclataient dans Boleskine apparitions, craquements de meubles, crises démentielles des domestiques…
Au lieu d’en être épouvanté, Perdurabo y voyait confirmation des réalités magiques et s’ancrait dans sa vocation ténébreuse.
Il semble bien que la Grande Opération s’acheva dans les premiers mois de 19oo. Aleister Crowley resta très discret sur les résultats obtenus. Entra-t-il en rapports astraux avec l’Ange et les Archontes ? Nous n’en saurons jamais rien.
Un appel angoissé de l’Imperator l’arracha aux solitudes de Boleskine.
L’Ordre était en péril ! Woodman et Westcott étaient morts, et Mathers ne les avait pas remplacés. Il régnait en despote. Dans cette ambiance d’intoxiqués, d’invertis, d’hyper-nerveux, la révolte était fatale.
Elle éclata à l’instigation de Butler Yeats. Se groupaient autour de lui tous ceux qu’inquiétaient les tendances païennes, anti-chrétiennes de Perdurabo et de Samuel Mac Gregor. Les initiés des grades inférieurs soupçonnaient les chefs de l’Ordre de se livrer à la magie noire, sexuelle…
A Londres, Perdurabo reçut de l’Imperator pleins pouvoirs inquisitoriaux. Incontinent, il agit. Pénétrant subitement dans le temple Urania III, il interrompit une cérémonie que dirigeait Yeats. Celui-ci protesta avec aigreur ; le ton monta très vite… Bagarre !
Après cet incident, la Golden Dawn se scinda en deux groupes. L’un à tendance gaëlique et chrétienne suivit Yeats. L’autre resta fidèle à Mac Gregor et à Aleister Crowley. Bientôt, cependant, Perdurabo se sépara de la Golden Dawn et fonda son propre ordre magique, résolument païen et magicosexuel, l’Astrum Argentinum, ou en abréviation, l’A.A.
Comme il arrive si souvent dans les conventicules initiatiques, la Golden Dawn continua de s’émietter. Elle donna naissance à Inner Light, dirigée par Dion Fortune (la romancière Violet Firth), à Alpha Oméga, dirigé par Sub Spe (le romancier Brodie Innes) et, — fait plus curieux, — à un ordre de guérisseurs chrétiens, celui de Saint-Raphaël. qui entra bientôt dans le sein de l’Eglise anglicane après avoir éliminé tous ses éléments magiques [1].
De ces schismes, hérésies, apostasies, Aleister Crowley garda un enseignement : éviter le plus possible tout contact personnel entre initiés. Ceux-ci doivent connaître le Grand-Maître, et lui seul. Si, parfois, il est absolument indispensable qu’ils se rencontrent dans un templum, que ce soit masqués et sans savoir leurs noms profanes.

Ensuite, commença pour Aleister Crowley une vie errante où il cueillit, de continents en continents, des initiations et des maîtresses. A Mexico, un mage, Don jésus Medina, le fit participer à l’adoration du Serpent à Plumes dans les ruines d’un temple aztèque. A

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1 — Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, par René Guénon. (Paris-1922)

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San-Francisco, il commença d’écrire un grand poème, Orpheus [1], qu’il n’acheva jamais. Une déception amoureuse inspira un recueil de sonnets, Alice, que d’aucuns tiennent pour sa meilleure oeuvre littéraire. A Ceylan, il retrouva Allan Bennett qui le présenta à son Maître, Ramanathanan, qui étudiait les points de ressemblance entre le Christianisme et le Bouddhisme. Or, Perdurabo haïssait autant Jésus que Cakya-Mouni. Il n’empêche que ce fut à Ceylan qu’il apprit la technique secrète d’un yoga qui le conduisit aux suprêmes réalisations. Il atteignit cette extase supra-individuelle que les Indiens nomment Dhyana et les Zen du Japon Satori [2].
Pénétrant dans la péninsule indienne, il fut admis au temple shivaïte de Madura où, jusqu’alors, aucun Occidental n’avait été autorisé à pénétrer. Il y séjourna durant plusieurs mois. Sous la direction de deux gourous, Shri Agmaya Parahamsa et Brima Sen Pratab, il fut conduit dans la Voie de la Main Gauche, c’est-à-dire de la magie érotique [3]. Voie redoutable qui peut conduire l’imprudent à la folie, au suicide, à la mort subite.
Peradurabo en sortit vivant, mais non indemne. Sa nervosité prit, à partir de ces expériences, un caractère nettement pathologique. Il souffrit d’asthme, d’insomnies et de crises épileptiques que l’abus des stupéfiants et toutes sortes de désordres sexuels ne firent que d’aggraver.
Il passa ensuite par la Birmanie où Allan Bennett l’avait précédé. Celui-ci, sous le nom d’Ananda Matteya, vivait en ermite dans le monastère de Sayadow Kyoung,. Bientôt il acquit la réputation d’être un arhat, un saint thaumaturge.
C’est à Rangoon que Crowley retrouva, — tout à fait par hasard, — un ancien compagnon de cordée des Alpes suisses : le juif allemand Oscar Eckenstein qui préparait une expédition pour escalader une des plus hautes cimes de l’Himalaya, le Chego-Ri ou K.2. Ce projet grandiose enthousiasma Crowley qui mit une somme importante à la disposition des « himalayistes ».
Malgré sa mauvaise santé, il se joignit à l’équipe composé, outre Eckenstein, de Guy Knowless, jeune britannique de vingt-deux ans, et de deux Autrichiens, H. Pfannel et W. Wessely.
Le 28 avril 1902, l’expédition partit de Srinagard. Le caractère difficile de Crowley ne simplifiait pas les rapports humains. Pourtant, le 8 juin, les explorateurs (secondés par vingt sherpas) atteignaient le glacier de Baltoro, à douze mille pieds d’altitude. On y installa un camp de base. Puis, au prix des plus grandes difficultés, on atteignit la côte de vingt mille pieds. Mais le temps menaçait et il fallut renoncer à atteindre le sommet de K.2.
L’expédition se soldait par un demi-échec. Il n’empêche que Crowley et ses compagnons battaient de deux cents pieds le record d’une expédition menée quelques années plus tôt, dans le même secteur himalayen, par le duc des Abruzzes.
Anticipons sur la chronologie pour rappeler que, en été 1905, Crowley prit la direction d’une nouvelle escalade himalayenne. Ayant réuni sous ses ordres cinq alpinistes européens et une trentaine de sherpas, il voulut vaincre le mont Kancheniunga, haut de 28.150 pieds.

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1 — Orpheus a lyrical legend, two volumes. (Inverness-1905)
2 — Cf. Le tir à l’arc, par Eugen Herrigel. (Lyon-s.d.)
3 — Cf. Métaphysique du Sexe, par Julius Evola, traduit par Yvonne Tortat. (Paris-1961)

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L’expédition s’acheva tragiquement. Les porteurs se révoltèrent ; les Européens tombèrent malades. Fin août, il fallut battre en retraite avant d’avoir atteint six mille pieds. Pendant la descente, trois sherpas furent engloutis dans une crevasse et un alpiniste suisse, Alexis Pache, périt dans des circonstances obscures.
A Darjeeling, les survivants portèrent plainte contre Aleister Crowley qu’ils accusèrent d’imprévoyance et de meurtre par imprudence. Il était seul avec Pache quand celui-ci mourut. Faute de témoignages irréfutables, l’affaire fut classée. Jamais plus Crowley ne se risqua dans pareilles aventures.

chapitre IV
Afin de prendre contact personnel avec Mathers-Mac Gregor, Aleister Crowley vint à Paris, vers 1900.
Gerard Kelly lui offrit l’hospitalité dans son atelier de la rue Campagne-Première. Tout de suite, Perdurabo y respira l’atmosphère qui lui convenait. Il prolongea son séjour. Quelle opposition entre le climat hypocrite, guindé, de l’Angleterre victorienne, et la liberté, le « bon garçonnisme » des bohèmes montparnassiens ! Parmi les originaux et les nombreux « fumistes », Aleister Crowley se tailla vite une éclatante célébrité. D’abord, il roulait sur l’or et « commanditait » largement les faméliques. Ensuite, les modèles, les « petites amies » étaient délicieusement terrorisées par sa réputation de sorcier et sa superbe prestance.
De nouvelles entrevues avec l’Imperator de la G.D. furent décevantes. Crowley et Mathers s’accusèrent mutuellement de magie noire. Ils se séparèrent, brouillés à mort et ne se réconcilièrent jamais.
L’inité Gérard Kelly était l’habitué d’un petit bistrot de la rue d’Odessa, le Chat Blanc, qui disparut un peu avant 1939. Il introduisit Aleister Crowley dans ce cénacle où se retrouvaient des personnalités comme Rodin, Marcel Schwob, Marguerite Moréno et un médecin ayant quitté le stéthoscope pour le stylo : Somerset Maugham.
Rodin avait un pouvoir magnétique certain. D’autre part, les sciences occultes l’attiraient ; la Porte de l’Enfer en témoigne. Frater Perdurabo apprécia cette force cosmique. Il écrivit à l’intention de son nouvel ami quelques poèmes admirables, destinés à « contre-puncter » sept dessins du Maître : Rodin in Rime [1] fut traduit par Marcel Schwob ; le tirage en fut limité à quelques exemplaires : c’est à la fois une rareté et un chef-d’oeuvre typographique.
Dans un de ses romans, The Magic, Somerset Maugham évoque Aleister Crowley sous la figure d’Oliver Haddo. Voici un extrait caractéristique de cette oeuvre curieuse, le seul portrait pris sur le vif de The Great Beast :
« …Les Haddo habitaient un hôtel élégant. A l’exception de quelques individus tarés, ils connaissaient peu d’Anglais et paraissaient préférer la société d’étrangers. Susie [2] les vit souvent en compagnie de Sud-Américaines endiamantées, de nobles décavés, de grandes dames trop célèbres, de gitons maniérés et parfumés. L’air lointain de Margaret [3] excitait

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1 — Rodin in Rime, seven lithographs by Clot from the watercolours of August Rodin, with a chaplet of verse. (London-1907)
2 — L’héroine du livre.
3 — Mrs Crowley du moment.

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la curiosité. Susie entendit répéter l’insinuation surprise par hasard : des orgies avaient lieu dans un salon de l’hôtel. Oliver avait la passion du déguisement et il donna un bal costumé dont on fit des récits fabuleux. Il cherchait aussi à reproduire certaines cérémonies mystiques. On parlait de rites horribles, accomplis au clair de lune dans un jardin. Haddo passait pour posséder un pouvoir extraordinaire, et ses propos sur la magie fouettaient l’imagination fatiguée de tous ces viveurs. On allait même jusqu’à assurer que des messes noires avaient été célébrées chez un prince polonais. Sa vanité amusait ou choquait, mais les gens ne pouvaient s’empêcher de parler de lui. On découvrit bientôt son influence sur les animaux et leur terreur inexplicable en sa présence. Rien de ce qu’on racontait sur lui ne paraissait trop fort. Des bruits fâcheux circulaient aussi. A Vienne, il aurait été chassé d’un cercle pour avoir triché. Ici, comme à Oxford, il passait pour dénuer de scrupules. On lui attribuait aussi des vices odieux, des compromissions scandaleuses… »
Mais Crowley était incapable de se fixer en n’importe quel endroit, même à Montparnasse. En été 1903, nous le retrouvons à Boleskine. Il commençait de s’y ennuyer quand Gérard Kelly (retourné lui aussi au Royaume-Uni) l’invita dans son domaine de Strathpeffer.
Crowley accourt. Kelly vit avec sa mère et sa soeur Rose, une « veuve joyeuse » que son frère veut remarier pour mettre fin à une série de scandales. Aleister et Rose se rencontrent. Coup de foudre, enlèvement, mariage immédiat, comme l’autorisait alors la coutume écossaise. Fureur de Gérard Kelly et de sa mère. Pour échapper à l’orage, Mr. et Mrs Aleister Crowley s’enfuient précipitamment d’Écosse et gagnent l’Egypte, puis Ceylan.
A mesure que s’écoulent les phases de la lune de miel, le « coup de tête » se transmue en une mutuelle, intense et orageuse passion amoureuse. En l’honneur de Rose, Aleister compose Rosa Mundi [1], admirable épithalame. A la fin de l’an 1903, les jeunes mariés quittent Colombo et reviennent au Caire.
Instruite par Perdurabo, Rose est devenue une excellente médium. Elle se promène constamment, — sans s’égarer, — dans le « Monde Intermédiaire », dans l’Astral.
Après un pèlerinage aux Pyramides, le dieu Horus lui apparaît et lui dicte un mystérieux message qui annonce l’arrivée prochaine de « Quelqu’un ».
Le couple loue une villa isolée dans la banlieue du Caire et le Mage s’y livre à une évocation cérémonielle, selon les rites de la Golden Dawn. L’opération magique réussit parfaitement… mais ce n’est pas le fils d’Osiris qui apparaît : se manifeste une entité assyrienne qui déclare se nommer Aïfass !
Si l’on en croit Aleister et Rose, Aïfass était parfaitement « matérialisé ». Il avait les apparences d’un personnage corporifié et s’exprimait même en anglais avec la « vox college ». Pourtant il défendait, — sous les plus sévères imprécations, — qu’on le touchât.
Voici l’essentiel de son premier message qui sera suivi de beaucoup d’autres :
— Je me nomme Aïfass et j’ai vécu en Chaldée sous le règne d’Anour-Abi. Je suis le Supérieur Inconnu de l’époque actuelle. J’ai mission de te guider dans l’organisation d’un ordre initiatique qui supplantera la Golden Dawn et dont tu seras le chef visible, mais que je dirigerai de l’Astral. Tu n’auras, désormais, qu’à concentrer ta volonté pour que je t’apparaisse, sans le secours d’un cérémonial magique. Quand je le jugerai nécessaire, je répondrai à tes questions, pourvu qu’elles se rapportent au monde occulte.

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1 — Rosa mundi, a poem by H. D. Carr. (London-s.d.).

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Aïfass s’évanouit comme il était venu, laissant Aleister frappé de la foudre. Jamais une apparition n’avait été aussi précise, un message aussi clair ! De fait (si l’on en croit le Mage), Aïfass ne cessa de hanter l’existence mortelle de son disciple.
Un autre prodige eut lieu quelques jours plus tard : « par hasard », au cours de recherches effectuées au Musée du Caire, Crowley fit la connaissance d’un musulman, Soleiman ben Aïffah, qui lui dit :
— Tu es celui que j’attendais.
Et, incontinent, il compléta les enseignements secrets déjà esquissés par deux Hindous. Il communiqua à Crowley les suprêmes arcanes de la Voie de la Main Gauche, de la magie sexuelle.
C’est depuis ces deux singulières rencontres que le fils du Plymouth Brother s’identifia avec The Great Beast, ou 666 de l’Apocalypse de Saint Jean. Ainsi fut-il authentiquement, résolument, un adepte de la Magie Noire.
De son côté, Rose devint la Femme Ecarlate, la Babylone » du XVIIe chapitre de la Révélation johannique… et de nombreuses autres Femmes Ecarlates lui succédèrent.
A l’ésotérisme de l’Ordre du Temple, Aleister Crowley emprunta aussi le titre de Baphomet [1].
Les 8, 9 et 10 avril 1904, Aïfass (nommé aussi Ayouass) apparut de nouveau. Rose étant entrée en transes, il lui dicta The Book of the Law, le « Livre de la Loi », qui devint la base de l’enseignement occulte de Crowley. Cet étrange document fut édité en 1926. Voici sa fiche bibliographique au British Museum
« AL Liber Legis, The book of Me Law, sub figura XXXI, as delivered by Aïfass (in Hebrew and Greek) to the Priest of the Princes who is 666. Now issued privately after 22 years of preparation to eleven persons from Lair of the Lion, — 1926 — pp. 7 of print and 65 photographs of the original MS. »
Il serait malséant de reproduire certains enseignements inclus dans ce manuel de magie.
Le Livre de la Loi marqua indélébilement la personne et la pensée de 666. Sa vie n’avait jamais été à citer en modèle, mais, désormais, elle se dissoudra dans la toxicomanie, l’errance, la débauche, les maladies.
Comme s’il se fuyait lui-même, il voyagera en Chine, retournera dans l’Inde et en Afrique du Sud, il ne trouvera le repos. Il est, littéralement, hanté.
La première victime de cette possession, -au sens théologique du mot, — fut Rose. Elle eut un enfant qui mourut jeune. Alors elle devint dypsomane ; si l’on en croit son mari, elle absorba cent cinquante bouteilles de whisky en cinq mois En 1909, divorce. A l’automne 1911, Rose est internée pour démence alcoolique. La malheureuse meurt quelques années plus tard dans un asile.
La seconde victime fut un disciple mâle, le juif allemand Victor B. Neuberg (Brother Omnia Vincam), jeune poète décadent, oisif et très riche, qui s’enticha de Crowley après avoir lu certains de ses poèmes ésotériques. Littéralement fasciné par The Great Beast, Neuberg devint son souffre-douleur, ou pis encore.
— Je l’ai changé en « chameau », se plut à répéter son maître.

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1 — Les origines templières de la franc-maçonnerie, par Paul Naudon. (Paris-1961)

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C’est en compagnie de Neuberg-Chameau que Baphomet, en 1908, entreprit une vaste exploration du Sud algérien, dans le dessein avoué d’y découvrir d’authentiques initiés à la confrérie musulmane secrète des Assaouyias. Il aurait voulu participer à leurs rites écoeurants : manger des scorpions, du verre pilé et danser sur des charbons ardents.
Malgré leurs efforts, Crowley et le Chameau ne parvinrent pas à entrer en relations avec ces fanatiques (ou ces simulateurs). Mais, errant d’erg en erg et d’oasis en oasis, grugés par leurs guides, ils faillirent périr de soif et de fatigue. C’est en piteux état qu’ils furent enfin rapatriés jusqu’à Alger par les autorités françaises.
Nos Services des Affaires Indigènes, les « officiers aux burnous bleus », n’avaient pas été sans s’inquiéter de ces singuliers voyageurs, un Anglais et un Allemand qui harcelaient les indigènes de questions.
Une enquête discrète permit d’établir que ce n’était pas la seule recherche de la Vérité occulte qui les guidait. On acquit bientôt la certitude qu’Aleister Crowley « travaillait » pour le compte de l’Intelligence Service.
Ce qui expliquerait aussi ses perpétuels déplacements et l’étrange indulgence dont ses pratiques obscènes bénéficièrent au coeur même de l’Angleterre victorienne.

Chapitre V
Revenu en Angleterre, Aleister Crowley lança ses rets sur une jeune et jolie violoniste virtuose, Edith Y… En même temps, il subjugua une disciple d’Isadora Duncan, Mary d’Este Sturges, qui appartenait à une des plus illustres familles d’Italie. Fort de ce double appui, il réalisa enfin le projet qui lui tenait à coeur depuis sa rupture avec la Golden Dawn : créer et diriger son propre ordre initiatique.
Bien que ses finances fussent sérieusement obérées, il lança la luxueuse revue Equinox, puis installa un templum à Londres : Victoria Street. Une vingtaine de disciples fanatisés, — surtout des dames d’âge mûr, — contribuèrent à la fondation d’A… A…, c’est-à-dire de l’Astrum Argentinum (ainsi que se qualifiait l’ordre nouveau) qui était en liaison avec l’Ordre Maçonnique de Memphis [1].
Aleister Crowley reçut même du Grand Hiéropliante, Théodor Reuss, un diplôme de Patriarche
Grand Administrateur Général (33°, 90°, 96°) de cet Ordre auquel appartenait déjà la fondatrice de la Société Théosophique, Hanna-Pavlovna-Blavatsky [2].
Comme Baphomet se disait aussi « prêtre des prêtres » et « évêque gnostique », il célébra, Victoria Street, des messes gnostiques au titre de Patriarche Universel.
A en croire certains assistants, ces cérémonies ressemblaient singulièrement aux messes noires dites par les suppôts de la Voisin et de la Brinvilliers… Mais ce n’est peut-être que pure calomnie !
Le nouvel Imperator avait un sens très aigu de ce qu’on nommera plus tard « public relations ». Il organisa des « tenues blanches » de l’A… A… où Edith joua (avec talent) du violon et où des disciples récitèrent des poèmes occultes.
Le public se recrutait parmi les habitués de Soho et les membres de la gentry. Le snobisme y ayant une large part, les néophytes affluèrent sur les parvis.
Mais une tragédie mondiale coupa court, subitement, à cet essor : la Guerre !
L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand trouva Crowley en Suisse. Instruit par l’astrologie, — ou bien ayant l’intuition des réalités diplomatiques, — l’Imperator revint rapidement à Londres et se mit à la disposition de sa patrie. Officiellement, on refusa ses services : il était trop marqué de magie noire. Il n’empêche que, le 24 octobre 1914, Aleister

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1 — Pour tout ce qui concerne les ordres maçonniques dits « égyptiens », consulter les ouvrages de Marconis de Nègre, des frères Bédarride et plus récemment de Johanny Bricaud.
2 — Consulter sur H.P.B., Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, par René Guénon. (Paris-1922) et aussi Rituels des sociétés secrètes de Pierre Mariel. (La Colombe-1962)

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Crowley débarquait à New-York, du Lusitania. Il était complètement ruiné, n’ayant que cinq guinées en poche. Edith l’accompagnait. Ils logèrent 40 West 36 th Street.
La Presse avait été avisée de l’arrivée aux U.S.A. du Magicien Noir, de The Great Beast. Crowley se laissa complaisamment interviewer ; de nombreux articles à sensation lui furent consacrés. Des curieux, des excités, des désaxés vinrent le supplier de leur communiquer la Lumière Noire. Il créa donc un templum à New-York, qui eut un certain succès. Les autorités de l’Etat de New-York le surveillèrent de près mais n’eurent pas à intervenir. Sans doute l’émigré avait-il eu la prudence d’édulcorer certains rites…
Si l’on en croit The Great Beast, c’est tout à fait par hasard qu’il retrouva, dans un autobus new-yorkais, un de ses anciens camarades d’université, le poète germano-américain George Sylvester Vireck qu’il avait perdu de vue en 1911. Ils eurent de nombreux et discrets entretiens. Par une curieuse coïncidence, la situation pécuniaire de Crowley se rétablit soudain.
George Sylvester Vireck était un agent secret allemand.
Au printemps 1915, Aleister Crowley qui, jusque-là, avait affirmé son ascendance écossaise, se découvrit de sang irlandais. Dans une revue, The Fatherland, il écrivit de furieux articles contre l’impérialisme britannique et en faveur de l’indépendance irlandaise.
Il appela aux armes, contre les Alliés, tous les enfants de la Verte Erin.
Le 3 juillet 1915, il se livra même à une manifestation spectaculaire : accompagné de quelques irrédentistes irlandais, il prit place dans un bateau à moteur qui les conduisit dans le port de New-York, au pied même de la statue de la Liberté. Il avait pris soin d’avertir les journalistes. Il prononça un furieux discours anglophobe, déchira théâtralement son passeport britannique et fit ce serment :
— Je jure de lutter jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour défendre les libertés de ma patrie l’Irlande.
Edith accompagna au violon les protestataires qui hurlèrent à plein gorge l’air national d’Eire : Erin go Bragh.
Bien entendu, cet exploit eut d’énormes répercussions. La presse neutraliste lui fit écho. Les journaux partisans de l’Angleterre et de la France répliquèrent. Ils décrivirent la personnalité d’Aleister Crowley sous un jour des moins flatteurs, le qualifiant d’inverti, de sorcier, de toxicomane et pis encore. Comment les catholiques irlandais pouvaient-ils s’accommoder d’un pareil défenseur ? N’était-ce pas la preuve qu’ils sont des gens inconséquents, qu’on ne peut pas prendre au sérieux ? Exalté par de telles attaques, le nouveau « chevalier d’Irlande » publia d’autres articles dans The Fatherland, que certains qualifièrent de « délirants ». S’il avait été agent provocateur, Crowley n’aurait pas agi autrement… Son biographe, John Symonds, parle d’une méthode de propagande par « reductio ad absurdum ».
Certaines réticences exprimées dans les Mémoires de l’amiral Guy Grant, ancien chef du Naval Intelligence aux U.S.A., laissent planer un doute… significatif.
En octobre 1915, 666 quitte New-York afin de donner des conférences et de recruter des disciples dans les Etats du Sud. Il est accompagné d’une nouvelle Femme Ecarlate dont le nomen mysticum est Alestraël. On les signale à Vancouver, Nouvelle-Orléans, San Diego. Mais Crowley parle devant des salles vides. Aucun disciple ne se présente ; ils retournent à New-York.

D’autre part, la guerre a ruiné le Mage. Il connaît bientôt une situation alarmante qui deviendrait même dramatique si un ancien « copain » de Montparnasse ne venait au secours du couple insolite qui s’enlise dans la misère de Brooklyn.
Ce bon Samaritain est William Seabrook. Il offre à Perdurabo et à Alestraël une plantureuse hospitalité dans son domaine de Decatur, en Atlanta [1].
Ce fut là où ils apprirent la fin de la guerre.

En janvier 1919, Aleister Crowley se risqua à revenir dans son pays natal.
Dès qu’il eut débarqué, on l’interrogea longuement sur ses activités anti-alliées aux Etat-Unis. Ses réponses durent être satisfaisantes puisqu’il ne fut pas poursuivi.
Ayant ramassé tant bien que mal quelques débris de sa fortune, il secoua la poussière de ses souliers sur son ingrate patrie et revint en France. Il s’installa dans une confortable villa de Fontainebleau : 4 bis, rue de Neuville.
La paisible demeure (à l’épouvante de la bourgeoisie bellifontaine) fut convertie en templum, en harem et en nursery.
En effet, The Great Beast s’entoura de jeunes femmes ayant déjà des enfants, auxquels il accorda généreusement des petits frères et des petites soeurs. Retenons parmi celles-ci Annah Leah, fille bâtarde d’Alestraël, cette infortunée Poupée, le seul être que Crowley aimât vraiment.
C’est, — croit-on, — à Fontainebleau que Crowley fit la connaissance de Katherine Mansfield qu’il initia aux ténébreuses joies de la mescaline, alcaloïde hallucinogène tiré d’un cactus mexicain : le peyotl [2].

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1 — L’île magique, de Seabrook est, sans doute, imprégné des enseignements d’Aleister Crowley.
2 — Sur le Peyotl, lire Les portes de la perception, d’Aldous Huxley et aussi l’oeuvre d’Henry Michaux.

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chapitre VI
En Sicile, Cefalu est un hameau de pêcheurs, à une lieue du port de Sainte-Barbara, près de Palerme.
Baphomet y acquit une ferme en ruines qu’il dénomma Thélème… en souvenir de l’abbaye décrite par Rabelais en son Quart Livre. Dans les deux Thélèmes, une seule règle de vie : Fay ce que vouldras.
En effet, Aleister Crowley était grand admirateur de Maître Alcofibras ; il avait pénétré le sens interne, — la substantifique moëlle, — de son oeuvre, frayant en cela la route à des érudits comme Probst-Biraben [1] et René Gilles [2].
Crowley et ses disciples, — maîtresses et bâtards, — s’installèrent donc tant bien que mal dans des bâtiments vastes mais délabrés et sans aucun confort.
Aleister s’improvisa maître-d’oeuvre et maçon. Il rafistola cinq chambres autour d’un hall central, celui-ci étant consacré Sanctus Sanctorum. Il apporta un soin particulier à décorer de fresques une « Chambre des Cauchemars ». Sur tous les murs, son imagination lubrique se donna libre cours.
666 attira à Thélème quelques transfuges de la Golden Dawn et plusieurs aspirantes au titre de Femme Ecarlate. Mais le groupe des Thélémites ne compta jamais plus d’une quinzaine de disciples assidus.
Comme au manoir de Boleskine, mais avec une expérience mûrie par les années, The Great Beast explora les extrêmes confins de la magie cérémonielle [3]. On peut lui imputer

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1 — L’ésotérisme de Rabelais, par le Dr H. Probst-Biraben. (Nice1950)
2 — L’ésotérisme de Rabelais, par René Gilles. (Paris-1958)
3 — Voici un extrait, sans doute inédit, d’un rituel de Thélème :
Les corps des serpents bondissant vers l’au-delà !
Toi dans la Lumière et dans la Nuit,
Sois Un, supérieur à leur puissance mouvante.
Il fouette les fesses, incise une croix sur le coeur, attache la chaîne autour du front, en disant :
Eau Lustrale ! Que ton flot se déverse à travers moi,
Lymphe, moelle et sang !
Le Fouet, le Poignard et la Chaîne
Nettoient le corps, le coeur et le cerveau.
Il oint les blessures en disant :
Feu instructeur ! Que l’Huile
Equilibre, assainisse, absolve…
Ainsi est construite la Grande Pyramide.
Je ne sais pas qui je suis,

Je ne sais pas d’où je viens,
Je ne sais pas où je vais,
Je cherche, mais quoi, je ne le sais pas.
Je suis aveugle et enchaîné, mais
J’ai entendu un appel
Résonner à travers l’Eternité.
Lève-toi et suis-moi
Asar Un-neter. J’invoque
La quadruple horreur de la Fumée.
Fermez l’abîme ! Par le mot terrifiant
Que Seth Typhon a entendu

construction de la pyramide

Le Mage avec la Baguette. Sur l’Autel sont placés l’Encens, le Feu, le Pain, le Vin, la Chaîne, le Fouet, le Poignard et l’Huile. Il prend la cloche de la main gauche.
Deux coups sur la cloche.
Salut ! Asi ! Salut, Hoor-Apep !
Que naisse la Parole Muette.
Danses d’exorcisme en spirale sur la gauche.
Les Mots contre le Fils de la Nuit
Tahuti les prononça à la Lumière.
Savoir et Pouvoir, deux guerriers jumeaux, secouent
L’Invisible ; ils écartent
Les Ténèbres ; la matière brille, un serpent
Sebek est frappé par le tonnerre.
La lumière surgit des profondeurs.
Il va à l’Ouest, au centre de la base du triangle de Thoth. Asi et Hoor.
O Toi, l’Apex du Plan
A Tête d’Ibis, Baguette de Phénix
Et Ailes de Nuit ! Toi vers qui se tendent
Un silence
La Crainte de l’Obscurité et de la Mort,
La Crainte de l’Eau et du Feu,
La Crainte du Gouffre et de la Chaine,
La Crainte de l’Enfer et du Souffle Mortel,
La Crainte de Lui, l’affreux démon
Qui, sur le seuil du Néant,
Se tient avec son dragon pour massacrer
Le pèlerin de la Voie.
Mais avec de l’énergie et de la prudence, je passe devant eux
J’avance avec courage et intelligence
Dans le droit Sentier ; s’il en était autrement, leur ruse
Serait sûrement infinie…
Il chancelle et tombe à terre
Asar ! Qui s’agrippe à ma gorge ?
Qui me cloue à terre ? Qui me poignarde au coeur ?
Je suis incapable de franchir ?
Cette entrée du temple de Maat… etc, etc…

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tous les vices et un nombre considérable de défauts. Il est au moins une vertu qu’on ne peut lui contester : une absolue, intransigeante sincérité. Il était persuadé de sa mission,

et se croyait appelé à propager une doctrine ancienne mais oubliée, ou « corrompue », par le christianisme : The Magick [1].
Avec cette orthographe archaïque, The Magick n’est traduisible en français qu’approximativement. C’est beaucoup plus que la Magie, comme Crowley le précisa lui-même
« Je me suis constamment voué au Grand OEuvre, c’est-à-dire l’oeuvre de devenir un être spirituel, libre de toute contrainte, des servitudes du hasard et des déceptions de l’existence matérielle. Tous les termes habituels sont impuissants à dénommer mon message : ce n’est ni Occultisme, ni Spiritisme, ni Sorcellerie, ni Théosophisme. Je vais beaucoup plus loin que ces diverses écoles… Je me suis arrêté au terme de Magick comme étant, par essence, le plus sublime et, à l’heure actuelle, le plus discrédité des termes… J’ai juré de réhabiliter la Magie et d’amener l’humanité à respecter, à croire et à pratiquer ce qui est actuellement méprisé, haï et craint…
« …Dans cette transe semblable à la mort, l’esprit devient libre de vagabonder et s’unit au dieu invoqué. Dans la mort, cette union est permanente et va accroître le corps du dieu sur la planète. Nous devrions donc, quand nous le pouvons, nous assurer un endroit fermé et inviolable et y sacrifier quotidiennement des victimes. En même temps, qu’un des frères, au moins, soit réduit à l’épuisement par le vin, par des blessures et par la cérémonie elle-même. Et s’il prononce des révélations, qu’elles ne soient pas consciemment données (c’est-à-dire qu’elles doivent venir des profondeurs). Si le vrai Dieu est invoqué comme il convient, elles seront divines. »
Dans un de ses autres messages, Mega Therion employa cette formule mystérieuse mais riche de résonances :
« Nous prenons des choses différentes et opposées et nous les unifions au point de les contraindre à former une seule chose : cette union est octroyée par une extase, en sorte que l’élément inférieur se dissout dans l’élément supérieur » [2].
Notons que le grand-prêtre et ses acolytes s’exaltaient par des drogues hallucinogènes, des exercices respiratoires et d’autres procédés indescriptibles.
Leah Faesi (id est Alestraël) rejoignit Thélème avec sa fillette, Poupée.
Aleister, pour la première fois de sa vie, se découvrit une âme de père.
Deux autres concubines entouraient déjà le Maître. L’arrivée d’Alestraël provoqua des scènes de jalousie hystérique. On menaçait de tuer ou de se tuer. On partait, on revenait, on se réconciliait dans des embrassades qui finissaient en bagarre.

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1 — ln Magick. theory and practice by the Master Therion. published for subscribers only. (London-1929)
2 — Il est curieux de comparer ces citations à cet extrait de la Métaphysique du Sexe de Julius Evola. (cf. note n° 41)
Après avoir rappelé le serment qui liait les Thélémites : « Moi, X…, en présence de la Bête 666. Je me consacre solennellement au Grand OEuvre qui est de découvrir ma volonté et de la réaliser. La Loi est Amour, l’Amour assujetti à la Volonté », Evola commente ainsi ce serment :
« L’Amour est ici essentiellement entendu au sens d’amour sexuel, le but de l’adepte est de découvrir sa vraie nature à travers des expériences érotiques variées. Crowley expose une religion de la joie et du plaisir dans laquelle doit pourtant entrer une épreuve supérieure de la Mort, considérée comme la suprême initiation.
« La mort la plus favorable est celle qui survient durant l’orgasme et qui est appelée Mort de Juste. Il est écrit : Que je meure de la mort du Juste et que ma dernière minute soit comme la sienne ».

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Des difficultés matérielles s’ajoutaient encore à ces chienneries. L’abbaye de Thélème ne disposait d’aucun confort… pas même d’eau courante. Le ravitaillement était lent et précaire. Impossible d’admettre une servante : elle aurait été horrifiée par les fresques et plus encore par les protagonistes de cette tragi-comédie perpétuelle.
Dans une telle ambiance, Poupée tomba gravement malade. Se refusant à consulter l’unique médecin de Sainte-Barbara, Baphomet demanda à l’esprit Aïfass des conseils médicaux. Celui-ci recommanda un rite de purification magique et du lait de chèvre. Ni l’un ni l’autre ne s’avérèrent efficaces. La pauvre Poupée tomba dans un tel état de cachexie que sa mère s’affola.
On transporta Poupée à l’hôpital de Palerme. Le 2 octobre 1920, elle s’y éteignit sans souffrances, lumineux petit ange au milieu de ces ténèbres.

En 1924, à Cefalu, un disciple britannique, Raoul Loveday [1] (Aud Raoul), périt dans des circonstances mystérieuses. La police italienne qui surveillait étroitement Thélèma prit prétexte de cette mort pour lancer contre Crowley un arrêté d’expulsion immédiatement applicable.
Abandonnant ses derniers disciples à leur triste sort, le Mage connut alors une lamentable existence errante. On se lasserait à le suivre en Tunisie, au Portugal, en Angleterre, en France.
Les excès, tous les excès, avaient eu raison de sa constitution athlétique. Dans un gros bonhomme flasque, à l’oeil glauque, il ne restait plus rien du bel étudiant d’Oxford. Les Femmes Ecarlates se succédaient mais devenaient de plus en plus défraîchies. The Great Beast inspirait plus de pitié, — ou de dégoût, — que de terreur.
Misère matérielle.., misère morale…
Après avoir épousé une Hispano-Américaine de quarante ans sa cadette, Crowley revient à Paris en 1929. Mais, le 14 avril, il est l’objet d’un arrêté d’expulsion. Selon Paris-Midi de ce jour-là, Crowley aurait été convaincu d’être agent secret au service de l’Allemagne.
Il échoue au Portugal où il simule une tentative de suicide, près de Lisbonne, dans les grottes nommées Bouches d’Enfer. Cette fois, le scandale provoqué tombe dans l’indifférence. La Presse n’y consacre que quelques lignes. Aleister Crowley n’intéresse plus personne… C’est un vieillard obèse qui retourne en son pays natal. On a vu comment il y mourut et comment il fut incinéré.
Une pensée de Maurice Barrès me vient en mémoire au moment de quitter ce dernier des magiciens d’Europe :
« Je sais de quelles singulières façons les hommes peuvent s’attacher à se libérer de leur Moi et à s’identifier avec un principe éternel.»
« Principe éternel » ainsi évoqué par John Symonds, l’exécuteur testamentaire littéraire de Crowley :
« Le Sexe était », écrit-il, « devenu pour Crowley le moyen d’atteindre Dieu… Il accomplissait l’acte sexuel non pour des joies émotives ou à des fins procréatrices, mais pour

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1 — Les vrais prénoms de Loveday étaient Frederick-Charles.

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renouveler sa force (psychique). Il estimait rendre ainsi un culte au dieu Pan. Opus était le mot qu’il employait à cette occasion, avec référence à la notion hermétique du Grand OEuvre. Parfois, il se trouvait face à face avec les dieux… »
De documents confidentiels d’une secte ésotérique qui présente des analogies avec la doctrine des Thélémites, nous extrayons cette « règle d’or » :
« …Le besoin de l’infini existe en l’homme ; qu’il sache apprendre à en faire consciemment le sens de l’excès. Le sens de l’excès mène toute chose, au delà du Mal, vers la mystique véritable qui est l’abnégation la plus totale, le confondement. Si cela est difficile ou impossible en beaucoup de cas pour l’humain, il lui est tout de même possible, en des choses que sa nature exige ou qu’une disposition érotique lui impose, de trouver là le point d’appui qui l’exaltera jusqu’au suprême. Ceci est le sens de l’érotique sublimé jusqu’à la mystique… »

procul recedant somnia
et noctium phantasmata
hostemque nostrum comprime
ne polluantur corpora [1].

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1 — Hymne Te lucis de Complies. Que les songes et les fantômes de la nuit s’enfuient loin de nous. Contenez notre ennemi afin que rien ne souille notre corps…

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suite…

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