SCIENCE, TECHNOLOGIE ET RÉPARATIONS


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Auteur : Gimbel John
Ouvrage : Science, technologie et réparations Exploitation et pillage dans l’Allemagne d’après-guerre
Année : 1990

Traduit par
Valérie Devon

 

4ème de couverture

La plupart des gens ont entendu parler de Werner von Braun et des scientifiques
et ingénieurs allemands que les Américains ont amenés aux États-Unis après
la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du Projet Paperclip . La plupart
d’entre eux connaissent aussi la course aux scientifiques allemands qui s’est
alors engagée. Ce que pratiquement personne ne semble savoir, cependant,
c’est que le Projet Paperclip n’était qu’un des aspects d’un programme beaucoup
plus complet et systématique de « réparations intellectuelles » pour exploiter
le savoir-faire scientifique et technique allemand, non seulement à des fins
militaires mais également pour le bien de la science et de l’industrie américaines.
Ce programme qui a débuté à la fin de 1944 est le sujet du présent ouvrage.
Alors que les armées alliées balayaient l’Allemagne de l’Ouest, des équipes de
dizaines d’experts américains ont visité des centaines d’établissements de recherche,
d’écoles techniques et d’entreprises industrielles allemands ciblés. lis ont interrogé
le personnel, examiné les processus et les produits, pris des photographies et
des échantillons, et exigé des dessins, des plans, des rapports de recherche, etc.
Mais les objectifs limités et liés à la guerre qu’ils poursuivaient au départ ont
rapidement cédé la place aux possibilités de pillage industriel et technologique
dans pratiquement tous les domaines de l’expertise allemande, y compris les
souffleries, les magnétophones, les combustibles synthétiques et le caoutchouc,
les films couleur, les textiles, les machines-outils, les équipements lourds, les
céramiques, les verres optiques, les colorants, les microscopes électroniques.
Apparemment, l’information recueillie devait être, selon les termes du secrétaire
d’État George C. Marshall, « mise à la disposition du reste du monde ».
Dans la pratique, cependant, une grande partie de ces documents a été transférée
par les consultants scientifiques et les examinateurs de documents directement à
leurs propres entreprises et pour leurs propres besoins. Cette histoire n’a jamais
été racontée auparavant, et le récit méticuleux mais très lisible de l’auteur est
basé sur plus de dix ans de recherches dans des archives publiques et privées
allemandes et américaines. Lors de la réunion du Conseil des ministres des
Affaires étrangères à Moscou en 1947, V. M. Molotov, ministre des Affaires
étrangères de l’Union soviétique, a accusé les États-Unis et la Grande-Bretagne
de s’être approprié 10 milliards de dollars en réparations sous forme de brevets
et autres connaissances techniques. Le secrétaire d’État Marshall a furieusement
nié l’accusation, mais aucune évaluation précise n’a jamais été publiée par
le gouvernement américain. Sur la base de ses recherches, l’auteur conclut
que le chiffre de 10 milliards de dollars qualifié d’ « extravagant » par les
fonctionnaires du département d’État n’est probablement pas loin de la vérité.

 

Préface
Au cours de mes recherches préparatoires à ce livre, j’ai découvert
que Werner von Braun et l’équipe de chercheurs et d’ingénieurs
allemands, que les Américains ont ramenés aux États-Unis dans
le cadre du Projet Paperclip, après la Deuxième Guerre mondiale, ne
sont pas inconnus de la plupart des gens raisonnablement informés. La
plupart d’entre eux connaissent aussi la course aux scientifiques
allemands qui s’est alors engagée, une compétition qui explique peutêtre
la devise largement répandue, après le lancement russe réussi du
Spoutnik en octobre 1957, selon laquelle leurs Allemands étaient
meilleurs que nos Allemands. Ce que pratiquement personne ne semble
savoir, cependant, c’est que le Projet Paperclip n’était qu’un des aspects
d’un programme beaucoup plus complet et systématique de « réparations
intellectuelles » pour exploiter le savoir-faire scientifique et technique
allemand, non seulement à des fins militaires mais également pour le
bien de la science et de l’industrie américaines. Ce programme plus
vaste, et plus précisément comment le Projet Paperclip s’y est greffé, est
le sujet du présent ouvrage.
Je ne puis moi-même dire avec certitude à quel moment j’ai appris
l’existence du programme dans son ensemble, mais je sais que cela ne
s’est pas produit pendant mon service immédiat d’après-guerre comme
traducteur et interprète pour le détachement du gouvernement militaire à
Friedberg, Hessen. Cela ne s’est pas non plus produit lors de mes
recherches dans les années 1950 concernant l’impact de l’occupation
américaine sur la ville et le comté de Marbourg. Au cours des années
1960 et 1970, lorsque j’ai poursuivi mes recherches sur l’occupation
américaine de l’Allemagne et sur le problème allemand et les origines du
plan Marshall, je me suis rendu compte peu à peu, mais de façon
graduelle, qu’il y avait là quelque chose à raconter, et que cela en valait
la peine. Sans doute ma curiosité tenace concernant la légitimité des
accusations russes et est-allemandes selon lesquelles les Alliés
occidentaux se seraient appropriés des milliards de dollars en
réparations m’a-t-elle influencé, même si j’étais initialement disposé à

accepter – sans trop réfléchir – la position officielle américaine selon
laquelle les montants mentionnés étaient tout simplement
« extravagants », que les accusations visaient à détourner l’attention de
l’Union soviétique de ses propres mesures de réparation et pouvait donc
être rejetée comme n’étant rien de plus que de la propagande. Quoi qu’il
en soit, des documents et autres éléments relatifs à l’existence et au
travail de la Field Information Agency, Technical (FIAT), que j’ai
découverts occasionnellement dans les dossiers américains et allemands
que j’ai eu le privilège de consulter pendant les années 60 et 70 m’ont
donné la possibilité de mener une enquête approfondie sur cette histoire.
Quatre de ces découvertes me semblent particulièrement convaincantes.
Tout d’abord, le général Lucius D. Clay, gouverneur militaire américain
en Allemagne, a adressé deux messages similaires au ministère de la
Guerre à Washington. Clay y déclarait que les États-Unis, par
l’intermédiaire de la FIAT, s’emparaient de toutes les informations qu’ils
pouvaient « concernant les processus commerciaux et la connaissance
scientifique de pointe », disant : « nous faisons nôtre la pensée des
scientifiques allemands en la façonnant à nos propres desseins. » et
qu’une fois la guerre avec le Japon terminée, les États-Unis
s’engageraient « carrément dans le domaine commercial ». Ainsi, Clay
conclut, « en nous saisissant de la production actuelle, nous faisons sans
doute la même chose que la Russie… et que la France est en train de
faire en retirant les biens d’équipement de l’Allemagne. »(1)
Deuxièmement, il y avait deux lettres d’Edward M. Groth, du Consul
général des États-Unis à Hambourg, au Secrétaire d’État. Groth y
rapportait un discours et un article de journal émanant d’un membre
socialiste du conseil municipal de Hambourg (Burgerschaft), dans
lesquelles ce dernier parlait de « réparations insidieuses » de grande
valeur qui étaient retirées d’Allemagne par des industriels privés et des
capitalistes de l’étranger. Ils viennent en Allemagne, aurait-il dit, pour
fouiller dans les dossiers secrets de leurs concurrents et les ramener dans
leur propre pays afin de favoriser leur propre progrès économique au
détriment de leurs concurrents allemands. « Le capitaliste étranger »
(Groth citait le membre du conseil ayant écrit dans le Hamburger Echo,
le journal du parti social-démocrate de la ville) recueille « les secrets des
concurrents allemands et s’enrichit grâce à eux, sans toutefois
rembourser son pays… de sorte que le contribuable étranger est la

première victime qui, sous prétexte de coûts professionnels,
subventionne en fait son propre capitaliste ».(2)
Troisièmement, il y a le « Rapport Harmssen », une étude sur les
mesures de réparation prises par le sénateur Gustav W. Harmssen,
ministre de l’économie de Brême. Dans ce rapport, il a évalué la valeur
totale des brevets, secrets industriels et biens similaires retirés
d’Allemagne par les forces d’occupation à environ 5 milliards de
dollars.(3) Enfin, il y avait les circonstances et les nombreuses questions
restées sans réponse entourant la décision des deux gouverneurs
militaires bizonaux – toutefois, clairement prise sur l’insistance du
général Clay – de démettre Johannes Semler de ses fonctions de
directeur économique de la Bizonal Economics Administration début
1948.(4) Le bureau de Semler avait recueilli des informations sur la
valeur de ce qu’il appelait les « réparations insidieuses » (Clay les
appelait « réparations cachées »), qui comprenaient le savoir-faire
scientifique et technique retiré à l’Allemagne par les enquêteurs de la
FIAT. (5) Semler était contrarié par l’idée répandue – exprimée et sousentendue
aussi bien par les Allemands que par les Américains – que
l’Allemagne de l’après-guerre était une espèce de cas social international
se reposant sur les pouvoirs d’occupation et leurs contribuables, et il
était contrarié par le refus des ministres-présidents bizonaux de prendre
fermement position lors de leur réunion à Wiesbaden en octobre 1947,
afin de contester la liste nouvellement dévoilée des entreprises
industrielles allemandes qui seraient démantelées dans le cadre des
réparations. Le 4 janvier 1948, lors d’un rassemblement d’un parti
politique local à Erlangen, Semler explosa. Dans une allocution
prononcée en l’absence d’un texte préparé, il a fait valoir que sans les
politiques et pratiques d’occupation alliées – qu’il a largement illustrées
et commentées – l’Allemagne serait en mesure de payer ses importations
alimentaires en espèces plutôt qu’avec les « remerciements » avilissants
que les politiciens et personnalités publiques allemands adressaient. Il
s’est avéré que, de façon injuste, ce dernier a agrémenté ses remarques et
a diverti son auditoire avec des sarcasmes sévères et des railleries,
comme celle voulant que les Américains aient envoyé du
« Hühnerfutter » (littéralement, « aliment pour poulets », mais utilisé ici
pour parler du maïs, que les consommateurs allemands considéraient
comme un mauvais substitut au blé dans leur pain rationné) pour lequel
les Allemands devaient payer en dollars.

Les responsables du gouvernement militaire américain qui ont plus tard
analysé un compte rendu sténographique du discours du général Clay
ont conclu que, à l’exception de ses « déclarations fausses et
trompeuses », en particulier celle sur l’alimentation des poulets et une
autre sur la pression américaine sur les agriculteurs allemands pour
augmenter leurs livraisons afin d’économiser l’argent des contribuables
américains, le discours était bien fait et méritait, par ailleurs, une
attention particulière ».(6)* Mais Semler se fit virer, et lorsque le
Landtag bavarois – pour vérifier si, comme le disait un intervenant, la
démocratie allemande d’après-guerre était en fait une ‘démocratie
fantoche’ – le choisit comme délégué au nouveau Conseil économique
bizonal, à Francfort en février 1948, les Américains intervinrent.
Pendant que l’état-major du général Clay rédigeait des documents pour
la dissolution éventuelle du Landtag bavarois, Clay envoya un avion
spécial à Munich afin qu’on lui ramène à Berlin le ministre-président
Hans Ehard et Murray van Wagoner, le directeur régional du
gouvernement militaire américain pour la Bavière. Ce qui s’est
précisément passé quand ils sont arrivés à Berlin n’est, bien sûr, pas
consigné au dossier, mais Murray van Wagoner a noté plus tard que « le
général m’a dit que j’étais susceptible de devenir un directeur régional
sans gouvernement si je ne rectifiais pas la situation ». Quoi qu’il en
soit, alors que les responsables américains passaient un week-end très
chargé à Munich à enquêter sur les antécédents de Semler (ils ont fouillé
son domicile et son bureau et pris quelques dossiers, et ils se sont
également rendus à Vienne pour une raison quelconque), les Bavarois
ont reconsidéré, capitulé et ensuite élu un remplaçant pour Semler, qui
est finalement revenu à la vie privée.(7)
J’esquisse cette histoire ici non pas pour porter un jugement sur Semler
ou sur les Américains impliqués, mais pour illustrer comment l’incident
a contribué à influencer ma décision d’entreprendre une étude sur la
science, la technologie et les réparations dans l’Allemagne d’aprèsguerre.
Semler se dirigeait clairement vers une sorte de confrontation


* Selon un analyste américain, les critiques et les références de Semler au général Clay
étaient regrettables, mais « nous devons admettre que, d’une manière générale, ses
déclarations sur les problèmes économiques fondamentaux et en particulier sur les
procédures et transactions spécifiques mentionnées étaient substantiellement vraie ».
BICO, Commerce and Industry Group (États-Unis), à BICO, sujet : discours de
M. Semler, 20 janvier 1948, RC 260, boîte 405-1/3, WNRC.


avec les Américains et les Britanniques sur la question des réparations,
et il était prêt à évoquer non seulement le programme de démantèlement
des usines – qui avait fait l’objet de vastes discussions publiques depuis
que les gouverneurs militaires avaient publié une liste des usines à
démanteler en octobre 1947 – mais également la très sensible question
des réparations « insidieuses » ou « cachées », qui comprenait le savoir
scientifique et technique retiré à l’Allemagne après la guerre. La
diffusion publique de ses remarques explosives à Erlangen – dont il
déclara plus tard que ces dernières n’étaient destinées qu’à ses collègues
du parti et non pour diffusion ou attribution publique – a clairement
conduit à son renvoi, et la lutte de pouvoir politique qui s’en est suivie
entre le gouverneur militaire américain et un gouvernement allemand de
plus en plus indépendant en Bavière a apparemment fait en sorte que la
substance de son message ne reçoive jamais l’attention que les
conseillers de Clay avaient pourtant jugé justifiée. Ces questions font
l’objet de l’étude qui suit.
Ayant pris connaissance des préoccupations exprimées dans la présente
étude, je m’empresse d’en préciser les limites. Premièrement, à
l’exception de brèves références ici et là, elle ne traite pas de
l’importante exploitation scientifique et technique de l’après-guerre en
Allemagne par les Britanniques, les Français, les Russes et les autres
pays alliés ou associés aux vainqueurs dans la guerre contre
l’Allemagne. J’ai appris dès le début de mes recherches qu’il serait
impossible de faire une plus grande percée. Les documents des autres –
même ceux des Britanniques, dont certains sont maintenant accessibles –
n’étaient pas disponibles ; je ne maîtrisais pas les langues requises et,
finalement, je n’avais qu’une vie à donner au projet. J’ai commencé cette
étude en 1977 et j’y travaille depuis plus de dix ans. Ensuite, à
l’exception de quelques références qui semblent appropriées, l’étude
fournit peu de détails sur des questions telles que la dénazification, les
conflits entre ceux qui voulaient une paix dure et ceux qui travaillaient
pour la modération, l’évolution de la politique d’occupation américaine,
la division de l’Allemagne et autres aspects de l’histoire de l’occupation
américaine en Allemagne. Les lecteurs intéressés sont invités à se
référer à mon ouvrage intitulé American Occupation of Germany :
Politics and the Military, 1945-1949 (Stanford, Californie, 1968).(8)
Enfin, bien que l’étude puisse paraître au premier abord comme un
argument en faveur de la supériorité des Allemands en matière
scientifique et technique en général, je ne crois pas que ce soit le cas et

je n’entends pas donner cette impression. J’accepte plutôt ce que
Vannevar Bush et d’autres, plus qualifiés que moi sur le sujet, ont dit à
ce propos : les sociétés industrielles modernes se développent de
manière inégale et variée, et dans ce cas précis, l’Allemagne était en tête
dans certains domaines de concentration alors que les Américains en
dominaient d’autres.(9)
Un grand nombre de personnes et d’organisations m’ont aidé au fil des
ans, bien qu’aucune d’entre elles ne soient responsables de la conception
ou des conclusions de cette étude. Dans le cadre de ma recherche et de
l’utilisation des documents aux États-Unis, il convient de noter en
particulier ce qui suit : George Chalou, des Archives nationales, m’a
aidé de bien des façons, et c’est lui qui m’a permis de trouver et de
consulter les dossiers du Bureau des services techniques et de la Field
Information Agency, Technical. William G. Lewis, relevé de temps à
autre par Fred Pernell, a non seulement sorti la plupart de ces dossiers,
mais il a aussi veillé à ce qu’ils soient sélectionnés pour moi aussi vite
que faire se peut afin que je puisse les consulter. William H. Cunliffe,
Wilbert B. Mahoney et John Taylor, aux Archives nationales, m’ont aidé
avec les dossiers du ministère de la Guerre, du ministère de l’Armée, des
chefs d’état-major interarmées et du Comité de coordination État-guerremarine.
Avec son personnel efficace, Milton O. Gustafson m’a prêté
main-forte concernant les dossiers et les registres du département d’État.
Le personnel de la Bibliothèque du Congrès m’a conseillé sur
l’utilisation des instruments de recherche et m’a aidé de bien d’autres
façons à effectuer des recherches dans les publications spécialisées des
associations commerciales, industrielles et scientifiques. Chaque fois
que j’ai visité la Bibliothèque Truman, la Bibliothèque Eisenhower et
l’Académie nationale des sciences ou que j’ai correspondu avec elles, les
membres du personnel se sont montrés à la fois amicaux et coopératifs.
Erich F. Schimps, le bibliothécaire des documents de l’Université d’État
de Humboldt, était toujours là quand j’avais besoin de lui, et je serai
incapable de citer toutes les façons qu’il a eu de m’aider mais je suis sûr
que lui s’en souvient.
Enfin, du côté américain, je tiens à remercier un archiviste inconnu qui
s’est joint à moi et à George Chalou autour d’un café à la cantine du
Washington National Records Center lors des nombreuses occasions où
je déplorai le fait que George ne soit pas parvenu à trouver les archives
de la Joint Intelligence Objectives Agency (JIOA) malgré des appels

téléphoniques au Pentagone, et au quartier général, au Commandement
européen, à Heidelberg, et dans de nombreux autres services sur une
période de cinq ans. Heureusement, notre invité s’est souvenu qu’il avait
récemment traité une collection d’environ quarante-trois boîtes
d’archives qu’il pensait correspondre à ce que nous recherchions. Il s’est
avéré qu’il avait raison, et j’ai eu le plaisir de les utiliser un an plus tard,
après qu’ils aient été examinés en vertu de la Freedom of Information
Act. D’après ce que j’ai compris, le Bureau interarmées des chefs d’étatmajor
de la Recherche et du génie, l’organisme qui a succédé à la JIOA,
avait transféré les dossiers aux Archives nationales où ils ont été
enregistrés dans les instruments de recherche informatisés à titre de
documents de ce bureau, mais sans renvoi approprié à la JIOA. Peut-être
la même chose s’est-elle produite avec les documents créés par le
Bureau du directeur adjoint du renseignement en Europe à la fin des
années 1940. Quoi qu’il en soit et malgré nos efforts, nous ne les avons
jamais retrouvés.
En Allemagne, je remercie tout particulièrement la direction générale et
le personnel des institutions suivantes : les Archives fédérales de
Coblence (merci à Frau Singer, au Dr Werner, et surtout au Dr Lenz, qui
a déterré les dossiers de l’entrepôt et m’a laissé les utiliser avant qu’ils ne
soient traités et indexés) ; les Archives principales de Rhénanie-du-
Nord-Westphalie à Düsseldorf (merci en particulier au Dr Dieter
Scriverius, qui m’a permis d’utiliser son instrument de recherche détaillé
et extrêmement utile alors qu’il était encore manuscrit) ; les Archives
principales de Hesse à Wiesbaden (merci en particulier aux docteurs
Schuler et Helfer, qui m’ont facilité l’accès aux archives de l’organisation
des scientifiques et techniciens évacués de la zone soviétique en 1945,
ainsi qu’aux archives du Ministère de l’économie et des transports) ; les
Archives principales du Bade-Wurtemberg à Stuttgart (merci en
particulier à M. Thiel) ; les Archives d’État à Brême (merci en
particulier à M. Hofmeister) ; les Archives d’État à Hambourg (merci en
particulier à M. Gabrielson) ; et les archives de la ville de Heidenheim
(merci en particulier à M. Maucher). Mes remerciements vont
également à Degussa à Francfort qui m’a permis d’utiliser les précieux
documents des archives du groupe, et en particulier à Mme Mechthild
Wolf, l’archiviste qui m’a guidé et conseillé pendant mon long séjour, au
Handelskammer à Hambourg et à l’Industrie- und Handelskammer à
Francfort (notamment Mme Wörman), au Dr Med. Fritz Ebner, l’attaché
de presse d’E. Merck à Darmstadt, qui m’a donné quelques dossiers et

me fit part de nombreuses informations personnelles relatives à ses
propres expériences d’après-guerre ; à l’Ing. dipl. Klaus Luther, de la
Maschinenfabrik Augsburg-Nürnberg (M.A.N.) à Augsbourg, qui a
facilité mon travaille dans les archives historiques du groupe et a
organisé des entretiens avec d’anciens responsables de cette entreprise ;
à Horst-Dieter Wulf, qui m’a envoyé un paquet de documents provenant
des archives de Chemische Werke Hüls AG à Marl ; à Hans D. Sterba,
de Schloemann-Siemag AG à Düsseldorf, qui a organisé des entretiens
avec d’anciens responsables et employés de Schloemann ; à la Deutsche
Texaco AG de Hambourg pour avoir mis à ma disposition les archives
d’après-guerre de Chemische Werke Rheinpreussen, et au Dr Walter
Grimme de Munster pour une interview très instructive sur son
expérience d’après-guerre dans cette entreprise ; et à Erich Schott,
directeur du Glaswerk Schott et de Genossen à Mayence, qui m’a
accordé non seulement une longue interview, au cours de laquelle il m’a
parlé de l’évacuation de l’entreprise de Iéna en 1945, mais a également
étayé ses remarques avec des documents provenant de ses propres
dossiers et de ceux de son établissement. Enfin, mes remerciements vont
aux bibliothécaires agréables, amicaux et très serviables de la
Bundestagsbibliothek à Bonn, qui ont toujours semblé intéressés par ce
que je faisais et me l’ont montré.
Des dizaines d’autres personnes aux États-Unis et en Allemagne, y
compris des particuliers, des entreprises, des associations commerciales
et industrielles, des chambres de commerce, ainsi que des fonctionnaires
et des organismes gouvernementaux, ont pris le temps de répondre à
mes lettres, de discuter avec moi et de donner des détails ici et là quand
je les ai demandés. Par nécessité, mes remerciements doivent leur être
adressés collectivement, mais je le fais avec beaucoup de sincérité et de
gratitude, car sans eux, la dimension humaine que je me suis efforcée
d’inclure dans l’étude aurait été perdue.
Évidemment, la recherche pour cette étude a été à la fois longue et
coûteuse. Quant au temps, un congé sabbatique de l’Université d’État de
Humboldt m’a octroyé une année universitaire, et j’ai profité d’un
programme de retraite anticipée pour les professeurs du système de
l’Université d’État de Californie – avant même d’avoir prévu de prendre
ma retraite – et j’ai ainsi transformé mon horaire annuel normal de neuf
mois d’enseignement et trois mois de recherche en un programme où je
pouvais enseigner pendant trois mois et faire des recherches et écrire

durant le reste de l’année. En ce qui concerne l’aide financière, j’ai reçu
une bourse d’été du National Endowment for the Humanities en 1978,
plusieurs bourses de voyage et de recherche de la Humboldt State
University Foundation en 1977, 1979 et 1980, une chaire de recherche
de la Fulbright Commission pour un semestre chacun aux universités de
Hambourg et de Francfort en 1980-1981, et d’une subvention de
l’American Council of Learned Societies pour l’été 1982. Enfin, j’ai reçu
une bourse de recherche et de voyage très généreuse de la Volkswagen-
Stiftung en Allemagne pour les années 1984, 1985 et 1986, au cours
desquelles j’ai passé le printemps en Allemagne, l’été à Washington, DC
et le reste de l’année à Arcata, Californie. Le professeur Karl Hardach,
qui occupe la chaire d’histoire économique (Lehrstuhl für
Wirtschaftsgeschichte) à l’Université de Düsseldorf, m’a parrainé auprès
de la Fondation Volkswagen, a administré la bourse et m’a fourni de
nombreuses autres commodités, ce dont je suis très reconnaissant.
Nancy Atkinson était une rédactrice attentive et perspicace.
Comme pour chacun de mes projets de recherche et chacun de mes
précédents ouvrages, Gisela, mon épouse, a été ma partenaire dans tout
ce que je faisais. Elle a rédigé pratiquement toute ma correspondance en
allemand, ce qu’elle peut faire beaucoup mieux que moi. Elle m’a
accompagné pendant tous mes longs voyages de recherche et elle a
toujours été une critique perspicace et pointue en ce qui concerne mes
idées et mes conclusions, même si elle a été considérablement ralentie
par la douleur causée par les blessures graves qu’elle a subies quand une
grosse camionnette a embouti l’arrière de notre voiture sur les côtes de
l’Orégon pendant l’été 1985.
].G.

 

PARTIE I
Du renseignement militaire
en tant de guerre à l’exploitation commerciale
d’après-guerre

suite PDF

Adolf Hitler ou la vengeance de la planche à billets


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Auteur : Jovanovic Pierre
Ouvrage : Adolf Hitler ou la vengeance de la planche à billets
Année : 2017

Traduit de l’américain par Elizabeth Thomas

 

« L’impression de l’argent par la planche à
billets doit cesser. C’est le pire de tous les
crimes de ce gouvernement »
Adolf Hitler au capitaine Truman Smith, attaché militaire
Berlin, novembre 1922, en parlant du gouvernement du
chancelier Joseph Wirth

L’armistice de 1918 a  été signé le 11-11 avec
prise en compte des deux côtés à … 11 heures
Le dernier soldat a être tué par la planche à
billets fut un pauvre et brave berger de Lozè-
re, Augustin Trébuchon qui avait réussi à
survivre à tous les combats jusqu’à là : il reçu
une balle le 11-11 à 10h50 à c ôté du village de
Vrigne-Meuse dans les Ardennes. Il était en
estafette, comme Adolf Hitler, et portait un
message à son capitaine…

« Hitler prétend entendre des voix pendant ses
longues promenades en solitaire »
[ rapport OSS ]

« Comme beaucoup de chefs religieux, on dit qu’il
entend des voix et voit des esprits. Ici, nous
pourrions le comparer à Joseph Smith, le fondateur
du Mormonisme, la différence principale étant que
les voix de Smith lui ont donné la permission de libé-
rer l’instinct sexuel, tandis que les voix d’Hitler
encouragent la brutalité et la destruction, en quoi
Hitler ressemble aussi à Mary Baker Eddy …
[ rapport OSS ]

« Ici on pourrait peut- être le comparer à Jeanne
d’Arc »
[ rapport OSS ]

« Alors, brusquement, sa voix intérieure parle, mais

en règle générale, jamais avant que la situation ne
soit devenue menaçante »
[ rapport OSS ]

« Cet homme est intéressant en cela qu’il est une
force qui a davantage impacté de vies sur la planète
que tout autre homme dans l’Histoire, aidé par des
instruments de communication nouveaux et
miraculeux. Comment était-ce possible qu’un
homme à l’apparence et à la stature aussi
insignifiantes, dépourvu de force physique,
incapable de tout contrôle émotionnel, et sans
envergure intellectuelle aucune, réussisse là où les
Allemands les plus puissants avaient échoué dans le
passé ? »
[ rapport OSS ]

« On sait désormais que la syphilophobie s’enracine
souvent dans la découverte pendant l’enfance de la
nature du rapport sexuel entre les parents. Avec
un père illégitime, probablement d’origine juive, et
une forte fixation sur sa mère, une telle découverte
par l’enfant Adolf aurait bien pu jeter les bases
d’une syphilophobie qu’une aventure avec une
prostituée juive à Vienne aurait ravivée. Terrifié
le risque d’infection, toute la haine dans son  être fut
ainsi dirigée contre les juifs »
[ rapport OSS ]

« Cette combinaison est typique du gangster, mais
Hitler est différent du type ordinaire en ce qu’il
possède certains attributs de l’artiste romantique.
Il est un composé disons de Lord Byron et d’Al
Capone »
[ rapport OSS ]

« C’était comme si un masochiste, ne trouvant
personne qui accepterait de jouer un rôle
suffisamment sadique pour gratifier son érotisme,
dut décider d’assumer lui-même ce rôle »
[ rapport OSS ]

« Les Allemands croient en la pré destination (la
voie de l’avenir), et toute communication qui leur
sera adressée devra être rédigée en partant du
principe que la défaite du Faux Prophète était iné-
luctable »
[ rapport OSS ]

« La plupart des gens qui acclamèrent Hitler en
1930 au Sportpalast auraient probablement évité de
lui demander du feu dans la rue »
Sebastien Haffnerin Mémoires d’un Allemand, Actes-Sud

« Un banquier de New York au gouverneur de la
Reichsbank :
– Dr Schacht, vous devriez venir aux États-Unis, on
a beaucoup d’argent, et ça c’est du vrai métier de
banquier…
Réponse de Schacht :
– Vous devriez venir à Berlin, on n’a pas d’argent, et
ça c’est le vrai métier de banquier »
John Weitz,
in Hitler’s Banker Warner Books

 

~ 1 ~
Une Banque Centrale qui se
prend pour Dieu

Diplômé en médecine de l’ université
américaine de Columbia en 1919, Henry
Murray se tourna très rapidement vers la
psychanalyse, une discipline médicale à l’ é-
poque aussi neuve que révolutionnaire. De
par ses expériences empiriques, il en dé-
duisit au cours des années 1930 que
chaque personne réagit en fonction de ses
besoins, la plupart non exprimés car
contraires « à la morale » . Ses travaux
l’amenèrent à créer un test de personnalité
afin de déceler précisément ces besoins
cachés et d’obtenir ainsi des
renseignements précieux sur n’importe
quelle personne. Ses conclusions et son
test furent publiés de manière anecdotique
par la maison d’ édition de l’ université de
Harvard, et, contre toute attente, son livre
devint un best-seller aux États-Unis, en
particulier auprès des DRH et chefs
d’entreprise qui cherchaient un moyen
pour discriminer les candidatures avec des
outils « scientifiques » plutôt qu’au « pifom» .
Profondément inspiré par les travaux du
médecin suisse Jung ( élève et ami de
Sigmund Freud), Henry Murray se rendra

même à Genève spécialement pour le
rencontrer et approfondir ses recherches
sur les « mécanismes du désir » qui façonnent
si bien chaque individu et sa vie.
Mais le succès de son livre attira également
l’attention des militaires américains qui avaient,
eux aussi, besoin
d’analyser certains de leurs hommes, en
particulier ceux qui étaient appelés à exé-
cuter des missions opérationnelles à l’ étranger
en tant que « espions » . Recruté par
James Grier Miller, directeur des Effectifs
(ou DRH) et William Donavan, grand
patron de la toute jeune Office of Strategic
Services (qui va devenir CIA après la fin de
la guerre), le Dr Murray reçoit le grade de
Lieutenant-Colonel et obtient la mission
opérationnelle de passer au crible et de
choisir parmi les candidats « agents secrets» .
Impressionné par ses résultats, le futur
«légendaire » directeur général de l’OSS lui
confie alors un dossier unique, composé de
tout ce que le personnel de l’ambassade
des États-Unis à Berlin avait amassé comme
informations sur le chancelier Adolf Hitler
depuis les années 1920: les notes, les
coupures de presse, les livres, les analyses
et les télégrammes envoyé s par les attachés
militaires et espions sous les ordres des
divers ambassadeurs ou chargés d’affaires

qui se sont succédé à Berlin après la ré-
ouverture de leur poste diplomatique
(l’ambassade a été fermée après l’entrée en
guerre des Américains en 1917 contre les
Allemands). Ellis Loring Dresel était «Chargé d’Affaires »
à l’ambassade américaine de Berlin de décembre 1921
à avril 1922 et c’est lui qui prit en compte cet « olibrius »
du nom d’Hitler qui commençait à susciter de
plus en plus d’intérêt. Rappelons à nouveau
que: 1) en raison de la guerre de 14-18,
Washington ne disposait plus d’ambassade
et que 2) le premier discours public donné
en Allemagne par Hitler datait du 16
octobre 1919 à Münich, les diplomates
avaient donc beaucoup de retard à rattraper.
C’est en effet en octobre 1919 qu’Hitler a
rejoint le Parti des Travailleurs Allemands,
totalement galvanisé par un discours sur la
« criminalité de la dette » de l’économiste
Gottfried Feder, discours auquel il avait
assisté tout juste un mois avant (voir
encadré page suivante). Hitler expliquera
avoir lu le livre de Feder « Das Manifest zur
Brechung der Zinsknechtschaft » à plusieurs
reprises, livre qui fut littéralement son
« étincelle politique » .

Paru en 1919 « Manifeste pour briser les chaînes de l’usure »
Gottfried Feder jouera un rôle majeur dans les  événements
qui déclencheront la Seconde Guerre mondiale. En effet
c’est en assistant à une conférence de son auteur qu’Hitler
aura son moment « eureka » . Il construira ses premiers
discours sur les idées de Feder et d’Anton Drexler (ci-dessous)
fondateur du Parti des Travailleurs en y ajoutant sa
marque. L’ équipe de l’OSS d’écrit Hitler comme étant « possédé»
lorsqu’il s’exprime en public, comme si une autre entité parlait
à travers lui. C’est précisément ce qui plut à Dexler qui lui
donna immédiatement une carte de membre du parti. Le
Manifeste pour briser les chaînes de l’usure a été republié
2012 par les éditions Le Retour aux Sources . Photos DR.

https://spartacus-educational.com/00drexler1.jpg Résultat de recherche d'images pour "Gottfried Feder"

Hitler, devenu espion pour la Sécurité Militaire allemande, a
envoyé le 12 septembre 1919 faire un rapport sur un petit
groupe politique nommé Parti des Travailleurs Allemands qui
avait pour habitude de se réunir à une dizaine de personnes
l’arrière-salle d’un café .Habillé en civil et armé de son seul
carnet, il écoute un intervenant venu expliquer « Comment et
par quels moyens peut-on se débarrasser du capitalisme ? »
Hitler n’en avait jamais entendu parler, et pourtant Gottfried
Feder, auteur d’un livre financier sur la dette et l’usure
bancaire, va littéralement le captiver. À la fin de la réunion, un
homme (le Pr Baumann) parla de la séparation de la Bavière
pour constituer un nouvel État. Fou de rage en entendant cela,
Hitler prit la parole et parla comme la foudre, avec tant
d’ éloquence et de gestes pendant au moins 13 minutes qu’il sidé-
ra tout le groupe. Le caporal venait de crucifier le « savant »
sans même savoir de qui il s’agissait. Anton Drexler,
fondateur du parti, lui courut après dans la rue pour l’inviter à
revenir à leurs réunions lui expliquant que son organisation
avait besoin de membres comme lui, capables de s’exprimer
en public avec vigueur. À partir de ce jour, le « petit caporal »
allait disparaître pour se transformer progressivement en
dictateur. L’Histoire allait de nouveau être écrite avec des
lettres de sang. DR

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LA CHINE


classiques.uqac.ca

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Ouvrage: La Chine

Auteur: Karl Marx et Friedrich Engels

Traduction et Préface de Roger DANGEVILLE

 

 

PRÉFACE

I. LE CÉLESTE EMPIRE ET LES DÉMONS CAPITALISTES
ALLEMAGNE ET CHINE.

Marx et Engels ont souvent comparé l’Allemagne, divisée après l’échec des tentatives révolutionnaires de 1525 et de 1848-1849, à la Chine, dissoute et démembrée par les impérialismes. La situation intérieure y était semblable :

« Enfin, l’Allemagne, privée de ses territoires périphériques, ou dominée par eux, devint la proie des autres États européens (France, Suède, Russie, etc.), une sorte de concession européenne. Désormais la faiblesse économique se combina à la faiblesse politique : un avantage économique ne pouvait plus venir au secours de la débilité politique de l’Allemagne. Il n’y avait plus de guerre heureuse pour ce pays ni de conjoncture économique qui pût la remettre dans la bonne voie du développement 1»

Le salut devait venir de l’extérieur, d’où était venue la ruine : ce fut d’abord la révolu-tion française, puis la tentative [8] héroïque du prolétariat français de 1848, et enfin l’unité allemande après la guerre franco-prussienne en 1871.


1 Cf. Engels, Notes manuscrites sur l’histoire de l’Allemagne, in Ecrits militaires, p. 97. Dans leurs articles sur la Chine, Marx et Engels dénonceront avec force la conjonction de l’impérialisme capitaliste anglais et l’expansionnisme tsariste qu’ils ont bien connus en Allemagne même.


La révolution de la société chinoise devait, elle aussi, suivre en gros le cours de la révolution allemande. Et l’analogie est assez manifeste pour que l’on puisse l’étendre — dès lors que le centre du mouvement ouvrier, en Allemagne vers la fin du siècle, s’est déplacé en Asie après la révolution d’Octobre — jusqu’au prolétariat chinois lui-même qui, dès sa prime enfance, y annonçait — comme en Allemagne de 1844 — un développement gigantesque, tant du point de vue théorique que politique et organisationnel. Qui plus est, quoique faible-ment développé, puisque l’industrie était encore en germe et disséminée dans un espace immense, ce prolétariat devait être capable de produire un Marx-Engels, comme les conditions arriérées de Russie avaient produit un Lénine.
Tous ces pays « arriérés » ont ceci en commun que la conscience révolutionnaire du communisme — c’est-à-dire d’une solution radicale à la décomposition de la société existante — n’est pas venue au prolétariat dans le prolongement d’une révolution bourgeoise et au fur et à mesure du développement des conditions économiques et sociales du capitalisme, mais à la suite de révolutions anti-féodales manquées en raison de l’impuissance de la bourgeoisie locale et de la violence dissolvante et stérilisante de l’impérialisme étranger. Les conditions préalables de la société moderne y étaient donc déjà mûres, mais seule la violence contre-révolutionnaire en empêchait l’avènement. D’où l’importance du facteur [9] révolutionnaire dans ces pays où la violence explique le retard économique, et les nécessités économiques suggèrent l’emploi de la violence pour briser les ultimes entraves à l’essor social.
Du point de vue théorique, le prolétariat de ces pays — représenté sur la scène sociale par son parti — doit donc avoir conscience non seulement des tâches immédiates, c’est-à-dire du passage de la société précapitaliste au capitalisme, mais encore — en liaison avec le prolétariat international des pays développés — du passage ultérieur à la société socialiste. Bref, il lui faut une conscience universelle, ou inter-nationale, du processus révolutionnaire.
Or ce sont les conditions matérielles de la société qui fournissent, toujours, les éléments d’une prise de conscience marxiste radicale et militante. Ces sociétés en dissolution constituent un amas de toutes les formes de société et de production de l’histoire — du communisme primitif au capitalisme le plus concentré dans les quelques rares villes —, puisqu’ aucune révolution n’y a vraiment balayé de la scène sociale les vestiges des modes de production et d’échange du passé, toutes les couches et classes continuant d’y subsister et se superposant les unes aux autres pour exploiter et opprimer les masses laborieuses, notamment le prolétariat industriel et agricole. Ce dernier ne connaît donc pas seulement l’expérience du capitalisme et de l’impérialisme, mais encore celle des multiples autres formes historiques d’asservissement du travail, dont il peut juger dialectiquement les effets et rapports respectifs.
Ces pays sont aussi particulièrement bien [10] placés pour saisir que les classes trouvent leur prolongement dans les États organisés et que l’impérialisme international se greffe, dans les pays arriérés, sur l’exploitation de classe. Dans ces conditions, la vie de ces pays est particulièrement sensible aux fluctuations de la politique internationale et de l’économie des grandes puissances mondiales. Les pays « attardés » ne forment-ils pas le terrain de chasse et l’enjeu direct des guerres de rivalité impérialiste 2
Si, dans les pays de capitalisme développé, l’ordre social devient proprement insupportable au prolétariat, surtout au moment de la crise économique ou de la guerre qui en est le prolongement, il l’est en permanence dans les pays « attardés », où plus qu’ailleurs il est ressenti douloureusement, comme un état qui pousse constamment à la ré-volte. La violence révolutionnaire qui est le seul recours immédiat, ne peut cependant s’exercer à volonté, car elle dépend de conditions économiques, politiques et sociales de crise. D’où la nécessité d’une vision critique de ces conditions et d’une organisation rationnelle et systématique de la violence. .
Cette préface, assez longue, s’efforce d’établir quelle est la position du marxisme vis-à-vis des sociétés orientales en général, et de la Chine en particulier. On trouvera une analyse des structures productives asiatiques et leur place dans la série des modes de production de l’humanité dans un ouvrage collectif, intitulé la Succession des formes


2 Ce n’est pas par hasard si les Écrits militaires forment environ un quart de l’oeuvre énorme de Marx et d’Engels, et si ce dernier fut peut-être le plus grand esprit militaire de tous les temps : cf. le premier volume de Marx-Engels, Ecrits militaires, Paris, 1970, Ed. de l’ Herne, 361 p. Ce premier volume porte sur l’expérience historique du prolétariat dans la révolution anti-féodale de l’Europe du siècle dernier et traite en conséquence des problèmes de la violence qui se posent à tous les pays traversant la même phase historique, donc aussi à la Chine.


de la production sociale dans la théorie marxiste in Fil du Temps n° 9 (Impression-Gérance : Jacques Angot, B.P. 24, Paris 3 [11] .
Le but n’en est pas tant de définir la base sociale de la Chine de l’époque où Marx-Engels relatent les graves événements qui bouleversent cet immense pays, mais, à partir de critères marxistes, de ré-pondre aux questions soulevées par la révolution chinoise moderne, afin d’en déterminer — au travers de sa genèse et de sa nature — les effets sur les conditions économiques, politiques et sociales de la Chine, d’une part, et les réactions sur le monde extérieur, c’est-à-dire sur l’impérialisme, les pays « sous-développés » et le prolétariat en général. S’agissant en toute occurrence d’un ensemble de faits décisifs pour l’évolution de l’humanité, le marxisme ne peut pas ne pas nous fournir les moyens théoriques pour les saisir et les comprendre, sans qu’il faille — même à un siècle de distance — recourir à la méthode de l’extrapolation.

 

RACES ET MODES DE PRODUCTION.

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Humour Factuel !


insolentiae.com/

par Charles Sannat

Ce milliardaire chinois qui rachète Mercedes

!!! Das pas drôle du tout !!

Ce milliardaire chinois qui rachète Mercedes !!! Das pas drôle du tout !!

Bon, je ne boude pas mon plaisir.

Je vous annonce depuis quelques mois que la progression de la Chine a été la suivante.

C’est une montée en gamme.

Quand on monte en gamme, on part d’en bas. On commence par les faibles valeurs ajoutées.

On fait du textile et de la houille ! J’exagère à peine.

Puis nous avons en face une civilisation brillante, millénaire ! S’imaginer qu’ils n’allaient que coudre quelques tee-shirts et faire du tricot, c’était justement faire preuve d’arrogance néocoloniale.

Alors les Chinois ont commencé à concurrencer les pays moyens de gamme comme la France, l’Angleterre ou même les États-Unis.

Pendant ce temps, les Allemands (bénis soient-ils car l’Europe c’est la paix blablablabla) trouvaient la mondialisation véritablement exquise. Au fur et à mesure que nos industries mourraient, les leurs prenaient les parts de marchés supérieures, laissant la qualité inférieure à la compétitivité chinoise.

Arrogants, nos amis allemands nous faisaient la leçon.

L’Europe et l’euro c’est la paix et c’est irréversible on vous dit !

Et puis un jour, les Chinois, qui décidément étaient une civilisation brillante et millénaire, se sont mis à racheter Mercedes… Et là, nos amis germains trouvèrent la mondialisation nettement moins drôle.

Alors vous allez voir que petit à petit, les idées “trumpistes” que les bien-pensants vous vomissent vont trouver des partisans nettement plus nombreux… y compris chez Merkel !

C’est triste à dire, mais pour que la France s’en sorte, il n’y a que deux solutions : soit nous sortons de l’Europe et de l’euro, soit nous aidons les Chinois à laminer un peu plus vite les Allemands – avec un peu de chance, les ennemis de nos ennemis sont nos amis… ou quelque chose comme ça !

Charles SANNAT

“Li Shufu, ce milliardaire chinois qui, après avoir racheté Volvo, s’attaque à Mercedes

Le milliardaire chinois était déjà propriétaire du suédois Volvo. Il détient maintenant 10 % de Daimler (Mercedes). Une prise de participation à la hussarde qui jette le désarroi au sein du groupe allemand, déjà lié à l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors.

L’homme est secret. Le chinois Li Shufu veut se construire un empire automobile, avec une obstination qui égale sa discrétion. Ce milliardaire de 54 ans, fils de riziculteurs pauvres, a amassé des actions Daimler sans avertir personne. Et le voilà devenu vendredi, à la surprise générale, le premier actionnaire du groupe allemand, en montant à hauteur de 9,69 %. Moyennant 7,5 milliards d’euros. Le propriétaire à 100 % du constructeur suédois Volvo Cars (depuis 2010) veut ainsi compléter sa panoplie et accéder aux technologies du propriétaire des prestigieuses voitures Mercedes mais aussi des non moins célèbres camions de la firme à l’étoile. Daimler est le numéro un du haut de gamme auto et le premier fabricant mondial de poids lourds. Une belle prise.

Lire la suite sur le site de Challenges ici

Hitler n’est pas mort à Berlin


Source: histoireebook.com

  Robin De Ruiter
Auteur : De Ruiter Robin
Ouvrage : Hitler n’est pas mort à Berlin. Comment les services secrets britanniques l’ont aidé à quitter l’Allemagne
Année : 1989

 

 

Avertissement
Ce livre a été écrit dans un esprit d’impartialité et d’objectivité historique. Par conséquent, ni
l’auteur ni la maison d’édition ne sauraient être tenus responsables des interprétations
erronées du lecteur.

 

 

 

Remerciements
Le projet de ce livre n’aurait pu être mené à bien sans la contribution d’Eberhard Krehl et de
mon père Cebastiaan de Ruiter, qui m’ont procuré des informations essentielles concernant la
vie dans les camps de concentration pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Ils ont
tous deux survécu à ces modes de détention.

 

 

Introduction
Adolf Hitler est l’un des personnages historiques les plus médiatisés. Sa vie et ses prises de position politiques constituent une source intarissable pour de nombreuses oeuvres littéraires, historiographiques et cinématographiques. Néanmoins, ces documents reprennent trop souvent les mêmes supports : ils ne sont garants d’aucune nouveauté.
L’auteur de ce livre présente des faits et des rapports de guerre inédits. Ils proviennent entre autres des archives de l’Office of Strategic Services (OSS, Bureau américain des services stratégiques, remplacé plus tard par la CIA), mais aussi de la Stasi et du KGB.
Hitler ne s’est pas suicidé ! Le lecteur trouvera dans cette étude une restitution aussi détaillée et fidèle que possible sur la façon dont Hitler réussit à quitter son bunker et à fuir Berlin, le 30 avril 1945.
Des documents issus des différents services secrets, des rapports de guerre confidentiels et des témoignages recueillis par l’auteur en Allemagne et en Espagne, notamment auprès de deux collaborateurs très proches de Hitler, qui vécurent les derniers jours du IIIe Reich aux côtés du Führer, dans son bunker, montrent clairement comment Hitler a pu s’enfuir, grâce à l’aide des services secrets britanniques.
Outre la reconstitution des événements autour de la mort de Hitler, l’auteur livre des preuves de sa véritable origine. Il présente aussi les résultats d’une recherche minutieuse sur ses bailleurs de fonds étrangers. Les familles Rothschild, Warburg, Rockefeller et Bush firent preuve, à cet égard, d’une grande générosité.
Pour la première fois, à partir de sources d’information inédites, il est révélé comment Hitler se prépara à son rôle de futur dictateur. De février à novembre 1912, ce dernier suivit une formation à l’École militaire britannique d’opérations psychologiques de guerre, contrôlée par les Rothschild, dans le comté anglais du Devon et en Irlande.
Plusieurs scientifiques et historiens ont travaillé durant des années avec l’auteur, explorant des milliers de documents pour trouver des indices et établir des liens. Par leurs conseils, ils ont grandement contribué à l’écriture de ce livre.
Certains fragments en sont déjà parus dans Les 13 lignées sataniques – La cause de la misère et du mal sur la Terre. La version originale de ce livre fut publiée pour la première fois à Chihuahua (Mexique), en 1989.

 

En mémoire de mon ami décédé,
Francisco Suéscum Ôtait,
ambassadeur de l’Équateur.

 

 

Chapitre 1
Une histoire de famille secrète

« Mes adversaires politiques ne doivent rien savoir de mes origines ni de l’histoire de ma famille. » Adolf Hitler1
La possible ascendance juive d’Adolf Hitler fait depuis plusieurs années l’objet de maintes
spéculations. Pouvait-il avoir des liens de parenté avec des personnes qu’il détestait ?
En 1945, dans un interrogatoire réalisé par la 101e Airborne Division, sa soeur Paula Hitler révélait :
« Les Schmid et les Oppenstein sont des membres très appréciés de notre famille, en
particulier une nièce de la famille Schmid, qui a épousé un Oppenstein. Je ne connais personne de la famille de mon père. Ma soeur Angela et moi, nous disions souvent que notre père devait pourtant avoir une famille, mais nous ne la connaissions pas. »
Il est prouvé que la grand-mère de Hitler, Maria Anna Schicklgruber, avait travaillé pour une très riche famille juive. En 1934, le chancelier autrichien Dolfuss chargea la police de procéder à des recherches sur les origines de Hitler : sa grand-mère avait été employée comme domestique chez les Rothschild.
En 1837, Maria Anna Schicklgruber tomba enceinte du fils du banquier, âgé de dix-neuf ans.
Quand la famille Rothschild l’apprit, elle fut renvoyée à Strones, son village natal. Maria Anna Schicklgruber, qui accoucha d’un enfant ayant pour prénom Alois, refusa qu’il porte le patronyme de son père.
Entre 1837 et 1851, sous une fausse identité, les Rothschild versèrent une pension alimentaire au père de Hitler2.
Maria Anna Schicklgruber et les Rothschild demeurèrent en contact pendant plusieurs
années.
Le célèbre écrivain et psychanalyste Walter Lange mentionne aussi le nom du baron de
Rothschild de Vienne. Dans son livre The Secret Wartime Report – The Mind of Adolf Hitler
(Le rapport secret de la guerre : l’esprit d’A. Hitler), il fait plusieurs révélations attestant que le père d’Adolf Hitler était le fils du baron de Rothschild.
Le livre de Lange est fondé sur un rapport secret de l’Office of Strategic Services (OSS), le
Bureau des services stratégiques américain, c’est-à-dire l’ancienne CIA.
Maria Anna Schicklgruber épousa un meunier, Johann Georg Hiedler. Quelques années
après, sa mère et son beau-père décidèrent de remplacer leur nom de famille par Hiedler.
Puis, par l’erreur d’un prêtre, leur enfant naquit le 6 juin 1876 sous le nom de Hitler.
Le père d’Adolf Hitler se maria trois fois. Sa troisième femme, Klara Pölzl, âgée de vingt-cinq ans, la mère d’Adolf Hitler, était de vingt-trois ans plus jeune qu’Alois Hitler. Son frère cadet, Edmund, vraisemblablement nommé ainsi en hommage au baron Edmond James de Rothschild, décéda de la rougeole quand Adolf Hitler avait onze ans.
Plusieurs auteurs affirment que Hitler était né d’un rapport incestueux : les grands-parents de son père et les arrière-grands-parents de sa mère étaient les mêmes personnes, ce qui constituerait un mariage incestueux du premier et du second degré. Klara, la mère de Hitler, devait être la nièce du père d’Adolf Hitler, Alois. La simple observation de l’arbre généalogique de Hitler révèle que cette allégation est fausse.
Le seul rapport de parenté entre les deux familles apparaît en 1842, quand Georg Hiedler, frère de l’arrière-grand-père de Klara, épousa la grand-mère de Hitler, Maria Anna Schicklgruber. Il était par conséquent le beau-père d’Alois Hitler. Il ne s’agit pas du tout d’un cas d’inceste.
En 1906, le jeune Hitler séjourna deux semaines à Vienne, probablement sur l’invitation des Rothschild. Il expliqua à ses amis qu’il avait suscité l’admiration de cette famille de banquiers.
Pendant son congé, Hitler se passionna déjà pour la musique, l’opéra, l’art et l’architecture. Après son passage à Vienne, sa mère lui acheta un piano, mais il ne prit que quatre mois de cours avant d’abandonner cette activité.
D’après certains auteurs, à l’été 1907, la tante Johanna Pölzl lui donna mille couronnes, afin qu’il puisse entreprendre des études. Hitler s’inscrivit à l’académie viennoise des Beaux-arts.
La somme qu’il avait reçue de sa tante équivalait au salaire annuel d’un avocat ou d’un
enseignant. Cet argent, qui ne provenait pas de sa tante mais d’un autre bienfaiteur, certainement son grand-père, lui permettait de louer une chambre à Vienne. Cependant, Hitler fut refusé à l’académie des Beaux-arts. Sa formation ne suffisait pas. Il tint cet échec secret.
En octobre 1907, sa mère fut atteinte d’un cancer. Adolf Hitler retourna dans les plus brefs délais à son chevet. Il resta à ses côtés jusqu’à sa mort, ne s’accordant aucun répit. Il s’occupa du ménage, la changea et lui prépara les repas. Klara décéda le 21 décembre 1907, dans les bras de son fils.

Le Dr Eduard Bloch, le médecin juif de la famille, fut vraiment surpris, et confia :

« Tout le long de ma carrière je n’ai jamais vu quelqu’un avoir une aussi grande peine qu’Adolf Hitler. »3
Sa mère fut inhumée le soir de Noël. Hitler était accablé de chagrin. Il resta devant sa tombe
longtemps après le départ du cimetière des membres de la famille. C’était comme si le monde s’était soudainement dérobé sous ses pieds.
À partir de ce jour, il porta toujours sur lui une photographie de sa mère. À la maison, à son travail et même au bunker de Berlin, un portrait de sa mère ne le quittait plus.
Début 1908, Hitler se rendit pour la troisième fois à Vienne. Il disparut pendant six mois. En octobre 1908, il réapparut quand il tenta de s’inscrire, une seconde fois, aux Beaux-arts et, plus tard, à l’académie d’architecture. Son inscription ne fut pas retenue. Il s’effaça, encore, pendant trois ans.
Dans Mein Kampf, Hitler écrivit qu’à compter de septembre 1908, il trouva à se loger dans quelques foyers accueillant des clochards et des vagabonds. Il décrivit cette époque comme le « moment le plus sombre de [sa] vie ».
Pourquoi Hitler habitait-il depuis septembre 1908 dans un refuge de sans-abris ?
Hitler tentait en fait d’échapper au service national autrichien. Il avait alors vingt ans. Il
s’enregistra sous l’identité de son frère défunt, Edmund, dans un refuge de sans-abris juifs.
Grâce à l’acte de naissance de son frère, Adolf Hitler réussit à se faire passer pour Edmund.
Étant donné que la police recherchait Adolf Hitler, cette ruse lui permit d’échapper à ses
obligations militaires.
La plupart des amis de Hitler étaient juifs ; son ami Reinhold Hanisch l’aida dans la vente de
ses peintures. Et, ses clients étaient principalement des hommes d’affaires juifs. Hanisch
écrivit dans son livre I was Hitler’s Buddy (J’étais l’ami de Hitler) que Hitler ne nourrissait aucun sentiment antisémite4.
En outre, Hanisch se moquait de Hitler en raison de ses grands pieds et de sa barbe.
« Je me moquais souvent de Hitler en lui disant qu’il devait avoir du sang juif. Une telle grosse barbe ne peut pousser sur un menton de chrétien. Il avait aussi d’énormes pieds, pratiquement comme les nomades du désert. »
Comme indiqué précédemment, Hitler, après sa troisième visite à Vienne, disparut pour une
longue période. Ce qui se passa pendant les dix premiers mois demeure une énigme.
Les livres d’Histoire modifient volontairement ces informations, pour occulter les points
d’ombre de la vie de Hitler. Les dix premiers mois que Hitler passa à Vienne, lors de son
troisième séjour, ne sont quasiment jamais évoqués. Dans ces mêmes livres d’Histoire, il est
affirmé que sa mère décéda en décembre 1908 au lieu de décembre 1907, et que Hitler,
jusqu’à ce moment tragique, habita chez lui.
Pourquoi ces dix mois de la vie de Hitler sont-ils occultés ? Pourquoi la date de la mort de sa mère est-elle sciemment modifiée ?

Certificat de décès de la mère de Hitler (21 décembre 1907)

Il serait pertinent de savoir où et avec qui Hitler a passé ces dix mois à Vienne. Rien ne prouve qu’il ait travaillé pendant cette période.
Néanmoins, il semble qu’il était en lien avec son grand-père. Son ami Hanisch donne, dans
son livre, les preuves de cette hypothèse. Il explique que Hitler connaissait un juif fortuné qu’il
appelait « papa ». Ce détail indique qu’il était très vraisemblablement en relation avec ses grands-parents, à Vienne.
Les grands-parents de Hitler étaient-ils des Rothschild ?
Les Rothschild financèrent le long séjour de Hitler dans la maison d’accueil pour hommes de
la Meldemannstrasse. Parmi les résidents se trouvaient des artistes, des universitaires, des écrivains et des militaires retraités.
Après son accession au pouvoir, toutes les indications d’un lien de parenté avec les Rothschild
sont effacées. Le 2 décembre 1936, Hitler ordonna l’arrestation de son ami juif Reinhold
Hanisch. Officiellement, Hanisch décéda d’un arrêt cardiaque le 4 février 1937 dans une
prison de Vienne. De plus, en 1938, Hitler fit raser le village natal de son père. Là aussi, toutes les traces furent effacées. D’après les explications de Hitler, il s’agissait de faire de la place pour un camp d’entraînement militaire (Allensteig).
À la fin de la guerre, un de ses premiers biographes, du nom de Müller, publia des
informations intéressantes sur l’histoire familiale de Hitler dans le journal Neues Deutschland, sous tutelle américaine. Hitler avait chargé Müller de composer sa biographie. Selon ses recherches, le biographe avait aussi découvert que Hitler descendait des Rothschild. Il lui avait interdit de relater son histoire familiale5.
Hitler affirma à son avocat, Hans Frank, que sa grand-mère avait eu une relation sexuelle avec son patron juif.
« Mon grand-père n’était pas juif. Ma grand-mère était très pauvre et a quitté le juif pour lequel elle travaillait. Elle lui a dit qu’il était le père de mon père. Le juif avait suffisamment d’argent, c’est pourquoi elle l’a fait payer pour mon père6. » L’employeur de sa grand-mère savait qu’il était le père !
D’ailleurs, pour empêcher que les Allemandes employées par des familles juives ne tombent enceinte, Hitler fit publier le texte ci-dessous des lois raciales de Nuremberg :
« Dès maintenant, il est interdit aux femmes aryennes de moins de quarante-cinq ans de
travailler comme servantes dans des familles juives. »

Les origines juives de Hitler
Le 16 juin 1932, Neue Züricher Zeitung écrivit que Hitler avait des ascendances juives. D’après le quotidien helvète, le prénom de Salomon est même inscrit dans l’arbre généalogique de Hitler.

Les Rothschild appartiennent à la branche des juifs ashkénazes. Si Hitler est vraiment parent avec les Rothschild, il est juif ashkénaze.
Le journaliste belge Jean-Paul Mulders a utilisé l’ADN pour retrouver des parents de Hitler en Autriche et aux États-Unis. Il découvrit ainsi le chromosome Y de Hitler, celui qui est transmis par le père à son fils7. Il ressort de cette analyse ADN qu’Alois et Adolf Hitler appartiennent à l’Haplogroupe E1b1b. Ce groupe, très rare en Europe de l’Ouest, est fréquent chez les juifs ashkénazes.

Les juifs ashkénazes ne proviennent pas de la race juive originelle.
Il est important d’indiquer que la « race juive » (qui descend de la tribu de Juda, et aussi, en de
rares cas, des Lévites) s’éteignit il y a plus de deux mille ans. Le peuple juif ou la race juive n’existe plus8.
L’ensemble des juifs célèbres et des écrivains israélites, ainsi que les historiens qui travaillent
sur le judaïsme, sont d’accord sur le fait que les juifs actuels ne forment aucune race
particulière. Ni biologique, ni génétique, ni ethnologique, ni anthropologique, ils ne forment aucune unité.
Il n’y a aucune indication permettant d’affirmer qu’ils descendraient de la tribu de Juda.
L’anthropologue et historien Raphael Patai écrit dans l’Encyclopædia Britannica de 1973 :
« Les résultats de l’anthropologie montrent que, contrairement à l’opinion
communément admise, la race juive n’existe pas. Les mesures anthropométriques de groupes juifs en beaucoup d’endroits du monde renseignent qu’à l’égard de toutes les caractéristiques physiques importantes, ils sont très éloignés l’un de l’autre. »
Lors d’une conférence tenue à Tripoli, le rabbin Neuberger lança la question suivante à
propos de la race juive :
« Qui est juif ? »
Neuberger répondit :
« Tous ceux qui sont en accord avec la loi juive, la Halacha, et sont convertis au
judaïsme. »
Le titulaire du prix de la Paix des Libraires allemands (2007) et historien spécialiste de la
Shoah, Saul Friedländer, attestait :
« Peut-on devenir juif par la conversion ? C’est une décision personnelle9. »
Un juif est un adepte de la foi juive, du judaïsme (pharisianisme). L’actuelle religion juive peut être retracée depuis son origine, sans interruption à travers tous les siècles, jusqu’aux Pharisiens10.
Le judaïsme actuel se différencie fortement de la religion (hébraïsme) des anciens Israélites.
Entre 598 et 586 av. J.-C., Nabuchodonosor déplaça une grande partie des habitants de Judée pour les mettre à Babylone. En 539 av. J.-C., Cyrus le Perse autorisa les habitants de Judée à réoccuper leur pays. Le départ de Babylone et l’acceptation du Talmud de Babylone marquèrent la fin de l’hébraïsme et le commencement du judaïsme (pharisianisme).

De plus, les juifs ashkénazes ne descendent pas de la race originelle juive, de la tribu de Juda.
Ils sont parents des peuples païens qui ont adopté ultérieurement la foi juive. Ils proviennent des Khazars, qui ont des liens de parentés avec les Tartares et les Mongols.
Par conséquent, l’affirmation « Hitler est un juif » doit être réexaminée : les Rothschild sont des juifs ashkénazes. Et, seulement Hitler et les sionistes ont toujours défini les juifs comme une race.
Cet aspect sera traité de manière approfondie.

 

Chapitre 2
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suite iCi

Zone euro : qui doit réformer d’abord, la France ou l’Allemagne ?


les-crises.fr

Par Romaric Godin

Emmanuel Macron propose de réformer d’abord la France pour pouvoir obtenir de l’Allemagne un cadre plus coopératif en zone euro. Mais l’urgence ne serait-elle pas plutôt de réformer l’Allemagne ?

Dans cette « super année électorale », deux chemins se dressent devant la zone euro : la poursuite de la situation actuelle fondée sur des ajustements unilatéraux et la compétition de tous contre tous au sein de l’union monétaire ou la réforme de son fonctionnement dans un cadre plus coopératif. L’issue de l’élection présidentielle française sera une étape déterminante pour l’issue de ce choix qui, par ailleurs, peut se résumer simplement ainsi : qui doit « réformer » en premier, la France ou l’Allemagne ?

La France devrait réformer d’abord

La plupart des observateurs français et la quasi-totalité des observateurs allemands estiment que c’est à la France de réformer d’abord. C’est, d’ailleurs, le choix qui est fait par Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! Dans un entretien à Ouest-France paru le 12 avril, ce dernier place la priorité dans les « réformes » françaises. Selon lui, tant que la France ne sera pas réformée, « on ne pourra pas retrouver la confiance des Allemands ». Et tant qu’on n’aura pas retrouvé cette confiance, pas question d’aller plus loin dans l’intégration. Grâce à la magie des réformes françaises, Emmanuel Macron espère ensuite arracher à Berlin un « budget de la zone euro contrôlé par un parlement de la zone euro » et lançant des investissements communs. Bref, le programme de Benoît Hamon, mais seulement après les réformes françaises.

Les mots utilisés par Emmanuel Macron dans son interview sont sans équivoque. C’est seulement une fois la « confiance » en la France revenue que l’Allemagne devra se réformer : « ensuite, il faut que l’Allemagne considère que sa situation elle-même n’est pas durablement tenable », explique l’ancien secrétaire générale de l’Elysée (je souligne). Bref, la clé réside donc dans la réforme française.

Les réformes françaises, prélude à une Europe plus coopérative ?

Cette priorité n’est pas anodine. Emmanuel Macron adhère ainsi à l’idée que l’essentiel des difficultés de la France vient de son manque de compétitivité, et que ce manque de compétitivité s’explique principalement par des effets « structurels » qui, pour être simple, se résument à une question de coût du travail. Ce qu’on appelle souvent « flexibilité » n’est qu’une façon d’évoquer le coût des licenciements, car il est en réalité, assez aisé à un employeur de licencier en France pour peu qu’il accepte d’en payer le prix. C’est donc un élément de coût du travail. De même, la consolidation budgétaire n’a d’autre fonction que de permettre des baisses d’impôts et de cotisations. Les « réformes » ne visent donc qu’à réduire ce coût du travail, perçu comme l’alpha et l’omega de la politique économique.

Une fois redevenue compétitive, la France ne présentera plus de « risque » pour le contribuable allemand qui, dès lors, pourra accepter de mettre en commun une partie de ses recettes fiscales. C’est ce qu’Emmanuel Macron et son soutien allemand, le ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble, appellent la « confiance ». Faire en sorte que le besoin de solidarité disparaisse pour mettre en place la solidarité. C’est l’Europe au moindre coût pour les Allemands.

Double langage et leurre

Cette stratégie pose plusieurs problèmes. Le premier, et non des moindres, c’est qu’il est étrange de reconnaître que la position de l’Allemagne n’est pas tenable dès à présent, et ne rien proposer pour changer la donne immédiatement. Il n’est pas moins étonnant d’entendre Jean Pisani-Ferry, le principal conseiller économique du candidat, reconnaître que la politique européenne de 2010 à 2014 a été une « erreur » qui a conduit à une seconde récession parfaitement évitable, et proposer en même temps de se conformer à une architecture institutionnelle de la zone euro qui est le fruit de ces erreurs et qui les a même inscrites dans le marbre des traités : surveillance budgétaire renforcée, sanctions facilitées, pacte budgétaire et solidarité sous conditions d’austérité dans le traité du Mécanisme européen de Stabilité.

Ce double langage laisse inévitablement penser que la stratégie de réformes de la zone euro relève davantage du leurre que de la vraie volonté. En s’engageant d’abord dans les réformes françaises, sans exiger de réformes allemandes, le candidat d’En Marche ! accepte l’ordre établi de l’union monétaire. Il accepte sa logique d’ajustement unilatéral. Or c’est cette logique qui a échoué à partir de 2010 et qui a donné à beaucoup – non sans raison – le sentiment que l’euro n’était plus une monnaie protectrice.

Rétablir la confiance ? Mission impossible !

Car l’Allemagne sait parfaitement jouer sur le registre de la confiance que l’on perd aisément, mais que l’on retrouve difficilement. Il faudra faire preuve non seulement de volonté, mais aussi prouver des résultats. Et quand bien même ces résultats seront obtenus, alors il faudra encore sans doute en faire davantage. Si l’on observe les attitudes face à l’Espagne, au Portugal ou à la Grèce, on remarque que ces pays ne vont jamais assez loin dans les réformes. La Grèce en est l’exemple caricatural puisqu’on en est encore à réclamer des gages de confiance sous la forme de nouveaux plans d’austérité après sept ans d’ajustements. Mais l’Espagne, dont on loue tant les « réformes », qu’a-t-elle obtenu ? Deux ans pour réduire son déficit public au lieu d’une sanction immédiate. Et pas même la présidence de l’Eurogroupe qui semble devoir encore échapper à son ministre des Finances Luis de Guindos, alors que le pays n’a plus de représentants au directoire de la BCE et n’obtient aucun poste à responsabilité en Europe… L’Italie de Matteo Renzi a tenté d’obtenir des concessions en retour de ses « réformes » : elles lui ont été refusées. Pourquoi diable la France d’Emmanuel Macron obtiendrait davantage ?

Déni allemand

La réalité est plus cruelle : l’Allemagne n’accepte pas de se remettre en cause. Elle voit dans son succès économique le fruit de sa « vertu » et cette vision morale ne peut donc déboucher que sur l’exigence de se dresser en modèle. Il n’est qu’à voir les articles indignés de la presse conservatrice allemande sur les critiques d’Emmanuel Macron, pourtant modérées. Le directeur adjoint de la rédaction du Handelsblatt, le quotidien officiel du monde des affaires outre-Rhin, Hans-Jürgen Jakob, parle de « communication patriotique » du candidat pour contrer le FN « sous la forme d’un bashing de Teutons ». On peut voir ici un vrai refus de toute remise en cause de l’excédent courant allemand, qui s’élève à 8,6 % du PIB, soit 270 milliards d’euros, un record. Ce refus est également illustré par le dernier rapport du conseil des experts économiques allemands qui s’échine à prouver le caractère bénin de cet excédent.

Un poids pour la demande

Pourtant, cet excédent pose clairement plusieurs problèmes majeurs. D’abord, il est le symptôme d’une économie allemande qui vit en dessous de ses moyens. Le sous-investissement a été estimé par Marcel Fratzscher, le président de l’institut DIW de Berlin, à 100 milliards d’euros annuels. Cet investissement trop faible touche autant le secteur privé que le secteur public. En donnant la priorité à son désendettement, le gouvernement fédéral est allé très loin, refusant même d’utiliser la très faible marge de manœuvre que lui offre le « frein à l’endettement » inscrit en 2009 dans la Constitution. L’investissement public en a pâtit.

Dans le secteur privé, les entreprises allemandes investissent également trop peu. L’investissement productif a été ralenti par la position de quasi-monopole obtenue sur certains secteurs comme les biens d’équipements ou sur certains niveaux de gamme dans les biens de consommation. Dans ces secteurs, l’investissement nécessaire est minimal. Ailleurs, la modération salariale et les effets des « réformes » du marché du travail ont réduit l’incitation à augmenter la productivité et à investir. Car les salaires sont clairement encore sous-évalués outre-Rhin, et c’est aussi ce que dit l’excédent allemand. Certes, les rémunérations réelles se sont accélérées depuis 2014, avec trois ans de hausse à 1,9 %, 2,4 % et 1,8 %. Mais ces hausses sont encore trop faibles au regard de la quasi stabilité des salaires pendant la décennie précédente. Surtout que, en 2016, le rattrapage s’est singulièrement ralenti.

Un ajustement unilatéral plus difficile

Pas assez d’investissements, pas assez de salaires, c’est autant de moins pour la demande mondiale et celle de la zone euro. Globalement, cet excédent allemand est donc un frein à la croissance des partenaires commerciaux de l’Allemagne. Mais il y a pire : cet excédent rend quasiment impossible l’ajustement unilatéral au sein de la zone euro. Si l’Allemagne disposait encore de sa propre monnaie, son excédent conduirait à une forte appréciation de sa monnaie. Parallèlement, ce phénomène contribuerait à faciliter l’ajustement des pays en déficit. Dans une union monétaire, ce phénomène n’existe pas et seuls les pays en déficit doivent s’ajuster. Mais si l’excédent allemand continue de progresser, l’ajustement devient de plus en plus difficile, voire quasiment impossible. Rééquilibrer cette balance à coup de « réformes » est un leurre. Et lorsque que l’on observe l’évolution des soldes allemands avec les pays de la zone euro qui ont mené des politiques de « réformes », on constate que l’excédent allemand ne se réduit guère suite à ces politiques. C’est pour cette raison que réformer la France seule est une gageure.

Le refus de Bruxelles de sanctionner Berlin

Il conviendrait donc de mettre en place un système permettant de réduire les excédents excessifs en zone euro. En théorie, ce système existe puisque la Commission européenne peut demander des politiques correctrices depuis 2013 lorsque l’excédent courant dépasse 6 % du PIB. Mais si Bruxelles blâme régulièrement Berlin, elle n’engage pas une politique du même ordre dans ce domaine que dans celui des déficits. Rien n’oblige donc Berlin à investir et à dépenser plus, pas davantage qu’à favoriser un meilleur ajustement des salaires. La politique européenne est donc clairement déséquilibrée : elle instaure des plans de consolidation des déficits, sans en faire autant pour les excédents. Elle renonce à « réformer » ceux qu’elle juge « bons élèves », faisant porter le fardeau aux seuls « mauvais élèves ». La morale reste la règle.

Les maux de la France se règleront-elles par des « réformes » ?

Globalement, l’excédent allemand est bel et bien un problème plus urgent que les « réformes » françaises. En octobre dernier, une enquête réalisée auprès de 67 économistes européen par l’institut étasunien Center for Economic and Policy Research (CEPR) montrait que près des deux tiers d’entre eux jugeait inquiétant cet excédent. A l’inverse, les maux de la France pourraient ne pas être où on le croit. Le CEPR publie ce mardi 18 avril une note de recherche qui conclut qu’il existe « de nombreuses preuves qui soutiennent l’idée que le chômage de masse et la stagnation en France sont le résultat d’une demande inadéquate plutôt que de problèmes structurels sur le marché du travail ou d’une dette publique trop élevée. » La question de la « demande inadéquate » souligne à la fois la difficulté de la France à trouver un bon niveau de gamme et la faiblesse structurelle de la demande où l’Allemagne a sa part, comme on l’a vu. On voit mal alors comment une politique de baisse des dépenses publiques pourrait relancer cette demande, quand bien même seraient-elles compensées par des baisses d’impôts qui, souvent, viennent alimenter l’épargne.

La question du niveau de gamme de l’industrie est centrale. Monter en gamme suppose des investissements, notamment dans la recherche. La France dispose d’un outil assez performant dans ce domaine, le Crédit Impôt Recherche qui, cependant, ne se traduit pas par une montée de gamme de l’industrie. Il est vrai que l’Allemagne occupe une place prépondérante sur les marchés de cette gamme. Baisser le coût du travail serait-il alors la solution ? On ne saurait réussir une montée de gamme par ce biais qui, au contraire, à tendance à maintenir la France dans son point faible : un niveau de gamme moyen qui subit la concurrence directe des pays à bas coût. La solution réside sans doute plutôt dans le soutien public à des industries nouvelles et innovantes. C’est, en tout cas, dans cette voie que le Royaume-Uni, après le Brexit vient de se lancer avec un ambitieux plan industriel centré sur les industries nouvelles. Mais ceci, comme la relance de la demande, exige d’oublier la priorité donnée au désendettement par l’architecture de la zone euro mise en place après 2011. On pourrait aussi envisager un vaste plan au niveau européen, porté par la Banque européenne d’Investissement (BEI) pur porter ce type d’évolution dans l’ensemble de la zone euro.

Un choix erroné

Le choix de réformer la France sans réformer l’Allemagne ressemble donc à une erreur comme celle qui a été commise après 2010. C’est le signe, en réalité, de l’acceptation du statu quo actuel. Derrière les dénonciations de l’excédent allemand, rien de concret n’est engagé pour mettre en place une politique plus coopérative. Se contenter d’un « plus tard » ou d’une volonté de « rétablir la confiance » revient à donner à Berlin le pouvoir de décider à quel moment son excédent est trop élevé et à quel moment la France aura bien fait ses « devoirs ». Or, l’expérience prouve que l’Allemagne n’est pas décidée à changer de logique. La politique de réformes promise risque donc d’affaiblir la France sans permettre de renforcer la zone euro. C’est un scénario bien inquiétant.

Romaric Godin

Source : Le Mouvement Réel, Romaric Godin, 19-04-2017

Trump et son équipe de francs-maçons


(À gauche, les commandants communistes juifs en URSS, à droite, les pionniers juifs sionistes au kibboutz Gan Shmuel en 1921. Les deux groupes arborent le signe maçonnique classique). Une atmosphère rappelant l’Allemagne d’avant-guerre est en train d’émerger aux États-Unis et en Europe. Une intensification du conflit entre la « Gauche » (mondialiste) et la « Droite », (nationaliste) ; […]

via Trump et son équipe de francs-maçons — Henry Makow

L’AURORE NAISSANTE


Image de couverture  Afficher l'image d'origine

Ouvrage: L’aurore naissante (Aurora consurgens)

Auteur: Jacob Boehme 

Année: 1612

Traduit par Louis Claude de Saint-Martin

Avertissement du traducteur
Jacob Bêhme, connu en Allemagne, sous le nom du philosophe Teutonique, et auteur de l’Aurore Naissante, ainsi que de plusieurs autres ouvrages théosophiques, est né en 1575, dans une petite ville de la Haute Luzace, nommée l’ancien Seidenburg, à un demi-mille environ de Gorlitz. Ses parents étaient de la dernière classe du peuple, pauvres, mais honnêtes. Ils l’occupèrent pendant ses premières années à garder les bestiaux.
Quand il fut un peu plus avancé en âge, ils l’envoyèrent à l’école, où il apprit à lire et à écrire ; et de là ils le mirent en apprentissage chez un maître cordonnier à Gorlitz. Il se maria à 19 ans, et eût quatre garçons, à l’un desquels il enseigna son métier de cordonnier. Il est mort à Gorlitz en 1624, d’une maladie aiguë.
Pendant qu’il étoit1 en apprentissage, son maître et sa maîtresse étant absens pour le moment, un étranger vêtu très simplement, mais ayant une belle figure et un aspect vénérable, entra dans la boutique, et


1 Orthographe originale respectée tout au long de cet ouvrage. (Note de l’éditeur Arbre d’Or).


prenant une paire de souliers, demanda à l’acheter.
Le jeune homme ne se croyant pas en état de taxer
ces souliers, refusa de les vendre ; mais l’étranger
insistant, il les lui fit un prix excessif, espérant par
là se mettre à l’abri de tout reproche de la part de
son maître, ou dégoûter l’acheteur. Celui-ci donna le
prix demandé, prit les souliers, et sortit. Il s’arrêta à
quelques pas de la maison, et là d’une voix haute et
ferme, il dit : Jacob, Jacob, viens ici. Le jeune homme
fut d’abord surpris et effrayé d’entendre cet étranger
qui lui était tout à fait inconnu, l’appeler ainsi par
son nom de baptême ; mais s’étant remis, il alla à lui.
L’étranger d’un air sérieux, mais amical, porta les
yeux sur les siens, les fixa avec un regard étincelant
de feu, le prit par la main droite, et lui dit : Jacob, tu
es peu de chose ; mais tu seras grand, et tu deviendras
un autre homme, tellement que tu seras pour le
monde un objet d’étonnement. C’est pourquoi sois
pieux, crains Dieu, et révère sa parole ; surtout lis
soigneusement les écritures saintes, dans lesquelles
tu trouveras des consolations et des instructions,
car tu auras beaucoup à souffrir ; tu auras à supporter
la pauvreté, la misère, et des persécutions ; mais
sois courageux et persévérant, car Dieu t’aime et t’est
propice.
Sur cela l’étranger lui serra la main, le fixa encore
avec des yeux perçans et s’en alla, sans qu’il y ait d’indices
qu’ils se soient jamais revus.

Depuis cette époque, Jacob Bêhme reçut naturellement,
dans plusieurs circonstances, différens développemens
qui lui ouvrirent l’intelligence, sur les
diverses matières, dont il a traité dans ses écrits.
Celui dont je publie la traduction est le plus informe
de ses ouvrages ; indépendamment de ce que c’est
celui qu’il a composé le premier, et qu’il ne l’a pas terminé,
en ayant été empêché par une suite des persécutions
qu’il éprouva, il ne l’avoit entrepris, ainsi qu’il
le dit lui-même, que comme un mémorial, et pour ne
pas perdre les notions et les clartés qui se présentaient
en foule à son entendement, par toutes sortes
de voles. Aussi cette Aurore n’est-elle pour ainsi dire
qu’un germe et qu’une esquisse des principes que
l’auteur a développés dans ses écrits subséquens.
D’ailleurs comment auroit-il pu produire à cette
époque-là des fruits plus abondans et plus parfaits ?
Ce nouvel ordre de choses dans lequel étoient comme
entraînées toutes les facultés de son être, ne lui offroit
encore, en quelque façon, qu’un amas confus d’élémens
en combustion. Ce n’étoit pas seulement un
cahos ; mais c’étoit à-la-fois un cahos et un volcan ; et
dans le choc et la crise où se trouvaient tous ces élémens,
il ne pouvoit saisir les objets qu’à la dérobée,
comme il nous en avertit dans plusieurs endroits.
Il avoue aussi très-souvent son incapacité et son
insufisance. Il déclare n’être encore que dans les
douleurs de l’enfantement, et il dit formellement au

chap. 21, que cette oeuvre n’est que le premier bourgeon
de la branche.
Néanmoins dans les ouvrages qu’il a fait succéder
à celui-ci, il faut convenir que quant à la forme et à la
rédaction, il y a aussi une infinité de choses à désirer.
L’art d’écrire si perfectionné dans notre siècle, et
dans le siècle précédent, ne l’étoit point lorsque cet
auteur a vécu ; et même, soit par le rang où il étoit né,
soit par son éducation, soit enfin par des raisons plus
profondes, et qui ont permis que l’arbre fût recouvert
d’une écorce aussi peut attrayante, afin d’éprouver
ceux qui seroient propres ou non à manger de ses
fruits, Jacob Bêhme est resté, en fait de style, au-dessous
des écrivains, dont il lut le contemporain ; ou
pour mieux dire, il n’a pas même songé à avoir un
style.
En effet, il se permet des expressions et des comparaisons
peu distinguées ; il se laisse aller à des répétitions
sans nombre ; il promet souvent des explications
qu’il ne donne que fort loin de l’endroit où il
les avoit promises ; il se livre à de fatigantes déclamations
contre les adversaires de la vérité ; enfin pour
en supporter la lecture, il ne faut nullement chercher
ici le littérateur.
En outre, il faut s’attendre à trouver dans cette
Aurore même, quelques contradictions, ou si l’on
veut, quelques inadvertances. Quoique l’auteur

annonce qu’il n’a écrit que pour lui et pour soulager
sa mémoire, on ne pourra douter qu’en écrivant
il n’ait eu en vue aussi les autres hommes, puisqu’à
tous les pas il parle comme s’adressant à une seconde
personne ; puisqu’il donne souvent des avis salutaires
à ses lecteurs ; et que ces mêmes lecteurs, il les renvoie
à la vie future, où, dit-il, ils ne pourront plus
douter de ce qu’il avance ; enfin parce qu’il avoue en
plusieurs endroits être obligé de publier le fruit de ses
connaissances, de peur d’être condamné lors du jugement,
pour avoir enfoui son talent.
On a lieu de présumer également que, soit lui,
soit les amis instruits qui l’ont connu, soit même les
rédacteurs de l’édition allemande qui me sert de texte,
ont fait quelques corrections à l’Aurore Naissante ;
et qu’ils y ont inséré, après coup, quelques passages
qui ne paraissent pas à leur place, puisque vû leur
profondeur, ils auroient dû être précédés d’explications
et de définitions, qui en apprenant le sens qu’ils
devoient avoir, les eussent rendus plus profitables ; et
parce qu’on trouve cités dans cette Aurore plusieurs
des écrits de la même plûme, qui n’ont été composés
qu’après celui-ci.
Il ne faut pas non plus être étonné de voir l’auteur
entrer en matière, sans être retenu par des difficultés,
qui arrêtent aujourd’hui toutes les classes scientifiques.
Lorsqu’il songea à exposer sa doctrine, il n’eut
point à combattre des obstacles qui sont nés depuis,

et qui rendroient à présent son entreprise si difficile.
Les sciences physiques n’avoient point encore pris le
rang dominant et presque exclusif qu’elles ont de nos
jours ; elles n’étoient pas en conflict, comme elles le
sont devenues, avec les sciences divines, morales et
religieuses.
Ainsi d’un côté, en parlant de la nature, Jacob
Bêhme pouvoit employer alors les mots de propriétés,
qualités, essences productrices, vertus, influences,
qui sont comme proscrits de la nomenclature actuelle.
De l’autre, en parlant des sciences divines, morales
et religieuses, il trouvoit toute établie dans la pensée
des hommes l’existence de Dieu, celle de l’âme
humaine, spirituelle et immortelle, celle d’une dégradation,
et celle des secours que la main suprême
transmet depuis la chûte universellement et journellement
à l’espèce humaine dégénérée ; et si à cette
époque, on n’avoit point encore appris à l’homme,
qu’il peut et doit lire toutes ces notions-là dans luimême,
avant de les puiser dans les traditions, ainsi
que mes écrits le lui ont enseigné de nos jours, au
moins la croyance commune étoit-elle accoutumée à
les regarder comme fondamentales, et comme étant
consacrées dans ce qu’on appelle les livres saints.
Car la révolution de Luther avoit bien en effet
dévoilé des abus très révoltans, mais ne portant point
le flambeau jusque dans le fond des choses ; elle laissoit
encore l’esprit de l’homme s’appuyer en paix et

en silence, sur la persuasion de la dignité de son être,
et sur des vérités, les unes terribles, les autres consolantes,
dans lesquelles son coeur trouve encore une
nourriture substantielle, lors même que sa pensée ne
parvient pas à en percer toutes les profondeurs.
Jacob Bêhme pouvoit donc s’occuper librement
alors à élever son édifice, tandis qu’aujourd’hui il lui
auroit fallu employer tout son tems et tous ses efforts
à en faire apercevoir et adopter les bases. Dans ce
tems-là, il n’avoit qu’à décrire ; aujourd’hui il n’auroit
eu d’autre tâche que de prouver. Dans son tems
il lui suffisoit d’un pinceau ; aujourd’hui on ne lui eût
permis que la règle et le compas.
C’est ce qui fait que dans le siècle dernier, il a eu
plus de partisans qu’il n’en peut espérer dans celuici.
Il en a eu en grand nombre dans les différentes
contrées de l’Allemagne. Il en a eu en Angleterre de
très-distingués, les uns par leurs connoissances, les
autres par leur rang.
On cite parmi les premiers, le fameux Henri Morus,
(que personne ne confondra sans doute avec le chancelier)
et parmi les seconds on cite le roi Charles Ier,
qui, selon des témoignages authentiques, avoit fait
des dispositions pour encourager la publication des
ouvrages de Jacob Bêhme en anglais, particulièrement
de celui appelé Mysterium magnum, le grand
Mystère.

On rapporte, sur-tout, que lorsqu’il lut en 1646
l’ouvrage intitulé Les Quarante Questions sur l’Âme, il
en témoigna vivement sa surprise et son admiration,
et s’écria : que Dieu soit loué ! puisqu’il se trouve
encore des hommes qui ont pu donner de sa parole
un témoignage vivant tiré de leurs expériences
Ce dernier écrit détermina le monarque à envoyer
un habile homme à Gorlitz, avec ordre premièrement,
d’y étudier avec soin les profondeurs de la
langue allemande ; afin d’être parfaitement en état
de lire Bêhme en original, et de traduire ses oeuvres
en anglais ; et secondement, de prendre des notes sur
tout ce qu’il seroit possible d’apprendre encore à Gorlitz
de la vie et des écrits de cet auteur.
Cette mission fut fidèlement remplie par Jean Sparrow,
avocat à Londres, homme d’une vertu rare et
d’un grand talent. Il est reconnu pour être le traducteur
et l’éditeur de la totalité des ouvrages de Bêhme
en anglais, le dernier de ces ouvrages n’ayant cependant
vu le jour qu’après le rétablissement de Charles
II dans les années de 1661 et 1662. Il passe aussi pour
avoir pénétré profondément dans le sens de l’auteur.
On regarde sa traduction comme très-exacte, et elle a
été d’un grand secours aux autres traducteurs anglais
qui sont venus depuis, entr’autres, à William Law.
En France, parmi les admirateurs de Bêhme, on
cite feu M. Poiret. Il avoue, (voyez le Dictionnaire
de Moréri), que cet auteur est si sublime et si obscur,

qu’il ne peut être vivement senti et réellement
entendu de personne pour savant et grand esprit
qu’on puisse être, si Dieu ne réveille et ne touche
divinement, et d’une manière surnaturelle, les facultés
analogues à celles de l’auteur.
Il prétend qu’il n’y a rien de plus ridicule que
d’avancer, comme quelques-uns le font, que Bêhme a
tiré ses connaissances de Paracelse. Il peut bien, dit-il,
s’être conformé à lui en quelques termes et manières
de s’exprimer ; mais il n’y a rien du tout dans Paracelse,
ni de ses trois principes, ni des sept formes
de la nature spirituelle et corporelle, (nous pouvons
ajouter ni de sa Sophie, ou de son éternelle vierge)
qui sont pourtant les vraies et uniques bases de Jacob
Bêhme, lequel on ne sauroit lire avec quelque dicernement,
sans s’apercevoir et sentir qu’il ne parle pas
d’emprunt, et que tout lui vient de source et d’origine.
Il y a eu plusieurs éditions complettes des OEuvres
de Bêhme, en allemand ; les Flamands, les Hollandais,
les ont également traduites et imprimées chacun dans
leur langue ; quelqu’un des ouvrages de cet auteur
ont été traduits en latin ; particulièrement les Quarante
Questions. Sa réputation s’étendit de son tems
dans la Pologne et jusques en Italie. J’ai appris aussi
que de nos jours on avoit commencé à le traduire en
russe. Enfin, pendant qu’il a vécu, et depuis sa mort,
il a été regardé parmi les partisans des profondes
sciences dont il s’occupe, et parmi les émules qui ont

couru la même carrière que lui, comme le prince des
philosophes divins.
Toute fois, quant à sa doctrine, prise en elle-même,
et malgré l’avantage qu’elle avoit le siècle dernier,
de pouvoir s’élever sur des bases qui n’étoient pas
contestées, il ne faut pas le nier, elle est tellement
distante des connaissances ordinaires ; elle pénètre
dans des régions où nos langues manquent si souvent
de mots pour s’exprimer. Enfin, elle gêne tant d’opinions
reçues, que dans le tems même où il a écrit, elle
ne pouvoit être accueillie du plus grand nombre, et
que le cercle de ses véritables partisans ne pouvoir
être que très-resserré, en comparaison de celui de ses
adversaires et de ses détracteurs.
Depuis que cet auteur a paru, ces obstacles qui
tiennent au fond des choses, et qui sont indépendants
de ceux qui appartiennent à la forme, se sont accrus
pour la plupart à un point prodigieux. De nos jours,
sur-tout, les sentiers de la science supérieure dont il
s’est occupé ont été obstrués par une infinité d’enseignemens
hasardés, ou reposant sur la base précaire
des prédictions et du merveilleux ; enseignemens peu
substantiels et mal épurés qui ont discrédité d’avance
le terme sublime et simple où sa doctrine tend à nous
conduire.
D’un autre côté, la philosophie humaine en matérialisant
tous les ressorts de notre être, a effacé le
vrai miroir dans lequel Jacob Bêhme nous enseigne

à nous reconnoitre. De-là elle n’a pas eu de peine à
annuller le peu de croyance qui eut dû servir d’appui
aux principes qu’il nous expose. Elle a oublié
qu’elle ne nous portoit pas au-delà de la surface des
choses ; elle s’est prévalu de sa clarté externe, et de
son imposante méthode pour déprimer d’autant les
sciences divines, qu’elle ne s’est pas même occupée
de soumettre à l’observation, et dont elle a cru qu’elle
avoit triomphé complettement dès qu’elle avoit discrédité
les défenseurs mal-adroits qui les avoient déshonorées.
Il est vrai que ces sciences divines ellesmêmes,
et la croyance sur lesquelles elles reposent
n’ont presqu’universellement reçu de la part de leurs
propres ministres et de leurs propres instituteurs, que
de notables préjudices, au lieu des développemens
qu’elles auroient eu droit d’en attendre.
Mais s’il n’y avoit rien, de quoi auroit-on donc pu
abuser ? D’ailleurs, les sciences humaines, au lieu de
guérir nos maux, après nous les avoir découverts, les
ont grandement augmentés, en ne nous donnant des
remèdes que pour les maladies extérieures, tandis
qu’il falloit renouveler la masse de notre sang. Elles
nous ont tués, tout en prétendant nous apporter la
vie ; et par leur inexpérience, leur mauvaise foi et leur
orgueil, elles ont éteint la mèche qui fumoit encore,
et ont achevé de briser le roseau cassé.
Il n’étoit donc pas possible que l’ouvrage dont je
publie aujourd’hui la traduction, se présentât avec

plus de désavantages et dans des circonstances moins
favorables. Pour en juger on n’a qu’à lire l’Encyclopédie
à l’article Théosophes, et le nouveau Dictionnaire
Historique, par une Société de gens de lettres,
à l’article Boehm (Jacob), et l’on verra quelle est présentement
parmi les Français, la réputation de mon
auteur, et quel crédit doit avoir sa doctrine.
J’avoue qu’elle est souvent obscure, et que son obscurité
ne disparoitra qu’autant que le lecteur suivra
les conseils que l’auteur donne lui-même fréquemment
pour parvenir à l’intelligence de ses ouvrages.
Or, comment pourra-t-il suivre ces conseils, s’ils ne
reposent que sur ces mêmes bases essentielles et
constitutives que les systèmes régnant ont abolies ?
Ce sera à lui à sonder ses forces ; à scruter profondément
la nature de son être ; à s’aider des secours
et des notions subsidiaires qui ont paru de nos jours
sur ces grands objets ; enfin, à prendre d’énergiques
résolutions, s’il ne veut pas faire avec cet auteur une
connoissance infructueuse.
Quant à moi, si au sujet de la doctrine de Jacob
Bêhme j’avois un reproche à joindre à tous ceux dont
on la couvrira, (reproche toutefois, qui ne seroit que
conditionnel et qui ne tiendroit probablement qu’à
l’altération de nos facultés) ce seroit de porter jusqu’à
l’épuisement l’analyse de certains points, que dans
l’état de notre nature actuelle nous ne devrions, pour
ainsi dire, qu’effleurer. Ce seroit de nous repaître

jusqu’à satiété, du spectacle détaillé et de la description
en quelque sorte anatomique de tous les ressorts
cachés qui constituent l’être divin, tandis que
nous n’avons seulement pas la vue assez nette pour
saisir leur jeu extérieur, et la pompe si attrayante de
leur majestueux ensemble. Mais l’auteur a répondu
d’avance à cette objection, en annonçant que pour
lire et entendre son livre, il faut être régénéré.
Au reste, si le lecteur en réfléchissant à toutes ces
observations et à tous les obstacles que je viens de
peindre, me demandoit pourquoi je me détermine à
publier un pareil ouvrage, voici d’abord ce que, j’aurois
à lui répondre.
Malgré l’opposition apparente qui règne entre les
sciences naturelles et les sciences divines, elles ne
sont cependant divisées que parce que dans la main
imprudente de l’homme les premières ne veulent
devoir qu’à elles-mêmes leur origine, et que les
secondes en ne doutant pas que la leur ne soit sainte
et sacrée, prétendent cependant la faire reconnaître
pour telle, sans en savoir offrir la démonstration la
plus efficace et sans exhiber les plus beaux de leurs
titres. Mais ces deux classes de sciences sont unies
par un lien qui leur est commun ; l’une est le corps,
l’autre est le principe de vie. L’une est l’écorce, l’autre
est l’arbre ; ou, si l’on veut, ce sont deux soeurs, mais
dont la cadette, qui est la science naturelle, n’a pas
voulu avoir pour son aînée les égards qui lui étoient

dûs, et dont l’aînée ou la science divine a eu la faiblesse
et la négligence de ne pas savoir conserver son
rang, et de laisser sa soeur cadette non-seulement lui
disputer son droit d’aînesse, mais même la légitimité
de son existence.
Or, tout annonce qu’il se prépare pour ces deux
classes de sciences, une époque de réconciliation et de
réhabilitation dans leurs droits respectifs. Elles sont
l’une et l’autre dans une sorte de fermentation qui ne
peut manquer de produire, peut-être avant peu, les
plus heureux résultats. La science divine en avançant
vers le terme de son vrai développement, et en sentant
qu’elle descend de la lumière même, reconnoîtra
qu’elle n’est point faite pour marcher dans des voies
isolées, obscures et ténébreuses ; qu’elle ne peut se
montrer avec tous les avantages qui lui sont propres,
qu’en s’unissant par une alliance intime avec l’universalité
des choses, et qu’en siégeant, comme un astre
vivificateur, au milieu de toutes les vérités physiques
et de toutes les puissances de la nature.
Et la science naturelle, à force de scruter les bases
des choses physiques, à force de tourmenter les élémens
et de provoquer le feu caché dans ces substances
déjà si inflammables par elles-mêmes, leur
fera faire une explosion qui la surprendra, qui dissipera
ses préventions, et lui fera regarder sa soeur
aînée comme sa compagne inséparable et comme son
plus ferme soutien.

suite page 18

l-aurore-naissante

LA TRIPLE REVOLUTION


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Auteur : WALTHER RATHENAU -1867-1922

Ouvrage : La Triple Révolution

Année : 1921

traduit par David Roget


Walther Rathenau, né le 29 septembre 1867 à Berlin – mort le 24 juin 1922 dans la même ville, est un industriel, écrivain et homme politique allemand. Issu d’une famille juive, il se veut l’exemple d’une assimilation culturelle et nationale réussie, affirmant que « seul du sang allemand coule en moi ». Il est cependant la cible privilégiée des discours antisémites et sera assassiné par l’Organisation Consul.

Personnalité importante de l’histoire allemande du début du XXe siècle, Walter Rathenau est le fils d’Emil Rathenau, fondateur d’AEG et magnat de l’électricité, et de Mathilde Nachmann1. Walter Rathenau fait ses études à la faculté des Sciences de Berlin et de Strasbourg. À 26 ans, il est nommé à la tête d’une société d’aluminium. En 1899, son père lui offre un poste important au sein de sa société d’électricité, dont il prendra la tête en 1914.

Carrière politique

Ardent partisan de la politique impériale allemande, il s’engage en politique et soutient les opérations d’agression pendant le premier conflit mondial. Il dirige notamment le département des matières premières. Il lance un appel à la « guerre totale » au printemps 1918 et, après l’armistice du 11 novembre, choisit de soutenir les institutions de Weimar. Devenu ministre de la Reconstruction en 1921 et ministre des Affaires étrangères en 1922, sous la république de Weimar, Walter Rathenau négocie avec les représentants soviétiques Christian Rakovsky et Adolf Joffe le traité de Rapallo qui efface la dette de guerre et qui permet à la république de Weimar de contourner les stipulations des traités de paix (entraînement de troupes allemandes sur le territoire soviétique).

Stefan Zweig écrit de lui2 : « Ses paroles coulaient comme s’il avait lu un texte écrit sur une feuille invisible et il donnait cependant à chacune de ses phrases une forme si accomplie et si claire que sa conversation, sténographiée, aurait constitué un exposé parfaitement propre à être imprimé tel quel. […] Il y avait dans sa pensée je ne sais quoi de transparent comme le verre et par là même d’insubstantiel. J’ai rarement éprouvé plus fortement que chez lui la tragédie de l’homme juif qui, avec toutes les apparences de la supériorité, est plein de trouble et d’incertitude. […] Toute son existence n’était qu’un seul conflit de contradictions toujours nouvelles. Il avait hérité de son père toute la puissance imaginable, et cependant il ne voulait pas être son héritier, il était commerçant et voulait se sentir artiste, il possédait des millions et jouait avec des idées socialistes, il était très juif d’esprit et lorgnait du côté du Christ ».

En dépit de ses succès, il devient impopulaire en tant que juif, partisan de la république de Weimar et signataire d’un traité avec un État communiste. Il est alors choisi pour cible par l’extrême gauche mais aussi par les groupes nationalistes d’extrême droite. Son style flamboyant et son intelligence3, mise au service du gouvernement allemand, s’opposent au chaos dans lequel les forces révolutionnaires issues des Corps Francs (cf. Freikorps) espèrent construire une nouvelle société sur les ruines de la Première Guerre mondiale. Il est alors considéré par ses ennemis comme un représentant de l’« Ancien régime ». Selon Hellmut von Gerlach, un journaliste pacifiste ami de Rathenau, Rathenau est honni parce qu’« il est juif et […] il est la réfutation vivante de la théorie antisémite qui veut que le judaïsme soit nocif pour l’Allemagne »4. L’assassinat de Rathenau « doit inciter la gauche à frapper », et pour le procureur du Reich, une fois « le soulèvement de la classe ouvrière écrasé, [permettre] la mise en place d’un gouvernement d’extrême droite »5. L’Organisation Consul, groupe terroriste dans lequel évolue Ernst von Salomon, décide de l’assassiner pour provoquer la chute du gouvernement. Les membres de l’organisation passent à l’action le 24 juin 1922 : un cabriolet ayant deux hommes à bord vêtus de manteaux en cuir et de capuches (Erwin Kern et Hermann Fischer, tous deux anciens officiers de marine) s’approche de la voiture du ministre. Rathenau est abattu de plusieurs coups de pistolet automatique. Les assassins prennent alors la fuite en lançant une grenade. Une vaste opération de police est déclenchée et la plupart des groupes nationalistes sont décapités.

Un million de personnes assistent à ses funérailles. Un journal berlinois note : « Le directeur d’une des plus grandes entreprises du monde avait été tué et des ouvriers communistes venaient pleurer sur sa tombe et maudire ses meurtriers. »6

Le 17 juillet 1933, Hitler fait un geste hautement symbolique en honorant publiquement les assassins de Rathenau.

wikipedia.org


 

L’ÉCONOMIE NOUVELLE

En dehors des conséquences résultant, pour la vie
internationale, de longues hostilités, les répercussions
de la guerre atteindront profondément la vie intérieure
des nations et mettront lentement en lumière le fait
que le grand événement, qui prit la forme d’une guerre
civile entre Européens, signifie surtout un bouleversement
dans le domaine de la politique sociale. Les
résultats politiques de ce bouleversement tendront à
la démocratisation dans les Etats autocratiques, à la
concentration dans les Etats démocratiques. Les résultats
sociaux, promoteurs d’une économie nouvelle,
conduiront peu à peu à une nouvelle organisation des
couches sociales.
Ainsi nous serons amenés à concevoir l’économie
sociale de l’avenir et chaque jour il deviendra plus
urgent d’accentuer les traits du tableau, parce que, d’une
part, les hypothèses s’incrustent toujours plus profondément
et que, d’autre part, l’habitude de peser les
conséquences, même les plus lointaines, exige une
persévérance de plus en plus grande tout en accordant
de moins en moins de temps. Pour être concluante,
l’estimation doit, avant tout, embrasser d’un seul
regard l’avenir le plus proche comme le plus lointain.
Il faut traiter comme un tout les représentations des
étapes successives de l’évolution, tout en se réservant
l’examen ultérieur de leur entrée successive dans le
domaine pratique. Les idées d’évolution ne pouvant
devenir populaires que plusieurs années après la guerre
et demandant des dizaines d’années pour se réaliser,
il faut les unifier et remettre à plus tard la discussion de
leur mise en pratique.
Établissons le bilan d’après-guerre. Nous nous
trouvons immédiatement en présence de la dépopulation
la plus considérable de tous les temps. Dix
millions d’êtres humains sont morts ou mutilés, cinq
millions sont revenus de captivité. Tous hommes
dans la force de l’âge. Leur nombre correspond
environ à la totalité de la population mâle de
l’Angleterre avant la guerre. La diminution de la
production mondiale annuelle consécutive à cette
perte peut s’évaluer au moins à quinze milliards.
Cela représente, à peu de chose près, l’épargne annuelle
de l’Europe entière. La diminution de la production
intellectuelle échappe à toute investigation.
Les frais de guerre sont, pour l’Europe, de quatre
à cinq cents milliards. Presque le total de la fortune
nationale de l’Amérique. Les pertes représentent un
peu moins de la moitié de ces frais de guerre apparents ;
cependant les transmutations de la fortune nationale
correspondent à la totalité. Aux frais apparents il
faut ajouter les capitaux nécessaires au paiement des
pensions aux mutilés et aux survivants — ces capitaux
représentent en somme des transmutations —

les frais de restauration des pays dévastés, des moyens
de production et de matériel de guerre détériorés et
détruits — ceux là sont des pertes sèches. Ces deux
postes augmentent les frais apparents dans la proportion
de deux cent milliards et les porteront à environ
six ou sept cents milliards, tandis que les pertes
sèches atteindront un peu plus de la moitié de cette
somme.
Les pertes sèches atteignirent leur point culminant
au début de la guerre, lorsque le monde se précipitait
sur ses réserves; elles diminuèrent lorsque la guerre
parvint à se suffire à elle-même, en ce sens que la
majeure partie des industries se transformèrent en
industries de guerre. Ainsi à la fin de chaque année,
les objets de première nécessité étaient tirés du sol
national et le travail annuel seul pouvait être considéré
comme gaspillé et les outils détériorés comme perdus
économiquement. Dans cet ordre d’idées l’Allemagne
était plus favorisée que ses ennemis ; nous employions
nos stocks de matières premières et de produits manufacturés,
nous arrivions à posséder de grandes disponibilités
et continuions à exploiter notre propre pays. Nos
ennemis, par contre, pouvaient toujours acheter une
grande partie de ce dont ils avaient besoin et, de ce
fait, s’endettaient à l’étranger. Par contre ils avaient
l’avantage de maintenir jusqu’à un certain point leurs
industries de paix et leurs exportations et de protéger
leur change.
Outre les terribles sacrifices humains, il faut considérer
comme perdus économiquement les matières
premières, les objets à demi manufacturés et les marchandises

qui existaient avant la guerre. Ajoutons
encore aux pertes les économies que les peuples auraient
faites sous forme de nouveaux placements, au cours
d’un même nombre d’années de paix. Pertes encore,
les dévastations, les détériorations et l’appauvrissement
des moyens de production fixes et mobiles. En
compensation citons les fabriques nouvellement construites,
d’ampleur médiocre mais non négligeable et
qui pourront servir à l’économie future, cela spécialement
dans les domaines de la chimie, de la métallurgie
et de l’architecture navale.
De prime abord, il paraît absurde que, malgré ces
pertes incroyables on puisse, chez les Etats belligérants,
discerner certains indices d’un accroissement de la fortune
nationale, accroissement qui, dans ces conditions,
pourrait n’être qu’apparent. Prenons un exemple banal :
un agriculteur possède un bien inaliéné, d’une valeur
de 100 000 marks. Il le cède à son fils et dote ses trois
filles en prenant une hypothèque de 50 000 marks pour
chacune d’elles. Les enfants évaluent alors leur fortune
à 150 000 marks, quoique la valeur du bien n’ait
pas augmenté. En réalité chaque mark de leur fortune
supputée vaut tout au plus 60 pfennigs. De même, la
somme des créances sur la fortune nationale a augmenté,
tandis que cette fortune ne s’est pas accrue, mais a
au contraire, diminué. Les nouvelles créances se
basent sur des fournitures, sur des productions et sur
des redevances. Si, comme chacun le fait, on calcule
ces prétentions séparément et qu’on les ajoute à l’effectif
total de la fortune, celle-ci paraît avoir beaucoup
augmenté, tandis qu’en réalité elle ne dispose que de

100%, de sorte que le découvert a eu lieu aux dépens
de l’unité de valeur.
Nous sommes en présence de deux conclusions erronées
et qu’il faut éviter. En premier lieu, la baisse
des changes ne peut être attribuée exclusivement à ces
circonstances; en réalité elle provient d’autres causes.
En outre, dans le domaine de l’économie politique, il
ne faut pas mettre en parallèle, sans plus, la diminution
de l’unité de fortune avec une baisse de la valeur de
l’argent, qui entraîne après elle un renchérissement
général. Car l’Etat, vu son pouvoir d’imposition, possède
le moyen de remédier quelque peu à la situation
de la dette, en frappant le revenu, pour remplacer, au
moins partiellement, la dépréciation de l’argent par
celle des rentes et des recettes ; il peut m.ême procéder
à la confiscation des fortunes; toutefois, il ne sera pas
possible d’écarter complètement les conséquences de
l’inflation des emprunts. Ici nous touchons déjà au
deuxième facteur, peut-être le plus délicat, du bilan
général des charges: la transmutation des créances, ou,
comme nous les nommons habituellement, des fortunes.
Tous ceux qui ont eu affaire avec la guerre sont devenus
les créanciers des abstentionnistes; cela dans
toutes les hiérarchies et sans que la morale ait toujours
été respectée. Beaucoup de gens ont risqué leur
vie et ont été cruellement lésés dans leur situation
domestique, parceque leur solde minime ne compensait
nullement les dommages apportés à la profession
qu’ils exerçaient en temps de paix; d’autres ont fourni
un travail économique plus ou moins important et
souvent exagérément rétribué; ils ont acquis une

fortune sans courir aucun danger et sans aucun mérite
moral. En dehors de ces cas extrêmes, les classes
moyennes, les rentiers et les propriétaires urbains sont
les plus durement frappés; car les ouvriers sauront
bien adapter leurs salaires aux nouvelles conjonctures;
le bien-être renaîtra lentement mais suffisamment, la
propriété rurale continuera à prospérer; ces résultats
se manifesteront lorsque l’Etat s’avisera, d’une façon
décisive, de compenser les charges en confisquant les
fortunes et en frappant les épaules les plus solides.
Ce transfert de richesse aux dépens des classes
moyennes doit éveiller un profond souci d’ordre
moral. Les classes moyennes supérieures détiennent
une grande part de notre intelligence scientifique,
technique, journalistique et littéraire, fournissent le
contingent moyen de nos fonctionnaires publics et
privés. A l’abaissement de la classe moyenne correspond
l’élévation d’une catégorie d’enrichis appartenant
à des couches populaires qui ne connaissent ni frein,
ni responsabilités. Il sera aussi difficile de les atteindre
par des mesures légales tendant au nivellement
des fortunes qu’il leur sera facile de protéger leur
fortune par les moyens mêmes qu’ils ont mis en oeuvre
pour l’acquérir. Ces conjonctures engendreront l’exaspération
des haines de classes et cela aura son bon
côté, en ce sens qu’on cessera d’adorer la richesse et
que l’on pourra imposer des limites à la liberté sans
bornes de l’exploitation.
Nulle catégorie de la classe moyenne ne saurait
être aussi durement frappée que les propriétaires
urbains ; pourvu encore que la dépréciation systématique

de l’argent ne remédie pas à un moindre mal par un
pire. Nous entendons par propriétaire celui qui, derrière
une première et presque toujours une deuxième
hypothèque, possède encore un excédent de la valeur
d’une maison. Malgré sa liberté de reconstruire et de
louer, le propriétaire n’est souvent pas autre chose
que l’administrateur de ses créanciers hypothécaires;
il encaisse le gain provenant de l’augmentation des
loyers et de la valeur du terrain, mais, pour faire
face à une aggravation du taux de l’intérêt du capital
engagé, il a encore tous les risques à courir d’une diminution
de la valeur et du rendement. Si donc, comme
cela en a tout l’air, le taux habituel de l’intérêt demeure
surélevé d’un pour cent, aggravant d’autant les
charges de l’hypothèque, l’excédent, la réserve, ne
servant plus qu’à couvrir une partie des dettes, est
pour ainsi dire perdu ainsi que la fortune du propriétaire,
autrefois à son aise. Lorsque, par-dessus le
marché, les encaissements diminuent , cet excédent
est complètement perdu et, en outre, une partie de
l’hypothèque. Or, cela ne tarde pas à arriver lorsque
la fortune, les revenus, les dépenses et les besoins
locaux diminuent, lorsque les magasins et les hôtels
ferment faute d’affaires.
Le moment est venu où les communes urbaines,
volontairement ou sous l’empire d’une législation populaire,
devraient envisager une saine politique de
réforme de la propriété foncière. Les moyens, qui sont
nombreux, pourraient être laissés à l’appréciation
locale; le principe serait celui qui devrait être à la
base de toute action fiscale: où le fisc prend, il doit

aussi donner. Ce qu’il devrait donner, c’est la garantie
d’hypothèques à bon marché et au besoin un supplément
de rente; par contre la propriété foncière paierait
à la commune un droit de dévolution. Ainsi, dans
un laps de temps indéterminé, celle-ci serait maîtresse
de toutes les augmentations futures de la valeur de la
propriété foncière. Il en résulterait pour les générations
futures un partage plus équitable de la propriété
et un assainissement des finances urbaines.
Les dangers économiques résultant du changement
d’assises de la fortune dépassent ces dangers sociaux
et moraux. Toute personne possédant une fortune,
même modeste, deviendra créancière de l’Etat. Les
dettes de l’Etat se sont multipliées, les lourdes charges
des pensions s’y sont venues ajouter. Les sommes
annuelles provenant de l’ensemble de l’administration
et devant être distribuées aux destinataires peuvent
être évaluées au double de l’époque nationale antérieure.
Même au cas de la mainmise la plus tenace sur les
fortunes, qui ne saurait guère aller au delà d’un tiers,
la dette nationale sera diminuée à peine de trente
milliards vu l’inégalité des fortunes. Comment sera
formé le corps de l’administration? comment et à
quelle place faudra-t-il appliquer les tentacules de l’appareil
financier destinées à tirer environ le tiers de son
suc nourricier à l’organisme, pour préparer une nouvelle
circulation? tel est le problème qui se pose devant
l’avenir de notre puissance économique et dont dépend
notre future existence, tant matérielle que politique.
C’est là le point qui formera plus loin le centre
de notre discussion.

Les conjonctures nationales: commerce extérieur,
change, établissement des prix, cèdent le pas aux questions
primordiales relatives à la diminution et à la
transmutation des fortunes. Leur importance reste
néanmoins considérable.

suite page 9.

Rathenau_Walther_-_La_triple_revolution.pdf

Soixante-dix ans de harcèlement contre les gouvernements et le peuple européens


voltairenet.org

par Andrey Fomin

Contrairement aux apparences, si les États-Unis ont décidé d’enquêter et de mettre au jour d’éventuels soutiens russes aux partis anti-européens, leur but n’est pas de protéger les Européens de quelque ingérence étrangère. C’est même plutôt l’inverse. Depuis soixante-dix ans, Washington manipule la politique de l’Europe de l’Ouest et empêche la mise en place d’une véritable démocratie.

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Un article retentissant publié dans The Telegraph nous apprend que le directeur du renseignement états-unien a été récemment diligenté par le Congrès pour « mener une enquête de grande envergure sur le financement occulte de partis politiques européens par la Russie au cours de la dernière décennie [1]. » Cette révélation, une fuite contrôlée, classique du genre, a pour but de mettre en garde toutes les entités politiques européennes insoumises, fortifiées par le soutien populaire, et de les inciter à revoir à la baisse leurs ambitions de rééquilibrage de la souveraineté de leur État au sein de l’Union européenne. Le parti Jobbik en Hongrie, Aube dorée en Grèce, la Ligue du Nord en Italie et le Front national en France sont explicitement cités dans la liste des suspects. L’article laisse entendre que d’autres partis en Autriche, en République tchèque et aux Pays-Bas, sans être cités nommément, font l’objet des « investigations des services de renseignement US ». Même le nouveau chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, est suspecté de s’amouracher des Russes. Le message est clair : toute personnalité politique qui ose remettre en cause l’expansion de l’Otan vers l’est, les mesures de sanctions envers la Russie ou la position actuelle de l’Europe dans le conflit ukrainien est considérée comme un agent, de plein gré ou à son insu, de la guerre multiforme menée par la Russie.

Tout cela serait amusant si ce n’était pas dangereux. À la vérité, tout observateur impartial se poserait quelques questions élémentaires : pourquoi les agences de renseignement états-uniennes s’intéressent-elles donc tant aux enjeux de la sécurité intérieure en Europe ? N’est-ce pas les mêmes agents qui financent, recrutent et manipulent d’innombrables personnes, organisations politiques et médias européens ? Pourquoi les États-Unis lèvent-ils si ostensiblement le voile sur leur domination sur l’Europe ?

La réponse politiquement correcte à ces interrogations s’articule autour du rôle salvateur des États-Unis en Europe contre la « menace communiste » après la Seconde Guerre mondiale, où ils ont permis une reprise rapide de l’économie et de la protection que leur parapluie nucléaire garantit encore aujourd’hui sur le continent. Peut-être. Mais l’analyse du contexte historique commence avec le plan Marshall. D’abord, parce qu’il ne fut lancé qu’en 1948. La capitulation nazie datant de mai 1945, un lecteur mal informé pourrait en déduire que les États-Unis travaillaient depuis trois ans à la préparation de ce programme d’investissements massifs pour l’Europe… et il aurait tort. Lors de la seconde conférence de Québec en septembre 1944 (portant le nom de code « Octogone »), le Président des États-Unis, F. D. Roosevelt, et son secrétaire au Trésor, Henry Morgenthau Jr, soumirent au Premier ministre britannique, Winston Churchill, leur programme post-capitulation pour l’Allemagne [2]. Ce document secret envisageait la partition et la démilitarisation complète de l’État allemand. Il prévoyait la division de l’Allemagne en deux États indépendants. Les centres miniers et industriels, dont le protectorat de Sarre, la Ruhr et la Haute-Silésie devaient être internationalisés et annexés par la France ou la Pologne. En voici quelques extraits :

-  Les forces armées [états-uniennes] entrant dans les zones industrielles [allemandes] devront procéder à la destruction de toutes les usines et de tous les équipements qui ne pourraient pas être immédiatement déplacés.
-  Dans un délai de six mois après l’arrêt des hostilités, toutes les usines et tous les équipements industriels qui n’auraient pas été détruits par l’armée seront tous soit démantelés ou déplacés hors zone, soit complètement détruits.
-  La population de ces régions sera informée que, désormais, aucune industrie ne sera autorisée à s’implanter dans les zones démantelées. Ainsi, les ouvriers qualifiés et expérimentés seront encouragés à émigrer définitivement avec leur famille et dispersés dans tout le pays.
-  Les stations de radio, les journaux, magazines, hebdomadaires, etc. seront tous suspendus jusqu’à ce que des contrôles adéquats soient mis en place et un programme approprié adopté.

 

Ce programme de reprise post-conflit mondial pour l’Allemagne est connu sous le nom de Plan Morgenthau. La célèbre directive du Comité des chefs d’état-major interarmées 1067 adressée au Commandant en chef des Forces d’occupation états-uniennes en Allemagne, officiellement publié en avril 1945, était parfaitement calquée sur ce document initial [3].

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La partition de l’Allemagne d’après les dispositions du plan Morgenthau de 1944

Le plan Morgenthau s’avéra rapidement être une erreur stratégique. Les États-Unis sous-estimaient l’impact culturel et idéologique que les Soviétiques allaient avoir sur la société européenne. Ne se fiant qu’à leur propre jugement, les stratèges US ne saisirent pas la force d’attraction exercée par le système socialiste sur la majorité de la population des nations libérées. Les organes politiques se réclamant du socialisme et du communisme remportaient des élections démocratiques et faisaient croître leur influence, non seulement en Europe de l’Est, mais aussi en Grèce, en Italie, en France et dans d’autres pays européens (voir les succès de Palmiro Togliatti et de Maurice Thorez, pour ne citer qu’eux). Progressivement, les États-Unis se rendirent compte que la désindustrialisation qu’ils voulaient imposer à l’Europe pouvait favoriser une réindustrialisation à la soviétique et ainsi mener à la domination de l’URSS sur le continent… C’est ainsi que les États-Unis durent prestement remplacer le plan Morgenthau par celui qui porte le nom du secrétaire d’État d’alors, George Marshall… Pendant quatre années, le plan Marshall a arrosé l’Europe de douze milliards de dollars répartis entre crédits, prêts, donations, etc. dans le but d’acheter… les moyens de production et les marchandises US. Le plan Marshall a indubitablement revivifié l’économie des nations européennes, mais son effet positif principal reste l’impact sur l’économie… états-unienne. Parallèlement, une vague de répression politique déferlait en Europe, et plus significativement en Allemagne.

Les médias ont largement occulté l’initiative soviétique de 1950 qui prévoyait son retrait de RDA et la réunification de l’Allemagne démilitarisée, neutre et non-alignée, dans l’année suivant le traité de paix. La résolution adoptée à la Conférence de Prague entre les ministres des Affaires étrangères du bloc soviétique, le 21 octobre 1950, proposait la mise en place d’une Chambre constituante composée de représentants de toute l’Allemagne à égale mesure entre les membres issus de RFA et de RDA afin de « préparer la formation du gouvernement provisoire démocratique, souverain et pacifique d’une Allemagne unie. » Nul besoin de préciser que le gouvernement états-unien et l’administration ouest-allemande de Bonn s’opposèrent avec virulence à cette proposition [4]. Le référendum, proposé aux électeurs des deux parties de l’Allemagne, sur la question « Êtes-vous contre la remilitarisation de l’Allemagne et pour la ratification du Traité de paix de 1951 ? », ne fut officiellement reconnu que par la seule RDA (avec 96 % des suffrages en faveur du « oui »). En RFA, les autorités téléguidées par les États-Unis se gardèrent bien d’y répondre de manière démocratique. Elles refusèrent de reconnaitre les résultats partiels du référendum qui se tenait depuis le mois de février 1951 (parmi les 62 millions de citoyens de l’Allemagne fédérale ayant voté jusqu’en juin 1951, 94,4 % s’exprimaient pour le « oui ») [5] et, le 11 juillet, promulguèrent un amendement draconien à la loi pénale (la Loi éclair de 1951). Cet acte législatif prévoyait des poursuites pour haute trahison et des sanctions comprises entre 5 et 15 ans de prison contre tout individu se rendant coupable d’importer des productions littéraires censurées, de critiquer le gouvernement ou d’avoir établi des contacts non signalés avec les représentants de RDA. Cet amendement fut utilisé dans plus de 200 000 actions judiciaires menées contre 500 000 membres du Parti communiste et d’autres partis de gauche entre 1951 et 1968. Des dizaines de milliers de personnes furent condamnées à des peines d’emprisonnement et la plupart de ceux qui furent « blanchis » ne reprirent jamais leurs activités politiques. En 1953, plusieurs amendements supplémentaires abolirent purement et simplement le droit de réunion et, en 1956, le Parti communiste d’Allemagne était interdit en RFA.

Daniel Burkholz, dans son documentaire de 2012, “Verboten – Verfolgt – Vergessen” (Interdits, suivis, oubliés : un demi-million d’ennemis publics) fournit de nombreuses informations supplémentaires. Étonnamment, la vidéo n’est plus accessible sur Youtube.

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La répression politique menée en Allemagne des années 1950 aux années 1980 est un sujet particulièrement tabou en comparaison de celle qui sévissait dans d’autres pays d’Europe au cours de la même période. Une résonance médiatique bien plus importante a été offerte à l’opération Gladio en Italie, à la dictature des colonels en Grèce et à l’assassinat de personnalités politiques publiquement déclarées en faveur d’un compromis avec le Bloc soviétique, comme l’Italien Aldo Moro abattu en 1978 et le Premier ministre suédois Olof Palme en 1986. Les révélations faites par l’ancien correspondant du Frankfurter Allgemeine Zeitung, Udo Ulfkotte, dans son livre Journalistes soudoyés (Gekaufte Journalisten) consacré aux mécanismes de manipulation des populations par les médias en Allemagne (cela nous rappelle le plan Morgenthau) ne constituent que la partie émergée de l’iceberg.

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L’absence quasi-totale de réaction de la part de Berlin après les révélations d’Edward Snowden à propos de la surveillance électronique systématique des dirigeants allemands par la NSA (National Security Agency) tend à confirmer que l’Allemagne a pris acte de la perte de sa souveraineté et que, dès lors, elle n’a plus rien à perdre.

Ce bref rappel des faits et une lecture plus attentive de l’article duTelegraph n’entament-ils pas votre conviction que les États-Unis sont les garants de la souveraineté européenne ? En justifiant la surveillance et la pression exercée sur les gouvernements et la société civile en Europe par le prétexte d’une prétendue « menace russe », l’oncle Sam ne chercherait-il pas plutôt à servir son objectif premier : conserver son pré carré ?

Traduction
Nathalie Krieg

Source
Oriental Review (Russie)

 


[1] « Russia accused of clandestine funding of European parties as US conducts major review of Vladimir Putin’s strategy. Exclusive : UK warns of « new Cold War » as Kremlin seeks to divide and rule in Europe » (La Russie soupçonnée de financement occulte au profit de partis politiques en Europe dans l’enquête à grande échelle menée par les autorités américaines sur la stratégie de Vladimir Poutine. Exclusif : Le Royaume-Uni s’inquiète d’une “nouvelle guerre froide‟ à propos de la volonté du Kremlin de diviser et de régir l’Europe), Peter Foster & Matthew Holehouse, The Telegraph, 16 janvier 2016.

[2] “Suggested Post-Surrender Program for Germany” (Proposition de programme post-capitulation pour l’Allemagne), F. D. Roosevelt, Septembre 1944.

[3] “Directive to the Commander in Chief of the U.S. Occupation Forces (JCS 1067)” (Directive au Commandant en chef des Forces d’occupation en Allemagne), avril 1945.

[4] “Notes for Eastern Element’s Briefing of General Mathewson” (Notes sur les instructions du général Mathewson en Europe de l’Est), 15 février 1951. Publié in Foreign Relations of the United States 1951, Volume III, Part 2, European Security and the German Question (Document 341).

[5] “Flusslandschaft 1951. Frieden”, Protest in München.