SCIENCE, TECHNOLOGIE ET RÉPARATIONS


histoireebook.com

https://ungraindesable.the-savoisien.com/public/img/.couv_1_m.jpg

Auteur : Gimbel John
Ouvrage : Science, technologie et réparations Exploitation et pillage dans l’Allemagne d’après-guerre
Année : 1990

Traduit par
Valérie Devon

 

4ème de couverture

La plupart des gens ont entendu parler de Werner von Braun et des scientifiques
et ingénieurs allemands que les Américains ont amenés aux États-Unis après
la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du Projet Paperclip . La plupart
d’entre eux connaissent aussi la course aux scientifiques allemands qui s’est
alors engagée. Ce que pratiquement personne ne semble savoir, cependant,
c’est que le Projet Paperclip n’était qu’un des aspects d’un programme beaucoup
plus complet et systématique de « réparations intellectuelles » pour exploiter
le savoir-faire scientifique et technique allemand, non seulement à des fins
militaires mais également pour le bien de la science et de l’industrie américaines.
Ce programme qui a débuté à la fin de 1944 est le sujet du présent ouvrage.
Alors que les armées alliées balayaient l’Allemagne de l’Ouest, des équipes de
dizaines d’experts américains ont visité des centaines d’établissements de recherche,
d’écoles techniques et d’entreprises industrielles allemands ciblés. lis ont interrogé
le personnel, examiné les processus et les produits, pris des photographies et
des échantillons, et exigé des dessins, des plans, des rapports de recherche, etc.
Mais les objectifs limités et liés à la guerre qu’ils poursuivaient au départ ont
rapidement cédé la place aux possibilités de pillage industriel et technologique
dans pratiquement tous les domaines de l’expertise allemande, y compris les
souffleries, les magnétophones, les combustibles synthétiques et le caoutchouc,
les films couleur, les textiles, les machines-outils, les équipements lourds, les
céramiques, les verres optiques, les colorants, les microscopes électroniques.
Apparemment, l’information recueillie devait être, selon les termes du secrétaire
d’État George C. Marshall, « mise à la disposition du reste du monde ».
Dans la pratique, cependant, une grande partie de ces documents a été transférée
par les consultants scientifiques et les examinateurs de documents directement à
leurs propres entreprises et pour leurs propres besoins. Cette histoire n’a jamais
été racontée auparavant, et le récit méticuleux mais très lisible de l’auteur est
basé sur plus de dix ans de recherches dans des archives publiques et privées
allemandes et américaines. Lors de la réunion du Conseil des ministres des
Affaires étrangères à Moscou en 1947, V. M. Molotov, ministre des Affaires
étrangères de l’Union soviétique, a accusé les États-Unis et la Grande-Bretagne
de s’être approprié 10 milliards de dollars en réparations sous forme de brevets
et autres connaissances techniques. Le secrétaire d’État Marshall a furieusement
nié l’accusation, mais aucune évaluation précise n’a jamais été publiée par
le gouvernement américain. Sur la base de ses recherches, l’auteur conclut
que le chiffre de 10 milliards de dollars qualifié d’ « extravagant » par les
fonctionnaires du département d’État n’est probablement pas loin de la vérité.

 

Préface
Au cours de mes recherches préparatoires à ce livre, j’ai découvert
que Werner von Braun et l’équipe de chercheurs et d’ingénieurs
allemands, que les Américains ont ramenés aux États-Unis dans
le cadre du Projet Paperclip, après la Deuxième Guerre mondiale, ne
sont pas inconnus de la plupart des gens raisonnablement informés. La
plupart d’entre eux connaissent aussi la course aux scientifiques
allemands qui s’est alors engagée, une compétition qui explique peutêtre
la devise largement répandue, après le lancement russe réussi du
Spoutnik en octobre 1957, selon laquelle leurs Allemands étaient
meilleurs que nos Allemands. Ce que pratiquement personne ne semble
savoir, cependant, c’est que le Projet Paperclip n’était qu’un des aspects
d’un programme beaucoup plus complet et systématique de « réparations
intellectuelles » pour exploiter le savoir-faire scientifique et technique
allemand, non seulement à des fins militaires mais également pour le
bien de la science et de l’industrie américaines. Ce programme plus
vaste, et plus précisément comment le Projet Paperclip s’y est greffé, est
le sujet du présent ouvrage.
Je ne puis moi-même dire avec certitude à quel moment j’ai appris
l’existence du programme dans son ensemble, mais je sais que cela ne
s’est pas produit pendant mon service immédiat d’après-guerre comme
traducteur et interprète pour le détachement du gouvernement militaire à
Friedberg, Hessen. Cela ne s’est pas non plus produit lors de mes
recherches dans les années 1950 concernant l’impact de l’occupation
américaine sur la ville et le comté de Marbourg. Au cours des années
1960 et 1970, lorsque j’ai poursuivi mes recherches sur l’occupation
américaine de l’Allemagne et sur le problème allemand et les origines du
plan Marshall, je me suis rendu compte peu à peu, mais de façon
graduelle, qu’il y avait là quelque chose à raconter, et que cela en valait
la peine. Sans doute ma curiosité tenace concernant la légitimité des
accusations russes et est-allemandes selon lesquelles les Alliés
occidentaux se seraient appropriés des milliards de dollars en
réparations m’a-t-elle influencé, même si j’étais initialement disposé à

accepter – sans trop réfléchir – la position officielle américaine selon
laquelle les montants mentionnés étaient tout simplement
« extravagants », que les accusations visaient à détourner l’attention de
l’Union soviétique de ses propres mesures de réparation et pouvait donc
être rejetée comme n’étant rien de plus que de la propagande. Quoi qu’il
en soit, des documents et autres éléments relatifs à l’existence et au
travail de la Field Information Agency, Technical (FIAT), que j’ai
découverts occasionnellement dans les dossiers américains et allemands
que j’ai eu le privilège de consulter pendant les années 60 et 70 m’ont
donné la possibilité de mener une enquête approfondie sur cette histoire.
Quatre de ces découvertes me semblent particulièrement convaincantes.
Tout d’abord, le général Lucius D. Clay, gouverneur militaire américain
en Allemagne, a adressé deux messages similaires au ministère de la
Guerre à Washington. Clay y déclarait que les États-Unis, par
l’intermédiaire de la FIAT, s’emparaient de toutes les informations qu’ils
pouvaient « concernant les processus commerciaux et la connaissance
scientifique de pointe », disant : « nous faisons nôtre la pensée des
scientifiques allemands en la façonnant à nos propres desseins. » et
qu’une fois la guerre avec le Japon terminée, les États-Unis
s’engageraient « carrément dans le domaine commercial ». Ainsi, Clay
conclut, « en nous saisissant de la production actuelle, nous faisons sans
doute la même chose que la Russie… et que la France est en train de
faire en retirant les biens d’équipement de l’Allemagne. »(1)
Deuxièmement, il y avait deux lettres d’Edward M. Groth, du Consul
général des États-Unis à Hambourg, au Secrétaire d’État. Groth y
rapportait un discours et un article de journal émanant d’un membre
socialiste du conseil municipal de Hambourg (Burgerschaft), dans
lesquelles ce dernier parlait de « réparations insidieuses » de grande
valeur qui étaient retirées d’Allemagne par des industriels privés et des
capitalistes de l’étranger. Ils viennent en Allemagne, aurait-il dit, pour
fouiller dans les dossiers secrets de leurs concurrents et les ramener dans
leur propre pays afin de favoriser leur propre progrès économique au
détriment de leurs concurrents allemands. « Le capitaliste étranger »
(Groth citait le membre du conseil ayant écrit dans le Hamburger Echo,
le journal du parti social-démocrate de la ville) recueille « les secrets des
concurrents allemands et s’enrichit grâce à eux, sans toutefois
rembourser son pays… de sorte que le contribuable étranger est la

première victime qui, sous prétexte de coûts professionnels,
subventionne en fait son propre capitaliste ».(2)
Troisièmement, il y a le « Rapport Harmssen », une étude sur les
mesures de réparation prises par le sénateur Gustav W. Harmssen,
ministre de l’économie de Brême. Dans ce rapport, il a évalué la valeur
totale des brevets, secrets industriels et biens similaires retirés
d’Allemagne par les forces d’occupation à environ 5 milliards de
dollars.(3) Enfin, il y avait les circonstances et les nombreuses questions
restées sans réponse entourant la décision des deux gouverneurs
militaires bizonaux – toutefois, clairement prise sur l’insistance du
général Clay – de démettre Johannes Semler de ses fonctions de
directeur économique de la Bizonal Economics Administration début
1948.(4) Le bureau de Semler avait recueilli des informations sur la
valeur de ce qu’il appelait les « réparations insidieuses » (Clay les
appelait « réparations cachées »), qui comprenaient le savoir-faire
scientifique et technique retiré à l’Allemagne par les enquêteurs de la
FIAT. (5) Semler était contrarié par l’idée répandue – exprimée et sousentendue
aussi bien par les Allemands que par les Américains – que
l’Allemagne de l’après-guerre était une espèce de cas social international
se reposant sur les pouvoirs d’occupation et leurs contribuables, et il
était contrarié par le refus des ministres-présidents bizonaux de prendre
fermement position lors de leur réunion à Wiesbaden en octobre 1947,
afin de contester la liste nouvellement dévoilée des entreprises
industrielles allemandes qui seraient démantelées dans le cadre des
réparations. Le 4 janvier 1948, lors d’un rassemblement d’un parti
politique local à Erlangen, Semler explosa. Dans une allocution
prononcée en l’absence d’un texte préparé, il a fait valoir que sans les
politiques et pratiques d’occupation alliées – qu’il a largement illustrées
et commentées – l’Allemagne serait en mesure de payer ses importations
alimentaires en espèces plutôt qu’avec les « remerciements » avilissants
que les politiciens et personnalités publiques allemands adressaient. Il
s’est avéré que, de façon injuste, ce dernier a agrémenté ses remarques et
a diverti son auditoire avec des sarcasmes sévères et des railleries,
comme celle voulant que les Américains aient envoyé du
« Hühnerfutter » (littéralement, « aliment pour poulets », mais utilisé ici
pour parler du maïs, que les consommateurs allemands considéraient
comme un mauvais substitut au blé dans leur pain rationné) pour lequel
les Allemands devaient payer en dollars.

Les responsables du gouvernement militaire américain qui ont plus tard
analysé un compte rendu sténographique du discours du général Clay
ont conclu que, à l’exception de ses « déclarations fausses et
trompeuses », en particulier celle sur l’alimentation des poulets et une
autre sur la pression américaine sur les agriculteurs allemands pour
augmenter leurs livraisons afin d’économiser l’argent des contribuables
américains, le discours était bien fait et méritait, par ailleurs, une
attention particulière ».(6)* Mais Semler se fit virer, et lorsque le
Landtag bavarois – pour vérifier si, comme le disait un intervenant, la
démocratie allemande d’après-guerre était en fait une ‘démocratie
fantoche’ – le choisit comme délégué au nouveau Conseil économique
bizonal, à Francfort en février 1948, les Américains intervinrent.
Pendant que l’état-major du général Clay rédigeait des documents pour
la dissolution éventuelle du Landtag bavarois, Clay envoya un avion
spécial à Munich afin qu’on lui ramène à Berlin le ministre-président
Hans Ehard et Murray van Wagoner, le directeur régional du
gouvernement militaire américain pour la Bavière. Ce qui s’est
précisément passé quand ils sont arrivés à Berlin n’est, bien sûr, pas
consigné au dossier, mais Murray van Wagoner a noté plus tard que « le
général m’a dit que j’étais susceptible de devenir un directeur régional
sans gouvernement si je ne rectifiais pas la situation ». Quoi qu’il en
soit, alors que les responsables américains passaient un week-end très
chargé à Munich à enquêter sur les antécédents de Semler (ils ont fouillé
son domicile et son bureau et pris quelques dossiers, et ils se sont
également rendus à Vienne pour une raison quelconque), les Bavarois
ont reconsidéré, capitulé et ensuite élu un remplaçant pour Semler, qui
est finalement revenu à la vie privée.(7)
J’esquisse cette histoire ici non pas pour porter un jugement sur Semler
ou sur les Américains impliqués, mais pour illustrer comment l’incident
a contribué à influencer ma décision d’entreprendre une étude sur la
science, la technologie et les réparations dans l’Allemagne d’aprèsguerre.
Semler se dirigeait clairement vers une sorte de confrontation


* Selon un analyste américain, les critiques et les références de Semler au général Clay
étaient regrettables, mais « nous devons admettre que, d’une manière générale, ses
déclarations sur les problèmes économiques fondamentaux et en particulier sur les
procédures et transactions spécifiques mentionnées étaient substantiellement vraie ».
BICO, Commerce and Industry Group (États-Unis), à BICO, sujet : discours de
M. Semler, 20 janvier 1948, RC 260, boîte 405-1/3, WNRC.


avec les Américains et les Britanniques sur la question des réparations,
et il était prêt à évoquer non seulement le programme de démantèlement
des usines – qui avait fait l’objet de vastes discussions publiques depuis
que les gouverneurs militaires avaient publié une liste des usines à
démanteler en octobre 1947 – mais également la très sensible question
des réparations « insidieuses » ou « cachées », qui comprenait le savoir
scientifique et technique retiré à l’Allemagne après la guerre. La
diffusion publique de ses remarques explosives à Erlangen – dont il
déclara plus tard que ces dernières n’étaient destinées qu’à ses collègues
du parti et non pour diffusion ou attribution publique – a clairement
conduit à son renvoi, et la lutte de pouvoir politique qui s’en est suivie
entre le gouverneur militaire américain et un gouvernement allemand de
plus en plus indépendant en Bavière a apparemment fait en sorte que la
substance de son message ne reçoive jamais l’attention que les
conseillers de Clay avaient pourtant jugé justifiée. Ces questions font
l’objet de l’étude qui suit.
Ayant pris connaissance des préoccupations exprimées dans la présente
étude, je m’empresse d’en préciser les limites. Premièrement, à
l’exception de brèves références ici et là, elle ne traite pas de
l’importante exploitation scientifique et technique de l’après-guerre en
Allemagne par les Britanniques, les Français, les Russes et les autres
pays alliés ou associés aux vainqueurs dans la guerre contre
l’Allemagne. J’ai appris dès le début de mes recherches qu’il serait
impossible de faire une plus grande percée. Les documents des autres –
même ceux des Britanniques, dont certains sont maintenant accessibles –
n’étaient pas disponibles ; je ne maîtrisais pas les langues requises et,
finalement, je n’avais qu’une vie à donner au projet. J’ai commencé cette
étude en 1977 et j’y travaille depuis plus de dix ans. Ensuite, à
l’exception de quelques références qui semblent appropriées, l’étude
fournit peu de détails sur des questions telles que la dénazification, les
conflits entre ceux qui voulaient une paix dure et ceux qui travaillaient
pour la modération, l’évolution de la politique d’occupation américaine,
la division de l’Allemagne et autres aspects de l’histoire de l’occupation
américaine en Allemagne. Les lecteurs intéressés sont invités à se
référer à mon ouvrage intitulé American Occupation of Germany :
Politics and the Military, 1945-1949 (Stanford, Californie, 1968).(8)
Enfin, bien que l’étude puisse paraître au premier abord comme un
argument en faveur de la supériorité des Allemands en matière
scientifique et technique en général, je ne crois pas que ce soit le cas et

je n’entends pas donner cette impression. J’accepte plutôt ce que
Vannevar Bush et d’autres, plus qualifiés que moi sur le sujet, ont dit à
ce propos : les sociétés industrielles modernes se développent de
manière inégale et variée, et dans ce cas précis, l’Allemagne était en tête
dans certains domaines de concentration alors que les Américains en
dominaient d’autres.(9)
Un grand nombre de personnes et d’organisations m’ont aidé au fil des
ans, bien qu’aucune d’entre elles ne soient responsables de la conception
ou des conclusions de cette étude. Dans le cadre de ma recherche et de
l’utilisation des documents aux États-Unis, il convient de noter en
particulier ce qui suit : George Chalou, des Archives nationales, m’a
aidé de bien des façons, et c’est lui qui m’a permis de trouver et de
consulter les dossiers du Bureau des services techniques et de la Field
Information Agency, Technical. William G. Lewis, relevé de temps à
autre par Fred Pernell, a non seulement sorti la plupart de ces dossiers,
mais il a aussi veillé à ce qu’ils soient sélectionnés pour moi aussi vite
que faire se peut afin que je puisse les consulter. William H. Cunliffe,
Wilbert B. Mahoney et John Taylor, aux Archives nationales, m’ont aidé
avec les dossiers du ministère de la Guerre, du ministère de l’Armée, des
chefs d’état-major interarmées et du Comité de coordination État-guerremarine.
Avec son personnel efficace, Milton O. Gustafson m’a prêté
main-forte concernant les dossiers et les registres du département d’État.
Le personnel de la Bibliothèque du Congrès m’a conseillé sur
l’utilisation des instruments de recherche et m’a aidé de bien d’autres
façons à effectuer des recherches dans les publications spécialisées des
associations commerciales, industrielles et scientifiques. Chaque fois
que j’ai visité la Bibliothèque Truman, la Bibliothèque Eisenhower et
l’Académie nationale des sciences ou que j’ai correspondu avec elles, les
membres du personnel se sont montrés à la fois amicaux et coopératifs.
Erich F. Schimps, le bibliothécaire des documents de l’Université d’État
de Humboldt, était toujours là quand j’avais besoin de lui, et je serai
incapable de citer toutes les façons qu’il a eu de m’aider mais je suis sûr
que lui s’en souvient.
Enfin, du côté américain, je tiens à remercier un archiviste inconnu qui
s’est joint à moi et à George Chalou autour d’un café à la cantine du
Washington National Records Center lors des nombreuses occasions où
je déplorai le fait que George ne soit pas parvenu à trouver les archives
de la Joint Intelligence Objectives Agency (JIOA) malgré des appels

téléphoniques au Pentagone, et au quartier général, au Commandement
européen, à Heidelberg, et dans de nombreux autres services sur une
période de cinq ans. Heureusement, notre invité s’est souvenu qu’il avait
récemment traité une collection d’environ quarante-trois boîtes
d’archives qu’il pensait correspondre à ce que nous recherchions. Il s’est
avéré qu’il avait raison, et j’ai eu le plaisir de les utiliser un an plus tard,
après qu’ils aient été examinés en vertu de la Freedom of Information
Act. D’après ce que j’ai compris, le Bureau interarmées des chefs d’étatmajor
de la Recherche et du génie, l’organisme qui a succédé à la JIOA,
avait transféré les dossiers aux Archives nationales où ils ont été
enregistrés dans les instruments de recherche informatisés à titre de
documents de ce bureau, mais sans renvoi approprié à la JIOA. Peut-être
la même chose s’est-elle produite avec les documents créés par le
Bureau du directeur adjoint du renseignement en Europe à la fin des
années 1940. Quoi qu’il en soit et malgré nos efforts, nous ne les avons
jamais retrouvés.
En Allemagne, je remercie tout particulièrement la direction générale et
le personnel des institutions suivantes : les Archives fédérales de
Coblence (merci à Frau Singer, au Dr Werner, et surtout au Dr Lenz, qui
a déterré les dossiers de l’entrepôt et m’a laissé les utiliser avant qu’ils ne
soient traités et indexés) ; les Archives principales de Rhénanie-du-
Nord-Westphalie à Düsseldorf (merci en particulier au Dr Dieter
Scriverius, qui m’a permis d’utiliser son instrument de recherche détaillé
et extrêmement utile alors qu’il était encore manuscrit) ; les Archives
principales de Hesse à Wiesbaden (merci en particulier aux docteurs
Schuler et Helfer, qui m’ont facilité l’accès aux archives de l’organisation
des scientifiques et techniciens évacués de la zone soviétique en 1945,
ainsi qu’aux archives du Ministère de l’économie et des transports) ; les
Archives principales du Bade-Wurtemberg à Stuttgart (merci en
particulier à M. Thiel) ; les Archives d’État à Brême (merci en
particulier à M. Hofmeister) ; les Archives d’État à Hambourg (merci en
particulier à M. Gabrielson) ; et les archives de la ville de Heidenheim
(merci en particulier à M. Maucher). Mes remerciements vont
également à Degussa à Francfort qui m’a permis d’utiliser les précieux
documents des archives du groupe, et en particulier à Mme Mechthild
Wolf, l’archiviste qui m’a guidé et conseillé pendant mon long séjour, au
Handelskammer à Hambourg et à l’Industrie- und Handelskammer à
Francfort (notamment Mme Wörman), au Dr Med. Fritz Ebner, l’attaché
de presse d’E. Merck à Darmstadt, qui m’a donné quelques dossiers et

me fit part de nombreuses informations personnelles relatives à ses
propres expériences d’après-guerre ; à l’Ing. dipl. Klaus Luther, de la
Maschinenfabrik Augsburg-Nürnberg (M.A.N.) à Augsbourg, qui a
facilité mon travaille dans les archives historiques du groupe et a
organisé des entretiens avec d’anciens responsables de cette entreprise ;
à Horst-Dieter Wulf, qui m’a envoyé un paquet de documents provenant
des archives de Chemische Werke Hüls AG à Marl ; à Hans D. Sterba,
de Schloemann-Siemag AG à Düsseldorf, qui a organisé des entretiens
avec d’anciens responsables et employés de Schloemann ; à la Deutsche
Texaco AG de Hambourg pour avoir mis à ma disposition les archives
d’après-guerre de Chemische Werke Rheinpreussen, et au Dr Walter
Grimme de Munster pour une interview très instructive sur son
expérience d’après-guerre dans cette entreprise ; et à Erich Schott,
directeur du Glaswerk Schott et de Genossen à Mayence, qui m’a
accordé non seulement une longue interview, au cours de laquelle il m’a
parlé de l’évacuation de l’entreprise de Iéna en 1945, mais a également
étayé ses remarques avec des documents provenant de ses propres
dossiers et de ceux de son établissement. Enfin, mes remerciements vont
aux bibliothécaires agréables, amicaux et très serviables de la
Bundestagsbibliothek à Bonn, qui ont toujours semblé intéressés par ce
que je faisais et me l’ont montré.
Des dizaines d’autres personnes aux États-Unis et en Allemagne, y
compris des particuliers, des entreprises, des associations commerciales
et industrielles, des chambres de commerce, ainsi que des fonctionnaires
et des organismes gouvernementaux, ont pris le temps de répondre à
mes lettres, de discuter avec moi et de donner des détails ici et là quand
je les ai demandés. Par nécessité, mes remerciements doivent leur être
adressés collectivement, mais je le fais avec beaucoup de sincérité et de
gratitude, car sans eux, la dimension humaine que je me suis efforcée
d’inclure dans l’étude aurait été perdue.
Évidemment, la recherche pour cette étude a été à la fois longue et
coûteuse. Quant au temps, un congé sabbatique de l’Université d’État de
Humboldt m’a octroyé une année universitaire, et j’ai profité d’un
programme de retraite anticipée pour les professeurs du système de
l’Université d’État de Californie – avant même d’avoir prévu de prendre
ma retraite – et j’ai ainsi transformé mon horaire annuel normal de neuf
mois d’enseignement et trois mois de recherche en un programme où je
pouvais enseigner pendant trois mois et faire des recherches et écrire

durant le reste de l’année. En ce qui concerne l’aide financière, j’ai reçu
une bourse d’été du National Endowment for the Humanities en 1978,
plusieurs bourses de voyage et de recherche de la Humboldt State
University Foundation en 1977, 1979 et 1980, une chaire de recherche
de la Fulbright Commission pour un semestre chacun aux universités de
Hambourg et de Francfort en 1980-1981, et d’une subvention de
l’American Council of Learned Societies pour l’été 1982. Enfin, j’ai reçu
une bourse de recherche et de voyage très généreuse de la Volkswagen-
Stiftung en Allemagne pour les années 1984, 1985 et 1986, au cours
desquelles j’ai passé le printemps en Allemagne, l’été à Washington, DC
et le reste de l’année à Arcata, Californie. Le professeur Karl Hardach,
qui occupe la chaire d’histoire économique (Lehrstuhl für
Wirtschaftsgeschichte) à l’Université de Düsseldorf, m’a parrainé auprès
de la Fondation Volkswagen, a administré la bourse et m’a fourni de
nombreuses autres commodités, ce dont je suis très reconnaissant.
Nancy Atkinson était une rédactrice attentive et perspicace.
Comme pour chacun de mes projets de recherche et chacun de mes
précédents ouvrages, Gisela, mon épouse, a été ma partenaire dans tout
ce que je faisais. Elle a rédigé pratiquement toute ma correspondance en
allemand, ce qu’elle peut faire beaucoup mieux que moi. Elle m’a
accompagné pendant tous mes longs voyages de recherche et elle a
toujours été une critique perspicace et pointue en ce qui concerne mes
idées et mes conclusions, même si elle a été considérablement ralentie
par la douleur causée par les blessures graves qu’elle a subies quand une
grosse camionnette a embouti l’arrière de notre voiture sur les côtes de
l’Orégon pendant l’été 1985.
].G.

 

PARTIE I
Du renseignement militaire
en tant de guerre à l’exploitation commerciale
d’après-guerre

suite PDF

Adolf Hitler ou la vengeance de la planche à billets


histoireebook.com

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/f9/2c/8a/9055481/1540-1/tsp20171123174839/Adolf-Hitler-ou-la-vengeance-de-la-planche-a-billets.jpg  https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRX7XrcgphJBjwCZrXqw1Uq_KSWC5KhHDtVEdxabqJbBC58MHpB
Auteur : Jovanovic Pierre
Ouvrage : Adolf Hitler ou la vengeance de la planche à billets
Année : 2017

Traduit de l’américain par Elizabeth Thomas

 

« L’impression de l’argent par la planche à
billets doit cesser. C’est le pire de tous les
crimes de ce gouvernement »
Adolf Hitler au capitaine Truman Smith, attaché militaire
Berlin, novembre 1922, en parlant du gouvernement du
chancelier Joseph Wirth

L’armistice de 1918 a  été signé le 11-11 avec
prise en compte des deux côtés à … 11 heures
Le dernier soldat a être tué par la planche à
billets fut un pauvre et brave berger de Lozè-
re, Augustin Trébuchon qui avait réussi à
survivre à tous les combats jusqu’à là : il reçu
une balle le 11-11 à 10h50 à c ôté du village de
Vrigne-Meuse dans les Ardennes. Il était en
estafette, comme Adolf Hitler, et portait un
message à son capitaine…

« Hitler prétend entendre des voix pendant ses
longues promenades en solitaire »
[ rapport OSS ]

« Comme beaucoup de chefs religieux, on dit qu’il
entend des voix et voit des esprits. Ici, nous
pourrions le comparer à Joseph Smith, le fondateur
du Mormonisme, la différence principale étant que
les voix de Smith lui ont donné la permission de libé-
rer l’instinct sexuel, tandis que les voix d’Hitler
encouragent la brutalité et la destruction, en quoi
Hitler ressemble aussi à Mary Baker Eddy …
[ rapport OSS ]

« Ici on pourrait peut- être le comparer à Jeanne
d’Arc »
[ rapport OSS ]

« Alors, brusquement, sa voix intérieure parle, mais

en règle générale, jamais avant que la situation ne
soit devenue menaçante »
[ rapport OSS ]

« Cet homme est intéressant en cela qu’il est une
force qui a davantage impacté de vies sur la planète
que tout autre homme dans l’Histoire, aidé par des
instruments de communication nouveaux et
miraculeux. Comment était-ce possible qu’un
homme à l’apparence et à la stature aussi
insignifiantes, dépourvu de force physique,
incapable de tout contrôle émotionnel, et sans
envergure intellectuelle aucune, réussisse là où les
Allemands les plus puissants avaient échoué dans le
passé ? »
[ rapport OSS ]

« On sait désormais que la syphilophobie s’enracine
souvent dans la découverte pendant l’enfance de la
nature du rapport sexuel entre les parents. Avec
un père illégitime, probablement d’origine juive, et
une forte fixation sur sa mère, une telle découverte
par l’enfant Adolf aurait bien pu jeter les bases
d’une syphilophobie qu’une aventure avec une
prostituée juive à Vienne aurait ravivée. Terrifié
le risque d’infection, toute la haine dans son  être fut
ainsi dirigée contre les juifs »
[ rapport OSS ]

« Cette combinaison est typique du gangster, mais
Hitler est différent du type ordinaire en ce qu’il
possède certains attributs de l’artiste romantique.
Il est un composé disons de Lord Byron et d’Al
Capone »
[ rapport OSS ]

« C’était comme si un masochiste, ne trouvant
personne qui accepterait de jouer un rôle
suffisamment sadique pour gratifier son érotisme,
dut décider d’assumer lui-même ce rôle »
[ rapport OSS ]

« Les Allemands croient en la pré destination (la
voie de l’avenir), et toute communication qui leur
sera adressée devra être rédigée en partant du
principe que la défaite du Faux Prophète était iné-
luctable »
[ rapport OSS ]

« La plupart des gens qui acclamèrent Hitler en
1930 au Sportpalast auraient probablement évité de
lui demander du feu dans la rue »
Sebastien Haffnerin Mémoires d’un Allemand, Actes-Sud

« Un banquier de New York au gouverneur de la
Reichsbank :
– Dr Schacht, vous devriez venir aux États-Unis, on
a beaucoup d’argent, et ça c’est du vrai métier de
banquier…
Réponse de Schacht :
– Vous devriez venir à Berlin, on n’a pas d’argent, et
ça c’est le vrai métier de banquier »
John Weitz,
in Hitler’s Banker Warner Books

 

~ 1 ~
Une Banque Centrale qui se
prend pour Dieu

Diplômé en médecine de l’ université
américaine de Columbia en 1919, Henry
Murray se tourna très rapidement vers la
psychanalyse, une discipline médicale à l’ é-
poque aussi neuve que révolutionnaire. De
par ses expériences empiriques, il en dé-
duisit au cours des années 1930 que
chaque personne réagit en fonction de ses
besoins, la plupart non exprimés car
contraires « à la morale » . Ses travaux
l’amenèrent à créer un test de personnalité
afin de déceler précisément ces besoins
cachés et d’obtenir ainsi des
renseignements précieux sur n’importe
quelle personne. Ses conclusions et son
test furent publiés de manière anecdotique
par la maison d’ édition de l’ université de
Harvard, et, contre toute attente, son livre
devint un best-seller aux États-Unis, en
particulier auprès des DRH et chefs
d’entreprise qui cherchaient un moyen
pour discriminer les candidatures avec des
outils « scientifiques » plutôt qu’au « pifom» .
Profondément inspiré par les travaux du
médecin suisse Jung ( élève et ami de
Sigmund Freud), Henry Murray se rendra

même à Genève spécialement pour le
rencontrer et approfondir ses recherches
sur les « mécanismes du désir » qui façonnent
si bien chaque individu et sa vie.
Mais le succès de son livre attira également
l’attention des militaires américains qui avaient,
eux aussi, besoin
d’analyser certains de leurs hommes, en
particulier ceux qui étaient appelés à exé-
cuter des missions opérationnelles à l’ étranger
en tant que « espions » . Recruté par
James Grier Miller, directeur des Effectifs
(ou DRH) et William Donavan, grand
patron de la toute jeune Office of Strategic
Services (qui va devenir CIA après la fin de
la guerre), le Dr Murray reçoit le grade de
Lieutenant-Colonel et obtient la mission
opérationnelle de passer au crible et de
choisir parmi les candidats « agents secrets» .
Impressionné par ses résultats, le futur
«légendaire » directeur général de l’OSS lui
confie alors un dossier unique, composé de
tout ce que le personnel de l’ambassade
des États-Unis à Berlin avait amassé comme
informations sur le chancelier Adolf Hitler
depuis les années 1920: les notes, les
coupures de presse, les livres, les analyses
et les télégrammes envoyé s par les attachés
militaires et espions sous les ordres des
divers ambassadeurs ou chargés d’affaires

qui se sont succédé à Berlin après la ré-
ouverture de leur poste diplomatique
(l’ambassade a été fermée après l’entrée en
guerre des Américains en 1917 contre les
Allemands). Ellis Loring Dresel était «Chargé d’Affaires »
à l’ambassade américaine de Berlin de décembre 1921
à avril 1922 et c’est lui qui prit en compte cet « olibrius »
du nom d’Hitler qui commençait à susciter de
plus en plus d’intérêt. Rappelons à nouveau
que: 1) en raison de la guerre de 14-18,
Washington ne disposait plus d’ambassade
et que 2) le premier discours public donné
en Allemagne par Hitler datait du 16
octobre 1919 à Münich, les diplomates
avaient donc beaucoup de retard à rattraper.
C’est en effet en octobre 1919 qu’Hitler a
rejoint le Parti des Travailleurs Allemands,
totalement galvanisé par un discours sur la
« criminalité de la dette » de l’économiste
Gottfried Feder, discours auquel il avait
assisté tout juste un mois avant (voir
encadré page suivante). Hitler expliquera
avoir lu le livre de Feder « Das Manifest zur
Brechung der Zinsknechtschaft » à plusieurs
reprises, livre qui fut littéralement son
« étincelle politique » .

Paru en 1919 « Manifeste pour briser les chaînes de l’usure »
Gottfried Feder jouera un rôle majeur dans les  événements
qui déclencheront la Seconde Guerre mondiale. En effet
c’est en assistant à une conférence de son auteur qu’Hitler
aura son moment « eureka » . Il construira ses premiers
discours sur les idées de Feder et d’Anton Drexler (ci-dessous)
fondateur du Parti des Travailleurs en y ajoutant sa
marque. L’ équipe de l’OSS d’écrit Hitler comme étant « possédé»
lorsqu’il s’exprime en public, comme si une autre entité parlait
à travers lui. C’est précisément ce qui plut à Dexler qui lui
donna immédiatement une carte de membre du parti. Le
Manifeste pour briser les chaînes de l’usure a été republié
2012 par les éditions Le Retour aux Sources . Photos DR.

https://spartacus-educational.com/00drexler1.jpg Résultat de recherche d'images pour "Gottfried Feder"

Hitler, devenu espion pour la Sécurité Militaire allemande, a
envoyé le 12 septembre 1919 faire un rapport sur un petit
groupe politique nommé Parti des Travailleurs Allemands qui
avait pour habitude de se réunir à une dizaine de personnes
l’arrière-salle d’un café .Habillé en civil et armé de son seul
carnet, il écoute un intervenant venu expliquer « Comment et
par quels moyens peut-on se débarrasser du capitalisme ? »
Hitler n’en avait jamais entendu parler, et pourtant Gottfried
Feder, auteur d’un livre financier sur la dette et l’usure
bancaire, va littéralement le captiver. À la fin de la réunion, un
homme (le Pr Baumann) parla de la séparation de la Bavière
pour constituer un nouvel État. Fou de rage en entendant cela,
Hitler prit la parole et parla comme la foudre, avec tant
d’ éloquence et de gestes pendant au moins 13 minutes qu’il sidé-
ra tout le groupe. Le caporal venait de crucifier le « savant »
sans même savoir de qui il s’agissait. Anton Drexler,
fondateur du parti, lui courut après dans la rue pour l’inviter à
revenir à leurs réunions lui expliquant que son organisation
avait besoin de membres comme lui, capables de s’exprimer
en public avec vigueur. À partir de ce jour, le « petit caporal »
allait disparaître pour se transformer progressivement en
dictateur. L’Histoire allait de nouveau être écrite avec des
lettres de sang. DR

suite PDF

LA CHINE


classiques.uqac.ca

https://s1.qwant.com/thumbr/0x380/1/4/9b5d587f5ee7f598636d3dd58f04a2312484f0d49a35dc5f596e96e2bb93b5/Marx-Engels-Chine.gif?u=https%3A%2F%2Fi2.wp.com%2Fel.coyotito.free.fr%2FARCHIVES%2FMarx-Engels-Chine.gif&q=0&b=1&p=0&a=1  https://i2.wp.com/ciml.250x.com/gallery/m/me_15.jpg

Ouvrage: La Chine

Auteur: Karl Marx et Friedrich Engels

Traduction et Préface de Roger DANGEVILLE

 

 

PRÉFACE

I. LE CÉLESTE EMPIRE ET LES DÉMONS CAPITALISTES
ALLEMAGNE ET CHINE.

Marx et Engels ont souvent comparé l’Allemagne, divisée après l’échec des tentatives révolutionnaires de 1525 et de 1848-1849, à la Chine, dissoute et démembrée par les impérialismes. La situation intérieure y était semblable :

« Enfin, l’Allemagne, privée de ses territoires périphériques, ou dominée par eux, devint la proie des autres États européens (France, Suède, Russie, etc.), une sorte de concession européenne. Désormais la faiblesse économique se combina à la faiblesse politique : un avantage économique ne pouvait plus venir au secours de la débilité politique de l’Allemagne. Il n’y avait plus de guerre heureuse pour ce pays ni de conjoncture économique qui pût la remettre dans la bonne voie du développement 1»

Le salut devait venir de l’extérieur, d’où était venue la ruine : ce fut d’abord la révolu-tion française, puis la tentative [8] héroïque du prolétariat français de 1848, et enfin l’unité allemande après la guerre franco-prussienne en 1871.


1 Cf. Engels, Notes manuscrites sur l’histoire de l’Allemagne, in Ecrits militaires, p. 97. Dans leurs articles sur la Chine, Marx et Engels dénonceront avec force la conjonction de l’impérialisme capitaliste anglais et l’expansionnisme tsariste qu’ils ont bien connus en Allemagne même.


La révolution de la société chinoise devait, elle aussi, suivre en gros le cours de la révolution allemande. Et l’analogie est assez manifeste pour que l’on puisse l’étendre — dès lors que le centre du mouvement ouvrier, en Allemagne vers la fin du siècle, s’est déplacé en Asie après la révolution d’Octobre — jusqu’au prolétariat chinois lui-même qui, dès sa prime enfance, y annonçait — comme en Allemagne de 1844 — un développement gigantesque, tant du point de vue théorique que politique et organisationnel. Qui plus est, quoique faible-ment développé, puisque l’industrie était encore en germe et disséminée dans un espace immense, ce prolétariat devait être capable de produire un Marx-Engels, comme les conditions arriérées de Russie avaient produit un Lénine.
Tous ces pays « arriérés » ont ceci en commun que la conscience révolutionnaire du communisme — c’est-à-dire d’une solution radicale à la décomposition de la société existante — n’est pas venue au prolétariat dans le prolongement d’une révolution bourgeoise et au fur et à mesure du développement des conditions économiques et sociales du capitalisme, mais à la suite de révolutions anti-féodales manquées en raison de l’impuissance de la bourgeoisie locale et de la violence dissolvante et stérilisante de l’impérialisme étranger. Les conditions préalables de la société moderne y étaient donc déjà mûres, mais seule la violence contre-révolutionnaire en empêchait l’avènement. D’où l’importance du facteur [9] révolutionnaire dans ces pays où la violence explique le retard économique, et les nécessités économiques suggèrent l’emploi de la violence pour briser les ultimes entraves à l’essor social.
Du point de vue théorique, le prolétariat de ces pays — représenté sur la scène sociale par son parti — doit donc avoir conscience non seulement des tâches immédiates, c’est-à-dire du passage de la société précapitaliste au capitalisme, mais encore — en liaison avec le prolétariat international des pays développés — du passage ultérieur à la société socialiste. Bref, il lui faut une conscience universelle, ou inter-nationale, du processus révolutionnaire.
Or ce sont les conditions matérielles de la société qui fournissent, toujours, les éléments d’une prise de conscience marxiste radicale et militante. Ces sociétés en dissolution constituent un amas de toutes les formes de société et de production de l’histoire — du communisme primitif au capitalisme le plus concentré dans les quelques rares villes —, puisqu’ aucune révolution n’y a vraiment balayé de la scène sociale les vestiges des modes de production et d’échange du passé, toutes les couches et classes continuant d’y subsister et se superposant les unes aux autres pour exploiter et opprimer les masses laborieuses, notamment le prolétariat industriel et agricole. Ce dernier ne connaît donc pas seulement l’expérience du capitalisme et de l’impérialisme, mais encore celle des multiples autres formes historiques d’asservissement du travail, dont il peut juger dialectiquement les effets et rapports respectifs.
Ces pays sont aussi particulièrement bien [10] placés pour saisir que les classes trouvent leur prolongement dans les États organisés et que l’impérialisme international se greffe, dans les pays arriérés, sur l’exploitation de classe. Dans ces conditions, la vie de ces pays est particulièrement sensible aux fluctuations de la politique internationale et de l’économie des grandes puissances mondiales. Les pays « attardés » ne forment-ils pas le terrain de chasse et l’enjeu direct des guerres de rivalité impérialiste 2
Si, dans les pays de capitalisme développé, l’ordre social devient proprement insupportable au prolétariat, surtout au moment de la crise économique ou de la guerre qui en est le prolongement, il l’est en permanence dans les pays « attardés », où plus qu’ailleurs il est ressenti douloureusement, comme un état qui pousse constamment à la ré-volte. La violence révolutionnaire qui est le seul recours immédiat, ne peut cependant s’exercer à volonté, car elle dépend de conditions économiques, politiques et sociales de crise. D’où la nécessité d’une vision critique de ces conditions et d’une organisation rationnelle et systématique de la violence. .
Cette préface, assez longue, s’efforce d’établir quelle est la position du marxisme vis-à-vis des sociétés orientales en général, et de la Chine en particulier. On trouvera une analyse des structures productives asiatiques et leur place dans la série des modes de production de l’humanité dans un ouvrage collectif, intitulé la Succession des formes


2 Ce n’est pas par hasard si les Écrits militaires forment environ un quart de l’oeuvre énorme de Marx et d’Engels, et si ce dernier fut peut-être le plus grand esprit militaire de tous les temps : cf. le premier volume de Marx-Engels, Ecrits militaires, Paris, 1970, Ed. de l’ Herne, 361 p. Ce premier volume porte sur l’expérience historique du prolétariat dans la révolution anti-féodale de l’Europe du siècle dernier et traite en conséquence des problèmes de la violence qui se posent à tous les pays traversant la même phase historique, donc aussi à la Chine.


de la production sociale dans la théorie marxiste in Fil du Temps n° 9 (Impression-Gérance : Jacques Angot, B.P. 24, Paris 3 [11] .
Le but n’en est pas tant de définir la base sociale de la Chine de l’époque où Marx-Engels relatent les graves événements qui bouleversent cet immense pays, mais, à partir de critères marxistes, de ré-pondre aux questions soulevées par la révolution chinoise moderne, afin d’en déterminer — au travers de sa genèse et de sa nature — les effets sur les conditions économiques, politiques et sociales de la Chine, d’une part, et les réactions sur le monde extérieur, c’est-à-dire sur l’impérialisme, les pays « sous-développés » et le prolétariat en général. S’agissant en toute occurrence d’un ensemble de faits décisifs pour l’évolution de l’humanité, le marxisme ne peut pas ne pas nous fournir les moyens théoriques pour les saisir et les comprendre, sans qu’il faille — même à un siècle de distance — recourir à la méthode de l’extrapolation.

 

RACES ET MODES DE PRODUCTION.

suite… PDF

Humour Factuel !


insolentiae.com/

par Charles Sannat

Ce milliardaire chinois qui rachète Mercedes

!!! Das pas drôle du tout !!

Ce milliardaire chinois qui rachète Mercedes !!! Das pas drôle du tout !!

Bon, je ne boude pas mon plaisir.

Je vous annonce depuis quelques mois que la progression de la Chine a été la suivante.

C’est une montée en gamme.

Quand on monte en gamme, on part d’en bas. On commence par les faibles valeurs ajoutées.

On fait du textile et de la houille ! J’exagère à peine.

Puis nous avons en face une civilisation brillante, millénaire ! S’imaginer qu’ils n’allaient que coudre quelques tee-shirts et faire du tricot, c’était justement faire preuve d’arrogance néocoloniale.

Alors les Chinois ont commencé à concurrencer les pays moyens de gamme comme la France, l’Angleterre ou même les États-Unis.

Pendant ce temps, les Allemands (bénis soient-ils car l’Europe c’est la paix blablablabla) trouvaient la mondialisation véritablement exquise. Au fur et à mesure que nos industries mourraient, les leurs prenaient les parts de marchés supérieures, laissant la qualité inférieure à la compétitivité chinoise.

Arrogants, nos amis allemands nous faisaient la leçon.

L’Europe et l’euro c’est la paix et c’est irréversible on vous dit !

Et puis un jour, les Chinois, qui décidément étaient une civilisation brillante et millénaire, se sont mis à racheter Mercedes… Et là, nos amis germains trouvèrent la mondialisation nettement moins drôle.

Alors vous allez voir que petit à petit, les idées “trumpistes” que les bien-pensants vous vomissent vont trouver des partisans nettement plus nombreux… y compris chez Merkel !

C’est triste à dire, mais pour que la France s’en sorte, il n’y a que deux solutions : soit nous sortons de l’Europe et de l’euro, soit nous aidons les Chinois à laminer un peu plus vite les Allemands – avec un peu de chance, les ennemis de nos ennemis sont nos amis… ou quelque chose comme ça !

Charles SANNAT

“Li Shufu, ce milliardaire chinois qui, après avoir racheté Volvo, s’attaque à Mercedes

Le milliardaire chinois était déjà propriétaire du suédois Volvo. Il détient maintenant 10 % de Daimler (Mercedes). Une prise de participation à la hussarde qui jette le désarroi au sein du groupe allemand, déjà lié à l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors.

L’homme est secret. Le chinois Li Shufu veut se construire un empire automobile, avec une obstination qui égale sa discrétion. Ce milliardaire de 54 ans, fils de riziculteurs pauvres, a amassé des actions Daimler sans avertir personne. Et le voilà devenu vendredi, à la surprise générale, le premier actionnaire du groupe allemand, en montant à hauteur de 9,69 %. Moyennant 7,5 milliards d’euros. Le propriétaire à 100 % du constructeur suédois Volvo Cars (depuis 2010) veut ainsi compléter sa panoplie et accéder aux technologies du propriétaire des prestigieuses voitures Mercedes mais aussi des non moins célèbres camions de la firme à l’étoile. Daimler est le numéro un du haut de gamme auto et le premier fabricant mondial de poids lourds. Une belle prise.

Lire la suite sur le site de Challenges ici

Hitler n’est pas mort à Berlin


Source: histoireebook.com

  Robin De Ruiter
Auteur : De Ruiter Robin
Ouvrage : Hitler n’est pas mort à Berlin. Comment les services secrets britanniques l’ont aidé à quitter l’Allemagne
Année : 1989

 

 

Avertissement
Ce livre a été écrit dans un esprit d’impartialité et d’objectivité historique. Par conséquent, ni
l’auteur ni la maison d’édition ne sauraient être tenus responsables des interprétations
erronées du lecteur.

 

 

 

Remerciements
Le projet de ce livre n’aurait pu être mené à bien sans la contribution d’Eberhard Krehl et de
mon père Cebastiaan de Ruiter, qui m’ont procuré des informations essentielles concernant la
vie dans les camps de concentration pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Ils ont
tous deux survécu à ces modes de détention.

 

 

Introduction
Adolf Hitler est l’un des personnages historiques les plus médiatisés. Sa vie et ses prises de position politiques constituent une source intarissable pour de nombreuses oeuvres littéraires, historiographiques et cinématographiques. Néanmoins, ces documents reprennent trop souvent les mêmes supports : ils ne sont garants d’aucune nouveauté.
L’auteur de ce livre présente des faits et des rapports de guerre inédits. Ils proviennent entre autres des archives de l’Office of Strategic Services (OSS, Bureau américain des services stratégiques, remplacé plus tard par la CIA), mais aussi de la Stasi et du KGB.
Hitler ne s’est pas suicidé ! Le lecteur trouvera dans cette étude une restitution aussi détaillée et fidèle que possible sur la façon dont Hitler réussit à quitter son bunker et à fuir Berlin, le 30 avril 1945.
Des documents issus des différents services secrets, des rapports de guerre confidentiels et des témoignages recueillis par l’auteur en Allemagne et en Espagne, notamment auprès de deux collaborateurs très proches de Hitler, qui vécurent les derniers jours du IIIe Reich aux côtés du Führer, dans son bunker, montrent clairement comment Hitler a pu s’enfuir, grâce à l’aide des services secrets britanniques.
Outre la reconstitution des événements autour de la mort de Hitler, l’auteur livre des preuves de sa véritable origine. Il présente aussi les résultats d’une recherche minutieuse sur ses bailleurs de fonds étrangers. Les familles Rothschild, Warburg, Rockefeller et Bush firent preuve, à cet égard, d’une grande générosité.
Pour la première fois, à partir de sources d’information inédites, il est révélé comment Hitler se prépara à son rôle de futur dictateur. De février à novembre 1912, ce dernier suivit une formation à l’École militaire britannique d’opérations psychologiques de guerre, contrôlée par les Rothschild, dans le comté anglais du Devon et en Irlande.
Plusieurs scientifiques et historiens ont travaillé durant des années avec l’auteur, explorant des milliers de documents pour trouver des indices et établir des liens. Par leurs conseils, ils ont grandement contribué à l’écriture de ce livre.
Certains fragments en sont déjà parus dans Les 13 lignées sataniques – La cause de la misère et du mal sur la Terre. La version originale de ce livre fut publiée pour la première fois à Chihuahua (Mexique), en 1989.

 

En mémoire de mon ami décédé,
Francisco Suéscum Ôtait,
ambassadeur de l’Équateur.

 

 

Chapitre 1
Une histoire de famille secrète

« Mes adversaires politiques ne doivent rien savoir de mes origines ni de l’histoire de ma famille. » Adolf Hitler1
La possible ascendance juive d’Adolf Hitler fait depuis plusieurs années l’objet de maintes
spéculations. Pouvait-il avoir des liens de parenté avec des personnes qu’il détestait ?
En 1945, dans un interrogatoire réalisé par la 101e Airborne Division, sa soeur Paula Hitler révélait :
« Les Schmid et les Oppenstein sont des membres très appréciés de notre famille, en
particulier une nièce de la famille Schmid, qui a épousé un Oppenstein. Je ne connais personne de la famille de mon père. Ma soeur Angela et moi, nous disions souvent que notre père devait pourtant avoir une famille, mais nous ne la connaissions pas. »
Il est prouvé que la grand-mère de Hitler, Maria Anna Schicklgruber, avait travaillé pour une très riche famille juive. En 1934, le chancelier autrichien Dolfuss chargea la police de procéder à des recherches sur les origines de Hitler : sa grand-mère avait été employée comme domestique chez les Rothschild.
En 1837, Maria Anna Schicklgruber tomba enceinte du fils du banquier, âgé de dix-neuf ans.
Quand la famille Rothschild l’apprit, elle fut renvoyée à Strones, son village natal. Maria Anna Schicklgruber, qui accoucha d’un enfant ayant pour prénom Alois, refusa qu’il porte le patronyme de son père.
Entre 1837 et 1851, sous une fausse identité, les Rothschild versèrent une pension alimentaire au père de Hitler2.
Maria Anna Schicklgruber et les Rothschild demeurèrent en contact pendant plusieurs
années.
Le célèbre écrivain et psychanalyste Walter Lange mentionne aussi le nom du baron de
Rothschild de Vienne. Dans son livre The Secret Wartime Report – The Mind of Adolf Hitler
(Le rapport secret de la guerre : l’esprit d’A. Hitler), il fait plusieurs révélations attestant que le père d’Adolf Hitler était le fils du baron de Rothschild.
Le livre de Lange est fondé sur un rapport secret de l’Office of Strategic Services (OSS), le
Bureau des services stratégiques américain, c’est-à-dire l’ancienne CIA.
Maria Anna Schicklgruber épousa un meunier, Johann Georg Hiedler. Quelques années
après, sa mère et son beau-père décidèrent de remplacer leur nom de famille par Hiedler.
Puis, par l’erreur d’un prêtre, leur enfant naquit le 6 juin 1876 sous le nom de Hitler.
Le père d’Adolf Hitler se maria trois fois. Sa troisième femme, Klara Pölzl, âgée de vingt-cinq ans, la mère d’Adolf Hitler, était de vingt-trois ans plus jeune qu’Alois Hitler. Son frère cadet, Edmund, vraisemblablement nommé ainsi en hommage au baron Edmond James de Rothschild, décéda de la rougeole quand Adolf Hitler avait onze ans.
Plusieurs auteurs affirment que Hitler était né d’un rapport incestueux : les grands-parents de son père et les arrière-grands-parents de sa mère étaient les mêmes personnes, ce qui constituerait un mariage incestueux du premier et du second degré. Klara, la mère de Hitler, devait être la nièce du père d’Adolf Hitler, Alois. La simple observation de l’arbre généalogique de Hitler révèle que cette allégation est fausse.
Le seul rapport de parenté entre les deux familles apparaît en 1842, quand Georg Hiedler, frère de l’arrière-grand-père de Klara, épousa la grand-mère de Hitler, Maria Anna Schicklgruber. Il était par conséquent le beau-père d’Alois Hitler. Il ne s’agit pas du tout d’un cas d’inceste.
En 1906, le jeune Hitler séjourna deux semaines à Vienne, probablement sur l’invitation des Rothschild. Il expliqua à ses amis qu’il avait suscité l’admiration de cette famille de banquiers.
Pendant son congé, Hitler se passionna déjà pour la musique, l’opéra, l’art et l’architecture. Après son passage à Vienne, sa mère lui acheta un piano, mais il ne prit que quatre mois de cours avant d’abandonner cette activité.
D’après certains auteurs, à l’été 1907, la tante Johanna Pölzl lui donna mille couronnes, afin qu’il puisse entreprendre des études. Hitler s’inscrivit à l’académie viennoise des Beaux-arts.
La somme qu’il avait reçue de sa tante équivalait au salaire annuel d’un avocat ou d’un
enseignant. Cet argent, qui ne provenait pas de sa tante mais d’un autre bienfaiteur, certainement son grand-père, lui permettait de louer une chambre à Vienne. Cependant, Hitler fut refusé à l’académie des Beaux-arts. Sa formation ne suffisait pas. Il tint cet échec secret.
En octobre 1907, sa mère fut atteinte d’un cancer. Adolf Hitler retourna dans les plus brefs délais à son chevet. Il resta à ses côtés jusqu’à sa mort, ne s’accordant aucun répit. Il s’occupa du ménage, la changea et lui prépara les repas. Klara décéda le 21 décembre 1907, dans les bras de son fils.

Le Dr Eduard Bloch, le médecin juif de la famille, fut vraiment surpris, et confia :

« Tout le long de ma carrière je n’ai jamais vu quelqu’un avoir une aussi grande peine qu’Adolf Hitler. »3
Sa mère fut inhumée le soir de Noël. Hitler était accablé de chagrin. Il resta devant sa tombe
longtemps après le départ du cimetière des membres de la famille. C’était comme si le monde s’était soudainement dérobé sous ses pieds.
À partir de ce jour, il porta toujours sur lui une photographie de sa mère. À la maison, à son travail et même au bunker de Berlin, un portrait de sa mère ne le quittait plus.
Début 1908, Hitler se rendit pour la troisième fois à Vienne. Il disparut pendant six mois. En octobre 1908, il réapparut quand il tenta de s’inscrire, une seconde fois, aux Beaux-arts et, plus tard, à l’académie d’architecture. Son inscription ne fut pas retenue. Il s’effaça, encore, pendant trois ans.
Dans Mein Kampf, Hitler écrivit qu’à compter de septembre 1908, il trouva à se loger dans quelques foyers accueillant des clochards et des vagabonds. Il décrivit cette époque comme le « moment le plus sombre de [sa] vie ».
Pourquoi Hitler habitait-il depuis septembre 1908 dans un refuge de sans-abris ?
Hitler tentait en fait d’échapper au service national autrichien. Il avait alors vingt ans. Il
s’enregistra sous l’identité de son frère défunt, Edmund, dans un refuge de sans-abris juifs.
Grâce à l’acte de naissance de son frère, Adolf Hitler réussit à se faire passer pour Edmund.
Étant donné que la police recherchait Adolf Hitler, cette ruse lui permit d’échapper à ses
obligations militaires.
La plupart des amis de Hitler étaient juifs ; son ami Reinhold Hanisch l’aida dans la vente de
ses peintures. Et, ses clients étaient principalement des hommes d’affaires juifs. Hanisch
écrivit dans son livre I was Hitler’s Buddy (J’étais l’ami de Hitler) que Hitler ne nourrissait aucun sentiment antisémite4.
En outre, Hanisch se moquait de Hitler en raison de ses grands pieds et de sa barbe.
« Je me moquais souvent de Hitler en lui disant qu’il devait avoir du sang juif. Une telle grosse barbe ne peut pousser sur un menton de chrétien. Il avait aussi d’énormes pieds, pratiquement comme les nomades du désert. »
Comme indiqué précédemment, Hitler, après sa troisième visite à Vienne, disparut pour une
longue période. Ce qui se passa pendant les dix premiers mois demeure une énigme.
Les livres d’Histoire modifient volontairement ces informations, pour occulter les points
d’ombre de la vie de Hitler. Les dix premiers mois que Hitler passa à Vienne, lors de son
troisième séjour, ne sont quasiment jamais évoqués. Dans ces mêmes livres d’Histoire, il est
affirmé que sa mère décéda en décembre 1908 au lieu de décembre 1907, et que Hitler,
jusqu’à ce moment tragique, habita chez lui.
Pourquoi ces dix mois de la vie de Hitler sont-ils occultés ? Pourquoi la date de la mort de sa mère est-elle sciemment modifiée ?

Certificat de décès de la mère de Hitler (21 décembre 1907)

Il serait pertinent de savoir où et avec qui Hitler a passé ces dix mois à Vienne. Rien ne prouve qu’il ait travaillé pendant cette période.
Néanmoins, il semble qu’il était en lien avec son grand-père. Son ami Hanisch donne, dans
son livre, les preuves de cette hypothèse. Il explique que Hitler connaissait un juif fortuné qu’il
appelait « papa ». Ce détail indique qu’il était très vraisemblablement en relation avec ses grands-parents, à Vienne.
Les grands-parents de Hitler étaient-ils des Rothschild ?
Les Rothschild financèrent le long séjour de Hitler dans la maison d’accueil pour hommes de
la Meldemannstrasse. Parmi les résidents se trouvaient des artistes, des universitaires, des écrivains et des militaires retraités.
Après son accession au pouvoir, toutes les indications d’un lien de parenté avec les Rothschild
sont effacées. Le 2 décembre 1936, Hitler ordonna l’arrestation de son ami juif Reinhold
Hanisch. Officiellement, Hanisch décéda d’un arrêt cardiaque le 4 février 1937 dans une
prison de Vienne. De plus, en 1938, Hitler fit raser le village natal de son père. Là aussi, toutes les traces furent effacées. D’après les explications de Hitler, il s’agissait de faire de la place pour un camp d’entraînement militaire (Allensteig).
À la fin de la guerre, un de ses premiers biographes, du nom de Müller, publia des
informations intéressantes sur l’histoire familiale de Hitler dans le journal Neues Deutschland, sous tutelle américaine. Hitler avait chargé Müller de composer sa biographie. Selon ses recherches, le biographe avait aussi découvert que Hitler descendait des Rothschild. Il lui avait interdit de relater son histoire familiale5.
Hitler affirma à son avocat, Hans Frank, que sa grand-mère avait eu une relation sexuelle avec son patron juif.
« Mon grand-père n’était pas juif. Ma grand-mère était très pauvre et a quitté le juif pour lequel elle travaillait. Elle lui a dit qu’il était le père de mon père. Le juif avait suffisamment d’argent, c’est pourquoi elle l’a fait payer pour mon père6. » L’employeur de sa grand-mère savait qu’il était le père !
D’ailleurs, pour empêcher que les Allemandes employées par des familles juives ne tombent enceinte, Hitler fit publier le texte ci-dessous des lois raciales de Nuremberg :
« Dès maintenant, il est interdit aux femmes aryennes de moins de quarante-cinq ans de
travailler comme servantes dans des familles juives. »

Les origines juives de Hitler
Le 16 juin 1932, Neue Züricher Zeitung écrivit que Hitler avait des ascendances juives. D’après le quotidien helvète, le prénom de Salomon est même inscrit dans l’arbre généalogique de Hitler.

Les Rothschild appartiennent à la branche des juifs ashkénazes. Si Hitler est vraiment parent avec les Rothschild, il est juif ashkénaze.
Le journaliste belge Jean-Paul Mulders a utilisé l’ADN pour retrouver des parents de Hitler en Autriche et aux États-Unis. Il découvrit ainsi le chromosome Y de Hitler, celui qui est transmis par le père à son fils7. Il ressort de cette analyse ADN qu’Alois et Adolf Hitler appartiennent à l’Haplogroupe E1b1b. Ce groupe, très rare en Europe de l’Ouest, est fréquent chez les juifs ashkénazes.

Les juifs ashkénazes ne proviennent pas de la race juive originelle.
Il est important d’indiquer que la « race juive » (qui descend de la tribu de Juda, et aussi, en de
rares cas, des Lévites) s’éteignit il y a plus de deux mille ans. Le peuple juif ou la race juive n’existe plus8.
L’ensemble des juifs célèbres et des écrivains israélites, ainsi que les historiens qui travaillent
sur le judaïsme, sont d’accord sur le fait que les juifs actuels ne forment aucune race
particulière. Ni biologique, ni génétique, ni ethnologique, ni anthropologique, ils ne forment aucune unité.
Il n’y a aucune indication permettant d’affirmer qu’ils descendraient de la tribu de Juda.
L’anthropologue et historien Raphael Patai écrit dans l’Encyclopædia Britannica de 1973 :
« Les résultats de l’anthropologie montrent que, contrairement à l’opinion
communément admise, la race juive n’existe pas. Les mesures anthropométriques de groupes juifs en beaucoup d’endroits du monde renseignent qu’à l’égard de toutes les caractéristiques physiques importantes, ils sont très éloignés l’un de l’autre. »
Lors d’une conférence tenue à Tripoli, le rabbin Neuberger lança la question suivante à
propos de la race juive :
« Qui est juif ? »
Neuberger répondit :
« Tous ceux qui sont en accord avec la loi juive, la Halacha, et sont convertis au
judaïsme. »
Le titulaire du prix de la Paix des Libraires allemands (2007) et historien spécialiste de la
Shoah, Saul Friedländer, attestait :
« Peut-on devenir juif par la conversion ? C’est une décision personnelle9. »
Un juif est un adepte de la foi juive, du judaïsme (pharisianisme). L’actuelle religion juive peut être retracée depuis son origine, sans interruption à travers tous les siècles, jusqu’aux Pharisiens10.
Le judaïsme actuel se différencie fortement de la religion (hébraïsme) des anciens Israélites.
Entre 598 et 586 av. J.-C., Nabuchodonosor déplaça une grande partie des habitants de Judée pour les mettre à Babylone. En 539 av. J.-C., Cyrus le Perse autorisa les habitants de Judée à réoccuper leur pays. Le départ de Babylone et l’acceptation du Talmud de Babylone marquèrent la fin de l’hébraïsme et le commencement du judaïsme (pharisianisme).

De plus, les juifs ashkénazes ne descendent pas de la race originelle juive, de la tribu de Juda.
Ils sont parents des peuples païens qui ont adopté ultérieurement la foi juive. Ils proviennent des Khazars, qui ont des liens de parentés avec les Tartares et les Mongols.
Par conséquent, l’affirmation « Hitler est un juif » doit être réexaminée : les Rothschild sont des juifs ashkénazes. Et, seulement Hitler et les sionistes ont toujours défini les juifs comme une race.
Cet aspect sera traité de manière approfondie.

 

Chapitre 2
Aucune trace

suite iCi

Zone euro : qui doit réformer d’abord, la France ou l’Allemagne ?


les-crises.fr

Par Romaric Godin

Emmanuel Macron propose de réformer d’abord la France pour pouvoir obtenir de l’Allemagne un cadre plus coopératif en zone euro. Mais l’urgence ne serait-elle pas plutôt de réformer l’Allemagne ?

Dans cette « super année électorale », deux chemins se dressent devant la zone euro : la poursuite de la situation actuelle fondée sur des ajustements unilatéraux et la compétition de tous contre tous au sein de l’union monétaire ou la réforme de son fonctionnement dans un cadre plus coopératif. L’issue de l’élection présidentielle française sera une étape déterminante pour l’issue de ce choix qui, par ailleurs, peut se résumer simplement ainsi : qui doit « réformer » en premier, la France ou l’Allemagne ?

La France devrait réformer d’abord

La plupart des observateurs français et la quasi-totalité des observateurs allemands estiment que c’est à la France de réformer d’abord. C’est, d’ailleurs, le choix qui est fait par Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! Dans un entretien à Ouest-France paru le 12 avril, ce dernier place la priorité dans les « réformes » françaises. Selon lui, tant que la France ne sera pas réformée, « on ne pourra pas retrouver la confiance des Allemands ». Et tant qu’on n’aura pas retrouvé cette confiance, pas question d’aller plus loin dans l’intégration. Grâce à la magie des réformes françaises, Emmanuel Macron espère ensuite arracher à Berlin un « budget de la zone euro contrôlé par un parlement de la zone euro » et lançant des investissements communs. Bref, le programme de Benoît Hamon, mais seulement après les réformes françaises.

Les mots utilisés par Emmanuel Macron dans son interview sont sans équivoque. C’est seulement une fois la « confiance » en la France revenue que l’Allemagne devra se réformer : « ensuite, il faut que l’Allemagne considère que sa situation elle-même n’est pas durablement tenable », explique l’ancien secrétaire générale de l’Elysée (je souligne). Bref, la clé réside donc dans la réforme française.

Les réformes françaises, prélude à une Europe plus coopérative ?

Cette priorité n’est pas anodine. Emmanuel Macron adhère ainsi à l’idée que l’essentiel des difficultés de la France vient de son manque de compétitivité, et que ce manque de compétitivité s’explique principalement par des effets « structurels » qui, pour être simple, se résument à une question de coût du travail. Ce qu’on appelle souvent « flexibilité » n’est qu’une façon d’évoquer le coût des licenciements, car il est en réalité, assez aisé à un employeur de licencier en France pour peu qu’il accepte d’en payer le prix. C’est donc un élément de coût du travail. De même, la consolidation budgétaire n’a d’autre fonction que de permettre des baisses d’impôts et de cotisations. Les « réformes » ne visent donc qu’à réduire ce coût du travail, perçu comme l’alpha et l’omega de la politique économique.

Une fois redevenue compétitive, la France ne présentera plus de « risque » pour le contribuable allemand qui, dès lors, pourra accepter de mettre en commun une partie de ses recettes fiscales. C’est ce qu’Emmanuel Macron et son soutien allemand, le ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble, appellent la « confiance ». Faire en sorte que le besoin de solidarité disparaisse pour mettre en place la solidarité. C’est l’Europe au moindre coût pour les Allemands.

Double langage et leurre

Cette stratégie pose plusieurs problèmes. Le premier, et non des moindres, c’est qu’il est étrange de reconnaître que la position de l’Allemagne n’est pas tenable dès à présent, et ne rien proposer pour changer la donne immédiatement. Il n’est pas moins étonnant d’entendre Jean Pisani-Ferry, le principal conseiller économique du candidat, reconnaître que la politique européenne de 2010 à 2014 a été une « erreur » qui a conduit à une seconde récession parfaitement évitable, et proposer en même temps de se conformer à une architecture institutionnelle de la zone euro qui est le fruit de ces erreurs et qui les a même inscrites dans le marbre des traités : surveillance budgétaire renforcée, sanctions facilitées, pacte budgétaire et solidarité sous conditions d’austérité dans le traité du Mécanisme européen de Stabilité.

Ce double langage laisse inévitablement penser que la stratégie de réformes de la zone euro relève davantage du leurre que de la vraie volonté. En s’engageant d’abord dans les réformes françaises, sans exiger de réformes allemandes, le candidat d’En Marche ! accepte l’ordre établi de l’union monétaire. Il accepte sa logique d’ajustement unilatéral. Or c’est cette logique qui a échoué à partir de 2010 et qui a donné à beaucoup – non sans raison – le sentiment que l’euro n’était plus une monnaie protectrice.

Rétablir la confiance ? Mission impossible !

Car l’Allemagne sait parfaitement jouer sur le registre de la confiance que l’on perd aisément, mais que l’on retrouve difficilement. Il faudra faire preuve non seulement de volonté, mais aussi prouver des résultats. Et quand bien même ces résultats seront obtenus, alors il faudra encore sans doute en faire davantage. Si l’on observe les attitudes face à l’Espagne, au Portugal ou à la Grèce, on remarque que ces pays ne vont jamais assez loin dans les réformes. La Grèce en est l’exemple caricatural puisqu’on en est encore à réclamer des gages de confiance sous la forme de nouveaux plans d’austérité après sept ans d’ajustements. Mais l’Espagne, dont on loue tant les « réformes », qu’a-t-elle obtenu ? Deux ans pour réduire son déficit public au lieu d’une sanction immédiate. Et pas même la présidence de l’Eurogroupe qui semble devoir encore échapper à son ministre des Finances Luis de Guindos, alors que le pays n’a plus de représentants au directoire de la BCE et n’obtient aucun poste à responsabilité en Europe… L’Italie de Matteo Renzi a tenté d’obtenir des concessions en retour de ses « réformes » : elles lui ont été refusées. Pourquoi diable la France d’Emmanuel Macron obtiendrait davantage ?

Déni allemand

La réalité est plus cruelle : l’Allemagne n’accepte pas de se remettre en cause. Elle voit dans son succès économique le fruit de sa « vertu » et cette vision morale ne peut donc déboucher que sur l’exigence de se dresser en modèle. Il n’est qu’à voir les articles indignés de la presse conservatrice allemande sur les critiques d’Emmanuel Macron, pourtant modérées. Le directeur adjoint de la rédaction du Handelsblatt, le quotidien officiel du monde des affaires outre-Rhin, Hans-Jürgen Jakob, parle de « communication patriotique » du candidat pour contrer le FN « sous la forme d’un bashing de Teutons ». On peut voir ici un vrai refus de toute remise en cause de l’excédent courant allemand, qui s’élève à 8,6 % du PIB, soit 270 milliards d’euros, un record. Ce refus est également illustré par le dernier rapport du conseil des experts économiques allemands qui s’échine à prouver le caractère bénin de cet excédent.

Un poids pour la demande

Pourtant, cet excédent pose clairement plusieurs problèmes majeurs. D’abord, il est le symptôme d’une économie allemande qui vit en dessous de ses moyens. Le sous-investissement a été estimé par Marcel Fratzscher, le président de l’institut DIW de Berlin, à 100 milliards d’euros annuels. Cet investissement trop faible touche autant le secteur privé que le secteur public. En donnant la priorité à son désendettement, le gouvernement fédéral est allé très loin, refusant même d’utiliser la très faible marge de manœuvre que lui offre le « frein à l’endettement » inscrit en 2009 dans la Constitution. L’investissement public en a pâtit.

Dans le secteur privé, les entreprises allemandes investissent également trop peu. L’investissement productif a été ralenti par la position de quasi-monopole obtenue sur certains secteurs comme les biens d’équipements ou sur certains niveaux de gamme dans les biens de consommation. Dans ces secteurs, l’investissement nécessaire est minimal. Ailleurs, la modération salariale et les effets des « réformes » du marché du travail ont réduit l’incitation à augmenter la productivité et à investir. Car les salaires sont clairement encore sous-évalués outre-Rhin, et c’est aussi ce que dit l’excédent allemand. Certes, les rémunérations réelles se sont accélérées depuis 2014, avec trois ans de hausse à 1,9 %, 2,4 % et 1,8 %. Mais ces hausses sont encore trop faibles au regard de la quasi stabilité des salaires pendant la décennie précédente. Surtout que, en 2016, le rattrapage s’est singulièrement ralenti.

Un ajustement unilatéral plus difficile

Pas assez d’investissements, pas assez de salaires, c’est autant de moins pour la demande mondiale et celle de la zone euro. Globalement, cet excédent allemand est donc un frein à la croissance des partenaires commerciaux de l’Allemagne. Mais il y a pire : cet excédent rend quasiment impossible l’ajustement unilatéral au sein de la zone euro. Si l’Allemagne disposait encore de sa propre monnaie, son excédent conduirait à une forte appréciation de sa monnaie. Parallèlement, ce phénomène contribuerait à faciliter l’ajustement des pays en déficit. Dans une union monétaire, ce phénomène n’existe pas et seuls les pays en déficit doivent s’ajuster. Mais si l’excédent allemand continue de progresser, l’ajustement devient de plus en plus difficile, voire quasiment impossible. Rééquilibrer cette balance à coup de « réformes » est un leurre. Et lorsque que l’on observe l’évolution des soldes allemands avec les pays de la zone euro qui ont mené des politiques de « réformes », on constate que l’excédent allemand ne se réduit guère suite à ces politiques. C’est pour cette raison que réformer la France seule est une gageure.

Le refus de Bruxelles de sanctionner Berlin

Il conviendrait donc de mettre en place un système permettant de réduire les excédents excessifs en zone euro. En théorie, ce système existe puisque la Commission européenne peut demander des politiques correctrices depuis 2013 lorsque l’excédent courant dépasse 6 % du PIB. Mais si Bruxelles blâme régulièrement Berlin, elle n’engage pas une politique du même ordre dans ce domaine que dans celui des déficits. Rien n’oblige donc Berlin à investir et à dépenser plus, pas davantage qu’à favoriser un meilleur ajustement des salaires. La politique européenne est donc clairement déséquilibrée : elle instaure des plans de consolidation des déficits, sans en faire autant pour les excédents. Elle renonce à « réformer » ceux qu’elle juge « bons élèves », faisant porter le fardeau aux seuls « mauvais élèves ». La morale reste la règle.

Les maux de la France se règleront-elles par des « réformes » ?

Globalement, l’excédent allemand est bel et bien un problème plus urgent que les « réformes » françaises. En octobre dernier, une enquête réalisée auprès de 67 économistes européen par l’institut étasunien Center for Economic and Policy Research (CEPR) montrait que près des deux tiers d’entre eux jugeait inquiétant cet excédent. A l’inverse, les maux de la France pourraient ne pas être où on le croit. Le CEPR publie ce mardi 18 avril une note de recherche qui conclut qu’il existe « de nombreuses preuves qui soutiennent l’idée que le chômage de masse et la stagnation en France sont le résultat d’une demande inadéquate plutôt que de problèmes structurels sur le marché du travail ou d’une dette publique trop élevée. » La question de la « demande inadéquate » souligne à la fois la difficulté de la France à trouver un bon niveau de gamme et la faiblesse structurelle de la demande où l’Allemagne a sa part, comme on l’a vu. On voit mal alors comment une politique de baisse des dépenses publiques pourrait relancer cette demande, quand bien même seraient-elles compensées par des baisses d’impôts qui, souvent, viennent alimenter l’épargne.

La question du niveau de gamme de l’industrie est centrale. Monter en gamme suppose des investissements, notamment dans la recherche. La France dispose d’un outil assez performant dans ce domaine, le Crédit Impôt Recherche qui, cependant, ne se traduit pas par une montée de gamme de l’industrie. Il est vrai que l’Allemagne occupe une place prépondérante sur les marchés de cette gamme. Baisser le coût du travail serait-il alors la solution ? On ne saurait réussir une montée de gamme par ce biais qui, au contraire, à tendance à maintenir la France dans son point faible : un niveau de gamme moyen qui subit la concurrence directe des pays à bas coût. La solution réside sans doute plutôt dans le soutien public à des industries nouvelles et innovantes. C’est, en tout cas, dans cette voie que le Royaume-Uni, après le Brexit vient de se lancer avec un ambitieux plan industriel centré sur les industries nouvelles. Mais ceci, comme la relance de la demande, exige d’oublier la priorité donnée au désendettement par l’architecture de la zone euro mise en place après 2011. On pourrait aussi envisager un vaste plan au niveau européen, porté par la Banque européenne d’Investissement (BEI) pur porter ce type d’évolution dans l’ensemble de la zone euro.

Un choix erroné

Le choix de réformer la France sans réformer l’Allemagne ressemble donc à une erreur comme celle qui a été commise après 2010. C’est le signe, en réalité, de l’acceptation du statu quo actuel. Derrière les dénonciations de l’excédent allemand, rien de concret n’est engagé pour mettre en place une politique plus coopérative. Se contenter d’un « plus tard » ou d’une volonté de « rétablir la confiance » revient à donner à Berlin le pouvoir de décider à quel moment son excédent est trop élevé et à quel moment la France aura bien fait ses « devoirs ». Or, l’expérience prouve que l’Allemagne n’est pas décidée à changer de logique. La politique de réformes promise risque donc d’affaiblir la France sans permettre de renforcer la zone euro. C’est un scénario bien inquiétant.

Romaric Godin

Source : Le Mouvement Réel, Romaric Godin, 19-04-2017

Trump et son équipe de francs-maçons


(À gauche, les commandants communistes juifs en URSS, à droite, les pionniers juifs sionistes au kibboutz Gan Shmuel en 1921. Les deux groupes arborent le signe maçonnique classique). Une atmosphère rappelant l’Allemagne d’avant-guerre est en train d’émerger aux États-Unis et en Europe. Une intensification du conflit entre la « Gauche » (mondialiste) et la « Droite », (nationaliste) ; […]

via Trump et son équipe de francs-maçons — Henry Makow

L’AURORE NAISSANTE


Image de couverture  Afficher l'image d'origine

Ouvrage: L’aurore naissante (Aurora consurgens)

Auteur: Jacob Boehme 

Année: 1612

Traduit par Louis Claude de Saint-Martin

Avertissement du traducteur
Jacob Bêhme, connu en Allemagne, sous le nom du philosophe Teutonique, et auteur de l’Aurore Naissante, ainsi que de plusieurs autres ouvrages théosophiques, est né en 1575, dans une petite ville de la Haute Luzace, nommée l’ancien Seidenburg, à un demi-mille environ de Gorlitz. Ses parents étaient de la dernière classe du peuple, pauvres, mais honnêtes. Ils l’occupèrent pendant ses premières années à garder les bestiaux.
Quand il fut un peu plus avancé en âge, ils l’envoyèrent à l’école, où il apprit à lire et à écrire ; et de là ils le mirent en apprentissage chez un maître cordonnier à Gorlitz. Il se maria à 19 ans, et eût quatre garçons, à l’un desquels il enseigna son métier de cordonnier. Il est mort à Gorlitz en 1624, d’une maladie aiguë.
Pendant qu’il étoit1 en apprentissage, son maître et sa maîtresse étant absens pour le moment, un étranger vêtu très simplement, mais ayant une belle figure et un aspect vénérable, entra dans la boutique, et


1 Orthographe originale respectée tout au long de cet ouvrage. (Note de l’éditeur Arbre d’Or).


prenant une paire de souliers, demanda à l’acheter.
Le jeune homme ne se croyant pas en état de taxer
ces souliers, refusa de les vendre ; mais l’étranger
insistant, il les lui fit un prix excessif, espérant par
là se mettre à l’abri de tout reproche de la part de
son maître, ou dégoûter l’acheteur. Celui-ci donna le
prix demandé, prit les souliers, et sortit. Il s’arrêta à
quelques pas de la maison, et là d’une voix haute et
ferme, il dit : Jacob, Jacob, viens ici. Le jeune homme
fut d’abord surpris et effrayé d’entendre cet étranger
qui lui était tout à fait inconnu, l’appeler ainsi par
son nom de baptême ; mais s’étant remis, il alla à lui.
L’étranger d’un air sérieux, mais amical, porta les
yeux sur les siens, les fixa avec un regard étincelant
de feu, le prit par la main droite, et lui dit : Jacob, tu
es peu de chose ; mais tu seras grand, et tu deviendras
un autre homme, tellement que tu seras pour le
monde un objet d’étonnement. C’est pourquoi sois
pieux, crains Dieu, et révère sa parole ; surtout lis
soigneusement les écritures saintes, dans lesquelles
tu trouveras des consolations et des instructions,
car tu auras beaucoup à souffrir ; tu auras à supporter
la pauvreté, la misère, et des persécutions ; mais
sois courageux et persévérant, car Dieu t’aime et t’est
propice.
Sur cela l’étranger lui serra la main, le fixa encore
avec des yeux perçans et s’en alla, sans qu’il y ait d’indices
qu’ils se soient jamais revus.

Depuis cette époque, Jacob Bêhme reçut naturellement,
dans plusieurs circonstances, différens développemens
qui lui ouvrirent l’intelligence, sur les
diverses matières, dont il a traité dans ses écrits.
Celui dont je publie la traduction est le plus informe
de ses ouvrages ; indépendamment de ce que c’est
celui qu’il a composé le premier, et qu’il ne l’a pas terminé,
en ayant été empêché par une suite des persécutions
qu’il éprouva, il ne l’avoit entrepris, ainsi qu’il
le dit lui-même, que comme un mémorial, et pour ne
pas perdre les notions et les clartés qui se présentaient
en foule à son entendement, par toutes sortes
de voles. Aussi cette Aurore n’est-elle pour ainsi dire
qu’un germe et qu’une esquisse des principes que
l’auteur a développés dans ses écrits subséquens.
D’ailleurs comment auroit-il pu produire à cette
époque-là des fruits plus abondans et plus parfaits ?
Ce nouvel ordre de choses dans lequel étoient comme
entraînées toutes les facultés de son être, ne lui offroit
encore, en quelque façon, qu’un amas confus d’élémens
en combustion. Ce n’étoit pas seulement un
cahos ; mais c’étoit à-la-fois un cahos et un volcan ; et
dans le choc et la crise où se trouvaient tous ces élémens,
il ne pouvoit saisir les objets qu’à la dérobée,
comme il nous en avertit dans plusieurs endroits.
Il avoue aussi très-souvent son incapacité et son
insufisance. Il déclare n’être encore que dans les
douleurs de l’enfantement, et il dit formellement au

chap. 21, que cette oeuvre n’est que le premier bourgeon
de la branche.
Néanmoins dans les ouvrages qu’il a fait succéder
à celui-ci, il faut convenir que quant à la forme et à la
rédaction, il y a aussi une infinité de choses à désirer.
L’art d’écrire si perfectionné dans notre siècle, et
dans le siècle précédent, ne l’étoit point lorsque cet
auteur a vécu ; et même, soit par le rang où il étoit né,
soit par son éducation, soit enfin par des raisons plus
profondes, et qui ont permis que l’arbre fût recouvert
d’une écorce aussi peut attrayante, afin d’éprouver
ceux qui seroient propres ou non à manger de ses
fruits, Jacob Bêhme est resté, en fait de style, au-dessous
des écrivains, dont il lut le contemporain ; ou
pour mieux dire, il n’a pas même songé à avoir un
style.
En effet, il se permet des expressions et des comparaisons
peu distinguées ; il se laisse aller à des répétitions
sans nombre ; il promet souvent des explications
qu’il ne donne que fort loin de l’endroit où il
les avoit promises ; il se livre à de fatigantes déclamations
contre les adversaires de la vérité ; enfin pour
en supporter la lecture, il ne faut nullement chercher
ici le littérateur.
En outre, il faut s’attendre à trouver dans cette
Aurore même, quelques contradictions, ou si l’on
veut, quelques inadvertances. Quoique l’auteur

annonce qu’il n’a écrit que pour lui et pour soulager
sa mémoire, on ne pourra douter qu’en écrivant
il n’ait eu en vue aussi les autres hommes, puisqu’à
tous les pas il parle comme s’adressant à une seconde
personne ; puisqu’il donne souvent des avis salutaires
à ses lecteurs ; et que ces mêmes lecteurs, il les renvoie
à la vie future, où, dit-il, ils ne pourront plus
douter de ce qu’il avance ; enfin parce qu’il avoue en
plusieurs endroits être obligé de publier le fruit de ses
connaissances, de peur d’être condamné lors du jugement,
pour avoir enfoui son talent.
On a lieu de présumer également que, soit lui,
soit les amis instruits qui l’ont connu, soit même les
rédacteurs de l’édition allemande qui me sert de texte,
ont fait quelques corrections à l’Aurore Naissante ;
et qu’ils y ont inséré, après coup, quelques passages
qui ne paraissent pas à leur place, puisque vû leur
profondeur, ils auroient dû être précédés d’explications
et de définitions, qui en apprenant le sens qu’ils
devoient avoir, les eussent rendus plus profitables ; et
parce qu’on trouve cités dans cette Aurore plusieurs
des écrits de la même plûme, qui n’ont été composés
qu’après celui-ci.
Il ne faut pas non plus être étonné de voir l’auteur
entrer en matière, sans être retenu par des difficultés,
qui arrêtent aujourd’hui toutes les classes scientifiques.
Lorsqu’il songea à exposer sa doctrine, il n’eut
point à combattre des obstacles qui sont nés depuis,

et qui rendroient à présent son entreprise si difficile.
Les sciences physiques n’avoient point encore pris le
rang dominant et presque exclusif qu’elles ont de nos
jours ; elles n’étoient pas en conflict, comme elles le
sont devenues, avec les sciences divines, morales et
religieuses.
Ainsi d’un côté, en parlant de la nature, Jacob
Bêhme pouvoit employer alors les mots de propriétés,
qualités, essences productrices, vertus, influences,
qui sont comme proscrits de la nomenclature actuelle.
De l’autre, en parlant des sciences divines, morales
et religieuses, il trouvoit toute établie dans la pensée
des hommes l’existence de Dieu, celle de l’âme
humaine, spirituelle et immortelle, celle d’une dégradation,
et celle des secours que la main suprême
transmet depuis la chûte universellement et journellement
à l’espèce humaine dégénérée ; et si à cette
époque, on n’avoit point encore appris à l’homme,
qu’il peut et doit lire toutes ces notions-là dans luimême,
avant de les puiser dans les traditions, ainsi
que mes écrits le lui ont enseigné de nos jours, au
moins la croyance commune étoit-elle accoutumée à
les regarder comme fondamentales, et comme étant
consacrées dans ce qu’on appelle les livres saints.
Car la révolution de Luther avoit bien en effet
dévoilé des abus très révoltans, mais ne portant point
le flambeau jusque dans le fond des choses ; elle laissoit
encore l’esprit de l’homme s’appuyer en paix et

en silence, sur la persuasion de la dignité de son être,
et sur des vérités, les unes terribles, les autres consolantes,
dans lesquelles son coeur trouve encore une
nourriture substantielle, lors même que sa pensée ne
parvient pas à en percer toutes les profondeurs.
Jacob Bêhme pouvoit donc s’occuper librement
alors à élever son édifice, tandis qu’aujourd’hui il lui
auroit fallu employer tout son tems et tous ses efforts
à en faire apercevoir et adopter les bases. Dans ce
tems-là, il n’avoit qu’à décrire ; aujourd’hui il n’auroit
eu d’autre tâche que de prouver. Dans son tems
il lui suffisoit d’un pinceau ; aujourd’hui on ne lui eût
permis que la règle et le compas.
C’est ce qui fait que dans le siècle dernier, il a eu
plus de partisans qu’il n’en peut espérer dans celuici.
Il en a eu en grand nombre dans les différentes
contrées de l’Allemagne. Il en a eu en Angleterre de
très-distingués, les uns par leurs connoissances, les
autres par leur rang.
On cite parmi les premiers, le fameux Henri Morus,
(que personne ne confondra sans doute avec le chancelier)
et parmi les seconds on cite le roi Charles Ier,
qui, selon des témoignages authentiques, avoit fait
des dispositions pour encourager la publication des
ouvrages de Jacob Bêhme en anglais, particulièrement
de celui appelé Mysterium magnum, le grand
Mystère.

On rapporte, sur-tout, que lorsqu’il lut en 1646
l’ouvrage intitulé Les Quarante Questions sur l’Âme, il
en témoigna vivement sa surprise et son admiration,
et s’écria : que Dieu soit loué ! puisqu’il se trouve
encore des hommes qui ont pu donner de sa parole
un témoignage vivant tiré de leurs expériences
Ce dernier écrit détermina le monarque à envoyer
un habile homme à Gorlitz, avec ordre premièrement,
d’y étudier avec soin les profondeurs de la
langue allemande ; afin d’être parfaitement en état
de lire Bêhme en original, et de traduire ses oeuvres
en anglais ; et secondement, de prendre des notes sur
tout ce qu’il seroit possible d’apprendre encore à Gorlitz
de la vie et des écrits de cet auteur.
Cette mission fut fidèlement remplie par Jean Sparrow,
avocat à Londres, homme d’une vertu rare et
d’un grand talent. Il est reconnu pour être le traducteur
et l’éditeur de la totalité des ouvrages de Bêhme
en anglais, le dernier de ces ouvrages n’ayant cependant
vu le jour qu’après le rétablissement de Charles
II dans les années de 1661 et 1662. Il passe aussi pour
avoir pénétré profondément dans le sens de l’auteur.
On regarde sa traduction comme très-exacte, et elle a
été d’un grand secours aux autres traducteurs anglais
qui sont venus depuis, entr’autres, à William Law.
En France, parmi les admirateurs de Bêhme, on
cite feu M. Poiret. Il avoue, (voyez le Dictionnaire
de Moréri), que cet auteur est si sublime et si obscur,

qu’il ne peut être vivement senti et réellement
entendu de personne pour savant et grand esprit
qu’on puisse être, si Dieu ne réveille et ne touche
divinement, et d’une manière surnaturelle, les facultés
analogues à celles de l’auteur.
Il prétend qu’il n’y a rien de plus ridicule que
d’avancer, comme quelques-uns le font, que Bêhme a
tiré ses connaissances de Paracelse. Il peut bien, dit-il,
s’être conformé à lui en quelques termes et manières
de s’exprimer ; mais il n’y a rien du tout dans Paracelse,
ni de ses trois principes, ni des sept formes
de la nature spirituelle et corporelle, (nous pouvons
ajouter ni de sa Sophie, ou de son éternelle vierge)
qui sont pourtant les vraies et uniques bases de Jacob
Bêhme, lequel on ne sauroit lire avec quelque dicernement,
sans s’apercevoir et sentir qu’il ne parle pas
d’emprunt, et que tout lui vient de source et d’origine.
Il y a eu plusieurs éditions complettes des OEuvres
de Bêhme, en allemand ; les Flamands, les Hollandais,
les ont également traduites et imprimées chacun dans
leur langue ; quelqu’un des ouvrages de cet auteur
ont été traduits en latin ; particulièrement les Quarante
Questions. Sa réputation s’étendit de son tems
dans la Pologne et jusques en Italie. J’ai appris aussi
que de nos jours on avoit commencé à le traduire en
russe. Enfin, pendant qu’il a vécu, et depuis sa mort,
il a été regardé parmi les partisans des profondes
sciences dont il s’occupe, et parmi les émules qui ont

couru la même carrière que lui, comme le prince des
philosophes divins.
Toute fois, quant à sa doctrine, prise en elle-même,
et malgré l’avantage qu’elle avoit le siècle dernier,
de pouvoir s’élever sur des bases qui n’étoient pas
contestées, il ne faut pas le nier, elle est tellement
distante des connaissances ordinaires ; elle pénètre
dans des régions où nos langues manquent si souvent
de mots pour s’exprimer. Enfin, elle gêne tant d’opinions
reçues, que dans le tems même où il a écrit, elle
ne pouvoit être accueillie du plus grand nombre, et
que le cercle de ses véritables partisans ne pouvoir
être que très-resserré, en comparaison de celui de ses
adversaires et de ses détracteurs.
Depuis que cet auteur a paru, ces obstacles qui
tiennent au fond des choses, et qui sont indépendants
de ceux qui appartiennent à la forme, se sont accrus
pour la plupart à un point prodigieux. De nos jours,
sur-tout, les sentiers de la science supérieure dont il
s’est occupé ont été obstrués par une infinité d’enseignemens
hasardés, ou reposant sur la base précaire
des prédictions et du merveilleux ; enseignemens peu
substantiels et mal épurés qui ont discrédité d’avance
le terme sublime et simple où sa doctrine tend à nous
conduire.
D’un autre côté, la philosophie humaine en matérialisant
tous les ressorts de notre être, a effacé le
vrai miroir dans lequel Jacob Bêhme nous enseigne

à nous reconnoitre. De-là elle n’a pas eu de peine à
annuller le peu de croyance qui eut dû servir d’appui
aux principes qu’il nous expose. Elle a oublié
qu’elle ne nous portoit pas au-delà de la surface des
choses ; elle s’est prévalu de sa clarté externe, et de
son imposante méthode pour déprimer d’autant les
sciences divines, qu’elle ne s’est pas même occupée
de soumettre à l’observation, et dont elle a cru qu’elle
avoit triomphé complettement dès qu’elle avoit discrédité
les défenseurs mal-adroits qui les avoient déshonorées.
Il est vrai que ces sciences divines ellesmêmes,
et la croyance sur lesquelles elles reposent
n’ont presqu’universellement reçu de la part de leurs
propres ministres et de leurs propres instituteurs, que
de notables préjudices, au lieu des développemens
qu’elles auroient eu droit d’en attendre.
Mais s’il n’y avoit rien, de quoi auroit-on donc pu
abuser ? D’ailleurs, les sciences humaines, au lieu de
guérir nos maux, après nous les avoir découverts, les
ont grandement augmentés, en ne nous donnant des
remèdes que pour les maladies extérieures, tandis
qu’il falloit renouveler la masse de notre sang. Elles
nous ont tués, tout en prétendant nous apporter la
vie ; et par leur inexpérience, leur mauvaise foi et leur
orgueil, elles ont éteint la mèche qui fumoit encore,
et ont achevé de briser le roseau cassé.
Il n’étoit donc pas possible que l’ouvrage dont je
publie aujourd’hui la traduction, se présentât avec

plus de désavantages et dans des circonstances moins
favorables. Pour en juger on n’a qu’à lire l’Encyclopédie
à l’article Théosophes, et le nouveau Dictionnaire
Historique, par une Société de gens de lettres,
à l’article Boehm (Jacob), et l’on verra quelle est présentement
parmi les Français, la réputation de mon
auteur, et quel crédit doit avoir sa doctrine.
J’avoue qu’elle est souvent obscure, et que son obscurité
ne disparoitra qu’autant que le lecteur suivra
les conseils que l’auteur donne lui-même fréquemment
pour parvenir à l’intelligence de ses ouvrages.
Or, comment pourra-t-il suivre ces conseils, s’ils ne
reposent que sur ces mêmes bases essentielles et
constitutives que les systèmes régnant ont abolies ?
Ce sera à lui à sonder ses forces ; à scruter profondément
la nature de son être ; à s’aider des secours
et des notions subsidiaires qui ont paru de nos jours
sur ces grands objets ; enfin, à prendre d’énergiques
résolutions, s’il ne veut pas faire avec cet auteur une
connoissance infructueuse.
Quant à moi, si au sujet de la doctrine de Jacob
Bêhme j’avois un reproche à joindre à tous ceux dont
on la couvrira, (reproche toutefois, qui ne seroit que
conditionnel et qui ne tiendroit probablement qu’à
l’altération de nos facultés) ce seroit de porter jusqu’à
l’épuisement l’analyse de certains points, que dans
l’état de notre nature actuelle nous ne devrions, pour
ainsi dire, qu’effleurer. Ce seroit de nous repaître

jusqu’à satiété, du spectacle détaillé et de la description
en quelque sorte anatomique de tous les ressorts
cachés qui constituent l’être divin, tandis que
nous n’avons seulement pas la vue assez nette pour
saisir leur jeu extérieur, et la pompe si attrayante de
leur majestueux ensemble. Mais l’auteur a répondu
d’avance à cette objection, en annonçant que pour
lire et entendre son livre, il faut être régénéré.
Au reste, si le lecteur en réfléchissant à toutes ces
observations et à tous les obstacles que je viens de
peindre, me demandoit pourquoi je me détermine à
publier un pareil ouvrage, voici d’abord ce que, j’aurois
à lui répondre.
Malgré l’opposition apparente qui règne entre les
sciences naturelles et les sciences divines, elles ne
sont cependant divisées que parce que dans la main
imprudente de l’homme les premières ne veulent
devoir qu’à elles-mêmes leur origine, et que les
secondes en ne doutant pas que la leur ne soit sainte
et sacrée, prétendent cependant la faire reconnaître
pour telle, sans en savoir offrir la démonstration la
plus efficace et sans exhiber les plus beaux de leurs
titres. Mais ces deux classes de sciences sont unies
par un lien qui leur est commun ; l’une est le corps,
l’autre est le principe de vie. L’une est l’écorce, l’autre
est l’arbre ; ou, si l’on veut, ce sont deux soeurs, mais
dont la cadette, qui est la science naturelle, n’a pas
voulu avoir pour son aînée les égards qui lui étoient

dûs, et dont l’aînée ou la science divine a eu la faiblesse
et la négligence de ne pas savoir conserver son
rang, et de laisser sa soeur cadette non-seulement lui
disputer son droit d’aînesse, mais même la légitimité
de son existence.
Or, tout annonce qu’il se prépare pour ces deux
classes de sciences, une époque de réconciliation et de
réhabilitation dans leurs droits respectifs. Elles sont
l’une et l’autre dans une sorte de fermentation qui ne
peut manquer de produire, peut-être avant peu, les
plus heureux résultats. La science divine en avançant
vers le terme de son vrai développement, et en sentant
qu’elle descend de la lumière même, reconnoîtra
qu’elle n’est point faite pour marcher dans des voies
isolées, obscures et ténébreuses ; qu’elle ne peut se
montrer avec tous les avantages qui lui sont propres,
qu’en s’unissant par une alliance intime avec l’universalité
des choses, et qu’en siégeant, comme un astre
vivificateur, au milieu de toutes les vérités physiques
et de toutes les puissances de la nature.
Et la science naturelle, à force de scruter les bases
des choses physiques, à force de tourmenter les élémens
et de provoquer le feu caché dans ces substances
déjà si inflammables par elles-mêmes, leur
fera faire une explosion qui la surprendra, qui dissipera
ses préventions, et lui fera regarder sa soeur
aînée comme sa compagne inséparable et comme son
plus ferme soutien.

suite page 18

l-aurore-naissante

LA TRIPLE REVOLUTION


Afficher l'image d'origine  Afficher l'image d'origine

Auteur : WALTHER RATHENAU -1867-1922

Ouvrage : La Triple Révolution

Année : 1921

traduit par David Roget


Walther Rathenau, né le 29 septembre 1867 à Berlin – mort le 24 juin 1922 dans la même ville, est un industriel, écrivain et homme politique allemand. Issu d’une famille juive, il se veut l’exemple d’une assimilation culturelle et nationale réussie, affirmant que « seul du sang allemand coule en moi ». Il est cependant la cible privilégiée des discours antisémites et sera assassiné par l’Organisation Consul.

Personnalité importante de l’histoire allemande du début du XXe siècle, Walter Rathenau est le fils d’Emil Rathenau, fondateur d’AEG et magnat de l’électricité, et de Mathilde Nachmann1. Walter Rathenau fait ses études à la faculté des Sciences de Berlin et de Strasbourg. À 26 ans, il est nommé à la tête d’une société d’aluminium. En 1899, son père lui offre un poste important au sein de sa société d’électricité, dont il prendra la tête en 1914.

Carrière politique

Ardent partisan de la politique impériale allemande, il s’engage en politique et soutient les opérations d’agression pendant le premier conflit mondial. Il dirige notamment le département des matières premières. Il lance un appel à la « guerre totale » au printemps 1918 et, après l’armistice du 11 novembre, choisit de soutenir les institutions de Weimar. Devenu ministre de la Reconstruction en 1921 et ministre des Affaires étrangères en 1922, sous la république de Weimar, Walter Rathenau négocie avec les représentants soviétiques Christian Rakovsky et Adolf Joffe le traité de Rapallo qui efface la dette de guerre et qui permet à la république de Weimar de contourner les stipulations des traités de paix (entraînement de troupes allemandes sur le territoire soviétique).

Stefan Zweig écrit de lui2 : « Ses paroles coulaient comme s’il avait lu un texte écrit sur une feuille invisible et il donnait cependant à chacune de ses phrases une forme si accomplie et si claire que sa conversation, sténographiée, aurait constitué un exposé parfaitement propre à être imprimé tel quel. […] Il y avait dans sa pensée je ne sais quoi de transparent comme le verre et par là même d’insubstantiel. J’ai rarement éprouvé plus fortement que chez lui la tragédie de l’homme juif qui, avec toutes les apparences de la supériorité, est plein de trouble et d’incertitude. […] Toute son existence n’était qu’un seul conflit de contradictions toujours nouvelles. Il avait hérité de son père toute la puissance imaginable, et cependant il ne voulait pas être son héritier, il était commerçant et voulait se sentir artiste, il possédait des millions et jouait avec des idées socialistes, il était très juif d’esprit et lorgnait du côté du Christ ».

En dépit de ses succès, il devient impopulaire en tant que juif, partisan de la république de Weimar et signataire d’un traité avec un État communiste. Il est alors choisi pour cible par l’extrême gauche mais aussi par les groupes nationalistes d’extrême droite. Son style flamboyant et son intelligence3, mise au service du gouvernement allemand, s’opposent au chaos dans lequel les forces révolutionnaires issues des Corps Francs (cf. Freikorps) espèrent construire une nouvelle société sur les ruines de la Première Guerre mondiale. Il est alors considéré par ses ennemis comme un représentant de l’« Ancien régime ». Selon Hellmut von Gerlach, un journaliste pacifiste ami de Rathenau, Rathenau est honni parce qu’« il est juif et […] il est la réfutation vivante de la théorie antisémite qui veut que le judaïsme soit nocif pour l’Allemagne »4. L’assassinat de Rathenau « doit inciter la gauche à frapper », et pour le procureur du Reich, une fois « le soulèvement de la classe ouvrière écrasé, [permettre] la mise en place d’un gouvernement d’extrême droite »5. L’Organisation Consul, groupe terroriste dans lequel évolue Ernst von Salomon, décide de l’assassiner pour provoquer la chute du gouvernement. Les membres de l’organisation passent à l’action le 24 juin 1922 : un cabriolet ayant deux hommes à bord vêtus de manteaux en cuir et de capuches (Erwin Kern et Hermann Fischer, tous deux anciens officiers de marine) s’approche de la voiture du ministre. Rathenau est abattu de plusieurs coups de pistolet automatique. Les assassins prennent alors la fuite en lançant une grenade. Une vaste opération de police est déclenchée et la plupart des groupes nationalistes sont décapités.

Un million de personnes assistent à ses funérailles. Un journal berlinois note : « Le directeur d’une des plus grandes entreprises du monde avait été tué et des ouvriers communistes venaient pleurer sur sa tombe et maudire ses meurtriers. »6

Le 17 juillet 1933, Hitler fait un geste hautement symbolique en honorant publiquement les assassins de Rathenau.

wikipedia.org


 

L’ÉCONOMIE NOUVELLE

En dehors des conséquences résultant, pour la vie
internationale, de longues hostilités, les répercussions
de la guerre atteindront profondément la vie intérieure
des nations et mettront lentement en lumière le fait
que le grand événement, qui prit la forme d’une guerre
civile entre Européens, signifie surtout un bouleversement
dans le domaine de la politique sociale. Les
résultats politiques de ce bouleversement tendront à
la démocratisation dans les Etats autocratiques, à la
concentration dans les Etats démocratiques. Les résultats
sociaux, promoteurs d’une économie nouvelle,
conduiront peu à peu à une nouvelle organisation des
couches sociales.
Ainsi nous serons amenés à concevoir l’économie
sociale de l’avenir et chaque jour il deviendra plus
urgent d’accentuer les traits du tableau, parce que, d’une
part, les hypothèses s’incrustent toujours plus profondément
et que, d’autre part, l’habitude de peser les
conséquences, même les plus lointaines, exige une
persévérance de plus en plus grande tout en accordant
de moins en moins de temps. Pour être concluante,
l’estimation doit, avant tout, embrasser d’un seul
regard l’avenir le plus proche comme le plus lointain.
Il faut traiter comme un tout les représentations des
étapes successives de l’évolution, tout en se réservant
l’examen ultérieur de leur entrée successive dans le
domaine pratique. Les idées d’évolution ne pouvant
devenir populaires que plusieurs années après la guerre
et demandant des dizaines d’années pour se réaliser,
il faut les unifier et remettre à plus tard la discussion de
leur mise en pratique.
Établissons le bilan d’après-guerre. Nous nous
trouvons immédiatement en présence de la dépopulation
la plus considérable de tous les temps. Dix
millions d’êtres humains sont morts ou mutilés, cinq
millions sont revenus de captivité. Tous hommes
dans la force de l’âge. Leur nombre correspond
environ à la totalité de la population mâle de
l’Angleterre avant la guerre. La diminution de la
production mondiale annuelle consécutive à cette
perte peut s’évaluer au moins à quinze milliards.
Cela représente, à peu de chose près, l’épargne annuelle
de l’Europe entière. La diminution de la production
intellectuelle échappe à toute investigation.
Les frais de guerre sont, pour l’Europe, de quatre
à cinq cents milliards. Presque le total de la fortune
nationale de l’Amérique. Les pertes représentent un
peu moins de la moitié de ces frais de guerre apparents ;
cependant les transmutations de la fortune nationale
correspondent à la totalité. Aux frais apparents il
faut ajouter les capitaux nécessaires au paiement des
pensions aux mutilés et aux survivants — ces capitaux
représentent en somme des transmutations —

les frais de restauration des pays dévastés, des moyens
de production et de matériel de guerre détériorés et
détruits — ceux là sont des pertes sèches. Ces deux
postes augmentent les frais apparents dans la proportion
de deux cent milliards et les porteront à environ
six ou sept cents milliards, tandis que les pertes
sèches atteindront un peu plus de la moitié de cette
somme.
Les pertes sèches atteignirent leur point culminant
au début de la guerre, lorsque le monde se précipitait
sur ses réserves; elles diminuèrent lorsque la guerre
parvint à se suffire à elle-même, en ce sens que la
majeure partie des industries se transformèrent en
industries de guerre. Ainsi à la fin de chaque année,
les objets de première nécessité étaient tirés du sol
national et le travail annuel seul pouvait être considéré
comme gaspillé et les outils détériorés comme perdus
économiquement. Dans cet ordre d’idées l’Allemagne
était plus favorisée que ses ennemis ; nous employions
nos stocks de matières premières et de produits manufacturés,
nous arrivions à posséder de grandes disponibilités
et continuions à exploiter notre propre pays. Nos
ennemis, par contre, pouvaient toujours acheter une
grande partie de ce dont ils avaient besoin et, de ce
fait, s’endettaient à l’étranger. Par contre ils avaient
l’avantage de maintenir jusqu’à un certain point leurs
industries de paix et leurs exportations et de protéger
leur change.
Outre les terribles sacrifices humains, il faut considérer
comme perdus économiquement les matières
premières, les objets à demi manufacturés et les marchandises

qui existaient avant la guerre. Ajoutons
encore aux pertes les économies que les peuples auraient
faites sous forme de nouveaux placements, au cours
d’un même nombre d’années de paix. Pertes encore,
les dévastations, les détériorations et l’appauvrissement
des moyens de production fixes et mobiles. En
compensation citons les fabriques nouvellement construites,
d’ampleur médiocre mais non négligeable et
qui pourront servir à l’économie future, cela spécialement
dans les domaines de la chimie, de la métallurgie
et de l’architecture navale.
De prime abord, il paraît absurde que, malgré ces
pertes incroyables on puisse, chez les Etats belligérants,
discerner certains indices d’un accroissement de la fortune
nationale, accroissement qui, dans ces conditions,
pourrait n’être qu’apparent. Prenons un exemple banal :
un agriculteur possède un bien inaliéné, d’une valeur
de 100 000 marks. Il le cède à son fils et dote ses trois
filles en prenant une hypothèque de 50 000 marks pour
chacune d’elles. Les enfants évaluent alors leur fortune
à 150 000 marks, quoique la valeur du bien n’ait
pas augmenté. En réalité chaque mark de leur fortune
supputée vaut tout au plus 60 pfennigs. De même, la
somme des créances sur la fortune nationale a augmenté,
tandis que cette fortune ne s’est pas accrue, mais a
au contraire, diminué. Les nouvelles créances se
basent sur des fournitures, sur des productions et sur
des redevances. Si, comme chacun le fait, on calcule
ces prétentions séparément et qu’on les ajoute à l’effectif
total de la fortune, celle-ci paraît avoir beaucoup
augmenté, tandis qu’en réalité elle ne dispose que de

100%, de sorte que le découvert a eu lieu aux dépens
de l’unité de valeur.
Nous sommes en présence de deux conclusions erronées
et qu’il faut éviter. En premier lieu, la baisse
des changes ne peut être attribuée exclusivement à ces
circonstances; en réalité elle provient d’autres causes.
En outre, dans le domaine de l’économie politique, il
ne faut pas mettre en parallèle, sans plus, la diminution
de l’unité de fortune avec une baisse de la valeur de
l’argent, qui entraîne après elle un renchérissement
général. Car l’Etat, vu son pouvoir d’imposition, possède
le moyen de remédier quelque peu à la situation
de la dette, en frappant le revenu, pour remplacer, au
moins partiellement, la dépréciation de l’argent par
celle des rentes et des recettes ; il peut m.ême procéder
à la confiscation des fortunes; toutefois, il ne sera pas
possible d’écarter complètement les conséquences de
l’inflation des emprunts. Ici nous touchons déjà au
deuxième facteur, peut-être le plus délicat, du bilan
général des charges: la transmutation des créances, ou,
comme nous les nommons habituellement, des fortunes.
Tous ceux qui ont eu affaire avec la guerre sont devenus
les créanciers des abstentionnistes; cela dans
toutes les hiérarchies et sans que la morale ait toujours
été respectée. Beaucoup de gens ont risqué leur
vie et ont été cruellement lésés dans leur situation
domestique, parceque leur solde minime ne compensait
nullement les dommages apportés à la profession
qu’ils exerçaient en temps de paix; d’autres ont fourni
un travail économique plus ou moins important et
souvent exagérément rétribué; ils ont acquis une

fortune sans courir aucun danger et sans aucun mérite
moral. En dehors de ces cas extrêmes, les classes
moyennes, les rentiers et les propriétaires urbains sont
les plus durement frappés; car les ouvriers sauront
bien adapter leurs salaires aux nouvelles conjonctures;
le bien-être renaîtra lentement mais suffisamment, la
propriété rurale continuera à prospérer; ces résultats
se manifesteront lorsque l’Etat s’avisera, d’une façon
décisive, de compenser les charges en confisquant les
fortunes et en frappant les épaules les plus solides.
Ce transfert de richesse aux dépens des classes
moyennes doit éveiller un profond souci d’ordre
moral. Les classes moyennes supérieures détiennent
une grande part de notre intelligence scientifique,
technique, journalistique et littéraire, fournissent le
contingent moyen de nos fonctionnaires publics et
privés. A l’abaissement de la classe moyenne correspond
l’élévation d’une catégorie d’enrichis appartenant
à des couches populaires qui ne connaissent ni frein,
ni responsabilités. Il sera aussi difficile de les atteindre
par des mesures légales tendant au nivellement
des fortunes qu’il leur sera facile de protéger leur
fortune par les moyens mêmes qu’ils ont mis en oeuvre
pour l’acquérir. Ces conjonctures engendreront l’exaspération
des haines de classes et cela aura son bon
côté, en ce sens qu’on cessera d’adorer la richesse et
que l’on pourra imposer des limites à la liberté sans
bornes de l’exploitation.
Nulle catégorie de la classe moyenne ne saurait
être aussi durement frappée que les propriétaires
urbains ; pourvu encore que la dépréciation systématique

de l’argent ne remédie pas à un moindre mal par un
pire. Nous entendons par propriétaire celui qui, derrière
une première et presque toujours une deuxième
hypothèque, possède encore un excédent de la valeur
d’une maison. Malgré sa liberté de reconstruire et de
louer, le propriétaire n’est souvent pas autre chose
que l’administrateur de ses créanciers hypothécaires;
il encaisse le gain provenant de l’augmentation des
loyers et de la valeur du terrain, mais, pour faire
face à une aggravation du taux de l’intérêt du capital
engagé, il a encore tous les risques à courir d’une diminution
de la valeur et du rendement. Si donc, comme
cela en a tout l’air, le taux habituel de l’intérêt demeure
surélevé d’un pour cent, aggravant d’autant les
charges de l’hypothèque, l’excédent, la réserve, ne
servant plus qu’à couvrir une partie des dettes, est
pour ainsi dire perdu ainsi que la fortune du propriétaire,
autrefois à son aise. Lorsque, par-dessus le
marché, les encaissements diminuent , cet excédent
est complètement perdu et, en outre, une partie de
l’hypothèque. Or, cela ne tarde pas à arriver lorsque
la fortune, les revenus, les dépenses et les besoins
locaux diminuent, lorsque les magasins et les hôtels
ferment faute d’affaires.
Le moment est venu où les communes urbaines,
volontairement ou sous l’empire d’une législation populaire,
devraient envisager une saine politique de
réforme de la propriété foncière. Les moyens, qui sont
nombreux, pourraient être laissés à l’appréciation
locale; le principe serait celui qui devrait être à la
base de toute action fiscale: où le fisc prend, il doit

aussi donner. Ce qu’il devrait donner, c’est la garantie
d’hypothèques à bon marché et au besoin un supplément
de rente; par contre la propriété foncière paierait
à la commune un droit de dévolution. Ainsi, dans
un laps de temps indéterminé, celle-ci serait maîtresse
de toutes les augmentations futures de la valeur de la
propriété foncière. Il en résulterait pour les générations
futures un partage plus équitable de la propriété
et un assainissement des finances urbaines.
Les dangers économiques résultant du changement
d’assises de la fortune dépassent ces dangers sociaux
et moraux. Toute personne possédant une fortune,
même modeste, deviendra créancière de l’Etat. Les
dettes de l’Etat se sont multipliées, les lourdes charges
des pensions s’y sont venues ajouter. Les sommes
annuelles provenant de l’ensemble de l’administration
et devant être distribuées aux destinataires peuvent
être évaluées au double de l’époque nationale antérieure.
Même au cas de la mainmise la plus tenace sur les
fortunes, qui ne saurait guère aller au delà d’un tiers,
la dette nationale sera diminuée à peine de trente
milliards vu l’inégalité des fortunes. Comment sera
formé le corps de l’administration? comment et à
quelle place faudra-t-il appliquer les tentacules de l’appareil
financier destinées à tirer environ le tiers de son
suc nourricier à l’organisme, pour préparer une nouvelle
circulation? tel est le problème qui se pose devant
l’avenir de notre puissance économique et dont dépend
notre future existence, tant matérielle que politique.
C’est là le point qui formera plus loin le centre
de notre discussion.

Les conjonctures nationales: commerce extérieur,
change, établissement des prix, cèdent le pas aux questions
primordiales relatives à la diminution et à la
transmutation des fortunes. Leur importance reste
néanmoins considérable.

suite page 9.

Rathenau_Walther_-_La_triple_revolution.pdf

Soixante-dix ans de harcèlement contre les gouvernements et le peuple européens


voltairenet.org

par Andrey Fomin

Contrairement aux apparences, si les États-Unis ont décidé d’enquêter et de mettre au jour d’éventuels soutiens russes aux partis anti-européens, leur but n’est pas de protéger les Européens de quelque ingérence étrangère. C’est même plutôt l’inverse. Depuis soixante-dix ans, Washington manipule la politique de l’Europe de l’Ouest et empêche la mise en place d’une véritable démocratie.

JPEG - 46.7 ko

Un article retentissant publié dans The Telegraph nous apprend que le directeur du renseignement états-unien a été récemment diligenté par le Congrès pour « mener une enquête de grande envergure sur le financement occulte de partis politiques européens par la Russie au cours de la dernière décennie [1]. » Cette révélation, une fuite contrôlée, classique du genre, a pour but de mettre en garde toutes les entités politiques européennes insoumises, fortifiées par le soutien populaire, et de les inciter à revoir à la baisse leurs ambitions de rééquilibrage de la souveraineté de leur État au sein de l’Union européenne. Le parti Jobbik en Hongrie, Aube dorée en Grèce, la Ligue du Nord en Italie et le Front national en France sont explicitement cités dans la liste des suspects. L’article laisse entendre que d’autres partis en Autriche, en République tchèque et aux Pays-Bas, sans être cités nommément, font l’objet des « investigations des services de renseignement US ». Même le nouveau chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, est suspecté de s’amouracher des Russes. Le message est clair : toute personnalité politique qui ose remettre en cause l’expansion de l’Otan vers l’est, les mesures de sanctions envers la Russie ou la position actuelle de l’Europe dans le conflit ukrainien est considérée comme un agent, de plein gré ou à son insu, de la guerre multiforme menée par la Russie.

Tout cela serait amusant si ce n’était pas dangereux. À la vérité, tout observateur impartial se poserait quelques questions élémentaires : pourquoi les agences de renseignement états-uniennes s’intéressent-elles donc tant aux enjeux de la sécurité intérieure en Europe ? N’est-ce pas les mêmes agents qui financent, recrutent et manipulent d’innombrables personnes, organisations politiques et médias européens ? Pourquoi les États-Unis lèvent-ils si ostensiblement le voile sur leur domination sur l’Europe ?

La réponse politiquement correcte à ces interrogations s’articule autour du rôle salvateur des États-Unis en Europe contre la « menace communiste » après la Seconde Guerre mondiale, où ils ont permis une reprise rapide de l’économie et de la protection que leur parapluie nucléaire garantit encore aujourd’hui sur le continent. Peut-être. Mais l’analyse du contexte historique commence avec le plan Marshall. D’abord, parce qu’il ne fut lancé qu’en 1948. La capitulation nazie datant de mai 1945, un lecteur mal informé pourrait en déduire que les États-Unis travaillaient depuis trois ans à la préparation de ce programme d’investissements massifs pour l’Europe… et il aurait tort. Lors de la seconde conférence de Québec en septembre 1944 (portant le nom de code « Octogone »), le Président des États-Unis, F. D. Roosevelt, et son secrétaire au Trésor, Henry Morgenthau Jr, soumirent au Premier ministre britannique, Winston Churchill, leur programme post-capitulation pour l’Allemagne [2]. Ce document secret envisageait la partition et la démilitarisation complète de l’État allemand. Il prévoyait la division de l’Allemagne en deux États indépendants. Les centres miniers et industriels, dont le protectorat de Sarre, la Ruhr et la Haute-Silésie devaient être internationalisés et annexés par la France ou la Pologne. En voici quelques extraits :

-  Les forces armées [états-uniennes] entrant dans les zones industrielles [allemandes] devront procéder à la destruction de toutes les usines et de tous les équipements qui ne pourraient pas être immédiatement déplacés.
-  Dans un délai de six mois après l’arrêt des hostilités, toutes les usines et tous les équipements industriels qui n’auraient pas été détruits par l’armée seront tous soit démantelés ou déplacés hors zone, soit complètement détruits.
-  La population de ces régions sera informée que, désormais, aucune industrie ne sera autorisée à s’implanter dans les zones démantelées. Ainsi, les ouvriers qualifiés et expérimentés seront encouragés à émigrer définitivement avec leur famille et dispersés dans tout le pays.
-  Les stations de radio, les journaux, magazines, hebdomadaires, etc. seront tous suspendus jusqu’à ce que des contrôles adéquats soient mis en place et un programme approprié adopté.

 

Ce programme de reprise post-conflit mondial pour l’Allemagne est connu sous le nom de Plan Morgenthau. La célèbre directive du Comité des chefs d’état-major interarmées 1067 adressée au Commandant en chef des Forces d’occupation états-uniennes en Allemagne, officiellement publié en avril 1945, était parfaitement calquée sur ce document initial [3].

PNG - 318.9 ko
La partition de l’Allemagne d’après les dispositions du plan Morgenthau de 1944

Le plan Morgenthau s’avéra rapidement être une erreur stratégique. Les États-Unis sous-estimaient l’impact culturel et idéologique que les Soviétiques allaient avoir sur la société européenne. Ne se fiant qu’à leur propre jugement, les stratèges US ne saisirent pas la force d’attraction exercée par le système socialiste sur la majorité de la population des nations libérées. Les organes politiques se réclamant du socialisme et du communisme remportaient des élections démocratiques et faisaient croître leur influence, non seulement en Europe de l’Est, mais aussi en Grèce, en Italie, en France et dans d’autres pays européens (voir les succès de Palmiro Togliatti et de Maurice Thorez, pour ne citer qu’eux). Progressivement, les États-Unis se rendirent compte que la désindustrialisation qu’ils voulaient imposer à l’Europe pouvait favoriser une réindustrialisation à la soviétique et ainsi mener à la domination de l’URSS sur le continent… C’est ainsi que les États-Unis durent prestement remplacer le plan Morgenthau par celui qui porte le nom du secrétaire d’État d’alors, George Marshall… Pendant quatre années, le plan Marshall a arrosé l’Europe de douze milliards de dollars répartis entre crédits, prêts, donations, etc. dans le but d’acheter… les moyens de production et les marchandises US. Le plan Marshall a indubitablement revivifié l’économie des nations européennes, mais son effet positif principal reste l’impact sur l’économie… états-unienne. Parallèlement, une vague de répression politique déferlait en Europe, et plus significativement en Allemagne.

Les médias ont largement occulté l’initiative soviétique de 1950 qui prévoyait son retrait de RDA et la réunification de l’Allemagne démilitarisée, neutre et non-alignée, dans l’année suivant le traité de paix. La résolution adoptée à la Conférence de Prague entre les ministres des Affaires étrangères du bloc soviétique, le 21 octobre 1950, proposait la mise en place d’une Chambre constituante composée de représentants de toute l’Allemagne à égale mesure entre les membres issus de RFA et de RDA afin de « préparer la formation du gouvernement provisoire démocratique, souverain et pacifique d’une Allemagne unie. » Nul besoin de préciser que le gouvernement états-unien et l’administration ouest-allemande de Bonn s’opposèrent avec virulence à cette proposition [4]. Le référendum, proposé aux électeurs des deux parties de l’Allemagne, sur la question « Êtes-vous contre la remilitarisation de l’Allemagne et pour la ratification du Traité de paix de 1951 ? », ne fut officiellement reconnu que par la seule RDA (avec 96 % des suffrages en faveur du « oui »). En RFA, les autorités téléguidées par les États-Unis se gardèrent bien d’y répondre de manière démocratique. Elles refusèrent de reconnaitre les résultats partiels du référendum qui se tenait depuis le mois de février 1951 (parmi les 62 millions de citoyens de l’Allemagne fédérale ayant voté jusqu’en juin 1951, 94,4 % s’exprimaient pour le « oui ») [5] et, le 11 juillet, promulguèrent un amendement draconien à la loi pénale (la Loi éclair de 1951). Cet acte législatif prévoyait des poursuites pour haute trahison et des sanctions comprises entre 5 et 15 ans de prison contre tout individu se rendant coupable d’importer des productions littéraires censurées, de critiquer le gouvernement ou d’avoir établi des contacts non signalés avec les représentants de RDA. Cet amendement fut utilisé dans plus de 200 000 actions judiciaires menées contre 500 000 membres du Parti communiste et d’autres partis de gauche entre 1951 et 1968. Des dizaines de milliers de personnes furent condamnées à des peines d’emprisonnement et la plupart de ceux qui furent « blanchis » ne reprirent jamais leurs activités politiques. En 1953, plusieurs amendements supplémentaires abolirent purement et simplement le droit de réunion et, en 1956, le Parti communiste d’Allemagne était interdit en RFA.

Daniel Burkholz, dans son documentaire de 2012, “Verboten – Verfolgt – Vergessen” (Interdits, suivis, oubliés : un demi-million d’ennemis publics) fournit de nombreuses informations supplémentaires. Étonnamment, la vidéo n’est plus accessible sur Youtube.

JPEG - 35 ko

La répression politique menée en Allemagne des années 1950 aux années 1980 est un sujet particulièrement tabou en comparaison de celle qui sévissait dans d’autres pays d’Europe au cours de la même période. Une résonance médiatique bien plus importante a été offerte à l’opération Gladio en Italie, à la dictature des colonels en Grèce et à l’assassinat de personnalités politiques publiquement déclarées en faveur d’un compromis avec le Bloc soviétique, comme l’Italien Aldo Moro abattu en 1978 et le Premier ministre suédois Olof Palme en 1986. Les révélations faites par l’ancien correspondant du Frankfurter Allgemeine Zeitung, Udo Ulfkotte, dans son livre Journalistes soudoyés (Gekaufte Journalisten) consacré aux mécanismes de manipulation des populations par les médias en Allemagne (cela nous rappelle le plan Morgenthau) ne constituent que la partie émergée de l’iceberg.

JPEG - 45.8 ko

L’absence quasi-totale de réaction de la part de Berlin après les révélations d’Edward Snowden à propos de la surveillance électronique systématique des dirigeants allemands par la NSA (National Security Agency) tend à confirmer que l’Allemagne a pris acte de la perte de sa souveraineté et que, dès lors, elle n’a plus rien à perdre.

Ce bref rappel des faits et une lecture plus attentive de l’article duTelegraph n’entament-ils pas votre conviction que les États-Unis sont les garants de la souveraineté européenne ? En justifiant la surveillance et la pression exercée sur les gouvernements et la société civile en Europe par le prétexte d’une prétendue « menace russe », l’oncle Sam ne chercherait-il pas plutôt à servir son objectif premier : conserver son pré carré ?

Traduction
Nathalie Krieg

Source
Oriental Review (Russie)

 


[1] « Russia accused of clandestine funding of European parties as US conducts major review of Vladimir Putin’s strategy. Exclusive : UK warns of « new Cold War » as Kremlin seeks to divide and rule in Europe » (La Russie soupçonnée de financement occulte au profit de partis politiques en Europe dans l’enquête à grande échelle menée par les autorités américaines sur la stratégie de Vladimir Poutine. Exclusif : Le Royaume-Uni s’inquiète d’une “nouvelle guerre froide‟ à propos de la volonté du Kremlin de diviser et de régir l’Europe), Peter Foster & Matthew Holehouse, The Telegraph, 16 janvier 2016.

[2] “Suggested Post-Surrender Program for Germany” (Proposition de programme post-capitulation pour l’Allemagne), F. D. Roosevelt, Septembre 1944.

[3] “Directive to the Commander in Chief of the U.S. Occupation Forces (JCS 1067)” (Directive au Commandant en chef des Forces d’occupation en Allemagne), avril 1945.

[4] “Notes for Eastern Element’s Briefing of General Mathewson” (Notes sur les instructions du général Mathewson en Europe de l’Est), 15 février 1951. Publié in Foreign Relations of the United States 1951, Volume III, Part 2, European Security and the German Question (Document 341).

[5] “Flusslandschaft 1951. Frieden”, Protest in München.

Être et temps


 
Auteur : Heidegger Martin
Ouvrage : Être et temps
Année : 1927

traduction par
Emmanuel Martineau

ÉDITION NUMÉRIQUE HORS-COMMERCE

AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR

« Les Français arrivent à tout
les derniers, mais enfin ils arrivent. »
VOLTAIRE.

Cette édition hors commerce d’Être et Temps a été réalisée « au compte du traducteur »,
qui a souhaité en offrir le nombre réduit d’exemplaires à ses amis. Entreprise en juillet 1984,
la traduction a été achevée le 3 février 1985, et éditée au cours des mois suivants.
Elle est intégrale, et, faut-il le préciser, totalement nouvelle, ne devant rien, par
conséquent, aux deux tentatives partielles déjà existantes : la traduction des §§ 46-53 et 72-76
par Henry Corbin, parue en 1937 dans son anthologie heideggérienne intitulée Qu’est-ce que
la Métaphysique ? et celle, par Rudolf Boehm et Alphonse de Waelhens, (BW), des §§ 1-44
(introduction et section 1), également publiée par les Éditions Gallimard, en 1964, sous le titre
l’Être et le Temps. De ces deux précédents, qu’il soit permis de ne dire ici que l’essentiel : 1/
Si l’éloge du philosophe Henry Corbin n’est plus à faire, l’auteur de ces lignes a eu naguère
l’occasion d’exprimer, par parole et par action la vive admiration qu’il éprouve pour Rudolf
Boehm en « défendant et illustrant » sa pensée propre. 2/ Il n’a cependant jamais rencontré, en
toute sa vie, un seul lecteur qui fût parvenu, sur la seule base des traductions partielles en
question, à « comprendre » et encore moins à étudier Être et Temps1.
Paru en février 1927, comme tome VIII du Jahrbuch de Husserl, et, simultanément, en
volume séparé (que nous possédons et avons souvent consulté). Sein und Zeit a connu du
vivant de son auteur, treize éditions chez Max Niemeyer, à Tübingen (N1-N13) ; puis, juste
après la mort du penseur, il en a paru une nouvelle (KA) chez Klostermann, à Francfort,
comme tome II de la Gesamtausgabe (l’Édition Complète de dernière main entreprise en
1975), bientôt suivie, en 1977 d’une 14ème édition Niemeyer (N14) soi-disant identique à elle.
De ces diverses éditions, dont on trouvera maintenant une description détaillée et un relevé de
variantes dans le Handbuch de R. A. Bast et H.P. Delfosse2, laquelle devions-nous choisir
comme base de notre travail de traduction ? À cette délicate question, il nous a semblé que le
bon sens — fortifié par les informations que lui apportaient les deux savants cités — ne
pouvait que répondre : la meilleure des éditions publiées par l’auteur lui-même. Or, soit dit
sans adresser la moindre critique aux éditeurs de la G.A., KA ne satisfaisait point à un tel
« critère » — un peu vague, on l’avoue —, si du moins Bast et Delfosse ont raison d’écrire à
son propos :
« KA et N14 sont les premières éditions, dans l’histoire littéraire de S.u.Z., dont le
texte ait été établi par un éditeur ; par suite, la question reste ouverte de savoir
dans quelle mesure les modifications qu’on y constate (presque 300 par rapport à
N13) sont le fait de Heidegger lui-même, et il est sûr à tout le moins que ce n’est
pas lui qui les y a introduites une à une. Bref ces changements, en tout état de
cause — et même si on se réfère aux indications de l’éditeur Fr.-W. von Hermann.


1 On fait des sondages sur tous les sujets, il est dommage qu’on n’en fasse pas sur celui-la.
2 R. A. BAST et H. P. DELFOSSE, Handbuch zum Textstudium von M. Heideggers « Sein und Zeit », t.1, Éd.
Frommann-Holzboog, Stuttgart, 1979. Nous n’avons pas pu utiliser le t. II, promis pour 1985 par le catalogue de
l’éditeur, mais non encore paru, que nous sachions, au moment où nous terminons notre travail.


G.A., t. II p. 579 —, n’ont été que passivement autorisés (passiv autorisiert). […]
De plus, KA et N14 n’en divergent pas moins entre elles de façon notable dans
bien des cas »3.
Restait donc N1-N13, ce qui faisait encore beaucoup. Heureusement, l’embarras du
choix n’était plus alors si grand qu’il y paraissait. En effet — toujours d’après les indications
du Handbuch —, ce groupe de treize éditions se divise en deux « blocs » assez hétérogènes
N1-6, d’une part, N 7-13, d’autre part. Et, de l’un à l’autre, voici ce qui a changé :
« N7 contient une “note liminaire”, disant que “le texte de la présente
réimpression n’a subi aucun changement”, mais que “les citations et la
ponctuation ont fait l’objet d’une révision”. Néanmoins. N7 contient maintes
interventions dans le texte. Globalement, le texte de N7 s’écarte de celui de N6
dans plus de 480 cas (!). […] Ces modifications du texte sont de nature très
diverse : elles vont de corrections de coquilles, via des suppressions de fautes
d’orthographe, à des changements qui ne laissent pas intact le sens du texte. Parmi
elles, se trouvent également des déplacements syntaxiques, beaucoup de
soulignements nouveaux (de noms propres, notamment), d’ajouts de tirets, et, en
5, resp. 3 cas, des suppressions des particules d’accentuation « doch » et « ja ».
Des changements divers concernent certains usages linguistiques propres à
Heidegger. En quelques endroits, le texte a été actualisé, certains renvois aux
parties inédites de S.u.Z. ayant même été éliminés (tandis que d’autres, au
contraire, étaient maintenus) »4.
Bien que le nombre « 480 » ne doive point nous émouvoir à l’excès — il inclut des
variantes absolument infimes, orthographiques ou même purement graphiques —, nul ne
saurait sous-estimer le prix de ces renseignements, ainsi que des relevés qui les
accompagnent, ni méconnaître la double « moralité » qui s’en dégage aussitôt :

1/ D’abord, il
convient d’y insister, quiconque se proposerait à l’avenir d’argumenter avec précision au sujet
de S.u.Z., c’est-à-dire d’étayer une interprétation philosophique sur des exégèses tant soit peu
littérales, ne pourra plus se dispenser d’indiquer sa source, voire d’en produire et d’en
comparer plusieurs.

2/ Ensuite, et en ce qui concerne notre problème du choix de l’original à
traduire, on voit qu’il prenait, grâce au Handbuch, la forme du clair dilemme suivant : les
« blocs » N1-N6 d’un côté, N7-N13, de l’autre, étant donc supposés bien distincts, et chacun
sans faille notable (bien qu’ils en contiennent quelques-unes), fallait-il traduire l’édition
originale, ou bien une édition certes postérieure de vingt-six ans (N7 date de 1953), mais
manifestement améliorée, et cela par Martin Heidegger lui-même ?

C’est à la deuxième partie
de l’alternative que nous nous sommes rallié, pour deux raisons :

1/ par égard pour la volonté
de Heidegger ;

2/ pour avoir constaté, en examinant attentivement le relevé III, 1 de Bast et
Delfosse5, que — abstraction faite des coquilles au sens strict du terme — les modifications
introduites par l’auteur à partir de N7 n’obéissaient point tant à la logique d’une
« réinterprétation » tardive, voire « abusive », qu’elles ne procédaient que du désir d’obtenir,
tout simplement, un texte moins fautif. Comme une démonstration détaillée de ce point
alourdirait inutilement cet avant-propos, mais qu’il convient tout de même d’en donner un
commencement de preuve, nous illustrerons le phénomène en indiquant simplement quelques
leçons de N6, et la transformation opérée par N7 (le lecteur peut et doit sinon se faire une
opinion personnelle sur ces problèmes, en se référant directement au Handbuch) :


3 Id., p. 390. Les auteurs renvoient sinon à leur article « Philologisches zu den beiden Neuausgaben von S.u.Z. »,
dans Philosophisches Jahrbuch, 1979. p. 184-192. On sait enfin que c’est dans KA qu’ont également été publiés
pour la première fois les marginalia de l’exemplaire de Totnauberg. Mais quelle qu’eût été l’édition retenue,
nous ne les eussions point traduits ici, pensant qu’ils ne font de toute façon pas partie du texte.
4 Id., p. 388-389.
5 Id., p. 413-420.


Bien sûr, quoique nous considérions ces changements comme des corrections, nous ne
nions pas que quelques autres (ainsi 04201, 32502) « sentent » leur réinterprétation. Mais le
moins qu’on puisse dire est que celle-ci n’a rien de draconien ; elle ne va jamais, en tout état
de cause, jusqu’à importer dans S.u.Z. un concept étranger à sa langue originelle.
Aussi, c’est de la dixième édition de S.u.Z. (N10,1963) que nous proposons ici la
traduction au lecteur français. Que ce choix ne fût point mauvais, nous pouvons d’ailleurs en
apporter une confirmation supplémentaire, « subjective » sans doute, mais non négligeable : à
aucun moment, l’usager exigeant qu’était son traducteur n’a été amené à la suspecter ; si
difficile ou lourde que soit souvent — notamment dans la section 2 — la syntaxe de
Heidegger, jamais il n’a éprouvé la tentation de rapporter ces phénomènes à un texte incertain
ou erroné.

*

Pour ce qui touche maintenant à la présentation de ce volume, le nécessaire sera vite dit,
et pour cause :

1/ Sein und Zeit est le chef-d’oeuvre de ce siècle, et, comme tel, un objet, terme par
lequel nous entendons quelque chose de résolument autonome. Or comme un objet, cela
requiert d’être primairement dévoilé, et que nous n’avions pas ici d’autre but, nous nous
sommes uniquement attaché à en assurer la « lisibilité » — ce qui ne veut pas dire, chose
impossible et absurde : en « faciliter » la lecture —, soit, négativement, à ne lui point ajouter
de surcharge, commentaire, note ou « référence » d’aucune sorte. Voilà pourquoi on ne
trouvera ici — en particulier — ni mots allemands entre parenthèses, ni notes du traducteur à
caractère exégétique, ni préface doctrinale, ni, surtout, de renvois aux volumes
chronologiquement voisins de l’Édition Complète, pour ne rien dire des ouvrages postérieurs
de Heidegger, auxquels il arrive souvent, et cela jusqu’à Temps et Être et aux ultimes
séminaires, de se « référer » à Sein und Zeit. Le livre de 1927, en effet, étant la source
jaillissante et primordiale à laquelle se doive de puiser toute approche de la pensée
heideggérienne, ce n’était décidément pas le moment de l’« éclairer » par des cours qui,
quelle qu’en soit parfois la splendeur, n’en demeurent pas moins subordonnés à ce lieu majeur
où, pour la première fois, est proposée et tentée une élaboration temporalo-existentiale d’une
possible problématique de l’être. Par voie de conséquence, le fait contingent — que nous ne
sachions, hic et nunc, encore à peu près rien de la « genèse » du livre nous a paru tout à fait
positif6 : puisse la « documentation » la concernant ne nous être livrée que le plus tard


6 Et nous nous félicitons, en particulier, que le t. XX de la G.A. publié en 1979 sous le titre Prolégomènes à
l’histoire du concept de temps, offre plutôt une première rédaction de la section 1 qu’il ne révèle un stade de
pensée antérieur, donc distinct. Quand on songe, par ailleurs, que ce cours à été professé durant l’été 1925, on ne
peut être que stupéfait par la précocité du philosophe : si genèse il y a forcément eu , il y a eu aussi et surtout une
éclosion, une naissance dont la vigueur, si Hegel n’eût existé, serait sans exemple dans l’histoire de la pensée
occidentale. — Une « différence », cependant, entre ce volume et S.u.Z. mérite d’être notée : ce qui s’appellera
en 1927 Erschlossenheit, « ouverture », s’appelle encore en 1925 Entdecktheit, « découverte », « être

découvert » (v. t. XX, § 28, ainsi que la postface de Petra Jaeger, p. 444) et vice versa. Voilà qui marque non une
variation de Heidegger, mais la « sensibilité » dans tous les sens du terme de la langue allemande. Lorsque l’on a
pour tâche, en traduisant, de restituer une nuance séparant deux termes philosophiques allemands, il convient
parfois de commencer par se rendre compte de sa délicatesse dans la langue d’origine plutôt que de se hâter d’en
faire, dans la langue d’arrivée une opposition à la hache.


possible — et veuillent bien ceux qui, dans un avenir peut-être assez proche (puisqu’une IVème
section de la G.A. est d’ores et déjà programmée), disposeront d’elle en totalité, ne jamais
oublier qu’une chose est de se représenter objectivement la « formation » d’une pensée, une
autre chose de discerner ce que Heidegger, dès la première page de ce livre, appelle presque
« intraduisiblement » son caractère vorläufig, provisoire au sens de pré-curseur ou pré-cursif.
Saurions-nous tout sur les rapports du jeune Heidegger avec Paul, Augustin, Luther,
Kierkegaard, Nietzsche, Rilke, Dostoïevski, Aristote, Kant, Husserl et cent autres, que nous
ne serions pour autant en rien « prédisposés » à penser avec lui, pour la claire et excellente
raison qu’aucun savoir, comme tel, n’ouvre de disposition.

2/ Comme le présent volume, on l’a dit, ne correspond point — à la différence de ceux
de la série OEuvres de Martin Heidegger en cours de publication aux Éditions Gallimard — à
un volume de la G.A., la pagination originale que l’on trouvera reproduite dans ses marges est
celle des éditions N (à peu près identique dans toutes)7. Il arrive souvent, comme chacun sait,
que des oeuvres majeures de la littérature philosophique soient conventionnellement citées
d’après leur édition originale : cet usage semblant devoir s’imposer pour Être et Temps aussi
bien que, par exemple, pour la Critique de la raison pure de Kant, nous espérons ainsi
contribuer à sa consolidation, et nous invitons le lecteur, même s’il voulait bien utiliser notre
traduction, à rester lui aussi fidèle à cette pagination N (la mention supplémentaire du
paragraphe ne pouvant qu’ajouter à la précision des références).

3/ Un index « complet » (dans les limites que définit sa note liminaire), en fin de
volume, rassemble nos transpositions du vocabulaire technique de Heidegger et en justifie
brièvement quelques unes. Le lecteur qui le consultera (ou qui, par son intermédiaire, recourra
éventuellement aussi au Handbuch ou à l’Index de Hildegard Feick8) pourra constater que
nous nous sommes astreint non seulement à restituer (sauf exception sans portée
philosophique) un même mot allemand par un même mot français, mais encore — ou tout
d’abord — à construire un système de transpositions souvent neuf, le plus approprié que
possible aux requêtes spécifiques de S.u.Z., et enfin cohérent. Toute traduction est
interprétation, et celle-ci pas moins qu’une autre. Si elle revendique ce titre, cependant, ce
n’est ni au nom de telle ou telle innovation, trouvaille ou autre astuce qu’elle se vanterait de
mettre en circulation. ni même en vertu de son esprit général : c’est, et c’est uniquement dans
la mesure où elle a cherché à satisfaire à cette exigence de cohérence, qui, pour autant, n’était
pas elle-même dictée par la conviction d’une « systématicité » de la pensée heideggérienne,
mais bien plutôt par la seule certitude de sa nature phénoménologique. Bref, tel est notre
principal « apport » — telle est l’aune à laquelle nous souhaiterions être d’abord jugé.

*

Si notre refus de traduire Dasein autrement que par lui-même n’appelle point
d’explication ou d’« excuse » particulière — « tout comme le grec logos ou le chinois tao,
disait un jour Heidegger lui-même à J. Beaufret, Dasein est intrinsèquement intraduisible »9
—, il semble malheureusement qu’il doive en aller autrement pour nos traductions nouvelles


7 Sur la pagination, v. le Handbuch, p. XXIII, dont les listes suivent plus précisément celle de N14 : « Mais une
table de concordance serait superflue, puisque les précédentes éditions de S.u.Z. ne diffèrent que d’une manière
infime de N14 sur ce point, et que KA reproduit également dans ses marges la pagination de N7-13. »
8 H. FEICK, Index zu Heideggers “S.u.Z.”, 2e éd., Tübingen, 1968 : précieux glossaire conceptuel et thématique.
Voir notre index C.

9 Tout en garantissant l’authenticité de ce logion — et j’en profite aussi pour dire tout ce que notre « système »
de transpositions doit à seize années d’échange amical avec Jean Beaufret — je rappelle que la moins mauvaise
traduction déjà utilisée : « être-le-Là » (G. Kahn), si elle l’emporte évidemment sur « réalité-humaine » (H.
Corbin) ou sur « être-là » (BW) reste loin de compte. Pourquoi ? Simplement parce ce que ce qui est en cause est
la manière d’être ce Là, ou, inversement, le fait que le Là n’est pas quelque chose d’« existant » (au sens
ordinaire), mais, si l’on ose dire, d’ « existé ». Or cela, le mot allemand Dasein, s’il ne le disait assurément pas
avant Heidegger, peut, par une espèce de magie propre, le dire : « le Dasein est l’être du Là » (p. [132], et « le
Da-sein (du monde) est l’être-à », p. [143]). En dire plus exigerait d’entrer, ni plus ni moins, dans une
interprétation philosophique de la totalité de S.u.Z..


des mots vorhanden et zuhanden (348, resp. 318 emplois) ou Vorhandenheit et Zuhandenheit10
par (être-)sous-la-main et (être-)à-portée-de-la-main. En effet, bien que nous nous soyons
expliqué naguère assez clairement sur ces choix (que nous devons, redisons-le, à François
Fédier), et n’ayons trouvé, au cours d’un long usage, qu’à nous en féliciter, une récente
polémique de J.-F. Courtine nous contraint à revenir sur un problème que nous croyions non
certes avoir résolu, mais, tout à l’inverse, réussi à laisser suffisamment ouvert pour qu’on
hésitât à le re-fermer de manière aussi naive que notre contradicteur. Mais écoutons celui-ci
tout au long :

« Il nous a paru impossible de nous régler sur la transposition adoptée par E.
Martineau dans sa traduction du t. XXV de la G.A. Il peut en effet être souhaitable
comme le demande le traducteur, de “maintenir le mot main” dans la traduction de
Vorhandenheit (d’où “être-sous-la-main”) ; cela s’impose même nécessairement
quand, comme ici (Grundprobleme der Phänomenologie, p. [143], [147], [153]),
Heidegger entend le Vorhandenes au sens de ce qui est “en main” ou “maniable”
(handlich), de ce qui vient “devant” ou “sous la main” (vor die Hand), de ce qui
implique toujours en dernière instance une référence à l’agir ou au manier
(Handeln). Mais cette traduction-explicitation qui vaut de telle analyse précise
dans un contexte déterminé (quand il s’agit en particulier de reconduire les
concepts fondamentaux de l’ontologie grecque à l’horizon ultime de la
production), ne permet plus, semble-t-il, d’établir l’opposition stricte et
élémentaire entre la Vorhandenheit, d’une part, quand elle explicite par exemple
le concept kantien de Dasein ou l’existentia chez Suarez, quand elle détermine le
mode d’être de l’étant projacent (Vorliegendes), et la Zuhandenheit, d’autre part,
pour autant qu’elle caractérise en propre le mode d’être de l’outil, sa disponibilité.
La distinction n’est plus alors celle (bien improbable) du “sous-la-main” et du “àportée-
de-la-main”, mais, comme le suggérait J. Beaufret, celle de ce qui est
simplement présent “sous les yeux” et de ce qui est “à-portée-de-la-main”
(Dialogue avec Heidegger, t. III, 1974, p. 136). Avouons enfin que le
“balancement entre l’étant sous-la-main (vorhanden) et l’étant à-portée-de-la-main
(zuhanden)” vanté par le traducteur nous est presque (?) entièrement
imperceptible, tout comme la possible nuance entre ces deux expressions. (Note :
Il ne suffit pas de décréter péremptoirement une telle nuance pour la faire
apparaître ou la fonder. Son caractère flottant ressort a contrario de la référence
allusive que fait E. M. à la traduction de F. Fédier qui, dans Temps et Être,
restituait précisément, et à l’inverse, Vorhandenheit par “être à portée de la main”
et Zuhandenheit par “être en main”.) Pour toutes ces raisons, il nous a donc
semblé préférable de maintenir d’abord la clarté de la distinction et de partir du
lexique établi par les premiers traducteurs d’Être et Temps. »11.


10 60, resp. 46 occurrences, auxquelles il faut ajouter 34 Vorhandensein et 5 Zuhandensein. On voit par ces
statistiques l’importance — matérielle — du problème : aussi, je ne crains pas d’être un peu long sur ce sujet.
11 J.-F. COURTINE, avertissement à sa trad. fr. de M. Heidegger, Les Problèmes fondamentaux de la
phénoménologie (= G.A., t. XXIV), 1985, p. 12-13, évoquant notre propre avertissement à la trad. fr. de M.
Heidegger. Interprétation phénoménologique de la Critique de la raison pure de Kant (= G.A., t. XXV), 1982, p. 11-13. On note l’absence de toute référence à S.u.Z.


Trompé par les dehors « modérés » de ce développement, un lecteur inexpérimenté
pourrait être tenté d’y voir un modèle de pondération et de tranquille recherche de la vérité.
Soit à montrer au contraire que ce n’est rien d’autre qui se donne ici libre cours que le
dogmatisme du sens commun, lequel, lorsqu’il s’agit plus précisément de philologie, ne
manque jamais de militer pour la solution la plus réactionnaire. Ce que nous ferons en
alignant trois séries de courtes remarques, les unes 1/ déontologiques, les autres 2/ littérales,
les dernières 3/ plus fondamentales :

1/ a) Que l’on me cherche querelle pour mieux se singulariser, c’est la « bonne
coutume », et, quoique ce ne soit nullement la mienne, je suis le dernier à l’ignorer.
Simplement, le jour où il s’en avisera à son tour, J.-F. Courtine, du même coup, prendra
conscience qu’en sacrifiant à de tels rites, il a surtout sacrifié sans aucun motif sérieux
(comme on verra dans un instant) l’unité de la « troisième génération » des traductions
françaises de Heidegger.

b) Il n’y a aucun argument à tirer contre moi de la traduction par F. Fédier de Temps et
Être, et voici pourquoi : cette traduction, parue dans les Mélanges J. Beaufret, remonte à
196812, et c’est bien après cette date que Fédier s’est rallié à la solution que je lui dois. Ainsi,
loin que la nuance qui nous occupe soit elle-même « flottante », c’est Fédier lui-même qui,
avant d’y arriver, a « flotté », ce qui est tout à son honneur. Comme c’est par exemple tout à
l’honneur de Heidegger que d’avoir flotté un long moment ainsi que je le disais plus haut,
entre les mots Entdecktheit et Erschlossenheit.

c) N’est-il pas saisissant de voir J.-F. Courtine, au terme de toutes ses argumentations,
en revenir si régulièrement au système français de BW : car non content de « restaurer » le
binôme « subsistant-disponible », nous voyons par d’autres parties de sa traduction, ou de son
apparat, qu’il maintient des transpositions aussi caduques que « déchéance » voire « chute »
pour Verfallen ou « finalité » pour Bewandtnis. Je pose la question de principe : qui professe
un tel archaïsme philologique, pourtant clairement réfuté par la notoire illisibilité de la demi traduction
de 1964, est-il vraiment en position de donner, vingt ans après, des leçons ?

2/ a) J.-F. Courtine, donc, traduit vorhanden par « présent13, présent-subsistant » et
zuhanden par « sous-la-main, à-portée-de-la-main, disponible ». Mais, avant d’évoquer le
fond du problème, me permettra-t-on de rappeler que ces termes français correspondent de la
façon la plus directe à de tout autres mots allemands que ceux qui nous divisent : présent, par
exemple, c’est anwesend ou gegenwärtig, subsistant, c’est bestehend, et disponible, c’est
verfügbar, etc. Ne suffit-il pas d’évoquer ces correspondances — requises par certains
contextes chez Heidegger lui-même — pour révoquer en doute la « clarté » du système qu’on
nous oppose ?

b) Mais il y a plus, il y a la « francité » des termes cités. Car que veut dire, par exemple,
disponible en français ? J.-F. Courtine nous affirme que la « disponibilité » serait « le mode
d’être de l’outil ». Mais il n’en est rien ! — ou plutôt il n’en est vraiment plus rien dans le
langage de notre temps, qui, que nous le voulions ou non, porte l’empreinte de la technique
moderne. Parlant, par exemple, d’un téléphone « disponible » (ou même d’une femme
« disponible »), est-ce vraiment à son « ustensilité » que ce langage fait référence ?
Nullement ! Ce qui est disponible, aujourd’hui, ce n’est point le marteau du menuisier, la clé
du plombier, le lit de l’homme fatigué, c’est tout étant dans la mesure où il est
(essentiellement) à la disposition généralisée de l’homme : ainsi par exemple du pétrole sous
la terre, et même sous la mer, des masses humaines mobilisables, d’une « tranche horaire »
dans un programme médiatique… En un mot, et malheureusement pour le dogmatisme


12 Cf. L’Endurance de la pensée, Pour saluer J. Beaufret, 1968, p. 29.
13 A ce mot « présent », je n’ai évidemment rien à objecter, sinon que, 1/ en tant que traduction de Vorhanden, il
ne peut prétendre restituer que le sens allemand ordinaire — donc absolument confus — de ce terme, et que, 2/
en lui-même, il est trop plurivoque pour être éclairant.


courtinien, le disponible, faussant compagnie à l’outil, s’est résorbé lui-même dans… le
subsistant dont il est fondamentalement synonyme. D’où je conclus qu’il est parfaitement
ridicule de chercher à exprimer une « opposition par des termes qui ont dès longtemps cessé
de s’opposer, captés qu’ils sont désormais par l’unique horizon de ce que Heidegger appelle
la Beständlichkeit, la disponibilité subsistante ou la subsistance disponible d’un stock, d’une
« réserve »14.

c) D’autant que cette opposition, ou plus précisément l’opposition allemande qu’elle
entend refléter, J.-F. Courtine a le front de la qualifier de « stricte et élémentaire » ou de
« claire », tandis que serait seulement « possible », « improbable » ou « imperceptible » celle
que je proposais. Or là réside, je le crains, le prôton pseudos. Car outre le fait que la nuance
que j’établis entre « sous-la-main » et « à-portée-de-la-main » se veut justement
« imperceptible », mais au sens de « délicate », il s’en faut que celle, originale, entre
vorhanden ou zuhanden soit aussi perceptible qu’on le prétend ici, bien au contraire !
L’opposition qui est « stricte », « élémentaire », « claire », c’est, et c’est seulement celle —
J.-F. Courtine, subrepticement, ne parle que d’elle — de la pratique et de la théorie. Elle est
même si « métaphysiquement claire »15 que Heidegger n’a pas consacré moins de soixante ans
à en mettre en question la clarté — et cela d’abord et avant tout en la rapportant à une autre
opposition, pas du tout claire quant à elle, celle de la Zuhandenheit et de la Vorhandenheit…
Voilà ce que je nommais du sens commun : la croyance que la philosophie en général et
Heidegger en particulier est « clair ». Quand le sens commun déclare les philosophes
« incompréhensibles » il est comique, quand il les prétend « clairs », il est ennuyeux — mais,
dans un cas comme dans l’autre, il est lui-même, et c’est pourquoi il dit tantôt ceci, tantôt
cela, voulant dire ici et là la même chose, à savoir qu’elle est autre chose que lui.
Assurément !

3/ Mais il est temps d’en venir à nos trois remarques plus fondamentales. La première
sera de méthode, la deuxième abordera — enfin — la chose même, la troisième amènera notre
conclusion.

a) Vorhandenheit, écrit J. -F. Courtine, « explicite (je souligne) par exemple le concept
kantien de Dasein ou l’existentia chez Suarez ». Or dans ce verbe « expliciter » il faut
chercher, me semble-t-il, le deuteron pseudos, ou, en d’autres termes, la version méthodique
de l’erreur de principe qui vient d’être dénoncée. En effet, prenons par exemple les mots
existentia et Vorhandenheit. Il est licite, je crois, d’appeler l’un l’interpretandum, l’autre
l’interpretans : ce qui revient à dire, en bonne logique, qu’il doit exister de l’un à l’autre un
« passage », un « transport », une interprétation au sens étymologique du terme. Une
interprétation et non pas, insistons-y, une simple « explicitation » ! Heidegger, ici, ne se borne
nullement à « expliciter », c’est-à-dire à transposer « philologiquement » un mot latin (ou un
mot allemand pré-phénoménologique) dans sa langue allemande à lui : il n’est pas un
traducteur. S’il « transpose », c’est en trans-posant, s’il « explicite », c’est en expliquant bref,
s’il « interprète », c’est en interprétant, c’est-à-dire en déplaçant… Faute de se livrer à cette
réflexion élémentaire, on s’expose à traiter Heidegger, lorsqu’il éclaircit la « langue » de la
tradition ontologique, comme un vulgaire glossateur, simplement plus aigu que les autres. On
voit donc quelle est ici notre réserve : tandis qu’il retraduit (car c’est ici, selon son propre
témoignage, d’une simple rétro-version qu’il s’agit) Vorhandenheit par « subsistance », J.-F.


14 V. Par exemple une page lumineuse de Questions IV, 1976, p. 303-304 = Vier Seminare, Francfort, 1977, pp.
105-106, où H., en substance, explique comment l’être-sous-la-main des objets laisse la place à l’âge du stock, à
une Beständlichkeit qui n’est plus tant Beständigkeit que Bestellbarkeit. — Du reste, J.-Fr. Courtine est bien
embarrassé lorsque, à la p. [153] du Gr.d.Ph., H. parle d’un « vorhandenes Verfügbares », qu’il traduit par
« sous-la-main, disponible » : mais je croyais, au vu de l’index à la traduction (p. 410). que « disponible » avait
été réservé pour traduire zuhanden, ainsi d’ailleurs que « sous-la-main » lui-même ! Décidément, mes
traductions « improbables » sont parfois assez plausibles !
15 Je pense à Descartes, qualifiant quelque part la vérité de « transcendantalement claire ».


Courtine, loin de traduire Vorhandenheit en français, manifeste en réalité un refus caractérisé
de traduire16 ; il cultive et répand l’illusion que Heidegger, avec ses propres « explicitations »
allemandes, ne se soucierait que de refléter les notions qu’il « commente ».
Soit, pour prendre un exemple encore plus classique et plus clair, l’eidos platonicien. Et
supposons que je le traduise — l’« explicite » — par le français « visage » ou l’allemand
Gesicht. Aurai-je alors vraiment interprété ce concept ? Non : m’appuyant (certes à bon droit)
sur le sens courant, préphilosophique, du grec eidos, j’aurai simplement rendu un écho,
produit une image photographique de ce mot. Aussi bien, nous voyons que Heidegger,
lorsqu’il élucide la pensée de Platon, ne s’en tient jamais à un décalque « correct » comme
Gesicht. Durch das Richtige hindurch, in das Wahre : « à travers la simple rectitude, vers la
vérité », telle est bien plutôt sa devise. Ce que fait Heidegger, c’est moins expliciter que
traduire pensivement, interprétativement l’eidos platonicien, ce qui lui inspire des transpositions
comme Aussehen ou Aussicht.
Et ce qui vaut d’eidos ne vaut pas moins de tous les concepts métaphysiques dont il
traite, y compris ceux qui, comme existantia ou Dasein au sens métaphysique, se sont presque
« intégrés » aux langues « naturelles » modernes. Heidegger n’est pas un historiographe, un
reporter de l’histoire de la philosophie, il est un penseur en débat avec d’autres penseurs qui,
de surcroît, sait plus clairement qu’un autre que repenser la pensée de ces « auteurs » ne
consiste pas, ne peut consister à dire, fût-ce explicitativement la même chose qu’eux. Ainsi,
c’est l’interprétation — et la pratique — heideggérienne de la notion même d’interprétation
qui frappe d’interdit les rétroversions que l’on objecte à notre effort de… traduire, et, de deux
choses l’une : ou bien Heidegger « interprète » l’existentia comme « subsistance », et alors il
n’interprète pas vraiment, ou bien il interprète vraiment l’existentia lorsqu’il parle de
Vorhandenheit, et alors ce n’est point en reparlant germanistiquement de « subsistance »17,
mais en déterminant celle-ci même, en son provenir, comme (par exemple) être-sous-la-main.
« Être-sous-la-main » : une traduction qui, précisons-le, est également sous notre plume tout
autre chose que — disait J.-F. Courtine — une « traduction-explicitation », à savoir, derechef,
une interprétation « consciente et organisée ».

b) Sur cet être-sous-la-main, et notamment sur la différence « imperceptiblement »
perceptible qui le sépare de l’être-à-portée-de-la-main, il semble donc qu’il faille une fois de
plus revenir. J’y reviens. Non pas cependant en analysant des « idées » complexes, mais, à
nouveau, en prenant un exemple niais :
Supposons que j’aie « toujours », en cas de besoin, un parapluie sur la banquette arrière
de ma voiture, et demandons-nous, en nous rendant attentif au « naturel » (imperceptible) de
notre langue, comment il conviendrait, selon son mode d’être, de nommer cet étant. Pour cela,
on commencera évidemment par préciser descriptivement l’hypothèse : d’abord, comme
beaucoup d’hommes d’aujourd’hui, je me sers plus souvent de ma voiture que de mes
jambes : ce parapluie, cet outil est en tant que tel assez archaïque, il est presque un


16 D’ailleurs le plus souvent, il ne traduit même pas ! Cf. Problèmes fondamentaux, trad. des p. [36-37],[43-45],
etc., où le mot allemand est obstinément reproduit, et flanqué de « (subsistance) » entre parenthèses. Le lecteur
« innocent » lui dira mieux que moi ce qu’il en pense.
17 Ce qui est aussi bien confirmé par les quelques passages de S.u.Z. — pour le citer enfin ! — où Vorhandenheit
se trouve au voisinage d’un vocabulaire « substantiel » : ainsi, p.[153] : le Bestand est (seulement) un « mode
d’être de l’être-sous-la-main » ; p. [318] : la substance est l’être-sous-la-main, mais dans l’horizon de la
catégorie ; p. [96] et [98], à propos de Descartes : la substance est l’être-sous-la-main constant ; d’après la
p.[183], ce serait plus précisément la « réalité » qui constituerait le nom traditionnel le plus « proche » — mais
en même temps le plus voilant — de l’être-sous-la-main ; enfin la p.[7] aligne d’emblée cette série de termes
non équivalents : « Dass-und Sosein, Realität, Vorhandenheit, Bestand, Geltung. Dasein (au sens métaphysique)
es gibt ». Bref, pas moyen de le nier : « être-sous-la-main » (Vorhandenheit) est une notion non pas
« signalétique », mais irréductible, qu’il faut donc traduire non moins irréductiblement. Je le disais du reste déjà
dans deux notes à l’Interprétation phénoménologique (p. 40 et 43), que J.-F. Courtine signale bien (l.c., n.3),
mais sans en tenir compte.


« souvenir » du temps où l’on « se promenait » de manière familiale, hygiénique ou
« rêveuse », en un mot vraiment quotidienne ; ensuite, sous nos latitudes, il pleut assez
rarement, et pas longtemps : nouvelle cause de « raréfaction » de l’outil en question, qui,
pourtant, ne laisse pas de demeurer familier (certains commerces, « en crise », le vendent, et
même ne vendent que lui) ; enfin, cet outil résiduel a en même temps ceci de propre — et doit
sa survie au fait — qu’il s’inscrit dans un « complexe » dont font également partie le ciel et la
terre : du coup, sa « mondialité » (Weltmässigkeit) est privilégiée, et ceci à tel point que,
marquant le « temps » (la saison) il contribue indirectement à la constitution de
l’intratemporalité, etc., etc.
On pourrait disserter longuement sur un parapluie. Tel n’est pas notre propos, mais,
encore une fois, d’en nommer le mode d’être : Vorhandenheit ou Zuhandenheit ? Ou, pour
préciser la question : à qui me presserait de « choisir », et de lui dire si ce parapluie d’usage
intermittent m’est « sous la main » ou « à portée de la main », que répondrai-je en « bon
français » ?
Eh bien, je lui dirai que je l’ai « toujours » sous la main, plutôt qu’à portée de la main.
C’est ainsi, et pas autrement, que j’exprimerai comme il faut l’être d’un « outil » qui, le plus
souvent, n’a pas son sens propre d’outil, mais « traîne » derrière moi à la façon d’un « objet »
(au sens courant) ou d’un « ustensile ». Mais, parlant ainsi, je ne le réduirai pas pour autant à
l’inertie absolue de la pierre du chemin, ou de la « chose » telle qu’objectivée par la science
physique ; non — je me bornerai à le distinguer adéquatement de cette outilité pleine dont il
est par ailleurs « en puissance » pour peu que tombe une seule goutte d’eau ; car que je doive
sortir de la voiture et que cette goutte d’eau me chatouille le nez, et voici soudain qu’il
« devient », de sous-la-main qu’il était, un étant à portée de ma main. Oui, à portée de la main
comme est, par exemple, la truelle à portée de la main du maçon au travail. Du maçon qui, si
on lui posait à propos de cette truelle notre « question-test », ne répondrait pas, je crois, quant
à lui, qu’il a « toujours sa truelle sous la main », mais bel et bien qu’il l’a « toujours à portée
de la main »… Car cette truelle, il n’en « dispose » pas « en cas de besoin », mais il en use au
sein de ce que Heidegger appelle un Umgang, un « commerce » avec l’outil. Est-ce « clair » ?
J’ai la faiblesse de le croire, sans pour autant avoir jamais affirmé que ce discernement allait
de soi, qu’il était aveuglant ou indispensable — sans jamais avoir été « péremptoire » ni
m’être mêlé de légiférer. J’avais cru bien faire en faisant profiter la traduction de Heidegger
des efforts fructueux de François Fédier, un point, c’est tout.
Cela dit, cet humble début d’« analyse » ne prétend pas non plus « commenter »
Heidegger, ni régler un problème qui, je le répète, doit aujourd’hui comme hier être tenu
ouvert. Pour ce qui est du sens proprement phénoménologique et historial de la
Vorhandenheit et de la Zuhandenheit, qu’on lise Sein und Zeit, et, à l’occasion, qu’on le cite
davantage que ne fait J.-F. Courtine. Mais nos traductions — de cela, nous sommes sûr et
certain — n’empêcheront pas une telle lecture, et c’est ce qui nous tenait à coeur. Pas plus
qu’elles n’empêcheront, au contraire, le lecteur de se demander par exemple pourquoi et
comment l’être-sous-la-main demeure en effet profondément « référé » à l’usage ; de peser la
différence qui le sépare de la thématisation et de l’objectivation scientifico-théoriques
proprement dites ; de méditer le mot de virage (Umschlag) qu’a choisi Heidegger avec le plus
grand soin pour désigner la métamorphose de l’être-à-portée-de-la-main en être-sous-la-main
; de s’émerveiller de la « nuance » et de la contiguïté — en un mot de l’affinité des deux
notions ; et enfin, pourquoi pas, d’essayer d’aller « plus loin » que Heidegger, en
s’interrogeant, par exemple, sur cet étrange « avisement » qui se produit lorsque, surprenant
pour ainsi dire le sous-la-main « entre » outilité et choséité pure, je le « considère »…

c) Après ces diverses remarques, on ne s’étonnera pas que la dernière que nous avons à
faire soit pour conjecturer que l’origine de toutes ces complications, chicanes et timidités se
trouve dans une inexpérience d’Être et Temps dont notre protagoniste, assurément, n’a point

le monopole. Pas plus que je ne m’arroge moi-même, dois-je le dire, une expérience
privilégiée de cette oeuvre. Simplement, j’ai tenté depuis des années d’y trouver accès, j’ai
ouvert un chemin vers elle parmi d’autres possibles, j’ai dit dans quelques textes18 quel était ce
chemin, j’ai essayé d’« assumer » mon interprétation — et j’ai traduit voilà tout. Pour le reste,
la polémique, quelle qu’elle soit, ne me tente plus ; j’attends le polémos.
Quelle est maintenant la signification historique, au-delà du cas peu intéressant de son
« auteur », de ce travail de traduction ? Le lecteur, au seul vu du retard extravagant avec
lequel arrive Être et Temps sur sa table de travail, se doute qu’il y aurait « beaucoup à dire »
sur ce que nous avions appelé il y a quelques années un « mystère d’incurie ». Nous n’en
dirons rien cependant, parce que ce « beaucoup », lui aussi, ne présente que peu d’intérêt, et
même aucun. Universelle, la philosophie a été confisquée ; livre du siècle, Être et Temps est
resté sous le boisseau. Pourquoi ? Comment ? Quoique nous le sachions un peu, nous ne
voulons plus le savoir. Que la porte claque, qu’une page soit tournée, voilà ce qui seulement
est important. Important ? Que dis-je ! C’est, disait Heidegger, il y a presque exactement un
demi-siècle, à son premier traducteur Henry Corbin, une « bénédiction ». Comme est en soi
une bénédiction ce témoignage de l’auteur lui-même qui, mieux que nous ne saurions faire,
conclura, et cet avant-propos, et, je l’espère, toute une « préhistoire » de la véritable
confrontation de la France avec son présent, avec elle-même :
« Par la traduction, le travail de la pensée se trouve transposé dans l’esprit d’une
autre langue, et subit ainsi une transformation inévitable. Mais cette
transformation peut devenir féconde, car elle fait apparaître en une lumière
nouvelle la position fondamentale de la question ; elle fournit ainsi l’occasion de
devenir soi-même plus clairvoyant et d’en discerner plus nettement les limites.
C’est pourquoi une traduction ne consiste pas simplement à faciliter la
communication avec le monde d’une autre langue, mais elle est en soi un
défrichement de la question posée en commun. Elle sert à la compréhension
réciproque en un sens supérieur. Et chaque pas dans cette voie est une bénédiction
pour les peuples »19.
E. M.
Richelieu, le 10 février 1985


18 Cf. notre Provenance des Espèces, 1982, notamment, les études I et IV.
19 « Prologue à Qu’est-ce que la Métaphysique ?, trad. citée, p. 8.


INTRODUCTION
L’EXPOSITION DE LA QUESTION
DU SENS DE L’ÊTRE

suite…

https://mega.co.nz/#!rNsGCC4J!2LJa4xcq0ySUkKCNmzHeJnHz3xiLrCpbzJVzmpsaEPU

Le Sionisme et le Troisième Reich


 
Auteur : Weber Mark
Ouvrage : Le Sionisme et le Troisième Reich
Année : 2004

Au début de 1935, un bateau rempli de passagers, à destination de Haïfa en
Palestine, quitta le port allemand de Bremerhaven. Sa poupe portait son nom en
lettres hébraïques : «Tel-Aviv», alors qu’un drapeau à croix gammée flottait en
haut du mât. Et bien que le bateau était une propriété sioniste, son capitaine
était un membre du Parti National-socialiste. De nombreuses années plus tard,
un ancien passager du bateau appela cette association de symboles «une
absurdité métaphysique». Absurde ou pas, il s’agit d’une facette d’un chapitre
peu connu de l’histoire : la collaboration de grande ampleur entre le sionisme et
le Troisième Reich hitlérien.

Objectifs communs
Pendant des années, des gens de nombreux pays se sont interrogés sur la
«question juive» : c’est-à-dire, quel était le rôle exact des juifs dans les sociétés
non-juives ? Pendant les années 30, les juifs sionistes et les Allemands
nationaux-socialistes ont partagé des vues similaires sur la manière de résoudre
cette embarrassante question. Ils étaient d’accord sur le fait que les juifs et les
Allemands étaient deux nationalités différentes, et que les juifs n’appartenaient
pas à l’Allemagne. Les juifs vivant dans le Reich n’étaient donc pas considérés
comme des «Allemands de confession juive», mais plutôt comme des membres
d’une communauté nationale distincte. Le sionisme (nationalisme juif)
impliquait aussi l’obligation pour les juifs sionistes de s’établir en Palestine, la
«patrie juive». Ils auraient difficilement pu se considérer eux-mêmes comme des
sionistes sincères et réclamer simultanément l’égalité des droits en Allemagne
ou dans n’importe quel autre pays «étranger».

Theodor Herzl
Theodor Herzl (1860-1904), le fondateur du sionisme moderne, soutenait
que l’antisémitisme n’était pas une aberration, mais une réaction naturelle et
parfaitement compréhensible des non-juifs aux comportements et aux attitudes
des étrangers juifs. La seule solution pour les juifs, disait-il, est de reconnaître la
réalité et de vivre dans un état séparé. «La question juive existe partout où les
juifs vivent en nombre important», écrivait-il dans son ouvrage le plus connu,
L’Etat juif. «Là où elle n’existe pas, elle est provoquée par l’arrivée des juifs … Je
crois que je comprend l’antisémitisme, qui est un phénomène très complexe.
J’observe ce phénomène en tant que juif, sans haine ni crainte.» La question
juive, soutenait-il, n’est ni sociale ni religieuse. «C’est une question nationale.
Pour la résoudre, nous devons avant tout en faire une question internationale
…». Quelle que soit leur nationalité, insistait Herzl, les juifs ne constituent pas
simplement une communauté religieuse, mais une nation, un peuple, un
«Volk». Le sionisme, écrivait Herzl, proposait au monde «une solution finale de
la question juive».
Six mois après l’arrivée de Hitler au pouvoir, la Fédération sioniste
d’ Allemagne(de loin le groupe sioniste le plus important dans le pays) soumit au

nouveau gouvernement un mémorandum détaillé qui faisait le point sur les
relations germano-juives et proposait formellement l’appui sioniste pour
«résoudre» l’épineuse «question juive». La première étape, suggérait-il, devait
être une franche reconnaissance des différences nationales fondamentales :
Le sionisme n’a pas d’illusions sur la difficulté de la condition juive, qui
consiste avant tout en un modèle d’occupation anormale, et dans l’erreur d’une
posture intellectuelle et morale, non-enracinée dans une tradition nationale. Le
sionisme a reconnu depuis des décennies qu’en conséquence de la tendance
assimilationniste, des symptômes de détérioration apparaîtraient forcément …

Le sionisme pense que la renaissance de la vie nationale d’un peuple qui est
à présent en train de se produire en Allemagne, par le réveil de son identité
chrétienne et nationale, doit aussi survenir dans le groupe national juif. Pour le
peuple juif aussi, l’origine nationale, la religion,le destin commun et le sens de
son unicité, doivent être d’une importance décisive pour la suite de son
existence. Cela signifie que l’égoïsme individualiste de l’ère libérale doit être
dépassé et remplacé par le sens de la communauté et de la responsabilité
collective …

Nous croyons que c’est précisément la Nouvelle Allemagne [nationalesocialiste]
qui peut, par une résolution audacieuse dans le traitement de la
question juive, faire un pas décisif en vue de la résolution d’un problème, qui en
vérité, devra être traité avec la plupart des peuples européens …

Notre reconnaissance de la nationalité juive réclame une relation claire
et sincère avec le peuple allemand et ses réalités nationale et raciale.
Précisément parce que nous ne souhaitons pas falsifier ces fondements, parce que
nous aussi sommes contre les mariages mixtes et pour le maintien de la pureté du
groupe juif, et rejetons tout empiétement dans le domaine culturel, nous pouvons
— ayant été élevés dans la langue et la culture allemandes — trouver intérêt aux
travaux et valeurs de la culture allemande, avec admiration et sympathie …

Pour ses objectifs pratiques, le sionisme espère être capable d’obtenir la
collaboration même d’un gouvernement fondamentalement hostile aux juifs,
parce que pour résoudre la question juive les sentiments ne comptent pas, mais
seul un réel problème dont la solution intéresse tous les peuples et actuellement,
particulièrement le peuple allemand …

La propagande pour le boycott — tel qu’il est actuellement pratiqué contre
l’Allemagne sous de nombreuses formes — est par essence parce que le sionisme ne
désire pas l’affrontement mais [désire] convaincre et construire …

Nous ne sommes pas aveugles au fait que la question juive existe et
continuera à exister. De cette situation anormale, des désavantages sévères
résultent pour les juifs, mais aussi des conditions à peine tolérables pour d’autres
peuples.

Le journal de la Fédération, la Jüdische Rundschau («Revue juive»),
proclama le même message: «Le sionisme reconnaît l’existence d’un problème
juif et désire une solution constructive et à long terme. Dans ce but, le sionisme
souhaite obtenir l’assistance de tous les peuples, qu’ils soient pro- ou anti-juifs,
parce que de son point de vue, nous avons affaire ici à un problème concret plutôt
que sentimental, dont la solution intéresse tous les peuples.» Un jeune rabbin de
Berlin, Joachim Prinz, qui s’installa plus tard aux Etats-Unis et devint le leader
du Congrès juif Américain, écrivit en 1934 dans son livre, Wir Juden («Nous,
juifs»), que la révolution nationale-socialiste en Allemagne signifiait «la
Judaïté pour les juifs». Il expliqua : «Aucun subterfuge ne peut nous sauver à
présent. A la place de l’assimilation, nous désirons un nouveau concept :

reconnaissance de la nation juive et de la race juive.»

Collaboration active
Sur la base de leurs idéologies similaires pour l’ethnicité et la nationalité,
les Nationaux-socialistes et les sionistes travaillèrent ensemble pour ce que
chaque partie pensait être son propre intérêt national. En conséquence, le
gouvernement de Hitler appuya vigoureusement le sionisme et l’émigration
juive en Palestine de 1933 à 1940-41, lorsque la Deuxième Guerre Mondiale
empêcha une collaboration poussée.

Même lorsque le Troisième Reich se ferma davantage, de nombreux juifs
allemands, probablement une majorité, continuèrent à se considérer, souvent
avec une grande fierté, comme des Allemands avant tout. Peu furent
enthousiasmés par la perspective de se déraciner pour commencer une nouvelle
vie dans la lointaine Palestine. Cependant, de plus en plus de juifs allemands se
convertirent au sionisme pendant cette période. Jusqu’à la fin de 1938, le
mouvement sioniste s’épanouit en Allemagne sous Hitler. La diffusion du
bimensuel de la Fédération sioniste Jüdische Rundschau augmenta énormément.
De nombreux livres sionistes furent publiés. «L’activité sioniste était en plein
essor» en Allemagne pendant ces années, note l’Encyclopaedia Judaïca. Une
convention sioniste se tint à Berlin en 1936, reflétant «dans sa composition la vie
vigoureuse du parti des sionistes allemands».

La SS fut particulièrement enthousiaste dans son appui au sionisme. Une
circulaire interne SS de juin 1934 recommandait un appui actif et de grande
ampleur au sionisme, de la part du gouvernement et du Parti, comme la
meilleure manière d’encourager l’émigration des juifs d’Allemagne en
Palestine. Cela nécessitait une plus forte prise de conscience des juifs. Les écoles
juives, les associations sportives juives, les associations culturelles juives —
bref, tout ce qui pourrait encourager cette nouvelle perception et prise de
conscience — devaient être encouragées, recommandait la circulaire.

L’officier SS Leopold von Mildenstein et le représentant de la Fédération
sioniste Kurt Tuchler partirent ensemble en Palestine pour six mois, afin
d’évaluer le développement du sionisme dans ce territoire. Se basant sur ses
observations de première main, Von Mildenstein écrivit une série de douze
articles illustrés dans l’important quotidien berlinois Der Angriff [le journal
lancé par Goebbels en 1927, NDT], qui furent publiés à la fin de 1934 sous le titre
« Un Nazi voyage en Palestine». Les articles exprimaient une grande admiration
pour l’esprit pionnier et les réalisations des colons juifs. Le développement du
sionisme, écrivait Von Mildenstein, avait produit une nouvelle sorte de juif. Il
faisait l’éloge du sionisme comme étant un grand bienfait pour le peuple juif et
pour le monde entier. Un foyer national juif en Palestine, écrivait-il dans son
dernier article, «montre la voie pour guérir une blessure vieille de plusieurs
siècles sur le corps du monde : la question juive». Der Angriff fit frapper une
médaille, avec une svastika sur une face et une étoile de David sur l’autre, pour
commémorer la visite conjointe SS-sioniste. Quelques mois après la parution des
articles, Von Mildenstein fut promu à la tête de la Direction des Affaires juives
du Service de Sécurité SS (SD), avec l’objectif de soutenir plus efficacement
l’émigration et le développement sionistes.

Le journal officiel SS, Das Schwarze Korps, proclama son appui au
sionisme dans une page éditoriale en mai 1935 : «Le temps pourrait ne plus être
très éloigné, où la Palestine pourra à nouveau recevoir ses fils égarés pendant
plus d’un millier d’années. Nos meilleurs voeux, joints la bienveillance
officielle, les accompagnent.» Quatre mois plus tard, un article similaire parut
dans le journal SS :
La reconnaissance du judaïsme comme une communauté raciale basée sur
le sang et non sur la religion conduit le gouvernement allemand à garantir sans
réserves la séparation raciale de cette communauté. Le gouvernement se trouve
en parfait accord avec le grand mouvement spirituel à l’intérieur du judaïsme,
nommé sionisme, avec sa reconnaissance de la solidarité juive dans le monde et
dans son rejet de toute notion assimilationniste. Sur cette base, l’Allemagne
prend des mesures qui joueront sûrement un rôle significatif dans le futur, pour
la prise en main du problème juif dans le monde. Une des plus importantes
compagnies maritimes allemandes ouvrit une ligne directe entre Hambourg et
Haïfa en Palestine, en octobre 1933, fournissant «de la nourriture strictement
kasher sur ses bateaux, sous la supervision du Rabbinat de Hambourg.»

Avec l’appui officiel, les sionistes travaillèrent infatigablement à
«rééduquer» les juifs d’Allemagne. Comme l’écrivit l’écrivain américain Francis
Nicosia dans son étude en 1985, Le Troisième Reich et la question de Palestine :
«Les sionistes furent encouragés à délivrer leur message à la communauté juive,
à collecter de l’argent, à montrer des films sur la Palestine, et d’une manière
générale à éduquer les juifs allemands à propos de la Palestine. Il y eut une
pression considérable pour enseigner aux juifs en Allemagne à cesser de
s’identifier aux Allemands et à éveiller en eux une nouvelle identité nationale
juive.»

Dans une interview après la guerre, l’ancien dirigeant de la Fédération
sioniste d’Allemagne, le Dr Hans Friedenthal, résuma le situation : «La Gestapo
fit tout pour encourager l’immigration pendant cette période, particulièrement
vers la Palestine. Nous reçûmes souvent son aide lorsque nous demandions
quelque chose à d’autres autorités, concernant des préparatifs pour
l’immigration.»

Au Congrès du Parti National-socialiste en septembre 1935, le Reichstag
adopta les lois dites «de Nuremberg», qui interdisaient les mariages et les
relations sexuelles entre juifs et Allemands, et de fait, proclamaient que les juifs
étaient une minorité nationale étrangère. Quelques jours plus tard l’éditorial du
journal sioniste Jüdische Rundschau faisait bon accueil aux nouvelles mesures :

L’Allemagne … rejoint les demandes du Congrès sioniste Mondial lorsqu’elle
déclare que les juifs vivant à présent en Allemagne sont une minorité nationale.
Maintenant que les juifs ont été classés comme une minorité nationale il est à
nouveau possible d’établir des relations normales entre la nation allemande et le
judaïsme. Les nouvelles lois donnent à la minorité juive en Allemagne sa propre
vie culturelle, sa propre vie nationale. Dans le futur elle sera capable d’ouvrir
ses propres écoles, son propre théâtre, et ses propres associations sportives. En
résumé, elle peut créer son propre avenir dans tous les aspects de la vie
nationale …

L’Allemagne a donné à la minorité juive l’opportunité de vivre pour ellemême,
et lui offre la protection de l’Etat pour cette vie séparée de la minorité
juive : le processus de croissance du judaïsme à l’intérieur d’une nation sera de ce
fait encouragé et une contribution sera apportée à l’établissement de relations
plus supportables entre les deux nations.

Georg Kareski, dirigeant de l’Organisation d’Etat sioniste «Révisionniste»
et de la Ligue Culturelle juive, et ancien dirigeant de la communauté juive de

Berlin, déclara dans une interview dans le quotidien berlinois Der Angriff à la
fin de 1935 :
Depuis de nombreuses années j’ai considéré la séparation complète des
affaires culturelles des deux peuples comme une condition préalable pour vivre
ensemble sans conflit … J’ai recommandé depuis longtemps une telle séparation,
montrant qu’elle est fondée sur le respect pour la nationalité étrangère. Les lois
de Nuremberg … me paraissent, mis à part leurs aspects légaux, se conformer
entièrement à ce désir d’une vie séparée, basée sur le respect mutuel. … Cette
interruption du processus de dissolution dans de nombreuses communautés
juives, qui avait été encouragé par les mariages mixtes, est par conséquent, d’un
point de vue juif, entièrement bienvenue.

Stephen Wise
Les dirigeants sionistes dans d’autres pays firent écho à ces vues. Stephen
S. Wise, président du Congrès juif Américain et du Congrès juif Mondial, déclara
lors d’un rassemblement à New York en juin 1938 : «Je ne suis pas un citoyen
américain de religion juive, je suis un juif … Hitler avait raison pour une chose :
il appelle le peuple juif une race, et nous sommes une race.»

Le spécialiste des Affaires juives du Ministère de l’Intérieur, le Dr
Bernhard Lösener, exprima son soutien au sionisme dans un article qui parut
dans une édition de novembre 1935 du bulletin officiel de l’Administration du
Reich :

Si les juifs avaient déjà leur propre état dans lequel la majorité d’entre eux
était installée, alors la question juive pourrait être considérée comme
complètement résolue aujourd’hui, et aussi pour les juifs eux-mêmes. La plus
faible opposition aux idées contenues dans les lois de Nuremberg s’est
rencontrée chez les sionistes, parce qu’ils ont immédiatement réalisé que ces lois
représentent la seule solution correcte pour le peuple juif lui-même. Car chaque
nation doit avoir son propre état comme expression extérieure de son propre
esprit national.

En coopération avec les autorités allemandes, les groupes sionistes
organisèrent un réseau de quelques quarante camps et centres agricoles à travers
l’Allemagne, où de futurs colons furent entraînés pour leurs nouvelles vies en
Palestine. Bien que les lois de Nuremberg interdisaient aux juifs d’utiliser le
drapeau allemand, les juifs se virent garantir le droit d’utiliser la bannière
nationale juive, bleue et blanche. Le drapeau qui serait un jour adopté par l’Etat
d’Israël flotta sur les camps et les centres sionistes dans l’Allemagne d’Hitler.

Le service de sécurité de Himmler coopéra avec la Haganah, l’organisation
militaire sioniste secrète en Palestine. L’agence SS rétribua financièrement le
représentant de la Haganah, Feivel Polkes, pour ses informations sur la
situation en Palestine et pour son aide dans l’organisation de l’immigration
juive vers ce pays. [Feivel Polkes eut même une entrevue avec l’officier SS Adolf
Eichmann, à Berlin le 26 février 1937, NDT.] Cependant, la Haganah était tenue
informée des plans allemands par un espion qu’elle réussit à implanter dans le
Quartier Général de la SS à Berlin. La collaboration Haganah-SS inclut même la
livraison secrète d’armes allemandes aux colons juifs pour la lutte contre les
Arabes de Palestine.

Après le déchaînement de violence et de destruction de la «Nuit de Cristal»
en novembre 1938, [selon certains historiens, ce pogrom fut délibérément
ordonné par Goebbels, jaloux du contrôle SS sur la politique d’émigration juive,

NDT], la SS aida rapidement l’organisation sioniste à se remettre sur ses pieds et
continuer son travail en Allemagne, quoique à présent sous un contrôle plus
strict.

Restrictions officielles
L’appui allemand au sionisme n’était pas illimité. Les dirigeants du
Gouvernement et du Parti étaient très conscients de la campagne continue
menée par les puissantes communautés juives aux Etats-Unis, en Grande-
Bretagne et dans d’autres pays, pour mobiliser «leurs» gouvernements et leurs
concitoyens contre l’Allemagne. Aussi longtemps que le judaïsme mondial
resterait implacablement hostile à l’Allemagne nationale-socialiste, et aussi
longtemps que la grande majorité des juifs dans le monde montrerait peu
d’enthousiasme pour se réinstaller dans la «Terre promise» sioniste, un Etat juif
souverain en Palestine ne «résoudrait» pas réellement la question juive
internationale. Au contraire, résonnaient les dirigeants allemands, cela
renforcerait immensément cette dangereuse campagne anti-allemande. En
conséquence, l’appui allemand au sionisme fut limité à un soutien pour un foyer
juif en Palestine, sous contrôle britannique, pas pour un Etat juif souverain.

Un Etat juif en Palestine, déclara le Ministre [allemand] des Affaires
Etrangères à des diplomates en juin 1937, ne serait pas dans l’intérêt de
l’Allemagne parce qu’il ne serait pas capable d’absorber tous les juifs du monde,
mais servirait seulement comme une base de puissance supplémentaire pour le
judaïsme international, à peu près de la même manière que Moscou servait
comme base pour le Communisme International. Reflétant un certain
changement dans la ligne officielle, la presse allemande en 1937 exprima une
bien plus grande sympathie pour la résistance arabe palestinienne aux
ambitions sionistes, à un moment où la tension et le conflit entre les juifs et les
Arabes en Palestine étaient croissants.

Une circulaire du Ministère des Affaires Etrangères du 22 juin 1937
avertissait qu’en dépit de l’appui à la colonisation juive en Palestine, «ce serait
néanmoins une erreur de supposer que l’Allemagne soutenait la formation d’une
structure d’état en Palestine sous quelque forme de contrôle juif. Au vu de
l’agitation anti-allemande du judaïsme international, l’Allemagne ne peut pas
approuver [l’idée] que la formation d’un Etat juif en Palestine aiderait le
développement pacifique des nations du monde» (…) «La proclamation d’un Etat
juif ou d’une Palestine administrée par les juifs», avertissait un mémorandum
interne de la section des Affaires juives de la SS, «créerait pour l’Allemagne un
nouvel ennemi, qui aurait une profonde influence sur les développements
[politiques] au Proche-Orient». Une autre agence SS prédit qu’un Etat juif
«travaillerait à apporter une protection spéciale aux minorités juives dans tous
les pays, donnant par conséquent une protection légale à l’activité parasite du
judaïsme mondial». En janvier 1939, le nouveau ministre des Affaires
Etrangères de Hitler, Joachim von Ribbentropp, avertit de même dans une autre
circulaire que «l’Allemagne devait considérer la formation d’un Etat juif comme
dangereuse», parce que «cela apporterait un accroissement international à la
puissance du judaïsme mondial».

Hitler lui-même revit personnellement toute cette question au début de
1938, et en dépit de son vieux scepticisme à propos des ambitions sionistes et de sa
crainte que sa politique puisse contribuer à la formation d’un Etat juif, il décida
de soutenir l’émigration juive en Palestine encore plus vigoureusement. La
perspective de débarrasser l’Allemagne de ses juifs, conclut-il, pesait plus lourd

que les dangers possibles.

Cependant, le gouvernement britannique imposa des restrictions encore
plus drastiques à l’immigration juive en Palestine en 1937, 1938 et 1939. En
réponse, le service de sécurité SS conclut une alliance secrète avec l’agence
clandestine sioniste Mossad le-Aliya Bet pour introduire illégalement les juifs
en Palestine. En résultat de cette collaboration intensive, plusieurs convois de
bateaux réussirent à atteindre la Palestine malgré les bateaux de guerre
britanniques. L’émigration juive, à la fois légale et illégale, [partant]
d’Allemagne (incluant l’Autriche à partir de 1938) vers la Palestine, s’accrut
dramatiquement en 1938 et 1939. Un autre départ de 10 000 juifs était
programmé pour octobre 1939, mais le déclenchement de la guerre mit fin à cet
effort. Malgré tout, les autorités allemandes continuèrent à soutenir
l’émigration indirecte des juifs vers la Palestine en 1940 et 1941. Même aussi tard
qu’en mars 1942, au moins un camp d’entraînement sioniste «kibboutz»,
officiellement autorisé pour les émigrants potentiels, continua à fonctionner
dans l’Allemagne de Hitler.

L’Accord de Transfert

suite…

https://mega.co.nz/#!OVknVQYR!pPaBZogedxqmV94MxXL1071Yb9H0FaKiNBzRU0q2vJc

Génocide contre qui ? Par… qui ?


 
Auteurs : Verbeke Herbert – V.H.O.
Ouvrage : Génocide contre qui ? Par… qui ?
Année : 1997

Il y a dix ans, Rudolf Hess mourait, assassiné par les services
secrets britanniques dans la prison de Spandaû où il était enfermé
depuis plusieurs décennies. Si l’on excepte certains nostalgiques en
quête de symboles, l’ancien dauphin de Hitler, alors nonagénaire et à
demi-paralysé, ne représentait plus rien : il n’écrivait aucun texte, ne
donnait aucun interview, ne soutenait aucun parti. Dès lors, pourquoi
l’avoir assassiné ? Tout simplement parce que Rudolf Hess restait un
témoin clé de l’Histoire, une Histoire falsifiée par les vainqueurs de
1945.
En 1995, à Münich, alors que le monde entier s’apprêtait à
célébrer le cinquantenaire de la victoire des Alliée sur le IIIe Reich,
un vieillard de 75 ans s’est immolé par le feu. Reinhold Elstner,
c’était son nom, laissait une lettre d’adieu qui se terminait par :

50 ans de calomnies et de diabolisation incessantes de tout un peuple sont
assez.
50 ans de monstrueux outrages au soldat allemand sont assez.
On ne peut que pressentir le flot de mensonges qui se déversera sur notre
peuple en cette année du jubilé. Avec mes 75 ans, je ne peux plus faire grand
chose mais pourtant avec ma mort dans les flammes comme final je veux
ériger un signe visible de conscience.
Et si seulement un Allemand revient à la raison et trouve la voie de la vérité,
alors mon sacrifice n’aura pas été vain.

Un demi-siècle après la chute du national-socialisme, la Seconde
Guerre mondiale est présentée comme une suite de batailles

qui se sont déroulées du Pacifique à la pointe de la Bretagne, en
passant par l’Afrique et l’Europe du Nord. Les touristes visitent les
plages du Débarquement, entrent dans les blockhaus, se promènent
dans des bâtiments qui ont abrité les Q.G. des différentes armées.
Ils en oublient, que parallèlement à cette guerre physique, s’est
déroulé une guerre psychologique acharnée. Tant que les guerres
opposèrent uniquement des princes locaux et furent faites par un
petit nombre d’hommes dont le métier était de se battre, la guerre
psychologique n’exista pas. Au XIXe siècle, toutefois, l’émergence de
pouvoirs centralisés régissant des nations entières vit apparaître la
levée d’armées composées d’hommes incorporés de force. Le XXe
· siècle vit naître les guerres qui n’opposaient pl us des régions mais des
nations entre elles. Une fois le conflit débuté, la patrie entière entrait
en économie de guerre et, outre le soldat, le peuple resté à l’arrière
devait apporter sa contribution à la victoire. Or, pour que ces sacrifices
soient consentis, il fallait impérativement faire croire à la masse
qu’elle menait le bon combat. De même fallait-il tenter de démoraliser
le peuple d’en face en lui répétant que ses dirigeants le
trompaient et qu’il se battait pour une cause injuste.
Dans son livre intitulé : Falsehood in War-Time (Le mensonge
en temps de guerre), l’Anglais Arthur Ponsonby a révélé certains
aspects de la guerre psychologique telle qu’elle s’est déroulée entre
1914 et 1918. C’était l’époque où les Allemands étaient accusés non
seulement d’avoir déclenché le . conflit, mais aussi de couper les
mains des bébés belges, de mutiler les infirmières, de crucifier des
soldats Canadiens etc 1.
La guerre de 1939-1945 ··fut d’un genre nouveau. Pour la
première fois dans l’époque moderne, un conflit n’opposait pas deux
impérialismes nationaux conquérants, mais deux visions du monde
inconciliables: la vision libérale-communiste · (deux faces d’une
même médaille) et la vision nationale-socialiste. Telle est la raison

pour laquelle des ressortissants de toutes les nations se placèrent
volontairement dans les camps opposés : par. exemple, des Français
combattirent sous l’uniforme allemand pendant que des ressortissants
allemands contribuaient à l’effort de guerre des Alliés. On oublie
même que 270 Britanniques, regroupés sous la bannière de la Légion
Saint-Georges, combattirent aux côtés des Allemands sur le front de
l’Est 2. Après la défaite du Reich, leur chef, Jolm Amery, fut capturé
puis pendu pour trahison le 19 décembre 1945, il avait 33 ans.
Dès lors, on comprendra aisément que, durant ce conflit, la
guerre psychologique ait fait rage dans tous les camps. Chez les Alliés,
ses objectifs furent multiples. Dans un premier temps, il s’agit :

1e- d’entretenir le moral des soldats franco-anglais dont certains
percevaient l’hypocrisie de ce conflit. Rappelons en effet que la
France et l’Angleterre avaient déclaré la guerre à l’Allemagne afin de
sauvegarder l’indépendance de la Pologne. Or, si l’on excepte quelques
manoeuvres de faible envergure et sans résultat, les armées
franco-britanniques ne bougèrent pas en septembre 1939 lorsque les
soldats de la Wehrmacht déferlèrent sur le pays du colonel Beek.
Bien plus, ni l’Angleterre ni la France ne songèrent à déclarer la
guerre à l’URSS lorsque, le 18 septembre 1939, celle-ci envahit à son
tour la Pologne. Rapidement, donc, certaines voix s’élevèrent pour
dénoncer ce qui paraissait être une guerre purement idéologique
contre le national-socialisme.
2°- de porter des coups psychologiques au peuple allemand.
En Angleterre, l’homme qui fut chargé d’organiser cette guerre
étrange s’appelait Sefton Delmer. Né à Berlin en 1904, il collabora au
Daily Express pendant de nombreuses années avant de devenir, en
1940, principal collaborateur du Ministre britannique de l’Information,
Duff Cooper. Peu après, il dirigea les émissions en langue
allemande de la BBC et le service de propagande,qui s’y rattachait .

Sa première mission fut de répondre à l’offre de paix faite
publiquement devant le Reichstag par Hitler en 1940. Le 19 juillet
1940, le Führer avait, dans un mémorable discours, adressé «un
nouvel et dernier appel à la raison universelle » en offrant à l’Angleterre
la paix dans les termes suivants :

suite page 4

https://mega.co.nz/#!jQ9gQCZI!qfp-Q-uQwxCjiX62Gpe-dLNUS_B_z-1-wJwElBj3Adc

Les mensonges conventionnels de notre civilisation


 
Auteur : Nordau Max Simon
Ouvrage : Les mensonges conventionnels de notre civilisation
Année :1897

AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR
POUR LA PREMIÈRE ÉDITION
Le livre dont nous présentons la traduction au public
français a paru à Leipzig en novembre 1883 et en est
actuellement à sa douzième édition, chiffre qui équivaut
à trente ou quarante éditions en France. Accueilli avec
une sorte d’enthousiasme par les uns, plus ou moins
anathématisé par les autres, il a provoqué d’ardentes
apologies aussi bien que de violentes réfutations, et sa
publication a atteint, on peut le dire, les proportions
d’un événement. Les journaux d’outre-Rhin se sont
accordés à peu près unanimement à le regarder comme
un des symptômes les plus caractéristiques du mouvement
d’idées qui, sur le terrain politique, religieux, social
et moral, s’effectue actuellement en Allemagne. Son
retentissement a franchi la frontière et il en a déjà paru
— d’après une note bibliographique que nous avons sous
les yeux —des traductions en anglais,italien, portugais
hollandais, danois et suédois (1). Nous avons pensé qu’il


(1) Depuis que ceci a été écrit,il en a paru une nouvelle traduction
en espagnol.


méritait, ne fût-ce qu’à titre de curiosité, de passer dans
notre langue à son tour. Rien de ce qui touche à l’Allemagne,
on ne saurait le répéter trop souvent ni trop
haut, ne doit désormais nous rester étranger, et il y a
pour nous un intérêt de premier ordre — un intérêt
national —à lire et à traduire les livres des Allemands,
comme ceux-ci lisent et traduisent les nôtres. Le vrai
patriotisme, celui des gens éclairés et qui comptent,
consiste non à dédaigner et à ignorer son adversaire,
mais à l’étudier et à l’observer de près, afin de connaître
son fort et son faible, et, le cas échéant, de tirer le meilleur
profit possible des constatations faites à son sujet.
Quant au jugement à porter sur l’ouvrage en question,
nous en abandonnons le soin au lecteur. Tout ce qu’on
est en droit de demander à un traducteur, en une matière
faite pour soulever des appréciations fort opposées, c’est
de s’acquitter consciencieusement de la partie matérielle
de sa lâche, sans empiéter sur les attributions spéciales
de la critique. Son seul rôle, en un tel cas, est de présenter
au lecteur une glace transparente et incolore, à travers
laquelle chacun découvrira ce que sa nature d’esprit,
son tempérament, ses habitudes d’action et de
pensée le portent à apercevoir. Les Allemands, grands
glossateurs, comme tout le monde sait, reprennent
volontiers pour leur propre compte le principe posé par
Spinoza dans sa Réforme de l’Entendement, à savoir que
nulle chose, considérée en elle-même, ne peut être dite
parfaite ou imparfaite, et qu’il faut se borner autant que
possible à la comprendre, sans la blâmer ni la louer : ce
qui revient à dire que c’est une méthode philosophique
vicieuse de faire de nos sympathies et de nos antipathies
le critérium de la justesse de tel ou tel point de vue. Ce

principe, qui serait immoral et fréquemment désastreux
sur le terrain des faits, est incontestablement fort sage
dans le champ des idées. En tout cas, nous croyons
devoir l’invoquer dans la circonstance présente. En traduisant
les Mensonges conventionnels de notre Civilisation,
nous avons voulu uniquement — pourquoi ne nous rendrions-
nous pas ce modeste témoignage? —faire oeuvre
de littérateur patriote, qui écoule volontiers le vent souffler
à la frontière et aime à savoir dans quelle direction, et
à aucun degré oeuvre d’homme de parti.

A. D.

PRÉFACE
Ce livre prétend reproduire fidèlement la manière de
voir de la majorité des hommes instruits de notre époque.
Il existe certainement, au sein des nations civilisées des
millions d’hommes que leurs propres réflexions ont
amenés à critiquer dans notre organisation politique et
sociale exactement ce qui est critiqué dans les pages
qu’on va lire, à penser que cette organisation n’est pas
conformée la saine raison, non plus qu’aux données
fournies par les sciences expérimentales, physiques et
naturelles, et que par conséquent elle n’est pas maintenable.
Malgré cela, il est très probable que beaucoup de lecteurs
feront la grimace et lèveront les bras au ciel, ceux-là
peut-être surtout qui trouveront exprimées dans ce
livre leurs propres opinions les plus secrètes.
Voilà précisément pourquoi l’auteur a cru qu’il y avait
nécessité absolue, inéluctable, d’écrire ce livre. La maladie
grave de notre époque, c’est la lâcheté. On n’a pas
le courage de déployer son drapeau, d’assumer la responsabilité
de ce que l’on croit être la vérité, de mettre
d’accord ses actes avec ses convictions. On estime qu’il

est prudent et habile de se conformer aux usages,
d’observer les dehors,lors même que, dans son for intérieur,
on a complètement rompu avec tout cela. On ne veut
froisser personne, ne blesser aucun préjugé. On appelle
cela« respecter les convictions d’autrui ». Et ces autres
sont ceux-là même qui ne respectent nullement nos
convictions à nous; ils les dénigrent, ils les poursuivent
de leur haine, et ne demanderaient pas mieux que d’exterminer
avec les opinions ceux qui les professent.
C’est ce manque de courage viril et de sincérité qui
prolonge l’existence du mensonge et recule à perte de
vue le triomphe de la vérité.
L’auteur a voulu du moins remplir son devoir vis-à-vis
de lui-même, vis-à-vis de la vérité et de ceux qui sont
de son bord. Il a dit bien haut et sans réticence aucune
tout ce qu’il pense.
Qu’ils en fassent autant, les gens avisés, les habiles, les
diplomates, les opportunistes, — peu importe le mot
sous lequel il leur plait de cacher leur hypocrisie et leur
mensonge; —qu’ils en fassent autant, et ils constateront,
peut-être à leur grand étonnement, que dans bien
des endroits déjà ils forment la majorité. Ils n’auront
alors qu’à se compter pour être les plus forts, et bientôt
peut-être ils trouveront leur avantage à être sincères et
conséquents plutôt que de persister dans la duplicité et
la dissimulation.

MANÉ, THÉGEL, PHARÈS

suite…

Les_mensonges_conventionnels_de_notre_civilisation.zip

Idéalisme Pratique (Praktischer Idealismus)


Eijiro-Graf-Coudenhove-Kalergi-Richard-Nikolaus-Idealisme-pratique

 

Les racines racistes et suprémacistes de l’idéologie à l’origine de l’Union européenne

http://balder.org/judea/Richard-Nicolaus-Coudenhove-Kalergi-Idealisme-Pratique-Vienne-1925.php

Traduction française des passages choisis d’ Idéalisme pratique

Auteur : Le comte Richard N. Coudenhove Kalergi

Ouvrage : Idéalisme Pratique

Année : Vienne en 1925

 

 

Coudenhove Kalergin’était pas juif lui-même. Du côté de son père il avait deux origines européennes différentes (Flamand. Grec Hongrois Tchèque) et de haute noblesse.

Sa mère était japonaise et appartenait à une famille d’aristocrates.

Il a épousé une juive de 13 ans son aînée, Ida Roland (née Ida Klausner), une actrice qui lui a donné deux fils. Ida Roland est morte en 1951. En 1952 il a épousé Alexandra Gräfin von Tiele, née Bally. En 1969 il a épousé la juive autrichienne Melanie Benatzky Hoffmann.

Richard Coudenhove Kalergi
Richard Nicolaus
Coudenhove Kalergi
1894-1972

Les Européens sont destinés à devenir des bâtards négroïdes

L’homme de demain sera un bâtard. Les races et les classes disparaîtront par suite de la disparition de l’espace, du temps et des préjugés.

La race eurasio-négroïde de demain, dont l’apparence extérieure sera semblable à celle de l’Ancienne Egypte, remplacera la diversité des peuples par la diversité des individus. [22]

Le christianisme, préparé éthiquement par les Esséniens juifs (Jean) et spirituellement par les Alexandrins juifs (philo), était un judaïsme régénéré. En tant que chrétienne l’Europe, du point de vue de l’esprit, est juive ; en tant que morale, l’Europe est juive.

Presque toute l’éthique européenne est enracinée dans le judaïsme. Tous les protagonistes d’une morale, religieuse ou non, depuis Augustin jusqu’à Rousseau, Kant et Tolstoï,  étaient des juifs d’élection au sens intellectuel ; Nietzsche est l’unique moraliste non juif, l’unique moraliste païen d’Europe.

Les défenseurs les plus éminents et les plus convaincants des idées chrétiennes, qui dans leur réincarnation moderne s’appellent pacifisme et socialisme, sont des juifs.

En Orient, le peuple chinois représente l’éthique par excellence [..] – en Occident ce sont les juifs.

Dieu était le chef d’Etat des anciens juifs, leur code de conduite était le code civil, le péché était un crime.

Au cours des millénaires les juifs sont restés fidèles à cette idée théocratique de l’identification de la politique et de l’éthique: le christianisme et le socialisme sont tous deux des tentatives pour créer un royaume de Dieu.

Il y a deux millénaires, les premiers chrétiens – non pas les Pharisiens ni les Saducéens – ont été les héritiers et les rénovateurs de la tradition mosaïque; aujourd’hui ce ne sont ni les sionistes ni les chrétiens mais les dirigeants juifs du socialisme:  parce qu’ils veulent, avec la plus grande abnégation, effacer le péché originel du capitalisme, délivrer l’humanité de l’injustice, de la violence et de la servitude et transformer le monde racheté en un paradis terrestre. [27].De Moïse à Weininger, l’éthique a constitué le problème majeur de la philosophie juive.

C’est dans cette attitude éthique fondamentale vis-à-vis du monde que se trouve l’origine de l’extraordinaire importance du peuple juif – mais en même temps le danger que les juifs qui ont perdu leur croyance à cette éthique ne tombent dans le cynisme le plus égoïste: alors que les genss d’une autre mentalité, une fois perdu leur sens de l’éthique, conservent encore un certain nombre de valeurs chevaleresques et de préjugés (homme d’honneur, gentleman, cavalier, etc.) qui leur évite de tomber dans l’abîme des valeurs.

Ce qui sépare principalement les juifs du citoyen moyen, c’est qu’ils sont d’une même souche.

Une force de caractère couplée avec une acuité d’esprit prédestine le juif, parmi les spécimens les plus remarquables, à diriger l’humanité, depuis les aristocrates de l’esprit faux ou sincères jusqu’aux protagonistes du capitalisme comme de la révolution. [28]

Nous nous trouvons maintenant au seuil de la troisième époque des temps modernes: le socialisme.

Le socialisme s’appuie aussi sur la classe urbaine des travailleurs industriels, dirigée par l’aristocratie des écrivains révolutionnaires.

L’influence de la noblesse de sang diminue, l’influence de la noblesse d’esprit  est en croissance.

Un tel développement, et avec lui le chaos de la politique moderne, ne trouvera son terme que lorsqu’une aristocratie de l’esprit saisira les rênes du pouvoir de la société: en s’emparant de la poudre, de l’or, de l’encre d’imprimerie pour les consacrer au bonheur de la communauté. [32]

Dictature communiste: étape décisive vers le but

Le bolchevisme russe constitue une étape décisive vers ce but où un petit groupe d’aristocrates intellectuels communistes gouverne le pays et  rompt consciemment avec le démocratisme ploutocratique qui domine aujourd’hui le reste du monde.

La lutte entre le capitalisme et le communisme pour l’héritage de cette noblesse du sang vaincue est une guerre fratricide de la noblesse des cerveaux victorieuse, un combat entre les esprits individualistes et socialistes, égoïstes et altruistes, païens et chrétiens.

L’état-major des deux parties se recrute au sein de la race dirigeante spirituelle de l’Europe: les juifs.

Le capitalisme et le communisme sont tous deux rationnels, mécaniques, abstraits, urbains. La noblesse d’épée a définitivement joué son rôle. L’effet de l’esprit, le pouvoir de l’esprit, la croyance en l’esprit, l’espoir en l’esprit grandissent: et avec eux une nouvelle aristocratie. [33]

[44] Pour s’élever, pour aller de l’avant il faut des objectifs; pour atteindre ces objectifs il faut des hommes pour les fixer, pour conduire vers ces objectifs: des aristocrates.

L’aristocrate comme dirigeant est un concept politique, l’aristocrate comme  modèle est un idéal esthétique.

L’exigence la plus haute requiert que l’aristocratie coïncide avec la noblesse, le dirigeant avec le modèle: que la direction revienne aux personnes accomplies.

Race of nobility

Genrikh Yagoda

Lazar Kaganovich

Bela Kun
Leon Trozki
Leon Trotzki

Emma Goldman

Theodor Hertzl
Race of nobility – Anno 2007

Patrick Gaubert
Goldenberg – LICRA

Bernard Kouchner

Nicholas Sarkozy

Bernard-Henri Levy

Laurent Fabius

Cohn-Bendit – K. Me

Leonid Nevzlin

Gussinski

Simon Wiesenthal

Boris Beresovski

Mihail Khodorkovsky

Marcus Wolf STASI
Führers of Humanity – Anno 2007

Alan Dershowitz

David Horowitz

Richard Perle

Paul Wolfowitz

Paul Spiegel

Yitzhak Ginsburgh

Ariel Sharon

Abe Foxman

The general staff of both parties is recruited from Europe’s spiritual leader race [Führerrasse] the Jews.

Aux Européens la quantité et aux juifs la qualité

De l’humanité-quantité européenne, qui ne croit qu’au nombre, à la masse, deux races de qualité se distinguent: l’aristocratie de sang et les juifs.

Séparés l’un de l’autre, tous deux croient fermement à leur haute mission, à la supériorité de leur sang, aux différences humaines.

Dans ces deux races hétérogènes privilégiées se trouve le noyau de la future noblesse européenne: dans l’aristocratie de sang féodale pour autant qu’elle ne se laisse pas corrompre par la cour, dans l’aristocratie intellectuelle juive, pour autant qu’elle ne se laisse pas corrompre par le capital.

Comme garantie d’un avenir meilleur il reste de petits éléments de haute aristocratie morale dans les campagnes et un petit groupe de combat révolutionnaire de l’intelligentsia.

Ici la conformité entre Lénine, homme d’une petite aristocratie rurale, et Trotski, homme de lettres juif, devient un symbole: on voit là se réconcilier les contrastes entre le caractère et l’esprit, le châtelain et l’homme de lettres, l’homme de la campagne et l’homme de la ville, le païen et le chrétien, pour une synthèse créatrice d’une aristocratie révolutionnaire.

Un pas en avant dans le mental suffirait pour placer au service de la nouvelle libération des peuples les meilleurs éléments de la noblesse de sang, qui ont préservé dans le pays leur santé physique et morale de l’influence avilissante de l’atmosphère de la cour.

Car ils sont prédestinés à cette position grâce à leur courage traditionnel, leur mentalité antibourgeoise et anticapitaliste, leur sens des responsabilités, leur mépris des avantages matériels, leur formation stoïque de la volonté, leur intégrité, leur idéalisme. [45]10. LA NOBLESSE FUTURE DES JUIFS ET LES KHAZARS

Les principaux représentants de l’aristocratie du cerveau, les corrompus comme les intègres, à savoir le capitalisme, le journalisme et les érudits, sont des juifs.

La supériorité de leur esprit les prédestine à devenir le facteur principal de la future noblesse.

Un seul coup d’oeil à l’histoire du peuple juif explique sa position de leader dans la lutte pour la gouvernance de l’humanité. Pendant deux mille ans les juifs ont constitué une communauté religieuse, composée individus prédisposés sur le plan éthique et religieux et provenant de toutes les nations du milieu culturel classique, avec un centre national hébraïque en Palestine.

Déjà à l’époque le lien principal qui les unissait n’était pas la nation mais la religion. Au cours du premier millénaire de notre calendrier des prosélytes de tous les peuples entrèrent dans cette dénomination [secte religieuse], y compris le roi, la noblesse et le peuple des Khazars de Mongolie, les maîtres de la Russie du Sud.

Ce n’est qu’à partir de ce moment que la communauté juive religieuse s’est réunie en une nation artificielle et s’est fermée à tous les autres peuples.

A travers des persécutions indicibles l’Europe chrétienne, pendant tout un millénaire, a tenté d’exterminer le peuple juif.

Résultat: tous les juifs, de faible volonté ou opportunistes ou sceptiques se sont laissé baptiser pour échapper aux tourments d’une persécution sans fin.

D’autre part, tous les juifs qui n’étaient pas suffisamment habiles, malins et créatifs pour survivre à cette lutte pour la vie dans ces conditions très difficiles succombaient.

Ainsi une petite communauté a enfin émergé de toutes ces poursuites, fortifiée par un martyre héroïque enduré à cause de ses idées et purifiée de tous les éléments de faible volonté ou pauvres d’esprit.

Au lieu de détruire les juifs, l’Europe, malgré elle, a ennobli ces gens et, au travers de ce processus artificiel de sélection en a fait une nation de chefs.

Il n’est pas étonnant que ces gens, échappés de leurs ghettos, ont formé en Europe une noblesse de l’esprit.

Une nouvelle noblesse par la grâce de l’esprit

C’est pourquoi, au moment où l’aristocratie féodale disparaissait, la Providence a offert à l’Europe, grâce à l’émancipation des juifs, une nouvelle race de nobles par la grâce de l’esprit.

Le premier représentant typique de cette noblesse future a été le juif-noble [Edeljude] Lassalle qui combine jusqu’au plus haut point la beauté physique et la noblesse d’esprit et de finesse spirituelle: aristocrate au sens le plus noble et le plus exact du terme, c’était un dirigeant né et un guide de son temps.

Les héros et martyrs juifs des révolutions de l’Europe de l’Est et de l’Europe centrale ne sont en aucun cas inférieurs aux héros non juifs de la Guerre mondiale en matière de courage, de persévérance et d’idéalisme – mais ils les surpassent de beaucoup en esprit. [50]

Avec ces deux tentatives de rachat d’origine spirituelle et morale, les juifs ont légué aux masses déshéritées de l’Europe un don bien plus grand que ne l’a fait n’importe quel autre peuple.

Voyons comment la communauté juive moderne dépasse tous les autres peuples par son pourcentage en personnalités: à peine un siècle après sa libération ce petit peuple se place, avec Einstein, à la tête de la science moderne; avec Mahler à la tête de la musique moderne, avec Bergson à la tête de la philosophie moderne, avec Trotzki à la tête de la politique moderne. [51]

Des Européens haineux et jaloux…

La position éminente qu’occupent aujourd’hui les juifs est due à leur suprématie spirituelle qui leur permet de vaincre la bataille spirituelle sur un nombre considérable de rivaux privilégiés, haineux et jaloux.

L’antisémitisme moderne est le phénomène  réactionnaire des médiocres contre les meilleurs; c’est une nouvelle forme d’ostracisme appliqué à l’encontre de tout un peuple. [ostracisme = exclusion] ]

Des majorités de valeur inférieure, des minorités de haute qualité

En tant que peuple, les juifs connaissent le combat éternel de la quantité contre la qualité, des groupes inférieurs contre des individus de haute qualité, des majorités de valeur inférieure contre des minorités supérieures.

Les racines principales de l’antisémitisme sont l’étroitesse d’esprit et l’envie : l’étroitesse d’esprit en matière religieuse ou scientifique, l’envie en matière intellectuelle ou économique.

Parce qu’ils ne relèvent ni d’une communauté religieuse internationale ni de quelque race locale, les juifs sont le peuple au mélange de sang le plus fort; comme ils se sont isolés des autres peuples depuis un millénaire, ils ont aussi la plus forte consanguinité.

Il n’y a pas que l’aristocratie d’esprit révolutionnaire de demain qui se recrute aujourd’hui surtout chez les juifs mais aussi les trafiquants ploutocratiques de la Kakistokratie; et c’est ce qui aiguise les armes agitant l’antisémitisme.

Des milliers d’années d’esclavage ont privé les juifs, à de rares exceptions près, des gestes des surhommes.

La répression perpétuelle inhibe le développement de la personnalité, et enlève ainsi un important élément de l’idéal esthétique de la noblesse.

Une grande partie de la communauté juive souffre physiquement et psychologiquement de cette carence; ce défaut est l’une des raisons principales qui font que l’instinct européen refuse de considérer les juifs comme une race noble.

Le ressentiment que cette oppression a fait naître chez les juifs leur a donné une grande vitalité mais les prive d’harmonie raffinée.

L’Allemagne doit périr – Le projet Kaufman

Un projet similaire à celui de Kaufman a été émis pendant les années de guerre par un éminent anthropologue américain. Dans un article ayant pour titre « Breed War Strain Out of Germans » paru dans le quotidien de New York « P.M. » du 4 janvier 1943, Ernest Hooton exposait un projet de « mode de reproduction » qui « détruirait le nationalisme allemand et son idéologie agressive tout en conservant et en perpétuant les capacités biologiques et sociologiques allemandes souhaitables ». (Voy. aussi Benjamin Colby, « Twas a Famous Victory » (C’était une sacrée victoire), 1974, p. 131.)

La proposition de ce professeur de l’Université de Harvard préconisait la transformation génétique de la nation allemande en encourageant l’accouplement de femmes allemandes avec des non-allemands qui seraient amenés dans le pays en grands nombres, ainsi que d’hommes allemands, maintenus de force à l’extérieur de l’Allemagne, avec des non allemandes.

De dix à douze millions d’hommes allemands seraient astreints à un travail forcé sous supervision alliée dans des pays extérieurs à l’Allemagne afin de reconstruire l’économie de ces pays.  « Le but de cette mesure », écrivait le Dr. Hooton, « réunit la réduction du taux de naissance des Allemands ‘purs’, la neutralisation de l’agressivité allemande par la disparition de la race et la dénationalisation des individus endoctrinés. »

La mise en place de ce projet, estimait Hooton, nécessitera au moins 20 ans. « Pendant ce laps de temps », continuait-il, « il faut encourager aussi l’immigration et l’installation dans les Länder allemands de gens de nationalités non allemandes, particulièrement des mâles. » Pour en savoir plus: Germany Must Perish.

Télécharger Germany must Perish et The Morgenthau Plan (en allemande – pdf)

Cet excès de consanguinité, lié à leur passé de ghetto, a été la cause de bien des côtés de leur décadence physique et psychique.

Ce que les juifs gagnaient avec leur tête, ils le perdaient souvent avec leur corps; ce qu’ils gagnaient avec leur cerveau, ils le perdaient avec leur système nerveux.

Ainsi les juifs souffrent d’une hypertrophie(1) du cerveau qui vient en opposition avec les exigences de la noblesse et du développement harmonieux de la personnalité.

La faiblesse physique et nerveuse de beaucoup de juifs excellents sur le plan spirituel montre un manque de courage physique (souvent en liaison avec la forme la plus élevée du courage moral) et une incertitude dans les performances, qualités qui aujourd’hui sont incompatibles avec l’idéal chevaleresque des aristocrates. [53]

Une race d’homme lésée par des esclaves

La maître race spirituelle des juifs a tant souffert sous les esclaves que ces derniers ont imprimé leur marque sur leur développement historique: encore aujourd’hui bien des personnalités juives importantes ont un comportement et des gestes de quelqu’un d’opprimé, non libre.

Dans leur comportement les aristocrates de descendance sont souvent plus nobles que les juifs excellents. Cette carence chez les juifs, qui provient de leur développement, disparaîtra à nouveau grâce à leur développement.

L’adaptation au style rustique (un objectif principal du sionisme), combinée à une éducation sportive, libérera les juifs de ce comportement de ghetto qu’ils portent encore en eux.

Que la chose soit possible, le développement des juifs américains le prouve. Ils auront de plus en plus  conscience de la liberté et du pouvoir effectif qu’ils ont acquis, et cette conscience caractérisera petit à petit les comportements et les gestes des hommes libres et forts.

Non seulement les juifs agiront dans la direction des idéaux aristocratiques occidentaux – mais aussi l’idéal aristocratique occidental connaîtra une transformation qui rencontrera les juifs à mi-chemin.

Dans une Europe du futur plus paisible, l’aristocratie se dépouillera de son caractère guerrier pour y substituer une mentalité quasi religieuse.

Un Occident pacifié et socialisé n’aura plus besoin de maîtres ni de souverains – mais seulement de dirigeants, d’éducateurs, de modèles. [54]

L’Europe a été conquise sur le plan religieux par les juifs – sur le plan militaire par les Germains: en Asie  ce sont les religions des Indiens et de l’Arabie qui ont triomphé, tandis que la suprématie politique appartient au Japon.The German version of the excerpts on this pageAuszüge aus Praktischer Idealismus

Télécharger le livre complet en allemand: Praktischer Idealismus (pdf) [Please notify me if link is dead]

Traduit par Bocage

Notes

1) L’hypertrophie est l’augmentation de la taille d’un organe ou d’une région particulière.

2)Cité d’après Die Welt du 26 août 1998, p. 12: « Die Zwölfzahl der Sterne ist ein Hinweis auf die zwölf Stammen Israels und somit auf das auserwählte Volk Gottes » [Les 12 étoiles sont une référence aux 12 tribus d’Israël et donc au peuple élu de Dieu.


Paul Warburg
Paul Warburg
Bernard Baruch
Bernard Baruch

La famille de (Samuel Moses) Del Branco a quitté l’Italie pour s’installer en Allemagne en 1559 où il a pris le nom de Warburg. En 1798, sa famille a fondé la banque M.M. Warburg & Co. Paul Warburg était un immigré allemand arrivé en Amérique en compagnie de son frère Felix. Les deux frères, qui faisaient partie des Illuminati et étaient aussi membres du B’naï B’rith sont devenus partenaires dans la maison Kuhn, Loeb & Co.

Le franc-maçon bien connu James Paul Warburg a déclaré devant le Sénat américain le 17 février 1950: « Nous aurons un gouvernement mondial, que nous le voulions ou non. La seule question est de savoir si nous y parviendrons par conquête ou par adhésion. »

Paul Warburg était marié à Nina Loeb, fille du banquier Salomon Loeb. Kuhn, Loeb & Co. était la compagnie financière la plus influente des Etats-Unis au début des années 1900. Le frère de Paul, Felix Warburg, était marié à Frieda Schiff, fille du célèbre Jacob Schiff. Schiff, un sioniste de pointe, était le principal propriétaire de Kuhn, Loeb & Co. Il avait contribué à financer Lev Trotski quand les bolcheviques avaient pris le pouvoir. Avant cela, il avait aidé à la prise de pouvoir d’Alexander Kerensky (Aron Kiirbis). Par la suite Jacob Schiff a donné l’ordre à Lénine d’exécuter la famille du Tzar, comme le prouve le télégramme qu’il a envoyé à Lénine.

Coudenhove-Kalergi dans son autobiographie:

« Au début de 1924, nous avons reçu un appel du Baron Louis de Rothschild: l’un de ses amis, Max Warburg de Hambourg, avait lu mon livre et souhaitait faire notre connaissance.

« A ma grande surprise, Warburg nous a proposé spontanément 60.000 marks en or afin de stimuler le mouvement pendant ses trois premières années.

« Max Warburg, qui était l’un des hommes les plus distingués et les plus sages que j’aie jamais rencontrés, avait pour principe de financer ce genre de mouvements.

« Il est resté sincèrement intéressé toute sa vie à cette idée de Pan-Europe.

« Max Warburg a organisé mon voyage aux Etats-Unis en 1925 pour me faire rencontrer Paul Warburg et le financier Bernard Baruch.« 

Le théoricien de la finance Ludwig von Mises (avec le soutien de la Fondation Rockefeller qui lui a accordé un don) a également participé au mouvement Pan-européen de Coudenhove-Kalergi.

Plus tard, les disciples de von Mises, Arthur Burns et Milton Friedman ont propagé les idées de von Mises grâce à un réseau de think tanks secrets « conservateurs », mené par la Mont Pelerin Society (Pour en savoir plus ici).

Le comte R. N. Coudenhove-Kalergi est bien connu comme le père de l’Union européenne moderne. C’est lui qui a suggéré l’hymne de Beethoven comme hymne national de l’UE et il a beaucoup contribué au dessin du logo de l’UE comportant 12 étoiles symbolisant les 12 tribus d’Israël. Ce logo a été finalisé par le juif Paul M.G. Lévi. (2)

Otto de Habsbourg a succédé à Coudenhove-Kalergi comme président de l’Union Pan-européenne. Il est professeur honoraire à l’Université de Jérusalem et a obtenu la « International Humanitarian Award » de l’ADL (Ligue anti-diffamation) de la loge maçonnique juive du B’naï B’rith.

Le père de Coudenhove-Kalergi était un ami intime de Theodor Herzl, fondateur du sionisme.


Praktischer Idealismus

Interdit en Allemagne

Caché par le Mouvement européen

Cet ouvrage n’a probablement pas été tiré en beaucoup d’exemplaires puisqu’il est extrêmement difficile d’en trouver un tirage aujourd’hui.
En Allemagne, le livre fait pratiquement l’objet d’une censure. Bien qu’il ne figure pas dans la liste officielle des livres censurés par le gouvernement allemand, il est impossible de l’acheter dans les librairies, ni neuf ni d’occasion.

Lorsque la maison d’édition « Unabhängige Nachrichten » (Les nouvelles indépendantes) a publié, aux alentours de 1990, un résumé de l’ouvrage et a envisagé de le publier intégralement, le gouvernement a fait une perquisition sur les lieux et le seul et unique exemplaire de « Praktischer Idealismus » a été confisqué.

L’ouvrage n’est pas non plus mentionné sur les pages Internet officielles du Mouvement Pan-européen, ce qui est compréhensible puisque son contenu est en opposition directe avec le programme officiel du mouvement. La question est d’où vient une telle incohérence: le Mouvement Pan-européen a-t-il été détourné? Ou « Praktischer Idealismus » était-il réservé à quelques personnes dans les cercles intimes, et tous les propos sur les valeurs chrétiennes, la démocratie, etc., n’étaient-ils que rhétorique vide?

Traduit d’un article de Wikipedia en danois.

Le Rapport Leuchter


 
Auteur : Leuchter Frederick A.
Ouvrage : Le Rapport Leuchter
Année : 1988

INTRODUCTION
Au mois de février 1988, j’ai été contacté par le professeur Robert Faurisson pour le
compte de M. Ernst Zündel qui m’a demandé d’envisager une mission aux fins
d’examiner et d’expertiser les crématoires qui existent encore en Pologne ainsi que les
présumées chambres à gaz qu’auraient utilisées les Nazis et de formuler une opinion,
du point de vue technique, au sujet de la faisabilité et de l’efficacité de ces
installations. J’ai rencontré M. Zündel, l’avocat Douglas H. Christie et d’autres
membres de son équipe. Nous avons parlé du projet et l’on m’a dit que mes
conclusions seraient utilisées dans le cadre du procès intenté à M. Zündel (le
Ministère public C/Zündel) devant le tribunal de grande instance de Toronto. Il fut
entendu que l’enquête porterait sur Auschwitz, Birkenau et Majdanek (Lublin) avec
leurs crématoires et leurs présumées chambres à gaz homicides. J’ai accepté la
mission et, le 25 février 1988, j’ai conduit un groupe d’enquêteurs en Pologne. Ce
groupe était composé de moi-même, de mon épouse Carolyn Leuchter, de M. Howard
Miller, dessinateur industriel, de M. Jürgen Neumann, cinéaste, et de M. Tijudar
Rudolph, interprète de polonais. Nous sommes revenus le 3 mars 1988 après avoir
inspecté toutes les installations prévues à Auschwitz, Birkenau et Majdanek. Le
présent rapport et mes conclusions proviennent de cette enquête menée en Pologne.

OBJECTIF
L’objectif de ce rapport et de l’enquête préalable est de déterminer si les présumées
chambres à gaz homicides et les installations crématoires de trois sites polonais, à [62]
savoir Auschwitz, Birkenau et Majdanek, ont pu fonctionner de la manière qui est
décrite dans les ouvrages sur l’Holocauste. Cet objectif implique la recherche et
l’étude des installations matérielles, de leur plan, de la description des procédures
utilisées dans ces installations en vue de déterminer les quantités de gaz utilisées, les
temps requis pour ces utilisations (temps d’exécution et de ventilation), les dimensions
des chambres en rapport avec le nombre d’occupants, les procédures et les temps
impliqués dans la manipulation et la crémation des cadavres, avec l’intention de
déterminer la crédibilité et la véracité de rapports opérationnels qui ne sont pas
accompagnés de preuves. Le but de ce rapport exclut toute détermination d’un nombre
de personnes qui seraient mortes ou auraient été tuées par d’autres moyens que le
gazage et ne concerne pas la question de savoir si un véritable Holocauste a eu lieu. Il
n’entre pas non plus dans les intentions de l’auteur du rapport de redéfinir l’Holocauste
en termes historiques ; il s’agit simplement de fournir des informations et des preuves
scientifiques obtenues sur les lieux mêmes et d’exprimer une opinion fondée sur toutes
les données scientifiques, techniques et quantitatives disponibles au sujet de la
destination et de l’usage des présumées chambres à gaz homicides et des installations
crématoires de ces trois camps.

DONNÉES DE BASE
Le principal enquêteur, auteur de ce rapport, est un spécialiste de la conception et de
la fabrication d’instruments d’exécution capitale et il a, en particulier, étudié et conçu
des installations utilisées aux Etats-Unis pour l’exécution de condamnés par voie de
gaz cyanhydrique.

L’enquêteur a inspecté les installations d’Auschwitz, de Birkenau et de Majdanek ; il y
a procédé à des relevés ; il a prélevé des échantillons aux fins d’expertise ; il a
consulté une documentation technique (description et emploi) sur les chambres à gaz
d’épouillage de la DEGESCH [« Compagnie allemande pour la lutte contre les
nuisibles »], sur le gaz Zyklon B ainsi que des documents sur les procédures
d’exécution. Une bonne partie de la documentation a été achetée et examinée sur
place en Pologne, y compris des copies des plans originaux des kremas-I, II, III, IV et V.

ÉTENDUE DU RAPPORT
Ce rapport comprend une inspection physique et des données quantitatives obtenues à
Auschwitz, Birkenau et Majdanek, la documentation fournie par les fonctionnaires
des musées qui se trouvent sur place, des copies des plans des kremas-I, II, III, IV et
V obtenues au musée d’Auschwitz, de la documentation relative aux installations
d’épouillage de la DEGESCH (y compris les équipements et procédures utilisés pour
le gaz Zyklon B), une description du fonctionnement des installations en question et
des prélèvements effectués à des fins d’expertise légale dans les crématoires examinés.
Ce rapport repose également sur certaines informations relatives à la construction et
au fonctionnement des chambres à gaz américaines telles que l’auteur les tient de sa
connaissance personnelle et de son travail en ce domaine ainsi que sur une enquête
qu’il a menée au sujet des crématoires américains et de leur fonctionnement.

Utilisant toutes les données susmentionnées, l’enquêteur a limité son étude à la
détermination de :
• 1) La capacité des présumées chambres à gaz homicides à avoir accompli le
meurtre en masse d’êtres humains par l’usage de gaz Zyklon B à Auschwitz 1
et à Birkenau, et de monoxyde de carbone et/ou de Zyklon B à Majdanek ;
• 2) La capacité des crématoires examinés à avoir accompli le nombre présumé
de crémations de corps humains dans le laps de temps indiqué. [Note de
l’AAARGH: Depuis, les données embryonnaires et très peu documentées
recueillies par Leuchter ont été remplacées par l’étude complète de Mattogno
et Deana, Les Fours crématoires d’Auschwitz, texte intégral sur le site.]

 RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
Après étude de la documentation disponible, après examen et évaluation des
installations existant à Auschwitz, Birkenau et Majdanek, en s’appuyant sur les
connaissances techniques des caractéristiques de construction nécessaires au
fonctionnement des chambres à gaz, après une recherche sur les techniques de
crémation et une inspection de crématoires modernes, le rapporteur ne trouve [64]
aucune preuve qu’aucune des installations normalement présumées être des chambres
à gaz homicides ait jamais été utilisée en tant que telle ; en outre, il conclut qu’en
raison de la conception et de la réalisation de ces installations celles-ci n’ont pas pu
servir de chambres à gaz homicides.

De plus, une étude des installations de crémation inflige, de manière définitive et
probatoire [sic, pour probante], un démenti au nombre présumé de cadavres incinérés
dans le laps de temps généralement avancé. En conséquence l’auteur estime, au mieux
de ses connaissances techniques, qu’aucune des installations examinées n’a jamais
servi à exécuter des êtres humains et que les crématoires n’auraient jamais pu
accomplir la tâche qu’on leur attribue généralement.

 MÉTHODOLOGIE
La procédure suivie dans l’étude et l’expertise qui sont à la base de ce rapport a été la
suivante :
1. Une étude générale de la documentation disponible.
2. Une inspection des sites et une expertise des installations en question, avec
le rassemblement de données physiques (mesures et information sur la
construction) ainsi que le prélèvement ad hoc d’échantillons matériels (brique
et mortier) qui ont été rapportés aux Etats-Unis pour analyse chimique.
3. Une prise en considération des données logistiques enregistrées et filmées
(sur le site).
4. Une compilation des données ainsi acquises.
5. Une analyse de l’information acquise et une comparaison de cette
information avec les informations et les exigences en matière de conception,
de procédure et de logistique concernant la conception, la fabrication et le
fonctionnement de chambres à gaz et de crématoires opérant à l’heure actuelle.
6. Une prise en considération des analyses chimiques des échantillons prélevés
sur place.
[65]
7. La formulation de conclusions fondées sur les preuves ainsi acquises.

UTILISATION DU HCN ET DU ZYKLON B COMME PRODUITS DE
DÉSINFECTION
Le gaz cyanhydrique (HCN, ou acide cyanhydrique) a été utilisé comme gaz de
désinfection dès avant la première guerre mondiale. Les Etats-Unis et leurs alliés l’ont
utilisé en concurrence avec la vapeur d’eau et l’air chaud et, pendant la seconde guerre
mondiale, en concurrence avec le DDT.

On produit généralement le HCN par une réaction chimique du cyanure de sodium
versé dans de l’acide sulfurique dilué. La réaction chimique produit du HCN volatil
avec un reste d’acide prussique (acide cyanhydrique). Cette réaction a normalement
lieu dans un vaisseau en céramique.

On a utilisé ce procédé pour éliminer la vermine dans les bateaux, les bâtiments et
dans des chambres ou des structures spécialement conçues à cet effet. Pour assurer la

sécurité des utilisateurs (techniciens), des procédés spéciaux de fabrication et de
manipulation sont requis. L’acide cyanhydrique est l’un des plus puissants et des plus
dangereux des produits chimiques de fumigation.

Des bâtiments spécialement construits ou modifiés dans ce but ont été utilisés par
toutes les armées et organisations sanitaires à travers le monde. Le HCN a été utilisé
partout pour lutter contre les épidémies, en particulier contre la peste et le typhus,
c’est-à-dire dans la lutte contre les rats, les puces et les poux. Des chambres à gaz
spéciales ont été utilisées depuis la première guerre mondiale en Europe et aux Etats-
Unis. Quelques-unes de ces chambres ont été utilisées par l’armée allemande en
Europe avant et pendant la seconde guerre mondiale et, bien avant cela, par le Service
de l’Immigration américaine d’Ellis Island, dans le port de New York. Une grande
partie de ces chambres destinées à la fumigation ont été fabriquées par la
DEGESCH, une entreprise allemande de Francfort. Pendant la guerre, la DEGESCH
contrôlait la distribution du Zyklon B. La DEGESCH, à l’heure actuelle, fabrique du
HCN.

Le Zyklon B est une préparation commerciale spéciale qui contient de l’acide
cyanhydrique. Le nom « Zyklon B » est une marque déposée. Le HCN était fabriqué à
l’usine et livré sous une forme dans laquelle le HCN était absorbé par une matière
poreuse, soit de la pulpe de bois, soit une terre diatomacée (craie). Il était livré sous
forme de disques ou de pastilles ou de granulés. Cette préparation était scellée dans
une boîte hermétique dont l’ouverture se faisait avec un ouvre-boîte spécial. Sous cette
forme, le Zyklon B/HCN restait sûr et facile à manier. Le gaz émanant du Zyklon B
était du HCN. Les disques, les pastilles ou les granulés devaient être répandus sur le
sol de la zone à fumiger ou utilisés dans une chambre où l’air était ventilé et chauffé
à une température supérieure à 25°7 C. Si on l’utilise dans un bâtiment, dans un bateau
ou sous des tentes pour la fumigation des arbres et de leurs produits, la zone doit être
chauffée à une température qui dépasse 25°7 C, point d’ébullition du HCN. Faute de
cette température, le résultat est beaucoup plus long à venir. La fumigation prend au
minimum 24 à 48 heures.

Après la fumigation, la ventilation de la zone doit prendre un minimum de 10 heures,
selon les dimensions et le volume des lieux, et plus longtemps si le bâtiment n’est pas
pourvu de fenêtres ou de ventilateurs d’évacuation. Les zones traitées doivent être
alors testées par des moyens chimiques pour déceler l’éventuelle présence de gaz
avant que l’on y entre. On utilise parfois des masques à gaz mais ils ne sont pas sûrs et
ne devraient pas être utilisés plus de dix (10) minutes. Une combinaison chimique
spéciale doit être portée pour prévenir l’empoisonnement de la peau. Plus la
température est élevée, plus le lieu est sec, plus rapide et plus sûre sera l’opération.

Les caractéristiques du gaz se lisent dans le Tableau I.

suite…

Leuchter 1

Le second Rapport Leuchter :

Leuchter 2

LA PAIX MALPROPRE



Auteur : Ebray Alcide
Ouvrage : La paix malpropre (Versailles) Pour la réconciliation par la vérité
Année : 1924

Cette Paix n’est pas la paix propre, que tous, sans
distinction de parti, nous demandions et implorions.
H. H. ASQUITH.

« Sans un puissant coup de barre, je vois à l’horizon un
siècle de haines, de nouvelles guerres de revanche, et la
destruction de la civilisation européenne. »
ROMAIN ROLLAND à Jean Longuet
(Le Populaire, 21 décembre 1918).

AVERTISSEMENT
Je dois d’abord un mot au lecteur pour lui expliquer pourquoi je n’ai pas publié ce livre en
France. La raison en est qu’il a pour but de travailler à la réconciliation des belligérants de la
grande guerre en montrant la vérité d’une manière absolument objective, et que la plupart des
éditeurs français hésitent encore à publier des livres animés de cet esprit. Alors même qu’ils en
approuveraient la tendance et le but, ils craindraient de se mettre en opposition avec la version
courante des événements, et de heurter le sentiment de la majorité qui ne veut connaître que
cette version.
Des Anglais, comme M. Keynes, des Italiens, comme M. Nitti, peuvent faire publier leurs
livres, dans leurs pays respectifs, par des éditeurs quelconques. On peut plus difficilement le
faire en France.
Il est vrai qu’il a déjà paru en France des livres poursuivant le même but que celui-ci : la
réconciliation par la vérité. Ils ont eu pour auteurs, le plus souvent, des hommes appartenant
aux partis avancés, ou même très avancés, et ils ont été publiés par des maisons d’édition de
représentants ces partis. Je n’aurais éprouvé aucune difficulté, j’en suis convaincu, à faire
publier ce livre-ci par une de ces maisons, auxquelles j’estime qu’on doit savoir gré, quelque
opinion politique qu’on ait, de l’oeuvre utile qu’elles accomplissent dans des conditions
souvent fort ingrates. Mais, publié par une de ces maisons, ce livre se serait présenté au public
sous le drapeau d’un Parti ; or, c’est ce que je voulais éviter à tout prix. D’autre part, il aurait
été présenté au public que je veux atteindre par une de ces maisons d’édition dont il boycotte
systématiquement les publications, parce qu’il réprouve les idées des partis quelles
représentent. J’ai donc pensé que ce public accueillerait plus favorablement ce livre, s’il lui
était présenté par un éditeur d’un pays étranger et ami. Je ne doute pas qu’il ne m’eût été plus
facile de trouver un éditeur en France après la défaite de M. Poincaré, laquelle a eu la signification
d’une condamnation de sa politique par le peuple français, et sans doute aussi de la
politique faite avant lui. Mais, à ce moment-là, j’étais déjà lié vis-à-vis de l’éditeur étranger,
A. E.
15 mai 1924.

PREFACE
Pendant la guerre, une étude objective des causes et des responsabilités m’avait amené à
cette conclusion : que, de part et d’autre, mais surtout dans le camp de l’Entente, on s’exagérait
les torts de l’adversaire. Il m’était apparu aussi que cette exagération se manifestait également
en ce qui concerne la conduite de la guerre, c’est-à-dire les excès et les violations du droit des
gens qu’on s’accusait réciproquement de commettre, et que c’est encore dans le camp de
l’Entente qu’elle était le plus accentuée. Cette exagération avait vite dégénéré en exaspération.
Au cours de la crise diplomatique qui devait aboutir à la guerre, sir Edward Grey avait déclaré
un jour à l’ambassadeur d’Allemagne que, si elle éclatait, ce serait la «plus grande catastrophe
que le monde eût jamais vue». Par l’effet de l’exaspération qui régnait dans le camp de
l’Entente, la « catastrophe » s’était transformée en « crime ».
Il y était donc devenu courant de désigner la guerre comme le « plus grand crime de
l’histoire », et d’en rendre responsables l’Allemagne et ses alliés. De là était né un état d’esprit
que le Temps du 1er avril 1917 exprimait en disant que l’Entente devait vaincre pour punir.
Cet état d’esprit me paraissait inquiétant en ce qui concerne les rapports internationaux
d’après guerre. Car il me semblait que la réconciliation serait d’autant plus difficile entre les
anciens adversaires, qu’on les aurait plus excités le uns contre les autres en déformant la vérité.
J’avais donc eu l’impression qu’on ferait oeuvre utile en rétablissant la vérité, autrement dit en
facilitant la réconciliation. C’est pourquoi je m’étais attaché à cette oeuvre même avant la fin
de la guerre. Mais il m’aurait paru vain de publier mes réflexions et mes conclusions alors que
les passions étaient encore excitées.
En attendant qu’elles se fussent calmées, je gardai donc par devers moi ce que j’avais écrit,
me contentant de le compléter ou de l’amender, selon que de nouveaux éléments
d’appréciation venaient s’ajouter à ceux dont on disposait déjà.
Quand la paix fut conclue, il me sembla qu’elle nuirait encore plus, par sa dureté et son
injustice, à la cause de la réconciliation, que l’exaspération qui s’était emparée, pendant la
guerre, des peuples de l’Entente. Du reste, s’il faut en croire les hommes d’Etat de l’Entente,
cette paix n’était pas une paix ordinaire. Elle était, par sa dureté, un « châtiment » infligé aux
vaincus pour le « crime » qu’ils avaient commis. C’est l’idée que M. Poincaré soutint dans le
Temps du 27 décembre 1920.
J’avais donc eu l’impression qu’on ferait oeuvre utile en rétablissant la vérité en ce qui
concerne la paix aussi bien qu’en ce qui concerne la guerre. C’est pourquoi je m’étais attaché à
cette oeuvre aussitôt la paix conclue. Mais il m’aurait paru également vain de publier mes
réflexions et mes conclusions au milieu des passions excitées. Ce que j’avais écrit, je le gardai
donc par devers moi, le complétant ou l’amendant à l’occasion.
Les élections françaises du mois de mai 1924 ayant abouti à la condamnation de la
politique de M. Poincaré, il pourra désormais paraître moins vain d’agir en faveur de la
réconciliation, puisque cette politique était le principal obstacle à la pacification.
Ce livre-ci est l’une des études que m’ont suggérés les différentes questions se rapportant à
la guerre et à la paix.1

——————————–

1 Deux autres de ces études ont trait, l’une (Le « Crime » de 1914-1918) aux causes, aux responsabilités et à la
conduite de la guerre ; l’autre (« Chiffons de papier ») aux principales violations de traités et du droit des gens
depuis la Révolution française Jusqu’à nos jours, y compris celles commises pendant la guerre mondiale.

——————————–

Dans le premier chapitre, le lecteur verra non seulement que les responsabilités sont
partagées, mais même qu’il n’y a pas eu, à proprement parler, de « coupables ». Il verra que la
guerre était fatale, et que chacun a fait ce qu’il était naturel qu’il fît.
Il y verra aussi que la prolongation de la guerre était fatale. Il y verra, enfin, qu’en ce qui
concerne les violations du droit des gens, les uns ne sont pas plus innocents que les autres.

* * *

On objectera peut- être qu’il est sans objet de remettre en questions les responsabilités de
la guerre, puisque, par l’article 231 du traité de Versailles, les Allemands ont reconnu qu’eux et
leurs alliés en étaient responsables, et que leurs alliés l’ont eux-mêmes reconnu ensuite. Cet
argument serait le plus vain qu’on pût faire valoir, étant donné de quelle manière cet aveu a été
arraché aux vaincus. On les avait mis, sous de fallacieuses promesses, dans l’impossibilité
matérielle de reprendre les hostilités. On les tenait encore par l’arme de la faim, le blocus
n’ayant pas été levé. Leur territoire était à la merci d’une invasion du vainqueur. Ils devaient
donc passer par ses volontés. Un journal a fait à ce sujet une comparaison très juste. Les
vainqueurs avaient traité les vaincus comme la justice, au moyen âge, traitait parfois des
prévenus, auxquels elle arrachait par la torture l’aveu d’un crime qu’ils n’avaient point commis,
afin de pouvoir les condamner ensuite en se prévalant de cet aveu.
Du reste, au moment où furent signés les traités de paix, notamment ceux de Versailles et
de Saint-Germain, et même au moment où ils furent ratifiés en Allemagne et en Autriche, la
lumière commençait seulement à se faire sur les origines et les responsabilités de la guerre. Si
donc les vaincus avaient avoué leur culpabilité spontanément, et non pas par l’application de la
torture, ils l’auraient fait sans connaissance de cause.
C’est pourquoi l’aveu arraché aux vaincus n’a aucune valeur, ni morale, ni politique, ni
historique, et ne saurait être invoqué contre une recherche consciencieuse des responsabilités.

* * *

Pour ce qui est de la partie essentielle de ce livre, le lecteur y trouvera démontrées ces
vérités ; que la paix a été conclue en violation des principes de M. Wilson, notamment des
quatorze points, dont le bénéfice avait été promis aux vaincus avant qu’ils ne déposassent les
armes ; que la paix a donc été déloyale ; que, la paix conclue, les stipulations en ont été
violées, notamment par la France dans la Ruhr, de même qu’avaient été violés les principes
wilsoniens ; que l’application de la paix a donc été déloyale ; que, s’il y a eu crime, ce crime a
été la paix, et non la guerre.
Dans une étude sur la situation du monde après la guerre, le lecteur puisera cette
conviction : que l’Europe est menacée de nouvelles guerres, et – j’insiste sur ce point – que la
France, plus que toute autre puissance, a intérêt à ce que soit modifié l’état de choses d’où
résultent ces dangers de guerre.
C’est pourquoi le lecteur, avant même d’aborder le dernier chapitre de ce livre, sera
probablement arrivé de lui-même à la conclusion qui y est formulée : à savoir que, dans
l’intérêt général, et dans l’intérêt de la France en particulier, il y aurait lieu de procéder à une
révision des traités de paix.

Ces trois études auront le même sous titre : Pour la Réconciliation par la Vérité, destiné à indiquer leur
parenté et l’identité du but qu’elles poursuivent.
Le premier chapitre de ce livre-ci est un bref résumé des deux autres études.

* * *

Je prévois que, pour avoir écrit ce livre, je serai violemment attaqué surtout en France.
C’est pourquoi, quoi qu’il m’en coûte, je donnerai ici quelques indications d’un caractère
personnel, qui seront comme une riposte préventive à l’adresse de mes contradicteurs, voire de
mes calomniateurs.
Après avoir été, pendant plusieurs années, le rédacteur diplomatique du Journal des
Débats et de la Revue politique et Parlementaire, j’étais entré au ministère des affaires
étrangères.
Comme écrivain, et par ma collaboration aux deux publications précitées, j’ai pris, en tant
qu’il s’agissait de l’action exercée par la presse dans la politique internationale de la France,
des initiatives qui devaient contribuer à édifier le système d’alliances auquel elle a dû son
salut. Je l’ai fait – j’insiste sur ce point – dans un esprit absolument pacifique et défensif. Ceux
qui se trouvent dans mon cas peuvent prétendre avoir, plus que d’autres, le droit de se
prononcer sur toutes les questions se rapportant à la guerre, notamment sur celle de savoir si
elle a été terminée conformément aux intérêts et surtout à l’honneur de la France.
Après un court passage dans les services du ministère des affaires étrangères, j’ai repris
ma liberté, au moment où je venais d’être l’objet d’un avancement, avant été appelé d’un
Consulat général à la direction d’un poste diplomatique. J’ai repris ma liberté dans l’intention
de faire de la politique active. Pour donner une base à la politique que je comptai faire, j’ai
écrit un livre qui m’a fait des ennemis acharnés. Le gouvernement que j’avais servi, estimant
sans doute que tout était permis à l’égard d’un adversaire politique, a entrepris de me nuire,
notamment en essayant de donner le change sur la raison qui m’avait fait quitter son service.
Pour me défendre, j’ai publié sous ce titre : Riposte légitime à quelques manoeuvres du Quai
d’Orsay à propos de ma démission, une brochure qui se trouve à la Bibliothèque nationale de
Paris, comme tout ce qui se publie en France. Si quelqu’un, à propos de ce livre-ci, voulait s’en
prendre à ma personne, outre qu’il s’exposerait à être promptement confondu, il prouverait son
impuissance à réfuter les idées qui y sont exposées.
Dans le camp de l’Entente, et surtout en France, quand quelqu’un entreprend de travailler à
la réconciliation en rétablissant la vérité sur les responsabilités de la guerre et sur le caractère
inique de la paix, on a coutume de lui dire: « Vous soutenez une thèse allemande ». En ce qui
me concerne, je répondrai ceci : Il s’agit uniquement de savoir si je dis, ou non, la vérité. Si
mes contradicteurs éventuels ne commençaient pas par prouver que je ne dis pas la vérité, ils
avoueraient implicitement que je la dis. Et si, après avoir fait cet aveu implicitement, ils me
disaient : « Vous soutenez une thèse allemande », on voit à quelle conclusion logique cela
aboutirait. Mes contradicteurs éventuels ne voudront certainement pas tomber dans cette
erreur de raisonnement.
J’ai arrêté au 15 mai 1924 le travail qui a consisté à remanier et à compléter ce livre. A ce
moment, une situation nouvelle semblait résulter des élections au Reichstag allemand (4 mai)
et à la Chambre française (11 mai), ainsi que de la retraite annoncée de M. Poincaré.
Le lecteur est donc averti que, dans le corps même du livre, il ne sera pas tenu compte des
événements postérieurs à cette date. Si, pendant qu’il sera en cours d’impression, il s’en produisait
qui en modifiassent les conclusions ou qui valussent la peine d’être relatés, j’en parlerais dans
un Appendice.

CHAPITRE PREMIER
LE « CRIME »
I
Des aveux français et anglais

suite…

https://mega.co.nz/#!2A9nhDyD!aCU5aSMDwIL04k-1oyY4AaLw9-WqV4SfxG1GQAUCtog

Liberté Sociale écrit à Emmanuel MACRON 13/10/2014


http://liberte-sociale.eu/accueil-p774810

Monsieur le Ministre,

Dans la feuille de route de votre prédécesseur en vue du redressement économique de la France du 10 juillet dernier, il a été évoqué la remise en cause du monopole de certaines professions.

Vous avez repris la charge de ce dossier. Votre projet de loi pour la croissance poursuit les objectifs définis précédemment notamment sur les professions règlementées. Dans ce projet, vous avez omis d’évoquer la fin du monopole de la sécurité sociale qui, selon les experts, y compris de l’inspection générale des finances, permettrait de restituer aux Français beaucoup plus que les 6 milliards d’euros de pouvoir d’achat avancés par votre prédécesseur. On peut estimer l’augmentation du revenu des ménages de 15 à 40 % selon les situations et ce, sans inventer une quelconque législation puisqu’elle existe déjà. Depuis 1992, la commission européenne a statué sur la libre circulation des assurances sociales et des assurés sociaux en Europe.

Liberté sociale est une association loi 1901 qui milite pour la sauvegarde du système social français. Il n’est nullement question de supprimer la sécurité sociale mais simplement de mettre fin à son monopole comme vous l’avez suggéré pour d’autres professions, de manière à introduire une saine concurrence entre le système public et les assurances privées comme cela existe en Allemagne ou aux Pays Bas par exemple. Dans ces pays voisins, la Sécurité Sociale n’a plus de déficit. On est bien loin des 180 milliards d’euros du déficit social français.

Ainsi, Monsieur le ministre, Liberté Sociale est tout à fait favorable à participer à la réforme que vous envisagez pour abroger le monopole de la sécurité sociale afin de :

  • redonner du pouvoir d’achat aux français
  • garantir une retraite pour ceux qui ont déjà cotisé toute leur vie
  • assurer un avenir à nos enfants qui pourront alors avoir d’autres projets de vie que de travailler une vie entière pour éponger la dette de leurs aînés.

Nous souhaiterions vivement vous rencontrer afin d évoquer avec vous les tenants et aboutissants de ce dossier clé pour notre pays.

Recevez Monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations les plus respectueuses. Le bureau de liberté sociale »

Commentaires :

JD974

Nous sommes en EUROPE. La libre circulation des personnes appartenant aux 27 pays de l’Union Européenne, tout comme la libre circulation des marchandises et enfin celle des professionnels de toutes sortes, y compris des professionnels de santé est l’un des principes fondateurs de cette Europe si débattue ces jours-ci dénommée UNION EUROPEENNE (UE). Les médecins, du fait de cette liberté de circulation, peuvent nous quitter pour se réinstaller par exemple en Allemagne.

Qu’en est-il dans la réalité pour les patients, de nos jours, et en dehors de déclarations démagogiques de certains élus qui sont, en réalité, sans aucune expérience concrète du parcours de soins en dehors de la France par exemple allemand ? Est-il pertinent d’en parler au plan comptable ?

Qu’en est-il pour assurer librement sa retraite ailleurs que dans notre pays ? Qu’en est-il pour cotiser pour sa santé et recevoir des soins pour maladie dans un autre pays de la CEE ? La vérité est que cette liberté est entravée par la seule Assurance Maladie française, bien loin de mériter des éloges.

Si je mets de côté le cas des urgences médicales et le cas particulier quand nos voisins germains sont les seuls à avoir un équipement (cas de la lithotritie allemande de 1984 à 1988), les autorisations demandées par les assujettis français qui voudraient se faire soigner ailleurs qu’en France nécessitent une démarche auprès de la CPAM. Cette autorisation leur est rarement accordée, presque jamais.

Lorsque la SS sera mise à terre au moins dans son secteur Assurance Maladie, il faudra reconstruire un système en évitant soigneusement de reprendre les mêmes administrateurs. Plutôt que de reconstruire cela peut durer une éternité, mieux vaut recopier un système qui marche avec quelques petites modifications. Le modèle allemand est-il également bon pour la santé ? A mon avis, le modèle allemand de BISMARCK (1882-1911) serait à imiter dans de nombreux domaines

Il est bien évident qu’en France, nous ne pouvons pas accorder à l’Assurance Maladie actuelle, trop connue pour ses manquements dans le passé, la responsabilité de gérer pour les professionnels de santé le tiers-payant que LA COMTESSE de SEGUR veut instaurer, mandée par LE ROI de L’ELYSEE.

Par contre, un organisme issu ou secrété par le conseil de l’Ordre des médecins serait mieux accepté au moins par les médecins, même s’il doit gérer l’ONDAM.

TIERS PAYANT ? Chez les allemands, le dernier jour du trimestre est consacré dans les cabinets, fermés ce jour-là à classer les SCHEINE (équivalents des feuilles de soins trimestrielles avec des cumuls d’actes sans restriction), afin de les envoyer, d’un coup, aux différentes caisses (AOK, etc.).

Et le surlendemain, les sommes, en complément des acomptes mensuels déjà versés, sont virées sur le compte des médecins. Des REGRESS sont, cependant, possibles. Mais ils ne sont pas établis par des médecins conseils mais par des élus des médecins libéraux.

Donc par les médecins eux-mêmes ainsi pour excès d’actes ou encore pour excès de prescriptions onéreuses ; si les praticiens qui se sont trop écartés de la médiane de la courbe de GAUSS trimestrielle de leur KREIS (arrondissement ou département) ne peuvent pas justifier de trop grands écarts. 

Si l’on vante l’efficacité de nos voisins allemands pour le dynamisme de leur économie ou leur force de travail, les avantages de leur système de santé sont moins souvent évoqués.

A tort, si l’on en croit une étude réalisée par l’Institut Thomas More. Les deux auteurs de l’enquête, Jakob Höber et Caroline Popovici se sont basés sur des données obtenues grâce à une méthodologie de collecte, un traitement et une nomenclature similaires.

Pour des résultats sanitaires similaires, l’Allemagne parvient à une maîtrise des dépenses de santé contrastant  avec le déficit français. Voilà une équation a inconnues qui devrait attirer l’attention de nos ingénieurs en santé publique.

Le modèle allemand est-il également bon pour la santé ? A mon avis, le modèle allemand de BISMARCK (1882-1911) serait à imiter dans de nombreux domaines

Un contradicteur écrit : « Marisol Touraine (MST, pour les médecins) veut faire croire que l’illusion du tiers payant généralisé est l’alpha et l’oméga de cette loi. »

En fait, elle veut appliquer le TPG pour ne pas être ridiculisée car c’est une des principales promesses du Président en oubliant de donner des garanties de paiement des actes.

Les médecins veulent ces garanties comme dans les pays qui ont organisé le TPG. Par le passé les organismes payeurs français ont trop souvent failli.

Vous affirmez : « Si les patients se documentent un peu, ils verront que tous les pays qui ont pratiqué ce tiers payant ont créé une médecine à deux vitesses. Celle des pauvres avec prise en charge totale et soins a minima et celle des riches qui peuvent payer. Voir l’Angleterre, l’Italie, et autres pays européens. « 

Autres pays européens ? Non pour l’Allemagne où j’ai vécu de 1960 à 2003. Le TPG y est une source d’économies importantes.

Par quel mécanisme ? En ne tenant aucun compte des revenus des patients pour les prendre en charge, ni des honoraires des médecins, ni de leurs examens complémentaires, ni de leurs prescriptions toutes remboursées.

Surtout les médecins sont libres d’agir et de réaliser eux-mêmes les examens, dans la journée, le plus souvent qui suit le premier symptôme. Il n’y a pas de pénuries, tant les médecins y sont respectés et correctement rémunérés par des cumuls d’actes. Lesquels sont interdits chez nous. C’est cela qui allonge le parcours de diagnostic et multiplie chez nous les dépenses.

Le TPG allemand permet de comprimer le parcours de diagnostic et par conséquent de soins, presque toujours en une séance, toujours en moins de trois jours. De sorte que les affections prises au stade de début y sont plus nombreuses et moins dépensières. Le passage de la période de début à la période d’état augmente les dépenses de façon exponentielle.

Quelques explications. Un Heilpraktiker c’est 1 en honoraires comme le médecin c’est 1. Mais les dépenses prescrites par le médecin sont de 4 (1+3), le guérisseur lui reste à 1 (pas de prescriptions).

Ceci c’est au début de la maladie ou du malaise, une distinction que le Heilpraktiker à apprise en trois années de formation médicale.

En période d’état de la maladie on passe à 16 (1+15 pour les prescriptions du médecin), mais on en reste à 1 pour le Heilpraktiker. Même les Heilpraktiker (guérisseurs) sont payés par les caisses. Pourquoi ? C’est qu’un Heilpraktiker diplômé ne prescrit rien. Seuls ses honoraires coûtent ! Mais il rapporte en économies de prescriptions.

Ces dernières considérations ne sont même pas citées dans l’étude qui suit. Avez-vous eu connaissance de l’étude sur ces deux parcours réalisée par l’Institut Thomas More ? Les deux auteurs de l’enquête, Jakob Höber et Caroline Popovici se sont basés sur des données obtenues grâce à une méthodologie de collecte, un traitement et une nomenclature similaires.

Par exemple l’Assurance maladie allemande jouissait en effet en 2009 d’un solde positif de 1,4 milliards d’euros, contre un trou de 10,6 milliards en France. Comment les médecins peuvent-ils expliquer cette différence abyssale ?

Qu’on se rassure pour nos voisins, cette différence abyssale n’est pas à rechercher dans les cotisations : celles-ci sont plus faibles de l’autre côté du Rhin (2 277 euros par habitant vs 2 459 euros sous le drapeau tricolore). Mais comment est-ce possible ?

Doit-on redouter alors des revenus plus faibles pour les médecins ? Nenni. Au lieu de se lancer dans des considérations de recettes ou de revenus gardons ceci : la retraite du médecin allemand est de 185 % par rapport à celle de la CARMF.

Serait-ce dans le fait que le montant des remboursements est plus restreint chez nos voisins : atteignant 2 289 euros par habitant allemand, contre 2 551 en France ? En fait remboursements et dépassements sont deux mots bannis du vocabulaire allemand. Le médecin est payé. Ce n’est pas le patient qui est remboursé. Il n’y a pas de dépassements mais des honoraires supérieurs de 1 à 3 pour les PRIVATE.

Toutes les prescriptions et actes dans la journée sont pris en charge à 100 % en Allemagne en tiers payant sans aucune restriction sur les médicaments, sur les actes médicaux quel que soit la Caisse normale ou private.

De même on note que les dépenses publiques de santé par habitant s’élèvent à 2 721 euros en France, contre 2 609 euros en Allemagne, ce qui représente une différence de 38 milliards d’euros par an. Pourquoi ? Voilà ce qui est le plus étonnant !

Une étude détaillée révèle par ailleurs que les coûts liés aux médicaments représentent 14,8 % des dépenses en Allemagne, contre 16,7 % en France. Or savez-vous que les médicaments sont plus chers de 30 % au point que le VIDAL est un cadeau pour les médecins allemands qui veulent prescrire moins cher !

En outre, il n’y a pas de restriction en % dans leur prise en charge par les caisses allemandes ? C’est qu’ils sont bien moins prescrits. Pourquoi ? C’est la liberté du parcours de soins qui explique cela.

Les frais hospitaliers entraînent pour leur part 24 % des dépenses, contre 35 % en France. Par ailleurs, on relèvera que 10,8 % des Allemands sont couverts par une assurance privée (quand en France nous sommes tous affiliés à la Sécurité sociale.

Les dépenses administratives des assurances sociales et privées sont bien moins importantes représentant 5,4 % des dépenses totales de santé, contre au moins 7 % en France (chiffre très contestable même par le Cour des comptes) sans compter les multiples démarches des assurés auprès des CPAM des mutuelles et des assurances diverses pour se faire rembourser les honoraires surtout s’ils dépassent les tarifs.

Le mot dépassement n’existe pas chez nos voisins germains. Les praticiens sont classés selon leur expérience de 1 à 4 par leurs titres et leur notoriété et leurs honoraires sont entièrement pris en charge par les caisses.

Ces multiples différences, pourra-t-on penser, ont très probablement un impact sur l’organisation de l’offre de soins, voire sur la santé des Allemands. Une fois encore, rien n’est moins sûr.

Si les Allemands ont un nombre d’établissements hospitaliers moins importants que nous (2084 vs 2751 pour une population plus importante de 17 millions d’âmes qui compte en outre une part plus élevée de personnes de plus de 65 ans), le nombre de lits pour 100 personnes est finalement plus élevé outre Rhin (8,2 vs 6,6).

Cependant, les nombre de personnels hospitaliers pour 100000 habitants est plus faible en Allemagne (1338/100 000 contre 1608). Voilà qui mérite explication par une visite dans un hôpital allemand.

Par ailleurs, en termes d’accessibilité la France se montrerait plutôt favorisée : à l’exception d’une densité de médecins libéraux un peu plus faible (3,3 vs 3,6), elle compte une proportion de personnes moins importante renonçant à des soins pour des raisons financières (23 % contre 26 %) et des délais d’attente également plus limitées.

Ces écarts n’ont cependant pas d’impact décisif sur la prise en charge des Allemands : leur espérance de vie n’est ainsi que très légèrement inférieure à la nôtre (80,3 ans contre 81 ans).

Par ailleurs, l’Institut Thomas More indique que la mortalité pour cancer du sein est comparable et que l’on trouve plus de diabétiques bénéficiant de soins préventifs en Allemagne (40 % contre 31 %).

Voilà une équation ne contenant qu’une inconnue à mon avis.

Quelle est donc cette inconnue ? Il faut invoquer le parcours de soins exemplaire de l’assuré allemand qui ne ressemble en rien au parcours de combattant de l’assuré français.

Pas d’attente, pas de rendez-vous à six mois. Pas de retard dans la prise en charge ! Tout est en tiers payant sans dépense pour l’assuré. Vu aussi qu’il y a assez de médecins parce qu’ils sont deux fois mieux payés.

Toute maladie a un début, une période d’état, une période terminale. Plus on attend dans ce déroulé et plus cela coûte et ceci de façon géométrique (4, 16, 68, 300 en période terminale). Voilà l’explication !

Mise en place immédiate de tous les examens complémentaire dans le cabinet du premier médecin sans attendre plus que deux heures, pas la moindre somme à payer sauf un euro trimestriel tous les actes additionnés en cumul étant réglé rubis sur l’ongle par la Caisse des médecins à la fin du trimestre.

Prise en charge de tous les examens médicaux et même prise en charge des Heilpraktiker (guérisseurs diplômés), prise en charge de tous les médicaments qui sont pourtant plus onéreux mais cinq fois moins prescrits que chez nous. Pourquoi ?

Manifeste pour briser les chaines de l usure


  Gottfried Feder (1883-1941)

Auteur : Feder Gottfried

Année : 1919


Gottfried Feder écrivit en 1919 ce livre prophétique parce qu’il voulait alerter l’opinion allemande sur le risque d’hyperinflation. En 1923, lorsque la valeur du mark s’effondra, tout le monde put vérifier qu’il avait eu entièrement raison. Et 1929 aussi devait donner raison à Feder. Il avait démontré la perversité de la mécanique de l’argent-dette… et la Grande Dépression fut l’implosion d’une économie appuyée sur cette mécanique infernale.

Encore aujourd’hui, on peut apprendre de Feder. À travers une analyse simple mais percutante des rapports de forces à l’intérieur du Capital, il annonçait, il y a près de cent ans, le triomphe futur des acteurs oligopolistique d’une finance totalement mondialisée et virtualisée, au détriment du capital industriel national. Et il prédisait, déjà, que la montagne de dettes qui naîtrait de ce triomphe menacerait tôt ou tard d’engloutir le monde entier dans une catastrophe économique inouïe.

Nous y sommes.

Ce manifeste constitue un document historique d’une très grande importance. Gottfried Feder était avant tout un militant. En janvier 1919, il avait participé à la fondation d’un petit parti politique, en Bavière : le Parti des ouvriers allemands. L’organisation vivota quelques temps, jusqu’à ce qu’un orateur exceptionnel en devienne le tribun, un certain Adolf Hitler.

La suite est connue. Ce qui l’est moins, c’est l’importance que le Manifeste pour briser les chaînes de l’usure eut dans la genèse du national-socialisme. Hitler le reconnaît ouvertement dans Mein Kampf : l’économie politique du national-socialisme originel est entièrement tirée de l’œuvre de Feder.

Souhaitons que cette idée soit à l’avenir reprise par des forces plus pacifiques et respectueuses de la personne humaine.

https://mega.co.nz/#!CENWgIoD!bRu29HvA0K09BXwI7VL0nxQbHwJMya8H2GFPPORyK8c

La lutte de Londres contre le terrorisme sioniste


http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/bouter-les-britanniques-hors-de,0614

Sylvain Cypel > 13 juin 2014

4 000 ANS DE MYSTIFICATIONS HISTORIQUES


Auteur : Messadié Gerald
Ouvrage : 4000 ans de mystifications historiques
Année : 2011

L’homme est de glace aux vérités,
Il est de feu pour les mensonges.
Jean de La Fontaine

Il est permis de violer l’Histoire,
à condition de lui faire un enfant.
Alexandre Dumas

Avant-propos
Dénoncer la mystification, c’est
dénoncer le mensonge. Entreprise
philosophique si vaste qu’elle prendrait
toute une vie. De surcroît, il n’est pas
deux visions identiques de la réalité ; il
s’ensuit que toute personne qui décrit la
sienne ment involontairement à l’autre.
L’adage est d’ailleurs ancien : « Chacun
voit midi à sa porte. »
Dire le faux se présente cependant
sous des formes diverses, souvent
enchevêtrées. Le mensonge sincère, par
exemple celui du témoin d’un fait divers
qui s’est trompé sur l’apparence d’un

délinquant, se différencie du mensonge
intentionnel, tel que celui du faux
témoin : celui-là est un manipulateur.
Dans la Grèce antique, personne
n’avait jamais vu Athéna, mais clamer
qu’elle n’existait pas était un crime
passible de mort. Sa réalité appartenait
à cette forme de fiction ou de mensonge
sincère qui s’appelle mythe et qui
permet de rallier un grand nombre de
citoyens à la défense d’une noble cause.
Se prétendre délégué par les dieux pour
prendre une décision politique
importante était en revanche un
mensonge manipulateur, c’est-à-dire une
mystification, elle aussi passible de la
peine de mort.
Distinguer entre les deux est ardu.

Peut-être le mystificateur est-il sincère ?
Peut-être a-t-il eu un songe et se croit-il
vraiment délégué par les dieux ? Dans la
vie des nations, ces questions revêtent
bien plus d’importance que dans un
amphithéâtre. Car la parole est
instrument du pouvoir et celle qui
s’exprime publiquement est signe de
l’autorité. Seul celui qui détient les deux
dispose du privilège de s’adresser au
plus grand nombre.
Qu’on m’autorise ici un souvenir
personnel ; il me paraît opportun. En
2006, la télévision suisse romande
décida d’organiser un débat public sur
le Diable et réunit à cette fin un prêtre
catholique, un pasteur protestant, un
imam musulman et un laïc, en

l’occurrence moi-même, parce que
j’avais publié une Histoire générale du
Diable (1). Le débat aborda la place de
ce personnage dans les théologies. Il fut
convenu par les invités qu’il incarnait
l’essence du Mal et l’ennemi de Dieu,
mais quand mon tour vint de répondre, je
différai d’eux. Je rappelai que, selon
l’Ancien Testament, il était le serviteur
de Dieu. L’étonnement, teinté de
scandale, se manifesta sur le plateau. Je
citai alors ces lignes du Livre de Job :
« Le jour vint où les membres de la
Cour des cieux s’assemblèrent en
présence du Seigneur, et Satan était là
parmi eux. Le Seigneur lui demanda où
il avait été. “Je parcourais la Terre d’un
bout à l’autre”, répondit-il. Le Seigneur

lui demanda alors : “As-tu remarqué
mon serviteur Job ? Tu ne trouveras
aucun autre comme lui sur la Terre.” »
(Job, I, 6-8). Satan était donc membre de
la Cour des cieux. La consternation
succéda au scandale et le rabbin déclara
que je venais de démontrer la raison
pour laquelle il ne fallait pas mettre les
Livres saints dans les mains des
profanes.
La raison implicite en était que seule
l’autorité peut interpréter ces livres.
Cependant, l’autorité est humaine. Elle a
parfois défailli au cours des siècles,
comme on sait.
*
Depuis la seconde moitié du XXe

siècle, une révolution silencieuse se fait
de plus en plus tonitruante. Elle est
internationale. Son cri de ralliement :
« On nous a menti ! » Sur quoi ? Sur le
passé. Qui sont les manifestants ? De
jeunes historiens. Aux États-Unis, en
France, en Angleterre, en Italie et
ailleurs, ces érudits dont le métier est de
raconter le passé poursuivent une
insurrection qui en déconcerte plus d’un.
Ils multiplient les livres, les études et
les numéros spéciaux de revues sur les
falsifications qui constitueraient la trame
de la mémoire collective et
transmissible.
Aussi, dès le XIXe siècle, l’historien
Fustel de Coulanges les avait-il
prévenus : « Enseigner l’histoire est une

guerre civile. »
Les mensonges après lesquels en ont
ces rebelles n’étonneront que les naïfs :
depuis les peintures des grottes
préhistoriques, il est évident que l’esprit
humain est en quête perpétuelle de
mythes. Seul le mythe fait palpiter son
coeur et lui infuse le goût de l’action.
L’image de l’aurochs percé de flèches
symbolisait le triomphe de l’humain sur
la bête, et la dépouille de l’animal
assurait la nourriture essentielle à la vie,
tout comme les os qu’on pouvait aiguiser
en poignards, la peau dont on s’habillait.
Et les guerriers prirent l’habitude de
planter des cornes sur leur casque : ils
avaient vaincu l’aurochs, ils étaient des
héros, ils s’en étaient approprié les

armes. À l’époque historique, des
légions partirent se battre sous l’égide
d’un dieu de la Guerre, Mars, Arès,
Bellone, Ogmios ou autre. Personne ne
l’avait jamais vu, mais il existait
puisqu’il le devait. On lui inventa même
une biographie et l’on s’esclaffait au
récit de la mésaventure de Mars, par
exemple, quand Vulcain l’avait pris
avec son filet alors qu’il s’ébattait avec
Vénus.
Car le mythe est plus fort que la
vérité.
Mais il est mensonge.
Au fur et à mesure que l’imprimerie
fixa et répandit le savoir, on s’avisa que
nombre de gens avaient fabriqué des
mythes et que, en plus d’être des

instruments de pouvoir, ils pouvaient
être toxiques. La naissance de la
propagande les rendit encore plus
dangereux. Quelques fabricants de
mythes galvanisèrent, par exemple, une
nation aussi cultivée que l’Allemagne
avec le mythe de la « race aryenne ».
Repus des fadaises dont leurs aînés
les avaient gavés, les jeunes historiens
partirent en guerre, pareils à des
exterminateurs. Ils n’ont pas fini leur
tâche : les mythes pullulent, en effet. Ils
se nichent dans les recoins des
mémoires.
Mais comment les reconnaître ?
*
Tout savoir est par définition

incomplet et sujet à révisions, donc à
erreurs. Tout médecin peut vérifier que
l’art de guérir au XXIe siècle n’a que de
lointains rapports avec celui du début du
XXe. L’histoire ne fait pas exception à la
règle. Qu’est-elle ? Un récit ou la
combinaison de plusieurs récits du
passé, d’après des documents et
témoignages de l’époque. Mais qu’il
s’agisse de l’histoire antique, de celle
des siècles passés ou bien des dernières
décennies, elle est constamment
modifiée par des découvertes
archéologiques ou par l’apparition de
documents et de témoignages.
Il s’ensuit que tout savoir est par
définition inachevé.
Ainsi, jusqu’au dernier quart du XIXe

siècle, lettrés et public pensaient que
l’Iliade d’Homère était le récit poétique
d’événements qui s’étaient peut-être
déroulés au temps d’Homère, mais qui
n’avaient pas grand rapport avec une
quelconque réalité historique. On douta
même de l’existence du poète. En 1868,
un riche Américain d’origine allemande,
Heinrich Schliemann, passionné
d’Homère, entreprit des fouilles à
l’entrée des Dardanelles, sur le site
présumé de Troie, puis en Argolide, à
Mycènes et Tirynthe. La découverte de
ruines anciennes ravagées par le feu et
de trésors considérables le convainquit
d’avoir retrouvé Troie. La mise au jour
de seize tombeaux à Mycènes le
persuada cette fois qu’il avait identifié

les vestiges de l’antique royaume
d’Agamemnon. On a depuis
considérablement nuancé les
affirmations de Schliemann, mais enfin,
il avait donné quelque substance
historique au poème d’Homère.
Le mythe avait été confirmé par
l’histoire.
Mais l’histoire peut aussi défaire le
mythe. Ainsi, les instituteurs ont
enseigné pendant des décennies, dans les
écoles républicaines, qu’un certain
Charles Martel, à la tête des armées
franques, avait arrêté les Sarrasins
(certains disaient déjà « les Arabes ») à
Poitiers en 732. Les armées franques
étaient alors identifiées aux armées
françaises et, dans l’esprit des écoliers,

même devenus adultes, les croisades
n’étaient pas loin (trois siècles les
séparaient de l’épisode de Poitiers). La
référence gagna les milieux politiques et
la bataille de Poitiers devint une
préfiguration de la naissance de la
France, puis de sa résistance au « péril
arabe », magnifiée dans les croisades.
Pénétré de la notion d’« identité
nationale », renseignement de la IIIe
République exalta les gestes de Charles
Martel, de Roland à Roncevaux et de
Jeanne d’Arc comme autant d’exemples
de l’indomptable esprit de la France. En
réalité, c’étaient trois mythes issus de
faits dénués de toute la portée grandiose
et symbolique qu’on leur prêtait pour
des raisons politiques. L’interprétation

en est fausse et même tendancieuse.
Mais elle est aussi tenace.
*
Au début du XXe siècle, alors que
l’histoire était devenue, en France
comme dans plusieurs autres pays
européens, une véritable discipline sous
l’impulsion d’Ernest Lavisse, les
historiens s’avisèrent de trois faits :
d’abord, cette discipline tenait une place
fondamentale dans la culture, car elle
ouvrait l’esprit à la compréhension du
monde ; elle devait donc, à ce titre, être
associée à la géographie ; ensuite, elle
exerçait une influence politique et, de ce
fait, elle était elle-même influencée en
retour par la politique ; or, celle-ci étant

tributaire de l’éthique, du moins en
principe, il s’ensuivait que l’historien
devait la respecter aussi. Il eût été
immoral, par exemple, de représenter un
tyran ennemi comme un monarque
éclairé, comme il était immoral de
décrire comme un pleutre ou un
incapable un roi dont la dynastie régnait
toujours. Ce fut ainsi que Néron, ennemi
supposé du christianisme, fut représenté
comme un monstre.
Enfin, sans prétendre à être une
science exacte, au même titre que les
mathématiques ou la chimie, l’histoire
devait néanmoins se fonder sur les
documents et s’aider de disciplines
telles que l’économie, la sociologie,
l’ethnologie, l’évolution des sciences et

des techniques, et – en Allemagne en
particulier – la philosophie.
Tout à la fois, l’histoire s’enrichit
donc et devint plus rigoureuse dans ses
interprétations. Progressivement, elle
s’affranchissait des mythes et de la
manipulation politique.
Une telle évolution ne pouvait se faire
sans bouleverser des habitudes de
pensée et des traditions souvent
entretenues depuis des siècles, non
seulement chez les instituteurs, mais
aussi dans les milieux académiques. Elle
entraînait en effet la remise en question
de bien des idées ancrées dans les
cultures nationales. Dès le XIXe siècle,
Fustel de Coulanges, auteur de La Cité
antique, dénonçait le mythe de la liberté

dans l’Antiquité. Scandale : le citoyen
romain, ce modèle – imaginaire – de
l’homme accompli, n’était donc pas
libre ? Non, la liberté est une idée
récente en histoire.
Au début du XXe siècle, le philosophe
italien Benedetto Croce, désabusé,
déclarait que « toute histoire est roman
et tout roman, histoire ».
Les protestations indignées fusèrent
contre ces révisions, qualifiées tour à
tour de positivistes, de négativistes (ce
qui n’avait rien à voir avec le
négationnisme), d’antipatriotiques ou de
cyniques, mais qui étaient en tout cas
rejetées par certains courants
idéologiques. En France, par exemple,
les mythes de « nos ancêtres les

Gaulois » et de « Jeanne d’Arc qui bouta
les Anglais hors de France » demeurent
particulièrement tenaces. Même dans
l’histoire récente, on a vu des
fabrications à l’encontre de toutes les
évidences.
Puis un accident fâcheux et même
détestable advint : après la Seconde
Guerre mondiale, quelques historiens,
eux-mêmes intoxiqués par des
mythologies, prétendirent que le nombre
de juifs assassinés « scientifiquement »
par les nazis avait été démesurément
gonflé, que les chambres à gaz étaient
une invention concoctée par des juifs et
que le Zyklon B n’avait servi qu’à
désinfecter les prisonniers…
On se méfia alors des négationnistes,

comme on les appela. La surabondance
des preuves contraires finit par
discréditer leurs thèses, et diverses lois,
avec sanctions assorties, réprimèrent
leurs discours. La mesure était
drastique, mais un peu moins de
véhémence de leur part leur eût sans
doute épargné ce sort.
Les révisionnistes reprirent alors leur
inventaire des mensonges,
mystifications, omissions et fabrications
du passé…
*
Ici se pose une question troublante :
les historiens responsables de ces
erreurs étaient-ils des ignorants ? Non :
les documents qu’ils avaient patiemment

mis au jour de génération en génération
le démontrent amplement. Il suffit de les
consulter pour s’assurer des erreurs.
Étaient-ils alors de mauvaise foi,
sinon des menteurs eux-mêmes ? Pour
outrancière qu’elle soit, l’accusation est
un peu plus fondée, mais elle doit être si
fortement nuancée qu’elle perd une
grande part de son poids. Ces hommes
(on compte peu de femmes dans leurs
rangs) ont souvent modifié
l’interprétation des faits pour démontrer
ce qu’ils considéraient comme une
vérité ; c’est-à-dire qu’ils ont sacrifié la
réalité à l’idée.
Parfois aussi, l’historien est à son insu
prisonnier du prisme de sa culture et suit
des schémas de pensée autocentrés. Le

cas de Galilée est à cet égard
exemplaire : jusqu’à lui et à Copernic
– qui ne publia pas ses conclusions –,
les autorités intellectuelles et
spirituelles de l’Occident tenaient que la
Terre était le centre de l’univers.
Aucune démonstration ne les aurait
convaincus du contraire ; c’est un
phénomène connu en psychologie sous le
nom de dissonance cognitive. L’esprit se
refuse à admettre des évidences
contraires à ses convictions.
A u XXIe siècle, l’historien Jack
Goody (2) a démontré que des historiens
éminents avaient commis la même
erreur ; ils avaient interprété l’histoire
selon un angle européen. Ils décrivaient,
par exemple, la découverte du sucre et

des épices comme un phénomène
européen et ne se souciaient pas de
savoir comment d’autres civilisations
les avaient découverts, avant l’Europe.
Le cas le plus pittoresque est celui du
père missionnaire Labat (1663-1738),
qui avait déclaré que les Arabes ne
connaissaient pas l’usage de la table, et
Fernand Braudel cite un observateur
selon qui les chrétiens ne s’assoient pas
par terre pour manger, comme les
musulmans. Formidable erreur : l’Orient
connaissait la table depuis les pharaons.
Et quant à s’asseoir par terre pour
manger, il suffit d’avoir un peu voyagé
pour savoir que les animistes, les
bouddhistes et bien d’autres le font.
Inconsciemment, les historiens

suivaient un schéma de pensée destiné à
prouver la supériorité de l’Occident
chrétien sur le reste du monde.
Cette déformation s’explique.
L’histoire est un chaos de données et
nulle intelligence ne peut se résoudre à
ce qu’elle, sa famille, ses proches et ce
qu’elle considère comme son peuple ne
soient que des fétus entraînés dans des
tourbillons aveugles, dont nul ne sait où
ils vont. C’est le problème fondamental
de la philosophie : nul n’accepte
l’absurde. Un tel consentement serait
immoral, parce que celui qui se résout à
l’injustice devient lui-même injuste.
Les études d’éthologie du XXe siècle
l’ont démontré : même l’animal refuse
l’injustice.

Pour l’historien, il s’ensuit que sa
mission est de donner un sens à la masse
de faits qu’il est chargé de traiter pour
en offrir un récit selon lui cohérent. On
ne peut pas douter de la sincérité de tous
ceux qui, dans le système
d’enseignement de la IIIe République,
étaient convaincus que la république
était un progrès social par rapport à la
royauté, de même que l’automobile était
un progrès par rapport à la traction
animale. Cette idée prouvait à leurs yeux
qu’il y avait bien un sens dans l’histoire.
De ce fait, l’historien se devait de
distinguer ceux des faits qui le
démontraient, quitte à négliger, occulter
ou oublier les autres. Ce fut ainsi que les
faits qui risquaient de nuire à l’aura de

la Révolution de 1789, tels que les
massacres de Vendée, étaient mis sous
le boisseau. La tendance perdura
jusqu’au XXe siècle : il est alors difficile
de trouver, dans l’abondante littérature
consacrée à Robespierre, une mention
de sa tentative de suicide, peu avant son
arrestation ; certains ouvrages étrangers
allèguent même que Robespierre aurait
été blessé par un soldat nommé
« Melda » ; à une consonne près,
d’autres disent franchement « Merda »…
on devine l’intention.
Dans son cas, l’amnésie aggrava la
fabrication : il y avait bien cent
personnes autour de Robespierre à ce
moment-là, mais personne ne se souvint
de rien.

Ainsi, l’idée s’affirme et se
transforme en mythe.
L’historien est un mythificateur qui
vise à montrer que son monde est
supérieur aux autres ; le mystificateur,
lui, cherche à montrer qu’il est lui-même
supérieur aux autres. La différence entre
les deux est ténue.
Jadis vécut peut-être un homme d’une
force inouïe. Celle-ci était si
prodigieuse qu’elle ne pouvait
s’expliquer que par une origine
surnaturelle : cet homme devait avoir été
enfanté par un dieu amoureux d’une
mortelle. Demi-dieu, donc toujours
asservi à la condition humaine, il était
donc voué à la mort. Mais même la mort
d’un demi-dieu est difficile à admettre :

il fallait qu’il se la donnât lui-même. Et
pourquoi ? Seul le désespoir peut
pousser un demi-dieu au suicide, et le
plus noble est l’amour.
Ce fut ainsi qu’Hercule, le plus fort
des hommes, monta sur le bûcher parce
qu’il avait été trahi par Déjanire.
Et ce fut l’un des premiers mythes. Et
l’un des premiers faux.
*
Comme tous les remèdes, la
dénonciation des faux comporte ses
effets secondaires ; le principal est la
manie du complot.
Elle peut se retourner contre le
dénonciateur lui-même : de quel droit
conteste-t-il des faits reconnus de tout le

monde ? Quels sont ses titres ? Ne
serait-ce pas un fauteur de troubles ?
Car c’est un point divertissant de
l’histoire : on n’a pas besoin de titres
pour croire, mais on en a besoin pour ne
pas croire. Passe que lord Kelvin,
éminent savant, ait déclaré
solennellement devant ses collègues de
la Royal Society, après la découverte de
la radioactivité : « On ne tardera pas à
découvrir que les rayons X sont une
supercherie. » Il avait, lui, homme de
science qualifié, le droit de se tromper,
mais on n’avait pas le droit de le lui dire
si l’on n’était pas son égal : c’est l’un
des traits du mandarinat universel.
La manie du complot, elle, est très
ancienne ; elle dérive, en effet, d’un

excès de logique ; tout effet ayant une
cause, il s’ensuit qu’il n’est rien
d’inexplicable. En attestent les
innombrables et tragiques procès en
sorcellerie qui émaillèrent l’histoire de
l’Occident jusqu’au XVIIe siècle : si les
moutons d’un paysan mouraient ou si son
fils avait le croup, on soupçonnait
d’emblée le voisin de lui avoir jeté un
sort. Et l’affaire se terminait
généralement par la mort d’un
malheureux ou d’une malheureuse
auxquels on avait extorqué des aveux
par la torture et qu’on brûlait sur un
bûcher après lui avoir arraché la langue.
Cette folie perdura jusqu’au siècle des
Lumières : le premier procès que plaida
le jeune avocat Robespierre à Arras fut

celui de bourgeois qui avaient installé
un paratonnerre sur leur maison. Leurs
voisins avaient déposé plainte, arguant
que ces mécréants voulaient détourner le
courroux divin sur des innocents. Bien
que Benjamin Franklin eût démontré la
nature électrique de la foudre, peu de
gens prêtaient crédit à ces bavardages
scientifiques et tenaient pour acquis que
la foudre était l’expression de la colère
de Dieu. La vieille mystification
entretenue par l’esprit religieux résistait
vaillamment.
Au XXe siècle, le président Roosevelt
et le Premier ministre Churchill furent
désignés comme suspects dans deux
théories du complot : le premier aurait
laissé bombarder la flotte américaine à

Pearl Harbour pour disposer enfin d’un
prétexte à l’entrée en guerre ; quant au
second, il aurait laissé bombarder
Coventry pour démontrer la barbarie
nazie. Les deux théories circulent
encore. Leur fausseté sera démontrée
dans les pages qui suivent.
Plus près de nous, on a vu des
fractions de l’opinion douter du récit
général – on ne dira pas « officiel », car
il n’y en eut pas – de l’attentat du 11
septembre 2001. Les films qui avaient
défilé sur les écrans de télé et qui
montraient bien les avions détournés
heurter de plein fouet les tours du World
Trade Center ne les avaient pas
convaincues. Certaines singularités, il
est vrai, entretenaient des doutes.

Mais la nouvelle théorie dépassa de
loin les questions posées par ces
singularités – et d’ailleurs demeurées
sans réponse.
La séduction du faux est souvent
irrésistible. Pour l’illustrer, nous avons
inclus dans cette anthologie divers
exemples qui touchent à la finance, aux
beaux-arts, à la science ; ils contribuent
à cerner la tendance des manipulateurs à
falsifier les faits.
*
Le choix des termes qui qualifient les
faux en histoire est large : il va du
mythe, qui s’est forgé sans intention
délibérée de tromper, à la mystification,
qui est une tromperie volontaire, en

passant par l’omission, forme
particulièrement perfide du mensonge, et
l’imposture, généralement dictée par des
raisons idéologiques et plus
spécifiquement politiques. Suivent la
rumeur, le bobard, l’intox, le canard,
l’idée reçue, dont les sens se
chevauchent plus ou moins. La sanction
en reste la même : ce sont des délits.
Les bonnes intentions risquent alors
d’être perverties et l’historien peut être
mené à mentir sincèrement, si l’on peut
ainsi dire ; l’exemple le plus flagrant en
est celui de l’Encyclopédie soviétique,
qui variait d’une édition à l’autre afin de
satisfaire aux diktats du Kremlin.
L’historien cesse à la fin de l’être pour
se changer en propagandiste.

Divers efforts ont été faits ces
dernières années pour corriger ces
dérives. Plusieurs d’entre eux méritent
des éloges, mais beaucoup m’ont semblé
excessivement respectueux à l’égard de
certains mythes : ils ne les ont tout
simplement pas mentionnés.
Le lecteur aura deviné la raison de ces
pages. Peut-être demandera-t-il s’il est
possible à un seul historien, non
universitaire, de couvrir d’aussi larges
domaines que ceux qui y sont évoqués.
La réponse est qu’en un demi-siècle de
recherches on peut apprendre et
découvrir bien des choses demeurées
dans l’ombre, même celles qu’on ne
cherchait pas. Plusieurs des domaines
dont il est ici question, dont ceux de

l’histoire antique, des sources du
christianisme et de la Seconde Guerre
mondiale, m’étaient déjà familiers.
L’histoire de l’Égypte, par exemple,
me porta à m’interroger sur certains de
ses personnages les plus célèbres, tel
Ramsès II qui fut, alors que j’étais
enfant, puis adolescent, l’objet d’une
vénération quasi religieuse dans son
pays (l’une de ses colossales statues
s’élevait sur la place de la Gare, au
Caire, avant qu’on la déplaçât au musée,
pour lui épargner la pollution). Je finis
par interroger des égyptologues de mon
entourage et leurs analyses me
conduisirent vers la conclusion exposée
dans ces pages : ce monarque fut l’un
des premiers inventeurs de la

propagande.
Parallèlement, la quasi-sanctification
dont Socrate faisait l’objet de la part de
mes professeurs de grec et de latin finit
aussi par susciter mes soupçons, après
avoir excité ma curiosité. Ces soupçons
me lancèrent dans une enquête de
plusieurs décennies sur ce que put être
l’enseignement d’un maître qui ne
voulait pas être un professeur et d’un
penseur qui n’a pas laissé un seul mot
écrit.
L’adolescence passe au tamis le grain
que ses aînés lui donnent à moudre.
De mes recherches sur les sources du
christianisme, qui ont fait l’objet
d’autres ouvrages, on ne trouvera ici que
deux ou trois points saillants, qui me

semblent faire l’objet de non-dits
décidément pesants.
Enfin, la Seconde Guerre mondiale est
un domaine qui reste inépuisable,
comme en témoignent les flots
d’ouvrages qui s’efforcent de la raconter
et de l’expliquer depuis plus de six
décennies. Je n’ai cessé, depuis le choc
que me causèrent les photos des
premières victimes des camps de la
mort, d’interroger ceux qui en vécurent
tel ou tel chapitre, de consulter les
archives accessibles et de lire tout ce
que je pouvais lire à ce sujet.
Ainsi tombai-je parfois sur des
personnages dont certains suscitaient
mon admiration depuis l’enfance, tel
Orde Wingate, mystificateur de génie, ou

des mystificateurs pathologiques, tel
Trebitsch Lincoln, juif pronazi. Ainsi
découvris-je aussi des légendes
douteuses et des mystifications
pudiquement voilées.
En somme, ces pages sont en quelque
sorte une manière d’autobiographie, en
même temps qu’un tour commenté de ma
bibliothèque.

PREMIÈRE PARTIE

LES MYSTIFICATIONS
DU MONDE ANCIEN

XIIIe siècle av. J.-C.
Ramsès II : grand pharaon
et premier grand mythomane

De tous les pharaons connus du grand
public occidental, Ramsès II est avec
Tout-Ankh-Amon l’un des plus célèbres.
Ce dernier, éphémère roitelet, doit sa
notoriété à l’émotion que suscita la
découverte de sa tombe par Howard
Carter en 1929 et aux trésors qu’elle
révéla ; le premier doit la sienne à la
profusion de monuments colossaux qu’il
érigea sur le territoire égyptien et à ses
statues gigantesques, dont celles que

l’Unesco déclara partie du patrimoine
mondial de l’humanité et qui furent
surélevées dans les années 1960, lors de
la construction du Grand Barrage sur le
Nil. Ce legs formidable fait à ce jour
l’admiration des touristes, aussi bien
que des égyptologues.
Ramsès II fut aussi l’organisateur de
la plus grande mystification du monde
antique.
En 1274 avant notre ère, âgé de vingtsix
ans, couronné depuis cinq ans, il
lança quatre divisions dans une
campagne destinée à reconquérir la
place forte de Qadesh, sur l’Oronte, en
Syrie, que les Hittites, peuplade du
nord-est de la Méditerranée en conflit
latent avec l’Empire égyptien, avaient

enlevée quelques années plus tôt. Il
parvint un mois plus tard à destination.
Dupé par les fausses informations
d’émissaires hittites, il crut ses ennemis
plus éloignés qu’ils ne l’étaient. Il
commit alors une erreur tactique : à la
tête de la division d’Amon, il partit de
l’avant et installa son camp au pied de la
citadelle dont il comptait faire le siège ;
il s’isola donc du gros de son armée.
Les Hittites, alors tout proches,
déboulèrent dans son camp en pleine
nuit et Ramsès II ne dut son salut qu’à la
fuite. Il se retrouva seul dans une mêlée
nocturne. Sa garde personnelle, les
Néarins, lui permit cependant de résister
au premier choc. La division d’Amon
put alors se regrouper et, avec l’aile

d’une division qui arrivait à la
rescousse, celle de Rê, contint
l’offensive hittite.
Le roi hittite Mouwattali avait réussi à
repousser les Égyptiens.
Ramsès II ne conquit jamais Qadesh et
n’en entreprit même pas le siège. Mais il
transforma une déroute caractérisée en
une formidable victoire. D’abord, un
scribe nommé Pentaour rédigea un
immense poème célébrant les triomphes
successifs de son monarque dans cette
épopée, lui prêtant des exploits
imaginaires, comme des incursions en
Mésopotamie et en Asie mineure, avec
le secours héroïque de ses fils… qui
avaient alors dix ou douze ans. Non
content d’avoir ainsi pansé son amour

propre, Ramsès II fit ensuite réaliser des
hectares de hauts-reliefs sur les murs
des temples, pour illustrer ces fables.
Les sujets de Ramsès II ne surent
jamais rien de la vérité et les militaires
qui avaient participé aux combats tinrent
sans doute leur langue, de peur des
conséquences. Mais les Égyptiens
avaient aussi le sens de la satire, et ils
savaient écrire des textes séditieux ;
ceux-ci ne nous sont pas tous parvenus,
mais il en est au moins un qui témoigne
que certains scribes se doutèrent des
rodomontades du monarque ; ainsi du
Récit du scribe Hori, qui dénonce les
vantardises d’un traîneur de sabre et
l’invective en ces termes :
Tu n’es pas allé dans le pays

des Hattous [Hittites] et tu n’as pas
vu le pays d’Oupi [la Syrie]. Tu ne
connais pas plus les paysages du
Kbedem que ceux d’Iged. Tu n’es
jamais allé à Qadesh…
La dénonciation est transparente.
Ramsès II finit par pactiser avec les
Hittites et il dépensa même des trésors
de patience pour obtenir la main de la
fille du « vil Hattou » qu’il avait agoni
d’injures. Il n’en fut pas moins un grand
roi. Mais c’eût été moins évident pour ses
sujets et ses successeurs s’il n’avait
inventé la propagande.

Xe siècle av. J.-C.
La Grande Jérusalem existait avant David
En 1998, l’archéologue israélien
Ronny Reich publiait, au terme de deux
ans de travaux, les résultats de fouilles
entreprises dans les sous-sols de
Jérusalem ; il concluait que le système
de canalisations qui approvisionnait la
ville en eau depuis des dizaines de
siècles datait de 1800 avant notre ère et
que la superficie de la ville ancienne
était double de celle qu’on avait
jusqu’alors estimée ; en effet, elle

incluait la source de Gihon que, par
tradition, on avait située à l’extérieur de
la ville conquise par David.
L’archéologie est une science qui
souvent frise le domaine politique,
notamment en Israël, et les résultats des
fouilles de Reich suscitèrent des
interpellations à la Knesset et des débats
assez vifs, oubliés depuis.
Pour mémoire, selon la tradition,
appuyée sur la Bible (Samuel, II), le roi
David décida de s’emparer de la ville
cananéenne de Jérusalem, qui
appartenait aux Jébusites, afin de mettre
fin à la guerre fratricide entre les tribus
de Benjamin et de Juda et de leur
imposer sa volonté et la paix. Pour cela,
il recruta une armée de Kérétiens et de

Pérétiens, c’est-à-dire des Crétois ;
partant du conduit de la source de
Gihon, à l’extérieur de la ville selon la
Bible, lui et ses soldats s’infiltrèrent
dans Jérusalem, défirent promptement
les défenseurs jébusites et s’emparèrent
de la ville. Par la suite, le roi David
agrandit considérablement sa capitale.
Que les canalisations fussent plus
anciennes qu’on l’avait cru ne
contrariait pas la tradition, puisque
c’était par ces boyaux que David et ses
soldats avaient pénétré dans la ville.
Mais que la source de Gihon se trouvât à
l’intérieur de l’enceinte de celle-ci
contredisait cette tradition ; comment
alors les envahisseurs se seraient-ils
introduits dans la ville ? C’est toute

l’histoire de la conquête de Jérusalem
qui se trouve mise en cause. Plusieurs
aspects en demeuraient déjà
problématiques : comment une petite
armée avait-elle pu s’infiltrer par ses
canalisations dans une ville fortifiée
sans que les occupants de celle-ci s’en
aperçoivent ? Et que devint la
population ?
Plus ils sont anciens toutefois, plus
certains mythes résistent à la critique.

Ve siècle av.]-C.
Les Grecs ont-ils inventé la démocratie ?

L’une des idées reçues les plus
solidement ancrées dans la culture
générale occidentale moderne est que la
Grèce aurait inventé la démocratie. Mis
à part la création du mot à partir des
racines demos, « peuple », et kratos,
« pouvoir », rien n’est plus faux. Pour
mémoire, le mot n’apparut qu’assez tard,
vers la fin du Ve siècle.
Pour commencer, la Grèce, au sens
d’entité nationale, n’existait alors pas.

L’Hellade se partageait en districts
indépendants, la Thrace, la Chalcidique,
les Iles, l’Ionie et la Carie. Là se
dressaient des cités-États, dont la
population n’excédait pas dix mille
citoyens : Athènes, Thèbes, Mégare,
Argos, Sparte, Amphipolis et, sur la côte
de l’actuelle Turquie, Sestos,
Clazomènes, Éphèse, Milet… Des
alliances se forgeaient parfois entre ces
cités-États, mais des antagonismes les
opposaient souvent aussi, comme entre
Athènes et Sparte. Sparte demeura une
royauté alors qu’Athènes ébauchait la
démocratie.
L’ethnologie et l’archéologie ont
démontré que la démocratie directe,
forme de gouvernement où le droit de

prendre des décisions est exercé par le
corps entier des citoyens, selon la loi de
la majorité, existait depuis des siècles
dans bien d’autres régions du monde
sous la forme des conseils de clans. La
démocratie représentative exista aussi
sous la forme de conseils de tribus,
quand celles-ci devaient élire un chef.
La démocratie ne s’imposa pas
d’emblée à Athènes et, jusqu’à la
conquête romaine, la cité balança entre
l’oligarchie et la démocratie. Telle que
la concevaient les Athéniens, celle-ci ne
peut en tout cas être confondue avec le
régime qu’on entend sous ce nom à
l’époque moderne : d’abord, elle
excluait certaines catégories d’habitants
qui n’étaient pas considérés comme

citoyens, tels que les esclaves et les
marins, par exemple ; l’esclavage était
même considéré comme constitutif de la
démocratie, seuls les citoyens dégagés
de leurs tâches pouvant s’occuper des
affaires de la cité. Ensuite, elle ne
connaissait pas la séparation des
pouvoirs et le même magistrat pouvait
être à la fois juge et législateur.
Jusqu’à Périclès, la démocratie était
dirigée en fait par les citoyens les plus
riches ; c’était l’héritage de la
constitution de Solon (VIIe-VIe siècles
avant notre ère). Quand Périclès institua
une taxe permettant de verser une
indemnité (les mistophories) aux plus
pauvres, afin qu’ils pussent participer à
la vie de la cité, une pluie de critiques

s’abattit sur cette innovation, qui ne
correspondait pas à la conception
athénienne de la démocratie.
Enfin, au IIIe siècle, Aristote
considérait le mode d’élection des
responsables de la cité à son époque
comme « trop puéril » (Politique, II) ;
on ne sait pas si l’élection se faisait par
acclamation, comme pour les gérontes,
ou bien par tirage au sort, après
consultation des auspices. Plutarque
rapporte que les scrutateurs, « enfermés
dans un bâtiment, estimaient l’intensité
des acclamations »… (Lycurgue). En
tout cas, elle ne s’effectuait pas par vote.
Il est donc erroné d’attribuer aux
« Grecs » l’invention de la démocratie.
Le terme est un emballage qui a même

servi à des denrées putrides, telles ces
« démocraties populaires » du glacis
soviétique, qui n’étaient ni populaires ni
démocratiques, réalisant à la fois les
sinistres prophéties de la « novlangue »
de George Orwell (1984) et les
fantasmes des fanatiques de l’utopie.

399 av. J.-C.
La mort de Socrate :
un suicide à peine déguisé

En l’an 399 av. J.-C., sur dénonciation
de trois citoyens, le poète Mélétos,
l’artisan et politicien Anytos et l’orateur
Lycon, l’Aréopage d’Athènes, tribunal
de cinq cents citoyens, traduisit en
jugement Socrate, « le plus sage de tous
les hommes » selon l’oracle de Delphes,
c’est-à-dire la voix du dieu Apollon. Il
l’accusa de deux crimes : « Corruption
de la jeunesse » et « Négligence des
dieux de la cité et pratique de

nouveautés religieuses ». Il refusa d’être
défendu par un avocat célèbre, Lysias,
qui l’aurait sans doute tiré d’affaire, et
assuma lui-même sa plaidoirie. Elle fut
tellement désinvolte et insolente que
l’Aréopage indigné le déclara coupable
par 280 voix contre 220.
Les procureurs avaient requis la
mort : il boirait une coupe de ciguë,
selon la pratique athénienne. Il aurait pu
négocier sa peine, mais il déclara qu’il
était un bienfaiteur de la Cité et qu’il
devrait être entretenu par elle. Alors
l’indignation de l’Aréopage s’amplifia :
la majorité favorable à la peine de mort
augmenta. Socrate boirait la ciguë. Il la
but, en effet, arguant que, puisque la
peine avait été prononcée par un tribunal

légitime, il devait l’accepter. Il avait
alors soixante-dix ans. Ses amis lui
avaient offert d’organiser son évasion de
prison ainsi que l’exil dans un lieu sûr,
mais il refusa avec fermeté. La
condamnation à mort acceptée ressemble
alors à un suicide.
Vingt-cinq siècles plus tard, aucune
explication plausible du jugement des
citoyens d’Athènes n’a été offerte. On ne
connaît qu’indirectement les preuves et
les exemples spécifiques de corruption
invoqués par l’Aréopage. Les allusions
à l’homosexualité ne sont évidemment
pas soutenables, car celle-ci n’était pas
délictueuse à Athènes. Quant au second
chef d’accusation, il se réfère aux
allusions à une divinité insaisissable qui

ne correspondait pas aux définitions des
dieux que révérait Athènes et qui se
manifestait à lui sous la forme de son
célèbre daimon, son génie personnel.
Cependant, la sentence de l’Aréopage
a pris au cours des siècles les couleurs
d’une injustice monstrueuse et son
acceptation par Socrate a été interprétée
comme l’expression d’un stoïcisme
admirable devant l’injustice des
Athéniens. Tous les ouvrages scolaires
et universitaires, toutes les
encyclopédies sont unanimes sur ce
point. Le philosophe a ainsi revêtu des
dimensions quasi christiques de héros
défenseur de la vérité qui accepte
courageusement la mort.
Plusieurs historiens ont mis

l’accusation de Socrate au compte de
l’inintelligence et de l’influence des
accusateurs Anytos, Lycon et Mélétos ; à
supposer qu’ils aient en effet été bêtes et
méchants, pareille plaidoirie fit bien peu
cas de la majorité des Athéniens qui
votèrent pour la condamnation à mort :
plus de trois cents sur cinq cents. Il
faudrait qu’il y ait eu à Athènes
beaucoup de gens bêtes et méchants.
*
La vérité est bien différente. Et elle ne
correspond guère aux apologies des
vingt-cinq siècles successifs.
En 399 av. J.-C., Athènes émergeait
de la désastreuse guerre du
Péloponnèse, qui l’avait ruinée, et de

deux épisodes de tyrannie sanglants : la
tyrannie des oligarques, dite aussi des
Quatre Cents, en –411, et la tyrannie des
Trente, en –404. La jeune ébauche de
démocratie athénienne avait manqué y
sombrer. Or, parmi les meneurs de l’une
et de l’autre, on trouvait des disciples de
Socrate, Charmide et Critias. Platon a
d’ailleurs donné leurs noms à deux de
ses Dialogues (comble d’impudence, il
a ajouté au Charmide un second titre, De
la sagesse morale).
Pis encore, l’homme qui avait causé la
ruine d’Athènes, Alcibiade, aventurier
tapageur, provocateur et cynique,
compromis dans un scandale de mauvais
goût (lui et une bande d’amis avaient
castré les hermès qui servaient de

bornes protectrices de la cité), mais
riche et joli garçon, était celui-là même
dont Socrate s’était écrié : « J’aime
deux choses au monde, Alcibiade et la
philosophie. » Désertant Athènes,
Alcibiade était passé dans le camp de
Sparte, l’ennemie jurée, et avait indiqué
à ses chefs comment priver sa ville
natale de ressources : en s’emparant des
mines d’argent du Laurion, qui n’étaient
gardées que par des esclaves. Et, après
la défaite d’Athènes et la destruction des
Longs murs qui protégeaient le port du
Pirée, ce détestable trublion était
revenu, seul sur un navire à la voile
pourpre, comme s’il était un roi.
Charmide, Critias et Alcibiade étaient
donc devenus trois des personnages les

plus exécrés de la jeune
protodémocratie athénienne. Tous trois
avaient été des intimes de Socrate. Bien
sûr, celui-ci ne leur avait enseigné ni la
cruauté ni la tyrannie, mais enfin, son
enseignement devait avoir comporté
quelque élément subversif.
La mise en jugement du philosophe ne
découlait donc ni de la hargne de
quelques citoyens bornés, ni du besoin
de trouver un bouc émissaire, comme
l’ont prétendu certains auteurs
modernes, mais de soupçons justifiés. Il
eût certes pu se défendre plus
habilement qu’en rétorquant à ses juges :
« Comment, vous me convoquez ici
alors que je devrais être au Prytanée ? »
(C’est-à-dire nourri et logé aux frais de

la cité.) Il est vraisemblable qu’il ait
accepté la sentence de mort parce que la
trahison d’Alcibiade lui avait brisé le
coeur. Même s’il n’avait pas le privilège
d’être citoyen d’Athènes, cette ville était
chère à son coeur. Il était vieux, il
préféra la mort.
L’Aréopage est donc passé dans les
siècles pour une sorte de tribunal
populaire, plus soucieux de vindicte que
de justice. Or cette accusation est
insoutenable : cette cour était composée
des hommes les plus instruits de la ville,
et on les voit mal cédant à une haine
soudaine pour le sage distingué quelques
années plus tôt par l’oracle d’Apollon.
*

L’historien contemporain
s’interrogera alors sur les éléments
pervers éventuels de l’enseignement de
Socrate : vaste et hasardeuse entreprise,
car Socrate n’a rien rédigé et l’on ne
connaît cet enseignement que par les
écrits de Xénophon et surtout de Platon,
son disciple le plus fidèle. De plus,
l’admiration que lui ont portée Jean-
Jacques Rousseau, Emmanuel Kant ou
Friedrich Hegel interdirait presque une
analyse aussi audacieuse. Un indice
toutefois retient l’attention : Socrate
n’était pas unanimement respecté à
Athènes, comme la révérence posthume
tend à le faire croire ; en témoigne le
personnage ridicule et même nocif que
l’auteur satirique Aristophane campe de

lui dans trois de ses comédies, Les
Nuées, Les Oiseaux et Les Guêpes :
celui d’un phraseur délirant qui égare la
jeunesse. Et l’on retrouve là un préjugé
courant à Athènes contre les
philosophes, dits « sophistes » : leurs
idées creuses étourdissent la jeunesse, la
détournent du gymnase et sont finalement
contraires à l’intérêt de la cité.
On recoupe ici l’accusation de
corruption de la jeunesse. Le succès des
comédies d’Aristophane révèle la
méfiance d’une partie au moins de la
population athénienne à l’égard de
Socrate.
Le soupçon peut être précisé : dans un
passage du Minos de Platon, Socrate
explique que seuls peuvent gouverner

ceux qui possèdent le « savoir », lequel
est conféré par le ciel et qu’un homme
du commun ne peut revendiquer, même
s’il est vertueux. Or, c’étaient là des
propos fondamentalement
antidémocratiques : ils renforçaient la
cause des oligarques, aristocrates
héréditaires, qui mirent à deux reprises
la république en péril. Ils confirment que
l’influence intellectuelle de Socrate
encouragea les Oligarques dans leurs
coups d’État.
D’ailleurs, l’hostilité à la démocratie
de Platon, le plus proche des disciples
de Socrate, est bien connue : il fulmina
contre le partage des richesses
d’Athènes avec les pauvres et contre les
hommes qui, comme Périclès, « régalent

les Athéniens et leur servent tout ce
qu’ils désirent », les rendant ainsi
« paresseux, lâches, bavards et avides
d’argent ». La démocratie économique
était sa bête noire. Après avoir assisté
au procès de son maître, il alla se mettre
au service du tyran Denys de Syracuse.
Enfin, concernant l’accusation contre
Socrate d’honorer des dieux étrangers,
on peut formuler l’hypothèse que les
Athéniens se référaient aux évocations
que le philosophe avait faites de son
daimon, dont les commandements étaient
plus forts que ceux de la religion.
Mais un point est sûr : les Athéniens
avaient eu de bonnes raisons de
soupçonner Socrate. Il eût pu se
disculper. Sans doute était-il las de la vie.
*
Par un paradoxal incident, le procès
de Socrate justifie les pages que voici et
au moins une partie de l’enseignement
de ce philosophe.
Le philosophe avait mis en garde ses
auditeurs contre les professeurs et toute
personne investie de l’autorité
d’informer la vérité. La méthode
socratique, la maïeutique, était en fait
une méthode de dialogue critique visant
à faire admettre par l’interlocuteur luimême
qu’il ne savait pas de quoi il
parlait et qu’il répétait des notions
inculquées par d’autres, bref, qu’il
répétait des lieux communs. Le célèbre

tableau de David, La Mort de Socrate,
qui représente celui-ci l’index dressé
dans un geste professoral, est à cet égard
un comble d’absurdité : Socrate
s’érigeait justement contre l’index
didactique.
Comme les sages-femmes, je
suis stérile, et le reproche qu’on
m’adresse souvent, celui de poser
des questions aux autres et de
n’avoir pas l’esprit d’y répondre
moi-même, est très juste. La raison
en est que le dieu m’impose d’être
une sage-femme, mais ne me permet
pas d’accoucher.
Or, sa mère était une sage-femme.
Cette attitude critique ne pouvait être

appréciée des Athéniens, pour qui le mot
logos revêtait alors une autorité quasi
divine. Ils avaient pris Socrate pour un
professeur, alors qu’il n’était qu’un
éveilleur.
*
L’historien américain Daniel J.
Boorstin (1914-2004) rapproche à juste
titre cet enseignement de l’avertissement
du dieu-roi Thamis à Thoth, le dieu
égyptien qui avait inventé l’écriture :
« Ta découverte [l’écriture] rendra
oublieux ceux qui veulent apprendre,
parce qu’ils ne se serviront plus de leur
mémoire. »

330 av. J.-C.
La découverte de Thulé par Pythéas,
ou la galéjade qui n’en était pas une

Quand le géographe grec Polybe (IIe
siècle av. J.-C.) commenta le récit de
voyage de son compatriote marseillais
d u IVe siècle, Pythéas, il le traita de
« fieffé menteur ». « Qui croira qu’un
simple particulier, de fortune
notoirement médiocre, ait pu trouver le
moyen de parcourir d’aussi énormes
distances ? » Son illustre successeur
Strabon (Ier siècle av. J.-C.) ne fut pas
plus élogieux, il qualifia Pythéas de

« charlatan de profession » qui « partout
et toujours cherche à tromper son
monde ». Les sarcasmes des spécialistes
se sont poursuivis jusqu’à nos jours, et
une illustre encyclopédie du XXe siècle
assure que Pythéas a bien mérité le
mépris de Strabon par sa description
d’une mer « coagulée ». Une mer
coagulée, vraiment ! C’était bien des
siècles avant la sardine qui boucha le
port de Marseille.
Pythéas le Massaliote, natif de
Massalia, colonie grecque fondée au VIIe
siècle av. J.-C. par des Grecs à
l’emplacement de Marseille, mérite
pourtant plus de respect, et il a
d’ailleurs fini par en regagner. Pour
commencer, même Strabon concède que

ce n’était pas un ignorant : « En ce qui
concerne l’astronomie et les
mathématiques, Pythéas semble avoir
montré de la compétence. »
Vers 330 av. J.-C., Pythéas franchit
les Colonnes d’Hercule, c’est-à-dire le
détroit de Gibraltar, alors unique porte
du bassin méditerranéen dont les
riverains pensaient que c’était le
berceau des civilisations et le seul digne
de ce nom ; l’Inde et la Chine étaient
pour eux des contrées reculées dans le
temps et l’esprit.
D’après les fragments qui nous sont
parvenus de sa Description de l’Océan
et des citations d’autres auteurs, Pythéas
remonta la côte atlantique vers le nord
et, dépassant la péninsule bretonne,

gagna « la grande île britannique ».
Preuve qu’il n’était pas un hâbleur, il fut
le premier à évoquer la position, la
forme et les dimensions de la Grande-
Bretagne avec une précision étonnante.
Il en décrit aussi la population. Diodore
de Sicile, qui le cite, rapporte qu’elle a
« des habitations très pauvres, faites le
plus souvent de roseaux et de bois ». Les
gens y conservent leurs récoltes dans
des abris couverts. « De ces réserves,
ils tirent chaque jour les vieux épis,
qu’ils égrènent et travaillent de façon à y
trouver de la nourriture. Pour ce qui est
de leur caractère, ce sont des gens très
simples et bien éloignés de cet esprit vif
et méchant de ceux d’aujourd’hui. »
Et il n’avait pas connu Strabon.

Le rapport qui ébaubit l’Antiquité,
puis la fit ricaner mais qui conserve son
mystère, est la découverte d’une terre
« à six jours de navigation au nord » de
la grande île britannique. Pythéas
l’appelle Thulé et la désigne comme « la
plus septentrionale des terres qui ont un
nom ». Là, relève-t-il, « la nuit était tout
à fait petite, de deux heures pour les uns,
de trois pour les autres ». À l’évidence,
Pythéas est arrivé dans le cercle polaire
arctique, au moment du solstice d’été.
Détail frappant : Pythéas rapporte que
les habitants de cette contrée battent
leurs récoltes sous abri, « la pluie et le
manque de soleil les empêchant de se
servir d’aires découvertes ». Le manque
de soleil dont il parle ne peut se

produire que l’automne et l’hiver, où les
jours sont très courts ; Pythéas n’a pas
pu inventer ce fait, puisqu’il n’était pas
dans la région à cette époque. Il n’a pas
inventé non plus que les Hyperboréens
fabriquent une boisson à base de
céréales et de miel.
Qu’était cette terre dont la légende
hanta les imaginations jusqu’au XXe
siècle ? Estimer sa position exacte serait
hasardeux, car on ignore la vitesse à
laquelle l’explorateur avança pendant
six jours au nord de la Grande-Bretagne,
et la majorité des navigateurs et
historiens supposent que Pythéas aurait
pu atteindre l’archipel des Orcades ou
des Shetland, mais certainement pas
l’Islande. Toutefois, cette restriction

laisse fortement sceptique, car le temps
nécessaire pour rallier les deux
archipels à partir du nord de la Grande-
Bretagne est bien inférieur à six jours de
navigation : il est à peine d’un jour
entier, Pythéas a pu se rendre plus au
nord, surtout si l’on tient compte du
courant et des alizés de l’Atlantique
nord au moment du solstice d’été.
L’Islande est située à quelque 250 milles
au nord-ouest de la Grande-Bretagne ;
un vent soutenu aurait permis à Pythéas
de franchir une quarantaine de milles par
jour, à une vitesse inférieure à deux
noeuds par heure. Certains lui concèdent
qu’il aurait pu atteindre la Norvège,
puisqu’il descendit jusqu’à la Baltique ;
ce qui ne serait déjà pas si mal pour

cette époque.
La « mer coagulée » empêcha notre
pionnier d’aller plus au nord, et il
bifurqua vers l’est ; il atteignit la
Baltique, puisque Pline l’Ancien
rapporte sa présence à l’embouchure de
la Vistule. Puis il rentra à Massilia. Il
avait fait un voyage prodigieux.
Les navigateurs romains ne parvinrent
jamais à le refaire ; telle fut
probablement la raison du scepticisme
affiché des auteurs anciens. Comment ce
Massiliote aurait-il réussi tout seul ce
que la puissante marine romaine n’avait
pu faire ? Ils daubèrent donc sur la
« mer coagulée » et rejetèrent Thulé au
rang des inventions de ce « menteur ».

*
Que fut cette « mer coagulée », dont la
mention a jeté Pythéas dans un discrédit
interminable ? À l’évidence, une mer
semée de petits débris de glaces, comme
pouvaient en créer les fontes de
fragments de banquise en été, et qui
donnait de loin une impression de lait
coagulant sa crème. Pythéas lui-même
n’avait jamais rien vu de tel, il se
contenta de décrire le phénomène ; ses
détracteurs pouvant encore moins
imaginer celui-ci, ils s’esclaffèrent.
Mais certains universitaires modernes
persistent à rejeter catégoriquement cette
explication et jugent que la description
de Pythéas ressemble trop à celles des
limites du monde, ainsi que les Anciens

les imaginaient, des régions où les trois
éléments se fondent dans le chaos,
interdisant le passage humain.
Au cours des siècles, on a étudié plus
attentivement l’exploit du Massiliote.
Pour commencer, plusieurs auteurs
antiques mentionnent qu’il calcula la
hauteur du soleil à l’aide d’un grand
gnomon ou cadran solaire, au solstice
d’été ; il put ainsi déterminer la latitude
de Massilia avec une surprenante
exactitude. Reprenant sa méthode,
Ératosthène puis Hipparque
améliorèrent ainsi le calcul des
latitudes.
Pythéas fut aussi le premier à établir
une corrélation entre les marées et
l’influence de la Lune.

Il fut également le premier à observer
que l’étoile polaire ne se trouve pas
exactement au-dessus du pôle Nord ; il
fallait quand même être monté assez au
nord pour cela, et cette observation
seule suffit à vérifier son voyage vers
Thulé.
Tous ces faits indiquent qu’il n’était
certes pas le premier hâbleur venu. Les
critiques modernes lui reprochent le peu
de fiabilité de ses mesures et sa
crédulité, qui auraient induit en erreur
des géographes et navigateurs ultérieurs.
Mais, dix-huit siècles plus tard,
Christophe Colomb commettrait encore
des erreurs de calcul phénoménales ; les
mesures géographiques ont souffert
d’une lourde imprécision jusqu’au XVIIIe siècle.
Reste à déterminer les conditions et
les raisons pour lesquelles Pythéas
entreprit cette expédition, qui exigeait
des moyens matériels importants. C’est
le point sur lequel Polybe se fonde pour
contester la réalité du voyage de
Pythéas. Or, Polybe semble ignorer
qu’un autre navigateur, Euthymène, partit
en même temps que Pythéas pour
explorer, lui, les côtes africaines. La
coïncidence est frappante : qui donc
aurait été le commanditaire ayant financé
ces deux voyages, et dans quel but ? La
réponse est Alexandre. Le grand
conquérant, qui venait de soumettre
l’Asie, cherchait d’autres territoires à
ses exploits ; il était encore jeune (il

mourut, en 323 av. J.-C., du typhus ou de
paludisme). Or, le monde méditerranéen
ne savait encore rien du septentrion.
Seul Alexandre pouvait financer des
expéditions de plusieurs trières (chacune
comptait alors deux cents rameurs) et y
aurait trouvé son intérêt.
Le scepticisme et les sarcasmes des
experts modernes constituent un risque
aussi grand que la mystification
éventuelle. L’histoire de Pythéas est à
cet égard exemplaire : elle rappelle les
erreurs de ces experts. En 1900, un
grand physicien, lord Kelvin, président
de la British Royal Society, déclarait
solennellement : « Les rayons X sont une
mystification. » Cinq ans plus tôt, il
avait affirmé tout aussi solennellement :

« Des machines volantes plus lourdes
que l’air sont impossibles. »
La liste des erreurs modernes est aussi
longue que celle des anciennes. Pythéas
n’en est que l’une des victimes.

62 av. J.-C.
Un scandale fabriqué dans la Rome
de Jules César

suite…

https://mega.co.nz/#!mFtx1SBZ!L2Ei0GUQeqSqs_rqt5GZ3hx0w4OwffBRJm1oY3iuqqY