Dr. Ali Ghediri : «Aujourd’hui, c’est d’une rupture dont l’Algérie a besoin»


 

 

Algérie Résistance

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Mohsen Abdelmoumen : Vous avez évoqué le concept de « la rupture sans reniement ». Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ? Comment peut-on traduire une rupture dans l’Algérie d’aujourd’hui ?

Dr. Ali Ghediri : J’ai choisi des termes choc. Le mot rupture est en soi polysémique selon qu’il s’applique à la physique, à la sociologie ou à la politique. C’est un terme qui recèle une part d’appréhension et, pour être beaucoup plus concret, je dirais que c’est un terme qui recèle de la peur. Dans la vie courante, de manière générale, on recourt à la rupture lorsqu’il y a un blocage qui n’autorise plus aucune dynamique. Ceci est vrai dans le domaine social en général et en politique en particulier. Parce que s’il y a bien un domaine où la posture statique est potentiellement dangereuse, c’est celui de la politique. Et c’est le cas, justement, en Algérie où le système politique en place depuis des décennies a montré un certain immobilisme qui donne des signes de stérilité à tel point qu’il est devenu incapable de créer les conditions à sa propre reproduction. Un système qui cesse de créer les conditions pour se pérenniser est un système finissant, donc c’est un système qui est atteint de statisme dangereux pour sa propre survie, c’est-à-dire que c’est un système qui a atteint une phase autant dangereuse pour lui que pour le pays. Dans le contexte qui est le nôtre, le terme « rupture » sous-tend quelque part une remise en cause de l’équilibre politico-social tel que les régimes qui se sont succédé depuis le recouvrement de notre indépendance l’ont configuré. Aussi, pour changer les choses, on ne saurait se contenter d’un ravalement de façade. Pour le cas algérien, la rupture s’impose comme le seul remède afin d’impulser une nouvelle dynamique à la vie sociopolitique en Algérie.

Il s’agit d’une rupture sans reniement parce que, comme je viens de le dire, le terme lui-même recèle en soi un potentiel de reniement et de négation du passé qu’il faut appréhender avec circonspection, c’est pourquoi j’ai tenu à préciser que la rupture que je prône est une rupture sans reniement. Sur quoi ne va pas porter cette rupture ? Elle portera sur tout sauf sur des éléments qui constituent le socle de notre identité nationale et de notre histoire. Tout le reste sera étalé sur la table pour l’édification d’une deuxième République, d’une Algérie nouvelle, d’une Algérie tournée vers le progrès et vers son avenir.

Avec le règne de Bouteflika, n’y avait-il pas un risque que le lobby de l’argent sale s’empare totalement du pouvoir comme dans la Russie de Boris Eltsine ?

Il y avait plus qu’un risque. Le lobby de l’argent s’est réellement accaparé la décision politique. Il s’est impliqué d’une manière franche et affichée dans la vie politique au point où certains oligarques se sont permis d’interférer dans la désignation de ministres, ce n’est un secret pour personne. Et non seulement de ministres mais de personnalités contestées dans les rouages de l’État. Il ne s’agissait pas de risque mais de fait. Vous avez eu raison de faire le parallèle avec la Russie d’Eltsine. J’ai passé là-bas deux ans au moment où Eltsine était président, et il y a beaucoup de similitudes entre le cas russe et le cas algérien.

L’armée reste un acteur incontournable dans la politique en Algérie. Le fait que l’armée soit incontournable ne traduit-il pas la faillite du système politique algérien ?

Toute nation est le produit de son histoire. On ne peut pas se défaire des trames de sa propre histoire. Je dirais qu’il était tout à fait naturel, jusqu’à une certaine limite, que l’armée soit partie prenante dans la vie politique. Mais ce qui ne l’est plus, c’est qu’elle ait franchi temporairement ce seuil et qu’elle reste, 57 ans après l’indépendance, cette force incontournable dans l’équation politique. Voilà ce qui est anormal. Jusqu’à un certain seuil, temporairement, c’était peut-être admissible parce que telle est notre histoire.

Pour ce qui est de la défaillance du système politique algérien, je suis tout à fait d’accord avec vous. Si le système s’était fixé pour objectif d’édifier un État algérien national pérenne, il aurait été beaucoup plus indiqué pour lui de mettre en place des conditions pour assurer cette pérennité. Parmi les conditions, il y a la mise en place d’institutions légitimes élues par le peuple dans la transparence la plus absolue et les choses auraient mieux marché que dans la situation présente. Deuxième point : on ne peut pas prétendre édifier ou assurer une pérennité à l’État si on fait l’impasse sur certaines libertés : libertés individuelles, libertés collectives, indépendance des trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire. Donc, quelque part, on fait l’impasse sur le droit des citoyens et si l’on fait l’impasse sur les libertés et le droit, on ne peut pas assurer la pérennité à ce système.

Comment analysez-vous ce grand mouvement populaire que connaît l’Algérie en ce moment et comment expliquez-vous le fait que tous les partis qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition soient dépassés et même rejetés ?

Tout mouvement populaire, tout mouvement de masse, où qu’il soit et quel qu’il soit, est subséquent à la somme de contradictions sociopolitiques qui n’ont pas trouvé leur solution quand elles étaient à leur niveau le plus bas. Les contradictions sociopolitiques se sont exacerbées au point d’atteindre une forme de résonance et c’est ce qui a fait que le peuple soit sorti pour manifester cette exaspération et ce rejet du système. Quant à la seconde partie de la question concernant le rejet des partis d’opposition, dans l’imaginaire politique des Algériens, le système est à la fois le pouvoir en place et cette opposition que le pouvoir a voulue organique et qu’il a domestiquée quelque peu. C’était beaucoup plus une opposition domestiquée, une opposition de façade, une opposition qui fait partie du décorum faussement démocratique dont il pouvait se prévaloir sur la scène internationale pour prétendre à un classement parmi les pays démocratiques. Cela ne veut pas dire que parmi l’opposition, il n’y ait pas de forces qui réellement voulaient le changement, mais le pouvoir politique en Algérie, notamment depuis l’avènement de Bouteflika, n’a eu de cesse de ramener cette opposition à une forme de formalisme pour davantage asseoir son pouvoir que d’en faire une force à même d’assurer le fonctionnement démocratique des institutions.

Vous avez évoqué la nécessité d’aller vers une deuxième République. Comment pensez-vous atteindre cet objectif ?

Une deuxième République coule de source à partir du moment où je prône la rupture. Je ne pouvais pas à la fois prôner la rupture et la continuité parce que continuer dans la voie qui est celle du système politique actuel signifie consacrer la pérennité d’un système que je dénonce. Donc, la deuxième République comme je la perçois, c’est l’ouverture de l’Algérie vers une nouvelle forme d’institutions que le peuple aurait élues en toute démocratie, c’est la mise en place d’une nouvelle Constitution qui consacrerait dans les faits – pas dans les textes uniquement –  la pratique politique depuis la base jusqu’au sommet, c’est de nouveaux rapports entre le citoyen lambda et l’administration et le pouvoir – dont ce citoyen lambda est la première émanation parce que la citoyenneté est censée émaner du peuple et il faudrait qu’elle ne soit plus uniquement censée mais qu’elle soit réellement l’émanation de ce peuple. La rupture va porter sur le fonctionnement des institutions, sur la lutte contre la corruption, sur la lutte contre le népotisme, sur l’équilibre des pouvoirs, sur les aspects économiques, sociaux, enfin sur tout ce qui touche à la société. C’est en quelque sorte un nouveau projet de société en totale rupture avec ce que nous avons connu depuis cinquante-sept ans.

En 2000, l’armée a produit un document qui évoquait la nécessité de réformes profondes. Ne pensez-vous pas que si ce document stratégique de l’armée avait été appliqué et mis en œuvre, nous n’aurions pas à vivre cette grave crise politique d’aujourd’hui ?

Dans la gestion des crises, si on s’attaque à la racine du problème dès les premiers signes qui révèlent son existence, on a beaucoup plus de chance de corriger la trajectoire sans trop de dégâts. Si l’on avait opéré les changements en 1999, ou en 2000, ou en 2004, nous n’en serions évidemment pas là où nous en sommes aujourd’hui. Non seulement nous n’avons pas agi pour apporter des réformes, mais nous n’avons fait que nous enliser dans des contre-réformes. Et ce qui devait arriver arriva. L’essence même du système politique algérien sous Bouteflika, c’était le renforcement de sa personne en tant qu’élément central du système politique et la domestication de la classe politique dans son ensemble par l’entremise de la rente. Donc, l’objectif n’était pas tant l’État ou la réforme de l’État, ou la réforme de la société, mais c’était un objectif qui visait le maintien du pouvoir. Bouteflika avait une stratégie de pouvoir et non une stratégie de gouvernance, et la stratégie du pouvoir c’était de tout faire pour se conforter en tant que détenteur de ce pouvoir et d’en être l’exclusivité au point où il est devenu l’élément central du pouvoir par l’entremise de plusieurs révisions de la Constitution. Évidemment, s’il avait opéré les réformes en 2000 ou un peu plus tard en 2004, ou en 2008, nous n’en serions pas là. Ce qui rend l’équation beaucoup plus complexe, c’est ce décalage temporel qui a fait que les contradictions se soient exacerbées jusqu’au au point de rupture et celle-ci a eu lieu.

À votre avis, ce document est-il toujours utile pour la prochaine étape dans l’Algérie de demain ?

Non, un ravalement de façade ne peut plus suffire. Si on avait fait les choses en 2000, les mesures préconisées auraient pu faciliter les choses et auraient pu amener l’Algérie à prendre un autre chemin. Aujourd’hui, c’est d’une rupture dont l’Algérie a besoin. Cela, je le dis et je l’assume.

Vous avez été et vous restez candidat à l’élection présidentielle. Quel est votre projet pour l’Algérie ?

Mon projet pour l’Algérie, il est dans l’intitulé même du programme. Lorsque je parle de deuxième République, c’est une république moderne, une république ouverte sur ses enfants, une république réellement démocratique, une république où la citoyenneté se conjugue au quotidien, où le citoyen lambda est réellement un citoyen, c’est-à-dire un partenaire sociopolitique et socioéconomique… c’est de cette Algérie-là que je rêve. Une Algérie où la jeunesse qui représente 70 % de la population ait sa place, où la diaspora nationale à l’étranger ait sa place dans la configuration politico-économique. C’est de cette Algérie-là que mon projet se nourrit.

Vous êtes à la fois un intellectuel et un haut gradé de l’armée. Pensez-vous parvenir à changer le système de l’intérieur ?

Intellectuel et haut gradé de l’armée ne sont pas des antinomies (rires). Pour être général dans l’armée, il faut avoir fait des académies. En ce qui me concerne, j’ai fait autant les académies militaires que les universités civiles, donc la problématique « intellectuel / militaire » ne se pose pas, elle se pose concernant un chef, un leader, un Algérien qui a à cœur de changer les choses dans son pays.  Je suis un citoyen comme un autre. La seule particularité que j’ai c’est que j’ai servi pendant plus de quarante ans dans une institution qui n’était pas au service du pouvoir mais au service de la nation, je tiens à le préciser. Maintenant que je suis redevenu civil, je me suis investi dans la chose politique parce que je considérais que le système qui est en place a fait trop de mal à ce pays et à ce peuple. Et, de par l’expérience que j’ai et de par les idées que je crois être bonnes pour le pays, je me dis que je pourrais changer le cours des choses au mieux de ce peuple et de cette république.

Si vous êtes président de la République algérienne, quel sera votre premier chantier ?

Le premier chantier – je ne parle pas des choses subsidiaires, je parle de l’essentiel – c’est de désigner un gouvernement de jeunes. Deuxième point, c’est d’engager la réflexion pour l’élaboration d’une Constitution devant être le socle de cette République. Troisièmement, engager tout ce qui pourrait contribuer à faire démarrer l’appareil économique et engager une réforme structurelle de l’économie nationale. Bien entendu, cela ne peut pas se faire en un jour ni en un mois mais ce sont des chantiers que je m’engage à lancer dès ma prise de fonction et il y aura bien sûr beaucoup d’autres choses à faire mais puisque vous m’avez posé la question sur le premier chantier,  ce seront les premiers chantiers que je lancerai.

On a remarqué lors des manifestations, qu’il y a des tentatives de récupération de différents groupes occultes allant des anciens du FIS avec leur propagande jusqu’à des organisations comme Otpor ou certains activistes des Frères musulmans. Ne pensez-vous pas que ces minorités agissantes sont dangereuses pour l’Algérie ?

Dans tout mouvement de masse de cette envergure, que ce soit en Algérie ou ailleurs, il y a toujours des tentatives de récupération et d’infiltration, c’est dans l’ordre naturel des choses. Pour le cas algérien, vous avez identifié le FIS, les Frères musulmans et Otpor. Pour ce qui est des islamistes, je vais vous répondre comme j’ai répondu à d’autres de vos confrères : les islamistes ont été militairement et politiquement vaincus en Algérie. On a tendance à l’oublier parce que les événements qui ont eu lieu dans d’autres pays après le prétendu « printemps arabe » ont mené à ce que l’on fasse l’impasse sur ce qui s’est passé en Algérie qui a eu à affronter, seule, cet islamisme violent. Les Algériens ont eu raison de ce phénomène qui a bel et bien été battu et je pense que cette donne a été intégrée dans l’agenda islamiste. Aujourd’hui, les islamistes, ici en Algérie, savent qu’ils n’ont de droit d’existence en tant que citoyens que dans un cadre démocratique et qu’il est le seul à leur assurer une vie en tant que citoyens parmi d’autres. Il y a sûrement une petite minorité d’excités et de fondamentaux parmi eux, des fondamentalistes qui chercheraient à tirer la couverture vers eux mais sans trop de conviction. D’ailleurs, dans les rues d’Alger, d’Oran, de Tamanrasset ou de Annaba, plusieurs cas ont été signalés où dès qu’ils commencent à scander des slogans qui leur sont propres, ils ont été pris à partie par la population qui leur a dit « fichez le camp, vous ne faites pas partie de ce mouvement ». Donc, il y a une conscience politique populaire qui fait que le danger islamiste est circonscrit. En l’état actuel des choses, non seulement il est circonscrit mais il est jugulé. Ce qui pourrait changer si ces mouvements s’étalent dans le temps, là le risque existe potentiellement. Pour ce qui est d’Otpor et autres mouvements, cela relève de la même logique, il y a des forces qui ne veulent pas que l’Algérie retrouve le chemin de la démocratie, de la modernité, du développement, le chemin de la croissance, le chemin de l’évolution socio-politico-économique et qui trouveraient en ces mouvements un terreau qui, de leur point de vue, pourrait leur permettre de mettre en échec cette révolution citoyenne. Heureusement, avec vingt millions d’Algériens qui sont descendus dans la rue, la chose paraît un peu plus difficile mais il faudrait circonscrire cela dans le temps et aller dans l’urgence à des réformes qui commenceraient par l’élection d’un président de la République qui serait démocratiquement élu, sans fraude. Cela permettrait d’enclencher une dynamique qui immuniserait l’Algérie contre toute forme de récupération.

Vous pensez que la société algérienne est immunisée par rapport à ces groupuscules et minorités idéologiques comme les islamistes ?

Non. Si l’intelligence politique fait corps avec cette demande populaire de rupture et de renouveau, si on le fait dans des temps raisonnables, je pense que l’on pourrait affirmer haut et fort que l’Algérie est non seulement immunisée contre ces formes de récupération mais ce qui est entrain de se faire en Algérie n’est pas un simple mouvement de masse mais une véritable révolution sans effusion de sang, une révolution pacifique qui pourrait demain déteindre sur le reste du monde de la sphère arabo-musulmane et africaine.

J’ai interviewé le Dr. Paul Craig Roberts qui était l’un des concepteurs de la politique économique du président américain Reagan,  et je l’ai interrogé sur l’utilisation de la planche à billets en lui parlant du cas algérien. Comme il est économiste, il m’a spécifié dans quels cas on pouvait utiliser la planche à billets. Le gouvernement algérien a imprimé 34 milliards de dollars en un an. Selon vous, n’est-ce pas une catastrophe économique pour l’Algérie ?

Avant de parler de catastrophe économique, avoir recours à la planche à billets est en soi un aveu non déclaré de l’échec de la politique suivie par Bouteflika. Lui qui a bénéficié d’une conjoncture des plus favorables qu’aucun président algérien n’a connue depuis l’indépendance, il a engrangé entre 1999 et 2019 plus de 1000 milliards de dollars et on se retrouve en 2019 en train de faire tourner la manivelle pour imprimer des billets. S’il fallait une preuve pour déclarer que la politique de Bouteflika était une catastrophe pour le pays, je pense qu’on ne trouverait pas mieux que cette preuve-là.  Pour ce qui est de la planche à billets en tant que phénomène économique, en tant que procédure économico-financière, l’Algérie n’est pas le premier pays à y avoir recours, tout le monde le fait. Tout le monde y a recours mais il y a des règles que l’on doit respecter lorsqu’on veut utiliser cet outil. On ne peut pas imprimer l’équivalent de 55 milliards de dollars en deux ans – et c’est ce qui a été imprimé – ce qui correspond à une fois et demi, voire deux fois, les revenus pétroliers de l’Algérie. Si l’on avait adossé cela aux réserves de change, les choses auraient peut-être été moins douloureuses. Quoi qu’il en soit, la situation économique de l’Algérie n’est pas des meilleures et elle serait encore moins bonne si le mouvement citoyen s’étalait dans le temps parce qu’il n’est pas sans incertitude et l’incertitude fait fuir les investisseurs et les partenaires étrangers, et a tendance à pousser les gens à user de tous les stratagèmes pour la fuite des capitaux vers l’étranger. Donc,  la situation est économiquement inquiétante mais si l’on met en place la volonté et l’intelligence politique qu’il faut, et que l’on écourte ce flottement et l’incertitude que génère la situation actuelle, avec le potentiel qui est celui de l’Algérie, je pense qu’on pourra s’en sortir économiquement.

Différents intervenants que j’ai interviewés, allant des  parlementaires européens jusqu’aux experts dans le renseignement, et qui pour certains de ces derniers ont eu de grandes responsabilités – je cite par exemple le conseiller d’Obama, le Dr. Bruce Riedel -, m’ont tous affirmé que les services de renseignement algériens, le DRS, étaient très efficaces. Comment expliquez-vous que l’on ait démantelé le DRS sous l’ère Bouteflika et comment se fait-il que les services de renseignement aient été rattachés à la Présidence pour aujourd’hui être à nouveau sous la tutelle de l’armée ? À votre avis, n’est-ce pas une faute grave de la part de Bouteflika d’avoir démantelé le DRS ?    

Comme je l’ai dit tout à l’heure, la stratégie de Bouteflika était une stratégie de pouvoir, pas de gouvernance. Bouteflika a tout fait pour conforter au mieux son pouvoir personnel et le système qu’il avait mis en place. À sa décharge, il a cassé l’ancien système et, à sa charge, il n’a rien prévu d’autre pour le lui substituer. Il a créé un vide et le vide a toujours été générateur de crise. La crise que nous sommes en train de vivre provient pour une grande part du fait que Bouteflika ait cassé le système pour asseoir son propre pouvoir. Parmi les éléments auxquels a eu recours Bouteflika pour être le maître et l’unique décideur, et asseoir son pouvoir d’une manière absolue, c’était le rattachement du service de sécurité à la Présidence. Ce n’est pas tant le rattachement sur le plan technique qui pose problème, parce que dans nombre de pays, les services sont rattachés à la présidence et non au ministère de la Défense, mais ce sont les intentions qui sous-tendent la décision. Pour ce qui est de l’efficacité des services de renseignement algériens, ils sont toujours aussi efficaces. Quant aux dernières mesures prises concernant leur mise sous tutelle du ministère de la Défense, je pense que celle-ci répond beaucoup plus à des aspects pratiques et techniques qu’à autre chose, parce que le président n’étant plus en place, la Présidence n’étant plus perçue comme une institution telle que la prévoit la Constitution, il était tout à fait naturel que les services soient ramenés à la seule institution qui soit encore debout, c’est-à-dire l’armée.

Ils sont particulièrement efficaces dans la lutte anti-terroriste, c’est ce que mes intervenants me disaient souvent.

Bien sûr, et ils ont eu à le prouver.   

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Ce que le 1% des élites les plus riches du monde veulent, c’est une « nouvelle sous-classe » par Dr. Edward Martin


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Le 5e mandat des Bouteflika dans l’attente de l’aval de Macron


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« Les travailleurs du monde ont besoin de s’unir »


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31 May 10`6: "Refinery Town" author Steve Early

 

Qui est Steve Early ?

Steve Early est un journaliste, avocat, organisateur ou représentant syndical américain actif depuis 1972. Pendant 27 ans, Early était un membre du personnel de Communications Workers of America (Travailleurs des Communications d’Amérique) basé à Boston. Il a terminé sa carrière de CWA en 2007, après avoir été assistant administratif du vice-président de CWA District 1, qui représente plus de 160 000 travailleurs à New York, en Nouvelle-Angleterre et au New Jersey.

Steve Early a aidé à l’organisation de la CWA, à des négociations et/ou des grèves majeures impliquant NYNEX, Bell Atlantic, AT & T, Verizon, Southern New England Tel, SBC, Cingular et Verizon Wireless. Il a également aidé l’organisation du secteur public de CWA, ainsi que des fusions avec d’autres affiliés de l’AFL-CIO et des syndicats indépendants.

En tant que journaliste indépendant, Steve Early a été publié dans The Nation, The Boston Globe, Boston Herald, New York Times, Washington Post, Los Angeles Times, Newsday, The Wall Street Journal, Christian Science Monitor, Philadelphia Inquirer, USA Today, Toronto Globe & Mail, The Berkshire Eagle, The Progressive, CounterPunch, Beyond Chron, The Guardian, In These Times, Our Times, American Prospect, Mother Jones, Labor History, New Politics, New Labor Forum, Social Policy, Labor Notes, Labor Studies Journal, WorkingUSA, Labor Research Review, Monthly Review, Technology Review, Boston Review, Dollars and Sense, Socialism and Democracy, Democratic Left, The Guild Reporter, Jacobin, Tikkun, and Labor: Studies in Working Class History in The Americas.

Seul ou avec des co-auteurs, Steve Early a également contribué par des chapitres à huit collections éditées. Parmi ceux-ci, un essai souvent cité : « Membership Based Organizing, » dans A New Labor Movement For The New Century, publié par Gregory Mantsios (Monthly Review Press, 1998), « Globalization and De-Unionization in Telecommunications: Three Case Studies in Resistance » (co-écrit avec Larry Cohen) dans Transnational Cooperation Among Labor Unions, publié par Michael Gordon et Lowell Turner (Cornell University Press, 2000); « The NYNEX Strike: A Case Study in Labor-Management Conflict Over Health Care Cost Shifting, » dans Proceedings of NYU Annual National Conference on Labor (Little, Brown &Co., 1991); « Defending Workers’ Rights in the Global Economy: The CWA Experience » (co-écrit avec Larry Cohen) dans Which Direction For Organized Labor? publié par Bruce Nissen (Wayne State University Press, 1999) et aussi réimprimé dans Le Syndicalisme Dans La Mondialisation, publié par Annie Fouquet, Udo Rehfeldt, et Serge Le Roux (Les Editions de L’Atelier, Paris, 2000); « Strike Lessons From The Last Twenty-Five Years » dans The Encyclopedia of Strikes, » publié par Ben Day, Manny Ness, et Aaron Brenner (M.E. Sharpe, Inc., April, 2009); « The Enduring Legacy & Contemporary Relevance of Labor Insurgency, » in Rebel Rank-and-File: Labor Militancy and Revolt From Below During the 1970s, publié par Cal Winslow, Aaron Brenner, et Bob Brenner (Verso, 2009), et “Back to the Future: Union Survival Strategies in Open Shop America,” (co-écrit avec Rand Wilson) in Wisconsin Uprising: Labor Fights Back, publié par Michael D. Yates, (Monthly Review Press, 2012).

Early siège aux comités consultatifs éditoriaux de quatre publications sur le travail – Labour Notes, New Labour Forum, WorkingUSA et Social Policy. Il est également membre du conseil d’administration de United For a Fair Economy. Il est membre de la Pacific Media Workers Guild (Unité des pigistes), une filiale du TNG/CWA.

Early est diplômé du Middlebury College et de la Catholic University Law School. Il a été admis au barreau du Vermont et aux tribunaux d’État et fédéraux du Vermont en 1976. Dans les années 1970, Early travaillait pour United Mine Workers et écrivait pour The UMW Journal, quand il a reçu un National Magazine Award en 1975.

Son site officiel

 

Mohsen Abdelmoumen : Vous avez écrit un livre sur la ville de Richmond en Californie où vous vivez, préfacé par le Sénateur Bernie Sanders : « Refinery Town: Big Oil, Big Money, and the Remaking of An American City ». Ce livre nous montre l’expérience de cette ville qui a remporté des luttes telles que d’augmenter le salaire minimum local, défaire un projet de développement de casino, défier les saisies immobilières et les expulsions et demander une taxation équitable du Big Oil et du Big Soda. Peut-on dire que l’expérience de Richmond devrait inspirer les militants progressistes dans d’autres villes du monde ?

Steve Early : La lutte pour la revitalisation et la démocratisation de Richmond, en Californie, une ville ouvrière multiraciale de 110 000 habitants près de San Francisco, fait partie d’une tendance de réforme municipale plus importante aux États-Unis. Ce courant a émergé pendant une période d’impasse politique au niveau de l’État et du fédéral pendant l’administration Obama.Sous Donald Trump, nous sommes allés de mal en pis, forçant les dirigeants de mairie progressistes à déployer les ressources limitées du gouvernement local pour lutter contre la pauvreté, l’inégalité et la dégradation de l’environnement parce que le gouvernement aux plus hauts niveaux échoue à résoudre de tels problèmes, sous l’ère Trump, qui les rend pires.

Dans d’autres pays, il existe une tendance similaire au «progrès local» – par exemple, des maires de gauche et des membres du conseil municipal ont été élus dans des villes comme Barcelone et Madrid sur un programme similaire de promotion de la participation directe des citoyens aux affaires municipales.

Dans la politique électorale au niveau national aux États-Unis, ceux qui ont le plus de poids – ce que Bernie Sanders appelle «la classe des milliardaires» – sont bien placés pour gagner, que leur candidat présidentiel soit premier ou deuxième.

Le succès à plus long terme de la «résistance» actuelle des citoyens à Trump dépend de la construction d’une base organisationnelle plus large pour la gauche américaine dans la politique locale, l’organisation du travail et la construction du mouvement social.

Selon Sanders, «nous avons besoin d’une stratégie à 50 États, qui engage les gens – jeunes et travailleurs – à se lever et à se présenter aux conseils scolaires, à se présenter au conseil municipal et à la législature de l’État, de sorte que le gouvernement, à tous les niveaux, commence à écouter les gens ordinaires au lieu des contributeurs de la campagne.»

«Prendre le contrôle de la mairie de Richmond ou de toute autre ville ne suffira pas à garder l’argent hors de la politique», souligne Sanders. « Cela ne peut pas arrêter le changement climatique, éliminer l’injustice économique et le racisme, ou arrêter tous les abus des forces de l’ordre. S’attaquer à ces problèmes nécessite un renforcement des mouvements à l’échelle nationale et mondiale.» Mais les «villes rebelles» sont un endroit-clé où ce mouvement peut se développer et devenir plus fort.

D’après vous, la lutte contre le grand capital ne passe-t-elle pas aujourd’hui par des luttes locales contre des multinationales, des banques, etc. ? N’y a-t-il pas une nécessité de réinventer la lutte ?

Je pense que les progressistes aujourd’hui ne réinventent pas tant cette lutte que de faire revivre une tradition politique et d’organiser une stratégie vieille de plus d’un siècle.

Avant la Première Guerre mondiale, nous avions un parti socialiste dans notre pays basé sur la masse qui comptait près de cent mille membres cotisants. Il a grandi en partie grâce au militantisme ouvrier mais aussi en défiant les intérêts commerciaux locaux pour le contrôle de la mairie.

Des maires socialistes ont été élus dans soixante-quinze villes de vingt-quatre États. Dans l’ensemble, environ 1200 socialistes ont servi dans des fonctions publiques et ont utilisé leurs postes municipaux pour améliorer les services aux travailleurs et aux pauvres, y compris les logements sociaux, l’assainissement et la réparation des rues. Ils ont également empiété sur le marché privé en prenant en charge les entreprises locales d’électricité et d’eau et en faisant publiquement des services publics, dont certains survivent à ce jour.

Ces gains de la gauche ont été inversés lorsque le gouvernement américain a réprimé les socialistes opposés à la conscription militaire et à la participation des États-Unis à l’abattoir impérialiste de la Première Guerre mondiale.

Pour freiner l’influence radicale au niveau local, de nombreuses villes, comme Richmond, ont également adopté une forme de gouvernement municipal. Le nombre de maires élus à temps plein, qu’ils soient socialistes ou non, a été réduit dans tout le pays. Un plus grand nombre de membres du conseil municipal le sont devenus à temps partiel, élus dans toute la ville (plutôt que dans leur propre quartier ouvrier) et se sont contentés de définir des politiques générales exécutées par des professionnels formés et orientés vers les affaires.

Ce n’est qu’après les mouvements des années 1960 que les radicaux américains ont commencé à regagner du terrain dans la politique locale – d’abord dans des villes universitaires comme Berkeley et Santa Cruz, en Californie, Madison, Wisconsin et Burlington, dans le Vermont. Kshama Sawant, conseillère municipale Alternative Socialiste à Seattle, Gayle McLaughlin, la maire du parti Green à deux mandats de Richmond, le maire radical noir Chokwe Antar à Jackson, Mississipi, et beaucoup d’autres comme eux représentent une vague plus récente et plus importante de rebelles de gauche.

Ce qu’ils ont tous en commun aujourd’hui, c’est un engagement à remettre en cause le pouvoir des entreprises – et les Démocrates d’entreprise et les Républicains conservateurs qui sont leurs serviteurs tout aussi dévoués.

D’après ce que j’ai lu de vous, vous préconisez une idée originale, à savoir organiser les luttes au niveau local, notamment en structurant les forces progressistes au niveau de la ville, pour ensuite construire un grand mouvement d’envergure nationale. Pour vous, les luttes locales sont-elles nécessaires comme première étape en vue d’un changement d’ordre général ?

Je ne veux pas faire une trop grande vertu de la nécessité momentanée « de municipalisme ». L’une des façons dont les progressistes de Richmond ont réagi à l’élection de Trump l’automne dernier est de se joindre à des anciens partisans de Bernie partageant les mêmes idées dans le réseau de campagne post-Sanders connu sous le nom de Our Revolution (OR).

En novembre 2016, Our Revolution a permis de recueillir des milliers de dollars pour les deux candidats au conseil municipal soutenus par l’Alliance progressiste de Richmond. Les deux ont remporté des sièges au conseil, ce qui lui donne une «super-majorité» de cinq membres sur sept.

Si OR est en train d’atteindre son plein potentiel en tant que force de changement à l’intérieur ou à l’extérieur du Parti démocrate, il faudra deux, trois, beaucoup de groupes locaux comme la RPA (ndlr : Richmond Progressive Alliance) ou le Vermont Progressive Party, la formation de troisième parti du Vermont inspirée par la propre carrière de Sanders dans l’État.

La RPA a voté en faveur d’une affiliation officielle avec OR en janvier et poursuit maintenant des activités de sensibilisation auprès d’autres groupes locaux partageant les mêmes idées en Californie. Les progressistes de Richmond savent qu’ils doivent faire partie d’un mouvement progressiste plus large pour défendre les gains municipaux passés et faire de vrais changements à des niveaux de gouvernement plus élevés que la mairie de Richmond. Ainsi, l’une des fondatrices de la RPA, l’ancienne maire de Richmond, Gayle McLaughlin, se présente au poste de lieutenant-gouverneur de la Californie en tant que progressiste indépendant, et la vice-maire Jovanka Beckles fait campagne, avec le soutien de la RPA, en tant que candidate «libre d’entreprise» à la législature de l’État.

Dans le livre « The civil wars in US Labor : Birth of a New Workers’ Movement of Death Throes of the Old« , vous mettez le doigt sur la plaie en montrant les lacunes du mouvement syndical américain qui, au lieu de défendre les intérêts des ouvriers, s’est perdu dans des luttes internes qui portent préjudice à la lutte ouvrière. Peut-on dire qu’il faut réformer ou changer radicalement le fonctionnement du mouvement syndical américain ?

Au début des années 1950, près du tiers de la main-d’œuvre américaine était syndiquée. Aujourd’hui, il y a moins de 7% dans l’industrie privée et 12% globalement.

Jusqu’à récemment, les militants syndicaux ici faisaient souvent la distinction entre «organisation externe» – le processus de recrutement des travailleurs actuellement sans droits de négociation collective – et «organisation interne». Cette dernière fait référence aux efforts déployés par les membres existants des syndicats pour renforcer leurs conventions collectives avec les employeurs par le biais d’activités de mobilisation sur le lieu de travail, y compris des grèves ou d’autres manifestations au travail.

Cette distinction n’existe bien sûr pas dans beaucoup d’autres pays, comme la France, où l’affiliation syndicale est volontaire, plus fluide, et où de multiples syndicats sont en concurrence et/ou coopèrent dans le même lieu de travail ou entreprise. La construction de la force organisationnelle dans un lieu de travail, nouveau ou ancien, où il y a peu ou pas de présence syndicale, exige le même type de recrutement individuel de collègues, suivi par des démonstrations de solidarité.

Aux États-Unis, à la suite de revers juridiques et politiques de plus en plus nombreux, pratiquement toutes les organisations syndicales font maintenant face au même défi que les syndicats français. Dans l’ensemble du pays, les forces de droite ont rendu plus difficile pour les syndicats d’obtenir le soutien financier des 14,6 millions de travailleurs qu’ils représentent encore dans le secteur privé et public. Pour survivre, et encore moins réussir, dans ce nouveau milieu de travail, les syndicats doivent retourner à leurs racines et recommencer à fonctionner comme ils l’ont fait avant l’adoption de la Loi Wagner vieille de 81 ans, la loi fédérale adoptée sous la pression de l’organisation syndicale industrielle dirigée par la gauche dans les années 1930.

Un aspect négatif du modèle de la loi Wagner était de faire de la syndicalisation un phénomène du «tout ou rien». Si une minorité organisée de travailleurs tentait d’agir collectivement dans un lieu de travail «non syndiqué», la direction n’était pas légalement tenue de répondre à leurs demandes et, très souvent, les syndicats n’offraient guère de support durable pour l’activité de l’atelier des non-payeurs de cotisations.

En outre, la législation fédérale du travail aux États-Unis favorise grandement les syndicats en place, ce qui signifie qu’il est beaucoup trop difficile pour les travailleurs de passer d’un syndicat à un autre, s’ils sont insatisfaits de leur représentation sur le lieu de travail et de leur soutien. Une fois à l’abri de la menace de défection, les dirigeants syndicaux des États-Unis sont devenus trop libres pour ignorer les plaintes et les problèmes de base, tout en favorisant, dans certains secteurs, des «partenariats» patronaux-syndicaux d’une valeur discutable pour les travailleurs.

Votre livre essentiel « Save our Unions : Dispatches From A Movement in Distress » n’appelle-t-il pas à une refondation du mouvement syndical pour plus de combativité et d’efficacité afin de défendre les intérêts de la classe ouvrière face au grand capital ?

Aux États-Unis, il y a maintenant un réseau d’activistes syndicaux qui existe depuis près de 40 ans et qui a fait la promotion d’une telle «refondation» à travers Labor Notes.

Avec d’autres membres de mon syndicat, je suis depuis longtemps un partisan de Labor Notes. Il fonctionne comme un projet d’éducation ouvrière indépendant axé sur la base qui produit un bulletin mensuel et organise des séances de formation locales, régionales et nationales qui favorisent une plus grande démocratie syndicale et un militantisme pour mieux défendre les intérêts des travailleurs contre les grands capitaux.

La prochaine conférence Labor Notes – plus de 2 000 syndicalistes américains et étrangers y ont participé ces dernières années – aura lieu à Chicago, du 6 au 8 avril. Pour plus d’information, voir ici. Il n’y a pas de meilleure foule à fréquenter si vous voulez rétablir «l’activité dans le mouvement ouvrier».

« Embedded With Organised Labour : Journalistic Reflections on the Class War at Home » fait l’historique du mouvement syndical aux USA et comment il a pu cristalliser les luttes de la classe ouvrière dans le passé. Selon vous, peut-on dire que le mouvement syndical doit apprendre la leçon de ses expériences passées pour être efficient ? Y a-t-il une nécessité de donner un souffle nouveau au mouvement syndical ?

Les batailles de plus en plus défensives des travailleurs américains suggèrent qu’un nouveau modèle de fonctionnement syndical est à la fois possible et nécessaire pour la survie du mouvement ouvrier. Alors que de plus en plus de syndicats sont attaqués, les membres de la base se rendent compte qu’ils ne peuvent pas être des consommateurs passifs de services syndicaux. Dans les lieux de travail qui manquent de «sécurité syndicale» ou de négociations collectives formelles, les travailleurs eux-mêmes prennent davantage de leadership et d’initiative, tout en dépendant beaucoup moins des fonctionnaires et du personnel à plein temps.

Dans l’ensemble des États-Unis, il faudra une mobilisation des travailleurs beaucoup plus large et plus concertée pour que les «travailleurs organisés» restent «organisés» sans les protections juridiques de l’État ou fédérales du passé. En politique, comme au travail, il est temps de prendre de nouvelles directions et de moins dépendre des Démocrates qui ont été largement inutiles dans la lutte contre les pratiques antisyndicales et les conditions d’ouverture des magasins.

Lors du vote présidentiel primaire au printemps 2016, de nombreux militants syndicaux figuraient parmi les 13 millions d’Américains qui ont voté pour le membre le plus pro-ouvrier du Congrès américain et son seul sénateur socialiste, Bernie Sanders du Vermont.

L’insurrection électorale de gauche de Sanders a attiré le soutien de Démocrates désabusés, d’indépendants et même de certains Républicains de la classe ouvrière. En attirant l’attention sur la domination des deux principaux partis politiques par la «classe des milliardaires», la campagne populaire de Sanders a favorisé un débat et une discussion qui n’avaient que trop tardé entre les militants syndicaux sur la nécessité d’une transformation des syndicats, sur le lieu de travail, dans la communauté et la politique aussi.

Le réseau national que certains d’entre nous ont aidé à former pour soutenir sa campagne – connu sous le nom des «Travailleurs pour Bernie» – s’est transformé en un groupe appelé les «Travailleurs pour Notre Révolution».

Vous avez une longue expérience dans le mouvement syndical, notamment dans le Communications Workers of America (CWA). Que pouvez-vous nous dire au sujet de votre expérience au sein de cette organisation ?

Je suis fier de rapporter que le syndicat auquel j’ai appartenu pendant 37 ans était le plus important des États-Unis à soutenir Sanders à la présidence. Quand je suis allé travailler pour CWA en 1980, ce n’était pas le genre de syndicat à soutenir un athée socialiste juif, un ancien militant anti-guerre qui n’a jamais été démocrate.

C’est donc un signe de changement au sein du droit du travail. Il reflète, dans le cas de CWA, un élargissement de la composition du syndicat au cours des quatre dernières décennies. Ce qui a commencé comme un syndicat d’entreprise dans l’industrie de la téléphonie – composé presque entièrement de travailleurs des télécommunications – est maintenant beaucoup plus diversifié, une organisation regroupant des travailleurs des secteurs privé et public, des cols blancs et des cols bleus, avec des membres du secteur manufacturier, des médias, de l’enseignement supérieur, des soins de santé et des compagnies aériennes.

Cette plus grande diversité a contribué à un plus grand pluralisme politique et à un soutien à la politique progressiste.

D’après vous, peut-on appeler à la constitution d’un front syndical sur le plan mondial pour contrer l’ultralibéralisme mondialisé et l’impérialisme ?

La mondialisation, la restructuration des entreprises, la déréglementation ou la privatisation et une myriade de formes de  sous-traitance ont créé de nouveaux terrains de travail nettement défavorables aux travailleurs, aux États-Unis et dans de nombreux autres pays. Les organisations syndicales, enracinées dans un seul État-nation, ont été forcées à repenser leurs stratégies d’organisation et de négociation et leur structure.

Beaucoup ont réalisé l’importance de la solidarité transfrontalière et des liens syndicaux internationaux. Mon syndicat, CWA, a investi beaucoup de ressources dans le maintien de relations avec des organisations syndicales semblables au Canada, au Mexique, en Allemagne et dans d’autres pays où nous traitons avec des employeurs communs, comme T-Mobile, le fournisseur de services de téléphonie cellulaire.

Les travailleurs du monde ont besoin de s’unir, comme l’a fait valoir un célèbre économiste radical du XIXe siècle. Et, heureusement, au XXIe siècle, nous avons beaucoup plus d’outils pour une communication plus rapide, une meilleure information, et une coordination plus étroite de l’action syndicale sur une base transfrontalière. Le défi, bien sûr, est de s’assurer que ces liens impliquent réellement les travailleurs eux-mêmes, par opposition à la seule bureaucratie du travail.

Ne pensez-vous pas qu’un syndicat corrompu est le meilleur allié des classes dominantes ?

Dans un pays dépourvu de tout droit statutaire à l’assurance maladie universelle, aux pensions, aux vacances ou à d’autres congés payés, la négociation collective fait encore une grande différence dans la vie de 16 millions de personnes. Les contrats syndicaux définissent les salaires, les conditions d’emploi, les «avantages sociaux» et une procédure de contestation de la discipline injuste; la plupart des travailleurs non syndiqués n’ont rien de comparable et les employeurs puissants sont libres de dicter les conditions d’emploi comme ils l’entendent. Ou de redéfinir la nature de l’emploi, laissant des millions de personnes maltraitées et exploitées comme un travail occasionnel sous toutes ses formes.

Chaque fois que les syndicats eux-mêmes sont coupables de mauvaise conduite organisationnelle – en particulier sous la forme d’une implication de la direction dans la corruption financière – cela sape et discrédite grandement l’idée qu’une action collective est absolument nécessaire pour améliorer le lieu de travail et améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière.

Donc, en ce sens, un syndicat corrompu est un allié de la classe dirigeante dans son combat sans fin pour réduire l’influence des syndicats aux États-Unis.

À votre avis, la société capitaliste et son mode de consommation ne débouchent-ils que sur l’aliénation des classes dominées ?

Je ne suis pas un théoricien mais cette formulation me semble juste.

L’humanité peut-elle survivre à un autre siècle capitaliste ?

SUITE …

Macron en Algérie ou plutôt dans el Rokhs land — Algérie Résistance


Macron étreint fougueusement à Alger par une « Fatma ». DR. To translate, click right on the text Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο […]

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Madame Claudia Salerno Caldera : « Depuis 18 ans, nous sommes en train de montrer au monde qu’un autre modèle est possible » — Algérie Résistance


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Dr. Roxanne Dunbar-Ortiz. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre « L’histoire des peuples autochtones des […]

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