Humour printanier !


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Macron en Algérie ou plutôt dans el Rokhs land — Algérie Résistance


Macron étreint fougueusement à Alger par une « Fatma ». DR. To translate, click right on the text Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο […]

via Macron en Algérie ou plutôt dans el Rokhs land — Algérie Résistance

Complot d’état : l’affaire Thévenot et son faux enlèvement !


lelibrepenseur.org

Complot d’état : l’affaire Thévenot et son faux enlèvement !

Vous voulez « LA » preuve du complot, le fait indéniable et prouvé dans les tribunaux français que les politiciens français parmi les plus hauts responsables sont des criminels et voyous qui ont monté de toutes pièces un kidnapping islamiste, la preuve est là sous vos yeux, dans un reportage de la télé française – émission 90 minutes de Canal Plus – que tout le monde a oublié ou souhaité oublier et mettre dans un coffre doublement fermé et profondément enterré.

Les francs-maçons* Pasqua, Jean-Charles Marchiani et toute la clique ont monté cet enlèvement afin que la France soit amenée à suivre la politique criminelle de la junte militaire au pouvoir et ainsi faire basculer l’opinion publique. La mise en scène médiatique est grossière, la libération ridicule que les intéressés démentent catégoriquement. Ils ont fait passer les ravisseurs pour des éléments du GIA qui est une émanation des services algériens, c’est un secret de polichinelle. De nombreux livres ont traité de cette question du GIA par des ex-officiers algériens, des journalistes… : Françalgérie, crimes et mensonges d’ÉtatsLe crime de Tibhirine de Rivoire, La mafia des généraux de H. Aboud, les émissions de Monsieur X

Ce sont tous des menteurs, aussi bien à Alger qu’à Paris. L’opération « Chrysanthème » peut commencer, une rafle de dissidents algériens peut alors être ordonnée ! Les autorités françaises ont déposé de faux documents du GIA chez les dissidents, ce que la justice dénoncera et condamnera ! C’est un comportement criminel de fabrication de fausses preuves afin d’influencer la justice. L’état français n’était alors rien d’autre qu’une bande de mafieux sans foi ni loi.

On retrouve aujourd’hui les mêmes magouilles montées par les mêmes voyous au pouvoir, concernant par exemple le cas des tueries de Toulouse par Mohamed Merah qui serait selon le juge Marc Trévidic un agent double ! La preuve la plus criante est le fait que Valls refuse de communiquer des documents classifiés secret défense !!! En quoi les tueries de Merah peuvent êtres classifiées de la sorte ? Cela n’a aucun sens.

Ainsi, vous l’aurez compris, les services français sont depuis toujours habitués à ce genre de barbouzeries . Ils sont prêts à tuer leurs compatriotes pour faire balancer l’opinion publique dans un sens ou dans un autre. Ignorer cette réalité est une grave erreur et fait de vous des agneaux dociles et terriblement fragiles…


  • “La franc-maçonnerie, c’est une très bonne solution quand on cherche des protections. A droite, je peux affirmer que des gens comme Michèle Alliot-Marie, Charles Pasqua ou son bras droit Jean-Charles Marchiani, sont francs-maçons”, témoignage de Roger Auque, le père de Marion Maréchal-Le Pen, dans son livre mémoire, Au service secret de la République.

Affaire Thévenot, 90 minutes, Canal plus, 1er décembre 2003

Le 24 octobre 1993, trois agents consulaires français sont enlevés à Alger. Officiellement, Jean-Claude et Michèle Thévenot et Alain Fressier sont aux mains de ravisseurs islamistes. Alors ministre des affaires étrangères, Alain Juppé cède aux exigences d’Alger et organise l’opération « chrysanthème », la plus grande rafle d’opposants algériens en France depuis octobre 1961. Six ans plus tard, des « insiders » révèlent qu’il s’agissait d’un « vrai-faux » enlèvement organisé par la sécurité militaire algérienne pour faire pression sur la France.


Mohand1992 

Source : Canal +

La fête arabe


  
Auteur : Tharaud Jérôme et Jean
Ouvrage :La fête arabe

Année : 1912

 

CHAPITRE PREMIER

Quand je débarquai à Alger pour la
première fois, il y a une vingtaine d’années,
j’éprouvai une impression à laquelle,
j’imagine, un Français n’échappait
guère. J’arrivais dans un des rares
points du monde où nous pouvions nous
présenter avec orgueil, et otj tout donnait
à penser que notre domination ne
serait pas éphémère. Je voyais l’activité
d’un grand port là où, il y a un

siècle à peine, n’appareillaient que les
tartanes des Koulouglis et des pirates ;
je parcourais les quartiers arabes, qui
n’étaient pas encore saccagés, et je me
félicitais de voir que nous avions réalisé
cette tâche, presque impossible, de civiliser
sans trop détruire.
Peu de villes sont plus aimables
qu’Alger. Aux grâces de la mère patrie
s’ajoute ici je ne sais quoi de plus
allègre et de plus voluptueux. Ce n’est
ni Toulouse, ni Marseille : dans le parler,
des tournures locales, mais dans la voix,
peu d’accent ; dans l’esprit, de l’ardeur
et de la vivacité, mais dans les gestes
nulle pétulance, nulle emphase dans les
propos. On sent déjà la gravité de l’Arabe
et le voisinage du désert.

Je n’y demeurai que le temps d’en
emporter des regrets. J’étais curieux
de visiter une oasis du Sud, et je me
rendais à Ben Nezouh, lointain petit
village, à la limite des Hauts-Plateaux,
sur la frontière des sables.
Le chemin de fer n’était pas encore
construit. Il fallait alors prendre place
dans une de ces invraisemblables diligences
qui, après avoir longtemps roulé
entre deux bourgades de France, achèvent
leur carrière sur quelque piste
d’Afrique. Et lorsque en plein midi,
par une brûlante journée d’août, sur la
place du Gouvernement, on grimpait
dans cette patache déjà bondée d’indigènes,
qu’on s’installait tout en haut,
sous la bâche, une cruche d’eau entre

les jambes, un couffin de provisions
sous le bras, et qu’on se disait : « En
voilà pour cinq jours ! » alors on avait
l’impression d’aller vraiment chercher
un pays inconnu, et qu’il y fallait du
courage.
Tout le reste de l’après-midi, l’antique
véhicule se traînait dans l’humidité
chaude qui noie sous d’épaisses
vapeurs la plaine assoupie d’Alger. Au
soir tombant, la route commençait de
s’élever au-dessus de cette brume étouffante
; des courants d’un air frais et
vivifiant, et comme d’un autre climat,
venaient vous frapper au visage, et pendant
toute la nuit on roulait dans les
gorges de l’Atlas.
Bercé par la voiture, j’essayais vaine-

ment de résister au sommeil, de garder
les yeux ouverts sur le ciel constellé, où
les sonimets des montagnes se découpaient
en arêtes vives, en déchirures
inouïes. Ah ! qui ne connaît le regret de
fermer ainsi les yeux devant la beauté
qui passe et qu’on ne reverra plus,
l’irritation impuissante d’entendre, dans
un demi-sommeil, le fracas de la voiture
qui roule au-dessus d’un ravin,
d’écouter comme en rêve le filet d’eau
qui s’égoutte, de soulever un instant les
paupières sur un incroyable chaos de
rochers, de ciel et de songes, et de les
refermer aussitôt !
Quelle surprise au matin ! Des montagnes
déjà brûlées par l’aurore ; pas un
arbre, pas un pâturage, mais çà et là.

comme pour reposer la vue, de grandes
nappes d’ombre suspendues aux flancs des
ravins. Au-dessous de nous la plaine restait
invisible sous ses voiles. Plus loin, la
mer étincelait, dégagée de ses brouillards.
Ensuite ce fut pendant cinq jours une
étendue monotone, où l’esprit n’avait
pour se distraire et rêver que les jeux
de la lumière, le bordj où l’on s’arrête
afin de changer d’attelage, quelques
tentes noires au ras du sol, la caravane
qui chemine avec ses chameaux
goudronnés, ses ânes, ses petits chevaux
; et toujours l’obsédante idée que
s’il y avait mille ans on était passé par
là, rien n’aurait été changé à ce pays
de rochers et de cendre, ni à cette vie
primitive qui le traverse sans bruit.

Tout à coup cinq notes rustiques retentirent
dans la nuit, cinq pauvres
notes, toujours les mêmes, qui sortaient
d’une flûte de roseau. Après tant d’années
écoulées, ces cinq notes vibrantes,
il me semble les entendre encore, comme
si j’étais toujours là-bas, sur cette piste
du Sud, ou comme si elles résonnaient
près de moi. Autour de nous luisaient
faiblement sous la lune les nappes de
sel desséché qui annoncent le désert ;
le vent chaud nous apportait un parfum
d’herbes mêlées ; on sentait déjà sur
les lèvres la même sorte d’amertume
qu’y laisse l’air marin, et dans les yeux
la légère brûlure du sable. Comment ces
cinq notes barbares, qui s’arrêtaient
brusquement pour se répéter ensuite

et recommencer encore, ravissaient-elles
cet Arabe inconnu, comme elles avaient
ravi sans doute des milliers d’hommes
avant lui? Pourquoi me troublaientelles
à mon tour, moi d’un autre pays
et d’une âme si différente? Peut-être
y avait-il dans cette phrase éternellement
suspendue, dans cette passion qui
se brise, tout le secret de l’Islam, l’infini
du désir et la soumission au destin,
et pour moi, voyageur, l’avertissement
mystérieux que la beauté vers laquelle
mon désir s’élançait me serait toujours
étrangère.
Et en effet qu’il me parut étrange, ce
petit village de Ben Nezouh, dont le
nom veut dire Fils des Délices, avec sa

mosquée primitive et sa Kasbah ruinée,
fauve et brûlé par le soleil, tout fendu,
craquelé de ruelles tortueuses, château
de sable comme en font les enfants, à
la merci du vent et de la pluie, et qui
tenait là depuis des siècles ! Le soleil
qui tombait d’aplomb frisait, sans les
éclairer, ses murailles de boue. La terre
réverbérait la lumière et jetait des éclairs
de feu sur les moindres saillies des murs
et tout ce qui passait dans le ciel ; les
nuages légers en recevaient des teintes
orangées, et les vautours blancs et noirs
qui tournoyaient dans l’air devenaient
ardents et soufrés. Pas un bruit dans
les maisons. Dehors, pas une âme qui
vive. Mais partout où la ruelle s’engageait
sous une voûte, on se heurtait à

des gens étendus, ramassés dans leur
burnous pour se protéger les jambes
contre la piqûre des mouches. Au fond
de petites boutiques à peine plus larges
qu’une armoire, les marchands sommeillaient,
un éventail à la main. Allongés
sur le comptoir, des enfants, chargés
sans doute de surveiller la marchandise,
dormaient aussi le ventre en Tair et les
bras sur les yeux. Tout était silence et
repos. Un seul bruit s’élevait de ces
murailles sans fenêtres, un bruit précipité,
qui sortait d’une chambre où
trente gamins accroupis autour d’un
vieil Arabe à besicles, armé d’une gaule
flexible, lisaient un verset du Coran. Ils
le lisaient tous ensemble avec une rapidité
folle. L’un d’eux s’arrêtait-il hors

d’haleine, la gaule s’abattait sur son
petit crâne rasé, d’où émergeait comiquement
une mèche de cheveux ; des
cris perçants interrompaient cette lecture
vertigineuse, qui reprenait son
cours aussitôt, et le vacarme des voix
se perdait, s’évaporait à son tour dans la
torpeur brûlante où semblait s’anéantir
toute vie.
Comment sortir de ce village? Comment
échapper à ces maisons, à ces
voûtes, à ces impasses, à ces couloirs
souterrains? Quel chemin conduit aux
verdures que j’aperçois, par échappées
rapides, entre deux murs en créneau?
Je m’égare dans ces ruelles qui s’enchevêtrent
inextricablement, et les yeux à
demi fermés par la lumière aveuglante,

je songe à ces contes persans où l’on
cherche, pendant des jours et quelquefois
des années, la clef qui doit ouvrir les
palais désirés…
Après mille détours, je découvre enfin
le sentier qui descend à l’oasis. Il faut
avoir parcouru, sous un soleil torride,
d’immenses étendues pierreuses, et traversé
en plein midi les ruelles de ce village
embrasé, pour sentir le bonheur de
se trouver tout à coup dans une vasque
de fraîcheur et d’ombre. Ici plus de
maisons, un dédale de petits murs de
terre sèche, des milliers de vergers secrets
: on est dans la forêt des dattiers.
A dix mètres au-dessus du sol, leurs
palmes recourbées se joignent et forment
un dais verdoyant entre le ciel

en feu et la tiède humidité de la terre.
Sous les palmes qui s’inclinent, le lit
profond de l’oued n’est qu’un taillis de
lauriers-roses, une traîne embaumée.
Dans son ravin de sable rouge, la rivière,
presque desséchée par les canaux
qui l’épuisent, glisse en minces filets de
lumière parmi les masses fleuries. Un
cavalier en burnous blanc, monté sur
un cheval azuré, vole de rocher en
rocher au milieu de ce bouquet, et sous
les pieds de sa monture l’eau jaillit en
étincelles. Des formes blanches, jaunes
ou bleues, toutes couvertes de bosses,
où il est vraiment malaisé de deviner
une femme, descendent du village dans
l’ombre verte des sentiers. Sitôt arrivées
au bord de l’oued et débarrassées

de leurs fardeaux, battoirs, linges, marmites,
larges plats de bois, enfants même,
elles retroussent leurs draperies et piétinent
leur linge en cadence, ou bien
elles le battent à deux mains, avec une
crosse de palmier, d’un geste large et
pareil à celui d’un exécuteur. Au milieu
des lauriers les enfants 8*ébattent dans
l’eau. La rivière trop peu profonde pour
qu’ils s’y plongent tout entiers, le bain
n’est plus qu’un jeu, une bataille où
ils s’éclaboussent à plaisir ; le moindre
bruit met en fuite ces gracieux oiseaux
sauvages.
Dans les innombrables jardins prisonniers
des petits murs de terre sèche,
pas de fleurs, rien que des verdures.
Elles vous arrêtent au passage ; il faut

courber la tête sous les vignes en berceau
pour éviter les grappes qui vous
frappent au visage, ou l’énorme concombre
qui se suspend au grenadier. Le
sol disparaît sous les felfels, les poivrons,
les melons d’eau, mille plantes
familières ou inconnues ; un puissant
parfum de menthe s’exhale de la terre
mouillée ; le vert bleu du figuier se
marie au vert foncé de l’abricotier vivace ;
l’oranger et le citronnier mêlent leurs
feuilles au laurier noir ; et jaillissant
de ce peuple pressé, les grands dattiers
s’élancent et laissent retomber leurs longues
palmes d’un gris-bleu.
Quels soins il a fallu pour maintenir
sous un ciel implacable cette végétation
luxuriante ! A deux pas le désert, le

grand pays brûlé où rien ne bouge que
la lumière qui tremble, où rien ne fleurit
que le thym. Comme on comprend, sous
ces verdures, le désordre passionné de la
poésie arabe et son éternelle promesse
de paradis verdoyants ! Le bonheur
d*une race respire au milieu de ces vergers
; on croit le toucher de la main,
on croit l’entendre qui murmure dans
cette eau diligemment distribuée, qui
a’ en va répandant partout son mystère
de fraîche vie. Elle est l’âme du lieu,
et dans tous ces jardins que pas ud
souffle n’anime, la seule chose mouvante.
Elle entre par un trou du mur, va toucher
chaque plante, la caresse un moment,
répand dans chaque enclos sa
fraîcheur et son léger bruit, et puis sou-

dain disparaît : une main parcimonieuse
vient de lui barrer le passage avec une
motte de boue, et l’eau a pris sa course
du côté d’un autre verger. Ainsi de
muraille en muraille et de jardin en
jardin, elle glisse à travers l’oasis, tantôt
dans un sentier et toute brillante de
lumière, tantôt sous les ombrages et ne
se révélant qu’à son bruit. Et rien
comme cette eau courante à travers ces
jardins de sable ne donne une pareille
idée de richesse et d’économie, de stérilité
et d’abondance. Les plaines fortunées
de Beauce semblent moins riches
que cette fraîche oasis ; le Limousin tout
bruissant de sources, moins mouillé que
cette terre qu’un mince filet d’eau arrose
; et nulle forêt n’est plus pro-

fonde que ce bouquet d’arbres au désert.
Sous cette verte lumière, dans cette
humidité chaude, le corps s’abandonne
et glisse à une active langueur ; une
ingrate pitié vous saisit pour les malheureux
exilés d’une si voluptueuse nature,
un besoin de nommer ici tous ceux qu’on
a aimés ailleurs. Pour qui a été fait
ce bouquet? Pour qui roucoulent ces
tourterelles? Pour quelles amours sont
suspendues ces grenades entr’ ouvertes,
et ces grappes de raisin noir, et ces
dattes d’un jaune éclatant qui sortent
du coeur des palmiers? On est une âme
qui se défait, les pensées sont des fruits
qui tombent, des gouttes d’eau qui
s’égouttent, un chapelet qui se détache,
un collier qui se dénoue.

suite page 21

LA FÊTE ARABE

Algérie, je veux être ton Président !


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mondialisation.ca

Par

Toujours dans la paix, la sacralité des vies privées et des dignités humaines, en bannissant toute chasse aux sorcières.

Dans ses précédents textes publiés par le Centre de recherche sur la mondialisation, l’auteur a produit quelques modestes analyses de certaines problématiques politiques, économiques, énergétiques et identitaires de l’Algérie pour lesquelles soit il a signalé les risques, soit il a fourni des voies de solutions.

À cause des pressions internationales exercées formellement par la Banque mondiale et le Fond monétaire international, avec un pouvoir bloqué, l’Algérie se dirige vers une impasse dans laquelle elle entrainera inévitablement toute l’Afrique du Nord. Cet enfer pourrait embraser la planète entière si la France plonge. Ironie ou hasard des politiques, la France et l’Algérie ont un problème commun : leur constitution.

Malgré les apparences, le pouvoir algérien a peur d’une participation massive des Algériens qui voteront contre tous les candidats aux élections législatives prévues pour le 4 mai 2017. Avec une répression ciblée, une communication schizophrène faite d’annonces chocs et de manipulations pernicieuses, il prépare l’opinion publique internationale à accepter les mesures martiales qui en découleraient d’un dérapage lors de cette échéance électorale.

La résistance dans la paix des Algériens aux souffrances qu’ils subissent sont une voie noble. Ces vertus ont des limites. Pour démontrer que la paix actuelle, qui doit continuer pour maintenir l’État debout, dans une rédaction atypique, l’auteur se met en position de Président de la République pour suggérer des moyens pour repousser encore plus loin ces limites et renforcer la paix.

Dans cette position, les Algériens prendront conscience que l’exploitation de leur force collective appuyée par l’audace et la confiance sont un moteur pour plus de noblesse, pour offrir une nouvelle révolution à l’humanité.

Tout est une question d’amour

Par sagesse, les Algériens doivent aimer la paix parce que le coût des guerres qu’ils ont subies ont été élevés et la guerre hybride qu’il court est encore plus sauvage parce que l’ennemi est non identifiable. Ils doivent aussi aimer la patrie ; dans le cas contraire, ils peuvent éviter la guerre en lançant un appel à être asservis par leur propre volonté. Les Algériens doivent aimer leur histoire, celle qui dit à toute l’humanité que c’est grâce à leur révolution qu’une bonne partie des peuples est redevenue libre.

Ces trois amours grandissent la dignité d’un peuple ; elles coutent chères et sont payables cash : les Algériens doivent donner plus et accepter de recevoir moins.

Le premier appel du Président aux Algériens

Malgré la cruauté de ce que nous subissons, nous arrivons à garder la raison et c’est très encourageant. Il faut continuer à résister par la solidarité et la fraternité parce que les épreuves les plus difficiles sont devant nous et les deux plus rudes sont le maintien de notre union qui se fissure en criant à nos compatriotes du Sud qu’ils sont pour l’éternité nos frères et ce sont eux qui sont le ciment de toute cette humanité nord-africaine.

En tant que président, tout en la rassurant et soutenant, l’armée sera éloignée du politique et un civil sera nommé ministre de la Défense. Comme justification, trois raisons : 1) l’insertion de l’armée dans les tensions sociales et l’exposition des militaires aux médias est un danger pour la cohésion de la défense nationale, 2) la gestion politique passée du pays par les militaires a été tragique, 3) la création d’une néo-pensée républicaine que la souveraineté est garantie par la force du peuple.

Si les ainés ont conçu et entonné un hymne national en arabe, les générations du 21ème siècle ont besoin d’un bilingue, en arabe et tamazight. Les dirigeants actuels de l’État ont accepté de plier devant les puissances de l’OTAN et ont refusé de répondre à une initiative démontrée et falsifiable qui date d’avril 2014 qui n’est qu’une petite suite à une très longue série de luttes. Pis encore, ces dirigeants ont transformé notre identité de force à menace et pour cela, ils ont été aidés par des silences complices, craintifs ou opportunistes qui ont utilisé des chaines de télévision et des journaux pour torpiller tous les efforts de cœur.

Le Président de la République légifèrera par ordonnance

La première initiative d’ordre moral du Président sera d’inviter les Algériens à doter en trois mois l’État d’un hymne national bilingue. En attendant, l’actuel sera déclamé dans son intégralité quand la loi ou le protocole l’exigent. Cette initiative sera accompagnée de la suspension de la bâtarde constitution qui a fait de la République une honteuse bananière tout en maintenant toutes les libertés civiles et politiques. Cette décision servira aussi à la révélation de ses rédacteurs et circonstances d’élaboration. Elle sera un jalon pour une nouvelle tradition dans la Vérité d’État. Six mois après son installation, le Président lancera le projet d’une Assemblée constituante qui durera un semestre pour déboucher sur une loi fondamentale d’une cinquantaine d’articles. Pour sa part, en plus de garantir l’apport des expériences étrangères en les invitant à des conférences et débats, il défendra au même niveau que ses compatriotes, un et un seul droit : l’objection de conscience.

En finir avec l’indignité

Les Algériens et l’Algérie entreront dans un nouveau processus qui doit toucher les États voisins et qui est celui de s’éloigner le plus loin possible de l’indignité collective. La définition de la raison d’État sera un objectif immédiat ; elle passera de la défense et protection de l’ordre établi à celui des intérêts suprêmes de la Patrie et des populations. Le Président sera clair dans ses objectifs et respectera l’exigence de reddition de compte.

Les premières décisions du Président

Une ordonnance sur la responsabilité ministérielle sera évitée. En économique, dans son entourage, quiconque parlera d’équilibres fondamentaux et déficits budgétaires sera remercié sine die.

La toute première ordonnance est la surévaluation différenciée du dinar face au dollar, euro et yuan ; les crédits documentaires seront révocables, le gouverneur de la banque centrale sera un haut fonctionnaire avec statut de ministre qui siègera avec ses collègues. Cette surévaluation sera suivie par le projet d’une monnaie ancrée sur l’air et la terre qui portera la figure d’une personnalité algérienne choisie par vote électronique. Parce que le dinar est une monnaie polytraumatisée, cette décision sera socialement très violente. Elle est indispensable pour anticiper l’explosion de la dette souveraine, ce toboggan des ténèbres sur lequel est installée l’Algérie et qui videra ses réserves internationales de change. Elle est obligatoire pour atténuer les effets destructeurs d’un probable effondrement monétaire.

Sur son bureau, le Président de la République trouvera la position nette de l’Algérie sur les cinq dernières années, le détail des cinquante plus gros postes du compte capital et financier de la balance des paiements, les mouvements et placements des réserves de changes, les stocks des droits de tirage spéciaux et de l’or de la patrie au FMI.

Malgré les demandes répétées, les gouverneurs de la banque d’Algérie ont refusé de révéler les équations essentielles en usage dans cette institution de souveraineté, elles seront rendues et soumises à des études universitaires pour estimer leurs effets financiers, économiques et légaux sur le pays.

Durant le premier trimestre de son mandat d’exception, un office national centralisé avec planification des importations fondamentales sera opérationnel. En plus de son objectif de bien-être social, il servira de boussole au marché en fournissant les détails de toutes les opérations y compris les salaires, frais de déplacements du personnel et couvertures de swap sur les marchés des changes.

Deux instruments de politique publique seront mis en œuvre : la réalisation de portails internet à charte graphique uniformisée pour toutes les institutions relevant de la République et une loi sur le droit d’accès à l’information. Les portails internet seront une œuvre collective coopérative d’Algériens avec des logiciels libres de licence, ils seront payés par des obligations d‘État à rentabilité progressive.

La deuxième ordonnance instituera la santé et l’éducation comme biens publics gratuits, non exclusifs et non rivaux. Dans le système éducatif, tamazight sera obligatoire dans tous les cycles universitaires et sera exigible pour l’obtention de tous les diplômes. Les cycles inférieurs seront allongés d’une année et l’enseignement des sciences dures sera encouragé, celui de la philosophie sera généralisé pour les lycéens et les droits de l’homme de la première à la quatrième génération seront enseignés dans toutes les écoles de formation des services de sécurité. Ces mesures sont dictées par l’obligation d’augmenter les capacités des futures générations et réduire l’indice d’exposition au chômage.

Au niveau international, le Président ouvrira deux fronts

Pour le respect des Algériens expatriés et la mise en œuvre d’une politique migratoire conciliante, l’Algérie aura deux ministres des Affaires étrangères : le premier sera chargé d’une diplomatie offensive et le deuxième gérera les ressources humaines, financières et immobilières qui relèvent de la souveraineté extraterritoriale de l’État.

Afin de définir de nouvelles équations et conditions d’équilibre en coopération internationale, deux fronts en négociations seront ouverts. Le premier sera déclaré en conflit total avec la Zone euro et la France en particulier ; le deuxième en partiel avec les pays voisins. Les stocks migratoires et leurs poids économiques et culturels seront des leviers de premier ordre.

Les projets stratégiques de l’administration publique

La justice sera financée par un impôt selon les moyens de toutes les personnes physiques et morales de la République. Il est implicite que les plus gros contribuables seront proportionnellement les plus grands bénéficiaires. Ainsi la justice sera plus autonome et appliquera le principe des résultats justes. Les Algériens pauvres, s’ils se déclarent comme tels et la vérification avérée, bénéficieront de la gratuité de l’assistance juridique. Les procureurs généraux seront élus par l’ensemble des corps de justice.

Les chiffres de l’Algérie sont une bombe. En considérant, le très court terme comme l’horizon sur deux années, le court sur cinq et le très long terme, tout projet à portée supérieure à vingt-cinq ans, le Président lancera le projet de recensement général de la population avec calcul de toutes les variables démographiques, l’habitat, terres agricoles et arables, forêts, cours d’eau, rivières et ressources hydrauliques.

Le recensement de la population visera la détermination des volumes de pauvreté, la prévalence des maladies et la morbidité. L’assistance d’organisations internationales, de centres de recherche et d’universités étrangers sera sollicitée pour définir et normaliser les variables scientifiques ou académiques et légales ou juridiques.

Le projet de doubler la population algérienne sur un horizon de trente ans avec un indice synthétique de fécondité de trois enfants par femme en âge de procréer et un taux d’accroissement naturel de trois pour cent sera déclaré projet de nécessité patriotique pour la défense nationale et développement économique. Pour au moins se rapprocher de l’équité, des études de consommation et de prévision intergénérationnelles et inter-temporelles novatrices seront lancées.

Les autres projets stratégiques

Les projets qui nécessitent de l’incertitude scientifique et qui seront exécutés en stratégie mixte seront des surprises et le Président s’engage à se soumettre à toute procédure d’audience publique ou d’allocution à la nation. C’est le niveau d’incertitude qui déterminera son insoumission à cette obligation qu’il compensera par une rencontre restreinte avec des membres des Conseil supérieur de la magistrature, constitutionnel et de défense qui seront désignés par le Congrès.

Les monopoles naturels et incontestables sur le transport, toutes les ressources naturelles comme l’eau, les sous-sol et fonds marins algériens ainsi que le spectre hertzien seront rétablis. Les différends internationaux qui pourraient surgir seront négociés et réglés sous le régime des contrats odieux avec construction de coalitions internationales.

Dans le domaine du travail et de la production

La durée de cotisation à la retraite sera allongée d’une année, celle du travail hebdomadaire sera réduite d’environ quatre (04) heures. Exceptés le Premier novembre et trois fêtes religieuses, qui seront célébrées selon le temps calendaire, toutes les autres seront décalées en fin de semaines, elles seront payées mais pas chômées.

Ce sont les détenus qui concevront le modèle économique agricole dans des fermes-prison dans la steppe. Les gains et les profits qu’ils réaliseront réduiront leurs peines et d’autres mesures suivront : enseignement, formation, etc. Ils écouleront leurs productions sur les marchés populaires pour introduire le commerce équitable. Aussi, toute exportation de biens produits agricoles sera surtaxée, laquelle taxe sera transformée en subvention pour la botanique, biosphère et la production du miel.

Pour l’organisation territoriale et administrative, trois régions-pilote : 1) le “wali” sera un élu et les maires désignés, 2) le wali désigné et les maires et chefs de daira élus, 3) une sera supervisée par un Commissaire avec rang de ministre en compagnie d’un magistrat du CSM. Ce processus expérimental répondra clairement et efficacement à la centralisation ou décentralisation de l’État et éviter de critiquer l’État jacobin juste par affirmation.

Les autres mesures en bref à effet immédiat

La baisse des salaires de tous les fonctionnaires de l’État et des élus à un niveau de l’ordre de quatre-vingt-mille (80.000) dinars mensuels qui permettra de vérifier si corrélation avec l’inflation est causale ; la réduction du nombre de députés à deux-cents avec un bonus pour les régions du Sud sera mise en œuvre ainsi la concurrence entre les candidats sera rude et seuls ceux qui ont accepteront un tel niveau d’indemnités se présenteront, ceux qui proposeront la vente des biens immobiliers de l’État se tairont à jamais.

Des mesures pour l’environnement

Deux mesures pour l’environnement : des taxes sur l’usage des routes, une taxe de l’ordre de cent pour cent (100%) pour tout achat d’un véhicule neuf, la revente desdits véhicules sera elle aussi taxée à hauteur de soixante pour cent (60%). Dans une péréquation à déterminer, les transports publics bénéficieront de subventions conséquentes. Une taxe croissante, par palier de valeur, sur les biens immobiliers sera instaurée.

Une loi pour la protection de la Terre-Mère sera proposée, elle sera d’essence populaire.

En sport, arts et cultures populaires.

De nouvelles régions plus larges en surface seront définies. Elles lanceront obligatoirement des équipes en sport amateur pour l’objectif de faire circuler et faire découvrir à tous les Algériens leur pays du fin fonds du désert jusqu’à la rive maritime.

Il y aura cinq complexes sportifs et culturels de dimension mondiale à travers tout le pays ainsi toutes les rencontres et festivals internationaux tourneront à travers tout le pays. Dans toutes les festivités institutionnelles, l’État prendra en charge des frais dont la nature sera déterminée.

Toute œuvre littéraire et artistique acceptée par un comité de lecture ou un jury sera rétribuée par l’État et le remboursement se fera par un impôt sur l’éditeur.

Dans l’ordre public

Les universités fonctionneront sur une nouvelle cadence et de nouvelles missions de formation, perfectionnement et recyclages lui seront confiées. Ses franchises seront respectées et toute violence à l’intérieur de leurs enceintes seront qualifiées de crime.

Les grèves contre une décision de l’État seront codifiées. Les grévistes auront droit à une réponse sous un délai à définir, les conditions de suspension de la loi seront fixées mais l’État ne cédera rien et absolument rien de son autorité quitte à licencier ou condamner à de la détention travaillée : envoyer un individu en prison pour manger et dormir, c’est un gaspillage des ressources de la Patrie.

Les autres charges seront assumées

Sans fanfaronnade, dans un style archaïque, le Président sera présent et conduira avec le retrait nécessaire devant les spécialistes les événements exceptionnels comme les catastrophes naturelles et participera à très peu de sommets internationaux.

Ces projets seront une utopie si le peuple algérien se choisit d’autres dirigeants qu’ils jugeront plus aptes à porter mieux leurs amours. C’est aussi une utopie pour le rédacteur de ce texte, un passionné par l’économique, la littérature et la poésie qui ne peut les réaliser s’il est seul parce qu’il a besoin d’une femme au foyer, la présidence de la République, pour manger aghroum : Tout est une question d’amour.

Cherif Aissat

 

Si rien ne s’y oppose, courant avril 2017, sera distribué l’ouvrage du rédacteur qui traite plus en détail les droits humains par la norme et les chiffres ainsi que toute l’étude des impacts de l’amazighité. Il est intitulé : Le livre de la Jarre pour la patrie.

Il est une continuation à deux courtes nouvelles publiées dans son autre recueil : Nouvelles d’une humanité déchirée avant qu’elle ne change et quelques effets Jarre.

Algérie : la peur d’une Révolution pacifique est la voie pour la guerre


mondialisation.ca

Tinariwen, pluriel de ténéré, signifie déserts en tamasheq, un dialecte dérivé du tamazight.

Tinariwen est une étendue géographique commune au Tchad, Niger et Algérie ; dans ce dernier pays, il intègre le Tassili n’Ajjer ou Hoggar et le Tassili. Toute cette région est classée Biosphere Reserve par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). [1] En plus de son caractère universel, en économique des ressources naturelles, la valeur de cette étendue interétatique est comme celle du ciel, elle est celle de son existence [2].

Le récipiendaire du Nobel de littérature 2016 est le chanteur Bob Dylan. À Tamanrasset (Algérie) est né le groupe d’artistes Tinariwen qui brille aux quatre coins du globe. Il est un potentiel lauréat d’un Prix mondial hors catégorie s’il existait pour la sacralisation du patrimoine de l’humanité comme l’a fait la Bolivie avec sa Loi sur la Terre-Mère [3].

Dans son œuvre Ulla Illa [4] déclamée en tamazight et tamasheq, le parler des Terguis (ou Touaregs), dans une traduction, Tinariwen dit :

It’s better for a man to preserve his soulful nobility and keep his memories safe

Ce vers sera le vecteur porteur de l’argumentaire [5] qui couvrira les domaines suivants : le retour de l’Algérie vers l’endettement, la peur d’une révolution pacifique et l’élévation du risque de guerre en Algérie et dans la sous-région du désert nord-africain.

Les équations qui dynamitent l’Algérie et vident sa souveraineté 

Radicalement contre la dévaluation du dinar et pour une surévaluation discrétionnaire et arbitraire de l’ordre de 60% de sa valeur, telle a été la position de l’auteur.

En notes de fin de document sont données les équations du taux de change réel et du prix de cession du gaz ; en leur ajoutant celles de la démographie et en étudiant le détail des équations secondaires (sous-équations), les Algériens prendront conscience que tous leurs sacrifices sont les derniers soucis des Occidentaux parce que les instruments internationaux sont en dehors de tout controle des autorités algériennes. Si à l’intérieur du pays et c’est valable pour l’ensemble des pays sous-développés, la propension est à l’excès de mots creux, de slogans vides, dans les négociations internationales, ce sont ces équations qui sont utilisées et ce sont elles qui vident les politiques nationales de toute efficacité. Ce sont elles qui symbolisent les valeurs de l’indépendance et de la souveraineté. C’est aussi la raison qui fait que les chiffres algériens sont les matériaux d’une bombe thermonucléaire fabriquée par les autorités et risque d’exploser le pays en le menant à une guerre interne.

L’Algérie est dans le tourbillon de la dette internationale 

En ce début novembre (2016), la Banque africaine de développement (BAD) a officialisé un prêt de 900 millions d’euros à l’Algérie pour le « programme d’Appui à la Compétitivité Industrielle et Energétique en Algérie (PACIE) » qui s’inscrit dans « dans le cadre du Nouveau Modèle de Croissance Economique (NMCE) » [6]. Nos recherches sur le site Internet de la BAD sur le NMCE et les caractéristiques de ce prêt (partie don et partie prêt avec durée et taux d’intérêt), les critères d’évaluation de ce projet, l’information des populations ainsi que la reddition de compte, de même pour les aspects liés à la soutenabilité du projet, au respect du droit des peuples africains à la maitrise de leur destin ont été infructueuses.

Une nouvelle psychologie pour l’endettement futur 

En Algérie, le mot « zaâma » usité par toute la nation signifie « comme si. » Il est le véhiculaire de la psychologie qui sous-tend que la BAD sera conciliante sur l’exécution de ce programme et au pire, cette dette libellée en euros et non en dollars U.S sera transformée en question politique qui trouvera une réponse à l’africaine.

Sans avancer avec certitude que c’est une recommandation des conseilleurs occidentaux de l’Algérie, c’est une tactique des autorités politiques, économiques et monétaires pour montrer la porte de l’enfer aux Algériens et leur faire accepter les douleurs de l’austérité.

Cette psychologie est une banale continuité de la double théorie du choc, celle de l’ajustement structurel et celle mentale, à ne pas confondre avec morale, appliquée depuis plus de trois ans au peuple.

Cette dette de 900 millions d’euros confirme l’étude du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes du tiers-monde (CADTM) qui a annoncé que le FMI et la BM précipitent le Sud dans une nouvelle crise de la dette [7].

Une aumône à 900 millions d’euros contre la dignité des Algériens 

suite…

Algérie : la peur d’une Révolution pacifique est la voie pour la guerre

L’ANP face à ses responsabilités


 

« Il faut arrêter de tourner autour du pot et restituer tout le pouvoir à l’ANP qui est la seule à être capable d’arbitrer une période de transition qui va nous amener vers la 2e République. »
Mohsen Abdelmoumen

Algérie Résistance

armée ANP

Les braves soldats de l’ANP , dignes héritiers de la glorieuse ALN. DR.

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En Algérie, tous les secteurs ministériels sont touchés par des scandales divers sans qu’aucun responsable ne soit sanctionné. Ce gouvernement à l’image du 4e mandat des Bouteflika, c’est-à-dire Saïd et son clan, symbolisent la déliquescence totale à tous les niveaux : des ministres qui déclarent en une même journée une chose et son contraire, un Premier ministre qui se trompe sur le montant des réserves de change, un chef de cabinet qui, hanté par la main de l’étranger et les orteils de l’intérieur, n’a que le mot complot à la bouche, des…

Voir l’article original 2 297 mots de plus

Fouille corporelle des ministres algériens : Humiliation ?


http://www.lelibrepenseur.org/fouille-corporelle-des-ministres-algeriens-humiliation/

Cette affaire est extrêmement curieuse et ne peut que cacher certaines vérités honteuses, secrets inavouables. Cette émission a pour intérêt de décrypter cette affaire avec des informations pertinentes peu connues.

Barbe-Noire et le négrier La Concorde


  Jacques DUCOIN
Auteur : Ducoin Jacques
Ouvrage : Barbe-Noire et le négrier La Concorde
Année : 2010

PRÉAMBULE

LE PIRATE, MYTHE ET RÉALITÉ
De Daniel Defoe à Robert Louis Stevenson

« N’était-il pas avec England
Et Mary, de la Blanche Rose ? »
Mémorial, du Fliegend-Holland
, Le soir tombe en apothéose
Sur les gibets de Long Island.
Pierre MAC ORLAN
L’auberge du Brûlot Fournier
1921

Figure emblématique du forban dans les premières années du XVIII
siècle, Edward Teach, dit Barbe-Noire, incarne à lui seul tout
l’étrange romantisme qui gravite autour du monde de la piraterie.
Selon l’historien maritime anglais David Cordingly dans son
ouvrage Under the Black Flag , la fascination qu’inspirent jusqu’à
nos jours les pirates trouve deux explications.
Il y a tout d’abord les lieux exotiques où la plupart d’entre eux ont
opéré. Les forbans les plus fameux des XVII et des XVIII siècles ont
navigué dans les eaux tropicales de la mer Caraïbe, des côtes
d’Afrique et de l’océan Indien. Îles de corail, lagons bleus et plages
de sable frangées de cocotiers ont un énorme pouvoir d’attraction
pour tous ceux qui vivent dans des latitudes septentrionales. C’est
ainsi que les aventures de Barbe-Noire ont pour décor l’archipel des
Grenadines, Porto Rico, les Bahamas, les îles du Belize et du
Honduras, qui sont des lieux fréquentés de nos jours par de paisibles
paquebots de croisières.

C’est pourquoi même un petit pirate sans grande envergure comme
Calico Jack qui se contente d’attaquer des bateaux de pêche autour de
la Jamaïque est plus séduisant qu’un escroc ou un voleur qui braque
de nos jours des banques ou des magasins dans des rues
commerçantes des villes européennes ou américaines. L’Odyssée, les
voyages de Christophe Colomb, de Magellan ou du capitaine Cook et
les romans maritimes de Conrad, de Melville ou de Mac Orlan ont
passionné des générations de lecteurs terriens, et les pirates qui
écumaient les mers entrent dans cette même fascination.
Cordingly donne une seconde explication à cette étrange attirance,
c’est la nature anarchique de la piraterie. La plupart des gens selon lui
sont condamnés à des existences monotones. Années après années,
employés et ouvriers travaillant dans des bureaux ou dans des usines
suivent la même routine journalière, empruntent le même bus ou le
même train, conduisent leur voiture sur le même itinéraire et subissent
les mêmes encombrements. Ils endurent des heures d’ennui, faisant
souvent un travail qui ne leur donne pas ou peu de satisfaction et
rentrent chez eux pour retrouver des problèmes familiaux ou la
solitude d’un appartement dans une morne banlieue.
Quel plus grand contraste peut-il y avoir alors qu’avec la vie d’un
pirate ? Les pirates échappent aux lois et règlements qui gouvernent la
plupart d’entre nous. Ce sont des rebelles à l’autorité, des esprits
libres qui édictent leurs propres règles. L’homme abandonne alors la
grisaille des rues pluvieuses et part vers le soleil. Il s’imagine allongé
sur une plage de sable avec une bouteille de rhum à la main et une
jolie fille à ses côtés cependant qu’une goélette à la coque noire les
a t t e n d au mouillage pour les emmener vers d’autres îles
paradisiaques ! Nous voulons voir le monde des pirates tel qu’il nous
a été présenté depuis des années dans les livres d’aventures, les pièces
de théâtre et les films.
Nous voulons les mythes, les cartes mystérieuses, les trésors
enfouis, les capitaines pirates avec leurs sabres et leurs boucles
d’oreilles et les marins avec leurs jambes de bois et leurs perroquets

verts. Nous préférons oublier les tortures, les pendaisons et les
plaintes désespérées des hommes naufragés sur des côtes
inhospitalières. Pour la plupart d’entre nous, les pirates resteront les
romanesques hors la loi vivant loin de toute civilisation sur de
lointains rivages ensoleillés.
Dans la réalité, le monde des pirates était rude, violent et cruel. Les
pirates étaient pour la plupart des jeunes gens d’une vingtaine
d’années et plus vraisemblablement des anciens marins que des
aristocrates ou des hommes cultivés. Quant aux capitaines, ils étaient
bien souvent brutaux et despotiques, et leur carrière durait rarement
plus de deux ou trois ans. Ils avaient en effet plus de chances de se
noyer à la suite d’un naufrage ou d’être pendus que de finir leurs
jours dans le luxe grâce au butin qu’ils avaient accumulé. Tous ceux
qui ont passé quelque temps en compagnie de pirates nous ont laissé
des récits horrifiés de leur langage ordurier, de leurs orgies et de leur
brutalité.
Si Barbe-Noire est, aujourd’hui encore, le plus célèbre de tous les
pirates, il le doit à un ouvrage publié pour la première fois en 1724
sous le titre General History of the Robberies and Murders of the
Most Notorious Pyrates par un certain capitaine Johnson.
L’ouvrage de Johnson consacre un chapitre entier au personnage de
Barbe-Noire qui, à la différence de personnages comme le capitaine
Crochet ou Long John Silver, a réellement existé. C’est Johnson, le
premier, qui nous a fourni l’image terrifiante d’Edward Teach.
L’Histoire générale des plus fameux pyrates est la source
principale de tout ce qui a été écrit sur la piraterie. Cette édition eut
un tel succès que de nombreuses rééditions se succédèrent à une
cadence des plus rapides. Johnson aurait tiré la majeure partie de ses
informations des transcriptions des minutes de procès de pirates et
des articles parus dans des journaux de l’époque tels que la London
Gazette et le Daily Post. De nombreux détails se rapportant aux
conversations et aux descriptions géographiques suggèrent qu’il a

interviewé un certain nombre de marins et d’anciens pirates. Sa
connaissance du langage maritime laisse supposer qu’il s’agit bien là
d’un capitaine de navire, bien que ce nom puisse être le prête-nom
d’un écrivain ou d’un journaliste.
Un certain mystère plane encore aujourd’hui autour de la
personnalité de ce Johnson. S’agit-il donc d’un marin, d’un ancien
pirate ou, comme il est maintenant communément admis, de l’auteur
de Robinson Crusoé, Daniel Defoe ? Quelle que soit l’identité de son
auteur, il faut souligner le fait que le livre a puissamment contribué à
populariser les pirates ; c’est en effet la source de base des récits
évoquant une époque qui a été souvent appelée « l’âge d’or de la
piraterie », et il est donc plutôt question dans notre propos de
contrôler la véracité des faits relatés dans l’ouvrage.
Si on ne peut assurer avec certitude qu’il est l’auteur de L’Histoire
générale des pyrates, Daniel Defoe n’en a pas moins, en tout état de
cause, été mêlé directement ou indirectement à ces épisodes de
l’histoire de l’Angleterre. La tradition rapporte que c’est dans une
taverne de Bristol existant encore de nos jours, le pub de Llandoger
Trow (qui aurait d’ailleurs servi de modèle à Robert Louis Stevenson
pour l’auberge de l’amiral Benbow dans L’Île au trésor), que Defoe
aurait rencontré Alexandre Selkirk, lequel devait l’inspirer pour le
personnage de Robinson Crusoé. Il ne s’agit là probablement que
d’une légende, et il est plutôt vraisemblable que Defoe ait été en
contact à Bristol avec Woodes Rogers. En 1709, lors d’une
expédition de flibuste autour du monde, ce dernier a recueilli
Alexandre Selkirk et il publie en 1712 une relation de son naufrage et
de sa vie durant cinq ans sur une île de l’archipel Juan Fernández, au
large du Chili. C’est en 1719 que Defoe publiera son Robinson
Crusoé.
C’est Woodes Rogers qui, nommé gouverneur des Bahamas,
débarrasse les îles des pirates en y apportant l’acte de pardon du roi
d’Angleterre aux forbans repentis. Avec Woodes Rogers, Daniel
Defoe aurait également rencontré le cartographe Herman Moll

(1654 – 1732), le corsaire William Dampier (1651 – 1715) et l’écrivain
Jonathan Swift (1667- 1745). Ce dernier se serait inspiré de Rogers,
Dampier et Selkirk pour camper les personnages de ses Voyages de
Gulliver. Quant à Barbe-Noire, il serait, selon Johnson, né à Bristol
vers 1680.
C’est dans une autre taverne que l’on retrouve l’auteur de Robinson
Crusoé, à Londres cette fois, sur les bords de la Tamise, face à
Execution Dock. C’est ici que sont pendus les pirates, là où se trouve
aujourd’hui le pub à l’enseigne du Capitaine Kidd. En effet, Daniel
Defoe couvre comme journaliste les procès de pirates pour le compte
de l’Applebee’s Journal, pénètre dans les prisons de Newgate et de
Marshalsea et fréquente cette taverne d’où il assiste ainsi à nombre de
pendaisons de pirates, de même qu’il rencontre, selon toute
vraisemblance, Israel Hands, survivant de l’équipage de Barbe-Noire,
devenu mendiant dans les rues de Londres, et dont Stevenson fait par
la suite un des personnages de L’Île au trésor .
Ce roman, pour lequel son auteur a reconnu dans ses
correspondances ce qu’il devait à l’Histoire générale des plus fameux
pyrates du grand capitaine Johnson a indéniablement marqué les
imaginations de millions de lecteurs avec des personnages comme
Long John Silver, Pew l’aveugle, le capitaine Flint ou Israel Hands.
L’historien David Cordingly, déjà cité, nous raconte ainsi la genèse
de L’Île au trésor . En septembre 1881, dans les montagnes d’Écosse,
au terme d’un été glacial, un vent violent souffle dans la vallée de la
Dee et, dans un cottage de la petite ville de Braemar, la pluie frappe
les bow-windows du salon dans lequel Robert Louis Stevenson et sa
famille se trouvent réunis autour d’une flambée. Il y a là les parents
de Stevenson, l’écrivain lui-même, alors âgé de trente ans (il avait
déjà écrit ses deux premiers romans : Docteur Jekyll et Mister Hyde
et le Maître de Ballantrae), son épouse américaine, Fanny, et le fils
de cette dernière, Lloyd Osbourne, douze ans. Pour passer le temps,
Stevenson emprunte à Lloyd sa boîte d’aquarelle, se met à dessiner et,
sur le papier, trace les contours d’une île sur laquelle il inscrit des
noms de collines et de criquesx. Lloyd écrira plus tard : « Je

n’oublierai jamais le frisson que m’ont donné l’île du Squelette et la
colline de la Longue-Vue, ni le climat d’émotion émanant de ces trois
croix rouges ! Et surtout l’apogée de cette émotion lorsqu’il inscrivit
les mots « Île au trésor », en haut à gauche ! Il semblait tout
connaître : les pirates, le trésor enterré, l’homme abandonné sur
l’île. »
Dans un essai rédigé l’année de sa mort, Stevenson raconte
comment le futur scénario du livre lui apparut en étudiant la carte. Il y
avait là tous les éléments du roman : les pirates, la mutinerie, un vieux
gentilhomme appelé Trelawney, un cuisinier unijambiste et une
chanson de marin avec un refrain : « Yo-ho-ho ! et une bouteille de
rhum ! » En trois jours, il écrit trois chapitres qu’il lit aux membres
de sa famille, lesquels, à l’exception de Fanny, sont enthousiasmés et
émettent leurs suggestions. Lloyd insiste sur le fait qu’il ne doit pas y
avoir de femmes dans le récit, cependant que le père de Stevenson
imagine le contenu du coffre de Billy Bones et invente la scène dans
laquelle Jim Hawkins se cache dans un baril de pommes.
Un des éléments les plus étonnants de L’Île au trésor est que les
détails concernant la vie maritime et la piraterie paraissent
absolument authentiques. Bien que n’ayant, de sa vie, jamais
rencontré un pirate, Stevenson a su recréer des personnages de
forbans et une atmosphère de violence. Ainsi, le meurtre de Tom
Morgan par Long John Silver plonge Jim Hawkins dans l’horreur, et
la confrontation de ce dernier avec le diabolique Israel Hands,
l’ancien second de Barbe-Noire, relève du cauchemar. Les
descriptions de l’Hispaniola en mer sont également saisissantes, avec
le roulis lorsqu’elle est poussée par les vents alizés et son beaupré qui
plonge dans la mer et en ressort au milieu des gerbes d’eau. Ces
connaissances maritimes peuvent s’expliquer par le fait que le père et
le grand-père de Robert Louis Stevenson étaient tous deux ingénieurs
du service des phares et effectuaient de fréquentes tournées
d’inspection le long des côtes écossaises. Robert Louis, qui devait
lui-même à l’origine embrasser cette carrière, fit trois ans d’études
d’ingénieur et passa plusieurs de ses vacances d’été à bord du bateau

du service des phares dans les îles Orkney et dans les îles Hébrides.
En 1814, le grand-père Robert Stevenson avait effectué une longue
croisière dans les îles Orkney en compagnie de Walter Scott, et
l’écrivain avait puisé de ce voyage la matière d’un de ses romans,
intitulé Le Pirate. Celui-ci s’inspirait des aventures réelles d’un
certain John Gow, un forban qui avait écumé ces îles au début du
XVIII siècle et qui fut pendu à Londres à Execution Dock, le 11 juin
1725. Pour en revenir à Daniel Defoe et Barbe-Noire, il faut ajouter
que si l’auteur de Robinson Crusoé, en tant que journaliste, a pu
recueillir les témoignages des pirates ou de leurs victimes et
collationner les minutes des procès, et est donc de ce fait pleinement
crédible, il a, en tant qu’auteur de récits d’aventures,
vraisemblablement eu tendance à romancer les faits. Il faut noter ainsi
qu’aucun des capitaines des navires attaqués par Barbe-Noire ne fait
état de son physique terrifiant, mais que tous sont frappés par
l’importance du tonnage et de l’armement de son navire.
Les documents conservés dans les archives anglaises et françaises
laissent de même supposer que, contrairement ce qui a été signalé par
Johnson, ce n’est pas l’aspect de Barbe-Noire qui a amené les
capitaines des navires marchands arraisonnés par le pirate à se rendre
sans la moindre résistance, mais plutôt son navire, un bâtiment
exceptionnel pour un forban, tant par sa taille que par son armement.
C’est en novembre 1717, que Barbe-Noire capture, dans l’archipel
des Grenadines, un navire négrier nantais, La Concorde. Ce navire de
300 tonneaux, appartenant à l’armateur Montaudouin, était à l’origine
une frégate corsaire armée de 28 canons, qui avait participé en 1710 à
la guerre de Succession d’Espagne. Barbe-Noire en fait, sous le nom
de Queen Anne’s Revenge, son « navire amiral » à bord duquel il se
lance dans une vaste expédition de pillages à travers la Caraïbe et les
rivages des colonies anglaises d’Amérique du Nord. En juin 1718, le
pirate échoue l’ancien négrier nantais sur les côtes de Caroline du
Nord. Une épave, découverte en 1996 sur le site présumé du naufrage,

remet au jour l’histoire de la Queen Anne’s Revenge, ex-Concorde, et
permet depuis lors de confronter le récit du capitaine Johnson aux
sources authentiques, à savoir les archives anglaises, les américaines
et les françaises.
C’est donc un étonnant destin que celui du navire nantais La
Concorde qui, successivement frégate corsaire, navire négrier et
vaisseau amiral du pirate anglais Barbe-Noire, va être confronté, entre
les années 1710 et 1718, à trois des principaux aspects de la violence
maritime : la guerre de course, la traite négrière et la piraterie.


1 David Cordingly, Under the Black Flag. Harvest Book, 1997.
2 Cordingly, op. cit. The Letters of Robert Louis Stevenson, Colvin, éd.,1911.
Robert Louis Stevenson : Notes in Treasure Island. Oxford University Press,
1990.


Première partie
Le pirate Barbe-Noire

suite…

http://www.histoireebook.com/index.php?post/Ducoin-Jacques-Barbe-Noire

Le problème berbère et la protection d’une culture foncièrement méditerranéenne


Roger Tebib est professeur des Universités (sociologie).
Docteur en droit, docteur en sciences religieuses, docteur d’Etat ès lettres, ancien élèves de l’Ecole Normale Supérieure de Cachan, il a servi comme inspecteur de l’éducation nationale avant de faire carrière dans l’enseignement supérieur. Il est auditeur à l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale, président du Haut Comité français pour la défense civile (région Champagne-Ardenne) et président du Comité de liaison défense-armée-nation (région Champagne-Ardenne). Il enseigne actuellement à l’Université de Reims et à l’Académie diplomatique Internationale.

On peut dire que la population algérienne est fondamentalement berbère malgré les transformations réalisées par l’élément arabe. Les arabophones actuels sont, pour la plupart, des berbères arabisés (Musta’rab) et les berbérophones ne constituent pas un groupe pur. Traditions orales et toponymie le montrent si bien que les nationalistes sont obligés d’en tenir compte. La Charte d’Alger  » ne veut pas faire référence à des critères ethniques et s’oppose, dit-elle, à toute sous-estimation de l’apport antérieur à la pénétration arabe « .

Pas d’invasions arabes
Il est évident qu’il n’y a jamais eu en Algérie d’Arabes venus du Moyen-Orient ou de l’Afrique subsaharienne.  » Les prétendues invasions sahariennes étaient des mythes, car au Sahara, la population était clairsemée, et elle n’avait pas de chevaux ; elle était bien éloignée de toutes choses civilisées ! Je connaissais, comme tout le monde, le passage de Strabon, cité si souvent, où il précise qu’à son époque, au premier siècle, il n’y avait en Arabie ni chevaux, ni ânes, ni sangliers, animaux qui y sont si nombreux aujourd’hui. […] Par ailleurs, il apparaissait sans discussion possible qu’il n’y avait pas de  » race arabe « , l’Arabie étant habitée par des populations de types fort différents, aussi différents que peut l’être un Slave d’un Espagnol, pour le moins.  » (G. BRÉMOND, Berbères et Arabes, Payot, 1950).
Les bandes  » arabes  » qui arrivèrent au cours des siècles dans le Maghreb ne comprenaient que très peu de Sémites. Un fort contingent des tribus hilaliennes était bien musulman, mais de race tourano-aryenne, c’est-à-dire apparentée aux Berbères. On a donc pu écrire :  » La conclusion est que la très grande majorité des indigènes du continent nord-africain est de race et de langue européennes.  » (G. PEYRONNET, Le problème nord-africain).
Quant aux Hilaliens, il est impossible de croire que des centaines de milliers d’hommes et de femmes soient sortis du désert qui s’étend entre Médine et La Mecque et aient parcouru six mille kilomètres pour s’installer en Afrique du Nord. La réalité est que ces bandes n’ont pas eu plus d’influence en ce pays que les reîtres d’Allemagne en France à l’époque des guerres de religion.  » Le nombre d’Arabes, très minime au départ, l’était encore bien plus à l’arrivée. Ces bandes étaient composées, comme toujours, de tous les éléments de désordre qui s’y joignaient dans l’espoir de pillage fructueux, et qui, recrutés et pays berbères, étaient Berbères.  » (V. PIQUET, Les civilisations de l’Afrique du Nord).
Il convient donc de parler seulement d’arabophones issus d’un brassage extraordinaire de populations et vivant à côté des Kabyles, des Chaouïa et des Mozabites, dont la langue est le berbère. (Voir Pierre BOURDIEU, Sociologie de l’Algérie, P.U.F., 1963).

Des traditions religieuses méditerranéennes
Les ethnologues ont aussi remarqué la persistance en Afrique du Nord de coutumes religieuses venues du polythéisme gréco-romain.

Ainsi, jusque dans ses rites en apparence les plus insignifiants, le sacrifice d’automne (taferka-uidjiben) prolonge ceux de la Grèce antique qui, d’après une inscription de Mycènes, étaient consacrés à Zeus, dieu du ciel et à Gé, la terre-mère, avec un repas commun rassemblant les membres d’un clan autour du même autel. (Voir L.R. FARNELL, Sacrifice, in Hastings’s Encyclopedia for ethics and religion).
En Algérie, les rites accompagnant les troupeaux partant au premier pâturage de printemps – avec le passage entre l’araire et le métier à tisser – sont les mêmes que ceux de l’Antiquité fêtant la saison de l’accouplement (voir COLUMELLE, De re rustica, VIII).
A la moisson, les laboureurs kabyles accompagnent leur travail de chants pieux, comme les moissonneurs de l’Égypte et de la Syrie antiques qui avançaient en ligne pendant que flûtistes et chanteurs rythmaient leurs mouvements. (voir G. MASPÉRO, Histoire ancienne des peuples de l’Orient, Hachette, 3e édition, 1884, tome I).
Le sacrifice du taureau, animal agraire par excellence, associé à tous les travaux des champs, est chargé de représentations cosmiques sur tout le pourtour de la Méditerranée. La mort de Dionysos Zagreus mis en pièces préfigure certainement ce sacrifice (voir P. LAVEDAN, Dictionnaire illustré de la mythologie et des antiquités grecques et romaines, Hachette, 4e édition, 1931).
Corippus, poète latin africain du Vie siècle montre le roi des Louata (Levates), Berbères de Tripolitaine, tué dans une bataille contre les Byzantins, parce qu’il s’obstinait à sauver la statue du dieu de son peuple, Gurzil. Celui-ci avait la forme d’un taureau et son nom servait de cri de guerre. El Bekri signale qu’au XIe siècle encore les tribus berbères offraient des sacrifices à une idole qu’il appelle Guerza.
Les traditions populaires qui, en Algérie, sont liées à la fin de l’année et au début de l’an nouveau appartiennent aussi au vieux fonds méditerranéen. A cette époque, les âmes des morts reviennent sur terre, profitant du chaos de cette période incertaine. En Europe orientale comme en Afrique du Nord, il ne faut pas faire sortir le feu de la maison, que l’on balaie soigneusement pour ne pas offenser les esprits qui y sont présents. C’est aussi l’époque des mascarades qui manifestent la présence des morts au seuil de la nouvelle année. Par exemple,  » dans le village de Khemis, chez les Bäni Snus, les masques sortent du sanctuaire de Sidi Salah, tombeau de l’ancêtre protecteur, bâti au nord du village. Ils sont escortés de tous les jeunes gens, qui poussent le cri des masques :  » Aïrad ! usba’a rahmaji, haidhu  » (le lion va arriver, faites-lui place).  » (H. MARCHAND, Masques carnavalesques et carnaval en Kabylie, Rabat, 1938).
On sait que le masque vêtu de haillons et sortant du sanctuaire de l’ancêtre est à l’origine du drame sacré et du théâtre. Pausanias mentionne Dionysos Mélanaigis, c’est-à-dire à la peau de chère noire, dieu gardien de chaque foyer, auquel on présentait les nouveau-nés lors des Apaturies, fête des phratries (voir Description de la Grèce, traduction, Paris, 1821). Virgile parle des masques d’écorce creusée dont se servaient les Troyens pour honorer Bacchus (Géorgiques, II, 385).
L’esprit méditerranéen est chez lui en Kabylie même si les coutumes religieuses de cette région ont été laminées par les autres religions au cours des siècles. En effet,  » il fallut la force des armes, des répressions sanglantes, pour imposer aux Berbères de jadis une doctrine et une loi religieuses, morales et civiques, dont ils ne voulaient point.  » (René POTTIER, Saint Augustin le Berbère, Publications techniques et artistiques, 1945).

La notion de pseudomorphose et la civilisation berbère
Problème de l’au-delà
– Sur les bords de la Méditerranée, les fèves sont les prémices de la terre, le symbole de tous les bienfaits des  » gens de dessous terre  » ;
– Les vieux textes égyptiens appellent  » champ des fèves  » le séjour temporaire des morts avant la réincarnation ; c’est pourquoi Pythagoriciens et prêtres d’Isis s’abstenaient de manger des fèves, pour montrer qu’ils fuyaient la réincarnation ;
– En Kabylie, la jeune mariée jette des fèves à la fontaine avant de puiser de l’eau pour la première fois, sept jours après les noces ;
– Le repas qui accompagne le premier labour chez les paysans du nord de l’Afrique comprend presque toujours des fèves, symboles de fécondité et de résurrection, parce que premières des prémices du printemps ;
– Chez les Berbères d’Afrique du Nord, les enfants morts sont placés dans le creux des rochers pour renaître plus vite, car le roc est le domicile d’une entité femelle, il symbolise la matrice et la renaissance.
Le symbolisme des jeux enfantins
– Chez les Berbères, les jeunes enfants qui jouent à de prétendus  » jeux de poupées  » accomplissent en réalité des rites de fécondité qu’ils peuvent seuls réaliser.
o Pour les enfants de Kabylie, il existe des jeux pour les différentes saisons :
ß la toupie : jeu d’automne symbolisant le recommencement de l’année agraire,
ß saute-mouton, au printemps, pour promouvoir la fécondité des troupeaux,
– jeux de balle, en été, destinés à faire connaître la volonté de l’Invisible par la victoire d’une équipe sur une autre.
Mariage
– Pour la femme kabyle, le mariage est la sortie de trois cercles magiques qui l’entourent :
– le cercle de la maison,
– le cercle de la cité,
– le cercle de protection de l’ancêtre fondateur de la tribu.
– Cette désertion doit se faire sans offenser les génies gardiens ; on utilise donc une violence simulée, un enlèvement : la femme se débat, pleure…
– En entrant dans la nouvelle communauté, elle se concilie ses nouveaux génies gardiens de deux manières :
– distribution d’amandes, devenues nos dragées,
ß partage d’un plat de nourriture avec son mari, en utilisant à deux la même cuillère et en buvant du lait dans le même verre.
Mythe de fondation de la civilisation kabyle
– On parle de Phraoh, un roi géant, parti de l’Est, chargé des montagnes plantées de cèdres de son pays, qu’il voulait emporter avec lui.
– Arrivé en Kabylie, il s’écroula ; de sa tête et de ses quatre membres sortirent les cinq tribus kabyles que les Romains appelaient encore quinque gentes.
– Les montagnes s’enracinèrent et devinrent le Djurdjura.

Des problèmes historiques
L’histoire montre qu’un peuple vaincu adopte la langue du conquérant si celui-ci a une supériorité culturelle considérable, ce qui n’était pas le cas des premiers groupes d’Arabes arrivés en Afrique du Nord et, bien plus encore, quand il s’agissait des hordes hilaliennes.
On sait que les livres primitifs du christianisme étaient écrits en araméen, dont les juifs eux-mêmes se servaient à Jérusalem. Puis les Évangiles ont été rédigés en grec ancien, utilisé de la Méditerranée aux Indes et qui restera la langue des chrétiens orthodoxes et des communautés qui s’y rattachent. Enfin, le latin fut adopté par le christianisme romain.
En ce qui concerne l’islam, il convient de remarquer que le Coran n’a appris l’arabe ni aux Turcs, ni aux Indiens musulmans dont la langue est l’ourdou, ni aux Chinois, ni aux Malais.

On pense actuellement que c’est le punique, langue sémitique, qui a préparé les Berbères à l’emploi de l’arabe dialectal, différent de l’arabe classique, langue sacrale, de même que l’arianisme leur a fait accepter l’islam.
La parenté des langues sémitiques est très étroite si bien que des penseurs comme Arnobe, saint Augustin, Procope attestent que, de leur temps, les paysans de l’Afrique du Nord parlaient encore le punique. On a pu dire, à juste titre :  » Il est donc probable que la langue punique fut parlée jusqu’à l’invasion musulmane. Peut-être la facilité avec laquelle l’arabe prit possession de ces contrées et la disparition complète du latin tenaient-elles à la présence de cette première couche sémitique. L’arabe, en effet, n’absorba que les dialectes qui lui étaient congénères, tels le syriaque, le chaldéen, le samaritain. Partout ailleurs il ne put effacer les idiomes établis.  » (Ernest RENAN, Histoire générale des langues sémitiques in : OEuvres complètes, volume VIII, réédition Calmann-Lévy, 1958).
Les dialectes berbères sont issus des langues parlées au Maghreb avant la conquête arabe au VIIIe siècle, après laquelle des zones importantes sont demeurées berbérophones jusqu’à nos jours. Le berbère, qui fait partie du groupe chamito-sémitique s’est enrichi de nombreux emprunts à l’arabe puis au français.
Les dialectes sont nombreux. Le Maroc comporte trois groupes : le chleuh dans le Sud (Haut Atlas, le tamazight dans le Mayen Atlas et le rifain dans le Nord. En Algérie, le groupe principal est constitué par le kabyle. Les autres parlers sont le chaouia dans les Aurès, le mozabite au Mzab et le touareg dans le Sahara. Ce qui reste de berbère en Tunisie se trouve dans la région de Médénine, à l’extrême Sud du pays (Voir Salem CHAKER, Textes en linguistique berbère (introduction au domaine berbère, C.N.R.S., 1984).
Un renouveau berbère s’est manifesté récemment : l’enseignement de la langue et la reconnaissance de sa place dans la culture de l’Algérie sont l’objet de revendications. Cette renaissance est liée aussi à la politique d’arabisation qui veut faire de la langue du Coran un moyen de communication débordant de l’usage écrit et religieux.
Il est évident que, par-delà les fluctuations conjoncturelles, le problème culturel kabyle est profond, durable et non réductible. Il ne faut pas dire que  » les Berbères, du fond de la préhistoire, attendaient la conquête arabe pour réaliser leur destin historique : la disparition par osmose harmonieuse dans l’arabité et l’islam ! En un mot, la destinée des Berbères a été scellée une fois pour toutes, il y a treize siècles… Les résolutions du gouvernement (algérien) s’inscrivent sans nuances dans la mouvance de l’arabisme intolérant, agrémenté d’une vision bureaucratique de la culture. Le caractère exclusif de la langue arabe et de la culture arabo-islamique y est réaffirmé de façon virulente.  » (Salem CHAKER, Berbères, une identité en construction, Edisud, 1987).
Il faut souligner que c’est la recherche universitaire française au XIXe siècle qui a fait découvrir l’existence d’une histoire pré-islamique berbère, l’arabité et l’islamité du Maghreb étant des données relativement tardives.

L’idéologie politique contre le berbère
Tous les mouvements musulmans s’évertuent à nier la nationalité berbère, qui existe pourtant.  » Quelle que soit la variété des types ethniques qu’il renferme, il semble que le peuple berbère témoigne d’une remarquable stabilité de moeurs. Il a conservé son organisation en tribus, groupées, au cours de l’histoire, non en nations, mais en fédérations instables dont le prestige du chef était le principal lien. S’il s’est adapté à la domination matérielle des peuples étrangers dont il subit très vite mais superficiellement les influences extérieures. Il est demeuré rebelle à leur empreinte morale et a conservé, à travers les siècles, sa civilisation presque intacte.  » (Charles-André JULIEN, L’Afrique du Nord en marche, Julliard, 1952).

L’arabe s’est répandu difficilement en Berbérie. En 1526, Léon l’Africain écrivait :  » Et usent de la langue africaine ancienne, tellement qu’il s’en trouve bien peu qui sachent parler arabe que corrompu à la mode des paysans « . La situation n’a pas sensiblement évolué, sauf en Tunisie.  » Aujourd’hui ce parler (i.e. le berbère), ou plutôt ces parlers sans écriture, subsistent dans tout le Maghreb, à peu près éliminés en Tunisie (1 %) mais fortement ancrés en Algérie (29 %) et surtout au Maroc (42 %).  » (Charles-André JULIEN, L’Afrique du Nord en marche, ouvrage cité).
À la veille de la guerre d’Algérie, le leader Ferhat Abbas prononçait ses discours en français car il ne maîtrisait pas suffisamment l’arabe. Au Maroc, pays encore foncièrement berbère, l’homme politique qu’est Mahjoubi Aberdan écrit :  » Défendre le berbère n’est pas protéger un vague folklore mais vouloir préserver toute une culture, toute une richesse humaine et spirituelle qui coule dans nos veines.  » (in : Jeune Afrique, 19 février 1968). Actuellement, des associations, surtout universitaires, luttent pour l’enseignement du berbère et mettent au point une écriture à caractères latins. (voir : La formation à l’Université de Paris VIII).

Les langues parlées par les Maghrébins
Il faut ajouter que les immigrés maghrébins, dans leur immense majorité, ne savent pas l’arabe, parlent un dialecte ou sont berbérophones.  » Leur nombre peut être évalué, avec une marge d’erreur assez grande, à 510 000 personnes, composées d’environ 300 000 berbérophones d’origine algérienne (soit quelque 30 % de la population  » algérienne « ) et de 210 000 berbérophones d’origine marocaine (environ 50 % de la population marocaine). Le tout sur un total de l’ordre d’un million et demi de Maghrébins et assimilés ; la proportion globale est donc d’un tiers.  » (Salem CHAKER, in Vingt-cinq communautés linguistiques de la France, L’Harmattan, tome II, 1988).
Signalons aussi que le Maghreb a un important peuplement berbère.  » Dans cette région, 23 % des Tripolitains, 1 % des Tunisiens, 30 % des Algériens, 40 % des Marocains, sont des berbérophones, parlant des dialectes voisins, mais distincts.  » Viviana PQUES, Les peuples de l’Afrique, Bordas, 1974)
Pour toutes ces populations l’arabe est une langue étrangère : c’est ainsi que l’hymne national Qasamân ne peut être compris par la majorité du peuple algérien. Dans ces conditions, enseigner cette langue à des enfants nés en France est une atteinte aux droits les plus élémentaires de la personne humaine.

Pérennité des lettres franco-maghrébines
Le bilinguisme qui existe actuellement en Algérie est le produit d’une longue histoire qui a commencé avec la conquête en 1830. On a dit :  » Il constitue un enrichissement certain de la littérature et de la culture nationales. L’arabisation en cours […] fait retrouver à la littérature algérienne toute sa dimension horizontale d’Ouest en Est, non plus maintenant comme au temps de Camus à la hauteur de la Grèce, mais à celle des rives méridionales de la Méditerranée. Maroc et Tunisie sont aussi attachés au français. La littérature de langue française, elle, maintient une dimension verticale, non pas celle de Rome et de la  » mare nostrum  » de Bertrand, mais celle de l’ouverture vers la modernité, symbolisée par la Ville des autres implantée sur le rivage algérien par opposition au tréfonds rural et à l’arrière-pays, terroir des paysans et territoire de parcours. Les apports venus de l’Est et du Nord sont intégrés, assimilés, algérianisés selon une manière propre à la Berbérie reculée (Tidafi).  » (Jean DEJEUX, La littérature algérienne contemporaine, P.U.F., 1975).
Cela étant, il faut distinguer plusieurs étapes et aspects dans l’évolution des lettres maghrébines.

L’école d’Alger
Il y a d’abord les écrivains dont l’ascension précède les malheureux événements de 1954. Passionnément attachés à l’Algérie, respectueux des religions de ce pays, ils cherchent à définir un univers  » méditerranéen  » qui concilierait les valeurs de l’Europe et celles de l’Afrique.
Fils d’un ouvrier agricole tombé dans la bataille de la Marne et d’une mère espagnole et paysanne, Albert Camus, malgré les épreuves de sa jeunesse à Alger, a toujours défendu la cause des humiliés et prêché l’avènement d’une justice meilleure.
Il n’est pas, comme Sartre, le chantre du désespoir littéraire. La lumière et la chaleur, la mer et le soleil, ces biens du pauvre qui sont aussi la propriété des Méditerranéens, lui ont inspiré des pages sensuelles et colorées. Mais la flamme des étés brûlants, la lutte contre les vagues, la possession du sable et de la terre se dissipent avec le retour vers la ville.
Un ciel vide, un monde déraisonnable, une existence sans justification où l’être humain répète, jour après jour, des gestes dénués de sens, voici le sort imposé à tous. Comme Sisyphe, nous sommes condamnés à rouler éternellement notre rocher.
Pourtant, la conscience de notre destin absurde nous libère de la servitude et nous donne la grandeur tragique du héros qui vit volontairement son sort.
Consentement ou révolte, le même dilemme s’est posé à Jules Roy face à la Ruhr bombardée, aux affrontements d’Indochine, de Corée et d’Algérie. Probité, honnêteté, gravité tendue, toutes ces qualités l’amènent à condamner la guerre absurde, en particulier dans Les chevaux du soleil, roman cyclique où est décrite la colonisation de l’Algérie.
Courageusement, il déclare :  » D’Algérie, j’aurais dû parler de grandeur française, de patriotisme inaliénable, pour être conforme. Au lieu de cela, j’ai dit que Bugeaud n’avait été qu’un salaud, un ignoble assassin, et que l’Algérie devait être algérienne comme le Vietnam vietnamien. Il n’y a pas de guerre juste et propre, et pourtant, au coeur de l’horreur, la chevalerie reste vraie. C’est insoluble.  » (in : Le Nouvel Observateur, 18 mai 1966).
Malgré cet écoeurement devant l’économisme à courtes vues qui a dénaturé les rapports franco-maghrébins, le sens de la vie reste le plus fort ; et Gabriel Audisio, dans Rhapsodies de l’amour terrestre, loue la beauté de la terre dont la lumière et la nuit recoupent celles des territoires intérieurs.
Le même culte du paysage natal se retrouve chez Emmanuel Roblès. Dans un roman comme Les hauteurs de la ville ou dans l’action théâtrale de Montserrat, règne toujours l’atmosphère dure et poignante de pays livrés à la fatalité de la guerre et du sang. Nous sommes très loin du régionalisme folklorique et sentimental où certains critiques veulent ranger les écrivains algériens. Ce n’est jamais dans les fumées des rendez-vous de Saint-Germain-des-Prés, mais dans les terres des affrontements, que l’on a le sentiment aigu d’une histoire plongeant l’être humain dans l’action violente et la proximité constante de la mort.
La vie de Jean Amrouche, kabyle de religion chrétienne, manifeste aussi ce drame. Quand il cherche à définir  » le héros méditerranéen « , il choisit une figure de la résistance et de la révolte, Jugurtha, ennemi des Romains. Et il dénonce dans ses derniers poèmes – des  » chants de guerre  » – le mirage d’une  » intégration  » impossible qui l’a exilé de sa patrie : l’Algérie. L’échec de son rôle d’intercesseur l’a plongé dans le désespoir et a usé ses forces.

Poésies et romans en langue arabe
De son côté, la littérature algérienne de langue arabe a commencé à s’affirmer vers les années 1920. (Voir Mûhammad Al-Hadi SANOUSI AZZAHIRI, Poètes algériens de l’époque contemporaine, Tunis, 1926).
Poète du mouvement de la Nahda, Mûhammad Laïd a surtout chanté la politique et la religion, dans des poèmes sur le colonialisme, L’émir Khaled ou l’unité du peuple, par exemple. Dans son Diwan, il fait un effort sérieux pour renouveler tournures et images d’origine traditionnelle orientale.
De son côté, Mûfdi Zakaria composa en prison le chant national algérien Qasamân et sa grande oeuvre, La flamme sacrée, est classique dans le meilleur sens du terme.
Réda Houhou – fusillé en 1956 par une organisation clandestine – ne voyait pas l’Algérie de son temps sous un angle optimiste. Dans son livre Avec l’âne de Hakim, il traite à partir d’une série d’entretiens des sujets d’une actualité brûlante : le mariage, la femme, les arts, l’enseignement, la politique…
Il faut dire pourtant qu’on rencontre surtout des auteurs de courtes nouvelles. Ainsi, Mûhammad Saïd Zahiri, qui verse dans le moralisme avec ses deux textes : La coutume chez les femmes d’Algérie (qu’il veut voilées) et : En visite chez Sidi Abed (où il critique la décadence des moeurs et la superstition sur un ton assez pédant). (Voir A. KHATIBI, Le roman maghrébin, Maspero, 1968).

La génération de la guerre
Aux alentours de 1952, les écrivains maghrébins s’efforcent non seulement de raconter l’histoire de l’Afrique du Nord mais aussi de dénoncer les injustices du système colonial et de montrer les problèmes complexes d’une société qui éclate.
Le Tunisien Albert Memmi analyse le drame de l’incommunicabilité d’hommes et de femmes pris entre diverses cultures comme, entre autres, dans son roman La statue de sel où est décrite la situation particulière de l’israélite. Et, dans toute une série d’essais, il brosse le tableau de l’oppression dont sont victimes le colonisé, le juif, le noir et la femme, dans une société où la phraséologie libérale essaie de dissimuler l’exploitation économique et les crises culturelles.
De son côté, le Marocain Driss Chraïbi crie sa révolte dans Les boucs et montre les humiliations que subissent en France les travailleurs maghrébins. Toujours dans le domaine chérifien, Ahmed Sefrioui décrit, en 1954, dans La boîte à merveilles, la vie intérieure des habitants de la ville de Fès. Quant à Tahar ben Jelloun, son oeuvre lui a valu le prix Nobel en 1988.
Dans La grande maison, de l’Algérien Mûhammad Dib est analysée l’âme de cette région, sa sensibilité et le lent processus qui l’amène à se détacher de la France. Mais l’écrivain reste dans une éternelle quête de soi, car la vie et le rêve sont au-dessus de toutes les haines et méprisent les compromissions. Ainsi, Qui se souvient de la mer est un des plus beaux textes oniriques de la littérature algérienne.  » La nuit est tombée ; je sors, je vais au devant de la mer. Cette nuit sera peut-être la dernière. Tout au bout de l’avenue, immobile, elle est à l’affût.

Puis, d’un coup, elle m’appelle et me poursuit, m’entoure et me déroute à travers la machinerie des rues. Elle parle avec un rire brusque qui la change de proche en proche. Toute la nuit, je marcherai dans cette ville, et loin dans une autre, sous son escorte « .
Jean Sénac est un poète qui a vécu, jusqu’à son assassinat non encore éclairci, tous les drames, les joies et les déboires de l’algérianité. Il chante l’amour, la liberté et la beauté avec naïveté, grandiloquence parfois et un grand luxe d’images :
 » Et maintenant nous chanterons l’amour
Car il n’y a pas de révolution sans amour « . (Citoyens de beauté, 1967)
De même, chez Rachid Boudjedra, un roman comme La répudiation (1969) témoigne moins de la volonté d’exprimer les problèmes de l’actuel État algérien que de l’ascendant encore exercé dans ce pays par la langue et la culture françaises, objets d’un choix et d’une prédilection chez tous les écrivains à la recherche d’une statement universelle.

L’arabisation et la littérature
Le fait est que la longue stagnation des siècles passés pèse actuellement sur l’effort de renouveau en Algérie. Les habitants sont peu nombreux à lire les poèmes et les nouvelles en langue arabe. Chez beaucoup d’écrivains, on note un certain académisme, avec des formes figées, des clichés, des images trop conventionnelles.
Radio et télévision sont livrées souvent à un discours monocorde, le présentateur se contentant de lire son texte tandis que les rares images sont muettes.
La plupart des journaux – El Djeich (L’Armée), El Moudjahid, Révolution africaine, Algérie Actualité – sont édités en arabe et en français, et la majorité des lecteurs choisissent cette dernière langue. Ach-Cha’b (Le Peuple), écrit uniquement en arabe, est de diffusion très restreinte.
Le français reste la langue de travail de la majorité des cadres, à tous les niveaux du pays. Le peuple algérien – même arabophone – a établi un compromis réaliste entre la langue du coeur (lughat al galb), français ou berbère, et la langue du pain (lughat al khobz), l’arabe exigé par les pouvoirs en place.
À part de rares exceptions, les écrivains algériens – à la différence de leurs collègues d’Égypte ou du Proche-Orient – restent prisonniers d’une langue et de formes archaïques.
On a écrit, à leur sujet :  » Il faut affirmer avec force qu’en Algérie, la culture arabe est aux mains de la plus bornée des  » élites « . […] Non d’ailleurs que nous n’ayons quelques noms à citer et quelques oeuvres, rares mais honorables. Mais que peuvent Ben Haddouga et Wattar contre l’enlisement ? Pourquoi Ahlam Mustghanmi va-t-elle publier ses poèmes à Beyrouth et non pas à Alger ? Paix aux cendres de l’émir Abd-al-Kadir et paix à Mûhammad Al’Id et à Muffdi Zakaria, ils ont dit ce qu’ils avaient à dire en des temps où il n’était pas facile de le faire. Mais la littérature n’est ni un musée ni une maison de retraite. Alors où sont nos jeunes poètes arabes d’Algérie et s’ils ne répondent pas à l’appel, qui les empêche de le faire ? (Jamel Eddine ben CHEIKH, in Les Temps modernes, n° 375 bis, 1977).
Ajoutons qu’au théâtre, le public impose sa langue parlée. Les pièces sont marquées par l’imitation du répertoire français et ce sont des artistes de formation francophone qui contribuent à son épanouissement.

La littérature algérienne actuelle et la langue française
Les jeunes intellectuels veulent regarder l’avenir et refusent les formules consacrées, les poncifs officialisés, le vocabulaire reçu. Comme le poète marocain Abdelatif Laâbi, dans

L’oeil et la nuit (1969), ils posent la question :  » Et maintenant nous sommes exténués du passé… Mais qui sommes-nous ? Comment sortir de la caverne ?  »
Mourad Bourbonne montre, dans Le Muezzin (1968), un messager du gai savoir qui veut retrouver l’humus profond,  » l’authentique qui a péri étouffé « . Et Nabile Farès évoque la montée d’un monde nouveau où il faut s’accepter mélangé, multiple, pour  » redécouvrir sa vraie peau « . Quant à Ali Bonmahdi, il raconte la déception des combattants du F.L.N.
Une tendance nouvelle se dessine, qui met en question société, condition humaine, religion traditionnelle, situation de la femme. On peut citer, entre autres : Abdallâh Chaamba, Djamila Débèche, Assia Djebar, Haddad Hadj Ali, Abdelkader Khatibi, Tahar Ouattar, Malek Ouary, Ahmed Sefrioui. A propos de ces écrivains, le grand dramaturge égyptien Taoufiq El Hakim a dit :  » La production algérienne en langue française est devenue célèbre dans le monde entier ».

Le renouveau de la littérature berbère de langue française
Il faut dire aussi que se développent, peu à peu, des oeuvres littéraires très marquées par la référence kabyle et l’ancrage dans un passé culturel pluriséculaire.
Le lyrisme de Mouloud Feraoun s’était traduit dans ses romans simples, au réalisme émouvant, avec une vision du monde candide qu’enseignaient les instituteurs de son époque. Mais il y a aussi le drame psychologique d’une jeunesse qui se débat contre la stagnation sociale parce qu’elle a entendu l’appel d’une civilisation répondant à ses voeux inconscients, alors que le monde qui l’entoure est fait de passions politiques et de haines. Dans des romans comme La terre et le sang et Les chemins qui montent, il n’y a pas seulement la terrible aventure passionnelle d’Amer n’Amer, fils d’un Kabyle et d’une Française, mais également des interrogations sur le conflit de l’Islam et de l’Occident chrétien.
Dans l’introduction à ses Poèmes kabyles anciens, Mouloud Mammeri insiste sur ce patrimoine berbère s’exprimant par trois types de personnages :
le poète (Amedyaz), sensible, réceptif, qui présente en vers, avec justesse, son époque à travers toutes les situations vécues par ses contemporains ;
l’aède, le troubadour (Amedah), qui va de village en village porter les paroles des poètes passés et présents ;
le sage (Amusnaw), qui est dépositaire du passé culturel kabyle depuis des siècles (poèmes, proverbes, faits et gestes de personnages célèbres…) et sait s’en servir pour éclairer et, parfois, prendre des décisions. (Voir Horizons, Alger, 28 février 1991).

Cette affirmation identitaire s’exprime avec passion chez Kateb Yacine. Son roman Nedjma est un poème d’amour et une tragédie comme les Grecs les concevaient. Son héroïne, nommée Étoile, exprime sous forme de mythe la tragédie de l’Algérie. Quatre jeunes gens sont amoureux d’elle et, derrière leurs misères, se fait jour l’humiliation des colonisés, pris entre la présence légendaire des ancêtres et les exigences du monde moderne, conflit que peur résoudre la dignité restaurée d’un peuple. Dans une oeuvre au lyrisme puissant – et derrière un nationalisme souvent de façade – se devinent les influences de Beckett ou de Brecht, celles du coryphée antique et toute une culture confiante en une fraternité à redécouvrir et un avenir qui s’annonce
 » Au sein des chastes altitudes
Où le baiser surabonde en étoiles
Où la crinière commence au talon
Où le savoir est un éclair fidèle
Et l’amour une seule nuit sans mémoire « .

Dans cette littérature d’statement française, il y a un choix et un appel de l’écrivain maghrébin, c’est-à-dire la volonté d’exprimer les révoltes et les conflits dans une langue, une manière de penser qu’il admire à cause de son caractère d’universalité.

FIN.

GÉRONIMO LE MARTYR DU FORT DES VINGT-QUATRE-HEURES A ALGER.


 

Auteur : Adrien Berbrugger

Ouvrage : Geronimo, le martyr du Fort des vingt quatre heures à Alger

Année : 1859

APPROBATIONS.

NOUS, LOUIS-ANTOINE-AUGUSTIN Par Miséricorde
de Dieu et la grâce du Saint-Siège Apostolique. Evêque d’Alger,
Comte Romain, ,Assistant pontifical, etc., Commandeur de la Légions
d’Honneur de l’Ordre des SS. Maurice et Lazare.
Avons examiné attentivement l’opuscule Géronimo le Martyr
du Fort des Vingt-Quatre Heures et considérant qu’au fond, l’auteur
n’a fait que lire et traduire en français le récit d’Haedo ; que comme
préambule, comme dans le titre de son opus le titre de martyr à
Géronimo, il emploie cette expression, comme il nous l’a expressément
déclaré, sans préjudice de l’autorité de I’ Église catholique
à qui seule appartient le droit de déclarer ceux des vrais martyrs et
de les proposer à la vénération des fidèles, nous avons autorisé et
autorisons l’édition et la publication de cet opuscule, comme nous
le faisons pour aucun fait qui ne soit de notoriété publique.
Alger, le 9 janvier 185’.

Louis Antoine AUGUSTE
Evêque d’Alger

Par Mandement
A. Ancelin Ch.
Secrétaire-Général Episcopal

Nous, Evêque d’Alger, approuvons la publication de l’opuscule
intitulé : Geronimo, le martyr du Fort des Vingt-Quatre-Heures,
à Alger, par M. A. Berbrugger.
Saint-Eugène, près d’Alger, le 1er mai 1859.
LOUIS-ANTOINE-AUGUSTE
Evêque d’Alger.

INTRODUCTION.
La découverte du corps de Géronimo, enterré
vivant, il y a près de trois siècles, dans une
des murailles du fort des Vingt-Quatre-Heures,
a produit une émotion profonde dans la population
algérienne. C’est donc répondre à un sentiment
général que de réunir et publier tout ce
qui se rattache à un évènement si touchant en
lui-même. Avec cette pensée en vue, je n’ai rien
négligé pour mettre sous les yeux du lecteur
tous les faits qui peuvent élucider la question
d’identité entre le squelette trouvé le 27 décembre
1853, dans le saillant nord-ouest du fort des
Vingt-Quatre-heures, et Géronimo martyrisé à
cet endroit même, le 18 septembre 1569.

Cette brochure se divise en trois parties :
1° Détails sur la découverte du corps de
Géronimo ;
2° Biographie du martyr Géronimo, traduite
d’Haedo, avec le texte espagnol en regard ;
3° Appendice contenant des pièces à l’appui
ou des notes explicatives.
Cette publication étant une oeuvre toute
personnelle, j’en revendique la responsabilité
exclusive devant le tribunal de la critique.
A. BERBRUGGER.

P. S. DE LA 2e ÉDITION. — Il y a longtemps que la
brochure sur Géronimo, que nous réimprimons aujourd’hui,
manque dans le commerce. Diverses circonstances indépendantes
de la volonté de l’auteur, en avaient empêché
la réimpression. On s’est contenté de donner en appendice
dans cette 2e édition, les documents d’une nature technique
et qu’il est désormais inutile de reproduire in extenso ; mais,
en compensation, on l’a enrichie de notes importantes et de
nature à ajouter à l’authenticité des faits ou à augmenter
l’intérêt qui s’y rattache.
Alger, le 6 mai 1859.
A. BERBRUGGER.

I
DÉCOUVERTE DU CORPS DE GERONIMO.

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RELATION DE L’EXPÉDITION DE CHARLES-QUINT CONTRE ALGER


 

Auteur : Nicolas DURAND DE VILLEGAIGNON

Ouvrage : RELATION DE L’EXPÉDITION DE CHARLES-QUINT CONTRE ALGER

Année : 1874

AVERTISSEMENT

Aurillac le 16 septembre 2011
Les ouvrages relatant la fameuse expédition de 1541 ne
manquent pas, mais les témoignages de première main sont
peu nombreux. DE GRAMMONT nous présente ici un document
extrêmement rare : la relation du chevalier de Malte (ou
de Saint-Jean de Jérusalem ou de Rhodes) Nicolas De Villegaignon,
qui fut gravement blessé durant l’attaque. L’unique
traduction connue, quasiment inédite, celle du médecin Pierre
Tolet, date de 1542. Elle est abondamment critiquée par De
Grammont qui, malgré cela, la considère comme historiquement
incontournable. L’auteur complète son livre de notes et
documents, jusqu’à rassembler tout ce qui est connu sur cette
expédition !
Malgré cela, j’ai osé ajouter trois choses à ce remarquable
travail :
1° La traduction réalisée par mon amie Martine Vermande
du texte latin de Villegagnon en français contemporain, ; je
pense ainsi faciliter compréhension du document par les usagers
de mon site pour qui le français, et à fortiori le français
ancien, sont des langues étrangères.
2° La relation de l’expédition « par un inconnu », un noble
né aux Pays-Bas, ayant pris une part active à l’expédition et
préférant garder l’anonymat.
3° Les 40 jours de la chronique de Vandenesse (du 9 septembre
1541 au 18 octobre 1541), qui relatent la préparation de
l’expédition avec notamment la rencontre entre l’Empereur et
le Pape.
J’espère que ces « audaces » me seront pardonnées !
Malgré tout cela, il reste sans doute des points obscurs,

prêté à Charles Quint (le 1er ou 2 novembre ?) :
« La famine et les maladies sévirent, et l’armée, démoralisée, dut par une marche extrêmement pénible, gagner le cap Matifou, pour se rembarquer sur les vaisseaux que La tempête menaçait d’engloutir :
— Combien de temps, demanda Charles Quint à son pilote, les navires peuvent-ils tenir encore ?
— Deux heures, répondit le marin.
— Ah ! Tant mieux, dit l’empereur d’un air satisfait ; il est onze heures et demi, et c’est à minuit que nos bons religieux se lèvent en Espagne pour faire la prière. Ils auront le temps de nous recommander à Dieu.»
Il semble que le premier à avoir cité cette laconique formule soit Baudoin (Jean Baudoin ?)… Celle-ci n’a-t-elle pas plutôt été « fabriquée » en réminiscence à celle de Dienekes à la bataille des Thermopyles :
« Les archers perses sont si nombreux que lorsqu’ils tirent leurs volées de flèches, celles-ci forment un nuage qui cache le soleil.
— « Tant mieux ! dit Dienekes, nous allons nous battre à l’ombre ! »
La « construction » est tellement similaire !
Quelqu’un pourrait-il nous éclairer ?
Bonne lecture.
Alain Spenatto.

AVANT-PROPOS
Les deux opuscules réunis ici sont excessivement rares, presque introuvables. Comme ils n’ont pas été réimprimés depuis trois cent trente-deux ans, ils manquent aux plus riches collections publiques, aux plus célèbres collections particulières, et beaucoup de curieux ne les connaissent que de réputation. J’ai pensé que les amis des lettres et de l’histoire me sauraient gré de mettre, à la fois entre leurs mains, le récit de l’expédition de Charles V contre Alger (octobre 1541), tel que le retraça Nicolas Durand de Villegaignon, qui avait pris une glorieuse part à l’attaque héroïque des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et la traduction française de ce récit, par Pierre Tolet, qui fut publiée à peu près en même temps que l’original (1542), et qui est encore plus rare que lui.

Le texte latin que l’on va lire est celui de l’édition de Jean-Louis Tiletan (Paris, in-4°), copié sur l’exemplaire appartenant à la Bibliothèque nationale(1) La traduction est celle qui fut éditée par Le Prince (Lyon, in-4°), copiée sur l’exemplaire appartenant à Monseigneur le duc d’Aumale(2). J’y ai joint une notice sur le chevalier de Villegaignon aussi détaillée qu’il m’a été possible de le faire, et quelques notes qui complètent l’historique de l’expédition en général et des opérations militaires en particulier. Ma tâche, en ces derniers points, a été facilitée par les études de mon ancienne profession et par la parfaite connaissance d’un terrain que j’ai chaque jour sous les yeux.
L’ouvrage se termine par un appendice divisé en deux sections, dans lequel j’ai fait entrer, d’abord, des extraits de documents de l’époque, et, en second lieu, une liste des ouvrages


1. Cette édition a bien l’air d’être la première. Diverses autres éditions se succédèrent en la même année. Le Manuel du libraire cite (t V, col. 1235) celle d’Anvers, celle de Strasbourg et celle de Venise. On en mentionne une autre, celle de Nuremberg (in-4° 1542) dans une note bibliographique du Tableau des établissements français en Algérie en 1840 (p. 429), publié par les soins du Ministère de la Guerre (1841). Les rédacteurs de ce même Tableau indiquent encore une traduction allemande par Martin Menredano (Neubourg sur le Danube, 1546).
2. M. J. Ch. Brunet n’a connu que cette édition. Voici le titre d’une autre édition qui a échappé à toutes ses recherches : Le voyage et expédition de Charles le Quint en Afrique contre la ville d’Argiere. La description et voyage de L’empereur en Afrique contre la ville de Argiere, envoyée à monsieur de Langest, traduicte de latin en françois. On les vend à Paris en la rue Saint-Jacques, à l’enseigne des troys brochetz par Benoist de Gourmont Mil DLIII, petit in-8° gothique avec 3 gravures sur bois. Cette édition, mentionnée sous le numéro 198 dans le Catalogue de la Bibliothèque du château d’Héry, a été adjugée, en janvier 1874, au prix de 520 francs. La traduction imprimée par Benoit de Gourmont est-elle la même que celle de Lyon, quoique le nom du traducteur, qui figure sur le titre de cette dernière, ne soit pas indiqué sur le titre de celle de Paris ? Il est probable que l’une est la reproduction pure et simple de l’autre ; mais il serait bon d’en avoir la certitude.


 de Villegaignon et des lettres que l’on possède de lui, l’indication de la plupart des libelles publiés contre lui par ses contemporains, et celle des principales sources où l’on peut puiser des renseignements sur sa vie et sur ses oeuvres.
Je m’acquitte d’un devoir aussi agréable qu’impérieux, en remerciant Monseigneur le duc d’Aumale de m’avoir si gracieusement accordé l’autorisation de transcrire et de reproduire son exemplaire (peut-être unique) de la traduction de Lyon, et je prie tous ceux qui s’intéressent aux livres de s’associer aux sentiments de reconnaissance que m’inspire ce généreux procédé(1).
Mon unique motif n’a pas été de rééditer deux rarissimes plaquettes : j’ai surtout désiré remettre en lumière l’histoire d’une campagne où les vaillants de notre pays ont tenu le plus honorable rang. Je ne me résigne pas à accepter l’oubli dans lequel on laisse des faits aussi glorieux, et je voudrais que pas un de nous ne passât à cette place où le chevalier Pons de Balagner enfonça son poignard dans les poutres de Bab-Azoun, sans songer au jour où le fer français ira heurter plus utilement à d’autres portes. Je constate avec tristesse que, depuis plus de quarante ans que notre drapeau flotte sur les murs d’Alger, pas une pierre commémorative ne s’est dressée à l’endroit où sont tombés ces héros. Rien ne marque le lieu sacré où le brave Savignac, déjà blessé à mort, enveloppé dans la bannière de l’Ordre pour ne la laisser à l’ennemi qu’avec son cadavre, l’épée à la main jusqu’à la dernière minute, servant aux siens d’un drapeau vivant, expira en lançant aux vainqueurs un défi prophétique.


1. Je tiens à remercier encore MM. A. Claudin et P. Galfarel de leurs obligeantes communications. Enfin, je signalerai la fraternelle assistance qui m’a été donnée, en quelques-unes de mes recherches, par M. Ph. Tamizey de Larroque, comme aussi les sympathiques encouragements dont MM. d’Avezac, Defrémery, Ferdinand Denis, ont bien vouIu m’honorer.


Espérons qu’une génération plus soucieuse de la gloire de ses aïeux les vengera de cet oubli. Je serais fier de penser que mon travail pourrait rendre un peu moins tardive l’heure d’une solennelle réparation !
Mustapha Supérieur, juin 1874.

NOTICE
SUR
NICOLAS DURAND, SEIGNEUR DE VILLEGAIGNON
CHEVALIER DE MALTE, COMMANDEUR DE BEAUVAIS, ETC.

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ALGÉRIE – HISTOIRE DES GUERRES DES ROMAINS, DES BYZANTINS ET DES VANDALES


Auteur : DUREAU DE LA MALLE

Ouvrage : HISTOIRE DES GUERRES DES
ROMAINS, DES BYZANTINS ET DES VANDALES,
ACCOMPAGNÉE D’EXAMEN SUR LES MOYENS EMPLOYÉS
ANCIENNEMENT POUR LA CONQUÊTE ET LA SOUMISSION
DE LA PORTION DE L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE NOMMÉE
AUJOURD’HUI L’ALGÉRIE
MANUEL ALGÉRIEN.

Année : 1852

AVERTISSEMENT
MANUEL ALGERIEN.
Ce livre a été resserré en un très petit format,
pour que le soldat, le sous-officier, l’officier supérieur
ou inférieur qui se sentirait du goût pour la
géographie, l’administration ancienne, en un mot,
pour l’archéologie de l’Afrique, pût le mettre
dans son sac, et le parcourir pendant ses loisirs de
bivouac ou de garnison.
Il contient le récit ou la mention de tous les
faits mémorables qui se sont succédé dans la partie
de l’Afrique septentrionale connue, il y a 22 ans,
sous le nom de Régence d’Alger, et maintenant
sous celui d’Algérie.
Le tout a été fidèlement traduit sur les textes
originaux. Il a semblé à l’auteur que la publication
de ce Manuel répondait à un désir, peut-être même
à un besoin généralement exprimé.

INTRODUCTION
RÉSUMÉ DES FAITS HISTORIQUES.
Il n’est pas inutile peut-être de rappeler à l’impatience
et à la légèreté française l’exemple de la constance
et de la ténacité prudente des Romains dans la
conquête de l’Afrique.
On s’étonne qu’en quatre années on n’ait pas
soumis. organisé, assaini, cultivé toute la régence
d’Alger, et l’on oublie que Rome a employé deux cent
quarante ans pour la réduire tout entière à l’état de province
sujette et tributaire; on oublie que cette manière
lente de conquérir fut la plus solide base de la datée
de sa puissance. Cette impétuosité française, si terrible
dans les batailles, si propre à envahir des royaumes,
deviendrait-elle un péril et un obstacle quand il s’agit
de garder la conquête , et d’achever lentement l’oeuvre
pénible de la civilisation ?
Retraçons brièvement les faits :
En 553 de Rome, Scipion l’Africain a battu Annibal

réduit Carthage aux abois, vaincu et pris Syphax(1) . Il
peut rayer le nom Punique de la liste des nations, et
former une province romaine du vaste pays qui s’étend
depuis les Syrtes jusqu’au fleuve Mulucha(2). Le sénat
romain se borne à affaiblir Carthage par un traité, et
donne à Massinissa tous les États de Syphax(3)
L’an de Rome 608, Scipion Émilien a détruit Carthage,
occupé tout son territoire, et cependant le sénat
romain ne le garde pas tout entier : il détruit toutes les
villes qui avaient aidé les Carthaginois dans la guerre,
agrandit les possessions d’Utique qui l’avait servi
contre eux , fait du surplus la province romaine d’Afrique(4),
et se contente d’occuper les villes maritimes ,
les comptoirs, les colonies militaires ou commerciales,
que Carthage avait établis depuis la petite Syrte jusqu’au
delà d’Oran. Rome, de même que la France jusqu’à
ce jour, prend position sur la côte, et ne s’avance
pas dans l’intérieur.
En 646, Rome, insultée par Jugurtha, est forcée
d’abattre la puissance de ce prince, inquiétante pour les
nouvelles possessions en Afrique. Métellus, Marius et


1 Tit. Liv., XXX, VIII, 111, 44.
2 Malva de d’Anville, Moulouiah actuelle.
3 Voyez le détail des articles dans Polybe, XV, XVIII.
4 Appian, Punic., cap. CXXXV.
5 Scylax, p. 51, ed. Huds. ; Polybe, t. I, p. 458, ed.
Schweigh ; Heeven, Politique et commerce des peuples de
l’antiquité, sect. I, chap. II, t. IV, pag. 58, trad. française.


Sylla viennent à bout de l’habile et rusé Numide; il
est conduit en triomphe, mené au supplice : ses États
semblaient acquis au peuple romain et par le droit de
la guerre, et par droit de réversion; car il ne restait plus
d’héritier direct de Massinissa, à qui Rome, un siècle
auparavant, avait donné ce royaume. Cependant le
hardi Marius n’en propose pas l’adjonction entière à
l’empire. Il réunit quelques cantons limitrophes à la
province d’Afrique(1). On donne à Hiempsal le reste
de la Numidie, moins la partie occidentale dont le
sénat gratifie Bocchus, ce roi maure qui avait livré
Jugurtha(2).
L’an 708, Juba Ier, fi ls d’Hiempsal II, veut relever
le parti de Pompée, abattu par César, à Pharsale.
Juba défait d’abord, près d’Utique, Curion , lieutenant
de César, et se joint ensuite à Scipion pour combattre
le dictateur. La bataille de Thapsus décide du sort
de l’Afrique(3) : Juba vaincu se tue lui-même. César
réduit la Numidie en province romaine, et la fait régir
par Salluste l’historien, qu’il honore du -titre de proconsul(4).
Auguste, en 721, après la mort de Bocchus et de


1 Président de Brosses, Histoire de la république romaine,
t. I, p. 212, note.
2 Salluste, Jug., C. CXIX.
3 Hirt., Bell., Afr., C. LXXXVI.
4 Ibid., C. XCVII.


Bogud, rois des Mauritanien Césarienne et Tingitane,
forme de leurs États une province(1) : mais en 724 il
rend à Juba II, élevé à sa cour et l’un des hommes
les plus instruits de son siècle, une partie de l’ancien
royaume de Massinissa(2) ; il le marie à Cléopâtre
Séléné, fille de M. Antoine et de la fameuse Cléopâtre.
L’an 729, Auguste change ces dispositions : il reprend
à Juba la Numidie, et en compose la nouvelle province
d’Afrique; il lui donne pour compensation quelques
portions de la Gétulie et les deux Mauritanies, déjà
un peu façonnées au joug de la domination romaine(3).
Ptolémée, fils de Juba et de Cléopâtre, devient victime
de la capricieuse jalousie de Caligula(4) en 793, et c’est
en 795 de Rome , l’an 43 de l’ère vulgaire, que Claude
fait de ce royaume, sous le nom de Mauritanies Césarienne
et Tingitane(5), deux provinces qui, avec celles
de Numidie, d’Afrique et de Cyrénaïque, composaient
l’ensemble des possessions romaines dans l’Afrique
septentrionale.
Cet exposé succinct, mais fidèle, montre quelle
prudente circonspection, quelle patience persévérante
la république romaine crut devoir employer dans la


1 Dio., XLIX, XLIII.
2 Ibid., L1, XV ; Reimar., not. 93, et la dissertation de
Sévin, Mém., Acad. des inscr., t. V1, p. 144 sqq.; Plin., V, I,
XVI.
3 Dio., LIII, XXVI.
4 Ibid., LIX, XXV ; Suétone, Caligula, C. XXXV.
5 Dio. LX, IX.


conquête, l’occupation et la colonisation de la Numidie
et de la Mauritanie Césarienne seulement : et ce
fut dans l’apogée de sa puissance, dans les trois siècles
les plus féconds en grands capitaines, en hommes
d’État distingués, quand l’armée avait la confiance que
donnent une instruction supérieure et huit siècles de
victoires ; ce fut enfin dans la période comprise entre
l’époque du premier Scipion et celle de Corbulon,
que des vainqueurs tels que Marius et Sylla, César et
Pompée, Auguste et Agrippa, jugèrent cette lenteur
d’action utile et nécessaire : tant cette Afrique, plus
peuplée, plus agricole, plus civilisée néanmoins que
de nos jours, alors que, grâce à une religion presque
identique, on n’avait point à triompher d’un obstacle
énorme, leur parut périlleuse à conquérir, difficile à
subjuguer.
On voit les Romains marcher pas à pas; maîtres
de la province punique et de la Numidie tout entiers, ils
la rendent, l’une à un ennemi affaibli, l’autre à un roi
allié. Le téméraire Marius semble se glisser en tremblant
dans cette même Numidie que Massinissa, pourtant,
avait laissée si productive et si peuplée(1) ; il n’ose
la garder après l’avoir conquise; il se borne à assurer la
possession des villes maritimes, des colonies militaires,
des positions fortes, héritage des Carthaginois recueilli


1 Polybe, XXXVII, m, 7.


par les victoires de Scipion Émilien. Le grand César
lui-mène, ce génie supérieur, pour qui le temps, l’espace,
le climat, les éléments ne sont point un obstacle,
le grand César recule devant la conquête d’une faible
portion de l’Afrique ; il subjugue la Numidie, et rend à
Bocchus la Mauritanie Césarienne.
Auguste, dans un règne de cinquante-huit ans,
emploie toutes les ressources de sa politique habile et
ruse pour triompher des résistances de l’indépendance
africaine. La Numidie, pillée et vexée par Salluste,
menaçait de se soustraire au joug imposé par César :
Auguste lui rend la liberté, un gouvernement national,
un roi issu du sang de Massinissa. Mais ce roi a été
élevé à Rome; il a pris les goûts, les moeurs, les habitudes
et l’instruction du siècle d’Auguste. L’empereur l’a
formé de ses propres mains au respect, à l’adulation et
à la servitude. C’est le modèle de ces reges inservientes,
ces rois esclaves, si bien peints par Tacite. Juba est
chargé de façonner son peuple à la crainte de Rome et
à la soumission. Quand Bocchus et Bogud sont morts,
laissant leurs États au peuple ou plutôt à l’empire
romain, Auguste reprend à son élève la Numidie romanisée,
si l’on peut hasarder ce mot, par ses soins et par
son exemple; il la réduit en province, et donne à Juba
les Maures farouches, les Gétules indomptés, pour
apprivoiser lentement ces bêtes sauvages des déserts

africains. Ce n’est enfin que lorsque ces rois esclaves
ont rempli leur mission, lorsque deus règnes successifs
de princes mariés à des Romaines, lorsque des
colonies civiles ou militaires, formées de Romains , de
Latins, d’Italiens, ont infiltré de plus en plus dans 1e
pays l’usage de la langue, le désir des lois, le goût des
moeurs, des habitudes, des vertus et même des vices du
peuple conquérant; ce n’est qu’après avoir si bien préparé
les voies, que le sénat décrète la réunion à l’empire,
que les deux Mauritanies sont à jamais réduites
en provinces sujettes et tributaires.
On se tromperait cependant sur le véritable état
des choses, si l’on croyait que Rome n’a tiré aucun
avantage de l’Afrique que lorsqu’elle a eu détruit
entièrement son indépendance.
Les rois qu’elle y avait créés, ceux qu’elle y laissait
végéter à l’ombre de son alliance, étaient, comme
Hiéron, comme Attale, des espèces de vassaux soumis
à ses ordres, prévenant ses désirs, et qui, au moindre
signe du peuple-roi, lui apportaient leurs blés, leur
argent, leurs éléphants, leur excellente cavalerie, pour
l’aider dans les guerres lointaines qui leur étaient tout
à fait étrangères. Massinissa, le plus puissant de tous,
dans le cours d’un règne de cinquante ans, fournit de
nombreux exemples de cette soumission prévenante :
ce fut une loi pour ses successeurs. Le sénat conférait

même à ces rois vassaux une sorte d’investiture en
leur envoyant, d’après un décret en forme, les insignes
du pouvoir, la chaise curule , le sceptre d’ivoire,
la pourpre du manteau royal; et cette marque de servitude
était brimée comme un honneur, comme une
rémunération de services.
Sous l’empire, l’étendue des conquêtes, la nécessité
d’entretenir, pour les conserver, de nombreuses
légions permanentes, contraignirent Auguste à étendre
beaucoup le droit de cité, à se donner une base
plus large pour le recrutement des armées nationales.
Il voulut faire de l’Afrique une seconde Italie : sa
politique , dans tout le cours de son règne, tendit à ce
but. Mais c’était une oeuvre de temps et de patience.
Il fallait changer les moeurs, le langage, déraciner les
habitudes et les préjugés nationaux; il fallait substituer
la civilisation grecque et romaine à celle de Tyr
et de Carthage, et la langue qui était arrivée de l’Inde
dans la Grèce et dans l’Italie, à celle que l’Arabie et
la Palestine avaient portée dans l’Afrique.
Deux cent trente-deux ans avaient été nécessaires
heur opérer la fusion des peuples, pour cimenter
leur union, pour bâtir enfin le durable édifice de la
domination romaine en Afrique. Mais, dans le sicle
suivant, cette fusion était si complète ; mais, cent ans
après Auguste, l’Afrique était devenue tellement

romaine, que, sous le règne de Trajan, la loi qui infligeait
l’exil à un citoyen et qui l’excluait du territoire
de l’Italie lui interdisait aussi le séjour de l’Afrique(1),
où il eût retrouvé, disait-elle, les moeurs, les habitudes,
le langage de Rome, toutes les jouissances du
luxe et tous les agréments de sa patrie.
Les motifs de prudence que j’ai déduits furent
exprimés en 553, après la bataille de Zama, dans
une délibération du sénat qu’Appien seul(2) nous a
conservée. Après avoir rappelé, en citant la marche
suivie à l’égard des Latins, des étrusques, des Samnites
et du reste de l’Italie, que c’est par des conquêtes
lentes et successives que Rome a établi et consolidé
sa puissance, l’orateur pose cette question : «Faut-il
détruire Carthage, s’emparer de la Numidie ? – Mais
Carthage a encore de grandes forces, et Annibal pont
les diriger. Le désespoir peut les doubler. – Donner à
Massinissa Carthage et son territoire? – Mais ce roi,
maintenant notre allié, peut devenir un jour un ennemi
dangereux. – Adjoindre le pays au domaine public ?
– Le revenu sera absorbé par l’entretien des garnisons
: il faudra de, grandes forces pour contenir tant
de peuples barbares. – Établir des colonies au milieu
de cette Numidie si peuplée? – Ou elles seront dé-


1 Tacit., Ann.,II, L; Plin. Jun., II, XI, 19.
2 Punic., lib. VIII, LVII-LXI.


truites par les barbares , ou, si elles parviennent à
les subjuguer, possédant un pays si vaste, supérieur
en tout à l’Italie, elles aspireront à l’indépendance et
deviendront redoutables pour nous. Suivons donc les
sages conseils de Scipion ; « donnons la paix à Carthage.»
Ce parti prévalut.
Que l’expérience des siècles passés nous guide
et nous instruise! Que la France, que la grande nation,
dans la conquête d’Alger, ne se laisse pas décourager
si vite ! Que cette devise, Perseverando vincit, qui
résume tout le prodige de la puissance de Rome et de
l’Angleterre, soit inscrite sur nos drapeaux, sur nos
édifices publics, dans la colonie africaine.
Cette épigraphe serait à la fois un souvenir, un
exemple et une leçon.
Nous avons vu, dans la première partie de cette
introduction , que la Mauritanie fut réunie à l’empire
l’an 43 de l’ère vulgaire, sous le règne de Claude.
Deux ans auparavant , le dernier roi de cette contrée,
Ptolémée, fils de Juba(1), avait été sacrifié aux cruels
caprices de Caligula: ce fat sous son règne qu’eut lieu
la guerre de Tacfarinas, si bien racontée par Tacite. A
la suite de cette catastrophe, tout le littoral de l’Afrique,
depuis le Ras Dellys et Mers-el-Fahm (Saldoe),


1 Sueton., Caligula, cap. XXXV ; Dion. Cassius, lib.
LIX, cap. XXV.


à 25 lieues E. d’Alger, jusqu’à Ceuta, devint province
romaine. Dans le petit nombre d’historiens anciens que
le temps a respectés, nous ne trouvons presque aucun
détail sur cette occupation, effectuée probablement par
des troupes embarquées dans les ports de l’Espagne,
et préparée de longue main sous le règne de Juba le
Jeune, prince instruit mais faible(1), qui ne s’était maintenu
sur son trône chancelant que par une soumission
aveugle aux volontés d’Auguste et de Tibère.
L’indifférence du polythéisme a facilité partout
les conquêtes de Rome; et les villes maritimes de 1a
Mauritanie, craignant peut-être l’interruption de leur
commerce avec l’Espagne, la Gaule et l’Italie, surveillées
par les colonies romaines qui existaient déjà
au milieu d’elles, paraissent avoir reçu sans difficulté
les garnisons de l’empire. Un seul mouvement insurrectionnel
eut lieu, probablement dans la partie occidentale
de la Mauritanie. Sous le prétexte de venger
la mort du roi Ptolémée, un de ses affranchis, nommé
OEdémon, se mit à la tète d’une armée d’indigènes,
grossie sans doute par les tribus nomades de l’Atlas; et,
pour soumettre l’intérieur du pays, l’empereur Claude
fut obligé d’envoyer en Afrique un général distingué,
Caïus Suetonius Pauliens, qui plus tard, sous le


1 « Juba, Ptolemæi pater, qui primus utrique Mauritaniæ
imperavit, studiorum claritate memorabilior etiam quam
regno. » PLIN V, I, 16.


règne de Néron, devint consul en 66(1) . L’issue de la
guerre dont les environs de Fez, de Méquinez et de
Safrou ont dû être le principal théâtre, fut heureuse
pour les armes de l’empire.
Suetonius Paulinus, observateur éclairé non
moins que militaire habile, avait écrit lui-même l’histoire
de ses campagnes; et si son ouvrage nous était
parvenu, nous n’y trouverions peut-être pas l’élégante
simplicité de style qu’on admire dans les récits
de César ; mais, vu la masse des faits et des renseignements
précieux que cet ouvrage devait contenir
sur des pays que nous ne connaissons nous-mêmes
qu’imparfaitement, nous placerions probablement
les commentaires du conquérant de la Mauritanie à
côté de ceux du conquérant de la Gaule.
Aujourd’hui nous savons seulement, par les courts
extraits qui se trouvent dans Pline, qu’après avoir
pacifié les contrées au nord et à l’ouest de l’Atlas, Paulinus
conduisit ses troupes en dix marches jusqu’aux
hautes chaînes de cette montagne, couvertes de neiges
profondes et éternelles; et que, peut-être pour punir
quelques tribus du désert d’avoir soutenu la révolte
d’OEdémon, il s’avança au delà jusqu’au fleuve Ger,


1 Dion Cassius, lib. LX, cap. IX; Pline, V, I, II. « Romana
arma primum Claudio principe in Mauritania bellavere, Ptolemæum
regem à C. Cæsare interemptum ulciscente liberto
OEdemone, refugien tibusque barbaris, ventum constat ad
montem Atlantem. »


que nous croyons être le fleuve Niger(1). Cette expédition,
entreprise avec une armée sans doute peu
nombreuse, mais du moins bien choisie, suffi t pour
inspirer au loin une terreur salutaire, et pour faire
prendre à Rome, en Mauritanie, l’attitude de la
souveraineté. Paulinus rentra dans les limites de sa
nouvelle province, et, d’après l’ancienne maxime du
sénat d’entretenir toujours les forces les plus imposantes
sur les points les plus rapprochés des hostilités
présumables, une occupation militaire habilement
combinée marqua la séparation entre les nomades
indépendants de l’Afrique et l’Europe, ses enfants
actifs et sa civilisation envahissante. Pendant que
Paulinus ou ses premiers successeurs construisaient
dans les hautes vallées de la Moulouia, aux environs
d’Aksabi-Suréfa, cette ligne de forteresses dont les
ruines, avec des inscriptions en caractères inconnus,
excitaient encore au seizième siècle l’attention
des Mogrébins qui y reconnaissaient l’ouvrage des
Roumi(2), pendant ce temps, dis-je, de nouvelles
colonies continuaient à rendre général sur la côte


1 Pline, V, I, XIV. « Verticem altis, etiam æstate, operiri
nivibus. Decumis se eo pervenisse castris, et ultra ad fl uvium
qui Ger voraretur. »
M. Horace Vernet étant en mer par le travers de Bougie,
le 27 mai 1831, a vu et dessiné la chaîne de l’Atlas. « Tous les
points culminants étaient, m’a-t-il dit, couverts de glaciers et
de neiges qui ne fondent jamais. »
2 Léon l’africain, p. 165 sqq.


l’usage de la langue latine, et à propager les perfectionnements
de la vie sociale. Sous le règne de
Claude, il n’est pas impossible qu’on ait vu arriver
avec plaisir sur la côte d’Afrique les citoyens
romains de l’Espagne, de la Gaule et de l’Italie,
qui vinrent avec leurs familles habiter les colonies
de Lixos (Larache), place de commerce sur l’océan
Atlantique(1), et de Tingis (Tanger)(2), dont au surplus
les anciens habitants avaient déjà reçu de l’empereur
Auguste le droit de cité(3).
L’occupation fut consolidée par d’autres colonies,
les unes existant déjà dans le pays depuis le
règne d’Auguste et de Juba, les autres envoyées par
Claude et par ses successeurs.
En résumé, au commencement du règne de vespasien,
la Mauritanie Césarienne renfermait au moins
treize colonies romaines, trois municipes libres, deux
colonies en possession du droit latin, et une jouissant
du droit italique. Toutes les autres villes étaient des
villes libres ou tributaires.
La Numidie, du temps de Pline, avait douze colonies
romaines ou italiques, cinq municipes et trente et
une villes libres: les autres étaient soumises an tribut.


1 Pline, V, I, 3: « Colonia a Claudio Cæsare facta
Lixos. »
2 Pline, V, I, 2 : « Nunc est Tingi quondam ab Antæo
conditum ; postes a Clandio Cæsare, quum coloniam faceret,
appellatum Traducta Julia. »
3 Dion Cassius, XLVIII, XLV


On voit combien de centres de civilisation, d’entrepôts
pour les échanges mutuels, de remparts pour
la défense du territoire, propugnacula imperii, les
Romains s’étaient créés en Afrique par l’établissement
de ces colonies militaires, véritables forteresses
que Cicéron, dans son style poétique, appelle les créneaux
de l’empire, et par la fondation de ces colonies
pacifiques qu’il nomme ailleurs la propagande de la
civilisation romaine.
Au surplus, malgré le système d’une occupation
fortement combinée, malgré le grand nombre des
troupes régulières qui occupaient les villes, malgré
les tribus alliées et indigènes auxquelles on parait
avoir abandonné de préférence la garde des positions
avancées qui ne présentaient pas les conditions de
salubrité désirables pour de jeunes soldats venus de
la Mésie, de la Germanie et de la Gaule (depuis le
premier siècle de notre ère, ces trois provinces formaient
la principale force de l’empire) ; malgré tout
cela, disons-nous, il ne faut pas croire que ces avantages
et ces précautions aient procuré à la Mauritanie
Césarienne une paix perpétuelle et un calme non
interrompu. Déjà en 726, cinq ans après la réduction
en province romaine, Cossus, général d’Auguste,
avait été forcé de réprimer les incursions des Musulmans
et des Gétules(1). Le défaut de matériaux


1 P. Oros., VI, XXI: «ln Africa Musulanos et Gætulos latius
vagantes, Cossus, dux Cæsaris, arctatis fi nibus coercuit, aique

romanis limitibus abstincre metu coegit.» Dio., LV, XXVIII ;
Vellejus, II, CXVI ; Florus, IV, XII, 40. Cossus reçut les ornements
triomphaux et le surnom de Gætulicus. Adi ap. Dion.
Reimari, not. I. c. Vid. Orelli. Inscr. select., n. 559, 560, sur une
Cornélia, fi lle de cossus Gætulicus, et sur Silanus, son petit-fils.


nous empêche de rendre compte de tous les actes
d’hostilité commis par les tribus insoumises du désert
contre les colonies et les possessions romaines; mais
nous savons que, peu d’années après le règne glorieux
de Trajan, Adrien se vit dans la nécessité de réprimer
les tentatives des Maures; qu’il envoya contre eux
Martius Turbo, l’un des meilleur, généraux de Trajan,
à qui on décerna une statue pour honorer ses vertus
civiles et guerrières; et qu’Antonin le Pieux les força
à demander la paix.
C’est de cette guerre d’Antonio contre les
Maures que parle Pausanias(1) : « L’empire, dit-il, fut
attaqué par les Maures, peuplade la plus considérable
des Libyens indépendants. Ces Maures, nomades
comme les Scythes, sont bien plus difficiles à vaincre
que ces peuples, puisqu’ils voyagent à cheval eux et
leurs femmes, et non sur des chariots. Antonio les
ayant chassés de toute la partie de l’Afrique soumise
aux Romains, les repoussa aux extrémités de la
Libye, dans le mont Atlas et sur les peuples voisins
de cette chaîne. »


1 Lib. VIII, Arcadica, chap. XLIII.


Le biographe de Marc-Aurèle nous révèle encore
un fait important et curieux : ni les garnisons romaines
qui occupaient le littoral, ni le détroit de Gadès,
n’empêchèrent les hordes de l’Atlas de prendre l’offensive,
de pénétrer en Europe, et de ravager une
grande partie de l’Espagne. Tel est du moins le sens
qui semble ressortir. des paroles un peu vagues de
Jules Capitolin(1), à moins qu’on ne veuille supposer
que ces hostilités, réprimées enfin par les lieutenants
de l’empereur, s’exerçaient par mer, et qu’il y avait
déjà alors sur les côtes de l’Afrique des corsaires ou
des pirates , comme de nos jours nous en avons vu
sortir des ports d’Alger.
Les inscriptions découvertes en 1829 à Tarquinies,
que l’un de nous a expliquées(2), prouvent qu’il
y eut des mouvements sérieux en Afrique et dans la
Bétique. En effet, dans cette province sénatoriale nous
voyons un P. Tullius Varro, procurateur de la Bétique(
3), c’est-à-dire gouverneur de la province au nom
de l’empereur. Dans ces inscriptions, où l’ordre de
prééminence des titres est très régulier, le mot procurateur
succède à celui de légat propréteur et précède


1 Jul. Capitol., Ant. Philos, C. XXI: « Cum Mauri Hispanias
prope omnes vastarent, res per logatos bene gestæ sunt. »
Institut. arclreolog. Memor., t. IV, p. 165-170.
2 Instit. archéolog. Memor., t IV, p. 165-170.
3 Proc. prov.Bætieæ ulterioris Hispaniæ, leg xnfulminatæ,
prætori. Inscript. II, lign. 9-13, p. 168.


le titre de préteur. Or, Capitolin(1) nous apprend que
Marc-Aurèle fut contraint, par les nécessités de la
guerre, de changer la hiérarchie établie pour les provinces.
De même l’Afrique, province sénatoriale, dont
ce même Varron avait été proconsul, s’était révoltée
plus tard, ou avait été attaquée par les Maures, puisque
Marc-Aurèle y envoya des troupes et la rendit
province impériale, dont le gouverneur Dasumius
n’eut plus des lors que le titre seul de légat, ou celui
de légat propréteur(2).
Nous exposerons ici le résumé de longues méditations
sur cette période obscure de l’histoire romaine.
Trois grandes causes de destruction envahissaient
l’empire : la corruption des moeurs, le décroissement
de la population libre, et, l’établissement du christianisme.
L’un de nous les a développées dans un grand
ouvrage inédit sur l’économie politique des Romains.
Mais l’histoire de la décadence de l’empire (on sent
bien que nous ne parlons pas de la forme et du style)
nous semble encore à retoucher, même après Montesquieu
et Gibbon. Nous fixerions l’origine de cette
décadence au règne d’Adrien, et la cause immédiate à


1 Cap. XXII, Art. Philos : « Provinciasex proconsularibus
consulares, aut ex consularibus proconanlares aut prætorias pro
belli necessitato fecit. » Vide h. I. Casaubon et Salmas, not. 3,
t. I, p. 374, ed. 1671.
2 Inscript. IV, lign. 13. Voy. l’explication, t. IV, p. 163,
165, 168, l70.


l’épuisement produit par les conquêtes excentriques
de Trajan. De là une réaction de tous les peuples voisins
de l’empire (1), comme celle de l’Europe sur
Napoléon de 1812 à 1815 ; de là l’abandon des provinces
au delà du Danube et de l’Euphrate, attribué par
Gibbon et Montesquieu à la pusillanimité d’Adrien,
mais, selon nous, chef-d’oeuvre de politique et de
prudence; de là ses voyages continuels dans toutes
les parties de l’empire; car partout, par les causes
indiquées, troubles, résistances, révoltes ou dangers.
Dès cette époque, la fabrique de l’espèce humaine
s’active chez les barbares; l’instinct de conservation,
la nécessité commandent ; on cultive pour produire
non de l’argent, mais des hommes. Le principe actif
de population se développe dans toute son énergie.
Pour vivre, il faut se défendre Et conquérir. Ces peuples
sont ce qu’était Rome vis-à-vis de l’Italie dans
les cinq premiers siècles de la république : c’est le
même fait, la même histoire en sens inverse, et transportée
du centre aux extrémités. Aussi, vains efforts
d’Adrien pour rétablir la discipline des légions, fortifications
des limites naturelles, grande muraille élevée
en Bretagne, enfin paix achetée, à prix d’or, des barbares.
De plus, on en remplit les armées. Les expéditions
lointaines de Trajan avaient dégoûté du service


1 Spatian. Adrian. ch. V.


militaire les citoyens romains, et créé, pour résister à
la conscription, la force d’inertie qui perdit Napoléon
en 1814. De là les esclaves armés par Marc-Aurèle(1),
et plus tard, mais trop tard, l’édit de Caracalla qui
donne le droit de cité à tous les sujets de l’empire.
Et ce n’est pas seulement par avidité, comme on l’a
écrit, c’est par nécessité d’une pépinière de soldats
pour le recrutement des armées.
Sous Antonio, l’histoire est vide ; les faits
manquent. On nous indique plusieurs révoltes(2).
Juifs, Gètes, Égyptiens, Maures, Daces, Germains,
Alains, attaquent partiellement les extrémités de,
l’empire.
Sous Marc-Aurèle(3), la ligue se forme. Parthes
et barbares de l’Orient, nations slaves, gothiques,
germaniques, bucoles en Égypte, partout et toujours
guerres sur guerres, et guerres obstinées. C’est en
grand l’attaque des Cimbres et des Teutons, moins la
force de résistance. La ligue se porte sur l’Italie; c’est
au coeur de l’empire qu’elle frappe, comme les peuples
unis sur la France en 1814 . Elle trouve, comme
eux, des auxiliaires dans les armées, formées alors non
plus de Romains seuls, mais pour moitié de barbares,


1 Capitolin, XXI.
2 Cf. Appian. præf.; Dio. Capitol. I. c.; Vict. Epitom.;
Pausan. Arcad, I. c.
3 Capitolin., N. Anton. Philos , VIII, IX, et verus, VII, et
M. Anton. Philos., XII, XIII, XIV.


comme chez nous de Français mêlés également
de Polonais, d’Espagnols, de Portugais, d’Italiens.
L’empire romain résiste encore; mais il a donné le
secret de sa faiblesse; et en deux siècles le principe
actif de population d’une part, fabriquant des
hommes libres et des soldats, de l’autre, l’obstacle
privatif, la corruption des moeurs romaines, la chasteté
des moeurs chrétiennes éteignant la population
libre et guerrière, achèvent la ruine et le démembrement
du colosse politique formé de tant de débris,
et appelé pendant tant de siècles l’univers romain,
orbis romanus.
Des chrétiens pouvaient-ils être unis de coeur et
d’intérêt à un empire qui leur ôtait les droits civils et
politiques, qui proscrivait leur culte, leurs masure,
et jusqu’à leur croyance ? Eh bien, les Antonins
sont forcés de les ménager, et d’en remplir leurs
légions.
Des barbares, adorateurs de Teutatès, d’Odin
et de Mithra, étrangers aux Romains de goûts , de
moeurs, de lois et de langages, pouvaient-ils s’incorporer
facilement dans la législation et la civilisation
romaines ? Eh bien, les Antonins sont contraints de
s’appuyer sur eux pour repousser d’autres barbares
plus ignorants, plus féroces, plus dangereux.
En résumé, le détail des faits manque pour ces quatre-vingts
ans de l’histoire : mais les causes sent évidentes,

sont palpables. Il ne faut qu’observer, méditer ce qui
précède et ce qui suit.
A cet exposé concis des effets et des causes,
deux des inscriptions de Tarquinies(1) ajoutent un
témoignage sûr, une autorité imposante. L’histoire
nous dit que sous Antonin le Pieux tous les Maures
se soulèvent. La Mauritanie n’est séparée de l’Espagne
que par un détroit de cinq lieues : on est
obligé d’y porter des forces, de mettre la province
sous le régime militaire. Aussi, dans l’inscription
citée, nous la voyons soustraite à l’autorité du
sénat, et cette province sénatoriale recevoir, non
un proconsul en toge, et ne pouvant, d’après les
lois de l’empire, porter l’épée, mais un procurateur
(procurator provincioe Boeticoe) revêtu, depuis
Claude, de tout le pouvoir civil et militaire affecté
à l’empereur lui-même. Le procurateur alors est un
vice-roi.
Ces marbres mêmes, bien observés, bien étudiés,
donnent des dates ou au moins des époques. On y lit
que la révolte de la Mauritanie précéda celle de la province
d’Afrique ; car ce P. Tullius varro à qui l’inscription
est dédiée, y est nommé proconsul de la province
d’Afrique (procos. prov. Africoe)(2), donc alors province


1 L. c, n° II, lign. 9, 10, et n° IV, lign. 13
2. N° II, ligne 4.


 sénatoriale, et plus bas(1) procurateur de la Bétique
; preuve certaine que cette province sénatoriale
d’Espagne était devenue, à cause du danger, province
impériale.
En comparant le teste du n° II avec celui du n° IV,
on voit que la première inscription a précédé l’autre.
On distingue même clairement que l’insurrection de
la Mauritanie a gagné la province d’Afrique, sa voisine;
car cette même province d’Afrique, sénatoriale
quand Varron en était proconsul, devient impériale
dans le marbre n° IV(2), puisque L. Dasumius Tullius
Tuscus en est nommé légat (leg , prov. Africoe) . Évidemment
le danger était pressant; il fallait concentrer
dans une main habile et fidèle tout le pouvoir civil
et militaire ; aussi Marc-Aurèle y envoie Dasumins,
d’abord le conseiller privé d’Adrien, d’Antonin, le
pontife de son temple, son trésorier, son chancelier,
et qui, de plus, avait fait la guerre, comme légat propréteur,
dans les provinces frontières et importantes
de la Germanie et de la Pannonie supérieure. Pour
mériter de sels emplois de la prudence d’Adrien,
d’Antonio, de Marc-Aurèle , il fallait à coup sûr des
talents remarquables ; et ce Desumius, qui n’est pas
même nommé ni dans les fastes ni dans l’histoire, ne
parait pas un homme ordinaire; du reste, sa famille


1 Ligne 9, 10.
2 Ligne 13.


était riche et dans les honneurs depuis le règne de
Trajan(1) .
L’histoire, depuis Marc-Aurèle jusqu’au règne de
valentinien, fournit bien peu de détails sur cette partie
de l’Afrique. Nous savons seulement que, sous Alexandre
Sévère, Furius Celsus remporta des victoires dans
la Mauritanie Tingitane(2) ; que sous le règne de Gallien
l’Afrique éprouva des tremblements de terre épouvantables(3),
mais qu’elle resta fidèle à l’empire, et que
l’usurpateur Celsus n’eut que sept jours de règne(4).
La vie de Probus, racontée par Vopiscus et par
Aurelius Victor, offre, sur l’Afrique, quelques faits
qu’il ne faut pas négliger de recueillir. Chargé du
commandement de cette contrée probablement par
les empereurs Gallien, Aurélien et Tacite, il déploya
de grands talents, un grand courage personnel dans
la guerre contre les Marmarides, qu’il parvint enfin à
subjuguer(5). Il passa de la Libye à Carthage, dont il ré-


1 Voyez le testament de Dasumius, Inst. archéol., Mém.,
t. III, p. 387, 392, et Tavola d’aggiunta C.
2 Æ. Lamprid., Alex. Sever., c. LVIII : «Actæ sunt res
féliciter et in « Mauritania Tingitana per Furium Celsum.»
3 « Mota est Libya ; hiatus terræ plurimis in locis fuerent,
cum aqua salsa in fossis appareret. Maria etiam multas urbes
occupaverunt. » Trebell, Pollio, Gallien, chap. V.
4 « Septimo imperii die interemptus est (Celsus). Corpus
ejus a canibus consumptum est, Siccensibus qui Gallieno fi dem
servaverant, perurgentibus. » Trebell. Pollio, Triginta Tyranni,
cap. XXVIII.
5 « Pugnavit et contra Marmaridas in Africa fortissimo,

eosque denique vicit. » Flav. Vopisc., Probus, cap. IX. Les
Marmarides habitaient entre l’Égypte et la Pentapole. Cf. Cellarii
t. II, Geogr., Anliq., IV, II p. 838 sqq.


prima les rébellions. Il provoqua et tua en combat singulier
un chef de tribus africaines, nommé Aradion ;
et, pour honorer le courage remarquable et la défense
opiniâtre de ce guerrier, il lui fi t élever par ses soldats
un grand monument funéraire de deux cents pieds de
largeur, qui existe encore, nous dit Vopiscus(1). Il avait
pour principe qu’il ne fallait jamais laisser le soldat
oisif. Il fi t construire à ses troupes des ponts, des temples,
des portiques, des basiliques; il les employa à
désobstruer l’embouchure de plusieurs fleuves et à
dessécher un grand nombre de marais, dont il forma
des champs parés de riches moissons.
Le long règne de Dioclétien, qui ne nous est connu
que par des abrégés secs et décharnés, vit s’allumer en
Afrique une guerre importante, puisque Maximien s’y
rendit en personne. Une ligne d’A. Victor(2) : « Julianus
et les Quinquégentiens agitaient violemment l’Afrique
; » deux lignes d’Eutrope copié par Zoneras :
« Herculius (Maximianus) dompta les. Quinquégentiens(3)
qui avaient occupé l’Afrique, » sont, avec une


1 «Sepulchro ingenti honoravit… per milites, quos otiosos
esse nunquam est passus.» Vopisc., Prebus, cap. IX.
2 De Coesaribus, cap. XXXIX. Eutrop. IX, XV. « Maximianus
bellnm in Africa profl igavit, domitis Quinquegentiania
et ad pacem redactis. »
3 Que Zoneras nomme. Ann., XII, 31, t. I,

p. 641. Voyez pour cette guerre le P. de Rivas, Éclaircissements
sur le martyre de la légion Thébéenne ; un vol. in-8°, 1779.


phrase de panégyrique(1), à peu près tout ce qui nous
reste au sujet de cette expédition.
Ce fut cette même année 297(2) que le nombre
des provinces d’Afrique fut augmenté, et que Maximien,
après avoir dompté les Maures et les avoir
transplantés de leur sol natal dans des contrées qu’il
leur assigna, fixa la délimitation des nouvelles provinces(3).
La Byzacène fut formée d’un démembrement
de la province proconsulaire d’Afrique, et nommée
d’abord Valeria en l’honneur de l’empereur Valerius
Diocletianus(4) : alors la Numidie fut gouvernée par
un consulaire(5), de même que la Byzacène, et prit le
deuxième rang après la province d’Afrique.
La Mauritanie Sitifensis fut composée d’une
portion de la Mauritanie Césarienne. Ces deux provinces
étaient gouvernées chacune par un proeses.
La contrée située entre les deux Syrtes, jusqu’à la
Cyrénaïque, s’appela Tripolitaine, et fut régie par un


1 Panegyr. Vet., VI, XVIII : «Tu ferocissimos Mauritaniæ
populos, inaccessis montium jugis, et naturali munitione fi dentes,
expugnasti, recepisti , transtulisti.»
2 Morcelli, Afr. chr., t. I, p. 23-25 ; t. II, p. 177.
3 Ce morcellement est indiqué par Lactance, de Mort.
Persec c. VII, n° 4.
4 Morcelli, t. I, p. 23.
5 Not. dign. inp., c. XXXIV, XLVI.


proeses, qui était pour le rang et la dignité au-dessous
du consulaire(1).
L’Afrique fut donc alors divisée en six provincdes,
qui étaient, en allant de l’est à l’ouest, la Tripolitaine,
la Byzacéne, la Proconsulaire (Africa), la
Numidie, la Mauritanie Sitifensis, et la Mauritanie
Césarienne.
La Mauritanie Tingitane était attribuée à l’Espace,
don elle formait la septième province(2).
Zosime(3) nous apprend que, l’an 311, Maxence,
déjà maître de Rome, réunit à son domaine l’Afrique,
qui avait d’abord refusé de le reconnaître, et où
s’était fait proclamer empereur un certain Alexandre,
paysan pannonien, qui pendant plus de trois ans régna
sur cette contrée.
Maxence avait arraché l’Afrique à cet Alexandre,
aussi lâche et aussi incapable que Ici-même. Volusianus,
préfet du prétoire, y avait été envoyé par ce tyran
avec quelques cohortes : un léger combat suffi t pour
abattre le pouvoir chancelant, de ce paysan parvenu.
La belle province d’Afrique, dit Aurelius Victor(4),
Carthage, la merveille du monde, terrarum deccus , fut


1 Morcelli, t. I, p. 24.
2 Sext. Rufus, Brev., cap. V ; Isidor., Géogr., C. IV;
Insript., p. 361, n. I, Gruter. PER PROVINCIAS PUOCONSULARES
ET NUMIDIAM, BYZACIUM AC TRIPOLIN, ITENQUE
MAURITAN1AM SITIFENSEM ET CÆSARIENSEM.
3 Lib. II, A. Victor, Epitom., C. XL..
4 De Cæsaribus, cap. XI.


pillée, ravagée, incendiée par les ordres de Maxence,
tyran farouche et inhumain, dont le penchant a la
débauche redoublait la férocité. Il parait certain
que la Numidie avait aussi accepté la domination
d’Alexandre, et même que ce timide usurpateur,
après avoir perdu Carthage presque sans combat,
s’était, comme Adherbal, réfugié sous l’abri de la
position forte de Cirta. Telle est du moins l’induction
très probable qu’on peut tirer de la phrase de
Victor, qui nous dit, avec, sa concision ordinaire(1),
que Constantin, vainqueur de Maxence, fi t relever,
embellir la ville de Cirta qui avait beaucoup souffert
dans le siège d’Alexandre, et qu’il lui donna le nom
de Constantine.
Un fait assez curieux qui nous a cité conservé
par Aurelius Victor(2) et par une inscription, c’est
que Constantin, chrétien fervent, qui, dans sa guerre
contre Maxence, avait fait placer le labarum(3) sur ses
drapeaux, qui, après sa victoire, refusa de monter au
Capitole pour rendre grâce à Jupiter, se fi t élever en
Afrique, plusieurs années après et dans les lieux les
plus fréquentés, un grand nombre de statues d’airain,
d’or ou d’argent; c’est qu’en outre il fi t ériger dans
cette contrée un temple, et instituer un collège de


1 « Cirtaeque oppido, quod ubsidione Alexandri ceciderat,
reposito exornatoque, nomen Constantina inditum. »
2 De Cæsaribus, cap. XL.
3 La croix avec ces mots : In hoc signo vinces.


prêtres en l’honneur de la famille -Flavienne, de la
gens Flavia, dont il se disait descendu(1).
Étrange bizarrerie de l’esprit humain ! Ce
prince, propagateur zélé du christianisme, qui porta
même jusqu’au fanatisme les croyances religieuses;
ce même prince qui, dans la Grèce et l’Asie, fermait
les temples, abattait les idoles, Constantin établissait
dans une partie de son empire, pour lui-même, pour
la sainte Hélène sa mère, pour le pieux Constance
son père, une véritable idolâtrie. Il agissait en Asie
comme un apôtre du Christ, en Afrique comme un
enfant de Vespasien.
Ce culte idolâtre de la gens Flavia subsistait
encore en 340, sous Constance. Cette inscription(2)
le prouve : L. ARADIO VAL. PROCULO V. C.
AUGURI PONTTFICI FLAVIALI. L’Afrique fut
la dernière à recevoir le christianisme. On n’y aperçoit,
dit Gibbon(3), aucune trace sensible de foi et de
persécution, avant le règne des Antonins. Le premier
évêque de Carthage connu est agrippinus, élu en l97;
la sixième année de Septime Sévère(4).


1 « Statuæ (Constantini) locis quam celeberrimis, quarum
plures ex auro, aut argenteæ sunt : tum per Africam sacerdotium
decretum Flaviæ genti. »
2 Grut., p. 361, n° I ; Morcelli, Afr. Chr. t. I, p. 25.
3 Décad. de l’emp. rom., t. III, p. 126.


L’Afrique même, peut-être à cause de cette
adoration si fl atteuse pour les princes, sous quelque
forme qu’elle se présente, fut, pendant le règne de
Constantin, l’une des provinces les plus favorisées de
l’empire. Il y bâtit des forteresses, restaura plusieurs
villes, les décora de monuments; il rétablit le cours
de la justice, institua une police vigilante, établit des
secours pour les pères chargés d’enfants(1), réprima
les exactions du fi sc, diminua les impôts, et affranchit
les Africains de ces dons gratuits de blé et d’huile,
qui, d’abord offerts par la reconnaissance à Septime
Sévère, s’étaient changés, depuis son trogne, en un
impôt annuel et régulier(2).
Sous les règnes de Constantin et de Constance,
l’Afrique ne fut troublée que par le schisme des Donatistes(
3). Cependant la secte des circoncellions, paysans
grossiers et barbares, qui n’entendaient que la langue
punique, et qu’animait un zèle fanatique pour l’hérésie
de Donat, se mit en révolte déclarée contre les lois du
l’empire. Constantin fut obligé d’employer les armes


1 Cod. Theod., I. XI, tit. XXVII, C. II, et not. de Godefroy,
c. f. I. V, tit. VII-VIII.
2 « Remotæ olei frumentique adventitiæ præbitiones
quibus Tripolis ac Nicæa (lege Oea) acerbius angebantur. Quas
res superiores, Severi imperio, gratanies civi obtulerant, verteratque
gratiam muperis in perniciem posterorum dissimulatio.
» Aurel. Vict., De Cæsaribus, cap. XLI.
3 Lebeau , Hist. du Bas-Empire, II, 56 ; III, 12, 13.


contre ces sectaires(1). On en tua un grand nombre,
dont les donatistes fi rent autant de martyrs. L’Afrique
fut jusqu’à sa mort en proie à ces dissensions, qui, en
affaiblissant l’autorité impériale, préparèrent le soulèvement
des tribus indigènes, toujours disposées à
saisir les occasions de recouvrer leur indépendance.
Dès le commencement du règne de Valentinien
Ier, la révolte éclata sur deux points à la fois, vers
Leptis, dans la Tripolitaine, et autour de Césarée,
dans la Mauritanie(2). Les nations africaines, trouvant
des auxiliaires dans une hérésie qui, depuis trentetrois
ans, avait dégénéré en guerre civiles(3), et qui
paralysait ]es forces de l’empire, jugèrent l’occasion
favorable pour secouer le joug des Romains.
Firmus, fi ls de Nubel, un roi maure, vassal de l’empire,
se déclara empereur(4), et fut bientôt maître de la
Mauritanie Césarienne. La révolte éclata d’abord sur
les monts Jurjura, dans le pays des Quinquégentiens,
que Maximien n’avait subjugués qu’avec peine, et dont
il avait transporté quelques tribus au delà de l’Atlas.
Théodose, père de l’empereur du même nom, fut chargé


1 Depuis 316 jusqu’en 337. Lebeau, III, 20; Dupin, Hist.
Donat. ; Vales., De schism. Donat.
2 « Africam, jam inde ab exordio Valentiniani imperii,
exurehat barbarica rabies; per procursus audentiores et crebris
cædibus et rapinis intenta. » Ammian. Marcell., XXVII, IX, t,
XXVIII, VI, t 26.
3 Optatus, De schism. Donat , III, 3 – 9.
4 En 372.


de la réprimer. Un peut inférer du récit détaillé de
cette guerre, qu’Ammien Marcellin nous a transmis
d’après les rapports offi ciels du général(1), que Firmus
sut rallier à ses vues d’ambition privée des intérêts
généraux très puissants. Les donatistes trouvaient en
lui un défenseur contre la persécution; les nations africaines,
un chef pour les conduire à l’indépendance ;
enfi n, les tribus, chassées de leur pays par une rigueur
outrée, aspiraient au plaisir d’une juste vengeance, et
se fl attaient de recouvrer, par sa victoire, leurs héritages
paternels et les tombeaux de leurs ancêtres.
Théodose, habile général, qu’Ammien compare à
Corbulon(2), prévoyait toutes les diffi cultés de cette
guerre. Il fallait conduire, dans un pays brûlé par des
chaleurs excessives, des soldats habitués au climat
humide et froid de la Gaule et de la Pannonie. Avec
des troupes peu nombreuses, il avait à combattre une
nuée de cavaliers infatigables, des troupes légères
excellentes(3). C’était une guerre de postes, d’escarmouches
et de surprises, contre un canerai exercé à


1 XXIX, V, 1-56. Voyez plus bas la section Géographie
ancienne.
2 Amniian, XXIX, V, 4.
3 « Agensque in oppido (Theodosius ) sollicitudine diducebatur
ancipiti, multa cum animo versans, qua via quibusve
commentis per exustas caloribus terras pruinis adsuetum duceret
militem ; vel hostem caperet discursatorem et repentinum,
insidiisque patius clandestinis quam præliorum stabililate confi
sum, etc. » Ammian., XXIX, V. 7.


voltiger sans cesse, aussi redoutable dans la fuite que
dans l’attaque, et qui avait tous les habitants pour
lui.
Dans sa guerre d’Afrique, l’oeil perçant de
César avait reconnu tout d’un coup les obstacles
que lui opposaient ce climat et ce genre d’ennemis.
Il lui fallut toutes les ressources de son génie, toutes
les fautes de ses adversaires, pour en triompher. Ses
légions si fermes, indomptables dans les Gaules et à
Pharsale, ses vétérans exercés par tant de victoires,
s’épouvantèrent devant ces Parthes de l’Afrique, ces
Numides insaisissables, qu’ils dispersaient sans les
vaincre, qui ne leur laissaient pas un seul moment
de relâche, et qui, comme les insectes importuns de
ces contrées, quand ils les avaient chassés loin d’eux,
quand ils les croyaient en déroute, se retrouvaient en
un clin d’oeil sur leur front, sur leur dos, sur leurs
flancs.
Dans la guerre contre Firmus, qui dura trois
années consécutives, avec des alternatives continuelles
de revers et de succès, Théodose eut encore
à combattre les obstacles du terrain. C’était dans la
région la plus âpre et la plus escarpée de l’Afrique
qu’existait le foyer le plus ardent de l’insurrection.
C’est ce réseau de montagnes abruptes ; c’est cet
amas de gorges, de défi lés, de pics, de lacs et de torrents
qui se croisent sans interruption de Sétif à Cherchel,
entre les deux chaînes de l’Atlas ; c’est cette

contrée presque inviable que Firmus avait habilement
choisie pour y amener les Romains, et en faire
le théâtre de la guerre.
Des plans si bien concertés échouèrent. Firmus,
de même que Jugurtha, succomba après une défense
opiniâtre. Si l’histoire de cette époque n’était muette
sur les détails des opérations militaires, Théodose,
comme général, serait placé sans doute a côté de
Metellus et non loin de Marius. D’un caractère dur
et infl exible, il sut maintenir dans son armée la plus
exacte discipline; sa politique habile et rusée sut
désunir ses adversaires, en leur prodiguant à propos
les trésors de l’empire. Sans doute il établit par des
victoires la terreur de ses armes; mais l’inconstance
et la corruptibilité des Maures furent pour lui de puissants
auxiliaires, et l’aidèrent à triompher des efforts
obstinés de l’indépendance africaine.
A Valens succéda Théodose le Grand, fi ls du général
vainqueur de Firmus. Né dans la même contrée,
issu de la même famille qui avait produit Trajan(1), il
fut comme Trajan un empereur belliqueux, nomme lui
redoutable eux nations barbares voisines de l’empire.
Le même fait que j’ai déjà signalé se renouvelle encore
une fois : le génie militaire de Théodose, l’éclat de ses
victoires, l’importance et l’étendue de ses conquêtes


1 « Gencre Hispanus, originem a Trajano principe trahens.
» Aurel. Vict., Epitom., C. XLVIII.


inspirent à ces peuples de vives craintes pour leur
indépendance; l’empire romain, réuni sous la main
ferme de ce grand prince, est partagé après sa mort(1)
entre ses deux fils Arcadius et Honorius, héritiers
du trône et non des vertus de leur père. Alors commence
la réaction des peuples assujettis contre le
peuple dominateur, et le refoulement des nations
pressées par les hordes sauvages de l’Asie. L’Afrique
tout entière se sépare de l’empire d’Occident(2),
et se donne au frère de Firmus , au Maure Gildon,
qui l’avait gouvernée pendant douze ans avec le titre
de comte.
Un autre frère de Firmus et de Gildon, Mascézil,
qui était resté fi dèle aux Romains, fut choisi par
Stilichon pour combattre et réduire l’usurpateur. La
petite armée de Mascézil ne montait qu’à cinq mille
hommes, et ce petit nombre de soldats éprouvés suffit
pour ramener à l’obéissance toute cette vaste contrée.
Gildon, vaincu d’avance par sa vieillesse, par ses
débauches et par ses vices, est trahi par ses troupes,
et s’enfuit sans combattre.
Ces deux ordres de faits, l’accession si prompte de
l’Afrique entière à l’usurpation de Gildon, sa soumission
plus prompte encore à l’empire du faible Honorius,


1 En 395. Lebeau, XXV, LIV.
2 En 397. Voyez Lebeau, XXVI, XLV; Gibbon, Decad, t.
V, p. 412 ; et Claudien, Bello Gild. de laud. Stilic., I, 248 ; in
Eutrop., I, 399 sqq.


 ces deux faits ont une cause générale qu’on a
jusqu’ici négligé de rechercher, mais qui nous semble
évidente et palpable.
Gildon était Maure et païen, mais protecteur
zélé des circoncellions et des donatistes; il était
frère de Firmus, qui était mort en combattant pour
la liberté du pays : il représentait donc deux intérêts
généraux très-puissants, celui de l’indépendance
africaine, et celui d’une secte religieuse fort active
et fort étendue : l’accession du pays fut prompte et
volontaire.
Mais la famille de Gildon était chrétienne et
orthodoxe; sa femme, sa sueur et sa fille furent
des saintes(1). Son règne dégénère en tyrannie. Sa
cruauté, sa lâcheté, son avarice et ses débauches,
plus offensantes dans un vieillard, lui aliènent le
coeur de ses partisans. Mascézil arrive devant lui
avec une poignée de soldats : il représente, aux yeux
des Maures, le sang des rois indigènes, fils de Nubel
; aux yeux des chrétiens, la religion orthodoxe qui,
depuis l’épiscopat de saint Cyprien, avait jeté en
Afrique de profondes racines. Mascézil trouve des
auxiliaires dans la famille même du tyran; il s’appuie
à son tour sur des intérêts généraux tout-puissants
: l’Afrique entière se soumet presque sans
résistance.


1 Lebeau, Hist. du Bas-Empire, I. XXVI, chap. LI.


Aussi, la conquête achevée , Stilichon , politique
à la vue perçante, mais peu délicat sur les moyens, se
débarrasse de Mascézil par un crime, qu’il déguise
sous les apparences d’an accident fortuit(1). Stilichon,
trop instruit des secrets de la faiblesse de l’empire,
eut évidemment pour but, en sacrifi ant Mascézil,
d’ôter un chef redoutable à l’indépendance africaine.
Un seul chiffre démontre quel appui la rébellion
pouvait trouver en Afrique. On compta en 411, au
concile de Carthage, composé de cinq cent soixante,
seize membres, deux cent soixante-dix-neuf évêques
donatistes(2) ; et cette secte, depuis quarante ans,
appuyait toutes les tentatives formées pour se séparer
de l’empire. Aussi tous les efforts du gouvernement,
toute l’énergie des Pères de l’Église, dirigée par saint
Augustin, s’appliquèrent à extirper cette hérésie, qui
menaçait à la fois la religion et l’État.
L’Afrique même profi ta pendant quelque temps
des malheurs de l’Italie et du démembrement de
l’empire; un grand nombre de fidèles s’y réfugia pont
échapper à l’invasion des barbares, et vint accroître les
forces du parti catholique et impérial. Enfi n, depuis la
révolte de Gildon jusqu’à l’arrivée des Vandales(3), cette


1 Lebeau, XXVI, LII ; Gibbon, t. V, p. 424, an 398.
1 Morcelli, Afr. chr., an 411, C. VII. Les évêques catholiques
étaient presque trois cents. Ibid., C. V.
3 Depuis 398 jusqu’en 428.


partie du monde ne fut déchirée par aucune guerre
civile ou étrangère.
Le comte Boniface gouvernait toute l’Afrique.
Habile général, administrateur intègre, ce
grand homme, plus Procope(1) appelle le dernier des
Romains, sut manier les rênes du pouvoir d’une main
douce et ferme à la fois. Il avait réprimé les incursions
des Maures, fait fl eurir le commerce, l’agriculture,
l’industrie(2), et, au milieu des convulsions de l’empire,
fait jouir les vastes pays confi és à sa vigilance
de tous les avantages de la paix. Une intrigue de cour
qui menace sa vie le pousse à la révolte : il s’unit
avec Genséric, et partage l’Afrique avec lui : toute la
nation vandale(3) abandonne l’Espagne, et traverse la
mer avec son roi.
Quoique l’histoire ne spécifi e point quelles provinces
furent abandonnées aux vandales, il paraît que
Boniface leur céda les trois Mauritanies, et que le
fleuve Ampsaga fut la limite de cette concession(4).
Genséric, peu content de ce partage inégal, attaque
Boniface qui s’était réconcilié avec l’empire, détruit
l’armée romaine, s’empare d’Hippône, occupe la Numidie,
l’Afrique proconsulaire et la Byzacène, moins


1 Bell. Vandal., I, III, p. 322, ed. Dindorf.; Bonn., 1833.
2 Victor, Vit. parsec. Vand., I, I.
3 « Vandali omnes eorumque familiæ. » Idat. Chron.
apud Lebeau, XXXI, XVII, n° 3.
4 Lebeau, ibid., chap. XVI.


Carthage et Cirta. Un traité, conclu en 435(1) avec
Valentinien III, lui assure, moyennant un tribut, la
possession de ce qu’il occupait, et rend à l’empire les
trois Mauritanies, déjà probablement abandonnées
par les Vandales, trop peu nombreux(2) pour garder un
si vaste territoire. Genséric livre même son fils Hunéric
en otage, preuve que cet empire qui s’écroule est
encore à craindre aux barbares. Genséric, en 439, se
rend maître de Carthage, et il établit dans les provinces
soumises à sa domination une sorte de système
féodal ou bénéficiaire. Il avait trois fils; il leur abandonna
les terres et la personne même des plus riches
habitants, qui devinrent les esclaves de ces princes. Il
fit deux lots des autres terres : les meilleures et les plus
fertiles furent distribuées aux Vandales, exemptes de
toutes redevances, mais certainement à la charge d’un
service militaire. Ces propriétés étaient concédées à
perpétuité, et, du temps de Procope, portaient encore
le nom d’héritages des Vandales. Ce fut l’Afrique
proconsulaire qu’il partagea ainsi. Par ce moyen,
il retenait ses soldats près de Carthage, où il avait
fixé sa résidence; il s’était réservé la Byzacène, la


1 Le 3 des ides de février, c’est-à-dire le 11 de ce mois.
Morcelli , an 435, C. I.
2 Cinquante mille combattants, selon Procope; quatrevingt
mille hommes de tout âge (senes, juvenes, parvuli, servi
vel domini), selon Victor de Vite, I, I.


Gétulie et une partie de la Numidie(1). Quant aux
fonds d’un moindre rapport, il les laissa aux anciens
possesseurs, et les chargea d’impôts très-considérables.
Je suis étonné qu’on n’ait point encore signalé
cette distribution de la propriété dans une conquête
faite par des peuples teutoniques, comme le premier
germe du système féodal, qui ne s’établit en Europe
que cinq sicles après.
La Tripolitaine et les Mauritanies restèrent soumises
à l’empire d’Occident jusqu’en 45l(2). Elles
en étaient déjà séparées l’an 460. Depuis la mort de
Valentinien III en 455 , Genséric s’était rendu maître
du reste de l’Afrique(3), c’est-à-dire de la Tripolitaine,
de la Numidie entière, et des trois Mauritanies. Ce
fait historique, raconté par un évêque africain, par
un écrivain contemporain peu favorable à Genséric,
nous a paru digne d’être signalé à l’attention du gouvernement.
Il doit engager la France à persévérer,
et démontre même que la conquête du pays n’offre
pas des diffi cultés insurmontables; car les Vandales
n’avaient au plus que cinquante mille combattants. Ils
étaient ariens par conséquent, plus haïs peut-être des


1 « Exercitui Zengitanam vel Proconsularem funiculo
hæreditatis divisit, sibi Byzacenam, Abaritanam atque Gætuliam,
et partem Numidiæ reservavit. » Victor Vit., I, IV.
2 Morcelli, Afr. chr., an. 460, e. I; an. 461, ibid.
3 Idem, I, 4 : « Post cujus mortem totius Africæ ambitum
obtinuit. »


catholiques fervents qui composaient alors presque
toute la population de l’Afrique, que les chrétiens
aujourd’hui ne, le sont des musulmans. Ils avaient
tout le pays contre eux. La seule différence de langue,
de couleur, de lois, de moeurs et d’usages devait
entretenir entre les Africains et les conquérants teutoniques
une division constante et des haines acharnées.
Mais Genséric sut comprendre que le temps et
la persévérance sont des éléments nécessaires pour
la fondation d’un empire. Débarqué en 429, il s’empare
en 431 d’Hippône et d’une portion de la Numidie.
En 435, un traité par lequel il rend à l’empire
les trois Mauritanies, lui donne la possession de la
Byzacène et de l’Afrique proconsulaire. En 439 il
se rend maître de Carthage, et ce n’est qu’en 455,
après s’être affermi dans ses nouvelles conquêtes,
qu’il attaque et soumet les trois Mauritanies. Alors
quatre-vint mille vandales occupaient complètement
la vaste contrée qui s’étend de la Méditerranée jusqu’au
Ger, et depuis l’océan Atlantique jusqu’aux
frontières de Cyrène.
Cette soumission complète se maintint pendant
font le long règne de Genséric. Ce prince, pour se garantir
contre les révoltes des habitants, avait fait démanteler
toutes les villes fortifi ées de l’Afrique, excepté
Carthage. Procope remarque que ce fut une des causes
qui facilitèrent les progrès de l’invasion de Bélisaire.

Mais il nous dit lui-même(1) que les Vandales ne
savaient pas combattre à pied, ni se servir de l’arc et
du javelot; qu’ils étaient tous cavaliers(2), et n’avaient
pour armes offensives que la lance et l’épée. Avec
une armée ainsi composée, la démolition des murs
de toutes les villes était une mesure indispensable
pour maintenir le pays dans l’obéissance. Cependant,
comme les vandales ne pouvaient pas anéantir
les forteresses naturelles, le pays de montagnes fut
le premier qui leur échappa. Déjà, sous le règne de
Hunéric, les Maures s’étaient emparés de toute la
chaîne des monts Aurasius, et ils purent s’y maintenir
pendant toute la durée de la domination des
Vandales(3). Mais enfi n, avec de la cavalerie seule et
quatre-vingt mille combattants au plus, les Vandales
conservèrent pendant quatre-vingt-quinze ans la possession
de presque toute l’Afrique septentrionale.
Bélisaire, en 533, avec une armée de dix mille
fantassins et de cinq ou six mille cavaliers, leur enleva
tout le pays de plaine, et Carthage, siége de leur domination.
Salomon , successeur de cet habile général,
et qui avait appris l’art de la guerre en exécutant les


1 Bell. Vandal., I, VIII, p. 349.
2 Il serait curieux de rechercher si cette prédominance
de l’arme de la cavalerie dans la composition des armées n’est
pas une conséquence immédiate de l’établissement du système
féodal.
3 Procop., I, VIII, p. 345.


savavantes combinaisons de ce grand capitaine,
Salomon reprit aux Maures le pays de montagnes,
la province de Zab, porta les frontières de l’empire
aux limites du désert, et s’avança vers le sud jusqu’à
40lieues au delà du grand Atlas. La conquête si
prompte d’un pays si étendu, avec une armée si peu
nombreuse, aurait droit de nous étonner ; mais les
causes du succès nous semblent palpables et évidentes.
Les Vandales étaient ariens. La population catholique
ne les voyait qu’avec horreur. Ils avaient usurpé
les deux tiers des propriétés foncières de l’Afrique.
Tous les Romains, dépossédés par la violence, avaient
un intérêt puissant à secouer le joug de cette aristocratie
spoliatrice; cet arbre, planté par la conquête ,
qui n’avait pas jeté de racines dans le pays, devait être
renversé au premier souffle. Les vandales, comme
la pospolite de la Pologne, leur ancienne patrie, ne
combattaient qu’à cheval et de près; une seule arme
faisait toute leur force. Bélisaire se présente avec une
armée peu nombreuse, mais complète et régulière. Il
l’avait formée de l’élite des Romains et des nations
barbares. La cavalerie romaine était très exercée à
tirer de l’arc, l’infanterie à se servir des catapultes et
des balistes ; les Goths étaient redoutables l’épée à
la main; les Huns étaient des archers admirables ; les
Suèves bons soldats d’infanterie ; les Alains étaient
pesamment armés, et les Hérules étaient une troupe

légère. Bélisaire prit dans toutes ces nations les divers
corps de troupes qui convenaient à ses desseins, et
combattit contre une seule arme avec les avantages
de toutes les autres.
Salomon avait le même avantage vis-à-vis des
Maures. Ceux-ci ne se servaient que de la fronde et
du javelot. C’étaient, en infanterie, en cavalerie, des
troupes légères excellentes. La rudesse et l’âpreté de
leur pays, les escarpements de l’Aurasius et de l’Atlas,
convenaient merveilleusement à cette manière de
combattre. Ils avaient de plus tous les habitants pour
eux. Cependant la supériorité de l’organisation militaire
l’emporta sur le nombre, sur les difficultés du
terrain, et en moins de trois campagnes ces Maures
indomptables furent vaincus et soumis.
Toutefois les limites de l’empire de Justinien
ne s’étendirent pas à l’ouest au delà de la Mauritanie
Sitifensis. La Césarienne et la Tingitane, moins
Césarée et Ceuta, restèrent au pouvoir des Maures.
En 543, il se forma une ligue des nations maures,
jalouses dû reconquérir leur indépendance. Nous ne
connaissons l’histoire de cette guerre que par quelques
lignes de Procope et par un poème latin de Cresconius
Corippus, récemment découvert et publié à Milan(1).


1 En 1820, par P. Mazuchelli, d’après. un manuscrit
unique du quatorzième siècle, qui existe dans cette ville au
musée Trivulce.


Après quelques alternatives de succès et de revers,
Jean Troglita, qui avait servi sous Bélisaire, et que
Justinien investit du pouvoir suprême sur toute l’Afrique,
défit complètement les Maures dans deux grandes
batailles, et les convainquit si bien de l’infériorité
de leurs forces, qu’à partir de cette époque ils furent
entièrement soumis, et que même, selon Procope(1), ils
semblaient de véritables esclaves. L’Afrique alors jouit
pendant longtemps d’une paix tranquille et assurée, et,
délivrée du ravage de ces Tribus turbulentes, elle vit
refleurir de nouveau son agriculture et son industrie.
Justinien(2) y établit un vice-roi, sous le nom de
préfet du prétoire d’Afrique. Il réforma l’administration
civile, institua une bonne organisation militaire, et
assigna les fonds nécessaires au traitement des divers
employés, qui tous étaient soumis au pouvoir unique
et suprême de son délégué. L’Afrique, séparée par la
mer du reste de l’empire, avait besoin d’un seul chef
et d’une forte centralisation. Il y eut cependant, après
la mort de Justinien(3), quelques soulèvements des
Maures, quoique ces peuples eussent alors embrassé


1 Bell. Goth., IV, XVII
2 Cod. lib. I, tt. XXVII, de Offi cio præfect. proe’orio
Ajrics, et de Offi cio præfect, præ’orio Africæ, et de omni ejusdem
dioecesco statu. CCCXCVI viros per diversa scrinia et
offi cia.
3 En 569. Joann. abb. Biclar. Chron. Lebeau, L, XXIV, n.
4; Morcelli, ann. 569, 570.


volontairement le christianisme. Deux exarques
d’Afrique furent vaincus et massacrés par leur roi
Gasmul, qui, devenu tout-puissant par ses victoires,
donna à ses tribus errantes des établissements
fixes(1), et s’empara peut-être de Césarée, soumise
aux Romains depuis la conquête de Bélisaire.
Ce roi maure semble même avoir été un conquérant
ambitieux et assez entreprenant; car, l’année
suivante, nous le voyons marcher contre les Francs et
tenter l’invasion de la Gaule(2). A la vérité, il échoua
dans cette entreprise; mais cette expédition lointaine
atteste sa puissance, et ce fait curieux pour l’histoire
du Bas-Empire, pour l’histoire de l’Afrique et celle
de notre pays, méritait d’être recueilli par deux écrivains
français très-érudits, Lebeau et Saint-Martin,
qui l’ont entièrement laissé dans l’oubli.
Tibère succède au faible Justin, tombé en
démence ; il choisit pour vice-roi de l’Afrique(3) Gennadius,
habile général et soldat intrépide. Ce guerrier
reproduit dans cette contrée l’exemple des hauts faits
d’armes de Probus. Il défi e en combat singulier le roi
Gasmul, remarquable par sa force, son courage et son
expérience dans les armes; il le tue de sa propre main,


1 Joann. Biclar. Chron. ; Morcelli , an. 574.
2 Marius Aventic., in Chron. ; Morcelli, Afr. chr., an
575.
3 En 579. Morcelli, I. c. II avait alors le titre de decar.
Simocalta, I. VII. C. VI.


remporte une victoire complète sur les Maures, extermine
leur race, et leur reprend toutes les conquêtes
qu’ils avaient faites sur les Romains(1).
A partir de cette époque , pendant les règnes
de Tibère, de Maurice et de Phocas, l’histoire se tait
sur l’Afrique. Ce silence est presque une preuve du
calme et de la tranquillité uniforme dont jouit alors
cette contrée. Les époques stériles pour les historiens
sont généralement heureuses pour les peuples.
Sous l’empire d’Héraclius(2), l’Afrique septentrionale
toute entière, depuis l’océan Atlantique
jusqu’à l’Égypte, était soumise au trône de Byzance
; car ce prince en tire de grandes forces pour sa
guerre contre les Perses. Suinthilas, roi des Goths
espagnols, profi te du moment pour s’emparer de
plusieurs villes situées sur le détroit de Cadix, qui
faisaient partie de l’empire romain. Ce fait, qui nous
a été conservé par Isidore(3), a encore été négligé par
Lebeau, Gibbon et Saint-Martin. Il méritait, à ce
qu’il nous semble, d’être consigné dans leurs écrits,
puisqu’il nous montre l’étendue des limites occidentales
de l’empire à une époque fameuse par la
fondation de l’islamisme, qui devait bientôt ébranler
le trône de Byzance, et lui arracher ses plus belles
provinces.


1 Joann. Biclar., in Chron. ; Morcelli, ann. 579.
2 La douzième année de son règne, en 621.
3 Hist. Gothor. in fi n.; Morcelli, Afr. chr., ann. 621, 622.


En 647, les Arabes s’emparent de la Cyrénaïque
et de la Tripolitaine(1).
En 658, un traité partage l’Afrique entre Constant
et Moawiah, qui se soumet, disent les Grecs, à
payer un faible tribut(2).
En 666 ou 670, ce même Moawiah fonde la ville
de Kairouan, qui devient le siége de la domination
musulmane en Afrique(3).
Enfi n, en 697, Carthage est prise et détruite par
Hassan, et le nom grec et romain effacé de l’Afrique(4).
Ici se termine notre tâche : à partir de l’an 647,
les sources orientales sont presque les seules qui soient
fécondes et abondantes pour cette partie du globe, pour
cette époque de l’histoire. Nous nous sommes bornés
à indiquer les faits principaux. Nous laissons à nos
savants confrères qui ont fait de l’Orient leur domaine,
le soin de développer la série et l’enchaînement des
faits historiques depuis la fin da septième siècle jusqu’à
l’époque du dix-neuvième, qui a vu la domination barbare
de la régence d’Alger s’écrouler en un clin d’oeil
sous l’impétuosité des armes françaises.


1 Elmacin, Hég. 27 ; Fredegar. in Chron., n. 81
2 Theoph., Chron., p. 288.
3 Leo Afr., p. 575, ed. Elzev.; Mariana, lib. VI, C. XI ;
Elmacin, Hégir. 46 ; Otter, Hist. Acad. inscr., t. X, p. 203, éd.
in-12 ; et Theoph. Elmacin, Art de vérifier les dates, t. V, p.
148.
4 Theoph.; Elmacin, ibid., p. 148.


GUERRE DE SCIPION
CONTRE ANNIBAL

suite…

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Pharrell Williams – Happy we are from Algiers