PRÉCIS DE NATUROTHÉRAPIE


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Auteur : Dr Baugé-Prévost Jacques
Ouvrage : Précis de naturothérapie – LETTRES DE NOBLESSE
DE LA MÉDEClNE NATURELLE

Année : 1983

 

INTRODUCTION

La médecine est à la fois une et multiple. Ses nombreuses
manifestations diffèrent selon la race, le milieu ,
le temps, le tempérament, la régression , l’intérêt, l’évolution
ou la culture. Ce que l’on appelle « découverte » n’est
le plus souvent qu’une « redécouverte ». Beaucoup de
choses oubliées ou interdites renaissent. Leur rénovation à
caractère scientifique est la marque du progrès.
Or, sous les cieux et bien au -delà, il y a autre chose de
tout à fait nouveau. Pour ceux que cela intéresse, rappelons
d’abord comment le Dieu de la Bible accablait Job.

Qui est celui qui obscurcit mes desseins
Par des discours sans intelligence?
Ceins tes reins comme un vaillant homme.
Je t’interrogerai, et tu m ‘instruiras.
As-tu pénétré jusqu’aux sources de la mer?
T’es-tu promené dans les profondeurs de l’abîme?
Les portes de la mort t’ont -elles été ouvertes?
As-tu embrassé du regard l’étendue de la terre?
Parle, si tu sais toutes ces choses.
Qui a ouvert un passage à la pluie?
Et tracé la route de l’éclair et du tonnerre?
Connais-tu les lois du ciel?
– Job 38

Oui, après bien des détours, les Terriens ont relevé tous
les défis de Yahvé. La science s’empresse de découvrir des
avenues nouvelles et de résoudre des énigmes qui n’ont
aucun point de comparaison avec le passé. La connaissance
et la compréhension de la nature humaine ont considérablement
évolué. Représentants et représentantes de notre
espèce savent maintenant qui ils sont, d’où ils viennent et
où ils vont. Ce même savoir pourrait nous permettre de

réduire au minimum le nombre toujours grandissant de
pillages et de pollutions, risques d’ailleurs inhérents à tout
progrès scientifique ou simplement humain. Croître au
milieu des dangers, telle est la loi de notre évolution, tel
sera aussi notre destin futur.
Nous sommes les héritiers de milliers de générations.
Quand notre regard s’est reposé longtemps sur le passé
duquel est sorti, au prix de tant d’efforts, le présent, on se
rend compte que l’avenir doit s’édifier par le travail et porter
notre empreinte, et qu’il faut tout prévoir et préparer
avec une ardeur inquiète. Quand il s’agit d’histoire, comprendre
signifie: voir surgir le présent des résolutions du
passé. C’est là seulement que nous trouvons le fil conducteur
indispensable à notre jugement.
Des forces économiques nous ont été léguées, nous
avons hérité d’une multitude de traditions, techniques et
connaissances, nous sommes fabriqués d’erreurs, de vérités,
d’idéals, de superstitions et de crimes. De ces éléments,
plusieurs ont si bien passé dans notre chair que nous ne
concevons pas d’existence possible sans eux; d’autres se
sont étiolés qui promettaient beaucoup; d’autres encore
ont atteint en quelques années un développement si prodigieux
qu’ils paraissent hors de proportion avec la vie de
l’ensemble. Ainsi les voyages dans l’espace. Bien que les
racines de ces nouvelles merveilles plongent dans les siècles
oubliés, leur éclosion fantastique semble tenir du miracle
ou, si l’on préfère, d’une haute magie. Mais avant tout,
nous avons hérité des gènes, des cerveaux et des corps par
quoi et en quoi nous vivons. « Connais-toi toi-même »,
disait la sagesse des mystères antiques gravée au fronton du
temple de Delphes. Quiconque prend ce précepte au sérieux
reconnaîtra bientôt qu’il doit « devenir quelqu’un »
au-delà de lui-même, c’est-à-dire créer, participer à la vie
des idées, s’engager dans une cause commune, ou bien
dégénérer.
Dans notre culture occidentale, la médecine s’est tracé
trois grands itinéraires. Il convient de laisser au passé certaines
des idées et pratiques anciennes. Mais à côté d’elles,

on relève une attitude de pensée et une thérapeutique qui
gardent une valeur permanente dans la Naturothérapie
moderne.
Un premier courant médical nous fait remonter à Hippocrate.
La Grèce antique s’intéressait davantage à la santé
qu’à la maladie. La déesse Hygie était la gardienne de la
santé intégrale et symbolisait la croyance selon laquelle la
santé est une chose naturelle et un attribut positif de tout
être humain qui vit raisonnablement. D’après cette conception,
la fonction principale de la Naturothérapie est de
re-découvrir et d’enseigner les lois de la Nature qui assureront
à l’homme un esprit sain dans un corps sain.
Tout comme le culte d’Hygie idéalisait le mode de vie
des anciens Grecs, le grand naturothérapeute Hippocrate
accordait une place importante aux moyens que la nature a
mis gracieusement à la disposition de l’Homme: le soleil,
l’air, l’eau, l’exercice, le repos et l’alimentation. Pour Hippocrate,
la maladie était le résultat de la violation des lois
naturelles. Il croyait que le corps malade déclenche luimême
le mécanisme des forces naturelles qui s’appliquent à
rétablir l’équilibre rompu et la santé. Le thérapeute doit
profiter de cette tendance naturelle à guérir. C’est parce
que le naturothérapeute admet ces principes qu’il est avant
tout un hygiéniste.
« Si tu es malade, disait Hippocrate, recherche d’abord
ce que tu as fait pour le devenir. » Conséquemment à la
doctrine, cette thérapeutique s’appliquait à réformer la
conduite du malade en faisant le contraire de ce qu’il avait
fait pour se rendre malade. Il ne s’agissait pas, en réalité, de
« guérir » dans le sens que les charlatans de tout poil donnent
à ce mot, mais bien plutôt d’apprendre à se guérir soimême.
Hippocrate fut à ce titre le père du naturisme, tandis
qu’Esculape représentait la médecine symptomatique.
Bien que l’on accorde au Maître de l’île de Cos le fait
d’avoir soustrait le naturisme aux superstitions religieuses,
il n’était pas question de le dissocier de la spiritualité. Dans
les instituts fondés par Pythagore duquel Hippocrate était
l’un des continuateurs, science, culture physique et religion

tendaient à former des individus aussi complets que possible.
On y pratiquait la prière, la méditation et l’initiation.
Cet accomplissement de la perfection du corporel à celle
du spirituel se retrouvait aussi dans les anciennes Olympiades,
instituées originellement pour le rétablissement de
la santé publique.
Continuateurs des anciens Grecs mais à un degré moindre,
les Romains personnifiaient la défense de la santé par
Minerva Medica, déesse aux qualités viriles tout en étant
naturellement féministe, qui soignait les malades sous le
signe de son bois sacré. Dans la Rome montante, les médecins
se faisaient rares. À son déclin, ils étaient devenus si
puissants qu’ils constituaient un fardeau public.
Néanmoins, l’éducation indispensable inspirée par la
jeune et belle Hygie a mené à quelques démesures. Elles
consistent à croire que la nature auto-guérisseuse n’a
jamais besoin d’être aidée, que toute maladie découle
uniquement de la violation d’une ou de plusieurs règles
d’hygiène, que la guérison résulte automatiquement de la
suppression des causes nuisibles et que l’hygiène naturelle
conduit infailliblement à un état paradisiaque.
Un deuxième courant médical nous mène à une subordination
de la logique au sentiment intuitif. De là la série
nombreuse et variée des conceptions mystico-naturistes
qui commencent avec François d’Assise (1182-1226). Peu
d’esprits se sont autant identifiés à un respect de la nature.
Considérant toutes choses, . vivantes ou inanimées, comme
les membres d’une même famille, il a ouvert le chemin à la
sagesse écologique.
Son « Cantique au Soleil » témoigne d’une vision globale
peu commune à l’époque. Le voici exprimé en de simples
mots et aux accents proprement poétiques:

« Très-Haut, Tout-Puissant et Tout-Bon Seigneur,
À Toi sont les louanges, la gloire, et l’honneur, et toute
bénédiction,
À Toi seul, Très-Haut, ils conviennent,
Et nul homme n’est digne de nommer ton nom.

Loué sois-Tu, Monseigneur, avec toutes tes créatures,
Et tout spécialement Messire Frère Soleil,
Qui nous donne le jour et par qui tu nous illumines,
Et qui est beau et rayonnant, et qui, avec sa grande
splendeur,
De Toi, Très-Haut, nous porte signification.
Loué sois-Tu, Monseigneur, pour soeur Lune et les
Étoiles,
Que Tu as formées dans le ciel, claires et précieuses et
belles.
Loué sois-Tu, Monseigneur, pour frère Vent,
Et pour l’air, et les nuages, et le serein et tous les temps,
Par lesquels aux tiennes créatures Tu donnes soutien.
Loué sois -Tu, Monseigneur, pour soeur Eau,
Qui est moult utile, et humble, et précieuse, et chaste.
Loué sois-Tu, Monseigneur, pour frère Feu,
Au moyen duquel Tu enlumines la nuit,
Et qui est beau, et joyeux, et robuste, et fort .
Loué sois-Tu, Monseigneur, pour soeur notre mère
Terre,
Qui nous entretient et nous soutient
Et p.r.o duit les divers fruits, et les fleurs colorées, et les
prairies.
Louez et bénissez Monseigneur et lui rendez grâces
Et le servez avec grande humilité. »

Nonobstant une compassion qui l’a parfois porté à des
extrêmes, envers lui-même comme envers les autres, les
relations d’aide que François d’Assise établissait auprès
des malades étaient empreintes de compréhension et de
respect chaleureux, gage d’une personnalité authentique
et dévouée. Soulager les souffrances morales et physiques
ne faisait -il pas partie intégrante de la mission d’un disciple
de Jésus!
Tous les champions d’une véritable spiritualité de la
nature reçurent une impulsion vitale de François d’Assise.
On se souviendra qu’il fut le fondateur d’un Ordre qui
compta parmi ses membres Roger Bacon ( 1204-1294 ),

Duns Scot (1266-1308) et Guillaume d’Ockham (1300-
1350), tous trois dotés d’un audacieux instinct de recherche
et doués de grandes capacités philosophiques. Le
moine anglais Bacon, surnommé le Docteur admirable, prévoyait
l’union de la science et de la religion. Ce qui importait
pour ces Franciscains, c’était de placer la volonté au
centre de la religion, par opposition à une adhésion forcée,
sentimentale, calculée ou purement intellectuelle. Continuer
la création et se hisser jusqu’à Dieu, telle était leur
oeuvre maîtresse.
Il importe de souligner que le comportement de François
est une réaction vivante contre le despotisme clérical.
Alors que la caste sacerdotale lui prescrit des voies déterminées
qui doivent mener seules au salut, il suit son propre
chemin et, en personne libre, se lie directement avec son
Dieu. Il est à peine besoin de le faire observer: entre cette
liberté personnelle et la « terreur frissonnante » qui, d’après
le père des Jésuites, Ignace de Loyola, fait l’âme de la
religion, se trouve un abîme. « Aucune religion qui se fonde
sur la peur n’est respectée parmi ceux qui, de l’obscurité,
s’efforcent vers la lumière », dira un jour Goethe.
Pour vaincre cette peur, il a fallu extirper de la nature
humaine ce mépris que l’Église d’orientation judéo-chrétienne
a entretenu au cours des siècles, par sa doctrine de
l’homme déchu. La circoncision (mutilation qui se perd
dans la nuit des temps africains), marquait la sujétion du
mâle à Yahvé. Quant à la femme, l’assimilation de tout son
être à un état d’impureté, voire au péché, exigeait, lors de
ses périodes menstruelles, des rites allant de l’isolement
total jusqu ‘aux sacrifices d’expiation et à l’holocauste
d’animaux.
Dès le 2e siècle, le zélé Tertullien donne le ton à de
nombreux propos à venir: « Femme, tu devrais toujours
porter le deuil, être couverte de haillons et abîmée dans la
pénitence, afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre
humain. Femme, tu es la porte du diable. C’est toi qui as
touché à l’arbre de Satan et qui, la première, as violé la loi
divine. » (De cul tu feminarum).

Faut-il ajouter qu’à la remorque du judéo-christianisme,
la médecine allopathique considérait, il n’y a pas si longtemps,
les différentes périodes de la vie féminine (puberté,
menstruation, grossesse, ménopause , etc.) comme des
maladies à caractère médical. La circoncision est encore
une pratique courante. Si la castration fait partie d’un
autre âge, il existe aujourd’hui un service de transsexualité.
De plus, l’allopathie traite la nymphomanie, l’homosexualité
et toutes les autres prétendues déviations, perversions
et souillures sexuelles.
De la mystique ou de l’intuition religieuse découla une
science géniale de la nature. À cette troisième voie était
réservée une riche moisson.
L’homme qui jeta un pont entre le Moyen Âge et l’époque
moderne fut Paracelse, de son vrai nom Théophraste
Bombast von Hohenheim, né à Einsiedeln (Suisse) en
1493 . Il proclama fièrement que ses méthodes de guérison
n’avaient pas été empruntées d’Hippocrate, mais qu’il les
avait créées en s’appuyant sur l’expérience, maîtresse suprême
de toutes choses.
Sa doctrine des correspondances entre le Microcosme
(homme) et le Macrocosme (univers) compte des adeptes
de tous les milieux : religieux, nobles, chrétiens, juifs, savants,
illettrés et même sorcières, ce qui permettra de la
discréditer en déclarant qu’elle abritait en son sein davantage
de charlatans et d’empoisonneurs que de chercheurs
authentiques et d’individus honorables. Pour les médecins
en place, Paracelse ne peut avoir raison puisqu’il n’est
qu’un « mauvais médecin », un « guérisseur ». Vieille rengaine
qui traverse allègrement les siècles!
Paracelse fut l’un des premiers à affirmer que l’âme
influence le corps et l’esprit, tout autant qu’elle est influencée
par eux. La psychosomatique en dira plus tard la
justesse. Ses traitements se fondent encore sur la connaissance
des plantes. Sa théorie de la quintessence est alors
révolutionnaire.
Paracelse a montré la place exceptionnelle de l’homme
dans l’univers. La vie de l’être humain est inséparable de

celle du cosmos. Loin d’être une forme de vie parmi toutes
les autres, l’homme est à lui seul un univers. Mieux, il est
1 ‘expression totale du cosmos tout entier, sous toutes ses
formes et sous tous ses aspects. Il est « cet être unique »,
écrira quatre siècles plus tard le biologiste Julian Huxley.
Quelques citations de Paracelse donneront une bonne
idée de sa conception de la thérapeutique:
« L’homme porte tout en lui: le bien comme le mal, le
paradis et l’enfer, la santé et la maladie. »
« C’est sur soi-même qu’il faut oeuvrer, c’est en soi-même
qu’il faut chercher. »
« Le médecin doit ordonner à sa sagesse ce que la vie
naturelle lui enseigne. »
« Respectez les fièvres, ce sont des tempêtes qui s’apaisent
elles-mêmes. »
« Tout est poison; rien n’est poison. »
« Les maladies du cosmos sont aussi les maladies de
l’homme. »
« Dieu n’a jamais permis une seule maladie dont il n’ait
pas créé le remède. »
« La plus haute raison de la médecine, c’est l’amour …
C’est l’amour qui enseigne l’art et en dehors de lui il ne
naît pas de médecin! »
Paracelse fut le créateur de la physiologie proprement
dite. Il ne voulait presque rien savoir de l’anatomie, qui lui
semblait « morte », et l’essentiel était à ses yeux de « conclure
de la grande nature – l’homme extérieur – à la petite
nature de l’individu. » Mais pour aider à la connaissance
de cet « homme extérieur », il pose deux principes, qui
sont devenus les principes fondamentaux de toute science
naturelle: l’observation et l’expérimentation. Par là, il
réussit à fonder une pathologie rationnelle: « Les fièvres
sont des tempêtes qui s’apaisent elles-mêmes », etc., comme
aussi une thérapeutique naturelle qui lui valut le titre
de fondateur de la médecine scientifique. Un autre mérite
de cet esprit supérieur: il fut le premier à introduire une
langue vivante, soit l’allemand, dans l’Université.
Si l’allopathie a su, au cours des siècles, profiter de l’ana-

tomie, l’alchimie, la physiologie, la chimie et la biochimie,
qui sont des branches des sciences naturelles, elle a aussi
hérité de nombreuses erreurs.
Sur le plan strict de la santé, la médecine qui drogue
échoue la plupart du temps. Sa méthode consiste à combattre
la toxicité psychique et physique par la toxicité du
médicament. De la même façon qu’on tente d’épurer la
mer polluée par le pétrole au moyen de traitements chimiques
qui sont aussi dangereux, sinon plus, que la pollution
elle -même. La médecine pasteurienne, tantôt hygiène épidermique,
tantôt empoisonneuse des humeurs, mène à
plusieurs abus. L’écoulement massif et périodique de vaccins,
pour citer un exemple frappant, n’est pas une oeuvre
philanthropique.
« La science médicale, qui n’en est pas une, n’est pas la
science de l’homme sain », disait Alexis Carrel, prix Nobel
de physiologie 1912, l’un des premiers directeurs scientifiques
de l’Institut Rockefeller et célèbre auteur de
« L’homme, cet inconnu ». Après ce précurseur, l’un des
continuateurs, René Dubos, microbiologiste et écologiste
de réputation internationale, déboulonne l’une des plus
grandes prétentions allopathiques. Voyons-en les grandes
lignes:
La génération actuelle croit que le contrôle des maladies
infectieuses date de la vulgarisation des antibiotiques. En
réalité, la mortalité due à de nombreuses autres infections
avait déjà commencé à baisser en Europe occidentale et en
Amérique du Nord, bien avant l’introduction de méthodes
spécifiques de traitements et l’acceptation de la théorie du
microbe dans la maladie. L’effet des antibiotiques n’est
qu’une ride sur la vague qui balaye la mortalité causée par
l’infection dans nos communautés. Ce n’est pas dans la
pharmacothérapie que se trouvera la solution définitive de
ce problème. La victoire remportée sur ]es maladies épidémiques
est due en grande partie à la campagne en faveur
d’une nourriture, d’un air et d’une eau purs. Elle dépend
d’une doctrine philosophique, non d’une théorie vaccinale.
Le maintien de la santé dans la joie et la recherche d’une

nouvelle formule de vie plus conforme aux penchants
naturels est un but bien plus élevé que la découverte d’un
nouveau médicament. Et Dubos parle d’une nouvelle
science de la nature humaine, sous le patronage de la
déesse Hygie, qui n’est pas sans nous rappeler ce que
Herbert M. Shelton, doyen des naturo-hygiénistes américains,
et Pierre De lore, de l’école néo- hippocratique française,
ont partiellement réalisé.
Fernand Seguin, biochimiste et commentateur scientifique,
qui recevra une consécration mondiale en 1978, soit
le prix Kalinga de l’UNESCO, la plus haute distinction
pour la vulgarisation scientifique, appelait de ses voeux un
manifeste qui rendrait compte de l’état déficient de la formation
médicale universitaire, en remplacement du serment
d’Hippocrate, et qui se lirait comme suit:
« Nous, médecins, inscrits à la faculté grâce à un processus
de sélection qui privilégie une forme d’intelligence
symbolisée par les succès scolaires, indépendamment de
toute autre qualité humaine, avons reçu une formation académique
dont les traits marquants sont l’acquisition d’un
vocabulaire de trente mille mots, la dissection d’un cadavre,
l’apprentissage d’un nombre considérable de données
théoriques et la familiarité, au seip des C.H.U., des maladies
les plus rares et les moins représentatives des problèmes
de santé de la population. Bardés de nos diplômes,
détenteurs d’un arsenal de drogues dont nous connaissons
parfois mal les mécanismes et les interactions, nous vous
accueillons dans nos cabinets, aussi angoissés que vous
pouvez l’être, car nous ne connaissons guère plus que vous
votre sexualité, votre alimentation, la qualité de votre vie,
et nous ne savons pas comment réagir devant l’insomnie, la
fatigue, les vagues douleurs lombaires, la dépression diffuse,
le stress, l’aliénation et la solitude, tout ce cortège de
syndromes étrangers à notre formation professionnelle et
qui forme l’essentiel de votre détresse. Happés par le système,
nous n’avons pas le temps de vous expliquer notre
impuissance; voici donc des pilules, des comprimés, des
cachets dont la plupart sont des sous-produits de l’indus-

trie des colorants du XIXe siècle. Ces mystères nous échappent;
nous feignons d’en être les grands-prêtres. »
Ces paroles ont été prononcées en 1976 au colloque
international d ‘Orford, Québec, auquel ont participé des
noms aussi prestigieux que A.L. Cochrane, René Dubos,
Jean Trémolières, Jean-Paul Escande et Henri F. Ellenberger.
À cette occasion, le professeur Dubos dira:
« Il me semble utile d’insister ici sur le fait que les
connaissances scientifiques ne donnent pas d’autorité aux
professions médicales en ce qui concerne la qualité de la
vie. Le médecin le plus savant et le plus expérimenté n’a
pas de qualification spéciale, en tant que médecin, pour
enseigner l’art de la vie. ( .. . ) Mais rien dans leur formation
scientifique ne donne aux professions médicales l’au-
torité de choisir pour la société ce que devraient être ses
institutions et ses modes de vie. Ainsi, il ne faut pas attendre
de la médecine qu’elle puisse déterminer par elle-même
la qualité de la vie. » (Critère, automne 1976).
La médecine actuelle avec son brillant outillage, ses
médicaments spectaculaires et sa technique chirurgicale
prodigieuse, constitue par ses lacunes un risque énorme
pour la santé publique. Elle réclame des esprits novateurs
pour sortir des sentiers battus.
Effectivement, une première mondiale s’est réalisée en
octobre 1982. L’Université Paris-Nord, Unité d’Études et
de Recherches (U.E.R.) en Médecine et Biologie Humaine,
dépendant de la Faculté de Médecine de Paris, a entrepris
l’enseignement de la Naturothérapie pour perfectionner la
formation des médecins. Cette création est sanctionnée par
un diplôme officiel.
Lors de la séance inaugurale, le responsable du nouveau
département, le docteur René Féjan, a débuté ainsi: « La
décision d’appliquer un nouvel enseignement sur la Naturothérapie
ne procède pas du hasard, mais de la nécessité de
répondre à une demande sociale sans cesse grandis san te. »
Pierre Cornillot, doyen de la Faculté de Médecine
Paris XIII, en avait déjà précisé le sens: « Il est extrêmement
clair que l’idée fondamentale, c’est de renforcer

l’autonomie du patient et son aptitude naturelle à répondre,
et non pas le placer dans une situation de substitution
et de renforcement à autrui qui va créer beaucoup plus
d’aliénation et beaucoup plus de dépendance. Et je pense
que, dans ce sens -là, il s’agit quand même d’une éthique
dans la pratique médicale. » (France-Culture, 18-9-1982).
Bien entendu, on a fait appel aux pionniers. André Passehecq,
directeur du Centre de Recherches et d’Education
Orthobiologiques (Vence) et Jacques Baugé-Prévost, président
de l’Ordre des Naturothérapeutes du Québec, ont
été invités à participer à la mise au point et au démarrage
de ce programme.
Le chemin étant tracé, de larges perspectives s’ouvrent
désormais à la Naturothérapie.

 

ANTHROPOLOGIE NATURELLE

« Féminine, cette première histoire, éternelle, maternelle,
végétale … , cette histoire qui s’étend à travers l’existence
de toutes les espèces animales et humaines. Si l’on s’y
reporte en esprit, elle signifie la même chose que la vie elle-même »,
déclare le philosophe Oswald Spengler.
Dans les Védas, écrits sacrés des Indo-Aryens, le commencement
du cosmos est expliqué par la coagulation de la
mer de lait originelle, battue par les dieux créateurs. La
déesse Maya, source de la Voie Lactée, était ornée d’un
nuage lumineux en forme de croix. Tous les êtres vivants
sont nés de ce liquide primordial.
De tout temps, la Terre, la Lune, la Mer, l’Eau, la Matière,
la Nature, la Nourriture, la Fécondité, l’Intuition et
l’Amour, ont été reliés à la Femme. Déméter, Héra, Athéna,
Thémis, Cérès, Minerve, Junon, Astarté, Mnémosyne,
Frigga, Isis, etc., autant de noms mythologiques pour signifier
les multiples aspects et fonctions de la Déesse-Mère
des origines. Maïa, par exemple, divinité dont le mois
de mai tire son nom, personnifiait la saison des amours et
le réveil de la nature de son profond sommeil hivernal à
une vie palpitante. Elle symbolisait aussi la maternité que
le culte de Marie (mère de Jésus) a plus ou moins assimilée.
C’est toujours au mois de mai que l’on fête les mères et
il convient de profiter de cette période pour repenser
l’écologie que nous pouvons définir comme la science de la
tenue de la maison Terre. Il est utile aussi de rappeler
qu’au point de vue étymologique, le terme mariage (lat.
matrimonium, ma tris, mu nus: fonction de la mère) désigne
uniquement l’apport maternel.

 

SEXUALITÉ NATURELLE

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Ces islamophobes promoteurs de l’islamisme


claudeelkhal.blogspot.com

Des étudiantes dans l’Afghanistan des années 70

Contrairement à ce qu’affirment les islamophobes, l’essor de l’islamisme – comme on aime à l’appeler en France – n’est pas intrinsèque à l’islam, mais le résultat direct de la politique américaine et atlantiste au Moyen-Orient.

Al-Qaeda est née en Afghanistan, nourrie par les armes et l’argent américains. Idem pour Daech, créé suite à l’invasion de l’Irak. Sans oublier la Libye, devenue terrain fertile des jihadistes après sa destruction par l’Otan.

Par ailleurs, l’islam radical ne se serait sans doute jamais autant développé en France et en Europe sans le financement des alliés de l’Otan: le Qatar et l’Arabie Saoudite – Donald Trump n’a-t-il pas récemment rappelé que les États-Unis étaient les protecteurs de la monarchie saoudienne?

De plus, le développement de l’islam radical en France a beaucoup plus à voir avec la politique mercantile et irresponsable de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, clients des régimes wahhabites qatari et saoudien, qu’avec la foi musulmane.

Quant au si décrié Hamas – la branche palestinienne des Frères Musulmans, il a été créé avec l’aide d’Israël pour affaiblir le Fatah de Yasser Arafat – de l’aveu même d’un ancien diplomate israélien. Israël a également admis il y a quelques mois avoir financé et armé des « rebelles » dans le Golan syrien occupé, c’est-à-dire des membres d’al-Nosra, la branche d’Al-Qaeda en Syrie.

Des années 50 aux années 80 du siècle dernier, l’islamisme – l’interprétation rigoriste des lois coraniques et son application stricte dans la sphère publique – n’était pas en odeur de sainteté dans les pays arabes à majorité musulmane. Souvenons-nous des moqueries de Nasser en Égypte à propos du voile obligatoire.

Mais la France et surtout la Grande Bretagne voulaient faire tomber le raïs égyptien. Ils ont donc soutenu, protégé et nourri ses pires ennemis: les Frères Musulmans. Peu importe si cette confrérie affichaient des idées contraires aux principes qui ont fondé les démocraties occidentales.
L’idéologie des Frères Musulmans – le fameux islam politique dont on nous parle tant – est, avec le wahhabisme, la principale inspiration des groupes « takfiristes » (appelés aussi « jihadistes ») à travers le monde, d’Al-Qaeda à Daech, en passant par les Talibans.
Dans l’Irak de Saddam Hussein et la Syrie de Hafez el-Assad, tous les deux musulmans mais adeptes de l’idéologique baasiste, laïque et socialiste, les islamistes étaient pourchassés et écrasés dans le sang, comme ce fut le cas du soulèvement des Frères Musulmans à Hama en Syrie au début des années 80.
L’invasion de l’Irak et la chute de Saddam Hussein puis la guerre en Syrie contre le régime baasiste ont été une bénédiction pour les islamistes qui ont pu y constituer de véritables armées, et dans le cas de Daech, créer un état, un califat autoproclamé, à cheval sur les deux pays en ruine.
L’Afghanistan, pour sa part, était communiste. Afin de l’arracher à la mainmise soviétique, les États-Unis ont financé, entrainé et armé des rebelles afghans, majoritairement islamistes. Leurs héritiers ont constitué le mouvement des Talibans. Les États-Unis ont également créé une « légion arabe » sous la direction d’Oussama Ben Laden pour combattre les Soviétiques. Cette « légion », formée de mercenaires islamistes venus de plusieurs pays de la région, est devenue Al-Qaeda.
Bien que se revendiquant de l’islam, la Jamahiriya libyenne du colonel Kadhafi ne tolérait pas les mouvements fondamentalistes religieux. Sa chute, la destruction ainsi que le dépeçage de la Libye ont permis aux islamistes de sortir au grand jour et transformer le pays en havre pour jihadistes du monde entier.
La plupart des islamophobes militants qui hantent les plateaux de télévision et les colonnes des journaux et magazines soutiennent la politique américaine et atlantiste au Moyen-Orient, notamment l’invasion de l’Irak, la destruction de la Libye et la guerre en Syrie. Ils ont par conséquent applaudi les décisions politiques et militaires qui ont contribué à l’essor de l’islamisme.
En France, nombre d’entre eux ont soutenu ou travaillé avec Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Ils ont donc adoubé, souvent par leur silence, les décisions qui ont favorisé la mainmise saoudienne et qatarie sur l’islam hexagonal et, ce faisant, ont participé activement à sa communautarisation et sa radicalisation.
Bref, hypocrisie suprême, ces islamophobes veulent nous effrayer avec un islamismequ’ils ont eux-mêmes contribué, directement ou indirectement, à développer en France, en Europe et au Moyen-Orient.
© Claude El Khal, 2019
Claude El Khal : Born in Beirut, schooled in Paris, lived and worked in London, Dubai and of course Beirut. Writer, filmmaker, journalist, former aspiring comedian, occasional cartoonist. I write in english with a slight french accent and in french with a lebanese inflection.

Humour populaire !


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Sacré D!lem !

Voici comment et pourquoi Israël a conçu les attentats du 11/9 dès les années 70


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par Hannibal GENSERIC  

L’atrocité terroriste du 11 septembre n’est pas simplement tombée du ciel bleu. Elle a été méticuleusement planifiée au fil des décennies et mise en œuvre pour atteindre un objectif spécifique. Le but principal des attaques terroristes était de déclencher « la guerre contre le terrorisme » – la guerre la plus longue et la plus coûteuse de l’histoire des États-Unis.

Le 11 septembre et la guerre contre le terrorisme sont des complots liés qui ont été conçus pour nous amener à accepter les guerres ouvertes dans lesquelles nous sommes engagés depuis septembre 2001. Comme je l’explique dans mon livre The War on Terror: The Plot to Rule the Middle East (La guerre contre le terrorisme: le complot pour régner sur le Moyen-Orient ), les renseignements militaires israéliens ont tramé ces deux complots pour amener l’armée américaine au Moyen-Orient afin qu’elle mène une guerre contre les ennemis de l’État sioniste.
  Christopher Bollyn

Le renseignement militaire israélien opère dans le cadre politique de l’État d’Israël. Cela signifie que le complot du 11/9 devait être approuvé au plus haut niveau politique en Israël depuis la fin des années 1970, lorsque le premier film israélien décrivant une attaque par avion contre un gratte-ciel a été fait par Arnon Milchan, un agent de haut niveau renseignement israélien. Le premier film de Milchan, The Medusa Touch (la touche de la méduse), a été tourné en 1978 et mettait en vedette un Boeing 747 entrant en collision dans le bâtiment PanAm à New York.

 

Le premier film d’Arnon Milchan, en 1978,
mettait en vedette un 747 qui s’encastrait
dans le bâtiment PanAm.


Milchan avec le ministre de la défense Ezer Weizman, 1978

Un an plus tard, en 1979, le chef fondateur des services de renseignement israéliens prédit que les Arabes attaqueraient le plus haut bâtiment de New York. Isser Harel a fait cette prédiction à Michael Evans, un activiste sioniste américain.

En juillet 1979, Menachem Begin, ancien chef du terroriste de l’Irgun, devenu premier ministre en 1977, a organisé à Jérusalem une conférence sur le « terrorisme international« , qualifiée par les observateurs d' »offensive de propagande » destinée à déclencher une guerre mondiale contre le terrorisme. La conférence de trois jours était organisée par une organisation appelée l’Institut Yonatan [Netanyahou], dirigée par Benjamin Netanyahu et son père, Benzion. L’ivrogne George H.W. Bush était l’un des intervenants le dernier jour.

Ces trois événements: le film de Milchan, la prédiction de Harel et la conférence sur le terrorisme international, indiquent que les plans israéliens pour le 11 septembre et la guerre contre le terrorisme ont commencé lorsque le terroriste notoire Menachem Begin est arrivé au pouvoir en 1977. Begin avait été impliqué dans des atrocités terroristes. en Palestine dans les années 1940 en tant que chef de l’Irgoun. Il avait organisé le bombardement de l’hôtel King David en 1946 et le massacre de tout le village de Deir Yassine en 1948.[1]

 

Menachem Begin est le terroriste le plus connu de l’histoire israélienne et le fondateur du parti politique qui dirige Israël aujourd’hui. Photo: Begin et l’hôtel King David bombardé par les terroristes juifs en 1946.

Quand Israël est devenu un État, Begin a créé un parti politique issu de l’Irgoun et l’a appelé Herout (Liberté); Albert Einstein l’a appelé « le parti terroriste » et a averti les Américains de ce qu’il apporterait à l’avenir s’il n’était pas dissous.

Herout était un parti résolument déterminé à élargir les frontières d’Israël et refusait de reconnaître la légitimité du Royaume de Jordanie, revendiquant le droit d’Israël à l’ensemble du territoire d’Eretz Israël (la « Terre d’Israël »). Au cours de sa première année en poste, Begin a envahi le Liban avec l’intention d’occuper la partie sud du pays jusqu’au fleuve Litani.

Le 10 octobre 1983, Yitzhak Shamir, l’ancien chef du gang terroriste Stern (LEHI), est devenu Premier ministre. Moins de deux semaines plus tard, comme par hasard, un camion piégé a dévasté la caserne de la marine américaine à l’aéroport de Beyrouth, faisant 241 morts. Une attaque simultanée sur les troupes françaises a entraîné la mort de 58 militaires français. C’était l’inauguration par Israël des attentats sous faux drapeau qui continuent de nos jours et qui conviennent parfaitement  aux grands médias menteurs (aux mains des sionistes) et aux gouvernements en Occident.

Comme toujours, les États-Unis et la France ont baissé leur froc devant la puissance des réseaux juifs qui contrôlent leur pays respectifs.

Depuis cette date,  l’armée israélienne a continué à tuer des gens au Liban, au moyen de son réseau terroriste utilisant des voitures et des camions piégés.

Israël était derrière dix-huit attentats terroristes
(véhicules piégés) au Liban en un mois!
Caspar Weinberger rencontrant le terroriste notoire Yitzhak Shamir en 1982. Ronald Reagan avait déclaré que les États-Unis ne négocieraient pas avec les terroristes. Personne ne doutait que Shamir était un terroriste.

Pendant le premier mandat de Shamir en tant que Premier ministre du 10 octobre 1983 au 13 septembre 1984, les services de renseignements de l’armée israélienne ont commencé à armer et à entraîner des « djihadistes arabes » au Pakistan, dont Oussama ben Laden. Les combattants du Hezb-e-Islami dirigés par Gulbuddin Hekmatyar ont reçu des armes payées par la CIA et l’Arabie saoudite et achetées aux Israéliens à partir des armes prises sur les champs de bataille du Liban. Ce qui était étrange à propos de cet arrangement, c’est que les États-Unis finançaient la formation et l’armement de la milice la moins efficace et la plus anti-occidentale des milices menant le jihad contre l’Armée Rouge en Afghanistan. Les soi-disant « Arabes afghans », formés par Israël aux arts du terrorisme, sont devenus Al-Qaïda en 1994. Selon des documents publiés sur le site Internet de la CIA, Oussama ben Laden était un agent du renseignement américain nommé Tim Osman. Tim Osman (Ossman) a été recruté par la CIA peu de temps après que le père de George W. Bush soit devenu directeur de la CIA en 1976. [2]

Qu’avaient accompli les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël en armant et en entraînant les combattants du Hezb-e-Islami? Ils avaient créé l’ennemi virtuel de la guerre contre le terrorisme. Cet effort a commencé sous la direction de l’ancien leader terroriste – Yitzhak Shamir – et a été organisé par Ehud Barak, alors directeur de AMAN, le renseignement militaire israélien.

Yitzhak Shamir et Isser Harel étaient très proches. Harel avait amené des terroristes d’Irgoun et de LEHI dans le Mossad. Sous Harel, Shamir devint le chef des opérations européennes du Mossad, poste qu’il occupa pendant 10 ans, de 1955 à 1965.

 

Shamir et Isser Harel lors du mariage de Shamir en 1944

Au cours du second mandat de Shamir (20 octobre 1986 – 13 juillet 1992), deux des principaux agents du Mossad d’Isser Harel ont obtenu le contrat de sécurité antiterroriste pour le World Trade Center à New York. En 1987, Zvi Malkin et Avraham Shalom Bendor ont obtenu le contrat pour le compte d’une société appelée Atwell Security de Tel Aviv. La société a été créée par Shaul Eisenberg, le méga agent du Mossad en Asie, spécialement pour le World Trade Center. Quand on a  découvert que Shalom Bendor utilisait un faux nom et qu’il avait un passé criminel bien fourni, la Port Authority a annulé le contrat. Vous trouverez des détails à ce sujet dans le chapitre intitulé « L’architecture de la terreur » dans  Solving 9-11: The Deception that Changed the World [Explication des attentats du 11 septembre 2001: La duperie qui a changé le monde.]

Cette petite histoire montre que le complot du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme ont été introduits lorsque le grand terroriste Menachem Begin est arrivé au pouvoir en 1977 et que ces complots ont été avancés sous le mandat de son compagnon terroriste, Yitzhak Shamir. En outre, cela montre le lien étroit qui unit Isser Harel, qui avait prédit les attentats du 11/9 en 1979, avec Shamir – et le fait que les principaux agents de Harel sont entrés en action en 1987 pour que cette prédiction devienne réelle.

Menachem Begin et Yitzhak Shamir sont deux des terroristes les plus notoires de l’histoire israélienne. Ils ont dirigé le parti Herut de 1948 à 1988, date à laquelle Herout est devenu le parti Likoud. Depuis 1977, le parti du Likoud a dirigé Israël avec seulement cinq ans de leadership non-Likoud. Benjamin Netanyahou, le protégé de Begin et Shamir, est à la tête du parti Likoud depuis 1993 et il est Premier ministre depuis mars 2009.

L’idéation et le développement des complots du 11 septembre et de la guerre contre le terrorisme ont commencé sous la direction du « parti terroriste » de Menachem Begin et d’Yitzhak Shamir à la fin des années 1970 et se sont poursuivis depuis, avec un seul dirigeant important non-Likoud durant cette période ;  Yitzhak Rabin (1992-1995), qui a été assassiné. Comprendre que Benjamin Netanyahou, l’actuel dirigeant israélien, est le successeur politique des chefs terroristes Menachem Begin et Yitzhak Shamir, et savoir ce que leur parti a toujours défendu est essentiel pour donner un sens au 11 septembre, à la fausse guerre contre le terrorisme, et à l’état actuel des choses dans le monde aujourd’hui.

 

Yitzhak Shamir a conseillé à Netanyahu de faire avancer l’agenda de Herut (Likoud): terrorisme et élargissement du territoire d’Eretz Israël.

Source : Netanyahu’s Terrorist Party and 9/11

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Les attentats du World Trade Center continuent de tuer massivement

Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont fait près de 3000 morts aux États-Unis. Dix-huit ans après, elles continuent encore de tuer. Des dizaines de milliers de personnes souffrent de maladies directement imputables à ce tragique événement.

En 2010, puis en 2015, le Congrès américain a voté une loi pour débloquer des fonds pour l’indemnisation de ces victimes. Mais ce système est censé être clôturé à la fin de cette année, alors que les réclamations ont explosé en 2018.

Vendredi, la police de New York a ajouté 47 noms sur son mémorial. Ces 47 officiers ne sont pas morts en remplissant leur mission, mais plusieurs années plus tard : ils faisaient partie de ceux intervenus au World Trade Center à partir du 11 septembre 2001, et leur corps ne s’en est jamais remis.

Ainsi, alors que 23 policiers ont péri lors de l’attaque proprement dite, plus de 200 autres sont décédés depuis à cause de problèmes de santé liés à l’événement.

Le chiffre a explosé : toutes victimes confondues, les pompiers notamment, davantage de personnes sont mortes de maladies en 2018 qu’au total durant les sept années précédentes. Les autorités étaient loin d’avoir anticipé ce phénomène de leucémies, de lymphomes, de cancer du poumon et autres, surgissant dix-huit ans après le drame.

En fait, l’indemnisation des victimes est même censée s’arrêter après décembre prochain. Et le fonds, créé après un vote au Congrès en 2010 et 2015, n’est de toute façon pas suffisant pour répondre à toutes les demandes enregistrées.

C’est pourquoi James O’Neill a pris la plume. Le grand chef de la police de New York dénonce : c’était une erreur que de mettre une limite en temps et en budget, et il est impensable qu’on abandonne à leur sort tous les héros ou simples victimes de la plus grande attaque terroriste contre les États-Unis, et c’est le principal financier des sénateurs et des autres élus américains (y compris les présidents  complices de cet attentat) qui en est l’auteur : Israël.

L’indemnisation des victimes « directes » a elle été finalisée en 2004 pour un total de 7 milliards de dollars. Une misère, comparée à ce que versent tous les ans  les contribuables américains à leurs bourreaux israéliens. Pourvu que ça dure, diraient Netanyahou, le lobby juif, les députés et les sénateurs, et le président Trump.
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Israël et le 11-Septembre : le FBI divulgue des photos choc

INFO PANAMZA. Le FBI a déclassifié une partie des 76 photos capturées par les « joyeux » agents du Mossad qui furent arrêtés le 11 septembre 2001. L’une représente Sivan Kurzberg, tenant un briquet allumé avec le World Trade Center en arrière-plan, LA VEILLE de l’attentat.

Le 12.05.2019 à 14h44

Un incroyable rebondissement : le 7 mai 2019, le FBI a satisfait la requête d’un citoyen américain qui avait demandé (via la procédure du FOIA) la copie d’une partie des 76 photographies jusqu’alors classifiées et relatives au dossier des Israéliens joyeux du 11-Septembre (surnommés aux États-Unis « dancing Israelis »).

Source : http://www.panamza.com/120519-israel-11septembre-fbi/

 


NOTES

[1] 9 avril 1948, le massacre de Deir Yassine

Au matin du 9 avril 1948, des Commandos de l’Irgoun, dirigé par Menahem Begin, et des membres de la Milice Stern investissent le village Palestinien de Deir Yassinr pour y massacrer « 240 hommes, femmes et enfants » et « maintenir quelques-uns en vie pour les faire défiler comme captifs dans les rues de Jérusalem  ».

Ce massacre, qui a précédé de cinq semaines la proclamation de l’Etat d’Israël, a été planifié pour semer la terreur parmi les palestiniens, les obligeant à l’exil, et permettre à la Haganah, qui deviendra l’Armée du futur Etat Israélien, de détruire systématiquement plus de quatre cents villes et villages arabes après en avoir expulsé les habitants qui devinrent les premiers réfugiés palestiniens.

Dans une lettre au New York Times, datée du 4 décembre 1948 et signée avec une vingtaine d’autres personnalités juives, Albert Einstein exprime, avec des mots forts et justes, son horreur devant le massacre de Deir Yassinr. Il y dit, en particulier :

« Par son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son discours social le « Herout » (Parti politique ancêtre du Likoud, le Parti de Benyamin Netanyahou) ressemble aux partis nazis et fascistes . 

 [2] Un document de la CIA prouve qu’Oussama Ben Laden était un agent de la CIA nommé Tim Osman

EXPLOSIF. Ben Laden : L’attentat du 11/9 a été perpétré par les Juifs et l’Etat profond. Je n’y suis pour rien.

La Mésopotamie


OMPHALOS & METANOIA

 

par

 


La Mésopotamie – L’expression du savoir

Toutes les matières étudiées, astrologie, mathématiques, droit, médecine, divination se présentent dans des traités, interminables sentences composées chacune d’une protase et d’une apodose. La protase exposant un aspect de l’objet étudié sous la forme d’une proposition conditionnelle et l’apodose disant ensuite la conséquence que l’on en déduisait sous la forme d’une proposition principale. Ce mode d’expression, avec la formule  » si.. alors.. » met l’accent sur la relation nécessaire entre les deux éléments de la sentence, fit du savoir un système hypothético- déductif d’une grande rigueur logique. Les sentences étaient rangées selon un ordre défini qui montre un autre aspect de la rationalité mésopotamienne. C’est le type du savoir cumulatif, s’opposant à la formulation synthétique. Ce savoir additionnel se laissait découvrir progressivement, les touches juxtaposées ne valant que par leur association avec les touches voisines.

Les schémas logiquement possibles :

* Organisation duelle du champ de réflexion au moyen de couples de formulation opposées ou complémentaires, qui impliquent les joutes oratoires où s’opposaient le berger et le laboureur, l’été et l’hiver, l’oiseau et le poisson : tentatives de définir en les opposant les êtres et les choses : conception binaire.

* Conception ternaire, exprimée par des triades de sentences comportant un moyen terme entre les deux extrêmes, faisant écho à la répartition en triades des grandes divinités du panthéon.

* L’analogie fonde la pensée et prend naissance dès la création du monde, lorsque Marduk fendit le corps de Tiamat en deux moitiés se faisant face, la Terre répondant au Ciel, comme une image et son reflet spéculaire.

De plus, l’analogie était imbriquée dans la nature du langage. Les rapports analogiques n’étaient pas seulement consacrés par les mots, ils étaient fondés par eux. Les Mésopotamiens croyaient en l’identité de nature entre la chose et son nom. Un être ou une chose n’arrivaient à l’existence qu’une fois nommés. Notion qui découle de la cosmogonie : il suffisait au dieu créateur de prononcer un nom pour que la chose désignée existât. Les Mésopotamiens se livrèrent donc de façon systématique à la spéculation verbale.

* Signe et sens s’épousaient car le sens naissait dans le signe lui-même. C’est la vertu de l’écriture cunéiforme, écriture polysémique, riche de virtualités de lectures et de sens. A travers un même signe, on passait d’une chose à une autre ou d’une idée à une autre.

* Il faut ajouter la bipolarité de lecture, sumérienne et akkadienne. La pluralité des interprétations repose sur l’analyse des éléments contenus dans le pictogramme. Par exemple, la création de la déesse Ninti, destinée à soigner une côte malade du dieu Enki. Nin signifie dame, ti désigne côte, la vocation de la déesse  » dame de la côte  » ou  » dame de la vie « , est inscrite dans l’écriture même de son nom.

* Des associations phonétiques aux associations sémantiques, l’interprétation pouvait suivre un cheminement complexe et nécessitaient une érudition étonnante. Chaque signification appelait immédiatement la foule de toutes les significations supposées présentes dans le terme étudié. Le signe pied, pouvait, selon les circonstances, évoquer l’action de marcher, se tenir debout, porter ou emporter. L’épi se référait à tout le monde céréalier mais aussi au complexe phonétique se, qui désignait le grain d’orge en sumérien. Il devenait possible d’utiliser ce même signe de l’épi partout où dans la langue parlée se rencontrait le son se. Le signe re, qui disait berger re’u, dont il est la syllabe initiale, a donné l’éqivalence re = senu, petit bétail, celui-ci étant l’objet du travail du re’u.

Au terme de cette étude, il n’est pas nécessaire de tracer les contours d’une philosophie qui doit beaucoup au pouvoir de nos conceptions actuelles et au désir de promouvoir une pensée spécifique. Il faut se contenter de la réalité déjà appréciable. Les Mésopotamiens ont pu écrire les premiers, les grandes préoccupations de l’homme. A partir de leurs observations, portant sur la nature et sa fragilité, sur leur propre vulnérabilité, ils ont pris conscience de ce qui les dépasse : la naissance du monde, l’origine et la destinée de l’homme, le sens de son existence. Nous voyons en acte l’imagination de l’homme qui va créer les mythes ou les récits. La cosmogonie et l’ anthropogonie se conjuguent dans une théogonie et ce qui nous apparaît de plus immédiat est l’homo religiosus, selon la définition de Jung et de Mircea Eliade. Le rapport avec ce qui les dépasse a donné naissance à la pensée religieuse, aux rituels, au culte. La transcendance, la justice, la sagesse, trouvent leurs définitions originelles, et l’érudition et la richesse de la langue donne lieu à des élaborations où le rationnel s’affirme.

Platon a écrit que la philosophie commence avec l’étonnement. Alors les Mésopotamiens sont philosophes. Disons qu’ils sont à l’aurore de toute pensée et de toute spéculation. Ils ont écrit les premiers les questions et donné les premiers les éléments de réponse. La voie qu’ils ont tracée, grâce à ce mariage harmonieux des Sumériens et des Sémites, conduit au monothéisme mosaïque et au rationalisme grec. A défaut de philosophie véritable, ils inaugurent cette confrontation ou cette harmonie entre religion et philosophie, entre imaginaire et rationnel qui seront les rameaux vivifiants dont nous sommes, sinon les héritiers, du moins les dépositaires.

 

 

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La Mésopotamie – La philosophie mésopotamienne

Elle se dégage de l’analyse des mythes même si l’expression principale fut celle de la religion. Les nombreuses narrations sont, en fait, des interprétations des exploitations logiques de la pensée humaine. L’homme se cherche à travers les mythes, comme il cherche son origine et sa finalité.

A cet effet, il est utile de se référer à la personne mythique de Enki-Ea. Nous avons vu qu’il était le grand concepteur, le grand ingénieur, l’auteur de la nature et de la culture,  » L’ Intelligent, le Sage, l’Avisé, l’Habile,…Le Formateur de tout… ». Il est le seul à prendre en main les affaires divines et humaines.  » Qui serait plus avisé que lui ?  » ( Enki et Nimah ). Il est le Maître de la sagesse et il a donné naissance au mythe des sept Sages, transmis par Bérose, ce lettré du 3ème siècle avant notre ère qui s’était donné pour tâche de mettre en grec, après la victoire d’Alexandre ( 333 ), les principales traditions de son pays. Voici le mythe tel qu’il le décrit :

 » En Babylonie, quantité d’hommes venus d’ailleurs s’étaient installés en Chaldée où ils menaient une existence inculte, pareils à des bêtes. Une première année, alors, apparut là , sur le rivage, un monstre extraordinaire, sorti de la Mer Rouge et appelé Oannès. Son corps entier était celui d’un poisson avec, sous la tête, ( de poisson ) une autre tête, ( humaine ) insérée, ainsi que des pieds, pareils à ceux d’un homme, silhouette dont on a préservé le souvenir et que l’on reproduit encore de notre temps. Ce même être vivant, passant ses jours parmi les hommes, sans prendre la moindre nourriture, leur apprit l’écriture, les sciences et les techniques de toute sorte, la fondation des villes, la construction des Temples, la jurisprudence et la géométrie. Il leur dévoila pareillement la culture des céréales et la récolte des fruits : en somme il leur donna tout ce qui constitue la vie civilisée. Tant et si bien que, depuis lors, on n’a plus rien trouvé de remarquable sur ce chapitre. Au coucher du soleil, ce même monstre, Oannès replongeait dans la mer pour subir ses nuitées dans l’eau, car il était amphibie. Plus tard, apparurent d’autres êtres analogues.. . » ( Babyloniaka I, dans P. Schnabel, Berossos ).

Il cite dans son même ouvrage six autres sages et il rattache leur apparition au règne de l’un des souverains locaux antérieurs au déluge. Ils n’avaient fait, souligne-t-il qu’expliciter ce qu’Oannès avait mis en place. Cette tradition est retrouvée dans des textes antérieurs. Chaque Sage, Adapa, est censé avoir joué, auprès des monarques antédiluviens, le rôle d’apkallu, terme sumérien akkadisé qui désignait des personnalités humaines, mais vues comme surnaturelles et fabuleuses. Elles représentaient des personnages très intelligents, des super-experts en toutes techniques, mais enseignant leur propres secrets, tels des héros civilisateurs. Les apkallu étaient des créatures d’Enki/Ea.

Dans l’Epopée d’Erra :  » Ces sept Apkallu, carpes saintes, Qui pareils à Ea, leur maître, Ont été adornés par lui d’une ingéniosité extraordinaire… ».

Dans Orientala :  » Ces sept Apkallu, crées dans la rivière, Pour assurer le bon fonctionnement des plans divins concernant Ciel et Terre… ».

Le nombre sept fait partie des symboles et du vocabulaire hiératique des rites et des mythes. Au delà du mythe, le Sage est détenteur de la connaissance révélée des choses qui conduit à la vérité. En sumérien, le Sage était désigné par un mot définissant tout détenteur d’un savoir spécialisé, scribe, arpenteur, artisan ou artiste. L’akkadien disposait d’autres termes qui marquaient l’idée de profondeur ( emqu ) ou la faculté d’entendre et de comprendre « hss »,  » l’homme au vaste entendement, littéralement à l’oreille large « . A toute époque, les sages furent des personnages essentiels de la société mésopotamienne, les familiers du Roi, qu’ils éclairaient de leurs conseils. La notion de sagesse impliquait celle de révélation. Le rapport unique entretenu par le sage avec la divinité revêtait l’aspect d’un songe, support de la révélation mais donnait généralement une voie de recherche, comme le voyage de Gilgamesh vers la quête de la vie éternelle, initiation à la mort.

La sagesse était de plus liée à la piété et à la mémoire. Le verbe hasasu le soulignait qui englobait les sens d’être pieux, comprendre et se souvenir. Dans la pensée de ce temps, la parole était de nature magico-religieuse et c’était dans son efficacité que le sage pouvait trouver la certitude d’être le dépositaire de la vérité.

Si la sagesse révélée ne peut être assimilée à la connaissance philosophique, on trouve des témoignages sur l’effort de certains hommes pour percevoir les idées directrices qui président à l’ordre cosmique, ou à la cohésion de la terre. On peut y voir l’ébauche d’un esprit philosophique.
Les Mésopotamiens prisaient les débats académiques au cours desquels s’affrontaient deux personnes sur un sujet où chacun essayait de démontrer sa supériorité. C’est bien là une expression de la pensée dialectique qui s’exprime au moyen d’un dialogue. Or la philosophie se manifeste dans ce cadre dialectique. On voit un tel débat dans un écrit du 1er millénaire, La Théodicée babylonienne : chaque interlocuteur reprend les arguments de l’autre pour les corriger ou les contredire et s’échappe du particulier pour s’élever au général. Nous reconnaissons là l’optique et la rigueur qui caractérisent la pensée philosophique. Le thème est celui de la déchéance morale et le protagoniste expose son cas et tente de généraliser sa propre expérience et de comprendre la disparité entre la conduite de chacun. Il en arrive à la révolte, alors que son interlocuteur, faisant appel à la tradition au moyen d’axiomes et d’a priori, essaie de le faire persévérer dans la piété. La conclusion du poème rejoint celle du Juste souffrant : c’est son défaut d’intelligence qui ne permet pas à l’homme de comprendre la pensée et les actions des dieux.

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La Mésopotamie – L’astrologie et ses applications

Les premiers textes cunéiformes traitant de l’astrologie apparaissent vers le 18ème siècle. Elle se présente déjà enracinée dans les représentations et les pratiques religieuses.

On a vu que les anciens Mésopotamiens voyaient l’univers comme une immense boule creuse en deux hémisphères emboîtés : l’En-haut, le Ciel, et l’En-bas, l’Enfer coupée, en son diamètre, par la vaste nappe de la Mer, au milieu de laquelle émergeait la Terre. Pour expliquer le fonctionnement de ce monde complexe, ils avaient imaginé toute une population surnaturelle, les dieux. Ces divinités, ils se les représentaient sur leur propre modèle, sublimé cependant à l’extrême, bien plus puissantes, bien plus intelligentes, immortelles. Comme les hommes ils sont regroupés en familles coordonnées en une société unique, aussi monarchisée que celle d’ici-bas. Un Dieu souverain unique déléguait à ses sujets les pouvoirs nécessaires pour diriger son propre secteur, tant de la nature que de la culture. La montagne, la steppe, les cours d’eau, l’agriculture, le bétail, le feu, la bière, la guerre, l’amour physique, etc.., avaient leur dieu. De même les astres, qui hantaient les régions d’En-haut, le Soleil, la Lune, les Planètes, les Etoiles fixes, les Météores, les Vents, Pluies, Orages , Tempêtes, avaient chacun leur divinité. Les hommes ayant été fabriqués par les dieux pour tirer parti des ressources naturelles, étaient tenus de se conformer aux obligations et prohibitions que l’on imaginait promulguées par les Maîtres du monde. En cas de transgression, les hommes s’exposaient à des punitions, que d’autres entités surnaturelles, les Démons, leur infligeaient. Les maladies, les malheurs, calamités et tracas de toute sorte viennent alors assombrir la vie.

Mais les dieux avaient besoin des hommes, et ils faisaient en sorte d’offrir le remède en même temps que le mal. Les procédures d’exorcisme, faites d’un mélange de prières et de gestes ritualisés, avaient des chances d’influencer les Juges suprêmes et de conduire les Démons à suspendre la peine.

Pour éviter cette justice punitive, les dieux ont élaboré une conduite préventive, en leur révélant à l’avance le sort qui leur était assigné, leur destin à venir. Mauvais, ils sauraient s’en garder en recourant à l’exorcisme, favorable, c’était un encouragement. Cet avenir, les dieux le dévoilaient par la Divination. Il pouvait se manifester par un songe, par une vision, ou toute intervention surnaturelle. C’est la divination inspirée.

Mais ce procédé de communication passive a cédé progressivement, chez cette civilisation savante et ingénieuse, à la divination déductive. Celle-ci ne s’articulait pas, comme l’autre sur le message oral, de bouche à oreille, mais sur le message écrit, au moyen de graphismes, qu’il fallait lire pour le recevoir. Il faut dire que la création tout entière, pour les Mésopotamiens, se présentait comme une immense page d’écriture divine. Lorsque tout était régulier, sans anomalies, c’est que les messagers surnaturels n’avaient rien à signaler aux hommes. Si une décision particulière était prise à leur endroit, elle se manifestait par des phénomènes insolites, singuliers, monstrueux : un mouton à six pattes, une puissante averse en saison sèche, un blond dans ce pays de bruns, un cheval cherchant à saillir un bœuf, etc… Telle était la pictographie du message des dieux, interprétée par ceux qui avaient acquis l’intelligence des codes, les devins, formés par de longues études. Ils avaient recueillis tous les présages imaginables et les avaient classés en d’innombrables traités et décryptés en oracles spécifiques.

Sous le ciel d’Orient, les pictogrammes les plus éclatants étaient inscrits dans la nuit limpide. Ils avaient observé, enregistré, étudié les astres et leur mouvement, les étoiles fixes et leur constellations, dont ils ont établi une séquence zodiacale au 1er millénaire, mais également les lampadaires du jour et de la nuit, le Soleil, la Lune, surtout qui commandait à leur calendrier. Et les Planètes, Venus Ishtar, patronne de l’Amour, Jupiter, l’Astre blanc, Mercure, Le Mouflon, Mars, L’Enflammé, et Saturne, Le Constant, dont ils prévoyaient sans faute les levers, les cheminements, absences et éclipses.

Ce travail séculaire prépare l’avènement de l’astrologie, vers 1800, qui prendra, en quelques siècles un essor considérable et sera formulée dans plus de 70 tablettes contenant plus de 10000 présages, avec le déchiffrement de chacun. L’introduction en vers, souligne que les astres n’ont pas été créés par les dieux seulement pour définir et régler l’ordre du temps, mais pour que l’on y trouve, en les observant, des communications d’en-haut. Ainsi sont prévues les sécheresses, les maladies du bétail, les crises économiques, les révoltes, les attaques des ennemis, les maladies et la mort du souverain. Mais aussi les chances de réussite, de bonheur pour la population et le Roi, les promesses de naissances, de stabilité, etc.. Ces chances et ces malchances émaillent la vie quotidienne, mais concernent le pays, le peuple, le Roi, unique chef dont la bonne ou mauvaise fortune déterminait celle de l’ensemble des sujets. A la différence de la divination déductive, dont les messages concernent la destinée de chacun, l’astrologie les affiche aux yeux de tous, sur le livre du ciel, car ils ne portent que sur le bien public.

L’astrologie au service du gouvernement.

Les Rois entretenaient partout dans le pays, un grand nombre d’informateurs, astrologues de métier qui scrutaient le ciel et transmettaient au Palais le fruit de leurs observations et leur interprétation des phénomènes. Les derniers grands Rois d’Assyrie, Asarhaddon ( 680-669 ) et Assurbanipal (668-627 ) accordaient une grande importance aux analyses des astrologues qui induisaient leurs décisions. La visibilité, la conjonction, l’opposition des mouvements des astres, les éclipses, autant d’augures dont on devait tenir compte. Les observations des différents astrologues étaient confrontées pour aboutir à des conclusions très fiables sur le plan du mouvement des astres, à défaut d’une objectivité prévisionnelle impossible.

Naissance de l’horoscope.

L’astrologie a pris le pas sur les autres techniques de la divination déductive, l’aruspicine et l’hépatoscopie. Du service du Roi et de la collectivité, elle est passée au service des individus dont la destinée était également soumise au pictogramme céleste. Le tournant de la vie d’un homme pouvait se situer à un moment particulier, coïncider avec un segment du temps, un mois, par exemple. Et parmi ces moments décisifs, figurait sa naissance. Né au 1er mois de l’année, Nisan, il était destiné à dissiper la maison paternelle, au 2ème mois, à mourir prématurément, etc.. Or ces mois, c’étaient bien les astres qui les commandaient. Il y avait donc un moyen pour l’astrologie, d’intervenir sur le destin privé.

On chemine ainsi vers la généthlialogie, la prévision de l’avenir personnel à partir des circonstances astrales de la naissance. Pas du seul mois où elle se produisait, mais du tableau céleste, de la position des divers astres à ce moment. Le plus ancien de ces horoscopes est daté de 410 avant notre ère, et précède de deux siècles les premiers spécimens hellénistiques connus. Voici la traduction de cette tablette.

 » Au mois de Nisan, la nuit du 14, est né X ( le nom a disparu dans un cassure de l’argile ), fils de Shuma-usur, petit fils de Nadin-shumi, de la famille de Dêkê. La Lune se trouvait alors sous une des pinces du Scorpion; Jupiter dans le signe zodiacal du Poisson; Vénus dans celui du Taureau; Saturne dans celui Cancer et Mars dans celui des Gémeaux; Mercure n’était pas encore visible…Tout ira bien pour toi. »

Ainsi, dans la seconde moitié du 1er millénaire, l’astrologie mésopotamienne était devenue un mécanisme divinatoire complet, propre à faire connaître l’avenir aussi bien public que privé. Bérose, un lettré babylonien du 3ème siècle la traduira en grec, et le monde hellénistique l’adaptera à son génie propre.

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La Mésopotamie – L’Épopée de Gilgamesh

Le parcours initiatique vers la mort

La légende de Gilgamesh prend naissance fin du 4ème, début du 3ème millénaire. Elle relate la vie d’expérience et de quête de ce roi sumérien d’Uruk,  » celui qui a tout vu « , les voies difficiles qu’il doit affronter pour accepter la finalité commune aux hommes, la mort. Ce récit s’est enrichi de mythes cosmogoniques, anthropogoniques et théogoniques, tel le poème d’Atrahasis, dont la source est sémitique et de langue akkadienne. Il prend sa forme accomplie vers 1750, et les manuscrits les plus importants ont été trouvés parmi les restes de la bibliothèque d’Assurbanipal ( 668-627), dans les ruines de son palais de Ninive.

1. Gilgamesh et la démesure.

Dans la première partie de l’Epopée, Gilgamesh apparaît dans toute sa prestance, sa perfection, sa réussite. « Monarque exceptionnel, fameux, prestigieux « ,  » Retour de ses errances, exténué, mais apaisé »  » Après avoir tout vu, Connu le monde entier et tout mis en mémoire « , il aurait en personne  » gravé sur une stèle tous ses hauts faits « , pour nous inculquer la leçon de son terrible insuccès : la résignation à notre sort fatal. C’est une sorte de surhomme, et telles sont sa vigueur et son exubérance qu’il ne peut s’empêcher de tyranniser ses sujets et de violer femmes et jeunes filles. Les dieux sont alertés, et pour le calmer, créent un rival à son image, pour lui ôter le sentiment de sa supériorité et servir de dérivatif à ses débordements.

2. Enkidu le modérateur. L’amitié.

Enkidu est ainsi introduit dans la légende sumérienne. C’est l’opposé de Gilgamesh. Celui-ci est un produit de la cité, civilisé, raffiné, homme de savoir. Enkidu est sauvage, primitif, né isolé  » dans la steppe « , vivant parmi  » les animaux sauvages et leurs hardes « ,auxquels il tient de près par ses moeurs. Image du contraste entre une population errante et frustre, peu à peu subjuguée et intégrée par des citadins de haute culture.
Informé de l’existence d’un pareil phénomène par un rêve et par un chasseur, Gilgamesh lui envoie, pour l’apprivoiser et le rapprocher de lui, une courtisane,  » La Joyeuse « , une femme vouée à cet  » amour libre « , qu’on tenait dans le pays pour une des prérogatives de la haute civilisation. Elle le séduit en effet, et,  » six jours et sept nuits  » d’affilée, Enkidu lui fait l’amour. Sentant qu’il n’est plus de leur côté les animaux le fuient tandis qu’il s’attache à son initiatrice et apprend d’elle à « devenir un homme véritable », civilisé, et urbanisé. elle le conduit en ville, à Uruk. C’est par  » l’amour libre « , avec une vraie femme et non plus une simple femelle que ce sauvage est introduit à la grande culture, qui le sort de son animalité première. Le premier contact des deux hommes est une rude empoignade dont Gilgamesh sort victorieux, mais après  » ils s’embrassèrent et firent amitié « .

3. Le monstre Hawawa et la Forêt des Cèdres.

Et voilà Gilgamesh en quête de hautes aventures et de gloire, une manière de s’assurer du moins l’immortalité du renom :  » Si je succombe, au moins me serai-je fait un nom…une notoriété éternelle « . L’auteur aborde le thème central de son oeuvre : le héros, jeune, fougueux, ne tient pas encore assez à la vie pour se garder de la compromettre, et n’a pas encore de la mort une image assez nette pour la fuir à tout prix. Ici s’intègre la légende sumérienne de la  » Forêt des Résineux  » accommodée à l’actualité akkadienne. L’action est transférée au Liban et la  » Forêt des Cèdres  » est gardée par le terrible Huwawa. Ce long voyage en six étapes, précédées d’un songe qui laisse pressentir les périls et les réussites de l’entreprise, se termine par la mort du Surveillant de la forêt. Les héros coupent les arbres et emportent les troncs sur leur bateau qui descend l’Euphrate et les ramène à Uruk, où on les accueille en triomphe.

4. Istar et le Taureau-Céleste.

La divine patronne de l’amour libre « , Istar, voyant Gilgamesh se gonfler de toute sa gloire, tombe amoureuse de lui et essaie de le séduire. Mais il lui rappelle le sort de ses amants une fois lassée d’eux, et lui inflige un refus dédaigneux. Furieuse, elle va réclamer de son père, Anu, qu’il expédie contre la cité de celui qui la méprise le Taureau géant, qui y fait un carnage, faisant tomber par ses mugissements des centaines d’habitants d’Uruk. Mais les deux héros le maîtrisent et le tuent. Enkidu, sous l’emprise d’une exaltation méprisante, lance sur Istar, spectatrice impuissante de son échec, une patte de l’animal et menace de la décorer de sa tripaille. Le triomphe de Gilgamesh est complet, il se proclame  » le plus beau, le plus glorieux des hommes « , donne une grande fête en son palais. Ces excès dans l’action, ces insultes inutiles dans ces glorieux vagabondages, sont la marque d’une démesure que les dieux ne peuvent admettre. C’est au faîte de la réussite non maîtrisée, que la démesure appelle la chute.

5. La mort d’Enkidu.

Enkidu voit en songe les dieux le condamner à mort. Il tombe en effet malade, décline, maudit la courtisane qui, en lui permettant d’accéder à un niveau supérieur, l’a mis sur le chemin du malheur. Il trépasse dans les bras de son ami désespéré qui ne veut croire à sa mort et retient son cadavre  » jusqu’au moment où les vers lui tombent des narines « . Pendant sept jours et sept nuits il pleure son ami. Puis il entonne un chant funèbre déchirant à l’adresse de son autre soi-même que la mort lui a arraché. L’intention de l’auteur se manifeste : il fallait que le statut d’Enkidu ne fût celui d’un simple serviteur, un inférieur, un étranger, mais le plus proche possible du coeur de Gilgamesh, pour que sa disparition bouleversât non seulement l’esprit, mais la vie de ce dernier. Pour la première fois le voilà mis en présence de la vraie mort, la sienne propre, à l’image impitoyable et hideuse de celle de son ami. « Il me faudra donc mourir comme Ekidu, moi-aussi ! Le désespoir ne submerge le coeur… ».

6. Les épreuves initiatiques.

Gilgamesh n’accepte pas la résignation. Son caractère le conduit à lutter contre une telle fatalité, avec la pensée d’échapper au sort des humains, d’acquérir l’immortalité. Il connaît l’existence, à l’extrême bout du monde, à la frange de celui des dieux, d’un homme comme lui et qui mène là-bas une vie sans terme. C’est le héros et le seul survivant du Déluge, Uta- napishtî :  » J’ai trouvé ma vie ! ». Il ira donc le visiter et lui demandera son secret, pour en faire profit. Le voilà parti pour un voyage merveilleux jusqu’aux extrémités de la terre.
* Il arrive aux montagnes Mâshu et trouve la porte par laquelle le soleil passe tous les jours. Cette porte est gardée par un couple d’hommes-scorpions, dont  » la vue suffit à donner la mort « . Le héros, paralysé par la peur, se prosterne humblement, les hommes-scorpions le reconnaissent et lui permettent de pénétrer dans le tunnel. Après douze heures de marche dans les ténèbres, Gilgamesh débouche de l’autre côté des montagnes, dans un jardin merveilleux.
* Avant de traverser l’ultime mer périlleuse, il reçoit pourtant une mise en garde de la mystérieuse nymphe Siduri.

 » Où donc cours-tu ainsi, Gilgamesh ?
La vie sans fin que tu recherche, tu ne la trouvera jamais !
Quand les dieux ont créé les hommes,
Ils leur ont assigné la mort,
Se réservant l’immortalité à eux seuls !
Bien plutôt remplis-toi la panse, demeure en gaieté jour et nuit…
Accoutre-toi de beaux habits,
Lave et baigne ton corps !
Regarde avec tendresse ton petit qui te tient la main,
Et fais le bonheur de ta femme serrée contre toi !
Telle est la seule perspective des hommes !  »

Mais, perdu dans ses espérances, il n’en veut tenir compte, traverse la mer aux mille dangers, et arrive auprès d’  » Uta-napishtî-le- lointain  » Il lui pose la question : « Tu me ressembles tout à fait, et pourtant les dieux t’ont octroyé une vie sans fin ! Comment as-tu donc fait pour l’obtenir ? »

En réponse, Uta-napishtî entreprend le long récit du Déluge, adaptation du célèbre Mythe du Super-Sage. Acteur et survivant de cette épopée qui donne une nouvelle chance à l’homme, Uta-napishîti bénéficie de cette situation privilégiée, à la limite du monde des Dieux et du monde des hommes, mais immortel. Il met Gilgamesh à l’épreuve, le défiant de rester seulement  » six jours et six nuits sans céder au sommeil « , image de la mort. Il tient le pari, mais s’endort presqu’aussitôt profondément. Il devra donc admettre que l’immortalité n’est pas son lot.  » Et maintenant, que faire ? où aller ?Le Ravisseur se saisira donc de moi ! La Mort est déjà près de moi. Où que je fuie elle m’attend !  »

Saisie de pitié, la femme d’Uta-napishtî obtient de son mari qu’il ne le laisse désemparé après tant de courage. Il lui révèle l’existence et la cachette d’un végétal mystérieux, qui n’assure pas l’immortalité véritable, mais permet au moins de retrouver sa jeunesse et recule ainsi l’échéance. Défendu par de terribles épines, il faut aller le chercher au fond de la mer, dans un recoin secret. Gilgamesh y arrive, plonge et s’empare de la Plante de jouvence. Hélas, sur le chemin du retour, pendant qu’il se baigne pour réparer sa fatigue, un serpent la lui ravit. Ainsi s’écroule son ultime espoir. Le serpent a changé de peau, renouvelant sa vie, et la réflexion de Gilgamesh est amère autant que résignée.  » A quoi bon m’être ainsi épuisé ? a quoi m’être à ce point meurtri le coeur ? Je n’en ai rien retiré pour moi-même : j’ai seulement avantagé le serpent ! Et Gilgamesh se résigne. Le poète est concis, il le ramène chez lui, à Uruk, « exténué, mais apaisé » prêt à laisser aux hommes la cruelle et profonde leçon de son expérience. Il demeure « Celui qui a tout vu, connu le monde entier, et tout mis en mémoire ». Ces initiations manquées illustrent le caractère inéluctable de la mort. L’énergie démesurée de la jeunesse met un voile sur cette réalité. Il est vain de vouloir conquérir l’immortalité, même au prix d’épreuves surhumaines. L’homme doit vivre son expérience terrestre, avec les joies et les malheurs de l’existence, sans se soucier de sa fatale interruption. Il doit se contenter de l’immortalité de gloire et de renom qu’il avait obtenue avant sa quête. Mais il a sur son chemin, à travers ces épreuves initiatiques, trouvé la Sagesse et le pouvoir de transmettre son enrichissement

Justice humaine, justice divine, transcendance.

Un récit de la fin du 2ème millénaire, en langue akkadienne,  » Je veux louer le Seigneur de la Sagesse « , intitulé par les assyriologues  » Le Juste souffrant « , relate l’expérience d’un haut dignitaire de la cour royale, accablé par tous les maux et sauvé par le Dieu Marduk, seigneur de Babylone.

Au début du récit, il décrit sa déchéance : ses amis se sont éloignés de lui et sont devenus hostiles, il se plaint de la décrépitude de son corps en proie à toutes les maladies que les exorcistes ne peuvent soigner. Il ne voit d’autre issue que la mort. Il s’interroge sur les raisons de ce malheur. Il ne trouve aucun manquement dans son comportement religieux, ni faute ni péché. Il en conclut que la volonté divine est insaisissable pour l’homme.
 » Ô dieux Ea, Shamash et Marduk, quelles fautes ai-je donc pu commettre, pour qu’une telle malédiction me soit tombée dessus ? Mon Dieu ton châtiment pèse lourd, et pourtant je n’en connais pas la raison !  »

Depuis son enfance ce juste a cherché à comprendre le dieu et à honorer la déesse avec humilité et piété. Pourtant  » le dieu m’a apporté la disette au lieu de la richesse  » Par contre, c’est le scélérat, c’est l’impie qui a amassé la fortune  » La foule loue la parole d’un homme prééminent expert en crime, mais avilit l’être humble qui n’a pas fait de violence « .  » Le malfaiteur est justifié et on chasse le juste. C’est le bandit qui reçoit de l’or, tandis qu’on laisse affamé le faible. On fortifie la puissance du méchant, mais on ruine l’infirme, on abat le faible  »
Ce désespoir n’est pas l’expression de la vanité humaine, mais l’expérience de l’injustice dans le monde et de l’indifférence des Dieux. Mais finalement la Justice divine se manifeste, une série de personnages divins lui apparaissent en rêve, lui assurant la guérison et le bonheur. Marduk s’est apaisé et, dans sa miséricorde, il chasse tous les maux et le réintègre dans la société humaine. « Le Juste souffrant « , qui préfigure le Livre de Job et l’Ecclésiaste, est soumis à une véritable crise spirituelle et nous montre les rapports de l’homme avec les dieux ou le dieu.

La notion de Justice est essentielle et l’homme la considère comme rétributive de son comportement religieux.
* Le Mal, le péché sont l’apanage du comportement humain et non l’expression de la volonté divine.
* La distance entre les hommes et les dieux s’avère infranchissable.
* Ce qui permet d’approcher la notion de transcendance et de rendre l’homme comptable de son propre destin. En face de la création et des réalisations des dieux, on ne peut qu’admirer, même ce que l’on ne comprend pas. L’intelligence humaine ne lui permet pas de comprendre la pensée et les actions des dieux.
* Mais la prière, le culte, ou la résignation permet de trouver sa propre part de justice.
* A côté de la démarche rituelle et cultuelle, la quête de la Sagesse par une voie parallèle, initiatique, réinstaure l’homme dans sa dimension de créature privilégiée par l’esprit, manifestation suprême de la Justice divine.

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La Mésopotamie – L’origine des Grands Mystères

L’homme, la vie, la mort et la renaissance.

Les premiers voyages initiatiques de l’humanité s’effectuent sous l’égide d’Inanna-Istar, la déesse martiale et voluptueuse.

Elle est à l’origine de nombreux mythes et sa personnalité est exubérante. La déesse sémitique Istar se présente comme une divinité belliqueuse. Elle a annexé la sumérienne Inanna, déesse de l’amour physique, Delebat, déesse de la planète Vénus. Toutes les anciennes déesses se sont effacées devant elle.

Je célèbre la très haute, la plus vaillante des dieux !
Fameux sont ses exploits, ses menées sibyllines,
Elle est toujours à guerroyer et d’une activité déconcertante !
Devant dieux et rois elle  » valse « ,
De toute sa virilité !
Sceptre royal, trône, couronne lui ont été octroyés,
On lui a remis l’univers ! ( Poème d’Agusaya ).

Le poème le plus édifiant pour illustrer notre sujet :

La Descente d’Inanna aux Enfers

Inanna, qui réside au Ciel, décide de partir pour  » en-bas « , l’Enfer, dans le probable dessein de s’agréger un nouveau champ d’influence. Elle aspire à régner également sur le Monde Inférieur et supplanter sa soeur, Ereshkigal, souveraine du monde des Trépassés. Elle quitte un à un tous ses sanctuaires et prend tous ses pouvoirs, réduits symboliquement au nombre de sept, figurés par les sept parures.

 » Elle s’équipa des Sept Pouvoirs,
Elle coiffa donc le Turban, Couronne de la steppe,
Se fixa au front les Accroche-coeur,
Empoigna le Module de lazulite;
Disposa élégamment sur sa gorge les Perles couplées;
Se passa aux mains les Bracelets d’or;
Tendit sur sa poitrine le Cache-seins  » Homme ! viens ! viens ! »
S’enveloppa le corps du pala , Manteau royal,
Et maquilla ses yeux du Fard  » Qu’il vienne ! qu’il vienne ! »

Avant de partir, elle fait ses recommandations à son assistante, Ninsubur, pour le cas où elle serait malencontreusement retenue en Enfer. Elle devra alarmer tous les dieux, puis elle ira implorer les trois d’entre eux les plus puissants : Enlil, leur roi; Nanna, le père de la déesse; et surtout Enki, le Très Sage, sauveur de bien des situations. Elle devra les mettre en face de leurs responsabilités pour assurer sa prééminence et le caractère indispensable de son rôle ici-bas.

A son arrivée devant la porte de la citadelle infernale, elle réclame avec arrogance d’y être introduite aussitôt, sous le prétexte d’assister aux cérémonies funèbres en l’honneur de l’époux d’Ereskigal. Le portier remplit son office et va annoncer à sa maîtresse la visiteuse dont il décrit le port, la conduite et le voyage. Ereskigal, qui pressent quelque mauvais tour d’Inanna, ordonne qu’on l’introduise par les sept portes successives des remparts concentriques qui défendent le palais des dieux infernaux. Cette entrée par étapes, traduction des Pouvoirs et Règlements particuliers à l’Enfer, s’effectue selon un rituel de dépouillement.

« Et bien ! Inanna, entre !
Et lorsqu’elle eut franchi la première porte,
On lui ôta de la tête le Turban, Couronne de la steppe.
Que signifie ? dit-elle.
Silence, Inanna,
Les Pouvoirs du Monde d’En-Bas sont irréprochables ! »

Ainsi, à chaque porte, comme tous les autres nouveaux habitants de l’enfer, on va la dépouiller de ses parures et vêtements, c.a.d. de ses Pouvoirs du Monde d’En-Haut. Elle est de la sorte, matée, vidée de toute autorité et de toute vitalité, conduite par le portier sans résistance devant la reine des Enfers. Le tribunal des Sept Anunna est convoqué pour décider de son sort. Ils l’assignent à demeure en Enfer dans le même état définitif que les autres occupants de ce lieu et Ereskigal la condamne à  » demeurer morte  » ( ayant perdu tout pouvoir ). Ce n’est plus qu’un cadavre, que l’on suspend à un clou, tel un vêtement, une dépouille.

Passés trois jours et trois nuits, Ninsubur, ne voyant pas revenir sa maîtresse, se met en devoir d’entreprendre les démarches prévues pour la faire libérer. Enlil et Nanna refusent d’intervenir. Ils estiment que la déesse, en voulant s’occuper de  » choses interdites « , s’était mise dans son tort. Mais Enki se laisse toucher. Plus intelligent que les autres, il comprend quelle perte irréparable causerait à la marche du Monde la disparition d’Inanna. De plus, il est le seul dont l’ingéniosité soit en mesure de trouver la parade à la situation. De la crasse terreuse qui endeuille ses ongles, il modèle deux personnages qui représentent des invertis/travestis, bien connu dans la tradition mésopotamienne et susceptibles d’être admis dans le palais infernal. Il leur remet les ingrédients propres à ranimer la  » morte « , nourriture et breuvage porteurs magiques de vie et il les charge de les appliquer à Inanna pour la remettre sur pied. Les invertis sont futés, comiques, déterminés et baratineurs. Leur nature incertaine leur permit de pénétrer dans la chambre d’Ereskigal, qu’ils trouvent en mal d’enfant, et de jouer les commères venues assister la souveraine. Touchée par leur sollicitude, elle promet de tout faire pour les deux complices. Ils lui font prêter un serment solennel et ils vont demander « plutôt le cadavre suspendu au clou « . Requête insolite, mais que la reine, charmée par ses hôtes et tenue par son serment, ne pourra refuser de satisfaire. Les travestis administrent nourriture et breuvage et ramènent Inanna à la vie.

Mais les magistrats infernaux prescrivent l’indéclinable loi de cet empire : nul ne peut le quitter sans y laisser un remplaçant. Inanna ira donc le chercher sur terre, accompagnée par une bande de démons cruels, impitoyables et incorruptibles. Selon la jurisprudence, le répondant devait être pris dans la famille ou la domesticité du sujet à remplacer. Les démons voulurent d’abord s’emparer de Ninsubur, mais Inanna les retint. La troupe arrive alors près d’Uruk, dans la steppe, un des quartiers principaux d’Inanna. En compagnie de ses bergers, près de sa laiterie, Dumuzi, son amant s’y trouve. Il a l’air parfaitement à l’aise, comme si son amante n’avait jamais disparu, satisfait d’être le souverain unique de la cité. Furieuse de ce comportement, Inanna le livre aux démons pour qu’il aille tenir sa place aux Enfers.

 » Inanna porta sur lui un regard : un regard meurtrier
Elle prononça contre lui une parole : une parole furibonde
Elle jeta contre lui un cri : un cri de damnation !
C’est lui ! Emmenez-le !  »

Conscient du caractère inflexible et sans pitié des démons, Dumuzi fond en larmes et implore le frère d’Inanna, Utu, le dieu du Soleil, parce qu’il est juste et juge ( Utu, et son successeur sémitique Samas, était également considéré comme le dieu de la Justice ). Il le supplie de l’aider en le transformant en serpent. Utu l’exauce, il échappe aux démons et s’enfuit. Dumuzi part se cacher chez sa soeur, Gestinanna, laquelle implore en vain Inanna, et s’offre à le remplacer en Enfer. Il fallait un traître pour indiquer aux démons le refuge du malheureux. C’est la Mouche, sorte de  » destin » qui joue ce rôle et permet la capture. Alors, Inanna accepte la généreuse proposition de Gestinanna. En conséquence, Dumuzi et Gestinanna passeront chacun alternativement un semestre par an en Enfer. La mort de Dumuzi appelle ainsi une renaissance et la mise en oeuvre d’un Mystère qui consacre la vanité de vouloir nier la réalité fondamentale de la mort.

Il existe d’autres versions de ce Mythe. Nous retiendrons une variante akkadienne, qui date de la fin du IIème millénaire. Il ne s’agit pas d’une traduction de la descente d’Inanna. La descente d’Istar est plus concise, mais apparaissent des éléments que le texte sumérien ignore :

* la description de l’Enfer, « La Demeure d’où ne ressortent jamais ceux qui y sont entrés  »
* la supputation par Ereskigal des mobiles d’Istar

« Que me veut-elle ? Qu’a-t-elle encore imaginé ?
Je veux banqueter en personne en compagnie des Anunnaki (Doit-elle se dire)
M’alimenter comme eux de terre, et m’abreuver d’eau trouble
Déplorer le destin des jeunes hommes enlevés à leurs épouses,
Des jeunes femmes arrachées à leurs maris,
Et des bébés expédiés avant leur heure  »

* la mise à mal de la déesse par les soixante maladies.
* la malédiction de l’inverti après réussite de sa mission.
* mais le fait le plus marquant, c’est que la disparition d’Istar, n’apparaît plus, comme celle d’Inanna, une affaire de famille entre les dieux. C’est une catastrophe cosmique. Son absence met un terme à l’amour physique et au rut dont elle est la patronne, et bloque ainsi toute possibilité de naissance, donc de production des biens nécessaires aux dieux. « Nul taureau ne montait plus de vache, nul baudet ne fécondait plus d’ânesse, nul homme n’engrossait plus de femme à son gré.. ».

* C’est pourquoi Papsukkal, inconnu du récit sumérien, intervient pour obtenir la libération de la déesse, grâce à l’intervention d’Ea. Celui-ci crée l’inverti qui égaie Ereskigal et lui soutire un serment. Elle est ainsi tenue à ranimer Istar et à la faire sortir de l’Enfer. Son lieutenant Namtar asperge Istar d’eau vitale, lui fait repasser les sept portes en la revêtant à chacune d’elle des symboles de ses puissances. « Quand il lui fit franchir la septième porte, il lui restitua la Grand-Couronne de sa tête « . Elle repart seule à la recherche de son remplaçant. Ereskigal fait en sorte que Dumuzi/Tammuz se présente à l’aise et épanoui, partageant ainsi avec Istar la responsabilité de la descente de celui-ci aux Enfers.

* Entièrement nouveau aussi, la  » remontée  » semestrielle de Tammuz. Les versions différentes du Mythe, les additions, les correctifs, semblent avoir pour but sa mise en œuvre liturgique. Il s’agissait, entre autres, d’expliquer le rythme annuel de la vie végétale. Dans ce pays la terre verdoyait les six mois de température modérée, de décembre à juin, puis s’épuisait sous la chaleur estivale. Au mois de Dumuzi / Tammuz ( juin ), on célébrait la mort du dieu et sa descente en Enfer. En Kislim – décembre – on fêtait sa remontée.

Interprétations.

Dans la version sumérienne, Inanna a l’ambition de conquérir le monde de l’Enfer, donc de supprimer la mort. Son échec condamne le roi Dumuzil, mais il devient le fondement d’un Mystère : il devra mourir en été pour renaître en décembre. La mort rituelle d’Inanna, symbolisée par la perte des puissances à chacune des sept portes, est suivie d’une résurrection qui entraîne la mort de Dumuzi et sa renaissance tous les six mois. En conséquence, les hommes doivent accepter l’alternance vie-mort et peuvent espérer un salut après la mort.

La version akkadienne souligne l’importance du hieros gamos Istar / Tammuz dont l’interruption par la mort prend une dimension cosmique avec la disparition imminente de la Vie, la menace du chaos. Ce Mystère, qui s’enrichit après la découverte de l’agriculture, devient le support d’une explication unitaire du monde, de la vie et de l’existence humaine. Il transcende le monde végétal, puisqu’il gouverne également les rythmes cosmiques, la destinée humaine, et les rapports avec les dieux. Les antinomies fondamentales : vie / mort, chaos / cosmos, stérilité / fertilité se résolvent dans ce Mystère qui sera la source d’une liturgie. Les rois de Sumer et plus tard les rois akkadiens, incarnent Dumuzi dans le hieros gamos avec Inanna, ce qui implique l’acceptation de la mort rituelle du roi et les lamentations lors de la descente du jeune dieu aux Enfers, le 18 du mois de Tammuz ( juin-juillet ). Ainsi se célébrait tous les ans la destruction du monde ou son retour à un état pré-cosmogonique, et sa recréation.

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La Mésopotamie – La grande genèse babylonienne

De la Création de l’homme au Déluge.

Cette genèse est décrite dans un texte littéraire du 18ème siècle, à l’époque babylonienne ancienne, en langue akkadienne sous le titre Atrahasis qui signifie le  » Très Sage  » ou le  » Super Sage  » Le thème est la création de l’homme, sa destruction par le Déluge, et le renouveau de l’humanité, grâce à l’intervention du dieu Enki-Ea et de son protégé, le dévot Atrahasis.

1. Avant la création de l’homme.

 » Lorsque les dieux faisaient l’homme ( faisaient le travail de l’homme),
Ils étaient de corvée et besognaient
Considérable était leur besogne
Leur corvée lourde, infini leur labeur. ».

* Les deux classes originelles des dieux : le groupe des dirigeants, Anunnaku ; le groupe des manoeuvres, les Igigu.
* Ceux-ci protestent, épuisés par l’excès de leur travail.
* Panique chez les Anunnaku qui tiennent conseil de guerre.
* Enlil, le souverain des dieux, charge Nuska ( son page ) d’une mission de conciliation qui échoue. Desarroi des dieux et de Enlil.

2. La création de l’homme.

* Enki-Ea propose un plan de salut : créer des remplaçants pour les dieux défaillants. Il fait appel à la sage-femme des dieux, Mammi l’experte :  » c’est toi qui seras la matrice à produire les hommes « . On immolera un dieu, ( le dieu Wê ) et sa chair et son sang seront mélangés à l’argile.

Le meurtre indispensable de la victime choisie aura lieu au cours d’une fête comportant un bain rituel, afin que les auteurs puissent se purifier aussitôt de la souillure ainsi contractée. Il ne s’agit donc pas d’un meurtre légal pour faute commise, mais d’un sacrifice. Une fois prêt le mélange argile+chair et sang de Wê, Enki le présente aux Grands-dieux, lesquels crachent dessus, pour lui transmettre magiquement quelque chose d’eux-mêmes.

 » De par la chair du dieu
Il y aura en outre dans l’homme, un esprit,
Qui le démontrera toujours vivant après sa mort,
Et cet esprit sera là pour le garder de l’oubli !  »

* Etablissement de la reproduction des hommes.

Sous l’invocation d’Istar ( Patronne de l’amour physique ) le cycle des générations est amorcé et les hommes se mettaient avec entrain au travail et ainsi commençait l’histoire primitive de l’humanité.

3. L’histoire primitive de l’humanité.

a ) Les premiers fléaux.

Le travail et la réussite des hommes élargissent le territoire et la population se trouve multipliée. En réalisant leur vocation native, ils assurent aux dieux une existence plantureuse, mais ils prospèrent, leur vie est longue, et ils accroissent ainsi la rumeur. Et ce tapage indispose le souverain de l’univers, Enlil. Aussi maladroit que lors de la révolte des dieux, il veut réduire le vacarme par le procédé sommaire qui consiste à supprimer les auteurs. Il va expédier à la foule bruyante des hommes des fléaux dans le but de les décimer, sans s’aviser, car il est trop niais, qu’il supprime ainsi un facteur d’équilibre indispensable. C’est pourquoi Enki-Ea prendra leur défense et va tout faire pour les aider à échapper à la volonté destructrice d’Enlil.

C’est là qu’intervient Atrahasis, le Super-Sage. Ce personnage est présenté comme le dévot, l’interlocuteur favori d’Enki-Ea. Disons celui par lequel il préférait faire passer ses messages aux hommes. Le Super-Sage, en qualité de souverain du pays, responsable de ses sujets, implore Enki au moment où les fléaux surviennent, et son Maître d’en haut lui donne les conseils propres à sauver son peuple.

* L’Epidémie.
Gêné par leur tapage, Enlil veut les décimer par l’épidémie.
Le Très Sage, dévot d’Enki, a pour mission de détourner les hommes du culte des dieux et de les conduire à édifier un sanctuaire pour Namtar qui suspendra l’action maléfique. L’épidémie les quitta et la prospérité reprit.

* Sécheresse et Famine. Avec la prospérité, le bruit reprend et Enlil envoie Sécheresse et Famine, un moment atténués par Enki et le Super Sage. Mais Enlil renforce les deux fléaux et convoque Enki et ses complices qui ont bafoué ses ordres. Et il impose aux dieux sa volonté de provoquer le Déluge exterminateur.

b ) Le Déluge.

* Super Sage fait appel à Enki qui lui répond par un rêve : en attendant le Déluge,  » Jette à bas ta maison, pour te construire un bateau ! Détournes-toi de tes biens pour te sauver la vie ! Le bateau que tu dois construire, équilatéral, Toiture- le, pour que le soleil n’en voie pas l’intérieur! Et son équipement devra être solide, son calfatage épais et résistant !  »

Enki remplit la clepsydre, la réglant pour l’arrivée du Déluge sept jours après. Atrahasis embarque les familles et les animaux, invite ses gens à un banquet, obture l’écoutille avec du bitume lorsque le dieu Adad commence à gronder. Le vent furieux rompt les amarres, alors que sur la terre, l’anathème passe, le soleil disparaît, les gens meurent comme des mouches. Pendant sept jours et sept nuits, la désolation se poursuit.

* Les dieux, à l’exception d’Enlil, sont atterrés, surtout la sage femme divine, Mammi l’experte.
* Le Déluge s’arrête, le bateau aborde le sommet où il fera relâche, le Très Sage expédie des oiseaux pour savoir s’il peut débarquer. Le corbeau ne revient pas et le Très Sage disperse tout aux quatre vents. Il dispose un repas sacrificiel sur le sommet de la montagne Nisir, à l’intention des dieux. Le mont Nisir ou Niçir était situé dans l’actuel Kurdistan. C’était vraisemblablement l’actuel Pir Omar Gudrun ( 3000 mètres ). Son nom évoquait en langue akkadienne la  » protection « , mais aussi le « mystère ».

* Fureur d’Elil lorsqu’il constate qu’il a été joué. Enki revendique la responsabilité d’avoir sauvé un être vivant et montre que les hommes sont indispensables à l’équilibre du monde.
* La colère d’Elil s’apaise et il prend deux décisions :
1. Il accorde l’immortalité à Supersage, survivant du Déluge.
2. Pour éviter à l’avenir la surpopulation, l’homme sera mortel :  » Ô divine Matrice, toi qui arrête les destins, impose donc aux hommes la mort. Chez eux, outre les femmes fécondes, il y aura des femmes infécondes. Chez eux sévira la Démone-éteigneuse, pour ravir les bébés aux genoux de leurs mères. Institue-leur pareillement des femmes consacrées avec un interdit particulier pour leur défendre d’être mères ! « .

Ainsi, le poème d’Atrahasis, véritable récit mythologique, ( création de l’homme, sa destruction et le renouveau de l’humanité ) donne à l’homme son autonomie, mais en lui donnant les limites de la mort et instituant une théogonie fondée sur la faute et son assomption par le culte.

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La Mésopotamie – Le Mythe babylonien de la Création

Cette épopée a été composée vraisemblablement sous le règne de Nabuchodonosor, vers la fin du 2ème millénaire et s’intitule Enûma Elish, » Lorsque là-haut… ».

Ce mythe est la mise en oeuvre la plus achevée des conceptions mésopotamiennes en matière de cosmogonie, de théogonie et d’anthropogonie. L’oeuvre comporte sept chants et se pose comme un argument destiné à démontrer l’accession de Marduk à la prééminence absolue sur les dieux, le monde et les hommes..

Le poème commence ainsi :
« Lorsque Là-haut
le ciel n’était pas encore nommé,
Et qu’ici-bas la terre ferme
N’était pas appelée d’un nom,
Seuls Apsû le premier,
Leur progéniteur,
Et mère Tiamat, leur génitrice à tous,
Mélangeaient ensemble leurs eaux
Ni bancs de roseaux n’y étaient encore agglomérés,
Ni cannaies n’y étaient discernables. »

C’est le Chaos originel, une matière aqueuse mais orientée selon un axe vertical avec une bipolarité qui oppose l’En-Haut à l’En-Bas : substrat au sein duquel les eaux douces et amères, Apsû et Tiamat, principe mâle et femelle sont intimement mêlés. De ce Chaos, et d’Apsû et Tiamat, naissent des générations de divinités turbulentes qui, par leur mouvement même, jettent le trouble dans l’univers originel immobile, silencieux et obscur. La procédure de la création suit le modèle de la procréation, largement attesté par la littérature sumérienne et akkadienne. Le corps féminin, déjà, est considéré comme le lieu d’une mutation. De plus, les dieux étant les artisans de la genèse du monde, l’auteur complète le récit cosmologique par un discours sur les dieux. Il évoque, de génération divine en génération divine, la dissociation progressive des dieux d’avec la matière primordiale dont ils sont issus.

Des conflits résultent de cette situation, dont les épisodes sont sanglants. La crise est résolue par Ea qui, à l’aide d’un philtre, met à mort Apsu. Sa mort est sacralisée par l’édification du Palais de l’Apsu où fut procréé par Ea et Damkina son épouse,  » le Sage des Dieux  » qui ne téta jamais que des mamelles divines : Marduk. Tiamat prend la tête des puissances du Chaos contre tous les dieux, sa progéniture. La Mère-Abîme met au monde des Dragons- géants, au corps rempli de venin, des Léviathans féroces, des Hydres, des Lions colossaux, des Bisons gigantesques, et toutes sortes de Monstres armés pour la destruction du monde. Parmi les jeunes dieux épouvantés, nul n’a le courage de l’affronter. Mis en avant par Ea, seul Marduk accepte le combat, mais il demande les pleins pouvoirs, que lui accordent les dieux. Sa victoire est totale, il tue Tiamat au cours d’un combat singulier, et, nouveau souverain de l’Univers, il organise le cosmos. Le mythe fonde l’ordre politique du monde, et cet ordre est monarchique.

Marduk se met à l’oeuvre et accomplit l’acte fondateur : il divise le corps de Tiamat en deux comme un poisson à sécher et le dispose en deux moitiés se faisant face. Ce geste qui divise pour ordonner donne également le jour, chacune des moitiés ainsi séparées étant comme le reflet spéculaire de l’autre, à la dynamique de l’analogie : Selon les Mésopotamiens, l’univers est parcouru par un vaste réseau d’homologies qui tend à rapprocher jusqu’aux choses les plus éloignées.

Dans la suite du récit, on assiste à la mise en oeuvre d’un autre modèle de création : le réel étant assigné dans le terme qui l’exprime, il suffit au dieu créateur de prononcer un nom pour que la chose désignée existe. En disant les faits, la parole les instaure.

* La cosmogonie.

Dans la partie supérieure du substrat, l’En Haut, Marduk crée une grande demeure qu’il nomme E. Sara, demeure de la totalité, et qui est le Ciel, la résidence des dieux, ornée d’astres et de constellations.  » Il y fit occuper leur place à Anu, Enlil et Ea « . Ce Ciel abrite tous les dieux, principalement les dieux cosmiques, personnifications des diverses parties d’un cosmos en devenir. Il préfigure l’accomplissement de l’œuvre en gestation : partie supérieure de l’univers, il est déjà la représentation de la totalité. Il est conçu comme l’image en miroir de l’Apsu, le palais du monde inférieur, tout comme Babylone, qui se situera sur le plan médian du cosmos et au cœur du monde sera à son tour érigée selon le modèle de l’E. Sara.

Ayant crée la représentation de l’espace, le démiurge dote les constellations et les astres d’un mouvement régulier qui anime le cosmos. En d’autres termes il crée le temps, trajectoire du monde dont il réglemente la durée.

 » Il y suscita en constellations
Les Etoiles qui en sont les Images.
Il définit l’Année,
Et pour les douze mois,
Il suscita à chacun trois Etoiles…
Il fixa la Station de la Polaire pour définir la cohésion des Astres
Il établit, jouxte ladite Polaire,
Les Stations d’Enlil et d’Ea…
Puis il fit apparaître Nanna ( Lune )
A qui il confia la Nuit.
Il lui assigna le Joyau nocturne
Pour définir les jours…..
Au premier du mois,
Allume-toi au-dessus de la Terre….
Au quinzième, chaque mi-mois,
Mets-toi en conjonction avec Samas ( Soleil )
Pour qu’au trentième, derechef,
Tu te trouve en conjonction avec lui.
En suivant ce chemin,
Définis les Présages :
Conjoignez-vous
Pour rendre les sentences- divinatoires.

Avec l’autre moitié de Tiamat, Marduk détermine la configuration de la Terre : de ses yeux coulent le Tigre et l’Euphrate, sur ses mamelles s’entassent les montagnes lointaines, d’une boucle de sa queue et de sa croupe, il soutient le Ciel et consolide la Terre.

L’espace et le temps étant crées, Marduk décida la création de l’homme, pour que  » sur lui repose le service des dieux, pour leur soulagement  »

* L’anthropogonie.

Marduk délègue à son père Ea le soin de créer l’homme, ambigu, d’argile et de sang divin, dont la vie s’inscrit dans les limites de l’espace et du temps, qui est mortel, mais qui se reproduit socialement. L’homme est l’artisan de la pérennité du monde et il est créé pour assurer le culte des dieux, sans lequel ils ne peuvent vivre.

Marduk dit à Ea :
 » Je vais condenser du sang,
Constituer une osssature
Et susciter ainsi un Prototype humain
Qui s’appellera  » Homme  » !
Pour que lui soient imposées les corvées des dieux
Et qu’eux soient de loisirs  »

Ea se fit livrer le dieu Qingu qui avait poussé Tiamat à la révolte.  » On le saigna, et de son sang Ea produisit l’Humanité « .

Alors, Marduk, le Roi glorifié, répartit les dieux dans leurs domaines. Le Ciel à Anu qui prend en charge les Anunnaki au complet, la Terre à Enlil, l’étendue des Eaux à Ea. Pour glorifier Marduk, leur Seigneur, les dieux Anannuki lui proposent de construire un Sanctuaire.  » Faites donc Babylone ! » dit-il. Les Anannuki creusèrent le sol, moulèrent des briques, élevèrent le faîte. Ils construisirent de même la haute Tour à étages de ce nouvel Apsû et ils y aménagèrent un Habitacle pour Anu; Enlil, et Ea.

 » Alors, en majesté,
Il vint prendre place devant ces derniers
Depuis le pied de l’Esara ( Temple universel )
On en pouvait contempler le pinacle !…..
Le Seigneur, dans le Lieu très auguste
A son Banquet invita
Les dieux, ses pères.
 » Voici, leur dit-il, Babylone,
Votre Habitacle et Résidence,
Ebattez vous-y ! Rassasiez- vous de sa liesse ! « .

Puis c’est l’investiture solennelle et définitive, le couronnement de Marduk : les dieux procèdent à l’Oblation, Marduk leur distribue les Stations du Ciel et de la Terre. Les Grands dieux, au nombre de cinquante, prirent place et chargèrent de décisions les Dieux- des Destins, au nombre de sept.

Anu érigea un Trône-royal
Qui dépassa ceux des autres dieux
Et au milieu de l’Assemblée des dieux,
Anu y installa Marduk
Et les Grands dieux unanimes,
Exaltèrent les destins de Marduk
Et se prosternèrent devant lui.
Ils formulèrent d’eux-mêmes
Un serment exécratoire,
Jurant par l’Eau et l’Huile
Et la Main à la gorge,
Ils lui octroyèrent
D’exercer la Royauté sur les dieux,
Le confirmant dans le Pouvoir absolu
Sur les dieux du Ciel et de la Terre. ( Roi des dieux de l’univers entier : Lugal. dimmer.an. ki a. )

Ainsi l’assassinat d’Apsu ouvre la série de  » meurtres créateurs « . La cosmogonie est le résultat d’un conflit entre deux groupes de dieux, mais la troupe de Tiamat comporte également ses créatures monstrueuses et démoniaques. La primordialité est présentée comme issue des « créations négatives  » : c’est de la dépouille de Tiamat que Marduk forme le Ciel et la Terre. Le Cosmos est constitué d’une double nature. Une matière ambivalente, sinon démoniaque, et une forme divine, puisqu’elle est l’oeuvre de Marduk. La voûte céleste est formée de la moitié du corps de Tiamat, mais les étoiles et constellations deviennent demeures ou images des dieux. La terre elle-même comprend l’autre moitié de Tiamat et ses divers organes, mais elle est sanctifiée par les cités et les temples. Le monde s’avère être le résultat d’un mélange de primordialité chaotique et démoniaque, d’une part, et de créativité, présence et sagesse divines, d’autre part.

La création de l’homme prolonge la tradition sumérienne, mais il s’ajoute un élément important : l’homme est constitué d’une matière démoniaque, le sang de Qingu. L’homme semble condamné par sa propre genèse. Son seul espoir, c’est qu’il a été façonné par Ea. Il possède donc une forme crée par un grand dieu.

Dans la cosmogonie, comme dans l’anthropogonie, il existe une similitude : la matière première provient d’une divinité primordiale déchue, démonisée et mise à mort par les jeunes dieux victorieux.

L’Enûma elis se présente donc comme un ouvrage érudit et didactique, en même temps qu’ apolégétique et théologique. Ce texte de toute beauté, construit avec art et rigueur est une savante synthèse de mythes préexistants qui embrasse toutes les interrogations concernant l’univers, le fonctionnement du Cosmos, l’origine de l’homme.

Cette épopée aboutit à la sacralisation de Marduk, dans une glorification extrême. La supériorité absolue de Marduk le légitime dans le rôle de souverain des dieux et des hommes qui est désormais le sien. La présentation de cette toute puissance, avec le culte qui l’accompagne se pose comme une démonstration tendant à l’hénothéisme.

Le Mythe babylonien de la création, qui consacre le triomphe théologique de Marduk, ne doit pas nous masquer l’importance d’écrits antérieurs, dont l’origine est toujours sumérienne, mais que l’esprit et la langue akkadiennes ont enrichis. Le récit du Déluge a un double intérêt. C’est un mythe de la création de l’homme, de la soumission de l’homme aux dieux, de la punition du mal, de la renaissance. Il constitue d’autre part l’origine très lointaine du récit biblique.

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La Mésopotamie – La religion

Les oeuvres qui composent l’ensemble littéraire de la mythologie baignent toutes dans un contexte surnaturel. En Mésopotamie, la religion constituait le cadre propre de la mythologie.

Le terme de religion définit l’attitude des hommes vis à vis d’un ordre de choses qu’ils appréhendent obscurément et d’instinct comme supérieur à eux-mêmes et à tout ce qui les environne ici-bas. Cet appel vers le haut implique la notion de surnaturel, de sacré, de numineux (*), et suscite une double émotion : ou l’homme le redoute et il se sent pris devant lui d’un sentiment de crainte et d’éloignement; ou il l’attire et il éprouve le besoin de se rapprocher de lui. Le sacré fascine et inquiète et donne naissance au sentiment religieux. L’obscure approche du Sacré et de l’Etre divin pousse l’homme à le sortir de sa virtualité, à le connaître. Et puisqu’il n’est pas immédiatement perceptible, à l’imaginer, en forgeant tout un système de représentations à son sujet : toute une idéologie religieuse. Le sentiment religieux associé à l’idéologie religieuse conduisent à un comportement religieux, afin d’établir une relation avec le  » « monde d’en haut « .Les manifestations religieuses précèdent de très loin les transcriptions cunéiformes et sont soumises à des transmissions orales non figées dans une histoire, car elles ne font références à aucun créateur. Elles traduisent seulement les représentations collectives du sacré qu’une tradition immémoriale a élaborée. Il s’agit d’une Religion primitive, non codifiée par des livres saints, mais évoluant au gré des cultures, dont elle représente la face tournée vers le surnaturel.

I. La religion primitive.

II. Avant l’histoire, ces populations se sont trouvées devant la nécessité de donner forme et contenu à cet « ordre de choses tout à fait supérieur à eux et à tout ce qui les environnait ici-bas « . Le ciel immense, la terre sans fin; les astres, les météores, le vent, la pluie ; l’orage avec ses foudres, cette nappe d’eau douce sous la terre avec ses sources, les fleuves qui apportaient la vie au pays, la mer infinie et secrète, le feu énigmatique, la croissance des plantes et des animaux, le rut des bêtes et la passion amoureuse des humains : tous ces phénomènes énormes et surprenants, perpétuels et réguliers, paraissaient émaner de desseins réfléchis d’une volonté pareille à celle qui commande à la vie de chacun. Devant cette puissance surnaturelle, les hommes se sentaient remplis d’admiration, de révérence, de perplexité et d’effroi. Pour en rendre compte, écarter le mystère et l’absurdité apparente, ils s’en rapportent au seul type de causalité libre et efficace qui leur est familier: la leur propre. Et de poser à l’intérieur de ces manifestations d’une force énigmatique et surhumaine, un animateur caché, une personnalité comparable à la leur : active, spontanée , réfléchie. Mais dotée d’un pouvoir et d’une intelligence très supérieure et non soumise aux faiblesses humaines : la mort, la maladie, la peine; la déchéance. C’est ce que l’on appelle l’anthropomorphisme. Ainsi, chaque grand phénomène inexplicable de la marche du monde devait avoir son dirigeant, son manipulateur, son moteur : les Mésopotamiens étaient polythéistes. De là provient le nombre surprenant de divinités: quelques centaines.

Chacune de ces divinités était donc attachée, d’abord, à l’un des grands secteurs ou des grands mouvements de la nature.

* An était le dieu de la partie supérieure de l’univers, de l’En-haut, du Ciel.
* Ki, de l’En-bas, de la Terre.
* Enlil, celui de l’espace aérien et mobile, intermédiaire, comme l’Air, l’atmosphère
* Enki, celui de l’Apsû : la nappe souterraine d’eau douce.
* Utu, celui du soleil.
* Nanna, de la lune
* Et d’autres se trouvaient en charge des divers astres et constellations ou des plantes et de certains animaux et ainsi de suite…..

Ces nombreux représentants du monde surnaturel étaient structurés en familles construites comme celles d’ici-bas sur le mode patriarcal, et hiérarchisées à l’image des maisons souveraines. A l’époque des Cités Etats, chaque unité politique se présente avec un pouvoir temporel, coiffé d’un gouvernement surnaturel de divinités, organisées et hiérarchisées autour du souverain divin de la ville et de son territoire dans un panthéon local. Vers la fin du 3ème millénaire, on assiste à une réduction et à une mise en ordre de ces multiples panthéons et trois dieux suprêmes garderont leur place jusqu’à la fin de l’histoire du pays : An, Enlil, Enki. Conformément à l’idéologie monarchique traditionnelle, ils détenaient l’autorité souveraine sur l’univers des dieux, des hommes et des choses. L’autorité, le commandement efficace était entre les mains d’Enlil. An n’était pas seulement son père, mais surtout le fondateur et le garant de la dynastie divine régnante, retiré et laissant le pouvoir à son fils, ultime recours en cas de crise grave. Enki tenait la fonction technique du pouvoir : le plus intelligent, le plus informé, avisé, subtil et sage, le plus actif aussi. Il était auprès du souverain comme son premier ministre, conseiller , expert en toutes choses, résolvant toutes les difficultés en somme l’oeil et le cerveau du monarque dont il guidait et corrigeait le bras aisément maladroit et brutal.

A la fin du 3ème millénaire, le patrimoine culturel sera absorbé par les Sémites. On assiste à une akkadisation des noms des dieux : An en Anu, Enki en Ea et à l’apparition de personnalités nouvelles comme la sémitique et belliqueuse Istar qui absorbe la sumérienne Inanna déesse de l’amour physique et Delebat déesse de la planète Vénus. Sa personnalité est devenue si exubérante et envahissante que presque toutes les autres déesses se sont effacées devant elle. Elle représente le plus haut degré de la nature divine au féminin.

Avec la réduction du personnel divin, apparaît un changement dans le rôle des dieux. Ils prennent de la distance avec les phénomènes de la nature et de la culture. Ils s’individualisent, sont auréolés d’une certaine majesté. Ils sont imaginés raisonnables et sages jusque dans leurs colères. Leur gravité, leur dignité les placent très haut, on insiste sur les traits qui soulignent leur incommensurable distance : cette démarche souligne leur transcendance.

Parallèlement, ils prennent en charge tous les impératifs, toutes les prohibitions qui réglementent la vie humaine. Tout manquement constitue une offense à leur autorité, une révolte, un péché qui mérite sanction : l’action des dieux, auparavant restreinte à la nature s’étend à l’histoire des hommes, selon un plan qu’ils sont seuls à connaître. L’homme est soumis à leur Justice ou rapporte ce qui lui arrive de mauvais à un châtiment venant d’en haut : le mal par le mal.

A partir de Sargon le Grand les rois sont à la tête de concentrations de territoires et investis d’une autorité immense. De la même façon, pour le monde d’En-Haut, on cherche à réunir entre les mains d’un seul personnage surnaturel l’autorité suprême sur l’univers. Il y a là comme une timide aspiration hénothéiste. Ainsi, vers le milieu du 2° millénaire, Marduk, un dieu  » jeune « , fils d’Ea fut proclamé par les prêtres et les docteurs de Babylone, souverain absolu de l’univers, repoussant Enlil dans une sorte d’honorariat. Ce sursaut d’hénothéisme n’a cependant pas ébranlé le polythéisme.

II. Le comportement religieux.

Le culte officiel rendu aux dieux était tiré du modèle royal, calculé et transposé, magnificence en plus , des services que les rois attendaient de leurs sujets. Dans cette religion anthropomorphique, tous ces services étaient d’ordre matériel : on devait représenter les dieux, les loger, les meubler et les fournir de biens d’usage et de luxe, les nourrir, les vêtir, les promener et leur assurer leur vie de famille, tout comme ces êtres de chair et d’os qu’étaient les rois.

On leur bâtissait donc, entourés de grands murs percés de portiques grandioses, des temples magnifiques, édifiés autour d’une pièce centrale qui jouait le rôle du « Saint des Saints » de la Bible, et qui était entourée de salles sans nombre, de chapelles, de vestibules et de cours cérémonielles. Dans l’une de celle-ci s’élevait une tour à étages ( ziqqurat, pointue, en akkadien ) couronnée d’un petit sanctuaire et semblant relier le ciel et la terre. Tout un mobilier précieux, lits , tables et trônes, garnissaient ce somptueux habitacle.

Le Temple, c’était la maison du dieu, souvent situé en pleine ville. Il l’habitait en personne, sous les apparences de sa précieuse statue du culte, faite d’une âme de bois rare plaquée de feuilles d’or ou d’argent et adornées de pierres fines. Elle occupait la place d’honneur, dans le  » saint des saints « , entourée des images des divinités qui composaient sa famille et sa cour : sa déesse parèdre ( qui siège à côté ) , ses enfants, ses familiers et ses hauts fonctionnaires.

Le Temple était le théâtre du cérémonial magnifique dont les rituels fixaient dans le détail tout le déroulement. Le culte quotidien était organisé autour de la table, mais nul sacrifice n’y intervenait comme tel, si ce n’est les animaux choisis pour le repas. Ces repas, servis quatre fois par jour, comportaient des menus variés et précieux, accompagnés de boissons servies dans des coupes d’or, et rehaussés de fumigations odorantes, de musiques et de chants sacrés. On faisait aussi la toilette du dieu, le revêtant d’habits précieux, et le sortant dans une procession solennelle, pour le conduire dans la ville et dans les campagnes, vers des sanctuaires disséminés un peu partout et servant de reposoirs.

La liturgie semble avoir été annuelle et mensuelle. La plus célèbre inaugurait l’an neuf , au printemps, au mois de Nisan ( fin mars, début avril ). Elle durait onze jours et semblait vouloir réaliser une refonte générale, pour entrer dans un temps nouveau. A la même époque, on célébrait le mariage du dieu, la hiérogamie. Au début, cette cérémonie était célébrée avec un certain réalisme, par le roi couchant avec une prêtresse choisie. Plus tard, les statues du roi et de son épouse étaient apportées en grande pompe dans une salle  » nuptiale  » et laissées côte à côte dans leur  » lit conjugal  » toute la nuit. Les rituels liturgiques consignaient, pour chaque jour de chaque mois, les obligations religieuses, les dieux à honorer particulièrement, les gestes pieux recommandés, les aliments et démarches déconseillés ou défendus.

Le Temple, comme les autres chapelles, était ouvert au public, hormis telle ou telle partie considérée comme plus  » sacrée  » et accessible seulement aux membres du clergé. Celui-ci est peu connu, ou tout au moins est-il difficile de séparer les fonctions proprement religieuses des fonctions administratives. A côté des prêtres, figuraient des prêtresses dont certaines étaient astreintes sinon au célibat, et encore moins à la chasteté, mais à l’obligation de ne point faire d’enfants. Quelques unes vivaient ensemble et à part, dans une sorte de béguinage. Il existait des catégories, notamment dans le personnel sacré officiant ,tels les prostituées ou les prostitués, les hiérodules, intervenant lors des hiérogamies. ( prostitué : exposé aux yeux, impudique ).
Le culte sacramentel avait pour fin propre d’obtenir que les dieux écartent le mal causé aux hommes par la cohorte des démons, produits de l’imagination religieuse, pour rendre compte des malheurs survenus sans raison apparente. Censés d’abord agir de leur propre chef, par pur sadisme, ils ont été assez vite rangés sous la coupe des dieux,  » gendarmes  » exécuteurs de leurs sentences. Car en vertu de l’image politique du pouvoir des dieux, on leur reconnaissait une fonction de justice rétributive qui leur permettait de châtier les manquements à leurs volontés souveraines. Les procédés les plus archaïques pour chasser ces démons ont été de l’ordre de la magie. Mais la ritualisation des gestes et des discours, dans des cérémonies proches des dieux, étaient plutôt de l’ordre de la théurgie et de l’exorcisme. théurgie : theos, dieu, ergon, oeuvre. exercice magique qui procurait une relation avec les divinités bienfaisantes.

Le culte sacramentel ne se pratiquait pas nécessairement dans le Temple, mais, selon que le rituel l’exigeait, soit auprès du malade, soit à portée d’eau courante, soit dans la steppe. Toutefois, le lieu précis où on l’exécutait devait toujours purifié et sacralisé par des procédures appropriées. Ce culte avait son officiant particulier, membre du clergé : l’exorciste. Il s’agissait toujours de manipulations utilisant l’eau, le feu, ou d’autres matières chargées de vertus spécifiques et accompagnées de prières et d’adresses aux dieux. On peut rattacher à ce même culte un certain nombre de pratiques, notamment de divination déductive qui mettaient en jeu la science et la technique de l’opérateur, des appels aux dieux, sans parler du sacrifice ritualisé des animaux dans les entrailles desquels les aruspices cherchaient à décoder l’avenir.

Reste la liturgie familiale, avec ses rites funéraires. Le corps, avant l’ensevelissement devait être lavé, habillé et exposé. La mise en terre se faisait dans le sous-sol de la maison, dans une aile réservée à la sépulture, près de la chapelle domestique. Une fois par mois, lorsque la lune, en disparaissant, ramenait la pensée vers la mort, chaque famille se rassemblait autour d’un repas cérémoniel, en partageant les mêmes vivres, affirmant leur communion familiale. On l’appelait, en akkadien, kispu, d’une racine kasâpu, qui signifie quelque chose comme  » rompre le pain pour le partager « . et les morts, eux-aussi, étaient censés prendre part, mystérieusement, au repas. A l’autre bout de l’existence, à la naissance, des cérémonies analogues se pratiquaient sans doute en famille, mais nous n’en savons presque rien.

Ce comportement religieux repose sur l’expression ou l’exploitation rituelles des mythes cosmogoniques, théogoniques et anthropogoniques qui sont largement décrits dans la littérature sumérienne puis akkadienne. Au fil des siècles, ces récits sont repris, affinés et nous nous attacherons aux plus riches et significatifs d’entre eux, en notant que certains sont à l’origine de passages bibliques.


(*)Le numineux est, selon Rudolf Otto et Carl Gustav Jung, ce qui saisit l’individu, ce qui venant « d’ailleurs », lui donne le sentiment d’être dépendant à l’égard d’un « tout Autre »
Numineux — Wikipédia

 

La charge mentale – chanson punk — Hervé Gasser


Quand tu ranges ses affaires en pensant qu’t’es pas sa bonne / Quand tu charges une appli pour faire ton bilan carbone…

via La charge mentale – chanson punk — Hervé Gasser

Le carnaval perpétuel


sophiaperennis.unblog.fr

par  Pierre-Yves Lenoble

 

« (…) il y a invariablement, dans les fêtes de ce genre, un élément « sinistre » et même « satanique », et ce qui est tout particulièrement à noter, c’est que c’est précisément cet élément même qui plaît au vulgaire et excite sa gaieté : c’est là, en effet, quelque chose qui est très propre, et plus même que quoi que ce soit d’autre, à donner satisfaction aux tendances de l’ « homme déchu », en tant que ces tendances le poussent à développer surtout les possibilités les plus inférieures de son être », R. Guénon (Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 2007, p. 142).

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Dans un article publié en 1945, intitulé Sur la signification des fêtes carnavalesques, René Guénon étudie le symbolisme profond, la raison d’être réelle et les enseignements supra-humains attachés aux fêtes de type carnavalesque qui existaient dans certaines civilisations traditionnelles.

Guénon, dans un premier temps, donne diverses illustrations historiques de ce genre de festivités collectives en se penchant plus particulièrement sur celles qui se célébraient au Moyen-âge.

Il évoque ainsi le carnaval, la « fête des fous » et la « fête de l’âne » (nous pourrions également mentionner les mascarades, les charivaris, les farces, la « procession de Renart », les diableries et autres fêtes de type orgiaque, sans compter les saturnales ou les lupercales de la Rome antique), et remarque leur caractère avant-tout « diabolique », à la fois grotesque, sacrilège, parodique et chaotique.

En effet, lors de ces étranges fêtes populaires l’ordre normal de la société se voyait singé et l’ensemble des facettes de l’existence était littéralement inversé ; « on avait alors l’image d’un véritable « monde renversé », où tout se faisait au rebours de l’ordre normal », nous dit Guénon.

Les hiérarchies sociales et ecclésiastiques étaient bafouées (les nobles se mêlaient aux serfs, le bas-clergé commandait ses supérieurs, les clés des villes étaient données au bas-peuple, les condamnés à mort siégeaient en lieu et place des seigneurs… etc.), les institutions sacrées et les offices religieux étaient profanés (on célébrait de fausses messes où les « fous », et même les ânes coiffés de mitres, étaient introduits dans les églises et vénérés comme de véritables évêques, les clercs se livraient à l’impudicité et au laisser-aller), la décence commune et la morale publique étaient complètement chamboulées (violences, beuveries, moqueries, promiscuité hommes/femmes, déguisements ridicules, lynchage de mannequins, désignation de boucs-émissaires… etc.).

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Dans son instructive étude sur Le Carnaval (Gallimard, 1979, p. 89), J. C. Baroja nous renseigne un peu plus sur l’hybris générale et l’anomie attachées à ces festivités anciennes : « (…) le Carnaval autorise toutes les privautés. Masqués ou non, les gens s’adonnent à des actes violents et d’allure bestiale comme ceux-ci : 1° Insulter les passants. 2° Publier des faits scandaleux qui auraient dû rester secrets. 3° Se moquer publiquement de la vie privée d’autrui. 4° Détruire des objets, les changer de place, les dérober. 5° Se quereller avec certaines personnes. 6° Lancer des objets insultants pour autrui ».

De plus, il est important d’observer que ces fêtes carnavalesques médiévales, malgré leur aspect sinistre et outrancier, étaient entièrement dirigées, encadrées et orchestrées par les membres de l’autorité spirituelle (notamment et surtout les chanoines), qui n’hésitaient pas à participer personnellement et à se prêter de bonne volonté aux divers jeux collectifs.

On constate donc que toutes ces célébrations licencieuses avaient une raison d’être tout à fait fondamentale : elles permettaient au clergé (qui se trouvait au sommet de la société féodale, ne l’oublions pas) de circonscrire, de maîtriser et de canaliser, dans un cadre spatio-temporel bien défini, les forces infra-humaines, le bas psychisme, les instincts grégaires, les tensions sexuelles et les pulsions de mort inhérentes aux foules et aux masses populaires ; on pourrait ici parler d’une sorte de chaos dirigé ou d’une expiation collective ― voire d’un exorcisme de groupe visant à chasser les influences démoniques, ou plutôt démoniaques ― tenant lieu de soupape de sécurité ou de sas de décompression afin de laisser libre cours au désordre généralisé, de le contrôler puis de l’évacuer hors de la sphère sociétale.

Guénon insiste également sur les significations profondes et les répercussions ontologiques que revêtait le port du masque carnavalesque pour chaque individu. Ces masques hideux (figurant des monstres, des animaux ou des démons), nous apprend-t-il, avaient pour rôle de matérialiser les forces infra-humaines et les mauvais penchants des participants, et surtout d’extérioriser à la vue de tous les tendances inférieures portées en eux-même, habituellement cachées à la communauté. Nous sommes là une nouvelle fois en face d’un rite expiatoire, d’une forme de confession publique auto-dérisoire, qui devait provoquer une prise de conscience individuelle, une catharsis et un retour sur soi bénéfique.

En clair, on peut avancer que les masques grotesques illustraient l’ego passionnel et sensitif qui se dissout dans la tombe, et devaient moquer la partie animale attachée à la survie et à la reproduction, c’est-à-dire l’âme basse de chacun, l’individualité contingente et passagère (« l’homme déchu » ou « l’homme extérieur » de saint Paul), sachant bien entendu que lorsque la fête était finie et que la normalité était revenue, les hommes traditionnels avaient le devoir de porter fermement un autre masque (invisible celui-ci ; ce qui correspond à « l’homme intérieur »), celui du moi supérieur, celui de leur véritable personnalité qualitative et constante.

N’oublions pas à cet égard que le mot « personne » provient du latin persona désignant le masque du théâtre, le rôle ou le personnage, et que suivant la mentalité si caractéristique du monde traditionnel, chaque être humain incarnait ici-bas un masque particulier du seul et unique Être : dans cette perspective, tout au long de son existence, l’homme jouait le rôle qui lui était attribué sur la scène de la grande comédie mondaine (ou de la tragédie selon le point de vue) par le scénariste et le metteur en scène de l’univers qui n’est autre que Dieu, la vraie Personne de toutes les personnes qui ne sont en réalité personne…

Étudiant le symbolisme de la marionnette humaine dans l’enseignement platonicien, le grand penseur pérennialiste A. K. Coomaraswamy délivre ces quelques phrases pleines de sagesse : « D’après Platon, c’est en vertu de « ce qu’il y a de meilleur dans les êtres humains » qu’ils sont réellement les jouets de Dieu. Et cette idée que « leur » vie est en réalité un amusement divin, dans lequel leur part n’est libre et active que dans la mesure où leur volonté se fond avec celle de Qui joue le jeu, est l’un des plus profonds discernements de l’homme. (…) « Devoir » est exprimé en grec par dei, de deô, lier, de la racine desmos, c’est-à-dire le « lien » par lequel, comme l’écrit Plutarque, Apollon lie (sundei) toutes les choses à lui-même et les ordonne. Ce lien est précisément le « fil d’or » platonicien par lequel la marionnette doit être guidée, si elle joue son rôle, évitant les mouvements discordants qui sont provoqués par ses propres désirs » (Suis-je le gardien de mon frère ?, Pardès, 1997, p. 103-104).

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Pour conclure notre article, on peut s’apercevoir que dans un paradigme traditionnel la vie entière des individus et des sociétés ― même dans le cas des fêtes grotesques qui peuvent sembler à première vue profanes, voire sacrilèges ― est constamment conditionnée par une sacralité, est fermement guidée par une autorité spirituelle, et est toujours reliée à un Principe supra-humain : l’immanence est mise au service de la transcendance et l’ensemble du domaine matériel (temps, espace, vie sociale, développement personnel) est soumis à l’Esprit.

Enfin, après avoir rappelé dans une note l’étrange rapport entre l’expansion inquiétante de la sorcellerie à la fin du Moyen-âge (notamment les sabbats des sorciers marqués eux-aussi par l’inversion du sacré et les actes à rebours) et l’abandon progressif des fêtes carnavalesques, René Guénon termine par cette longue phrase qui devrait tous nous faire réfléchir sur la médiocrité et la nocivité de notre « société du spectacle » actuelle :

« Ainsi, la disparition presque complète de ces fêtes, dont on pourrait, si l’on s’en tenait aux apparences extérieures et à un point de vue simplement « esthétique », être tenté de se féliciter en raison de l’aspect de « laideur » qu’elles revêtent inévitablement, cette disparition, disons-nous, constitue au contraire, quand on va au fond des choses, un symptôme fort peu rassurant, puisqu’ elle témoigne que le désordre a fait irruption dans tout le cours de l’existence et s’est généralisé à un tel point que nous vivons en réalité, pourrait-on dire, dans un sinistre « carnaval perpétuel » » (ibid., p. 144).

LE TRAVAIL ET L’USURE


pdfarchive.info

https://i0.wp.com/www.pdfarchive.info/public/Ezra_Pound_-_Le_travail_et_l_usure.jpg

Auteur : Pound Ezra

Ouvrage : Le travail et l’usure

Année : 1944

Trois essais :

.L’Or et le Travail

.L’Amérique de Roosevelt
et les causes de la présente guerre

.Introduction à la nature
économique des États-Unis

 

« AVEC L’USURE
la laine ne se vend plus avec
l’usure les moutons n’apportent plus de gain,
l’Usure est une peste,
l’usure émousse l’aiguille
dans la main de la servante
éteint le talent de la fileuse.
Pietro Lombardo ne vient pas de l’usure
Duccio ne vient pas de l’usure
Ni Pier Della Francesca ; ni de l’usure Zuan Bellin
ni peinte “La Calunnia”.
Ni de l’usure Angelico ; ni Ambrogio Praedis,
Ni l’église de pierre taillée signée : Adamo me fecit.
Ni de l’usure saint Trophime
Ni de l’usure saint Hilaire,
l’usure a fait rouiller le ciseau,
Rouiller l’art et l’artisan
Rongé la trame sur le métier
Nul ne sait plus y mêler le fil d’or ;
Azur est dévoré par ce cancer ;
cramoisi n’est plus brodé
Émeraude ne trouve plus de Memling
L’Usure frappe l’enfant dans le ventre de sa mère
Elle frappe le jeune homme qui fait sa cour
Le paralyse dans la couche nuptiale,
l’usure s’étend entre
le mari et sa jeune épousée
contra naturam
Ils ont amené les putains à Eleusis
Des cadavres prennent place au banquet
sur mandement de l’usure. »

(Ezra Pound, Les Cantos, Cantos XLV extrait)

 

 

L’Or et le Travail

L’usure : taxe prélevée sur le pouvoir d’achat, sans égard pour la productivité, ni souvent même pour les possibilités de production.

Le lundi 30 janvier 1933 (l’an XI) à cinq heures et demie de l’après-midi, l’auteur de ces notes porta à un personnage du gouvernement italien une liste de dix‑huit points qui fut publiée dans le Meridiano di Roma dix ans plus tard avec pour résultat que cette gazette fut bannie des États-Unis.
Les libéraux ne purent en souffrir certaines idées.

 La bibliographie de l’auteur contient, outre des ouvrages non spécifiquement économiques, plusieurs centaines de lettres, des articles sur la monnaie, des livres et autres brochures parmi lesquels :
.ABC of Economies. Londres, 1933.
.Jefferson and / or Mussolini, 1935.
.Social Crédit, An Impact, 1935.
.What is Money For ? 1939.

En italien :
Confucio, Studio Intégrale (en collaboration avec Alberto Luchini),
Carta da Visita (Ed. Lettere d’Oggi).
Collaboration au Meridiano di Roma, à la Rassegna Monetaria (revue monétaire), etc.

Les discussions s’élèvent de l’ignorance de Tous les disputeurs.

Feuille de discipline civique
Tant que tu n’as pas démêlé le fil de tes pensées, tu ne les peux communiquer à autrui. Tant que tu n’as pas mis de l’ordre dans tes pensées, tu ne peux être un élément d’ordre dans le parti. Le fait militaire tient à l’honnêteté du régime.

À la mémoire d’Aurelio Biasi.

Le mode de l’utopie
Le 10 septembre dernier, comme je longeais la Via Salaria, par-delà Fara Sabina, je pénétrais, après un certain temps, dans la République de l’Utopie, pays placide entre tous qu’on ne rencontre dans aucun livre de géographie.
Comme je demandais la cause de la sérénité qu’affichaient les gens de ce pays, il me fut répondu qu’ils la devaient à leurs lois ainsi qu’à leur système d’éducation depuis leurs premières années d’école.
Ce peuple dit que nos connaissances générales dérivent de connaissances plus particulières (c’est en quoi il rejoint Aristote et d’autres sages de l’Antiquité orientale et occidentale), et que la pensée repose sur les définitions qu’on donne des mots.
Pour enseigner aux jeunes enfants à observer les choses dans leurs particularités, ces gens imaginent ce petit jeu : on tient dans la main fermée un certain nombre de petits objets, soit trois grains d’orge, une petite pièce de monnaie, un petit bouton couleur azur, un grain de café ou d’orge, trois autres boutons, etc., on ouvre un instant la main, puis, la refermant soudain, on interroge alors l’enfant sur ce qu’il a vu. Pour les plus grands, on use de jeux plus compliqués de sorte que chacun finit par savoir de quoi sont faits les souliers qu’il porte aux pieds ou le chapeau qui lui couvre la tête. On me dit aussi qu’à bien préciser le sens des mots, ces gens sont
arrivés à si bien définir leur terminologie économique
que les diverses iniquités de la Bourse et de la finance
ont disparu de ce pays où personne n’est plus dupe de
personne.

Ils attribuent leur prospérité à la simplicité de leur
mode de perception des impôts ou, pour mieux dire,
de cet unique impôt qui frappe la monnaie même. Sur
chaque billet d’une valeur de cent unités, il leur faut appliquer
un timbre de la valeur d’une unité le premier
jour du mois. Le gouvernement payant ses dépenses
avec une monnaie neuve, n’a plus besoin d’imposer
d’autres taxes, et personne ne peut plus thésauriser une
monnaie qui, passé cent mois, n’a plus aucune valeur.

Et voilà résolu le problème de sa circulation.
L’argent ne pouvant ainsi bénéficier d’une durabilité
supérieure à celle dont jouissent les pommes de terre,
les récoltes ou les tissus, le peuple en est venu a une
idée plus saine des valeurs de la vie. Il n’adore pas
l’argent comme un dieu ni ne lèche les bottes des pansus
de la Bourse et des syphilitiques du marché. Ces
gens ne sont, bien sûr, ni menacés d’inflation monétaire,
ni contraints de faire des guerres pour plaire aux usuriers.
Du reste, cette profession ou activité criminelle n’a
plus cours au pays de l’Utopie, comme n’ont aussi plus
cours bon nombre d’activités bureaucratiques, si bien
que nul n’est tenu de travailler plus de cinq heures par
jour. Le commerce est soumis à peu de restrictions. Les
commerçants échangent leurs lainages et soieries contre
les arachides et le café de leur Afrique ; et leurs bovins
sont si nombreux que le problème des engrais se résout
de lui-même. Mais ils ont une loi très sévère qui exclut
tout succédané de leur république.

 Le peuple s’instruit en se jouant, et sans professeurs
superflus. Ces gens prétendent que, s’il est impossible
d’éliminer tous les livres idiots, il est du moins aisé d’en
fournir l’antidote, et ce par une réglementation des plus
simples. Tout libraire est forcé de tenir à disposition les
meilleurs livres ; ceux d’une insigne valeur, il les doit
exposer pendant quelques mois. Ainsi, la diffusion des
meilleurs livres chasse peu à peu des salons de lecture
les ordures de la Nouvelle Revue Française et autres sélections
du London Times, comme les plus imbéciles d’entre
les jeunes écervelés des deux sexes.
Ces gens prisent encore la dextérité dans les travaux
agricoles, comme dans mon jeune âge j’admirais
l’habileté des joueurs de tennis ou de football. De fait, ils
rivalisent d’adresse à la charrue pour savoir qui d’entre
eux peut le plus précisément tracer un sillon. Ce pourquoi
je me suis senti trop vieux, me ressouvenant d’un
jeune ami épris lui aussi de cette passion archaïque, qui
m’écrivit de son premier arpent :
« On eût dit qu’un cochon était passé par là déracinant
tout. »
Ayant reçu l’explication si simple de la félicité de ce
peuple, je m’endormis sous les étoiles sabines, méditant
sur les effets surprenants de ces modifications si insignifiantes
en apparence, et m’émerveillant de la distance
écoulée entre le monde du XIX ème siècle et celui de la
sérénité.
On lit sur le fronton de leur Capitole :
Le trésor d’une nation est son honnêteté

Particularités du crime
II est chimérique de s’ingénier à monter une machine si une partie est manquante ou qu’elle est défectueuse. Il importe avant tout d’en avoir toutes les pièces essentielles. Aussi, pour bien comprendre les origines de cette guerre, il y a lieu de savoir ceci :
En l’an 1694 fut fondée la Banque d’Angleterre, association de criminels qui pratiquaient l’usure au taux de 60 %. Paterson qui en fut le fondateur expliqua clairement l’avantage de sa découverte : la banque bénéficie de l’intérêt sur l’argent qu’elle crée de rien. En 1750 le papier-monnaie fut supprimé dans la colonie de Pennsylvanie. Ce qui signifiait qu’en l’espace de 56 ans, l’association des usuriers, non contente de son 60 %, soit l’intérêt sur l’argent tiré de rien, était devenue si puissante qu’elle avait pu déterminer le gouvernement anglais à supprimer illégalement une concurrence qui, grâce à un système monétaire sain, avait apporté la prospérité à la Pennsylvanie.
Vingt-six ans plus tard, en 1776, les colonies américaines se soulevaient contre l’Angleterre. Elles étaient treize corps séparés, minés du dedans, mais favorisés par leur géographie et la discorde des Européens. Elles eurent beau vaincre l’ennemie éternelle, l’Angleterre, leur révolution fut trahie depuis l’intérieur. Leurs difficultés pourraient servir d’encouragement aux Italiens d’aujourd’hui, et les problèmes de jadis suggérer des
solutions à nos difficultés présentes.
Les imperfections du système électif américain
émergèrent lors de la fraude commise par les députés
qui spéculaient sur les certificats de paie due émis par
chaque colonie à l’intention de ses vétérans.
Le truc en était simple et vieux comme le monde. Il
consistait à varier la valeur de l’unité monétaire. Vingt-neuf
députés de concert avec leurs amis achetèrent les
certificats à 20 % de leur valeur nominale ; ensuite de
quoi la nation, formant désormais une unité administrative,
assuma la responsabilité de payer lesdits certificats
au 100 % de leur valeur nominale. La lutte entre la
finance et le peuple se renouvela dans celle qui opposa
Jefferson à Hamilton, et plus clairement encore quand
Jackson et Van Buren eurent entre leurs mains les destinées
du peuple. La décennie qui s’étend de 1830 à 1840
a quasi disparu des livres d’école. Il est pourtant intéressant
d’étudier le rôle que jouèrent les facteurs économiques
dans la guerre civile américaine. Après les
guerres napoléoniennes, après celle de Sécession, après
Versailles, les mêmes phénomènes se sont vérifiés.
L’ usurocratie fait les guerres en série. Elle les fait
selon un système préétabli, dans l’intention de créer
des dettes.
Toute dette, créée en une monnaie qui vaut un quintal
de blé, est remboursée dans une monnaie qui en vaut
cinq ou plus. On parle, à cet effet, de dévaluation, d’inflation,
de revalorisation, de déflation et de retour à l’or.
C’est à ce dernier propos que Churchill, pour satisfaire
aux impôts et autres intérêts, fit payer au paysan indien
deux boisseaux de blé quand peu auparavant un seul y
suffisait.

C. H. Douglas, Arthur Kitson, Montagu Webb nous
fournissent les particularités du crime. Les États-Unis
furent vendus aux Rothschild en 1863. Les Américains
ont mis quatre-vingts ans pour découvrir des faits encore
ignorés du public européen. Le père de Lindberg
en dévoila quelques-uns au Congrès américain, plus
tard recueillis par Overboiser dans son History of Money
in the U.S.
Une lettre des Rothschild à la Maison Ikleheimer
datée du 26 juin 1863 contient ces paroles incendiaires :
« II y en aura peu qui pénétreront ce système, et
ceux qui le comprendront s’emploieront à en jouir ;
quant au public, peut-être ne comprendra-t-il jamais
que ce système est contraire à ses intérêts. »
Les jeux préférés de l’ usurocratie sont assez
simples, mais le terme de « monnaie » ne se trouve pas
plus défini dans le manuel des Rothschild à l’usage des
employés que dans le vocabulaire officiel : Synonymes
et homonymes de la terminologie bancaire. Les jeux sont
simples : récolter l’usure au taux de 60 % et plus, et
varier la valeur de l’unité monétaire au moment jugé
opportun par les usuriers.

 

L’ ignorance

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Le brasier de la haine


plumenclume.org/blog

par Israël Shamir

 

L’ Eglise en proie aux flammes

https://static.timesofisrael.com/fr/uploads/2012/10/F100926YZ02.jpgShlomo Aviner

Les rabbins ne regrettent nullement le désastre parisien. « C’est le châtiment divin pour avoir brûlé le Talmud », vaticine un rabbin très en vue, celui de Bethel, Shlomo Aviner, au sujet de Notre-Dame en feu. En 1242, les Français avaient fait des recherches dans le Talmud, établi que le codex contient des volumes entiers d’appels à la haine, et ils ont fini par envoyer au bûcher 1200 échantillons du codex dans le square de la cathédrale Notre-Dame fraîchement édifiée. « Le temps du châtiment est venu », entonne dramatiquement ce rabbin. Pas si vite, rabbin! Si nous devons mettre en relation les deux évènements – l’incinération du Talmud et la récente destruction de l’église- ce qui est en cause, dans l’histoire, c’est que jadis la France avait un système immunitaire solide et viril. La destruction médiévale de ce livre funeste fortifia une salutaire immunité collective face aux légalismes talmudiques, et cela permit à la cathédrale de survivre aux guerres et aux révolutions pendant le nombre magique de 777 années. Mais rien ne dure éternellement, hélas, et la résistance du peuple de France s’est épuisée.

Peut-être est-ce le moment de lui ré-inoculer un vaccin contre les schémas talmudiques. Peut-être que le malfaisant esprit de l’intolérance talmudique et de la suprématie judaïque devait se voir exorcisé une fois de plus, chassé du cœur de la France pour encore 777 ans. Espérons que l’édification de la cathédrale de remplacement inspirera un nouvel esprit de fidélité envers Notre Dame. Mais on n’en prend pas le chemin. Certes, dans le climat actuel, les autorités françaises ont plutôt envie de profiter du naufrage de Notre-Dame pour en faire le prochain Musée de la tolérance.

Il y a 777 ans, un juif qui reniait le Talmud avait coupé les ponts avec la Juiverie, accueillait le Christ et entrait dans l’Eglise: Nicholas Danin exposa publiquement le tintamarre talmudique; cela fit l’objet d’un débat, et l’assemblée, choquée et amèrement offensée, décida de rassembler les exemplaires existants et de les brûler en place publique. Dans la France de Macron, Nicholas Danin serait traîné en justice par la LICRA, et condamné à la prison, voire brûlé vif. C’est Danin, et non le Talmud, qui serait déclaré coupable du propos haineux si ses juges étaient préalablement bien formés, comme nous le sommes, dans le philosémitisme. Y a-t-il la moindre raison de rendre les ruines de Notre-Dame à l’Eglise catholique? Pourquoi ne pas la refiler directement au CRIF?

Dans le même article, le rabbin Shlomo Aviner, Français de naissance, rappelle à ses disciples que toutes les églises chrétiennes peuvent se voir démolies prochainement (au moins en Israël), mais que les temps ne sont pas encore mûrs.

Pour ce qui est de la cathédrale française, « nous ne sommes pas obligés de la détruire », même si « le christianisme est le plus grand ennemi des juifs ». Un juif est censé se réjouir à la vue d’une église carbonisée, et doit réciter une bénédiction spéciale du dieu de la vengeance qui renverse la maison des orgueilleux. Le pouvoir juif en France ne cesse de monter tandis que l’Eglise voit sa signification s’amenuiser; la vieille cathédrale avait peu de chances de survivre à un tel retournement du destin. Elle sera reconstruite mais avec une autre identité: quelque chose qui ne sera pas catholique, quelque chose qui ne sera plus une église. Elle sera conçue pour attirer les touristes; nul besoin de consulter les autochtones. On a déjà tout décidé  à la place des Français.

La destruction de la cathédrale était dans les tuyaux depuis longtemps. Quand les sorcières dénudées des Femen y ont célébré leur messe noire, ont trompé les prêtres et fouetté les vénérables cloches dans les tours de Notre-Dame, un tribunal français les a aussitôt acquittées et a infligé des sanctions aux gardiens qui avaient tenté d’arrêter le sacrilège. Et ce n’était pas encore suffisant pour les ennemis de l’Eglise: pour leur pur blasphème, les Femen ont été présentées au concours de l’ International Secularism Award 2017, et leur cheffe a vu sa tête honorée sur un timbre postal; elle a en outre servi de modèle pour une nouvelle Marianne. Dominique Venner, écrivain et historien catholique français, s’est suicidé dans la cathédrale en 2013 pour alerter ses concitoyens sur les nuages menaçant sa chère France, mais en vain.

En France, le combat sans relâche contre l’Eglise, conduit par les juifs et leurs alliés, continue à porter des fruits. En 2013, le gouvernement de Hollande a forcé les citoyens à accepter le mariage gay malgré les manifestations sans égal des catholiques français. L’influence de la LICRA en France dépasse même celle de l’ADL en Amérique. Les catholiques comme Soral et Dieudonné sont désormais envoyés en prison parce qu’ils heurtent la sensibilité juive (et comme vous le savez, les juifs sont des gens très sensibles). Ils poursuivent les Gilets jaunes tout comme ils persécutent l’Eglise et pour la même raison: il s’agit de provinciaux têtus qui veulent écouter les leçons du temps de la France chrétienne.

Le terrible brasier de Paris devrait être un présage et un avertissement pour les Français: retrouvez le lien avec votre Eglise! Sauvez-la et chérissez-la, car elle ne sera pas toujours à vos côtés. Et qui vous sauvera une fois qu’elle vous aura quittés? L’Eglise de France devrait tendre la main au peuple en soutenant les Gilets jaunes contre le gouvernement anti-chrétien de Macron. Son gouvernement n’a rien fait pour défendre l’Eglise, et cet incendie n’est pas sorti de nulle part. Macron est absolument coupable, si ce n’est par action, par sa négligence criminelle. C’est trop facile de l’imaginer trinquant avec une coupe de champagne en recevant la nouvelle. Nous devrions nous méfier des gens de pouvoir qui sont susceptibles de se réjouir de la destruction de nos églises.

Les meneurs du combat contre l’Eglise de France livrent bataille en France comme ils l’ont fait aux US, sous l’étendard des « prêtres pédophiles ». Ces accusations ad hominem (ces ragots, ou ces tropismes, devrions-nous dire?) visent directement le cœur  de l’Eglise. Personne ne pipe mot sur la malhonnêteté du coup fourré, tout le monde est trop occupé à battre sa coulpe. Certes si vous faites une allusion aux « escrocs juifs », vous allez avoir la LICRA sur le dos, ou ses pieux agents viendront frapper à votre porte pour vous expliquer qu’il « peut y avoir des escrocs qui soient juifs, mais cela ne fait pas d’eux des escrocs juifs ». Et si vous vous avisez de parler d' »escrocs juifs », vous êtes coupables d’antisémitisme. L’histoire des « prêtres pédophiles » est un truc génial: l’Eglise se retrouve forcée de faire des purges en son sein, d’elle-même, et les juifs se retrouvent débarrassés d’elle, libres de poursuivre leur route vers un dénouement auto-destructeur.

Les juifs se décrivent eux-mêmes comme « une nation de prêtres », les prêtres de l’obédience la plus antichrétienne au monde. A mesure que l’influence de l’église juive resplendit, la fermeté de l’église chrétienne s’évanouit. C’est un jeu à somme nulle.

Même ceux qui ne s’intéressent pas aux choses de l’esprit peuvent constater que l’histoire menace de se répéter. Chaque fois que les forces de l’ombre préparent une nouvelle attaque contre l’humanité, ils se servent de leur redoutable artillerie pour mettre à bas toute éventuelle résistance, en commençant toujours par viser leur ennemi honni, l’Eglise.  Le Troisième Reich l’avait fait: avant d’entrer en guerre, ils avaient commencé une  campagne sur  les prêtres « amis du sexe », pour forcer l’Eglise au silence. Maintenant c’est au tour du Quatrième Reich: l’Eglise était contre la guerre en Irak; l’Eglise est prompte à défendre la Palestine; l’Eglise est contre une attaque menaçant l’Iran; l’Eglise s’oppose,  implacable, à une guerre contre la Russie. Il faut la mettre à genoux, cela saute aux yeux.

Mais l’Eglise ne peut pas être salie par les errements commis par ses serviteurs. Si un prêtre abuse d’un garçonnet, c’est son crime, et non pas celui de l’Eglise. De même, si un soldat abuse d’un jeune homme, ce n’est pas la faute de l’armée, et si un homme politique abuse d’un enfant, ce n’est pas la nation qui est à blâmer. Dans la mesure où nous voyons maintenant l’Eglise catholique traînée en justice pour des délits commis par des prêtres, ne devrions-nous pas être capables de traduire en justice ses concurrents traditionnels, les juifs, pour chaque crime commis par un juif? Si l’Eglise porte la responsabilité pour « les abus de prêtres », peut-être serait-il temps de poursuivre la communauté juive organisée à l’échelle internationale pour « escroqueries envers les juifs? » Ou pour les entraîner dans une guerre mondiale? Ou pour les massacres de non-juifs en Palestine?

Mon petit doigt me dit que les juifs modernes n’accepteraient jamais une responsabilité collective. Ils regrettent le temps de leur hubris, quand ils avaient tenu tête à Ponce Pilate. Les juifs d’aujourd’hui sont prêts à agir en tant que corps constitué pour récolter des offrandes, mais pas pour payer. L’actuelle génération de gentilles colombes ecclésiastiques devrait apprendre quelques leçons pragmatiques de ces vieux serpents avisés, pour trouver le moyen de survivre dans ce monde juif.

Un petit conseil: oubliez les supposées victimes d’abus cléricaux au siècle dernier. Je n’éprouve aucune pitié pour ces plaignants tardifs. Pourquoi ont-ils attendu vingt ans ou plus pour porter plainte? Les enfants qu’on agresse se mettent à hurler et courent chez eux demander la protection de leurs parents et de la police. S’ils n’ont pas pris leurs jambes à leur cou en hurlant, c’est qu’il ne s’agissait pas d’une agression.

Mettez cela sur le compte d’un geste maladroit de la part d’un amateur pathétique; c’est une expérience désagréable et honteuse, certes, mais peu susceptible de se reproduire après un blâme énergique.

Ne vous en prenez qu’à vous si vous envoyez des signaux ambigus, et reprenez votre chemin. Rejoignez l’humanité: chacun d’entre nous, même vos père et mère, ont eu à subir des baisers non souhaités ou des étreintes qui les dégoûtaient. Les lois devraient être raisonnables. Recevoir des plaintes au bout de vingt ans pour des transgressions non signalées à l’époque, ce n’est pas raisonnable. Seule une accusation immédiate devrait être reconnue comme valable, et 24 heures, c’est plus que suffisant dans la plupart des cas pour déposer plainte dans les formes.

Si un viol a été perpétré, bien sûr que le coupable devrait être puni. Mais ne laissez pas le délateur tirer profit de son rapport. C’est la règle indispensable pour que justice se fasse. Il y a eu une époque où un délateur pouvait réclamer un tiers des biens de celui qu’il dénonçait. Et souvent nous allons au-delà, dans notre environnement porté aux litiges. L’angle « pédo » nous égare. Un « enfant », c’est quoi? Etes-vous révoltés par Roméo et Juliette? En tant que bons citoyens américains, vous devriez l’être; Juliette avait 14 ans, et donc Romeo de nos jours devrait être jugé et enfermé en tant que pédophile, ainsi que son complice le bon Frère Laurence. Et celui-ci serait certainement considéré comme un prêtre coupable, et un Dershowitz quelconque raflerait un million de ducats, prélevé sur le diocèse de Vérone pour le péché d’avoir prêté son concours aux rendez-vous galants des amoureux. Edgar Allan Poe avait épousé une jeune fille de 14 ans, et sous les lois actuelles, le poète américain aurait estampé à son Corbeau son « nevermore » entre quatre murs. Le prophète Mohammed avait épousé Aicha à neuf ans, mais Jacob, le patriarche biblique, avait fait mieux encore, en épousant Rachel qui n’avait que sept ans. Dans notre monde moderne, Jacob et Mohammed seraient pris en chasse, extradés et mis sous les verrous. Et les Personnes encore plus haut placées ne s’en tireraient pas avec notre justice « éclairée »: la Mère de notre Sauveur avait à peine 14 ans lors de l’Annonciation.

La tradition grecque approuve les femmes mûres qui veulent bien partager leur expérience avec des garçons en plein bourgeonnement. Dans le classique grec Daphnis et Chloé, une dame mûre du nom de Lycaenium enseigne au jeune Daphnis comment donner du plaisir à sa petite amie pour leur mutuelle satisfaction. La BBC rapporte le cas d’une maîtresse d’école de 26 ans qui a été arrêtée pour des relations sexuelles avec un élève de 15 ans. Même le procureur a admis que c’est le « fantasme de tout écolier de recevoir ce genre d’attention de la part d’une éducatrice jeune et attirante », ce qui ne l’a pas empêché de sévir. Aux US, Pamela Rogers a été envoyée en prison pour avoir eu une relation avec un garçon aussi grand que vous et moi; il n’avait que 13 ans à l’époque, mais c’est exactement l’âge où s’était marié mon grand-père. Si Mrs Rogers s’était plutôt concentrée sur le moyen de torturer émotionnellement et d’humilier le garçon, elle aurait certainement mené une belle carrière dans l’éducation publique. Qui sait, elle serait peut-être devenue secrétaire d’Etat.

Les Américains et les Britanniques ont inventé le concept absurde de « détournement de mineur » [en anglais: viol statutaire]; comme si un procureur savait mieux que les garçons et les filles ce qu’ils veulent. Les grands penseurs français Sartre et Derrida, Foucault et Simone de Beauvoir, avaient appelé en 1977 à déchirer ce piège de papier, cet outil pour des poursuites sélectives. Les sages Espagnols ont établi l’âge du consentement à 13 ans, tandis que les musulmans encore plus sages ne fixent pas d’âge minimum pour le mariage du tout, parce qu’ils réprouvent plus que tous les rapports en dehors du mariage. Les juifs se guidaient par le Talmud, qui stipule que l’âge permis aux filles pour le mariage est de trois ans et un jour (mais on conseille plutôt d’attendre ses neuf ans), et il interdit sagement la sodomie.

De fait, presque tous les cas allégués en matière d’abus sexuel dans le clergé sont le fait d’homosexuels; les victimes éventuelles devraient plutôt incriminer les organisations pour les droits des gays qui ont infesté l’Eglise, plutôt que de harceler l’Eglise quand elle n’est pas parvenue à les en protéger. Mais les dirigeants de l’Eglise ne sont même pas autorisés à envisager une telle suggestion. Ils ne peuvent pas dire « pédérastie », ils doivent prétendre que c’est de la « pédophilie ». Il leur est interdit de défroquer un prêtre homosexuel , sans quoi il seront accusés d’homophobie.

La violence sexuelle envers un garçon ou une petite fille de la part d’un adulte est répugnante et criminelle, mais ces accusations sont extrêmement rares dans l’histoire des abus dans le clergé.

Nous ne devons pas rester indifférents aux tribulations de l’Eglise, parce qu’elle seule a le potentiel pour remplacer l’état de choses prédateur néo-judaïque par un cadre chrétien et aimant la paix. L’Eglise affirme la primauté de l’esprit, et de nos capacités d’origine divine pour la pensée et la reproduction; de telles opinions chargées d’espérance sont anathèmes aux yeux de nos maîtres du monde. Au niveau le plus profond l’Eglise est le principal adversaire du mal dans  notre monde. Les despotes ont constitué une sorte d’église concurrente, l’église des ténèbres, et ils ne souffriront pas de compétitrice. Mais tout dominants qu’ils sont, ils ne sont pas tout-puissants. Il n’y a pas de force magique dans leurs incantations. Ils n’ont pas de pouvoirs divins pour les protéger. Ce sont des imposteurs. Ils exploitent les vieux mythes de l’humanité, en oubliant que rien ne marche sans Dieu. En tant que rebelles contre Dieu, ils seront vaincus. En tant que charlatans, ils seront désossés. Leur chute est imminente. Nous devrions les rejeter complètement, aussi complètement que nous sommes appelés à le faire lorsque nous confessons notre foi.

L’Eglise catholique est l’un des plus grands champions de la Palestine. Elle a un patriarche palestinien, son clergé fait de son mieux pour défendre le peuple palestinien. Toutes les églises instituées soutiennent la Palestine; avec les églises apostoliques prenant le premier rôle, et les catholiques étant souvent en tête.

Lors du siège de Bethléem par les juifs en 2002, c’est l’Eglise catholique qui a dirigé la résistance. Je le sais parce que j’y étais résistant aussi. Jadis, l’Eglise avait lancé la croisade pour libérer la Terre sainte. Avec un esprit courageux et généreux, elle pourrait se mettre à la tête d’une croisade pour la Paix, et libérer à nouveau la Terre sainte. La France a autrefois atteint des sommets de justice économique, de sophistication sociale et d’intégrité morale, en union avec l’Eglise. Le terrible avertissement du brasier de Notre-Dame devrait provoquer un choc chez les Français, les faire basculer dans le giron de l’Eglise, tout comme devrait susciter un réveil de l’Eglise la vision des « fumées de Satan » imprégnant ses murailles.

Ecrit en collaboration avec Paul Bennet

Pour joindre Israel Shamir: adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Source: The Unz Review.

LE RENSEIGNEMENT FRANÇAIS À L’AUBE DU XXIe SIECLE


https://librairie-hussard.com/catalog/images/787145.jpg  https://www.k-libre.fr/klibre-bo/upload/auteur/jean-jacques-cecile-1.jpg
Auteur : Cécile Jean-Jacques
Ouvrage : Le renseignement français à l’aube du XXIe siècle
Année : 1998

 

 

AVANT-PROPOS
Pourquoi un ouvrage sur le renseignement français juste avant
le nouveau millénaire ? N’est-ce pas une démarche inutile au vu
des travaux effectués dans le domaine ces dernières années ? Par
exemple, après la publication d’un ouvrage aussi bien documenté
que celui de Francis Zamponi, que peut-on dire au sujet des
Renseignements Généraux qui n’ait déjà été écrit ? En une phrase,
le livre que vous, lecteur, avez maintenant dans les mains n’est-il
pas un « bouquin » de trop, tout juste bon à dormir sur les
rayonnages d’une bibliothèque que l’on imagine bien fournie ?
Certes non.
Observons tout d’abord que, si la seule justification de ces
pages se limitait au repère temporel du changement de siècle tout
proche, alors elles n’auraient pas été écrites. A part – peut-être
– quelques problèmes informatiques à résoudre, sans doute le
1er janvier 2000 n’apportera-t-il aux espions français pas grand
chose de plus que le 31 décembre 1999. Bref, charnière il y a
certes mais cette charnière-là n’est pas exclusivement l’affaire du
calendrier des Postes.
En effet, il y a avant tout changement d’époque et les premières
mesures décidées en vue d’adapter l’outil français de renseignement
commencent à porter leurs fruits. Hier structurés pour contenir les
visées expansionnistes du communisme mondial, les organismes
spécialisés se sont trouvés dans l’obligation de repenser leurs
structures ainsi que leurs missions pour continuer à tenir leur place
dans un monde devenu multipolaire et soumis à une évolution
rapide. Cette nécessité bien comprise, dans quelles conditions s’est
déroulée cette adaptation ? Quelles en sont les premières conséquences
?
Deuxième point : ces pages se veulent un tour d’horizon
prenant en compte l’ensemble du phénomène « renseignement » à
l’échelon national. Or, la plupart des ouvrages traitant du sujet
sont plus spécialisés, ils n’abordent qu’un problème précis généralement
en rapport avec l’actualité ou retracent l’histoire, exposent
les structures ainsi que les missions actuelles d’un seul service.
Enfin, si l’on parvient à faire l’effort intellectuel de s’extirper d’une
conception trop militaro-diplomatique de ce qu’est le renseignement,
on s’aperçoit que des défis nouveaux sont à relever : renseignement

économique et criminalité transfrontalière ne sont que deux exemples
caractérisant le contexte avec lequel nos décideurs politiques
doivent maintenant composer. Comment façonnent-ils l’outil clandestin
qui va les y aider ? Comment utilisent-ils les nouvelles
technologies qui sont à leur disposition ? Quels choix budgétaires
ont-ils fait et comment ces choix-là sont-ils traduits dans les faits ?
Il n’échappera à personne que le traitement des aspects militaires
a fait l’objet d’un soin tout particulier dans les pages de ce
livre ; cela tient à deux raisons majeures. Tout d’abord, la « grande
muette » le devient de moins en moins : aborder les organismes
ainsi que les unités dépendant du ministère de la Défense et
travaillant dans le domaine du renseignement devient chose relativement
aisée. Les armées, en partie parce que la professionnalisation
implique un recrutement de qualité, ont appris que communiquer
était souvent plus rentable que de se retrancher derrière un silence
hautain. Mais il y a bien entendu des limites à ne pas dépasser.
Ensuite, de par une carrière menée sous l’uniforme, l’auteur de
ces lignes a acquis une bonne connaissance du renseignement
militaire, ce qui est moins vrai en ce qui concerne les services que
l’on pourrait, par opposition, qualifier de « civils » bien qu’en
l’occurrence, l’usage de ce terme soit impropre.
Voilà. Ce qui devait être dit l’a été. C’est maintenant au
lecteur de se faire une opinion. Quant à l’auteur, il ne lui reste
plus qu’à espérer faire passer un bon moment à tous ceux qui,
ayant compris l’importance du renseignement dans nos sociétés
modernes, lui ont fait le plaisir de choisir ce livre pour nourrir
leur réflexion.
Un dernier point cependant : nul paragraphe de remerciement
n’apparaît dans les pages de cet ouvrage et ceci n’est pas la
conséquence d’un oubli mais celle d’un choix délibéré. Car le
microcosme du renseignement français est par essence un monde
discret et beaucoup de gens qui comptent ont apporté à l’auteur
une aide bienvenue tout en requérant l’anonymat. En fait, ces
derniers sont incomparablement plus nombreux que ceux qui ont
accepté de voir leur nom figurer au fil des pages de ce livre. En
conséquence, remercier explicitement les hommes et femmes qui
ont nominativement apporté leur aide pourrait apparaître comme
l’expression d’une gratitude discriminatoire vis-à-vis de ceux qui
l’ont fait sous couvert de l’anonymat. Que tous, nommés ou non,
soient doné collectivement remerciés des conseils qu’il ont prodigués,
des interviews qu’ils ont accordées et de l’obstination dont
ils ont fait preuve lorsqu’il s’est agi d’ouvrir certaines portes restant
désespérément closes. Ce livre est le leur. Sans eux, il n’aurait
tout simplement pas été.
Paris, mai 1998.

 

CHAPITRE 1

LA DIRECTION GÉNÉRALE
DE LA SÉCURITÉ EXTÉRIEURE (DGSE)

DGSE : un service de renseignement et d’action
S’agissant d’un organisme tel que la DGSE, une bonne compréhension
du problème suppose de garder à l’esprit l’ambivalence de
ses missions : la plupart des services secrets contemporains sont
en effet non seulement impliqués dans des actions de collecte du
renseignement mais aussi dans des « opérations clandestines ». Cette
dernière expression nécessite d’être expliquée car les actions spécifiques
qu’elle désigne sont souvent confondues avec une catégorie
·d’opérations militaires que l’on qualifie de « spéciales ». Les Américains
effectuent une distinction entre la « covert operation » permettant
de dissimuler la nationalité des opérateurs et la « clandestine
operation » au cours de laquelle c’est le déroulement même de
l’opération qui est dissimulé aux observateurs extérieurs. Pour eux
cependant, les opérations spéciales peuvent appartenir aux deux
catégories ainsi définies. En France, la distinction peut se résumer
à cette affirmation : les opérations spéciales sont menées en
uniforme dans le cadre d’une action militaire tandis que les opérations
clandestines le sont en civil et par les services secrets. C’est la
survivance contemporaine de la conception qu’avait des opérations
spéciales le fondateur du SAS, David Stirling, qui la formalisa
ainsi : « En résumé, les Forces Aéroportées et les Commandos
fournissaient des éléments d’avant-garde pour préparer l’offensive
sur des objectifs tactiques, et entreprenaient des raids au niveau
tactique ; tandis que le SOE était une formation paramilitaire qui
opérait la plupart du temps sans uniforme. Au contraire, le SAS
a toujours été une unité strictement militaire. Le SAS a toujours
opéré en uniforme ». Auteurs d’un travail leur ayant valu en 1 996
le prix de la Fondation pour les Etudes de Défense, Eric Denécé

et Nicolas Warnery définissent quant à eux les opérations clandestines
comme se caractérisant « notamment par le fait qu’elles ne
laissent pas de signature (à moins que celle-ci ne soit délibérée),
qu’elles revêtent souvent un caractère illégal, qu’elles sont limitées
dans le temps et menées par des effectifs très réduits ». Bref, pour
aider à une compréhension intuitive du sujet, relevons que le
sabotage du Rainbow Warrior est l’archétype de l’opération clandestine
: effectuée en civil – imagine-t-on les faux époux Turenge
débarquer à Auckland en uniforme ? – elle était censée ne pas
laisser de trace, était accomplie dans l’illégalité la plus totale, son
exécution devait normalement durer très peu de temps et les
effectifs impliqués restreints.
Pour appréhender parfaitement ce qu’est la DGSE, précisons
que, théoriquement, elle ne devrait opérer qu’en dehors des frontières
hexagonales : nous aurons plus tard au fil des pages l’occasion
de revenir sur les entorses tacitement admises à ce cadre par trop
rigide, ainsi que de souligner les frictions que cela engendre
régulièrement avec la DST. Soulignons enfin que, hors de l’expression
« contre-espionnage », le mot « espionnage » est tabou dans le
petit monde des professionnels français et ce, en raison de la
connotation péjorative que lui prête volontiers le langage courant.
Cette remarque ne manque cependant pas de saveur lorsque que
l’on développe la signification de l’ancien acronyme désignant de
qui est actuellement la DGSE. En effet, les lettres SDECE signifiaient
« Service de Documentation Extérieure et de Contre Espionnage
». En clair, alors que « les autres » se livraient chez
nous à des activités répréhensibles d’espionnage, nous avions le bon
goût de n’accomplir chez eux que des actions de « documentation » …

Un peu d’histoire : le SDECE et l’ère de Marenches
Intrinsèquement, le microcosme des services secrets est peuplé
d’hommes discrets que l’on a aucune peine à imaginer perpétuellement
engoncés dans un imperméable et coiffés d’un chapeau à
larges bords dissimulant leurs traits. Pour s’en persuader, rappelons
simplement qu’il n’y a pas si longtemps, les noms des directeurs
du Mossad et du Shin Beth israéliens étaient considérés comme
relevant du secret d’Etat tandis qu’en Grande-Bretagne, l’usage
était de désigner le directeur du SIS (‘Secret Intelligence Service’,
également connu sous l’acronyme MI 6) par la seule initiale de
son patronyme. Pour Alexandre de Marenches, rien de tout cela.
Au contraire, une foule de surnoms tous plus imagés les uns que
les autres lui collèrent à la peau, décrivant le personnage aussi
sûrement que le coup de pinceau d’un impressionniste concrétise
la vision artistique du peintre : « Porthos » pour sa faconde, « Le
Patricien » pour son aplomb naturel ou encore « Le Mahousse »
ainsi que « Le Quintal » pour sa corpulence. Car de Marenches,

c’était un cas à part, un Monsieur dont Christine Ockrent se
complut à dépeindre les traits en utilisant un vocabulaire dithyrambique.
Dans l’éloge funèbre qu’elle fit de celui qui battit – et
détient encore du reste, même si c’est à titre posthume – le
record de longévité à la tête de la Piscine, elle écrivit : « C’était
un seigneur. De l’imagerie du Moyen Age, jusqu’ auquel il faisait
volontiers remonter ses ancêtres, il avait gardé la prestance, la
faconde et l’outrance. L’appétit, aussi, et le goût de la chevalerie.
Il aimait les chevaux, les femmes, et il tolérait les hommes quand
ils avaient du courage. » Est-ce à dire pour autant que le personnage
était exempt de tout défaut et son action au-dessus de toute
critique ? Certainement pas. On lui connaissait par exemple des
colères mémorables ; une certaine brutalité, aussi, à laquelle il laissa
notamment libre cours lorsque, appelé à la tête d’un SDECE
contesté, il fit le ménage dans un service accusé de s’être laissé
aller à quelques « coups bas » qui furent, au plus haut niveau de
l’Etat, jugés déplacés. Bref, un René Imbot avant l’heure, le
Rainbow Warrior en moins. Il était aussi d’un anticommuniste que
Jacques lsnard qualifia de viscéral à une époque où le partage du
monde en deux camps n’était pas, selon Christine Ockrent, dénué
d’intérêt : « L’Union soviétique représentait l’empire du mal et le
communisme, la gangrène. Dans ces années-là, le monde était plus
simple, surtout pour les espions, et l’on pouvait disserter sérieusement
de géopolitique, sans courir le risque d’être nargué par le
moindre chef de clan serbo-bosniaque. » On a donc aucune peine
à comprendre que le personnage en question n’aie pas jugé bon
de rester à son poste lorsque, l’alternance aidant, François Mitterrand
avalisa en 1 981 la présence de ministres communistes dans le
gouvernement d’union de la gauche. Sans doute peut-on également
dire que de Marenches confondit parfois les fonctions de directeur
général du SDECE et de diplomate itinérant, confusion que Roger
Faligot et Pascal Krop évoquèrent en ces termes : « Un vrai
Kissinger à la française, dit volontiers de son ami ( … ) le général
Vernon Walters, longtemps attaché militaire américain à Paris, puis
numéro deux de la CIA. ( … ) Walters n’a pas tort. On reproche
même, caserne Mortier, au directeur général de disparaître soudainement,
de s’envoler constamment vers de nouveaux rivages, de
délaisser son rôle de patron des services spéciaux pour se muer
en Talleyrand de la diplomatie secrète. Giscard d’Estaing s’en
agace : le chef du SDECE rencontre volontiers, et conseille, maintes
têtes couronnées et leaders du monde arabe. » Mais, dans cette
France des années 70 où l’exercice du pouvoir en matière de
politique étrangère passe parfois par les voies diplomatiques « normales
» et souvent par des réseaux occultes, sans doute faut-il
croire que l’agacement dont fit preuve le chef de l’exécutif fut
superficiel. Pour avoir maintenu Alexandre de Marenches à la tête
du service pendant onze longues années de 1970 à 1981, sans doute

les décideurs politiques qui prirent successivement en charge les
intérêts français y trouvèrent-ils leur compte.
Au sein même d’un SDECE excessivement militarisé, il devait
à son grade de colonel de réserve le fait d’être respecté. N’avait-il
pas, en outre, été blessé en participant à la campagne d’Italie
avant d’être nommé aide de camp du général Juin, futur maréchal
de France ? Dans certains cercles, ce sont là des laissez-passer qui,
quand bien même fussent-ils brandis par un civil, forcent le respect
envers celui qui les détient. Son dernier combat à la tête du
SDECE fut de vilipender l’invasion de l’Afghanistan : il se complut
dans les déclarations affirmant à qui voulait l’entendre qu’il avait
prévu l’irruption des soviétiques à Kaboul. Sans doute y trouva-t-il
à posteriori une justification à son anticommuniste « primaire ». Ce
n’est cependant qu’en 1986 que la DGSE commença à s’impliquer
physiquement au compte-gouttes dans un conflit qui semblait déjà
perdu par les Soviétiques ; certaines sources affirment cependant
que, dès 1983, les services secrets français livrèrent à la résistance
afghane une quantité non négligeable d’armements et d’équipements.

Du SDECE à la DGSE : un profane à la tête du service
L’arrivée de la gauche au pouvoir et de ministres communistes
au gouvernement précipita donc la démission d ‘Alexandre de
Marenches qui fut remplacé par Pierre Marion dont l’expérience
en matière de renseignement était inexistante : tout juste peut-on
mentionner qu’il aurait collaboré avec les services secrets en tant
qu’honorable correspondant sans que la réalité de cette collaboration
ait cependant été établie de manière indiscutable. Du reste,
dans un ouvrage en forme de jeu de massacre relatant par le
menu les quelques mois qu’il passa à la tête du SDECE puis de
la DGSE, l’intéressé fut le premier à reconnaître sa méconnaissance
du milieu. Il le fit notamment en relatant sa rencontre avec le
ministre de la Défense, Charles Hernu, qui venait tout juste de
lui révéler l’objet de sa « convocation » : « Je crois tout d’abord
avoir mal compris. Mais non, il s’agit bien des Services Secrets. Je
dis ma surprise ; cela ne correspond en rien à mon expérience de
quarante années d’industriel ; je ne connais rien de cette activité.
( . .. ) Faut-il qu’à soixante ans je me fasse à une activité entièrement
nouvelle ? ( .. . ) Comment pourrai-je remplir une telle fonction alors
que je ne connais pratiquement personne au gouvernement, au
Parti socialiste, parmi les militaires ? » Cette ignorance des arcanes
du renseignement et des allées du pouvoir n’empêcha cependant
pas Pierre Marion d’avoir ce qu’il appela une « impression » sur
le SDECE, laquelle « impression » était loin d’être flatteuse. Pour
lui, le service présentait un aspect désuet, peu dynamique ; il s’en
était fait l’idée d’un « organisme vétuste et sommeillant ». Sans

doute convient-il cependant de relativiser cette impression : vis-à-vis
de l’ouvrage rédigé par l’ancien chef des services secrets, on ne
peut qu’être circonspect tant l’auteur semble se complaire dans
l’exercice d’un sens critique omniprésent et indifférencié.
Quoi qu’il en soit, après une période d’observation de quelques
mois, Pierre Marion estima avoir mesuré l’ampleur de la tâche qui
l’attendait et entreprit en conséquence d’apporter un certain nombre
de changements notables. Tout d’abord, l’organisme fut rebaptisé
et un décret fixa les attributions de la nouvelle DGSE en ces
termes : « La Direction Générale de la Sécurité Extérieure a pour
mission, au profit du gouvernement et en collaboration étroite avec
les autres organismes concernés, de rechercher et d’exploiter les
renseignements intéressant la sécurité de la France, ainsi que
de détecter et d’entraver hors du territoire national les activités
d’espionnage dirigées contre les intérêts français afin d’en prévenir
les conséquences. Pour l’exercice de ses missions, la DGSE est
notamment chargée d’assurer les liaisons nécessaires avec les autres
services ou organismes concernés ; d’effectuer, dans le cadre de ses
attributions, toute action qui lui serait confiée par le gouvernement ;
de fournir les synthèses de renseignements dont elle dispose. »
Simultanément à la promulgation de ce décret, Pierre Marion se
défit d’une cinquantaine de fonctionnaires du SDECE dont trois
cadres supérieurs et restructura l’organisme : il créa notamment
une « Direction Générale » lui permettant de contrôler étroitement
les activités du service. Du reste, Pierre Marion ne cacha nullement
que c’était là sa volonté puisqu’il écrivit : « En découvrant l’esprit
auquel préside ma réorganisation, certains me reprocheront de
conduire la Maison « rênes courtes ». Pour prolonger la métaphore,
j ‘avoue n’avoir jamais vu un cavalier menant sa monture avec les
rênes traînant par terre. ( … ) [l’activité des Services Secrets] réclame
une étroite coordination, une attention sans faille du responsable
supérieur sur nombre d’aspects opérationnels délicats, et un contrôle
impitoyable des organes centraux par le biais de la Sécurité. » Dès
sa prise de fonction, Pierre Marion fit de surcroît état d’une volonté
affirmée de moderniser le service notamment sur le plan de
l’équipement informatique ainsi que de réorienter ses activités pour
favoriser une meilleure prise en compte des missions relatives à
l’antiterrorisme, à la pénétration des pays de l’Est et au renseignement
économique. Ces bonnes intentions ne furent cependant pas
suffisantes à assurer le maintien à son poste d’une personnalité de
plus en plus contestée au fil des mois. Les rênes étaient trop
courtes, le personnage trop coléreux et ses envolées lyriques dans
le domaine de la géopolitique indisposèrent : il fut brutalement
démis de ses fonctions. L’amiral Lacoste fut choisi pour le remplacer,
mettant fin à cette première intrusion d’un civil à la tête de
l’organisme de renseignement : ayant pris la tête du SDECE en

Juin 1981, Pierre Marion la quitta en novembre 1982. Dès le début
du mois d’octobre, son successeur s’était déjà vu proposer le poste …
Si Pierre Marion avait été avant tout choisi grâce aux sentiments
d’amitié que lui portait Charles Hernu, il semble en revanche
que l’amiral Lacoste le fut après s’être fait remarqué des sphères
proches du pouvoir que l’exercice de ses fonctions l’avait déjà
amené à fréquenter. En effet, après un séjour au Centre des
Hautes Etudes Militaires, il avait été appelé au cabinet militaire
du ministre de la Défense Yvon Bourges avant de prendre la
direction du cabinet militaire du premier ministre, Raymond Barre.
Sa nomination à la tête de la Piscine fut entérinée par le Conseil
des ministres en date du 15 novembre 1982 ; ce jour-là fut béni
des officiers, sous-officiers et officiers-mariniers appartenant à la
DGSE qui voyaient le poste de directeur général revenir à un
militaire et ce, malgré une opposition farouche du ministre de
l’Intérieur Gaston Defferre. Néanmoins, ce dernier eut partiellement
satisfaction puisque l’amiral Lacoste se vit très vite imposer Philippe
Parant comme directeur général adjoint. Il semble cependant que
l’ancien préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon, unanimement considéré
comme un « espion de la DST », fut maintenu dans un isolement
soigneusement entretenu. Cela lui évita au moins d’être éclaboussé
par les retombées consécutives au sabotage du navire de l’organisation
écologique Greenpeace.

Le traumatisme Rainbow Warrior
Relater une fois de plus par le menu le déroulement de
l’opération qui prit le navire pour cible serait parfaitement inutile.
Cependant, on ne peut évoquer l’histoire contemporaine des services
de renseignement français en passant sous silence cette tragédie
ainsi que les conséquences qui en découlèrent. En effet, l’affaire
en question éclaire d’un jour singulier d’une part l’interdépendance
entre renseignement et action clandestine, d’autre part les rapports
entre la classe politique au pouvoir et les services secrets notamment
au niveau des processus de prise de décision.
Les Soviétiques avaient coutume de dire « sans reconnaissance,
pas un pas » : cette maxime semblant sortir tout droit du discours
d’un tacticien militaire prend tout son sens lorsqu’on aborde l’étude
ou la planification d’une opération clandestine. Les agents « action »
que l’on envoie sous couverture dans un pays étranger doivent
être totalement familiarisés avec les lieux censés servir de cadre à
l’opération : cette règle est intangible et doit être appliquée avec
une manie du détail confinant à l’obsession. Pas un immeuble, pas
une rue ne doit leur être inconnu et cette simple constatation de bon
sens amène à considérer d’un oeil nouveau l’effort « renseignement »
préalable à l’action. Il va de soi – et c’est l’évidence même –

que la cible visée doit faire l’objet d’un dossier aussi complet que
possible mais les actions de collecte des informations doivent
également concerner une documentation plus triviale : plans de
ville, schémas des réseaux de transports en commun, cartes postales
touristiques, guides, informations concernant le mode de vie, etc.
Il ne faut pas oublier, de plus, que les agents doivent être
parfaitement en règle avec les formalités administratives en usage ;
cela implique non seulement la connaissance des formalités en
question mais aussi la mise à contribution d’ateliers parfaitement
outillés pour reproduire toute une gamme de documents dont il
importe de reconstituer la matière du support, d’imiter les tampons
nécessaires ainsi que de connaître l’identité des autorités censées
les délivrer. Ces documents doivent coller parfaitement avec la
« légende », tissu de demi-vérités et de mensonges s’appuyant sur
des faits réels destinée à faire endosser à l’agent « action » une
personnalité semi-imaginaire interdisant de remonter jusqu’au service
d’appartenance en cas de capture. En fait, l’éventail des
informations à réunir est tellement ouvert qu’il est quasiment
impossible d’en dresser un catalogue exhaustif : dans l’absolu, un
clandestin doit s’identifier à son personnage de manière suffisamment
crédible pour qu’aucun contrôle de quelque nature que ce
soit ne puisse permettre de découvrir la supercherie.
Or, dans le cas du Rainbow Warrior, il apparaît que cette
phase indispensable fut négligée faute de temps : décidée fin mars
1985, le sabotage eut lieu le 10 juillet de la même année, ce qui
laissa aux planificateurs du Service Action à peine plus de trois
mois pour monter l’opération là où le double est considéré comme
un minimum. C’est du moins la thèse que soutint Jacques Derogy
lorsqu’il écrivit : « Or, et c’est la deuxième faiblesse de l’opération,
elle est préparée en un temps record. Pour être au point, estiment
les ‘pros’, une mission aussi pointue nécessite six mois, voire un
an de préparation. Plusieurs équipes doivent se relayer pour étudier
le terrain ; des agents de la Recherche doivent reconnaître les lieux
avec une telle précision que les exécutants pourront y évoluer les
yeux fermés, comme s’ils y avaient vécu. C’est ce qu’on apprend
à Aspretto. L’affaire d’Auckland a été montée en catastrophe, en
trois mois à peine. » Ce fut court, très court, d’autant plus que la
DGSE n’était pas implantée en Nouvelle-Zélande où elle n’entretenait
aucune infrastructure ni « honorable correspondant » d’aucune
sorte. La préparation « renseignement » de la mission fut en conséquence
réduite à sa plus simple expression, ce qui conduisit à une
prise de risque dans certains domaines. Tout d’abord, la « taupe »
infiltrée dans les rangs de Greenpeace par les services secrets
français ne dut son salut qu’à une extraordinaire cécité de l’organisation
pacifiste : il apparaît en effet à posteriori que sa « légende »,
échafaudée dans l’urgence, n’aurait probablement pas résisté long

temps au moindre contrôle un peu sérieux. Surtout en cas d’intervention
discrète mais efficace d’un quelconque service étranger
sympathisant… Ensuite, les faux époux Turenge débarquant sur le
sol néo-zélandais furent surpris par ce qu’ils y trouvèrent et le
récit qu’en fit Dominique Prieur dans l’ouvrage qu’elle rédigea en
collaboration avec Jean-Marie Pontaut ôte toute équivoque à ce
sujet : « Ma première impression du pays confirme toutes mes
craintes. On nous avait décrit la Nouvelle-Zélande comme ‘très
américanisée’, avec un mode de vie proche de celui des Etats-Unis.
Or, à Auckland, c’est exactement l’opposé de l’agitation des agglomérations
américaines. La ville ressemble plutôt à une paisible
bourgade de province. ( … ) Cela signifie qu’ici les citoyens doivent
assurer leur police eux-mêmes et se montrer très attentifs à tout
ce qui vient modifier l’ordonnancement d’une vie bien réglée. La
pire des situations pour un clandestin ! » De manière générale,
quelques phrases empruntées à la fausse épouse Turenge résument
admirablement son point de vue de spécialiste de l’action clandestine
concernant la préparation « renseignement » de l’opération : « Visiblement,
le temps presse. Pourtant, une telle opération, engageant
plusieurs équipes sur place, nécessiterait de longs préparatifs et
repérages. Dans le cas présent, nous disposons d’à peine trois mois
( … ) C’est pourquoi quelques aspects de la reconnaissance préalable
ne pourront être approfondis. Les exécutants devront donc effectuer
eux-mêmes certains repérages au dernier moment. » On ne peut
s’empêcher de penser que, de la part des décideurs politiques, cette
opération prit l’aspect d’une application pratique de l’interjection
satirique : « armons-nous et partez ! » Mais ces décideurs, justement,
qui furent-ils ?
A n’en pas douter, l’initiative ne peut provenir que du ministre
de la Défense Charles Hemu avec l’assentiment au moins tacite
du président de la République François Mitterrand ainsi que celle
du premier ministre Laurent Fabius. Autant que l’on puisse en
juger à l’observation des procédures en usage dans ces cas-là,
la décision fut probablement acquise ainsi : François Mitterrand
n’approuva ni ne désapprouva mais son silence fut interprété
comme une approbation ; quant à Laurent Fabius, il préféra n’en
connaître que le strict nécessaire. Du reste, il n’est même pas
certain que, s’il en avait exprimé la volonté, les détails de l’opération
lui auraient été révélés : sans doute lui aurait-elle été présentée
de manière biaisée ou incomplète et ce, pour des raisons de
sécurité. Quoi qu’il en soit, il paraît surréaliste de prétendre que
ni l’un ni l’autre n’ait été au courant ou du moins si c’est le cas,
cela ne peut résulter que d’un comportement négligent de leur
part : l’importance des fonds nécessaires à l’opération – 3 millions
de francs selon Jacques Derogy – impliqua l’approbation du chef
de l’Etat-major particulier du président de la République ainsi que

la signature du premier ministre en personne. Ceci étant exposé,
quelles furent les motivations de Charles Hernu ? Ce dernier étant
mort dans les circonstances tragiques que l’on connaît et les archives
les plus secrètes des organismes impliqués n’étant pas accessibles,
il est difficile d’être catégorique. Il apparaît que le ministre considérait
que c’était là le seul moyen de stopper les écologistes mais
en était-il objectivement persuadé où s’en persuadait-il pour s’auto-justifier
? Sous la pression des délais, l’éventail de solutions n’a-t-il
pas été réduit à la seule alternative populairement exprimée par
l’expression « ça passe ou ça casse » ? Mais alors, le ministre de
la Défense n’était-il pas à blâmer pour ne pas avoir su anticiper
sur les intentions des écologistes ? Une amorce de justification a
été avancée par Jacques Derogy quand, s’agissant de Charles
Hernu, il écrivit : « Comme bon nombre de ses prédécesseurs, il
raffole des actions spéciales, l’un des rares domaines de l’Etat où
les ministres jouissent vraiment du pouvoir sans avoir à rendre
compte devant le Parlement ou devant leurs électeurs. Le secret
défense a du bon. » Témoin privilégié du drame, l’amiral Lacoste
avança quant à lui cette explication : « Nous avons tout de suite
lancé une série d’enquêtes et d’études préparatoires, et il est vite
apparu qu’en raison des délais trop brefs ( … ) nous n’aurions ni le
temps ni les moyens de monter des contre-mesures non violentes. »
Plus loin, l’ancien chef de la DGSE fait part des scrupules qu’il
affirme avoir éprouvé : « Cette opération était trop compliquée,
trop risquée et surtout condamnable dans son principe même. Mais
je dois dire qu’aucune des rares personnes au courant n’a élevé
d’objections. » Quant à Charles Hernu, l’amiral lui prête ces propos :
« On nous fait la guerre ! La poursuite des essais nucléaires est vitale
pour la défense française. C’est l’un des attributs fondamentaux de
notre souveraineté, nous ne pouvons pas tolérer que quiconque
nous interdise de poursuivre ces expérimentations. » Ces paroles
guerrières auraient, aux dires de Pierre Lacoste, fait taire ses scrupules.
Quoi qu’il en soit, les conséquences de ce ratage furent
incalculables sur les plans national aussi bien qu’international et la
DGSE s’en trouva déstabilisée pour longtemps. Perte de confiance
de la part des politiques, image ternie vis-à-vis de l’opinion publique
et des services étrangers équivalents – Kennedy n’avait-il pas dit
en parlant de la CIA : « vos succès restent dans l’ombre mais vos
échecs sont proclamés à son de trompe » – furent les moindres
des inconvénients avec lesquels les directeurs successifs du service
durent composer dans les années qui suivirent. Plus concrètement
par exemple, le Centre d’Instruction des Nageurs de Combat
(CINC) d’Aspretto, connu pour avoir formé l’élite des agents du
Service Action, fut dissous et sa mission reprise par le Centre
Parachutiste d’Entraînement aux Opérations Maritimes (CPEOM)

à Quelern. Cette restructuration malvenue eut pour résultat immédiat
de dégrader dans des proportions considérables l’aptitude du
service à l’accomplissement de missions impliquant une infiltration
sous-marine : non seulement nombre de cadres d’expérience refusèrent
de suivre mais ceux qui le firent trouvèrent en Bretagne des
conditions d’entraînement loin d’être idéales. En effet, Quelern est
une « garnison » située sur la presqu’île de Crozon, à proximité
immédiate de la base de l’Ile Longue abritant les sous-marins
lanceurs d’engins de la Force Océanique Stratégique. Autant dire
que, pour des raisons de sécurité, les autorisations de plongée ne
sont accordées qu’au compte-gouttes et après dépôt d’une demande
en bonne et due forme respectant en outre un préavis dissuasif …
Les démêlés de la DGSE avec l’organisation écologiste ne
s’arrêtèrent cependant pas là. En effet, au mois de septembre 1985,
le Greenpeace, remplaçant du Rainbow Warrior, fit escale à Curaçao
avec la ferme intention d’appareiller en direction de Mururoa :
pour les officiers de la Piscine encore sous le coup de l’échec
néo-zélandais, ce fut la consternation. Cette fois-ci, la méthode
employée se révéla cependant beaucoup plus subtile : la complicité
d’un fonctionnaire permit d’obtenir une copie du plan de fréquence
prévu pour être utilisé par une équipe de télévision embarquée.
Fort curieusement, les transmissions du navire, à partir de ce
moment-là, furent très régulièrement brouillées …
Alors chef d’Etat-major de l’Armée de Terre, le général René
Imbot fut choisi pour remettre de l’ordre dans un organisme en
état de choc. Deux tâches l’attendaient : tout d’abord faire en
sorte que le pouvoir politique n’entende plus parler de la DGSE
mais aussi rassurer le « clan des militaires » qui n’avait pas manqué
de s’émouvoir du fait que les noms des exécutants aient été livrés
en pâture à une presse avide de scandale avec le concours actif
de la police française. Pour créer une manière d’électrochoc, le
général lmbot en uniforme apparut au petit écran où il tint un
langage abrupt que les militaires apprécièrent. A dater de cette
déclaration audiovisuelle, le service se referma sur lui-même ; sous
les houlettes successives des généraux René lmbot et François
Mermet, les espions adoptèrent une attitude respectant à la lettre
les directives édictées par les hautes autorités politiques : se faire
oublier. A défaut d’être un service de renseignement et d’action à
l’efficacité discrète, la DGSE avait été fermement priée de ne pas
se transformer plus avant en outil de destitution politique. Rapportés
dans l’ouvrage de Jean Guisnel et Bernard Violet, les propos
suivants tenus par un haut fonctionnaire caractérisent parfaitement
l’attitude du service à cette époque : « On était absolument obligés,
il fallait serrer les vis et [le général Imbot] l’a fait. Ensuite, la
DGSE a replongé dans la médiocrité, mais sans faire parler d’elle.
C’était ce que nous recherchions … » Cette remarque acide ne

precise cependant pas le caractère apparent de cette quiétude :
habitués à plus de retenue, les couloirs feutrés furent les témoins
muets d’une chasse aux sorcières qui, quoique quasiment imperceptible
en surface, faisait néanmoins rage au sein de l’organisme.

Le tournant Silberzahn
En date du 22 mars 1989, le conseil des ministres ratifia la
nomination de Claude Silberzahn à la tête des services secrets
français en remplacement du général Mermet touché par la limite
d’âge. Le prétexte semble un peu mince. Dans l’absolu, il est
incontournable mais, dans la pratique, l’expérience prouve que ce
genre de règle contraignante est très souvent contourné voire
carrément ignoré par les élites gouvernantes dès lors que cela sert
la ligne politique du moment. Ecarter le général Mermet avait
donc toutes les apparences d’une volonté marquée de réformer la
DGSE provenant du plus haut niveau de l’Etat : il s’agissait de
tourner définitivement la page après la désastreuse affaire du
Rainbow Warrior. En outre, il importait de proclamer cette volonté
à son de trompe et placer un civil à la tête de la Piscine signifiait
qu’en haut lieu, « on » entendait ainsi rompre avec un passé
militaire trop marqué. Quant au nouveau promu, il ne cacha pas,
dans l’ouvrage qu’il écrivit, que cette nomination était désirée ; il
relata en effet que, interrogé par François Mitterrand sur ses
desiderata de carrière peu de temps après sa réélection, il manifesta
son désir de relever le défi de la nouveauté et cita tout particulièrement
la DGSE. Le chef de l’Etat prit bonne note de cette requête
et c’est ainsi qu’en mars 1989, Claude Silberzahn fut, depuis 1981,
la sixième personnalité à être investie des fonctions de Directeur
Général de la Sécurité Extérieure. Il partageait avec certains de
ses prédécesseurs le fait de n’avoir qu’une idée très succincte de
ce qui l’attendait mais les lignes qu’il rédigea à ce sujet sont très
révélatrices du personnage : « Ma méconnaissance a bien sûr des
limites. Le haut fonctionnaire que je suis n’ignore pas que la vie
des administrations, fussent-elles secrètes, recèle davantage de points
communs que de différences. Certes, l’opacité de l’institution, la
dissimulation de ses activités, ses budgets secrets et autres spécificités
sont des données auxquelles je n’ai jamais été confronté. Mais
pour devenir, au sens propre du terme, un hors-la-loi, pour savoir
comment, pourquoi et à quel moment l’on transgresse les règles
communes, il est nécessaire de les connaître parfaitement. » Bref,
c’est conscient des ambiguïtés de sa tâche mais sans complexe
aucun que l’ancien préfet de région Franche-Comté se mit au
travail. Quant à l’organisme à la tête duquel il avait été placé,
Georges Marion en dressa à l’époque dans les colonnes du journal
Le Monde un portrait sans complaisance : « la DGSE ronronne et
vit repliée sur elle-même, prisonnière d’un cadre idéologique scié

rosé, incapable d’accueillir les compétences civiles ou militaires
extérieures au cercle très étroit de son univers immédiat. » Peut-être
la Piscine avait-elle pris trop à coeur les consignes imposées par
l’échelon politique lui prescrivant de se faire oublier, le tout dans
une ambiance de remise au pas « le petit doigt sur la couture du
pantalon ». En l’occurrence, cette attitude ne semble pas avoir
favorisé une ouverture vers le monde extérieur… Curieusement,
dans un article publié quelques mois plus tard par le même
quotidien sous la signature de Jacques Isnard, le constat semblait
être devenu plus nuancé puisque ce dernier considérait qu’en regard
des échecs concernant les domaines du renseignement diplomatique
et politique, la DGSE faisait par contre preuve d’un certain niveau
de prestations dans les secteurs militaire, scientifique, technique,
industriel et financier.
Après un round d’observation ayant duré trois mois, le préfet
Silberzahn annonça son intention de réformer en profondeur les
structures de l’organisme qui lui avait été confié. Il créa une cellule
« Stratégie/Communication » et détacha le Service Action de la
Direction du Renseignement pour le subordonner à une Direction
des Opérations. Cette séparation créa une dichotomie de fait
dans la recherche du renseignement : alors que la Direction du
Renseignement conservait la manipulation permanente des « honorables
correspondants », la Direction des Opérations, sur demande,
devait se tenir prête à fournir les moyens techniques permettant
de monter une opération ponctuelle de recherche d’informations
spécifiques. Sur le plan de l’infrastructure, le préfet Silberzahn
estima qu’il était indispensable de doter la Piscine de locaux
modernes et fonctionnels ; en 1992, il initia en conséquence le
projet « Fort 2000 ». A l’origine, ce projet était censé matérialiser
l’ambition de regrouper l’ensemble des services de la DGSE à
Noisy-le-Sec où était déjà installé le PC du Service Action : les
services secrets français y exerçait leur emprise sur une quinzaine
d’hectares agrémentés de 17 kilomètres de galeries souterraines.
« Fort 2000 » eut une destinée mouvementée. Tout d’abord, la
DGSE dut attendre que des crédits d’étude soient inscrits au projet
de budget de la Défense 1994; une année plus tard, ce fut au
tour des crédits finançant le début des travaux d’être inscrits au
projet de budget 1 995 : la décision semblait acquise. Las ! Chiffré
initialement·à 2 milliards de francs, le coût du projet « Fort 2000 »
dut, dans un deuxième temps, être ramené à 1 milliard de francs
pour des raisons strictement budgétaires. Ensuite, l’attention du
ministre de la Défense fut attirée sur les nuisances que l’installation
de la DGSE à Noisy-le-Sec risquait d’entraîner notamment pour …
une espèce particulière de crapauds ! Quant aux riverains, ils
s’inquiétèrent des survols d’hélicoptères dont la fréquence ne manquerait
pas d’augmenter. Finalement, « Fort 2000 » fut bel et bien

enterré en mai 1996, officiellement pour des raisons financières.
En contrepartie, la DGSE fut autorisée à prendre possession des
locaux situés en face de la caserne des Tourelles et auparavant
occupés par une unité du Train.
L’affaire des crapauds est révélatrice de l’influence que peut
exercer un petit groupe d’écologistes animés par ailleurs des meilleures
intentions du monde pour peu que leur action soit convenablement
relayée. Du reste, ce n’était pas la première fois que la
DGSE avait maille à partir avec de telles associations puisqu’en
1991 déjà, l’extension des installations du centre ROEM d’Arles,
en plein Parc naturel de Camargue, avait suscité un émoi certain
dans les rangs des amoureux de la nature. En l’occurrence, on
peut se demander s’ils ne furent pas bel et bien manipulés. Selon
Claude Silberzahn, il apparaît en effet que l’autorisation d’extension
avait été acquise en concertation avec la directrice du Parc, ce qui
n’empêcha pas un revirement après que les associations écologistes
se soient émues du projet. L’affaire motiva de la part de l’ancien
Directeur Général des services secrets ces quelques lignes où pointe
une certaine amertume : « C’est une histoire camarguaise, sans
chevaux ni taureaux sauvages, sans souffle ni ambition, et surtout
sans le moindre souci de l’intérêt général. Une histoire d’obstination
butée et de promesses trahies. Une histoire d’une simplicité rare
qui, plus que mille autres, vient démontrer que, dans notre pays,
l’indispensable outil de renseignement ne rencontre pas toujours,
quand il a besoin, le soutien qu’il est en droit d’attendre. »
Il ne · faut pas pour autant en retirer l’impression que le
« règne » de Claude Silberzahn à la tête de la Piscine ne fut qu’une
suite d’occasions gâchées ; c’est surtout et aussi lui qui eut en
particulier à gérer une montée en puissance des moyens tant
humains que matériels au sein de la DGSE. Cette volonté de
développement fut notamment matérialisée par l’autorisation de
recruter une centaine de fonctionnaires supplémentaires au cours
de l’année 1992, premier stade d’un plan pluriannuel prévoyant
une augmentation substantielle des effectifs de la Piscine à hauteur
d’environ 500 postes au total. De même, en 1992, le budget du
service s’éleva à un peu moins de un milliard de francs, en
augmentation de 9,7 % par rapport à l’année précédente alors que
parallèlement, le budget de la Défense ne progressait que d’environ
0,5 % , niveau largement inférieur au taux de l’inflation. Cette
manne faisait en particulier la part belle aux crédits d’équipement
afin de financer un plan ambitieux de modernisation des moyens
informatiques et des systèmes d’interception radio ; un superordinateur
Cray 2 fut ainsi acquis et installé dans les sous-sol de
la DGSE, boulevard Mortier. A cette époque, il n’en existait que
quatre autres exemplaires dans l’Hexagone, ceux-ci appartenant à
la DGA, au CEA, à l’Ecole Polytechnique et aux services de

Météo France. Sans doute l’acquisition d’ordinateurs plus performants
était-elle destinée à améliorer la puissance de calcul des
services de la Piscine en charge du décryptage des messages
interceptés. Pour gérer cette évolution, le préfet Silberzahn obtint la
nomination d’un ingénieur général des télécommunications, Jérôme .
Vendre, au poste de Directeur Technique.
En prenant la tête de la DGSE, Claude Silberzahn trouva sur
son bureau un certain nombre de dossiers épineux dont l’un est
parfaitement révélateur du changement de cap auquel la communauté
du renseignement hexagonale fut soumise. Au tout début
des années 90 en effet, la presse se fit l’écho de l’arrestation par
le FBI d’une poignée de « taupes » françaises placées par la DGSE
au sein même des principales entreprises américaines technologiquement
en pointe. Le magazine Capital cita ainsi dans son numéro
de février 1995 des sociétés telles que Boeing, Bell Helicopter
Textron, IBM, Texas Instrument ou encore Northrop. Les opérations
d’infiltration auraient commencé en 1970 avant de subir un
coup d’arrêt en 1988 : à l’été 1 989, ce fut à Claude Silberzahn
qu’échut la tâche redoutable de négocier le retrait total des agents
de la DGSE infiltrés outre-Atlantique. L’histoire ne dit pas, par
contre, quel fut le prix à payer en échange d’une certaine mansuétude
des autorités américaines. Quant aux « rapatriés », ils furent
bien entendu recasés à des postes de responsabilité dans des
entreprises françaises, faisant ainsi profiter l’industrie hexagonale
de l’expérience acquise. Il n’y a pas de petit profit…
Quel peut être le bilan de l’action du préfet Silberzahn à la
tête de la DGSE ? Dans le cadre d’une critique de l’ouvrage écrit
par l’ancien Directeur Général des services secrets en collaboration
avec Jean Guisnel, la lettre d’information Le Monde du Renseignement
publia dans son numéro daté du 30 mars 1995 un paragraphe
que de nombreux observateurs ont jugé assez juste : « Ce dont M.
Silberzahn ne parle pas est aussi révélateur que les sujets et les
thèmes qu’il aborde. Il est notamment très disert sur les actions
de la DGSE en Afrique francophone. On y découvre une « Maison »
en pleine possession de ses moyens, qui agit, joue de son influence,
intervient de manière autonome par rapport au pouvoir central.
Mais, en contrepoint, on acquiert la confirmation que la DGSE
est totalement absente de l’Europe de l’Est et centrale, comme au
Moyen-Orient- à l’exception notable de l’Afghanistan ( … ). Quant
aux nouvelles menaces : drogue, blanchiment d’argent, prolifération,
[Claude Silberzahn] en relève certes l’importance, affirme qu’elles
constituent des priorités, mais ne convainc guère de l’efficacité des
mesures mises en oeuvre. »

La DGSE face aux nouveaux défis du renseignement
La chute du Mur a non seulement redistribué les cartes dans
les ensembles géopolitiques régionaux mais a également favorisé

l’émergence de nouvelles menaces auxquelles il n’est pas prouvé
que la DGSE se soit en effet adaptée de manière satisfaisante.
Prenons par exemple le cas de l’Europe centrale. Le visage
bipolaire qu’on lui connaissait jusqu’au début des années 1990 vola
en éclats à la dissolution du Pacte de Varsovie. Ce bouleversement
géostratégique eut pour première conséquence l’octroi de l’indépendance
à des nations qui se trouvèrent alors devant la nécessité de
se doter de tous les attributs de la souveraineté nationale ainsi
que de créer parfois ab nihilo une infrastructure industrielle digne
de ce nom. Cette évolution fut en outre caractérisée par sa rapidité :
les pouvoirs étaient littéralement « à prendre », situation qui aiguisa
les appétits et ouvrit une ère d’instabilité au sujet de laquelle
quiconque voulait maintenir une certaine cohérence diplomatique
se devait d’être renseigné. De toute évidence, cette situation
n’échappa pas à Claude Silberzahn puis à son successeur Jacques
Dewattre qui prit en main les destinées de la Piscine en juin 1993.
En effet, au cours de l’année 1994, il semble que les activités de
la DGSE furent réorientées dans le sens d’une importance accrue
accordée au renseignement d’origine humaine, ceci impliquant une
forte augmentation du nombre de postes à l’étranger ainsi que le
renforcement des activités clandestines visant à implanter des agents
sous couverture. Cette évolution concerna bien évidemment
l’Europe centrale puisque la presse ouverte se fit l’écho des
difficultés de la DGSE à pourvoir les « antennes » de Varsovie ou
encore de Riga (Lettonie). A ce qu’il paraît, les volontaires ne se
bousculaient pas car d’autres affectations en Europe occidentale –
Madrid ou Bruxelles notamment – étaient considérées comme
« plus lucratives et moins contraignantes ». On touche là du doigt
l’une des distorsions du système « à la française » où considérations
financières et corporatistes prennent souvent le pas sur l’intérêt
général. C’est particulièrement vrai à la DGSE où, de surcroît, la
lutte pour le pouvoir entre militaires et civils ne semble jamais
faiblir ; Jacques Dewattre eut l’occasion de s’en rendre compte
puisqu’il fut lui aussi contesté par un lobby qui aurait apprécié de
le voir remplacé par l’ancien chef d’état-major de l’Armée de l’Air,
Vincent Lanata. En outre, au cours de ces dernières années,
nombreux sont ceux à avoir estimé que la DGSE devrait rentrer
dans le giron de Matignon et ainsi échapper à la tutelle parfois
pesante de l’hôtel de Brienne. Ce point de vue a l’avantage de la
logique – les fonds « spéciaux » finançant les opérations clandestines
ne sont-ils pas gérés par les services du premier ministre ? –
mais présente l’inconvénient de réduire, dans les faits, le nombre
de « fusibles » protégeant le Chef de l’Etat et dont l’utilité a
amplement été démontrée lors de l’affaire du Rainbow Warrior …
Etre budgétairement tributaire du ministère de la Défense
présente pour la Piscine plus d’inconvénients que d’avantages : en

particulier, cette situation signifie qu’elle se doit de participer peu
ou prou à l’effort de réduction des dépenses demandé aux armées ;
la volonté de redéploiement dans les pays de l’Est en a notamment
été freinée. Effectivement, en vue d’initier une collaboration dans
le domaine de l’antiterrorisme et du crime organisé, pieuvre dont
les tentacules se moquent des frontières, des postes avaient été
créés à l’étranger. Ainsi qu’il a été précisé auparavant, ce fut
notamment le cas à Riga et à Varsovie mais aussi à Moscou,
Rome, Londres et New York. Or, officiellement par manque de
crédits, décision fut prise au cours de l’année 1995 de réduire la
représentation moscovite à un seul officier traitant en le privant
de son adjoint. Pour être objectif, encore doit-on mentionner que
d’autres explications peuvent être avancées à ce qui apparaît
comme une mesure malvenue. Certains observateurs soulignent, par
exemple, le peu d’empressement à collaborer manifesté à l’époque
par les autorités russes dans le domaine de la lutte contre le crime
organisé ou encore la vive concurrence exercée par la DST en ce
qui concerne l’antiterrorisme jusque, et y compris, à l’extérieur des
frontières de l’Hexagone. L’exemple le plus frappant de cette
mainmise émergente est bien entendu l’arrestation au Soudan du
terroriste Ilich Ramirez Sanchez plus connu sous le sobriquet de
Carlos puisque la DGSE accepta, en l’occurrence, la maîtrise
d’oeuvre de la DST à laquelle elle « prêta » le colonel JeanClaude
Mantion.

Pourtant, dans les textes, la répartition des attributions est on
ne peut plus claire : à la DGSE le contre-espionnage et le
renseignement extérieur, à la DST le contre-espionnage intérieur.
Dans les faits cependant, cette règle souffrit et souffre encore de
nombreuses entorses. Pour la DGSE comme pour la DST, il
apparaît difficile d’aller à l’encontre de ce que l’on nomme le
« droit de suite » et qui consiste respectivement pour les deux
services à poursuivre sur le territoire français ou à l’étranger des
opérations initiées en dehors des limites territoriales qui leurs
sont attribuées. Respecter strictement les textes impliquerait en
l’occurrence un « passage de consignes » qui, notamment dans le
cas de la manipulation d’agents, ne présente que des inconvénients
sur le plan de la sécurité. Cette évidence est particulièrement mise
en relief en ce qui concerne l’affaire Farewell évoquée par ailleurs
dans le cadre de cet ouvrage. Bref, pour la DGSE comme pour
la DST, les frontières françaises ne constituent nullement des
barrières à l’étanchéité incontestée. Si cette disposition est la
marque d’une certaine logique, elle a également été à l’origine de
tensions, voire d’une franche hostilité entre deux services déjà
naturellement portés à la méfiance réciproque. Ce flou artistique
dans le domaine des attributions ne facilite du reste nullement la
gestion des crises à l’échelon gouvernemental, les deux organismes

pouvant alors se retrouver en situation de concurrence ou, du
moins, parallèlement impliqués. Ce fut notamment le cas en Algérie
lors des événements ayant abouti à l’assassinat de sept moines par
les Groupes Islamiques Armés en mai 1996 et dans le déroulement
desquels DGSE et DST intervinrent tour à tour. Certes, cette
situation présentait des avantages et résultait en particulier de la
mise à contribution des compétences particulières de chacun. Il
n’en reste pas moins qu’elle était avant tout la conséquence d’une
précipitation consécutive à une gestion trop tardive du dossier et
présenta un côté pernicieux qui doit en conforter l’aspect exceptionnel.
En tout cas, cette affaire a contribué à creuser un fossé déjà
par trop profond, épisode que Jacques lsnard relata en ces termes :
« En la circonstance, les deux services ( … ) s’en sont tenus à une
attitude de méfiance, voire de rivalité, l’un vis-à-vis de l’autre. Au
point, dit-on, de se dissimuler des renseignements. Ce qui a
provoqué des éclats de voix entre les représentants des deux
services lorsque chacun a découvert les opérations menées par
l’autre et lorsqu’il s’est agi d’exposer, sinon de partager, les
informations ainsi obtenues. »
Dans le futur, une répartition des attributions fondée sur le
critère territorial révélera probablement un caractère de plus en
plus suranné ; c’est du moins l’opinion de Bertrand Warusfel qui
fit remarquer : « A l’heure de la ‘mondialisation’ des échanges (et
des menaces) et de l’intégration de l’espace européen (Union
Européenne, Schengen), la distinction géographique paraît encore
plus difficile à respecter. » Et l’auteur de citer à l’appui de son
affirmation, dans le cadre d’un texte publié par la Fondation des
Etudes de Défense, les propos que le directeur adjoint de la DST
tint à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa « boutique » :
« Le contre-espionnage devient une activité internationale et la
DST devient un service à vocation internationale qui développe à
la fois les contacts avec ses homologues étrangers et les implantations
de postes à l’étranger. » On imagine l’indignation outragée
qu’un tel discours n’a pas manqué de provoquer caserne des Tourelles…

L’accession de Jacques Chirac à la magistrature suprême n’a
apporté aucun changement majeur à la tête de la DGSE : Jacques
Dewattre en est resté le Directeur Général tandis que Michel
Lacarrière a conservé son poste de Directeur du Renseignement.
Quant aux moyens humains, ils ne devraient pas faire défaut au
service puisque celui-ci a, selon un plan avalisé par les autorités
gouvernementales en 1996, été autorisé à recruter 500 civils et
200 militaires en surcroît de ses 4 000 fonctionnaires. Ceci, malgré
un budget pour l’année 1998 de 1,29 milliard de francs en baisse
de 5 % par rapport à 1997. Il est vrai que cette déflation est,
selon certains observateurs, consécutive à l’arrivée à terme de

programmes d’équipement notamment dans le domaine de l’informatique
et n’affectera probablement pas un projet qui devrait voir,
d’ici à l’an 2004, la modernisation de cinq stations ROEM pour
un total de 300 millions de francs. En 1997, la seule surprise est
venue de la nomination à la tête du Service Action d’un colonel
des troupes de marine : âgé de 51 ans, il est le premier officier
de ce grade à investir Noisy-le-Sec sans avoir auparavant déjà servi
à la DGSE. Peut-être a-t-il été chargé de remettre de l’ordre dans
les rangs après que deux responsables du SA aient été mis en
cause dans la dernière tentative de coup d’état perpétrée aux
Comores par Bob Denard …

La DGSE contemporaine :
esquisse d’une anatomie à la mode Silberzahn

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Métaphysique du sexe


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Auteur : Evola Julius
Ouvrage : Métaphysique du sexe
Année : 1958

 

INTRODUCTION

1. – Délinéament du sujet

Le titre de ce livre réclame une précision en ce qui concerne le ternie
<<métaphysique >>. Ce mot aura ici deux acceptions. La première est assez
courante en philosophie, où l’on entend par «métaphysique>> la
recherche des principes et des significations ultimes. Une métaphysique
du sexe désignera donc l’étude de ce que signifient, d’un point de vue
absolu, soit les sexes, soit les relations entre les sexes. Une recherche de
ce genre n’a guère d’antécédents. Après avoir cité Platon, et si l’on fait
abstraction de certaines allusions présentes chez des auteurs plus ou moins
contemporains de la Renaissance, des théories de Boehme et de certains
mystiques hétérodox s s’inspirant de son oeuvre, jusqu’à Franz von
Baader, on arrive vite à Schopenhauer, et il n’y a lieu de mentionner,
ensuite, que Weininger et, dans une certaine mesure, Carpenter,
Berdiaev et Klages. A l’époque moderne, et de nos jours plus encore, les
interprétations du problème des sexes ont connu une multiplication
endémique: ce problème a été abordé sur les plans anthropologique,
biologique, sociologique, eugénique et, dernier en date, psychanalytique.
On a même forgé un néologisme pour qualifier des recherches de ce type
-la<< sexologie>>. Mais tout cela n’a pas grand•chose ou rien à voir avec
une métaphysique du sexe. Ici, comme dans tous les autres domaines, la
recherche des significations ultimes n’a pas intéressé nos contemporains,
ou bien leur est apparue incohérente et dépassée. On a cru parvenir à
quelque chose de plus important et de plus sérieux en se tenant au
contraire au plan empirique et le plus étroitement humain dans certains
cas, l’attention s’est même concentrée sur les sous-produits pathologiques
du sexe.
Cela vaut aussi, dans une large mesure, pour les auteurs d’hier et
d’aujourd’hui, qui ont traité de l’amour plutôt que du sexe spécifique•
ment. Ils se sont essentiellement limités au plan psychologique et à une
analyse générique des sentiments. Même ce que des écrivains comme

Stendhal, Bourget, Balzac, Soloviev ou Lawrence ont dit à ce sujet, ne
concerne guère les significations les plus profondes du sexe. Du reste, la
référence à I’ << amour >> – étant donné ce qu’on entend généralement par
ce terme, aujourd’hui, par suite aussi de la déviation d’ordre surtout
sentimental et romantique que l’expérience amoureuse a subie chez la
plupart des gens – ne pouvait pas ne pas créer une équivoque et ne pas
restreindre la recherche à un cadre limité et plutôt banal. Çà et là
seulement, et par hasard sommes-nous tenté de dire, on s’est approché de
ce qui se rapporte à la dimension profonde, ou dimension métaphysique,
de l’amour, dans son rapport au sexe.
Mais ici le mot << métaphysique >> sera également entendu dans un
deuxième sens, en relation avec son étymologie, puisque la « métaphysi-
que» désigne, au sens littéral, la science de ce qui va au-delà du plan
physique. Cet « au-delà du plan physique >>, cependant, ne renverra pas à
des concepts abstraits ou à des idées philosophiques, mais à ce qui ressort,
comme possibilité d’une expérience non uniquement physique, transpsy-
chologique et transphysiologique, d’une doctrine des états multiples de
l’Etre, d’une anthropologie ne s’arrêtant pas, comme celle des temps les
plus récents, au simple binôme âme-corps, et connaissant au contraire des
modalités << subtiles » et même transcendantes de la conscience humaine.
Terre inconnue pour la plupart de nos contemporains, une connaissance
de ce genre fit partie intégrante des anciennes disciplines et des traditions
des peuples les plus divers.
Nous en tirerons donc des points de référence pour une métaphysique
du sexe entendue dans le deuxième sens de l’expression : pour cerner tout
ce qui, dans l’expérience du sexe et de l’amour, mène à un changement de
niveau de la conscience ordinaire, <<physique>>, et parfois même à un
certain dépassement des conditionnements du Moi individuel, et à
l’affleurement ou insertion momentanée, dans la conscience, de modes
d’être d’un caractère profond.
Que dans toute expérience intense de l’ eros un rythme différent
s’établisse, qu’un courant différent investisse et transporte, ou bien
suspende, les facultés ordinaires de l’individu humain, que se produisent
des ouvertures sur un monde autre – c’est ce qu’on a su ou pressenti
depuis toujours. Mais chez ceux qui sont les sujets de cette expérience fait
presque toujours défaut une sensibilité subtile suffisamment développée
pour pouvoir saisir quelque chose de plus que les émotions et sensations
par lesquelles ils sont pris ; toute base pour s’orienter manque lorsque se
produisent les changements de niveau dont on a parlé.
Par ailleurs, du côté de ceux qui font de l’expérience sexuelle l’objet
d’une étude scientifique, se référant par là à d’autres et non à eux-mêmes,
les choses ne se présentent pas mieux en ce qui concerne une
métaphysique du sexe comprise dans ce deuxième sens particulier.

Les sciences en mesure de fournir des références adéquates pour l’exploration
de ces dimensions potentielles de l’expérience de l’eros ont été totalement
perdues. Ainsi ont manqué les connaissances nécessaires pour définir, en
termes de réalité, les contenus possibles de ce qui est habituellement vécu
de manière<< irréaliste>>, par la réduction du non-humain à l’exaltation de
certaines fonnes purement humaines, de la passion et du sentiment :
simple poésie, lyrisme, romantisme esthétisant, affadissement de toutes
choses.
Ces observations se rapportent au domaine érotique que nous
pouvons appeler profane, le seul, pratiquement, que l’homme et la femme
de l’Occident moderne connaissent, le seul aussi qui soit envisagé par les
psychologues et par les sexologues d’aujourd’hui. Lorsque nous indiquerons
les significations les plus profondes qui se cachent dans l’amour ·en
général et même dans l’acte brutal qui l’exprime et l’accomplit-cet acte
où<< se forme un être multiple et monstrueux», où l’on dirait qu’homme
et femme <<c herchent à humilier, à sacrifier tout ce qu’il y a de beau en
eux >>( Barbusse)-, la plupart des lecteurs, peut-être, ne se reconnaîtront
pas dans tout cela et penseront qu’il ne s’agit là que d’interprétations
toutes personnelles, imaginaires et arbitraires, abstruses et <<hermétiques».

Mais les choses n’auront cette apparence que pour ceux qui posent
comme absolu ce qu’ils observent aujourd’hui, en règle générale, autour
d’eux, ou bien ce qu’ils expérimentent eux-mêmes. Le monde de l’eros,
toutefois, n’a pas commencé à notre époque, et il suffit de se référer à
l’histoire, à l’ethnologie,. à l’histoire des religions, à la sagesse des
Mystères, au folklore, à la mythologie, pour se rendre compte de
l’existence de formes de l’eros et de l’expérience sexuelle où des
possibilités plus profondes furent reconnues et intégrées, où des
significations d’ordre transphysiologique et transpsychologique, comme
celles dont on a parlé plus haut, étaient suffisamment mises en relief. Des
références de ce genre, bien établies et unanimes dans les traditions de
civilisations pourtant très différentes, permettront de rejeter l’idée qui
voudrait que la métaphysique du sexe soit une simple lubie. C’est une
autre conclusion qu’il faut tirer : on dira plutôt que, comme par atrophie,
certains aspects de l’eros sont passés à l’état latent, sont devenus
indiscernables dans l’écrasante majorité des cas et qu’il ne reste d’eux,
dans l’amour sexuel courant, que des traces et des indices. De sorte que,
pour pouvoir les mettre en relief, il faut une intégration, un processus
analogue à celui représenté, dans les mathématiques, par le passage de la
différentielle à l’intégrale. En effet, croire que dans les formes anciennes,
souvent sacrales ou initiatiques, de l’ eros, on a inventé ou ajouté quelque
chose qui n’existait pas dans l’expérience amoureuse, n’est pas vraisemblable,
non plus que de penser qu’on a fait de cette expérience un usage pour lequel

elle ne se prêtait en aucune façon, pas même virtuellement et
en règle générale. Il est beaucoup plus vraisemblable que cette
expérience, au fil du temps, s’est, en un certain sens, dégradée, appauvrie,
assombrie ou affadie chez la très grande majorité des hommes et des
femmes appartenant à un cycle de civilisation essentiellement orienté vers
la matérialité. On a écrit fort justement : << Parce que l’humanité fait
l’amour comme elle fait à peu près tout, c’est-à-dire stupidement et
inconsciemment, cela n’empêche pas le mystère de continuer de garder sa
dignité >> J. Objecter que certaines possibilités et certaines significations
de l’eros ne sont attestées que dans des cas exceptionnels, n’a guère de
sens. Ce sont précisément ces exceptions d’aujourd’hui (qui doivent
d’ailleurs être rapportées à ce qui, en d’autres temps, avait un caractère
nettement moins sporadique) qui fournissent la clé pour comprendre le
contenu potentiel, profond et inconscient, y compris du profane et du non
exceptionnel. Tout en n’ayant en vue, au fond, que les variétés d’une
passion de type profane et naturel, Mauclair a raison d’écrire : « L’amour
est ainsi. On le mime sans y réfléchir, mais son mystère n’est élucidé que
par une infime minorité d’êtres … Dans la foule innombrable des êtres à
face humaine il y a très peu d’hommes: et parmi cette sélection il en est
très peu qui pénètrent le sens de l’amour>> 2• Ici comme en tout autre
domaine, le critère statistique n’a pas la moindre valeur. On peut
l’abandonner à une méthode banale comme celle utilisée par Kinsey dans
ses fameux rapports sur le << comportement sexuel du mâle et de la femelle
de l’espèce humaine>>. Dans une recherche comme la nôtre, c’est
l’exception qui a valeur de<< règle>>, au sens supérieur du terme.
A partir de là, nous pouvons déjà délimiter les domaines sur lesquels
portera notre étude. Le premier domaine sera celui de l’expérience
érotico-sexuelle en général, donc de l’amour profane tel que peuvent aussi
le vivre n’importe quel homme et n’importe quelle femme, et l’on y
recherchera des « indices interstitiels» de quelque chose qui mène,
virtuellement, au-delà du simple fait physique et sentimental. L’étude
peut partir d’une quantité d’expressions constantes du langage des amants
et de fon11es récurrentes de leur comportement. Cette matière est donc
fournie par la vie de tous les jours. Il suffit de la considérer sous un nouvel
éclairage pour extraire de ce qui paraît le plus stéréotypé, le plus banal et
le plus vide, certaines indications intéressantes.
Toujours en ce qui concerne la phénoménologie de l’amour profane,
on peut recueillir d’autres matériaux chez les romanciers et les
dramaturges: on sait qu’à l’époque moderne leurs oeuvres ont eu pour


1. J. Péladan, La Science de l’Amour (Amphithéâtre des sciences mortes), Paris, 1911, p.
102.
2. C. Mauclair, Essais sur l’amour Il. La magie de l’amour, Paris, 1918, p. 236.


sujet presque exclusif l’amour et le sexe. En règle générale, cette
production peut avoir aussi une certaine valeur de témoignage, de
<< document humain >>, parce que la matière première de la création
artistique est habituellement constituée par une expérience personnelle
effectivement vécue, ou du moins tendancielle. Et ce qu’elle présente en
outre pour mériter le nom d’art-dans ce qu’elle fait sentir, dire ou faire
aux différents personnages – ne se ramène pas toujours à la fiction et à
l’imagination. Il peut s’agir au contraire d’intégrations, d’amplifications et
d’intensifications où est mis distinctement en lumière ce qui, dans la
réalité- dans l’expérience personnelle de l’auteur ou d’autres individus
– s’est présenté de manière seulement incomplète, muette ou conative.
On peut donc puiser dans l’art et le roman des matériaux supplémentaires,
qu’il faut considérer comme objectifs et qui concernent souvent des
formes déjà différenciées de l’eros.
Mais la recherche de matériaux bute sur des difficultés particulières
lorsqu’il s’agit de données se rapportant à un domaine important pour
notre étude, le domaine des états qui se manifestent durant l’acmé de
l’expérience érotico-sexuelle, durant l’étreinte. La littérature, dans ce cas,
n’offre pas grand-chose. Jusqu’à hier, il y avait l’interdit du puritanisme.
Mais même dans les romans modernes les plus osés, ce qui est banal et
vulgaire l’emporte sur la matière éventuellement utilisable pour notre
étude.
Il n’y a guère à tirer de la littérature pornographique diffusée sous le
manteau. Essentiellement fabriquée pour exciter les lecteurs, elle est
terriblement pauvre en ce qui concerne, non les faits, les scènes décrites,
mais les expériences intérieures qui y correspondent : chose logique,
d’ailleurs, puisque cette littérature est généralement privée de toute
authenticité.
Quant à la possibilité de recueillir directement des matériaux, on se
heurte ici à une double difficulté, subjective et objective. Subjective, car
on se refuse à parler, avec exactitude et sincérité, non seulement avec des
étrangers, mais même avec son propre partenaire masculin ou féminin, de
ce qu’on expérimente dans les moments les plus crus de l’intimité
corporelle. Objective, parce que ces moments correspondent très souvent
à des formes de conscience réduite (et il est logique qu’il en soit ainsi chez
la plupart des gens), au point qu’il arrive qu’on puisse ne pas se rappeler
ce que l’on a ressenti, et même ce que l’on a dit ou fait en ces moments,
lorsque ceux-ci se développent sous leurs formes les plus intéressantes.
Nous avons pu constater, précisément, que les moments ultimes,
extatiques ou ménadiques, de la sexualité, coïncident souvent avec des
interruptions plus ou moins profondes de la conscience chez les amants,
d’où ces derniers reviennent à eux•mêmes comme vidés, quand ce qui est
pure sensation ou émotion paroxystique ne finit pas par confondre toutes choses.

Grâce à leur profession, les neurologues et les gynécologues sont théoriquement placés dans une situation très favorable pour réunir des matériaux utiles, dès lors qu’ils sauraient comment s’orienter et s’intéresseraient à ce domaine. Mais ce n’est pas le cas. Avec un bon goût remarquable, l’école positiviste du siècle dernier en arriva à publier des photographies d’organes génitaux féminins pour établir des correspondances ·bizarres entre des délinquantes, des prostituées et des femmes des populations sauvages. Mais présenter un recueil de témoignages d’ordre introspectif sur l’expérience intérieure du sexe, n’a, semble-t-il, eu aucun intérêt aux yeux de ces gens-là.· Du reste, lorsqu’ interviennent dans ce domaine des prétentions scientifiques, « sexologiques », les résultats, en général, font montre d’une incompétence plutôt grotesque : le présupposé pour comprendre une expérience étant, ici comme ailleurs, de s’y être déjà correctement livré sois-même. Havelock Ellis 3 a souligné avec raison que « les femmes qui, très sérieusement et très sincèrement, écrivent des livres sur ces problèmes f sexuels] sont souvent les dernières auxquelles on devrait s’adresser comme individus représentatifs de leur sexe : celles qui en savent 1e plus long sont celles qui ont écrit le moins>>. Nous irons plus loin : celles qui en savent le plus long sont celles qui n’ont rien écrit du tout, et cela, naturellement, vaut aussi, dans une large mesure, pour les hommes.
Enfin, au sujet du domaine de l’eros profane, nous devons répéter que la discipline qui, le plus récemment, a fait du sexe et de la libido une espèce d’idée fixe, à savoir la psychanalyse, ne nous intéressera guère en fonction des objectifs de la présente étude. Elle ne pourra nous offrir des indications utiles que de manière épisodique. En règle générale, ses recherches ont été faussées dès le départ par les préjugés qui lui sont propres et par sa conception absolument déviée et contaminatrice de l’être humain. Il y a même lieu de dire que c’est précisément parce que la psychanalyse, aujourd’hui, par une inversion quasi démoniaque, a mis en relief une primordialité infrapersonnelle du sexe, qu,il faut lui opposer une autre primordialité, métaphysique, dont la première est la dégradation = telle est l’intention fondamentale de ce livre.
Tout cela, qui concerne le domaine de la sexualité ordinaire, qu’elle soit différenciée ou non, ne doit donc pas être identifié, purement et simplement, à toute sexualité possible. Il reste en effet un second domaine, bien plus important à nos yeux, à savoir celui correspondant aux traditions qui ont connu une sacralisation du sexe; un usage magique, sacré, rituel ou mystique de l’union sexuelle et même de l’orgie, parfois sous des formes collectives et institutionnalisées (fêtes saisonnières,


3. Havelock Ellis, Studies in the Psychology of Sex. vol. III, Philadelphie, 1909, p. VII.


prostitution sacrée, hiérogamies, etc.). Les matériaux dont on dispose à ce
sujet sont assez vastes ; leur caractère rétrospectif n’enlève rien à leur
valeur. Ici aussi, tout est fonction de la possession, ou non, des
connaissances adéquates pour procéder à une juste interprétation, sans
considérer tous ces témoignages de la façon propre, pratiquement sans
exception, aux historiens des religions et aux ethnologues: à savoir avec
le même intérêt<< neutre>> que celui qu’on peut éprouver pour des objets
exposés dans un musée.
Ce second domaine, avec sa phénoménologie se rapportant à une
sexualité non plus profane, admet lui-même une division, qu’on peut faire
correspondre à celle existant entre exotérisme et ésotérisme, usages
ordinaires et doctrine secrète. Si l’on met de côté certaines formes de
pratique sexuelle, dont les plus connues sont le dionysisme et le tantrisme
populaires, ainsi que les divers cultes érotiques, il y a eu des milieux qui,
non seulement ont reconnu la dimension la plus profonde du sexe, mais
qui ont formulé des techniques ayant souvent des finalités nettement et
expressément initiatiques : on a envisagé un régime particulier de l’union
sexuelle pouvant mener à des formes d’extase particulières et permettant
de vivre comme un avant-goût de l’inconditionné. Il existe une
documentation relative à ce domaine spécial et, ici, la concordance assez
visible de la doctrine et des méthodes, dans les différentes traditions, est
très significative.
Si l’on considère ces divers domaines comme les parties d’un tout, se
complétant et s’éclairant réciproquement, la réalité et le sens d’une
métaphysique du sexe apparaîtront sous une lumière suffisante. Ce que les
êtres humains, habituellement, ne connaissent que lorsqu’ils sont attirés
l’un par l’autre, lorsqu’ils s’aiment et s’unissent, sera restitué à l’ensemble
plus vaste dont tout cela fait normalement partie. A cause de
circonstances spéciales, cet ouvrage ne représentera guère plus qu’une
ébauche. Nous avons déjà eu l’occasion de parler, dans d’autres livres, de
la doctrine ésotérique de l’androgyne, ainsi que des pratiques sexuelles
dont cette doctrine est le fondement. Pour la partie plus nouvelle, à savoir
la recherche dans le domaine de l’ our profane, nous aurions dû
disposer de matériaux beaucoup plus riches, mais, abstraction faite des
difficultés précédemment signalées, une situation contingente toute
personnelle nous a empêché de les réunir. Nous pensons toutefois avoir
présenté suffisamment de choses pour indiquer une direction et pour
donner une idée de l’ensemble.

 

2. – Le sexe dans le monde moderne

Avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques brèves considérations
sur l’époque où ce livre a été écrit * ne seront peut-être pas inutiles.
Chacun sait quel rôle joue le sexe à notre époque, au point qu’on pourrait parler, aujourd’hui, d’une espèce d’obsession sexuelle. Jamais comme
aujourd’hui, le sexe et la femme n’ont été mis au premier plan. Sous mille
forn1es, la femme et le sexe dominent dans la littérature, le théâtre, le cinéma, la publicité, dans toute la vie pratique contemporaine. Sous mille
formes, la femme est exhibée pour attirer et intoxiquer sexuellement, sans cesse, l’homme. Le strip-tease, la mode américaine de la fille qui, sur scène, se déshabille progressivement, ôtant l’un après l’autre ses dessous les plus intimes, jusqu’au minimum nécessaire pour maintenir chez les spectateurs la tension propre à ce « complexe d’attente >>, ou état de suspense, que la nudité immédiate, complète et effrontée détruirait- cela a une valeur .d e symbole qui résume tout ce qui, dans les dernières décennies de la civilisation occidentale, s’est développé, dans tous les domaines, sous le-signe du sexe. On a bien sûr utilisé les ressources de la technique. Les types féminins plus particulièrement fascinants et excitants ne sont plus seulement connus, comme autrefois, dans les zones restreintes des pays où ils vivent ou bien se trouvent. Soigneusement
sélectionnées et mises en relief à tout prix, à travers le cinéma, les revues, la télévision, les magazines illustrés et ainsi de suite, actrices, « étoiles » et misses deviennent les foyers d’un érotisme dont le rayon d’action est international et intercontinental, de même que leur sphère d’influence est collective, n’épargnant plus des couches sociales qui vivaient, en d’autres temps, à l’intérieur des limites d’une sexualité normale et anodine. · Il faut souligner le caractère cérébral de cette moderne pandémie
sexe. Il ne s’agit pas de pulsions plus violentes qui se manifestent sur le seul plan physique, donnant lieu, comme à d’autres époques, à une vie sexuelle exubérante, non inhibée, et éventuellement au libertinage. Le sexe, aujourd’hui, a plutôt imprégné la sphère psychique, en y produisant une gravitation, insistante et constante, autour de la femme et de l’amour. On a ainsi, comme tonalité de fond sur le plan mental, un érotisme qui présente deux grands caractères: tout d’abord celui d’une excitation diffuse et chronique, pratiquement indépendante de toute satisfaction
physique concrète, parce qu’elle dure comme excitation psychique ; en second lieu, et en partie comme conséquence de tout cela, cet érotisme peut aller jusqu’à coexister avec une chasteté apparente. Au sujet du premier de ces deux points, il est caractéristique qu’on pense beaucoup


• L’édition originale de ce livre a paru en 1958 [N.D.T.].

plus au sexe aujourd’hui qu’hier, lorsque la vie sexuelle était moins libre,
et alors qu’on eût pu s’attendre logiquement – les moeurs limitant plus
fortement une libre manifestation de l’amour physique – à cette
intoxication mentale qui est, au contraire, typique de notre époque. Le
second point renvoie surtout à certaines formes féminines d’anestésie
sexuelle et de chasteté corrompue en rapport avec ce que la psychanalyse
appelle les variantes autistiques de la libido. Il s’agit de ces jeunes filles
modernes pour lesquelles l’exhibition de leur nudité, l’accentuation de
tout ce qui peut les rendre provocantes aux yeux de l’homme, le culte de
leur propre corps, les cosmétiques et tout le reste, représentent l’essentiel
et leur donnent un plaisir transposé préféré au plaisir spécifique de
l’expérience sexuelle normale et concrète, jusqu’à provoquer, envers
celle-ci, une sorte d’insensibilité et même, dans certains cas, de répulsion
névrotique 4• Ces types féminins doivent précisément être rangés parmi les
foyers qui alimentent le plus l’atmosphère de luxure cérébralisée,
chronique et diffuse, de notre époque.
Tolstoï déclara une fois à Gorki:<< Pour un Français, il y a d’abord la
femme. C’est un peuple exténué, défait. Les médecins ,affirment que tous
les phtisiques sont sensuels >>. Laissons les Français de côté : le fait est que
la diffusion pandémique de l’intérêt pour le sexe et la femme caractérise
toute époque crépusculaire et que ce phénomène de l’époque moderne est
donc un des nombreux phénomènes qui nous montrent que cette époque
représente la phase la plus poussée, terminale, d’un processus de
régression. On ne peut pa ne pas rappeler les idées formulées par
l’ Antiquité gréco-romaine à partir d’une analogie avec l’organisme
humain. La tête, la poitrine et les parties inférieures du corps sont, chez
l’homme, les sièges, respectivement, de la vie intellectuelle et spirituelle,
des tendances de l’âme qui vont jusqu’à la disposition héroïque, enfin de
la vie du ventre et du sexe. Y correspondent trois formes dominantes
d’intérêt, trois types humains, trois types – peut »on ajouter – de
civilisation. Il est évident que nous vivons aujourd’hui, par suite d’une
régression, dans une civilisation où l’intérêt prédominant n’est plus
l’intérêt intellectuel ou spirituel, n’est pas non plus celui héroïque ou se
rapportant, d’une manière ou d’une autre, à des expressions supérieures
de l’affectivité, mais l’intérêt infrapersonnel déterminé par le ventre et le
sexe : si bien que la parole malheureuse d’un grand poète, selon laquelle


4. L.T. Woodward a raison de voir une forme de sadisme psychologique chez les femmes
d’aujourd’hui qui « mettent leur corps bien en vue, mais en y ajoutant l’inscription
symbolique « interdit de toucher ». On trouve partout des adeptes de cette forme de
tourment sexuel: la fille qui se présente en bikini réduit au minimum, la dame au décolleté provocant, la gamine qui ondule dans la rue les fesses moulées par un pantalon très collant ou avec une « minijupe » qui laisse voir plus de la moitié des cuisses, désirant être regardée mais non touchée, et toutes prêtes à. s’indigner ».


la faim et l’amour seraient les deux grandes forces· de l’histoire, risque de
devenir vraie. Aujourd’hui, le ventre constitue l’arrière-plan des luttes
sociales et économiques les plus typiques et les ·plus calamiteuses. Il a pour
contrepartie l’importance prise, de nos jours, par la femme, l’ amour et le
sexe.
Un autre témoignage nous est fourni par l’ancienne tradition indoue
des quatre âges du monde, dans sa formulation tantrique. La caractéristique
fondamentale du dernier de ces âges, de l’âge sombre (kâlî-yuga),
serait le complet réveil – c’est-à-dire le déchaînement – de Kâlî, à un
point tel qu’elle dominerait cette époque. Dans la suite, nous nous
occuperons souvent de Kâlî ; sous l’un de ses principaux aspects, elle est la
déesse, non seulement de la destruction, mais du désir et du sexe. A ce
sujet, la doctrine tantrique fom1ule une éthique et indique une voie, qui
eussent été réprouvées ou tenues secrètes aux époques antérieures :
transfor111er le poison en remède. Mais si l’on considère le problème de la
civilisation, il n’y a pas lieu de se faire aujourd’hui, en fonction de
perspectives de ce genre, certaines illusions. Le lecteur verra plus loin à
quel plan se réfèrent ces possibilités mentionnées ici en passant. Pour
l’instant, il faut seulement constater que la pandémie du sexe est l’un des
signes du caractère régressif de l’époque actuelle : pandémie dont la
· contrepartie naturelle est la gynécocratie, la prédominance tacite de tout
ce qui, directement ou indirectement, est conditionné par l’élément
féminin, dont nous avons également indiqué ailleurs les récurrences
variées au sein de notre civilisation s.
Dans ce contexte particulier, ce qui sera mis en lumière en fait de
métaphysique et d’usage du sexe ne pourra donc servir qu’à marquer une
opposition, fixer certains points de vue, dont la connaissance rendra
directement sensible, dans ce domaine également, la déchéance intérieure
de l’homme moderne.

5. Cf. J. Evola, RivoJta contro il mondo moderno, 2e éd., Milan, 1951, p. 422-423 [tr. fr. :
Révolte contre le monde moderne, éd. de l’Homme, Montréal-Bruxelles, 1972- N.D.T.] ; et notre commentaire de l’anthologie de J.J. Bachofen, Le Madri e la virilità olimpica, Milan, 1949, p. 14 sq. Le signe de la venue de t• « âge sombre » est aussi annoncé par le fait que « les hommes deviennent soumis aux femmes et esclaves du plaisir, oppresseurs de leurs amis, de leurs maitres et de ceux qui méritent le respect» (Mahânirvdntz-tantra, IV, 52).


 

 

Premier chapitre
EROS ET AMOUR SEXUEL

3. – Le préjugé évolutionniste

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COMPLOTS, PROPHÉTIES ET FIN DES TEMPS : LE SONDAGE-EXPRESS


PANAMZA.com

https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSKe0JXkcffNqtQI44iJK1r4h8b-J3AX91Z6k1r1jaAahAvDUZH  https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRkt30balHnWDKnXaRD2JMXp6uO-lvQV25lrzBQMSLcooZS3fct3g

Panamza va publier un décryptage inédit du court-métrage d’animation ci-dessous, réalisé à Montréal (en 2012) et très commenté sur les réseaux sociaux (notamment depuis l’incendie de Notre-Dame).

Votre contribution serait la bienvenue.

Quel est votre avis ?
Quels symboles vous interpellent ?
Quelle signification accordez-vous à cet étrange petit film de 7 minutes mêlant thématiques politiques et messages spirituels ?

Merci pour votre participation !
Et à bientôt sur Panamza…

https://youtu.be/6n_xCI-peq0

NE MANQUEZ PAS LE FUTUR SCOOP DE PANAMZA : ABONNEZ-VOUS ! http://panamza.com/26343

L’Amour Essentiel


lalyredapollon.wordpress.com

 

https://lalyredapollon.files.wordpress.com/2019/04/photos_2010_08_09-022.jpg?w=2736&h=3648

L’Amour Essentiel

Des tourbillons de poussières ocres protègent la Divine Forteresse
Et des nobles soldats habillés d’ébène la gardent avec adresse
La Forteresse de l’Amour Essentiel est certes imprenable
Elle se distingue des autres par sa douce et grandiose simplicité
La Forteresse de l’Amour Essentiel au for inaliénable
Elle est comparable à l’intarissable source de la multiplicité
Si l’on peut se permettre cette comparaison numineuse
Mais La Forteresse est cependant vaste et lumineuse
Elle n’est riche que d’un seul vase, Celui de l’Éternité
Vase aux myriades d’éclats cristallins, issus de sa Pureté
Crainte et confiance formant ses deux étincelantes anses
L’une d’ivoire, l’autre d’or, comme dans une transe
Mais la salle où il se trouve est si vide, si immense
Et le Vase est si beau, et la salle semble entrer dans la danse
À voir ce vase et observer les confins de cette salle
L’on ne sait que choisir entre les deux, le vase ou la salle ?
Le Centre, le Vase, ou les murs aspergés de lumières crues et pâles ?
Le Vase, le Cœur primordial qui abreuve, ou les aimables pétales ?
L’Amour Essentiel est du pauvre la seule nourriture
Qui pour le riche n’est qu’une bien piètre monture.

Zac Egs

La vertu de Notre-Dame, par Lotfi Hadjiat — Le Libre Penseur


La vertu brillante est une vertu qui veut briller et une vertu qui veut briller n’est déjà plus une vertu. ~~~ La vertu ne brille pas mais éclaire l’âme dans le silence du cœur. ~~~ La vertu aujourd’hui c’est de continuer de parler de vertu dans un monde devenu totalement démoniaque ! ~~~ Quand on…

via La vertu de Notre-Dame, par Lotfi Hadjiat — Le Libre Penseur

Dr. Ali Ghediri : «Aujourd’hui, c’est d’une rupture dont l’Algérie a besoin»


 

 

Algérie Résistance

https://mohsenabdelmoumen.files.wordpress.com/2019/04/ali_ghediri.2.jpeg

English version here

Mohsen Abdelmoumen : Vous avez évoqué le concept de « la rupture sans reniement ». Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ? Comment peut-on traduire une rupture dans l’Algérie d’aujourd’hui ?

Dr. Ali Ghediri : J’ai choisi des termes choc. Le mot rupture est en soi polysémique selon qu’il s’applique à la physique, à la sociologie ou à la politique. C’est un terme qui recèle une part d’appréhension et, pour être beaucoup plus concret, je dirais que c’est un terme qui recèle de la peur. Dans la vie courante, de manière générale, on recourt à la rupture lorsqu’il y a un blocage qui n’autorise plus aucune dynamique. Ceci est vrai dans le domaine social en général et en politique en particulier. Parce que s’il y a bien un domaine où la posture statique est potentiellement dangereuse, c’est celui de la politique. Et c’est le cas, justement, en Algérie où le système politique en place depuis des décennies a montré un certain immobilisme qui donne des signes de stérilité à tel point qu’il est devenu incapable de créer les conditions à sa propre reproduction. Un système qui cesse de créer les conditions pour se pérenniser est un système finissant, donc c’est un système qui est atteint de statisme dangereux pour sa propre survie, c’est-à-dire que c’est un système qui a atteint une phase autant dangereuse pour lui que pour le pays. Dans le contexte qui est le nôtre, le terme « rupture » sous-tend quelque part une remise en cause de l’équilibre politico-social tel que les régimes qui se sont succédé depuis le recouvrement de notre indépendance l’ont configuré. Aussi, pour changer les choses, on ne saurait se contenter d’un ravalement de façade. Pour le cas algérien, la rupture s’impose comme le seul remède afin d’impulser une nouvelle dynamique à la vie sociopolitique en Algérie.

Il s’agit d’une rupture sans reniement parce que, comme je viens de le dire, le terme lui-même recèle en soi un potentiel de reniement et de négation du passé qu’il faut appréhender avec circonspection, c’est pourquoi j’ai tenu à préciser que la rupture que je prône est une rupture sans reniement. Sur quoi ne va pas porter cette rupture ? Elle portera sur tout sauf sur des éléments qui constituent le socle de notre identité nationale et de notre histoire. Tout le reste sera étalé sur la table pour l’édification d’une deuxième République, d’une Algérie nouvelle, d’une Algérie tournée vers le progrès et vers son avenir.

Avec le règne de Bouteflika, n’y avait-il pas un risque que le lobby de l’argent sale s’empare totalement du pouvoir comme dans la Russie de Boris Eltsine ?

Il y avait plus qu’un risque. Le lobby de l’argent s’est réellement accaparé la décision politique. Il s’est impliqué d’une manière franche et affichée dans la vie politique au point où certains oligarques se sont permis d’interférer dans la désignation de ministres, ce n’est un secret pour personne. Et non seulement de ministres mais de personnalités contestées dans les rouages de l’État. Il ne s’agissait pas de risque mais de fait. Vous avez eu raison de faire le parallèle avec la Russie d’Eltsine. J’ai passé là-bas deux ans au moment où Eltsine était président, et il y a beaucoup de similitudes entre le cas russe et le cas algérien.

L’armée reste un acteur incontournable dans la politique en Algérie. Le fait que l’armée soit incontournable ne traduit-il pas la faillite du système politique algérien ?

Toute nation est le produit de son histoire. On ne peut pas se défaire des trames de sa propre histoire. Je dirais qu’il était tout à fait naturel, jusqu’à une certaine limite, que l’armée soit partie prenante dans la vie politique. Mais ce qui ne l’est plus, c’est qu’elle ait franchi temporairement ce seuil et qu’elle reste, 57 ans après l’indépendance, cette force incontournable dans l’équation politique. Voilà ce qui est anormal. Jusqu’à un certain seuil, temporairement, c’était peut-être admissible parce que telle est notre histoire.

Pour ce qui est de la défaillance du système politique algérien, je suis tout à fait d’accord avec vous. Si le système s’était fixé pour objectif d’édifier un État algérien national pérenne, il aurait été beaucoup plus indiqué pour lui de mettre en place des conditions pour assurer cette pérennité. Parmi les conditions, il y a la mise en place d’institutions légitimes élues par le peuple dans la transparence la plus absolue et les choses auraient mieux marché que dans la situation présente. Deuxième point : on ne peut pas prétendre édifier ou assurer une pérennité à l’État si on fait l’impasse sur certaines libertés : libertés individuelles, libertés collectives, indépendance des trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire. Donc, quelque part, on fait l’impasse sur le droit des citoyens et si l’on fait l’impasse sur les libertés et le droit, on ne peut pas assurer la pérennité à ce système.

Comment analysez-vous ce grand mouvement populaire que connaît l’Algérie en ce moment et comment expliquez-vous le fait que tous les partis qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition soient dépassés et même rejetés ?

Tout mouvement populaire, tout mouvement de masse, où qu’il soit et quel qu’il soit, est subséquent à la somme de contradictions sociopolitiques qui n’ont pas trouvé leur solution quand elles étaient à leur niveau le plus bas. Les contradictions sociopolitiques se sont exacerbées au point d’atteindre une forme de résonance et c’est ce qui a fait que le peuple soit sorti pour manifester cette exaspération et ce rejet du système. Quant à la seconde partie de la question concernant le rejet des partis d’opposition, dans l’imaginaire politique des Algériens, le système est à la fois le pouvoir en place et cette opposition que le pouvoir a voulue organique et qu’il a domestiquée quelque peu. C’était beaucoup plus une opposition domestiquée, une opposition de façade, une opposition qui fait partie du décorum faussement démocratique dont il pouvait se prévaloir sur la scène internationale pour prétendre à un classement parmi les pays démocratiques. Cela ne veut pas dire que parmi l’opposition, il n’y ait pas de forces qui réellement voulaient le changement, mais le pouvoir politique en Algérie, notamment depuis l’avènement de Bouteflika, n’a eu de cesse de ramener cette opposition à une forme de formalisme pour davantage asseoir son pouvoir que d’en faire une force à même d’assurer le fonctionnement démocratique des institutions.

Vous avez évoqué la nécessité d’aller vers une deuxième République. Comment pensez-vous atteindre cet objectif ?

Une deuxième République coule de source à partir du moment où je prône la rupture. Je ne pouvais pas à la fois prôner la rupture et la continuité parce que continuer dans la voie qui est celle du système politique actuel signifie consacrer la pérennité d’un système que je dénonce. Donc, la deuxième République comme je la perçois, c’est l’ouverture de l’Algérie vers une nouvelle forme d’institutions que le peuple aurait élues en toute démocratie, c’est la mise en place d’une nouvelle Constitution qui consacrerait dans les faits – pas dans les textes uniquement –  la pratique politique depuis la base jusqu’au sommet, c’est de nouveaux rapports entre le citoyen lambda et l’administration et le pouvoir – dont ce citoyen lambda est la première émanation parce que la citoyenneté est censée émaner du peuple et il faudrait qu’elle ne soit plus uniquement censée mais qu’elle soit réellement l’émanation de ce peuple. La rupture va porter sur le fonctionnement des institutions, sur la lutte contre la corruption, sur la lutte contre le népotisme, sur l’équilibre des pouvoirs, sur les aspects économiques, sociaux, enfin sur tout ce qui touche à la société. C’est en quelque sorte un nouveau projet de société en totale rupture avec ce que nous avons connu depuis cinquante-sept ans.

En 2000, l’armée a produit un document qui évoquait la nécessité de réformes profondes. Ne pensez-vous pas que si ce document stratégique de l’armée avait été appliqué et mis en œuvre, nous n’aurions pas à vivre cette grave crise politique d’aujourd’hui ?

Dans la gestion des crises, si on s’attaque à la racine du problème dès les premiers signes qui révèlent son existence, on a beaucoup plus de chance de corriger la trajectoire sans trop de dégâts. Si l’on avait opéré les changements en 1999, ou en 2000, ou en 2004, nous n’en serions évidemment pas là où nous en sommes aujourd’hui. Non seulement nous n’avons pas agi pour apporter des réformes, mais nous n’avons fait que nous enliser dans des contre-réformes. Et ce qui devait arriver arriva. L’essence même du système politique algérien sous Bouteflika, c’était le renforcement de sa personne en tant qu’élément central du système politique et la domestication de la classe politique dans son ensemble par l’entremise de la rente. Donc, l’objectif n’était pas tant l’État ou la réforme de l’État, ou la réforme de la société, mais c’était un objectif qui visait le maintien du pouvoir. Bouteflika avait une stratégie de pouvoir et non une stratégie de gouvernance, et la stratégie du pouvoir c’était de tout faire pour se conforter en tant que détenteur de ce pouvoir et d’en être l’exclusivité au point où il est devenu l’élément central du pouvoir par l’entremise de plusieurs révisions de la Constitution. Évidemment, s’il avait opéré les réformes en 2000 ou un peu plus tard en 2004, ou en 2008, nous n’en serions pas là. Ce qui rend l’équation beaucoup plus complexe, c’est ce décalage temporel qui a fait que les contradictions se soient exacerbées jusqu’au au point de rupture et celle-ci a eu lieu.

À votre avis, ce document est-il toujours utile pour la prochaine étape dans l’Algérie de demain ?

Non, un ravalement de façade ne peut plus suffire. Si on avait fait les choses en 2000, les mesures préconisées auraient pu faciliter les choses et auraient pu amener l’Algérie à prendre un autre chemin. Aujourd’hui, c’est d’une rupture dont l’Algérie a besoin. Cela, je le dis et je l’assume.

Vous avez été et vous restez candidat à l’élection présidentielle. Quel est votre projet pour l’Algérie ?

Mon projet pour l’Algérie, il est dans l’intitulé même du programme. Lorsque je parle de deuxième République, c’est une république moderne, une république ouverte sur ses enfants, une république réellement démocratique, une république où la citoyenneté se conjugue au quotidien, où le citoyen lambda est réellement un citoyen, c’est-à-dire un partenaire sociopolitique et socioéconomique… c’est de cette Algérie-là que je rêve. Une Algérie où la jeunesse qui représente 70 % de la population ait sa place, où la diaspora nationale à l’étranger ait sa place dans la configuration politico-économique. C’est de cette Algérie-là que mon projet se nourrit.

Vous êtes à la fois un intellectuel et un haut gradé de l’armée. Pensez-vous parvenir à changer le système de l’intérieur ?

Intellectuel et haut gradé de l’armée ne sont pas des antinomies (rires). Pour être général dans l’armée, il faut avoir fait des académies. En ce qui me concerne, j’ai fait autant les académies militaires que les universités civiles, donc la problématique « intellectuel / militaire » ne se pose pas, elle se pose concernant un chef, un leader, un Algérien qui a à cœur de changer les choses dans son pays.  Je suis un citoyen comme un autre. La seule particularité que j’ai c’est que j’ai servi pendant plus de quarante ans dans une institution qui n’était pas au service du pouvoir mais au service de la nation, je tiens à le préciser. Maintenant que je suis redevenu civil, je me suis investi dans la chose politique parce que je considérais que le système qui est en place a fait trop de mal à ce pays et à ce peuple. Et, de par l’expérience que j’ai et de par les idées que je crois être bonnes pour le pays, je me dis que je pourrais changer le cours des choses au mieux de ce peuple et de cette république.

Si vous êtes président de la République algérienne, quel sera votre premier chantier ?

Le premier chantier – je ne parle pas des choses subsidiaires, je parle de l’essentiel – c’est de désigner un gouvernement de jeunes. Deuxième point, c’est d’engager la réflexion pour l’élaboration d’une Constitution devant être le socle de cette République. Troisièmement, engager tout ce qui pourrait contribuer à faire démarrer l’appareil économique et engager une réforme structurelle de l’économie nationale. Bien entendu, cela ne peut pas se faire en un jour ni en un mois mais ce sont des chantiers que je m’engage à lancer dès ma prise de fonction et il y aura bien sûr beaucoup d’autres choses à faire mais puisque vous m’avez posé la question sur le premier chantier,  ce seront les premiers chantiers que je lancerai.

On a remarqué lors des manifestations, qu’il y a des tentatives de récupération de différents groupes occultes allant des anciens du FIS avec leur propagande jusqu’à des organisations comme Otpor ou certains activistes des Frères musulmans. Ne pensez-vous pas que ces minorités agissantes sont dangereuses pour l’Algérie ?

Dans tout mouvement de masse de cette envergure, que ce soit en Algérie ou ailleurs, il y a toujours des tentatives de récupération et d’infiltration, c’est dans l’ordre naturel des choses. Pour le cas algérien, vous avez identifié le FIS, les Frères musulmans et Otpor. Pour ce qui est des islamistes, je vais vous répondre comme j’ai répondu à d’autres de vos confrères : les islamistes ont été militairement et politiquement vaincus en Algérie. On a tendance à l’oublier parce que les événements qui ont eu lieu dans d’autres pays après le prétendu « printemps arabe » ont mené à ce que l’on fasse l’impasse sur ce qui s’est passé en Algérie qui a eu à affronter, seule, cet islamisme violent. Les Algériens ont eu raison de ce phénomène qui a bel et bien été battu et je pense que cette donne a été intégrée dans l’agenda islamiste. Aujourd’hui, les islamistes, ici en Algérie, savent qu’ils n’ont de droit d’existence en tant que citoyens que dans un cadre démocratique et qu’il est le seul à leur assurer une vie en tant que citoyens parmi d’autres. Il y a sûrement une petite minorité d’excités et de fondamentaux parmi eux, des fondamentalistes qui chercheraient à tirer la couverture vers eux mais sans trop de conviction. D’ailleurs, dans les rues d’Alger, d’Oran, de Tamanrasset ou de Annaba, plusieurs cas ont été signalés où dès qu’ils commencent à scander des slogans qui leur sont propres, ils ont été pris à partie par la population qui leur a dit « fichez le camp, vous ne faites pas partie de ce mouvement ». Donc, il y a une conscience politique populaire qui fait que le danger islamiste est circonscrit. En l’état actuel des choses, non seulement il est circonscrit mais il est jugulé. Ce qui pourrait changer si ces mouvements s’étalent dans le temps, là le risque existe potentiellement. Pour ce qui est d’Otpor et autres mouvements, cela relève de la même logique, il y a des forces qui ne veulent pas que l’Algérie retrouve le chemin de la démocratie, de la modernité, du développement, le chemin de la croissance, le chemin de l’évolution socio-politico-économique et qui trouveraient en ces mouvements un terreau qui, de leur point de vue, pourrait leur permettre de mettre en échec cette révolution citoyenne. Heureusement, avec vingt millions d’Algériens qui sont descendus dans la rue, la chose paraît un peu plus difficile mais il faudrait circonscrire cela dans le temps et aller dans l’urgence à des réformes qui commenceraient par l’élection d’un président de la République qui serait démocratiquement élu, sans fraude. Cela permettrait d’enclencher une dynamique qui immuniserait l’Algérie contre toute forme de récupération.

Vous pensez que la société algérienne est immunisée par rapport à ces groupuscules et minorités idéologiques comme les islamistes ?

Non. Si l’intelligence politique fait corps avec cette demande populaire de rupture et de renouveau, si on le fait dans des temps raisonnables, je pense que l’on pourrait affirmer haut et fort que l’Algérie est non seulement immunisée contre ces formes de récupération mais ce qui est entrain de se faire en Algérie n’est pas un simple mouvement de masse mais une véritable révolution sans effusion de sang, une révolution pacifique qui pourrait demain déteindre sur le reste du monde de la sphère arabo-musulmane et africaine.

J’ai interviewé le Dr. Paul Craig Roberts qui était l’un des concepteurs de la politique économique du président américain Reagan,  et je l’ai interrogé sur l’utilisation de la planche à billets en lui parlant du cas algérien. Comme il est économiste, il m’a spécifié dans quels cas on pouvait utiliser la planche à billets. Le gouvernement algérien a imprimé 34 milliards de dollars en un an. Selon vous, n’est-ce pas une catastrophe économique pour l’Algérie ?

Avant de parler de catastrophe économique, avoir recours à la planche à billets est en soi un aveu non déclaré de l’échec de la politique suivie par Bouteflika. Lui qui a bénéficié d’une conjoncture des plus favorables qu’aucun président algérien n’a connue depuis l’indépendance, il a engrangé entre 1999 et 2019 plus de 1000 milliards de dollars et on se retrouve en 2019 en train de faire tourner la manivelle pour imprimer des billets. S’il fallait une preuve pour déclarer que la politique de Bouteflika était une catastrophe pour le pays, je pense qu’on ne trouverait pas mieux que cette preuve-là.  Pour ce qui est de la planche à billets en tant que phénomène économique, en tant que procédure économico-financière, l’Algérie n’est pas le premier pays à y avoir recours, tout le monde le fait. Tout le monde y a recours mais il y a des règles que l’on doit respecter lorsqu’on veut utiliser cet outil. On ne peut pas imprimer l’équivalent de 55 milliards de dollars en deux ans – et c’est ce qui a été imprimé – ce qui correspond à une fois et demi, voire deux fois, les revenus pétroliers de l’Algérie. Si l’on avait adossé cela aux réserves de change, les choses auraient peut-être été moins douloureuses. Quoi qu’il en soit, la situation économique de l’Algérie n’est pas des meilleures et elle serait encore moins bonne si le mouvement citoyen s’étalait dans le temps parce qu’il n’est pas sans incertitude et l’incertitude fait fuir les investisseurs et les partenaires étrangers, et a tendance à pousser les gens à user de tous les stratagèmes pour la fuite des capitaux vers l’étranger. Donc,  la situation est économiquement inquiétante mais si l’on met en place la volonté et l’intelligence politique qu’il faut, et que l’on écourte ce flottement et l’incertitude que génère la situation actuelle, avec le potentiel qui est celui de l’Algérie, je pense qu’on pourra s’en sortir économiquement.

Différents intervenants que j’ai interviewés, allant des  parlementaires européens jusqu’aux experts dans le renseignement, et qui pour certains de ces derniers ont eu de grandes responsabilités – je cite par exemple le conseiller d’Obama, le Dr. Bruce Riedel -, m’ont tous affirmé que les services de renseignement algériens, le DRS, étaient très efficaces. Comment expliquez-vous que l’on ait démantelé le DRS sous l’ère Bouteflika et comment se fait-il que les services de renseignement aient été rattachés à la Présidence pour aujourd’hui être à nouveau sous la tutelle de l’armée ? À votre avis, n’est-ce pas une faute grave de la part de Bouteflika d’avoir démantelé le DRS ?    

Comme je l’ai dit tout à l’heure, la stratégie de Bouteflika était une stratégie de pouvoir, pas de gouvernance. Bouteflika a tout fait pour conforter au mieux son pouvoir personnel et le système qu’il avait mis en place. À sa décharge, il a cassé l’ancien système et, à sa charge, il n’a rien prévu d’autre pour le lui substituer. Il a créé un vide et le vide a toujours été générateur de crise. La crise que nous sommes en train de vivre provient pour une grande part du fait que Bouteflika ait cassé le système pour asseoir son propre pouvoir. Parmi les éléments auxquels a eu recours Bouteflika pour être le maître et l’unique décideur, et asseoir son pouvoir d’une manière absolue, c’était le rattachement du service de sécurité à la Présidence. Ce n’est pas tant le rattachement sur le plan technique qui pose problème, parce que dans nombre de pays, les services sont rattachés à la présidence et non au ministère de la Défense, mais ce sont les intentions qui sous-tendent la décision. Pour ce qui est de l’efficacité des services de renseignement algériens, ils sont toujours aussi efficaces. Quant aux dernières mesures prises concernant leur mise sous tutelle du ministère de la Défense, je pense que celle-ci répond beaucoup plus à des aspects pratiques et techniques qu’à autre chose, parce que le président n’étant plus en place, la Présidence n’étant plus perçue comme une institution telle que la prévoit la Constitution, il était tout à fait naturel que les services soient ramenés à la seule institution qui soit encore debout, c’est-à-dire l’armée.

Ils sont particulièrement efficaces dans la lutte anti-terroriste, c’est ce que mes intervenants me disaient souvent.

Bien sûr, et ils ont eu à le prouver.   

Comment expliquez-vous que le drapeau palestinien apparaît très souvent à côté du drapeau algérien lors des manifestations en Algérie ?

suite

Lire et écrire à Babylone


histoireebook.com

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Auteur : Charpin Dominique
Ouvrage : Lire et écrire à Babylone
Année : 2008

 

 

Présentation
Vers 3200 avant notre ère, l’histoire de l’humanité connut un
tournant radical, l’écriture fut inventée à Sumer. Pendant plus de
3000 ans, la civilisation mésopotamienne fit un usage intensif du
cunéiforme dont témoignent les centaines de tablettes d’argile
découvertes à ce jour, qui renseignent sur toute la société, des
rois aux esclaves. La connaissance de l’écriture était le fait des
élites, qui gardaient à domicile leurs « papiers de famille » . Les
bibliothèques conservaient le savoir de l’époque et fournissaient
les instruments de référence nécessaires aux différents
spécialistes de la religion, devins, exorcistes, chantres. L’auteur
explique, dans un style clair et précis, ces différents usages. Des
photos enrichissent cette histoire de l’écriture cunéiforme.

Avant-propos
L’Histoire commence à Sumer : ce titre que Jean Bottéro
donna à la version française du livre célèbre de Samuel N.
Kramer a depuis fait le tour du monde. Il dit bien que la
civilisation occidentale s’enracine dans le Proche-Orient de la fin
du quatrième millénaire. Certains esprits sont fascinés par la
recherche des origines : je dois avouer que tel n’est pas mon cas.
L’analyse du fonctionnement d’une civilisation parvenue à sa
maturité m’intéresse davantage. Sans doute est-ce affaire de
goût ; c’est aussi le souci de pouvoir assez rapidement trouver
confirmation – ou infirmation – des hypothèses formulées, ce que
la part très importante de l’inconnu ne permet guère pour les
périodes les plus anciennes. Voilà donc le lecteur averti : c’est
avant tout la période « classique » de la civilisation
mésopotamienne qui sera étudiée dans ce livre, soit le long
millénaire qui va grosso modo de Hammu-rabi (1792-1750 av. J.-
C.) à Nabuchodonosor (604-562 av. J.-C.). Ces deux souverains
ayant régné à Babylone, leur capitale a servi de référence dans le
titre du présent ouvrage : son contenu n’est cependant pas limité
à cette seule ville, dont le nom résume depuis l’Antiquité
l’ensemble de la civilisation mésopotamienne.
Le livre que voici est né de préoccupations qui ne m’ont pas
quitté depuis que j’ai publié, il y a plus de vingt ans, mon ouvrage
sur le Clergé d’Ur. J’y avais notamment montré comment ce qu’on

croyait être une « école » n’avait nullement le caractère
institutionnel qui s’attache généralement à ce terme : c’était en
réalité la demeure de membres du clergé qui, dans la ville d’Ur
au XVIIIe siècle av. J.-C., se livraient à domicile à la transmission de
leur savoir, formant leurs apprentis – avant tout leurs enfants – à
la lecture et à l’écriture du cunéiforme. Depuis lors, de
nombreuses autres études ont été publiées, portant sur d’autres
sites ou d’autres périodes. Une des questions qui se sont posées
de manière de plus en plus aiguë a donc été celle du nombre des
personnes capables de lire et d’écrire en Mésopotamie : le groupe
restreint des scribes professionnels était-il en situation de quasi monopole
? Mes travaux sur les archives de Mari m’ont
convaincu du contraire. J’ai déjà exposé certains résultats de
cette enquête dans diverses études, qui m’ont fourni le point de
départ de plusieurs chapitres de ce livre. Je ne cacherai pas que
j’ai délibérément mis l’accent sur les aspects que je trouve
insuffisamment pris en compte dans nos études ; cette position
est liée à mes recherches principalement consacrées aux
documents du troisième et surtout du début du deuxième
millénaire. Je suis conscient qu’une vision différente pourrait
être présentée par quelqu’un qui aurait comme point de départ
les textes savants du premier millénaire : mais cette perspective
est précisément celle qui prévaut en assyriologie, et dont j’ai
souhaité remettre en cause le caractère dominant.
J’ai désiré exposer cette vision de manière accessible, comme je
l’ai fait précédemment dans mon livre consacré à Hammu-rabi de
Babylone ; pour alléger mon texte, j’ai donné des informations
complémentaires et les indications bibliographiques justificatives

dans les notes regroupées en fin de volume, de
façon à permettre au lecteur intéressé d’aller plus loin. Je dois ici
des remerciements à tous ceux qui m’ont encouragé dans cette
entreprise. Elle a mûri grâce à mon enseignement à la Sorbonne,
tant à l’Université de Paris 1 qu’à l’École Pratique des Hautes
Études ; mes recherches ont par ailleurs pour cadre l’UMR 7192
(qui associe le CNRS, le Collège de France, l’EPHE et l’INALCO),
dirigée par Jean-Marie Durand. Mon épouse Nele Ziegler,
assyriologue elle aussi, mérite toute ma gratitude pour m’avoir
activement encouragé à réaliser ce projet. Ma soeur Claire de
Chaisemartin m’a aidé en relisant mon texte. Michel Prigent et
toute son équipe des P.U.F. ont également droit à ma
reconnaissance pour leur soutien renouvelé. J’ai souhaité dédier
ce livre à mes parents : à deux reprises lors de mes études
secondaires et supérieures, ils m’ont fait confiance au moment
de choix cruciaux. Je leur suis profondément reconnaissant de
cela – et du reste …
Paris/Heidelberg, décembre 2007


Annexe
N.B. On a simplifié la transcription scientifique en usage chez les
assyriologues, en conservant cependant certains usages : le u se
prononce toujours ou ; le š correspond au ch du français ; le et
le transcrivent des emphatiques sans réel équivalent en

français (respectivement ts et tt) ; le g se prononce toujours
comme dans « gare ». Les mots sumériens sont translittérés en
utilisant le point comme séparateur des signes (um.mi.a), alors
que les mots akkadiens sont transcrits en continu (ummânum).
Par ailleurs, toutes les dates s’entendent avant J.-C., sauf celles
relatives à la recherche moderne.


 

Introduction
Comment les habitants de la Mésopotamie se représentaient-ils
l’origine de leur écriture ? Bérose, qui était prêtre du dieu
Marduk à Babylone au début du IIIe siècle av. J.-C., dédia au roi
Antiochos Ier un livre en grec résumant les traditions de son
pays, intitulé Babyloniaca. Dans cet ouvrage, l’écriture apparaît
comme un des éléments essentiels qui furent donnés à
l’humanité à l’aube des temps par Oannès, un être hybride à
corps de poisson et tête humaine. Alors que les hommes vivaient
encore « sans discipline ni ordre, comme des bêtes », au début du
règne d’Alorus, censé être le premier des rois mésopotamiens,
Oannès émergea du golfe Persique [1] :
« Il enseigna aux hommes les compétences nécessaires pour
écrire et calculer et pour toutes sortes de connaissances :
comment construire des villes, fonder des temples et faire des
lois. »
Quand on sait le lien étroit qui existait entre Adapa, nom
indigène d’Oannès, et le dieu Enki, patron des techniques, on
comprend que ce don fait aux hommes est, comme la royauté,
« descendu du ciel ». L’épopée Enmerkar et le seigneur d’Aratta
présente une vue différente : l’invention de l’écriture aurait été le
fait d’un homme, Enmerkar. Pour réaliser de grands travaux, ce
roi d’Uruk voulut se procurer les matières premières nécessaires

au-delà des montagnes, dans la riche contrée d’Aratta ; mais le
souverain de cette ville lui lança une succession de défis sous
forme d’énigmes. Enmerkar les résolut toutes, jusqu’au moment
où le messager qui faisait les allées et venues entre les deux rois
capitula devant la complexité du message à transmettre [2] :
« Parce que la bouche du messager était trop “lourde” et qu’il
ne put répéter (le message), le seigneur de Kullab (=Enmerkar)
modela de l’argile et y fit se tenir des mots (lit :“une parole”)
comme sur une tablette. Avant ce jour, il n’était
pas possible de faire se tenir des mots dans l’argile. Mais
alors, quand le soleil se leva ce jour-là, ce fut fait : le seigneur
de Kullab fit se tenir des mots comme sur une tablette – ce fut
fait ! »
On imagine la perplexité du seigneur d’Aratta lorsqu’il vit ce
message écrit … La façon dont l’écriture était conçue est à
souligner : la « parole » (en sumérien : inim) « se tient » dans
l’argile. L’écriture n’est qu’un discours oral fixé sur un
support [3] . Faut-il donc opposer deux traditions différentes, l’une
considérant l’invention de l’écriture comme un don des dieux
(par l’intermédiaire d’Oannès) et l’autre comme une invention
humaine (due à Enmerkar) ? Il n’en est rien ; en effet, un peu
plus haut dans l’épopée, on voit qu’Enmerkar doit sa sagesse à la
déesse Nisaba qui l’inspire pour résoudre les énigmes que lui
adresse le seigneur d’Aratta [4] : or Nisaba était dans le panthéon
mésopotamien la déesse de l’écriture … Les deux récits, en dépit
de leurs différences, mettent l’accent sur un fait qui coïncide
avec le résultat des recherches les plus récentes : la naissance de

l’écriture ne peut pas être appréhendée correctement en termes
purement évolutionnistes. Elle apparaît comme un saut radical et
soudain, constituant dès le départ un système complet (fig. 1) [5] .

 

Le déchiffrement des tablettes cunéiformes
L’histoire du déchiffrement du cunéiforme a souvent été écrite ;
on a beaucoup plus rarement expliqué comment opèrent les
assyriologues. Généralement, quand se font face la photographie
d’une inscription cunéiforme et la traduction du texte, le profane
reste perplexe en se demandant comment on passe de l’une à
l’autre. Il s’agit d’un travail souvent long et difficile sur lequel les
spécialistes ne s’étendent guère, semblables en cela aux « chefs »
d’autrefois qui n’aimaient pas divulguer leurs recettes ; c’est à
une visite de leur atelier que je voudrais convier le lecteur en
préambule à cet ouvrage.

Une écriture en trois dimensions
Il faut tout d’abord prendre conscience du caractère
radicalement différent de l’écriture cunéiforme par rapport à la
nôtre : il s’agit en effet d’incisions pratiquées sur la surface de la
tablette d’argile crue à l’aide d’un calame en roseau ou en os de
section triangulaire (cf. fig. 15). L’impression de ce calame

produit un « clou » ou « coin » (en latin, cuneus, d’où le nom
donné à cette écriture au XVIIIe siècle). La combinaison de
plusieurs « clous » ou « coins » forme un signe : le plus simple est
constitué d’un seul clou horizontal ou vertical, les plus complexes
peuvent compter plus d’une douzaine de clous. C’est donc le jeu
de l’ombre et de la lumière qui fait apparaître les signes
d’écriture ; il faut un éclairage venant de la gauche pour que les
signes soient correctement lisibles.

Mise en page et paléographie
La « mise en page » des tablettes a changé avec le temps. Au
départ, les tablettes avaient des formes arrondies et leur surface
(face et revers) était divisée en colonnes elles-mêmes subdivisées
en cases. Vers 2300 av. J.-C., l’orientation linéaire l’emporta.
Désormais, les tablettes eurent une forme rectangulaire : le plus
souvent, les lignes d’écriture sont parallèles au plus petit côté,
mais parfois c’est le contraire. Quelle que soit la langue, les
signes s’écrivent de gauche à droite.

La forme même des signes a évolué avec le temps : les débuts se
situent vers 3200, le dernier texte daté a été écrit en 75 de notre
ère. Aux origines, on a affaire à des pictogrammes, c’est-à-dire
des signes qui représentent ce qu’ils signifient. Mais très vite, au
contraire des hiéroglyphes égyptiens, les signes cunéiformes
perdirent ce lien et évoluèrent vers une écriture plus cursive.

Les différentes étapes de son évolution ont été soigneusement
répertoriées, de même que les variantes régionales.
Ainsi, d’un simple coup d’oeil, en fonction de la forme de la
tablette, de la mise en page et de la paléographie, un épigraphiste
exercé pourra dire, avant même d’avoir commencé la lecture du
texte, si la tablette qu’il a sous les yeux est, par exemple, un
compte de l’époque présargonique, une lettre d’époque paléo-babylonienne
ou un texte savant néo-assyrien.

Un répertoire de plusieurs centaines de signes
On passe alors à la lecture du document. Le premier travail
consiste à identifier les signes. Ce n’est pas toujours facile, pour
plusieurs raisons. On n’a pas affaire à une écriture alphabétique
de 26 caractères : le répertoire cunéiforme « standard »
comprend près de 600 signes différents. Par ailleurs, selon les
époques ou les genres de textes, les signes ont été écrits avec une
lisibilité plus ou moins grande. La période la plus privilégiée à
cet égard est l’époque d’Akkad (ca. 2334-ca. 2193 av. J.-C.) : les
signes sont alors incisés avec une élégance et une
standardisation inégalées par la suite. En revanche, la fin de
l’époque paléo-babylonienne (XVIIe siècle av. J.-C.) se caractérise
par une écriture penchée, souvent très difficile à déchiffrer. Il
faut aussi distinguer la nature de l’écrit : une copie de texte

littéraire destinée à une bibliothèque royale comme celle
d’Assurbanipal aura naturellement une écriture beaucoup plus
soignée qu’un mémorandum rédigé à la hâte par un marchand.

Une écriture, plusieurs langues
Identifier les signes n’est toutefois que la première étape. Il faut
ensuite choisir la valeur de chacun d’eux et les regrouper en
éléments signifiants : il n’existe en effet aucun séparateur de
mots ni aucune ponctuation. C’est sans doute là que le processus
mental est le plus complexe.
Il faut d’abord déterminer en quelle langue le document a été
rédigé. Le cunéiforme a en effet servi à écrire des langues très
diverses. À l’origine, il fut inventé pour noter le sumérien, langue
dont on ne connaît aucun parent. Vers le milieu du troisième
millénaire avant notre ère, les Akkadiens l’adoptèrent pour noter
leur propre langue, l’akkadien, qui appartient à la famille des
langues sémitiques, comme aujourd’hui l’hébreu ou l’arabe et
qui s’est divisée vers 2000 en deux rameaux : assyrien et
babylonien. Mais le cunéiforme a aussi servi à noter une langue
indo-européenne comme le hittite, sans parler de langues encore
mal connues comme le hourrite ou l’élamite. Bien entendu, les
assyriologues au sens large du terme sont obligés de se spécialiser,
mais il reste nécessaire d’avoir un bon bagage général.

Ainsi, il n’est pas possible d’étudier le sumérien sans connaître l’akkadien :

c’est en effet en bonne partie grâce aux dictionnaires constitués par les scribes akkadiens que l’on peut connaître le sens des mots sumériens, pour lesquels on ne
dispose pas des ressources de la comparaison. Si l’on se spécialise
en akkadien, il n’est pas obligatoire de savoir le hittite, mais
l’inverse n’est pas vrai, etc.

Logogrammes ou syllabes

suite… PDF

11-Septembre : le FBI accusé d’avoir caché la piste israélienne.


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panamza.com

INFO PANAMZA

Lundi 25 mars, un collectif de juristes et de familles de victimes du 11-Septembre a réussi à valider sa plainte contre le ministère de la Justice et le FBI pour avoir délibérément occulté des éléments d’information troublants sur les attentats de 2001. Pour la première fois, l’affaire des « 3 Israéliens joyeux » en regardant le crash du premier avion est citée en justice.

Le 31.03.2019 à 23h37

Courthouse News Service est un service californien de nouvelles auquel ont souscrit les cabinets d’avocats.

Mardi 26 mars, le site a publié puis dépublié AUSSITÔT et sans explication un article faisant état d’une information factuellement étayée et politiquement explosive : pour la première fois, un collectif de citoyens (juristes, scientifiques, architectes, ingénieurs, familles de victimes tel le courageux Bob McIlvaine) attaque le FBI et le ministère de la Justice pour avoir écarté/dissimulé des éléments troublants (tels les indices de l’usage d’explosifs pré-installés dans le World Trade Center) sur l’enquête du 11-Septembre.

https://i1.wp.com/www.panamza.com/wp-content/uploads/2019/03/FBI2001.png

 

Panamza vous propose de découvrir ci-dessous les 3 documents officiels -dont l’un fait longuement état de l’affaire (passée sous silence) des 3 Israéliens liés au renseignement et aperçus en train de manifester une joie incongrue à la vue de la première tour enflammée du World Trade Center.

DOCUMENT 1 : FBI-Lawsuit-Release

DOCUMENT 2 : LC-Redacted-Petition-Supplement-021419

DOCUMENT 3 : LC-AE-FBI-Lawsuit-Complaint-032519-E-Stamped

SOUTENEZ L’INFO-PANAMZA !

Humour printanier !


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L’Algérie entre les manifestations et les lettres d’Outre-tombe — Algérie Résistance


Le cadre, Msamer el cadre et les lettres Le pouvoir reste sourd aux revendications du peuple qui manifeste massivement tous les vendredis depuis la journée historique du 22 février. Malgré le rejet du système et de la clique au pouvoir clairement scandé et affiché par les Algériens lors des multiples marches et sit-in qui ont […]

via L’Algérie entre les manifestations et les lettres d’Outre-tombe — Algérie Résistance

Merci Brenton Tarrant pour ce moment magique de fraternité !


Le Libre Penseur !

On aurait aimé s’en passer, éviter ce carnage, ces 50 morts et dizaines de blessés mais il faut dire que ce malade mental a réussi à faire naître dans le cœur des Néo-Zélandais d’un côté, et de la communauté musulmane mondiale de l’autre, un sentiment de fraternité extraordinairement fort ! Il faut croire que ce sociopathe a complètement raté son coup et c’est tant mieux. C’est Éric Zemmour – et ses copains – qui doit passer actuellement un moment extrêmement difficile…

Ce n’est plus de la fraternité que l’on ressent envers ce peuple mais bien de l’amour !

via Le Libre Penseur

Modération — La Lyre d’Apollon


Modération — La Lyre d’Apollon

Tempérer ses ardeurs en plongeant dans le Fleuve de la modération
Peut s’avérer utile, Fleuve de toutes les libérations
La modération est certes Générosité et Sagesse Pratique,
La modération est Essence de Bien-Être et détentrice d’un repos lyrique

Jetons loin de toutes et de tous les feux de l’ignorance
Débarrassons-nous, peu à peu, de nos écorces rances
Et atteignons ensemble le Cœur de toute chose,
Unis par et dans la Sincérité et la Confiance, loin de toute prose

Liés par le respect et la douceur véritable,
Bien loin des vignobles de la luxure, à jamais exécrables
Mais animés par un certain érotisme délicat
Et une divine Vertu pour principal plat

Les êtres peuvent vivre paisiblement
Dans une profonde tranquillité, libre de tout engagement
Comme dans une forêt immense, aux antiques arbres bénis
Sous les branches de l’espoir et les bourgeons de la Vie.

Zac Egs

via Modération — La Lyre d’Apollon