LE SIÈCLE D’OR DE L’EMPIRE ROMAIN


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Auteur : Homo Léon
Ouvrage : Le siècle d’or de l’Empire Romain
Année : 1947

 

LES PROBLÈMES ET LES HOMMES

CHAPITRE PREMIER
Les problèmes
Age d’or de l’Empire romain aux yeux des
contemporains eux-mêmes, la dynastie des
Antonins —, des six empereurs qu’on désigne
sous ce nom générique, les trois premiers,
Nerva, Trajan, Hadrien, d’ailleurs étrangers
à la famille d’Antonin, n’y ont été rattachés
que plus tard et sous une forme purement
artificielle —, peut revendiquer le même titre
dans l’histoire de l’humanité. Pourquoi et
comment ce phénomène exceptionnel et unique
a-t-il été possible? A cette question, le
témoignage des faits va se charger d’apporter
la réponse.
En sombrant dans l’anarchie du dernier
siècle avant J.-C., la République, qui avait
donné à Rome la maîtrise du bassin méditerranéen
et même, par la conquête de la Gaule,
en avait débordé les limites, laissait au régime
nouveau qui la remplaçait, l’Empire, deux
grands problèmes à résoudre : un problème
intérieur — le gouvernement et l’administration—,

un problème extérieur — la défense
du territoire. Ces deux problèmes, précisément
parce qu’ils sont fondamentaux et représentent
pour le monde romain une question de
vie ou de mort, dominent, au Ier siècle de l’Empire,
la situation générale. Dans quelle mesure
les deux premières dynasties impériales, la
dynastie julio-claudienne et la dynastie flavienne
ont-elles réussi à les résoudre?

1° Le problème intérieur. — Dès l’époque
républicaine, au lendemain de la conquête, un
fait apparaît indiscutable : la nécessité, au
point de vue de la politique intérieure comme
de la politique extérieure, d’une autorité suprême
et respectée. Sur le principe même,
nulle contestation, mais, avec les modalités de
la réalisation, les divergences de vues se manifestent.
Deux systèmes, au dernier siècle de la
République, se trouvent en présence : la Monarchie,
avec César, le Principat, avec Pompée
d’abord, Auguste ensuite. Ce dernier, qui apporte
au régime personnel le maximum d’atténuations
nécessaires pour assurer sa stabilité
et sa durée, finit par l’emporter avec Auguste
l’habile organisateur du Principat. Pourquoi
cette victoire ? Servi par ce sens aigu des réalités
qui restera dans l’histoire un des traits
essentiels de sa personnalité, Auguste se rend
pleinement compte du danger que représente
pour l’Etat le danger militaire inhérent au
nouveau régime lui-même. A l’armée, pour la
rendre inoffensive, il faut donner un contrepoids
efficace. Ce contre-poids, Auguste le
trouve — ou croit le trouver — dans l’établissement
définitif du régime du Principat, qui
tout en réservant à l’empereur la direction
effective des affaires, lui associe dans une

large mesure le Sénat, le dernier des grands
organes traditionnels qui ait survécu au naufrage
de la constitution républicaine. S’il ne
peut rien contre ce fait primordial que l’Empire,
créé par l’armée, est et restera, quoiqu’on
fasse, une monarchie militaire, du moins sa
réalisation du Principat donne-t-elle à l’Etat
romain cette façade civile sans laquelle il ne
peut y avoir pour lui que faiblesse présente et
incertitude des lendemains.
Sans doute, l’empereur n’associe-t-il pas le
Sénat au gouvernement sur un pied complet
d’égalité. Il est et reste le maître et tout le
monde dans l’Empire, du premier des sénateurs
au dernier des provinciaux, en a pleinement
conscience. En politique étrangère,
domaine vital pour Rome et son Empire, le
Sénat perd définitivement la direction des
affaires étrangères, qui, sous la double forme
de la diplomatie et de l’armée, passe aux
mains de l’empereur. Mais, dans le domaine
de la politique intérieure, au contraire, par la
volonté de l’empereur lui-même, il conserve
partiellement son rôle en matière de législation
et d’administration. Sur deux points
même, il reçoit des attributions nouvelles : sa
compétence législative est élargie et Tibère,
le second des empereurs, lui transmet les attributions
électorales jusque-là détenues par les
Comices. Mais de la théorie à la pratique, il
y a loin ; le Sénat est toujours dans la main
de l’empereur et celui-ci dispose de nombreux
moyens, constitutionnels ou non, pour couper
court, le cas échéant, à toute velléité d’opposition
de sa part.
Réalité militaire, façade civile, c’est par ces
deux éléments divers et complémentaires que

se définit et se résume, dans l’oeuvre constitutionnelle
d’Auguste, la création du régime
nouveau. Magistrat suprême à Rome en qualité
de Princeps, et, comme tel, soumis, théoriquement
du moins, au contrôle de la loi, l’empereur
est pour les provinces le grand chef
militaire, l’Imperator. De cette solution constitutionnelle
équivoque résulte pour le pouvoir
impérial un danger permanent. Un second
fait, non moins important que le premier, l’absence
du principe héréditaire, inhérente, par
définition même, au système du Principat,
vient encore aggraver le mal. Les conséquences
logiques de cette double défectuosité
apparaîtront en pleine lumière au m° siècle,
avec la terrible crise de l’anarchie militaire,
mais les premiers symptômes du péril n’attendront
pas cette époque tardive pour se
manifester. Le Sénat, lui, a pu plier devant
les nécessités implacables d’une situation nouvelle;
il n’a pas oublié. Traditionalisme et
intérêt tout à la fois, il garde longtemps les
yeux fixés sur le passé et, tout au moins sous
les premiers empereurs de la dynastie julioclaudienne,
nombreux sont ses membres que
ne cesse de hanter le mirage du régime républicain
évanoui. En 41, à la mort de Caligula,
l’occasion de restaurer le passé se présente,
ou, plus exactement, semble se présenter, dans
des conditions inespérées. L’empereur vient
de tomber sous les coups du tribun Chéréas.
Il ne laisse ni fils ni héritier désigné. Une partie
du Sénat songe à exploiter cette heureuse
circonstance pour rétablir la République et,
du même coup, reprendre la direction de
l’Etat. République ou monarchie, on met à
l’ordre du jour, sous sa forme la plus large, la

question constitutionnelle. Débat sans lendemain.
On discute sans conclure et, faute plus
irréparable encore, sans agir. L’armée, dans
la personne de Claude, impose le rétablissement
du Principat. Dès lors, le principe même
du pouvoir personnel ne sera jamais plus
remis en question. Lors de la terrible crise qui,
en 68, suivra la mort de Néron, on parlera
bien de liberté, c’est-à-dire d’Empire libéral
opposé au régime de tyrannie qu’avait pratiqué
l’empereur défunt, mais, de République,
il ne sera plus question. Le temps a accompli
son oeuvre coutumière. Pour l’Empire, le problème
politique a trouvé sa solution définitive.
Mais cet aspect politique du problème intérieur
se double d’un second, l’aspect administratif.
Devenue par droit de conquête maîtresse
du monde, Rome a assumé sous une
forme impérieuse la charge de l’administrer.
La vieille cité ne peut venir à bout de cette
tâche gigantesque que par la création d’une
série d’organes administratifs nouveaux. Or,
cet ensemble d’organes, tant par impuissance
— manque de personnel spécialisé — que par
intérêt — égoïsme de caste répugnant à l’élargissement
d’un monopole fructueux —, le
régime républicain n’avait jamais su les lui
donner. Pouvoir central impuissant et mal
servi, absence d’organes de transmission, personnel
numériquement insuffisant et mal préparé
à sa tâche, la République ne léguait à
l’Empire qu’un outillage de fortune et une
organisation rudimentaire. Ce n’est pas tout.
Avec le régime nouveau, les besoins administratifs
de l’Etat s’accroissent dans des proportions
considérables et s’affirment plus pressants
encore. Cet état de choses aura pour

résultat pratique le double développement de
la centralisation, en général, et du fonctionnarisme
en particulier, avec, pour conséquence
finale l’évolution accélérée du système
du Principat vers celui du Dominât.
Le mouvement commence, dès Auguste, avec
la création d’un ensemble coordonné de nouveaux
services de centralisation : grandes préfectures
(prétoire, ville, vigiles, annone), commissions
exécutives (eaux, travaux publics),
voirie italienne à Rome et en Italie, services
financiers, poste impériale, dans les provinces.
Cette administration nouvelle, inconnue de la
République, exige la création d’un personnel
d’exécution à la fois nombreux et spécialisé.
Ce personnel, l’empereur ne peut ni ne veut
le trouver dans la noblesse sénatoriale, en raison
à la fois de l’exiguïté de ses effectifs, de
son manque trop fréquent de compétence et,
par surcroît, de l’esprit traditionaliste qui,
dans l’ensemble, était celui de ses membres.
Aussi, ces organes indispensables à l’administration
nouvelle, l’Empire les demande-t-il à
l’ordre équestre qui va devenir, et dans des
proportions toujours plus larges, la grande
pépinière du fonctionnarisme impérial. Sous
la dynastie julio-claudienne, l’évolution administrative
s’accentue et se précipite. A ce point
de vue, le règne de Claude occupe une place
de premier plan. Trois des créations administratives
essentielles de l’Empire, la chancellerie,
le service impérial des finances, le développement
de l’ordre équestre, sont l’oeuvre de
cet empereur, ou, plus exactement, des affranchis,
hommes de sens pratique et d’esprit moderne,
qui dirigent l’Etat sous son nom. La
création de la chancellerie, organe de transmission

indispensable entre la volonté d’en
haut et l’exécution d’en bas, comble une des
grandes lacunes de l’organisation administrative
d’Auguste, tare que les tendances centralisatrices
du nouveau régime rendaient plus
sensible encore. Quatre grands bureaux — correspondance,
libelles, enquêtes, études préparatoires
—, pourvus d’un personnel spécialisé
d’affranchis et d’esclaves, font ainsi leur apparition.
A la même pensée se rattachent l’organisation
des finances impériales, le fiscus, et
l’extension des pouvoirs réservés au ministre
des finances impériales, Va rationibus. Claude,
enfin, outre qu’il réglemente la carrière équestre,
élargit systématiquement le rôle des chevaliers
dans l’administration générale de
l’Empire. Il attribue à certains d’entre eux,
avec le titre de procurateurs, l’administration
de provinces nouvelles, comme les deux Maurétanies
Tingitane et Césarienne, la Thrace et
la Judée, et donne aux attributions des procurateurs
impériaux, en matière fiscale, une
extension nouvelle.
Cette marche à la centralisation et à la spécialisation,
qui, sous les premiers empereurs
de la dynastie julio-claudienne, caractérise
l’administration romaine, subit un temps d’arrêt
avec l’avènement de Néron. Néron apporte
au pouvoir un programme de gouvernement
très net et se déclare fermement disposé à l’appliquer.
Ce programme, il l’expose dans son
premier discours au Sénat : « Il ne se ferait
pas (1) le juge de toutes les affaires. Il n’enfermerait
pas accusateurs et inculpés entre les
seuls murs de sa demeure, pour donner à l’influence


(1) Tac., Ann., XIII, 4.


de quelques-uns les moyens de s’accroître.
Rien, dans ses pénates, ne serait vénal
ou accessible à l’intrigue. Sa maison serait distincte
de l’Etat. Le Sénat n’avait qu’à maintenir
ses antiques privilèges, l’Italie et les provinces
du peuple romain qu’à s’adresser à la
juridiction des consuls, les consuls qu’à leur
donner accès auprès des sénateurs. Lui,
Néron* veillerait sur les armées remises à sa
garde. » Un pareil programme signifiait la
rupture non seulement avec le despotisme
militaire, mais aussi avec la politique centralisatrice
et administrative de Claude. Déclarer
que « sa maison serait distincte de l’Etat »,
c’était proclamer la fin du régime des affranchis,
caractéristique fondamentale du règne
précédent. Les actes suivirent et Néron, ajoute
Tacite (1), « ne manqua pas à sa parole ». Les
affranchis furent exclus des affaires, mais
cette politique ne se maintint que peu de
temps. Dans les cinq dernières années du
règne, le retour au régime constitutionnel du
Principat, si pompeusement annoncé au début,
n’était déjà plus qu’un souvenir perdu dans
les brumes du passé. L’orgie néronienne, en
frappant les meilleurs serviteurs de l’Etat et
en investissant des plus hautes fonctions libertins
et intrigants, a tôt fait de désorganiser
l’administration impériale. Au moment où disparaît
Néron, en 68, la question administrative
recommence à se poser dans toute son ampleur
et avec toute sa gravité.
Entre ces deux questions fondamentales —
la question politique et la question administrative
— qui commandent toute la vie intérieure

suite page 19

Libre-propos sur le second traité franco-allemand


Chroniques-Dortiguier


Tout orateur du jour, comme le mosellan Asselineau s’y prête aussi, entend se garder des « fake news » ou fausses et frauduleuses nouvelles, alors que nous nageons dans des mensonges et des ignorances abyssales de la réalité présente et passée. Contre ce traité les organisations communistes allemandes de « La Gauche » (Die Linke), équivalent de nos Antifa, se dressent avec la même vigueur que Marine Le Pen, Mélenchon, ce Don Quichotte du socialisme français et tous les coqs d’un gaullisme de façade.

Parler d’abandon de la souveraineté nationale est comique pour des pays qui ont dépecé l’Allemagne, expulsé, comme en Palestine, le bon tiers de la population de foyers anciens et forcé – comme l’expérience nous l’a appris – ses savants atomistes à travailler à la confection de la bombe atomique en acceptant de la main gauche l’argent du Shah d’Iran pour édifier nos centrales. Mélenchon, dans sa campagne électorale parlait de supprimer les privilèges cléricaux et autres, notamment en matière de fiscalité, de l’Alsace-Lorraine qui n’accepta de retourner sous l’autorité parisienne, comme il faut savoir, qu’à condition de conserver les avantages de l’Empire allemand.

Rappelons aux croyants qu’en effet, l’Allemagne ne connaît pas la séparation maçonnique de ou des Églises et de l’État et que, du moins pour les confessions chrétiennes, les clercs reçoivent le fruit des impôts versés volontairement par les fidèles.

Il faut toute la légèreté parisienne pour chercher querelle sur cette place aux Nations Unies qui ne voit que l’exercice du droit de veto et l’existence même de membres permanents sont  une imposture fondée sur la force des vainqueurs de ce conflit peu chrétiennement achevé par les deux bombes atomiques que l’on sait. Quel privilège a la France d’occuper pareil poste et non pas l’Italie, l’Inde ou le Japon ? À trouver un compromis, en se pliant à cette violence juridique, mieux vaudrait nommer un délégué européen. Cette querelle française qui ne trouve d’écho en Allemagne que chez les néo-staliniens conduits par Gyzi – dont le père fut, de lignée suisse, pour faire bref, ministre des cultes en zone soviétique d’occupation ou République démocratique allemande (DDR) -, rabaisse le pays et le fait ressembler à ces ouistitis de Bénarès, comme Schopenhauer en ironise, pour caricaturer l’arrogance en question.


Que la cuisine française mijote ses plats servis par les Zemmour, Asselineau, Marine Le Pen, Attali, et les néo gaullistes rêvant d’un De Gaulle qu’ils n’ont point connu et se montra plus réaliste.


M. Asselineau s’agite le plus dans cet orchestre germanophobe : car il s’agit bien de décrier une nation et non pas une équipe au pouvoir dont une partie a été formée en zone soviétique ! Il sursaute d’apprendre que l’allemand et le français seront régulièrement enseigné des deux côtés du Rhin, dans les pays frontaliers. Lui-même instruit en allemand nous avertit que le peuple s »affaiblit en quantité, – il ne saurait dire en qualité – et qu’il vaut mieux que la jeunesse apprenne du russe  ou du chinois ! Soit, mais tout voyageur en Europe jusque dans les Balkans sait que la langue véhiculaire a été et reste l’allemand. Il va sans dire que le bel esprit de l’ancien candidat à la présidence et qui fut directeur de cabinet de Pasqua, – ce qui n’est pas une critique, mais un fait – clame l’inutilité d’apprendre du danois ou du hollandais. Devrons-nous lui objecter que De Gaulle favorisa les langues régionales et en particulier la connaissance du hollandais à Lille, sa ville natale, et qui fut un des joyaux des 17 provinces, au point que le nombre de locuteurs lillois a permis de trouver du travail en Hollande. Puis-je enfin célébrer, avec la marquise de Sévigné Dunkerque (littéralement en flamand, l’église sur la dune) : « La Rochelle des Pays-Bas » ? Ceci par allusion au siège meurtrier de la Rochelle où l’armée réduisit, comme à Perpignan, la population civile par la faim ?

La langue française, reprend M. Asselineau, est  méprisée en Allemagne : moins , pourrait-on lui rétorquer,  que nous traitâmes  la langue et l’histoire allemande dans la région soumise à notre occupation ? Il faut avouer que la patience caractérise le Bélier allemand ! Est, en compensation de cette baisse d’influence du français  exaltée par notre tribun mosellan bon connaisseur de l’Asie, l’influence française au Viet-Nam. Tout sauf Germania ! Vive la francophonie post coloniale !

Jusqu’à quand conserverons nous cette mauvaise foi à l’égard de notre principal partenaire européen ? Que lui reprocher sinon d’être comme sa musique ou son opéra mettant des dieux sur scène ou des héros et non pas des cocottes apeurées par des défilés périodiques, chaque demi siècle, de gilets multicolores ?

Que la cuisine française mijote ses plats servis par les Zemmour, Asselineau, Marine Le Pen, Attali, et les néo gaullistes rêvant d’un De Gaulle qu’ils n’ont point connu et se montra plus réaliste. Qu’eût été la France de 1963 sans la coopération économique et financière de la vache à lait européenne.

Puisque nous avons fait allusion à l’Iran plus haut, qu’il soit redit ici que le même De Gaulle rendit visite au Shah d’Iran à la tête d’une délégation européenne, franco-allemande et qu’il assura le prince que c’était le premier traité économique conclu entre – non pas la France – mais – comme il s’en exprima- l’Europe et un pays tiers.

Pierre Dortiguier

Résurrection de Bob Marley, peace man !


Humour « Barbares »


dilem - migrants

Sacré Dilem…

L’espionnage israélien opère dans le monde entier avec de nouvelles sociétés écran


tlaxcala-int.org

Eugenio García Gascón
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Traduit par  Eve Harguindey

 

En Israël, il y a un nombre croissant et alarmant d’entreprises  de sécurité opérant dans le reste du monde. L’existence de l’une d’entre elles, Candiru, a été révéle dans un article publié dans le journal Haaretz le 4 janvier. Ce que l’on sait d’eux est très peu de choses, bien que certains aient été impliqués dans des scandales à l’étranger, comme l’affaire  Black Cube, sans que les gouvernements occidentaux aient pris des mesures pour limiter le caractère occulte de leurs opérations.

Les bureaux  de Candiru à Tel Aviv, 31 décembre  2018. Photo Ofer Vaknin/Haaretz

C’est un monde où tout est hautement confidentiel et où les services s’en donnent à cœur joie. Des sources de sécurité israéliennes citées par le journal de Tel-Aviv estiment que volume des affaires de ces entreprises israéliennes est d’environ 1 milliard de dollars par an. Elles exploitent ou vendent du matériel d’espionnage à des pays comme l’Arabie saoudite ou le Mexique, mais aussi à l’Espagne, ainsi qu’à des dictatures notoires. On a souvent rapporté que l’équipement offert par Israël est utilisé pour combattre les dissidents, comme le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qui a été tué à Istanbul en octobre dernier.

Infographie d’Abeer Mrad

Candiru, dont le nom fait référence à un poisson brésilien, a son siège dans un bâtiment à Tel Aviv, bien qu’il n’y ait aucune mention de sa présence dans le bâtiment. En fait, Candiru n’a même pas de site ouèbe officiel. Elle emploie quelque 120 experts du renseignement qui ont été recrutés dans divers services militaires et d’espionnage, dont la controversée unité 8200, qui est un souvenir néfaste pour les Palestiniens, et dont les actions ont également lieu à l’étranger.

L’unité 8200 est une unité d’espionnage militaire qui, selon les informations publiées, opère  également à l’étranger, à commencer les sièges des représentations diplomatiques israéliennes. L’une de ses activités de base consiste à écouter les conversations de la population palestinienne dans les territoires occupés. D’anciens membres de l’Unité 8200 ont dénoncé, dans les limites imposées par la censure, que le matériel qu’ils collectent sert à faire du chantage aux Palestiniens, et ont dénoncé que le travail de l’unité est utilisé contre les personnes espionnées d’une manière « immorale et peu éthique ».

Les employés de Candiru n’affichent leur profil ni  sur LinkedIn ni sur aucun autre réseau social et signent des accords de confidentialité absolue avec l’entreprise. Certains d’entre eux, consultés par le journal économique TheMarker de Tel Aviv, ont refusé de commenter les détails de leur travail. En échange de leur discrétion, ils sont récompensés par des salaires astronomiques qui peuvent dépasser 20 000 euros par mois.

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Omri Lavie et Shalev Hulio, fondateurs de NSO

A la différence de  NSO, une autre société israélienne similaire, spécialisée dans l’écoute de smartphones, Candiru, qui opère principalement en Europe occidentale depuis sa création il y a quatre ans, est spécialisée dans le piratage d’ordinateurs et de serveurs, bien qu’elle puisse bien sûr également écouter des smartphones.

Israël considère les outils utilisés par ces entreprises comme s’il s’agissait d’armes classiques, et leur exportation doit donc être approuvée par le ministère de la Défense à Tel Aviv. Cette circonstance indique que les autorités militaires et d’espionnage israéliennes sont conscientes de ce que ces entreprises font et font faire dans le monde, dont la vente de matériel et les services qu’elles fournissent aux dictatures. Selon Haaretz, le ministère israélien de la Défense  » n’est pas très préoccupé par la démocratie et la violation des droits humains  » par les  clients.

Le secret qui entoure ces entreprises ne peut être exagéré. Dans ce cas, Candiru n’est même pas le nom sous lequel l’entreprise est enregistrée. À l’origine, en septembre 2014, elle s’appelait Grindavik Solutions, puis est devenue LDF Associates en mars 2017, et en avril 2018, elle a été renommée Grindavik. Le nom des personnes qui dirigent ces entreprises a filtré  dans certains cas, bien que le plus fréquent soit que les profils des propriétaires et des directeurs n’apparaissent pas dans les réseaux sociaux.

Une autre société de cette nature controversée qui a été créée en 2018 est XM Cyber, fondée par l’ancien chef du Mossad Tamir Pardo, qui a recruté du personnel du Mossad, les services secrets extérieurs, du Shin Bet, le service secret chargé d’ Israël et des territoires occupés en 1967, et de la célèbre unité 8200 d’espionnage de l’armée.

Tamir Pardo

XM Cyber a été créé en février dernier avec 15 millions de dollars apportés principalement par le milliardaire israélien Shaul Shani, ancien propriétaire de la société brésilienne Global Village Telecom [qu’il a vendue en 2009 à Vivendi pour 4,5 milliards de dollars, NdlT]. Selon l’agence Reuters, XM Cyber a inauguré son parcours avec des clients en Europe, en Israël et aux USA, a déclaré Pardo, qui n’a pas accepté de révéler le nom d’un seul client.

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Shaul Shani

Le fait que la législation occidentale soit plutôt souple dans ce domaine implique que les entreprises israéliennes peuvent circuler très librement en Europe et qu’elles peuvent garder secrète la nature de leurs activités, bien qu’elles soient inquiétantes dans de nombreux cas, non seulement lorsqu’il est question de dictatures, mais aussi dans les pays démocratiques, comme cela a été révélé à certaines occasions.

Le logo de Candiru représente ce poisson parasite des fleuves de l’Amazonie, appelé « poisson vampire du Brésil », et considéré par les habitants comme plus dangereux que le piranha

Merci à Tlaxcala
Source: https://www.publico.es/internacional/espionaje-israeli-opera-mundo-nuevas-empresas-pantalla.html
Date de parution de l’article original: 11/01/2019
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=25122

Humour « Trumpeur »


tlaxcala-int.org

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Tetris, l’édition Donald, par Enrico Bertuccioli

Plaidoyer pour un récit algérien assumé


mondialisation.ca

Titre original: « Nos ancêtres amazighs dans l’histoire : plaidoyer pour un récit algérien assumé »

https://www.mondialisation.ca/wp-content/uploads/2019/01/amazigh-400x266.jpg  https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRtMeoqVbvjAorsj0e8YkW7Pwefp5mvJ6xiMcrKb3hkgU1E70mV

Chems Eddine Chitour

« L’identité s’affiche quand elle a besoin de parler »  

Il peut sembler être une gageure que de parler de l’histoire et de la culture amazighe tant les études rares et attendent d’être examinées Cependant quelques repères sont importants à donner. L’Europe -exception faite de Rome et de la Grèce- était encore plongée dans les ténèbres de l’inculture. En Afrique et plus précisément au Maghreb actuel des nations avec les attributs des Etats, -Massinissa battait monnaie-, ont vu naitre des hommes illustres qui ont permit le rayonnement d’une culture authentique qui a beaucoup emprunté aux cultures des occupants de passage. Apulée et saint Augustin s’exprimaient en latin mais pensaient en amazigh. Plus tard avec la venue de l’Islam, les érudits écrivaient dans la langue liturgique qu’était l’arabe. Bien plus tard encore et à la période coloniale ce fut le français avec pour certains notamment le poètes une expression linguistique purement amazigh. La diversité des expressions des hommes de culture et de lettre dépasse, on l’aura compris, le cadre étroit de la géographie de Etats. Il ne se sera pas possible d’être exhaustif tant la variété des écrits est importante et tant aussi, de nombreux écrits ne furent pas sauvés de l’oubli.

Les débuts de l’humanité  aussi en Tamazgha  

Après avoir planté le décor en rapportant les différentes hypothèses sur les débuts de l’apparition de l’homme au Maghreb et plus largement Tamazgha et sur l’avènement des Berbères, nous tenterons de rapporter quelques faits qui font l’unanimité concernant cette culture amazigh qui n’est le monopole de personne mais qui devrait , de notre point de vue, être la préoccupation de toutes les Algériennes et de tous les Algériens. Un récit assumé revendiqué est le plus sûr moyen de lutter contre l’errance identitaire  

Les premiers peuples qui ont vécu en Algérie ne se sont pas tous installés à la même période. Arembourg fait reculer les premiers peuplements que aux origines mêmes de l’humanité  C’est l cas de l’homme de Tifernine il y a 1,7 million d’année découvert près de Mascara. Une étude réalisée par des chercheurs algériens et étrangers et publiée dans la prestigieuse revue Science montre que le plus ancien hominidé n’est pas seulement celui de l’Afrique de l’Est à la même époque l’homme de Ain El Hnach travaillait des outils il y a 2,4 millions d’années ce qui fait de l’Algérie un des berceaux de l’humanité. Les fouilles de l’anthropologue Farid Kherbouche directeur du CNAP , dans l’Adrar Gueldaman nous renseignent sur les hommes préhistoriques, ces pasteurs éleveurs de chèvres et de moutons, d’il y a sept mille ans: comment ils se nourrissaient (miel et beurre), pourquoi ils ont quitté ces grottes du fait des changements climatiques… Les civilisations les plus récentes, à partir du paléolithique , comprennent l’Acheuléen , le Moustérien et l’Atérien (homme de Bir El Ater dans les Nemencha).Vint ensuite l’Epipaléolithique Comme l’écrit Malika Hachid :

« A cette époque , l’Atlas entrait dans le cadre de la Berbérie présaharienne , pays des Gétules , plus nomades que sédentaires , plus africains que Méditerranéens.>>

La protohistoire est marquée au Maghreb occidental surtout, par l’apparition du cheval domestique, l’environnement a irrémédiablement basculé . Peu à peu, la savane a disparu au profit de la steppe et du désert. L’aridité qui a débuté au néolithique (vers – 10.000 ans) continue de s’étendre. Les petits groupes de chasseurs à l’arc et les pasteurs s’agrègent. Ils formeront des tribus cavalières et chamelières. Les descendants seraient dans cette hypothèse, Touareg (au Sahara) et au nord les royaumes numides et maures.  

Le néolithique au nord, est relativement récent, au sud, il est plus ancien (7.000-9000 ans avant J.C.). C’est dans le Sahara que se situe son apogée ; c’est là nous dit Kaddache que sont apparus des outils perfectionnés : pierres polies, pointes de flèches et un art inestimable : gravures et peintures. Les «El Hadjera El mektouba « Ce monde saharien succombera devant le désert. La zone tellienne, elle, est désormais intégrée au monde méditerranéen par ses nécropoles dolomitiques, sa poterie peinte ; d’ailleurs nous voici parvenus au temps de Carthage, à l’histoire ».(1)

Origine des Berbères  

A juste titre, et comme toute communauté humaine, les Algériens et plus largement, les Maghrébins, tentent de connaitre leurs racines. Malgré toutes les hypothèses faites, l’état des connaissances ne nous permet de faire que des conjectures sur l’origine des Berbères. L’essentiel des mouvements se serait réalisé à la fin du paléolithique et au néolithique. Il est certain qu’au cours des temps néolithiques et historiques, des brassages, des mélanges ethniques ont affecté des populations berbères. Certaines populations ont fusionné avec les indigènes, sur une période de plus de trente siècles.  

Ce sont d’abord les Phéniciens au XIIe siècle avant Jésus Christ et ceci, principalement, sur la bande côtière, principalement dans l’Est . Il y eut ensuite pendant près de cinq siècles et demi, la venue des Romains, jusqu’à la moitié du cinquième siècle, les Vandales et les Byzantins, et enfin les Arabes dès la fin du VIIe siècle et les Turcs au XVe siècle. Les inscriptions libyques témoignent de l’ancienne langue parlée. Lorsque les Berbères émergent de l’histoire, ils sont déjà un peuple, une langue des royaumes. Sur le cheminement qui a procédé cette émergence, notre connaissance est incomplète. Dés lors, se tourner vers l’archéologie, cette bibliothèque des âges anciens est une nécessité. » (2) 

Cohen cité par Salem Chaker, intègre le berbère dans une grande famille chamito-sémitique au même titre que le sémitique, le couchitique, l’égyptien. Ces caractères simples représentent la première écriture de l’Afrique du Nord. Des îles Canaries à l’ouest, à la Nubie, à l’est , jusqu’au Sahara central , on découvre encore d’après Hachid des inscriptions qui lui sont nettement apparentées. On parlait alors et on écrivait en libyque qui était l’une des langues du monde antique. Cette langue est contemporaine (XIIe siècle avant Jésus Christ , pour les premiers signes relevés), de l’égyptien , du grec et de langue parlée des Ammorites en Mésopotamie (actuel Irak). Les inscriptions connues sont nombreuses, mais on en connaît aussi des bilingues , c’est , par exemple , la dédicace d’un temple élevé à la mémoire de Massinissa en l’an 10 du règne de son fils Miscipsa (vers 138 avant J.C.). Ces ancêtres connaissaient donc l’écriture et le déchiffrement de milliers d’inscriptions libyques permettra d’apporter quelques lumières sur le passé des Berbères .Ce sont, d’ailleurs, les inscriptions bilingues qui nous permettent le déchiffrement de l’alphabet libyque de 22 lettres (3)

L’apport culturel des écrivains berbères  

L’Algérie « d’alors » ou pour être plus juste la Numidie  avait de nombreux écrivains, c’est le cas de l’Empereur berbère Hiempsal (106-60 avant J.C), et de Juba II, (25 avant J.C. , 23 après J.C) qui écrivit une douzaine d’ouvrages. L’historien Hérodote (484-425 av. J.C.) considérait les Berbères comme le peuple du monde qui jouit du meilleur état de santé, surclassant en ce domaine les Égyptiens et les Grecs eux-mêmes . Platon, le philosophe, n’aurait jamais pu dit-on fonder son Academica, s’il n’avait été racheté et libéré par un Libyen, quand il a été fait prisonnier et vendu.  

Bien avant l’ère chrétienne, il y eut des écrivains berbères qui écrivaient en latin. Ainsi l’un des plus célèbres est Terence (190 -159 avant J.C.) « «Homo sum; humani nil a me alienum puto»: «Je suis un homme et rien de ce qui est humain, je crois, ne m’est étrange» Térence, écrivain berbère. Cette citation est peut être une phrase fondatrice de ce qui constituera plus tard la déclaration des droits de l’homme réinventée au XXe siècle et annexée d’une façon illégale. La littérature numide, depuis le deuxième siècle, en plein apogée de l’Empire romain avait ses spécificités. Les autochtones avaient un enseignement et s’étaient montrés très attentifs. A l’âge adulte, ils vont dans les grandes villes parfaire leur connaissance. Plusieurs villes eurent leurs heures de gloire et contribuèrent au développement de la culture. C’est le cas notamment de Madaure (M’daourouch actuel), dont le nom sera attaché à Apulée , le brillant écrivain auteur de l’Apologie. Bien plus tard il y eut en la personne de Juba II un roi savant né en 50 avant J.C. mort en 23 après J.C. l’auteur de Lybica « Juba II, dit Pline l’Ancien, fut encore plus célèbre par ses doctes travaux que par son règne ». Il était admirablement respecté et reconnu par le monde hellénistique. C’était un lettré savant, érudit rompu à toutes les innovations. Ce qui poussa les Grecs à ériger sa statue auprès de la bibliothèque du gymnase de Ptolémée à Pausanias, en signe de reconnaissance.

Les Berbères célèbres dans l’histoire romaine  

Avant l’avènement des dynasties numides beaucoup de berbères eurent des fonctions importantes dans la hiérarchie romaine et dans l’avènement de l’Eglise d’Afrique D’autres Africains, nous dit Eugène Albertini firent, dans les fonctions publiques, des carrières utiles et brillantes. Ecoutons-le : « Dès le règne de Titus (79-81) un Africain ; Pactimieus originaire de Cirta parvint au Sénat. Au second siècle, le Maure Lucius Quietus fut un des meilleurs généraux de Trajan Un « maghrébin Tullius commanda l’armée d’Espagne. La suprême conquête fut réalisée en 193, quand un Africain, Septime Sévère qui naquit à Leptis Magna (aujourd’hui Lebda à l’est de Tripoli) devient Empereur. Il régna jusqu’en 211 Sa sœur ne parlait que berbère quand elle arriva à la Cour de Rome. 

De son mariage avec une syrienne sortit une dynastie dont trois membres régnèrent après lui : Caracalla (218-222) , Elagabal (218-222), Sévère Alexandre (222-235). Entre Caracalla et Elagabal s’insère (217-218) , le règne d’un autre empereur berbère Macrinus (Amokrane), chevalier berbère originaire de Cherchell » (4). Ajoutant enfin que L’Afrique du Nord a eu des tribus qui seraient juives à l’instar de celle de La Kahina des gens d’église qui propagèrent le christianisme à l’instar de Saint Augustin de Saint Donat . Il y eut 3 papes à l’Eglise. Le premier pape est Victor Ier était berbère, à partir de 189 et ce durant une dizaine d’années. Le deuxième pape est Saint Miltiade ou Melchiade évêque de Rome du 2 juillet 311 au 11 janvier 314. Le troisième pape Gélase fait carrière dans le clergé de Rome et devient même le conseiller, d’ailleurs écouté, du pape Félix III. Saint-Gélase 1er, 49ème pape, de 492 à 496 il est né en Kabylie.

Une prouesse scientifique au temps des Amazighs  

Deux exemples parmi tant d’autres pour convaincre de l’existence d’une science et d’une culture à ces autochtones à qui la science coloniale a dénié toute légitimité culturelle et scientifique. «La propension au savoir rationnel et universel est attestée en Algérie, il y a 7000 ans, durant l’ère néolithique dite de tradition capsienne, bien avant l’apparition des civilisations de Sumer, de Akkad ou celle de l’Egypte « (5). Le site de Faïd Souar II, situé à 70km au sud-est de Constantine, a fourni en 1954 (G.Laplace) un crâne d’homo sapiens -ancêtre direct de l’homme moderne- dont le maxillaire dévoilait une prothèse dentaire. Ce crâne appartient à un sujet de sexe féminin, âgé entre 18 et 25 ans. La mâchoire a subi l’avulsion de quatre incisives, selon l’usage bien établi chez les hommes d’Afalou-bou-Rhummel. La deuxième prémolaire supérieure droite de la femme préhistorique de Faïd Souar a été remplacée par un élément dentaire fabriqué à partir de l’os d’une phalange qui a été finement taillé et lissé avant d’être réuni à l’alvéole. Ce qui lui donne l’apparence irréprochable d’une couronne dentaire conforme aux dents voisines. Son ajustage est si parfait qu’il nous semble impossible que cette prothèse ait été exécutée, en bouche, du vivant du sujet «Quelle précision dans ce travail pour ne pas faire éclater l’os!», écrivent Jean Granat et Jean-Louis Heim du Musée de l’homme à Paris qui ajoutent: «Alors, les tentatives de greffes osseuses ou d’implantologie, réalisées par ce praticien d’alors, auraient 7 000 ans!(…)» (6) (7)

Le sens de la répartie de la dérision  

Par ailleurs il y avait bien une culture berbère et même plus le sens de la dérision plus de 9 siècles avant J.-C., en tout cas antérieure à la venue des Phéniciens. «Selon nous, poursuit le professeur Belkadi, la plus ancienne trace parlée de la langue berbère remonte au VIIIe siècle avant J.-C. Elle figure dans le sobriquet Dido, qui fut attribué à la reine phénicienne Elissa-Elisha par les anciens Berbères de la côte tunisienne. Ce surnom, Dido, qui sera transcrit par la suite Didon, est un dérivé nominal de sa racine Ddu, qui signifie: «marcher», «cheminer», «flâner», «errer». En conséquence, la plus ancienne trace de la langue des Berbères remonte à l’arrivée de cette reine sur le rivage maghrébin. Ce pseudonyme Dido n’est pas attesté à Carthage ni à El Hofra (Constantine). Il ne figure pas dans l’anthroponymie et l’épigraphie funéraire des Puniques. Certainement parce qu’il était jugé dévalorisant. Le sens Tin Ed Yeddun «l’errante», «celle qui erre», et ses passim «vadrouiller», «vagabonder» Eddu appliqué à cette reine ne convenant pas à la société punique»(8)

L’avènement de l’Islam  

Avec l’avènement de l’Islam et son expansion occidentale, la sémiologie de la quête de nouvelles « valeurs » va changer Par ailleurs, le rituel musulman va apporter à son tour principalement aux populations en contact avec les conquérants arabes, une nouvelle mode vestimentaire, un comportement dans la quotidienneté et même des habitudes culinaires. » (9) Cependant et en dehors de cette tentation de ressemblance aux signes extérieurs des civilisations qui se sont succédées, l’avènement de l’Islam donnera une vitalité à l’expression du génie berbère en lui donnant une langue : l’arabe qui a permis le foisonnement de tous les modes d’expression de la science et de la culture Il vient que l’apport de la nouvelle langue n’a pas réduit ou même annihilé les coutumes locales et la langue primitive. 

Mieux encore, pour mieux pénétrer les cœurs des indigènes qui ne connaissent pas la langue arabe des tentatives , certes , modestes , ont été faites pour traduire en berbère le livre sacré du Coran . D’abord, Il y eut Mohammed Ben Abdallah Ibn Toumert, fondateur de la dynastie Almohade. Il traduisit en berbère des ouvrages qu’il avait composés lui-même en arabe. Son travail est de l’avis des historiens, très important .Un autre exemple à citer peut être est celui d’un petit résumé de la théorie du « Taouhid «, qui a été composé en Kabylie dans la tribu des Beni Ourtilane à la zaouia de Sidi Yahia Ben Hammoudi . Il est transcrit en arabe et c’est en fait, une traduction sommaire du traité de Abou Abdallah Mohammed Ben Mohammed Ben Youssef Essenoussi : « la Senoucia «. (10) Ces ouvrages sont en grande partie consacrés à des questions religieuses ou au droit musulman; L’un des plus importants manuscrits écrits en dialecte Chelha est celui de Mohamed Ben Ali Ben Bbrahim ; de la zaouia de Tamegrout dans l’Oued Dra . Il naquit en 1057 de l’Hégire et mourut en 1129 (1717 de J.C.).Le titre de l’ouvrage célèbre qu’il a rédigé est «El Haoudh» ; le réservoir. L’auteur explique ce titre en écrivant : « Semmigh’ elktab inou el h’aoudh ; ouenna zeguisi Issouan our al iad itti’ir irifi , itehenna ». : « J’ai nommé mon livre « le réservoir « ; quiconque y boira , n’aura plus jamais soif, et sera heureux «. C’est donc un abreuvoir destiné à désaltérer pour l’éternité les âmes pieuses. (11)

L’empreinte amazighe dans les noms et les lieux  

Pour témoigner de la présence des parlés berbères dans l’histoire de l’Algérie depuis près de trente siècles, nous allons rapporter le témoignage celui du professeur Mostefa Lacheraf à propose de l’acculturation croisée entre le tamazigh et l’arabe. Le témoignage de Mostefa Lacheraf :

« « Noms berbères anciens et berbères punicisés par l’attrait culturel de Carthage. Noms berbères arabes berbérisés ou greffés d’amazigh. Noms arabo-berbères de la vieille tradition des patronymes ethniques confondus depuis les débuts de l’Islam en terre africaine et le souvenir fervent des premiers Compagnons du Prophète Sahâba et Ta-bi’in » Et l’espace vertigineux du sous-continent nord-africain littéralement tapissé dans ses moindres recoins, de Siwa en Egypte au fleuve Sénégal, des lieux dit s’exprimant à perte de vue, perte de mémoire, en tamazigh et en arabe avec leurs pierres , leurs plantes bilingues ou trilingues, leurs sources et la couleur géologique des terres sur lesquelles elles coulent ou suintent au pied des rochers depuis des millénaires ? » (12) 

« Pour ce qui est des prénoms et patronymes d’origine berbère, ils sont naturellement plus fréquents en Kabylie, au Mzab, dans les Aurès et certaines aires berbérophones mineures autour de l’Atlas blidéen et du Chenoua, mais existent aussi dans les collectivités arabophones à « cent pour cent » depuis des siècles à travers le pays des noms de famille à consonance berbère et de signification tamazight à peine déformée tels que : Ziri, Mazighi, Méziane, Gougil, Sanhadji, Zernati, Maksen, Amoqrane, Akherfane et ceux terminés parla désinence en ou an au pluriel et précédés du t du féminin sont répandus un peu partout Ainsi Massinissa (Massinssen) nom propre berbère qui signifie : le plus grand des hommes, le plus élevé par le rang, le Seigneur des hommes , etc, a trouvé dans l’onomastique arabe algérienne dans le passé et jusqu’à ce jour son juste équivalent et ses variantes sous les formes suivantes: ‘Alannàs, Sidhoum,’Aliennàs, ‘Alàhoum ; et dans le genre le nom très connu de Lallàhoum « Leur dame », celle qui est supérieure aux autres , hommes et femmes » (13).

Pour nous permettre d’évaluer à sa juste mesure, l’empreinte séculaire du fond berbère suivons aussi Mostefa Lacheraf qui parle d’un « gisement » ancien en langue tamazight. Il écrit « Dans l’épigraphie nord africaine à laquelle se réfère Gustave Mercier à propos de ce qu’il appelait en 1924 :

« La langue libyenne (c’est à dire tamazight ) et la toponymie antique de l’Afrique du Nord », des noms propres d’hommes et de femmes surgissent et parmi eux il en est moins reconnaissables comme ce Tascure, découvert gravé en latin et dont les doublets linguistiques actuels sont Tassekkurt et Sekkoura signifiant « perdrix » en kabyle Les topiques ou toponymes et lieux-dits à travers toute l’Afrique du Nord constituent , quant à eux, un véritable festival de la langue berbère , et l’on bute sur ses noms devenus familiers aux vieilles générations d’Algériens connaissant leurs pays dans les moindres recoins du sous- continent maghrébin avec ses montagnes, ses coteaux, ses cols défilés et autres passages ; les menus accidents du relief, les plantes sauvages et animaux de toutes sortes ,- Ne serait ce que pour cela (qui est déjà énorme ) cette langue devrait être enseignée à tous les enfants algériens afin de leur permettre de redécouvrir leur pays dans le détail. La pédagogie scolaire et de l’enseignement supérieur en transposant à son niveau , avec des moyens appropriés , cette légitime initiation à la terre , à la faune, à la flore aux mille réalités concrètes (et méconnues) du Maghreb fera gagner à notre identité en débat perpétuel injuste , les certitudes dont elle a besoin pour s’affirmer et s’épanouir ». 14)

Yannayer premier maillon d’un ancrage identitaire et historique  

En fêtant Yannayer l’Algérie consolide graduellement enfin les fondations d’un projet de société fédérateur ! Par ces temps incertains où les identités et les cultures sont comme les galets d’un ruisseau ; Si elles ne sont pas ancrées dans un vécu entretenu et accepté par les citoyens d’un même pays, elles peuvent disparaitre avec le torrent de la mondialisation à la fois néolibérale mais aussi avec un fond rocheux chrétien La doxa occidentale la plus prégnante est celle d’imposer un calendrier qualifié justement, d’universel pour imposer une segmentation du temps qui repose un fond rocheux du christianisme Le passage à la nouvelle année a été vécu par la plupart des pays comme un événement planétaire que d’aucuns dans les pays du Sud attribuent à une hégémonie scientifique, culturelle.

Pourtant ce passage d’une saison à une autre ne doit pas être l’apanage d’une ère civilisationnelle, encore moins d’une religion mais, devrait se référer à toutes les traditions humaines, avec une égale considération, depuis que l’homme a commencé à mesurer les pulsations du temps  La perception du déroulement temporel est fondée sur l’expérience du vécu. On en retrouve les modalités dans les langues, l’art, les croyances religieuses, les rites et dans bien d’autres domaines de la vie sociale. 

Dès la plus haute Antiquité, les hommes ont manifesté cette volonté de mesurer le temps. On trouve ainsi le cycle solaire comme premier mouvement régulier auquel les hommes ont manifesté de l’attention eu égard à la mesure du temps Le calendrier chinois est un calendrier lunaire créé par l’Empereur Jaune en 2637 avant notre ère et appliqué à partir de son année de naissance -2697. Le calendrier de l’Égypte antique, était axé sur les fluctuations annuelles du Nil Pour eux nous sommes rentrés dans le septième millénaire Le départ étant les premières dynasties Les Grecs anciens connaissaient tous un calendrier lunaire Le calendrier hébreu est utilisé dans le judaïsme pour l’observance des fêtes religieuses. Nous sommes en l’an 5779.

De plus Yannayer n’est pas uniquement algérien, De par la géographie plusieurs pays à juste titre s’en réclament :

« Géographiquement, c’est la fête la plus largement partagée en Afrique, puisque nous la retrouvons sur toute l’étendue nord du continent allant de l’Egypte aux côtes Atlantiques au nord et du désert de Siwa en Egypte jusqu’aux Iles Canaries au large de l’océan Atlantique au Sud, en passant par les tribus Dogons au Mali en Afrique de l’ouest», qui relève que le terme Yennayer «on le retrouve dans toute l’Afrique du Nord jusqu’au sud du Sahel avec de légère variations sur la même racine».

On sait qu’à l’indépendance de l’Algérie, les divergences idéologiques et la minoration de la culture berbère notamment sa langue. A l’époque un chef d’état martelait Nous sommes arabes trois fois de suite déniant par cela toute reconnaissance à une partie des Algériens qui sont berbérophones et par la suite en plus arabophones. Tandis que d’autres Algériens étaient uniquement arabophones Par la suite, et c’est normal le besoin de racines a amené ces Algériens à réclamer que l’Algérie existait depuis près de trente siècles Cela dura longtemps avec des atermoiements, la reconnaissance enfin de l’identité première du peuple algérien est une victoire de la raison qui va accélérer la mise en ordre de la maison Algérie.

Comment arriver à un vivre ensemble linguistique : Ce qu’il faut enseigner aux élèves pour tisser la trame d’une identité commune ?  On a beau dire que le calendrier est une construction idéologique calquée sur une fête agraire. Veut on pratiquer la tabula rase pour des repères identitaires consubstantielles de ce projet de société que nous appelons de nos vœux ? Il n’en demeure pas moins que quelque soit le repère de départ, il y a trente siècles il y avait une âme amazigh. Cette « construction idéologique » ne vise pas à diminuer l’apport de l’arabe composante aussi de l’âme algérienne pendant ces quatorze siècles de vivre ensemble. L’antériorité de la dimension première amazighe est non seulement première mais l’Algérie a vu aussi les premières aubes de l’humanité.

Un récit national prélude un projet de société et la quête du savoir

Nous devons tous ensemble aller les uns vers les autres et nous enrichir de nos mutuelles différences. Cette Algérie plurielle a l’immense privilège d’être arrimée aussi à la civilisation arabe. C’est un capital dont nous ne devons négliger aucune facette. L’Arabité est consubstantielle de la personnalité algérienne .  

Une acceptation apaisée de l’amazighité ne se décrète pas. C’est un long travail de patience qui doit nous convaincre qu’après plus de cinquante ans d’errements, l’Algérie décide de faire la paix avec elle-même . Quel projet de société voulons-nous ? Il nous faut consacrer le vivre-ensemble. De ce fait, la place de l’amazighité à l’école doit être affirmée par un engagement sincère en y mettant les moyens pour faire ce qu’il y a de mieux en dehors de toute instrumentation. De plus, dans le système éducatif, le développement des lycées et des universités ne s’est pas conçu comme une instance à la fois de savoir et de brassage. En dépit du bon sens et contre toute logique et pédagogie, on implante un lycée ou un centre universitaire pratiquement par wilaya. Ceci est un non-sens pour le vivre-ensemble, on condamne le jeune à naître, à faire sa scolarité, son lycée et ses études «universitaires» ou réputées telles dans la même ville ne connaissant rien de l’autre. Nous devons penser à spécialiser des lycées à recrutement national (c’est le cas des lycées d’élite) à même de spécialiser les universités par grandes disciplines. Dans tous les cas, nous avons le devoir de stimuler le savoir en organisant continuellement des compétitions scientifiques, culturelles, sportives en réhabilitant le sport qui est un puissant facteur de cohésion. La symbiose entre les trois sous-secteurs est indispensable, Il en va de même de la coordination scientifique dans les disciplines principales enseignées. Dans les universités anglo saxonnes il y a un module d’histoire quelque soit la spécialité.  Arriver à consacrer 1000 évènements dans l’année qui puisse en définitive à réduire les barrières basées sur des fausses certitudes ;

Quant à la gestion du pays devenue lourde, le moment est venu de sortir du jacobinisme hérité pour aller vers une gestion à la suisse avec les cantons, à l’allemande avec les landers la déconcentration des services de l’Etat permettra à chaque région de s’épanouir à l’ombre des lois de la république et des missions régaliennes (défenses, monnaies). Nous pouvons y prendre exemple La régionalisation permettrait à chaque région d’apporter sa part dans l’édifice du pays  

Nous devons consolider dans les faits au quotidien par l’enrichissement mutuel nous pouvons dire que nous sommes réellement sur la voie royale de la nation Ce plébiscite de tous les jours dont parle Ernest Renan constamment adaptable et servant constamment de recours quand le train de la cohésion risque de dérailler et que Cheikh Nahnah avait résumé par une phrase célèbre. « Nous sommes Algériens Min Ta Latta. Min Tlemcen li Tebessa oua min Tizi Ouzou li Tamanrasset. » Cela devrait notre Crédo. Il n’y a pas de mon point de vue de berbères, il n’y a pas d’Arabes, il n’y a que des Algériens qui sont ensemble depuis 1400 ans et qui ont connu le meilleur et le pire, comme l’a montré la glorieuse révolution de Novembre. 

Un grand chantier fait de travail de sueur de nuits blanches de résilience face à un monde qui ne fait pas de cadeaux aux faibles nous attend tous autant que nous sommes. « Comment consacrer la quête de la connaissance ? Si les matières premières sont finies, la connaissance est infinie. Donc, si notre croissance est basée sur les matières premières, elle ne peut pas être infinie. En 1984, Steve Jobs rencontre François Mitterrand et affirme «le logiciel, c’est le nouveau baril de pétrole». Trente ans plus tard, Apple possède une trésorerie de la taille du PIB du Vietnam ou plus de deux fois et demie la totalité du fonds souverain algérien. C’est donc la quête continue du savoir qui doit être la préoccupation essentielle de nos dirigeants qui doivent penser aux prochaines générations…

Assougas ameggas  Bonne année à toutes les Algériennes et tout les Algériens. Que l’année nouvelle amène la sérénité à cette Algérie qui nous tient tant à cœur.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 


Notes 
1.Louis  Balout . Algérie préhistorique, p.6-8, Paris.(1958)  
2. Chems Eddine  Chitour. L’Algérie : Le passé revisité. Editions Cabah. Alger. (1998) 2ed (2006). 
3. Salem Chaker : Revue Lybica .Tome 30 – 31 .p. 216 .Alger . (1982-1983) . 
4.Eugène Albertini : L’Afrique du Nord F.rançaise dans l’histoire, Paris ,Lyon, pp;90-92, (1955) . 
5.Ali Farid Belkadi: A propos du youyou traditionnel mentionné sous le nom d’ologugmos par Eschyle et Herodote. Colloque Cread : Quels savoirs pour quelles sociétés dans un monde globalisé? Alger 8-11 novembre 2007  
6 . A.Bekadi Op.cité 
7.G.Camps: Monuments et rites funéraires, Introduction p.8, 1961, cité par Belkadi 
8.A. Bekadi Op.cité  
9. Mohamed Lakhdar  Maougal cite dans  C.E. Chitour  ref.citée.p.71
 10. Chems Eddine Chitour http://www.alterinfo.net/L-apport-de-la-culture-amazighe-a-l-identite-des-Algeriens_a26176.html 
11. Jean Daniel  Luciani : El Haoudh ;Revue Africaine. Volume 37 ,p.151-180.(1893). 
12.Mostefa Lacheraf: Des noms et des lieux. Editions Casbah 2004 
13.M. Lacheraf. Op.cité p 161)  
14 M. Lacheraf. Op.cité p. 171

Article de référence : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5271969

L’ESPAGNE EN FLAMMES


histoireebook.com


Auteur : De Echeverria Frederico
Ouvrage : L’Espagne en flammes Un drame qui touche la France de près
Année : 1936

 

Depuis plus de quatre mois, le monde, attentif et inquiet, suit le développement de la guerre civile en Espagne. Ses épisodes se succèdent, nobles ou affreux, macabres ou héroïques. Pour le Français moyen, dont la préoccupation se double de l’angoisse que lui n’inspirent certaines analogies, il y a une réelle difficulté à dégager de la multiplicité des faits let grandes lignes Je l’expérience historique qui se déroule sous ses yeux. D’autant plus que son attention est en même temps attirée par de graves événements qui ne cessent Je secouer une Europe en fièvre.
Le Français moyen risque ainsi de méconnaître ou d’oublier les causes profondes et les laits essentiels Je la crise espagnole. Il risque, de ce lait, de voir déformer, dès le début, son jugement sur l’Espagne de demain.
J’écris cette brochure pour attirer son attention sur ces causes et sur ces faits. J’écris pour fournir des bases nettes à sa connaissance d’une Espagne dont le pénible enfantement agite aujourd’hui l’Europe.
Je n’ai pas la prétention de faire dans cette brochure de la philosophie de l’histoire. Encore moins d’énoncer des dogmes sur un thème qui est infiniment complexe.
Je ne prétends que présenter des idées claires à des cerveaux clairs.
Et si je veux et si je crois servir ainsi l’Espagne, je veux et je crois aussi servir ainsi la France, en aidant une compréhension et une amitié qui commandent, à mon avis, et des intérêts de tout ordre et de profondes affinités spirituelles.
Novembre 1936.

 

I.
La république et le front populaire
La seconde République espagnole a vécu. A son chevet de mort, n’oublions pas qu’en 1931 une grande partie de l’opinion espagnole l’enfanta dans la confiance et la gaieté, voire dans l’enthousiasme.
Moins d’une année plus tard, son mentor le plus illustre, le philosophe Ortega y Gasset, constatait qu’elle était devenue triste et aigre.
De 1933 à 1935, elle parut se consolider.
Au mois de janvier 1936, un « Front populaire » se constitua pour raffermir ses institutions. Il était formé par des radicaux-socialistes, des autonomistes catalans et basques, des socialistes, des communistes et des anarchistes. Les plus modérés d’entre eux devaient gouverner dans un esprit démocratique bourgeois avec le soutien des extrémistes.
Un programme bien modeste et sage scella cette alliance. Le bon bourgeois espagnol se sentit tranquille. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes républicains possibles.
Le Front populaire prit le pouvoir le 20 février.
Le lendemain, le bon bourgeois républicain perdit son calme. Les grives, les assauts, les incendies, les troubles de toute sorte sévissaient partout.
Un mois plus tard, le Pays souffrait d’un état d’anarchie peu près complète.
Le 18 juillet, à peine cinq mois après l’avènement du Front populaire au pouvoir, la guerre civile éclatait en Espagne.
Aujourd’hui, nous constatons la fin, certaine et complète en tout cas, de cette république libérale, démocratique et parlementaire que le Front populaire prétendait être venu consolider. Pourquoi ?
Tâchons de dégager les causes et de suivre l’évolution du procès qui a abouti à la plus effroyable des guerres civiles modernes.

Les prodromes du front populaire
Au mois d’avril 1931, à l’avènement de la République, la matière première nécessaire à son édification faisait à peu près complètement défaut en Espagne. Il n’existait ni partis, ni équipes dirigeantes, ni organisations républicaines capables d’offrir une base solide au nouveau régime. Encore moins, un climat social et intellectuel favorable à l’expérience hardie d’une démocratie intégrale nouvelle.
Seul le parti radical de M. Lerroux, peu nombreux et moins influent, soutenait alors en Espagne le feu sacré du républicanisme de 1874, éteint au cours d’un demi-siècle de monarchie libérale qui fut sans doute le chapitre le plus calme, le plus heureux et le plus progressif de toute l’histoire moderne de l’Espagne.
Ainsi, la jeune République, née d’un concert de lourdes fautes d’en haut, de fois espoirs d’en bas et d’insouciante légèreté de partout, dut confier ses destins à des gouvernants improvisés, encadrés par des déserteurs de la monarchie et des marxistes, et soutenus par des organismes politiques de fortune.
Une nouvelle constitution radicalement démocratique et même socialisante, de beaucoup en avance sur la maturité politique et le stade culturel des masses espagnoles, acheva de rendre le jeu follement dangereux.
Pourtant, les circonstances mondiales n’étaient guère favorables à une expérience si hardie.
C’était le moment où la crise économique mondiale, déclenchée en Amérique, battait son plein en Europe et commençait à ronger l’économie plus fermée de l’Espagne.
C’était le moment où la ruine des valeurs morales et le trouble des esprits jetaient partout des germes de désarroi et d’indiscipline. Germes si dangereux qu’ils parvenaient à pousser même dans les milieux les plus hostiles à de tels poisons, comme dans la flotte anglaise quelques mois plus tard.
C’était le moment où les organes de la propagande communiste, après avoir solidement assis leurs bases économiques et militaires sur le travail forcé de cent millions d’êtres pendant cinq ans, se sentaient prêts à semer ses virus urbi et orbi.
Ce fut néanmoins le moment que la démocratie espagnole choisit pour se donner le luxe d’un nouveau régime. Seule une minorité éclairée sentit le danger.
Affaiblie par tant d’imprudences, l’Espagne vit se répandre et fructifier dans son organisme les propagandes les plus subversives.
Et ses premiers gouvernements républicains-socialistes durent s’employer à réprimer l’un après l’autre toutes sortes de troubles sociaux. Grèves, agressions, attentats, incendies de récoltes, d’édifices privés, d’églises, révoltes contre la force publique, meurtres et assassinats sévirent dans le pays. La répression fut souvent dure, parfois, cruelle. Les épisodes de de Castilblanco et Casas Viejas rendirent sinistre au peuple espagnol le premier gouvernement Azafia, dont la période au pouvoir fut qualifiée par M. N’Affinez Barrios, son second d’aujourd’hui, d’étape de la boue, du sang et des larmes.
Le mécontentement populaire chassa les gouvernants de cette première étape républicaine aux élections de novembre 1933.

Le nouveau parlement vit siéger :
Un communiste, 56 socialistes, 20 catalans de gauche, 17 républicains des trois partis de gauche, 104 radicaux, 55 centristes de diverses nuances, 27 catalanistes de droite, 35 agrariens, 112 populaires catholiques, 48 monarchistes.
L’Espagne entrait en convalescence de la rougeole de 1931. Sous le signe de la modération, la République semblait avoir des chances de se consolider.
Pourtant, le président de la République. M. Alcala Zamora, loin de favoriser la coalition orientée vers la droite qui découlait normalement de la composition de la chambre, refusa constamment d’offrir le pouvoir à M. Gil Robles, chef de la Confédération des droites autonomes, qui, appuyé sur une organisation puissante, était le vrai maître dans le pays.
En même temps l’agitation due à des propagandes subversives continuait. La révolte ne cessait de gronder partout.
Au mois de décembre 1933 une sanglante révolte anarchiste éclatait à Barcelone. Le gouvernement dut faire face à des grèves révolutionnaires à la Corogne, à Huesca. à Saragosse, à Barbastro. Des églises furent brûlées à Grenade et en Catalogne.
Au printemps, des transports et des dépôts d’armes furent découverts  qui prouvaient la préparation, de la part des socialistes et des communistes, d’un vaste mouvement révolutionnaire.
Il éclata au mois d’octobre, sous prétexte de la nomination de deux ministres populaires catholiques, qui pourtant appartenaient au groupe parlementaire le plus nombreux. Promptement étouffés dans la plupart des régions, la révolution prit la forme d’une sanglante, quoique brève, lutte civile à Barcelone et à Madrid.
Ce fut aux Asturies qu’elle eut ses manifestations les plus graves. Plus de 6.000 mineurs, armés de fusils, de mitrailleuses, de cars blindés et surtout de dynamite, prirent part la rébellion qui se prolongea pendant des semaines.
Le bilan de la révolution aux Asturies prouve bien qu’elle avait eu une préparation longue et minutieuse et que les rouges étaient largement pourvus de toutes sortes d’éléments de destruction.

Ce bilan se dresse comme suit :
1.335 morts ;
2.951 blessés ;
739 édifices détruits ;
89.000 fusils, 33.000 pistolets et 350.000 cartouches pris aux rebelles.
La révolution fut réprimée par l’armée, mais le trouble était et resta profond. L’année 1935 fut une année de confusion et d’inquiétude.
Dans la population, la propagande rouge persistait, quoique hors la loi. S’accrochant au souvenir de la répression aux Asturies, qu’elle accusait de cruelle, elle redoubla son agitation dans les milieux ouvriers et paysans.
Dans les milieux gouvernementaux, l’opposition du chef de l’Etat à tout gouvernement des droites rendait la situation politique de plus en plus confuse. Elle devint sans issue quand M. Gil Robles, obligé de rentrer dans l’opposition, rendit de par ce fait impossible la formation d’un gouvernement parlementaire viable.
Les Cortes furent dissoutes le 7 janvier 1936.
L’Espagne venait de faire à nouveau un épouvantable saut dans le vide.
la naissance du front populaire
Le pendule de l’opinion publique bat toujours en Espagne trop violemment. Ses oscillations excessives allaient être sans doute, comme en 1933, exagérées par un système électoral défectueux. Car ce système, établi par les gauches en 1932 dans l’espoir qu’il jouerait toujours pour leur profit, accordait dans chaque circonscription provinciale une forte prime au parti ayant obtenu la majorité même relative.
Cependant, la plupart des dirigeants de droite envisageaient les élections avec optimisme. Certains arborèrent même un enthousiasme qui prit des formes, pour le moins, puériles. Grave erreur.
Il suffisait de tâter sans préjugé le pouls de l’opinion publique pour percevoir que les élans de novembre 1933 étaient ou refroidis ou brisés ; qu’une large partie de cette opinion, mécontente et inquiète, cherchait, encore une fois, du nouveau…
Le fonctionnement décevant du mécanisme politique basé sur les radicaux et les modérés, jugé, par un corps électoral, simpliste et trop impressionnable, allait offrir — déjà ! — une nouvelle chance aux républicains de gauche chassés en 1933. Ils n’avaient qu’à profiter des fautes de leurs adversaires. Ils n’avaient qui tirer de leur propre expérience du premier biennum de gouvernement une leçon de modération et de sagesse. A se souvenir des graves conséquences pour eux de la prépondérance marxiste au cours de cette première période de la république.
Ils n’avaient qu’à attendre.
Mais c’était trop demander à des hommes que l’envie du pouvoir hantait et qui, pour la plupart, souffraient encore des blessures d’amour-propre produites pendant les deux années de disgrâce…
D’autant plus, que des voix de sirène les attiraient du côté gauche.
Le rétablissement des libertés constitutionnelles, suspendues depuis octobre 1934, consécutif au commencement de la période électorale, rendit aux partis d’opposition leur entière liberté de propagande. Les marxistes en profitèrent surtout pour créer un mouvement d’opinion contre ce qu’ils appelaient les excès de la répression du mouvement révolutionnaire d’octobre. Ils en profitèrent en même temps pour préconiser l’entente électorale des partis dits prolétariens avec les républicains de gauche.
C’était la nouvelle tactique marxiste qui allait trouver sa première application en Espagne : l’alliance avec les bourgeois de gauche, sous un programme électoral modéré, de façon à rassurer les masses neutres du pays et à conquérir le pouvoir sans soulever des alarmes trop vives ni se heurter de trop violentes résistances.
La nouvelle tactique venait de l’Internationale Communiste. Ainsi, ce fut M. Largo Caballero, leader de la fraction extrémiste du socialisme, qui devint le plus ardent partisan et le plus actif négociateur de cette alliance avec les bourgeois !
Certes il n’essaya pas de les duper. « Le premier but de cette alliance électorale — déclara-t-il à Madrid le 11 janvier — doit être d’imposer l’amnistie pour les condamnés politiques. Mais — ajouta-t-il — les marxistes ne doivent pas hypothéquer l’avenir. Leur but final est et doit rester l’entière conquête du pouvoir. »
Les bourgeois républicains étaient avertis. Cependant, ils acceptèrent le projet d’entente.
Leur chef. M. Azaña, habitué à des auditoires restreints. parla à Madrid devant 200.000 personnes.
Il prêcha, comme toujours, la bonne parole des principes de 1789. Il se vit salué par des poings fermés.
Il acclama la République. Ce fut l’Internationale qui résonna à son appel.
Des principes et des systèmes politiques différents, opposés, incompatibles, s’affrontaient.
Mais… personne ne tient compte des principes ni des systèmes dans un big meeting électoral.
Le Frente Popular était né.
Nous allons voir quelles furent ses conséquences. Voyons d’abord quels étaient ses composants.

 

II.
Les partis composants du front populaire

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Deux idoles sanguinaires – LA RÉVOLUTION ET SON FILS BONAPARTE


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Auteur : Daudet Léon
Ouvrage : Deux idoles sanguinaires La révolution et son fils Bonaparte
Année : 1942

 

 

CHAPITRE I
Causes et origines de la révolution de 1789
La plupart des premiers historiens qui aient parlé de la Révolution de 1789, sauf les Goncourt, se sont exprimés sur son compte avec un mélange de crainte et de respect. Michelet a écrit, en termes magnifiques, l’apologie absurde de la Révolution et de ses hommes. Le libéralisme a conclu qu’il y avait en elle du très bon, du très neuf et du mauvais, avec une finale de très mauvais, la Terreur. Par la suite Taine, que la Commune de Paris avait impressionné, insista sur l’absence du très bon, l’ensemble législatif des plus médiocres et la férocité bestiale des chefs, qu’il appela ‘‘ les crocodiles ’’. Lenôtre, hostile à la Révolution, disait peu avant sa mort, à Octave Aubry : « J’ai étudié la Révolution, dans les archives, depuis quarante ans. Je n’y comprends rien. » Gaxotte enfin, le dernier historien en date de cette funeste crise politique et morale, a ramené à la toise les ‘‘ crocodiles ’’ et signalé leur médiocrité intellectuelle et morale. A mon tour je veux montrer que, conformément au mot de Clemenceau, la Révolution est un bloc… un bloc de bêtise, – d’âneries, eût dit Montaigne – de fumier et de sang. Sa forme virulente fut la Terreur Sa forme atténuée est la démocratie actuelle avec le parlementarisme et le suffrage universel, et le choix, comme fête nationale, de l’immonde quatorze juillet, où commença, avec le mensonge de la Bastille, la promenade des têtes au bout des piques. Le quatorze juillet, véritable début de la période terroriste et complété par la grande peur. Date fatale au pays.
L’enseignement public, avec Aulard, son adversaire Albert Mathiez et compagnie, s’est efforcé d’établir sur la légende révolutionnaire, le dogme ridicule de la Révolution apportant au monde la liberté et la fraternité. En fait elle lui apporta, de 1792 à 1815, ce que Maurras a appelé la guerre de vingt-trois ans. Car Bonaparte, fils de la Révolution, continua son ? OEuvre les armes à la main, prétendit imposer à l’Europe l’idéologie de Rousseau et sacrifia des millions d’hommes au Moloch de 1789. Ce fut la croisade de néant. Deux noms, Trafalgar et Waterloo marquant les résultats.
Le tableau que je vais tracer aujourd’hui de ce temps de folie est inspire des plus récents travaux. Il comporte encore bien des lacunes, du fait que les archives notariées demeurent fermées à partir de 1789. Bonne précaution quant aux avatars des fortunes privées et des biens familiaux, où s’exerça ce que Mathiez a appelé « la corruption parlementaire » de l’époque. Corruption non seulement parlementaire, mais policière, à laquelle présida, avec Chabot et quelques autres, le comité de Sûreté générale, dit, avec le comité de salut publie, comité du gouvernement.
La Révolution est d’abord une guerre de religion, la guerre de l’athéisme matérialiste contre l’Église romaine, à laquelle présida et préluda l’Encyclopédie de Voltaire – « écrasons l’Infâme » -, de Diderot (La Religieuse), et de d’Alembert, jointe au naturisme de Jean-Jacques Rousseau, aux thèses et considérations de Condillac et d’Helvétius, aux parlotes du salon d’Holbach, aux débuts de la maçonnerie mondaine et des sociétés de pensée, récemment signalées par Cochin, telle fut la première origine des clubs, où se croisent et se mêlent toutes les formes de l’anti-christianisme et de l’irréligion dans son ensemble. Clubs philosophiques et politiques, qui l’emporteront au sein des assemblées – le club breton donnera naissance aux jacobins – et accéléreront le passage de la discussion à l’action, du principe de la souveraineté populaire à la tyrannie des masses, c’est-à-dire de la tourbe, et aux horreurs des massacres et de la guillotine en permanence. Il fallut environ cinquante ans pour que cette transformation s’accomplit suivant un processus pathologique qui vaut pour les corps sociaux (Balzac en a fait la

remarque) comme pour le corps humain et atteste la conjonction profonde de l’organique et du spirituel.
Ce qui fait l’importance de cette guerre de religion, c’est la compression par le clergé et la noblesse, l’un et l’autre aveugles, de ce Tiers État, représentant de la bourgeoisie et de l’artisanat, de l’immense classe moyenne, qui n’étant rien – suivant un mot fameux – veut être illico tout. La tension, comme il arrive, s’était aggravée brusquement et, aux États Généraux de 1789, la Constituante était déjà dans les esprits, d’où sortirent logiquement, ou peut-être automatiquement, la Législative, puis la Convention, élue au suffrage universel.
Mais un puissant élément de trouble agit en même temps que l’Évangile matérialiste et que la sentimentalité aberrante de Rousseau. Je veux parler de l’intrigue de Cour menée contre la monarchie des Bourbons, le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette, par la faction du Palais d’Orléans, Philippe d’Orléans, par la suite Philippe-Égalité ; et son mauvais et pervers conseiller Choderlos de Laclos, demeuré dans l’ombre jusqu’à ces derniers temps et aux travaux de M. Dard. Cette intrigue avait pour objet l’arrivée au pouvoir dudit Philippe et de la clique d’hommes et de femmes qui constituait son entourage, deux intrigantes comme Mme de Genlis (le salon de Bellechasse, où figurait déjà Barère) et Mme de Buffon. Il peut se trouver que les Cours soient la perdition des souverains dont elles faussent le jugement, quand elles ne leur masquent pas la vérité. Cela, le roi Louis XI l’avait compris, mais il arriva à ses successeurs de l’oublier. De même leurs légats et cardinaux empêchèrent les papes du XVIe de voir venir Luther et la Réforme : « Ce n’est rien, Votre Sainteté, qu’un moine crasseux. » Or le moine crasseux fendit l’Église en deux.
Le duc d’Orléans détestait la reine Marie-Antoinette, sans doute pour l’avoir trop désirée. Il était ardemment anglophile et fut portraituré par Reynolds. Il faisait de fréquents séjours à Londres, s’était lié avec le dauphin d’Angleterre. Laclos attisait ses ambitions, lui procurait des liaisons dangereuses, selon le titre de son fameux ouvrage, où une certaine science tactique s’impose aux jeux de l’amour et de la cruauté. Par ses boutiques du Palais Royal, où s’installèrent, avec son agrément, le jeu et la prostitution, s’ajoutant à ses immenses revenus, ce prince devint patron de bordel, comme on dit en argot, ‘‘ tôlier ‘‘ avec les sentiments abjects d’un tel personnage, greffés sur de bonnes et séduisantes manières. Nous ne connaissons pas encore le fond de ses agissements. Quand, on perquisitionna au Palais Royal, lors de sa déchéance politique, on trouva chez Philippe-Égalité un bric-à-brac de débauche et de sadisme qui ne laissait aucun doute sur ses occupations habituelles. Il était, comme son aïeul le régent, un dégénéré, mais le régent était un érotique aimable et courtois, alors que son descendant était, de degré en degré, devenu infâme et capable, avec son Laclos, des pires combinaisons pour aboutir au pouvoir. Ces deux lascars, le patron et le secrétaire, formaient un complot en permanence et que laissa faire le débonnaire Louis XVI, au lieu de les livrer au bourreau.
Ces raisons n’expliqueraient pas entièrement la mise en train de la Révolution, si l’on n’y ajoutait une sensibilisation générale, accompagnée de sentimentalité larmoyante, signalée par les Goncourt dans leurs travaux historiques, notamment dans la Femme au XVIIIe siècle, où l’on voit des vieilles dames de la société, converties à l’athéisme, mourir sans confession, avec une indifférence absolue et une attitude de bravade railleuse devant leur propre trépas. Quand la catastrophe se produisit, elle était pressentie depuis plusieurs années d’une euphorie appelée depuis « la douceur de vivre ». Ces courants, mi-intellectuels, mi-sensibles, que j’ai nommé les Universaux, avaient agi.
Sans accorder à la maçonnerie un rôle de premier rang dans la Révolution comme le firent l’abbé Barruel dans son fameux ouvrage sur le Jacobinisme, et à sa suite Gustave Bord, il faut reconnaître qu’elle poussa à la roue. Le duc d’Orléans était bien entendu grand maître de la nouvelle secte, appartenant à cette catégorie de princes qui croient arriver par la gauche. Il n’arriva ainsi qu’à la guillotine, un mois environ après celle qu’il avait tant poursuivie de sa haine, après Marie-Antoinette. Mais jusqu’à l’historien Mortimer Ternaux (1881) auteur d’une Histoire de la Terreur, aujourd’hui introuvable, en huit volumes, on avait ignoré ou méconnu le rôle capital de la Sûreté générale de 1790 à 1795 et au-delà. Mortimer Ternaux a montré ces hommes de bureau, quasi anonymes, dissimulés derrière l’amas de leurs rapports, dossiers, comptes rendus et paperasses, n’apparaissant jamais sur la grande scène politique, laissant à d’autres la place en vue, manoeuvrant dans la coulisse, par les stupres connus d’eux, le chantage et l’intrigue feutrée, les tribuns et les partis, les Girondins comme les Montagnards, les précipitant, les heurtant les uns contre les autres et les amenant à s’entre-dévorer. Le seul Barère – peint à miracle par Macaulay – s’est joué de la Sûreté générale et cela jusqu’au moment où, par un revirement du sort, il tomba entre ses griffes. Nous retrouverons son action au 9 thermidor. Le comité de cette bande ténébreuse se renouvelait assez fréquemment, sauf pour deux ou trois d’entre eux, dont Alquier, le compère et protecteur de Laclos, affilié lui-même à la confrérie. L’assassinat policier de mon fils Philippe Daudet à l’âge de quatorze ans et demi, fait que pendant des années je me suis intéressé à l’histoire administrative de la Sûreté générale. L’ouvrage capital de Mortimer Ternaux, sans lequel il est impossible de comprendre un mot à la Terreur, a été passé sous silence par la critique historique et mis complètement sous le boisseau, on devine pourquoi : la frousse inspirée par ‘‘ ces messieurs ‘‘.
Il est évident que sans le concours de la police politique, acquise aux ‘‘ idées nouvelles ‘‘, qui avait enveloppé Paris et la France entière d’un réseau de mouchards et d’indicateurs, ni le duc d’Orléans, ni Laclos n’eussent pu exécuter leurs coups majeurs des 5 et 6 octobre 1789 et du 20 juin 1792, prélude à la journée du 10 août. De même les journées d’octobre 1917 de la Révolution russe furent en grande partie l’oeuvre de l’Okrana, transformée, lors de la victoire rouge, en Tchéka. La Révolution russe, qui dure encore à l’heure où j’écris, a été calquée sur la Révolution de 1789-1794.
L’Angleterre – les Goncourt l’avaient bien vu – en voulait à mort à Louis XVI d’avoir une marine et d’avoir soutenu l’indépendance américaine. Elle redoutait Marie-Antoinette et l’alliance franco-autrichienne. Marie-Antoinette, de son côté, disait de Pitt : « Il me fait froid dans le dos ». C’est à Londres que fonctionna d’abord l’officine des plus ignobles pamphlets contre la reine. À Londres que s’installa la policière de La Motte Valois, l’agencière de l’affaire du collier. Mais, par la suite, le danger de la Révolution (voir les terribles dessins de Gillray) apparut au gouvernement britannique et il changea de tactique. En fait la rapidité des événements de Paris surprit l’Europe qui n’y comprenait rien et mit un certain temps à ouvrir les yeux. Les choses s’éclairèrent complètement avec Bonaparte. Les nations, du fait de la différence des langages et des habitudes, sont impénétrables les unes aux autres.
Le mauvais état des finances, exploité par les ennemis du ‘‘ Château ‘‘, fut une cause seconde de l’irritation, puis de la colère, puis de la fureur contre les souverains français. La grande idée du duc d’Orléans et de Laclos fut d’organiser des disettes et des famines artificielles dans Paris en agissant sur les boulangeries. Un service fut organisé à cet effet et qui coûta aux scélérats des sommes énormes. Ce fut l’origine des premières manifestations populaires auxquelles Louis XVI crut mettre fin par la convocation des États généraux. La reine conseilla d’y admettre le Tiers ordre, ce à quoi de nombreux membres de la noblesse étaient naturellement opposés. Lors de la réunion de mai 1789, à laquelle elle assistait, belle et triste comme une déesse douloureuse, chacun remarqua son inquiétude, son angoisse. Mais on les mit sur le compte de la santé chancelante du premier dauphin. C’est lui qui voyant défiler le cortège, avait murmuré au passage du Tiers : « Oh ! maman, tous ces hommes noirs ! » Ils allaient en effet, ces hommes noirs, en faire de belles !

Qui dit assemblée délibérante – et la Constituante fut-telle dès le début – dit organisation des partis. Certains des députés voulaient des réformes, sans trop savoir en quoi celles-ci consisteraient. D’autres souhaitaient une monarchie constitutionnelle avec le duc d’Orléans. D’autres enfin voulaient déjà la République et leurs voeux coïncidaient avec ceux de la populace qui aspirait à la possession des richesses indûment détenues, assurait-on par quelques privilégiés. L’idéologie révolutionnaire tend presque instantanément – les premières positions une fois prises – à l’expropriation des possédants, soit par la loi, soit par la force. Le premier procédé paraissant trop lent, c’est au second qu’on a recours. Les ailes de la prétendue liberté cassent rapidement et l’on retombe sur le sol par la rapine. De ceci quelques-uns se doutèrent dès le début des troubles, avec ce flair particulier en vase clos que donne le coude à coude parlementaire. Alors que les Girondins, perdus d’illusions, se lançaient dans les nuées de la phraséologie, les Montagnards envisagèrent aussitôt, avec un puissant réalisme. la transmission de l’autorité,, dont serait dépossédée la monarchie, à la foule anonyme des déshérités. Marat fut ainsi le véritable fondateur de la dictature du prolétariat, dictateur d’ailleurs théorique, vu l’importance immédiate des meneurs du -jeu et bénéficiaires de la convulsion sociale.
C’est ainsi que la Révolution, et sa suite la dictature, ont substitué aux abus, certains mais facilement réparables, de la monarchie, des abus bien pires et que le régime électif rendra anonymes et irréparables. Tout ceci est aujourd’hui fort clair, mais en 1789 les plus instruits n’y voyaient goutte et ils attribuaient au pouvoir royal des méfaits qui ne dépendaient pas de lui, dont il n’était pas responsable et qu’avec l’appui des meilleurs l’eût aisément combattu. C’est cet immense malentendu qu’exploita à fond un Robespierre et qui fit de lui à un moment donné, un véritable dictateur, inconscient du gouffre où il était lui-même entraîné par la giration générale des appétits déchaînés.
La liberté, c’est avec ce mot magique que les premiers artisans de la Révolution ont entraîné les foules. Chacun de nous souhaite d’être libre – je parle pour la France – et a horreur de la contrainte. Mais c’est là une aspiration de la conscience et, en fait, aucun de nous n’est libre, retenu et contenu qu’il est par les moeurs, les lois, les devoirs de famille ou d’État, la croyance, la superstition, les scrupules, tous les contacts de la vie sociale, toutes les misères de la santé, tous les liens de l’habitude, toutes les affections. L’idéologie de la liberté abstraite et non des libertés concrètes est ainsi une chimère et ne saurait aboutir qu’à l’âpre désillusion de l’anarchie ou, chez les mauvaises natures, chez les natures simplement passionnées, au rapt et au crime. L’égalité, n’en parlons pas, car elle n’existe ni n’existera jamais dans la nature physique, ni dans la nature humaine, où tout repose sur la diversité et la hiérarchie. L’égalité, c’est le néant. Quant à la fraternité, c’est le christianisme qui l’a révélée au monde sous le nom de charité. Or, je viens de le dire, la Révolution est, par essence, antichrétienne.
Dès ses débuts elle s’en prit aux édifices et emblèmes religieux, aux prêtres, aux moines, aux soeurs de charité et, après la famille royale, c’est à la religion et à ses serviteurs que s’attaquent principalement les libelles si nombreux de l’époque. L’esprit dit ‘‘ nouveau ‘‘ avait pénétré certains couvents d’hommes et de femmes. Bientôt on allait connaître les prêtres assermentés ; soit que la crainte poussât ces malheureux à se soumettre aux tyrans du jour, soit que la confusion de leur esprit les précipitât dans l’erreur à la mode, ou leur représentât Notre-Seigneur Jésus-Christ comme le premier des révolutionnaires, puis, par la suite, des démocrates. Il est d’ailleurs à noter que ces adhésions cléricales ne détournèrent pas de son but la rage à la mode, acharnée contre les sacrements, les personnes et les images du culte. C’est ce qui fit dire à Joseph de Maistre que la Révolution était satanique. Sans doute, en ceci que brisant les barrières morales et la plus forte de toutes, elle libérait les instincts sauvages, avec la sûreté et la précision d’une expérience de laboratoire.

Une sorte de griserie s’empara alors des esprits abusés et des foules, qui les précipita, pour commencer, aux fêtes et rassemblements civiques, où l’on célébrait, avec la liberté, la raison. Une belle fille, drapée de rouge, ou demi-nue, représentait ladite raison. C’est là que prit naissance un langage grotesque, ampoulé, spécifiquement vide, qui s’est prolongé dans les harangues politiques et électorales de nos jours, et dont Flaubert a immortalisé et ridiculisé les pontifs, dont Jaurès avait repris la tradition, avec une sorte de ferveur lyrique.
Dans la « pathologie des corps sociaux », pour employer le langage de Balzac, la Révolution française tient certainement le premier rang et nous venons de voir qu’elle fut pluricausale et d’ailleurs aggravée par les circonstances extérieures, par la pression de l’étranger. C’est la thèse de la Défense, formulée par Aulard et Clemenceau, avec cette restriction que, dès ses débuts, cette convulsion avait un caractère de férocité, de barbarie, qui apparaît comme la suite de la sensualité savante du XVIIIe siècle.
Elle se propagea rapidement aux provinces qui, à l’Ouest (Bretagne et Vendée), puis, par la suite. Languedoc et Provence, réagirent vigoureusement, comme un tissu sain contre ses parties gangrenées. Alors que le reste du pays et la ville de Paris subissaient passivement, ou à peu près, l’imbécillité puis le délire révolutionnaires, ces provinces et leur population rurale et noble donnèrent au bon sens l’arme de la violence, sans laquelle on ne fait ici-bas rien de durable. La chouannerie, la Vendée sauvèrent l’honneur national. Le 25 juillet 1926 j’eus la joie, au site historique du Mont des Alouettes, près du bourg des Herbiers et du bois Chabot, de le crier à soixante-dix mille (chiffre officiel) paysans vendéens qui acclamèrent cette vérité avec enthousiasme. Cent quarante ans, à-travers cinq générations, malgré tant de blagues et de mensonges, malgré les déformations de l’instruction laïque, leur loyalisme n’avait pas changé. Ce fait m’amusa d’autant plus qu’en 1907, dix-neuf années auparavant, Clemenceau avait, à la Roche-sur-Yon, harangué celui que la presse officielle qualifiait de ‘‘ dernier chouan ‘‘. La réaction est à la Révolution ce que la santé est au cancer.
Ces gens de l’Ouest et du Sud-Est, que j’appelle les princes paysans, et qui sont tels, en effet, n’acclament pas seulement le roi traditionnellement, et d’après les suggestions, toujours si fortes, du sang. Ils l’acclament encore parce que leur raison leur permet de comprendre et de comparer l’état actuel du pays après la dure victoire de 1918, et ce qu’il était devenu par le labeur et la sagesse des rois, à la veille de ce stupide et infâme bouleversement.
Parmi tant de médiocrités et de nullités célébrées depuis par le romantisme révolutionnaire, un seul homme de grand talent se révéla, mais dévoré par des sens impérieux, et comme tel talonné de besoins d’argent : Mirabeau. Né pour le régime d’assemblées, il avait le don de la parole et des réparties foudroyantes. Ses idées lui venaient « au branle de sa voix, comme la foudre au son des cloches », selon une métaphore fausse. Certains discours (l’impôt du tiers) de lui se lisent encore avec intérêt, ainsi que certaines interventions, et permettent de se le représenter. Dans l’unique entrevue qu’il eut avec la reine à Saint-Cloud et où il lui semblait, raconta-t-il, être « assis sur une barre de feu », il lui conseilla une résistance par les armes, que lui eût secondée à la tribune, et qui eût été en effet le salut. Marie-Antoinette ne devait s’en rendre compte qu’après la mort de Mirabeau. au 20 juin, au 10 août, et sans doute trop tard.
Ici se pose la question des libéraux : « Un massacre eût-il empêché le mouvement ascensionnel des idées en effervescence ? Ne leur eût-il pas donné plus d’ampleur ? » La Commune de 1871 est là pour répondre et vous connaissez le mot de Thiers après le massacre des insurgés : « En voilà maintenant pour cinquante ans avec les revendications du monde ouvrier. » C’était en somme le principe de la saignée périodique et Thiers en avait puisé la formule dans l’Histoire de la Révolution. Pour ma part, j’estime que le procédé de la répression, tout chirurgical, eût tout au moins gagné du temps, empêché les excès de la Terreur et permis l’installation d un traitement médical dont la recette est connue et pratiquée depuis le début de la monarchie française. Négligeant le remède brutal de Mirabeau, le roi et la reine se laissèrent happer par la Révolution. A partir de là ils étaient perdus, comme l’avait prédit à la reine le tribun.
Une réaction par la presse, le papier imprimé, était-elle possible?
Certainement, à condition d’opposer à la véhémence et aux invectives des journaux révolutionnaires une véhémence et des invectives supérieures. Le Vieux Cordelier, l’Ami du Peuple, le Père Duchêne mordaient. Les Actes des Apôtres se contentaient, du moins au début, de griffer. D’où leur infériorité. D’où le tragique trépas du magnanime François Suleau. Réactionnaire ou révolutionnaire, luttant pour l’ordre ou l’anarchie, jamais un polémiste ne doit baisser le ton. C’est la règle d’or. Il arrive un certain moment, dans les grands troubles sociaux, où les meilleurs arguments ne sont plus écoutés ; même et surtout logiquement déduits. Il y faut les cris et les coups et Georges Sorel, dans ses Réflexions sur la violence, a raison.
Pour s’attaquer efficacement à la religion, les révolutionnaires comprirent d’instinct qu’ils devaient s’attaquer aux personnes du roi et de la reine, auxquels s’arc-boutaient les deux clergés, en vertu du « politique d’abord ». C’est l’abbé catalan Balmès, qui a dit qu’on ne pouvait rien contre les idées, si on ne s’en prenait d’abord aux personnes qui les représentent. L’agression fut injuste et sauvage et maintenue telle du 14 juillet 1789 au 21 janvier et au 17 octobre 1793. Celle qui porta le coup mortel à la Terreur par un acte terroriste fut Charlotte Corday, homéopathe sans le savoir (similia similibus), le 13 juillet 1793.
J’en arrive à la question des grandes peurs qui, dans plusieurs provinces, avant, et depuis le 14 juillet, se saisirent, ici et là, des populations paisibles. Elles étaient comparables aux malaises annonçant l’orage, au silence effrayé des animaux, à l’immobilité soudaine des végétaux. Les contemporains en furent très frappés. On n’en donna que des explications confuses et embarrassées. L’histoire des Jacqueries est encore rudimentaire, et l’envoi massif dans les provinces françaises des commissaires du peuple, de 1791 à 1794, avec des instructions homicides, envoi qui rappelle les métastases du cancer, montre avec quelle lenteur et passivité la plupart des villes – sauf Rennes, Lyon, Marseille – et la majorité des bourgades, suivaient le mouvement de Paris. En 1871, sauf à Marseille, l’échec de ces délégations fut complet. L’esprit insurrectionnel avait déjà beaucoup perdu de sa virulence de Danton à Gambetta.
Le ralliement à la Révolution, même terroriste, des prêtres dits assermentés et de membres du clergé régulier fut une cause majeure des progrès révolutionnaires, en vertu du proverbe chinois que le poisson pourrit par la tète. Cela Louis XVI parut le comprendre et sa résistance spirituelle fut aussi vive que sa résistance politique fut nulle. Contre la Révolution comme contre la Réforme, Rome se défendit mal ou ne se défendit pas. Elle semble bien n’avoir pas compris alors, comme plus tard, au temps du ralliement, que c’était son existence même qui était en cause. Le premier but à atteindre était la déchristianisation du pays d’Europe, avec la Belgique et l’Espagne, le plus profondément évangélisé. Le second était le transfert des biens de la classe possédante à la classe dépossédée, de la classe à demi instruite à la classe ignorante, du tiers aux travailleurs manuels.
L’injustice sociale latente, qui est la tare des sociétés dites civilisées et auxquelles remédient, tant bien que mal, l’assistance publique et la charité, la Révolution superpose une autre injustice, l’expropriation et la confiscation. Nous n’ignorons pas qu’à l’origine des grandes fortunes il y a toujours « des chosesqui font trembler » et notamment l’exploitation du travail ouvrier, de la main-d’oeuvre. Nous n’ignorons pas qu’une catégorie spécialisée, celle des financiers, indispensables d’ailleurs au fonctionnement des rouages sociaux, prélève une dîme outrancière sur le pain des foules et exploite la misère comme le luxe. Nous n’ignorons pas les actions ni l’immunité des sociétés

anonymes depuis l’âge industriel. Mais bien loin de calmer, d’apaiser ces maux la Révolution les aggrave de tout le poids des instincts déchaînés.
La Révolution n’est pas seulement la guerre sans nombre, ses viols, civile, avec ses abominations ses déprédations, son étal de boucherie où campe une magistrature improvisée, ou gangrenée et policière (démocratie). Elle est aussi la guerre étrangère et donne naissance au conquérant, qui transporte ses fureurs au dehors et cherche à asseoir sa propagande inepte sur des conquêtes territoriales. La monarchie voulait son pré carré et Louis XIV se reprochait « d’avoir trop aimé la guerre », un peu comme on aime trop la chasse. La Révolution est encyclique, comme la papauté qu’elle combat, et voudrait soumettre à ses vues la terre entière, mettre la force au service de l’utopie. Voir Bonaparte.
L’utopie est puissante sur les coeurs humains en ce qu’elle ne voit pas les obstacles tirés de la nature même, des choses et de leur équilibre. Chaque génération produit ses idéologues qui veulent à tout prix, et contre toute évidence, avoir eu raison. La première de ces utopies, en importance et aussi en conséquences désastreuses est celle du progrès politique et social, que j’ai longuement et je crois logiquement combattu dans mon ouvrage : Le Stupide XIXe Siècle. C’est pourquoi tous les révolutionnaires se disent amis des nouveautés, ou des idées avancées. Prenez-les tous, de Rousseau à Stirner, à Tolstoï, à Bakounine, à Karl Marx, et vous verrez que leurs idées avancées se ramènent à cinq ou six Principes faux, tels que la marche indiscontinue de la connaissance, la prééminence naturelle du droit sur la force, le dogme de la science toujours bienfaisante, le dogme de la sagesse innée de la souveraineté populaire.
Ces principes, dont la sottise n’est plus à démontrer pour chacun d’eux, s’agglomèrent en une sorte de code moral, propagé par l’imprimé et dont les inévitables ravages – parce-qu’ils sont partout contrecarrés par les réalités – mènent à la décomposition des nations. Croyant promener un flambeau. la France révolutionnaire, puis napoléonienne, a agité une torche, augmenté la somme des malheurs et des souffrances et gâché l’influence française, le rayonnement français, dus à la monarchie.
Cela s’est traduit par la régression de notre langage au dehors. Depuis l’âge de 25 ans j’ai été en Hollande, attiré par ses peintres, ses paysages, ses grands souverains. des amitiés personnelles. En 1892 la langue française était universellement parlée à La Haye. En 1927, elle y était remplacée, de façon courante, par l’anglais l’allemand. Même remarque, sur une moindre échelle, quant à la Suède. En Belgique même le flamand gagne du terrain sur le wallon.
L’arrivée et le développement de la grande industrie (mines, tissages, chemins de fer) apportait la cause révolutionnaire. Au premier tiers du siècle, la foule immense des ouvriers, arrachés aux travaux des champs. Ce phénomène coïncida à une nouvelle fournée d’utopistes (les Saint-Simon, les Fourier, les Blanqui, les Hugo, les Michelet) renouvelant, parfois sous une forme attrayante, le dogme révolutionnaire et son animosité contre l’ordre, en particulier l’ordre catholique. la dogme de l’évolution – aujourd’hui battu de tous les côtés – vint encore renforcer ces tendances et donna naissance à celui de la lutte de 1848, directement contraire à la civilisation, d’une nouvelle barbarie.
Dans son ouvrage magistral sur le Brigandage pendant la Révolution, M. Marcel Marion a montré comment la disparition des comités révolutionnaires contraignit le nombreux personnel qu’ils employaient à chercher ailleurs les moyens de vivre. Les quarante sous donnés aux sectionnaires, les gardiens des détenus à domicile ayant disparu, toute une tourbe, désormais sans emploi, se réfugia dans le brigandage. Ajoutez à cela l’immense misère due à la chute des assignats et à la cherté croissante de la vie. Tout le département des Bouches-du-Rhône, de Marseille à Saint-Rémy, – où fonctionna un (tribunal populaire), – prit feu. Des attentats collectifs s’ajoutèrent aux crimes individuels. La désorganisation des finances publiques était à son comble, par « une inflation prodigieuse de papier-monnaie », les vols et escroqueries de toute sorte se multiplièrent. Les grands principes des Droits de l’Homme commençaient à porter leurs fruits amers. Les condamnés narguaient les magistrats. La gendarmerie n’était plus payée.
Car dans une société vaste et diverse comme la société française à toutes les époques, tout se tient, et l’intérêt public, c’est-à-dire national, est lésé, dans la mesure où les intérêts privés ne sont plus défendus, du fait du relâchement ou de la disparition d’une autorité centrale. La moralité religieuse, en s’évanouissant, emporte avec elle la moralité tout court. Les fils s’insurgent contre les pères, les filles contre les conseils des mères. Tous les contrats deviennent caducs. Ainsi, dans l’empoisonnement du sang, sous une cause quelconque, les cellules affolées se battent entre elles, émigrant dans d’autres parties de l’organisme, où elles jettent le trouble et la confusion.
J’ai consigné mes observations dans deux ouvrages documentaires : La police politique et Magistrats et Policiers.

 

CHAPITRE II
Sur les hommes de la révolution en général

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Prof. Martin E. Jay: « Hélas, nous vivons tous maintenant dans une zone de guerre » — Algérie Résistance


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