Pierre Ménès fait du ski sur une piste noire, et ça l’énerve !


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La littérature vaincra


par Lotfi Hadjiat

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Dans l’euphorie de cette rentrée littéraire, je ne sais pas par quoi commencer. La vie du microcosme littéraire parisien est si palpitante. Les chefs-d’œuvre fusent de tous côtés. Je me souviendrai toujours de ces folles soirées au Procope où d’Ormesson déclarait : « Les bons romans c’est comme les bons vins mais je préfère les bons vins ». Ah, qui contera ces délirantes soirées de biture chez Calmos-Lévy… Qui n’a pas connu ces soirées n’a rien vécu. Cependant, on parle beaucoup de ces écrivains de génie mais pas assez, je trouve, du génie des grands éditeurs parisiens. Car ils sont tout aussi géniaux que les écrivains qu’ils éditent. Il fallait le dire. Alors je le dis. Car j’en ai assez d’entendre les jaloux contestaient les génies littéraires et éditoriaux qui font nos si belles rentrées littéraires. On n’en peut plus de cette haine absurde. Parlons d’amour, osons en parler. L’humanité en a tellement besoin. Car l’amour c’est la vie, et la vie c’est la littérature. Et il n’y a pas de mauvaise littérature, il n’y a que des mauvais lecteurs. Cessons la haine, nous nous sommes tant haïs. Mais revenons à cette rentrée littéraire qui s’annonce démentielle. Je ne vais pas ici vous parler seulement du dernier fulgurant et colossal chef-d’œuvre de Yann M’hoax, Orléans City, aux éditions Grassouillet, ce serait trop facile. J’aimerais vous parler aussi de Massage thaïlandais, un roman de cape et d’épée de Schlomo Benzitoune, aux éditions Gallimardecettemerde. Formidable roman injustement ignoré par la critique. Seul l’infaillible Erich Naullau en a parlé, en bien. Certes, d’un point de vue littéraire, M’hoax est supérieur à Benzitoune ; le souffle romanesque de M’hoax, sa puissance lyrique inégalée et inégalable se répandent une fois de plus pour notre plus grand plaisir dans son nouveau roman, Orléans City, qui conte l’histoire terrible d’un écrivain médiocre qui veut absolument être reconnu comme un écrivain génial et qui, pour arriver à ses fins, va tuer ses parents après leur avoir chié dessus à plein ventre, ou plutôt à plein cul, soyons précis. Malheureusement, il n’obtient toujours pas la reconnaissance après ce carnage. Il décide alors, armé d’une mitrailleuse, de faire un autre carnage dans la salle de rédaction d’un grand journal parisien. Comble de malchance, son train déraille et se fracasse dans un ravin ; aucuns survivants, excepté lui, et son frère, écrivain prometteur, qui se trouvait inopinément dans un wagon. Il se relève, récupère sa mitrailleuse, bute son frère et se dirige à pied vers Paris, mitrailleuse à la main. Un flic l’aperçoit et l’abat d’une balle dans la tête. Avant de mourir, l’écrivain médiocre hurle : « sale chien ! ». Le roman se termine ainsi avec ces derniers mots poignants. Un grand, un très grand roman d’amour où la poésie emporte tout sur son passage, aux éditions Grassouillet donc. Je ne devrais pas le dire mais j’ai préféré le roman de Benzitoune, aux éditions Gallimardecettemerde. Roman poignant et terrible, et terriblement poignant, un roman romantique qui raconte, merveilleusement, l’histoire d’un pov’ mec qui voudrait se payer un massage thaïlandais mais qui est fauché. Coup de bol, il rencontre sa cousine, qu’il décide de prostituer. Mais celle-ci ne lui rapporte pas un kopeck. Il se rend alors à Étretat pour en finir avec la vie. Et là, coup du destin, il rencontre un cousin qu’il n’a pas vu depuis des siècles, devenu riche en vendant des vidéos pour adultes. Le pov’ mec lui demande de lui filer un bon paquet d’oseille, l’autre accepte, et le pauvre type file en voiture vers le massage thaïlandais le plus proche. Comble de malchance, il meurt d’un arrêt cardiaque alors que la thaïlandaise lui masse les miches. Celle-ci fouille ses vêtements et empoche la liasse de biftons avant d’appeler une ambulance. Arrivé sur les lieux du drame, l’ambulancier, un portugais prénommé Jeshu, effectue un massage cardiaque et parvient à ressusciter le mort, qui se réveille brusquement en hurlant : « rend-moi mon pognon, sale chienne ! ». Le roman se termine sur ces mots émouvants. Un livre idéal pour célébrer l’amour dans cette société malade. Un livre qui accomplira nos espérances. À lire et à relire absolument. Qu’on me dise maintenant que la France n’est plus la patrie du génie littéraire. Merde à la fin. Mais je lutterai jusqu’au bout pour faire taire les jaloux. J’ai décidé en mon âme et conscience de donner une lecture intégrale de Massage thaïlandaismuni d’un mégaphone, sur la place Saint-Michel, ce dimanche à trois heures du matin. Pour marquer les esprits. La littérature vaincra. Le reste n’a aucune importance. Mais avant de vous quitter, puisqu’on est entre nous, je vais vous confier une information ultra-secrète : Orléans City et Massage thaïlandais sont d’ors et déjà en compétition pour le Goncourt. Je tiens cette information ultra-secrète de Bernard Pivot. Ça va chauffer chez Drouant. Je prédis une explosion de joie chez Gallimardecettemerde, on y sabrera sans doute le champagne avec les dents. Quelle fête en perspective ! J’y serai probablement, je vous raconterai.

Bonnes lectures à tous. Et haut les cœurs !

Lettre ouverte au général-major Gaïd Salah


Aguelid 

Par Hocine Malti

L’ex haut responsable de la Sonatrach, Monsieur Hocine Malti, a publié une lettre très claire au chef d’état-major de l’armée algérienne, Monsieur Gaïd Salah, afin de lui poser une question très simple : va-t-il se positionner du côté du peuple ou pas ? Sera-t-il tenté par la folie du pouvoir absolu tels ses prédécesseurs ou pas ?

Mon général,

J’espère que ce n’est pas au futur maréchal Sissi algérien que je m’adresse. J’espère franchement me tromper, mais l’histoire récente de notre pays nous a appris que le pouvoir rendait fou.

Nous avons eu la démonstration que ceux qui le détenaient réellement – qu’ils s’appellent Abdelaziz Bouteflika, Mohamed Tewfik Médiène, Saïd Bouteflika ou Bachir Tartag – étaient prêts à mettre le pays à feu et à sang pour s’y maintenir. Je parlerai des Ouyahia, Sellal, Haddad et autres plus tard. Mais le Hirak a été plus fort qu’eux et, avec votre assistance certes, nous nous en sommes débarrassés.

Parlons de l’ex-président de la République, tout d’abord. Il est clair que si le pouvoir ne lui avait pas fait perdre la raison, il se serait retiré dès la fin de son second mandat, plutôt que de triturer la constitution dont vous vous prévalez aujourd’hui, pour faire un 3ème, puis un 4ème et qui sait,  grâce à votre soutien notamment, un 5ème mandat, voire plus.

Mais le peuple s’était rendu compte que la poupée bien dopée, bien habillée et bien peignée que l’on nous présentait de temps à autre à la télévision durant quelques secondes, pour nous faire croire qu’elle était en mesure de présider aux destinées de 42 millions de personnes, n’était en réalité qu’un zombie et a dit « Barakat ».

Ce qui m’amène, mon général, à vous poser une première question : où étiez-vous lors de chacune de ces apparitions ? N’aviez-vous pas encore découvert l’existence de l’article 102 de la constitution ?

Vous avez semblé découvrir, tout d’un coup, il y a un peu plus d’un mois, qu’il existait des forces « anti-constitutionnelles » autour de l’ex-président de la République, dirigées par son frère Saïd et que ces « forces » envisageaient de vous destituer.

Tout le monde sait qu’en réalité, vous connaissiez l’existence de ces « forces » depuis très longtemps. Vous saviez bien sûr que Saïd faisait office de président; vous l’avez cependant laissé agir à sa guise, car jusque-là il nommait ou dégommait des ministres, des ambassadeurs, des walis ou d’autres hauts fonctionnaires, ce qui ne vous dérangeait pas outre mesure.

Mais à partir du moment où il s’en est pris à vous, qu’il a voulu vous destituer, alors là, ça n’allait plus. Vous avez pris les devants, vous vous êtes souvenu que l’article 102 de la constitution était là pour vous protéger, vous avez adressé un ultimatum au frère aîné le sommant de démissionner illico presto. Vous avez ainsi neutralisé Saïd.

Le peuple vous est reconnaissant de lui avoir évité le bain de sang dans lequel l’aurait plongé la folie de cet homme qui voulait proclamer l’état de siège. Me vient alors à l’esprit la seconde question que je voudrais vous poser : pourquoi avez-vous attendu d’en arriver à une telle extrémité pour prendre cette décision ? Vous savez très bien que le tout premier slogan qu’ont clamé, dès le 22 février, des millions de voix à travers tout le pays, était que « le peuple ne veut ni Bouteflika, ni Saïd ». Ce n’est que 11 semaines plus tard que vous lui avez « offert » la tête du Raspoutine algérien. Pourquoi ? Parce que le bât a commencé à vous blesser ?

Peu de temps après, vous l’avez fait mettre sous les verrous en compagnie de Mohamed Tewfik Médiène et Bachir Tartag au motif que ce trio complotait contre le peuple et contre l’armée. Je suis bien sûr très heureux, tout comme l’est certainement tout le peuple algérien, de constater qu’il a été mis fin aux agissements criminels de ces trois individus.

Votre geste aurait cependant été plus apprécié si tous trois avaient été arrêtés beaucoup plus tôt et pour des motifs autrement plus convaincants ; ce qui m’amène, mon général, à vous poser une troisième question : n’est-ce pas aussi et surtout parce qu’ils complotaient contre vous que vous les avez fait arrêter ?

Mais bon, passons. Réjouissons-nous pour le moment que le tout puissant Tewfik, Rab Dzayer, que Saïd en apparence moins puissant, mais tout aussi nocif et que la quatrième roue de la charrette le terrible tortionnaire Bachir Tartag, vont – nous l’espérons tous – finir leurs vies en prison. Réjouissons-nous aussi qu’il ait été mis fin à la folie d’Abdelaziz Bouteflika qui rêvait de mourir sur le « trône » et qu’advienne que pourra de l’Algérie et de son peuple.

Il y a cependant une leçon à tirer de cet épisode. L’ivresse du pouvoir a fait oublier à ces quatre comparses que le peuple ne les soutenait pas, mais qu’il les haïssait.

Vous savez pertinemment, mon général, que vous, par contre, avez « réussi votre coup » parce que vous avez mis à profit la puissance des millions de voix qui demandaient depuis plusieurs semaines la tête de Saïd.

Car c’est lui, le peuple, qui accorde sa confiance ou exprime sa défiance aux gouvernants, il est la source du pouvoir (article 7 de la constitution, n’est-ce pas ?). Je me permettrais de vous dire alors, mon général, que la leçon à retenir est qu’il ne faut pas essayer d’arracher son pouvoir au peuple algérien. Je sais qu’il y a une place de Rab Dzayer à prendre, mais ne vous laissez pas tenter.

Vous vous demanderez peut-être pourquoi je me permets une telle « familiarité » ? C’est parce que l’on sent à travers vos agissements que vous cherchez à renforcer votre pouvoir en surfant sur la vague du Hirak, alors qu’en votre qualité de chef d’état-major de l’ANP, c’est plutôt l’inverse que vous devriez faire : mettre l’institution au service du peuple.

Que demande ce peuple ? Un changement total de système et que partent tous ceux qui sont à sa tête. Les plus emblématiques d’abord.

Il réclame aussi une justice indépendante qui jugerait tous ceux qui ont pillé les richesses du pays, une justice qui cesserait de fonctionner par injonctions téléphoniques.

Vous serez d’accord avec moi pour dire que le peuple algérien ne croit pas un instant les fadaises qu’on lui raconte selon lesquelles la justice algérienne s’est brusquement réveillée ces derniers temps et a décidé d’entamer, en toute souveraineté, une action contre des dizaines de personnes, dont Ouyahia, Sellal, Haddad et bien d’autres encore. Vous nous avez d’ailleurs fièrement annoncé que vous possédiez de très lourds dossiers de corruption à mettre à disposition de la justice.

Vous pensez donc acquérir les bonnes grâces du peuple en lui offrant des têtes. Certaines seulement d’ailleurs. D’où ces nouvelles questions que je vous adresse, mon général.

Pourquoi si tard ? Khalifa, Sonatrach, Chikhi le Boucher, l’autoroute Est-Ouest, ne datent pas d’hier. Autre chose : qu’en est-il des hommes d’affaires qui rôdent dans votre entourage ? Sont-ils moins véreux que les autres ? Et les politiciens qui s’abritent derrière vous, sont-ils plus soucieux des intérêts du pays que de leurs propres ? Il est certain que le jour où, dans notre pays, la justice sera réellement indépendante, elle saura séparer le bon grain de l’ivraie.

Venons-en maintenant à la question fondamentale qui sous-tend ce magnifique mouvement pacifique du peuple algérien. Le Hirak exige – dois-je vous le rappeler ? – le changement total du système. Il veut être le seul maître de son destin, il veut imposer une nouvelle constitution, il veut jeter les bases de la 2ème république, il veut élire son futur président en toute liberté, il veut choisir des députés qui le représenteront vraiment et non des ignares dont le seul souci serait de jouir des privilèges de la fonction, il veut que les magistrats de demain n’obéissent qu’à leurs consciences et non aux ordres « venus d’en haut », il veut que l’« État profond », à savoir la police politique, cesse de le pourchasser, il veut que l’armée, dont vous êtes le grand patron, le protège contre toute menace extérieure, qu’elle reste dans ses casernes et qu’elle ne s’occupe pas – mais vraiment pas – de politique.

Il ne veut en aucun cas revivre demain la situation actuelle où vous, chef d’état-major de l’armée, assumez, en réalité, la charge de chef de l’État. Le peuple exige que l’instauration du nouveau système ne se fasse pas dans le cadre du seul article 102 et certainement pas dans les délais qui en découlent. Il exige aussi que ce changement ait lieu avec la participation de jeunes issus du Hirak et certainement pas sous la tutelle de Bensalah, Bedoui et consorts. Ni sous la vôtre d’ailleurs.

Or, c’est tout cela que vous lui refusez. Vous avez mentionné dans certaines de vos interventions les articles 7 et 8 de la constitution, mais vous refusez qu’ils soient mis en branle dans l’établissement du nouveau système de gouvernance. Pourquoi ? J’espère que vous êtes conscient, mon général, que par votre refus, vous vous opposez à la volonté de l’énorme majorité du peuple algérien. Ce sont, faut-il vous le rappelez, des millions de personnes qui défilent tous les vendredis à travers tout le pays.

Le peuple qui vote avec ses pieds depuis trois mois, a démontré, semaine après semaine, que la majorité du corps électoral est pour la mise en application de l’article 7 de la constitution. Et ce, sans qu’il n’ait recours aux services de l’ex-ministre de l’Intérieur, expert en truquage des élections, devenu premier ministre.

Avant de vous saluer, permettez-moi mon général, de vous dire que le peuple ne se trompe jamais. Malgré les souvenirs sanglants de la sale guerre, suivie de vingt années de magouilles, de ruses, de tromperies, de manigances et de manipulations, malgré l’immense réseau d’hommes de paille qu’ils ont déployé à travers la société et les structures de l’État, malgré les milliards de dollars qu’ils ont claqués pour acheter des consciences et corrompre des milliers de personnes, Abdelaziz Bouteflika, l’ex-Rab Dzayer et leur bande n’ont pas réussi à échapper à la déchéance la plus infâme.

La balle est dans votre camp. Il vous appartient de vous prononcer de façon très claire : êtes-vous du côté du peuple ou du côté de « la bande » ?

Hocine Malti

Le Matin d’Algérie

21 mai 2019
Hocine Malti est consultant pétrolier, ancien vice-président de Sonatrach et auteur de « Histoire secrète du pétrole algérien ».

Deux Titos et une barbarie bien masquée


lelibrepenseur.org

par  Pr Pierre Dortiguier

Le nom de Tito est formé d’initiales, dit-on, désignant une organisation terroriste internationale, ou serait  à tout le moins l’italianisation du célèbre empereur Tite ou Titus conquérant de Jérusalem et destructeur du Temple, événement  que l’Évangile aurait annoncé ! Il a été porté par celui qui fut le tyran de la seconde Yougoslavie formée après l’entrée des troupes soviétiques permettant, nous fait-on savoir, à un militant communiste proclamé Maréchal de gouverner d’une main de fer la mosaïque de peuples contrôlée par la favorite des vainqueurs des deux guerres mondiales, la Serbie.
Il est de bon ton, en France, de louer la Serbie, qu’elle soit royaliste, avant-guerre (quand les commissariats de Zagreb étaient serbes) , et devenue, dans une mare de sang, républicaine, maîtresse de la fédération dite des « Slaves du Sud », soit, Yougoslavie, ou réduite à elle-même après avoir tenté de réaliser le rêve impossible d’une Grande Serbie dont les fondations furent  un  « nettoyage ethnique » d’autant plus toléré qu’il fut en bonne partie islamicide, c’est-à-dire dirigé contre l’ancienne « Croatie turque » ou Bosnie-Herzégovine, et la partie albanaise. Trois chefs serbes s’y sont employés dans les années 90, au versant du dernier siècle : Vladic, auteur du massacre de Srebrenica, avec la complicité, ou la passivité de troupes étrangères envoyées par les Nations Unies et politiquement Karagic et Milosevic, ce dernier ayant échappé par la mort volontaire ou presque à quelque tentation de dénoncer ses commanditaires internationaux.
Un livre autrichien composé par une communauté de travail de Carinthie et de Styrie intitulé « Völkermord der Tito-Partisanen 1944-1948 » (Génocide commis par les partisans de Tito etc.)  publié à Graz en 1990, chez Oswald Hartmann Verlag, (264 pp.)  donne le nombre d’Allemands de Yougoslavie ayant perdu la vie par assassinats, affamement etc. dans les camps, non seulement durant la guerre, mais dans le temps d’après guerre, soit 175.000 personnes représentant 37,7% de l’état de la population en 1939 et en retranchant les pertes de la Wehrmacht, 45.000 hommes soit 7%, les pertes s’élèvent à 135.800 civils, dues aux exactions de l’Armée Rouge et des partisans. Ces chiffres  proviennent de l’Institut fédéral allemand de statistiques de Wiesbaden (p.9).

Ce furent des liquidations en masse

Un seul exemple de cruauté suffira : à Molidorf où habitaient  jadis près de 1000 Allemands, fut établi en 1945 un camp de concentration. Environ 9000 Allemands, majoritairement des femmes et des enfants de différents lieux du Banat y furent conduits. En 1946, 4000 y moururent. On les fit crever de faim, plusieurs  furent maltraités et fusillés. Même au mois de janvier 1947 à une occasion, même deux enfants de 12 et 14 ans y furent exécutés etc. Fin mai 1947, ce camp fut abandonné et les captifs dispersés ailleurs. Pendant le transport, des femmes furent fusillées et les infirmes restèrent à crever dans le camp. (op. cit.p.108).
Pour bien marquer cette fraternité des peuples, les avocats de la Yougoslavie, hier à gauche et aujourd’hui à droite, tiers-mondistes mués en nationalistes sur le modèle sioniste, et toujours aussi superficiels et aveuglément enragés, insistent sur le fait que Tito était croate ; or, personne ne le reconnut dans son village natal de Kumrovec. Un publiciste catholique wallon m’apprit qu’un Bénédictin croate d’origine allemande Winkler, qui travailla à la bibliothèque du Vatican, lui avait affirmé que personne dans ce village de la frontière slovène, ne le reconnaissait ; en premier, ses enfants : sa fille qui cria à l’imposture fut exécutée et son fils Jarko, qu’un ami croate à peine plus âgé que l’auteur de ces lignes voyait sur une plage du pays, le bras droit tranché par des barbares, entendait discourir jusqu’au temps où transformé par les drogues policières de la redoutable U.D.B.A, la police secrète rouge, il fût réduit en loque humaine pour que  ses protestations soient tenues comme folles.

Le premier personnage, le chef communiste croate Josip Broz fut, en effet, membre des  Brigades Internationales sous les ordres du Komintern. Mes compatriotes toulousains les virent défiler – sans avoir engagé de combat, les troupes impériales allemandes et leurs alliés russes « blancs » et géorgiens musulmans, ayant annoncé à la gendarmerie leur départ définitif à 9h et quart du matin, fin août 1944, –  en compagnie de Serbes des mêmes Brigades et des Espagnols rouges, non sans que soit omis le bataillon sioniste, avec son drapeau, toujours venu du front républicain espagnol ! Ils s’emparèrent de la Préfecture et seuls les Marocains les délogèrent avant la venue, le quinze septembre environ, de De Gaulle et du commissaire de la République, auteur du Dictionnaire allemand français fameux, F. Bertaux (dont l’action épuratrice  contre le philosophe Martin Heidegger, gloire immortelle de l’Allemagne spirituelle, sera la page de honte, aux yeux des Muses de la ronde d’Apollon. Que Dieu lui pardonne !).

Ce  Croate communiste, de naissance chrétienne, devait périr lors d’un bombardement, m’a-t-il été précisé, en 1942, non pas allemand ou germano-croate, mais bien britannique, en Bosnie, le jour d’une réunion de quelques 900 délégués rouges convoqués par lui pour l’établissement d’une constitution liberticide fondée sur la répression des classes sociales paysannes et de moyenne bourgeoisie. Ce que la force des athées du XXe siècle ne put obtenir, la ploutocratie ou force de l’argent usuraire y parvient insensiblement  avec le silence d’un serpent enveloppant sa proie ! L’Angleterre avait son homme de main, celui que Staline, au dire d’un historien U.S. n’appelait jamais Tito, mais « ce cochon de Walter », lequel aurait été non pas russe, mais d’Ukraine. Une de mes élèves montpelliéraine croate, Nathalie, russophone, sympathique fille de mon ami, m’assurait naguère que Tito parlait avec un accent russe et faisait des fautes de déclinaison en croate !
Ceci peut échapper à ceux qui ne sont pas des puristes de la langue, non point le fait grossier que le premier, le vrai Josip Broz était amputé d’un doigt, cependant que l’autre, le faux Croate, le choyé de la famille royale britannique, l’espion de la City auprès des naïfs musulmans, Nasser et Soekarno d’Indonésie, le faux ami de Khadafi, bref le traître de la comédie politique, jouait du piano.
Les nationalistes de nos jours sombres du dit « Kali Yuga », de l’âge du « maître de ce monde » (« au seigneur de ce monde », « tô kuriô toutou tou kosmou », en grec , expression de Issa, béni soit-il, à ses disciples en promettant son retour – et non du monde,  dont Dieu est le souverain) – ont leur jugement aveuglé sur la Croatie et la Serbie, sur l’Albanie et le Kosovo ou Albanie du Nord comme le portent les cartes allemandes de la fin du 19e siècle, à cause de la haine antimusulmane, rideau de fumée qui prépare des  guerres intestines durables visant à affaiblir l’organisme européen, et des aventures militaires iranicides et libanicides !
Deux ans avant la Première Guerre Mondiale, le traité de Londres fixait les frontières de l’Albanie en réduisant son influence politique. Cette Albanie était très minoritairement chrétienne dans des villages qu’entretenait de ses deniers l’Empereur d’Autriche et Roi de Hongrie (et donc de la Croatie attachée à la couronne hongroise). Dans la partie de la Macédoine (cette Makédonia si prestigieuse dans l’histoire de la Grèce et patrie d’Alexandre), les Albanais catholiques et musulmans sont nombreux. Mère Térésa connue pour sa charité était née Anjezë Gonxhe Bojaxhiu en Macédoine, en août 1910 à Skopje de parents nationalistes albanais.

Le même ami Ivan que j’ai cité sur la Croatie, se rappelle avoir travaillé, devenu citoyen français, sous la tyrannie serbe titiste à Pristina au « Kosovo » et il y vit les rues emplies du sang des patriotes albanais, et avoir, pour cette raison, été forcé par l’armée serbe perpétuellement répressive de passer un temps en Macédoine. La répression sanguinaire n’est pas une mise en scène, mais la vie horrible de ces populations partageant le sort des prisonniers de guerre autrichiens et germains, affamés, constructeurs de routes, abattus sur place, le travail achevé. Je ne parle pas des viols de femmes si communs à tous ces libérateurs ! La pudeur nous interdit d’y penser.

Ivan, à qui je demandais si les recherches sur les fosses communes des lycéens, au nord  de Zagreb, exécutés à la fin de la guerre, à la « Libération », se poursuivaient, m’a dit que la mairie de gauche intimidée par les Serbes locaux avait transformé les lieux en un lac ! Et nos journaux et « médias » d’aboyer contre la courageuse Présidente se recueillant au monument de Bleiburg en Carinthie où devant les Anglais complices ont été mitraillés en mai 1945, civils et militaires croates livrés aux « Partisans ». Une inscription y rappelle sur la pierre, comme je l’ai constaté, qu’il s’agit aussi du plus grand monument funéraire musulman en Europe !
On parle, me disait Ivan, des Oustachis dont le chef mort en Espagne, l’avocat Ante Pavelic serrait dans les mains le crucifix donné par Pie XII, et pourquoi jamais des Tchetniks serbes, de ces femmes de leur nation jetant au prisonnier allemand derrière les barbelés de la polenta mêlée à du verre brisé, qui le tuait le lendemain.
La présidente de la Croatie, nation antique, celle du damier représenté sur l’église Saint-Marc de Zagreb et qui viendrait, pour ce qui est de ses guides ancestraux, de l’Iran, sentiment encore partagé, et dont témoigneraient ses deux couleurs, la  blanche disant le nord, et la rouge le sud, retraçant la route passant par la Caspienne à l’Adriatique en descendant de Cracovie, a dit qu’elle opposerait son veto à l’entrée de la Serbie dans la Communauté européenne tant que Belgrade ne donnerait point des explications sur les massacres opérés par le cruel Vladic séparant les femmes bosniaques de leurs hommes et fusillant ceux-ci, comme en témoigne un film diffusé sur la toile. Que firent les troupes occidentales présentes pour s’y opposer ?
Mitterrand se rendit à Sarajevo et déposa une gerbe au monument élevé en l’honneur de jeune Prinzip serbe « autrichien » (sic) qui tua l’archiduc d’Autriche Franz-Ferdinand et sa femme la comtesse tchèque Chotek. Je laisse au lecteur le soin de méditer le geste de celui qui fit rouler, comme ministre, des têtes à Alger !
J’en pourrais dire plus, sauf à rappeler une histoire viennoise : je demandais à feu le professeur Dr. Michael Benedikt de l’Université, grand adversaire de l’idéologie marxiste de l’École immorale de Francfort, si l’occupation communiste « russe » soviétique avait été dure en Burgondie ou Burgenland, et de me sortir immédiatement, de mémoire, le chiffre exact des morts, des viols, etc. La Yougoslavie fut cette Burgondie autrichienne en plus grand. Et si j’ai mentionné l’Autriche, c’est pour rappeler que la république fut proclamée à Vienne en 1919 sous le nom de « die deutsch-österreichische Republik », pour conserver le caractère germanique de la Carinthie menacée d’occupation par des Slovènes appuyés sur l’armée serbe équipée par la France et déjà dans les papiers de la Grande Bretagne !

La dernière leçon de Léonard de Vinci


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Auteur : Peladan Joséphin
Ouvrage : La dernière leçon de Léonard de Vinci

 

PRÉFACE
DE LA SUBTILITÉ COMME IDÉAL
La dévotion aux maîtres est un culte de dulie, comme celui rendu aux saints. On les honore pour leur bel exemple ; on les invoque pour obtenir les mêmes grâces dont ils ont brillé : l’étude est la suprême prière.
Dans l’anarchie d’une époque où Gustave Moreau et Manet sont admirés si-multanément, les fidèles cherchent au ciel de l’art un apotropéen. Aucun saint ne vaincrait l’incohérence victorieuse ; il faut un des archanges : Léonard, Raphaël ou Michel-Ange ; triangle prodigieux qui enferme en trois noms l’excellence, la sublimité et l’incomparabilité !
Ni la sereine harmonie des Chambres, ni l’énergie titanesque de la Sixtine ne correspondent à l’inquiétude spirituelle et à l’inertie de notre génération. Seul, par le rayonnement de sa subtilité, Léonard éveille notre réceptivité. Il sera le maître de demain, s’il y a place pour un maître chez les hypertrophiés de l’indi-vidualisme.
Le mouvement rationaliste a élu Léonard, sur la foi de ses manuscrits qui té-moignent d’une méthode expérimentale et d’un criticisme tout moderne.
A ce suffrage de la libre pensée s’ajoute celui du mysticisme. Ayant rencontré une religieuse à l’instant où s’interrompait sa clôture, je lui présentai le Juge-ment dernier de Michel-Ange, la Dispute du Saint-Sacrement et la Cène, et lui demandai son sentiment. Sans hésiter, elle dit du premier : « Ceci est selon saint Mathieu », du second : « Cela est selon saint Luc », du dernier : « l’autre est selon saint Jean. » Je la priai de développer sa pensée, elle réfléchit un peu et répondit : « Le Jugement a été inspiré par Dieu le Père et cette assemblée par Dieu le Fils : pour la Cène j’y vois l’influence du Saint-Esprit. » Elle ajouta : « Ces paupières baissées cachent plus de divinité qu’aucun œil n’en montrerait. »
En face d’un Léonard, l’admiration abandonne ses superlatifs et s’efforce à caractériser plutôt qu’à louer. L’analyse, difficile en soi, se complique de timidité : il semble qu’on doive se courber devant un homme si supérieur à l’humanité, et qu’il y ait effronterie à le regarder en critique. Il le faut cependant, pour le ma-gnifier et convier autrui au saint mystère de son génie.
Par la recherche de la forme androgyne, par l’application du modelé à l’ex-pression intellective, par le clair-obscur préféré à l’éclat coloriste, le Vinci apparaît, pour les croyants, le peintre du Saint-Esprit, pour les autres, le peintre de l’Esprit. On réunirait malaisément d’autres traits, en une phrase : cependant, ceux-là ne sont point admis, sans d’étranges restrictions.
Le grand historien des Origines de la France contemporaine a écrit : « Confon-dant et multipliant la beauté des deux sexes, l’une par l’autre, Léonard se perd dans les recherches et les rêveries des âges de décadence et d’immoralité. » Ne croirait-on pas entendre Méphistophélès à l’avant-dernière scène du Second Faust ? Le cuistre infernal adresse les mêmes reproches aux anges : « Vous êtes les véritables sorciers, car vous séduisez hommes et femmes. » Omnia immunda immundis : munda mundis. Tout est impur aux impurs, et pur pour les purs.
Sans remonter plus haut que l’art grec, nous savons que le fameux canon de Polyclète était androgyne. Aux voûtes d’Assise, sous le pinceau de Giotto ; au Campo Santo, sous celui d’Orcagna ; à la chapelle Riccardi, comme au Cou-ronnement de la Vierge du Louvre, les chastes artistes, Fra Angelico et Benozzo Gozzoli, et, à leur suite, tous les peintres jusqu’au Guide, ont confondu et mul-tiplié la beauté des sexes, l’une par l’autre, pour obtenir une forme angélique. Léonard a suivi, en cela, ses prédécesseurs. Seulement les critiques matérialistes, ayant une vision de l’ange ingénu, presque enfantin, tel que l’imagerie religieuse le représente à Dusseldorf et autour de Saint-Sulpice, refusent le caractère céleste à ces êtres surnaturels qui regardent et sourient à la manière des sphinx.

Un poète a dit de l’androgyne :

Sexe de Jeanne d’Arc et sexe du miracle

Sexe qui nie le sexe, sexe d’éternité !

En effet, la concupiscence passe à côté de cette forme, sans la voir. Cette beauté irréelle, inventée par l’intelligence pour rendre visible un esprit, ne réside que dans la tête et le profil drapé. Michel-Ange seul a osé des anges nus qui ne sont que des athlètes et tourbillonnent dans le Jugement dernier autour des ins-truments de la Passion, en se les disputant. Aucune nudité peinte authentique de Léonard ne nous est parvenue. On peut toutefois se figurer un corps androgyne d’après le Saint-Sébastien du Sodoma, aux Uffizi, ou celui de Sainte Conversation, de Beltraffio, au Louvre.
Venons au modelé, qui est la question majeure et du plus utile enseignement. Windsor, comme le Louvre, possède des têtes juvéniles à tous les états d’exécu-tion. Les profils simplement délinéés et sans ombre ne présentent pas le carac-tère léonardien. Il ne paraît qu’au travail de taille, de gouache ou d’estompe qui arrondit la joue, creuse l’arcade sourcilière et se complique aux coins des yeux, aux commissures des lèvres. Si le maître du Cenacolo avait reproduit un effet de lumière, un éclairage extérieur, artificiel ou de plein air, comme font les peintres actuels, ses dessins ne vaudraient pas mieux, malgré la nervosité du galbe, que ceux de Raphaël ou de Luini. Il a modelé du dedans au dehors, c’est-à-dire, il a employé les pleins et les vides à signifier des intériorités, des repoussés psychi-ques. « Un bon peintre doit représenter l’homme et les pensées de son âme par les mouvements de ses membres. » Ainsi enseigne le Traité de peinture. Mais la Joconde est au repos, la Belle Ferronnière n’est qu’un regard : le geste du Bacchus comme celui du Saint-Jean déconcertent le contemplateur. Sauf devant la Cène, devant la Bataille et le carton de l’Adoration, trois œuvres concrétisées par la précision du sujet, ni le savant, ni l’ingénu ne diffèrent d’impression ; ils éprouvent le même trouble musical. Ici, l’art du peintre a voulu et réalisé le caractère propre à l’harmonie : l’indéfini. Aux dessins très poussés de Madones ou d’androgynes, la mélodie des visages s’entend « avec l’oreille de l’esprit », dirait Hamlet. Ce sont bien les pensées et non les passions de l’homme que nous essayons de déchiffrer dans ces sourires indicibles, dans, ces regards qui vrillent nos yeux d’un défi tranquille. Il y a, parmi les cinq mille pages de Léonard, beaucoup de têtes d’expression, de caricatures, même de déformations et de grimaces pour japonisants et « primatisants », mais ces laideurs analytiques ne montrent que des dessous de métier, curieux pour surprendre les procédés du maître.
Les belles têtes, si différentes soient-elles, s’apparentent par la subtilité serei-ne ; elles n’aiment ni ne haïssent ; elles n’espèrent ni ne s’attristent ; elles pensent, comme les têtes grecques, avec mélancolie parfois, avec une grave paix souvent. Un nimbe de silence les entoure ; ces yeux chimériques ne changeront jamais d’expression ; ces lèvres de volupté ne s’entr’ouvriront pas. On peut les blasonner en proses lyriques et satisfaire des lecteurs : on ne se satisfait jamais soi-même, si on a vécu, par les fac-similés, en véritable intimité avec ces esprits. Plus soucieux d’éclairer le problème que d’inventer une version, j’insiste sur la cérébralité pure du type léonardien, aussi harmonieux que l’antique, plus complexe que la modernité. Le Vinci dans le dessin des têtes est sans rival ; auprès de lui Raphaël paraît un écolier et Michel-Ange ne l’égale que par la force. Il y a cent têtes, au moins, dispersées dans les grandes collections, tellement surhumaines d’exécution et d’identité qu’une seule suffirait, même la Joconde et le Saint-Jean perdus, à contre-balancer la Sixtine et les Chambres et à conserver au Vinci une des trois couronnes impériales de l’art.
Il existe un crayon de Raphaël d’après la Joconde, et le fragment de la Bataille ne nous est parvenu qu’à travers le dessin de Rubens ; les deux copies dénaturent ce qu’elles veulent reproduire ; le dessin du Sanzio, bénin et tranquille, éteint la subtilité agressive du modèle, et chez le Flamand le contour s’engraisse et se bestialise.
Un lieu commun de la critique attribue à Rembrandt l’invention du clair-obscur. Or, un siècle avant le fils du meunier, Léonard peignit le Précurseur du Louvre qui présente ce procédé complet et incomparablement applique à la signification idéale.
Le clair-obscur correspond au mode mineur : il permet littéralement de réaliser le miracle, en noyant d’ombre la réalité ambiante. Dans la Cuisine des Anges de Murillo, où circule une lumière diffuse, aucun effet surnaturel ne jaillit, tan-dis que l’ange de Tobie disparaît, en emportant la clarté. Le Bacchus assis, que le Vinci a dessiné et qu’un élève a peint, n’irradie point d’au-delà ; autour de lui, la nature indépendante de la figure maintient l’œuvre sur le plan réalistique. Au contraire, le Précurseur jaillit de la pénombre, en vision ; et le mystère comme une onde baigne ses lèvres et son geste prestigieux.
Ainsi l’originalité du Vinci s’analyse : il a retrouvé le canon de la beauté grecque et accompli l’idéal angélique du moyen âge ; il a créé le modelé intellectif si différent du pathétique ; et par l’invention du clair-obscur, il atteignit le point musical de la peinture et l’indéfini d’expression. Il fut le premier en ces trois voies convergentes, il est resté l’unique.
Il l’aurait emporté, même sur l’École d’Athènes, même sur la Sixtine, en consacrant à la seule peinture une vie gaspillée à des métiers d’ingénieur, à des inventions industrielles, aux fantaisies encyclopédiques que révèlent ses manus-crits. Sa vie constitue le commentaire indispensable de son œuvre : en l’étudiant, on s’explique un peu ce génie trop complet qui, né pour le sort d’Apelles, voulut y joindre celui d’Aristote.
A l’encontre des théories sur l’hérédité, Léonard est le fils naturel d’une paysanne et d’un notaire. L’année même de sa naissance, sa mère épousait un cultivateur et son père se chargeait de lui. Il dut plaire à ses marâtres, les deux femmes légitimes de Ser Piero, jusqu’au jour où une troisième épouse eut des enfants. Ainsi, il ne connut pas sa vraie mère et quitta le foyer, vers vingt-trois ans.
Il entra à l’atelier du Verrochio, le sculpteur du Colleone qui était surtout orfèvre, et se révéla en peignant un des deux anges dans le Baptême du Christ, de son maître. Ce tableau se voit à l’Académie de Florence et y suscite l’étonne-ment des ignares eux-mêmes. A côté d’un jeune Florentin sans grâce ni beauté, rayonne un ange, frère de celui de la Vierge aux rochers. La figure de l’orfèvre, d’un dessin aride, ne représente qu’un enfant de chœur ; celle de Léonard paraît céleste. Ce regard si profond, ce sourire chargé de réticences, cette plastique androgyne, nul ne les a rencontrés dans la réalité. Comment traduire l’idée de perspective appliquée à l’âme et par quelle image rendre l’horizon spirituel ? À perte de vue, se dit d’un panorama immense ; chez le Vinci l’expression s’étend à perte d’esprit. L’illimité est sa marque et elle différencie ses moindres croquis de toute œuvre rivale, comme l’ange dans le Baptême du Verrochio apparaît si étranger à son compagnon.
Parmi les œuvres de jeunesse on conteste à tort la Méduse des Uffizi et on ad-met le gradino du Louvre, l’Annonciation, pauvre copie du tableau de Florence. On a lu au bas d’une feuille : 1478, j’ai commencé les deux Madones. Nous savons par Vasari qu’il fit un carton pour les Flandres représentant la Tentation d’Adam et d’Ève, en camaïeu, et qu’il dessina un Neptune. Ce qu’on appelle la période florentine du maître nous a laissé trois œuvres certaines, la Madone aux rochers du Louvre, la Madone Litta, de l’Ermitage, au sein nu, merveille de pudeur et de suavité et, surtout, l’Adoration des Mages aux Uffizi, magnifique esquisse, auprès de laquelle la Vierge de Michel-Ange, à la Tribune, semble une vignette. Le contrat passé avec les moines de San Donato donnait trente mois à Léonard pour livrer ce tableau d’autel : nous dirons, à propos des manuscrits, à quel gaspillage intellectuel se complaisait ce peintre. L’admiration tarde encore pour cette composition traitée en sépia et qui égale le Cenacolo, autant que le diapason respectif des thèmes le permet.
La Vierge, assise sous des arbres, tient Jésus qui bénit d’une main et de l’autre va saisir le vase offert. Elle est belle d’intelligence et l’enfant pense déjà, à l’encontre des bambini de Raphaël. Le cercle des adorateurs manifestant toutes les variétés de la foi dépasse la louange et la fige sous la plume. Quelle variété dans l’émotion et quelle unité dans le mouvement animique ! Le fond s’étoffe de ruines, de cavaliers, de portiques et mêle la note pittoresque au pathétique sacré. Ce-lui qui, à trente ans, avait réalisé ce chef d’œuvre ne trouva pas la compréhension qu’il méritait. Beaucoup d’excellents peintres qui livraient aux dates des contrats, vivaient à Florence et l’art du Vinci trop subtil échappait à ses concitoyens. Les affaires communales, les démêlés entre Guelfes et Gibelins n’intéressaient pas ce maître. Que n’a-t-il traité la science comme la politique ? Nous aurions des merveilles et il occuperait seul le premier trône de la peinture. Du moins, il a donné l’exemple de l’indifférence en matière civique ; l’artiste ne doit aimer et servir que son art, les partis n’étant que des passions toujours méchantes. Personne, au reste, n’éprouva plus de répulsion pour la démocratie que ce gentilhomme, qui dessina des monstres par étude, mais qui n’a peint que la suréminente beauté. Lorsque Vasari, élève et fanatique de Michel-Ange, parle du divin Léonard, il ne reproduit pas l’opinion florentine de 1480. Laurent le Magnifique connaît mal le peintre de la Rondache, cependant il lui donne un atelier dans son jardin, comme aux autres bons artistes.
Cela ne suffit pas à un génie aussi puissant et qui se propose tant d’entreprises. La prospérité de l’art dépend de ses protecteurs. S’ils aiment la gloire, s’ils sont convaincus de l’acquérir par les œuvres qu’ils favorisent, alors paraissent les meilleures conditions pour un cycle de beauté. Or, l’Italie de la Renaissance aspirait à l’immortalité et ne l’attendait que de l’esthétique. Ces grands et beaux tigres humains, les condottieri, dont le dernier fut empereur des Français, rachetaient leurs crimes par une passion sublime des chefs-d’œuvre : c’est ici parler le langage ordinaire. Une critique profonde montrerait que la moralité des actuels porte-couronnes ne diffère que par les formes de la scélératesse quattrocentiste.
Léonard, en peine d’un protecteur vers 1483, ne pouvait pas hésiter : le duc de Milan seul convenait à ses vœux. En dix paragraphes d’une lettre fameuse, le Florentin offrit ses services comme ingénieur civil et militaire, et soit qu’il désirât une surintendance du duché, soit qu’il crût nécessaire d’éblouir le More par la multiplicité de ses talents, il ne parle qu’en post-scriptum de son art propre, avec ces termes brefs : « En peinture, je puis faire ce que fait tout autre, quel qu’il soit ! » C’était dire trop peu que de s’égaler à quiconque. Le Vinci tirait-il son plus grand orgueil de son savoir d’ingénieur : aberration inexplicable !
Il avait trente ans lorsqu’il se présenta à la Cour de Sforza : beau comme un dieu, au point que son aspect dissipait la tristesse des plus moroses ; fort comme Hercule, il tordait un battant de cloche avec ses doigts et domptait les chevaux les plus fougueux. Il vint, comme improvisateur et musicien, et il chanta en s’accompagnant sur un luth d’argent à vingt-deux cordes, en forme de tête de cheval, qu’il avait fabriqué. Il séduisit le duc qui, au dire des contemporains, « préférait la conversation du maître à ses œuvres » ! Les manuscrits contiennent des apologues, des facéties, témoins d’une brillante imagination et d’un vrai talent littéraire.
Ni la cour de Versailles, apothéose de la domesticité ; ni la puérilité de Trianon, ni la stupide vulgarité de Compiègne ne ressemblent à l’entourage d’un Ludovic où domine un Bramante, où les individualités s’épanouissent dans un aident désir de la gloire. Fêtes mythologiques, balleries et travestissements, mariage de Jean Galéas avec Isabelle d’Aragon, mariage de Ludovic avec Béatrix d’Este, mariage de Maximilien avec la nièce du More, arrivée de Charles VIII, arrivée de Louis XII, arrivée de François Ier ; toutes ces cérémonies eurent Léonard pour ordonnateur. Il employa beaucoup de temps à ces soins éphémères : mais on se figure trop communément que le génie se substante de lui-même et peut se passer d’impressions. Wagner répondant à Liszt, qui lui reproche d’avoir beaucoup dépensé aux bords des lacs italiens, proteste et proclame que l’artiste a besoin de renouveler ses motifs de sensibilité. Sauf pour un Gustave Moreau, qui vit en contemplatif, la laideur des œuvres actuelles ne reflète-t-elle pas la caricaturale hideur de nos mœurs ? Je n’hésite point à préférer les belles fêtes milanaises aux vaines recherches scientifiques du Vinci : les unes lui ont appris à dégager la beauté humaine de toute gangue et à nous la montrer synthétique, dans cette forme androgyne véritablement céleste ; tandis que ses inventions d’hydraulique et de poliorcétique ne servent qu’à étonner les érudits du XXe siècle.
A part des portraits de femmes, maîtresses du More dont la Ferronnière donne une idée, deux œuvres occupèrent le maître : le Sforza équestre, qui ne fut jamais coulé en bronze et dont la terre périt sous les carreaux des arbalétriers gascons, et le Cenacolo, la chose suprême de la peinture. Pour se figurer la statue, il n’y a qu’à se souvenir du Colleone de Verrochio ; Léonard l’avait égalé sans doute. On conçoit moins qu’il l’ait surpassé.
Pour évoquer la fresque, il faut, évitant la gravure de Morghen, la restituer d’après les copies de l’Ermitage et de Londres, car un véritable maléfice a voué cette merveille aux pires infortunes. D’abord, le maître peignit à l’huile, sur le mur, et, en 1560, elle était déjà lutta rovinata. Un siècle après, les moines coupent les jambes du Christ pour hausser la porte du réfectoire ; à deux reprises, en 1726 et en 1770, on repeint et on racle avec un fer à cheminée ; enfin, les dragons français, avec des briques pour boules, firent là un jeu de massacre. On peut voir au palais des papes d’Avignon les fresques criblées de balles du revolver à tir réduit, et la place blanche des têtes enlevées en notre siècle. Rien ne change, en ce monde, que les formes d’habits ; la barbarie initiale demeure. Chaque fois que Léonard toucha un sujet, il en donna la version définitive et, pour ainsi dire, absolue. Giotto, Castagno, Ghirlandajo et ceux qui vinrent après, le Sarte et le raphaelisant de Saint-Onofrio, prédécesseurs et suivants, disparaissent : il n’y a qu’une Cène, celle de Sainte-Marie des Grâces. Le Christ ici est vraiment la se-conde personne de la Sainte Trinité, l’Agneau de Dieu qui s’offre par son geste d’un abandon consenti ; sa paupière abaissée ne laisse pas voir le regard divin. Comment ne pas se souvenir de l’Hercule furieux dressé par Michel-Ange et de l’insuffisante beauté de Jésus dans la partie supérieure de la Dispute ? N’est-ce pas le visage de l’Évangile, aux yeux du fidèle, comme à ceux du critique ? Léonard a fixé l’expression la plus difficile qui ait jamais été proposée à un artiste : l’Homme-Dieu.
Si le lecteur se souvient que j’ai donné pour caractéristique du génie de Léonard la plastique angélique et le modelé intellectif, il trouvera leur réalisation dans la splendeur rayonnante du Galiléen, splendeur faite de silence et de concentration. Le Rédempteur contemple en son âme le mystère de sa propre essence, tandis que les disciples se troublent, s’interrogent, protestent. Ce ne sont pas des pêcheurs de Tibériade ; tous beaux, tous patriciens, porteraient dignement la mitre ou la couronne. Il faut s’arrêter à cet enseignement. Léonard savait qu’il faut toujours faire beau, à tout prix, et que telle est la loi suprême de l’art. Il n’a jamais peint un plébéien, ni un rustre. S’il chercha longtemps, à en croire l’anecdote, le type de son Judas, ce ne fut pas pour tacher de vulgarité et de réalisme sa composition : ses caricatures abondent en visages plus abjects que celui adopté pour le traître. Comment louer les quatre strophes de ce poème, chacune groupant trois personnages et reliées entre elles par des gestes d’un pathétique indicible ? Comment évoquer la perspective de cette salle dont les trois baies s’ouvrent sur la campagne ? La seule forme jaculatoire consiste à répéter l’opinion de Chenavard éditée par Gustave Planche, que le Cenacolo est le chef-d’œuvre de la peinture. J’ajouterai qu’il ne peut être comparé qu’à une seule œuvre : l’École d’Athènes. L’art entier de toutes les écoles reste inférieur à ces deux sommets. Louis XII aurait voulu couper la muraille et emporter la fresque.
On a cru voir en Léonard un grand architecte ; les croquis qui nous restent ne révèlent rien qui diffère du Bramante et du dôme si cher à Burckhardt. 1500 fut une date fatale : Ludovic le More, livré par les Suisses, prenait la route de France pour gémir dix années dans le cachot de Loches : l’année précédente il avait donné au Vinci une vigne de seize perches. A quarante-six ans, le maître doit refaire sa vie. Il passe à Venise, à Mantoue ; il dessine Isabelle d’Este et revient à Florence où il exécute le carton de la Sainte Anne. Isabelle de Gonzague, l’adorable femme qui voulait élever une statue à Virgile, s’efforça, mais en vain, d’attirer Léonard. « Ses études mathématiques l’ont dégoûté de la peinture au point qu’il ne touche plus à un pinceau. » Croyant à la fortune de César Borgia il devient inspecteur des citadelles et lieux forts de la Romagne. Il assiste dans Imola à la révolte des condottieri et dessine d’admirables cartes. La chute du Borgia ramène bientôt le Vinci à Florence ; il accepte de peindre la Bataille d’Anghiari gagnée par les Florentins sur les Milanais, dans la salle du Conseil. Il fait le carton en une année. La paroi opposée de la même salle fut attribuée à Michel-Ange pour y retracer un épisode de la guerre pisane. Jamais deux rivaux pareils ne furent en présence : l’histoire ne mentionne pas un duel de beauté comparable. Le Vinci, possédé de la manie des recettes, prépara un mastic spécial et voulut le sécher en allumant de grands feux : l’enduit rejeta les couleurs dans l’huile qui les liait, malgré les assertions de Pline ! « Le carton de Michel-Ange et celui du Vinci, aussi longtemps qu’ils furent exposés, furent l’école du monde », dit Cellini. D’après la gravure d’Edelinck et celle de Schavionnetti, une comparaison paraît possible. Les soldats surpris au bain permettent au Buonarotti d’étaler la même toute-puissance de rhétorique qui confond le jugement aux pendentifs de la Sixtine ; mais l’épisode de l’étendard atteint une violence unique dans la peinture ; les chevaux se cabrent et mordent plus furieux que leurs cavaliers, et quels chevaux héroïques ! La forme des glaives, celle des casques, le harnachement brille d’une fantaisie farouche et précieuse, et les têtes présentent un caractère à la fois individuel et typique, inconnu à Michel-Ange. Si on songe que trois ans auparavant, la même main, qui précipite ces guerriers les uns contre les autres, caressait d’un pinceau si subtil le sourire de Monna Lisa, et que quelques mois après avoir renoncé à peindre la bataille, cette même main nattait d’une façon si fatidique les cheveux de la Léda, comment ne pas attribuer au Vinci le sceptre de son art, puisqu’il se montre également incomparable dans la force et dans la grâce, et soutient le parallèle simultané avec ses deux compétiteurs, l’Ange des Chambres et l’Archange de la Sixtine. En 1513, le grand maître est à Rome, logé au Belvédère ; il a soixante ans, il est chauve et s’occupe de la frappe des monnaies, de la fabrication des miroirs. Il se heurte à la haine de Michel-Ange, au rayonnement de Raphaël, à l’incompréhension de Léon X. Insigne honneur pour la France ! François Ier entre en Italie, devient duc de Milan et appelle Léonard « mon père » ; il l’emmène en France, lui donne le petit château de Cloux et trente-cinq mille livres de rente ! Admirable trait, car le Vinci bientôt paralysé de la main droite ne fit plus que le Précurseur du Louvre et quelques dessins.
Ce demi-dieu mourut en 1519, à soixante-sept ans, en bon chrétien. Il fut inhumé dans le cloître de Saint Florentin que les protestants rasèrent, et nul ne sait où gît la dernière poussière de ce grand créateur. La postérité honore d’un culte sans cesse grandissant celui que Lomazzo appelait déjà un Hermès et un Prométhée : sa personnalité s’enroule d’une auréole légendaire. On ne trouve dans sa vie ni la Lucrezia d’André del Sarte, ni la Fornarina de Raphaël, ni la Vittoria de Michel-Ange. Son école fut nombreuse et suave ; même en dehors de Luini et de Sodoma, ces adorables maîtres, des milliers d’œuvres reflètent, à divers degrés, sa subtile grâce.
Il y a une vingtaine d’années, les érudits se mirent à déchiffrer méthodiquement les cinq mille pages de ces manuscrits, que le peintre commença à trente-sept ans. On découvrit que le Vinci était un précurseur de Bacon et de Galilée. M. Gabriel Séailles a énuméré et, après lui, M. Muntz, la science prodigieuse, l’encyclopédisme du Maître. Il accumula des matériaux immenses et inutiles. Que nous importe qu’il ait nié l’universalité du déluge, creusé des canaux, bastionné des places, et envisagé le vol des oiseaux au point de vue de la mécanique, au lieu du magnétique qui est le vrai ? Ses peines perdues pour nous le furent aussi pour lui. Raphaël ne savait que la peinture, et le Cenacolo ne demande pas plus de science que l’École d’Athènes. Cette transcendantale curiosité, ce prurit de recherches en tous sens, cette dispersion de l’activité, ce don juanisme de la connaissance qui descend jusqu’aux métiers, représentent le côté passionnel du Vinci ; littéralement, sa débauche. Il choisit pour maîtresse la grande Isis et il voulut baiser les innombrables étoiles de son indéchirable voile. La postérité éblouie et presque hallucinée devant ce génie prismatique s’est mise à déraisonner. Un Allemand a fait mahométan le peintre du Cenacolo ; un autre, malgré son testament et les témoignages, le réclame comme libre penseur ! On demande compte au Vinci d’avoir servi un Sforza, un Borgia, des scélérats ; d’avoir manqué de patriotisme, fêtant l’envahisseur et même de n’avoir pas écrit des phrases émues à la mort de son père ; on admire surtout l’ingénieur, l’inventeur ! La pauvre affaire de suivre Vegèce ou de précéder Vauban, quand d’un trait de crayon on fait descendre le ciel sur la terre. Ce que Léonard a découvert dans les sciences a été retrouvé après lui : ce qu’il a dessiné ne sera jamais égalé. L’Humanité lui doit de pouvoir contempler le mystère sous des traits humains, et de posséder une centaine de têtes que nul n’avait vues, car elles n’existent qu’au paradis.
La photographie qui ne fait point de bons portraits, a pour mission providen-tielle de sauver les chefs-d’œuvre et de les répandre. Celui qui veut étudier les dessins du Vinci irait vainement aux bibliothèques. Chez Braun, rue Louis-le-Grand, il trouvera les beaux dessins d’Italie et ceux de Windsor admirablement reproduits avec le ton du papier et la couleur du crayon : il n’est pas d’enseignement comparable à cette vue ; et là on trouve le Vinci complet, conservé sans retouches sacrilèges. Car, la fameuse Joconde, si mal encadrée qu’on ne voit pas les colonnettes qui s’élèvent de chaque côté du portrait, a subi un dévernissage qui a enlevé le modelé du visage, les cils et les sourcils. Il serait temps qu’on sût en haut lieu que les glacis superficiels portent les derniers accents du modelé et que si jamais on veut éclaircir le Précurseur on lui enlèvera une couche d’expression.
L’inoubliable matin où j’ai vu l’aurore ranimer la paupière en ruine du grand sphinx et l’escarboucler du mystère même des siècles, je me suis demandé quelle œuvre latine peut témoigner de notre ère et blasonner idéalement le monde chrétien ? Dans mon souvenir, un doigt impérieux se dressa qui montrait le ciel ; une épaule sortit de la nébride mystique, et des yeux aigus comme l’épée des prouesses, humides de pitié comme une parole de Jésus brillèrent, étoiles d’intelligence et de promesse ; et une bouche ineffable, une bouche de verbe et non de volupté, une bouche qui n’a de baiser que son sourire rayonna, seuil d’une âme séraphique, remous d’une vague d’éternité mourant sur le bord humain. Le Précurseur m’apparut l’œuvre testamentaire de ma race, le sphinx chrétien !

L’histoire est pleine de tableaux miraculeux qui s’animèrent devant l’oraison ardente ou, si l’on veut, qui animèrent d’une ardeur imprévue les orants. Le miracle consiste à sentir l’au-delà, à en être touché et béni : qu’importe une vaine explication ! Sauf l’Ermitage, j’ai vu tous les musées et aucune œuvre ne m’a parlé comme le Précurseur. Que le lecteur esthète place devant lui la grande photographie et qu’il croise longtemps son regard avec ce regard formidable et si doux. Dans cette œuvre suprême, peinte à Amboise, le vieux génie a caché son triple secret, plastique, expressif, et technique. Je n’incite pas à une expérience spirite, mais à un rite spirituel. L’œil du Précurseur, c’est celui du Vinci dans sa splendeur essentielle, c’est-à-dire de l’homme qui apporta au monde le spectacle unique de l’omniscience et de la toute-puissance d’expression. Lorsque j’écrivis, en 1880, que la Samothrace était la plus belle statue du Louvre, on haussa les épaules : aujourd’hui c’est le sentiment unanime. Le seul mérite de l’écrivain n’est-il pas de penser en éclaireur et de signaler les ostensoirs à ses frères occupés ailleurs ?
Si le corps humain a sa plus grande beauté dans l’adolescence, et sa synthèse sexuelle dans l’androgyne grec et l’ange chrétien ; si le visage est la plus idéale partie de la plastique, au moins en peinture ; et que les centres d’expression soient les yeux et la bouche ; si l’intelligence, que nul modèle ne donne, représente une difficulté plus grande que la grimace des passions ; enfin, si le rayonnement du mystère et la réverbération de l’infini marquent vraiment les extrémités de la réalisation ; si tout cela ne souffre pas de négations, — le Précurseur, qui n’a pas l’honneur du Salon carré, — est le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, et aussi le plus beau tableau du Louvre et du monde !

AVANT-PROPOS
En sa trentième année, Léonard de Vinci vint à la cour de Ludovic Sforza, et fonda à Milan, la première académie qui ait existé en Italie.
Une gravure authentique du British Muséum qui représente une florentine décolletée vue de profil porte ACHA : LE : V : semble un diplôme ou un projet de diplôme. On possède six dessins d’entrelacs où le cordon franscicain se contourne et se noue à la manière de la calligraphie décorative des Arabes : on y lit : ACADEMIA LEONAR DI VINCI. Ce groupement pouvait compren-dre d’abord les disciples-peintres : Luini, peut-être l’adorable Sodoma, Andrea Solario, Marco da Oggione, Beltrafio, Cesare da Sesto, Gaudenzio Ferrari, An-drea Salaï, Francesco Melzi ; l’humaniste Lomazzo, Fra Luca Pacioli l’auteur de la « Divina Proportione ». Constantin Lascaris et Demetrius Chalcondylas. Le poète officiel du duc Bellincione, parfois l’illustre Bramante, se joignaient aux élèves.
Cette Académie devait grouper, en outre, des jeunes hommes avides de culture et séduits par le génie et la grâce du Maître.
Ce n’est donc pas une fiction gratuite de supposer qu’il ait parlé une dernière fois à ceux qui, depuis seize ans, se nourrissaient de sa science et s’il la fait, à ce moment tragique pour lui, il dut s’élever aux considérations les plus élevées et donner sa théorie de l’art ; nous dirions, aujourd’hui, son esthétique.
Dans les divers manuscrits publiés par M. Ravaisson, du Codex Atlanticus et de la collection de Windsor qu’édite M. Sabachnikoff se trouvent dispersés les éléments de cette dernière leçon.
Les guillemets pour les phrases textuelles et les renvois aux divers cahiers auraient hérissé singulièrement cet essai. Il s’adresse aux artistes, mais plus encore aux lettrés d’une époque qui ne permet plus à l’honnête homme de séparer, dans sa culture, les Beaux Arts des Belles lettres. Puisse cette sublime voix d’outre-tombe exorciser l’art et le goût contemporain !

LA DERNIÈRE LEÇON DE LÉONARD DE VINCI (1) À SON ACADÉMIE DE MILAN (1499)
Vous voulez entendre, en un discours d’adieu, l’esprit de mon enseignement. Je le veux bien, quoique mon âme soit plus triste que le jour où se produisit, sur le mur du réfectoire, le maléfice de l’huile. Ah ! les édifices du Bramante abandonnés… Le duc a perdu l’État, ses biens, la liberté… et rien de ce qu’il a entrepris n’est achevé…
La patience nous défend contre les injures du sort comme les vêtements contre celles du froid. Ainsi que nous multiplions les vêtements, si le froid augmente, redoublons de patience aux grandes injures de la vie, afin que notre âme ne soit pas atteinte. Et interrogeons l’expérience, le plus amer et le plus sûr des oracles ? Au milieu des machinations, des scélératesses et des batailles qui sont les mœurs communes aux républiques comme aux principautés, prendre parti pour une fortune de podestat, c’est le métier du condottiere. Voyez les moines : ils vivent en bonne paix avec les Turcs pourvu que ceux-ci les laissent chanter leur office. Ainsi, les artistes doivent être pacifiques, pourvu qu’on les laisse faire leur œu-vre.
Quoi ! notre main qui a tant peiné pour manier avec délicatesse le pinceau empoignerait la pique de seize pieds ! Après avoir poli notre esprit jusqu’à ce qu’il devienne un miroir où l’œuvre de Dieu se reflète, nous offririons notre tête aux bombardes ; le prêtre qui se mêle aux municipes compromet son prestige : le peintre doit ignorer s’il y a des blancs et des noirs, ailleurs que sur sa palette.
Le très vif intérêt de la conservation le lui conseille, et aussi l’infinie dignité de l’Art, qui, comme le soleil, rayonne à tous les yeux et charme aussi bien les Pisans que les Florentins et les guelfes comme les gibelins. Il ne suffit pas que nous nous lavions les mains des événements de la cité ; nous devons professer le plus grand respect pour les Saintes Écritures, parce qu’elles sont la vérité d’abord et ensuite


1. Ces Memorabilia du plus grand des artistes, tirés des cinq mille pages de ses manuscrits, et pieusement traduits et coordonnée, représentent son esthétique et s’adjoindraient heureuse-ment au traité de peinture, purement technique.


parce que l’artiste qui suit des doctrines hérétiques et séditieuses éloigne de ses ouvrages des gens qui ne sont que les contradicteurs de sa parole.
L’Art n’aura point d’ennemis et ne sera méconnu de personne, si l’artiste s’applique uniquement à son œuvre. En effet, l’Art ne représente que du plaisir pour chacun et un vrai profit moral : il guérit de la grossièreté originelle. Tenez-le pour certain : les hommes naissent bêtes et combien meurent après n’avoir été que des sacs où passa de la nourriture ! L’homme naît méchant, mais il comprend très vite son intérêt à devenir sage. Combien tireraient le poignard sur leurs com-pétiteurs et prendraient au voisin ce qui leur manque, sans la peur du poignard même et des lois !
Pour nous, le pécule n’est pas le but, et notre fonction vaut bien celle des moines. Ils vendent publiquement et librement les grâces divines, sans permission du patron céleste et payent ce qu’ils désirent en monnaies invisibles, impalpa-bles. Nous autres peintres, nous rendons visibles Dieu et la Madone ; on les voit sur nos panneaux comme s’ils apparaissaient. Quel sermon évangélisera tant de monde et aussi longuement que la Cène de Sainte-Marie-des-Grâces, toujours aussi persuasive ?
Lorsque la religion sera rejetée comme une entrave à la furie des vices, la fres-que entretiendra encore les hommes les plus pervers de la puissance de Dieu ! Et si d’abominables êtres s’attaquaient aux églises, ils seraient arrêtés, eux que n’effrayerait plus le sacrilège, par la beauté et la perfection des peintures sacrées.
Notre art explique les mystères et rend simples et sensibles les dogmes obscurs. Le théologien n’en finit pas d’expliquer la Vierge-Mère. Si nous la peignons, tout le monde la comprend et l’honore. Et cependant aucun de notre corporation n’a été canonisé, pas même Fra Angelico !
L’amour naît de la connaissance ; et plus celle-ci est profonde, plus l’amour augmente. Or l’artiste, sans cesse occupé à contempler la Création, rend au Créateur un perpétuel hommage. Où chercher Dieu sinon dans l’homme, son ouvrage, et quelle prière que le dessin qui s’efforce d’analyser et de reproduire l’image de Dieu ! Celui qui contemple l’ordre admirable de la nature et l’art merveilleux de la construction qui paraît au corps humain, connaît vraiment l’auteur de toute vie et l’aime comme il doit, en pensant que le corps n’est rien auprès de l’âme qui habite une pareille architecture et qui, pure ou pécheresse, est une chose divine.
Un beau tableau loue le Souverain Artiste, car il force à regarder un effet de sa puissance. Sans nous, les simples ne comprendraient pas les dogmes : nous donnons un corps aux esprits et montrons à l’homme les anges vivants et souriants.

Deux mouvements, l’instinct et le désir, agissent en nous comme moteurs : de l’un nous ne sommes pas libres. Il faut manger et dormir et se vêtir. Mais n’est-ce pas indigne d’occuper son esprit aux événements de son ventre ? Et, quand on est repu, de rechercher cette espèce de mort, le sommeil ; ou de mettre sa gloire à sortir avec une jambe rouge et l’autre verte, suivant la mode, toujours absurde ? Le noble désir est spirituel : la vertu et la science seules le satisfont.
Le désir de la beauté nous écarte, par exemple, de la luxure qui bestialise tant d’individus. Celui qui a, en mémoire, les belles nudités de l’art se détournera plutôt des courtisanes, car il ne retrouvera pas sur elles la perfection vivante dans sa pensée. Ce ne sont pas les tableaux qui corrompent les mœurs : ils les assainissent plutôt.
Florence, cité démagogique, ne mérite pas les beaux talents qui lui sont nés, car elle considère la peinture comme un métier parce que l’artiste reçoit un sa-laire. Les prêtres ne vivent-ils point de l’autel, c’est-à-dire de la vérité qu’ils in-terprètent à la foule ? Légitimement nous visons de la beauté, car sans notre interprétation, peu la connaîtraient. De mauvais prêtres passent pour excellents. Chez nous, l’hypocrisie est impossible. On voit qu’un tableau est mauvais. Du reste, estimez le nombre des religieux : il y en a mille pour un peintre.
Je n’en finirais pas, si je voulais faire l’apologie de l’Art. Il possède l’attribut divin : il crée ; il rend visible l’invisible et permanentes les choses les plus fugaces. Le doux sourire d’une bouche de femme qui charma toute la vie du Dante, nous pouvons le montrer à tous et pendant des siècles. Ce qui n’a qu’un instant dans la réalité, nous le prolongeons plus loin que la longévité des patriarches. En cela, nous sommes maîtres du temps.
La diversité des langages, Babel perpétuelle, empêche les hommes de se com-prendre. Le Hongrois, l’Esclavon n’entendent pas la patenôtre dite en toscan. La peinture, langue des yeux commune à tous, est comprise du Grand Turc comme du Lombard. On force l’enfant et il pleure pour apprendre ses lettres. Montrez-lui un dessin, il lit l’image sans étude. Sauf dans le bas-relief, la sculpture ne par-ticipe pas à cette clarté d’expression ; privée de la couleur, du jeu de la lumière et de l’ombre, elle représente les actions du corps plutôt que celles de l’âme.
Un caractère uniforme se voit aux têtes antiques, toutes les déesses se ressem-blent, belles d’une même beauté, jeunes d’une même jeunesse. Nos madones sont des personnes et non un seul type et présentent des traits variés. L’antiquité a rendu la beauté du corps d’une façon qui ne permet pas de mieux faire. Mais depuis qu’un homme est mort en Orient et que l’Occident le pleure chaque vendredi, une nouvelle beauté a paru avec la nouvelle vérité. Une âme a triomphé du monde par sa seule beauté. On ne concevait que la violence des passions ou la sérénité des Dieux et voici un Dieu qui pleure et des passions douces. Grande merveille, d’où l’art nouveau est sorti qui rivalise avec l’ancien. Le Campanile du Giotto l’emporte sur l’obélisque. Mère des arts, l’architecture les engendre, mais sa fille incomparable, la peinture, est appelée à se détacher du monument et à devenir un monument par elle-même, sans qu’on songe jamais à son peu d’espace matériel, si elle est remplie d’expression.
Si on vous disait : « Tourne les yeux vers ce miroir, tu y contempleras, à ton gré, des figures célestes ou grotesques ; choisis ce que tu veux voir : des anges ou des hommes, des princesses ou des paysannes, la tête de Bramante ou celle d’un idiot ? » Je peux, à mon gré, représenter Isabelle d’Este ou une gardeuse d’oies, le duc Ludovic ou son palefrenier et cependant je ne le dois pas. Seules les figures suréminentes méritent l’honneur de l’art.
Quelques-uns de vous m’ont accompagné au Borghetto quand je cherchais les traits de Judas. Ceux-là, connaissant mes cahiers pleins de grotesques, s’étonnaient de mon souci — car il est toujours facile de faire laid. Mais, si vil qu’ait été le vendeur de son Dieu, il le fallait acceptable parmi les disciples tous beaux, comme il convient à des âmes que la pensée céleste s’associa. Un saint a certifié la laideur de Jésus : « Par humilité, dit-il, le rédempteur aurait voulu paraître le plus affreux des mortels ! » O stupidité épiscopale ! De par la loi du Très-Haut, le corps est l’œuvre de l’âme ; elle forme elle-même son enveloppe et la martèle du dedans en dehors, comme l’orfèvre pour produire les reliefs. Vous me demanderez comment, si Jésus était si beau, les Juifs ne furent pas frappés de respect et d’amour, en le voyant ? Eh ! ces méchants n’avaient point d’art : leur loi défendait de faire aucune image de ce qui est aux cieux en haut ou de ce qui est sur la terre en bas. Leurs yeux, ces fenêtres de l’âme, étaient fermés ; ils ne reçurent pas la lumière des formes. Sans l’art, on ignore la beauté parce que l’art seul l’exprime. Ceux donc qui sont ignares, à l’instar des Juifs, manquent toujours de bonté et d’intelligence créatrice. Voyez les sectateurs de Mahomet, superstitieux et féroces et vraies bêtes brutes : ils ignorent la peinture, comme les Juifs.
On envisage une figure sous trois rapports : 1° dans son espèce et ses proportions : un homme est l’homme, l’animal humain ; 2° dans ses passions et leurs mouvements : un lion furieux mugit ou un cavalier s’efforce à maîtriser un cheval ; 3° il ne s’agit plus d’un homme, mais de tel homme qui pense et fait des choses qu’il est seul à penser et à faire.
Il y a donc trois degrés dans la peinture : la représentation animale ou typique ; le mouvement passionnel et l’état intellectif. Ceux qui restent aux deux premiers plans ne touchent point au but de l’art qui est d’exprimer la personne éternelle, la vie et ses besoins, la passion et ses accès sont communes à l’homme et aux bêtes. Elles s’accouplent, elles chassent, elles se battent ainsi que nous.

Mais nous pensons et elles, point ! Elles meurent et nous sommes immortels. Or l’immortalité résulte de phénomènes inconnus à l’animal et qui, tous, sont des états vifs ou calmes de la pensée.
On trouve des modèles pour la réalité et la proportion des corps, et aussi pour les basses passions. Le peuple et la soldatesque fournissent partout les accents brutaux de la colère et de l’avidité ; mais où découvrir des modèles de pensée et d’immortalité, sinon parmi les rois et les princes qui, soit pour conquérir, soit pour conserver leur puissance, sont forcé à un travail incessant de prudence et de combinaisons audacieuses et très secrètes à la fois ? Ceux qui se sont élevés au-dessus de leurs concitoyens par des exploits ou même des intrigues présentent d’ordinaire un caractère réfléchi que l’exercice du commandement rend encore plus profond : il faut les étudier. Quant à la canaille, je ne l’ai point négligée comme élément d’observation ; mais qui mettrait la dignité de la couleur sur des trognes ? Autant copier le paysage tel qu’on le rencontre. Il n’y a point de site qui fasse un fond convenable à une figure, si on ne le modifie en quelque chose. Une grotte ira toujours bien avec un ours et un loup avec un bois et un bœuf avec un pré ; mais dès qu’il s’agit d’encadrer la noble figure humaine, il faut composer. Il se peut que le podestat soit laid, à la façon de Socrate par l’irrégularité ; mais de même qu’un lieu se transfigure suivant l’état du ciel, ainsi un visage, quel qu’il soit, s’anime et s’ennoblit par la profondeur de l’intelligence à certains moments où l’individualité se fait jour. Pour qu’un portrait ressemble, il faut confesser le modèle, parler d’amour à une femme et de combats à un guerrier afin d’éveiller l’âme. Faites les portraits à mi-corps et en petite nature : ainsi le visage aura toute sa valeur. Commencez par les yeux et qu’ils soient actifs, chargés de volonté. Un beau portrait est celui qui domine et même fascine le spectateur : pour le mieux, que l’artiste regarde par les yeux du personnage et donne ainsi quelque chose de sa propre intelligence à ses créatures.
Aucun geste, sinon la figure, deviendra allégorique. Je vous ai montré que le modelé varie l’expression à l’infini. La même tête, comme ligne et proportion, passe de la rêverie au dédain, de la tristesse à la colère, en modifiant les ombres autour des yeux et des lèvres. Ne vous souciez pas de préciser l’expression. L’énigme attire l’homme et le retient. Les prêtres ont raison de ne pas vouloir qu’on explique la religion. Si nos mystères chrétiens étaient compris, il faudrait aussitôt en concevoir d’autres : notre esprit se nourrit de problèmes. La magie a perdu beaucoup de bons cerveaux parce que, croyant avoir expliqué les secrets de la foi, ils sont devenus les croyants d’autres secrets bizarres et, après avoir soi-disant percé les mystères de l’Église, ils en ont aperçu d’autres… et d’autres encore.

La raison s’exerce, comme chez elle, dans le domaine de l’expérience. Acquérir une connaissance est toujours utile à l’intellect, ne fût-ce que pour abandonner l’inutile et réserver ce qui est bon. Car on ne peut rien aimer ou haïr sans connaître ; et le désir de la connaissance agit dans l’homme comme un instinct supérieur.
La connaissance du passé et l’étude de la création forment l’ornement et la nourriture de l’esprit humain. On doit procéder du connu à l’inconnu et le témoignage des sens est le vrai critère de vérité ; mais la raison ne peut embrasser l’infini : l’origine et la fin des choses dépassent la mentalité humaine. Laissons les moines et les prêtres, qui possèdent tous les secrets par inspiration, expliquer les lettres sacrées qui sont la vérité suprême, et contentons-nous de faire sentir, l’infini, sans le définir. Pour opérer ce reflet d’infini dans un visage, il faut rejeter les accents passionnels et former un masque grave et souriant à la fois, qui attire et qui domine, comme une chimère qui ne serait pas cruelle, ou une sirène qui ne voudrait qu’éprouver le nautonnier ou un ange un peu ironique.
Ces matières trop subtiles se dérobent aux mots : vous me comprendrez cependant, si je dis que le beau visage doit ressembler à une musique de pensées harmonieuses et indéfinies. Un air nous semble triste ou gai, suivant la circonstance qu’il nous rappelle, et un visage plaît à des spectateurs très différents : aucun n’y voit la même chose.
Les uns ont dit que j’avais trop donné à la nature humaine du Sauveur parce qu’il manque derrière sa tête, le grand nimbe d’or traditionnel ; et les autres, que j’avais trop développé la nature divine parce que Jésus accepte avec une résignation surhumaine la trahison de Judas. J’ai donc bien fait, puisque les partisans de l’une et l’autre nature la retrouvent dans mon œuvre. Le spectateur recherche ses propres tendances dans l’œuvre qu’il regarde ; l’artiste lui-même reproduit invinciblement sa pensée et même sa propre physionomie : il va jusqu’à donner à ses modèles ses défauts comme ses qualités.
Celui qui croit que le but de l’Art est de reproduire la nature, ne peindra rien de durable : car la nature vit. Mais elle n’a point d’entendement. Dans l’œuvre, la pensée doit compenser et remplacer la vie, sinon on ne verra qu’une œuvre corporelle et sans âme. Il y aura toujours plus d’honneur à concevoir les figures du ciel qu’à copier celles de la terre et à peindre des anges que des hommes.
Les sujets spirituels seuls méritent de tenter les vrais artistes, ne serait-ce que par leur difficulté ! Ce qu’on dédaigne dans la réalité, qu’on le dédaigne aussi dans l’art. Qui oserait faire un tableau avec les mendiants à la porte d’une église, avec les paysannes d’un marché, ou représenter un corps de garde ou une taverne ou un ghetto ? Tout cela sert à l’étude, et le laid convient pour analyser le beau : car nous concevons mieux une chose par son contraire. Dans l’œuvre, la règle est la beauté, résultant de la triple perfection de la forme, du sentiment et de l’idée.
On commence par la beauté extérieure, et on peut se féliciter de l’atteindre ; puis on dégage l’âme. Il serait puéril de prétendre à représenter les passions avant de posséder toutes les parties de l’anatomie et le jeu de chaque membre dans les plus différentes attitudes. Mais celui qui sait agira autrement. Il commencera l’œuvre en esprit ; ensuite il s’efforcera de découvrir le mouvement qui corres-pond à son idée ; enfin, en troisième lieu, il dessinera le corps de son personnage. Si quelqu’un voulant peindre le Christ travaille d’abord d’après un modèle, il n’aboutira pas. Voici comment il devra procéder. Il se figurera d’abord, méditativement, en lisant l’Évangile, l’Homme-Dieu ; et lorsqu’une image se détachera en son esprit, il choisira l’événement le plus propre à mettre cette image en relief et déterminera la physionomie, l’attitude et ce qui doit, personnages ou paysages, encadrer le Sauveur. Alors seulement il prendra des modèles pour fixer le mouvement, la draperie, l’éclairage, et la perspective optique.
Mais il inventera les têtes principales, celles qui exprimeront sa pensée. Cette invention des visages constitue le plus haut point du génie et de la difficulté.
Une œuvre se compose, comme un homme, de corps, d’âme et d’esprit. Disciples, commencez scientifiquement par le corps qui est le connu, pour ensuite atteindre à l’âme qui est l’inconnu. Un maître, au contraire, commencera par l’idée et lui donnera ensuite l’expression et la forme convenables. N’imitez pas les peintres du Nord qui, sans s’élever jusqu’au domaine de l’esprit, excellent à rendre certains sentiments, tels que l’humilité et la vraie piété, mais qui copient la première figure rencontrée et habillent laidement de belles âmes.
Ce qu’on remarque dans la rue, ce n’est pas l’homme d’une noble et calme allure et d’une convenable vêture, mais celui dont la taille est démesurée ou l’accoutrement bizarre.
En art, le spectateur aime surtout les exagérations : son admiration demande à être surprise par quelque chose d’anormal et d’inconnu : et dans la voie que je vous ai tracée, on ne recueille pas le suffrage général. L’œil du vulgaire se plaît aux couleurs très vives et discordantes, juxtaposées durement : c’est une erreur barbare. Un tableau doit avoir une couleur générale dominant et apaisant les colorations particulières, comme si la lumière qui s’y trouve répandue était la principale couleur.
Le dessin n’a qu’un objet, l’apothéose du corps humain. Je comprends ce mot dans le sens ancien, dans un sens héroïque, et j’arrive à la question grave du caractère des sexes.

Des guerriers ne seront jamais trop virils ; ni des captives jamais trop faibles et langoureuses. Mais les figures angéliques ou allégoriques, à quel sexe appartiendront-elles ? La barbe et les mamelles disconviennent également aux spiritualités ; et même, en ne copiant que l’extrême jeunesse, l’adolescent manque de suavité et la vierge paraîtra trop frêle.
Si vous voulez faire un ange, d’après un homme, il faudra arrondir les membres, amincir les jointures, assouplir le mouvement, le féminiser ; si vous travaillez d’après une femme, vous réduirez les chairs, vous diminuerez les courbes, vous viriliserez la figure : de telle sorte que vous tirerez une jeune fille de votre modèle masculin, ou un jeune homme du modèle féminin. Dans les deux cas, vous obtenez un troisième état du corps humain réunissant la force et la grâce et au-dessus de la concupiscence ; car ce troisième état de la forme humaine n’éveille point le désir des hommes quoiqu’il soit féminin, ni celui des femmes quoiqu’il ait beaucoup de traits masculins. En outre, c’est le seul moyen de rendre la beauté chaste et convenable aux messagers célestes, aux génies et autres manifestations spirituelles.
Ajoutez à cette forme que la nature ne connaît pas et que le génie de l’homme inventa pour incarner l’invisible, ajoutez le caractère musical de l’expression et les effets énigmatiques que donne le modelé appliqué à faire saillir l’intériorité et vous obtiendrez de véritables apparitions, sans nimbe, sans gloire, sans effet de clair-obscur.
Le peintre triomphe en montrant par la seule beauté qu’une figure n’appartient pas à la terre et remontera tout à l’heure au ciel, d’où elle est descendue.
Dans les nudités, la chair, par sa masse lumineuse, distrait du visage, théâtre incomparable de l’expression : et il y a lieu de tempérer cet éclat par un éclairage artificiel. Pour la tête, il faut la modeler du dedans au dehors. Si vous acceptez le modelé de la lumière extérieure, vous renoncez à la puissance et au charme de l’expression. Isolez courageusement la tête des influences ambiantes pour qu’elle soit un tableau dans le tableau. Le parti pris de couper en deux le visage par la ligne du nez et de noyer un des côtés dans l’ombre ne vaut rien. Modelez expressivement avant tout et puis trouvez un clair-obscur convenant à ce mode.
Avant de peindre, arrêtez complètement la tête en camaïeu et surtout la bou-che et les yeux et les poussez aux dernières limites du rendu. Qui a les yeux à la bouche ; qui a les yeux et la bouche a la tête ; qui a la tête a la figure, car la tête manifeste la pensée, privilège immortel de l’homme. Quant au corps, aux draperies, au fond, tout est accessoire.
On voit des peintres que la nature fascine et subjugue ; ils ne la jugent pas et la reflètent comme un étang reflète ses bords. Un maître ne subit pas ce vertige : amant de la nature, certes, il se défend de servilité ; ce n’est pas Hercule filant aux pieds d’Omphale, mais plutôt Ulysse en face de la magicienne Médée et la faisant obéir par le glaive du raisonnement.
Le modèle utile et dangereux nous fait oublier notre conception, et je ne parle ici que du nu. Même dans les portraits, prenez garde aux modes de votre temps : elles rendront vos œuvres ridicules aux yeux de la postérité. Prenez garde aussi aux idées de l’époque ; l’artiste ne travaille pas pour ses contemporains, ni pour son pays, ni pour ceux de sa race. Tout ce qui est milanais, florentin, ou de telle année, tout cela est mauvais : il faut penser à l’universalité des hommes et des temps. Prenez garde enfin que les têtes d’un même peintre se ressemblent et que cet air de famille ne compromette la variété des personnages. Les siècles futurs s’ennuieront à voir ces modes, ces façons, ces airs de tête qui sont les grimaces momentanées d’une ville et d’un groupe.
N’imitez pas ceux qui mettent leurs propres chaperons aux héros et les loques qu’ils ont vues dans un port ou sur un vaisseau aux personnages de la Bible. Car si nous connaissions les vrais costumes des apôtres nous ne les copierions pas — sinon ce seraient des pêcheurs de Tibériade aussi insignifiants que ceux de l’Adriatique. Or, ce que nous voyons dans les apôtres, c’est leur apostolat et non leur métier primitif : et nous devons les représenter en pêcheurs d’hommes et non en pêcheurs de poissons. Figurez-vous que j’aie copié douze têtes juives du Borghetto, sous prétexte que les disciples étaient juifs et que je les aie coiffés des turbans et des robes vues à Venise ! Quelle risée ! Quelle chose grotesque c’eût été ! — Il ne reste donc qu’à draper à l’antique — direz-vous ? Pourquoi, à l’antique ? Je n’ai jamais drapé qu’à la Léonard : j’ai créé mes robes, mes manteaux et leurs plis, d’après mes corps ! N’imitez pas les tédesches et leurs cassures à angles droits et si multipliés que le corps disparaît et qu’on ne voit plus qu’une tête et deux mains sortant d’un flot d’étoffes de vingt aulnes. Travaillez d’après des étoffes minces et mouillées et n’épaississez que graduellement pour ne pas perdre de vue le corps. Toute figure peinte doit pouvoir éveiller l’amour, soit l’adoration si elle est sacrée, soit l’attraction, si elle est profane. L’art se propose de plaire à l’esprit, par le moyen des sens. On se lasse vite de l’éclatante jeunesse et on se lasserait vite d’un ouvrage qui n’aurait que cet attrait. Les femmes qui exercent un violent empire sont plus artificieuses et subtiles que régulièrement belles ; il ne faut donc pas se contenter de représenter des personnages bien proportionnés et nobles. La complexité et la subtilité apportent avec elles la variété dans le même objet.
Peu de philosophie suffit au peintre, s’il conçoit nettement le but de son art. Il croit son instruction finie dès qu’il travaille exactement d’après nature et, ignorant la dignité très excellente de son pinceau, il l’emploie comme l’outil d’un métier, au lieu de le manier pour la beauté, comme le chevalier agissait de son épée en faveur de la justice.
De la Beauté, comme d’une source, coulent les suaves plaisirs ; l’œil transmet à l’âme la douce impression et l’âme la communique à l’esprit, épanouissant nos facultés. Simultanément faite de proportions, puis animée d’une passion vive et héroïque, la Beauté atteint son apogée sur le plan mental. Notre imagination a plus de force que notre sensibilité ; l’esprit garde mieux ce qu’il a reçu que ne fait l’âme affective.
Combien de femmes émeuvent successivement un homme, tandis qu’il reste fidèle jusqu’à la vieillesse aux pensées de son adolescence ! Pour que l’Art satisfasse l’esprit, il faut que l’œuvre manifeste la beauté de l’espèce et aussi l’in-dividuelle ; qu’elle unisse la perfection d’essence typique et la variété qui tient à l’individualisme. Plus vous enfermerez de particularités dans une proportion excellente, plus vous obtiendrez un suffrage durable. A exprimer ma pensée, j’ai la même crainte qu’à saisir un papillon aux ailes brillantes d’une pâte délicate et qui s’efface sous les doigts.
La beauté complexe résulte d’ambiguïté, presque de contradictions. Imaginez une femme trop fière pour qu’on ose lui parler d’amour et laissant voir une impatience d’être aimée.
Ce sentiment mi partie, cette expression double et mêlée, il faut l’étudier chez les femmes : leur indécision, le caprice mouvant de leurs humeurs engendrent ces regards couleur du temps et ces sourires indéfinissables, véritables pierreries pour l’artiste qui sait les enchâsser dans de nobles traits.
Ainsi se produisent ces miroitements de l’âme d’une action enchanteresse et qui passionnent comme des problèmes de bonheur. Une bacchante, une nonne, toutes deux trop caractérisées, n’excitent point l’imagination. Le spectateur reconnaît tout de suite leur réalité et ne rêve point. Il faut, au contraire, qu’il doute de sa compréhension afin que son esprit surexcité abonde en commentaires. L’homme n’aime profondément que l’insaisissable et n’allume son désir qu’au choc de la contradiction. Ceux qui cessent d’être dévots deviennent supersti-tieux, voire magiciens, par besoin d’inconnu, et le noble amour de la science prend sa source dans cette tendance invincible de notre nature vers l’inexplicable. L’amour de la vérité, le plus noble mouvement de notre esprit, cesserait aussitôt s’il parvenait à son but. La recherche nous passionne, elle exerce nos facultés, augmente en nous la vie supérieure. La découverte toujours nous déçoit. Le bonheur n’est qu’un motif d’activité et, si nous le trouvions, il ne nous suffirait pas : nous irions à d’autres recherches.

Nous entretenons la vie physique par la nutrition ; la vie spirituelle trouve dans l’art son aliment ; car il confirme l’homme dans son principe d’immortalité. Il est rationnel que l’esprit ressemble à l’aimant et que sa force s’augmente, par l’exercice de sa propriété. L’honneur du mortel paraît aux soins qu’il donne à son esprit ; qui cultive l’entendement cultive la vertu. Les paillards, les irascibles, les avides, ne sont pas gens de méditation et de travail ; sans cesse à l’affût des cir-constances favorables à leurs stupides passions, ils entretiennent le trouble dans la cité et menacent la paix des autres. Celui qui contemple, pour son plus grand plaisir, la création et s’efforce d’en démêler les lois est un bon citoyen ; il s’écarte des compétitions et n’a point d’envie. Il estime au plus haut prix d’enrichir sa mentalité : nous ne possédons vraiment que nos pensées. Voyez qui sont les vrais riches ! Ne sont-ce pas les artistes qui prodiguent au commun des hommes les trésors de leur vision et qui, manifestent la perfection des choses et prouvent la main toute puissante du Grand Artiste dont nous sommes le chef-d’œuvre, puisque nous avons la faculté toute divine de créer. II n’y a pas de plus authentique nécromancien, de plus véritable thaumaturge que le peintre.
Il fait apparaître, à son gré, les plus anciens personnages et même la divinité ! Quoi ! sur une surface plane, il montre tout un pays avec ses vastes plaines, ses hautes montagnes et ses rivières sinueuses ; et en même temps l’enfant Jésus, sa mère et le cortège des rois mages, et ce n’est pas un fantôme fluide qui éblouit et s’efface : l’apparition survit à l’évocateur.
Seul le peintre évoque les esprits : même les bienheureux viennent à son appel et tels que nous les concevons.
Dans des sujets sacrés, il faut suivre la croyance commune, parce que cette croyance est déjà une image produite par l’imagination des fidèles et que la réflexion d’un seul n’égalerait pas. La visite de la reine de Saba à Salomon dépend de la fantaisie de l’artiste.
Quand une figure n’existe pas déjà dans les esprits cultivés, avec des traits traditionnels et précis, l’artiste s’efforcera de la rendre tellement significative que ses contemporains l’associent aux personnages traditionnels : c’est là le plus beau succès. N’exprimant aucun fait historique, la figure manifestera une âme.
Il faut penser à la musique et au moment de silence qui précède le soir, pour créer une expression séductrice. Si vous peignez une femme, qu’on souhaite d’en être aimé, sans l’espérer ! Ce sont les seules amours qui ne finissent pas par des larmes : car plus il y a de sentiment dans nos désirs, plus il y a martyre, grand martyre !
Le peintre qui flatte les grossiers instincts méconnaît la dignité de son art. Certains prêtres crient contre l’étude du nu et voudraient que, par pudeur, on ignorât la splendeur du corps. L’art ne saurait différer de l’homme : il ne peut renoncer ni à la grâce, ni à la volupté, sans s’amoindrir. Tout nous vient par les sens ; l’honnêteté consiste à tempérer leur mouvement par une attraction plus haute. Une femme désirable ne sera point Vénus, si elle manque de ce caractère propre aux déesses d’intimider le désir du mortel. Quelques-uns représentent les anges en enfants, comme si leur pureté venait de leur ignorance. A mon sens, on augmente leur dignité, si leurs yeux inquiètent l’homme par la supériorité d’entendement. Employés aux desseins célestes, confidents des mystères, l’ingénuité leur va mal. Ils paraissent de bons serviteurs qui ignorent à quel bel office on les commet et qui l’accomplissent servilement.
Les anciens n’ont jamais agi légèrement et il faut de bonnes raisons pour s’écarter de leur exemple. Si leur peinture, dont il ne reste rien, ressemblait à leur sculpture, elle était exclusivement typique : car les plus belles statues sont au repos. Que vos figures isolées soient paisibles ; mettez l’activité dans l’expression : l’esprit se montre plus curieux d’un sourire étrange que d’une gesticulation violente. Certes, on peut faire œuvre dramatique d’une bataille, je l’ai montré, à Florence, dans l’épisode d’Anghiari ; c’est cependant un art de second ordre, supérieur à la représentation animale, inférieur aux effets spirituels. Voilà pourquoi le peuple juge mal et ne discerne pas la beauté suréminente, la réalité étant plus voisine de sa propre nature extrêmement limitée. On m’a blâmé de m’occuper de choses très diverses, étrangères à mon art. Le peintre doit être un homme univer-sel et tirer profit de la moindre observation. Quel petit entendement que celui qui ne s’intéresse qu’à son procédé ! L’œuvre s’élargit ou se rapetisse suivant que le cerveau du peintre embrasse un grand ou un petit horizon. Celui qui ne voit au monde que son modèle et sa palette descend au niveau de l’artisan : il n’ob-serve plus ni lui-même, ni les autres, et la nature ne frappe que ses yeux, non son esprit : il n’est qu’œil et main d’ignare, sauf à manier le pinceau. Les sciences sont les soldats de l’art : elles lui servent à exprimer avec rigueur les plus imperceptibles et insaisissables traits de l’esprit. L’étendue et la fermeté du savoir forment la base d’une carrière. Une merveilleuse harmonie relie entre elles les choses créées et l’œil du peintre tire les éléments de son art du spectacle de la vie. Le battement d’aile de l’oiseau vous donnera le dessin d’une paupière et la vague qui meurt sur le sable enseigne le mouvement d’un sourire. J’ai trouvé dans le ciel des reflets applicables au regard et les fleurs m’ont appris des poses pour les mains.
Le peintre fréquentera les hommes que la fortune a élevés. Leurs desseins profonds, l’habitude d’oser et de réussir, la constante dissimulation qui leur est nécessaire, le perpétuel souci de conserver le pouvoir ou de l’augmenter, ces causes tendent leurs ressorts intérieurs les rendent admirables pour l’étude.

Leurs yeux impérieux se voilent par volonté ou lancent des éclairs ; dans le conseil ou dans l’action, ils prennent des expressions, vraiment prêtes à peindre, tandis que le citoyen obscur appliqué à gagner de l’argent ne mérite pas notre attention : il ne correspond à rien de pictural. On trouve plus aisément à s’inspi-rer des femmes que des hommes, car nous les regardons avec une complaisance involontaire qui a sa raison cachée aux lois de la nature. Peignez-les, les genoux serrés, les bras ramenés vers le corps, la tête inclinée et un peu penchée sur le côté : qu’elles ne paraissent de conquête facile et banalement accueillantes. Sinon le spectateur ne sera pas attiré ; et ce n’est pas la peine de travailler à une figure dont personne ne voudrait, s’il la rencontrait vivante. Encore ne faut-il pas que le spectateur ait l’impression familière d’avoir rencontré votre figure et qu’il en connaisse d’identiques. Même devant un portrait, les parents et les amis doivent s’étonner de ce que le peintre a su voir dans le modèle. Il y a une faculté très rare de pénétrer jusqu’au dedans des êtres et qui seule permet la ressemblance idéale qui diffère tout à fait de la justesse du coup d’œil ; elle opère d’une façon divinatoire et explique l’inconnu par le connu, l’être intérieur par son extériorité. J’ai dessiné beaucoup de vieillards parce que leurs rides et déformations révèlent leurs passions et leurs souffrances ; on suit aux plis de leur peau les étapes de la vie, comme si on examinait la carte de leur destin accompli. A la fin de la vie, le nez de l’orgueilleux s’accuse, la calvitie découvre le front de l’ambitieux, le creusement des joues révèle l’avare, et l’exagération des lèvres le gourmand. Déprimez le front, aplatissez le nez et le type descend jusqu’à l’idiotie. Élargissez les maxillaires en amincissant les lèvres, vous produirez la férocité. Chacune de nos passions manifeste spécialement un instinct animal et les ressemblances bestiales dévoilent, d’un seul coup d’œil, l’âme des hommes. Qui n’a remarqué le rapport des gens de loi et du renard, de ceux d’Église avec la fausse bonhomie de l’ours, tandis que les hommes généreux mais sans grande pensée ressemblent au cheval, que nos condottiere ont des profils d’oiseau de proie et que le type commun parmi le peuple est celui du chien ou du mouton. Quoi d’étonnant que nous ayons des instincts, puisque notre organisme ressemble en tant de points à celui de l’animal ? Mais la nécessité du travail impose au corps humain une allure attris-tante : on reconnaît la profession au développement ou à l’atrophie de telle partie du corps : la mode aussi détériore nos formes. Les pieds sont également déformés par la misère et par le luxe, par la fine chaussure ou la marche nue : il faut donc les dessiner idéalement. Préférez aux courtisanes les femmes de haute lignée et de bonnes mœurs. L’oisiveté, la rêverie, la lecture des poètes et une ascendance de richesse vous assurent que ce sont de bons sujets d’étude. Efforcez-vous de les intéresser afin de donner essor à leur coquetterie : les honnêtes ont souvent beaucoup d’expression, au lieu que celles incontinentes paraissent comme vides.

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David Rosen : « Trump & Cie pourraient déclencher une guerre avec l’Iran pour renforcer ses chances de réélection » — Algérie Résistance


David Rosen. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre, Sin, Sex & Subversion, vous évoquez […]

via David Rosen : « Trump & Cie pourraient déclencher une guerre avec l’Iran pour renforcer ses chances de réélection » — Algérie Résistance

LE PROCES DE LA DEMOCRATIE


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Auteur : Haupt Jean
Ouvrage : Le procès de la démocratie
Année : 1971

 

 

APERÇU BIOGRAPHIQYE DE L’AUTEUR
Jean HAUPT est né à Oran à la veille de la 1re.. guerre mondiale,
de père lorrain et de mère provençale. Études supérieures
(licence d’allemand) à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence.
De par ses activités professionnelles – assistant de français à
Kônigsberg (Prusse orientale), lecteur à Reykjavik (Islande),
professeur à l’Institut Français de Lisbonne; puis, après la guerre
de 1939-45, traducteur-interprète officiel de portugais-français
de la Commission de Coopération Technique en Afrique au Sud
du Sahara ( CCTA) – il est amené à voyager et à séjourner plus
ou moins longuement dans un grand nombre de pays d’Europe,
aux régimes politiques les plus divers : Allemagne (avant et
après la guerre de 1939-45), Islande, Norvège, Suède, Finlande,
Estonie, Danemark, Angleterre, Italie, Espagne, Portugal, ainsi
que, pratiquement, dans tous les pays de l’Afrique Noire, de
Madagascar à Sào Tomé, de Dar-es-Salam à Luanda, Dakar,
Johannesburg, Abidjan, Lourenço Marques, Kampala, Salisbury,
Nairobi, Léopoldville, Brazzaville, Pointe Noire, Conakry,
Ibadan, etc.
Fixé au Portugal où il exerce, depuis de longues années, la
profession de traducteur de nombreux départements officiels,
il a traduit, entre autres innombrables ouvrages, dans tous les
domaines (art, histoire, littérature, économie, philosophie,
politique, etc.), la plupart des discours et les «Principes
d’action »de Salazar (éd. Arthème Fayard, Paris), et le célèbre
«Sermon de Saint Antoine aux Poissons» du Père Antonio Vieira,
prédicateur portugais du XVIe- siècle (éd. Bordas, Paris).
il a publié en outre un petit essai de linguistique comparée ( « On
ne dit pas … On dit … -phraséologie lusofrançaise »,éd. Livraria
didàctica, Lisbonne).
S’intéressant passionnément à la politique depuis les bancs du
lycée, n’ayant jamais été inscrit à aucun parti, n’ayant jamais posé
sa candidature à aucune élection et n’ayant pas l’intention de le
faire, il dirige, depuis huit ans, à Lisbonne, les Cahiers Découvertes,
publication de langue française au service de 1′ Occident.
C’est donc en connaissance de cause et en toute objectivité
que Jean Haupt dresse ici un réquisitoire documenté, clair, serré,
implacable, de la Démocratie. Après avoir analysé successivement
les principes et les institutions du régime démocratique – les
cc immortels principes  » », le suffrage universel, les partis, le parlement,
le gouvernement, le Chef de l’État, il conclut que la démocratie
est contraire aussi bien aux intérêts légitimes des citoyens qu’aux
intérêts supérieurs de la Nation.

 

Combien, oh ! combien de fois, par une immanente
justice de l’Histoire, la défaite des vaincus na-t-elle pas été
la condamnation des vainqueurs ? Il fout savoir attendre.
C’est l’évangile qui nous l’enseigne: l’arbre ne donne pas de
fleur tant que la semence n’a pas pourri dans la terre.
Ramalho Ortigao (Dernières banderilles)

 

I
INTRODUCTION
POUR SORTIR DE L’IMPASSE…

Pour sortir de impasse, il faut sortir de la démocratie …
L’ISSUE de la dernière guerre a été marquée par ce que l’on
appelé la victoire des démocraties.
L’histoire, surtout l’histoire moderne, nous enseigne qu’un
régime politique a rarement survécu à la défaite militaire. À plus
forte raison devait-il en être ainsi après cette guerre, puisque
l’objectif déclaré des croisés de la démocratie était précisément
de détruire le nazisme et le fascisme abhorrés. Et il ne fallait pas
seulement les détruire dans leurs oeuvres et dans leurs réalisations
concrètes. il fallait les détruire dans leurs fondements et dans leurs
principes. il fallait en extirper jusqu’au dernier germe, éliminer
toute possibilité de résurrection future. il fallait qu’il fût établi,
une fois pour toutes, que tout, absolument tout, dans ces régimes,
dans ces idéologies, était pernicieux, criminel, condamnable. Et
non seulement dans ces régimes et dans ces idéologies;, mais dans tous
les régimes et dans toutes les idéologies;, présents;, passés et futurs;, qui
ne se réclameraient pas de la démocratie. Car il fallait désormais que
personne n’osât mettre en doute l’excellence de la démocratie, au
risque d’encourir les foudres de la conscience universelle.
Ainsi, alors qu’un peu partout, dans notre vieille Europe, les
esprits les plus sains, les plus éclairés, les plus honnêtes, s’accordent
pour reconnaître que rien ne va plus, pour constater la décadence
généralisée, et apparemment inévitable (le fameux « sens de
l’histoire »!) de l’intelligence, des institutions et des moeurs,
voire l’agonie de plus en plus rapide de notre Civilisation, rares
sont ceux, cependant, qui ont l’idée, ou le courage, d’en tirer les
dernières conséquences. Comme des poissons qui, pris dans une

nasse, tournent en rond sans en trouver l’ issue, on préconise des
remèdes dans le cadre du systeme partout en vigueur, la démocratie,
sans s’apercevoir, ou sans vouloir avouer, que c’est le système qui
est mauvais, et que … pour sortir de l’impasse, il faut sortir de la
démocratie.»
La critique fondamentale de la Démocratie a déjà été faite,
à plusieurs reprises, par les représentants les plus autorisés de la
pensée européenne. Et il ne semble pas que leurs arguments aient
jamais été réfutés. On continue à proclamer l’excellence de la
Démocratie. On aurait du mal à la prouver, en théorie, et, encore
moins, dans la pratique !
Comment expliquer, alors, que les peuples, aujourd’hui,
croient encore à la Démocratie, ou tout au moins la tolèrent ?
Sans doute parce que les peuples écoutent, naturellement, avec
complaisance, ceux qui les convainquent qu’ils sont plus que ce
qu’ils sont et leur promettent plus qu’ils ne peuvent avoir, et que
les peuples résistent mal aux invitations constantes à la facilité.
(C’est pourquoi il est vrai qu’il existe en démocratie- mais en
démocratie seulement – un  » sens de l’ histoire  » : le sens de la
facilité, le sens de la décadence).
Sans doute aussi parce que les arguments antidémocratiques,
qui s’adressent davantage à l’intelligence et au bon sens
qu’aux passions des hommes (au contraire de la propagande
démocratique), n’ont pu encore pénétrer dans les masses.
A cela, il faut ajouter la gigantesque campagne de falsification,
d’intoxication, de mensonge, déclenchée à la suite de la deuxième
guerre mondiale par les démocraties victorieuses. Et, même quand
elle n’a pas réussi à convaincre, cette propagande est parvenue à
inculquer dans les esprits les mieux formés la sainte terreur du
«qu’en dira-t-on?» (voire des représailles !). Tel est le pouvoir
de la propagande démocratique qu’elle est parvenue à faire de

la Démocratie un dogme inviolable, formulant un nouveau
précepte de morale impérative, un nouveau commandement : de
la Démocratie ne médiras, sous peine des pires châtiments …»

Dans les pages qui suivent, nous proposant d’instruire- le
plus succinctement et le plus clairement possible -le « proces de
la Démocratie», nous analyserons successivement :
– En une première partie, les principes idéologiques, ce que
l’on appelle «les immortels principes de 89 » : Liberté. Égalité, Fraternité;
– en une seconde partie, les institutions fondées sur ces
mêmes principes : le suffrage universel, les partis, le parlement, le
gouvernement, le chef de l’État;
– enfin, considérant que la nation est, et sera toujours, le cadre
le plus favorable, non seulement à la vie des sociétés, mais encore
à la sauvegarde et au développement des cultures humaines,
dans la richesse de leur variété, que nous devons nous efforcer
de maintenir à tout prix, contre toutes les forces et les tentatives
de nivellement, jugeant la Démocratie sous l’angle de l’intérêt
national, nous conclurons que la Démocratie est contraire à la
fois aux intérêts légitimes des citoyens et aux intérêts supérieurs
de la Nation.

 

II
LES IMMORTELS PRINCIPES
LIBERTÉ, LIBERTÉ CHÉRIE …

Témoignages
«Au milieu de la perturbation générale, des dangers qui
menacent la vie et les biens, 1 ‘égoïsme sacrifiera sans dispute la
liberté. Car la liberté, si belle soit-elle, n’est dans la vie qu’une
simple circonstance : 1 ‘ordre est la condition essentielle,
intrinsèque, de 1 ‘existence ; la garantie du travail et du pain.
~pourra calculer le nombre de libertés que nous sacrifierons
à l’ordre, le jour où le désordre, conférant à tous le droit au
gouvernement, menacera de nous supprimer le droit au dîner … »
«La liberté est, comme l ‘argent, une valeur purement
conventionnelle et abstraite, sans autre utilité que de nous
permettre de satisfaire un certain nombre d’aspirations. Et si
l’on dressait la liste des buts pour lesquels chacun aspire à la
liberté, on obtiendrait l’inventaire le plus complet de toutes les
vertus et de tous les vices, de toutes les générosités et de toutes les
rancoeurs dont l’humanité est capable.»
Ramalho Ortigao,
écrivain portugais (1836-191S)
(Les Banderilles)

«Le système démocratique admet que la raison guide les
masses populaires, quand la vérité est que celles-ci obéissent plus
généralement à la passion. Or toute fiction s’expie, parce que la
vérité se venge.
« C’est pourquoi la démocratie, si belle en théorie, peut,
dans la pratique, conduire à d’insignes horreurs. »
Alain

«Les promesses des idéalistes ont toujours abouti à des
réalités exactement inverses. Les mots magiques de leurs livres,
les inscriptions qu’ils mettent sur leurs banderoles, les slogans
qu’ils impriment sur leurs affiches, ont un effet diabolique :
ils rendent aussitôt impossible pour très longtemps ce qu’ils
réclament avec tant d’insistance( … )
«Ce phénomène a commencé au temps de Jean-Jacques
Rousseau, dont l’âme sensible a finalement suscité Robespierre,
et, depuis, on nous en répète 1 ‘exhibition à intervalles réguliers.
On vous annonce « le pain, la paix, la liberté » : cela signifie que
vous verrez successivement la vie chère, la guerre et les camps de
concentration. On affiche la représentation de la Défense de la
Personne Humaine : ce vaudeville se termine par une purée de
60 000 Japonais réalisée en 14 secondes ! … »
Maurice Bardèche
(Lettre a François Mauriac)

 

LES IMMORTELS PRINCIPES

Tout régime, s’il se destine aux sociétés humaines,
doit tenir compte de cette réalité première: l’homme,
l’homme tel qu’il est, avec ses vertus, ses imperfections, ses
faiblesses, et non pas l’homme tel qu’il devrait être et tel que l’a
idéalisé Rousseau : intrinsèquement parfait et bon.
L’homme, être doté d’une âme et d’un corps, est, par nature,
imparfait et, par nature, imperfectible.
S’il est vrai que l’humanité progresse matériellement, on
ne constate pas, au contraire, au long des millénaires de son
existence, le moindre progrès moral. On pourrait même se

demander si le progrès moral ne serait pas en raison inverse du
progrès matériel ! C’est un fait, par exemple, que de nombreuses
inventions ont été utilisées à des fins de guerre, avant de servir
à des fins de paix (la poudre, l’avion, l’énergie atomique). Les
moyens de communication qui, dit-on, rapprochent les hommes,
leur permettent aussi de s’exterminer plus facilement. Chaque
découverte, chaque invention, si elle est utilisée pour le bien,
est aussi, et souvent davantage, utilisée pour le mal. Si elle est
un instrument entre les mains des bons, elle l’est également
entre les mains des méchants. Et personne n’osera affirmer que
le nombre des premiers augmente au cours des siècles, et que le
nombre des seconds diminue, ni que ce que l’ on pourrait appeler
la moyenne de vertu de l’humanité s’élève graduellement. Il est
indéniable qu’il y a eu, en des ères très reculées, des sociétés
beaucoup plus vertueuses que la nôtre, bien que matériellement
beaucoup plus arriérées. Pour le chrétien croyant, la venue du
Christ sur la Terre a racheté l’homme du péché originel, ceci
sur le plan métaphysique. Mais sur le plan moral, sur le plan de
la vie quotidienne et des relations humaines, deux mille ans de
christianisme n’ont pas amélioré l ‘humanité d’un iota. il ne serait
pas difficile à un historien de prouver que les deux mille ans qui
ont suivi l ‘avènement du Christ ont été, au moins, aussi remplis
de crimes, de vices, de guerres, d’atrocités, de bassesses, que les
deux milles ans qui l’ont précédé !
J’ ouvre ici une parenthèse. il résulte de ce qui précède que
nos bonnes consciences démocratiques sont mal venues de se
répandre en récriminations indignées contre les excès, les crimes
et les atrocités commis par leurs adversaires (tandis qu’elles
excusent parfaitement ceux qui sont commis au nom de la
Démocratie!), parce que ceci, dit-on, est impardonnable «en
plein XXe  siècle, ! » …
Au début de ce siècle, l’ Angleterre (modèle de démocratie)
trouve bon d’exterminer les Boers pour étendre sa domination

sur le Transvaal. Mais, quelque trente ans plus tard, pour avoir
osé conquérir l’Abyssinie, l’Italie (fasciste) est mise hors la loi, au
nom du XXe siècle et de la Civilisation! Les atrocités commises
sous la Révolution françaises, avec les moyens de l’époque
(guillotine, noyades de Nantes, massacres de septembre, etc.),
puis, dans toute l’Europe, par les armées napoléoniennes, sont
aussi impardonnables que celles qui ont été commises, dans les
deux camps, durant la dernière guerre, avec, grâce au progrès,
des moyens perfectionnés (camps de concentration, bombe
atomique, etc.).
Donc les hommes, dans leur ensemble (je ne dis pas, bien sûr,
individuellement), ne sont ni parfaits, ni bons, ni perfectibles.
On en conclut d’ores et déjà que s’il est un régime inapplicable
aux hommes, c’est bien la Démocratie, régime essentiellement
fondé sur la bonté intrinsèque, sur la vertu de l’humanité
(cf Rousseau, Montesquieu), comme le prouvent les «immortels
principe de 89 », synthétisés eux-mêmes dans la fameuse et
sacro-sainte trilogie : Liberté Égalité Fraternité.
Cependant, même si l’on admet que la Liberté, l’Égalité, la
Fraternité – considérées non pas comme des objectifs concrets,
accessibles, mais comme des idéaux « auxquels on tend sans y
prétendre» (comme dit je ne sais plus quel philosophe), c’est-à-dire
dont on s’efforce de se rapprocher, sans avoir la prétention d’y
parvenir doivent constituer l’aspiration suprême des société
humaines, nous montrerons que, précisément, la Démocratie ne
garantit ni la Liberté, ni l’Égalité, ni la Fraternité.

 

LIBERTÉ, LIBERTÉ CHÉRIE …
« Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! >>, s’écriait
Mme., Roland, sur l’échafaud. Et ceci se passait, déjà, en 1793:
qu’aurait-elle dit si elle avait vécu à notre époque ! …
n n’empêche que, depuis le jour où nos ancêtres ont pris la

Bastille, la Liberté est incontestablement la grande divinité du
culte démocratique. Démocratie et Liberté sont deux concepts
indissolublement liés dans l’esprit du commun des mortels.
Qu’importe si, après avoir pris la Bastille et libéré la demi-douzaine
de condamnés de droit commun (1) qui s’y trouvaient encore, les
champions de la Liberté se sont empressés de remplir les autres
prisons de milliers de citoyens, coupables de ne pas penser comme
eux!
Ainsi, dès le début, le binôme Démocratie-Liberté porte la
marque de l’imposture. Marque inévitable, car l’expression La
Liberté (Liberté avec un grandL) est en elle-même une imposture,
une abstraction vide de tout sens et de tout-contenu, un os jeté en
pâture aux masses aveugles qui, en son nom, périodiquement, se
font tuer et s’entre-tuent.
Qu’est-ce, en fin de compte, que la Liberté ? Posez la question à
brûle-pourpoint à un homme de la rue, à un ouvrier, à un paysan,
ils seront fort embarrassés de vous répondre. Les plus dégourdis
vous diront peut-être, après quelque hésitation: «La Liberté .. .
euh … c’est la liberté de dire ceci; c’est la liberté de faire cela» .. .
En fait, la Liberté n’existe pas: il n’y a que des libertés, d’ailleurs
souvent divergentes ou contradictoires, c’est-à-dire que l’exercice
de certaines libertés s’oppose automatiquement à l’exercice des
autres.
Mais, vous diront les théoriciens de la Démocratie, il est
évident que, lorsque nous parlons de Liberté, nous employons
ce terme collectif pour désigner un ensemble de libertés que
l’on appelle libertés politiques ou civiques. Ou mieux: quand
nous parlons de la Liberté, nous désignons la liberté que
nous considérons effectivement comme la liberté essentielle,


1.Quatre faussaires qui s’empressèrent de disparaitre sans demander leur
reste ; un sadique, qui fut acclamé par la foule et qui en profita pour faire un
discours à la gloire de la Liberté ; et deux fous, qui furent immédiatement
enfermés à Charenton … (Cf Pierre Gaxotte : la Révolution Française.)



fondamentale : la liberté de pensée, ou liberté d’opinion, d’où
découlent successivement, comme autant de corollaires, les autres
libertés: la liberté d’expression de la pensée; la liberté de faire
partager aux autres notre pensée ou notre opinion ; la liberté de
réunion et d’association.
Effectivement, ce sont là les libertés que nos démocrates
considèrent:
1) comme l’apanage exclusif de la Démocratie;
2) comme une nécessité vitale et répondant, en tant que telle,
aux aspirations suprêmes des peuples ;
3) comme une condition indispensable à l’épanouissement
de la culture et de la civilisation.
Or nous verrons que ces trois points sont hautement
contestables.

 

LIBERTÉ DE PENSÉE

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L’héritage des Novembristes vs. le legs désastreux des Bouteflika — Algérie Résistance


Aujourd’hui, l’Algérie commémore le 5 juillet, date de l’Indépendance du pays. Dans la longue nuit coloniale, des braves se sont levés et ont combattu vaillamment les occupants pour libérer la patrie. Ils ont réussi leur mission historique au prix d’immenses sacrifices. Mais qu’a-t-on fait de l’Algérie ? Après que ces valeureux combattants se soient sacrifiés pour […]

via L’héritage des Novembristes vs. le legs désastreux des Bouteflika — Algérie Résistance

Humour : à quoi peut ressembler une rave party salafiste 100 % “Halal”? — Strategika 51 Intelligence


La vie est belle pour certains gourous de ce monde post-moderne. Cette vidéo semble le démontrer assez bien. Quoi de mieux qu’une virée dans une boîte branchée 100 % “Halal” pour toute une promotion de salafistes sous les pas inspirées de leur chef ? L’avenir appartient à ceux qui savent s’adapter très vite au changement…

via Humour : à quoi peut ressembler une rave party salafiste 100 % “Halal”? — Strategika 51 Intelligence

La contrefaçon de l’âge d’or


sophiaperennis.unblog.fr

« Ne vous ai-je pas annoncé au sujet de l’antéchrist un fait qu’aucun prophète n’avait signalé à son peuple ? Il est borgne et il apportera avec lui une image représentant le Paradis et une autre représentant l’Enfer. Et celle qu’il vous dira être le Paradis sera l’Enfer. Je vous signale ce danger comme Noé l’avait signalé à son peuple » (Hadith extrait de Bokhâri, LX, III, 3).
Mécislas Golberg, Disgrâce couronnée d’épinesPortrait de Mécislas Golberg par Antoine Bourdelle

On ne le répétera jamais assez : notre époque contemporaine a non seulement atteint un niveau de dégénérescence historique extrême, elle se caractérise également par une sinistre et totale inversion de la vision traditionnelle du monde. En nous référant aux mythologies et aux récits sacrés des anciennes traditions humaines, nous verrons dans cet article que notre société actuelle constitue purement et simplement une parodie du Paradis biblique ou de l’Âge d’or originel.

D’ailleurs, en prenant pour analogie la destinée de toute vie humaine, ne peut-on pas dire que la sénilité du vieillard ressemble fortement à la fragilité du nouveau-né ? L’un va bientôt mourir et sent qu’il se rapproche de la mort dans un futur au-delà, l’autre vient de naître ici-bas et sent qu’il a quitté un état antérieur plus subtil…

Or, à nos yeux, le retournement mental le plus décisif opéré par la modernité (depuis les utopies de la pseudo-Renaissance) concerne avant-tout le sens de l’histoire : les Anciens ont partout et toujours affirmé que la perfection anthropologique se situait au début des temps, jamais à la fin. A l’exception du monde moderne, tous les enseignements traditionnels ont placé les temps de béatitude et de félicité au commencement, jamais dans un futur incertain, et, par conséquent, ont tous fait état d’une « Chute de l’homme » (ou bien d’un « retrait des dieux », ce qui revient à exprimer la même idée).

Nous ne pouvons ici que citer ces sublimes mots de l’historien et ethnologue Jean Servier, extraits de son indispensable ouvrage : L’Homme et l’Invisible (R. Laffont, 1964, p. 27) : « Les traditions de toutes les civilisations ont choisi la solution de la chute. Elles en tirent toutes les conséquences. La science occidentale défend, elle, l’hominisation du singe, peut-être parce qu’il est plus facile d’être un singe « parvenu » qu’un ange déchu ».

En effet, le supérieur ne peut pas être le résultat de l’inférieur, le + n’émane jamais du –, et si Toto a dix euros en poche, il peut acheter neuf euros de bonbons mais pas onze. A ce titre, le prophète Mohammad (saw) rappelait cette vérité universelle lorsqu’il déclarait : « Il ne viendra pas d’époque qui ne soit pire que la précédente »On ne peut être plus clair : toute forme de progressisme historique constitue une irrémédiable hérésie intellectuelle et se présente comme une inversion du court normal du temps, corrosif et constricteur. L’eau vive n’est-elle pas plus pure à sa source qu’à son estuaire ?

Aujourd’hui, à l’heure du New World Order (expression qui n’est pas due à un livre d’H.G.Wells comme le répète sans cesse P. Hillard, mais qui est tout simplement le titre de Genèse II, 9 racontant le pacte entre Dieu et Noé après le Déluge, ce qui constitue là-encore une sinistre parodie moderne), à l’heure de la sacro-sainte « Croissance » et des fumeux « lendemains qui chantent », le monde entier, sans dessus-dessous, vit en fait dans une vaste illusion plastifiée et se situe historiquement dans les bas-fonds de l’ « Âge sombre » (soit les « jours de lamentations » de la Bible, l’ « âge de fer » d’Hésiode, les « tribulations apocalyptiques » de Jean, le kali-yuga des hindous, l’ « âge du loup » des vieux scandinaves… etc.).

Ainsi donc, nous vivons actuellement dans un monde à rebrousse-poil qui se caractérise comme une singerie terminale — constituant à la fois une horizontalisation, une matérialisation et une profanation — de l’ « Âge d’or », dans ce que René Guénon dénommait explicitement « la grande parodie » ou « le carnaval perpétuel », et que le génial Aldous Huxley avait prévu il y a presque cent ans dans son énigmatique Meilleur des mondes (où il prédisait notamment l’esclavage volontaire, l’interdiction de l’amour, l’hypersexualisation de la société, la généralisation de l’évasion dans les drogues et le spectacle, la fin de la procréation naturelle, la mort de la famille, l’eugénisme industriel, l’abrutissement des masses, l’éducation sexuelle dès la petite enfance, ou encore la banalisation de l’euthanasie en transformant les morgues en fêtes foraines avec clowns et barbe-à-papas).

16 La chute des anges rebelles - BRUEGEL

Dès lors, nous donnerons en vrac quelques illustrations factuelles qui nous font dire que la fin des temps est proche et que « l’Heure » annoncée par toutes les eschatologies est arrivée.

-Les projets politiques mondialistes et les divers courants néo-spiritualistes du New-Age ne représentent qu’une mauvaise imitation de la « Tradition primordiale », en remplaçant l’unité spirituelle du genre humain par une uniformisation dégradante des corps et des âmes. On peut dire ainsi que la Jérusalem terrestre, future capitale du monde selon Jacquot, n’est qu’un pastiche grossier de la Jérusalem messianique et céleste des prophètes bibliques devant acter le retour sur terre du Paradis.

-L’aviation, la conquête spatiale et la construction de gratte-ciels constituent des caricatures grossières du lien Terre/Ciel et de la facilité de communication avec Dieu qu’avaient les premiers hommes. Un célèbre hadith ne prévoit-il pas qu’à la fin du monde des tours s’élèveront dans le désert, à l’image de la tour de Babel (songeons à la gigantesque Big-Benconstruite en plein centre du sanctuaire de La Mecque ; voir à ce sujet cette vidéo :http://www.dailymotion.com/video/xxcs1j) ?

-L’anglicisation générale et la multiplication des moyens techniques de communication nous renvoient au langage unique, à la « langue des oiseaux » et au « don des langues » propres à l’humanité originelle qui, dit-on, pouvait facilement dialoguer avec tous les règnes du vivant. De même, le cinéma, la télévision, internet et l’énorme pouvoir des médias ont littéralement supplanté le pouvoir sanctifiant du Verbe divin ; n’oublions pas que dans son Apocalypse (XIII, 15), saint Jean parle d’images animées par la Bête…

-La généralisation de l’homosexualité et du transgenre, virilisant les femmes et efféminant les hommes, nous rappellent étrangement la doctrine platonicienne de l’ « Androgyne primordial », conçu comme une sphère lumineuse parfaite, de la même manière que la promotion de la pornographie nous ramène à la nudité sans honte de nos proto-parents dans le jardin d’Eden.

-Le productivisme, les supermarchés et la consommation à outrance nous font penser aux fructueuses récoltes sans effort pendant l’ « éternel printemps » de l’âge d’or ainsi que le raconte, entre autres, Ovide, dans ses Métamorphoses (un mythe amérindien affirme par exemple qu’au début des temps, les fruits étaient si gros qu’il fallait une brouette pour les transporter).

-La chirurgie esthétique et les pilules-miracle anti-vieillissement se présentent comme une nouvelle forme artificielle de la « Fontaine de Jouvence » ou de la « Source de Vie » située au centre du Paradis, permettant à l’humanité primordiale d’être immortelle ou de jouir de l’éternelle jeunesse (on notera d’ailleurs que l’âge des prophètes bibliques, qui vivaient des centaines d’années au début du cycle, ne fait que décroître au fur et à mesure du récit).

-L’intelligence artificielle, le transhumanisme, et surtout le robot, en tant qu’aboutissement de l’ « homme nouveau » prôné par tous les révolutionnaires, qui incarne la figure idéale de l’homme singé, hors-sol, extérieurement augmenté et déspiritualisé (et qui bénéficie aujourd’hui de droits juridiques ; un horrible robot nommé sataniquement sophia a été la semaine dernière déclaré citoyen d’honneur de l’Arabie Saoudite, décidément à la pointe de la subversion moderne) sont des parodies matérialistes de la perfection ontologique, des hautes capacités intellectuelles et des divers pouvoirs spirituels de l’ « Homme transcendant » dans le séjour paradisiaque ; il est à cet égard intéressant d’observer que le grand historien des religions Mircea Eliade parlait déjà de « transhumanisme », seulement, ce mot était pour lui un synonyme de « sacré » et caractérisait uniquement le phénomène religieux…

 transhumanisme

Bref, à l’heure actuelle, comme le disait froidement Guy Debord dans sa Société du spectacle : « Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation », soit un sordide monde à l’envers où le beau est devenu le laid, où le mensonge tient lieu de vérité, où toute qualité humaine se transforme en défaut, où les petits hommes verts ont remplacé les anges, où le fou est perçu comme un sage, et où le borgne a été sacré roi des aveugles…

Que font les riches de leur fortune? — brunobertez


On me demande souvent que font les riches de leur fortune? La réponse est complexe. Elle est complexe en ceci que les riches connaissent le secret du temps et du calendrier. Quand je dis « ils » , bien sur cela peut être non pas eux mais leurs conseillers. J’ai été moi même conseiller d’ultra riches et […]

via Que font les riches de leur fortune? — brunobertez

Neutrino Power


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Auteur : Meyl Konstantin
Ouvrage : Neutrino power Avec de nouvelles connaissances sur les contextes physiques, géographiques et cosmologiques
Année : 2018

Traduction Dr vet. Hervé Janecek

Avant-Propos
C’est Nikola Tesla qui a été le premier à décrire les
propriétés des neutrinos. Il voulait même avoir mesuré
la particule.

Il écrivit dans le New York Times: rr ••• jusqu’à ce que
j’obtins en 1898 les preuves mathématiques et
expérimentales, que le soleil et des objets célestes
semblables, émettent un rayonnement riche en énergie,
qui se compose de particules incroyablement petites et qui
possèdent une vitesse qui est passablement plus élevée
que celle de la lumière. La puissance de pénétration de ce
rayonnement est si grande, qu’il peut traverser des
milliers de kilomètres de matière solide, sans que sa
vitesse soit réduite de manière significative.>>

Avec ces capacités de pénétration élevées, Tesla a décrit
une propriété particulière que seul le rayonnement
neutrinique possède. C’est pourquoi Nikola tesla peut
être considéré comme le découvreur des neutrinos.

En 1936, Pauli a introduit le neutrino comme une
particule sans masse et sans charge, mais porteuse
d’énergie, afin d’équilibrer le bilan énergétique de la
désintégration beta.

D’après les connaissances d’aujourd’hui, le neutrino
constitue un rayonnement partout présent en grande
quantité dans le cosmos, dont l’existence n’est plus mise
en doute depuis l’attribution en 2002 du Prix Nobel de
Physique à deux chercheurs dans ce domaine des
neutrinos. Des recherches récentes menées au sein du
détecteur du Kamiokandé au Japon ou bien au Lac
Baikal ont mené à un bouleversement de la pensée à
leur sujet.

1. Questions fondamentales à propos de la
construction de la terre
Nous commençons avec la terre comme exemple et nous
nous posons la question: pourquoi la terre est-elle si
chaude à l’intérieur? Pourquoi est-ce de plus en plus
chaud lorsque nous allons toujours plus profond? Estce
que cette tendance persiste au fur et à mesure que
nous nous enfonçons? Il doit y avoir une source d’énergie
présente en profondeur, que nous devons chercher.

1.1 Croissance de la Terre d’un point de vue géographique!
Si l’on recule dans le temps, la terre doit avoir été
autrefois bien plus chaude qu’elle ne l’est aujourd’hui,
ce qui signifie que la vie a été impossible en ces temps
reculés; or ceci est contredit par toutes les connaissances
à notre disposition. Lorsque la terre était âgée de
quelques millions d’années, les découvertes de fossiles,
montrent que la température à sa surface était en fait à
des niveaux voisins de ceux d’aujourd’hui. Il y a là un
problème que nous devons résoudre.
Une autre question concerne la croissance de la terre.
Cette question est ignorée par la Science ou alors elle
fait l’objet de discussions très controversées dans les
cercles de la géophysique. Si la Terre est en croissance
toutefois, alors il faut répondre à la question de savoir
d’où vient l’énergie et en quoi elle peut avoir un effet?
Est-ce une énergie de l’univers ou bien vient-elle de la
terre elle-même?
Nous devrions également préciser si cette question a
quelque chose à voir avec ce qui précède. Cet ouvrage
est intitulé Neutrinopower, ce qui est déjà une
anticipation sur le résultat de notre enquête, mais que
nous nous devons dans tous les cas de justifier.

En ce qui concerne l’expansion de la terre, il y a des
preuves venant de la géographie, de la géologie et aussi
de la Physique. Le point le plus important vient à mon
sens de la physique.

1.2 Preuves géographiques
Commençons par les preuves géographiques: et là, il
n’est pas possible de ne pas faire référence à Otto
Hilgenberg, qui a été le premier à y penser. Sa fille m’a
donné son livre de 1933. Il est considéré comme un
élève de A. Wegener, qui eut l’idée en premier de la
dérive des continents.
Son père Otto Hilgenberg a adopté le point de vue
suivant: Pour faire dériver les plaques continentales, il
doit y avoir une force énorme. Lorsque la Terre croît et
que le diamètre et le volume de la Terre augmentent, le
rayon de courbure de la croûte terrestre change. Il en
résulte des failles et des fissures caractéristiques.
En conséquence, la plaque eurasienne a dû se plisser en
une chaîne de montagnes au milieu, mieux connue sous
le nom de montagnes de l’Oural. Un autre exemple est la
fosse du Rhin supérieur, qui s’est créée lorsque les
masses qui s’étaient soulevées, se sont effondrées.
Lors de l’érection des Alpes et de l’Himalaya, ce sont ces
mêmes forces qui en ont été responsables, ce a eu pour
conséquences la création de fissures, de crevasses et de
déformations. S’y ajoutent les forces de poussée et de
cisaillement, comme le montre la figure 1.2 selon
Hilgenberg. Ce qui a pour conséquence que souvent se
produisent des tremblements de terre.

Regardons à cet effet le fond marin de l’Atlantique,
comme l’avait fait Wegener à l’époque, sauf qu’il ne
disposait pas d’une carte aussi parfaite du fond marin
que celles que nous avons actuellement.
Il avait comparé le littoral de l’Amérique du Nord jusqu’à
celui de l’Amérique du Sud avec celui de l’Europe et de
l’Afrique et il avait découvert qu’ils s’emboîtaient comme
un jeu de puzzle. Wegener est arrivé à la conclusion qu’à
un moment donné, il y a quelques 200 millions
d’années, ils avaient pu former une masse de terre
unique et cohérente.
En effet, et cela a été parfaitement confirmé, si l’on
regarde la ligne du plateau continental au lieu de la
ligne de bordure cotière, c’est bien la ligne où le
plancher maritime s’enfonce dans la mer profonde.

Les images d’aujourd’hui montrent une « fermeture
éclair » sur le fond marin avec une ligne centrale
prononcée indiquant l’endroit où la croûte se déchire.
Actuellement, les plaques continentales de l’Amérique et
de l’Europe s’écartent d’environ 10 cm par an.
Les géographes supposent que les plaques continentales
doivent être submergées et fondues dans la même
mesure par ailleurs. Cela devrait donc se faire dans le
Pacifique. Mais les cartes marines d’aujourd’hui
montrent exactement le contraire (Fig. 1.4). Les mêmes
formations de fissures se trouvent au fond du Pacifique
et dans l’océan Atlantique. Cela signifie que l’Amérique
s’éloigne aussi de l’Australie et de l’Asie de la même
manière qu’elle s’éloigne de l’Europe, sans pour autant
être écrasée ou fondue.

On parle alors de subduction, ce qui sous-entend le
passage de l’une sous l’autre des deux plaques
continentales. En fait, il nous faut pour comprendre
observer les phénomènes importants, qui ont cours à
une profondeur de peut-être 500 km.
À mon avis, la subduction est avant tout une hypothèse
destinée à empêcher les personnes de penser que la
Terre est en train de croître. La question qui se pose
donc est de savoir si ce postulat est correct.

1.3 La carte du monde de la NASA
La NASA a dessiné une carte de la Terre sur ce sujet et a
introduit à la fois la subduction (en bleu) et la dérive (en
rouge) des continents. Il suffit de soustraire l’un de
l’autre, et l’on parvient au résultat que la Terre à
l’équateur croît d’environ 19 cm par an.

Les zones de fissures caractéristiques pour cela se
trouvent également autour de l’Antarctique. On peut en
conclure que le 7e continent s’éloigne lentement, tandis
que la plus grande masse terrestre habitable reste en
retrait principalement dans l’hémisphère nord, l’Eurasie
et l’Amérique du Nord formant un fermoir autour du
pôle Nord.
Par ailleurs, on peut observer comment la zone de faille
s’étend sur la Terre, formant par exemple la faille de San
Andreas. Les tremblements de terre peuvent se produire
ici plus fréquemment dès lors que la Terre dérive des
deux côtés.

Un exemple récent est le tsunami de 2004 qui a entraîné
de sévères destructions en Indonésie et en Thaïlande.
Ici, une fissure de 1000 km de long s’est formée sur le
fond marin, dans laquelle l’eau s’est engoufrée.
Il ne s’est rien passé au début. Et là-bas, les enfants des
touristes ramassaient les coquillages dans la zone
littorale qui avait ainsi été découverte. Mais ensuite la
vague est revenue, causant de terribles dévastations.
Prenons l’exemple aussi du grave tremblement de terre
de Kobe, au Japon, en 1995, au cours duquel des ponts
en béton se sont effondrés. Mais lorsqu’on a voulu
remettre les pièces du pont, il manquait un mètre. Ici, la
brèche avait traversé la ville.
Cela montre que la Terre continue encore de se déchirer
par secousses. C’est donc un fait que la Terre grandit. Il
peut y avoir deux raisons à cela: soit la densité diminue,
soit la masse de la Terre augmente. Les deux points de
vue sont débattus par des experts en géophysique, mais
un seul peut être juste.


Littérature:

1. K. Meyl: Conférence sur la Neutrino-Power, Bregenz, le 10.09.2005


2. L’expansion de la Terre grâce au rayonnement
des neutrinos2 ?

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CRITIQUE ET AUTOCRITIQUE


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Auteur : Gripari Pierre
Ouvrage : Critique et autocritique
Année : 1981

 

AVERTISSEMENT

 

car on vous jugera du jugement dont
vous jugez, et l’on vous mesurera avec
la mesure dont vous mesurez.
Matthieu. VII, 2.

 

Une culture, c’est avant tout un catalogue de préférences.
Les textes recueillis ici peuvent être considérés comme une
sorte de catalogue raisonné — incomplet, à vrai dire — de mes
préférences personnelles.
Presque tous furent d’abord des articles, publiés dans divers
périodiques, ou encore des conférences, parlées d’abord,
puis rédigées après coup. Le tout, je le souligne, a été entièrement
récrit en vue du présent volume, soit pour préciser ma
pensée, soit encore pour corriger des erreurs ou des inexactitudes.
L’ordre est celui de l’alphabet, en considérant le « mot-clé »
de chaque titre.
Mais pourquoi Critique et autocritique ?
Critique va de soi. Autocritique s’explique de deux manières:
Du fait, en premier lieu, que je me consacre à moi-même
un des articles ci-après. Je suis, je dois l’avouer, un de mes
auteurs de prédilection, rien ne servirait de le cacher.
Ensuite et plus profondément, c’est que j’estime, je pense,
je suis absolument certain que quiconque juge autrui se dévoile
soi-même et, ce faisant, ne peut mentir. Autrement dit, toute
critique, bienveillante ou non, constitue, à n’en pas douter, une
autocritique, parfois impitoyable, de son propre auteur.
Paris, 1980

 

 

MARCEL AYMÉ, ECRIVAIN DU SIECLE
Marcel Aymé est mort le 14 octobre 1967. Quelques jours
plus tard, je descendais le Boulevard Saint-Michel en m’arrêtant,
comme c’est ma coutume, devant les librairies. Il y avait
une vitrine André Maurois — lequel venait de mourir aussi —
mais rien, absolument rien ne marquait la disparition de celui
qui reste, après Céline, le plus grand écrivain de langue française
du siècle.
Je dis bien écrivain, et pas seulement conteur, puisque ce
dernier mot, dans le pays de Prosper Mérimée, passe pour restrictif.
Céline lui-même (Ah ! les confrères !) n’a pas résisté à
la tentation d’enfermer Marcel Aymé dans la catégorie des auteurs
de nouvelles. Et pourtant, si l’extraordinaire inventeur de Derrière
chez Martin, des Contes du chat perché, du Passe-muraille,
du Vin de Paris et d’En arrière est particulièrement à l’aise dans
le récit court, qui convient à merveille à son rythme vital, à sa
tournure d’esprit, à sa forme d’imagination, il n’en reste pas
moins que ses réussites les plus éclatantes sont tout de même
des romans.
Je pense d’abord, bien entendu, à ce que Pol Vandromme
appelle la grande trilogie satirique : Travelingue, qui nous faisait
toucher du doigt l’effroyable jobardise d’une bourgeoisie
de parvenus, pleine de fric et d’idées socialistes ; Le chemin
des écoliers, qui est de très loin le plus fort, le plus juste et le
plus beau livre français sur l’occupation ; Uranus enfin, qui
est, non pas le meilleur, mais le seul roman sérieux sur la drôle
de libération…
Mais il n’y a pas que la trilogie : je pense également à certains
romans parisiens d’avant-guerre, d’une audace parfois fulgurante,
comme Le Vaurien, où l’on voit deux jeunes gens, qui
ont rompu avec leurs pères, faire connaissance chacim du père

de l’autre et se prendre pour lui d’une affection irrésistible…
L’histoire finit mal car, en amour filial comme en amour tout
court, l’absence d’amitié n’exclut nullement la jalousie ! Je
pense à Maison basse, une des oeuvres les plus noires de notre
auteur, où se trouve décrit ce qu’on peut appeler « le mal des
H,B.M. », puisque les grands ensembles n’existaient pas encore
à l’époque. Je pense également à La belle image, parabole douceamère
sur l’impossibilité, pour le Français moyen, de larguer
les amarres, de renoncer à sa petite vie, de couper ses racines.
Je suis, personnellement, moins sensible à la veine campagnarde
de Marcel Aymé. Pour moi, ce Jurassien devenu Montmartrois
est une pure fleur de pavé… Mais il serait impardonnable
de passer sous silence des réussites comme La vouivre ou
Le moulin de la sourdine. Citons enfin trois pièces de théâtre :
Lucienne et le boucher, Clérambard et Les oiseaux de lune, encore
que l’étonnant narrateur des Tiroirs de l’inconnu (que
j’allais oublier !) soit beaucoup plus à son aise dans le récit
que dans le dialogue.
Bref, à ne prendre que ce qu’il y a d’excellent, voilà une
bonne quinzaine de volumes qui sont, je pèse mes mots, indispensables
à quiconque veut comprendre notre temps, la France
et l’Europe. Sans parler du plaisir de la langue, de l’oreille et
de l’imadnation, qui se suffit à lui seul et n’a besoin d’aucune
justification.
On dit, avec raison, que la France est un pays de petitsbourgeois.
Nos ouvriers sont des petits-bourgeois ruinés par la
révolution capitaliste de 1789, à laquelle ils ont eu la bêtise
de prêter leur concours. Même nos élites intellectuelles, nos
féodalités financières se composent de petits-bourgeois qui ont
su profiter de leurs chances historiques : vente des biens nationaux,
blocus continental, monarchie de juillet, coup d’Etat
du 2 décembre, guerres mondiales, marché noir, résistance… Or
le petit-bourgeois français, nul n’a su le décrire comme Marcel
Aymé, avec son côté réaliste et même un peu sordide, mais
aus<;i sa naïveté, ses poussées inattendues de merveilleux celtique
; avec son côté autoritaire, inquiétant, parfois féroce, mais
aussi sa sentimentalité profonde, ses moments de bonté désabusée
; avec son esprit critique et son idéalisme ; son fatalisme
et son goût de la rouspétance ; son pessimisme radical, son
mépris de l’homme, et en même temps cette curieuse pente aux
idées avancées, libertaires, progressistes, par quoi s’exprime
peut-être sa vitalité…
Tout cela donne à l’oeuvre une sonorité particulière, unique.
L’auteur, et nous-mêmes avec lui, considérons ses personnages
avec un sentiment mélangé de pitié, de méfiance, de complicité
presque tendre, d’affection, de réprobation, de rancoeur. Ils sont
comiques, ces petits hommes, parfois touchants, souvent odieux…

En tout cas, ce qu’on ne peut pas nier, c’est que nous sommes
bien de leur famille !
Comment donc une telle oeuvre a-t-elle pu être sous-estimée,
comme elle l’est encore aujourd’hui, dans les milieux littéraires
? Car il faut se rendre à l’évidence : Marcel Aymé se vend,
se lit toujours, c’est même un auteur populaire, mais il y a des
endroits où quiconque parle de lui s’attire des regards de pitié,
des petits sourires, des haussements d’épaules et se voit rejeté
sans pitié dans les ténèbres extérieures…
On peut tenter d’expliquer, sinon de justifier, cette défaveur,
en disant que l’auteur à’Uranus et du Confort intellectuel est
un homme de droite, voire un fasciste.
Il y a des arguments dans ce sens, bien sûr, surtout si
l’on admet la définition du fascisme proposée, dit-on, par feu
Malraux : Quiconque, aurait-il dit, est à la fois pessimiste et
porté vers l’action, est un fasciste en puissance. A une époque
comme la nôtre, où le pire est toujours sûr et où les seules
solutions sont les solutions de force, c’est là faire au fascisme
un beau compliment ! Qui donc, hormis les Saints et les imbéciles,
échappera dès lors à l’épithète infamante ?
Pourtant, je doute encore. Bien que Marcel Aymé soit apprécié
à sa valeur presque uniquement dans les milieux de
droite, j’avoue ne pas trop croire à son droitisme congénital.
Il n’est pas religieux, d’abord : qu’on se rappelle seulement
la scène désopilante du miracle opéré par le buste de la République,
dans La jument verte ! Ensuite, il n’est même pas antisémite
: il y a une juive, dans Gustalin, qui est délicieuse, sans
compter celle du Chemin des écoliers, qui est tout simplement
boulevei santé.
A quoi l’on répondra que la droite, aujourd’hui, se met à
bouffer du curé, cependant que la gauche retourne à sa vocation
première, qui était de bouffer du juif (avant qu’elle ne se
laisse acheter, lors de l’Affaire Dreyfus). Mais il y a autre chose
encore. Il ne faut pas chercher longtemps pour trouver, dans
des romans comme La rue sans nom ou Maison basse, dans les
nouvelles du Passe-muraille, des pages populistes, ouvriéristes,
quelquefois même franchement anarchisantes. Sans aucun doute,
Marcel Aymé est, comme on dit, « pour l’ouvrier». Par
tempérament, c’est un radical : il n’idéalise pas les gens simples,
mais il fait beaucoup mieux : il goûte leur compagnie,
les comprend et les aime. Je ne serais pas étonné qu’il eût été
tenté par le Front Populaire. Mais, trop lucide pour croire au
socialisme, et trop honnête aussi pour y faire carrière, il n’a
pas succombé. Finalement, ce sont les exploits des tortionnaires
de la Résistance qui ont fait de lui ce qu’il est : non pas un
«homme de droite», mais un homme écoeuré par la vacherie
de ses semblables — vme sorte de Swift français.

Alors pourquoi lui en veut-on plus qu’à Céline, qui, lui,
était raciste et ne craignait pas de le dire ? Une amie, un beau
jour, me l’a fait comprendre, une amie juive russe, dont la
largeur d’esprit allait jusqu’à lire le Voyage au bout de la nuit,
mais pas Travelingue. Comme je la pressais de m’en donner
les raisons, elle finit par me répondre, avec un drôle de petit
sourire :
— Trop français !
Elle n’avait sans doute pas osé dire « trop goï », ce qui
eût constitué une injure raciale tombant sous le coup de la
loi Pleven. Cette fois, je n’insistai plus, car il s’agissait bien
d’une incompatibilité profonde, allant beaucoup plus loin qu’une
simple querelle d’opinions.
Marcel Aymé est trop français pour certains, comme Wagner
est trop allemand, Diirrenmatt trop suisse et Dostoïevsky
trop russe… Mais les Russes, eux, n’ont pas honte d’être russes…

LEON BLOY, UN CELINE CHRETIEN

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À la recherche du jardin d’Eden


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Auteur : Collins Andrew
Ouvrage : A la recherche du Jardin d’Eden
Année : 2007

Traduit de l’anglais par Michel Cabar

 

 

Ce livre est dédié au peuple du Kurdistan, gardien du berceau de la civilisation.

 

<<Le culte des mandéens pour Enoch n’avait rien de surprenant … Les Arabes lui donnèrent le nom d’Edris ou Idris… On sait d’ailleurs que jusqu’à une époque récente, des milliers d’Arabes allaient régulièrement en pèlerinage à la tombe supposée d’Edris, dans un village de la périphérie de Bagdad…»

 

— 1 —
«]’ai engendré un fils étrange »

Quelque temps après, mon fils Métoushèlah prit une femme pour son fils Lamek, et elle devint enceinte de lui et lui donna un fils. Et il avait un corps blanc comme la neige et rouge comme la rose, des cheveux blancs comme la laine et un beau demdema (« longue chevelure bouclée1 ») ; et pour ses yeux, quand il les ouvrait, toute la maison brillait comme le soleil… Et son père Lamek eut peur de lui et s’enfuit auprès de son père Métoushèlah, et lui dit : « J’ai engendré un fils étrange. Il n’est pas comme un humain ordinaire, sa forme est différente, il n’est pas comme nous … Il ne me semble pas qu’il soit de moi mais des anges … ,/.

Par ces lignes débute un fragment de texte religieux gui, plus qu’aucun autre texte jamais écrit sans doute, stupéfie et donne le frisson. Le patriarche antédiluvien Énoch y exprime le sentiment de douleur et d’horreur gui accompagna la naissance miraculeuse du fils de son petit-fils Lamek. Ce passage est tiré du Livre de Noé, un écrit ancien d’origine hébraïque annexé au texte plus fameux du Livre d’Énoch, ouvrage pseudépigraphe (c’est-à-dire faussement attribué) dont les spécialistes pensent qu’il fut composé par étapes dans la première moitié du 1er siècle av. JC. 3
Le problème évoqué par ces lignes révélatrices semble sans ambiguïté : la femme récemment épousée par Lamek a donné naissance à un enfant gui ne montre aucune ressemblance avec ses parents immédiats et dont l’aspect est complètement différent de


1.Charlesworth, The Old Testament Pseudepigraphia, Apocalyptic Literature and Testaments, vol. 1. note g de 1 Enoch 106, p. 86
2.Ibid , trad. de 1 Enoch par E. lzaac, 1 Enoch 106: 1-6
3.Ibid. p. 7


celui des autres « humains » puisqu’il possède une peau blanche et rougeâtre, de longs cheveux blancs, bouclés et « beaux » et des yeux qui font mystérieusement « briller toute la maison comme le soleil». De cet aspect particulier, Lamek conclut seulement que sa femme a été infidèle parce que le bébé ressemble aux « enfants des anges » qui ne sont « pas comme nous ».
Cette conclusion de Lamek semble extraordinaire et son su-jet paraît bien étrange pour avoir été inventé sans raison par un scribe religieux. En admettant un instant que ce récit rapporte un événement réel de l’histoire de l’humanité, cela signifierait que l’apparence étrange de cet enfant était celle de la progéniture des anges et qu’il devait donc être le produit de l’union d’une femme mortelle avec un « messager » divin, une « intelligence céleste » au service de Dieu lui-même.4
C’est assurément impossible puisque selon la tradition judéo-chrétienne, les anges sont incorporels et n’ont ni forme ni substance. Ils sont certainement incapables de se reproduire par immaculée conception. Dès lors, l’histoire de la naissance de l’étrange fils de Lamek est en contradiction directe avec les enseignements rabbiniques du judaïsme et avec le credo de la foi chrétienne. Et pourtant, ce texte existe bel et bien et contient, comme chacun peut le vérifier, ces mots hérétiques indiquant que des êtres angéliques étaient capables de produire des enfants en frayant avec des femmes mortelles.
Pour qui a l’esprit ouvert, cette énigme est déroutante ; et le mystère s’épaissit encore avec une description plus personnelle de la naissance du fils de Lamek, que l’on trouve dans un fragment mal conservé de texte religieux découvert en 194 7, avec de nombreux autres manuscrits enroulés et friables, dans une grotte surplombant la mer Morte. Cet ouvrage unique, que les spécialistes appellent l’Apocryphe de la Genèse, est écrit en araméen, langue syriaque adoptée par les scribes hébreux après l’exil des Juifs à Babylone au cours du VIe siècle après JC. Le manuscrit en question, qui remonte à une époque voisine de celle du Livre d’Énoch, aurait contenu originellement une autre version, plus complète, des événements dont traite le Livre de la Genèse ; il était cependant si dégradé quand il fut retrouvé qu’il n’en subsiste que les parties concernant la naissance du fils de Lamek, le récit de l’arche de Noé et du Déluge ainsi que les errances du patriarche Abraham.


4.Voir par exemple Easton, The 11/ustrated Bible Dictionary, • Angels •, pp 42-43


Ce texte fragmentaire fut traduit par Nahman Avigad et Yigael Yadin en 1954 et publié deux ans après sous le titre Un apocryphe de la Genèse par l’Université hébraïque de Jérusalem 5 • Concernant la naissance étrange du fils de Lamek, le récit diffère principalement du Livre d’Énoch en ce que le narrateur n’y est plus Énoch mais Lamek lui-même qui décrit la situation avec ses propres mots. La narration débute juste après la naissance étrange, au moment où Lamek commence à exprimer ses soupçons sur l’in-fidélité présumée de sa femme, nommée ici Bathenosh 6 – et présentée également comme sa sœur :

Voilà que je pensai alors en mon cœur que la conception était {due} aux Veilleurs et aux Saints … et aux Néphilim … et mon cœur se troubla en moi à cause de cet enfant 7.

À sa femme visiblement bouleversée, Lamek fait jurer par le Très-Haut qu’elle lui dira la vérité et qu’elle reconnaîtra si elle a couché avec un autre. En réponse, elle le supplie de croire en sa parole :

Ô mon seigneur, ô mon {frère, rappelle-toi} mon plaisir ! Je te jure par le Grand Saint, le roi des {cieux} … que cette semence est la tienne et que {cette} conception est de toi. Ce fruit a été planté par toi … et par aucun étranger ni Veilleur ni Fils du Ciel … Je te parle sincèrement. 8

Il est clair que Lamek accuse sa femme, non d’avoir couché avec des anges en général mais d’avoir eu des relations avec une race particulière d’êtres divins nommés en hébreu ?!?, ‘îrin (??, ‘îr au singulier), un terme signifiant « ceux qui veillent » ou « ceux qui sont éveillés » et traduit en grec par ??, egregoris ou grigori qui signifie «veilleurs». Ces Veilleurs apparaissent principale-ment dans les ouvrages pseudépigraphes et apocryphes d’origine juive tels que le Livre d’Énoch et le Livre des Jubilés. La tradition hébraïque donne à leurs enfants le nom de ??, nephilim, mot hébreu signifiant « ceux qui sont tombés » ou « les tombés » et traduit en grec par ??te ?, gigantes ou «géants» – une race monstrueuse dont parle l’auteur grec Hésiode (v. 907 av. JC.) dans sa Théogonie. Cet ancien ouvrage grec décrit principalement, comme le récit biblique,  la création du


5.Avigad and Yadin, A Genesis Apocryphon, A Serai/ from the Wilderness of Judaea
6.Vermes, The Dead Sea Scro//s in English, p. 252. L’orthographe du nom de Bathenosh est tirée de cette traduction de 1 QapGen.
7.Ibid., 1QapGen, 11:1
8.Ibid, 1QapGen, 11:9-16.


monde, l’émergence et la chute d’un Âge d’Or, la venue des races de géants et pour finir un dé-luge universel.
Le touchant plaidoyer d’innocence qu’adresse Bathenosh à son époux et frère Lamek paraît des plus convaincants et donne à croire que cet antique récit pourrait contenir une parcelle de vérité. Il se pourrait qu’il repose tout simplement, d’une certaine façon, sur un événement réel survenu dans le passé de l’humanité. Qui étaient ou qu’étaient donc, si c’est le cas, ces Veilleurs et Néphilim susceptibles de coucher avec des mortelles et de produire des enfants reconnaissables à leurs simples traits ? Existe-t-il des raisons quelconques de penser que ces récits apocryphes évoquaient le croisement entre deux races différentes d’êtres humains, dont l’une aurait été identifiée par erreur aux anges du ciel ?
Le Livre d’Énoch semble fournir une réponse. Lamek, que sa situation inquiète, consulte son père Métoushèlah qui, incapable d’y remédier, s’en va voir son propre père Énoch qui vit désormais, retiré du monde, « parmi les anges » .9 Metoushélah finit par retrouver Énoch dans un pays éloigné (que !’Apocryphe de la Genèse désigne du nom de « Parwaïn » ou Paradis) et lui rapporte les angoisses de son fils Lamek ; alors Énoch le juste apporte la lumière sur la situation :

« J’ai déjà vu cela en vision et te l’ai fait connaître. Car au temps de mon père Jared, ils transgressèrent la parole du Seigneur, (c’est-à-dire) la loi du ciel. Et voilà qu’ils commettent le péché et transgressent les commandements ; ils se sont unis aux femmes et commettent le péché avec elles ,· ils ont épousé (des femmes) parmi el-les et en ont eu des enfants … Sur la terre ils donneront naissance à des géants, non d’esprit mais de chair. Il y attra une grande cala-mité … et la terre sera nettoyée (par un « déluge ») de toute la cor-ruption. Or donc, fais savoir à ton fils Lamek qtte son fils est }ttste, et que son nom soit Noé car c’est ce qui restera de vous ; lui et ses fils seront sauvés de la corruption qui viendra sur la terre … »10 

Le voile se lève donc enfin et le lecteur du Livre d’Énoch apprend ainsi que certains anges du ciel ont succombé au péché de chair et ont pris femme parmi les mortelles. De ces unions impies sont issus des rejetons de chair et de sang dotés d’une stature de


9.Charlesworth, The Old Testament Pseudepigraphia, Apoca/yptic uterature and Testaments, vol. 1, 1 En 106:6
10.1En. 106:13-8.


géant et conformes, semblerait-il, à la description de l’enfant de Bathenosh. Cette violation des lois célestes de Dieu était considérée comme une abomination porteuse de maux et de corruptions pour la race humaine, et dont la sanction serait un déluge destiné à laver le monde de son infamie.

~ Les Fils de Dieu
Les théologiens considèrent en général que les récits très répandus sur des anges déchus qui auraient cohabité avec des mortelles, tels ceux qui figurent dans le Livre d’Énoch,  l’Apocryphe de la Genèse et des textes analogues, ne seraient que des développements littéraires de trois versets du chapitre 6 du Livre de la Genèse, qui sont enserrés entre une liste généalogique des patriarches antédiluviens et un compte rendu sommaire sur l’Arche de Noé et l’arrivée du Déluge. Les versets 1 et 2 sont gravés dans ma mémoire de façon indélébile :

 Et il arriva, quand les hommes commencèrent à se multiplier sur la surface du sol et que des filles leur furent nées, que les fils de Dieu virent les filles des hommes et qu’elles étaient belles ; et ils prirent pour femmes toutes celles de leur choix11• 

Le terme « fils de Dieu » désigne ici les anges du ciel, bien que la traduction correcte du texte original hébreu ?!?, bene ha-elohim, soit en fait «fils des dieux», une perspective bien plus déconcertante sur laquelle nous reviendrons.
Au verset 3, Dieu déclare de façon inattendue que son es-prit ne peut demeurer à jamais dans les hommes et que, puisque l’humanité est une création de chair, sa durée de vie sera ramenée à « 120 ans». Mais au verset 4 le texte relance brusquement le thème initial du chapitre :

Les Néphilim étaient sur la terre en ces temps-là et aussi après, quand les fils de Dieu vinrent trouver les filles des hommes et leur donnèrent des enfants : c’étaient les hommes puissants d’autre-fois, les hommes de renom. 12
J’ai lu ces mots à voix haute des centaines de fois, toujours me demandant : que peuvent-ils bien signifier? Aucune réponse ne fait l’unanimité sur cette question dont, depuis 2000 ans, éru-dits, mystiques et essayistes proposent des interprétations différentes. Les théologiens s’accordent en général à dire qu’il faut voir dans ces récits, non la transcription littérale de faits mais un symbole de la chute de l’humanité passant, aux temps antédiluviens, d’un état de grâce spirituelle à un état de conflit et de corruption.
Ce que disent ces textes, selon les théologiens, c’est que lorsque le mal et la corruption gagnent le monde à pareille échelle, seuls échappent au courroux de Dieu ceux dont le cœur et l’esprit sont les plus purs – à l’exemple de Noé et de sa vertueuse famille. Il s’agit donc d’un enseignement purement allégorique destiné à informer le lecteur des conséquences inévitables de l’infamie.


11.Gen. 6:1-2. Toutes les citations bibliques proviennent de la Revised Version of the Authorized Version of the Bible, de 1884.
12.Gen. 6:4.


Selon les érudits, les références des versets 2 et 4 aux « fils de Dieu » allant « trouver les filles des hommes » montrent que même les êtres les plus proches de la pureté de Dieu peuvent être infectés par la corruption et le mal. Il était communément admis chez les enseignants religieux que toute union impie entre les anges et les mortelles ne pouvait donner, étant contraire à la volonté de Dieu, que des descendants monstrueux. Cette idée insolite avait, d’après les premiers Pères de l’Église, inspiré les divers ouvrages apocryphes et pseudépigraphes consacrés à la chute des anges et à la corruption de l’humanité avant le Déluge.

~ Mafia céleste
Voilà ce qu’il en est du débat théologique. Est-ce là la vérité, toute la vérité, sur les origines des anges déchus ? Que dire des fidèles juifs et chrétiens ? Comment pouvaient-ils interpréter ces «mythes» ? La majorité ignorait probablement jusqu’à l’existence de ces vers problématiques du Livre de la Genèse. Ceux qui en avaient connaissance n’étaient sans doute guère capables d’aller au-delà et seule une infime minorité devait croire en l’existence réelle des anges déchus. La plupart des commentateurs devaient être incapables d’expliquer le lien exact entre ces histoires et le monde physique dans lequel nous vivons.
Certains juifs et chrétiens plus fondamentalistes ont attribué cette corruption et cette infamie aux descendants des premiers anges déchus qui avaient frayé avec les mortelles avant le Déluge.

De telles suggestions peuvent sembler hasardeuses ; il existe pour-tant aux États-Unis une organisation appelée les Fils de Jared, en référence au patriarche Jared gui était le père d’Énoch et à l’ époque duquel les Veilleurs étaient censés avoir été « rejetés » du
«ciel». Dans leur manifeste, les Fils de Jared vouent une « guerre implacable aux descendants des Veilleurs » gui auraient, affirment-ils, « dominé l’humanité tout au long de l’histoire en tant que pharaons, rois et dictateurs ». Le jaredite Advocate, leur porte-parole, cite sans compter le Livre d’Énoch et considère les Veilleurs comme « une sorte de super-gangsters, une Mafia céleste gouvernant le monde »13 • Ce point de vue reflète-t-il seulement l’acceptation dogmatique de la chute, depuis le ciel, d’anges de chair et de sang ? Combien d’individus les Fils de Jared ont-ils accusés ou persécutés en les prenant pour des descendants modernes des Veilleurs ?
À côté de cela, certains érudits, tout en refusant toute base factuelle aux anges déchus et à leurs enfants monstrueux les Néphilim, sont prêts à admettre que les auteurs originels du Livre de la Genèse (attribué traditionnellement à Moïse) aient pu se baser sur des légendes populaires préexistantes vraisemblablement issues de Mésopotamie (l’Irak actuel). Dans Middle Eastern Mythology, l’historien S. H. Hooke reconnaît par exemple :

Derrière l’allusion brève et sans doute délibérément obscure de la Genèse 6: 1-4 se cache un mythe plus répandu, celui d’une race d’êtres semi-divins qui se rebellèrent contre les dieux et furent rejetés dans le monde inférieur … Le fragment de mythe préservé ici par le yahviste était originellement un mythe étiologique expliquant la croyance en l’existence d’une race disparue de géants … 14 

C’est possible, mais accepter que la Genèse 6:1-4 dérive de mythes moyen-orientaux beaucoup plus anciens ouvre également la possibilité qu’une époque révolue de l’humanité ait vu l’existence sur terre, et sans doute même dans les régions bibliques, d’une race humaine d’élite et probablement supérieure. On peut imaginer que ces gens aient atteint un haut niveau de civilisation avant de sombrer dans la corruption et l’infamie, notamment en épousant des femmes issues de races moins civilisées et en produisant des enfants monstrueux d’une taille disproportionnée par rapport à leur famille. On pourrait aussi envisager qu’une série de cataclysmes mondiaux aient par


13.Drake, Gods and Spacemen in Ancient Israel. pp 79-80.

14.Hooke, Middle Eastern Mythology, p. 132.


la suite amené feu, déluge et obscurité sur la terre, mettant un terme au règne de cette race de « géants ».
Fallait-il voir dans des récits comme celui de Lamek, que tourmentait la naissance miraculeuse de son fils Noé, une pièce à conviction quant à l’idée que les anges déchus étaient bien plus que des êtres incorporels expulsés du ciel par l’archange Michel, comme l’enseignent depuis 2000 ans les théologiens et propagateurs chrétiens, musulmans et juifs ? Était-il possible de prouver leur existence à partir d’une étude approfondie des mythes et légendes hébraïques, suivie d’une comparaison avec les autres religions et traditions du Proche-Orient et du Moyen-Orient ? Et surtout, se pouvait-il que subsistent des signes de leur existence terrestre physique, préservés dans les documents de l’archéologie et de l’anthropologie modernes ?
Ces perspectives passionnantes méritaient de s’y intéresser. Peut-être s’avérerait-il impossible, au bout du compte, de découvrir les traces de l’existence, dans les contrées bibliques, d’une race aujourd’hui disparue ; du moins, cette énigme du fond des âges aurait-elle fait l’objet d’une exploration complète. Mais peut-être se trouverait-il des témoignages solides que des anges, et des anges déchus, ont autrefois côtoyé l’humanité sous la forme d’êtres de chair et de sang semblables à nous, et alors notre vision de l’histoire mondiale pourrait en être changée pour toujours.

~ La peur des anges déchus
L’idée que les anges et les anges déchus seraient des êtres dotés d’un corps de chair et de sang, qui auraient vécu à une époque antédiluvienne lointaine et nous auraient légué une connaissance intime des nombreuses choses interdites à l’humanité, était autrefois largement admise par certains éléments de la population juive. À preuve, les communautés dévotes qui vivaient pieuse-ment, entre 170 av. JC. et 120 ap. JC., sur les terres surchauffées et rocailleuses de la rive ouest de la mer Morte, passées dans l’his-toire sous le nom d’Esséniens. On pense que leur centre principal se situait à Qumrân, où les archéologues ont mis au jour des preuves abondantes d’occupation et notamment une immense salle de bibliothèque où l’on pense que furent écrits les Manuscrits de la mer Morte.

Les ouvrages historiques datant de cette époque donnent à penser que les Esséniens englobaient le Livre d’Énoch dans leur canon et qu’ils utilisaient même son répertoire d’anges pour pratiquer des soins et des exorcismes 15. Des études récentes des manus-crits de la mer Morte ont également montré que les Esséniens éprouvaient un intérêt presque malsain pour les documents de type énochien ayant trait aux Veilleurs et aux Néphilim16• Beaucoup de ces ouvrages ne remontent qu’au second siècle av. JC. mais les enseignements secrets découverts dans la communauté de Qumrân et connus sous le nom de Kabbale suggèrent que les écrits énochiens et noéïens furent transmis oralement pendant des millénaires avant d’être finalement mis par écrit par les Esséniens 17.
Avec l’avènement du christianisme, le Livre d’Énoch et d’autres ouvrages similaires devinrent pour la première fois accessibles. Les premiers chefs de l’Église furent nombreux, entre le Ier et IIIe siècles av. JC., à puiser ouvertement dans leurs pages 18• Certains érudits chrétiens soutenaient que les femmes mortelles étaient responsables de la chute des anges, candis que Paul, dans Corinthiens 11: 10, recommandait – d’après le Père de l’Église Tertullien (160-220 ap. JC.) – que les femmes se couvrent la tête afin de ne pas susciter chez les anges déchus le désir des femmes dévoilées à la belle chevelure 19. Plus remarquable encore, le fait que nombre de théologiens éminents admettaient que les anges déchus possédaient un corps20• De fait, ce n’est qu’avec les Pères de l’Église, à partir du IVe siècle, que ces sujets furent sérieuse-ment remis en question. Selon ces derniers, les anges déchus n’étaient en rien des êtres de chair et de sang et toute suggestion en ce sens équivalait à une hérésie. Cette attitude conduisit à la suppression du Livre d’Énoch, qui passa bientôt de mode. Le plus bizarre à ce sujet est le commentaire que fit saint Augustin (354-430 ap. JC.), qui prétendit que cet ouvrage pseudépigraphe ne pouvait être inclus dans le Canon des Écritures parce que trop ancien (ob nimiam antiquitatem) 21• Qu’entendait-il donc par « trop ancien» ?


15.Legge. Forerunners and Rivals of Chtistianity, val. 1, pp. 158-B0
16.Vair Milik, The Books of Enoch – Aramaic Fragments of Qumràn Cave 4
17.Eisenman, Maccabees. Zadokites, Chtistians and Qumran, pp xiv, 54-5 n 82. 54-5 n.82, Zohar 1 :55a-5b , Forerunners and Rivals of Christianity, vol. 1, pp 159-60, p. 159 n.1
18.Charlesworth, The Old Testament Pseudepigraphia, Apocalypt,c Litera/ure and Testaments, vol. 1. p. 8.

19.Tertullien,« on the Veiling ofVirgins », Ante-Nicene Christian Library i:196 iii:163-4, cf.1Car. 11:10.

20.Lactance (260-330) et Tatien (110-172), par exemple admirent entièrement l’existence corporelle d’anges déchus dans leurs ouvrages. Vair Schneweis, Angels and Demons according to Lactantws, pp. 103, 127.

21.St Augustin. De Civitate Dei, xv, 23.


Voilà bien, de la part d’un père respecté de l’Église, une déclaration extraordinaire.
Assez curieusement, le Livre d’Énoch passa également de mode chez les juifs après que Rabbi Siméon ben Jochai, au second siècle ap. JC., eut maudit ceux qui pensaient que les Fils de Dieu mentionnés dans la Genèse 6 étaient en réalité des anges ; et cela alors que la Septante, version grecque de l’Ancien Testament, utilise le terme angelos au lieu de «fils de Dieu »22•
Poussant plus avant leurs efforts en vue d’éradiquer l’étrange fascination pour les anges déchus qui avait cours chez les premiers chrétiens, les Pères de l’Église condamnèrent comme hérétique l’usage, dans les livres religieux, des centaines <le noms donnés aux anges et aux anges déchus23• Le Livre d’Énoch ne fut plus copié par les scribes chrétiens, et les exemplaires existant dans les bibliothèques et les églises furent perdus ou détruits, interdisant ainsi pendant plus d’un millénaire tout accès à cet ouvrage.
Ultérieurement, pour couronner le tout, les théologiens catholiques se donnèrent pour politique d’extirper des enseignements de l’Église toute allusion au fait que des anges déchus aient été considérés précédemment comme des êtres matériels, comme l’illustre cette citation de la New Catholic Encyclopedia : « Au cours du temps, la théologie a apuré les obscurités et erreurs contenues dans les points de vue traditionnels sur les anges (à savoir la croyance qu’ils avaient une nature corporelle et qu’ils cohabitaient avec les femmes mortel-les). »24
Mais en quoi ces croyances pouvaient-elles faire horreur à la foi chrétienne, quand les grands chefs de l’Église primitive de Jérusalem avaient prêché si ouvertement sur ce sujet hautement controversé ? Cela n’avait pas de sens et suggérait qu’il avait dû y avoir d’excellentes raisons pour enterrer ce courant de pensée – car c’est exactement sous terre qu’il avait abouti.
Les témoignages extraordinaires recueillis par l’auteur et présentés ici pour la première fois donnent de solides raisons de penser que des initiés et des sociétés secrètes ont préservé, révéré et même célébré un savoir interdit, concernant le fait que nos ancêtres les plus lointains tenaient leur inspiration et leur sagesse, non de Dieu ni de l’expérience,


22.Alexander, « The Targumim and Early Exegesis of ‘Sons of God’ in Genes1s 6 », Journal of Jewish Studies n° 23, 1972, pp. 60-61.
23.Prophet, Forbidden Mysteries of Enoch – Fa/len Angels and the Ongins of Evil. p. 59.
New Catholic Encyclopaedia, 1967, « Devil».


mais d’une race oubliée dont seuls les anges, démons, diables, géants et esprits malins rappellent le souvenir. Que ce point de vue contienne la moindre parcelle de vérité, et cela nous révélerait l’un des plus grands secrets jamais cachés à l’humanité.
Par où commencer et dans quelle direction lancer cette quête de l’héritage interdit de la race prétendument déchue ? La réponse se trouvait dans la source principale, le Livre d’Énoch : ce n’était qu’en comprenant ses origines obscures et en absorbant son contenu bizarre que je pouvais espérer mettre au jour le tableau véritable de l’héritage perdu de l’humanité.

 

— 2 —

A la recherche des sources

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La lumière inextinguible de Jacques Attali


lotfihadjiat.unblog.fr

 

El Quixot (1979), Gravat, Joan Ponç

par Lotfi Hadjiat

Mesdames, Messieurs, oubliez les grands moments de l’histoire de la logique, l’Organon d’Aristote, les Éléments d’Euclide, la logique transcendentale de Kant (et pas « transcendentaire », comme me le disait l’autre jour Luc Ferry), oubliez les Recherches logiques de Husserl, oubliez Frege, Peirce, Carnap, Russel, Cantor, Gödel, ne vous emmerdez pas à lire L’axiomatique de Robert Blanché ou à comprendre le théorème de Zermelo, la révolution logique qui arrive est tellement inouïe que la révolution néolithique à côté est un gribouillis d’enfant. Laissez-moi vous tracer les grandes lignes de cette nouvelle logique qui se dessine et qui, j’en suis sûr, émancipera l’humanité définitivement.

Cette nouvelle logique apparut en novembre 1945 au tribunal de Nuremberg par l’abolition pure et simple du principe de contradiction, principe formulé par Aristote dans le chapitre 3 du Livre Gamma de sa Métaphysique, principe qui dit ceci : « Il est impossible qu’un même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps et sous le même rapport à une même chose ».

Premier exemple d’application de cette abolition : les Juifs marxistes bolcheviques qui ont massacré des millions de Russes au siècle dernier n’étaient pas Juifs, parce que athées ; dans le même temps, les Juifs marxistes athées morts dans les camps nazis étaient juifs, parce que victimes.
Second exemple : Les escrocs juifs ne sont pas juifs, parce que escroc ne peut être juif ; dans le même temps, tous les artistes juifs sont des génies parce que juifs.
Troisième exemple : les coupables juifs ne sont pas vraiment coupables car il faut tenir compte de la souffrance millénaire des Juifs, dans le même temps les Allemands sont éternellement coupables et doivent payer éternellement.
Quatrième exemple : Jésus-Christ n’était pas un prophète juif, il eut tord de chasser les usuriers Israélites du temple juif ; Moïse était un prophète juif, il eut raison de faire massacrer les Israélites qui célébraient le Veau d’or.
Cinquième exemple : quand Hitler interdit les mariages entre Juifs et Goyim c’est le mal absolu ; et quand Israël interdit les mariages entre Juifs et Goyim c’est le bien absolu. Variante : quand des nazis tuent des enfants juifs c’est le mal absolu ; et quand des israéliens tuent des enfants palestiniens c’est le bien absolu.
Sixième exemple : un Juif talmudiste raciste explicite ne doit susciter aucune indignation ; dans le même temps, un blanc européen raciste non-explicite doit susciter toute l’indignation.

Jan Lukasiewicz voyait dans le principe de contradiction d’Aristote un fondement éthique. Certes, on pourrait penser logiquement que l’abolition du principe de contradiction ouvre la voie à l’immoralité la plus sordide, mais cette manière de penser relève de l’ancienne logique, mesdames et messieurs. Désormais avec la nouvelle logique, il n’y a plus de contradiction morale, nous ne sommes pas seulement émancipés de la moralité, nous sommes aussi émancipés de l’immoralité, et ça c’est bien, c’est le bonheur suprême. Remercions l’élite juive de nous avoir émancipé des contradictions morales. Nous n’oublierons jamais « l’altruisme intéressé » de l’honorable Jacques Attali, qui prête aimablement de l’argent avec intérêts à des enfants des rues, et qui nous a sortis de l’obscurantisme moral où nous étions ; dans notre ignorance terrible nous donnions à notre conscience une direction morale, Attali nous a appris à prêter à notre conscience une direction morale, à prêter à usure à notre conscience. L’usure morale, voilà la lumière inextinguible que nous lui devons éternellement.

 

Le plan média « Marion Maréchal » est lancé !


lelibrepenseur.org

C’est bon,  on y est ! Les marionnettistes qui dirigent la France ont « donné le la » et, comme déjà annoncé par Jacques Attali il y a quelques temps, ils procèdent au lancement de la phase média « Marion Maréchal » . Tout est réglé comme du papier à musique ; dès l’annonce de la démission de Wauquier de la tête des Républicains, on voit pointer la fraise de MMLP qui annonce vouloir une alliance des droites ! C’est certes son droit de vouloir le faire mais comment se fait-il que cette jeune fille qui ne représente pas grand chose et qui avait d’ailleurs annoncé son retrait de la vie politique en 2017, puisse passer autant de fois sur les chaînes télé pour lui permettre de faire sa publicité alors que cette médiatisation lui aurait été tout juste impossible voire inconcevable il y a à peine 10 ans !

Les médias sont tout-puissants en France, ils font et défont les candidats à leur guise. C’est le seul et unique pouvoir réel, car ils ont les moyens d’imposer qui ils veulent et le faire passer pour le sauveur tout en diabolisant son adversaire.

Quant à la facette « patriote » de MMLP, une telle escroquerie ne peut tenir longtemps, surtout venant de la fille d’un espion assumé qui a mangé à tous les râteliers (CIA, Mossad…) !

 

 


L’ex-députée du Vaucluse, qui a fondé une école de sciences politiques à Lyon, était interrogée sur LCI.

Retraitée, mais pas trop. L’ancienne députée Front national (devenu RN) Marion Maréchal a plaidé dimanche 2 juin pour une « grande coalition »entre la « droite populaire » issue des Républicains (LR) et le Rassemblement national, qui ne « peut pas » selon elle « capter à lui seul l’ensemble » des électeurs.

« J’estime que malheureusement, et je le regrette, le Rassemblement national ne peut pas capter à lui seul l’ensemble des personnalités politiques, des élus ou même des électeurs », a déclaré Marion Maréchal à LCI.

« Ce que je crois en revanche indispensable c’est que demain puisse émerger, je l’espère, de cette débâcle des Républicains, ce courant de droite qui se structure, qui puisse demain accepter le principe d’une grande coalition avec le Rassemblement national, en gardant ses spécificités », a ajouté l’ex-députée du Vaucluse, qui a récemment fondé une école de sciences politiques à Lyon.

« Dépasser » le RN

« Je considère que le Rassemblement national est indispensable à la vie politique mais que malheureusement, il n’est pas suffisant (…) et qu’il faut le dépasser, en tout cas qu’il faut permettre qu’il y ait d’autres voix qui s’expriment à travers d’autres mouvements ou courants qui puissent permettre demain, je l’espère, un grand compromis patriotique autour de cette idée de défense de la nation », a encore ajouté Marion Maréchal.

Ce « compromis » pourrait « aboutir à des coalitions gouvernementales, pourquoi pas, ou à des alliances de circonstances à des élections, comme ça peut se pratiquer dans d’autres pays, et qui serait la seule solution, eu égard à nos modes de scrutin, pour contrer le grand projet progressiste qu’est en train de mettre en place Emmanuel Macron », selon elle.


Photo d’illustration : Marion Maréchal, le 14 mai 2019 à Milan (Italie). (MAXPPP)

Naissance et mort du bienheureux Ali


dortiguier.fr

Comme était son épée, sa vie eut deux tranchants,
Pour briser le château de l’usure inféconde
Qu’Ezra Pound* décrivait, abritant nos penchants
A gâter le meilleur ou avoir l’âme froide !
Il portait ce grand nom que l’on croit africain,
D’Ali disant le haut, en fait universel,
Celui aussi d’Elie, d’un monde fort lointain
Dans le temps et l’espace, où siège l’Éternel,
Mahomet reflétait le cousin de son sang,
Et cette parenté procure l’origine
Des compagnons issus de cet intime rang
Qui ignore le monde où Satan nous confine,
Et venu au pouvoir dans un trop bref passage,
Il fit des lois pour l’âme assistant notre mort,
Et périt en priant dans la force de l’âge
Car il vivait au Ciel, où se trouve le port
De l’humble Fatemeh, plus fine qu’un métal
Aiguisé par des Anges et au corps de cristal.
ezrapound-36a7f*Ezra Pound (1885-1972) écrivain des USA qui s’éleva contre l’usure, dans ses Cantos et autres essais économiques

HISTOIRE GÉNÉRALE DE L’AFRIQUE


unesdoc.unesco.org

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Ouvrage: Histoire générale de l’Afrique, IV: L’Afrique du XIIe au XVIe siècle

Directeur du volume : Djibril Tamsir Niane

Année: 1987

Comité scientifique international
pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique (UNESCO)

 

Préface par M. Amadou Mahtar M’Bow
Directeur général de l’UNESCO
Longtemps, mythes et préjugés de toutes sortes ont caché au monde l’histoire
réelle de l’Afrique. Les sociétés africaines passaient pour des sociétés
qui ne pouvaient avoir d’histoire. Malgré d’importants travaux effectués,
dès les premières décennies de ce siècle, par des pionniers comme Léo
Frobenius, Maurice Delafosse, Arturo Labriola, bon nombre de spécialistes
non africains, attachés à certains postulats soutenaient que ces sociétés ne
pouvaient faire l’objet d’une étude scientifique, faute notamment de sources
et de documents écrits.
Si L’Iliade et L’Odyssée pouvaient être considérées à juste titre comme
des sources essentielles de l’histoire de la Grèce ancienne, on déniait, en
revanche, toute valeur à la tradition orale africaine, cette mémoire des peuples
qui fournit la trame de tant d’événements qui ont marqué leur vie. On
se limitait en écrivant l’histoire d’une grande partie de l’Afrique à des sources
extérieures à l’Afrique, pour donner une vision non de ce que pouvait être le
cheminement des peuples africains, mais de ce que l’on pensait qu’il devait
être. Le « Moyen Âge » européen étant souvent pris comme point de référence,
les modes de production, les rapports sociaux comme les institutions
politiques n’étaient perçus que par référence au passé de l’Europe.
En fait, on refusait de voir en l’Africain le créateur de cultures originales
qui se sont épanouies et perpétuées, à travers les siècles, dans des voies qui
leur sont propres et que l’historien ne peut donc saisir sans renoncer à certains
préjugés et sans renouveler sa méthode.
De même, le continent africain n’était presque jamais considéré comme
une entité historique. L’accent était, au contraire, mis sur tout ce qui pouvait

accréditer l’idée qu’une scission aurait existé, de toute éternité, entre une
« Afrique blanche » et une « Afrique noire » ignorantes l’une de l’autre. On
présentait souvent le Sahara comme un espace impénétrable qui rendait
impossible des brassages d’ethnies et de peuples, des échanges de biens,
de croyances, de moeurs et d’idées, entre les sociétés constituées de part et
d’autre du désert. On traçait des frontières étanches entre les civilisations de
l’Égypte ancienne et de la Nubie, et celles des peuples sud-sahariens.
Certes, l’histoire de l’Afrique nord-saharienne a été davantage liée à
celle du bassin méditerranéen que ne l’a été l’histoire de l’Afrique sud-saharienne,
mais il est largement reconnu aujourd’hui que les civilisations du
continent africain, à travers la variété des langues et des cultures, forment, à
des degrés divers, les versants historiques d’un ensemble de peuples et de
sociétés qu’unissent des liens séculaires.
Un autre phénomène a beaucoup nui à l’étude objective du passé africain
: je veux parler de l’apparition, avec la traite négrière et la colonisation,
de stéréotypes raciaux générateurs de mépris et d’incompréhension et si profondément
ancrés qu’ils faussèrent jusqu’aux concepts mêmes de l’historiographie.
À partir du moment où on eut recours aux notions de « blancs » et de
« noirs » pour nommer génériquement les colonisateurs, considérés comme
supérieurs, et les colonisés, les Africains eurent à lutter contre un double
asservissement économique et psychologique. Repérable à la pigmentation
de sa peau, devenu une marchandise parmi d’autres, voué au travail de force,
l’Africain vint à symboliser, dans la conscience de ses dominateurs, une
essence raciale imaginaire et illusoirement inférieure de nègre. Ce processus
de fausse identification ravala l’histoire des peuples africains dans l’esprit de
beaucoup au rang d’une ethno-histoire où l’appréciation des réalités historiques
et culturelles ne pouvait qu’être faussée.
La situation a beaucoup évolué depuis la fin de la Deuxième Guerre
mondiale et en particulier depuis que les pays d’Afrique, ayant accédé à
l’indépendance, participent activement à la vie de la communauté internationale
et aux échanges mutuels qui sont sa raison d’être. De plus en plus
d’historiens se sont efforcés d’aborder l’étude de l’Afrique avec plus de
rigueur, d’objectivité et d’ouverture d’esprit, en utilisant — certes avec les
précautions d’usage — les sources africaines elles-mêmes. Dans l’exercice
de leur droit à l’initiative historique, les Africains eux-mêmes ont ressenti
profondément le besoin de rétablir sur des bases solides l’historicité de leurs
sociétés.
C’est dire l’importance de l’Histoire générale de l’Afrique, huit volumes,
dont l’Unesco commence la publication.
Les spécialistes de nombreux pays qui ont travaillé à cette oeuvre se sont
d’abord attachés à en jeter les fondements théoriques et méthodologiques.
Ils ont eu le souci de remettre en question les simplifications abusives auxquelles
avait donné lieu une conception linéaire et limitative de l’histoire
universelle, et de rétablir la vérité des faits chaque fois que cela était nécessaire
et possible. Ils se sont efforcés de dégager les données historiques qui
permettent de mieux suivre l’évolution des différents peuples africains dans
leur spécificité socioculturelle.

Dans cette tâche immense, complexe et ardue, vu la diversité des sources
et l’éparpillement des documents, l’Unesco a procédé par étapes. La
première phase (1965 -1969) a été celle des travaux de documentation et de
planification de l’ouvrage. Des activités opérationnelles ont été conduites sur
le terrain : campagnes de collecte de la tradition orale, création de centres
régionaux de documentation pour la tradition orale, collecte de manuscrits
inédits en arabe et en « ajami » (langues africaines écrites en caractère arabes),
inventaire des archives et préparation d’un Guide des sources de l’histoire
de l’Afrique, partir des archives et bibliothèques des pays d’Europe, publié
depuis en neuf volumes. D’autre part, des rencontres entre les spécialistes
ont été organisées où les Africains et des personnes d’autres continents ont
discuté des questions de méthodologie, et ont tracé les grandes lignes du
projet, après un examen attentif des sources disponibles.
Une deuxième étape, consacrée à la mise au point et à l’articulation de
l’ensemble de l’ouvrage, a duré de 1969 à 1971. Au cours de cette période,
des réunions internationales d’experts tenues à Paris (1969) et à Addis Abeba
(1970) eurent à examiner et à préciser les problèmes touchant la rédaction et
la publication de l’ouvrage : présentation en huit volumes, édition principale
en anglais, en français et en arabe, ainsi que des traductions en langues africaines
telles que le kiswahili, le hawsa, le peul, le yoruba ou le lingala. Sont
prévues également des traductions en allemand, russe, portugais, espagnol,
suédois, de même que des éditions abrégées accessibles à un plus vaste
public africain et international.
La troisième phase a été celle de la rédaction et de la publication. Elle
a commencé par la nomination d’un Comité scientifique international de
39 membres, comprenant deux tiers d’Africains et un tiers de non-Africains,
à qui incombe la responsabilité intellectuelle de l’ouvrage.
Interdisciplinaire, la méthode suivie s’est caractérisée par la pluralité
des approches théoriques, comme des sources. Parmi celles-ci, il faut citer
d’abord l’archéologie, qui détient une grande part des clefs de l’histoire des
cultures et des civilisations africaines. Grâce à elle, on s’accorde aujourd’hui
à reconnaître que l’Afrique fut selon toute probabilité le berceau de l’humanité,
qu’on y assista à l’une des premières révolutions technologiques de
l’histoire — celle du néolithique — et qu’avec l’Égypte s’y épanouit l’une
des civilisations anciennes les plus brillantes du monde. Il faut ensuite citer
la tradition orale, qui, naguère méconnue, apparaît aujourd’hui comme une
source précieuse de l’histoire de l’Afrique, permettant de suivre le cheminement
de ses différents peuples dans l’espace et dans le temps, de comprendre
de l’intérieur la vision africaine du monde, de saisir les caractères originaux
des valeurs qui fondent les cultures et les institutions du continent.
On saura gré au Comité scientifique international chargé de cette Histoire
générale de l’Afrique, à son rapporteur ainsi qu’aux directeurs et auteurs des
différents volumes et chapitres, d’avoir jeté une lumière originale sur le passé
de l’Afrique, embrassée dans sa totalité, en évitant tout dogmatisme dans
l’étude de questions essentielles, comme la traite négrière, cette « saignée
sans fin » responsable de l’une des déportations les plus cruelles de l’histoire
des peuples et qui a vidé le continent d’une partie de ses forces vives, alors

qu’il jouait un rôle déterminant dans l’essor économique et commercial de
l’Europe ; de la colonisation avec toutes ses conséquences sur les plans de la
démographie, de l’économie, de la psychologie, de la culture ; des relations
entre l’Afrique au sud du Sahara et le monde arabe ; du processus de décolonisation
et de construction nationale qui mobilise la raison et la passion de
personnes encore en vie et parfois en pleine activité. Toutes ces questions
ont été abordées avec un souci d’honnêteté et de rigueur qui n’est pas le
moindre mérite du présent ouvrage. Celui-ci offre aussi le grand avantage,
en faisant le point de nos connaissances sur l’Afrique et en proposant divers
regards sur les cultures africaines, ainsi qu’une nouvelle vision de l’histoire,
de souligner les ombres et les lumières, sans dissimuler les divergences
d’opinions entre savants.
En montrant l’insuffisance des approches méthodologiques longtemps
utilisées dans la recherche sur l’Afrique, cette nouvelle publication invite
au renouvellement et à l’approfondissement de la double problématique de
l’historiographie et de l’identité culturelle qu’unissent des liens de réciprocité.
Elle ouvre la voie, comme tout travail historique de valeur, à de multiples
recherches nouvelles.
C’est ainsi d’ailleurs que le Comité scientifique international, en étroite
collaboration avec l’UNESCO, a tenu à entreprendre des études complémentaires
afin d’approfondir quelques questions qui permettront d’avoir
une vue plus claire de certains aspects du passé de l’Afrique. Ces travaux
publiés dans la série « Unesco — Études et documents — Histoire générale
de l’Afrique » viendront utilement compléter le présent ouvrage. Cet effort
sera également poursuivi par l’élaboration d’ouvrages portant sur l’histoire
nationale ou sous-régionale.
Cette Histoire générale met à la fois en lumière l’unité historique de
l’Afrique et les relations de celle ci avec les autres continents, notamment
avec les Amériques et les Caraïbes. Pendant longtemps, les expressions de
la créativité des descendants d’Africains aux Amériques avaient été isolées
par certains historiens en un agrégat hétéroclite d’africanismes ; cette vision, il
va sans dire, n’est pas celle des auteurs du présent ouvrage. Ici, la résistance
des esclaves déportés en Amérique, le fait du « marronnage » politique et
culturel, la participation constante et massive des descendants d’Africains
aux luttes de la première indépendance américaine, de même qu’aux mouvements
nationaux de libération, sont justement perçus pour ce qu’ils furent :
de vigoureuses affirmations d’identité qui ont contribué à forger le concept
universel d’humanité. Il est évident aujourd’hui que l’héritage africain a marqué,
plus ou moins selon les lieux, les modes de sentir, de penser, de rêver
et d’agir de certaines nations de l’hémisphère occidental. Du sud des États-
Unis jusqu’au nord du Brésil, en passant par la Caraïbe ainsi que sur la côte
du Pacifique, les apports culturels hérités de l’Afrique sont partout visibles ;
dans certains cas même ils constituent les fondements essentiels de l’identité
culturelle de quelques éléments les plus importants de la population.
De même, cet ouvrage fait clairement apparaître les relations de l’Afrique
avec l’Asie du Sud à travers l’océan Indien, ainsi que les apports africains
aux autres civilisations, dans le jeu des échanges mutuels.

Je suis convaincu que les efforts des peuples d’Afrique pour conquérir
ou renforcer leur indépendance, assurer leur développement et affermir leurs
spécificités culturelles, doivent s’enraciner dans une conscience historique
rénovée, intensément vécue et assumée de génération en génération.
Et ma formation personnelle, l’expérience que j’ai acquise comme enseignant
et comme Président, dès les débuts de l’indépendance, de la première
commission créée en vue de la réforme des programmes d’enseignement de
l’histoire et de la géographie dans certains pays d’Afrique de l’Ouest et du
Centre, m’ont appris combien était nécessaire, pour l’éducation de la jeunesse
et pour l’information du public un ouvrage d’histoire élaboré par des
savants connaissant du dedans les problèmes et les espoirs de l’Afrique et
capables de considérer le continent dans son ensemble.
Pour toutes ces raisons, l’UNESCO veillera à ce que cette Histoire
générale de l’Afrique soit largement diffusée, dans de nombreuses langues, et
qu’elle serve de base à l’élaboration de livres d’enfants, de manuels scolaires,
et d’émissions télévisées ou radiodiffusées. Ainsi, jeunes, écoliers, étudiants
et adultes, d’Afrique et d’ailleurs, pourront avoir une meilleure vision du
passé du continent africain, des facteurs qui l’expliquent et une plus juste
compréhension de son patrimoine culturel et de sa contribution au progrès
général de l’humanité. Cet ouvrage devrait donc contribuer à favoriser la
coopération internationale et à renforcer la solidarité des peuples dans leurs
aspirations à la justice, au progrès et à la paix. Du moins est-ce le voeu que je
forme très sincèrement.
Il me reste à exprimer ma profonde gratitude aux membres du Comité
scientifique international, au rapporteur, aux directeurs des différents volumes,
aux auteurs et à tous ceux qui ont collaboré à la réalisation de cette prodigieuse
entreprise. Le travail qu’ils ont effectué, la contribution qu’ils ont
apportée montrent bien ce que des hommes, venus d’horizons divers mais
animés d’une même bonne volonté, d’un même enthousiasme au service de
la vérité de tous les hommes, peuvent faire, dans le cadre international qu’offre
l’UNESCO, pour mener à bien un projet d’une grande valeur scientifique
et culturelle. Ma reconnaissance va également aux organisations et gouvernements
qui, par leurs dons généreux, ont permis à l’UNESCO de publier cette
oeuvre dans différentes langues et de lui assurer le rayonnement universel
qu’elle mérite, au service de la communauté internationale tout entière.

 

Présentation du projet
par
le professeur Bethwell Allan Ogot,
président du Comité scientifique international
pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique
La Conférence générale de l’UNESCO, à sa seizième session, a demandé
au Directeur général d’entreprendre la rédaction d’une Histoire générale de
l’Afrique. Ce travail considérable a été confié à un Comité scientifique international
créé par le Conseil exécutif en 1970.
Aux termes des statuts adoptés par le Conseil exécutif de l’UNESCO
en 1971, ce Comité se compose de trente-neuf membres (dont deux tiers
d’Africains et un tiers de non-Africains) siégeant à titre personnel et nommés
par le Directeur général de l’UNESCO pour la durée du mandat du Comité.
La première tâche du Comité était de définir les principales caractéristiques
de l’ouvrage. Il les a définies comme suit à sa deuxième session :
• Tout en visant à la plus haute qualité scientifique possible, l’Histoire
générale de l’Afrique ne cherche pas à être exhaustive et est un ouvrage
de synthèse qui évitera le dogmatisme. À maints égards, elle constitue
un exposé des problèmes indiquant l’état actuel des connaissances et les
grands courants de la recherche, et n’hésite pas à signaler, le cas échéant,
les divergences d’opinion. Elle préparera en cela la voie à des ouvrages
ultérieurs.
• L’Afrique est considérée comme un tout. Le but est de montrer les relations
historiques entre les différentes parties du continent trop souvent subdivisé
dans les ouvrages publiés jusqu’ici. Les liens, historiques de l’Afrique
avec les autres continents reçoivent l’attention qu’ils méritent, et sont analysés
sous l’angle des échanges mutuels et des influences multilatérales, de
manière à faire apparaître sous un jour approprié la contribution de l’Afrique
au développement de l’humanité.
• L’Histoire générale de l’Afrique est, avant tout, une histoire des idées et
des civilisations, des sociétés et des institutions. Elle se fonde sur une
grande diversité de sources, y compris la tradition orale et l’expression
artistique.
• L’Histoire générale de l’Afrique est envisagée essentiellement de l’intérieur.
Ouvrage savant, elle est aussi, dans une large mesure, le reflet fidèle de la
façon dont les auteurs africains voient leur propre civilisation. Bien qu’élaborée
dans un cadre international et faisant appel à toutes les données
actuelles de la science, l’Histoire sera aussi un élément capital pour la reconnaissance
du patrimoine culturel africain et mettra en évidence les facteurs
qui contribuent à l’unité du continent. Cette volonté de voir les choses de
l’intérieur constitue la nouveauté de l’ouvrage et pourra, en plus de ses qualités
scientifiques, lui conférer une grande valeur d’actualité. En montrant
le vrai visage de l’Afrique, l’Histoire pourrait, à une époque dominée par les
rivalités économiques et techniques, proposer une conception particulière
des valeurs humaines.
Le Comité a décidé de présenter l’ouvrage portant sur plus de trois millions
d’années d’histoire de l’Afrique en huit volumes comprenant chacun
environ 800 pages de textes avec des illustrations, des photographies, des
cartes et des dessins au trait.
Pour chaque volume, il est désigné un directeur principal qui est assisté,
le cas échéant, par un ou deux codirecteurs.
Les directeurs de volume sont choisis à l’intérieur comme à l’extérieur
du Comité par ce dernier qui les élit à la majorité des deux tiers. Ils sont chargés
de l’élaboration des volumes, conformément aux décisions et aux plans
arrêtés par le Comité. Ils sont responsables sur le plan scientifique devant le
Comité ou, entre deux sessions du Comité, devant le Bureau, du contenu
des volumes, de la mise au point définitive des textes, des illustrations et,
d’une manière générale, de tous les aspects scientifiques et techniques de
l’Histoire. C’est le Bureau qui, en dernier ressort, approuve le manuscrit final.
Lorsqu’il l’estime prêt pour l’édition, il le transmet au Directeur général de
l’UNESCO. Le Comité, ou le Bureau, entre deux sessions du Comité, reste
donc le maître de l’oeuvre.
Chaque volume comprend une trentaine de chapitres. Chaque chapitre
est rédigé par un auteur principal assisté le cas échéant d’un ou de deux
collaborateurs.
Les auteurs sont choisis par le Comité au vu de leur curriculum vitae. La
préférence est donnée aux auteurs africains, sous réserve qu’ils possèdent les
titres voulus. Le Comité veille particulièrement à ce que toutes les régions
du continent ainsi que d’autres régions ayant eu des relations historiques ou
culturelles avec l’Afrique soient, dans toute la mesure du possible, équitablement
représentées parmi les auteurs.
Après leur approbation par le directeur de volume, les textes des différents
chapitres sont envoyés à tous les membres du Comité pour qu’ils en
fassent la critique.
Au surplus, le texte du directeur de volume est soumis à l’examen d’un
comité de lecture, désigné au sein du Comité scientifique international, en
fonction des compétences des membres ; ce comité est chargé d’une analyse
approfondie du fond et de la forme des chapitres.
Le Bureau approuve en dernier ressort les manuscrits.
Cette procédure qui peut paraître longue et complexe s’est révélée
nécessaire car elle permet d’apporter le maximum de garantie scientifique à
l’Histoire générale de l’Afrique. En effet, il est arrivé que le Bureau rejette des
manuscrits ou demande des réaménagements importants ou même confie
la rédaction du chapitre à un autre auteur. Parfois, des spécialistes d’une
période donnée de l’histoire ou d’une question donnée sont consultés pour la
mise au point définitive d’un volume.
L’ouvrage sera publié en premier lieu, en une édition principale, en
anglais, en français et en arabe, et en une édition brochée dans les mêmes
langues.
Une version abrégée en anglais et en français servira de base pour la traduction
en langues africaines. Le Comité scientifique international a retenu
comme premières langues africaines dans lesquelles l’ouvrage sera traduit : le
kiswahili et le hawsa.
Il est aussi envisagé d’assurer, dans toute la mesure du possible, la
publication de l’Histoire générale de l’Afrique, en plusieurs langues de grande
diffusion internationale (entre autres, allemand, chinois, espagnol, italien,
japonais, portugais, russe, etc.).
Il s’agit donc, comme on peut le voir, d’une entreprise gigantesque qui
constitue une immense gageure pour les historiens de l’Afrique et la communauté
scientifique en général, ainsi que pour l’UNESCO qui lui accorde son
patronage. On peut en effet imaginer sans peine la complexité d’une tâche
comme la rédaction d’une histoire de l’Afrique, qui couvre, dans l’espace,
tout un continent et, dans le temps, les quatre derniers millions d’années,
respecte les normes scientifiques les plus élevées et fait appel, comme il se
doit, à des spécialistes appartenant à tout un éventail de pays, de cultures,
d’idéologies, et de traditions historiques. C’est une entreprise continentale,
internationale et interdisciplinaire de grande envergure.
En conclusion, je tiens à souligner l’importance de cet ouvrage pour
l’Afrique et pour le monde entier. À l’heure où les peuples d’Afrique luttent
pour s’unir et mieux forger ensemble leurs destins respectifs, une bonne
connaissance du passé de l’Afrique, une prise de conscience des liens qui
unissent les Africains entre eux et l’Afrique aux autres continents devraient
faciliter, dans une grande mesure, la compréhension mutuelle entre les peuples
de la terre, mais surtout faire connaître un patrimoine culturel qui est le
bien de l’humanité tout entière.
Bethwell Allan Ogot
8 août 1979
Président du Comité scientifique international
pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique

 

 

chapitre  premier

Introduction
Djibril Tamsir Niane

Le présent volume embrasse l’histoire de l’Afrique du XIIe au XVIe siècle.
La périodisation et le découpage chronologique classique cadrent mal ici ;
du reste, une date et un siècle peuvent-ils avoir la même importance pour
tout un continent ? Non, tant s’en faut. Ainsi, on peut se demander si la
période du XIIe au XVIe siècle est significative pour toutes les régions du
continent.
Bien que le problème du découpage se pose encore, il nous semble que
la période considérée présente une certaine unité et constitue un moment
capital dans l’évolution historique de l’ensemble du continent à plus d’un
titre. Période privilégiée, s’il en fut, où l’on voit l’Afrique développer des cultures
originales et assimiler les influences extérieures tout en gardant sa personnalité.
Dans le volume précédent, grâce aux écrits arabes, nous avons vu l’Afrique
sortir de l’ombre ; c’est la découverte par les musulmans du riche Soudan,
au sud du Sahara, dominé par l’hégémonie des Soninke, dont le souverain,
le kaya maghan, avait sous son autorité toutes les régions occidentales du
Soudan, de la boucle du Niger à l’embouchure du Sénégal. Ce vaste empire,
dont les fastes ont été évoqués par Al-Bakrī, n’était pas le seul ensemble
politique ; d’autres lui sont contemporains, tels le Songhoy et, plus à l’est,
jusqu’au lac Tchad, les pays et royaumes du Kanem-Bornu. Mais, à partir
de la fin du XIe siècle, la documentation écrite concernant l’Afrique au sud
du Sahara devient de plus en plus abondante, singulièrement de la fin du
XIIIe à la fin du XIVe siècle. Du reste, dès le milieu du XVe siècle, les sources
portugaises viennent combler le vide en nous éclairant sur les royaumes
côtiers de l’Afrique occidentale alors en plein essor. Une preuve de plus que

l’absence de document écrit ne signifie rien. Le golfe du Bénin, l’embouchure
du fleuve Congo furent de hauts lieux de civilisation… Plusieurs traits
essentiels caractérisent cette période.
Tout d’abord, c’est le triomphe de l’islam dans une grande partie du
continent. Cette religion eut pour propagateurs à la fois des guerriers et des
commerçants. Les musulmans se sont révélés d’excellents marchands et ont
dominé le commerce mondial, contribué à développer la science, la philosophic
et la technique partout où ils se sont implantés.
Le fait essentiel, pour l’Afrique, c’est qu’elle donne son cachet original
à l’islam aussi bien en Afrique septentrionale que dans le vaste Soudan, au
sud du Sahara.
Rappelons qu’au XIe siècle, partis des bouches du Sénégal, les Almoravides,
dont les armées comptaient de forts contingents nègres du Takrūr, après
avoir conquis une partie du Maghreb et de la péninsule Ibérique, restaurèrent
la Sunna, orthodoxie rigoureuse, dans tout l’Occident musulman.
À partir de 1050, les Almoravides combattent l’empire du Ghana qui
finit par succomber vers 1076 ; cette dernière date marque pour le Soudan le
commencement d’une période tourmentée de lutte pour l’hégémonie entre
les provinces de l’empire. 1076, c’est aussi une date importante dans l’histoire
à la fois du Maghreb et du Soudan ; mais, à cette époque, la chute de Kumbi,
« capitale » du Ghana, passe à peu près inaperçue parce que le commerce de
l’or n’est presque pas interrompu, mais s’intensifie au contraire puisque certains
royaumes vassaux du Ghana, riches en or (Takrūr, « Mandeng »), et le
vieux royaume de Gao, sur la branche orientale du Niger, depuis longtemps
gagnés à l’islam, continuent d’animer les échanges avec les Arabo-Berbères.
D’un autre côté, des marchands, partant de l’Arabie et du golfe Persique,
ouvrent les côtes orientales de l’Afrique, depuis la Corne d’Or jusqu’à
Madagascar, au commerce intercontinental. Les riches comptoirs de Sofala,
de Kilwa et de Mogadiscio deviennent les débouchés de l’Afrique vers
l’océan Indien. À partir de l’Égypte, l’islam progresse vers la Nubie, le Soudan
oriental. Mais là, il se heurte à une forte résistance des vieux royaumes
chrétiens coptes. Cette résistance opiniâtre des Nubiens arrête un moment
sa marche sur le Nil. Cependant, à partir de la mer Rouge, et principalement
de la Corne de l’Afrique, l’islam s’infiltre à l’intérieur et favorise la naissance
de royaumes musulmans encerclant les chrétiens. La lutte sera âpre entre
les deux religions dans ce secteur ; l’Éthiopie incarnera cette résistance à
l’islam du XIIe au XVe siècle, avant que les négus ne bénéficient de la nouvelle
force chrétienne représentée par le Portugal à la fin du XVe et au début
du XVIe siècle. Le professeur Tadesse Tamrat, dans le chapitre 17, met tout
particulièrement l’accent sur ce christianisme africain non moins original,
avec son art, ses églises au style si caractéristique. Lalibela, que l’on appelle
le « Saint Louis éthiopien », en fondant une nouvelle capitale, la baptise
« Nouvelle Jérusalem » ; le pieux souverain offre à ses sujets un lieu de pèlerinage,
car l’Éthiopie est coupée du patriarcat d’Alexandrie et du berceau du
christianisme. Sur les hauts plateaux d’Éthiopie, les couvents se multiplient.
C’est dans le silence de ces monastères haut perchés, pratiquement inexpugnables,

que les moines écriront l’histoire des rois, élaboreront une réforme.
Au milieu du XVe siècle, le christianisme éthiopien est en plein essor. Il
conserve et donne une forme chrétienne à d’anciennes pratiques religieuses
africaines préchrétiennes ; le vieux fonds kouchitique se manifeste à travers
les fêtes, les danses, les chants et les sacrifices d’animaux. À tous égards,
ici aussi, domine la personnalité africaine, car le christianisme de Nubie et
d’Éthiopie est complètement africanisé, tout comme l’islam africain. Le
long des côtes, depuis la Corne de l’Afrique jusqu’à Madagascar, autour des
comptoirs musulmans, se développe une civilisation musulmane africaine
originale : c’est la civilisation swahili. Elle s’exprime par la langue du même
nom, qui garde la structure bantu, mais avec beaucoup d’emprunts à l’arabe.
Elle sera la langue de communication de toute l’Afrique orientale, depuis
la côte jusqu’aux Grands Lacs africains, pour gagner de proche en proche
le fleuve Congo. Ainsi, directement ou indirectement, l’influence de l’islam
se fait sentir dans toute la région. On s’est souvent interrogé sur les raisons
des succès rapides de l’islam, non seulement en Afrique, mais ailleurs ; il y
a que le genre de vie des nomades d’Arabie diffère alors peu de celui des
Berbères et fellahs de l’Afrique septentrionale. Au Soudan, si l’on met à
part l’épisode guerrier des Almoravides, l’islam se répandit dans l’Afrique
intérieure, lentement, pacifiquement. Il n’y aura point de clergé constitué,
de missionnaires comme dans l’Occident chrétien. Religion des villes et des
cours, l’islam en Afrique ne bouleversera pas les structures traditionnelles.
Pas plus les rois soudanais que les sultans de l’Afrique orientale ne partiront
en guerre de façon systématique pour convertir les populations. Le négoce
dominera et la souplesse dont l’islam fera preuve devant les peuples vaincus
en exigeant seulement un impôt permettra à ces derniers de garder leur
personnalité.
Le second thème majeur qui se dégage pour cette période est intimement
lié à l’islam et à son expansion. Il s’agit du développement inouï des
relations commerciales, des échanges culturels et des contacts humains. De
l’Indus à Gibraltar, de la mer Rouge à Madagascar, de l’Afrique septentrionale
aux régions subsahariennes, hommes et biens circulent librement, à
telle enseigne que Robert Cornevin écrit, s’agissant de l’unité économique
du monde musulman et de l’indépendance politique de l’islam africain
vis-à-vis de Baghdād : « Unité que nous avons peine à imaginer dans notre
monde bourrelé de frontières où passeport et visa sont indispensables à
tout déplacement. Durant tout le Moyen Âge, le commerçant ou le pèlerin
musulman a trouvé depuis l’Indus jusqu’en Espagne et au Soudan la même
langue, le même genre de vie et aussi la même religion malgré les hérésies
kharijites et shiites qui semblent d’ailleurs plus politiques que proprement
religieuses. »
Du reste, du XIIe au XVIe siècle, l’Afrique devient un carrefour commercial
international à bien des égards. L’attrait qu’elle exerce sur le reste
du monde est extraordinaire. Dans le chapitre 26 Jean Devisse le montre
éloquemment ; plus que la Méditerranée, c’est l’océan Indien qui devient
une sorte de « Mare islamicum » avant que ne commence la prépondérance
chinoise fondée sur la navigation par boutre.

Non moins intenses sont les relations interrégionales ; le Sahara est parcouru
du nord au sud par de grandes caravanes. Certaines comptent jusqu’à
six mille — voir douze mille — chameaux, transportant denrées et produits
de tout genre. Entre les savanes soudanaises et les régions forestières plus au
sud, depuis la Casamance jusqu’au golfe du Bénin, se développe un intense
trafic à peine soupçonné par les Arabes, pour qui, au-delà des territoires de
Gao et du Mali qu’ils connaissent, il n’y a plus que des déserts. Aujourd’hui,
l’archéologie, la toponymie, la linguistique nous aident à mieux saisir ces relations
séculaires entre la savane et la forêt. Au sud de l’équateur, l’influence
musulmane sera nulle ; les échanges interrégionaux n’en seront pas moins
importants grâce aux déplacements de populations, aux nombreux contacts
pris à l’occasion des marchés ou foires.
L’Afrique connaît à cette période des échanges suivis entre régions, ce
qui explique cette unité culturelle fondamentale du continent. De nouvelles
plantes alimentaires y sont introduites, principalement à partir de l’océan
Indien ; d’une région à l’autre, des transferts de techniques s’opèrent. Pour
marquer l’originalité de l’Afrique au sud du Soudan, moins bien connue des
Arabes et de tous les autres étrangers, les auteurs des chapitres 19, 20, 21,
22 et 23 insistent sur la vie économique, sociale et politique des régions qui
s’étendent depuis les Grands Lacs jusqu’au fleuve Congo, au Zambèze et au
Limpopo, vastes régions qui n’ont presque pas subi l’influence de l’islam.
Après la vallée du haut Nil, depuis Assouan jusqu’aux sources de ce fleuve,
l’Afrique méridionale mérite une mention spéciale. Nous y reviendrons.
Outre l’or, l’Afrique exporte de l’ivoire brut ou travaillé à travers l’océan
Indien vers l’Arabie et l’Inde. L’artisanat florissant du Soudan, la riche agriculture
de la vallée du Niger alimentent ainsi le trafic transsaharien : grains,
savates, peaux, cotonnades sont exportés vers le nord, tandis que les cours
royales de Niani, de Gao, des villes comme Tombouctou, les cités hawsa
Kano et Katsina importent surtout des produits de luxe : soieries, brocart,
armes richement ornées, etc.
Le Soudan exporte également des esclaves pour les besoins des cours
maghrébines et égyptiennes (des femmes pour les harems et des hommes
pour former la garde d’apparat des sultans). Notons que les pèlerins soudanais
achètent, eux aussi, des esclaves au Caire, surtout des esclaves artistes
— des musiciens, entre autres. Certains auteurs ont exagérément gonflé les
chiffres d’esclaves partis du Soudan ou de la côte orientale pour les pays
arabes. Quelle qu’ait été l’importance numérique des Noirs en Irak, au Maroc ou au
Maghreb en général, il n’y a aucune commune mesure entre le commerce des esclaves de
la période que nous étudions et celui qui sera instauré sur les côtes atlantiques d’Afrique
par les Européens, après la découverte du Nouveau Monde, pour y développer les
plantations de canne à sucre ou de coton.
Les volumes V et VI mettront l’accent sur cette « hémorragie », appelée
la traite des Nègres.
Enfin, un fait très important à souligner, c’est le développement des
royaumes et empires entre les XIIe et XVIe siècles ; longtemps, les historiens
et chercheurs coloniaux ont voulu accréditer l’idée que les États se

sont développés au sud du Sahara grâce à l’influence des Arabes. Si, pour
la zone soudano-sahélienne l’influence arabe est incontestable — encore
que plusieurs royaumes soient nés avant l’introduction de l’islam dans la
région —, on est obligé de convenir que des États comme le royaume du
Congo, le Zimbabwe et le « Monomotapa »(Mwene Mutapa) n’ont guère
subi l’influence de l’islam. Évidemment, la vie urbaine dans les villes
maghrébines et soudano-sahéliennes est mieux connue grâce aux écrits
en arabe.
Des villes marchandes frangent les deux bords du Sahara : une classe
dynamique de commerçants et de lettrés animent la vie économique et
culturelle à Djenné, Niani, Gao, Tombouctou, Walata (« Oualata ») pour le
Soudan occidental. Au nord du Sahara, Sidjilmāsa, Le Touat, Ouargla, Marrakech,
Fez, Le Caire ; au Soudan central, dans le Kanem-Bornu, et dans les
cités hawsa telles que Zaria, Katsena et Kano, la vie culturelle et économique
n’est pas moins intense et l’on voit, sous l’influence des Wangara, des
peuples comme les Hawsa se spécialiser dans le négoce ; sur les côtes de
l’Afrique orientale, les colonies arabo-persanes, installées dans les ports dès
les IXe et Xe siècles, font de Mombasa, plus particulièrement de Sofala et de
Madagascar, des centres commerciaux actifs en relation constante avec l’Inde
et la Chine.
Cependant, sur le plan politique, le Soudan a ses institutions et ses
structures sociales propres, que l’islam de surface des cours n’entame point…
Le Berbère s’arabise très lentement. La langue arabe, dans les villes du Soudan,
est la langue des gens de lettres, gravitant autour des mosquées et de
quelques riches marchands ; il n’y a pas arabisation. Même au Maghreb, où
l’arabisation suivra de près l’imposition de l’islam, le fonds berbère restera
cependant vivace, et la langue berbère se maintient jusqu’à nos jours dans les
régions montagneuses.
L’Égypte devient le centre culturel du monde musulman, déclassant
Baghdād, Damas et les villes d’Arabie qui n’avaient plus que l’auréole du
pèlerinage. Le Maghreb et l’Andalousie vers l’ouest sont, depuis les Xe et
XIe siècles, des foyers d’un grand rayonnement culturel et, surtout, des centres
de diffusion de la sience et de la philosophic vers l’Europe. Maghrébins
et Andalous prennent une large part à la préparation en Europe d’une renaissance
des sciences et de la culture.
L’Italie du Sud n’échappera guère à cette influence musulmane ; rappelons
que c’est à la cour du roi chrétien Roger de Sicile qu’Al-Idrīsī écrira sa
fameuse Géographie, somme des connaissances sur les pays à cette époque.
Son ouvrage représentera un grand progrès ; grâce à son oeuvre, l’Italie
découvrira l’Afrique ; dès lors, les hommes d’affaires s’intéresseront à cet
Eldorado, mais l’heure de l’Europe n’a pas encore sonné.
Sur le plan politique, après le mouvement almoravide, qui fera affluer
l’or du Soudan jusqu’en Espagne, les hommes du « Ribat » s’essouffleront
assez vite, leur empire entrera en décadence au début du XIIe siècle.
Alphonse VI, roi de Castille, reprendra la riche ville de Tolède aux musulmans.
Mais, en 1086, Ibn Tashfīn ranimera un moment le flambeau almoravide ;

à la tête des troupes musulmanes comprenant un fort contingent
takrourien, il remportera une éclatante victoire sur les chrétiens à Zallaca,
où s’illustreront les guerriers noirs des forces almoravides. En Afrique
même, au Soudan et au Maghreb, le XIe siècle s’achèvera sur l’émiettement
du pouvoir des Almoravides ; les rivalités entre ḳabīla du Maghreb et du
Sahara, la résistance des provinces du Ghana après la mort d’Abū Bakr en
1087 dans le Tagant mettront un terme aux efforts des Almoravides dans
l’Afrique subsaharienne.
Le XIIe siècle s’ouvre donc, pour l’Afrique septentrionale, sur un recul
des Almoravides sur plusieurs fronts. Roger II, roi des Deux-Siciles, s’aventure
jusque sur les côtes d’Afrique et impose tribut à certains ports d’où
partent les pirates barbaresques… Mais cette hardiesse sera stoppée par le
renouveau musulman sous l’égide des Almohades au XIIe siècle et, à l’est,
en Égypte, le renouveau s’opérera sous les Ayyūbides, et singulièrement
sous les Mamelūk, aux XIIIe et XIVe siècles. Précisément, à cette époque,
les chrétiens intensifièrent le mouvement des croisades au Proche-Orient,
mais l’Égypte des Mamelūk stoppera cette expansion ; les croisés devront
se barricader dans des kraks, ou forteresses, et Jérusalem échappera à
leur contrôle. L’Égypte contiendra, au XIIIe et au XIVe siècle, le danger
chrétien pendant que ses écoles rayonneront et donneront à la civilisation
musulmane un éclat tout particulier. C’est aussi l’époque d’expansion et
d’apogée des royaumes et empires soudanais, sur lesquels il est temps de
se pencher.
Dans les chapitres 6, 7, 8, 9, et 10, des spécialistes noirs africains mettent
en lumière le rayonnement des États du Mali, du Songhoy, du Kanem-
Bornu, des royaumes mosi et dagomba à l’intérieur de la boucle du Niger.
L’étude des institutions au Mali et dans les royaumes mosi, par exemple,
révèle le fonds traditionnel africain commun. L’islam, religion d’État au Mali
et à Gao, favorisera la naissance d’une classe de lettrés ; depuis le temps du
Ghana, déjà, les Wangara (Soninke et Maninke — « Malinkés »), spécialisés
dans le trafic, animent la vie économique ; ils organisent des caravanes en
direction du Sud forestier d’où ils rapportent cola, or, huile de palme, ivoire
et bois précieux en échange de poissons fumés, de cotonnades et d’objets en
cuivre.
Les empereurs musulmans du Mali intensifieront leurs relations avec
l’Égypte au détriment du Maghreb. Au XIVe siècle, l’empire atteint son
apogée. Mais le XIIe siècle est mal connu. Fort heureusement, Al-Idrīsī,
reprenant en partie les informations données par Al-Bakrī, nous précise
l’existence des royaumes du Takrūr, du Do, du Mali et de Gao. Les traditions
du Manden, du Wagadu et du Takrūr permettent aujourd’hui d’entrevoir
la lutte opiniâtre qui a opposé les provinces issues de l’éclatement
de l’empire du Ghana.
On sait aujourd’hui, par l’étude des traditions orales, qu’entre la chute du
Ghana et l’émergence du Mali il y a l’intermède de la domination des Sosoe
(fraction soninke-manden rebelle à l’islam), qui, un moment, réalisèrent
l’unité des provinces que les kaya maghan contrôlaient ; avec le XIIIe siècle,

commence l’ascension du royaume de Melli ou Mali. Le grand conquérant
Sunjata Keita défait Sumaoro Kante (roi des Sosoe) à la fameuse bataille de
Kirina en 1235 et instaure le nouvel empire manden. Fidèle à la tradition
de ses ancêtres islamisés dès 1050, Sunjata, en rétablissant l’empire, renoue
avec les commerçants et les lettrés noirs et arabes. De 1230 à 1255, il met en
place des institutions qui marqueront pour des siècles les empires et royaumes
qui se succéderont au Soudan occidental. Le pèlerinage et le grand trafic
transsaharien raniment les pistes du Sahara.
Commerçants et pèlerins noirs se rencontrent dans les carrefours du
Caire ; des ambassades noires sont établies dans les villes du Maghreb ; des
relations culturelles et économiques s’intensifient avec le monde musulman,
singulièrement au XIVe siècle, sous le règne du fastueux Mansa Mūsā Ier et
de Mansa Sulaymān ; au Soudan central, le Kanem et le Bornu entretiennent
des relations encore plus suivies avec l’Égypte et la Libye. Les sources arabes,
les écrits locaux et les traditions orales, une fois de plus, nous éclairent
singulièrement sur ce XIVe siècle soudanais.
C’est le lieu de faire mention de certains écrivains arabes, historiens,
géographes, voyageurs et secrétaires des cours, qui nous ont laissé une excellente
documentation sur l’Afrique, notamment au XIVe siècle.
Le plus grand historien du « Moyen Âge », Ibn Khaldūn, est maghrébin
(1332 -1406). Il sera mêlé à la vie politique de son temps, aussi bien dans les
cours de Fez, de Tunis que d’Andalousie. À la suite de diverses infortunes,
il se retirera dans un « château » et entreprendra d’écrire son oeuvre historique.
Sa monumentale Histoire des Arabes, des Persans et des Berbères est l’étude
socio-historique la plus fouillée qu’on ait jamais écrite sur le Maghreb ; c’est
dans l’un des volumes de cette histoire qu’il consacre des pages célèbres
à l’empire du Mali. Nous lui devons la liste des souverains des XIIIe et
XIVe siècles jusqu’en 1390. Les prolègomènes jettent les bases de la sociologie
et mettent en lumière les principes d’une histoire scientifique, objective,
fondée sur la critique des sources.
Ibn Baṭṭūṭa, célèbre par ses voyages, est véritablement un globe-trotter
du XIVe siècle. Ses informations sur la Chine, sur les côtes orientales d’Afrique,
son compte rendu de voyage au Mali restent le modèle du genre ethnologique.
Rien n’échappe à son attention : les genres de vie, les problèmes
alimentaires, le mode de gouvernement, les coutumes des peuples sont traités
avec maîtrise et précision. C’est Ibn Baṭṭūṭa qui nous informe le mieux
sur les côtes de l’Afrique orientale, sur le commerce interrégional en Afrique
et sur l’importance du trafic dans l’océan Indien. Parlant des îles Maldives, il
écrit : « La monnaie de ces îles est le cauri. C’est un animal que l’on ramasse
dans la mer. On le met dans des fosses : sa chair disparaît et il ne reste qu’un
os blanc… On fait commerce au moyen de ces cauris sur la base de quatre
bustu pour un dinar. Il arrive que leur prix baisse au point qu’on en vende
douze bustu pour un dinar. On les vend aux habitants du Bangala (Bengale)
en échange de riz. C’est aussi la monnaie des habitants du Bilad Bangala…
Ce cauri est aussi la monnaie des Sudan [les Noirs] dans leur pays. Je l’ai vu
vendre à Melli [Niani, empire du Mali] et Gugu [Gao, capitale du Songhoy]

à raison de mille cent cinquante pour un dinar d’or. » Ce coquillage, le cauri,
sera, durant la période qui nous concerne, la monnaie de la plupart des royaumes
soudanais. On ne le trouve que dans les îles Maldives : cela permet de
mesurer l’intensité de la circulation des hommes et des biens en Afrique et
dans l’océan Indien.
Un troisième auteur, dont les informations précises sont fondées sur une
documentation filtrée, c’est Al-˓Umarī Ibn Fadl Allah, qui sera secrétaire à la
cour des Mamlūk entre 1340 et 1348. Les rois soudanais ont alors au Caire des
consulats pour l’accueil de centaines de pèlerins se rendant à La Mecque.
D’une part, Al-˓Umarī dispose des archives royales, et, d’autre part, fait
des enquêtes aussi bien auprès des Cairotes qui approchent les rois soudanais
de passage qu’auprès des Soudanais eux-mêmes. Sa Description de l’Afrique
moins l’Égypte est l’une des principales sources de l’histoire de l’Afrique
médiévale.
Enfin, citons Léon l’Africain, cet hôte du pape, qui se rendra deux fois
au Soudan au début du XVIe siècle. Ses informations sur le Soudan occidental
et central sont pour nous d’une grande importance pour cette époque où le
vent de l’histoire a tourné au profit des « blanches caravelles ».
Le déclin est total à la fin du XVIe siècle, les villes soudanaises s’étiolent
lentement.
Cinq siècles après sa disparition, Kumbi (Ghana) est identifiée et fouillée
dès 1914 : Awdaghost, la célèbre ville marchande entre Kumbi et Sidjilmāsa,
attire depuis dix ans les archéologues sur son site. Les professeurs Devisse et
Robert y ont découvert plusieurs étapes d’occupations humaines, des trésors
ont été exhumés qui attestent que l’Awker était bien le « pays de l’or ». Plus
au sud, Niani, la capitale du Mali, ville construite en banco, voit ses tumuli
quadrillés et fouillés ; la ville « médiévale », la capitale de Sunjata et de
Mansa Mūsā Ier, d’année en année, livre ses secrets. L’archéologie se révèle
de plus en plus comme la science indispensable pour arracher au sol africain
des documents plus éloquents que les textes ou que la tradition.
Il est temps de parler du reste de l’Afrique que l’islam n’a pas connu.
Nous l’avons déjà dit, l’absence de document écrit ne signifie rien ; l’Afrique
équatoriale, l’Afrique centrale et l’Afrique méridionale nous en offrent une
belle illustration avec leurs monuments de pierre, qui font penser immédiatement
à des royaumes du type « Égypte ancienne ». Ces constructions
cyclopéennes, loin de la Côte, les zimbabwe et mapungubwe, se comptent par
dizaines. OEuvres des populations bantu, ces villes fortes, ces escaliers géants
prouvent à quel point certaines techniques de construction étaient poussées,
et ce, en l’absence de toute utilisation systématique d’écriture. Nous passons
volontiers sur les multiples théories émises sur les bâtisseurs de ces monuments
de pierre, car, cela va de soi, les colonisateurs ne pouvaient admettre
que les ancêtres des Shona, des Natibete fussent les artisans de ces monuments
qui confondent l’imagination des visiteurs. Les historiens coloniaux
n’étaient pas non plus préparés à admettre que les Noirs aient pu construire
« en dur ».
Dans son Afrique avant les Blancs, Basil Davidson intitule le chapitre IX
consacré à l’Afrique centrale et méridionale, « Les bâtisseurs du Sud », c’est

une vision nouvelle des questions que pose l’histoire de l’Afrique. Il rend à
l’Afrique ce qui lui est dû, nous voulons parler du bénéfice moral de l’oeuvre
des ancêtres.
Déjà, les Portugais, abordant à la côte orientale du continent après avoir
doublé le cap de Bonne-Espérance, avaient entendu parler, à Sofala, d’un
puissant empire situé à l’intérieur des terres. Ils entrèrent même en contact
avec quelques natifs venant régulièrement sur la côte commercer avec les
Arabes. Les premiers documents portugais parlent du royaume de Benametapa.
L’une des premières descriptions de ces monuments de pierre, que
l’image a rendus familiers à tous, est due à da Goes : « Au milieu de ce pays
se trouve une forteresse construite en grandes et lourdes pierres à l’intérieur
et à l’extérieur… une construction très curieuse et bien bâtie, car, selon
ce que l’on rapporte, on ne voit aucun mortier pour lier des pierres. Dans
d’autres régions de la susdite plaine, il y a d’autres forteresses construites de
la même facon ; dans chacune desquelles le roi a des capitaines. Le roi du
Benametapa mène grand train et il est servi à genoux ployés avec une grande
déférence. »
De Barros ajoute que « les indigènes de ce pays appellent tous ces édifices
simbaoé, qui, selon leur langage, signifie « cour » parce qu’on peut dénommer
ainsi toute place où Benametapa peut se trouver, et ils disent qu’étant
propriétés royales toutes les autres demeures du roi portent ce nom ». On
pense à madugu, nom donné aux résidences des souverains du Mali.
Aujourd’hui, grâce aux travaux de nombreux chercheurs, l’Afrique
centrale et l’Afrique méridionale sont mieux connues. Les efforts conjoints
des linguistes, des archéologues et des anthropologues jettent déjà une
vive lumière sur ces monuments et sur leurs bâtisseurs. Le Zimbabwe,
le Mwene Mutapa (le Benametapa des Portugais et le Monomotapa des
modernes) sont de puissants royaumes dont l’apogée se situerait précisément
entre les XIe et XIVe siècles, donc contemporains du Ghana et du
Mali au nord. La puissance de ces royaumes est fondée sur une forte organisation
sociale et politique. Tout comme le kaya maghan, le mwene mutapa
(titre royal) a le monopole de l’or. Comme son contemporain soudanais,
il est « seigneur des métaux ». Ces régions, que couvre aujourd’hui une
partie de la République populaire de Mozambique, de la République du
Zimbabwe, de la République de Zambie et de la République du Malawi,
forment un pays riche en cuivre, en or et en fer. Selon Davidson, « on a
relevé des milliers d’anciennes exploitations minières, peut-être jusqu’à
60 000 ou 70 000 ».
La chronologie pose encore des problèmes ; ce qui est certain, à l’arrivée
des Portugais, c’est que, si le Mwene Mutapa et le Zimbabwe font
encore figure de grandes puissances, la décadence est amorcée ; elle va se
précipiter avec la rapacité, les pillages des Portugais et des autres Européens
qui les suivront. Les populations de ces régions, qui pratiquent la
culture en terrasse, ont développé une riche agriculture. Une idée se précise
: les différentes ethnies, les cultures locales relèvent du même fonds
bantu. L’ethnologie, en un sens, a rendu un très mauvais service à l’histoire,

puisqu’elle a considéré chaque ethnie comme une race distincte ;
fort heureusement, la linguistique permet de rétablir les choses. Tous ces
groupuscules nés de la tourmente de quatre siècles de traite, de chasse à
l’homme, participent du même monde bantu ; les Bantu se superposeront
à d’anciennes populations et repousseront Pygmées et autres groupes
vers les forêts inhospitalières ou vers les déserts. Les fouilles se poursuivent
en Zambie ; la jeune République du Zimbabwe ouvre un champ de
recherches qui promet beaucoup. Dans le Transvaal et ailleurs en Afrique
du Sud, on trouve des vestiges de brillantes civilisations antérieures au
XIIe siècle.
Une fois dépassé la thèse qui attribuait le Zimbabwe et le Mwene
Mutapa aux Phéniciens en renouvelant la légende dorée du « pays
d’Ophir », l’objectivité a pris le dessus chez les chercheurs. La plupart
reconnaissent aujourd’hui que les influences extérieures furent nulles.
David Randall MacIver, égyptologue qui se rendit en « Rhodésie du Sud »
(le Zimbabwe), affirma l’origine africaine des monuments ; l’archéologie
scientifique s’exprime sous sa plume : « Il n’y a aucune trace de style
oriental ou européen de quelque époque que ce soit… Le caractère des
demeures encloses dans les ruines de pierre et qui en forment partie
intégrante est africain sans erreur possible. » David Randall MacIver
poursuit : « Les arts et techniques échantillonnés par les objets trouvés
dans les habitations sont typiquement africains, sauf quand ces objets sont
des importations de dates médiévales ou post-médiévales bien connues. »
L’auteur écrivit ces lignes en 1905. Mais ces preuves archéologiques ne
désarmeront guère les tenants de la théorie « ophirienne » ; toutefois, un
quart de siècle plus tard, un autre savant, le Dr Gertrude Caton-Thompson,
rédigera un rapport, Civilisation de Zimbabwe, dans lequel elle confirmera,
écrit Basil Davidson, avec une « clarté de diamant » et avec esprit comme
avec une grande intuition archéologique, ce que MacIver avait dit avant
elle. Gertrude Caton-Thompson, dont l’ouvrage se fonde sur une étude
rigoureusement archéologique, note : « L’examen de tous les documents
existants recueillis dans chaque secteur ne peut cependant produire un
seul objet qui ne soit en accord avec la revendication d’une origine bantu
et de date médiévale. » Dans le chapitre 21, en s’appuyant sur les travaux
archéologiques, le professeur Brian Murray Fagan montre que le Zimbabwe
et les autres civilisations du Sud se sont développés bien avant le
XVIe siècle et presque à l’abri de toute influence extérieure ; du moins
celles-ci n’ont pas été d’un apport déterminant dans leur genèse.
On devine aisément ce que la plume grandiloquente d’un auteur arabe
nous aurait laissé si le Zimbabwe et le royaume du « seigneur des métaux »
avaient reçu la visite de voyageurs, de géographes tels qu’en ont bénéficié
le Ghana et le Mali… quelque chose comme : le grand Zimbabwe et
ses enceintes de pierre se dressent, énigmatiques comme les pyramides,
témoignant de la solidité et de la cohésion des institutions qui ont régi la
vie des bâtisseurs de ces monuments élevés à la gloire de leurs rois, en
somme de leurs dieux.

L’étonnement et l’émerveillement des navigateurs portugais en abordant
l’« Éthiopie occidentale », ou Afrique de l’Ouest, pour parler en termes
modernes, commenceront dès l’embouchure du fleuve Sénégal. C’est en
Sénégambie qu’ils entreront en contact avec les mansa du Mali, noueront
des relations avec les rois du Jolof ; s’informant sur les sources de l’or, ces
émules des musulmans dans les embouchures des fleuves, à bord de leurs
caravelles, commenceront par admirer l’organisation politico-administrative,
la prospérité et l’abondance des richesses du pays.
Plus ils cingleront vers le sud, plus ils se rendront compte de leur pauvreté,
et leur cupidité s’aiguisera en rabattant le sentiment de supériorité que
la foi chrétienne entretient en eux.
Avec les chapitres 12, 13, et 14, nous abordons l’étude de la côte
atlantique de la Guinée supérieure et du golfe de Guinée, c’est-à-dire
de la Sénégambie à l’embouchure du Niger. Si nos connaissances sont
encore maigres, il est cependant établi que la forêt n’a pas été un milieu
hostile à l’établissement humain, comme ont voulu le faire croire maints
africanistes ; un vaste champ de recherche est ouvert à l’investigation des
historiens et aux archéologues. Les cités du Bénin et la belle statuaire
yoruba se sont développées dans ce milieu forestier. Têtes en laiton
ou bas-reliefs des palais, beaucoup de ces oeuvres d’art, qui se trouvent
aujourd’hui au British Museum ou dans les musées de Berlin et de
Bruxelles, furent attribuées à d’hypothétiques étrangers avant que le simple
bon sens invitât à replacer ces pièces dans leur cadre socioculturel et
à reconnaître que les natifs en furent les seuls auteurs. Aujourd’hui, grâce
aux recherches archéologiques, on établit aisément le lien entre les terres
cuites du Nok (500 avant l’ère chrétienne) et les têtes de bronze du Bénin
(du Xe au XIVe siècle).
Mais que d’encre versée inutilement pour frustrer l’Afrique de son passé !
Que de crimes pour arracher au continent ses chefs-d’oeuvre artistiques !
Ce rapide tour d’horizon nous a permis de voir que plusieurs formes
d’États ont existé en Afrique. Le clan ou lignage est la forme rudimentaire
de l’État ; les membres du clan ou du lignage se reconnaissent un ancêtre
commun et vivent sous l’autorité d’un chef élu ou d’un patriarche ; la fonction
essentielle de celui-ci est de veiller à un partage équitable des revenus
du groupe, il est père nourricier, père justicier. Le clan vit sur un territoire
aux contours précis ou bien possède un domaine de parcours si ses membres
s’adonnent à l’élevage itinérant. Dans les déserts (Sahara ) ou dans les
forêts, ils disposent d’un territoire plus ou moins vaste ; ils vivent souvent
en symbiose avec les sédentaires, avec qui ils échangent le produit de leurs
activités.
Le chef de clan n’exerce pas un pouvoir discrétionnaire, mais, lorsque le
revenu du groupe s’accroît, bénéficiant du surplus, il est dispensé de travailler
de ses mains ; il arbitre les conflits qui surgissent à l’occasion du partage des
terres.
Le royaume regroupe plusieurs clans ; le roi est souvent un chef de clan
qui s’est imposé à d’autres clans ; c’est le cas du clan keita, fondateur de l’empire

du Mali, au XIIIe siècle. Le roi a autour de lui un conseil dont les membres
vivent de ses bienfaits ; le royaume occupe donc un territoire assez étendu :
chaque clan conserve cependant sa structure en terre, ses rites particuliers ; le
fait important est l’allégeance au roi, qui se traduit par le paiement d’un impôt
(souvent en nature). Chef politique, le roi a gardé, la plupart du temps, les
attributs religieux du chef de clan. Sa personne est sacrée : ce caractère sacré
apparaît très nettement chez le roi du Congo, le souverain du Monomotapa
et l’empereur du Mali — les sujets de celui-ci juraient par son nom.
Les souverains que nous appelons « empereurs » en principe ont sous
leur autorité un vaste territoire, du moins des rois jouissant d’une grande
autonomie ; l’empire almohade a couvert une bonne partie du Maghreb ; le
sultan, issu d’une ḳabīla ou clan, commande d’autres sultans qui commandent
euxmêmes des chefs de ḳabīla ou shaykh. Ainsi, l’empereur du Mali, ou
mansa, a sous son autorité douze provinces dont deux royaumes.
Roi ou empereur, le souverain est toujours entouré d’un conseil ; en
général, celui-ci tempère son pouvoir, car une « constitution » ou une « coutume
» organise toujours le pouvoir.
Nous avons déjà fait mention des cités-États qui sont, en fait, des royaumes
réduits aux dimensions d’une ville et de son proche arrière-pays ; les
cités hawsa et les cités yoruba du Bénin en sont les cas les plus typiques ;
les institutions y sont également très élaborées ; des fonctionnaires et une
aristocratie forment la cour du roi.
Les cités hawsa reconnaissaient une cité mère, Daura ; chez les Yoruba,
c’est Ife qui tenait ce rôle. La communauté de culture est le ciment qui liait
souvent ces États en guerre entre eux.
Ainsi, nous avons banni de notre vocabulaire les termes de « société
segmentaire », « société sans État », chers aux chercheurs et historiens d’une
certaine époque.
Nous avons banni aussi des termes comme « tribu », « chamite »,
« hamite », « fétichiste ». La raison est que « tribu », s’agissant de certaines
parties de l’Afrique, a pris une connotation très péjorative. Depuis les
indépendances, les conflits sociaux et les conflits politiques sont qualifiés
de « guerres tribales » — entendez : « guerres entre sauvages ». Et, pour la
circonstance, on a créé le mot « tribalisme ». « Tribu » désignait à l’origine un
groupe socioculturel ; aujourd’hui, appliqué à l’Afrique, il signifie formation
« primitive » ou « rétrograde ». Le mot « fétichisme » n’a pas une acceptation
moins péjorative ; les africanistes l’emploient pour désigner la religion traditionnelle
africaine ; il est synonyme de « charlatanisme », de « religion des
sauvages ». « Animisme », pour désigner la religion traditionnelle de l’Afrique,
comporte également une charge négative. Plutôt que d’« animisme » ou de
« fétichisme », nous parlerons de religion traditionnelle africaine.
Le mot « chamite » ou « hamite » a une longue histoire. On a désigné par
ce terme des peuples pasteurs blancs — ou supposés tels — « porteurs de
civilisation ». Ces hypothétiques pasteurs, dont personne n’a jamais cerné la
réalité ou l’historicité, auraient nomadisé à travers le continent, apportant ici
et là la culture et la civilisation aux agriculteurs noirs. Le plus curieux, c’est

que le mot « chamite » dérive de Cham (nom de l’ancêtre des Noirs, selon la
Bible). Que ce mot finisse par désigner un peuple blanc, voilà qui ne cesse
d’intriguer. En fait, il ne s’agit rien de moins que d’une des plus grandes
mystifications de l’histoire. Les historiens coloniaux posaient pour principe
la supériorité des éleveurs sur les agriculteurs, affirmation gratuite, s’il en fut.
Hélas ! le colonialisme, exarcerbant les oppositions entre clans, entre agriculteurs
et éleveurs, laissa au Rwanda et au Burundi par exemple, à l’heure
des indépendances, une véritable poudrière ; les luttes entre les Batutsi et les
Bahima (Bahutu), les persécutions et les événements sanglants des années
1962 -1963 sont à mettre au compte des colonialistes belges qui, pendant plus
d’un demi-siècle, soufflèrent sur le feu de la discorde entre les clans de leurs
« colonies », entre éleveurs dits « chamites » et agriculteurs « noirs ».
Décoloniser l’histoire, c’est précisément abattre les fausses théories, tous
les préjugés montés par le colonialisme pour mieux asseoir le système de
domination, d’exploitation et justifier la politique d’intervention. Ces théories
pseudo-scientifiques sont encore véhiculées dans maints ouvrages… et
même dans les manuels scolaires de nos écoles. Il était important d’apporter
ici quelques précisions.

 

 

Le Maghreb : l’unification
sous les Almohades
Omar Saidi

suite PDF

 

Pour Nasrin Sotoudeh


par Lotfi Hadjiat

Human rights activist Nasrin Sotoudeh sentenced to 148 lashes and 33 years in jail - reports

Les philosophes ont toujours cherché à interroger les limites de la recherche de vérité. Je ne détiens pas la vérité mais je me pose des questions. En particulier celle-ci : pourquoi la sourate de l’Evénement distingue le noble Coran gardé au Ciel, que seuls des purifiés peuvent toucher, du Coran terrestre que des souillés peuvent toucher à leur guise ?…
.
Si je comprend bien, les hommes n’ont finalement entre leurs mains que le Coran terrestre mit par écrit par des hommes, que Dieu a créés faillibles… Si cette sourate précise que la version céleste du message divin est parfaitement pure et bien gardée par des anges, cela laisse entendre que la version terrestre est moins pure car moins bien gardée, puisque gardée par des hommes faillibles, créés faillibles. La parole divine ne fait pas de distinction sans raison. Cette distinction entre le Coran céleste et le Coran terrestre veut nécessairement dire que la version terrestre n’est pas rigoureusement identique à la version céleste. Car si ces deux versions étaient rigoureusement identiques l’auteur divin n’aurait pas « pris la peine » de faire cette distinction à l’adresse des hommes. Et si l’auteur n’était pas divin, il n’aurait évidemment pas fait cette distinction qui l’aurait complètement discrédité.
.
La version terrestre a donc fatalement été humainement altérée en comparaison de la version céleste inaltérable. Lorsque le Coran met en garde ceux qui traitent ce texte de mensonges, il s’agit du texte céleste, pas du texte terrestre. Tout ceci est éminemment logique et cohérent. Il y a au moins un indice qui laisse à penser que la version terrestre a été humainement altérée : la sourate 9 ne s’ouvre pas par la formule qui ouvre pourtant toutes les sourates, « Au nom du Dieu clément et miséricordieux ». Cette sourate n’a donc manifestement pas été transmise au nom de Dieu, et comble de l’ironie, elle s’intitule sourate du Désaveu ! Dieu a décidément beaucoup d’humour. Finalement, le Coran terrestre est une épreuve pour les musulmans, car ceux dont la foi a touché le cœur aspireront à lire sa version céleste et ceux dont le cœur n’a pas été touché n’y aspireront pas, ils aspireront plutôt à plaire à la communauté, au calife local, ou à Erdogan, ou à tout autre tyran promis à l’Enfer, comme tous les tyrans, ce genre de tyran qui nous empêchent de réfléchir, de « méditer le sens des versets » (comme le disent pourtant de nombreuses sourates), et qui ferment finalement les portes de la foi du cœur et de l’esprit aux chercheurs de vérité, en défendant la version terrestre de manière brutale, sanglante, inhumaine, barbare…
.
Le problème c’est que cette tyrannie s’est répandue parmi les musulmans, et plus tôt qu’on ne le pense, bien avant les Saoud. Les livres d’Averroes, père fondateur de la pensée laïque, ne furent brûlés en place publique que par des « musulmans » qui se paraient de tous les honneurs et de toutes les vertus… Et comme rien n’échappe à la grande loi du déclin, cette tyrannie n’est allée qu’en s’accentuant, surtout ces dernières décennies (et pas seulement chez les Saoud), au point de condamner, en 2019, à 38 ans de prisons et 148 coups de fouet une avocate iranienne, Nasrin Sotoudeh, qui contestait le port obligatoire du foulard ! Et pourquoi pas mille ans de prison et dix-mille coups de fouet. La justice a pour but de lutter contre la tyrannie, pas de la promouvoir ; la promouvoir est l’œuvre de Satan. Surtout que dans le Coran le foulard est recommandé, pas obligatoire, car « nulle contrainte en religion » comme le dit ce texte… effectivement, il n’y a pas religion sans jugement moral, et il n’y a pas jugement moral sans responsabilité morale, et il n’y a évidemment pas de responsabilité morale sans liberté, liberté de choisir entre commettre l’injustice ou ne pas la commettre… la contrainte anéantit toute idée de religion, qui n’est et ne devrait être qu’enseignements et recommandations… Cette condamnation de Nasrin Sotoudeh est d’autant plus ahurissante que l’Iran siège à l’ONU au Comité pour la condition des femmes, démontrant ainsi de manière irréfutable la tartufferie et le fourvoiement de l’islam sur Terre. Et toute la violence de certains « musulmans » pour masquer ce fourvoiement ne réussira au contraire qu’à le confirmer.
.
Mais il reste encore une question à laquelle il faudra répondre un jour : quelle est l’ampleur de cette altération du texte dans la version terrestre ? La réponse arrivera sans doute le jour de… l’Evénement, de l’avènement de la vérité… de la rencontre foudroyante de l’être divin et de l’homme. Foudroyante d’amour pour les uns et foudroyante de justice pour les autres.

Réaction de Pierre Dortiguier à mon article, « Pour Nasrin Sotoudeh »

Le Noble Koran aux yeux de la philosophie, par Pierre Dortiguier.

Nous avons publié ailleurs un éloge de l’islamisme, comme on disait jadis, par Voltaire dans son Essai sur les Moeurs et l’Esprit des Nations, et cet auteur censuré récemment par les éditeurs français de son Dictionnaire philosophique, devient ignoré d’une jeunesse qui ne lit plus même Corneille par le poids d’une idéologie antiaristocratique et niveleuse dans la médiocrité. Le mérite de ce  philosophe est de s’en tenir à ce qui est dit ou pratiqué et non à l’opinion sur une religion à laquelle on ôte la raison pour en faire le socle de quelque autorité despotique ou influence matérielle.

Je sais que Voltaire n’est pas plus aimé que l’islamisme, terme qui n’est pas, faut-il y insister, récent et était pris, à l’âge de l’exercice des lumières naturelles (terme théologique, s’il en fût)  dans le même sens que le christianisme, à parler religion, mais les deux ne sont  non plus véritablement lus ou étudiés  avec attention; c’est le cas de dire que ce qui est bien connu, parce qu’il est trop vulgarisé, n’est pour cette raison même, pas assez reconnu ! Le lycéen d’autrefois eût su attribuer à  Hegel (1770-1831) l’éclat et la vérité de la formule. Un propos voltairien heureux tiré de sa philosophie de l’histoire – expression forgée par lui – avertit de brûler tout ce qui nous a été dit des Musulmans à ce jour ; et l’on pourrait appliquer, comme s’y livre mon jeune collègue Lotfi Hadjiat, cela aux formes, aux opinions et aux certitudes historiques présentées sous ce vocable d’islamisme ou de religion attenante. Que doit-on brûler, sinon ce que nous tenons pour vrai sans l’avoir éprouvé, ni surtout l’avoir lu ! Le grand Bossuet, qui était un orateur sacré et philosophe cartésien, a ouvert la voie à la critique saine, contre les illusionnistes ou les insensés, voire les hypocrites abusant de la faiblesse humaines, ou les délirants, en écrivant ce qui résumerait bien l’effort philosophique authentique de mon collègue, « Le plus grand dérèglement de l’esprit est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient et non parce que qu’on a vu qu’elles sont en effet » (Traité sur la connaissance de Dieu et de soi-même).

Mais objectera-t-on, la Foi n’est pas soumise à la raison : chez certains hallucinés, en effet, qui  ne possèdent tout au plus, sous un vernis de religion, qu’un statut politique, car pourrait-on accorder par exemple, à un Moïse le mérite d’avoir enseigné une religion à un peuple obscur et connu cependant pour être un  négateur constant de l’immortalité de l’âme, dogme en effet exigé par la morale ? Le mérite de Lotfi Hadjiat, qui lui donne bien malgré lui un parfum d’hérésie, situation permanente de ceux qui exercent leur pensée non pour vomir mais au contraire assimiler des dogmes pour la santé de l’âme, est d’avoir montré que la pureté est dans la réflexion et non dans l’habit qui n’a jamais fait le vrai solitaire, j’entends cette âme ou partie sublime d’elle  qui est seule avec Dieu, alors que le monde s’embourbe dans le devenir des passions les plus sensuelles. Notre collègue mériterait le titre que Platon, en quelque temps qu’on le situe, accordait à son successeur Aristote, d’être un « liseur ». Ici, sous l’empire de la mode, à savoir de l’apparence séductrice et orgueilleuse de fait, l’islamisme est affaire d’abord, une fois les professions de foi entendues, de vêtement,  de singularités qui restent superficielles si elles ne sont reliées à la pensée, à l’entretien continu et silencieux de l’âme avec elle-même. La formule est platonicienne, mais est la poursuite de l’effort entrepris bien avant lui, et qu’il relayait car elle vient d’en deça les apparences, et éblouit le regard de ceux qui sortent trop vite de la caverne !

A quoi s’adonne le vulgaire ? « A découper les ombres », tout comme les sophistes et les discutailleurs, les sectaires voulant séduire ou enthousiasmer en restant dans le monde « trop matériel », selon le bon mot français du baron saxon Leibniz, alors qu’il s’agit d’aller au-delà de la substance, là où est l’être, en toute majesté et puissance. Dans le premier cas, nous sommes dans le monde des apparences fluctuantes, des demi-vérités, des vices déguisés en vertus, dans le second nous cherchons une position ferme dans ce que l’on a si bien qualifié de firmament, ou ciel des fixes, auprès de Dieu, dans l’éternité arrachée au temps et non sa prolongation sensuelle. Il y a une simplicité de l’argumentation de Lotfi Hadjiat incomprise des semi-habiles et qui devrait balayer tous les fanatismes ennemis de la vraie religion, qui est dans un monde intelligible, non sensuel, celui que la tradition philosophique reposant sur le coeur, entend par le Koran intelligible, confié aux Anges et qui ne peut être que dans ce firmament, dont le monde est le reflet boueux. Il y a de même une forme pure, un archétype qui n’est point un  objet, mais une source qui est atteinte après les différentes morts jalonnant l’existence jusqu’au terme fixé : ce que la sagesse chrétienne dont l’Islam hérite, entendait par la vision dans un miroir trouble (« per speculum et in enigmate »), à laquelle succédera un face à face.

Tout le reste est incertain. Mais que l’on ferme par des agitations aussi suspectes que tyranniques, c’est-à-dire incapables de fixer intellectuellement un objet, la vision de ce Koran sublime par des disputes sur des mots accordés à la faiblesse et aux vilaines passions de « ce  » monde dans lequel nos vertus ne sont le plus souvent que des vices affaiblis, toute confusion des deux empires matériels ou périssables et intellectuels ou éternels, arrachés au temps destructeur et illusionniste, ne peut qu’aboutir à une autodestruction. C’est ce vers quoi s’achemine l’humanité, sur une nef des fous, et « le liseur » Lotfi Hadjiat que nous accompagnâmes à Bouira pour une conférence où il fit triompher le socratisme des maîtres grecs et les pré-socratiques, non pas polythéistes, comme on les calomnie, mais attachés à l’unité invisible sous jacente au fond de tout, à parler grec, rencontre des obstacles, chez ceux qui ne veulent entendre que leurs basses passions dont ils habillent leur foi sectaire et séductrice des faibles.

Qu’ a pensé, en Europe, la grande philosophie du Noble Koran ? Une phrase d’Arthur Schopenhauer, une seule, résume toute la querelle qui sera faite à Lotfi Hadjiat. Le natif de Dantzig ressentait, avec la franchise allemande qui est l’expression d’une sensibilité directe ou d’un attrait spontané de l’intuition, que la lecture du Livre ne satisfaisait point son besoin métaphysique d’aller au delà des apparences ou de réduire les illusions permanentes du vouloir-vivre, mais, précisait-il, avec le scrupule propre au naturel philosophe, « peut-être a-t-il été mal traduit ». Ce qui arrive quand on prend les hommes pour des anges !

Pierre Dortiguier

La beauté des maths


bostani.com

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Absolutely  amazing! 
Absolument ahurissant !

Beauty of Math!  
La Beauté des Maths 
1 x 8 + 1 =  9
12 x 8 + 2 =  98
123 x 8 + 3 =  987
1234 x 8 + 4 = 9876  
12345 x 8 + 5 =  98765
123456 x 8 + 6 = 987654  
1234567 x 8 + 7 =  9876543
12345678 x 8 + 8 = 98765432  
123456789 x 8 + 9 =  987654321

1 x 9 + 2 =  11
12 x 9 + 3 =  111
123 x 9 + 4 = 1111  
1234 x 9 + 5 =  11111
12345 x 9 + 6 = 111111  
123456 x 9 + 7 =  1111111
1234567 x 9 + 8 = 11111111  
12345678 x 9 + 9 =  111111111
123456789 x 9 +10= 1111111111  

9 x 9 + 7 =  88
98 x 9 + 6 = 888  
987 x 9 + 5 =  8888
9876 x 9 + 4 = 88888  
98765 x 9 + 3 =  888888
987654 x 9 + 2 = 8888888  
9876543 x 9 + 1 =  88888888
98765432 x 9 + 0 = 888888888  

Brilliant, isn’t  it?
Brillant, n’est-ce pas

And look at this symmetry:

Et Regardez cette symétrie

 
1 x 1 = 1
11 x 11 = 121  
111 x 111 = 12321
1111 x 1111 = 1234321  
11111 x 11111 = 123454321
111111 x 111111 = 12345654321  
1111111 x 1111111 = 1234567654321
11111111 x 11111111 = 123456787654321
111111111 x  111111111 = 12345678987654321

Now, take a look at  this…
Maintenant regardez ceci…


101%

From a strictly mathematical  viewpoint:

Du point de vue strictement mathématique

What Equals 100%? What does it  mean to give MORE than 100%?  

Qu’est-ce qui est égal à 100% ? Que peut bien signifier le plus de 100% ?


Ever wonder about those people who say they are  giving more than 100%?

Est-on toujours étonné des gens qui disent donner plus de 100%?

 

We have all been in situations  where someone wants you to GIVE  OVER
100%.  
Nous avons tous été en situation oÙ quelqu’un veut que nous donnions plus de 100%

How about  ACHIEVING 101%?

           Que dire de réaliser le 101%


What equals 100% in life?

Qu’est-ce qui est égal à 100% dans la vie ?

Here’s a little mathematical formula that might  help answer these
questions:
ci-dessous une petite formule mathématique qui pourrait aider à trouver la réponse à ces questions :

If:
Si :
A B C D E F G H I J K L M N O P Q  R S T U V W X Y Z

Is represented  as:
Est représenté comme :
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20  21 22 23 24 25 26.

If:
Si:

H-A-R-D-W-O-R-  K (travail dur)
8+1+18+4+23+15+18+11 =  98%

And:
Et:
K-N-O-W-L-E-D-G-E (le savoir)
11+14+15+23+12+5+4+7+5 =  96%  

But:
mais que:
A-T-T-I-T-U-D-E
1+20+20+9+20+21+4+5 =  100%

THEN, look how far the love of God will take  you:
Voyez donc combien loin l’amour de Dieu peut vous amener: 

L-O-V-E-O-F-G-O-D (amour de Dieu)
12+15+22+5+15+6+7+15+4 =  101%

Therefore, one can conclude with mathematical  certainty that:
C’est pourquoi, on peut conclure avec une rigueur mathématique que:

While Hard Work and Knowledge will  get you close, and Attitude will  

get you there, It’s the Love of God that will put  you over the  top!

Alors que le travail dur et le savoir vous rapprocheront (du sommet) et que l’attitude vous y conduira, c’est l’amour de Dieu vous placera

au-dessus du sommet.

 

Les zouaves, parlons-en !


via site source : lematindalgerie.com

Modifier par : marevuedepressedz.com

+ Modifs perso…

Introduction

Force nous est donnée ces temps-ci de constater que dès que les propagandistes anti-Kabyles découvrent un mot en lien avec l’histoire ou la culture kabyles, ils se lancent dans son exploitation malicieuse et manipulatrice espérant asséner ainsi un coup à la Kabylie.

Résultat de recherche d'images pour "amazigh"  LIBERTÉ


 

 

C’est ainsi que récemment, dans le cadre de la campagne anti-kabyle, certains arabo-islamistes, incultes, ne pouvant digérer la visibilité des Kabyles et les couleurs kabylo-amazighes dans les manifestations, nous ont sorti du placard le mot « zouave » et prennent un raccourci en créant une confusion entre l’origine du mot et le mot adopté plus tard par les Français pour nommer les bataillons composés « d’indigènes ».

Nous ne pouvons extraire des mots et des faits de leur contexte pour leur donner une orientation que l’on veut en fonction des aspirations idéologique. La réalité et le contexte historiques que nous allons reprendre ici vont surprendre plus d’un et feront regretter aux auteurs de ces raccourcis de l’avoir évoqué. Il est regrettable que seulement une poignée d’Algériens arabophones aient pu échapper à l’endoctrinement idéologique arabo-islamique ayant pris conscience de leur vraie identité amazighe et percevant dans le combat des Kabyles leur propre salut identitaire. Il n’en est malheureusement pas ainsi de la masse, bonne à être manipulée et dressée contre les Kabyles. Mais ces derniers resteront zen car confiants dans le combat qu’ils mènent, ayant à l’esprit que la vérité historique finit toujours par triompher.

Dans ce qui suit, je rappelle d’abord l’origine et l’usage du mot zwawa chez les populations arabophones. Avant d’évoquer la forme francisée de ce vocable en zouave, je rappellerai d’abord que le nom Algérie est lui-même une création française et non pas la Francisation de l’appellation arabe Al-Djazair lequel, au début, désignait la ville et la régence d’Alger plutôt que l’Algérie. Ce contexte va permettre de saisir l’évidence selon laquelle les Zouaves des français étaient essentiellement des éléments arabophones puisés en dehors de la Kabylie et non pas des Kabyles comme certains charlatans essaient de nous le faire croire en usant de raccourcis qui sont loin d’être innocents.

Le mot Zwawa

Le nom Zwawa fut rapporté par les chroniqueurs, historiens ou voyageurs de langue arabe tel qu’Ibn Hawqel (en 988), Ibn Khalikan (1274), Ibn battuta (1356) et Ibn Khaldoun (1406). Le mot est une déformation du nom d’une confédération kabyle Igawawen (pluriel de Agawaw), une confédération de villages dans le versant est de la Kabylie occidentale et dont la limite territoriale allait jusqu’aux alentours de Bougie (selon Ibn Khaldoun). Ce terme fut par la suite généralisée chez les populations arabophones pour désigner tous les Kabyles. Il est évident qu’Ibn Khaldun n’avait pas réussi à délimiter de façon précise le territoire de cette confédération et sa classification recèle un degré de confusion assez élevé.

Les Igawawen étaient d’abord recrutés au 9ème siècle par les Kabyles Ikettamen (Kutama en arabe), habitant la région de la Kabylie orientale, pour soutenir la dynastie des Fatimides contre les Aghlabides, une dynastie installée à la frontière de la Kabylie par les Abbassides. Le recrutement des Igawawen par Ikettamen s’expliquent donc par la proximité géographique des deux confédérations. Rappelons ici que les Kabyles Ikettamen (kutama) constituaient le pilier de l’armée aghlabide et conquirent même l’Égypte en 969 où ils fondèrent le Caire (al-Qahira), selon Ibn Khaldun, et d’où ils partaient en expédition contre Damas, la capitale du califat abbasside.

Plus tard, le mot zwawa fut adopté par les Turcs dès le 16ème  siècle en référence aux soldats qu’ils recrutaient au sein de la même confédération en Kabylie pour combattre les Espagnols. Le recrutement turc en Kabylie recelait une signification politique en ce sens que la Kabylie n’était pas soumise aux Turcs et elle jouissait de son indépendance. Les Turcs ne sont jamais parvenus à soumettre la Kabylie contrairement aux autres régions comme Alger, devenue régence (Dar Es-soltan) sous l’autorité du dey, ainsi que les trois beylicats, à savoir le beylik de l’est (région de Constantine), le beylik de l’ouest (région de l’Oranie et de Médéa) et le beylik de Titteri (région de Médéa). Les trois beylicats étaient sous l’influence du dey d’Alger à qui ils étaient redevables en termes d’impôts, mais la Kabylie n’était ni un beylicat, ni soumise à l’influence du dey d’Alger. Malgré les multiples tentatives de la conquérir, la Kabylie est restée indépendante. Elle l’était encore à l’arrivée des Français et le restera jusqu’à la défaite de Fadhma n Soumer 1857 et surtout l’échec de la révolte de 1871 à laquelle avaient appelé Ccix Amoqran et Ccix Aheddad.

Fichier:Chérif Boubaghla and Lalla Fatma n'Soumer, by Félix Philippoteaux.jpg

Portraits présumés du Chérif Boubaghla et de Lalla Fatma n’Soumer conduisant l’armée révolutionnaire kabyle, signée F. Philippoteaux (1866)

Portrait de Lalla Fatma N’Soumer signée F. Philippoteaux (1866) à gauche

La France et le nom Algérie

Pour convoquer le contexte, rappelons d’emblée que le mot Algérie fut créé par la France en ajoutant le suffixe –ie au nom d’Alger, conformément aux règles de dérivation de la langue française. Il fut officiellement adopté le 14 octobre 1839 par le ministre de la Guerre de l’époque en charge de l’Algérie, Antoine Virgile Schneider. Le nom Alger était la traduction du mot Zzayer qui renvoyait au beylicat, la ville d’Alger actuelle et ses environs et non pas le pays Algérie tel que nous le connaissons aujourd’hui.

L’origine du nom Zzayer est controversé et sa forme en arabe avec l’article défini Al-Djazair est le résultat d’un procédé d’arabisation du nom Zzayer et ne résulte pas du lexème arabe signifiant « les îles » comme l’historiographie officielle algérienne veut nous le faire croire. Ce territoire ne constitue pas une île, encore moins plusieurs îles, et toutes les hypothèses voulant nous forcer à en voir deviennent une forme de corruption.

Remarquons au passage que ce procédé idéologique consistant à arabiser des toponymes pour corrompre et falsifier l’histoire existe encore aujourd’hui comme en témoigne la toponymie algérienne en kabylie faisant de Imcheddalen « Mched-Allah », de Amechras « Mecht-al-ras » et de Iwadhiyen « Oued-Hiyas » en détournant la forme francisée « les Ouadhias.

L’Algérie en tant que pays unifié tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existait pas à l’arrivée des Français. Il existait en revanche une régence (Dar Es-soltan) qui comprenait la ville d’Alger et ses environs, sous l’autorité du dey (dey Hussein) et les 3 beylicats distincts, mentionnés plus haut, la Kabylie en tant que pays indépendant et des communautés autonomes dans les Hauts Plateaux et le Sahara.

La question de la dénomination de tout ce vaste territoire n’a été posée qu’à l’arrivée des Français lorsqu’ils ont opéré un changement au niveau de leur objectif et lorsque leur visée de soumettre et de dominer tout cet espace était devenue claire; la Kabylie ne faisait pas encore partie de cette visée et nous y reviendrons. Il convient aussi de rappeler que le plan initial des Français au début ne consistait pas à conquérir tout le territoire mais seulement à occuper les côtes afin de mettre fin à la piraterie des Corsaires et des pirates des régences turques en Méditerranée. Or, pour ce faire, il fallait que les Français imposent un traité au dey d’Alger. Pour imposer un tel traité, il fallait que le dey capitule, ce qui arriva le 5 juillet 1830, comme le proclama le commandant en chef français Bourmont, le 6 juillet 1830 dans son quartier général de La Casbah « vingt jours ont suffi pour la destruction de cet État dont l’existence fatiguait l’Europe depuis trois siècles. »

Les Français ont gardé les mêmes structures de gouvernance et militaires que celles utilisées par les Turcs comme en témoignent d’ailleurs les noms de fonctions Agha, bachagha, qayed, etc. que les Français adoptèrent pendant toute la période coloniale.

Les Zouaves des Français n’étaient pas kabyles mais arabophones

Le dey s’étant rendu et ayant accepté les conditions de capitulation qui lui assuraient une belle vie avec sa famille, à condition de quitter Alger, ses soldats se sont rendus avec armes et bagages et les Français ont commencé à recruter des soldats indigènes immédiatement pour former deux sortes de bataillons qu’ils appelaient zouaves et spahis. Le premier bataillon zouave ayant servi l’armée française fut formé par le général Clauzel dès 1831. D’autres bataillons seront formés dès novembre 1831 sous les noms de « Chasseurs indigènes » et « chasseurs d’Afrique ». Or, à cette époque-là, non seulement les Français ne s’étaient pas encore aventurés en Kabylie, mais ils n’avaient nullement l’intention d’occuper ce territoire qu’ils considéraient dangereux. La Kabylie ne sera conquise qu’après avoir vaincu la résistance organisée par Lalla Fadma n Soumer lors de la bataille d’Icerriden de 1857 et, surtout, après avoir réprimé la révolte à laquelle avaient appelé Ccix Ameqran et Cix Aheddad en 1871. Les Français avaient déjà commencé à recruter des soldats parmi les « indigènes », les populations arabophones, alors que la Kabylie n’étaient pas encore conquise, tandis qu’Abdelkader lui-même se résigna à l’occupation française en signant le traité de Tifna en 1837, avant de se rendre définitivement en 1847 à l’armée française pour devenir l’un des meilleurs amis de la France.

marevuedepressedz.com-stele-a-leffigie-du-janissaire-barbe-rousse-lalgerie-le-premier-pays-de-lhistoire-a-honorer-son-colonisateur

Par ordonnance du 7 décembre 1841, les régiments zouaves n’étaient composés que de soldats d’origine française. À partir de là, les indigènes formaient alors des bataillons de tirailleurs seulement. Dès 1852, Napoléon III décida de rétablir les régiments zouaves composés d’indigènes. C’est ainsi que fut levé à Blida, le 1er canton le 13 février 1852, suivi du 2ème canton levé à Oran et le 3ème à Constantine. Pendant tout ce temps, la Kabylie n’était pas encore conquise. C’était sur ces régiments que l’armée de Napoléon III s’appuiera lors de ses expéditions en Kabylie entre 1854 et 1957 avant de venir à bout de la résistance menée par notre héroïne Lalla fadhma n Soumer.

Il est un fait connu que Napoléon III voulut créer un grand royaume arabe dans le cadre de l’empire français, et c’est ce qui va valoir plus tard la sympathie à la France des membres de l’association des Oulamas dont Ben Badis et Bachir Brahimi (le père de Taleb Ibrahimi qui fut plusieurs fois ministres sous Boumediene et Chadli et que Gaid Salah veut réactiver aujourd’hui). Avons-nous besoin de rappeler que l’Association des Oulamas était contre l’indépendance de l’Algérie et prêchait la mixité entre les peuples algériens et la France (Al-indimadj).

Conclusion

Pour conclure, les soldats zouaves dont s’était servie l’armée françaises n’étaient pas kabyles des soldats arabophones et c’était avec l’appui de ces soldats que la France a vaincu la résistance de Fadhma n Soumer lors de la bataille d’Icerriden en 1857 et la révolte de Moqrani et Ccix Aheddad en 1871. D’ailleurs, c’était en bon ami de la France qu’Abdelkader, rendu en 1847, condamna la révolte kabyle de 1871 contre la France en ces termes : « Je dénonce cette insurrection contre la justice, contre la volonté de Dieu et la mienne. Nous prions le tout puissant de punir les traitres et de confondre les ennemis de la France ».

Les faits historiques parlent d’eux-mêmes; ni les fantasmes des arabo-islamistes ni le charlatanisme, produit de l’école algérienne, ne  réussiront à les altérer.


Pour finir, il est peut être utile de mentionner ici cette liste des unités zouaves avant la conquête de la Kabylie.
Unités de zouaves
  • 1830 : création du Corps de Zouaves, en Algérie, à deux bataillons
  • décembre 1832 : fusion en un seul bataillon à 12 compagnies (8 compagnies d’indigènes, 4 de Français)
  • 1835 : dédoublement du bataillon ; les deux bataillons ont 6 compagnies (4 indigènes, 2 françaises)
  • 20 mars 1837 : création du 3e bataillon
  • août 1837 : un régiment de marche est formé temporairement, pour la deuxième expédition de Constantine ; c’est le premier régiment de zouaves
  • 1841 : création du régiment de zouaves, par la fusion des trois bataillons (désormais à neuf compagnies), plus une compagnie hors-rang
  • 1852 : chaque bataillon forme un nouveau régiment (un par département algérien). Création du 1er régiment de zouaves, cantonné à Alger
  • 1870 : dans la guerre franco-prussienne, les trois premiers régiment de zouaves forment des régiments de marche ; le 1er régiment de marche de zouaves intègre la 1re division du général Ducrot, au sein du 1er corps du maréchal de Mac-Mahon.
  • octobre 1870 : reconstitution du 1er régiment de marche de zouaves par le gouvernement de défense nationale. Le 1er régiment de marche de zouaves est interné en Suisse.

Auteur : Karim Achab, Ph.D en linguistique.

 

APPARTÉ : PIRATERIE

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Aroudj Barberousse fut le premier à avoir inauguré l’ordre des grands pirates barbaresques (1473- 1518). Fils d’un potier grec, chrétien de Mytilène, il se convertit à  l’islam et travailla pour le compte du sultan de Constantinople. Puis il devint pirate indépendant en choisissant Tunis comme port d’attache. Il lutta contre Ferdinand V d’Aragon et Charles Quint. C’est au cours d’une expédition dirigée par le marquis de Comores, gouverneur espagnol de la ville d’Oran (Algérie), que Aroudj Barberousse périt.

 

L’ère des pirates Barbaresques

Son frère, Khair-eddine Barberousse(1476-1546), lui succéda. Il fut le véritable génie de la piraterie depuis son avènement en mer Méditerranée. Le sultan de Constantinople le nomma gouverneur d’Alger. Quelques années plus tard il obtint le titre de “ Grand Amiral de toutes les flottes ottomanes ”. Il regroupa sous ses ordres plusieurs pirates célèbres : Draguât, Sinan, “ juif de Smyrne ”, Aydin Hassan, renégat  de Sardaigne qui, enlevé tout enfant de son village natal par des renégats, fut l’un des défenseurs de la régence en 1541. Khair-eddine avait plus d’une centaine de navires, dont plus de 60 galères, construits selon sa conception propre. Il prit le poste d’ambassadeur de Soliman auprès du roi de France, François Ier, à Marseille, et il finit le reste de ses jours à Constantinople. On raconte que « pendant bien des années après sa mort, pas un navire turc ne quitta la Corne d’or sans une prière et un salut au plus grand des marins turcs et au plus puissant des pirates de la Méditerranée ».

 

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