Que font les riches de leur fortune? — brunobertez


On me demande souvent que font les riches de leur fortune? La réponse est complexe. Elle est complexe en ceci que les riches connaissent le secret du temps et du calendrier. Quand je dis « ils » , bien sur cela peut être non pas eux mais leurs conseillers. J’ai été moi même conseiller d’ultra riches et […]

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Neutrino Power


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Auteur : Meyl Konstantin
Ouvrage : Neutrino power Avec de nouvelles connaissances sur les contextes physiques, géographiques et cosmologiques
Année : 2018

Traduction Dr vet. Hervé Janecek

Avant-Propos
C’est Nikola Tesla qui a été le premier à décrire les
propriétés des neutrinos. Il voulait même avoir mesuré
la particule.

Il écrivit dans le New York Times: rr ••• jusqu’à ce que
j’obtins en 1898 les preuves mathématiques et
expérimentales, que le soleil et des objets célestes
semblables, émettent un rayonnement riche en énergie,
qui se compose de particules incroyablement petites et qui
possèdent une vitesse qui est passablement plus élevée
que celle de la lumière. La puissance de pénétration de ce
rayonnement est si grande, qu’il peut traverser des
milliers de kilomètres de matière solide, sans que sa
vitesse soit réduite de manière significative.>>

Avec ces capacités de pénétration élevées, Tesla a décrit
une propriété particulière que seul le rayonnement
neutrinique possède. C’est pourquoi Nikola tesla peut
être considéré comme le découvreur des neutrinos.

En 1936, Pauli a introduit le neutrino comme une
particule sans masse et sans charge, mais porteuse
d’énergie, afin d’équilibrer le bilan énergétique de la
désintégration beta.

D’après les connaissances d’aujourd’hui, le neutrino
constitue un rayonnement partout présent en grande
quantité dans le cosmos, dont l’existence n’est plus mise
en doute depuis l’attribution en 2002 du Prix Nobel de
Physique à deux chercheurs dans ce domaine des
neutrinos. Des recherches récentes menées au sein du
détecteur du Kamiokandé au Japon ou bien au Lac
Baikal ont mené à un bouleversement de la pensée à
leur sujet.

1. Questions fondamentales à propos de la
construction de la terre
Nous commençons avec la terre comme exemple et nous
nous posons la question: pourquoi la terre est-elle si
chaude à l’intérieur? Pourquoi est-ce de plus en plus
chaud lorsque nous allons toujours plus profond? Estce
que cette tendance persiste au fur et à mesure que
nous nous enfonçons? Il doit y avoir une source d’énergie
présente en profondeur, que nous devons chercher.

1.1 Croissance de la Terre d’un point de vue géographique!
Si l’on recule dans le temps, la terre doit avoir été
autrefois bien plus chaude qu’elle ne l’est aujourd’hui,
ce qui signifie que la vie a été impossible en ces temps
reculés; or ceci est contredit par toutes les connaissances
à notre disposition. Lorsque la terre était âgée de
quelques millions d’années, les découvertes de fossiles,
montrent que la température à sa surface était en fait à
des niveaux voisins de ceux d’aujourd’hui. Il y a là un
problème que nous devons résoudre.
Une autre question concerne la croissance de la terre.
Cette question est ignorée par la Science ou alors elle
fait l’objet de discussions très controversées dans les
cercles de la géophysique. Si la Terre est en croissance
toutefois, alors il faut répondre à la question de savoir
d’où vient l’énergie et en quoi elle peut avoir un effet?
Est-ce une énergie de l’univers ou bien vient-elle de la
terre elle-même?
Nous devrions également préciser si cette question a
quelque chose à voir avec ce qui précède. Cet ouvrage
est intitulé Neutrinopower, ce qui est déjà une
anticipation sur le résultat de notre enquête, mais que
nous nous devons dans tous les cas de justifier.

En ce qui concerne l’expansion de la terre, il y a des
preuves venant de la géographie, de la géologie et aussi
de la Physique. Le point le plus important vient à mon
sens de la physique.

1.2 Preuves géographiques
Commençons par les preuves géographiques: et là, il
n’est pas possible de ne pas faire référence à Otto
Hilgenberg, qui a été le premier à y penser. Sa fille m’a
donné son livre de 1933. Il est considéré comme un
élève de A. Wegener, qui eut l’idée en premier de la
dérive des continents.
Son père Otto Hilgenberg a adopté le point de vue
suivant: Pour faire dériver les plaques continentales, il
doit y avoir une force énorme. Lorsque la Terre croît et
que le diamètre et le volume de la Terre augmentent, le
rayon de courbure de la croûte terrestre change. Il en
résulte des failles et des fissures caractéristiques.
En conséquence, la plaque eurasienne a dû se plisser en
une chaîne de montagnes au milieu, mieux connue sous
le nom de montagnes de l’Oural. Un autre exemple est la
fosse du Rhin supérieur, qui s’est créée lorsque les
masses qui s’étaient soulevées, se sont effondrées.
Lors de l’érection des Alpes et de l’Himalaya, ce sont ces
mêmes forces qui en ont été responsables, ce a eu pour
conséquences la création de fissures, de crevasses et de
déformations. S’y ajoutent les forces de poussée et de
cisaillement, comme le montre la figure 1.2 selon
Hilgenberg. Ce qui a pour conséquence que souvent se
produisent des tremblements de terre.

Regardons à cet effet le fond marin de l’Atlantique,
comme l’avait fait Wegener à l’époque, sauf qu’il ne
disposait pas d’une carte aussi parfaite du fond marin
que celles que nous avons actuellement.
Il avait comparé le littoral de l’Amérique du Nord jusqu’à
celui de l’Amérique du Sud avec celui de l’Europe et de
l’Afrique et il avait découvert qu’ils s’emboîtaient comme
un jeu de puzzle. Wegener est arrivé à la conclusion qu’à
un moment donné, il y a quelques 200 millions
d’années, ils avaient pu former une masse de terre
unique et cohérente.
En effet, et cela a été parfaitement confirmé, si l’on
regarde la ligne du plateau continental au lieu de la
ligne de bordure cotière, c’est bien la ligne où le
plancher maritime s’enfonce dans la mer profonde.

Les images d’aujourd’hui montrent une « fermeture
éclair » sur le fond marin avec une ligne centrale
prononcée indiquant l’endroit où la croûte se déchire.
Actuellement, les plaques continentales de l’Amérique et
de l’Europe s’écartent d’environ 10 cm par an.
Les géographes supposent que les plaques continentales
doivent être submergées et fondues dans la même
mesure par ailleurs. Cela devrait donc se faire dans le
Pacifique. Mais les cartes marines d’aujourd’hui
montrent exactement le contraire (Fig. 1.4). Les mêmes
formations de fissures se trouvent au fond du Pacifique
et dans l’océan Atlantique. Cela signifie que l’Amérique
s’éloigne aussi de l’Australie et de l’Asie de la même
manière qu’elle s’éloigne de l’Europe, sans pour autant
être écrasée ou fondue.

On parle alors de subduction, ce qui sous-entend le
passage de l’une sous l’autre des deux plaques
continentales. En fait, il nous faut pour comprendre
observer les phénomènes importants, qui ont cours à
une profondeur de peut-être 500 km.
À mon avis, la subduction est avant tout une hypothèse
destinée à empêcher les personnes de penser que la
Terre est en train de croître. La question qui se pose
donc est de savoir si ce postulat est correct.

1.3 La carte du monde de la NASA
La NASA a dessiné une carte de la Terre sur ce sujet et a
introduit à la fois la subduction (en bleu) et la dérive (en
rouge) des continents. Il suffit de soustraire l’un de
l’autre, et l’on parvient au résultat que la Terre à
l’équateur croît d’environ 19 cm par an.

Les zones de fissures caractéristiques pour cela se
trouvent également autour de l’Antarctique. On peut en
conclure que le 7e continent s’éloigne lentement, tandis
que la plus grande masse terrestre habitable reste en
retrait principalement dans l’hémisphère nord, l’Eurasie
et l’Amérique du Nord formant un fermoir autour du
pôle Nord.
Par ailleurs, on peut observer comment la zone de faille
s’étend sur la Terre, formant par exemple la faille de San
Andreas. Les tremblements de terre peuvent se produire
ici plus fréquemment dès lors que la Terre dérive des
deux côtés.

Un exemple récent est le tsunami de 2004 qui a entraîné
de sévères destructions en Indonésie et en Thaïlande.
Ici, une fissure de 1000 km de long s’est formée sur le
fond marin, dans laquelle l’eau s’est engoufrée.
Il ne s’est rien passé au début. Et là-bas, les enfants des
touristes ramassaient les coquillages dans la zone
littorale qui avait ainsi été découverte. Mais ensuite la
vague est revenue, causant de terribles dévastations.
Prenons l’exemple aussi du grave tremblement de terre
de Kobe, au Japon, en 1995, au cours duquel des ponts
en béton se sont effondrés. Mais lorsqu’on a voulu
remettre les pièces du pont, il manquait un mètre. Ici, la
brèche avait traversé la ville.
Cela montre que la Terre continue encore de se déchirer
par secousses. C’est donc un fait que la Terre grandit. Il
peut y avoir deux raisons à cela: soit la densité diminue,
soit la masse de la Terre augmente. Les deux points de
vue sont débattus par des experts en géophysique, mais
un seul peut être juste.


Littérature:

1. K. Meyl: Conférence sur la Neutrino-Power, Bregenz, le 10.09.2005


2. L’expansion de la Terre grâce au rayonnement
des neutrinos2 ?

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CRITIQUE ET AUTOCRITIQUE


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Auteur : Gripari Pierre
Ouvrage : Critique et autocritique
Année : 1981

 

AVERTISSEMENT

 

car on vous jugera du jugement dont
vous jugez, et l’on vous mesurera avec
la mesure dont vous mesurez.
Matthieu. VII, 2.

 

Une culture, c’est avant tout un catalogue de préférences.
Les textes recueillis ici peuvent être considérés comme une
sorte de catalogue raisonné — incomplet, à vrai dire — de mes
préférences personnelles.
Presque tous furent d’abord des articles, publiés dans divers
périodiques, ou encore des conférences, parlées d’abord,
puis rédigées après coup. Le tout, je le souligne, a été entièrement
récrit en vue du présent volume, soit pour préciser ma
pensée, soit encore pour corriger des erreurs ou des inexactitudes.
L’ordre est celui de l’alphabet, en considérant le « mot-clé »
de chaque titre.
Mais pourquoi Critique et autocritique ?
Critique va de soi. Autocritique s’explique de deux manières:
Du fait, en premier lieu, que je me consacre à moi-même
un des articles ci-après. Je suis, je dois l’avouer, un de mes
auteurs de prédilection, rien ne servirait de le cacher.
Ensuite et plus profondément, c’est que j’estime, je pense,
je suis absolument certain que quiconque juge autrui se dévoile
soi-même et, ce faisant, ne peut mentir. Autrement dit, toute
critique, bienveillante ou non, constitue, à n’en pas douter, une
autocritique, parfois impitoyable, de son propre auteur.
Paris, 1980

 

 

MARCEL AYMÉ, ECRIVAIN DU SIECLE
Marcel Aymé est mort le 14 octobre 1967. Quelques jours
plus tard, je descendais le Boulevard Saint-Michel en m’arrêtant,
comme c’est ma coutume, devant les librairies. Il y avait
une vitrine André Maurois — lequel venait de mourir aussi —
mais rien, absolument rien ne marquait la disparition de celui
qui reste, après Céline, le plus grand écrivain de langue française
du siècle.
Je dis bien écrivain, et pas seulement conteur, puisque ce
dernier mot, dans le pays de Prosper Mérimée, passe pour restrictif.
Céline lui-même (Ah ! les confrères !) n’a pas résisté à
la tentation d’enfermer Marcel Aymé dans la catégorie des auteurs
de nouvelles. Et pourtant, si l’extraordinaire inventeur de Derrière
chez Martin, des Contes du chat perché, du Passe-muraille,
du Vin de Paris et d’En arrière est particulièrement à l’aise dans
le récit court, qui convient à merveille à son rythme vital, à sa
tournure d’esprit, à sa forme d’imagination, il n’en reste pas
moins que ses réussites les plus éclatantes sont tout de même
des romans.
Je pense d’abord, bien entendu, à ce que Pol Vandromme
appelle la grande trilogie satirique : Travelingue, qui nous faisait
toucher du doigt l’effroyable jobardise d’une bourgeoisie
de parvenus, pleine de fric et d’idées socialistes ; Le chemin
des écoliers, qui est de très loin le plus fort, le plus juste et le
plus beau livre français sur l’occupation ; Uranus enfin, qui
est, non pas le meilleur, mais le seul roman sérieux sur la drôle
de libération…
Mais il n’y a pas que la trilogie : je pense également à certains
romans parisiens d’avant-guerre, d’une audace parfois fulgurante,
comme Le Vaurien, où l’on voit deux jeunes gens, qui
ont rompu avec leurs pères, faire connaissance chacim du père

de l’autre et se prendre pour lui d’une affection irrésistible…
L’histoire finit mal car, en amour filial comme en amour tout
court, l’absence d’amitié n’exclut nullement la jalousie ! Je
pense à Maison basse, une des oeuvres les plus noires de notre
auteur, où se trouve décrit ce qu’on peut appeler « le mal des
H,B.M. », puisque les grands ensembles n’existaient pas encore
à l’époque. Je pense également à La belle image, parabole douceamère
sur l’impossibilité, pour le Français moyen, de larguer
les amarres, de renoncer à sa petite vie, de couper ses racines.
Je suis, personnellement, moins sensible à la veine campagnarde
de Marcel Aymé. Pour moi, ce Jurassien devenu Montmartrois
est une pure fleur de pavé… Mais il serait impardonnable
de passer sous silence des réussites comme La vouivre ou
Le moulin de la sourdine. Citons enfin trois pièces de théâtre :
Lucienne et le boucher, Clérambard et Les oiseaux de lune, encore
que l’étonnant narrateur des Tiroirs de l’inconnu (que
j’allais oublier !) soit beaucoup plus à son aise dans le récit
que dans le dialogue.
Bref, à ne prendre que ce qu’il y a d’excellent, voilà une
bonne quinzaine de volumes qui sont, je pèse mes mots, indispensables
à quiconque veut comprendre notre temps, la France
et l’Europe. Sans parler du plaisir de la langue, de l’oreille et
de l’imadnation, qui se suffit à lui seul et n’a besoin d’aucune
justification.
On dit, avec raison, que la France est un pays de petitsbourgeois.
Nos ouvriers sont des petits-bourgeois ruinés par la
révolution capitaliste de 1789, à laquelle ils ont eu la bêtise
de prêter leur concours. Même nos élites intellectuelles, nos
féodalités financières se composent de petits-bourgeois qui ont
su profiter de leurs chances historiques : vente des biens nationaux,
blocus continental, monarchie de juillet, coup d’Etat
du 2 décembre, guerres mondiales, marché noir, résistance… Or
le petit-bourgeois français, nul n’a su le décrire comme Marcel
Aymé, avec son côté réaliste et même un peu sordide, mais
aus<;i sa naïveté, ses poussées inattendues de merveilleux celtique
; avec son côté autoritaire, inquiétant, parfois féroce, mais
aussi sa sentimentalité profonde, ses moments de bonté désabusée
; avec son esprit critique et son idéalisme ; son fatalisme
et son goût de la rouspétance ; son pessimisme radical, son
mépris de l’homme, et en même temps cette curieuse pente aux
idées avancées, libertaires, progressistes, par quoi s’exprime
peut-être sa vitalité…
Tout cela donne à l’oeuvre une sonorité particulière, unique.
L’auteur, et nous-mêmes avec lui, considérons ses personnages
avec un sentiment mélangé de pitié, de méfiance, de complicité
presque tendre, d’affection, de réprobation, de rancoeur. Ils sont
comiques, ces petits hommes, parfois touchants, souvent odieux…

En tout cas, ce qu’on ne peut pas nier, c’est que nous sommes
bien de leur famille !
Comment donc une telle oeuvre a-t-elle pu être sous-estimée,
comme elle l’est encore aujourd’hui, dans les milieux littéraires
? Car il faut se rendre à l’évidence : Marcel Aymé se vend,
se lit toujours, c’est même un auteur populaire, mais il y a des
endroits où quiconque parle de lui s’attire des regards de pitié,
des petits sourires, des haussements d’épaules et se voit rejeté
sans pitié dans les ténèbres extérieures…
On peut tenter d’expliquer, sinon de justifier, cette défaveur,
en disant que l’auteur à’Uranus et du Confort intellectuel est
un homme de droite, voire un fasciste.
Il y a des arguments dans ce sens, bien sûr, surtout si
l’on admet la définition du fascisme proposée, dit-on, par feu
Malraux : Quiconque, aurait-il dit, est à la fois pessimiste et
porté vers l’action, est un fasciste en puissance. A une époque
comme la nôtre, où le pire est toujours sûr et où les seules
solutions sont les solutions de force, c’est là faire au fascisme
un beau compliment ! Qui donc, hormis les Saints et les imbéciles,
échappera dès lors à l’épithète infamante ?
Pourtant, je doute encore. Bien que Marcel Aymé soit apprécié
à sa valeur presque uniquement dans les milieux de
droite, j’avoue ne pas trop croire à son droitisme congénital.
Il n’est pas religieux, d’abord : qu’on se rappelle seulement
la scène désopilante du miracle opéré par le buste de la République,
dans La jument verte ! Ensuite, il n’est même pas antisémite
: il y a une juive, dans Gustalin, qui est délicieuse, sans
compter celle du Chemin des écoliers, qui est tout simplement
boulevei santé.
A quoi l’on répondra que la droite, aujourd’hui, se met à
bouffer du curé, cependant que la gauche retourne à sa vocation
première, qui était de bouffer du juif (avant qu’elle ne se
laisse acheter, lors de l’Affaire Dreyfus). Mais il y a autre chose
encore. Il ne faut pas chercher longtemps pour trouver, dans
des romans comme La rue sans nom ou Maison basse, dans les
nouvelles du Passe-muraille, des pages populistes, ouvriéristes,
quelquefois même franchement anarchisantes. Sans aucun doute,
Marcel Aymé est, comme on dit, « pour l’ouvrier». Par
tempérament, c’est un radical : il n’idéalise pas les gens simples,
mais il fait beaucoup mieux : il goûte leur compagnie,
les comprend et les aime. Je ne serais pas étonné qu’il eût été
tenté par le Front Populaire. Mais, trop lucide pour croire au
socialisme, et trop honnête aussi pour y faire carrière, il n’a
pas succombé. Finalement, ce sont les exploits des tortionnaires
de la Résistance qui ont fait de lui ce qu’il est : non pas un
«homme de droite», mais un homme écoeuré par la vacherie
de ses semblables — vme sorte de Swift français.

Alors pourquoi lui en veut-on plus qu’à Céline, qui, lui,
était raciste et ne craignait pas de le dire ? Une amie, un beau
jour, me l’a fait comprendre, une amie juive russe, dont la
largeur d’esprit allait jusqu’à lire le Voyage au bout de la nuit,
mais pas Travelingue. Comme je la pressais de m’en donner
les raisons, elle finit par me répondre, avec un drôle de petit
sourire :
— Trop français !
Elle n’avait sans doute pas osé dire « trop goï », ce qui
eût constitué une injure raciale tombant sous le coup de la
loi Pleven. Cette fois, je n’insistai plus, car il s’agissait bien
d’une incompatibilité profonde, allant beaucoup plus loin qu’une
simple querelle d’opinions.
Marcel Aymé est trop français pour certains, comme Wagner
est trop allemand, Diirrenmatt trop suisse et Dostoïevsky
trop russe… Mais les Russes, eux, n’ont pas honte d’être russes…

LEON BLOY, UN CELINE CHRETIEN

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À la recherche du jardin d’Eden


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Auteur : Collins Andrew
Ouvrage : A la recherche du Jardin d’Eden
Année : 2007

Traduit de l’anglais par Michel Cabar

 

 

Ce livre est dédié au peuple du Kurdistan, gardien du berceau de la civilisation.

 

<<Le culte des mandéens pour Enoch n’avait rien de surprenant … Les Arabes lui donnèrent le nom d’Edris ou Idris… On sait d’ailleurs que jusqu’à une époque récente, des milliers d’Arabes allaient régulièrement en pèlerinage à la tombe supposée d’Edris, dans un village de la périphérie de Bagdad…»

 

— 1 —
«]’ai engendré un fils étrange »

Quelque temps après, mon fils Métoushèlah prit une femme pour son fils Lamek, et elle devint enceinte de lui et lui donna un fils. Et il avait un corps blanc comme la neige et rouge comme la rose, des cheveux blancs comme la laine et un beau demdema (« longue chevelure bouclée1 ») ; et pour ses yeux, quand il les ouvrait, toute la maison brillait comme le soleil… Et son père Lamek eut peur de lui et s’enfuit auprès de son père Métoushèlah, et lui dit : « J’ai engendré un fils étrange. Il n’est pas comme un humain ordinaire, sa forme est différente, il n’est pas comme nous … Il ne me semble pas qu’il soit de moi mais des anges … ,/.

Par ces lignes débute un fragment de texte religieux gui, plus qu’aucun autre texte jamais écrit sans doute, stupéfie et donne le frisson. Le patriarche antédiluvien Énoch y exprime le sentiment de douleur et d’horreur gui accompagna la naissance miraculeuse du fils de son petit-fils Lamek. Ce passage est tiré du Livre de Noé, un écrit ancien d’origine hébraïque annexé au texte plus fameux du Livre d’Énoch, ouvrage pseudépigraphe (c’est-à-dire faussement attribué) dont les spécialistes pensent qu’il fut composé par étapes dans la première moitié du 1er siècle av. JC. 3
Le problème évoqué par ces lignes révélatrices semble sans ambiguïté : la femme récemment épousée par Lamek a donné naissance à un enfant gui ne montre aucune ressemblance avec ses parents immédiats et dont l’aspect est complètement différent de


1.Charlesworth, The Old Testament Pseudepigraphia, Apocalyptic Literature and Testaments, vol. 1. note g de 1 Enoch 106, p. 86
2.Ibid , trad. de 1 Enoch par E. lzaac, 1 Enoch 106: 1-6
3.Ibid. p. 7


celui des autres « humains » puisqu’il possède une peau blanche et rougeâtre, de longs cheveux blancs, bouclés et « beaux » et des yeux qui font mystérieusement « briller toute la maison comme le soleil». De cet aspect particulier, Lamek conclut seulement que sa femme a été infidèle parce que le bébé ressemble aux « enfants des anges » qui ne sont « pas comme nous ».
Cette conclusion de Lamek semble extraordinaire et son su-jet paraît bien étrange pour avoir été inventé sans raison par un scribe religieux. En admettant un instant que ce récit rapporte un événement réel de l’histoire de l’humanité, cela signifierait que l’apparence étrange de cet enfant était celle de la progéniture des anges et qu’il devait donc être le produit de l’union d’une femme mortelle avec un « messager » divin, une « intelligence céleste » au service de Dieu lui-même.4
C’est assurément impossible puisque selon la tradition judéo-chrétienne, les anges sont incorporels et n’ont ni forme ni substance. Ils sont certainement incapables de se reproduire par immaculée conception. Dès lors, l’histoire de la naissance de l’étrange fils de Lamek est en contradiction directe avec les enseignements rabbiniques du judaïsme et avec le credo de la foi chrétienne. Et pourtant, ce texte existe bel et bien et contient, comme chacun peut le vérifier, ces mots hérétiques indiquant que des êtres angéliques étaient capables de produire des enfants en frayant avec des femmes mortelles.
Pour qui a l’esprit ouvert, cette énigme est déroutante ; et le mystère s’épaissit encore avec une description plus personnelle de la naissance du fils de Lamek, que l’on trouve dans un fragment mal conservé de texte religieux découvert en 194 7, avec de nombreux autres manuscrits enroulés et friables, dans une grotte surplombant la mer Morte. Cet ouvrage unique, que les spécialistes appellent l’Apocryphe de la Genèse, est écrit en araméen, langue syriaque adoptée par les scribes hébreux après l’exil des Juifs à Babylone au cours du VIe siècle après JC. Le manuscrit en question, qui remonte à une époque voisine de celle du Livre d’Énoch, aurait contenu originellement une autre version, plus complète, des événements dont traite le Livre de la Genèse ; il était cependant si dégradé quand il fut retrouvé qu’il n’en subsiste que les parties concernant la naissance du fils de Lamek, le récit de l’arche de Noé et du Déluge ainsi que les errances du patriarche Abraham.


4.Voir par exemple Easton, The 11/ustrated Bible Dictionary, • Angels •, pp 42-43


Ce texte fragmentaire fut traduit par Nahman Avigad et Yigael Yadin en 1954 et publié deux ans après sous le titre Un apocryphe de la Genèse par l’Université hébraïque de Jérusalem 5 • Concernant la naissance étrange du fils de Lamek, le récit diffère principalement du Livre d’Énoch en ce que le narrateur n’y est plus Énoch mais Lamek lui-même qui décrit la situation avec ses propres mots. La narration débute juste après la naissance étrange, au moment où Lamek commence à exprimer ses soupçons sur l’in-fidélité présumée de sa femme, nommée ici Bathenosh 6 – et présentée également comme sa sœur :

Voilà que je pensai alors en mon cœur que la conception était {due} aux Veilleurs et aux Saints … et aux Néphilim … et mon cœur se troubla en moi à cause de cet enfant 7.

À sa femme visiblement bouleversée, Lamek fait jurer par le Très-Haut qu’elle lui dira la vérité et qu’elle reconnaîtra si elle a couché avec un autre. En réponse, elle le supplie de croire en sa parole :

Ô mon seigneur, ô mon {frère, rappelle-toi} mon plaisir ! Je te jure par le Grand Saint, le roi des {cieux} … que cette semence est la tienne et que {cette} conception est de toi. Ce fruit a été planté par toi … et par aucun étranger ni Veilleur ni Fils du Ciel … Je te parle sincèrement. 8

Il est clair que Lamek accuse sa femme, non d’avoir couché avec des anges en général mais d’avoir eu des relations avec une race particulière d’êtres divins nommés en hébreu ?!?, ‘îrin (??, ‘îr au singulier), un terme signifiant « ceux qui veillent » ou « ceux qui sont éveillés » et traduit en grec par ??, egregoris ou grigori qui signifie «veilleurs». Ces Veilleurs apparaissent principale-ment dans les ouvrages pseudépigraphes et apocryphes d’origine juive tels que le Livre d’Énoch et le Livre des Jubilés. La tradition hébraïque donne à leurs enfants le nom de ??, nephilim, mot hébreu signifiant « ceux qui sont tombés » ou « les tombés » et traduit en grec par ??te ?, gigantes ou «géants» – une race monstrueuse dont parle l’auteur grec Hésiode (v. 907 av. JC.) dans sa Théogonie. Cet ancien ouvrage grec décrit principalement, comme le récit biblique,  la création du


5.Avigad and Yadin, A Genesis Apocryphon, A Serai/ from the Wilderness of Judaea
6.Vermes, The Dead Sea Scro//s in English, p. 252. L’orthographe du nom de Bathenosh est tirée de cette traduction de 1 QapGen.
7.Ibid., 1QapGen, 11:1
8.Ibid, 1QapGen, 11:9-16.


monde, l’émergence et la chute d’un Âge d’Or, la venue des races de géants et pour finir un dé-luge universel.
Le touchant plaidoyer d’innocence qu’adresse Bathenosh à son époux et frère Lamek paraît des plus convaincants et donne à croire que cet antique récit pourrait contenir une parcelle de vérité. Il se pourrait qu’il repose tout simplement, d’une certaine façon, sur un événement réel survenu dans le passé de l’humanité. Qui étaient ou qu’étaient donc, si c’est le cas, ces Veilleurs et Néphilim susceptibles de coucher avec des mortelles et de produire des enfants reconnaissables à leurs simples traits ? Existe-t-il des raisons quelconques de penser que ces récits apocryphes évoquaient le croisement entre deux races différentes d’êtres humains, dont l’une aurait été identifiée par erreur aux anges du ciel ?
Le Livre d’Énoch semble fournir une réponse. Lamek, que sa situation inquiète, consulte son père Métoushèlah qui, incapable d’y remédier, s’en va voir son propre père Énoch qui vit désormais, retiré du monde, « parmi les anges » .9 Metoushélah finit par retrouver Énoch dans un pays éloigné (que !’Apocryphe de la Genèse désigne du nom de « Parwaïn » ou Paradis) et lui rapporte les angoisses de son fils Lamek ; alors Énoch le juste apporte la lumière sur la situation :

« J’ai déjà vu cela en vision et te l’ai fait connaître. Car au temps de mon père Jared, ils transgressèrent la parole du Seigneur, (c’est-à-dire) la loi du ciel. Et voilà qu’ils commettent le péché et transgressent les commandements ; ils se sont unis aux femmes et commettent le péché avec elles ,· ils ont épousé (des femmes) parmi el-les et en ont eu des enfants … Sur la terre ils donneront naissance à des géants, non d’esprit mais de chair. Il y attra une grande cala-mité … et la terre sera nettoyée (par un « déluge ») de toute la cor-ruption. Or donc, fais savoir à ton fils Lamek qtte son fils est }ttste, et que son nom soit Noé car c’est ce qui restera de vous ; lui et ses fils seront sauvés de la corruption qui viendra sur la terre … »10 

Le voile se lève donc enfin et le lecteur du Livre d’Énoch apprend ainsi que certains anges du ciel ont succombé au péché de chair et ont pris femme parmi les mortelles. De ces unions impies sont issus des rejetons de chair et de sang dotés d’une stature de


9.Charlesworth, The Old Testament Pseudepigraphia, Apoca/yptic uterature and Testaments, vol. 1, 1 En 106:6
10.1En. 106:13-8.


géant et conformes, semblerait-il, à la description de l’enfant de Bathenosh. Cette violation des lois célestes de Dieu était considérée comme une abomination porteuse de maux et de corruptions pour la race humaine, et dont la sanction serait un déluge destiné à laver le monde de son infamie.

~ Les Fils de Dieu
Les théologiens considèrent en général que les récits très répandus sur des anges déchus qui auraient cohabité avec des mortelles, tels ceux qui figurent dans le Livre d’Énoch,  l’Apocryphe de la Genèse et des textes analogues, ne seraient que des développements littéraires de trois versets du chapitre 6 du Livre de la Genèse, qui sont enserrés entre une liste généalogique des patriarches antédiluviens et un compte rendu sommaire sur l’Arche de Noé et l’arrivée du Déluge. Les versets 1 et 2 sont gravés dans ma mémoire de façon indélébile :

 Et il arriva, quand les hommes commencèrent à se multiplier sur la surface du sol et que des filles leur furent nées, que les fils de Dieu virent les filles des hommes et qu’elles étaient belles ; et ils prirent pour femmes toutes celles de leur choix11• 

Le terme « fils de Dieu » désigne ici les anges du ciel, bien que la traduction correcte du texte original hébreu ?!?, bene ha-elohim, soit en fait «fils des dieux», une perspective bien plus déconcertante sur laquelle nous reviendrons.
Au verset 3, Dieu déclare de façon inattendue que son es-prit ne peut demeurer à jamais dans les hommes et que, puisque l’humanité est une création de chair, sa durée de vie sera ramenée à « 120 ans». Mais au verset 4 le texte relance brusquement le thème initial du chapitre :

Les Néphilim étaient sur la terre en ces temps-là et aussi après, quand les fils de Dieu vinrent trouver les filles des hommes et leur donnèrent des enfants : c’étaient les hommes puissants d’autre-fois, les hommes de renom. 12
J’ai lu ces mots à voix haute des centaines de fois, toujours me demandant : que peuvent-ils bien signifier? Aucune réponse ne fait l’unanimité sur cette question dont, depuis 2000 ans, éru-dits, mystiques et essayistes proposent des interprétations différentes. Les théologiens s’accordent en général à dire qu’il faut voir dans ces récits, non la transcription littérale de faits mais un symbole de la chute de l’humanité passant, aux temps antédiluviens, d’un état de grâce spirituelle à un état de conflit et de corruption.
Ce que disent ces textes, selon les théologiens, c’est que lorsque le mal et la corruption gagnent le monde à pareille échelle, seuls échappent au courroux de Dieu ceux dont le cœur et l’esprit sont les plus purs – à l’exemple de Noé et de sa vertueuse famille. Il s’agit donc d’un enseignement purement allégorique destiné à informer le lecteur des conséquences inévitables de l’infamie.


11.Gen. 6:1-2. Toutes les citations bibliques proviennent de la Revised Version of the Authorized Version of the Bible, de 1884.
12.Gen. 6:4.


Selon les érudits, les références des versets 2 et 4 aux « fils de Dieu » allant « trouver les filles des hommes » montrent que même les êtres les plus proches de la pureté de Dieu peuvent être infectés par la corruption et le mal. Il était communément admis chez les enseignants religieux que toute union impie entre les anges et les mortelles ne pouvait donner, étant contraire à la volonté de Dieu, que des descendants monstrueux. Cette idée insolite avait, d’après les premiers Pères de l’Église, inspiré les divers ouvrages apocryphes et pseudépigraphes consacrés à la chute des anges et à la corruption de l’humanité avant le Déluge.

~ Mafia céleste
Voilà ce qu’il en est du débat théologique. Est-ce là la vérité, toute la vérité, sur les origines des anges déchus ? Que dire des fidèles juifs et chrétiens ? Comment pouvaient-ils interpréter ces «mythes» ? La majorité ignorait probablement jusqu’à l’existence de ces vers problématiques du Livre de la Genèse. Ceux qui en avaient connaissance n’étaient sans doute guère capables d’aller au-delà et seule une infime minorité devait croire en l’existence réelle des anges déchus. La plupart des commentateurs devaient être incapables d’expliquer le lien exact entre ces histoires et le monde physique dans lequel nous vivons.
Certains juifs et chrétiens plus fondamentalistes ont attribué cette corruption et cette infamie aux descendants des premiers anges déchus qui avaient frayé avec les mortelles avant le Déluge.

De telles suggestions peuvent sembler hasardeuses ; il existe pour-tant aux États-Unis une organisation appelée les Fils de Jared, en référence au patriarche Jared gui était le père d’Énoch et à l’ époque duquel les Veilleurs étaient censés avoir été « rejetés » du
«ciel». Dans leur manifeste, les Fils de Jared vouent une « guerre implacable aux descendants des Veilleurs » gui auraient, affirment-ils, « dominé l’humanité tout au long de l’histoire en tant que pharaons, rois et dictateurs ». Le jaredite Advocate, leur porte-parole, cite sans compter le Livre d’Énoch et considère les Veilleurs comme « une sorte de super-gangsters, une Mafia céleste gouvernant le monde »13 • Ce point de vue reflète-t-il seulement l’acceptation dogmatique de la chute, depuis le ciel, d’anges de chair et de sang ? Combien d’individus les Fils de Jared ont-ils accusés ou persécutés en les prenant pour des descendants modernes des Veilleurs ?
À côté de cela, certains érudits, tout en refusant toute base factuelle aux anges déchus et à leurs enfants monstrueux les Néphilim, sont prêts à admettre que les auteurs originels du Livre de la Genèse (attribué traditionnellement à Moïse) aient pu se baser sur des légendes populaires préexistantes vraisemblablement issues de Mésopotamie (l’Irak actuel). Dans Middle Eastern Mythology, l’historien S. H. Hooke reconnaît par exemple :

Derrière l’allusion brève et sans doute délibérément obscure de la Genèse 6: 1-4 se cache un mythe plus répandu, celui d’une race d’êtres semi-divins qui se rebellèrent contre les dieux et furent rejetés dans le monde inférieur … Le fragment de mythe préservé ici par le yahviste était originellement un mythe étiologique expliquant la croyance en l’existence d’une race disparue de géants … 14 

C’est possible, mais accepter que la Genèse 6:1-4 dérive de mythes moyen-orientaux beaucoup plus anciens ouvre également la possibilité qu’une époque révolue de l’humanité ait vu l’existence sur terre, et sans doute même dans les régions bibliques, d’une race humaine d’élite et probablement supérieure. On peut imaginer que ces gens aient atteint un haut niveau de civilisation avant de sombrer dans la corruption et l’infamie, notamment en épousant des femmes issues de races moins civilisées et en produisant des enfants monstrueux d’une taille disproportionnée par rapport à leur famille. On pourrait aussi envisager qu’une série de cataclysmes mondiaux aient par


13.Drake, Gods and Spacemen in Ancient Israel. pp 79-80.

14.Hooke, Middle Eastern Mythology, p. 132.


la suite amené feu, déluge et obscurité sur la terre, mettant un terme au règne de cette race de « géants ».
Fallait-il voir dans des récits comme celui de Lamek, que tourmentait la naissance miraculeuse de son fils Noé, une pièce à conviction quant à l’idée que les anges déchus étaient bien plus que des êtres incorporels expulsés du ciel par l’archange Michel, comme l’enseignent depuis 2000 ans les théologiens et propagateurs chrétiens, musulmans et juifs ? Était-il possible de prouver leur existence à partir d’une étude approfondie des mythes et légendes hébraïques, suivie d’une comparaison avec les autres religions et traditions du Proche-Orient et du Moyen-Orient ? Et surtout, se pouvait-il que subsistent des signes de leur existence terrestre physique, préservés dans les documents de l’archéologie et de l’anthropologie modernes ?
Ces perspectives passionnantes méritaient de s’y intéresser. Peut-être s’avérerait-il impossible, au bout du compte, de découvrir les traces de l’existence, dans les contrées bibliques, d’une race aujourd’hui disparue ; du moins, cette énigme du fond des âges aurait-elle fait l’objet d’une exploration complète. Mais peut-être se trouverait-il des témoignages solides que des anges, et des anges déchus, ont autrefois côtoyé l’humanité sous la forme d’êtres de chair et de sang semblables à nous, et alors notre vision de l’histoire mondiale pourrait en être changée pour toujours.

~ La peur des anges déchus
L’idée que les anges et les anges déchus seraient des êtres dotés d’un corps de chair et de sang, qui auraient vécu à une époque antédiluvienne lointaine et nous auraient légué une connaissance intime des nombreuses choses interdites à l’humanité, était autrefois largement admise par certains éléments de la population juive. À preuve, les communautés dévotes qui vivaient pieuse-ment, entre 170 av. JC. et 120 ap. JC., sur les terres surchauffées et rocailleuses de la rive ouest de la mer Morte, passées dans l’his-toire sous le nom d’Esséniens. On pense que leur centre principal se situait à Qumrân, où les archéologues ont mis au jour des preuves abondantes d’occupation et notamment une immense salle de bibliothèque où l’on pense que furent écrits les Manuscrits de la mer Morte.

Les ouvrages historiques datant de cette époque donnent à penser que les Esséniens englobaient le Livre d’Énoch dans leur canon et qu’ils utilisaient même son répertoire d’anges pour pratiquer des soins et des exorcismes 15. Des études récentes des manus-crits de la mer Morte ont également montré que les Esséniens éprouvaient un intérêt presque malsain pour les documents de type énochien ayant trait aux Veilleurs et aux Néphilim16• Beaucoup de ces ouvrages ne remontent qu’au second siècle av. JC. mais les enseignements secrets découverts dans la communauté de Qumrân et connus sous le nom de Kabbale suggèrent que les écrits énochiens et noéïens furent transmis oralement pendant des millénaires avant d’être finalement mis par écrit par les Esséniens 17.
Avec l’avènement du christianisme, le Livre d’Énoch et d’autres ouvrages similaires devinrent pour la première fois accessibles. Les premiers chefs de l’Église furent nombreux, entre le Ier et IIIe siècles av. JC., à puiser ouvertement dans leurs pages 18• Certains érudits chrétiens soutenaient que les femmes mortelles étaient responsables de la chute des anges, candis que Paul, dans Corinthiens 11: 10, recommandait – d’après le Père de l’Église Tertullien (160-220 ap. JC.) – que les femmes se couvrent la tête afin de ne pas susciter chez les anges déchus le désir des femmes dévoilées à la belle chevelure 19. Plus remarquable encore, le fait que nombre de théologiens éminents admettaient que les anges déchus possédaient un corps20• De fait, ce n’est qu’avec les Pères de l’Église, à partir du IVe siècle, que ces sujets furent sérieuse-ment remis en question. Selon ces derniers, les anges déchus n’étaient en rien des êtres de chair et de sang et toute suggestion en ce sens équivalait à une hérésie. Cette attitude conduisit à la suppression du Livre d’Énoch, qui passa bientôt de mode. Le plus bizarre à ce sujet est le commentaire que fit saint Augustin (354-430 ap. JC.), qui prétendit que cet ouvrage pseudépigraphe ne pouvait être inclus dans le Canon des Écritures parce que trop ancien (ob nimiam antiquitatem) 21• Qu’entendait-il donc par « trop ancien» ?


15.Legge. Forerunners and Rivals of Chtistianity, val. 1, pp. 158-B0
16.Vair Milik, The Books of Enoch – Aramaic Fragments of Qumràn Cave 4
17.Eisenman, Maccabees. Zadokites, Chtistians and Qumran, pp xiv, 54-5 n 82. 54-5 n.82, Zohar 1 :55a-5b , Forerunners and Rivals of Christianity, vol. 1, pp 159-60, p. 159 n.1
18.Charlesworth, The Old Testament Pseudepigraphia, Apocalypt,c Litera/ure and Testaments, vol. 1. p. 8.

19.Tertullien,« on the Veiling ofVirgins », Ante-Nicene Christian Library i:196 iii:163-4, cf.1Car. 11:10.

20.Lactance (260-330) et Tatien (110-172), par exemple admirent entièrement l’existence corporelle d’anges déchus dans leurs ouvrages. Vair Schneweis, Angels and Demons according to Lactantws, pp. 103, 127.

21.St Augustin. De Civitate Dei, xv, 23.


Voilà bien, de la part d’un père respecté de l’Église, une déclaration extraordinaire.
Assez curieusement, le Livre d’Énoch passa également de mode chez les juifs après que Rabbi Siméon ben Jochai, au second siècle ap. JC., eut maudit ceux qui pensaient que les Fils de Dieu mentionnés dans la Genèse 6 étaient en réalité des anges ; et cela alors que la Septante, version grecque de l’Ancien Testament, utilise le terme angelos au lieu de «fils de Dieu »22•
Poussant plus avant leurs efforts en vue d’éradiquer l’étrange fascination pour les anges déchus qui avait cours chez les premiers chrétiens, les Pères de l’Église condamnèrent comme hérétique l’usage, dans les livres religieux, des centaines <le noms donnés aux anges et aux anges déchus23• Le Livre d’Énoch ne fut plus copié par les scribes chrétiens, et les exemplaires existant dans les bibliothèques et les églises furent perdus ou détruits, interdisant ainsi pendant plus d’un millénaire tout accès à cet ouvrage.
Ultérieurement, pour couronner le tout, les théologiens catholiques se donnèrent pour politique d’extirper des enseignements de l’Église toute allusion au fait que des anges déchus aient été considérés précédemment comme des êtres matériels, comme l’illustre cette citation de la New Catholic Encyclopedia : « Au cours du temps, la théologie a apuré les obscurités et erreurs contenues dans les points de vue traditionnels sur les anges (à savoir la croyance qu’ils avaient une nature corporelle et qu’ils cohabitaient avec les femmes mortel-les). »24
Mais en quoi ces croyances pouvaient-elles faire horreur à la foi chrétienne, quand les grands chefs de l’Église primitive de Jérusalem avaient prêché si ouvertement sur ce sujet hautement controversé ? Cela n’avait pas de sens et suggérait qu’il avait dû y avoir d’excellentes raisons pour enterrer ce courant de pensée – car c’est exactement sous terre qu’il avait abouti.
Les témoignages extraordinaires recueillis par l’auteur et présentés ici pour la première fois donnent de solides raisons de penser que des initiés et des sociétés secrètes ont préservé, révéré et même célébré un savoir interdit, concernant le fait que nos ancêtres les plus lointains tenaient leur inspiration et leur sagesse, non de Dieu ni de l’expérience,


22.Alexander, « The Targumim and Early Exegesis of ‘Sons of God’ in Genes1s 6 », Journal of Jewish Studies n° 23, 1972, pp. 60-61.
23.Prophet, Forbidden Mysteries of Enoch – Fa/len Angels and the Ongins of Evil. p. 59.
New Catholic Encyclopaedia, 1967, « Devil».


mais d’une race oubliée dont seuls les anges, démons, diables, géants et esprits malins rappellent le souvenir. Que ce point de vue contienne la moindre parcelle de vérité, et cela nous révélerait l’un des plus grands secrets jamais cachés à l’humanité.
Par où commencer et dans quelle direction lancer cette quête de l’héritage interdit de la race prétendument déchue ? La réponse se trouvait dans la source principale, le Livre d’Énoch : ce n’était qu’en comprenant ses origines obscures et en absorbant son contenu bizarre que je pouvais espérer mettre au jour le tableau véritable de l’héritage perdu de l’humanité.

 

— 2 —

A la recherche des sources

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La lumière inextinguible de Jacques Attali


lotfihadjiat.unblog.fr

 

El Quixot (1979), Gravat, Joan Ponç

par Lotfi Hadjiat

Mesdames, Messieurs, oubliez les grands moments de l’histoire de la logique, l’Organon d’Aristote, les Éléments d’Euclide, la logique transcendentale de Kant (et pas « transcendentaire », comme me le disait l’autre jour Luc Ferry), oubliez les Recherches logiques de Husserl, oubliez Frege, Peirce, Carnap, Russel, Cantor, Gödel, ne vous emmerdez pas à lire L’axiomatique de Robert Blanché ou à comprendre le théorème de Zermelo, la révolution logique qui arrive est tellement inouïe que la révolution néolithique à côté est un gribouillis d’enfant. Laissez-moi vous tracer les grandes lignes de cette nouvelle logique qui se dessine et qui, j’en suis sûr, émancipera l’humanité définitivement.

Cette nouvelle logique apparut en novembre 1945 au tribunal de Nuremberg par l’abolition pure et simple du principe de contradiction, principe formulé par Aristote dans le chapitre 3 du Livre Gamma de sa Métaphysique, principe qui dit ceci : « Il est impossible qu’un même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps et sous le même rapport à une même chose ».

Premier exemple d’application de cette abolition : les Juifs marxistes bolcheviques qui ont massacré des millions de Russes au siècle dernier n’étaient pas Juifs, parce que athées ; dans le même temps, les Juifs marxistes athées morts dans les camps nazis étaient juifs, parce que victimes.
Second exemple : Les escrocs juifs ne sont pas juifs, parce que escroc ne peut être juif ; dans le même temps, tous les artistes juifs sont des génies parce que juifs.
Troisième exemple : les coupables juifs ne sont pas vraiment coupables car il faut tenir compte de la souffrance millénaire des Juifs, dans le même temps les Allemands sont éternellement coupables et doivent payer éternellement.
Quatrième exemple : Jésus-Christ n’était pas un prophète juif, il eut tord de chasser les usuriers Israélites du temple juif ; Moïse était un prophète juif, il eut raison de faire massacrer les Israélites qui célébraient le Veau d’or.
Cinquième exemple : quand Hitler interdit les mariages entre Juifs et Goyim c’est le mal absolu ; et quand Israël interdit les mariages entre Juifs et Goyim c’est le bien absolu. Variante : quand des nazis tuent des enfants juifs c’est le mal absolu ; et quand des israéliens tuent des enfants palestiniens c’est le bien absolu.
Sixième exemple : un Juif talmudiste raciste explicite ne doit susciter aucune indignation ; dans le même temps, un blanc européen raciste non-explicite doit susciter toute l’indignation.

Jan Lukasiewicz voyait dans le principe de contradiction d’Aristote un fondement éthique. Certes, on pourrait penser logiquement que l’abolition du principe de contradiction ouvre la voie à l’immoralité la plus sordide, mais cette manière de penser relève de l’ancienne logique, mesdames et messieurs. Désormais avec la nouvelle logique, il n’y a plus de contradiction morale, nous ne sommes pas seulement émancipés de la moralité, nous sommes aussi émancipés de l’immoralité, et ça c’est bien, c’est le bonheur suprême. Remercions l’élite juive de nous avoir émancipé des contradictions morales. Nous n’oublierons jamais « l’altruisme intéressé » de l’honorable Jacques Attali, qui prête aimablement de l’argent avec intérêts à des enfants des rues, et qui nous a sortis de l’obscurantisme moral où nous étions ; dans notre ignorance terrible nous donnions à notre conscience une direction morale, Attali nous a appris à prêter à notre conscience une direction morale, à prêter à usure à notre conscience. L’usure morale, voilà la lumière inextinguible que nous lui devons éternellement.

 

Le plan média « Marion Maréchal » est lancé !


lelibrepenseur.org

C’est bon,  on y est ! Les marionnettistes qui dirigent la France ont « donné le la » et, comme déjà annoncé par Jacques Attali il y a quelques temps, ils procèdent au lancement de la phase média « Marion Maréchal » . Tout est réglé comme du papier à musique ; dès l’annonce de la démission de Wauquier de la tête des Républicains, on voit pointer la fraise de MMLP qui annonce vouloir une alliance des droites ! C’est certes son droit de vouloir le faire mais comment se fait-il que cette jeune fille qui ne représente pas grand chose et qui avait d’ailleurs annoncé son retrait de la vie politique en 2017, puisse passer autant de fois sur les chaînes télé pour lui permettre de faire sa publicité alors que cette médiatisation lui aurait été tout juste impossible voire inconcevable il y a à peine 10 ans !

Les médias sont tout-puissants en France, ils font et défont les candidats à leur guise. C’est le seul et unique pouvoir réel, car ils ont les moyens d’imposer qui ils veulent et le faire passer pour le sauveur tout en diabolisant son adversaire.

Quant à la facette « patriote » de MMLP, une telle escroquerie ne peut tenir longtemps, surtout venant de la fille d’un espion assumé qui a mangé à tous les râteliers (CIA, Mossad…) !

 

 


L’ex-députée du Vaucluse, qui a fondé une école de sciences politiques à Lyon, était interrogée sur LCI.

Retraitée, mais pas trop. L’ancienne députée Front national (devenu RN) Marion Maréchal a plaidé dimanche 2 juin pour une « grande coalition »entre la « droite populaire » issue des Républicains (LR) et le Rassemblement national, qui ne « peut pas » selon elle « capter à lui seul l’ensemble » des électeurs.

« J’estime que malheureusement, et je le regrette, le Rassemblement national ne peut pas capter à lui seul l’ensemble des personnalités politiques, des élus ou même des électeurs », a déclaré Marion Maréchal à LCI.

« Ce que je crois en revanche indispensable c’est que demain puisse émerger, je l’espère, de cette débâcle des Républicains, ce courant de droite qui se structure, qui puisse demain accepter le principe d’une grande coalition avec le Rassemblement national, en gardant ses spécificités », a ajouté l’ex-députée du Vaucluse, qui a récemment fondé une école de sciences politiques à Lyon.

« Dépasser » le RN

« Je considère que le Rassemblement national est indispensable à la vie politique mais que malheureusement, il n’est pas suffisant (…) et qu’il faut le dépasser, en tout cas qu’il faut permettre qu’il y ait d’autres voix qui s’expriment à travers d’autres mouvements ou courants qui puissent permettre demain, je l’espère, un grand compromis patriotique autour de cette idée de défense de la nation », a encore ajouté Marion Maréchal.

Ce « compromis » pourrait « aboutir à des coalitions gouvernementales, pourquoi pas, ou à des alliances de circonstances à des élections, comme ça peut se pratiquer dans d’autres pays, et qui serait la seule solution, eu égard à nos modes de scrutin, pour contrer le grand projet progressiste qu’est en train de mettre en place Emmanuel Macron », selon elle.


Photo d’illustration : Marion Maréchal, le 14 mai 2019 à Milan (Italie). (MAXPPP)

Naissance et mort du bienheureux Ali


dortiguier.fr

Comme était son épée, sa vie eut deux tranchants,
Pour briser le château de l’usure inféconde
Qu’Ezra Pound* décrivait, abritant nos penchants
A gâter le meilleur ou avoir l’âme froide !
Il portait ce grand nom que l’on croit africain,
D’Ali disant le haut, en fait universel,
Celui aussi d’Elie, d’un monde fort lointain
Dans le temps et l’espace, où siège l’Éternel,
Mahomet reflétait le cousin de son sang,
Et cette parenté procure l’origine
Des compagnons issus de cet intime rang
Qui ignore le monde où Satan nous confine,
Et venu au pouvoir dans un trop bref passage,
Il fit des lois pour l’âme assistant notre mort,
Et périt en priant dans la force de l’âge
Car il vivait au Ciel, où se trouve le port
De l’humble Fatemeh, plus fine qu’un métal
Aiguisé par des Anges et au corps de cristal.
ezrapound-36a7f*Ezra Pound (1885-1972) écrivain des USA qui s’éleva contre l’usure, dans ses Cantos et autres essais économiques

HISTOIRE GÉNÉRALE DE L’AFRIQUE


unesdoc.unesco.org

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Ouvrage: Histoire générale de l’Afrique, IV: L’Afrique du XIIe au XVIe siècle

Directeur du volume : Djibril Tamsir Niane

Année: 1987

Comité scientifique international
pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique (UNESCO)

 

Préface par M. Amadou Mahtar M’Bow
Directeur général de l’UNESCO
Longtemps, mythes et préjugés de toutes sortes ont caché au monde l’histoire
réelle de l’Afrique. Les sociétés africaines passaient pour des sociétés
qui ne pouvaient avoir d’histoire. Malgré d’importants travaux effectués,
dès les premières décennies de ce siècle, par des pionniers comme Léo
Frobenius, Maurice Delafosse, Arturo Labriola, bon nombre de spécialistes
non africains, attachés à certains postulats soutenaient que ces sociétés ne
pouvaient faire l’objet d’une étude scientifique, faute notamment de sources
et de documents écrits.
Si L’Iliade et L’Odyssée pouvaient être considérées à juste titre comme
des sources essentielles de l’histoire de la Grèce ancienne, on déniait, en
revanche, toute valeur à la tradition orale africaine, cette mémoire des peuples
qui fournit la trame de tant d’événements qui ont marqué leur vie. On
se limitait en écrivant l’histoire d’une grande partie de l’Afrique à des sources
extérieures à l’Afrique, pour donner une vision non de ce que pouvait être le
cheminement des peuples africains, mais de ce que l’on pensait qu’il devait
être. Le « Moyen Âge » européen étant souvent pris comme point de référence,
les modes de production, les rapports sociaux comme les institutions
politiques n’étaient perçus que par référence au passé de l’Europe.
En fait, on refusait de voir en l’Africain le créateur de cultures originales
qui se sont épanouies et perpétuées, à travers les siècles, dans des voies qui
leur sont propres et que l’historien ne peut donc saisir sans renoncer à certains
préjugés et sans renouveler sa méthode.
De même, le continent africain n’était presque jamais considéré comme
une entité historique. L’accent était, au contraire, mis sur tout ce qui pouvait

accréditer l’idée qu’une scission aurait existé, de toute éternité, entre une
« Afrique blanche » et une « Afrique noire » ignorantes l’une de l’autre. On
présentait souvent le Sahara comme un espace impénétrable qui rendait
impossible des brassages d’ethnies et de peuples, des échanges de biens,
de croyances, de moeurs et d’idées, entre les sociétés constituées de part et
d’autre du désert. On traçait des frontières étanches entre les civilisations de
l’Égypte ancienne et de la Nubie, et celles des peuples sud-sahariens.
Certes, l’histoire de l’Afrique nord-saharienne a été davantage liée à
celle du bassin méditerranéen que ne l’a été l’histoire de l’Afrique sud-saharienne,
mais il est largement reconnu aujourd’hui que les civilisations du
continent africain, à travers la variété des langues et des cultures, forment, à
des degrés divers, les versants historiques d’un ensemble de peuples et de
sociétés qu’unissent des liens séculaires.
Un autre phénomène a beaucoup nui à l’étude objective du passé africain
: je veux parler de l’apparition, avec la traite négrière et la colonisation,
de stéréotypes raciaux générateurs de mépris et d’incompréhension et si profondément
ancrés qu’ils faussèrent jusqu’aux concepts mêmes de l’historiographie.
À partir du moment où on eut recours aux notions de « blancs » et de
« noirs » pour nommer génériquement les colonisateurs, considérés comme
supérieurs, et les colonisés, les Africains eurent à lutter contre un double
asservissement économique et psychologique. Repérable à la pigmentation
de sa peau, devenu une marchandise parmi d’autres, voué au travail de force,
l’Africain vint à symboliser, dans la conscience de ses dominateurs, une
essence raciale imaginaire et illusoirement inférieure de nègre. Ce processus
de fausse identification ravala l’histoire des peuples africains dans l’esprit de
beaucoup au rang d’une ethno-histoire où l’appréciation des réalités historiques
et culturelles ne pouvait qu’être faussée.
La situation a beaucoup évolué depuis la fin de la Deuxième Guerre
mondiale et en particulier depuis que les pays d’Afrique, ayant accédé à
l’indépendance, participent activement à la vie de la communauté internationale
et aux échanges mutuels qui sont sa raison d’être. De plus en plus
d’historiens se sont efforcés d’aborder l’étude de l’Afrique avec plus de
rigueur, d’objectivité et d’ouverture d’esprit, en utilisant — certes avec les
précautions d’usage — les sources africaines elles-mêmes. Dans l’exercice
de leur droit à l’initiative historique, les Africains eux-mêmes ont ressenti
profondément le besoin de rétablir sur des bases solides l’historicité de leurs
sociétés.
C’est dire l’importance de l’Histoire générale de l’Afrique, huit volumes,
dont l’Unesco commence la publication.
Les spécialistes de nombreux pays qui ont travaillé à cette oeuvre se sont
d’abord attachés à en jeter les fondements théoriques et méthodologiques.
Ils ont eu le souci de remettre en question les simplifications abusives auxquelles
avait donné lieu une conception linéaire et limitative de l’histoire
universelle, et de rétablir la vérité des faits chaque fois que cela était nécessaire
et possible. Ils se sont efforcés de dégager les données historiques qui
permettent de mieux suivre l’évolution des différents peuples africains dans
leur spécificité socioculturelle.

Dans cette tâche immense, complexe et ardue, vu la diversité des sources
et l’éparpillement des documents, l’Unesco a procédé par étapes. La
première phase (1965 -1969) a été celle des travaux de documentation et de
planification de l’ouvrage. Des activités opérationnelles ont été conduites sur
le terrain : campagnes de collecte de la tradition orale, création de centres
régionaux de documentation pour la tradition orale, collecte de manuscrits
inédits en arabe et en « ajami » (langues africaines écrites en caractère arabes),
inventaire des archives et préparation d’un Guide des sources de l’histoire
de l’Afrique, partir des archives et bibliothèques des pays d’Europe, publié
depuis en neuf volumes. D’autre part, des rencontres entre les spécialistes
ont été organisées où les Africains et des personnes d’autres continents ont
discuté des questions de méthodologie, et ont tracé les grandes lignes du
projet, après un examen attentif des sources disponibles.
Une deuxième étape, consacrée à la mise au point et à l’articulation de
l’ensemble de l’ouvrage, a duré de 1969 à 1971. Au cours de cette période,
des réunions internationales d’experts tenues à Paris (1969) et à Addis Abeba
(1970) eurent à examiner et à préciser les problèmes touchant la rédaction et
la publication de l’ouvrage : présentation en huit volumes, édition principale
en anglais, en français et en arabe, ainsi que des traductions en langues africaines
telles que le kiswahili, le hawsa, le peul, le yoruba ou le lingala. Sont
prévues également des traductions en allemand, russe, portugais, espagnol,
suédois, de même que des éditions abrégées accessibles à un plus vaste
public africain et international.
La troisième phase a été celle de la rédaction et de la publication. Elle
a commencé par la nomination d’un Comité scientifique international de
39 membres, comprenant deux tiers d’Africains et un tiers de non-Africains,
à qui incombe la responsabilité intellectuelle de l’ouvrage.
Interdisciplinaire, la méthode suivie s’est caractérisée par la pluralité
des approches théoriques, comme des sources. Parmi celles-ci, il faut citer
d’abord l’archéologie, qui détient une grande part des clefs de l’histoire des
cultures et des civilisations africaines. Grâce à elle, on s’accorde aujourd’hui
à reconnaître que l’Afrique fut selon toute probabilité le berceau de l’humanité,
qu’on y assista à l’une des premières révolutions technologiques de
l’histoire — celle du néolithique — et qu’avec l’Égypte s’y épanouit l’une
des civilisations anciennes les plus brillantes du monde. Il faut ensuite citer
la tradition orale, qui, naguère méconnue, apparaît aujourd’hui comme une
source précieuse de l’histoire de l’Afrique, permettant de suivre le cheminement
de ses différents peuples dans l’espace et dans le temps, de comprendre
de l’intérieur la vision africaine du monde, de saisir les caractères originaux
des valeurs qui fondent les cultures et les institutions du continent.
On saura gré au Comité scientifique international chargé de cette Histoire
générale de l’Afrique, à son rapporteur ainsi qu’aux directeurs et auteurs des
différents volumes et chapitres, d’avoir jeté une lumière originale sur le passé
de l’Afrique, embrassée dans sa totalité, en évitant tout dogmatisme dans
l’étude de questions essentielles, comme la traite négrière, cette « saignée
sans fin » responsable de l’une des déportations les plus cruelles de l’histoire
des peuples et qui a vidé le continent d’une partie de ses forces vives, alors

qu’il jouait un rôle déterminant dans l’essor économique et commercial de
l’Europe ; de la colonisation avec toutes ses conséquences sur les plans de la
démographie, de l’économie, de la psychologie, de la culture ; des relations
entre l’Afrique au sud du Sahara et le monde arabe ; du processus de décolonisation
et de construction nationale qui mobilise la raison et la passion de
personnes encore en vie et parfois en pleine activité. Toutes ces questions
ont été abordées avec un souci d’honnêteté et de rigueur qui n’est pas le
moindre mérite du présent ouvrage. Celui-ci offre aussi le grand avantage,
en faisant le point de nos connaissances sur l’Afrique et en proposant divers
regards sur les cultures africaines, ainsi qu’une nouvelle vision de l’histoire,
de souligner les ombres et les lumières, sans dissimuler les divergences
d’opinions entre savants.
En montrant l’insuffisance des approches méthodologiques longtemps
utilisées dans la recherche sur l’Afrique, cette nouvelle publication invite
au renouvellement et à l’approfondissement de la double problématique de
l’historiographie et de l’identité culturelle qu’unissent des liens de réciprocité.
Elle ouvre la voie, comme tout travail historique de valeur, à de multiples
recherches nouvelles.
C’est ainsi d’ailleurs que le Comité scientifique international, en étroite
collaboration avec l’UNESCO, a tenu à entreprendre des études complémentaires
afin d’approfondir quelques questions qui permettront d’avoir
une vue plus claire de certains aspects du passé de l’Afrique. Ces travaux
publiés dans la série « Unesco — Études et documents — Histoire générale
de l’Afrique » viendront utilement compléter le présent ouvrage. Cet effort
sera également poursuivi par l’élaboration d’ouvrages portant sur l’histoire
nationale ou sous-régionale.
Cette Histoire générale met à la fois en lumière l’unité historique de
l’Afrique et les relations de celle ci avec les autres continents, notamment
avec les Amériques et les Caraïbes. Pendant longtemps, les expressions de
la créativité des descendants d’Africains aux Amériques avaient été isolées
par certains historiens en un agrégat hétéroclite d’africanismes ; cette vision, il
va sans dire, n’est pas celle des auteurs du présent ouvrage. Ici, la résistance
des esclaves déportés en Amérique, le fait du « marronnage » politique et
culturel, la participation constante et massive des descendants d’Africains
aux luttes de la première indépendance américaine, de même qu’aux mouvements
nationaux de libération, sont justement perçus pour ce qu’ils furent :
de vigoureuses affirmations d’identité qui ont contribué à forger le concept
universel d’humanité. Il est évident aujourd’hui que l’héritage africain a marqué,
plus ou moins selon les lieux, les modes de sentir, de penser, de rêver
et d’agir de certaines nations de l’hémisphère occidental. Du sud des États-
Unis jusqu’au nord du Brésil, en passant par la Caraïbe ainsi que sur la côte
du Pacifique, les apports culturels hérités de l’Afrique sont partout visibles ;
dans certains cas même ils constituent les fondements essentiels de l’identité
culturelle de quelques éléments les plus importants de la population.
De même, cet ouvrage fait clairement apparaître les relations de l’Afrique
avec l’Asie du Sud à travers l’océan Indien, ainsi que les apports africains
aux autres civilisations, dans le jeu des échanges mutuels.

Je suis convaincu que les efforts des peuples d’Afrique pour conquérir
ou renforcer leur indépendance, assurer leur développement et affermir leurs
spécificités culturelles, doivent s’enraciner dans une conscience historique
rénovée, intensément vécue et assumée de génération en génération.
Et ma formation personnelle, l’expérience que j’ai acquise comme enseignant
et comme Président, dès les débuts de l’indépendance, de la première
commission créée en vue de la réforme des programmes d’enseignement de
l’histoire et de la géographie dans certains pays d’Afrique de l’Ouest et du
Centre, m’ont appris combien était nécessaire, pour l’éducation de la jeunesse
et pour l’information du public un ouvrage d’histoire élaboré par des
savants connaissant du dedans les problèmes et les espoirs de l’Afrique et
capables de considérer le continent dans son ensemble.
Pour toutes ces raisons, l’UNESCO veillera à ce que cette Histoire
générale de l’Afrique soit largement diffusée, dans de nombreuses langues, et
qu’elle serve de base à l’élaboration de livres d’enfants, de manuels scolaires,
et d’émissions télévisées ou radiodiffusées. Ainsi, jeunes, écoliers, étudiants
et adultes, d’Afrique et d’ailleurs, pourront avoir une meilleure vision du
passé du continent africain, des facteurs qui l’expliquent et une plus juste
compréhension de son patrimoine culturel et de sa contribution au progrès
général de l’humanité. Cet ouvrage devrait donc contribuer à favoriser la
coopération internationale et à renforcer la solidarité des peuples dans leurs
aspirations à la justice, au progrès et à la paix. Du moins est-ce le voeu que je
forme très sincèrement.
Il me reste à exprimer ma profonde gratitude aux membres du Comité
scientifique international, au rapporteur, aux directeurs des différents volumes,
aux auteurs et à tous ceux qui ont collaboré à la réalisation de cette prodigieuse
entreprise. Le travail qu’ils ont effectué, la contribution qu’ils ont
apportée montrent bien ce que des hommes, venus d’horizons divers mais
animés d’une même bonne volonté, d’un même enthousiasme au service de
la vérité de tous les hommes, peuvent faire, dans le cadre international qu’offre
l’UNESCO, pour mener à bien un projet d’une grande valeur scientifique
et culturelle. Ma reconnaissance va également aux organisations et gouvernements
qui, par leurs dons généreux, ont permis à l’UNESCO de publier cette
oeuvre dans différentes langues et de lui assurer le rayonnement universel
qu’elle mérite, au service de la communauté internationale tout entière.

 

Présentation du projet
par
le professeur Bethwell Allan Ogot,
président du Comité scientifique international
pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique
La Conférence générale de l’UNESCO, à sa seizième session, a demandé
au Directeur général d’entreprendre la rédaction d’une Histoire générale de
l’Afrique. Ce travail considérable a été confié à un Comité scientifique international
créé par le Conseil exécutif en 1970.
Aux termes des statuts adoptés par le Conseil exécutif de l’UNESCO
en 1971, ce Comité se compose de trente-neuf membres (dont deux tiers
d’Africains et un tiers de non-Africains) siégeant à titre personnel et nommés
par le Directeur général de l’UNESCO pour la durée du mandat du Comité.
La première tâche du Comité était de définir les principales caractéristiques
de l’ouvrage. Il les a définies comme suit à sa deuxième session :
• Tout en visant à la plus haute qualité scientifique possible, l’Histoire
générale de l’Afrique ne cherche pas à être exhaustive et est un ouvrage
de synthèse qui évitera le dogmatisme. À maints égards, elle constitue
un exposé des problèmes indiquant l’état actuel des connaissances et les
grands courants de la recherche, et n’hésite pas à signaler, le cas échéant,
les divergences d’opinion. Elle préparera en cela la voie à des ouvrages
ultérieurs.
• L’Afrique est considérée comme un tout. Le but est de montrer les relations
historiques entre les différentes parties du continent trop souvent subdivisé
dans les ouvrages publiés jusqu’ici. Les liens, historiques de l’Afrique
avec les autres continents reçoivent l’attention qu’ils méritent, et sont analysés
sous l’angle des échanges mutuels et des influences multilatérales, de
manière à faire apparaître sous un jour approprié la contribution de l’Afrique
au développement de l’humanité.
• L’Histoire générale de l’Afrique est, avant tout, une histoire des idées et
des civilisations, des sociétés et des institutions. Elle se fonde sur une
grande diversité de sources, y compris la tradition orale et l’expression
artistique.
• L’Histoire générale de l’Afrique est envisagée essentiellement de l’intérieur.
Ouvrage savant, elle est aussi, dans une large mesure, le reflet fidèle de la
façon dont les auteurs africains voient leur propre civilisation. Bien qu’élaborée
dans un cadre international et faisant appel à toutes les données
actuelles de la science, l’Histoire sera aussi un élément capital pour la reconnaissance
du patrimoine culturel africain et mettra en évidence les facteurs
qui contribuent à l’unité du continent. Cette volonté de voir les choses de
l’intérieur constitue la nouveauté de l’ouvrage et pourra, en plus de ses qualités
scientifiques, lui conférer une grande valeur d’actualité. En montrant
le vrai visage de l’Afrique, l’Histoire pourrait, à une époque dominée par les
rivalités économiques et techniques, proposer une conception particulière
des valeurs humaines.
Le Comité a décidé de présenter l’ouvrage portant sur plus de trois millions
d’années d’histoire de l’Afrique en huit volumes comprenant chacun
environ 800 pages de textes avec des illustrations, des photographies, des
cartes et des dessins au trait.
Pour chaque volume, il est désigné un directeur principal qui est assisté,
le cas échéant, par un ou deux codirecteurs.
Les directeurs de volume sont choisis à l’intérieur comme à l’extérieur
du Comité par ce dernier qui les élit à la majorité des deux tiers. Ils sont chargés
de l’élaboration des volumes, conformément aux décisions et aux plans
arrêtés par le Comité. Ils sont responsables sur le plan scientifique devant le
Comité ou, entre deux sessions du Comité, devant le Bureau, du contenu
des volumes, de la mise au point définitive des textes, des illustrations et,
d’une manière générale, de tous les aspects scientifiques et techniques de
l’Histoire. C’est le Bureau qui, en dernier ressort, approuve le manuscrit final.
Lorsqu’il l’estime prêt pour l’édition, il le transmet au Directeur général de
l’UNESCO. Le Comité, ou le Bureau, entre deux sessions du Comité, reste
donc le maître de l’oeuvre.
Chaque volume comprend une trentaine de chapitres. Chaque chapitre
est rédigé par un auteur principal assisté le cas échéant d’un ou de deux
collaborateurs.
Les auteurs sont choisis par le Comité au vu de leur curriculum vitae. La
préférence est donnée aux auteurs africains, sous réserve qu’ils possèdent les
titres voulus. Le Comité veille particulièrement à ce que toutes les régions
du continent ainsi que d’autres régions ayant eu des relations historiques ou
culturelles avec l’Afrique soient, dans toute la mesure du possible, équitablement
représentées parmi les auteurs.
Après leur approbation par le directeur de volume, les textes des différents
chapitres sont envoyés à tous les membres du Comité pour qu’ils en
fassent la critique.
Au surplus, le texte du directeur de volume est soumis à l’examen d’un
comité de lecture, désigné au sein du Comité scientifique international, en
fonction des compétences des membres ; ce comité est chargé d’une analyse
approfondie du fond et de la forme des chapitres.
Le Bureau approuve en dernier ressort les manuscrits.
Cette procédure qui peut paraître longue et complexe s’est révélée
nécessaire car elle permet d’apporter le maximum de garantie scientifique à
l’Histoire générale de l’Afrique. En effet, il est arrivé que le Bureau rejette des
manuscrits ou demande des réaménagements importants ou même confie
la rédaction du chapitre à un autre auteur. Parfois, des spécialistes d’une
période donnée de l’histoire ou d’une question donnée sont consultés pour la
mise au point définitive d’un volume.
L’ouvrage sera publié en premier lieu, en une édition principale, en
anglais, en français et en arabe, et en une édition brochée dans les mêmes
langues.
Une version abrégée en anglais et en français servira de base pour la traduction
en langues africaines. Le Comité scientifique international a retenu
comme premières langues africaines dans lesquelles l’ouvrage sera traduit : le
kiswahili et le hawsa.
Il est aussi envisagé d’assurer, dans toute la mesure du possible, la
publication de l’Histoire générale de l’Afrique, en plusieurs langues de grande
diffusion internationale (entre autres, allemand, chinois, espagnol, italien,
japonais, portugais, russe, etc.).
Il s’agit donc, comme on peut le voir, d’une entreprise gigantesque qui
constitue une immense gageure pour les historiens de l’Afrique et la communauté
scientifique en général, ainsi que pour l’UNESCO qui lui accorde son
patronage. On peut en effet imaginer sans peine la complexité d’une tâche
comme la rédaction d’une histoire de l’Afrique, qui couvre, dans l’espace,
tout un continent et, dans le temps, les quatre derniers millions d’années,
respecte les normes scientifiques les plus élevées et fait appel, comme il se
doit, à des spécialistes appartenant à tout un éventail de pays, de cultures,
d’idéologies, et de traditions historiques. C’est une entreprise continentale,
internationale et interdisciplinaire de grande envergure.
En conclusion, je tiens à souligner l’importance de cet ouvrage pour
l’Afrique et pour le monde entier. À l’heure où les peuples d’Afrique luttent
pour s’unir et mieux forger ensemble leurs destins respectifs, une bonne
connaissance du passé de l’Afrique, une prise de conscience des liens qui
unissent les Africains entre eux et l’Afrique aux autres continents devraient
faciliter, dans une grande mesure, la compréhension mutuelle entre les peuples
de la terre, mais surtout faire connaître un patrimoine culturel qui est le
bien de l’humanité tout entière.
Bethwell Allan Ogot
8 août 1979
Président du Comité scientifique international
pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique

 

 

chapitre  premier

Introduction
Djibril Tamsir Niane

Le présent volume embrasse l’histoire de l’Afrique du XIIe au XVIe siècle.
La périodisation et le découpage chronologique classique cadrent mal ici ;
du reste, une date et un siècle peuvent-ils avoir la même importance pour
tout un continent ? Non, tant s’en faut. Ainsi, on peut se demander si la
période du XIIe au XVIe siècle est significative pour toutes les régions du
continent.
Bien que le problème du découpage se pose encore, il nous semble que
la période considérée présente une certaine unité et constitue un moment
capital dans l’évolution historique de l’ensemble du continent à plus d’un
titre. Période privilégiée, s’il en fut, où l’on voit l’Afrique développer des cultures
originales et assimiler les influences extérieures tout en gardant sa personnalité.
Dans le volume précédent, grâce aux écrits arabes, nous avons vu l’Afrique
sortir de l’ombre ; c’est la découverte par les musulmans du riche Soudan,
au sud du Sahara, dominé par l’hégémonie des Soninke, dont le souverain,
le kaya maghan, avait sous son autorité toutes les régions occidentales du
Soudan, de la boucle du Niger à l’embouchure du Sénégal. Ce vaste empire,
dont les fastes ont été évoqués par Al-Bakrī, n’était pas le seul ensemble
politique ; d’autres lui sont contemporains, tels le Songhoy et, plus à l’est,
jusqu’au lac Tchad, les pays et royaumes du Kanem-Bornu. Mais, à partir
de la fin du XIe siècle, la documentation écrite concernant l’Afrique au sud
du Sahara devient de plus en plus abondante, singulièrement de la fin du
XIIIe à la fin du XIVe siècle. Du reste, dès le milieu du XVe siècle, les sources
portugaises viennent combler le vide en nous éclairant sur les royaumes
côtiers de l’Afrique occidentale alors en plein essor. Une preuve de plus que

l’absence de document écrit ne signifie rien. Le golfe du Bénin, l’embouchure
du fleuve Congo furent de hauts lieux de civilisation… Plusieurs traits
essentiels caractérisent cette période.
Tout d’abord, c’est le triomphe de l’islam dans une grande partie du
continent. Cette religion eut pour propagateurs à la fois des guerriers et des
commerçants. Les musulmans se sont révélés d’excellents marchands et ont
dominé le commerce mondial, contribué à développer la science, la philosophic
et la technique partout où ils se sont implantés.
Le fait essentiel, pour l’Afrique, c’est qu’elle donne son cachet original
à l’islam aussi bien en Afrique septentrionale que dans le vaste Soudan, au
sud du Sahara.
Rappelons qu’au XIe siècle, partis des bouches du Sénégal, les Almoravides,
dont les armées comptaient de forts contingents nègres du Takrūr, après
avoir conquis une partie du Maghreb et de la péninsule Ibérique, restaurèrent
la Sunna, orthodoxie rigoureuse, dans tout l’Occident musulman.
À partir de 1050, les Almoravides combattent l’empire du Ghana qui
finit par succomber vers 1076 ; cette dernière date marque pour le Soudan le
commencement d’une période tourmentée de lutte pour l’hégémonie entre
les provinces de l’empire. 1076, c’est aussi une date importante dans l’histoire
à la fois du Maghreb et du Soudan ; mais, à cette époque, la chute de Kumbi,
« capitale » du Ghana, passe à peu près inaperçue parce que le commerce de
l’or n’est presque pas interrompu, mais s’intensifie au contraire puisque certains
royaumes vassaux du Ghana, riches en or (Takrūr, « Mandeng »), et le
vieux royaume de Gao, sur la branche orientale du Niger, depuis longtemps
gagnés à l’islam, continuent d’animer les échanges avec les Arabo-Berbères.
D’un autre côté, des marchands, partant de l’Arabie et du golfe Persique,
ouvrent les côtes orientales de l’Afrique, depuis la Corne d’Or jusqu’à
Madagascar, au commerce intercontinental. Les riches comptoirs de Sofala,
de Kilwa et de Mogadiscio deviennent les débouchés de l’Afrique vers
l’océan Indien. À partir de l’Égypte, l’islam progresse vers la Nubie, le Soudan
oriental. Mais là, il se heurte à une forte résistance des vieux royaumes
chrétiens coptes. Cette résistance opiniâtre des Nubiens arrête un moment
sa marche sur le Nil. Cependant, à partir de la mer Rouge, et principalement
de la Corne de l’Afrique, l’islam s’infiltre à l’intérieur et favorise la naissance
de royaumes musulmans encerclant les chrétiens. La lutte sera âpre entre
les deux religions dans ce secteur ; l’Éthiopie incarnera cette résistance à
l’islam du XIIe au XVe siècle, avant que les négus ne bénéficient de la nouvelle
force chrétienne représentée par le Portugal à la fin du XVe et au début
du XVIe siècle. Le professeur Tadesse Tamrat, dans le chapitre 17, met tout
particulièrement l’accent sur ce christianisme africain non moins original,
avec son art, ses églises au style si caractéristique. Lalibela, que l’on appelle
le « Saint Louis éthiopien », en fondant une nouvelle capitale, la baptise
« Nouvelle Jérusalem » ; le pieux souverain offre à ses sujets un lieu de pèlerinage,
car l’Éthiopie est coupée du patriarcat d’Alexandrie et du berceau du
christianisme. Sur les hauts plateaux d’Éthiopie, les couvents se multiplient.
C’est dans le silence de ces monastères haut perchés, pratiquement inexpugnables,

que les moines écriront l’histoire des rois, élaboreront une réforme.
Au milieu du XVe siècle, le christianisme éthiopien est en plein essor. Il
conserve et donne une forme chrétienne à d’anciennes pratiques religieuses
africaines préchrétiennes ; le vieux fonds kouchitique se manifeste à travers
les fêtes, les danses, les chants et les sacrifices d’animaux. À tous égards,
ici aussi, domine la personnalité africaine, car le christianisme de Nubie et
d’Éthiopie est complètement africanisé, tout comme l’islam africain. Le
long des côtes, depuis la Corne de l’Afrique jusqu’à Madagascar, autour des
comptoirs musulmans, se développe une civilisation musulmane africaine
originale : c’est la civilisation swahili. Elle s’exprime par la langue du même
nom, qui garde la structure bantu, mais avec beaucoup d’emprunts à l’arabe.
Elle sera la langue de communication de toute l’Afrique orientale, depuis
la côte jusqu’aux Grands Lacs africains, pour gagner de proche en proche
le fleuve Congo. Ainsi, directement ou indirectement, l’influence de l’islam
se fait sentir dans toute la région. On s’est souvent interrogé sur les raisons
des succès rapides de l’islam, non seulement en Afrique, mais ailleurs ; il y
a que le genre de vie des nomades d’Arabie diffère alors peu de celui des
Berbères et fellahs de l’Afrique septentrionale. Au Soudan, si l’on met à
part l’épisode guerrier des Almoravides, l’islam se répandit dans l’Afrique
intérieure, lentement, pacifiquement. Il n’y aura point de clergé constitué,
de missionnaires comme dans l’Occident chrétien. Religion des villes et des
cours, l’islam en Afrique ne bouleversera pas les structures traditionnelles.
Pas plus les rois soudanais que les sultans de l’Afrique orientale ne partiront
en guerre de façon systématique pour convertir les populations. Le négoce
dominera et la souplesse dont l’islam fera preuve devant les peuples vaincus
en exigeant seulement un impôt permettra à ces derniers de garder leur
personnalité.
Le second thème majeur qui se dégage pour cette période est intimement
lié à l’islam et à son expansion. Il s’agit du développement inouï des
relations commerciales, des échanges culturels et des contacts humains. De
l’Indus à Gibraltar, de la mer Rouge à Madagascar, de l’Afrique septentrionale
aux régions subsahariennes, hommes et biens circulent librement, à
telle enseigne que Robert Cornevin écrit, s’agissant de l’unité économique
du monde musulman et de l’indépendance politique de l’islam africain
vis-à-vis de Baghdād : « Unité que nous avons peine à imaginer dans notre
monde bourrelé de frontières où passeport et visa sont indispensables à
tout déplacement. Durant tout le Moyen Âge, le commerçant ou le pèlerin
musulman a trouvé depuis l’Indus jusqu’en Espagne et au Soudan la même
langue, le même genre de vie et aussi la même religion malgré les hérésies
kharijites et shiites qui semblent d’ailleurs plus politiques que proprement
religieuses. »
Du reste, du XIIe au XVIe siècle, l’Afrique devient un carrefour commercial
international à bien des égards. L’attrait qu’elle exerce sur le reste
du monde est extraordinaire. Dans le chapitre 26 Jean Devisse le montre
éloquemment ; plus que la Méditerranée, c’est l’océan Indien qui devient
une sorte de « Mare islamicum » avant que ne commence la prépondérance
chinoise fondée sur la navigation par boutre.

Non moins intenses sont les relations interrégionales ; le Sahara est parcouru
du nord au sud par de grandes caravanes. Certaines comptent jusqu’à
six mille — voir douze mille — chameaux, transportant denrées et produits
de tout genre. Entre les savanes soudanaises et les régions forestières plus au
sud, depuis la Casamance jusqu’au golfe du Bénin, se développe un intense
trafic à peine soupçonné par les Arabes, pour qui, au-delà des territoires de
Gao et du Mali qu’ils connaissent, il n’y a plus que des déserts. Aujourd’hui,
l’archéologie, la toponymie, la linguistique nous aident à mieux saisir ces relations
séculaires entre la savane et la forêt. Au sud de l’équateur, l’influence
musulmane sera nulle ; les échanges interrégionaux n’en seront pas moins
importants grâce aux déplacements de populations, aux nombreux contacts
pris à l’occasion des marchés ou foires.
L’Afrique connaît à cette période des échanges suivis entre régions, ce
qui explique cette unité culturelle fondamentale du continent. De nouvelles
plantes alimentaires y sont introduites, principalement à partir de l’océan
Indien ; d’une région à l’autre, des transferts de techniques s’opèrent. Pour
marquer l’originalité de l’Afrique au sud du Soudan, moins bien connue des
Arabes et de tous les autres étrangers, les auteurs des chapitres 19, 20, 21,
22 et 23 insistent sur la vie économique, sociale et politique des régions qui
s’étendent depuis les Grands Lacs jusqu’au fleuve Congo, au Zambèze et au
Limpopo, vastes régions qui n’ont presque pas subi l’influence de l’islam.
Après la vallée du haut Nil, depuis Assouan jusqu’aux sources de ce fleuve,
l’Afrique méridionale mérite une mention spéciale. Nous y reviendrons.
Outre l’or, l’Afrique exporte de l’ivoire brut ou travaillé à travers l’océan
Indien vers l’Arabie et l’Inde. L’artisanat florissant du Soudan, la riche agriculture
de la vallée du Niger alimentent ainsi le trafic transsaharien : grains,
savates, peaux, cotonnades sont exportés vers le nord, tandis que les cours
royales de Niani, de Gao, des villes comme Tombouctou, les cités hawsa
Kano et Katsina importent surtout des produits de luxe : soieries, brocart,
armes richement ornées, etc.
Le Soudan exporte également des esclaves pour les besoins des cours
maghrébines et égyptiennes (des femmes pour les harems et des hommes
pour former la garde d’apparat des sultans). Notons que les pèlerins soudanais
achètent, eux aussi, des esclaves au Caire, surtout des esclaves artistes
— des musiciens, entre autres. Certains auteurs ont exagérément gonflé les
chiffres d’esclaves partis du Soudan ou de la côte orientale pour les pays
arabes. Quelle qu’ait été l’importance numérique des Noirs en Irak, au Maroc ou au
Maghreb en général, il n’y a aucune commune mesure entre le commerce des esclaves de
la période que nous étudions et celui qui sera instauré sur les côtes atlantiques d’Afrique
par les Européens, après la découverte du Nouveau Monde, pour y développer les
plantations de canne à sucre ou de coton.
Les volumes V et VI mettront l’accent sur cette « hémorragie », appelée
la traite des Nègres.
Enfin, un fait très important à souligner, c’est le développement des
royaumes et empires entre les XIIe et XVIe siècles ; longtemps, les historiens
et chercheurs coloniaux ont voulu accréditer l’idée que les États se

sont développés au sud du Sahara grâce à l’influence des Arabes. Si, pour
la zone soudano-sahélienne l’influence arabe est incontestable — encore
que plusieurs royaumes soient nés avant l’introduction de l’islam dans la
région —, on est obligé de convenir que des États comme le royaume du
Congo, le Zimbabwe et le « Monomotapa »(Mwene Mutapa) n’ont guère
subi l’influence de l’islam. Évidemment, la vie urbaine dans les villes
maghrébines et soudano-sahéliennes est mieux connue grâce aux écrits
en arabe.
Des villes marchandes frangent les deux bords du Sahara : une classe
dynamique de commerçants et de lettrés animent la vie économique et
culturelle à Djenné, Niani, Gao, Tombouctou, Walata (« Oualata ») pour le
Soudan occidental. Au nord du Sahara, Sidjilmāsa, Le Touat, Ouargla, Marrakech,
Fez, Le Caire ; au Soudan central, dans le Kanem-Bornu, et dans les
cités hawsa telles que Zaria, Katsena et Kano, la vie culturelle et économique
n’est pas moins intense et l’on voit, sous l’influence des Wangara, des
peuples comme les Hawsa se spécialiser dans le négoce ; sur les côtes de
l’Afrique orientale, les colonies arabo-persanes, installées dans les ports dès
les IXe et Xe siècles, font de Mombasa, plus particulièrement de Sofala et de
Madagascar, des centres commerciaux actifs en relation constante avec l’Inde
et la Chine.
Cependant, sur le plan politique, le Soudan a ses institutions et ses
structures sociales propres, que l’islam de surface des cours n’entame point…
Le Berbère s’arabise très lentement. La langue arabe, dans les villes du Soudan,
est la langue des gens de lettres, gravitant autour des mosquées et de
quelques riches marchands ; il n’y a pas arabisation. Même au Maghreb, où
l’arabisation suivra de près l’imposition de l’islam, le fonds berbère restera
cependant vivace, et la langue berbère se maintient jusqu’à nos jours dans les
régions montagneuses.
L’Égypte devient le centre culturel du monde musulman, déclassant
Baghdād, Damas et les villes d’Arabie qui n’avaient plus que l’auréole du
pèlerinage. Le Maghreb et l’Andalousie vers l’ouest sont, depuis les Xe et
XIe siècles, des foyers d’un grand rayonnement culturel et, surtout, des centres
de diffusion de la sience et de la philosophic vers l’Europe. Maghrébins
et Andalous prennent une large part à la préparation en Europe d’une renaissance
des sciences et de la culture.
L’Italie du Sud n’échappera guère à cette influence musulmane ; rappelons
que c’est à la cour du roi chrétien Roger de Sicile qu’Al-Idrīsī écrira sa
fameuse Géographie, somme des connaissances sur les pays à cette époque.
Son ouvrage représentera un grand progrès ; grâce à son oeuvre, l’Italie
découvrira l’Afrique ; dès lors, les hommes d’affaires s’intéresseront à cet
Eldorado, mais l’heure de l’Europe n’a pas encore sonné.
Sur le plan politique, après le mouvement almoravide, qui fera affluer
l’or du Soudan jusqu’en Espagne, les hommes du « Ribat » s’essouffleront
assez vite, leur empire entrera en décadence au début du XIIe siècle.
Alphonse VI, roi de Castille, reprendra la riche ville de Tolède aux musulmans.
Mais, en 1086, Ibn Tashfīn ranimera un moment le flambeau almoravide ;

à la tête des troupes musulmanes comprenant un fort contingent
takrourien, il remportera une éclatante victoire sur les chrétiens à Zallaca,
où s’illustreront les guerriers noirs des forces almoravides. En Afrique
même, au Soudan et au Maghreb, le XIe siècle s’achèvera sur l’émiettement
du pouvoir des Almoravides ; les rivalités entre ḳabīla du Maghreb et du
Sahara, la résistance des provinces du Ghana après la mort d’Abū Bakr en
1087 dans le Tagant mettront un terme aux efforts des Almoravides dans
l’Afrique subsaharienne.
Le XIIe siècle s’ouvre donc, pour l’Afrique septentrionale, sur un recul
des Almoravides sur plusieurs fronts. Roger II, roi des Deux-Siciles, s’aventure
jusque sur les côtes d’Afrique et impose tribut à certains ports d’où
partent les pirates barbaresques… Mais cette hardiesse sera stoppée par le
renouveau musulman sous l’égide des Almohades au XIIe siècle et, à l’est,
en Égypte, le renouveau s’opérera sous les Ayyūbides, et singulièrement
sous les Mamelūk, aux XIIIe et XIVe siècles. Précisément, à cette époque,
les chrétiens intensifièrent le mouvement des croisades au Proche-Orient,
mais l’Égypte des Mamelūk stoppera cette expansion ; les croisés devront
se barricader dans des kraks, ou forteresses, et Jérusalem échappera à
leur contrôle. L’Égypte contiendra, au XIIIe et au XIVe siècle, le danger
chrétien pendant que ses écoles rayonneront et donneront à la civilisation
musulmane un éclat tout particulier. C’est aussi l’époque d’expansion et
d’apogée des royaumes et empires soudanais, sur lesquels il est temps de
se pencher.
Dans les chapitres 6, 7, 8, 9, et 10, des spécialistes noirs africains mettent
en lumière le rayonnement des États du Mali, du Songhoy, du Kanem-
Bornu, des royaumes mosi et dagomba à l’intérieur de la boucle du Niger.
L’étude des institutions au Mali et dans les royaumes mosi, par exemple,
révèle le fonds traditionnel africain commun. L’islam, religion d’État au Mali
et à Gao, favorisera la naissance d’une classe de lettrés ; depuis le temps du
Ghana, déjà, les Wangara (Soninke et Maninke — « Malinkés »), spécialisés
dans le trafic, animent la vie économique ; ils organisent des caravanes en
direction du Sud forestier d’où ils rapportent cola, or, huile de palme, ivoire
et bois précieux en échange de poissons fumés, de cotonnades et d’objets en
cuivre.
Les empereurs musulmans du Mali intensifieront leurs relations avec
l’Égypte au détriment du Maghreb. Au XIVe siècle, l’empire atteint son
apogée. Mais le XIIe siècle est mal connu. Fort heureusement, Al-Idrīsī,
reprenant en partie les informations données par Al-Bakrī, nous précise
l’existence des royaumes du Takrūr, du Do, du Mali et de Gao. Les traditions
du Manden, du Wagadu et du Takrūr permettent aujourd’hui d’entrevoir
la lutte opiniâtre qui a opposé les provinces issues de l’éclatement
de l’empire du Ghana.
On sait aujourd’hui, par l’étude des traditions orales, qu’entre la chute du
Ghana et l’émergence du Mali il y a l’intermède de la domination des Sosoe
(fraction soninke-manden rebelle à l’islam), qui, un moment, réalisèrent
l’unité des provinces que les kaya maghan contrôlaient ; avec le XIIIe siècle,

commence l’ascension du royaume de Melli ou Mali. Le grand conquérant
Sunjata Keita défait Sumaoro Kante (roi des Sosoe) à la fameuse bataille de
Kirina en 1235 et instaure le nouvel empire manden. Fidèle à la tradition
de ses ancêtres islamisés dès 1050, Sunjata, en rétablissant l’empire, renoue
avec les commerçants et les lettrés noirs et arabes. De 1230 à 1255, il met en
place des institutions qui marqueront pour des siècles les empires et royaumes
qui se succéderont au Soudan occidental. Le pèlerinage et le grand trafic
transsaharien raniment les pistes du Sahara.
Commerçants et pèlerins noirs se rencontrent dans les carrefours du
Caire ; des ambassades noires sont établies dans les villes du Maghreb ; des
relations culturelles et économiques s’intensifient avec le monde musulman,
singulièrement au XIVe siècle, sous le règne du fastueux Mansa Mūsā Ier et
de Mansa Sulaymān ; au Soudan central, le Kanem et le Bornu entretiennent
des relations encore plus suivies avec l’Égypte et la Libye. Les sources arabes,
les écrits locaux et les traditions orales, une fois de plus, nous éclairent
singulièrement sur ce XIVe siècle soudanais.
C’est le lieu de faire mention de certains écrivains arabes, historiens,
géographes, voyageurs et secrétaires des cours, qui nous ont laissé une excellente
documentation sur l’Afrique, notamment au XIVe siècle.
Le plus grand historien du « Moyen Âge », Ibn Khaldūn, est maghrébin
(1332 -1406). Il sera mêlé à la vie politique de son temps, aussi bien dans les
cours de Fez, de Tunis que d’Andalousie. À la suite de diverses infortunes,
il se retirera dans un « château » et entreprendra d’écrire son oeuvre historique.
Sa monumentale Histoire des Arabes, des Persans et des Berbères est l’étude
socio-historique la plus fouillée qu’on ait jamais écrite sur le Maghreb ; c’est
dans l’un des volumes de cette histoire qu’il consacre des pages célèbres
à l’empire du Mali. Nous lui devons la liste des souverains des XIIIe et
XIVe siècles jusqu’en 1390. Les prolègomènes jettent les bases de la sociologie
et mettent en lumière les principes d’une histoire scientifique, objective,
fondée sur la critique des sources.
Ibn Baṭṭūṭa, célèbre par ses voyages, est véritablement un globe-trotter
du XIVe siècle. Ses informations sur la Chine, sur les côtes orientales d’Afrique,
son compte rendu de voyage au Mali restent le modèle du genre ethnologique.
Rien n’échappe à son attention : les genres de vie, les problèmes
alimentaires, le mode de gouvernement, les coutumes des peuples sont traités
avec maîtrise et précision. C’est Ibn Baṭṭūṭa qui nous informe le mieux
sur les côtes de l’Afrique orientale, sur le commerce interrégional en Afrique
et sur l’importance du trafic dans l’océan Indien. Parlant des îles Maldives, il
écrit : « La monnaie de ces îles est le cauri. C’est un animal que l’on ramasse
dans la mer. On le met dans des fosses : sa chair disparaît et il ne reste qu’un
os blanc… On fait commerce au moyen de ces cauris sur la base de quatre
bustu pour un dinar. Il arrive que leur prix baisse au point qu’on en vende
douze bustu pour un dinar. On les vend aux habitants du Bangala (Bengale)
en échange de riz. C’est aussi la monnaie des habitants du Bilad Bangala…
Ce cauri est aussi la monnaie des Sudan [les Noirs] dans leur pays. Je l’ai vu
vendre à Melli [Niani, empire du Mali] et Gugu [Gao, capitale du Songhoy]

à raison de mille cent cinquante pour un dinar d’or. » Ce coquillage, le cauri,
sera, durant la période qui nous concerne, la monnaie de la plupart des royaumes
soudanais. On ne le trouve que dans les îles Maldives : cela permet de
mesurer l’intensité de la circulation des hommes et des biens en Afrique et
dans l’océan Indien.
Un troisième auteur, dont les informations précises sont fondées sur une
documentation filtrée, c’est Al-˓Umarī Ibn Fadl Allah, qui sera secrétaire à la
cour des Mamlūk entre 1340 et 1348. Les rois soudanais ont alors au Caire des
consulats pour l’accueil de centaines de pèlerins se rendant à La Mecque.
D’une part, Al-˓Umarī dispose des archives royales, et, d’autre part, fait
des enquêtes aussi bien auprès des Cairotes qui approchent les rois soudanais
de passage qu’auprès des Soudanais eux-mêmes. Sa Description de l’Afrique
moins l’Égypte est l’une des principales sources de l’histoire de l’Afrique
médiévale.
Enfin, citons Léon l’Africain, cet hôte du pape, qui se rendra deux fois
au Soudan au début du XVIe siècle. Ses informations sur le Soudan occidental
et central sont pour nous d’une grande importance pour cette époque où le
vent de l’histoire a tourné au profit des « blanches caravelles ».
Le déclin est total à la fin du XVIe siècle, les villes soudanaises s’étiolent
lentement.
Cinq siècles après sa disparition, Kumbi (Ghana) est identifiée et fouillée
dès 1914 : Awdaghost, la célèbre ville marchande entre Kumbi et Sidjilmāsa,
attire depuis dix ans les archéologues sur son site. Les professeurs Devisse et
Robert y ont découvert plusieurs étapes d’occupations humaines, des trésors
ont été exhumés qui attestent que l’Awker était bien le « pays de l’or ». Plus
au sud, Niani, la capitale du Mali, ville construite en banco, voit ses tumuli
quadrillés et fouillés ; la ville « médiévale », la capitale de Sunjata et de
Mansa Mūsā Ier, d’année en année, livre ses secrets. L’archéologie se révèle
de plus en plus comme la science indispensable pour arracher au sol africain
des documents plus éloquents que les textes ou que la tradition.
Il est temps de parler du reste de l’Afrique que l’islam n’a pas connu.
Nous l’avons déjà dit, l’absence de document écrit ne signifie rien ; l’Afrique
équatoriale, l’Afrique centrale et l’Afrique méridionale nous en offrent une
belle illustration avec leurs monuments de pierre, qui font penser immédiatement
à des royaumes du type « Égypte ancienne ». Ces constructions
cyclopéennes, loin de la Côte, les zimbabwe et mapungubwe, se comptent par
dizaines. OEuvres des populations bantu, ces villes fortes, ces escaliers géants
prouvent à quel point certaines techniques de construction étaient poussées,
et ce, en l’absence de toute utilisation systématique d’écriture. Nous passons
volontiers sur les multiples théories émises sur les bâtisseurs de ces monuments
de pierre, car, cela va de soi, les colonisateurs ne pouvaient admettre
que les ancêtres des Shona, des Natibete fussent les artisans de ces monuments
qui confondent l’imagination des visiteurs. Les historiens coloniaux
n’étaient pas non plus préparés à admettre que les Noirs aient pu construire
« en dur ».
Dans son Afrique avant les Blancs, Basil Davidson intitule le chapitre IX
consacré à l’Afrique centrale et méridionale, « Les bâtisseurs du Sud », c’est

une vision nouvelle des questions que pose l’histoire de l’Afrique. Il rend à
l’Afrique ce qui lui est dû, nous voulons parler du bénéfice moral de l’oeuvre
des ancêtres.
Déjà, les Portugais, abordant à la côte orientale du continent après avoir
doublé le cap de Bonne-Espérance, avaient entendu parler, à Sofala, d’un
puissant empire situé à l’intérieur des terres. Ils entrèrent même en contact
avec quelques natifs venant régulièrement sur la côte commercer avec les
Arabes. Les premiers documents portugais parlent du royaume de Benametapa.
L’une des premières descriptions de ces monuments de pierre, que
l’image a rendus familiers à tous, est due à da Goes : « Au milieu de ce pays
se trouve une forteresse construite en grandes et lourdes pierres à l’intérieur
et à l’extérieur… une construction très curieuse et bien bâtie, car, selon
ce que l’on rapporte, on ne voit aucun mortier pour lier des pierres. Dans
d’autres régions de la susdite plaine, il y a d’autres forteresses construites de
la même facon ; dans chacune desquelles le roi a des capitaines. Le roi du
Benametapa mène grand train et il est servi à genoux ployés avec une grande
déférence. »
De Barros ajoute que « les indigènes de ce pays appellent tous ces édifices
simbaoé, qui, selon leur langage, signifie « cour » parce qu’on peut dénommer
ainsi toute place où Benametapa peut se trouver, et ils disent qu’étant
propriétés royales toutes les autres demeures du roi portent ce nom ». On
pense à madugu, nom donné aux résidences des souverains du Mali.
Aujourd’hui, grâce aux travaux de nombreux chercheurs, l’Afrique
centrale et l’Afrique méridionale sont mieux connues. Les efforts conjoints
des linguistes, des archéologues et des anthropologues jettent déjà une
vive lumière sur ces monuments et sur leurs bâtisseurs. Le Zimbabwe,
le Mwene Mutapa (le Benametapa des Portugais et le Monomotapa des
modernes) sont de puissants royaumes dont l’apogée se situerait précisément
entre les XIe et XIVe siècles, donc contemporains du Ghana et du
Mali au nord. La puissance de ces royaumes est fondée sur une forte organisation
sociale et politique. Tout comme le kaya maghan, le mwene mutapa
(titre royal) a le monopole de l’or. Comme son contemporain soudanais,
il est « seigneur des métaux ». Ces régions, que couvre aujourd’hui une
partie de la République populaire de Mozambique, de la République du
Zimbabwe, de la République de Zambie et de la République du Malawi,
forment un pays riche en cuivre, en or et en fer. Selon Davidson, « on a
relevé des milliers d’anciennes exploitations minières, peut-être jusqu’à
60 000 ou 70 000 ».
La chronologie pose encore des problèmes ; ce qui est certain, à l’arrivée
des Portugais, c’est que, si le Mwene Mutapa et le Zimbabwe font
encore figure de grandes puissances, la décadence est amorcée ; elle va se
précipiter avec la rapacité, les pillages des Portugais et des autres Européens
qui les suivront. Les populations de ces régions, qui pratiquent la
culture en terrasse, ont développé une riche agriculture. Une idée se précise
: les différentes ethnies, les cultures locales relèvent du même fonds
bantu. L’ethnologie, en un sens, a rendu un très mauvais service à l’histoire,

puisqu’elle a considéré chaque ethnie comme une race distincte ;
fort heureusement, la linguistique permet de rétablir les choses. Tous ces
groupuscules nés de la tourmente de quatre siècles de traite, de chasse à
l’homme, participent du même monde bantu ; les Bantu se superposeront
à d’anciennes populations et repousseront Pygmées et autres groupes
vers les forêts inhospitalières ou vers les déserts. Les fouilles se poursuivent
en Zambie ; la jeune République du Zimbabwe ouvre un champ de
recherches qui promet beaucoup. Dans le Transvaal et ailleurs en Afrique
du Sud, on trouve des vestiges de brillantes civilisations antérieures au
XIIe siècle.
Une fois dépassé la thèse qui attribuait le Zimbabwe et le Mwene
Mutapa aux Phéniciens en renouvelant la légende dorée du « pays
d’Ophir », l’objectivité a pris le dessus chez les chercheurs. La plupart
reconnaissent aujourd’hui que les influences extérieures furent nulles.
David Randall MacIver, égyptologue qui se rendit en « Rhodésie du Sud »
(le Zimbabwe), affirma l’origine africaine des monuments ; l’archéologie
scientifique s’exprime sous sa plume : « Il n’y a aucune trace de style
oriental ou européen de quelque époque que ce soit… Le caractère des
demeures encloses dans les ruines de pierre et qui en forment partie
intégrante est africain sans erreur possible. » David Randall MacIver
poursuit : « Les arts et techniques échantillonnés par les objets trouvés
dans les habitations sont typiquement africains, sauf quand ces objets sont
des importations de dates médiévales ou post-médiévales bien connues. »
L’auteur écrivit ces lignes en 1905. Mais ces preuves archéologiques ne
désarmeront guère les tenants de la théorie « ophirienne » ; toutefois, un
quart de siècle plus tard, un autre savant, le Dr Gertrude Caton-Thompson,
rédigera un rapport, Civilisation de Zimbabwe, dans lequel elle confirmera,
écrit Basil Davidson, avec une « clarté de diamant » et avec esprit comme
avec une grande intuition archéologique, ce que MacIver avait dit avant
elle. Gertrude Caton-Thompson, dont l’ouvrage se fonde sur une étude
rigoureusement archéologique, note : « L’examen de tous les documents
existants recueillis dans chaque secteur ne peut cependant produire un
seul objet qui ne soit en accord avec la revendication d’une origine bantu
et de date médiévale. » Dans le chapitre 21, en s’appuyant sur les travaux
archéologiques, le professeur Brian Murray Fagan montre que le Zimbabwe
et les autres civilisations du Sud se sont développés bien avant le
XVIe siècle et presque à l’abri de toute influence extérieure ; du moins
celles-ci n’ont pas été d’un apport déterminant dans leur genèse.
On devine aisément ce que la plume grandiloquente d’un auteur arabe
nous aurait laissé si le Zimbabwe et le royaume du « seigneur des métaux »
avaient reçu la visite de voyageurs, de géographes tels qu’en ont bénéficié
le Ghana et le Mali… quelque chose comme : le grand Zimbabwe et
ses enceintes de pierre se dressent, énigmatiques comme les pyramides,
témoignant de la solidité et de la cohésion des institutions qui ont régi la
vie des bâtisseurs de ces monuments élevés à la gloire de leurs rois, en
somme de leurs dieux.

L’étonnement et l’émerveillement des navigateurs portugais en abordant
l’« Éthiopie occidentale », ou Afrique de l’Ouest, pour parler en termes
modernes, commenceront dès l’embouchure du fleuve Sénégal. C’est en
Sénégambie qu’ils entreront en contact avec les mansa du Mali, noueront
des relations avec les rois du Jolof ; s’informant sur les sources de l’or, ces
émules des musulmans dans les embouchures des fleuves, à bord de leurs
caravelles, commenceront par admirer l’organisation politico-administrative,
la prospérité et l’abondance des richesses du pays.
Plus ils cingleront vers le sud, plus ils se rendront compte de leur pauvreté,
et leur cupidité s’aiguisera en rabattant le sentiment de supériorité que
la foi chrétienne entretient en eux.
Avec les chapitres 12, 13, et 14, nous abordons l’étude de la côte
atlantique de la Guinée supérieure et du golfe de Guinée, c’est-à-dire
de la Sénégambie à l’embouchure du Niger. Si nos connaissances sont
encore maigres, il est cependant établi que la forêt n’a pas été un milieu
hostile à l’établissement humain, comme ont voulu le faire croire maints
africanistes ; un vaste champ de recherche est ouvert à l’investigation des
historiens et aux archéologues. Les cités du Bénin et la belle statuaire
yoruba se sont développées dans ce milieu forestier. Têtes en laiton
ou bas-reliefs des palais, beaucoup de ces oeuvres d’art, qui se trouvent
aujourd’hui au British Museum ou dans les musées de Berlin et de
Bruxelles, furent attribuées à d’hypothétiques étrangers avant que le simple
bon sens invitât à replacer ces pièces dans leur cadre socioculturel et
à reconnaître que les natifs en furent les seuls auteurs. Aujourd’hui, grâce
aux recherches archéologiques, on établit aisément le lien entre les terres
cuites du Nok (500 avant l’ère chrétienne) et les têtes de bronze du Bénin
(du Xe au XIVe siècle).
Mais que d’encre versée inutilement pour frustrer l’Afrique de son passé !
Que de crimes pour arracher au continent ses chefs-d’oeuvre artistiques !
Ce rapide tour d’horizon nous a permis de voir que plusieurs formes
d’États ont existé en Afrique. Le clan ou lignage est la forme rudimentaire
de l’État ; les membres du clan ou du lignage se reconnaissent un ancêtre
commun et vivent sous l’autorité d’un chef élu ou d’un patriarche ; la fonction
essentielle de celui-ci est de veiller à un partage équitable des revenus
du groupe, il est père nourricier, père justicier. Le clan vit sur un territoire
aux contours précis ou bien possède un domaine de parcours si ses membres
s’adonnent à l’élevage itinérant. Dans les déserts (Sahara ) ou dans les
forêts, ils disposent d’un territoire plus ou moins vaste ; ils vivent souvent
en symbiose avec les sédentaires, avec qui ils échangent le produit de leurs
activités.
Le chef de clan n’exerce pas un pouvoir discrétionnaire, mais, lorsque le
revenu du groupe s’accroît, bénéficiant du surplus, il est dispensé de travailler
de ses mains ; il arbitre les conflits qui surgissent à l’occasion du partage des
terres.
Le royaume regroupe plusieurs clans ; le roi est souvent un chef de clan
qui s’est imposé à d’autres clans ; c’est le cas du clan keita, fondateur de l’empire

du Mali, au XIIIe siècle. Le roi a autour de lui un conseil dont les membres
vivent de ses bienfaits ; le royaume occupe donc un territoire assez étendu :
chaque clan conserve cependant sa structure en terre, ses rites particuliers ; le
fait important est l’allégeance au roi, qui se traduit par le paiement d’un impôt
(souvent en nature). Chef politique, le roi a gardé, la plupart du temps, les
attributs religieux du chef de clan. Sa personne est sacrée : ce caractère sacré
apparaît très nettement chez le roi du Congo, le souverain du Monomotapa
et l’empereur du Mali — les sujets de celui-ci juraient par son nom.
Les souverains que nous appelons « empereurs » en principe ont sous
leur autorité un vaste territoire, du moins des rois jouissant d’une grande
autonomie ; l’empire almohade a couvert une bonne partie du Maghreb ; le
sultan, issu d’une ḳabīla ou clan, commande d’autres sultans qui commandent
euxmêmes des chefs de ḳabīla ou shaykh. Ainsi, l’empereur du Mali, ou
mansa, a sous son autorité douze provinces dont deux royaumes.
Roi ou empereur, le souverain est toujours entouré d’un conseil ; en
général, celui-ci tempère son pouvoir, car une « constitution » ou une « coutume
» organise toujours le pouvoir.
Nous avons déjà fait mention des cités-États qui sont, en fait, des royaumes
réduits aux dimensions d’une ville et de son proche arrière-pays ; les
cités hawsa et les cités yoruba du Bénin en sont les cas les plus typiques ;
les institutions y sont également très élaborées ; des fonctionnaires et une
aristocratie forment la cour du roi.
Les cités hawsa reconnaissaient une cité mère, Daura ; chez les Yoruba,
c’est Ife qui tenait ce rôle. La communauté de culture est le ciment qui liait
souvent ces États en guerre entre eux.
Ainsi, nous avons banni de notre vocabulaire les termes de « société
segmentaire », « société sans État », chers aux chercheurs et historiens d’une
certaine époque.
Nous avons banni aussi des termes comme « tribu », « chamite »,
« hamite », « fétichiste ». La raison est que « tribu », s’agissant de certaines
parties de l’Afrique, a pris une connotation très péjorative. Depuis les
indépendances, les conflits sociaux et les conflits politiques sont qualifiés
de « guerres tribales » — entendez : « guerres entre sauvages ». Et, pour la
circonstance, on a créé le mot « tribalisme ». « Tribu » désignait à l’origine un
groupe socioculturel ; aujourd’hui, appliqué à l’Afrique, il signifie formation
« primitive » ou « rétrograde ». Le mot « fétichisme » n’a pas une acceptation
moins péjorative ; les africanistes l’emploient pour désigner la religion traditionnelle
africaine ; il est synonyme de « charlatanisme », de « religion des
sauvages ». « Animisme », pour désigner la religion traditionnelle de l’Afrique,
comporte également une charge négative. Plutôt que d’« animisme » ou de
« fétichisme », nous parlerons de religion traditionnelle africaine.
Le mot « chamite » ou « hamite » a une longue histoire. On a désigné par
ce terme des peuples pasteurs blancs — ou supposés tels — « porteurs de
civilisation ». Ces hypothétiques pasteurs, dont personne n’a jamais cerné la
réalité ou l’historicité, auraient nomadisé à travers le continent, apportant ici
et là la culture et la civilisation aux agriculteurs noirs. Le plus curieux, c’est

que le mot « chamite » dérive de Cham (nom de l’ancêtre des Noirs, selon la
Bible). Que ce mot finisse par désigner un peuple blanc, voilà qui ne cesse
d’intriguer. En fait, il ne s’agit rien de moins que d’une des plus grandes
mystifications de l’histoire. Les historiens coloniaux posaient pour principe
la supériorité des éleveurs sur les agriculteurs, affirmation gratuite, s’il en fut.
Hélas ! le colonialisme, exarcerbant les oppositions entre clans, entre agriculteurs
et éleveurs, laissa au Rwanda et au Burundi par exemple, à l’heure
des indépendances, une véritable poudrière ; les luttes entre les Batutsi et les
Bahima (Bahutu), les persécutions et les événements sanglants des années
1962 -1963 sont à mettre au compte des colonialistes belges qui, pendant plus
d’un demi-siècle, soufflèrent sur le feu de la discorde entre les clans de leurs
« colonies », entre éleveurs dits « chamites » et agriculteurs « noirs ».
Décoloniser l’histoire, c’est précisément abattre les fausses théories, tous
les préjugés montés par le colonialisme pour mieux asseoir le système de
domination, d’exploitation et justifier la politique d’intervention. Ces théories
pseudo-scientifiques sont encore véhiculées dans maints ouvrages… et
même dans les manuels scolaires de nos écoles. Il était important d’apporter
ici quelques précisions.

 

 

Le Maghreb : l’unification
sous les Almohades
Omar Saidi

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Pour Nasrin Sotoudeh


par Lotfi Hadjiat

Human rights activist Nasrin Sotoudeh sentenced to 148 lashes and 33 years in jail - reports

Les philosophes ont toujours cherché à interroger les limites de la recherche de vérité. Je ne détiens pas la vérité mais je me pose des questions. En particulier celle-ci : pourquoi la sourate de l’Evénement distingue le noble Coran gardé au Ciel, que seuls des purifiés peuvent toucher, du Coran terrestre que des souillés peuvent toucher à leur guise ?…
.
Si je comprend bien, les hommes n’ont finalement entre leurs mains que le Coran terrestre mit par écrit par des hommes, que Dieu a créés faillibles… Si cette sourate précise que la version céleste du message divin est parfaitement pure et bien gardée par des anges, cela laisse entendre que la version terrestre est moins pure car moins bien gardée, puisque gardée par des hommes faillibles, créés faillibles. La parole divine ne fait pas de distinction sans raison. Cette distinction entre le Coran céleste et le Coran terrestre veut nécessairement dire que la version terrestre n’est pas rigoureusement identique à la version céleste. Car si ces deux versions étaient rigoureusement identiques l’auteur divin n’aurait pas « pris la peine » de faire cette distinction à l’adresse des hommes. Et si l’auteur n’était pas divin, il n’aurait évidemment pas fait cette distinction qui l’aurait complètement discrédité.
.
La version terrestre a donc fatalement été humainement altérée en comparaison de la version céleste inaltérable. Lorsque le Coran met en garde ceux qui traitent ce texte de mensonges, il s’agit du texte céleste, pas du texte terrestre. Tout ceci est éminemment logique et cohérent. Il y a au moins un indice qui laisse à penser que la version terrestre a été humainement altérée : la sourate 9 ne s’ouvre pas par la formule qui ouvre pourtant toutes les sourates, « Au nom du Dieu clément et miséricordieux ». Cette sourate n’a donc manifestement pas été transmise au nom de Dieu, et comble de l’ironie, elle s’intitule sourate du Désaveu ! Dieu a décidément beaucoup d’humour. Finalement, le Coran terrestre est une épreuve pour les musulmans, car ceux dont la foi a touché le cœur aspireront à lire sa version céleste et ceux dont le cœur n’a pas été touché n’y aspireront pas, ils aspireront plutôt à plaire à la communauté, au calife local, ou à Erdogan, ou à tout autre tyran promis à l’Enfer, comme tous les tyrans, ce genre de tyran qui nous empêchent de réfléchir, de « méditer le sens des versets » (comme le disent pourtant de nombreuses sourates), et qui ferment finalement les portes de la foi du cœur et de l’esprit aux chercheurs de vérité, en défendant la version terrestre de manière brutale, sanglante, inhumaine, barbare…
.
Le problème c’est que cette tyrannie s’est répandue parmi les musulmans, et plus tôt qu’on ne le pense, bien avant les Saoud. Les livres d’Averroes, père fondateur de la pensée laïque, ne furent brûlés en place publique que par des « musulmans » qui se paraient de tous les honneurs et de toutes les vertus… Et comme rien n’échappe à la grande loi du déclin, cette tyrannie n’est allée qu’en s’accentuant, surtout ces dernières décennies (et pas seulement chez les Saoud), au point de condamner, en 2019, à 38 ans de prisons et 148 coups de fouet une avocate iranienne, Nasrin Sotoudeh, qui contestait le port obligatoire du foulard ! Et pourquoi pas mille ans de prison et dix-mille coups de fouet. La justice a pour but de lutter contre la tyrannie, pas de la promouvoir ; la promouvoir est l’œuvre de Satan. Surtout que dans le Coran le foulard est recommandé, pas obligatoire, car « nulle contrainte en religion » comme le dit ce texte… effectivement, il n’y a pas religion sans jugement moral, et il n’y a pas jugement moral sans responsabilité morale, et il n’y a évidemment pas de responsabilité morale sans liberté, liberté de choisir entre commettre l’injustice ou ne pas la commettre… la contrainte anéantit toute idée de religion, qui n’est et ne devrait être qu’enseignements et recommandations… Cette condamnation de Nasrin Sotoudeh est d’autant plus ahurissante que l’Iran siège à l’ONU au Comité pour la condition des femmes, démontrant ainsi de manière irréfutable la tartufferie et le fourvoiement de l’islam sur Terre. Et toute la violence de certains « musulmans » pour masquer ce fourvoiement ne réussira au contraire qu’à le confirmer.
.
Mais il reste encore une question à laquelle il faudra répondre un jour : quelle est l’ampleur de cette altération du texte dans la version terrestre ? La réponse arrivera sans doute le jour de… l’Evénement, de l’avènement de la vérité… de la rencontre foudroyante de l’être divin et de l’homme. Foudroyante d’amour pour les uns et foudroyante de justice pour les autres.

Réaction de Pierre Dortiguier à mon article, « Pour Nasrin Sotoudeh »

Le Noble Koran aux yeux de la philosophie, par Pierre Dortiguier.

Nous avons publié ailleurs un éloge de l’islamisme, comme on disait jadis, par Voltaire dans son Essai sur les Moeurs et l’Esprit des Nations, et cet auteur censuré récemment par les éditeurs français de son Dictionnaire philosophique, devient ignoré d’une jeunesse qui ne lit plus même Corneille par le poids d’une idéologie antiaristocratique et niveleuse dans la médiocrité. Le mérite de ce  philosophe est de s’en tenir à ce qui est dit ou pratiqué et non à l’opinion sur une religion à laquelle on ôte la raison pour en faire le socle de quelque autorité despotique ou influence matérielle.

Je sais que Voltaire n’est pas plus aimé que l’islamisme, terme qui n’est pas, faut-il y insister, récent et était pris, à l’âge de l’exercice des lumières naturelles (terme théologique, s’il en fût)  dans le même sens que le christianisme, à parler religion, mais les deux ne sont  non plus véritablement lus ou étudiés  avec attention; c’est le cas de dire que ce qui est bien connu, parce qu’il est trop vulgarisé, n’est pour cette raison même, pas assez reconnu ! Le lycéen d’autrefois eût su attribuer à  Hegel (1770-1831) l’éclat et la vérité de la formule. Un propos voltairien heureux tiré de sa philosophie de l’histoire – expression forgée par lui – avertit de brûler tout ce qui nous a été dit des Musulmans à ce jour ; et l’on pourrait appliquer, comme s’y livre mon jeune collègue Lotfi Hadjiat, cela aux formes, aux opinions et aux certitudes historiques présentées sous ce vocable d’islamisme ou de religion attenante. Que doit-on brûler, sinon ce que nous tenons pour vrai sans l’avoir éprouvé, ni surtout l’avoir lu ! Le grand Bossuet, qui était un orateur sacré et philosophe cartésien, a ouvert la voie à la critique saine, contre les illusionnistes ou les insensés, voire les hypocrites abusant de la faiblesse humaines, ou les délirants, en écrivant ce qui résumerait bien l’effort philosophique authentique de mon collègue, « Le plus grand dérèglement de l’esprit est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient et non parce que qu’on a vu qu’elles sont en effet » (Traité sur la connaissance de Dieu et de soi-même).

Mais objectera-t-on, la Foi n’est pas soumise à la raison : chez certains hallucinés, en effet, qui  ne possèdent tout au plus, sous un vernis de religion, qu’un statut politique, car pourrait-on accorder par exemple, à un Moïse le mérite d’avoir enseigné une religion à un peuple obscur et connu cependant pour être un  négateur constant de l’immortalité de l’âme, dogme en effet exigé par la morale ? Le mérite de Lotfi Hadjiat, qui lui donne bien malgré lui un parfum d’hérésie, situation permanente de ceux qui exercent leur pensée non pour vomir mais au contraire assimiler des dogmes pour la santé de l’âme, est d’avoir montré que la pureté est dans la réflexion et non dans l’habit qui n’a jamais fait le vrai solitaire, j’entends cette âme ou partie sublime d’elle  qui est seule avec Dieu, alors que le monde s’embourbe dans le devenir des passions les plus sensuelles. Notre collègue mériterait le titre que Platon, en quelque temps qu’on le situe, accordait à son successeur Aristote, d’être un « liseur ». Ici, sous l’empire de la mode, à savoir de l’apparence séductrice et orgueilleuse de fait, l’islamisme est affaire d’abord, une fois les professions de foi entendues, de vêtement,  de singularités qui restent superficielles si elles ne sont reliées à la pensée, à l’entretien continu et silencieux de l’âme avec elle-même. La formule est platonicienne, mais est la poursuite de l’effort entrepris bien avant lui, et qu’il relayait car elle vient d’en deça les apparences, et éblouit le regard de ceux qui sortent trop vite de la caverne !

A quoi s’adonne le vulgaire ? « A découper les ombres », tout comme les sophistes et les discutailleurs, les sectaires voulant séduire ou enthousiasmer en restant dans le monde « trop matériel », selon le bon mot français du baron saxon Leibniz, alors qu’il s’agit d’aller au-delà de la substance, là où est l’être, en toute majesté et puissance. Dans le premier cas, nous sommes dans le monde des apparences fluctuantes, des demi-vérités, des vices déguisés en vertus, dans le second nous cherchons une position ferme dans ce que l’on a si bien qualifié de firmament, ou ciel des fixes, auprès de Dieu, dans l’éternité arrachée au temps et non sa prolongation sensuelle. Il y a une simplicité de l’argumentation de Lotfi Hadjiat incomprise des semi-habiles et qui devrait balayer tous les fanatismes ennemis de la vraie religion, qui est dans un monde intelligible, non sensuel, celui que la tradition philosophique reposant sur le coeur, entend par le Koran intelligible, confié aux Anges et qui ne peut être que dans ce firmament, dont le monde est le reflet boueux. Il y a de même une forme pure, un archétype qui n’est point un  objet, mais une source qui est atteinte après les différentes morts jalonnant l’existence jusqu’au terme fixé : ce que la sagesse chrétienne dont l’Islam hérite, entendait par la vision dans un miroir trouble (« per speculum et in enigmate »), à laquelle succédera un face à face.

Tout le reste est incertain. Mais que l’on ferme par des agitations aussi suspectes que tyranniques, c’est-à-dire incapables de fixer intellectuellement un objet, la vision de ce Koran sublime par des disputes sur des mots accordés à la faiblesse et aux vilaines passions de « ce  » monde dans lequel nos vertus ne sont le plus souvent que des vices affaiblis, toute confusion des deux empires matériels ou périssables et intellectuels ou éternels, arrachés au temps destructeur et illusionniste, ne peut qu’aboutir à une autodestruction. C’est ce vers quoi s’achemine l’humanité, sur une nef des fous, et « le liseur » Lotfi Hadjiat que nous accompagnâmes à Bouira pour une conférence où il fit triompher le socratisme des maîtres grecs et les pré-socratiques, non pas polythéistes, comme on les calomnie, mais attachés à l’unité invisible sous jacente au fond de tout, à parler grec, rencontre des obstacles, chez ceux qui ne veulent entendre que leurs basses passions dont ils habillent leur foi sectaire et séductrice des faibles.

Qu’ a pensé, en Europe, la grande philosophie du Noble Koran ? Une phrase d’Arthur Schopenhauer, une seule, résume toute la querelle qui sera faite à Lotfi Hadjiat. Le natif de Dantzig ressentait, avec la franchise allemande qui est l’expression d’une sensibilité directe ou d’un attrait spontané de l’intuition, que la lecture du Livre ne satisfaisait point son besoin métaphysique d’aller au delà des apparences ou de réduire les illusions permanentes du vouloir-vivre, mais, précisait-il, avec le scrupule propre au naturel philosophe, « peut-être a-t-il été mal traduit ». Ce qui arrive quand on prend les hommes pour des anges !

Pierre Dortiguier

La beauté des maths


bostani.com

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Absolutely  amazing! 
Absolument ahurissant !

Beauty of Math!  
La Beauté des Maths 
1 x 8 + 1 =  9
12 x 8 + 2 =  98
123 x 8 + 3 =  987
1234 x 8 + 4 = 9876  
12345 x 8 + 5 =  98765
123456 x 8 + 6 = 987654  
1234567 x 8 + 7 =  9876543
12345678 x 8 + 8 = 98765432  
123456789 x 8 + 9 =  987654321

1 x 9 + 2 =  11
12 x 9 + 3 =  111
123 x 9 + 4 = 1111  
1234 x 9 + 5 =  11111
12345 x 9 + 6 = 111111  
123456 x 9 + 7 =  1111111
1234567 x 9 + 8 = 11111111  
12345678 x 9 + 9 =  111111111
123456789 x 9 +10= 1111111111  

9 x 9 + 7 =  88
98 x 9 + 6 = 888  
987 x 9 + 5 =  8888
9876 x 9 + 4 = 88888  
98765 x 9 + 3 =  888888
987654 x 9 + 2 = 8888888  
9876543 x 9 + 1 =  88888888
98765432 x 9 + 0 = 888888888  

Brilliant, isn’t  it?
Brillant, n’est-ce pas

And look at this symmetry:

Et Regardez cette symétrie

 
1 x 1 = 1
11 x 11 = 121  
111 x 111 = 12321
1111 x 1111 = 1234321  
11111 x 11111 = 123454321
111111 x 111111 = 12345654321  
1111111 x 1111111 = 1234567654321
11111111 x 11111111 = 123456787654321
111111111 x  111111111 = 12345678987654321

Now, take a look at  this…
Maintenant regardez ceci…


101%

From a strictly mathematical  viewpoint:

Du point de vue strictement mathématique

What Equals 100%? What does it  mean to give MORE than 100%?  

Qu’est-ce qui est égal à 100% ? Que peut bien signifier le plus de 100% ?


Ever wonder about those people who say they are  giving more than 100%?

Est-on toujours étonné des gens qui disent donner plus de 100%?

 

We have all been in situations  where someone wants you to GIVE  OVER
100%.  
Nous avons tous été en situation oÙ quelqu’un veut que nous donnions plus de 100%

How about  ACHIEVING 101%?

           Que dire de réaliser le 101%


What equals 100% in life?

Qu’est-ce qui est égal à 100% dans la vie ?

Here’s a little mathematical formula that might  help answer these
questions:
ci-dessous une petite formule mathématique qui pourrait aider à trouver la réponse à ces questions :

If:
Si :
A B C D E F G H I J K L M N O P Q  R S T U V W X Y Z

Is represented  as:
Est représenté comme :
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20  21 22 23 24 25 26.

If:
Si:

H-A-R-D-W-O-R-  K (travail dur)
8+1+18+4+23+15+18+11 =  98%

And:
Et:
K-N-O-W-L-E-D-G-E (le savoir)
11+14+15+23+12+5+4+7+5 =  96%  

But:
mais que:
A-T-T-I-T-U-D-E
1+20+20+9+20+21+4+5 =  100%

THEN, look how far the love of God will take  you:
Voyez donc combien loin l’amour de Dieu peut vous amener: 

L-O-V-E-O-F-G-O-D (amour de Dieu)
12+15+22+5+15+6+7+15+4 =  101%

Therefore, one can conclude with mathematical  certainty that:
C’est pourquoi, on peut conclure avec une rigueur mathématique que:

While Hard Work and Knowledge will  get you close, and Attitude will  

get you there, It’s the Love of God that will put  you over the  top!

Alors que le travail dur et le savoir vous rapprocheront (du sommet) et que l’attitude vous y conduira, c’est l’amour de Dieu vous placera

au-dessus du sommet.

 

Les zouaves, parlons-en !


via site source : lematindalgerie.com

Modifier par : marevuedepressedz.com

+ Modifs perso…

Introduction

Force nous est donnée ces temps-ci de constater que dès que les propagandistes anti-Kabyles découvrent un mot en lien avec l’histoire ou la culture kabyles, ils se lancent dans son exploitation malicieuse et manipulatrice espérant asséner ainsi un coup à la Kabylie.

Résultat de recherche d'images pour "amazigh"  LIBERTÉ


 

 

C’est ainsi que récemment, dans le cadre de la campagne anti-kabyle, certains arabo-islamistes, incultes, ne pouvant digérer la visibilité des Kabyles et les couleurs kabylo-amazighes dans les manifestations, nous ont sorti du placard le mot « zouave » et prennent un raccourci en créant une confusion entre l’origine du mot et le mot adopté plus tard par les Français pour nommer les bataillons composés « d’indigènes ».

Nous ne pouvons extraire des mots et des faits de leur contexte pour leur donner une orientation que l’on veut en fonction des aspirations idéologique. La réalité et le contexte historiques que nous allons reprendre ici vont surprendre plus d’un et feront regretter aux auteurs de ces raccourcis de l’avoir évoqué. Il est regrettable que seulement une poignée d’Algériens arabophones aient pu échapper à l’endoctrinement idéologique arabo-islamique ayant pris conscience de leur vraie identité amazighe et percevant dans le combat des Kabyles leur propre salut identitaire. Il n’en est malheureusement pas ainsi de la masse, bonne à être manipulée et dressée contre les Kabyles. Mais ces derniers resteront zen car confiants dans le combat qu’ils mènent, ayant à l’esprit que la vérité historique finit toujours par triompher.

Dans ce qui suit, je rappelle d’abord l’origine et l’usage du mot zwawa chez les populations arabophones. Avant d’évoquer la forme francisée de ce vocable en zouave, je rappellerai d’abord que le nom Algérie est lui-même une création française et non pas la Francisation de l’appellation arabe Al-Djazair lequel, au début, désignait la ville et la régence d’Alger plutôt que l’Algérie. Ce contexte va permettre de saisir l’évidence selon laquelle les Zouaves des français étaient essentiellement des éléments arabophones puisés en dehors de la Kabylie et non pas des Kabyles comme certains charlatans essaient de nous le faire croire en usant de raccourcis qui sont loin d’être innocents.

Le mot Zwawa

Le nom Zwawa fut rapporté par les chroniqueurs, historiens ou voyageurs de langue arabe tel qu’Ibn Hawqel (en 988), Ibn Khalikan (1274), Ibn battuta (1356) et Ibn Khaldoun (1406). Le mot est une déformation du nom d’une confédération kabyle Igawawen (pluriel de Agawaw), une confédération de villages dans le versant est de la Kabylie occidentale et dont la limite territoriale allait jusqu’aux alentours de Bougie (selon Ibn Khaldoun). Ce terme fut par la suite généralisée chez les populations arabophones pour désigner tous les Kabyles. Il est évident qu’Ibn Khaldun n’avait pas réussi à délimiter de façon précise le territoire de cette confédération et sa classification recèle un degré de confusion assez élevé.

Les Igawawen étaient d’abord recrutés au 9ème siècle par les Kabyles Ikettamen (Kutama en arabe), habitant la région de la Kabylie orientale, pour soutenir la dynastie des Fatimides contre les Aghlabides, une dynastie installée à la frontière de la Kabylie par les Abbassides. Le recrutement des Igawawen par Ikettamen s’expliquent donc par la proximité géographique des deux confédérations. Rappelons ici que les Kabyles Ikettamen (kutama) constituaient le pilier de l’armée aghlabide et conquirent même l’Égypte en 969 où ils fondèrent le Caire (al-Qahira), selon Ibn Khaldun, et d’où ils partaient en expédition contre Damas, la capitale du califat abbasside.

Plus tard, le mot zwawa fut adopté par les Turcs dès le 16ème  siècle en référence aux soldats qu’ils recrutaient au sein de la même confédération en Kabylie pour combattre les Espagnols. Le recrutement turc en Kabylie recelait une signification politique en ce sens que la Kabylie n’était pas soumise aux Turcs et elle jouissait de son indépendance. Les Turcs ne sont jamais parvenus à soumettre la Kabylie contrairement aux autres régions comme Alger, devenue régence (Dar Es-soltan) sous l’autorité du dey, ainsi que les trois beylicats, à savoir le beylik de l’est (région de Constantine), le beylik de l’ouest (région de l’Oranie et de Médéa) et le beylik de Titteri (région de Médéa). Les trois beylicats étaient sous l’influence du dey d’Alger à qui ils étaient redevables en termes d’impôts, mais la Kabylie n’était ni un beylicat, ni soumise à l’influence du dey d’Alger. Malgré les multiples tentatives de la conquérir, la Kabylie est restée indépendante. Elle l’était encore à l’arrivée des Français et le restera jusqu’à la défaite de Fadhma n Soumer 1857 et surtout l’échec de la révolte de 1871 à laquelle avaient appelé Ccix Amoqran et Ccix Aheddad.

Fichier:Chérif Boubaghla and Lalla Fatma n'Soumer, by Félix Philippoteaux.jpg

Portraits présumés du Chérif Boubaghla et de Lalla Fatma n’Soumer conduisant l’armée révolutionnaire kabyle, signée F. Philippoteaux (1866)

Portrait de Lalla Fatma N’Soumer signée F. Philippoteaux (1866) à gauche

La France et le nom Algérie

Pour convoquer le contexte, rappelons d’emblée que le mot Algérie fut créé par la France en ajoutant le suffixe –ie au nom d’Alger, conformément aux règles de dérivation de la langue française. Il fut officiellement adopté le 14 octobre 1839 par le ministre de la Guerre de l’époque en charge de l’Algérie, Antoine Virgile Schneider. Le nom Alger était la traduction du mot Zzayer qui renvoyait au beylicat, la ville d’Alger actuelle et ses environs et non pas le pays Algérie tel que nous le connaissons aujourd’hui.

L’origine du nom Zzayer est controversé et sa forme en arabe avec l’article défini Al-Djazair est le résultat d’un procédé d’arabisation du nom Zzayer et ne résulte pas du lexème arabe signifiant « les îles » comme l’historiographie officielle algérienne veut nous le faire croire. Ce territoire ne constitue pas une île, encore moins plusieurs îles, et toutes les hypothèses voulant nous forcer à en voir deviennent une forme de corruption.

Remarquons au passage que ce procédé idéologique consistant à arabiser des toponymes pour corrompre et falsifier l’histoire existe encore aujourd’hui comme en témoigne la toponymie algérienne en kabylie faisant de Imcheddalen « Mched-Allah », de Amechras « Mecht-al-ras » et de Iwadhiyen « Oued-Hiyas » en détournant la forme francisée « les Ouadhias.

L’Algérie en tant que pays unifié tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existait pas à l’arrivée des Français. Il existait en revanche une régence (Dar Es-soltan) qui comprenait la ville d’Alger et ses environs, sous l’autorité du dey (dey Hussein) et les 3 beylicats distincts, mentionnés plus haut, la Kabylie en tant que pays indépendant et des communautés autonomes dans les Hauts Plateaux et le Sahara.

La question de la dénomination de tout ce vaste territoire n’a été posée qu’à l’arrivée des Français lorsqu’ils ont opéré un changement au niveau de leur objectif et lorsque leur visée de soumettre et de dominer tout cet espace était devenue claire; la Kabylie ne faisait pas encore partie de cette visée et nous y reviendrons. Il convient aussi de rappeler que le plan initial des Français au début ne consistait pas à conquérir tout le territoire mais seulement à occuper les côtes afin de mettre fin à la piraterie des Corsaires et des pirates des régences turques en Méditerranée. Or, pour ce faire, il fallait que les Français imposent un traité au dey d’Alger. Pour imposer un tel traité, il fallait que le dey capitule, ce qui arriva le 5 juillet 1830, comme le proclama le commandant en chef français Bourmont, le 6 juillet 1830 dans son quartier général de La Casbah « vingt jours ont suffi pour la destruction de cet État dont l’existence fatiguait l’Europe depuis trois siècles. »

Les Français ont gardé les mêmes structures de gouvernance et militaires que celles utilisées par les Turcs comme en témoignent d’ailleurs les noms de fonctions Agha, bachagha, qayed, etc. que les Français adoptèrent pendant toute la période coloniale.

Les Zouaves des Français n’étaient pas kabyles mais arabophones

Le dey s’étant rendu et ayant accepté les conditions de capitulation qui lui assuraient une belle vie avec sa famille, à condition de quitter Alger, ses soldats se sont rendus avec armes et bagages et les Français ont commencé à recruter des soldats indigènes immédiatement pour former deux sortes de bataillons qu’ils appelaient zouaves et spahis. Le premier bataillon zouave ayant servi l’armée française fut formé par le général Clauzel dès 1831. D’autres bataillons seront formés dès novembre 1831 sous les noms de « Chasseurs indigènes » et « chasseurs d’Afrique ». Or, à cette époque-là, non seulement les Français ne s’étaient pas encore aventurés en Kabylie, mais ils n’avaient nullement l’intention d’occuper ce territoire qu’ils considéraient dangereux. La Kabylie ne sera conquise qu’après avoir vaincu la résistance organisée par Lalla Fadma n Soumer lors de la bataille d’Icerriden de 1857 et, surtout, après avoir réprimé la révolte à laquelle avaient appelé Ccix Ameqran et Cix Aheddad en 1871. Les Français avaient déjà commencé à recruter des soldats parmi les « indigènes », les populations arabophones, alors que la Kabylie n’étaient pas encore conquise, tandis qu’Abdelkader lui-même se résigna à l’occupation française en signant le traité de Tifna en 1837, avant de se rendre définitivement en 1847 à l’armée française pour devenir l’un des meilleurs amis de la France.

marevuedepressedz.com-stele-a-leffigie-du-janissaire-barbe-rousse-lalgerie-le-premier-pays-de-lhistoire-a-honorer-son-colonisateur

Par ordonnance du 7 décembre 1841, les régiments zouaves n’étaient composés que de soldats d’origine française. À partir de là, les indigènes formaient alors des bataillons de tirailleurs seulement. Dès 1852, Napoléon III décida de rétablir les régiments zouaves composés d’indigènes. C’est ainsi que fut levé à Blida, le 1er canton le 13 février 1852, suivi du 2ème canton levé à Oran et le 3ème à Constantine. Pendant tout ce temps, la Kabylie n’était pas encore conquise. C’était sur ces régiments que l’armée de Napoléon III s’appuiera lors de ses expéditions en Kabylie entre 1854 et 1957 avant de venir à bout de la résistance menée par notre héroïne Lalla fadhma n Soumer.

Il est un fait connu que Napoléon III voulut créer un grand royaume arabe dans le cadre de l’empire français, et c’est ce qui va valoir plus tard la sympathie à la France des membres de l’association des Oulamas dont Ben Badis et Bachir Brahimi (le père de Taleb Ibrahimi qui fut plusieurs fois ministres sous Boumediene et Chadli et que Gaid Salah veut réactiver aujourd’hui). Avons-nous besoin de rappeler que l’Association des Oulamas était contre l’indépendance de l’Algérie et prêchait la mixité entre les peuples algériens et la France (Al-indimadj).

Conclusion

Pour conclure, les soldats zouaves dont s’était servie l’armée françaises n’étaient pas kabyles des soldats arabophones et c’était avec l’appui de ces soldats que la France a vaincu la résistance de Fadhma n Soumer lors de la bataille d’Icerriden en 1857 et la révolte de Moqrani et Ccix Aheddad en 1871. D’ailleurs, c’était en bon ami de la France qu’Abdelkader, rendu en 1847, condamna la révolte kabyle de 1871 contre la France en ces termes : « Je dénonce cette insurrection contre la justice, contre la volonté de Dieu et la mienne. Nous prions le tout puissant de punir les traitres et de confondre les ennemis de la France ».

Les faits historiques parlent d’eux-mêmes; ni les fantasmes des arabo-islamistes ni le charlatanisme, produit de l’école algérienne, ne  réussiront à les altérer.


Pour finir, il est peut être utile de mentionner ici cette liste des unités zouaves avant la conquête de la Kabylie.
Unités de zouaves
  • 1830 : création du Corps de Zouaves, en Algérie, à deux bataillons
  • décembre 1832 : fusion en un seul bataillon à 12 compagnies (8 compagnies d’indigènes, 4 de Français)
  • 1835 : dédoublement du bataillon ; les deux bataillons ont 6 compagnies (4 indigènes, 2 françaises)
  • 20 mars 1837 : création du 3e bataillon
  • août 1837 : un régiment de marche est formé temporairement, pour la deuxième expédition de Constantine ; c’est le premier régiment de zouaves
  • 1841 : création du régiment de zouaves, par la fusion des trois bataillons (désormais à neuf compagnies), plus une compagnie hors-rang
  • 1852 : chaque bataillon forme un nouveau régiment (un par département algérien). Création du 1er régiment de zouaves, cantonné à Alger
  • 1870 : dans la guerre franco-prussienne, les trois premiers régiment de zouaves forment des régiments de marche ; le 1er régiment de marche de zouaves intègre la 1re division du général Ducrot, au sein du 1er corps du maréchal de Mac-Mahon.
  • octobre 1870 : reconstitution du 1er régiment de marche de zouaves par le gouvernement de défense nationale. Le 1er régiment de marche de zouaves est interné en Suisse.

Auteur : Karim Achab, Ph.D en linguistique.

 

APPARTÉ : PIRATERIE

nacerboudjou.over-blog.com

Aroudj Barberousse fut le premier à avoir inauguré l’ordre des grands pirates barbaresques (1473- 1518). Fils d’un potier grec, chrétien de Mytilène, il se convertit à  l’islam et travailla pour le compte du sultan de Constantinople. Puis il devint pirate indépendant en choisissant Tunis comme port d’attache. Il lutta contre Ferdinand V d’Aragon et Charles Quint. C’est au cours d’une expédition dirigée par le marquis de Comores, gouverneur espagnol de la ville d’Oran (Algérie), que Aroudj Barberousse périt.

 

L’ère des pirates Barbaresques

Son frère, Khair-eddine Barberousse(1476-1546), lui succéda. Il fut le véritable génie de la piraterie depuis son avènement en mer Méditerranée. Le sultan de Constantinople le nomma gouverneur d’Alger. Quelques années plus tard il obtint le titre de “ Grand Amiral de toutes les flottes ottomanes ”. Il regroupa sous ses ordres plusieurs pirates célèbres : Draguât, Sinan, “ juif de Smyrne ”, Aydin Hassan, renégat  de Sardaigne qui, enlevé tout enfant de son village natal par des renégats, fut l’un des défenseurs de la régence en 1541. Khair-eddine avait plus d’une centaine de navires, dont plus de 60 galères, construits selon sa conception propre. Il prit le poste d’ambassadeur de Soliman auprès du roi de France, François Ier, à Marseille, et il finit le reste de ses jours à Constantinople. On raconte que « pendant bien des années après sa mort, pas un navire turc ne quitta la Corne d’or sans une prière et un salut au plus grand des marins turcs et au plus puissant des pirates de la Méditerranée ».

 

Gabriel Garcia Marquez et la solitude de l’homme arabe


comptoir.org

Gabriel Garcia Marquez recevant le prix Nobel en 1982 avec l’habit traditionnel Liqui Liqui

PAR 

Chef d’œuvre de la littérature latino-américaine « Cent ans de solitude », publié en 1967, retrace l’épopée de la dynastie Buendia et de son patriarche José Arcadio Buendia, fondateur de la ville imaginaire de Macondo. Chronique sur la tragédie humaine, le roman dresse un miroir à toute société guettée par la déchéance.
L’égoïsme et l’absence de toute conscience politique naissent de l’atomisation de la société, qui elle-même résulte de la dispersion et des déracinements causés par les guerres ou les invasions. Macondo est un village isolé du monde géographique tandis que le monde arabe est symboliquement isolé du monde puisqu’il n’est plus capable d’exprimer l’universel. Au-delà de l’isolement du village, c’est la solitude qui touche les héros du roman, traversant la fondation et la chute de Macondo entre gloires et désastres. Marqué par le réalisme magique latino-américain, l’histoire de cette illustre famille de pionniers est une chronique universelle d’un microcosme isolé du reste du monde dont les mythes révèlent ce qu’il y a de tragique chez l’être humain. L’aspect fictif du décor n’a pas empêché le romancier de délivrer au lecteur des réalités sensibles très profondes.Dans un de ces derniers tweet la plateforme de vidéos en ligne Netflix a annoncé l’adaptation en série télévisée de Cent ans de solitude de l’écrivain colombien – prix Nobel de littérature – Gabriel Garcia Marquez. Ce chef-d’œuvre retrace l’épopée du village Macondo de sa fondation jusqu’à son déclin en passant par ses années de grandeur et de crises. Un fort sentiment de tristesse entoure le roman, nourri par le thème dominant de la solitude. Paradoxalement, ce récit, qui se déroule dans les forêts colombiennes, semble également parler pour le monde arabe. Cent ans de solitude aurait en effet pu être écrit par un écrivain arabe contemporain tant l’aliénation et le déracinement qui touche les personnages est commun aux deux peuples. Au-delà du fait colonial qui a créé une dure réalité de dépendance et de sous-développement, les illusions idéologiques qui hantent les personnages de Garcia Marquez ne sont pas si différentes de celles qui impactent négativement les conditions sociales du monde arabe.

L’homme déchu

La communauté dont il est question a beau n’avoir rien à voir avec le monde arabe, Garcia Marquez renvoie à une réalité arabe tout en parlant d’un autre continent. Il dessine, d’une façon très originale, le destin d’une communauté de sa gloire à sa chute en passant par les tentatives de renaissance avortées. C’est ce que nos aïeux, portés par tant d’espoirs, ont tenté de faire après l’indépendance qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, sans réussir et à notre grand dam. C’est peut-être là justement la force d’un grand roman : il permet de parler à tout le monde d’une réalité très particulière. D’une manière très poétique, il laisse une impression de désolation et d’empathie que toute personne qui suit de près ou de loin la réalité arabe a dû ressentir au moins une fois dans sa vie.

« On t’oubliera, comme si tu n’avais jamais été / On t’oubliera comme la mort d’un oiseau, comme une église abandonnée / comme un amour passager / et comme une rose dans la nuit … on t’oubliera. » Mahmoud Darwich

Déraciné, dévalué et dispersé, l’homme arabe subit une sortie de l’histoire à laquelle il assiste, impuissant. Quand il se regarde dans le miroir, il se voit roi déchu. On aime revoir les films et réécouter les musiques qui rappellent la gloire d’antan. Une manière de panser nos blessures. On ne peut s’empêcher de rester digne malgré les circonstances, même devant le peloton d’exécution de l’histoire. Tous les lecteurs d’Amérique latine connaissent de mémoire la première phrase du roman de Cent ans de solitude : « Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace. » J’ai personnellement ressenti ce même frisson devant la chute de Bagdad. C’est tout un monde qui a disparu.

La phrase de la féministe italienne controversée Fallaci a quelque chose qui dépasse l’insulte, qui fige l’être dans l’innommable. « Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût », dit-elle. Cette phrase a quelque chose de monstrueux qui dépasse la simple expression du dégoût. D’une seule phrase elle exclut l’homme arabe de l’humanité. Être exclu du bon goût des femmes frappe dans ce qu’il y a de plus intime chez l’homme. Fallaci délimite le coin des indignes dans l’espace et dans le temps.

Pour revenir dans l’Histoire, il faut être capable de traduire son intériorité dans une œuvre littéraire. Garcia Marquez, avec d’autres auteurs latino-américains, a réussi une véritable révolution littéraire. Avec les armes créatives de la littérature, il est parvenu à devenir « le contemporain de tous les hommes », selon le mot d’Octavio Paz. L’objectif est clair : l’arabe doit redevenir le contemporain de tous les hommes. La littérature, c’est la langue, le style, le rythme, la forme mais c’est aussi une entreprise de renaissance morale et intellectuelle. Garcia Marquez énonce magnifiquement la vérité de cette entreprise d’engendrement littéraire de l’Amérique latine dès la cinquième phrase de Cent ans de solitude : « Le monde était si récent que beaucoup de choses n’avaient pas encore de nom et, pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt. » Il faut donc nommer les choses sans tomber dans la caricature et surtout dans ne pas faire plaisir aux salons littéraires pour le seul but de plaire. Certains aujourd’hui n’hésitent pas à porter l’habit de l’opportuniste avec un roman caricatural par-ci, une tribune gratuitement polémique pour se montrer par-là, et par la suite se vendre. La grande création requiert du courage et exclut la lâcheté intellectuelle et morale. Les grandes figures littéraires de l’Amérique latine, comme Asturias, Uslar Pietri et Alejo Carpentier, ont dès le début du XXe siècle proclamé la nécessité de rompre avec la dépendance européenne. C’est ainsi que les grands écrivains déploient sans enlisement ni distraction un langage puissant et parfaitement maîtrisé.

Avant que Macondo subisse l’ultime drame, l’apparition de l’amour va briser l’élan destructeur que l’égoïsme des habitants a produit. Aureliano Segundo et Petra Cotes vont découvrir le sens de la solidarité mutuelle et la joie de l’entraide lors des crises économiques qui frappent leur communauté. L’intrusion de l’amour est l’occasion pour Garcia Marquez de signaler l’impact du socialisme dans la revivification de la scène politique de l’Amérique latine même si l’histoire d’amour suivante entre Aureliano Babiliano et Amaranta Ursula donnera naissance à un monstre avec une queue de cochon (!) et précédera le coup de grâce contre Macondo.

Le socialisme dans le monde arabe, malgré ses échecs relatifs, renvoie quant à lui à une époque d’espoir et de solidarité. Une seule phrase de Gamal Abdel Nasser pouvait faire écrouler un gouvernement. Le futur grand romancier arabe sera probablement socialiste et romantique. En attendant, les lecteurs pourront relire le discours de réception du prix Nobel de Garcia Marquez, un fougueux plaidoyer pour l’Amérique latine dont la « solitude » face « à l’oppression, au pillage et à l’abandon » décrite par le romancier n’est pas si différente de celle, actuelle, du monde arabe.

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Le Damot dans l’histoire de l’Éthiopie (XIIIe-XXe siècles) : Recompositions religieuses, politiques & historiographiques


theses.fr

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Thèse de doctorat en Histoire sous la direction du
Professeur Bertrand Hirsch
Présentée et soutenue publiquement à Paris
Décembre 2013
par Ayda Bouanga

 

Ayda Bouanga

Résumé

Les territoires et populations du sud de l’Abbay jouèrent un rôle déterminant dans l’histoire politique, religieuse et économique de l’Éthiopie médiévale et moderne. Cet espace, situé à l’ouest du haut plateau central éthiopien, au sud-ouest de la rivière Gämma, au nord de l’Awas, vécut diverses transformations altérant progressivement sa culture et sa société. Au XIIIe siècle, Damot, Endägäbtän, Wäräb, Ennarya, Sat et Bizamo constituent le royaume du Damot, dirigé par les motälämi dont l’autorité s’impose jusqu’au sultanat musulman de l’Ifat et au port de Zeyla. Ils exportaient des produits de luxe locaux vers l’Arabie, l’Inde et la Chine. Gafat et Gärnbo, éleveurs et agriculteurs du royaume, y professaient un culte de possession et de divination (däsk). Au XIVe siècle, le royaume du Damot disparaît après l’annexion de l’Endägäbtän et du Wäräb par le royaume chrétien salomonien. Mais les motälämi gèrent jusqu’au milieu du XVe siècle une communauté d’espaces restreinte, sur laquelle un tribut chrétien est imposé, et Gafat et Gämbo résistent toujours à l’influence culturelle chrétienne. Au tournant du XVIe siècle, après avoir subi les assauts successifs de leurs voisins, une partie de ces populations est assimilée aux Oromo Mäçça qui annexent le sud de l’Abbay ; une autre émigre dans le Goggam où elle s’intègre lentement à la société chrétienne. Assimilation tardive et existence d’une entité géopolitique « païenne » pérenne 1 remettent en cause les sources médiévale, moderne et contemporaine ayant inspiré l’historiographie éthiopienne qui actait de la toute puissance du royaume chrétien sur ses voisins « païens ».

 

Introduction
Dans cette enquête, je me propose d’analyser l’histoire d’une région éthiopienne et de
ses populations largement marginalisées dans les études sur ce pays. Depuis le XIIIe siècle,
plusieurs territoires situés au sud de l’Abbay, à l’ouest de l’actuelle capitale Addis Abäba,
sont régulièrement mentionnés dans la documentation
produite dans et en dehors de l’Éthiopie. Damot, Ǝndägäbṭän et Wäräb, toponymes anciens aujourd’hui disparus de la
configuration régionale éthiopienne, étaient des territoires contigües, situés à l’ouest du haut plateau central éthiopien, encastrés dans un réseau
hydrographique dense (essentiellement les rivières Mugär et Gudär
‒ affluents de l’Abbay ‒ à l’est, les rivières Didessa, Angur et Gibe
au sud-ouest et Awaš à l’est). Cet espace, caractérisé par son relief diversifié (de 1 800 mètres à 3 000 mètres d’altitude pour certains sommets), profite de sols profonds et riches en minéraux (or, fer, platine, et différents types de roches volcaniques). Le réseau hydrographique et les pluies abondantes (grande saison des pluies ou
kramt en amharique de juin à septembre, petite saison des pluies de mars
à avril) favorisent une importante végétation. On y cultive une grande variété de fruits (faux bananier, pèches, oranges, citrons, mangues, ananas) ; de légumes (patates douces, tubercules, courges, oignons, ails, piments) ; d’épices (civette, cardamone géante, gingembre, ajowan, cannelle, curcuma, « faux » poivre long », poivre long) ; de plantes alimentaires (orge, blé, pois chiches, lins, lentilles) et de

café1
  Enfin, climat et relief favorisent l’élevage de bovins transhumants selon un parcours
définit par l’alternance de saisons sèches et pluvieuses. Ces éléments permettent de considérer cet espace comme une zone d’abondance matérielle. Or, si ces caractéristiques sont d’actualité aujourd’hui, nombreux d’entre eux étaient déjà notés par les auteurs des sources médiévales et modernes qui relevaient la richesse de cet espace. Pour autant, le sud de l’Abbay, ses territoires et ses populations n’ont,
semble t’il, pas suscité d’interrogations particulières parmi les historiens médiévistes et modernistes, peut-être parce que cet espace et ses habitants se différenciaient des sociétés chrétiennes et musulmanes, sujets par excellence des études éthiopiennes.

1 Suivant leur période d’introduction en Éthiopie lorsqu’il ne s’agit pas de culture endémique. Voir T. GUINDEUIL, Alimentation, cuisine et ordre social dans le royaume d’Ethiopie, (XIIe-XIXe siècle), Paris, Université Paris 1, thèse de doctorat en Histoire, 2012, p. 36-40.48-77.


Dès le XIIIe siècle, Damot, Ǝndägäbṭän et Wäräb apparaissent, dans les sources
produites dans et hors de l’Éthiopie chrétienne, comme des territoires habités et dirigés par des « païens ». Au tournant du XIVe siècle, les premières interactions entre ces territoires et les rois chrétiens de la dynastie salomonienne (née en 1270), installés progressivement sur le haut plateau central (Amḥara et Šäwa régions capitales du royaume chrétien médiéval 2), entraînent des mentions plus fréquentes dans les sources et une connaissance plus fine de leurs populations. Damot, Ǝndägäbṭän et Wäräb demeurent cependant comme des territoires emblématiques d’un monde « païen », « barbare », peu ou pas structuré politiquement, situé à la périphérie géographique, culturelle et économique d’un centre, le royaume chrétien. Leur analyse permet-elle de modifier notre perception de l’histoire de l’Éthiopie en faisant apparaître de nouveaux acteurs ?
L’interprétation de l’espace politique éthiopien, en termes de centre et de périphérie,
appartient à une longue tradition émanant des perceptions véhiculées non seulement par les écrits des Éthiopiens (chrétiens et musulmans), des Égyptiens et plus généralement des Arabes mais également par les récits des Européens 3
 Cette perception de l’espace s’est d’abord imposée dans la littérature dite « éthiopisante » de façon implicite, avant de prendre une nouvelle ampleur par l’intermédiaire de certains travaux anthropologiques contemporains 4
 Si les sources et leurs biais y sont pour beaucoup, cette interprétation
provient également des orientations données par les chercheurs aux études éthiopiennes. Qu’il s’agisse de l’analyse historique des chroniques royales ou du fonctionnement des institutions, les spécialistes se sont d’abord attelés à comprendre les modes de fonctionnement d’un « centre » en formation 5
.
Peu de place est laissée aux « périphéries », qui apparaissent par jeu
de miroir comme un tout homogène dans lequel les souverains chrétiens cherchèrent à
s’établir. Il est trop peu souligné, à mon sens, qu’il s’agissait d’entités géographiques et
politiques à part entière avant de devenir les éventuelles périphéries d’un centre. Dès lors, il me semble nécessaire d’essayer d’étudier ces espaces pour eux-mêmes, c’est-à-dire de chercher à caractériser les sociétés qui s’y sont développées, de dégager, si possible, leur fonctionnement politique, leur culture religieuse, leurs interactions commerciales avec leurs voisins, qui ne se réduisent pas au seul royaume chrétien.

2. M. L. DERAT, Le domaine des rois éthiopiens (1270-1527), Paris, Publication de la Sorbonne, 2003.

3. J. N. BACH, Centre, périphérie, conflit et formation de l’État depuis Mǝnilǝk II : les crises de et dans l’État, Bordeaux, Sciences Po Bordeaux, Thèse de doctorat en Science Politique, 2011, p. 42 ; M-L. DERAT, Le domaine, 2003.
4. D. DONHAM, W. JAMES (éd.), The Southern Marches of Imperial Ethiopia. Essays in History and Anthropology, Oxford, James Currey, 2002.
5. J. N. BACH, Centre, périphérie, 2011, p. 42 ; M-L. DERAT, Le domaine, 2003.


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Dernières Pensées


classiques.uqac.ca

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Ouvrage: Dernières Pensées

L’Évolution des Lois.- L’Espace et le Temps. Pourquoi l’Espace a trois dimensions. La Logique de l’Infini. Les rapports de la lumière et de l’Éther. La Morale et la Science, etc.

Auteur:  Poincaré Henri

Année: 1917

 

 

Avertissement : 
Sous ce titre Dernières pensées, nous réunissons ici divers
articles et conférences que M. Henri Poincaré destinait lui- même à former le quatrième volume de ses ouvrages de philosophie scientifique. Tous les précédents avaient déjà paru dans cette collection. Il serait inutile de rappeler leur prodigieux succès. Le plus illustre des mathématiciens modernes s’y est révélé éminent philosophe, un de ceux dont les livres influencent profondément la pensée humaine. Il est probable que si Henri Poincaré lui-même avait publié ce volume, il eût modifié certains détails, fait disparaître quelques répétitions. Mais il nous a paru que le respect dû à la mémoire de ce
grand mort interdisait aucune retouche à son texte.
[2]
Il nous a paru également inutile de faire précéder ce volume d’aucune étude sur l’œuvre de Henri Poincaré. Elle a été jugée par tous les savants et aucun commentaire ne pourrait augmenter la gloire de ce puissant génie.
G.L.B.
Chapitre I
L’ÉVOLUTION DES LOIS
M. Boutroux, dans ses travaux sur la contingence des lois de la nature, s’est demandé si les lois naturelles ne sont pas susceptibles de changer, si alors que le monde évolue continuellement, les lois elles-mêmes, c’est-à-dire les règles suivant lesquelles se fait cette évolution, seront seules exemptes de toute variation. Une pareille conception n’a aucune chance d’être jamais adoptée par les savants ; au sens où ils l’entendraient, ils ne sauraient y adhérer sans nier la légitimité et la possibilité même de la Science. Mais le philosophe conserve le droit de se poser la question, d’envisager les diverses solutions qu’elle comporte, d’en examiner les conséquences, et de chercher à les concilier avec les légitimes exigences des savants. Je voudrais considérer quelques-uns des aspects que le problème peut revêtir ; [6] je serai ainsi amené non à des conclusions proprement dites, mais à diverses réflexions qui ne seront peut-être pas dénuées d’intérêt. Si, chemin faisant, je me laisse aller à parler un peu longuement de certaines questions connexes, on voudra bien me le pardonner.
Plaçons-nous d’abord au point de vue du mathématicien.
Admettons pour un instant que les lois physiques aient subi des
variations dans le cours des âges, et demandons-nous si nous aurions
un moyen de nous en apercevoir. N’oublions pas d’abord que les
quelques siècles pendant lesquels l’humanité a vécu et pensé, ont été
précédés de périodes incomparablement plus longues où l’homme ne
vivait pas encore ; ils seront sans doute suivis d’autres périodes où
notre espèce aura disparu. Si l’on veut croire à une évolution des lois,
elle ne peut sans contredit être que très lente, de sorte que, pendant le
peu d’années où l’on a pensé, les lois de la nature n’ont pu subir que
des changements insignifiants. Si elles ont évolué dans le passé, il faut
comprendre par là le passé géologique. Les lois d’autrefois étaient-elles celles d’aujourd’hui, les lois de demain seront-elles encore les mêmes? [7]
Quand on pose une pareille question, quel sens doit-on attacher aux mots autrefois, aujourd’hui et demain? aujourd’hui ce sont les temps dont l’histoire a conservé le souvenir ; autrefois ce sont les millions d’années qui ont précédé l’histoire et où les ichthyosaures vivaient tranquillement sans philosopher ; demain, ce sont les millions
d’années qui viendront ensuite, où la Terre sera refroidie et où l’homme n’aura plus d’yeux pour voir ni de cerveau pour penser. Cela posé, qu’est-ce qu’une loi? C’est un lien constant entre l’antécédent et le conséquent, entre l’état actuel du monde et son état
immédiatement postérieur. Connaissant l’état actuel de chaque partie de l’univers, le savant idéal qui connaîtrait toutes les lois de la nature posséderait des règles fixes pour en déduire l’état que ces mêmes parties auront le lendemain ; on conçoit que ce processus puisse être poursuivi indéfiniment. De l’état du monde du lundi, on déduira celui du mardi ; connaissant celui du mardi, on en déduira par les mêmes procédés celui du mercredi ; et ainsi de suite. Mais ce n’est pas tout ; s’il y a un lien constant entre l’état du lundi et celui du mardi, on pourra déduire le second du premier, mais on pourra faire l’inverse, c’est-à-dire que si l’on connaît l’état du mardi, on pourra conclure à celui du lundi ; de l’état du lundi on conclura de même à [8] celui du dimanche, et ainsi de suite ; on peut remonter le cours des temps de même qu’on peut le descendre. Avec le présent et les lois, on peut deviner l’avenir, mais on peut également deviner le passé. Le processus est essentiellement réversible.
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Maroc : Les plantations de cannabis inaccessibles par Google Earth. Bizarre !


Vidéo de LLP :

 

moroccomail.fr

Le Rif est super beau. C’est moins haut que l’Atlas mais les pentes sont vertigineuses. Les vallées sont très encaissées.

Ensuite 20 a 30 km avant Ketama les cultures ont changé pour passer à la mono culture du kif (ou du cannabis). Maroc 2ème producteur mondial avec cette région, 1er fournisseur de l’Europe. Il y en a partout, des champs de cannabis.

Ketama est une petite ville du Rif (nord du Maroc) qui doit sa survie essentiellement à l’exploitation du cannabis introduit dans la région par les Espagnols il y a cinq siècles.

Ketama est aussi une vallée qui s’étend sur plusieurs milliers d’hectares. C’est la première région productrice de cannabis dans le monde.

Elle a commencé à être connue en Europe dès les année 1970 par les amateurs de cannabis, durant lesquelles plusieurs Européens y sont même venu s’installer.

Elle est connue dans le monde pour la qualité du hachish qui y est produit et pour son goût sucré plus que pour la beauté des paysages.

Tout le monde t’en propose même les enfants. Sur la route les voitures t’arrêtent, les piétons pareil et en ville c’est pire. On ne peut pas faire 2 pas sans qu’on te demande si tu n’en veux pas même pour faire le revendeur.

« Le Rif, c’est le kif » (*)

Le Rif, chaîne de montagnes, située dans le nord-ouest de l’Afrique, longeant la côte méditerranéenne du Maroc, de la ville de Tanger à la frontière occidentale de l’Algérie, sur une distance de 350 km environ. La chaîne du Rif fait partie des monts Atlas. La Région est connue mondialement pour être le premier exportateur de Cannabis au monde. La culture du cannabis est intensive dans la partie centrale, entre Chefchaouen et Targuist .

Côté pile, le Maroc attire près de 6 millions de touristes par an. Côté face, les montagnes du Rif restent le repère des plus gros narcotrafiquants d’Afrique. Une zone de non-droit sauvage et enclavée, dans laquelle certains motards n’hésitent pourtant plus à s’aventurer.

Le Rif, c’est le kif : Selon Interpol, environ 90% du haschisch saisi en Europe en 2001 provenait du Rif Marocain et du Souss où la culture du cannabis constitue toujours la principale activité agricole rentable du pays. Un million de personnes serait concerné par la culture du cannabis rien que dans cette région. Du fait de son caractère illégal, les revenus que procure la culture du cannabis sont sans commune mesure avec ceux des cultures vivrières. Le cannabis est 40 fois plus rentable que les cultures de céréales : quand un hectare de maïs rapporte 800 euros, un hectare de cannabis peut rapporter dans des conditions optimales jusqu’à 30000 euros.

La production annuelle de la résine extraite des feuilles de chanvre dans le Rif est estimée suivant les années entre 1000 et 2000 tonnes.

L’essentiel du massif du Rif s’étage entre 1 000 et 2 000 m d’altitude, le point culminant, le djebel Tidighine, (2 450 mètres) . La chaîne est entaillée de vallées profondes qui rendent la circulation difficile.

La partie occidentale, bien arrosée, est couverte de forêts (chênes verts, chênes-lièges, cèdres) et de maquis. L’est est plus sec.

La densité de la population est élevée (80 à 100 habitants au kilomètre carré) et les villes nombreuses en bordure : Tanger, Tétouan, Ouezzane, Taza. Les Rifains pratiquent également l’élevage, l’arboriculture et la céréaliculture.

Les routes du cannabis

Dans les montagnes du Maroc, la production de cannabis génère énormément de devises. Pourtant, la misère perdure… tout chez les agriculteurs. Les autorités marocaine parlent d’Eldorado et opportunité pour le Maroc de se développer. Tout d’abord, la monoculture du cannabis malgré que depuis de longues années a nettement dégradé les terres, qui sont aujourd’hui pratiquement devenues stériles. En effet, la hausse de la demande a provoqué le besoin en terrains encore cultivables. Le résultat en est l’extension de la production vers les régions voisines, une fulgurante hausse des prix de vente des parcelles, et surtout la destruction d’hectares de forêt et des espèces qu’elles abritaient. En 20 ans, la surface forestière de la région à diminué de 40%.

Le réseau commercial du « chichon » (cannabis) en Europe « commence dans le Rif, la montagne marocaine qui borde la Méditerranée où la culture du cannabis a pris une extension dévorante », selon un reportage du journal Le Monde. Le « chichon », le cannabis ainsi appelé à Marseille, « vient du Maroc qui fournit, selon le rapport 2005 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, 31 % de la production mondiale et 80% des 3 000 tonnes fumées chaque année en Europe », rappelle le reporter.

Selon la même source, « L’ONU évalue le marché marocain du cannabis à 10,8 milliards d’euros en 2004 (12,3 milliards en 2003). Entre l’achat initial et la revente au détail, le kilo de résine passe de 300 ou 400 euros à 1500 ou 2000 euros ». « Tout commence dans le Rif, la montagne marocaine qui borde la Méditerranée où la culture du cannabis a pris une extension dévorante », rapporte le journaliste, décrivant que « dans les deux plus hautes vallées de Chefchaouen et de Ketama, elle a pris l’allure d’une quasi-monoculture. Dans certains villages, on trouve une succession de ‘‘garages-ateliers’’ : taxis Mercedes, 4×4 et camions y sont ‘‘blindés’’, c’est-à-dire équipés de caches pour mener la marchandise vers les villes ou les côtes ».

Le reporter, qui a remonté toute la filière du producteur marocain au consommateur européen, poursuit que « dans ces vallées arides où se succèdent des douars misérables, les terrasses où pousse la plante verte se juchent sur le moindre replat » et « les paysans les plus pauvres n’ont qu’un lopin. Eux n’extraient pas la résine. Ils vendent leur maigre production de plantes à plus riches qu’eux ». Ces « paysans-entrepreneurs vendent directement et proposent souvent eux-mêmes un transport vers l’Europe », quitte « à passer par les barons, installés dans les villes côtières : Tanger, Tétouan, Nador ou Casablanca. En 2003, 3070 tonnes de haschisch sont sorties des provinces du Nord. 2760 tonnes en 2004 ». Le reporter note que le rapport de l’ONU « répartit les 120 000 à 130 000 hectares de culture du cannabis dans le Rif en trois zones, qui se différencient par le degré plus ou moins grand de tolérance des autorités ». « Quelle que soit la zone d’où vient le haschisch, il faut l’exporter », poursuit-il, relevant que « les voies de sortie sont aussi nombreuses qu’ingénieuses », notamment par « conteneurs sur les navires de commerce » et que « Tanger, et surtout Casablanca, sont les meilleures portes ». « L’essentiel du trafic, de l’aveu des policiers, douaniers et vendeurs, passe par l’Espagne, où s’opère la plupart des ruptures de charge », note-t-il.

A la livraison, « on ne paye que la moitié. Cette modalité de paiement est générale tout au long de la chaîne, du Rif jusqu’à la revente par les dealers de rue », relève-t-il. Entre l’achat initial et la revente au détail, le kilo de résine de cannabis passe de 300 ou 400 euros à 1500 ou 2000 euros. Un article d’appui au reportage, réalisé en Espagne, rapporte que ce pays, du fait de sa proximité avec le Maroc, détient, en matière de trafic de drogues des records qui traduisent son rôle de porte d’entrée de l’Europe. L’une des place tournante du commerce du cannabis est Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles).

En octobre 1992, et sous la pression de la CEE pour que cesse la production du kif, le roi Hassan II reconnaît l’ampleur du phénomène : 50 000 hectares à ce moment-là. Cette reconnaissance était nécessaire pour que son pays continue à toucher des aides européennes, pour ne pas mettre quelques 200 000 paysans au chômage, et sortir le Rif de l’extrême pauvreté. Le doute persiste toujours quant à la volonté réelle du Roi de restreindre cette activité. En effet, le gouvernement marocain permet la culture du cannabis dans certaines zones, et exerce une répression totalement aléatoire, décidant de la diminution de l’espace cultivable à tout moment et sous tous les prétextes, et ne s’en prenant toujours qu’au petit paysan plutôt qu’aux contrebandiers qui ont régulièrement des succursales de distribution dans certain noyaux commerciaux en Europe.

Par quelle voie le cannabis est-il acheminé en Europe ?

Des collecteurs viennent acheter directement la marchandise aux paysans. Et puis, il y a aussi les ânes qui sont dressés pour rejoindre seuls dans la montagne des laboratoires où la poudre de haschisch est transformée en résine. Après, la drogue passe par bateau : les trafiquants utilisent des go fast, des canots pneumatiques avec des moteurs de 500 chevaux qui transportent jusqu’à 1 500 kilos. Et ce à partir des ports de Oued-Lalou, Martil et Bou-Ahmed. Certains bateaux vont directement en Espagne jusqu’à Malaga, d’autres transbordent la marchandise en mer sur des yachts. Les commanditaires vivent à Tanger, à Rabat et sur la Costa del Sol espagnole. Autre circuit : les camions qui descendent vers les ports du Sud, Agadir, Essaouira, et parfois jusqu’à Dakar. Enfin, il y a les avions et les hélicoptères venus d’Espagne. Il existe également un tourisme spécifique liée au Cannabis, vendu aux abords de n’importe quelle artères des villes marocaines aux touristes européens. Certains européens (surtout des français) viennent parfois s’établir au Maroc pour obtenir la substance chez le producteur.

Des deux côtés de la Méditerranée, les autorités laissent faire…

En Afrique, la rumeur court que l’Europe légalise l’usage : la Hollande, la Belgique (Molenbeek Saint-Jean en est la plaque tournante), la Grande-Bretagne. La Suisse va soumettre à référendum la possibilité de produire pour son usage personnel. De là à ce que certains de ces pays passent à une «autoproduction»… Au Maroc, on sent une vague inquiétude que les débouchés se tarissent. Ce devrait être une occasion de tout remettre à plat. Mais la France et l’Union européenne ne veulent pas déstabiliser un régime qui n’est pas islamiste. De plus, financer un véritable programme de développement du Rif serait très coûteux. 200 000 familles, soit un million de personnes, y vivent de cette culture et trafic. Si elles perdaient cette activité, elles constitueraient une vague d’immigrants sans précédent à destination de l’Europe. Au Maroc, le Rif a toujours été une région marginalisée : on ferme les yeux sur le cannabis qui leur permet de vivre et de se tenir tranquilles. Et au passage, la corruption enrichit les intermédiaires locaux.

La corruption est une incontournable réalité dans le Rif

Là où il y a délit, il y a corruption. La production, le trafic et la consommation sont des délits, et la corruption est une incontournable réalité dans le Rif – même s’il est, évidemment, impossible de la chiffrer.

La grande question est donc : si on légalise le cannabis, le volume de la corruption dans le Rif baissera-t-il significativement ?

À en croire l’ONG Transparency Maroc, chaque transaction économique légale dans notre pays engendre, en moyenne, un surcoût de 10 à 15% généré par la corruption. Même légalisé, le commerce du cannabis pourrait donc rester (au moins en partie) une activité “au noir” – tout comme le bâtiment ou le transport le sont aujourd’hui, dans l’unique souci d’augmenter les marges bénéficiaires des acteurs de ce commerce. Mais il y a tout de même une différence majeure : aujourd’hui, les intervenants dans le marché du cannabis sont obligés de corrompre, ils n’ont pas le choix. Demain, si le cannabis est légalisé, ils auront le choix. Fatalement, ils seront moins nombreux à faire ce choix. Et ceux qui le feront paieront de toute façon moins qu’avant, puisque “couvrir” du commerce au noir “coûtera” forcément moins cher que “couvrir” le trafic d’un produit illégal. L’un dans l’autre, la légalisation induira donc une baisse conséquente de la corruption.

(*) Source : Last Night in Orient

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sophiaperennis.unblog.fr

« L’être qui ne sait pas dominer ses impulsions instinctives devient facilement esclave de ceux qui lui proposent de les satisfaire », Gustave Le Bon.

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Nous nous proposons dans ce court article de dresser en quelques points généraux les différents types de techniques de subversion, c’est-à-dire de répertorier les principales méthodes de conditionnement, de démoralisation, de domestication et de manipulation des masses ou des individus, mises continuellement en pratique de nos jours à l’échelle planétaire.

Il nous faut rappeler tout d’abord que l’intégralité des groupes humains, des plus archaïques aux plus modernisés, sont en tous temps et en tous lieux élaborés, représentés et commandés par une poignée d’élites agissantes qui donnent le ton au reste du peuple, par définition passif.

Ainsi, dans les sociétés traditionnelles, c’est toujours la classe sacerdotale (l’autorité spirituelle, représentant la Sagesse) qui est située tout au sommet de la hiérarchie sociale et qui a pour rôle prioritaire de contrôler et de légitimer aux yeux de tous une classe guerrière de sang (le pouvoir temporel, la Force) ; de fait, le gouvernement est mis en avant et est clairement rendu visible (à coup de rites participatifs et de symboles forts).

A l’inverse, dans le monde moderne, le pouvoir réel est détenu par une hyper-classe seulement économique (banksters, marchands, haute bourgeoisie affairiste), qui est parasitaire et invisible car dépourvue de toute légitimité ontologique (elle n’a pas de connaissance spirituelle ni de courage physique) et qui est obligée de se cacher derrière des hommes de paille achetés (politicailleux, journalopes, armées, hauts fonctionnaires, petits bourgeois).

En clair, on peut dire que les élites du monde traditionnel mettent en œuvre une ingénierie sociale positive ou anagogique visant à maintenir une unicité générale et à tirer l’ensemble du groupe  »vers le haut » ; en revanche, les élites modernes secrètes et leurs agents subversifs, afin de maintenir leur pouvoir illégitime et leur rapacité, sont obligées de développer une ingénierie sociale négative ou catagogique visant à affaiblir, à duper et à diviser le peuple.

D’un coté, on se trouve en face d’un modèle organiciste et ordonné, dirigé par des forces vitalistes et conservatrices, de l’autre, devant un modèle inorganiciste et chaotique, investi par des bacilles sociaux se nourrissant de la pourriture générale. D’un coté, le pouvoir est symboliquement assimilable à un cœur vivifiant, de l’autre à un ténia mortifère…

Dressons donc une petite liste, non-exhaustive et sans ordre particulier, des principales méthodes —littéralement diaboliques — employées par nos pseudo-élites actuelles en vue de se maintenir au sommet de la pyramide sociale et d’asseoir de plus en plus leur pouvoir sur le reste du groupe ; pour illustrer notre propos, nous donnerons également de simples exemples récents et factuels :

 th

Détruire les croyances, les coutumes et les traditions ancestrales en les réformant (ex : Vatican II), en les moquant (ex : Piss Christ), en les transformant en simple folklore (ex : Noël), en les singeant (ex : multiplication des églises évangéliques), en les métissant (ex : syncrétisme, New-Age) et en les vandalisant (ex : destructions, abandons, transformations ou profanations d’églises et autres lieux saints).

Affaiblir les corps et les âmes via des attaques génétiques (ex : malbouffe, vaccins ou chemtrails) et épigénétiques (ex : pollution sonore, enlaidissement du paysage, augmentation des facteurs de stress, Tvlobotomisation).

Remettre en question toutes les normes anthropologiques et toutes les limites naturelles sous couvert d’un progressisme mensonger (ex : féminisation de la société, homosexualité, métrosexualité, transgenre, transhumanisme, GPA/PMA), détruire le mariage traditionnel et déconstruire les rapports hommes/femmes en jouant sur la suggestibilité, l’hypergamie et l’inconstance féminines (ex : féminisme, indépendance financière des femmes, différenciation entre reproduction et sexualité, hyper-sexualisation), et, en règle générale,contrôler mentalement et façonner les comportements des individus pour en faire malignement des idiots utiles, des esclaves volontaires et autres zombies suicidaires.

Connaître le mieux possible tous les individus composant le groupe en vue de les surveiller et de les influencer massivement (ex : Facebook, Big Data, l’intelligence artificielle sachant que le mot anglais « intelligence » est un faux-ami qui signifie « renseignement », ou encore l’intervention de spin doctorsretourneurs d’opinions, caméras dans les domiciles). « Une armée sans agents secrets est exactement comme un homme sans yeux ni oreilles », disait Sun Tzu à ce sujet.

Créer de toutes pièces des problèmes et organiser des stratégies de la tension afin d’instaurer un climat général de peur et de suspicion incapacitant, et enfin de légitimer le renforcement du contrôle coercitif de la société et la répression des moutons récalcitrants (ex : attentats sous faux drapeaux, fausses crises économiques, accusations mensongères contre des états concurrents), mettre en place des oppositions contrôlées et  »trianguler » les conflits sociaux (ex : Gauche/Droite, fachos/antifachos, chrétiens/musulmans, bien-pensance/mal-pensance), inventer des boucs émissaires ou des héros sans omettre de toujours passer pour la victime ou le sauveur (ex : associations victimaires, migrant sauveur d’enfant, hagiographie du colonel Beltrame) : on répand des virus sociaux à doses homéopathiques pour renforcer les défenses auto-immunes du système et le  »flicage » renforcé du troupeau.

Changer la signification des mots (ex : le mot « révolution » signifie maintenant une fuite en avant alors qu’il veut dire étymologiquement revenir sur ses pas ; sans compter les oxymores du type « tri sélectif » ou les contradictions du style « couple homosexuel » au lieu de parler d’une paire, sans parler des mots édulcorés comme « mal-entendant » (sourd), « hommes de petite taille » (nain), « SDF » (clochard)… etc.), appauvrir le vocabulaire et alléger les programmes scolaires (ex : Twitter, langage SMS, novlangue, anglicismes) afin de façonner un cadre mental général et d’établir un paradigme collectif sous total contrôle.

Encourager le peuple à se complaire dans la médiocrité générale (ex : Wikipédia, vulgarisation du savoir, allègement des programmes scolaires), promouvoir la fainéantise (ex : allocations, salaire universel), favoriser les comportements addictifs autodestructeurs et la bassesse (ex : promotion des drogues, des jeux et de la pornographie) en vue de rabaisser l’intelligence générale, de supprimer le bon sens, de diminuer la concentration, d’interdire tout esprit d’initiative et de faire chuter le niveau de décence commune.

 La-Tentation-de-Saint-Antoine_Martin-Schongauer

Divertir, abrutir et distraire continuellement les individus pour leur faire perdre du temps, leur faire oublier le sens des priorités, leur détourner l’attention et leur faire croire faussement qu’ils sont acteurs de leur vie pourtant dépourvue d’intérêt (ex : télévision, cinéma, événements sportifs, concerts, tourisme), créer un climat général de frivolité insouciante, de gains faciles et de séductions voyeuristes (ex : jeux télévisés débilitants, télé-réalité infra-intellectuelle, talk-shows adolescents) et faire en sorte de tout tourner en dérision (ex : « Le petit journal », « Les guignols », humour  »Canal+’) afin d’attaquer les fondements et de dessouder les murs porteurs de la société en vue de la rendre plus vulnérable et malléable.’

Dissoudre les anciens liens de solidarité (familles, corporations, communautés villageoises), augmenter de façon exponentielle le nombre de sous parties au sein du groupe afin de le complexifier, de le diviser contre-lui-même, de le rendre plus malléable et d’accroître la confusion générale (ex : explosion du nombre des partis politiques, des associations, des -ismes et autres économies de pensée, lourdeurs administratives inutiles), enlaidir les paysages et les œuvres humaines (ex : plug anal place Vendôme, uniformisation et cubification de l’architecture), et attaquer l’identité des individus en détruisant leurs racines ethnico-culturelles pour en faire des  »hommes hors-sol » (ex : politiques de vagues migratoires à grande échelle, uniformisation des modes de vie).

S’adresser au public comme à des enfants en bas âge (ex : présentateurs et voies-off à la télévision), jouer sur l’émotif immédiat plutôt que sur la réflexion patiente (ex : affaire du petit Aylan, « Je suis Charlie »),mélanger le vrai et le faux (ex : théories du complot faisant intervenir les petits hommes verts pour les discréditer), donner des injonctions contradictoires (ex : défendre la biodiversité animale ou végétale tout en promouvant le métissage anthropologique), « se cacher dans la lumière » (ex : on met avant une affaire de corruption ou de pédophilie afin d’en cacher des centaines d’autres) pour provoquer une dissonance cognitive généralisée.

Répéter avec insistance des mots-clés et des formules choc agissant sur les consciences comme des mantras hypnotiques, afin d’imposer la pensée unique et la bien-pensance (ex : « démocratie », « liberté », « changement », « vivre-ensemble », « progrès »), mettre en avant des faits divers insignifiants et autres détails futiles (ex : les bouchons autoroutiers en été, retards de trains, les soldes).

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PRÉCIS DE NATUROTHÉRAPIE


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Auteur : Dr Baugé-Prévost Jacques
Ouvrage : Précis de naturothérapie – LETTRES DE NOBLESSE
DE LA MÉDEClNE NATURELLE

Année : 1983

 

INTRODUCTION

La médecine est à la fois une et multiple. Ses nombreuses
manifestations diffèrent selon la race, le milieu ,
le temps, le tempérament, la régression , l’intérêt, l’évolution
ou la culture. Ce que l’on appelle « découverte » n’est
le plus souvent qu’une « redécouverte ». Beaucoup de
choses oubliées ou interdites renaissent. Leur rénovation à
caractère scientifique est la marque du progrès.
Or, sous les cieux et bien au -delà, il y a autre chose de
tout à fait nouveau. Pour ceux que cela intéresse, rappelons
d’abord comment le Dieu de la Bible accablait Job.

Qui est celui qui obscurcit mes desseins
Par des discours sans intelligence?
Ceins tes reins comme un vaillant homme.
Je t’interrogerai, et tu m ‘instruiras.
As-tu pénétré jusqu’aux sources de la mer?
T’es-tu promené dans les profondeurs de l’abîme?
Les portes de la mort t’ont -elles été ouvertes?
As-tu embrassé du regard l’étendue de la terre?
Parle, si tu sais toutes ces choses.
Qui a ouvert un passage à la pluie?
Et tracé la route de l’éclair et du tonnerre?
Connais-tu les lois du ciel?
– Job 38

Oui, après bien des détours, les Terriens ont relevé tous
les défis de Yahvé. La science s’empresse de découvrir des
avenues nouvelles et de résoudre des énigmes qui n’ont
aucun point de comparaison avec le passé. La connaissance
et la compréhension de la nature humaine ont considérablement
évolué. Représentants et représentantes de notre
espèce savent maintenant qui ils sont, d’où ils viennent et
où ils vont. Ce même savoir pourrait nous permettre de

réduire au minimum le nombre toujours grandissant de
pillages et de pollutions, risques d’ailleurs inhérents à tout
progrès scientifique ou simplement humain. Croître au
milieu des dangers, telle est la loi de notre évolution, tel
sera aussi notre destin futur.
Nous sommes les héritiers de milliers de générations.
Quand notre regard s’est reposé longtemps sur le passé
duquel est sorti, au prix de tant d’efforts, le présent, on se
rend compte que l’avenir doit s’édifier par le travail et porter
notre empreinte, et qu’il faut tout prévoir et préparer
avec une ardeur inquiète. Quand il s’agit d’histoire, comprendre
signifie: voir surgir le présent des résolutions du
passé. C’est là seulement que nous trouvons le fil conducteur
indispensable à notre jugement.
Des forces économiques nous ont été léguées, nous
avons hérité d’une multitude de traditions, techniques et
connaissances, nous sommes fabriqués d’erreurs, de vérités,
d’idéals, de superstitions et de crimes. De ces éléments,
plusieurs ont si bien passé dans notre chair que nous ne
concevons pas d’existence possible sans eux; d’autres se
sont étiolés qui promettaient beaucoup; d’autres encore
ont atteint en quelques années un développement si prodigieux
qu’ils paraissent hors de proportion avec la vie de
l’ensemble. Ainsi les voyages dans l’espace. Bien que les
racines de ces nouvelles merveilles plongent dans les siècles
oubliés, leur éclosion fantastique semble tenir du miracle
ou, si l’on préfère, d’une haute magie. Mais avant tout,
nous avons hérité des gènes, des cerveaux et des corps par
quoi et en quoi nous vivons. « Connais-toi toi-même »,
disait la sagesse des mystères antiques gravée au fronton du
temple de Delphes. Quiconque prend ce précepte au sérieux
reconnaîtra bientôt qu’il doit « devenir quelqu’un »
au-delà de lui-même, c’est-à-dire créer, participer à la vie
des idées, s’engager dans une cause commune, ou bien
dégénérer.
Dans notre culture occidentale, la médecine s’est tracé
trois grands itinéraires. Il convient de laisser au passé certaines
des idées et pratiques anciennes. Mais à côté d’elles,

on relève une attitude de pensée et une thérapeutique qui
gardent une valeur permanente dans la Naturothérapie
moderne.
Un premier courant médical nous fait remonter à Hippocrate.
La Grèce antique s’intéressait davantage à la santé
qu’à la maladie. La déesse Hygie était la gardienne de la
santé intégrale et symbolisait la croyance selon laquelle la
santé est une chose naturelle et un attribut positif de tout
être humain qui vit raisonnablement. D’après cette conception,
la fonction principale de la Naturothérapie est de
re-découvrir et d’enseigner les lois de la Nature qui assureront
à l’homme un esprit sain dans un corps sain.
Tout comme le culte d’Hygie idéalisait le mode de vie
des anciens Grecs, le grand naturothérapeute Hippocrate
accordait une place importante aux moyens que la nature a
mis gracieusement à la disposition de l’Homme: le soleil,
l’air, l’eau, l’exercice, le repos et l’alimentation. Pour Hippocrate,
la maladie était le résultat de la violation des lois
naturelles. Il croyait que le corps malade déclenche luimême
le mécanisme des forces naturelles qui s’appliquent à
rétablir l’équilibre rompu et la santé. Le thérapeute doit
profiter de cette tendance naturelle à guérir. C’est parce
que le naturothérapeute admet ces principes qu’il est avant
tout un hygiéniste.
« Si tu es malade, disait Hippocrate, recherche d’abord
ce que tu as fait pour le devenir. » Conséquemment à la
doctrine, cette thérapeutique s’appliquait à réformer la
conduite du malade en faisant le contraire de ce qu’il avait
fait pour se rendre malade. Il ne s’agissait pas, en réalité, de
« guérir » dans le sens que les charlatans de tout poil donnent
à ce mot, mais bien plutôt d’apprendre à se guérir soimême.
Hippocrate fut à ce titre le père du naturisme, tandis
qu’Esculape représentait la médecine symptomatique.
Bien que l’on accorde au Maître de l’île de Cos le fait
d’avoir soustrait le naturisme aux superstitions religieuses,
il n’était pas question de le dissocier de la spiritualité. Dans
les instituts fondés par Pythagore duquel Hippocrate était
l’un des continuateurs, science, culture physique et religion

tendaient à former des individus aussi complets que possible.
On y pratiquait la prière, la méditation et l’initiation.
Cet accomplissement de la perfection du corporel à celle
du spirituel se retrouvait aussi dans les anciennes Olympiades,
instituées originellement pour le rétablissement de
la santé publique.
Continuateurs des anciens Grecs mais à un degré moindre,
les Romains personnifiaient la défense de la santé par
Minerva Medica, déesse aux qualités viriles tout en étant
naturellement féministe, qui soignait les malades sous le
signe de son bois sacré. Dans la Rome montante, les médecins
se faisaient rares. À son déclin, ils étaient devenus si
puissants qu’ils constituaient un fardeau public.
Néanmoins, l’éducation indispensable inspirée par la
jeune et belle Hygie a mené à quelques démesures. Elles
consistent à croire que la nature auto-guérisseuse n’a
jamais besoin d’être aidée, que toute maladie découle
uniquement de la violation d’une ou de plusieurs règles
d’hygiène, que la guérison résulte automatiquement de la
suppression des causes nuisibles et que l’hygiène naturelle
conduit infailliblement à un état paradisiaque.
Un deuxième courant médical nous mène à une subordination
de la logique au sentiment intuitif. De là la série
nombreuse et variée des conceptions mystico-naturistes
qui commencent avec François d’Assise (1182-1226). Peu
d’esprits se sont autant identifiés à un respect de la nature.
Considérant toutes choses, . vivantes ou inanimées, comme
les membres d’une même famille, il a ouvert le chemin à la
sagesse écologique.
Son « Cantique au Soleil » témoigne d’une vision globale
peu commune à l’époque. Le voici exprimé en de simples
mots et aux accents proprement poétiques:

« Très-Haut, Tout-Puissant et Tout-Bon Seigneur,
À Toi sont les louanges, la gloire, et l’honneur, et toute
bénédiction,
À Toi seul, Très-Haut, ils conviennent,
Et nul homme n’est digne de nommer ton nom.

Loué sois-Tu, Monseigneur, avec toutes tes créatures,
Et tout spécialement Messire Frère Soleil,
Qui nous donne le jour et par qui tu nous illumines,
Et qui est beau et rayonnant, et qui, avec sa grande
splendeur,
De Toi, Très-Haut, nous porte signification.
Loué sois-Tu, Monseigneur, pour soeur Lune et les
Étoiles,
Que Tu as formées dans le ciel, claires et précieuses et
belles.
Loué sois-Tu, Monseigneur, pour frère Vent,
Et pour l’air, et les nuages, et le serein et tous les temps,
Par lesquels aux tiennes créatures Tu donnes soutien.
Loué sois -Tu, Monseigneur, pour soeur Eau,
Qui est moult utile, et humble, et précieuse, et chaste.
Loué sois-Tu, Monseigneur, pour frère Feu,
Au moyen duquel Tu enlumines la nuit,
Et qui est beau, et joyeux, et robuste, et fort .
Loué sois-Tu, Monseigneur, pour soeur notre mère
Terre,
Qui nous entretient et nous soutient
Et p.r.o duit les divers fruits, et les fleurs colorées, et les
prairies.
Louez et bénissez Monseigneur et lui rendez grâces
Et le servez avec grande humilité. »

Nonobstant une compassion qui l’a parfois porté à des
extrêmes, envers lui-même comme envers les autres, les
relations d’aide que François d’Assise établissait auprès
des malades étaient empreintes de compréhension et de
respect chaleureux, gage d’une personnalité authentique
et dévouée. Soulager les souffrances morales et physiques
ne faisait -il pas partie intégrante de la mission d’un disciple
de Jésus!
Tous les champions d’une véritable spiritualité de la
nature reçurent une impulsion vitale de François d’Assise.
On se souviendra qu’il fut le fondateur d’un Ordre qui
compta parmi ses membres Roger Bacon ( 1204-1294 ),

Duns Scot (1266-1308) et Guillaume d’Ockham (1300-
1350), tous trois dotés d’un audacieux instinct de recherche
et doués de grandes capacités philosophiques. Le
moine anglais Bacon, surnommé le Docteur admirable, prévoyait
l’union de la science et de la religion. Ce qui importait
pour ces Franciscains, c’était de placer la volonté au
centre de la religion, par opposition à une adhésion forcée,
sentimentale, calculée ou purement intellectuelle. Continuer
la création et se hisser jusqu’à Dieu, telle était leur
oeuvre maîtresse.
Il importe de souligner que le comportement de François
est une réaction vivante contre le despotisme clérical.
Alors que la caste sacerdotale lui prescrit des voies déterminées
qui doivent mener seules au salut, il suit son propre
chemin et, en personne libre, se lie directement avec son
Dieu. Il est à peine besoin de le faire observer: entre cette
liberté personnelle et la « terreur frissonnante » qui, d’après
le père des Jésuites, Ignace de Loyola, fait l’âme de la
religion, se trouve un abîme. « Aucune religion qui se fonde
sur la peur n’est respectée parmi ceux qui, de l’obscurité,
s’efforcent vers la lumière », dira un jour Goethe.
Pour vaincre cette peur, il a fallu extirper de la nature
humaine ce mépris que l’Église d’orientation judéo-chrétienne
a entretenu au cours des siècles, par sa doctrine de
l’homme déchu. La circoncision (mutilation qui se perd
dans la nuit des temps africains), marquait la sujétion du
mâle à Yahvé. Quant à la femme, l’assimilation de tout son
être à un état d’impureté, voire au péché, exigeait, lors de
ses périodes menstruelles, des rites allant de l’isolement
total jusqu ‘aux sacrifices d’expiation et à l’holocauste
d’animaux.
Dès le 2e siècle, le zélé Tertullien donne le ton à de
nombreux propos à venir: « Femme, tu devrais toujours
porter le deuil, être couverte de haillons et abîmée dans la
pénitence, afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre
humain. Femme, tu es la porte du diable. C’est toi qui as
touché à l’arbre de Satan et qui, la première, as violé la loi
divine. » (De cul tu feminarum).

Faut-il ajouter qu’à la remorque du judéo-christianisme,
la médecine allopathique considérait, il n’y a pas si longtemps,
les différentes périodes de la vie féminine (puberté,
menstruation, grossesse, ménopause , etc.) comme des
maladies à caractère médical. La circoncision est encore
une pratique courante. Si la castration fait partie d’un
autre âge, il existe aujourd’hui un service de transsexualité.
De plus, l’allopathie traite la nymphomanie, l’homosexualité
et toutes les autres prétendues déviations, perversions
et souillures sexuelles.
De la mystique ou de l’intuition religieuse découla une
science géniale de la nature. À cette troisième voie était
réservée une riche moisson.
L’homme qui jeta un pont entre le Moyen Âge et l’époque
moderne fut Paracelse, de son vrai nom Théophraste
Bombast von Hohenheim, né à Einsiedeln (Suisse) en
1493 . Il proclama fièrement que ses méthodes de guérison
n’avaient pas été empruntées d’Hippocrate, mais qu’il les
avait créées en s’appuyant sur l’expérience, maîtresse suprême
de toutes choses.
Sa doctrine des correspondances entre le Microcosme
(homme) et le Macrocosme (univers) compte des adeptes
de tous les milieux : religieux, nobles, chrétiens, juifs, savants,
illettrés et même sorcières, ce qui permettra de la
discréditer en déclarant qu’elle abritait en son sein davantage
de charlatans et d’empoisonneurs que de chercheurs
authentiques et d’individus honorables. Pour les médecins
en place, Paracelse ne peut avoir raison puisqu’il n’est
qu’un « mauvais médecin », un « guérisseur ». Vieille rengaine
qui traverse allègrement les siècles!
Paracelse fut l’un des premiers à affirmer que l’âme
influence le corps et l’esprit, tout autant qu’elle est influencée
par eux. La psychosomatique en dira plus tard la
justesse. Ses traitements se fondent encore sur la connaissance
des plantes. Sa théorie de la quintessence est alors
révolutionnaire.
Paracelse a montré la place exceptionnelle de l’homme
dans l’univers. La vie de l’être humain est inséparable de

celle du cosmos. Loin d’être une forme de vie parmi toutes
les autres, l’homme est à lui seul un univers. Mieux, il est
1 ‘expression totale du cosmos tout entier, sous toutes ses
formes et sous tous ses aspects. Il est « cet être unique »,
écrira quatre siècles plus tard le biologiste Julian Huxley.
Quelques citations de Paracelse donneront une bonne
idée de sa conception de la thérapeutique:
« L’homme porte tout en lui: le bien comme le mal, le
paradis et l’enfer, la santé et la maladie. »
« C’est sur soi-même qu’il faut oeuvrer, c’est en soi-même
qu’il faut chercher. »
« Le médecin doit ordonner à sa sagesse ce que la vie
naturelle lui enseigne. »
« Respectez les fièvres, ce sont des tempêtes qui s’apaisent
elles-mêmes. »
« Tout est poison; rien n’est poison. »
« Les maladies du cosmos sont aussi les maladies de
l’homme. »
« Dieu n’a jamais permis une seule maladie dont il n’ait
pas créé le remède. »
« La plus haute raison de la médecine, c’est l’amour …
C’est l’amour qui enseigne l’art et en dehors de lui il ne
naît pas de médecin! »
Paracelse fut le créateur de la physiologie proprement
dite. Il ne voulait presque rien savoir de l’anatomie, qui lui
semblait « morte », et l’essentiel était à ses yeux de « conclure
de la grande nature – l’homme extérieur – à la petite
nature de l’individu. » Mais pour aider à la connaissance
de cet « homme extérieur », il pose deux principes, qui
sont devenus les principes fondamentaux de toute science
naturelle: l’observation et l’expérimentation. Par là, il
réussit à fonder une pathologie rationnelle: « Les fièvres
sont des tempêtes qui s’apaisent elles-mêmes », etc., comme
aussi une thérapeutique naturelle qui lui valut le titre
de fondateur de la médecine scientifique. Un autre mérite
de cet esprit supérieur: il fut le premier à introduire une
langue vivante, soit l’allemand, dans l’Université.
Si l’allopathie a su, au cours des siècles, profiter de l’ana-

tomie, l’alchimie, la physiologie, la chimie et la biochimie,
qui sont des branches des sciences naturelles, elle a aussi
hérité de nombreuses erreurs.
Sur le plan strict de la santé, la médecine qui drogue
échoue la plupart du temps. Sa méthode consiste à combattre
la toxicité psychique et physique par la toxicité du
médicament. De la même façon qu’on tente d’épurer la
mer polluée par le pétrole au moyen de traitements chimiques
qui sont aussi dangereux, sinon plus, que la pollution
elle -même. La médecine pasteurienne, tantôt hygiène épidermique,
tantôt empoisonneuse des humeurs, mène à
plusieurs abus. L’écoulement massif et périodique de vaccins,
pour citer un exemple frappant, n’est pas une oeuvre
philanthropique.
« La science médicale, qui n’en est pas une, n’est pas la
science de l’homme sain », disait Alexis Carrel, prix Nobel
de physiologie 1912, l’un des premiers directeurs scientifiques
de l’Institut Rockefeller et célèbre auteur de
« L’homme, cet inconnu ». Après ce précurseur, l’un des
continuateurs, René Dubos, microbiologiste et écologiste
de réputation internationale, déboulonne l’une des plus
grandes prétentions allopathiques. Voyons-en les grandes
lignes:
La génération actuelle croit que le contrôle des maladies
infectieuses date de la vulgarisation des antibiotiques. En
réalité, la mortalité due à de nombreuses autres infections
avait déjà commencé à baisser en Europe occidentale et en
Amérique du Nord, bien avant l’introduction de méthodes
spécifiques de traitements et l’acceptation de la théorie du
microbe dans la maladie. L’effet des antibiotiques n’est
qu’une ride sur la vague qui balaye la mortalité causée par
l’infection dans nos communautés. Ce n’est pas dans la
pharmacothérapie que se trouvera la solution définitive de
ce problème. La victoire remportée sur ]es maladies épidémiques
est due en grande partie à la campagne en faveur
d’une nourriture, d’un air et d’une eau purs. Elle dépend
d’une doctrine philosophique, non d’une théorie vaccinale.
Le maintien de la santé dans la joie et la recherche d’une

nouvelle formule de vie plus conforme aux penchants
naturels est un but bien plus élevé que la découverte d’un
nouveau médicament. Et Dubos parle d’une nouvelle
science de la nature humaine, sous le patronage de la
déesse Hygie, qui n’est pas sans nous rappeler ce que
Herbert M. Shelton, doyen des naturo-hygiénistes américains,
et Pierre De lore, de l’école néo- hippocratique française,
ont partiellement réalisé.
Fernand Seguin, biochimiste et commentateur scientifique,
qui recevra une consécration mondiale en 1978, soit
le prix Kalinga de l’UNESCO, la plus haute distinction
pour la vulgarisation scientifique, appelait de ses voeux un
manifeste qui rendrait compte de l’état déficient de la formation
médicale universitaire, en remplacement du serment
d’Hippocrate, et qui se lirait comme suit:
« Nous, médecins, inscrits à la faculté grâce à un processus
de sélection qui privilégie une forme d’intelligence
symbolisée par les succès scolaires, indépendamment de
toute autre qualité humaine, avons reçu une formation académique
dont les traits marquants sont l’acquisition d’un
vocabulaire de trente mille mots, la dissection d’un cadavre,
l’apprentissage d’un nombre considérable de données
théoriques et la familiarité, au seip des C.H.U., des maladies
les plus rares et les moins représentatives des problèmes
de santé de la population. Bardés de nos diplômes,
détenteurs d’un arsenal de drogues dont nous connaissons
parfois mal les mécanismes et les interactions, nous vous
accueillons dans nos cabinets, aussi angoissés que vous
pouvez l’être, car nous ne connaissons guère plus que vous
votre sexualité, votre alimentation, la qualité de votre vie,
et nous ne savons pas comment réagir devant l’insomnie, la
fatigue, les vagues douleurs lombaires, la dépression diffuse,
le stress, l’aliénation et la solitude, tout ce cortège de
syndromes étrangers à notre formation professionnelle et
qui forme l’essentiel de votre détresse. Happés par le système,
nous n’avons pas le temps de vous expliquer notre
impuissance; voici donc des pilules, des comprimés, des
cachets dont la plupart sont des sous-produits de l’indus-

trie des colorants du XIXe siècle. Ces mystères nous échappent;
nous feignons d’en être les grands-prêtres. »
Ces paroles ont été prononcées en 1976 au colloque
international d ‘Orford, Québec, auquel ont participé des
noms aussi prestigieux que A.L. Cochrane, René Dubos,
Jean Trémolières, Jean-Paul Escande et Henri F. Ellenberger.
À cette occasion, le professeur Dubos dira:
« Il me semble utile d’insister ici sur le fait que les
connaissances scientifiques ne donnent pas d’autorité aux
professions médicales en ce qui concerne la qualité de la
vie. Le médecin le plus savant et le plus expérimenté n’a
pas de qualification spéciale, en tant que médecin, pour
enseigner l’art de la vie. ( .. . ) Mais rien dans leur formation
scientifique ne donne aux professions médicales l’au-
torité de choisir pour la société ce que devraient être ses
institutions et ses modes de vie. Ainsi, il ne faut pas attendre
de la médecine qu’elle puisse déterminer par elle-même
la qualité de la vie. » (Critère, automne 1976).
La médecine actuelle avec son brillant outillage, ses
médicaments spectaculaires et sa technique chirurgicale
prodigieuse, constitue par ses lacunes un risque énorme
pour la santé publique. Elle réclame des esprits novateurs
pour sortir des sentiers battus.
Effectivement, une première mondiale s’est réalisée en
octobre 1982. L’Université Paris-Nord, Unité d’Études et
de Recherches (U.E.R.) en Médecine et Biologie Humaine,
dépendant de la Faculté de Médecine de Paris, a entrepris
l’enseignement de la Naturothérapie pour perfectionner la
formation des médecins. Cette création est sanctionnée par
un diplôme officiel.
Lors de la séance inaugurale, le responsable du nouveau
département, le docteur René Féjan, a débuté ainsi: « La
décision d’appliquer un nouvel enseignement sur la Naturothérapie
ne procède pas du hasard, mais de la nécessité de
répondre à une demande sociale sans cesse grandis san te. »
Pierre Cornillot, doyen de la Faculté de Médecine
Paris XIII, en avait déjà précisé le sens: « Il est extrêmement
clair que l’idée fondamentale, c’est de renforcer

l’autonomie du patient et son aptitude naturelle à répondre,
et non pas le placer dans une situation de substitution
et de renforcement à autrui qui va créer beaucoup plus
d’aliénation et beaucoup plus de dépendance. Et je pense
que, dans ce sens -là, il s’agit quand même d’une éthique
dans la pratique médicale. » (France-Culture, 18-9-1982).
Bien entendu, on a fait appel aux pionniers. André Passehecq,
directeur du Centre de Recherches et d’Education
Orthobiologiques (Vence) et Jacques Baugé-Prévost, président
de l’Ordre des Naturothérapeutes du Québec, ont
été invités à participer à la mise au point et au démarrage
de ce programme.
Le chemin étant tracé, de larges perspectives s’ouvrent
désormais à la Naturothérapie.

 

ANTHROPOLOGIE NATURELLE

« Féminine, cette première histoire, éternelle, maternelle,
végétale … , cette histoire qui s’étend à travers l’existence
de toutes les espèces animales et humaines. Si l’on s’y
reporte en esprit, elle signifie la même chose que la vie elle-même »,
déclare le philosophe Oswald Spengler.
Dans les Védas, écrits sacrés des Indo-Aryens, le commencement
du cosmos est expliqué par la coagulation de la
mer de lait originelle, battue par les dieux créateurs. La
déesse Maya, source de la Voie Lactée, était ornée d’un
nuage lumineux en forme de croix. Tous les êtres vivants
sont nés de ce liquide primordial.
De tout temps, la Terre, la Lune, la Mer, l’Eau, la Matière,
la Nature, la Nourriture, la Fécondité, l’Intuition et
l’Amour, ont été reliés à la Femme. Déméter, Héra, Athéna,
Thémis, Cérès, Minerve, Junon, Astarté, Mnémosyne,
Frigga, Isis, etc., autant de noms mythologiques pour signifier
les multiples aspects et fonctions de la Déesse-Mère
des origines. Maïa, par exemple, divinité dont le mois
de mai tire son nom, personnifiait la saison des amours et
le réveil de la nature de son profond sommeil hivernal à
une vie palpitante. Elle symbolisait aussi la maternité que
le culte de Marie (mère de Jésus) a plus ou moins assimilée.
C’est toujours au mois de mai que l’on fête les mères et
il convient de profiter de cette période pour repenser
l’écologie que nous pouvons définir comme la science de la
tenue de la maison Terre. Il est utile aussi de rappeler
qu’au point de vue étymologique, le terme mariage (lat.
matrimonium, ma tris, mu nus: fonction de la mère) désigne
uniquement l’apport maternel.

 

SEXUALITÉ NATURELLE

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Ces islamophobes promoteurs de l’islamisme


claudeelkhal.blogspot.com

Des étudiantes dans l’Afghanistan des années 70

Contrairement à ce qu’affirment les islamophobes, l’essor de l’islamisme – comme on aime à l’appeler en France – n’est pas intrinsèque à l’islam, mais le résultat direct de la politique américaine et atlantiste au Moyen-Orient.

Al-Qaeda est née en Afghanistan, nourrie par les armes et l’argent américains. Idem pour Daech, créé suite à l’invasion de l’Irak. Sans oublier la Libye, devenue terrain fertile des jihadistes après sa destruction par l’Otan.

Par ailleurs, l’islam radical ne se serait sans doute jamais autant développé en France et en Europe sans le financement des alliés de l’Otan: le Qatar et l’Arabie Saoudite – Donald Trump n’a-t-il pas récemment rappelé que les États-Unis étaient les protecteurs de la monarchie saoudienne?

De plus, le développement de l’islam radical en France a beaucoup plus à voir avec la politique mercantile et irresponsable de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, clients des régimes wahhabites qatari et saoudien, qu’avec la foi musulmane.

Quant au si décrié Hamas – la branche palestinienne des Frères Musulmans, il a été créé avec l’aide d’Israël pour affaiblir le Fatah de Yasser Arafat – de l’aveu même d’un ancien diplomate israélien. Israël a également admis il y a quelques mois avoir financé et armé des « rebelles » dans le Golan syrien occupé, c’est-à-dire des membres d’al-Nosra, la branche d’Al-Qaeda en Syrie.

Des années 50 aux années 80 du siècle dernier, l’islamisme – l’interprétation rigoriste des lois coraniques et son application stricte dans la sphère publique – n’était pas en odeur de sainteté dans les pays arabes à majorité musulmane. Souvenons-nous des moqueries de Nasser en Égypte à propos du voile obligatoire.

Mais la France et surtout la Grande Bretagne voulaient faire tomber le raïs égyptien. Ils ont donc soutenu, protégé et nourri ses pires ennemis: les Frères Musulmans. Peu importe si cette confrérie affichaient des idées contraires aux principes qui ont fondé les démocraties occidentales.
L’idéologie des Frères Musulmans – le fameux islam politique dont on nous parle tant – est, avec le wahhabisme, la principale inspiration des groupes « takfiristes » (appelés aussi « jihadistes ») à travers le monde, d’Al-Qaeda à Daech, en passant par les Talibans.
Dans l’Irak de Saddam Hussein et la Syrie de Hafez el-Assad, tous les deux musulmans mais adeptes de l’idéologique baasiste, laïque et socialiste, les islamistes étaient pourchassés et écrasés dans le sang, comme ce fut le cas du soulèvement des Frères Musulmans à Hama en Syrie au début des années 80.
L’invasion de l’Irak et la chute de Saddam Hussein puis la guerre en Syrie contre le régime baasiste ont été une bénédiction pour les islamistes qui ont pu y constituer de véritables armées, et dans le cas de Daech, créer un état, un califat autoproclamé, à cheval sur les deux pays en ruine.
L’Afghanistan, pour sa part, était communiste. Afin de l’arracher à la mainmise soviétique, les États-Unis ont financé, entrainé et armé des rebelles afghans, majoritairement islamistes. Leurs héritiers ont constitué le mouvement des Talibans. Les États-Unis ont également créé une « légion arabe » sous la direction d’Oussama Ben Laden pour combattre les Soviétiques. Cette « légion », formée de mercenaires islamistes venus de plusieurs pays de la région, est devenue Al-Qaeda.
Bien que se revendiquant de l’islam, la Jamahiriya libyenne du colonel Kadhafi ne tolérait pas les mouvements fondamentalistes religieux. Sa chute, la destruction ainsi que le dépeçage de la Libye ont permis aux islamistes de sortir au grand jour et transformer le pays en havre pour jihadistes du monde entier.
La plupart des islamophobes militants qui hantent les plateaux de télévision et les colonnes des journaux et magazines soutiennent la politique américaine et atlantiste au Moyen-Orient, notamment l’invasion de l’Irak, la destruction de la Libye et la guerre en Syrie. Ils ont par conséquent applaudi les décisions politiques et militaires qui ont contribué à l’essor de l’islamisme.
En France, nombre d’entre eux ont soutenu ou travaillé avec Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Ils ont donc adoubé, souvent par leur silence, les décisions qui ont favorisé la mainmise saoudienne et qatarie sur l’islam hexagonal et, ce faisant, ont participé activement à sa communautarisation et sa radicalisation.
Bref, hypocrisie suprême, ces islamophobes veulent nous effrayer avec un islamismequ’ils ont eux-mêmes contribué, directement ou indirectement, à développer en France, en Europe et au Moyen-Orient.
© Claude El Khal, 2019
Claude El Khal : Born in Beirut, schooled in Paris, lived and worked in London, Dubai and of course Beirut. Writer, filmmaker, journalist, former aspiring comedian, occasional cartoonist. I write in english with a slight french accent and in french with a lebanese inflection.

Humour populaire !


marevuedepressedz.com

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Sacré D!lem !

Voici comment et pourquoi Israël a conçu les attentats du 11/9 dès les années 70


numidia-liberum.blogspot.com

par Hannibal GENSERIC  

L’atrocité terroriste du 11 septembre n’est pas simplement tombée du ciel bleu. Elle a été méticuleusement planifiée au fil des décennies et mise en œuvre pour atteindre un objectif spécifique. Le but principal des attaques terroristes était de déclencher « la guerre contre le terrorisme » – la guerre la plus longue et la plus coûteuse de l’histoire des États-Unis.

Le 11 septembre et la guerre contre le terrorisme sont des complots liés qui ont été conçus pour nous amener à accepter les guerres ouvertes dans lesquelles nous sommes engagés depuis septembre 2001. Comme je l’explique dans mon livre The War on Terror: The Plot to Rule the Middle East (La guerre contre le terrorisme: le complot pour régner sur le Moyen-Orient ), les renseignements militaires israéliens ont tramé ces deux complots pour amener l’armée américaine au Moyen-Orient afin qu’elle mène une guerre contre les ennemis de l’État sioniste.
  Christopher Bollyn

Le renseignement militaire israélien opère dans le cadre politique de l’État d’Israël. Cela signifie que le complot du 11/9 devait être approuvé au plus haut niveau politique en Israël depuis la fin des années 1970, lorsque le premier film israélien décrivant une attaque par avion contre un gratte-ciel a été fait par Arnon Milchan, un agent de haut niveau renseignement israélien. Le premier film de Milchan, The Medusa Touch (la touche de la méduse), a été tourné en 1978 et mettait en vedette un Boeing 747 entrant en collision dans le bâtiment PanAm à New York.

 

Le premier film d’Arnon Milchan, en 1978,
mettait en vedette un 747 qui s’encastrait
dans le bâtiment PanAm.


Milchan avec le ministre de la défense Ezer Weizman, 1978

Un an plus tard, en 1979, le chef fondateur des services de renseignement israéliens prédit que les Arabes attaqueraient le plus haut bâtiment de New York. Isser Harel a fait cette prédiction à Michael Evans, un activiste sioniste américain.

En juillet 1979, Menachem Begin, ancien chef du terroriste de l’Irgun, devenu premier ministre en 1977, a organisé à Jérusalem une conférence sur le « terrorisme international« , qualifiée par les observateurs d' »offensive de propagande » destinée à déclencher une guerre mondiale contre le terrorisme. La conférence de trois jours était organisée par une organisation appelée l’Institut Yonatan [Netanyahou], dirigée par Benjamin Netanyahu et son père, Benzion. L’ivrogne George H.W. Bush était l’un des intervenants le dernier jour.

Ces trois événements: le film de Milchan, la prédiction de Harel et la conférence sur le terrorisme international, indiquent que les plans israéliens pour le 11 septembre et la guerre contre le terrorisme ont commencé lorsque le terroriste notoire Menachem Begin est arrivé au pouvoir en 1977. Begin avait été impliqué dans des atrocités terroristes. en Palestine dans les années 1940 en tant que chef de l’Irgoun. Il avait organisé le bombardement de l’hôtel King David en 1946 et le massacre de tout le village de Deir Yassine en 1948.[1]

 

Menachem Begin est le terroriste le plus connu de l’histoire israélienne et le fondateur du parti politique qui dirige Israël aujourd’hui. Photo: Begin et l’hôtel King David bombardé par les terroristes juifs en 1946.

Quand Israël est devenu un État, Begin a créé un parti politique issu de l’Irgoun et l’a appelé Herout (Liberté); Albert Einstein l’a appelé « le parti terroriste » et a averti les Américains de ce qu’il apporterait à l’avenir s’il n’était pas dissous.

Herout était un parti résolument déterminé à élargir les frontières d’Israël et refusait de reconnaître la légitimité du Royaume de Jordanie, revendiquant le droit d’Israël à l’ensemble du territoire d’Eretz Israël (la « Terre d’Israël »). Au cours de sa première année en poste, Begin a envahi le Liban avec l’intention d’occuper la partie sud du pays jusqu’au fleuve Litani.

Le 10 octobre 1983, Yitzhak Shamir, l’ancien chef du gang terroriste Stern (LEHI), est devenu Premier ministre. Moins de deux semaines plus tard, comme par hasard, un camion piégé a dévasté la caserne de la marine américaine à l’aéroport de Beyrouth, faisant 241 morts. Une attaque simultanée sur les troupes françaises a entraîné la mort de 58 militaires français. C’était l’inauguration par Israël des attentats sous faux drapeau qui continuent de nos jours et qui conviennent parfaitement  aux grands médias menteurs (aux mains des sionistes) et aux gouvernements en Occident.

Comme toujours, les États-Unis et la France ont baissé leur froc devant la puissance des réseaux juifs qui contrôlent leur pays respectifs.

Depuis cette date,  l’armée israélienne a continué à tuer des gens au Liban, au moyen de son réseau terroriste utilisant des voitures et des camions piégés.

Israël était derrière dix-huit attentats terroristes
(véhicules piégés) au Liban en un mois!
Caspar Weinberger rencontrant le terroriste notoire Yitzhak Shamir en 1982. Ronald Reagan avait déclaré que les États-Unis ne négocieraient pas avec les terroristes. Personne ne doutait que Shamir était un terroriste.

Pendant le premier mandat de Shamir en tant que Premier ministre du 10 octobre 1983 au 13 septembre 1984, les services de renseignements de l’armée israélienne ont commencé à armer et à entraîner des « djihadistes arabes » au Pakistan, dont Oussama ben Laden. Les combattants du Hezb-e-Islami dirigés par Gulbuddin Hekmatyar ont reçu des armes payées par la CIA et l’Arabie saoudite et achetées aux Israéliens à partir des armes prises sur les champs de bataille du Liban. Ce qui était étrange à propos de cet arrangement, c’est que les États-Unis finançaient la formation et l’armement de la milice la moins efficace et la plus anti-occidentale des milices menant le jihad contre l’Armée Rouge en Afghanistan. Les soi-disant « Arabes afghans », formés par Israël aux arts du terrorisme, sont devenus Al-Qaïda en 1994. Selon des documents publiés sur le site Internet de la CIA, Oussama ben Laden était un agent du renseignement américain nommé Tim Osman. Tim Osman (Ossman) a été recruté par la CIA peu de temps après que le père de George W. Bush soit devenu directeur de la CIA en 1976. [2]

Qu’avaient accompli les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël en armant et en entraînant les combattants du Hezb-e-Islami? Ils avaient créé l’ennemi virtuel de la guerre contre le terrorisme. Cet effort a commencé sous la direction de l’ancien leader terroriste – Yitzhak Shamir – et a été organisé par Ehud Barak, alors directeur de AMAN, le renseignement militaire israélien.

Yitzhak Shamir et Isser Harel étaient très proches. Harel avait amené des terroristes d’Irgoun et de LEHI dans le Mossad. Sous Harel, Shamir devint le chef des opérations européennes du Mossad, poste qu’il occupa pendant 10 ans, de 1955 à 1965.

 

Shamir et Isser Harel lors du mariage de Shamir en 1944

Au cours du second mandat de Shamir (20 octobre 1986 – 13 juillet 1992), deux des principaux agents du Mossad d’Isser Harel ont obtenu le contrat de sécurité antiterroriste pour le World Trade Center à New York. En 1987, Zvi Malkin et Avraham Shalom Bendor ont obtenu le contrat pour le compte d’une société appelée Atwell Security de Tel Aviv. La société a été créée par Shaul Eisenberg, le méga agent du Mossad en Asie, spécialement pour le World Trade Center. Quand on a  découvert que Shalom Bendor utilisait un faux nom et qu’il avait un passé criminel bien fourni, la Port Authority a annulé le contrat. Vous trouverez des détails à ce sujet dans le chapitre intitulé « L’architecture de la terreur » dans  Solving 9-11: The Deception that Changed the World [Explication des attentats du 11 septembre 2001: La duperie qui a changé le monde.]

Cette petite histoire montre que le complot du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme ont été introduits lorsque le grand terroriste Menachem Begin est arrivé au pouvoir en 1977 et que ces complots ont été avancés sous le mandat de son compagnon terroriste, Yitzhak Shamir. En outre, cela montre le lien étroit qui unit Isser Harel, qui avait prédit les attentats du 11/9 en 1979, avec Shamir – et le fait que les principaux agents de Harel sont entrés en action en 1987 pour que cette prédiction devienne réelle.

Menachem Begin et Yitzhak Shamir sont deux des terroristes les plus notoires de l’histoire israélienne. Ils ont dirigé le parti Herut de 1948 à 1988, date à laquelle Herout est devenu le parti Likoud. Depuis 1977, le parti du Likoud a dirigé Israël avec seulement cinq ans de leadership non-Likoud. Benjamin Netanyahou, le protégé de Begin et Shamir, est à la tête du parti Likoud depuis 1993 et il est Premier ministre depuis mars 2009.

L’idéation et le développement des complots du 11 septembre et de la guerre contre le terrorisme ont commencé sous la direction du « parti terroriste » de Menachem Begin et d’Yitzhak Shamir à la fin des années 1970 et se sont poursuivis depuis, avec un seul dirigeant important non-Likoud durant cette période ;  Yitzhak Rabin (1992-1995), qui a été assassiné. Comprendre que Benjamin Netanyahou, l’actuel dirigeant israélien, est le successeur politique des chefs terroristes Menachem Begin et Yitzhak Shamir, et savoir ce que leur parti a toujours défendu est essentiel pour donner un sens au 11 septembre, à la fausse guerre contre le terrorisme, et à l’état actuel des choses dans le monde aujourd’hui.

 

Yitzhak Shamir a conseillé à Netanyahu de faire avancer l’agenda de Herut (Likoud): terrorisme et élargissement du territoire d’Eretz Israël.

Source : Netanyahu’s Terrorist Party and 9/11

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Les attentats du World Trade Center continuent de tuer massivement

Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont fait près de 3000 morts aux États-Unis. Dix-huit ans après, elles continuent encore de tuer. Des dizaines de milliers de personnes souffrent de maladies directement imputables à ce tragique événement.

En 2010, puis en 2015, le Congrès américain a voté une loi pour débloquer des fonds pour l’indemnisation de ces victimes. Mais ce système est censé être clôturé à la fin de cette année, alors que les réclamations ont explosé en 2018.

Vendredi, la police de New York a ajouté 47 noms sur son mémorial. Ces 47 officiers ne sont pas morts en remplissant leur mission, mais plusieurs années plus tard : ils faisaient partie de ceux intervenus au World Trade Center à partir du 11 septembre 2001, et leur corps ne s’en est jamais remis.

Ainsi, alors que 23 policiers ont péri lors de l’attaque proprement dite, plus de 200 autres sont décédés depuis à cause de problèmes de santé liés à l’événement.

Le chiffre a explosé : toutes victimes confondues, les pompiers notamment, davantage de personnes sont mortes de maladies en 2018 qu’au total durant les sept années précédentes. Les autorités étaient loin d’avoir anticipé ce phénomène de leucémies, de lymphomes, de cancer du poumon et autres, surgissant dix-huit ans après le drame.

En fait, l’indemnisation des victimes est même censée s’arrêter après décembre prochain. Et le fonds, créé après un vote au Congrès en 2010 et 2015, n’est de toute façon pas suffisant pour répondre à toutes les demandes enregistrées.

C’est pourquoi James O’Neill a pris la plume. Le grand chef de la police de New York dénonce : c’était une erreur que de mettre une limite en temps et en budget, et il est impensable qu’on abandonne à leur sort tous les héros ou simples victimes de la plus grande attaque terroriste contre les États-Unis, et c’est le principal financier des sénateurs et des autres élus américains (y compris les présidents  complices de cet attentat) qui en est l’auteur : Israël.

L’indemnisation des victimes « directes » a elle été finalisée en 2004 pour un total de 7 milliards de dollars. Une misère, comparée à ce que versent tous les ans  les contribuables américains à leurs bourreaux israéliens. Pourvu que ça dure, diraient Netanyahou, le lobby juif, les députés et les sénateurs, et le président Trump.
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Israël et le 11-Septembre : le FBI divulgue des photos choc

INFO PANAMZA. Le FBI a déclassifié une partie des 76 photos capturées par les « joyeux » agents du Mossad qui furent arrêtés le 11 septembre 2001. L’une représente Sivan Kurzberg, tenant un briquet allumé avec le World Trade Center en arrière-plan, LA VEILLE de l’attentat.

Le 12.05.2019 à 14h44

Un incroyable rebondissement : le 7 mai 2019, le FBI a satisfait la requête d’un citoyen américain qui avait demandé (via la procédure du FOIA) la copie d’une partie des 76 photographies jusqu’alors classifiées et relatives au dossier des Israéliens joyeux du 11-Septembre (surnommés aux États-Unis « dancing Israelis »).

Source : http://www.panamza.com/120519-israel-11septembre-fbi/

 


NOTES

[1] 9 avril 1948, le massacre de Deir Yassine

Au matin du 9 avril 1948, des Commandos de l’Irgoun, dirigé par Menahem Begin, et des membres de la Milice Stern investissent le village Palestinien de Deir Yassinr pour y massacrer « 240 hommes, femmes et enfants » et « maintenir quelques-uns en vie pour les faire défiler comme captifs dans les rues de Jérusalem  ».

Ce massacre, qui a précédé de cinq semaines la proclamation de l’Etat d’Israël, a été planifié pour semer la terreur parmi les palestiniens, les obligeant à l’exil, et permettre à la Haganah, qui deviendra l’Armée du futur Etat Israélien, de détruire systématiquement plus de quatre cents villes et villages arabes après en avoir expulsé les habitants qui devinrent les premiers réfugiés palestiniens.

Dans une lettre au New York Times, datée du 4 décembre 1948 et signée avec une vingtaine d’autres personnalités juives, Albert Einstein exprime, avec des mots forts et justes, son horreur devant le massacre de Deir Yassinr. Il y dit, en particulier :

« Par son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son discours social le « Herout » (Parti politique ancêtre du Likoud, le Parti de Benyamin Netanyahou) ressemble aux partis nazis et fascistes . 

 [2] Un document de la CIA prouve qu’Oussama Ben Laden était un agent de la CIA nommé Tim Osman

EXPLOSIF. Ben Laden : L’attentat du 11/9 a été perpétré par les Juifs et l’Etat profond. Je n’y suis pour rien.

La Mésopotamie


OMPHALOS & METANOIA

 

par

 


La Mésopotamie – L’expression du savoir

Toutes les matières étudiées, astrologie, mathématiques, droit, médecine, divination se présentent dans des traités, interminables sentences composées chacune d’une protase et d’une apodose. La protase exposant un aspect de l’objet étudié sous la forme d’une proposition conditionnelle et l’apodose disant ensuite la conséquence que l’on en déduisait sous la forme d’une proposition principale. Ce mode d’expression, avec la formule  » si.. alors.. » met l’accent sur la relation nécessaire entre les deux éléments de la sentence, fit du savoir un système hypothético- déductif d’une grande rigueur logique. Les sentences étaient rangées selon un ordre défini qui montre un autre aspect de la rationalité mésopotamienne. C’est le type du savoir cumulatif, s’opposant à la formulation synthétique. Ce savoir additionnel se laissait découvrir progressivement, les touches juxtaposées ne valant que par leur association avec les touches voisines.

Les schémas logiquement possibles :

* Organisation duelle du champ de réflexion au moyen de couples de formulation opposées ou complémentaires, qui impliquent les joutes oratoires où s’opposaient le berger et le laboureur, l’été et l’hiver, l’oiseau et le poisson : tentatives de définir en les opposant les êtres et les choses : conception binaire.

* Conception ternaire, exprimée par des triades de sentences comportant un moyen terme entre les deux extrêmes, faisant écho à la répartition en triades des grandes divinités du panthéon.

* L’analogie fonde la pensée et prend naissance dès la création du monde, lorsque Marduk fendit le corps de Tiamat en deux moitiés se faisant face, la Terre répondant au Ciel, comme une image et son reflet spéculaire.

De plus, l’analogie était imbriquée dans la nature du langage. Les rapports analogiques n’étaient pas seulement consacrés par les mots, ils étaient fondés par eux. Les Mésopotamiens croyaient en l’identité de nature entre la chose et son nom. Un être ou une chose n’arrivaient à l’existence qu’une fois nommés. Notion qui découle de la cosmogonie : il suffisait au dieu créateur de prononcer un nom pour que la chose désignée existât. Les Mésopotamiens se livrèrent donc de façon systématique à la spéculation verbale.

* Signe et sens s’épousaient car le sens naissait dans le signe lui-même. C’est la vertu de l’écriture cunéiforme, écriture polysémique, riche de virtualités de lectures et de sens. A travers un même signe, on passait d’une chose à une autre ou d’une idée à une autre.

* Il faut ajouter la bipolarité de lecture, sumérienne et akkadienne. La pluralité des interprétations repose sur l’analyse des éléments contenus dans le pictogramme. Par exemple, la création de la déesse Ninti, destinée à soigner une côte malade du dieu Enki. Nin signifie dame, ti désigne côte, la vocation de la déesse  » dame de la côte  » ou  » dame de la vie « , est inscrite dans l’écriture même de son nom.

* Des associations phonétiques aux associations sémantiques, l’interprétation pouvait suivre un cheminement complexe et nécessitaient une érudition étonnante. Chaque signification appelait immédiatement la foule de toutes les significations supposées présentes dans le terme étudié. Le signe pied, pouvait, selon les circonstances, évoquer l’action de marcher, se tenir debout, porter ou emporter. L’épi se référait à tout le monde céréalier mais aussi au complexe phonétique se, qui désignait le grain d’orge en sumérien. Il devenait possible d’utiliser ce même signe de l’épi partout où dans la langue parlée se rencontrait le son se. Le signe re, qui disait berger re’u, dont il est la syllabe initiale, a donné l’éqivalence re = senu, petit bétail, celui-ci étant l’objet du travail du re’u.

Au terme de cette étude, il n’est pas nécessaire de tracer les contours d’une philosophie qui doit beaucoup au pouvoir de nos conceptions actuelles et au désir de promouvoir une pensée spécifique. Il faut se contenter de la réalité déjà appréciable. Les Mésopotamiens ont pu écrire les premiers, les grandes préoccupations de l’homme. A partir de leurs observations, portant sur la nature et sa fragilité, sur leur propre vulnérabilité, ils ont pris conscience de ce qui les dépasse : la naissance du monde, l’origine et la destinée de l’homme, le sens de son existence. Nous voyons en acte l’imagination de l’homme qui va créer les mythes ou les récits. La cosmogonie et l’ anthropogonie se conjuguent dans une théogonie et ce qui nous apparaît de plus immédiat est l’homo religiosus, selon la définition de Jung et de Mircea Eliade. Le rapport avec ce qui les dépasse a donné naissance à la pensée religieuse, aux rituels, au culte. La transcendance, la justice, la sagesse, trouvent leurs définitions originelles, et l’érudition et la richesse de la langue donne lieu à des élaborations où le rationnel s’affirme.

Platon a écrit que la philosophie commence avec l’étonnement. Alors les Mésopotamiens sont philosophes. Disons qu’ils sont à l’aurore de toute pensée et de toute spéculation. Ils ont écrit les premiers les questions et donné les premiers les éléments de réponse. La voie qu’ils ont tracée, grâce à ce mariage harmonieux des Sumériens et des Sémites, conduit au monothéisme mosaïque et au rationalisme grec. A défaut de philosophie véritable, ils inaugurent cette confrontation ou cette harmonie entre religion et philosophie, entre imaginaire et rationnel qui seront les rameaux vivifiants dont nous sommes, sinon les héritiers, du moins les dépositaires.

 

 

//…//

 

La Mésopotamie – La philosophie mésopotamienne

Elle se dégage de l’analyse des mythes même si l’expression principale fut celle de la religion. Les nombreuses narrations sont, en fait, des interprétations des exploitations logiques de la pensée humaine. L’homme se cherche à travers les mythes, comme il cherche son origine et sa finalité.

A cet effet, il est utile de se référer à la personne mythique de Enki-Ea. Nous avons vu qu’il était le grand concepteur, le grand ingénieur, l’auteur de la nature et de la culture,  » L’ Intelligent, le Sage, l’Avisé, l’Habile,…Le Formateur de tout… ». Il est le seul à prendre en main les affaires divines et humaines.  » Qui serait plus avisé que lui ?  » ( Enki et Nimah ). Il est le Maître de la sagesse et il a donné naissance au mythe des sept Sages, transmis par Bérose, ce lettré du 3ème siècle avant notre ère qui s’était donné pour tâche de mettre en grec, après la victoire d’Alexandre ( 333 ), les principales traditions de son pays. Voici le mythe tel qu’il le décrit :

 » En Babylonie, quantité d’hommes venus d’ailleurs s’étaient installés en Chaldée où ils menaient une existence inculte, pareils à des bêtes. Une première année, alors, apparut là , sur le rivage, un monstre extraordinaire, sorti de la Mer Rouge et appelé Oannès. Son corps entier était celui d’un poisson avec, sous la tête, ( de poisson ) une autre tête, ( humaine ) insérée, ainsi que des pieds, pareils à ceux d’un homme, silhouette dont on a préservé le souvenir et que l’on reproduit encore de notre temps. Ce même être vivant, passant ses jours parmi les hommes, sans prendre la moindre nourriture, leur apprit l’écriture, les sciences et les techniques de toute sorte, la fondation des villes, la construction des Temples, la jurisprudence et la géométrie. Il leur dévoila pareillement la culture des céréales et la récolte des fruits : en somme il leur donna tout ce qui constitue la vie civilisée. Tant et si bien que, depuis lors, on n’a plus rien trouvé de remarquable sur ce chapitre. Au coucher du soleil, ce même monstre, Oannès replongeait dans la mer pour subir ses nuitées dans l’eau, car il était amphibie. Plus tard, apparurent d’autres êtres analogues.. . » ( Babyloniaka I, dans P. Schnabel, Berossos ).

Il cite dans son même ouvrage six autres sages et il rattache leur apparition au règne de l’un des souverains locaux antérieurs au déluge. Ils n’avaient fait, souligne-t-il qu’expliciter ce qu’Oannès avait mis en place. Cette tradition est retrouvée dans des textes antérieurs. Chaque Sage, Adapa, est censé avoir joué, auprès des monarques antédiluviens, le rôle d’apkallu, terme sumérien akkadisé qui désignait des personnalités humaines, mais vues comme surnaturelles et fabuleuses. Elles représentaient des personnages très intelligents, des super-experts en toutes techniques, mais enseignant leur propres secrets, tels des héros civilisateurs. Les apkallu étaient des créatures d’Enki/Ea.

Dans l’Epopée d’Erra :  » Ces sept Apkallu, carpes saintes, Qui pareils à Ea, leur maître, Ont été adornés par lui d’une ingéniosité extraordinaire… ».

Dans Orientala :  » Ces sept Apkallu, crées dans la rivière, Pour assurer le bon fonctionnement des plans divins concernant Ciel et Terre… ».

Le nombre sept fait partie des symboles et du vocabulaire hiératique des rites et des mythes. Au delà du mythe, le Sage est détenteur de la connaissance révélée des choses qui conduit à la vérité. En sumérien, le Sage était désigné par un mot définissant tout détenteur d’un savoir spécialisé, scribe, arpenteur, artisan ou artiste. L’akkadien disposait d’autres termes qui marquaient l’idée de profondeur ( emqu ) ou la faculté d’entendre et de comprendre « hss »,  » l’homme au vaste entendement, littéralement à l’oreille large « . A toute époque, les sages furent des personnages essentiels de la société mésopotamienne, les familiers du Roi, qu’ils éclairaient de leurs conseils. La notion de sagesse impliquait celle de révélation. Le rapport unique entretenu par le sage avec la divinité revêtait l’aspect d’un songe, support de la révélation mais donnait généralement une voie de recherche, comme le voyage de Gilgamesh vers la quête de la vie éternelle, initiation à la mort.

La sagesse était de plus liée à la piété et à la mémoire. Le verbe hasasu le soulignait qui englobait les sens d’être pieux, comprendre et se souvenir. Dans la pensée de ce temps, la parole était de nature magico-religieuse et c’était dans son efficacité que le sage pouvait trouver la certitude d’être le dépositaire de la vérité.

Si la sagesse révélée ne peut être assimilée à la connaissance philosophique, on trouve des témoignages sur l’effort de certains hommes pour percevoir les idées directrices qui président à l’ordre cosmique, ou à la cohésion de la terre. On peut y voir l’ébauche d’un esprit philosophique.
Les Mésopotamiens prisaient les débats académiques au cours desquels s’affrontaient deux personnes sur un sujet où chacun essayait de démontrer sa supériorité. C’est bien là une expression de la pensée dialectique qui s’exprime au moyen d’un dialogue. Or la philosophie se manifeste dans ce cadre dialectique. On voit un tel débat dans un écrit du 1er millénaire, La Théodicée babylonienne : chaque interlocuteur reprend les arguments de l’autre pour les corriger ou les contredire et s’échappe du particulier pour s’élever au général. Nous reconnaissons là l’optique et la rigueur qui caractérisent la pensée philosophique. Le thème est celui de la déchéance morale et le protagoniste expose son cas et tente de généraliser sa propre expérience et de comprendre la disparité entre la conduite de chacun. Il en arrive à la révolte, alors que son interlocuteur, faisant appel à la tradition au moyen d’axiomes et d’a priori, essaie de le faire persévérer dans la piété. La conclusion du poème rejoint celle du Juste souffrant : c’est son défaut d’intelligence qui ne permet pas à l’homme de comprendre la pensée et les actions des dieux.

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La Mésopotamie – L’astrologie et ses applications

Les premiers textes cunéiformes traitant de l’astrologie apparaissent vers le 18ème siècle. Elle se présente déjà enracinée dans les représentations et les pratiques religieuses.

On a vu que les anciens Mésopotamiens voyaient l’univers comme une immense boule creuse en deux hémisphères emboîtés : l’En-haut, le Ciel, et l’En-bas, l’Enfer coupée, en son diamètre, par la vaste nappe de la Mer, au milieu de laquelle émergeait la Terre. Pour expliquer le fonctionnement de ce monde complexe, ils avaient imaginé toute une population surnaturelle, les dieux. Ces divinités, ils se les représentaient sur leur propre modèle, sublimé cependant à l’extrême, bien plus puissantes, bien plus intelligentes, immortelles. Comme les hommes ils sont regroupés en familles coordonnées en une société unique, aussi monarchisée que celle d’ici-bas. Un Dieu souverain unique déléguait à ses sujets les pouvoirs nécessaires pour diriger son propre secteur, tant de la nature que de la culture. La montagne, la steppe, les cours d’eau, l’agriculture, le bétail, le feu, la bière, la guerre, l’amour physique, etc.., avaient leur dieu. De même les astres, qui hantaient les régions d’En-haut, le Soleil, la Lune, les Planètes, les Etoiles fixes, les Météores, les Vents, Pluies, Orages , Tempêtes, avaient chacun leur divinité. Les hommes ayant été fabriqués par les dieux pour tirer parti des ressources naturelles, étaient tenus de se conformer aux obligations et prohibitions que l’on imaginait promulguées par les Maîtres du monde. En cas de transgression, les hommes s’exposaient à des punitions, que d’autres entités surnaturelles, les Démons, leur infligeaient. Les maladies, les malheurs, calamités et tracas de toute sorte viennent alors assombrir la vie.

Mais les dieux avaient besoin des hommes, et ils faisaient en sorte d’offrir le remède en même temps que le mal. Les procédures d’exorcisme, faites d’un mélange de prières et de gestes ritualisés, avaient des chances d’influencer les Juges suprêmes et de conduire les Démons à suspendre la peine.

Pour éviter cette justice punitive, les dieux ont élaboré une conduite préventive, en leur révélant à l’avance le sort qui leur était assigné, leur destin à venir. Mauvais, ils sauraient s’en garder en recourant à l’exorcisme, favorable, c’était un encouragement. Cet avenir, les dieux le dévoilaient par la Divination. Il pouvait se manifester par un songe, par une vision, ou toute intervention surnaturelle. C’est la divination inspirée.

Mais ce procédé de communication passive a cédé progressivement, chez cette civilisation savante et ingénieuse, à la divination déductive. Celle-ci ne s’articulait pas, comme l’autre sur le message oral, de bouche à oreille, mais sur le message écrit, au moyen de graphismes, qu’il fallait lire pour le recevoir. Il faut dire que la création tout entière, pour les Mésopotamiens, se présentait comme une immense page d’écriture divine. Lorsque tout était régulier, sans anomalies, c’est que les messagers surnaturels n’avaient rien à signaler aux hommes. Si une décision particulière était prise à leur endroit, elle se manifestait par des phénomènes insolites, singuliers, monstrueux : un mouton à six pattes, une puissante averse en saison sèche, un blond dans ce pays de bruns, un cheval cherchant à saillir un bœuf, etc… Telle était la pictographie du message des dieux, interprétée par ceux qui avaient acquis l’intelligence des codes, les devins, formés par de longues études. Ils avaient recueillis tous les présages imaginables et les avaient classés en d’innombrables traités et décryptés en oracles spécifiques.

Sous le ciel d’Orient, les pictogrammes les plus éclatants étaient inscrits dans la nuit limpide. Ils avaient observé, enregistré, étudié les astres et leur mouvement, les étoiles fixes et leur constellations, dont ils ont établi une séquence zodiacale au 1er millénaire, mais également les lampadaires du jour et de la nuit, le Soleil, la Lune, surtout qui commandait à leur calendrier. Et les Planètes, Venus Ishtar, patronne de l’Amour, Jupiter, l’Astre blanc, Mercure, Le Mouflon, Mars, L’Enflammé, et Saturne, Le Constant, dont ils prévoyaient sans faute les levers, les cheminements, absences et éclipses.

Ce travail séculaire prépare l’avènement de l’astrologie, vers 1800, qui prendra, en quelques siècles un essor considérable et sera formulée dans plus de 70 tablettes contenant plus de 10000 présages, avec le déchiffrement de chacun. L’introduction en vers, souligne que les astres n’ont pas été créés par les dieux seulement pour définir et régler l’ordre du temps, mais pour que l’on y trouve, en les observant, des communications d’en-haut. Ainsi sont prévues les sécheresses, les maladies du bétail, les crises économiques, les révoltes, les attaques des ennemis, les maladies et la mort du souverain. Mais aussi les chances de réussite, de bonheur pour la population et le Roi, les promesses de naissances, de stabilité, etc.. Ces chances et ces malchances émaillent la vie quotidienne, mais concernent le pays, le peuple, le Roi, unique chef dont la bonne ou mauvaise fortune déterminait celle de l’ensemble des sujets. A la différence de la divination déductive, dont les messages concernent la destinée de chacun, l’astrologie les affiche aux yeux de tous, sur le livre du ciel, car ils ne portent que sur le bien public.

L’astrologie au service du gouvernement.

Les Rois entretenaient partout dans le pays, un grand nombre d’informateurs, astrologues de métier qui scrutaient le ciel et transmettaient au Palais le fruit de leurs observations et leur interprétation des phénomènes. Les derniers grands Rois d’Assyrie, Asarhaddon ( 680-669 ) et Assurbanipal (668-627 ) accordaient une grande importance aux analyses des astrologues qui induisaient leurs décisions. La visibilité, la conjonction, l’opposition des mouvements des astres, les éclipses, autant d’augures dont on devait tenir compte. Les observations des différents astrologues étaient confrontées pour aboutir à des conclusions très fiables sur le plan du mouvement des astres, à défaut d’une objectivité prévisionnelle impossible.

Naissance de l’horoscope.

L’astrologie a pris le pas sur les autres techniques de la divination déductive, l’aruspicine et l’hépatoscopie. Du service du Roi et de la collectivité, elle est passée au service des individus dont la destinée était également soumise au pictogramme céleste. Le tournant de la vie d’un homme pouvait se situer à un moment particulier, coïncider avec un segment du temps, un mois, par exemple. Et parmi ces moments décisifs, figurait sa naissance. Né au 1er mois de l’année, Nisan, il était destiné à dissiper la maison paternelle, au 2ème mois, à mourir prématurément, etc.. Or ces mois, c’étaient bien les astres qui les commandaient. Il y avait donc un moyen pour l’astrologie, d’intervenir sur le destin privé.

On chemine ainsi vers la généthlialogie, la prévision de l’avenir personnel à partir des circonstances astrales de la naissance. Pas du seul mois où elle se produisait, mais du tableau céleste, de la position des divers astres à ce moment. Le plus ancien de ces horoscopes est daté de 410 avant notre ère, et précède de deux siècles les premiers spécimens hellénistiques connus. Voici la traduction de cette tablette.

 » Au mois de Nisan, la nuit du 14, est né X ( le nom a disparu dans un cassure de l’argile ), fils de Shuma-usur, petit fils de Nadin-shumi, de la famille de Dêkê. La Lune se trouvait alors sous une des pinces du Scorpion; Jupiter dans le signe zodiacal du Poisson; Vénus dans celui du Taureau; Saturne dans celui Cancer et Mars dans celui des Gémeaux; Mercure n’était pas encore visible…Tout ira bien pour toi. »

Ainsi, dans la seconde moitié du 1er millénaire, l’astrologie mésopotamienne était devenue un mécanisme divinatoire complet, propre à faire connaître l’avenir aussi bien public que privé. Bérose, un lettré babylonien du 3ème siècle la traduira en grec, et le monde hellénistique l’adaptera à son génie propre.

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La Mésopotamie – L’Épopée de Gilgamesh

Le parcours initiatique vers la mort

La légende de Gilgamesh prend naissance fin du 4ème, début du 3ème millénaire. Elle relate la vie d’expérience et de quête de ce roi sumérien d’Uruk,  » celui qui a tout vu « , les voies difficiles qu’il doit affronter pour accepter la finalité commune aux hommes, la mort. Ce récit s’est enrichi de mythes cosmogoniques, anthropogoniques et théogoniques, tel le poème d’Atrahasis, dont la source est sémitique et de langue akkadienne. Il prend sa forme accomplie vers 1750, et les manuscrits les plus importants ont été trouvés parmi les restes de la bibliothèque d’Assurbanipal ( 668-627), dans les ruines de son palais de Ninive.

1. Gilgamesh et la démesure.

Dans la première partie de l’Epopée, Gilgamesh apparaît dans toute sa prestance, sa perfection, sa réussite. « Monarque exceptionnel, fameux, prestigieux « ,  » Retour de ses errances, exténué, mais apaisé »  » Après avoir tout vu, Connu le monde entier et tout mis en mémoire « , il aurait en personne  » gravé sur une stèle tous ses hauts faits « , pour nous inculquer la leçon de son terrible insuccès : la résignation à notre sort fatal. C’est une sorte de surhomme, et telles sont sa vigueur et son exubérance qu’il ne peut s’empêcher de tyranniser ses sujets et de violer femmes et jeunes filles. Les dieux sont alertés, et pour le calmer, créent un rival à son image, pour lui ôter le sentiment de sa supériorité et servir de dérivatif à ses débordements.

2. Enkidu le modérateur. L’amitié.

Enkidu est ainsi introduit dans la légende sumérienne. C’est l’opposé de Gilgamesh. Celui-ci est un produit de la cité, civilisé, raffiné, homme de savoir. Enkidu est sauvage, primitif, né isolé  » dans la steppe « , vivant parmi  » les animaux sauvages et leurs hardes « ,auxquels il tient de près par ses moeurs. Image du contraste entre une population errante et frustre, peu à peu subjuguée et intégrée par des citadins de haute culture.
Informé de l’existence d’un pareil phénomène par un rêve et par un chasseur, Gilgamesh lui envoie, pour l’apprivoiser et le rapprocher de lui, une courtisane,  » La Joyeuse « , une femme vouée à cet  » amour libre « , qu’on tenait dans le pays pour une des prérogatives de la haute civilisation. Elle le séduit en effet, et,  » six jours et sept nuits  » d’affilée, Enkidu lui fait l’amour. Sentant qu’il n’est plus de leur côté les animaux le fuient tandis qu’il s’attache à son initiatrice et apprend d’elle à « devenir un homme véritable », civilisé, et urbanisé. elle le conduit en ville, à Uruk. C’est par  » l’amour libre « , avec une vraie femme et non plus une simple femelle que ce sauvage est introduit à la grande culture, qui le sort de son animalité première. Le premier contact des deux hommes est une rude empoignade dont Gilgamesh sort victorieux, mais après  » ils s’embrassèrent et firent amitié « .

3. Le monstre Hawawa et la Forêt des Cèdres.

Et voilà Gilgamesh en quête de hautes aventures et de gloire, une manière de s’assurer du moins l’immortalité du renom :  » Si je succombe, au moins me serai-je fait un nom…une notoriété éternelle « . L’auteur aborde le thème central de son oeuvre : le héros, jeune, fougueux, ne tient pas encore assez à la vie pour se garder de la compromettre, et n’a pas encore de la mort une image assez nette pour la fuir à tout prix. Ici s’intègre la légende sumérienne de la  » Forêt des Résineux  » accommodée à l’actualité akkadienne. L’action est transférée au Liban et la  » Forêt des Cèdres  » est gardée par le terrible Huwawa. Ce long voyage en six étapes, précédées d’un songe qui laisse pressentir les périls et les réussites de l’entreprise, se termine par la mort du Surveillant de la forêt. Les héros coupent les arbres et emportent les troncs sur leur bateau qui descend l’Euphrate et les ramène à Uruk, où on les accueille en triomphe.

4. Istar et le Taureau-Céleste.

La divine patronne de l’amour libre « , Istar, voyant Gilgamesh se gonfler de toute sa gloire, tombe amoureuse de lui et essaie de le séduire. Mais il lui rappelle le sort de ses amants une fois lassée d’eux, et lui inflige un refus dédaigneux. Furieuse, elle va réclamer de son père, Anu, qu’il expédie contre la cité de celui qui la méprise le Taureau géant, qui y fait un carnage, faisant tomber par ses mugissements des centaines d’habitants d’Uruk. Mais les deux héros le maîtrisent et le tuent. Enkidu, sous l’emprise d’une exaltation méprisante, lance sur Istar, spectatrice impuissante de son échec, une patte de l’animal et menace de la décorer de sa tripaille. Le triomphe de Gilgamesh est complet, il se proclame  » le plus beau, le plus glorieux des hommes « , donne une grande fête en son palais. Ces excès dans l’action, ces insultes inutiles dans ces glorieux vagabondages, sont la marque d’une démesure que les dieux ne peuvent admettre. C’est au faîte de la réussite non maîtrisée, que la démesure appelle la chute.

5. La mort d’Enkidu.

Enkidu voit en songe les dieux le condamner à mort. Il tombe en effet malade, décline, maudit la courtisane qui, en lui permettant d’accéder à un niveau supérieur, l’a mis sur le chemin du malheur. Il trépasse dans les bras de son ami désespéré qui ne veut croire à sa mort et retient son cadavre  » jusqu’au moment où les vers lui tombent des narines « . Pendant sept jours et sept nuits il pleure son ami. Puis il entonne un chant funèbre déchirant à l’adresse de son autre soi-même que la mort lui a arraché. L’intention de l’auteur se manifeste : il fallait que le statut d’Enkidu ne fût celui d’un simple serviteur, un inférieur, un étranger, mais le plus proche possible du coeur de Gilgamesh, pour que sa disparition bouleversât non seulement l’esprit, mais la vie de ce dernier. Pour la première fois le voilà mis en présence de la vraie mort, la sienne propre, à l’image impitoyable et hideuse de celle de son ami. « Il me faudra donc mourir comme Ekidu, moi-aussi ! Le désespoir ne submerge le coeur… ».

6. Les épreuves initiatiques.

Gilgamesh n’accepte pas la résignation. Son caractère le conduit à lutter contre une telle fatalité, avec la pensée d’échapper au sort des humains, d’acquérir l’immortalité. Il connaît l’existence, à l’extrême bout du monde, à la frange de celui des dieux, d’un homme comme lui et qui mène là-bas une vie sans terme. C’est le héros et le seul survivant du Déluge, Uta- napishtî :  » J’ai trouvé ma vie ! ». Il ira donc le visiter et lui demandera son secret, pour en faire profit. Le voilà parti pour un voyage merveilleux jusqu’aux extrémités de la terre.
* Il arrive aux montagnes Mâshu et trouve la porte par laquelle le soleil passe tous les jours. Cette porte est gardée par un couple d’hommes-scorpions, dont  » la vue suffit à donner la mort « . Le héros, paralysé par la peur, se prosterne humblement, les hommes-scorpions le reconnaissent et lui permettent de pénétrer dans le tunnel. Après douze heures de marche dans les ténèbres, Gilgamesh débouche de l’autre côté des montagnes, dans un jardin merveilleux.
* Avant de traverser l’ultime mer périlleuse, il reçoit pourtant une mise en garde de la mystérieuse nymphe Siduri.

 » Où donc cours-tu ainsi, Gilgamesh ?
La vie sans fin que tu recherche, tu ne la trouvera jamais !
Quand les dieux ont créé les hommes,
Ils leur ont assigné la mort,
Se réservant l’immortalité à eux seuls !
Bien plutôt remplis-toi la panse, demeure en gaieté jour et nuit…
Accoutre-toi de beaux habits,
Lave et baigne ton corps !
Regarde avec tendresse ton petit qui te tient la main,
Et fais le bonheur de ta femme serrée contre toi !
Telle est la seule perspective des hommes !  »

Mais, perdu dans ses espérances, il n’en veut tenir compte, traverse la mer aux mille dangers, et arrive auprès d’  » Uta-napishtî-le- lointain  » Il lui pose la question : « Tu me ressembles tout à fait, et pourtant les dieux t’ont octroyé une vie sans fin ! Comment as-tu donc fait pour l’obtenir ? »

En réponse, Uta-napishtî entreprend le long récit du Déluge, adaptation du célèbre Mythe du Super-Sage. Acteur et survivant de cette épopée qui donne une nouvelle chance à l’homme, Uta-napishîti bénéficie de cette situation privilégiée, à la limite du monde des Dieux et du monde des hommes, mais immortel. Il met Gilgamesh à l’épreuve, le défiant de rester seulement  » six jours et six nuits sans céder au sommeil « , image de la mort. Il tient le pari, mais s’endort presqu’aussitôt profondément. Il devra donc admettre que l’immortalité n’est pas son lot.  » Et maintenant, que faire ? où aller ?Le Ravisseur se saisira donc de moi ! La Mort est déjà près de moi. Où que je fuie elle m’attend !  »

Saisie de pitié, la femme d’Uta-napishtî obtient de son mari qu’il ne le laisse désemparé après tant de courage. Il lui révèle l’existence et la cachette d’un végétal mystérieux, qui n’assure pas l’immortalité véritable, mais permet au moins de retrouver sa jeunesse et recule ainsi l’échéance. Défendu par de terribles épines, il faut aller le chercher au fond de la mer, dans un recoin secret. Gilgamesh y arrive, plonge et s’empare de la Plante de jouvence. Hélas, sur le chemin du retour, pendant qu’il se baigne pour réparer sa fatigue, un serpent la lui ravit. Ainsi s’écroule son ultime espoir. Le serpent a changé de peau, renouvelant sa vie, et la réflexion de Gilgamesh est amère autant que résignée.  » A quoi bon m’être ainsi épuisé ? a quoi m’être à ce point meurtri le coeur ? Je n’en ai rien retiré pour moi-même : j’ai seulement avantagé le serpent ! Et Gilgamesh se résigne. Le poète est concis, il le ramène chez lui, à Uruk, « exténué, mais apaisé » prêt à laisser aux hommes la cruelle et profonde leçon de son expérience. Il demeure « Celui qui a tout vu, connu le monde entier, et tout mis en mémoire ». Ces initiations manquées illustrent le caractère inéluctable de la mort. L’énergie démesurée de la jeunesse met un voile sur cette réalité. Il est vain de vouloir conquérir l’immortalité, même au prix d’épreuves surhumaines. L’homme doit vivre son expérience terrestre, avec les joies et les malheurs de l’existence, sans se soucier de sa fatale interruption. Il doit se contenter de l’immortalité de gloire et de renom qu’il avait obtenue avant sa quête. Mais il a sur son chemin, à travers ces épreuves initiatiques, trouvé la Sagesse et le pouvoir de transmettre son enrichissement

Justice humaine, justice divine, transcendance.

Un récit de la fin du 2ème millénaire, en langue akkadienne,  » Je veux louer le Seigneur de la Sagesse « , intitulé par les assyriologues  » Le Juste souffrant « , relate l’expérience d’un haut dignitaire de la cour royale, accablé par tous les maux et sauvé par le Dieu Marduk, seigneur de Babylone.

Au début du récit, il décrit sa déchéance : ses amis se sont éloignés de lui et sont devenus hostiles, il se plaint de la décrépitude de son corps en proie à toutes les maladies que les exorcistes ne peuvent soigner. Il ne voit d’autre issue que la mort. Il s’interroge sur les raisons de ce malheur. Il ne trouve aucun manquement dans son comportement religieux, ni faute ni péché. Il en conclut que la volonté divine est insaisissable pour l’homme.
 » Ô dieux Ea, Shamash et Marduk, quelles fautes ai-je donc pu commettre, pour qu’une telle malédiction me soit tombée dessus ? Mon Dieu ton châtiment pèse lourd, et pourtant je n’en connais pas la raison !  »

Depuis son enfance ce juste a cherché à comprendre le dieu et à honorer la déesse avec humilité et piété. Pourtant  » le dieu m’a apporté la disette au lieu de la richesse  » Par contre, c’est le scélérat, c’est l’impie qui a amassé la fortune  » La foule loue la parole d’un homme prééminent expert en crime, mais avilit l’être humble qui n’a pas fait de violence « .  » Le malfaiteur est justifié et on chasse le juste. C’est le bandit qui reçoit de l’or, tandis qu’on laisse affamé le faible. On fortifie la puissance du méchant, mais on ruine l’infirme, on abat le faible  »
Ce désespoir n’est pas l’expression de la vanité humaine, mais l’expérience de l’injustice dans le monde et de l’indifférence des Dieux. Mais finalement la Justice divine se manifeste, une série de personnages divins lui apparaissent en rêve, lui assurant la guérison et le bonheur. Marduk s’est apaisé et, dans sa miséricorde, il chasse tous les maux et le réintègre dans la société humaine. « Le Juste souffrant « , qui préfigure le Livre de Job et l’Ecclésiaste, est soumis à une véritable crise spirituelle et nous montre les rapports de l’homme avec les dieux ou le dieu.

La notion de Justice est essentielle et l’homme la considère comme rétributive de son comportement religieux.
* Le Mal, le péché sont l’apanage du comportement humain et non l’expression de la volonté divine.
* La distance entre les hommes et les dieux s’avère infranchissable.
* Ce qui permet d’approcher la notion de transcendance et de rendre l’homme comptable de son propre destin. En face de la création et des réalisations des dieux, on ne peut qu’admirer, même ce que l’on ne comprend pas. L’intelligence humaine ne lui permet pas de comprendre la pensée et les actions des dieux.
* Mais la prière, le culte, ou la résignation permet de trouver sa propre part de justice.
* A côté de la démarche rituelle et cultuelle, la quête de la Sagesse par une voie parallèle, initiatique, réinstaure l’homme dans sa dimension de créature privilégiée par l’esprit, manifestation suprême de la Justice divine.

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La Mésopotamie – L’origine des Grands Mystères

L’homme, la vie, la mort et la renaissance.

Les premiers voyages initiatiques de l’humanité s’effectuent sous l’égide d’Inanna-Istar, la déesse martiale et voluptueuse.

Elle est à l’origine de nombreux mythes et sa personnalité est exubérante. La déesse sémitique Istar se présente comme une divinité belliqueuse. Elle a annexé la sumérienne Inanna, déesse de l’amour physique, Delebat, déesse de la planète Vénus. Toutes les anciennes déesses se sont effacées devant elle.

Je célèbre la très haute, la plus vaillante des dieux !
Fameux sont ses exploits, ses menées sibyllines,
Elle est toujours à guerroyer et d’une activité déconcertante !
Devant dieux et rois elle  » valse « ,
De toute sa virilité !
Sceptre royal, trône, couronne lui ont été octroyés,
On lui a remis l’univers ! ( Poème d’Agusaya ).

Le poème le plus édifiant pour illustrer notre sujet :

La Descente d’Inanna aux Enfers

Inanna, qui réside au Ciel, décide de partir pour  » en-bas « , l’Enfer, dans le probable dessein de s’agréger un nouveau champ d’influence. Elle aspire à régner également sur le Monde Inférieur et supplanter sa soeur, Ereshkigal, souveraine du monde des Trépassés. Elle quitte un à un tous ses sanctuaires et prend tous ses pouvoirs, réduits symboliquement au nombre de sept, figurés par les sept parures.

 » Elle s’équipa des Sept Pouvoirs,
Elle coiffa donc le Turban, Couronne de la steppe,
Se fixa au front les Accroche-coeur,
Empoigna le Module de lazulite;
Disposa élégamment sur sa gorge les Perles couplées;
Se passa aux mains les Bracelets d’or;
Tendit sur sa poitrine le Cache-seins  » Homme ! viens ! viens ! »
S’enveloppa le corps du pala , Manteau royal,
Et maquilla ses yeux du Fard  » Qu’il vienne ! qu’il vienne ! »

Avant de partir, elle fait ses recommandations à son assistante, Ninsubur, pour le cas où elle serait malencontreusement retenue en Enfer. Elle devra alarmer tous les dieux, puis elle ira implorer les trois d’entre eux les plus puissants : Enlil, leur roi; Nanna, le père de la déesse; et surtout Enki, le Très Sage, sauveur de bien des situations. Elle devra les mettre en face de leurs responsabilités pour assurer sa prééminence et le caractère indispensable de son rôle ici-bas.

A son arrivée devant la porte de la citadelle infernale, elle réclame avec arrogance d’y être introduite aussitôt, sous le prétexte d’assister aux cérémonies funèbres en l’honneur de l’époux d’Ereskigal. Le portier remplit son office et va annoncer à sa maîtresse la visiteuse dont il décrit le port, la conduite et le voyage. Ereskigal, qui pressent quelque mauvais tour d’Inanna, ordonne qu’on l’introduise par les sept portes successives des remparts concentriques qui défendent le palais des dieux infernaux. Cette entrée par étapes, traduction des Pouvoirs et Règlements particuliers à l’Enfer, s’effectue selon un rituel de dépouillement.

« Et bien ! Inanna, entre !
Et lorsqu’elle eut franchi la première porte,
On lui ôta de la tête le Turban, Couronne de la steppe.
Que signifie ? dit-elle.
Silence, Inanna,
Les Pouvoirs du Monde d’En-Bas sont irréprochables ! »

Ainsi, à chaque porte, comme tous les autres nouveaux habitants de l’enfer, on va la dépouiller de ses parures et vêtements, c.a.d. de ses Pouvoirs du Monde d’En-Haut. Elle est de la sorte, matée, vidée de toute autorité et de toute vitalité, conduite par le portier sans résistance devant la reine des Enfers. Le tribunal des Sept Anunna est convoqué pour décider de son sort. Ils l’assignent à demeure en Enfer dans le même état définitif que les autres occupants de ce lieu et Ereskigal la condamne à  » demeurer morte  » ( ayant perdu tout pouvoir ). Ce n’est plus qu’un cadavre, que l’on suspend à un clou, tel un vêtement, une dépouille.

Passés trois jours et trois nuits, Ninsubur, ne voyant pas revenir sa maîtresse, se met en devoir d’entreprendre les démarches prévues pour la faire libérer. Enlil et Nanna refusent d’intervenir. Ils estiment que la déesse, en voulant s’occuper de  » choses interdites « , s’était mise dans son tort. Mais Enki se laisse toucher. Plus intelligent que les autres, il comprend quelle perte irréparable causerait à la marche du Monde la disparition d’Inanna. De plus, il est le seul dont l’ingéniosité soit en mesure de trouver la parade à la situation. De la crasse terreuse qui endeuille ses ongles, il modèle deux personnages qui représentent des invertis/travestis, bien connu dans la tradition mésopotamienne et susceptibles d’être admis dans le palais infernal. Il leur remet les ingrédients propres à ranimer la  » morte « , nourriture et breuvage porteurs magiques de vie et il les charge de les appliquer à Inanna pour la remettre sur pied. Les invertis sont futés, comiques, déterminés et baratineurs. Leur nature incertaine leur permit de pénétrer dans la chambre d’Ereskigal, qu’ils trouvent en mal d’enfant, et de jouer les commères venues assister la souveraine. Touchée par leur sollicitude, elle promet de tout faire pour les deux complices. Ils lui font prêter un serment solennel et ils vont demander « plutôt le cadavre suspendu au clou « . Requête insolite, mais que la reine, charmée par ses hôtes et tenue par son serment, ne pourra refuser de satisfaire. Les travestis administrent nourriture et breuvage et ramènent Inanna à la vie.

Mais les magistrats infernaux prescrivent l’indéclinable loi de cet empire : nul ne peut le quitter sans y laisser un remplaçant. Inanna ira donc le chercher sur terre, accompagnée par une bande de démons cruels, impitoyables et incorruptibles. Selon la jurisprudence, le répondant devait être pris dans la famille ou la domesticité du sujet à remplacer. Les démons voulurent d’abord s’emparer de Ninsubur, mais Inanna les retint. La troupe arrive alors près d’Uruk, dans la steppe, un des quartiers principaux d’Inanna. En compagnie de ses bergers, près de sa laiterie, Dumuzi, son amant s’y trouve. Il a l’air parfaitement à l’aise, comme si son amante n’avait jamais disparu, satisfait d’être le souverain unique de la cité. Furieuse de ce comportement, Inanna le livre aux démons pour qu’il aille tenir sa place aux Enfers.

 » Inanna porta sur lui un regard : un regard meurtrier
Elle prononça contre lui une parole : une parole furibonde
Elle jeta contre lui un cri : un cri de damnation !
C’est lui ! Emmenez-le !  »

Conscient du caractère inflexible et sans pitié des démons, Dumuzi fond en larmes et implore le frère d’Inanna, Utu, le dieu du Soleil, parce qu’il est juste et juge ( Utu, et son successeur sémitique Samas, était également considéré comme le dieu de la Justice ). Il le supplie de l’aider en le transformant en serpent. Utu l’exauce, il échappe aux démons et s’enfuit. Dumuzi part se cacher chez sa soeur, Gestinanna, laquelle implore en vain Inanna, et s’offre à le remplacer en Enfer. Il fallait un traître pour indiquer aux démons le refuge du malheureux. C’est la Mouche, sorte de  » destin » qui joue ce rôle et permet la capture. Alors, Inanna accepte la généreuse proposition de Gestinanna. En conséquence, Dumuzi et Gestinanna passeront chacun alternativement un semestre par an en Enfer. La mort de Dumuzi appelle ainsi une renaissance et la mise en oeuvre d’un Mystère qui consacre la vanité de vouloir nier la réalité fondamentale de la mort.

Il existe d’autres versions de ce Mythe. Nous retiendrons une variante akkadienne, qui date de la fin du IIème millénaire. Il ne s’agit pas d’une traduction de la descente d’Inanna. La descente d’Istar est plus concise, mais apparaissent des éléments que le texte sumérien ignore :

* la description de l’Enfer, « La Demeure d’où ne ressortent jamais ceux qui y sont entrés  »
* la supputation par Ereskigal des mobiles d’Istar

« Que me veut-elle ? Qu’a-t-elle encore imaginé ?
Je veux banqueter en personne en compagnie des Anunnaki (Doit-elle se dire)
M’alimenter comme eux de terre, et m’abreuver d’eau trouble
Déplorer le destin des jeunes hommes enlevés à leurs épouses,
Des jeunes femmes arrachées à leurs maris,
Et des bébés expédiés avant leur heure  »

* la mise à mal de la déesse par les soixante maladies.
* la malédiction de l’inverti après réussite de sa mission.
* mais le fait le plus marquant, c’est que la disparition d’Istar, n’apparaît plus, comme celle d’Inanna, une affaire de famille entre les dieux. C’est une catastrophe cosmique. Son absence met un terme à l’amour physique et au rut dont elle est la patronne, et bloque ainsi toute possibilité de naissance, donc de production des biens nécessaires aux dieux. « Nul taureau ne montait plus de vache, nul baudet ne fécondait plus d’ânesse, nul homme n’engrossait plus de femme à son gré.. ».

* C’est pourquoi Papsukkal, inconnu du récit sumérien, intervient pour obtenir la libération de la déesse, grâce à l’intervention d’Ea. Celui-ci crée l’inverti qui égaie Ereskigal et lui soutire un serment. Elle est ainsi tenue à ranimer Istar et à la faire sortir de l’Enfer. Son lieutenant Namtar asperge Istar d’eau vitale, lui fait repasser les sept portes en la revêtant à chacune d’elle des symboles de ses puissances. « Quand il lui fit franchir la septième porte, il lui restitua la Grand-Couronne de sa tête « . Elle repart seule à la recherche de son remplaçant. Ereskigal fait en sorte que Dumuzi/Tammuz se présente à l’aise et épanoui, partageant ainsi avec Istar la responsabilité de la descente de celui-ci aux Enfers.

* Entièrement nouveau aussi, la  » remontée  » semestrielle de Tammuz. Les versions différentes du Mythe, les additions, les correctifs, semblent avoir pour but sa mise en œuvre liturgique. Il s’agissait, entre autres, d’expliquer le rythme annuel de la vie végétale. Dans ce pays la terre verdoyait les six mois de température modérée, de décembre à juin, puis s’épuisait sous la chaleur estivale. Au mois de Dumuzi / Tammuz ( juin ), on célébrait la mort du dieu et sa descente en Enfer. En Kislim – décembre – on fêtait sa remontée.

Interprétations.

Dans la version sumérienne, Inanna a l’ambition de conquérir le monde de l’Enfer, donc de supprimer la mort. Son échec condamne le roi Dumuzil, mais il devient le fondement d’un Mystère : il devra mourir en été pour renaître en décembre. La mort rituelle d’Inanna, symbolisée par la perte des puissances à chacune des sept portes, est suivie d’une résurrection qui entraîne la mort de Dumuzi et sa renaissance tous les six mois. En conséquence, les hommes doivent accepter l’alternance vie-mort et peuvent espérer un salut après la mort.

La version akkadienne souligne l’importance du hieros gamos Istar / Tammuz dont l’interruption par la mort prend une dimension cosmique avec la disparition imminente de la Vie, la menace du chaos. Ce Mystère, qui s’enrichit après la découverte de l’agriculture, devient le support d’une explication unitaire du monde, de la vie et de l’existence humaine. Il transcende le monde végétal, puisqu’il gouverne également les rythmes cosmiques, la destinée humaine, et les rapports avec les dieux. Les antinomies fondamentales : vie / mort, chaos / cosmos, stérilité / fertilité se résolvent dans ce Mystère qui sera la source d’une liturgie. Les rois de Sumer et plus tard les rois akkadiens, incarnent Dumuzi dans le hieros gamos avec Inanna, ce qui implique l’acceptation de la mort rituelle du roi et les lamentations lors de la descente du jeune dieu aux Enfers, le 18 du mois de Tammuz ( juin-juillet ). Ainsi se célébrait tous les ans la destruction du monde ou son retour à un état pré-cosmogonique, et sa recréation.

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La Mésopotamie – La grande genèse babylonienne

De la Création de l’homme au Déluge.

Cette genèse est décrite dans un texte littéraire du 18ème siècle, à l’époque babylonienne ancienne, en langue akkadienne sous le titre Atrahasis qui signifie le  » Très Sage  » ou le  » Super Sage  » Le thème est la création de l’homme, sa destruction par le Déluge, et le renouveau de l’humanité, grâce à l’intervention du dieu Enki-Ea et de son protégé, le dévot Atrahasis.

1. Avant la création de l’homme.

 » Lorsque les dieux faisaient l’homme ( faisaient le travail de l’homme),
Ils étaient de corvée et besognaient
Considérable était leur besogne
Leur corvée lourde, infini leur labeur. ».

* Les deux classes originelles des dieux : le groupe des dirigeants, Anunnaku ; le groupe des manoeuvres, les Igigu.
* Ceux-ci protestent, épuisés par l’excès de leur travail.
* Panique chez les Anunnaku qui tiennent conseil de guerre.
* Enlil, le souverain des dieux, charge Nuska ( son page ) d’une mission de conciliation qui échoue. Desarroi des dieux et de Enlil.

2. La création de l’homme.

* Enki-Ea propose un plan de salut : créer des remplaçants pour les dieux défaillants. Il fait appel à la sage-femme des dieux, Mammi l’experte :  » c’est toi qui seras la matrice à produire les hommes « . On immolera un dieu, ( le dieu Wê ) et sa chair et son sang seront mélangés à l’argile.

Le meurtre indispensable de la victime choisie aura lieu au cours d’une fête comportant un bain rituel, afin que les auteurs puissent se purifier aussitôt de la souillure ainsi contractée. Il ne s’agit donc pas d’un meurtre légal pour faute commise, mais d’un sacrifice. Une fois prêt le mélange argile+chair et sang de Wê, Enki le présente aux Grands-dieux, lesquels crachent dessus, pour lui transmettre magiquement quelque chose d’eux-mêmes.

 » De par la chair du dieu
Il y aura en outre dans l’homme, un esprit,
Qui le démontrera toujours vivant après sa mort,
Et cet esprit sera là pour le garder de l’oubli !  »

* Etablissement de la reproduction des hommes.

Sous l’invocation d’Istar ( Patronne de l’amour physique ) le cycle des générations est amorcé et les hommes se mettaient avec entrain au travail et ainsi commençait l’histoire primitive de l’humanité.

3. L’histoire primitive de l’humanité.

a ) Les premiers fléaux.

Le travail et la réussite des hommes élargissent le territoire et la population se trouve multipliée. En réalisant leur vocation native, ils assurent aux dieux une existence plantureuse, mais ils prospèrent, leur vie est longue, et ils accroissent ainsi la rumeur. Et ce tapage indispose le souverain de l’univers, Enlil. Aussi maladroit que lors de la révolte des dieux, il veut réduire le vacarme par le procédé sommaire qui consiste à supprimer les auteurs. Il va expédier à la foule bruyante des hommes des fléaux dans le but de les décimer, sans s’aviser, car il est trop niais, qu’il supprime ainsi un facteur d’équilibre indispensable. C’est pourquoi Enki-Ea prendra leur défense et va tout faire pour les aider à échapper à la volonté destructrice d’Enlil.

C’est là qu’intervient Atrahasis, le Super-Sage. Ce personnage est présenté comme le dévot, l’interlocuteur favori d’Enki-Ea. Disons celui par lequel il préférait faire passer ses messages aux hommes. Le Super-Sage, en qualité de souverain du pays, responsable de ses sujets, implore Enki au moment où les fléaux surviennent, et son Maître d’en haut lui donne les conseils propres à sauver son peuple.

* L’Epidémie.
Gêné par leur tapage, Enlil veut les décimer par l’épidémie.
Le Très Sage, dévot d’Enki, a pour mission de détourner les hommes du culte des dieux et de les conduire à édifier un sanctuaire pour Namtar qui suspendra l’action maléfique. L’épidémie les quitta et la prospérité reprit.

* Sécheresse et Famine. Avec la prospérité, le bruit reprend et Enlil envoie Sécheresse et Famine, un moment atténués par Enki et le Super Sage. Mais Enlil renforce les deux fléaux et convoque Enki et ses complices qui ont bafoué ses ordres. Et il impose aux dieux sa volonté de provoquer le Déluge exterminateur.

b ) Le Déluge.

* Super Sage fait appel à Enki qui lui répond par un rêve : en attendant le Déluge,  » Jette à bas ta maison, pour te construire un bateau ! Détournes-toi de tes biens pour te sauver la vie ! Le bateau que tu dois construire, équilatéral, Toiture- le, pour que le soleil n’en voie pas l’intérieur! Et son équipement devra être solide, son calfatage épais et résistant !  »

Enki remplit la clepsydre, la réglant pour l’arrivée du Déluge sept jours après. Atrahasis embarque les familles et les animaux, invite ses gens à un banquet, obture l’écoutille avec du bitume lorsque le dieu Adad commence à gronder. Le vent furieux rompt les amarres, alors que sur la terre, l’anathème passe, le soleil disparaît, les gens meurent comme des mouches. Pendant sept jours et sept nuits, la désolation se poursuit.

* Les dieux, à l’exception d’Enlil, sont atterrés, surtout la sage femme divine, Mammi l’experte.
* Le Déluge s’arrête, le bateau aborde le sommet où il fera relâche, le Très Sage expédie des oiseaux pour savoir s’il peut débarquer. Le corbeau ne revient pas et le Très Sage disperse tout aux quatre vents. Il dispose un repas sacrificiel sur le sommet de la montagne Nisir, à l’intention des dieux. Le mont Nisir ou Niçir était situé dans l’actuel Kurdistan. C’était vraisemblablement l’actuel Pir Omar Gudrun ( 3000 mètres ). Son nom évoquait en langue akkadienne la  » protection « , mais aussi le « mystère ».

* Fureur d’Elil lorsqu’il constate qu’il a été joué. Enki revendique la responsabilité d’avoir sauvé un être vivant et montre que les hommes sont indispensables à l’équilibre du monde.
* La colère d’Elil s’apaise et il prend deux décisions :
1. Il accorde l’immortalité à Supersage, survivant du Déluge.
2. Pour éviter à l’avenir la surpopulation, l’homme sera mortel :  » Ô divine Matrice, toi qui arrête les destins, impose donc aux hommes la mort. Chez eux, outre les femmes fécondes, il y aura des femmes infécondes. Chez eux sévira la Démone-éteigneuse, pour ravir les bébés aux genoux de leurs mères. Institue-leur pareillement des femmes consacrées avec un interdit particulier pour leur défendre d’être mères ! « .

Ainsi, le poème d’Atrahasis, véritable récit mythologique, ( création de l’homme, sa destruction et le renouveau de l’humanité ) donne à l’homme son autonomie, mais en lui donnant les limites de la mort et instituant une théogonie fondée sur la faute et son assomption par le culte.

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La Mésopotamie – Le Mythe babylonien de la Création

Cette épopée a été composée vraisemblablement sous le règne de Nabuchodonosor, vers la fin du 2ème millénaire et s’intitule Enûma Elish, » Lorsque là-haut… ».

Ce mythe est la mise en oeuvre la plus achevée des conceptions mésopotamiennes en matière de cosmogonie, de théogonie et d’anthropogonie. L’oeuvre comporte sept chants et se pose comme un argument destiné à démontrer l’accession de Marduk à la prééminence absolue sur les dieux, le monde et les hommes..

Le poème commence ainsi :
« Lorsque Là-haut
le ciel n’était pas encore nommé,
Et qu’ici-bas la terre ferme
N’était pas appelée d’un nom,
Seuls Apsû le premier,
Leur progéniteur,
Et mère Tiamat, leur génitrice à tous,
Mélangeaient ensemble leurs eaux
Ni bancs de roseaux n’y étaient encore agglomérés,
Ni cannaies n’y étaient discernables. »

C’est le Chaos originel, une matière aqueuse mais orientée selon un axe vertical avec une bipolarité qui oppose l’En-Haut à l’En-Bas : substrat au sein duquel les eaux douces et amères, Apsû et Tiamat, principe mâle et femelle sont intimement mêlés. De ce Chaos, et d’Apsû et Tiamat, naissent des générations de divinités turbulentes qui, par leur mouvement même, jettent le trouble dans l’univers originel immobile, silencieux et obscur. La procédure de la création suit le modèle de la procréation, largement attesté par la littérature sumérienne et akkadienne. Le corps féminin, déjà, est considéré comme le lieu d’une mutation. De plus, les dieux étant les artisans de la genèse du monde, l’auteur complète le récit cosmologique par un discours sur les dieux. Il évoque, de génération divine en génération divine, la dissociation progressive des dieux d’avec la matière primordiale dont ils sont issus.

Des conflits résultent de cette situation, dont les épisodes sont sanglants. La crise est résolue par Ea qui, à l’aide d’un philtre, met à mort Apsu. Sa mort est sacralisée par l’édification du Palais de l’Apsu où fut procréé par Ea et Damkina son épouse,  » le Sage des Dieux  » qui ne téta jamais que des mamelles divines : Marduk. Tiamat prend la tête des puissances du Chaos contre tous les dieux, sa progéniture. La Mère-Abîme met au monde des Dragons- géants, au corps rempli de venin, des Léviathans féroces, des Hydres, des Lions colossaux, des Bisons gigantesques, et toutes sortes de Monstres armés pour la destruction du monde. Parmi les jeunes dieux épouvantés, nul n’a le courage de l’affronter. Mis en avant par Ea, seul Marduk accepte le combat, mais il demande les pleins pouvoirs, que lui accordent les dieux. Sa victoire est totale, il tue Tiamat au cours d’un combat singulier, et, nouveau souverain de l’Univers, il organise le cosmos. Le mythe fonde l’ordre politique du monde, et cet ordre est monarchique.

Marduk se met à l’oeuvre et accomplit l’acte fondateur : il divise le corps de Tiamat en deux comme un poisson à sécher et le dispose en deux moitiés se faisant face. Ce geste qui divise pour ordonner donne également le jour, chacune des moitiés ainsi séparées étant comme le reflet spéculaire de l’autre, à la dynamique de l’analogie : Selon les Mésopotamiens, l’univers est parcouru par un vaste réseau d’homologies qui tend à rapprocher jusqu’aux choses les plus éloignées.

Dans la suite du récit, on assiste à la mise en oeuvre d’un autre modèle de création : le réel étant assigné dans le terme qui l’exprime, il suffit au dieu créateur de prononcer un nom pour que la chose désignée existe. En disant les faits, la parole les instaure.

* La cosmogonie.

Dans la partie supérieure du substrat, l’En Haut, Marduk crée une grande demeure qu’il nomme E. Sara, demeure de la totalité, et qui est le Ciel, la résidence des dieux, ornée d’astres et de constellations.  » Il y fit occuper leur place à Anu, Enlil et Ea « . Ce Ciel abrite tous les dieux, principalement les dieux cosmiques, personnifications des diverses parties d’un cosmos en devenir. Il préfigure l’accomplissement de l’œuvre en gestation : partie supérieure de l’univers, il est déjà la représentation de la totalité. Il est conçu comme l’image en miroir de l’Apsu, le palais du monde inférieur, tout comme Babylone, qui se situera sur le plan médian du cosmos et au cœur du monde sera à son tour érigée selon le modèle de l’E. Sara.

Ayant crée la représentation de l’espace, le démiurge dote les constellations et les astres d’un mouvement régulier qui anime le cosmos. En d’autres termes il crée le temps, trajectoire du monde dont il réglemente la durée.

 » Il y suscita en constellations
Les Etoiles qui en sont les Images.
Il définit l’Année,
Et pour les douze mois,
Il suscita à chacun trois Etoiles…
Il fixa la Station de la Polaire pour définir la cohésion des Astres
Il établit, jouxte ladite Polaire,
Les Stations d’Enlil et d’Ea…
Puis il fit apparaître Nanna ( Lune )
A qui il confia la Nuit.
Il lui assigna le Joyau nocturne
Pour définir les jours…..
Au premier du mois,
Allume-toi au-dessus de la Terre….
Au quinzième, chaque mi-mois,
Mets-toi en conjonction avec Samas ( Soleil )
Pour qu’au trentième, derechef,
Tu te trouve en conjonction avec lui.
En suivant ce chemin,
Définis les Présages :
Conjoignez-vous
Pour rendre les sentences- divinatoires.

Avec l’autre moitié de Tiamat, Marduk détermine la configuration de la Terre : de ses yeux coulent le Tigre et l’Euphrate, sur ses mamelles s’entassent les montagnes lointaines, d’une boucle de sa queue et de sa croupe, il soutient le Ciel et consolide la Terre.

L’espace et le temps étant crées, Marduk décida la création de l’homme, pour que  » sur lui repose le service des dieux, pour leur soulagement  »

* L’anthropogonie.

Marduk délègue à son père Ea le soin de créer l’homme, ambigu, d’argile et de sang divin, dont la vie s’inscrit dans les limites de l’espace et du temps, qui est mortel, mais qui se reproduit socialement. L’homme est l’artisan de la pérennité du monde et il est créé pour assurer le culte des dieux, sans lequel ils ne peuvent vivre.

Marduk dit à Ea :
 » Je vais condenser du sang,
Constituer une osssature
Et susciter ainsi un Prototype humain
Qui s’appellera  » Homme  » !
Pour que lui soient imposées les corvées des dieux
Et qu’eux soient de loisirs  »

Ea se fit livrer le dieu Qingu qui avait poussé Tiamat à la révolte.  » On le saigna, et de son sang Ea produisit l’Humanité « .

Alors, Marduk, le Roi glorifié, répartit les dieux dans leurs domaines. Le Ciel à Anu qui prend en charge les Anunnaki au complet, la Terre à Enlil, l’étendue des Eaux à Ea. Pour glorifier Marduk, leur Seigneur, les dieux Anannuki lui proposent de construire un Sanctuaire.  » Faites donc Babylone ! » dit-il. Les Anannuki creusèrent le sol, moulèrent des briques, élevèrent le faîte. Ils construisirent de même la haute Tour à étages de ce nouvel Apsû et ils y aménagèrent un Habitacle pour Anu; Enlil, et Ea.

 » Alors, en majesté,
Il vint prendre place devant ces derniers
Depuis le pied de l’Esara ( Temple universel )
On en pouvait contempler le pinacle !…..
Le Seigneur, dans le Lieu très auguste
A son Banquet invita
Les dieux, ses pères.
 » Voici, leur dit-il, Babylone,
Votre Habitacle et Résidence,
Ebattez vous-y ! Rassasiez- vous de sa liesse ! « .

Puis c’est l’investiture solennelle et définitive, le couronnement de Marduk : les dieux procèdent à l’Oblation, Marduk leur distribue les Stations du Ciel et de la Terre. Les Grands dieux, au nombre de cinquante, prirent place et chargèrent de décisions les Dieux- des Destins, au nombre de sept.

Anu érigea un Trône-royal
Qui dépassa ceux des autres dieux
Et au milieu de l’Assemblée des dieux,
Anu y installa Marduk
Et les Grands dieux unanimes,
Exaltèrent les destins de Marduk
Et se prosternèrent devant lui.
Ils formulèrent d’eux-mêmes
Un serment exécratoire,
Jurant par l’Eau et l’Huile
Et la Main à la gorge,
Ils lui octroyèrent
D’exercer la Royauté sur les dieux,
Le confirmant dans le Pouvoir absolu
Sur les dieux du Ciel et de la Terre. ( Roi des dieux de l’univers entier : Lugal. dimmer.an. ki a. )

Ainsi l’assassinat d’Apsu ouvre la série de  » meurtres créateurs « . La cosmogonie est le résultat d’un conflit entre deux groupes de dieux, mais la troupe de Tiamat comporte également ses créatures monstrueuses et démoniaques. La primordialité est présentée comme issue des « créations négatives  » : c’est de la dépouille de Tiamat que Marduk forme le Ciel et la Terre. Le Cosmos est constitué d’une double nature. Une matière ambivalente, sinon démoniaque, et une forme divine, puisqu’elle est l’oeuvre de Marduk. La voûte céleste est formée de la moitié du corps de Tiamat, mais les étoiles et constellations deviennent demeures ou images des dieux. La terre elle-même comprend l’autre moitié de Tiamat et ses divers organes, mais elle est sanctifiée par les cités et les temples. Le monde s’avère être le résultat d’un mélange de primordialité chaotique et démoniaque, d’une part, et de créativité, présence et sagesse divines, d’autre part.

La création de l’homme prolonge la tradition sumérienne, mais il s’ajoute un élément important : l’homme est constitué d’une matière démoniaque, le sang de Qingu. L’homme semble condamné par sa propre genèse. Son seul espoir, c’est qu’il a été façonné par Ea. Il possède donc une forme crée par un grand dieu.

Dans la cosmogonie, comme dans l’anthropogonie, il existe une similitude : la matière première provient d’une divinité primordiale déchue, démonisée et mise à mort par les jeunes dieux victorieux.

L’Enûma elis se présente donc comme un ouvrage érudit et didactique, en même temps qu’ apolégétique et théologique. Ce texte de toute beauté, construit avec art et rigueur est une savante synthèse de mythes préexistants qui embrasse toutes les interrogations concernant l’univers, le fonctionnement du Cosmos, l’origine de l’homme.

Cette épopée aboutit à la sacralisation de Marduk, dans une glorification extrême. La supériorité absolue de Marduk le légitime dans le rôle de souverain des dieux et des hommes qui est désormais le sien. La présentation de cette toute puissance, avec le culte qui l’accompagne se pose comme une démonstration tendant à l’hénothéisme.

Le Mythe babylonien de la création, qui consacre le triomphe théologique de Marduk, ne doit pas nous masquer l’importance d’écrits antérieurs, dont l’origine est toujours sumérienne, mais que l’esprit et la langue akkadiennes ont enrichis. Le récit du Déluge a un double intérêt. C’est un mythe de la création de l’homme, de la soumission de l’homme aux dieux, de la punition du mal, de la renaissance. Il constitue d’autre part l’origine très lointaine du récit biblique.

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La Mésopotamie – La religion

Les oeuvres qui composent l’ensemble littéraire de la mythologie baignent toutes dans un contexte surnaturel. En Mésopotamie, la religion constituait le cadre propre de la mythologie.

Le terme de religion définit l’attitude des hommes vis à vis d’un ordre de choses qu’ils appréhendent obscurément et d’instinct comme supérieur à eux-mêmes et à tout ce qui les environne ici-bas. Cet appel vers le haut implique la notion de surnaturel, de sacré, de numineux (*), et suscite une double émotion : ou l’homme le redoute et il se sent pris devant lui d’un sentiment de crainte et d’éloignement; ou il l’attire et il éprouve le besoin de se rapprocher de lui. Le sacré fascine et inquiète et donne naissance au sentiment religieux. L’obscure approche du Sacré et de l’Etre divin pousse l’homme à le sortir de sa virtualité, à le connaître. Et puisqu’il n’est pas immédiatement perceptible, à l’imaginer, en forgeant tout un système de représentations à son sujet : toute une idéologie religieuse. Le sentiment religieux associé à l’idéologie religieuse conduisent à un comportement religieux, afin d’établir une relation avec le  » « monde d’en haut « .Les manifestations religieuses précèdent de très loin les transcriptions cunéiformes et sont soumises à des transmissions orales non figées dans une histoire, car elles ne font références à aucun créateur. Elles traduisent seulement les représentations collectives du sacré qu’une tradition immémoriale a élaborée. Il s’agit d’une Religion primitive, non codifiée par des livres saints, mais évoluant au gré des cultures, dont elle représente la face tournée vers le surnaturel.

I. La religion primitive.

II. Avant l’histoire, ces populations se sont trouvées devant la nécessité de donner forme et contenu à cet « ordre de choses tout à fait supérieur à eux et à tout ce qui les environnait ici-bas « . Le ciel immense, la terre sans fin; les astres, les météores, le vent, la pluie ; l’orage avec ses foudres, cette nappe d’eau douce sous la terre avec ses sources, les fleuves qui apportaient la vie au pays, la mer infinie et secrète, le feu énigmatique, la croissance des plantes et des animaux, le rut des bêtes et la passion amoureuse des humains : tous ces phénomènes énormes et surprenants, perpétuels et réguliers, paraissaient émaner de desseins réfléchis d’une volonté pareille à celle qui commande à la vie de chacun. Devant cette puissance surnaturelle, les hommes se sentaient remplis d’admiration, de révérence, de perplexité et d’effroi. Pour en rendre compte, écarter le mystère et l’absurdité apparente, ils s’en rapportent au seul type de causalité libre et efficace qui leur est familier: la leur propre. Et de poser à l’intérieur de ces manifestations d’une force énigmatique et surhumaine, un animateur caché, une personnalité comparable à la leur : active, spontanée , réfléchie. Mais dotée d’un pouvoir et d’une intelligence très supérieure et non soumise aux faiblesses humaines : la mort, la maladie, la peine; la déchéance. C’est ce que l’on appelle l’anthropomorphisme. Ainsi, chaque grand phénomène inexplicable de la marche du monde devait avoir son dirigeant, son manipulateur, son moteur : les Mésopotamiens étaient polythéistes. De là provient le nombre surprenant de divinités: quelques centaines.

Chacune de ces divinités était donc attachée, d’abord, à l’un des grands secteurs ou des grands mouvements de la nature.

* An était le dieu de la partie supérieure de l’univers, de l’En-haut, du Ciel.
* Ki, de l’En-bas, de la Terre.
* Enlil, celui de l’espace aérien et mobile, intermédiaire, comme l’Air, l’atmosphère
* Enki, celui de l’Apsû : la nappe souterraine d’eau douce.
* Utu, celui du soleil.
* Nanna, de la lune
* Et d’autres se trouvaient en charge des divers astres et constellations ou des plantes et de certains animaux et ainsi de suite…..

Ces nombreux représentants du monde surnaturel étaient structurés en familles construites comme celles d’ici-bas sur le mode patriarcal, et hiérarchisées à l’image des maisons souveraines. A l’époque des Cités Etats, chaque unité politique se présente avec un pouvoir temporel, coiffé d’un gouvernement surnaturel de divinités, organisées et hiérarchisées autour du souverain divin de la ville et de son territoire dans un panthéon local. Vers la fin du 3ème millénaire, on assiste à une réduction et à une mise en ordre de ces multiples panthéons et trois dieux suprêmes garderont leur place jusqu’à la fin de l’histoire du pays : An, Enlil, Enki. Conformément à l’idéologie monarchique traditionnelle, ils détenaient l’autorité souveraine sur l’univers des dieux, des hommes et des choses. L’autorité, le commandement efficace était entre les mains d’Enlil. An n’était pas seulement son père, mais surtout le fondateur et le garant de la dynastie divine régnante, retiré et laissant le pouvoir à son fils, ultime recours en cas de crise grave. Enki tenait la fonction technique du pouvoir : le plus intelligent, le plus informé, avisé, subtil et sage, le plus actif aussi. Il était auprès du souverain comme son premier ministre, conseiller , expert en toutes choses, résolvant toutes les difficultés en somme l’oeil et le cerveau du monarque dont il guidait et corrigeait le bras aisément maladroit et brutal.

A la fin du 3ème millénaire, le patrimoine culturel sera absorbé par les Sémites. On assiste à une akkadisation des noms des dieux : An en Anu, Enki en Ea et à l’apparition de personnalités nouvelles comme la sémitique et belliqueuse Istar qui absorbe la sumérienne Inanna déesse de l’amour physique et Delebat déesse de la planète Vénus. Sa personnalité est devenue si exubérante et envahissante que presque toutes les autres déesses se sont effacées devant elle. Elle représente le plus haut degré de la nature divine au féminin.

Avec la réduction du personnel divin, apparaît un changement dans le rôle des dieux. Ils prennent de la distance avec les phénomènes de la nature et de la culture. Ils s’individualisent, sont auréolés d’une certaine majesté. Ils sont imaginés raisonnables et sages jusque dans leurs colères. Leur gravité, leur dignité les placent très haut, on insiste sur les traits qui soulignent leur incommensurable distance : cette démarche souligne leur transcendance.

Parallèlement, ils prennent en charge tous les impératifs, toutes les prohibitions qui réglementent la vie humaine. Tout manquement constitue une offense à leur autorité, une révolte, un péché qui mérite sanction : l’action des dieux, auparavant restreinte à la nature s’étend à l’histoire des hommes, selon un plan qu’ils sont seuls à connaître. L’homme est soumis à leur Justice ou rapporte ce qui lui arrive de mauvais à un châtiment venant d’en haut : le mal par le mal.

A partir de Sargon le Grand les rois sont à la tête de concentrations de territoires et investis d’une autorité immense. De la même façon, pour le monde d’En-Haut, on cherche à réunir entre les mains d’un seul personnage surnaturel l’autorité suprême sur l’univers. Il y a là comme une timide aspiration hénothéiste. Ainsi, vers le milieu du 2° millénaire, Marduk, un dieu  » jeune « , fils d’Ea fut proclamé par les prêtres et les docteurs de Babylone, souverain absolu de l’univers, repoussant Enlil dans une sorte d’honorariat. Ce sursaut d’hénothéisme n’a cependant pas ébranlé le polythéisme.

II. Le comportement religieux.

Le culte officiel rendu aux dieux était tiré du modèle royal, calculé et transposé, magnificence en plus , des services que les rois attendaient de leurs sujets. Dans cette religion anthropomorphique, tous ces services étaient d’ordre matériel : on devait représenter les dieux, les loger, les meubler et les fournir de biens d’usage et de luxe, les nourrir, les vêtir, les promener et leur assurer leur vie de famille, tout comme ces êtres de chair et d’os qu’étaient les rois.

On leur bâtissait donc, entourés de grands murs percés de portiques grandioses, des temples magnifiques, édifiés autour d’une pièce centrale qui jouait le rôle du « Saint des Saints » de la Bible, et qui était entourée de salles sans nombre, de chapelles, de vestibules et de cours cérémonielles. Dans l’une de celle-ci s’élevait une tour à étages ( ziqqurat, pointue, en akkadien ) couronnée d’un petit sanctuaire et semblant relier le ciel et la terre. Tout un mobilier précieux, lits , tables et trônes, garnissaient ce somptueux habitacle.

Le Temple, c’était la maison du dieu, souvent situé en pleine ville. Il l’habitait en personne, sous les apparences de sa précieuse statue du culte, faite d’une âme de bois rare plaquée de feuilles d’or ou d’argent et adornées de pierres fines. Elle occupait la place d’honneur, dans le  » saint des saints « , entourée des images des divinités qui composaient sa famille et sa cour : sa déesse parèdre ( qui siège à côté ) , ses enfants, ses familiers et ses hauts fonctionnaires.

Le Temple était le théâtre du cérémonial magnifique dont les rituels fixaient dans le détail tout le déroulement. Le culte quotidien était organisé autour de la table, mais nul sacrifice n’y intervenait comme tel, si ce n’est les animaux choisis pour le repas. Ces repas, servis quatre fois par jour, comportaient des menus variés et précieux, accompagnés de boissons servies dans des coupes d’or, et rehaussés de fumigations odorantes, de musiques et de chants sacrés. On faisait aussi la toilette du dieu, le revêtant d’habits précieux, et le sortant dans une procession solennelle, pour le conduire dans la ville et dans les campagnes, vers des sanctuaires disséminés un peu partout et servant de reposoirs.

La liturgie semble avoir été annuelle et mensuelle. La plus célèbre inaugurait l’an neuf , au printemps, au mois de Nisan ( fin mars, début avril ). Elle durait onze jours et semblait vouloir réaliser une refonte générale, pour entrer dans un temps nouveau. A la même époque, on célébrait le mariage du dieu, la hiérogamie. Au début, cette cérémonie était célébrée avec un certain réalisme, par le roi couchant avec une prêtresse choisie. Plus tard, les statues du roi et de son épouse étaient apportées en grande pompe dans une salle  » nuptiale  » et laissées côte à côte dans leur  » lit conjugal  » toute la nuit. Les rituels liturgiques consignaient, pour chaque jour de chaque mois, les obligations religieuses, les dieux à honorer particulièrement, les gestes pieux recommandés, les aliments et démarches déconseillés ou défendus.

Le Temple, comme les autres chapelles, était ouvert au public, hormis telle ou telle partie considérée comme plus  » sacrée  » et accessible seulement aux membres du clergé. Celui-ci est peu connu, ou tout au moins est-il difficile de séparer les fonctions proprement religieuses des fonctions administratives. A côté des prêtres, figuraient des prêtresses dont certaines étaient astreintes sinon au célibat, et encore moins à la chasteté, mais à l’obligation de ne point faire d’enfants. Quelques unes vivaient ensemble et à part, dans une sorte de béguinage. Il existait des catégories, notamment dans le personnel sacré officiant ,tels les prostituées ou les prostitués, les hiérodules, intervenant lors des hiérogamies. ( prostitué : exposé aux yeux, impudique ).
Le culte sacramentel avait pour fin propre d’obtenir que les dieux écartent le mal causé aux hommes par la cohorte des démons, produits de l’imagination religieuse, pour rendre compte des malheurs survenus sans raison apparente. Censés d’abord agir de leur propre chef, par pur sadisme, ils ont été assez vite rangés sous la coupe des dieux,  » gendarmes  » exécuteurs de leurs sentences. Car en vertu de l’image politique du pouvoir des dieux, on leur reconnaissait une fonction de justice rétributive qui leur permettait de châtier les manquements à leurs volontés souveraines. Les procédés les plus archaïques pour chasser ces démons ont été de l’ordre de la magie. Mais la ritualisation des gestes et des discours, dans des cérémonies proches des dieux, étaient plutôt de l’ordre de la théurgie et de l’exorcisme. théurgie : theos, dieu, ergon, oeuvre. exercice magique qui procurait une relation avec les divinités bienfaisantes.

Le culte sacramentel ne se pratiquait pas nécessairement dans le Temple, mais, selon que le rituel l’exigeait, soit auprès du malade, soit à portée d’eau courante, soit dans la steppe. Toutefois, le lieu précis où on l’exécutait devait toujours purifié et sacralisé par des procédures appropriées. Ce culte avait son officiant particulier, membre du clergé : l’exorciste. Il s’agissait toujours de manipulations utilisant l’eau, le feu, ou d’autres matières chargées de vertus spécifiques et accompagnées de prières et d’adresses aux dieux. On peut rattacher à ce même culte un certain nombre de pratiques, notamment de divination déductive qui mettaient en jeu la science et la technique de l’opérateur, des appels aux dieux, sans parler du sacrifice ritualisé des animaux dans les entrailles desquels les aruspices cherchaient à décoder l’avenir.

Reste la liturgie familiale, avec ses rites funéraires. Le corps, avant l’ensevelissement devait être lavé, habillé et exposé. La mise en terre se faisait dans le sous-sol de la maison, dans une aile réservée à la sépulture, près de la chapelle domestique. Une fois par mois, lorsque la lune, en disparaissant, ramenait la pensée vers la mort, chaque famille se rassemblait autour d’un repas cérémoniel, en partageant les mêmes vivres, affirmant leur communion familiale. On l’appelait, en akkadien, kispu, d’une racine kasâpu, qui signifie quelque chose comme  » rompre le pain pour le partager « . et les morts, eux-aussi, étaient censés prendre part, mystérieusement, au repas. A l’autre bout de l’existence, à la naissance, des cérémonies analogues se pratiquaient sans doute en famille, mais nous n’en savons presque rien.

Ce comportement religieux repose sur l’expression ou l’exploitation rituelles des mythes cosmogoniques, théogoniques et anthropogoniques qui sont largement décrits dans la littérature sumérienne puis akkadienne. Au fil des siècles, ces récits sont repris, affinés et nous nous attacherons aux plus riches et significatifs d’entre eux, en notant que certains sont à l’origine de passages bibliques.


(*)Le numineux est, selon Rudolf Otto et Carl Gustav Jung, ce qui saisit l’individu, ce qui venant « d’ailleurs », lui donne le sentiment d’être dépendant à l’égard d’un « tout Autre »
Numineux — Wikipédia