AU-DELÀ DE DARWIN – Pour une autre vision de la vie


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Auteur : Staune Jean
Ouvrage : Au-delà de Darwin Pour une autre vision de la vie
Année : 2009

 

Introduction
Prière de laisser le dogmatisme au vestiaire

Sommes-nous, comme le croyait le prix Nobel de médecine Jacques
Monod, de « glorieux accidents~ le résultat incroyablement
chanceux d’un processus aveugle et aléatoire qui, sur la troisième
planète d’un système solaire, a, par une incroyable série d’heureuses
coïncidences, pu mener jusqu’à des êtres suffisamment
évolués pour être pourvus de conscience et réfléchir sur le sens de
leur existence ? Ou, comme le croyait le célèbre paléontologiste
et jésuite Pierre Teilhard de Chardin, une croissance continue de
la complexité vers des formes de vie de plus en plus élaborées estelle
inscrite dans les lois mêmes de l’Univers?
C’est une question qui a d’importantes implications philosophiques,
voire théologiques, qui bouleverse complètement,
dans un sens ou dans l’autre, la vision que nous pouvons avoir
de nous-mêmes et des raisons (ou des non-raisons) de notre existence.
Mais c’est une question avant tout scientifique, et c’est ce
qui la rend passionnante. L’étude de l’évolution de la vie peutelle
nous permettre de dégager une tendance en faveur de 1 ‘une
ou de 1 ‘autre des hypothèses ? On se doute que les études purement
objectives dans ce domaine vont être difficiles. Il s’agit
d’un monde plein de bruit et de fureur, de controverses passionnées,
voire d’insultes, d’excommunications et de bien d’autres
choses encore.
En cette année où nous célébrons le cent cinquantième anniversaire
de la publication de L’Origine des especes de Charles
Darwin, nous avons assisté à une véritable hagiographie. Dans

les dizaines d’articles et de numéros spéciaux publiés, quasiment
aucun ne s’est fait l’écho de critiques envers la théorie néodarwinienne.
Aucun n’a présenté aux lecteurs une ou des théories alternatives
susceptibles de nous faire porter un autre regard sur
1 ‘évolution de la vie. Est-ce à dire que le darwinisme a gagné et
qu’il n’y a plus de débats, hors les débats internes au darwinisme?
Absolument pas ! En fait, depuis vingt ans, toute une série de
découvertes nous ont montré que les mécanismes postulés par
le darwinisme et son successeur, le néodarwinisme, avaient une
portée bien plus limitée que prévue. Mais personne n’en parle au
grand public !
La raison de ce silence est simple. Une majorité de scientifiques
pensent que toute critique du darwinisme qui parviendrait
aux oreilles du grand public renforcerait le créationnisme
et que ces questions ne doivent être débattues (quand elles le
sont … ) qu’entre spécialistes.
Heureusement, un certain nombre de spécialistes de 1 ‘évolution
comme le biologiste Brian Goodwin, un des tenants de
1 ‘auto-organisation, une école que nous analyserons au chapitre
9, s’insurgent contre cette pensée unique et affirment haut et
fort que des alternatives existent: « Depuis 1859, le mécanisme
de la sélection naturelle et la survie du plus fort se sont imposés
comme la seule thèse explicatrice de la vie sur Terre. Les origines,
les extinctions, les adaptations ont toutes été étudiées à travers le
prisme du darwinisme. Or, une autre explication de l’origine et
de la diversité des espèces existe. De même que la vision newtonienne
du monde a prédominé jusqu’à la révolution einsteinienne
au xxc: siècle, le darwinisme doit-il être remplacé par une nouvelle
théorie qui admette que la complexité est une qualité inhérente
et émergente de la vie et pas uniquement le résultat de mutations
aléatoires et de la sélection naturelle. Les organismes sont aussi
coopératifs qu’ils sont compétitifs, aussi altruistes qu’égoïstes,
aussi créatifs et joueurs qu’ils sont destructifs et répétitifs1. » Mais


1. Brian Goodwin, How the Leopard Changed lts Spots, Clearwater, Touchstone
Books, 1996, quatrième de couverture.


leurs voix ne portent pas, leurs théories étant souvent complexes
et ardues.
Le but de cet ouvrage n’est pas de critiquer le darwinisme (je
1 ‘ai déjà fait dans mon précédent ouvrage, auquel les lecteurs
peuvent se reporter2), mais de briser ce « mur de silence » en mettant
à la portée du grand public les découvertes et les théories
susceptibles de lui donner une nouvelle vision de la vie.
Avant de commencer, il est nécessaire de préciser la définition
même des termes que nous allons utiliser. Pour cela, commençons
par une petite histoire. Je vous prie de la considérer
avec attention car elle me servira de fil rouge tout au long de cet
ouvrage.
Imaginons une très lointaine planète autour d’une autre
étoile. Elle est presque en tout point semblable à la Terre, à 1 ‘exception
de deux différences importantes. Comme Vénus, elle est
recouverte d’une couche de nuages si épaisse que ses habitants
n’ont jamais pu voir les étoiles ni même leur soleil. Comme Pluton,
elle est si éloignée de son soleil, qu’elle met plusieurs centaines
d’années à en faire le tour. Elle est enfin pourvue d’êtres
vivants semblables à nous (la probabilité d’apparition d’êtres vivants
nous ressemblant est 1 ‘une des questions clés de ce livre, qui
sera discutée au chapitre 4), qui prient, depuis des millénaires,
leurs dieux, pour que le temps soit le plus clément possible.
C’est ce que faisaient, voire font encore, la plupart des populations
terrestres. Jusqu’au début du xxc siècle, il existait des
processions appelées « rogations » destinées à obtenir une pluie
suffisante pour les récoltes. De nombreux rites se sont développés
sous 1 ‘autorité des prêtres pour obtenir la pluie ou le beau
temps quand cela est nécessaire aux populations.
Mais un jour, sur cette hypothétique planète, des savants faisant
le tour du monde ont mesuré la pression atmosphérique,
ont découvert 1 ‘existence de fronts chauds et de fronts froids et


2. Jean Staune, Notre existence a-t-elle un sens ?, Paris, Presses de la Renaissance,
2007, chapitres 11 et 12.


ont lancé les bases d’une science, la météorologie, permettant
d’expliquer le climat grâce à des mécanismes naturels. Une telle
innovation s’est heurtée, pendant des décennies, aux discours
des différentes religions pour lesquelles le climat était géré par
les dieux.
Comme nous le savons, la météorologie est une science relativement
inexacte, sunout dans ses débuts. A cause de l’ « effet
papillon », c’est-à-dire de la sensibilité d’un grand système instable
comme 1 ‘atmosphère aux conditions initiales, il est
impossible de prédire la météo quinze jours à 1 ‘avance. Les tenants
des religions antiques se basent donc sur cela pour dénoncer
la météorologie comme une pseudoscience. Des batailles
acharnées ont lieu.
Mais voilà qu’après quelques centaines années de pratique de
la météo, d’autres scientifiques suggèrent que, dans le très long
terme, quelque chose contribue à la modification du climat. En
effet, ils identifient que des périodes chaudes et des périodes froides
existent de façon régulière. Les météorologues classiques, qui
ont tant peiné à venir à bout des anciennes superstitions, selon
lesquelles le climat était directement le résultat de l’action de
Dieu, ne peuvent tolérer une telle idée, y voyant là un affaiblissement
de leur position et une porte ouv-erte au retour en grâce de
leurs adversaires fondamentalistes. li est essentiel pour eux que
le climat, à court ou à long terme, reste un phénomène aléatoire.
S’il était contrôlé par quelque chose, cela ne serait-il pas une trace
d’une forme de contrôle divin sur le climat? Il faut donc à tout
prix, et en recourant à tous les moyens disponibles, y compris
la calomnie ou la cabale, empêcher le développement de cette
nouvelle école. n s’agit de la « lutte des lumières de la connaissance
contre l’obscurantisme des superstitions ». n est d’autant
plus facile d’étouffer la voix des « nouveaux météorologistes » que
ceux-ci s’appuient sur des phénomènes faiblement perceptibles
et se déroulant sur de grandes périodes de temps. Et ce d’autant
plus que ces nouveaux météorologistes n’ont pas la moindre idée
de ce qui peut causer la nature de ce phénomène. Encore et encore,
les météorologistes classiques reviennent à la charge.

« Si ces régularités existent comme vous le prétendez, quelle
peut être leur cause ?
– Nous n’en avons aucune idée, mais il n’empêche que le phé-
nomène extste.
– Un peu court comme réponse. Tout ce que vous voulez,
c’est rouvrir la porte que nous avons claquée au nez de Dieu! »
Bien entendu, personne ne peut imaginer le concept de saisons,
ni encore moins celui d’étoiles ou d’Univers. La tâche des
nouveaux météorologistes est d’autant plus compliquée qu’il est
apparu sur leur planète une école dite de l’ « intelligent climate »
qui affirme que les mystérieuses régularités qui existent dans
l’évolution du climat sont bien la preuve que celui-ci est contrôlé
par les dieux.
Cette résurgence des anciennes idées fondamentalistes sous
une nouvelle forme contribue à bloquer toute évolution de la
situation. Il faudra des centaines d’années, voire des millénaires
d’observation, pour arriver éventuellement à un début de
consensus sur 1 ‘existence du phénomène. Sauf, bien sûr, si la civilisation
finit par développer une technologie lui permettant de
s’extraire de sa planète.
Dans notre histoire, les fondamentalistes accrochés à 1 ‘ancienne
interprétation de la religion, selon laquelle les dieux
contrôlent directement le climat, représentent bien entendu les
créationnistes, pour lesquels Dieu a créé séparément chacune des
espèces vivantes, comme l’ont cru la quasi-totalité des scientifiques
jusqu’au début du XIXc siècle.
Les météorologistes classiques représentent les darwiniens
classiques, pour qui, non seulement les êtres vivants n’ont pas été
créés séparément et descendent les uns des autres, au cours d’un
long processus les ayant amenés à évoluer, mais pour qui la nature
même de ce processus est également connue, au moins dans
son ensemble. Il s’agit de variations survenant au hasard qui sont
ensuite sélectionnées par la sélection naturelle.
Les nouveaux météorologistes représentent les biologistes
qui affirment qu’au-delà du hasard indéniable régnant à court
terme dans le domaine de 1 ‘évolution, il existe des lois ou des

tendances générales qui, si l’on regarde l’évolution en prenant
un peu plus d’altitude, nous montrent l’existence de « nonhasards »,
de tendances qui s’inscrivent en faux contre 1, affirmation
selon laquelle tout le processus ne serait que le résultat de
phénomènes contingents, ne reposant sur aucune forme de logique
permettant de prévoir son déroulement. Comme dans
mon exemple, ces « nouveaux évolutionnistes » ont des difficultés
à expliquer pourquoi de telles tendances existent et ce qui se
cache derrière elles. Ce qui leur vaut au mieux un silence méprisant,
au pire une animosité sans bornes de la part des darwiniens
classiques qui voient dans cette « hérésie » une remise en cause de
leur « fond de commerce » susceptible de renforcer leurs anciens
ennemis, les créationnistes.
Les tenants du « climat intelligent » représentent bien sûr le
mouvement du dessein intelligent selon lequel la complexité
des systèmes biologiques, à partir du moment où elle ne peut
avoir été produite par des mécanismes darwiniens, constitue
une preuve de l’intervention d’un agent intelligent.
Tout 1 ‘objectif de ce livre sera de présenter de façon accessible
le maximum de faits et de théories montrant 1’ intérêt et la cohérence
que peuvent avoir les idées d’un certain nombre de ces
« nouveaux biologistes~ eux-mêmes répartis en plusieurs écoles,
parfois assez différentes. Pour cela, nous devons partir des faits
et uniquement d, eux, en nous tenant au maximum à 1 ‘écart de
1’ idéologie et des questions philosophiques.
Des propos comme ceux de Stephen Jay Gould, grand spécialiste
à la fois de 1 ‘évolution et du darwinisme, devraient éclaircir
une fois pour toutes la question : « L’évolution ne signifie
rien d’autre que : tous les organismes sont unis par les liens de
la descendance. Cette définition ne dit rien au sujet du mécanisme
de changement évolutif3. » Et pourtant, il faut répéter inlassablement
que rejeter le darwinisme n’implique nullement le
rejet de l’évolution. De la même façon que critiquer la théorie


3. Stephen Jay Gould, La Foire aux dinosaures, Paris, Seuil, 1993, p. 390.


de Newton n’implique en aucune façon que l’on veuille, par un
retour en arrière, remettre la Terre au centre de 1′ Univers mais,
bien au contraire, que 1 ‘on cherche une théorie capable de mieux
décrire la structure du cosmos. Et pourtant, combien de fois
voyons-nous, surtout dans des ouvrages américains, une référence
à « l’évolution darwinienne »? Il y a là une source sans fin
de malentendus dont profitent tous les obscurantistes, qu’ils
soient créationnistes ou scientistes. En effet, beaucoup ont intérêt
à ce que cette confusion demeure. Il faut donc le dire de
la façon la plus claire: le darwinisme n’est qu’une théorie, alors
que l’évolution est un fait. Nous ne perdrons donc pas de temps
à démontrer que tous les êtres vivants ont un ancêtre commun et
sont le fruit d’une longue suite de métamorphoses intervenues
au fil des temps géologiques.
Sont en dehors du champ de la science, ceux qui, comme Philip
Johnson4
, se prétendent « agnostiques » par rapport à l’évolution,
en affirmant que l’on n’est pas obligé de croire à un phénomène
si 1 ‘on n’en connaît pas la cause. C’est une position symétrique
de celle des darwiniens qui, parce qu’on ne connaît pas la cause
d’une éventuelle structuration de l’évolution, disent que celle-ci
n’existe pas. En fait, on peut très bien avoir les preuves d’un phénomène
aussi important que le fait que la Terre tourne autour du
Soleil, sans avoir le moindre indice de la raison pour laquelle un
tel fait se produit.
Il est temps de se livrer en biologie à un travail du même type
que celui qui permit de passer des conceptions de Newton à celles
d’Einstein. Pour y parvenir, il nous faudra encore et toujours
crier avec force que le fait de coller toute étiquette « créationniste »
ou « néocréationniste » sur ceux qui veulent entreprendre
ce travail d’approfondissement de nos connaissances en biologie,
est tout aussi absurde et scandaleux que de vouloir s’opposer
au développement du concept de saisons sur notre planète imaginaire.
Si j’insiste autant sur ce point, c’est que l’on se trouve
actuellement dans une situation, assez incroyable, où l’on voit


4. Philip Johnson, Le Darwinisme en question, Édition Pierre d’Angle, 1996.


des néoteilhardiens être accusés de néocréationnisme. Ainsi, récemment,
Marc Süberstein, coauteur d’un livre intitulé Les Matérialismes
(et leurs détracteurs}\ n’hésitait-Ü pas à écrire que
Pierre-Paul Grassé, un des plus grands zoologistes du xxc siècle,
pendant plusieurs décennies titulaire de la chaire d’Evolution à
la Sorbonne, était finalement une sorte de créationnisté, ce qui
est vraiment le comble du ridicule quand on connaît sa pensée.
L’étape suivante consiste à traiter Teilhard lui-même de « créationniste
~ puisqu’il croyait en un créateur, alors qu’il a, pendant
toute sa vie, lutté pour faire prendre en compte la notion d’ évolution
par 1′ Eglise catholique, et l’a menée à quitter les positions …
créationnistes qui étaient les siennes à l’époque. Ces précisions
épistémologiques apportées, nous pouvons maintenant partir à
la découverte de nouvelles conceptions de la vie.
Darwin terminait son fameux ouvrage par la phrase: « N’y a-t-il
pas une véritable grandeur dans cette manière d’envisager la vie7 ? »
Dans la vision de la vie qui était celle de Darwin, une longue
suite de petits changements se déroulant au hasard pouvait,
grâce au triage effectué par la sélection naturelle qui, à chaque
génération, ne retient que les meilleurs, permettre le développement
de toute la diversité des formes vivantes.
Comme nous l’a montré la citation de Brian Goodwin, c’est
sous ce seul prisme que l’évolution de la vie a été regardée depuis
cent cinquante ans. Ne serait-il pas temps de regarder les choses
de façon différente ? Une autre vision de la vie peut-elle être
bâtie sur des bases rigoureusement scientifiques ? C’est ce que
nous allons tenter de faire ici. N’ayant aucune prétention d’avoir
découvert des faits biologiques nouveaux, ni d ‘être le créateur


5. Jean Dubessy, Guillaume Lecointre, Marc Silberstein, Les Matérialismes
{et leurs détracteurs), Paris, Syllepse, 2004.
6. Marc Silberstein, « L’unité des créationnismes~ consultable sur http:/ 1
http://www.assomat.info/ L-unite-des-creationnismes-Par.
7. Charles Darwin, L’Origine des especes, Paris, Flammarion, coll. « GF », traduction
d’Edmond Barbier revue par Daniel Becquemont, 2008, p. 563.
J’utilise cette édition car il s’agit de la plus répandue malgré les réserves que
je vais exprimer plus loin à son encontre.


d’une nouvelle théorie, je ne ferai ici que synthétiser des idées de
paléontologistes, biochimistes, généticiens, biophysiciens, voire
des spécialistes de la modélisation, travaillant sur ce problème.
Mon seul apport sera donc dans la synthèse et dans la mise à
la portée du grand public d’ouvrages souvent ardus, parfois non
traduits en langue française, et d’articles professionnels écrits
dans des revues telles que Science, Nature, Proceedings of the NationalAcademy
oJScience, Biosystems,Journal oJTheoretical Bio/
ogy, que personne ne lit en dehors des spécialistes. J’ai choisi,
au vu de l’objectif de ce livre, d’être le plus clair possible, quitte
à appeler une araignée une araignée, et non un arthropode. Bref,
d’essayer de simplifier au maximum des questions complexes.
Les lecteurs voulant approfondir ces questions sont priés de se
reporter aux publications d’origine qui seront toutes indiquées
en note et dont certaines seront mises en ligne sur un site dédié
à cet ouvrage8• Le chapitre premier constituera un rappel de
quelques-uns des éléments fondamentaux du darwinisme et des
apports du néodarwinisme à notre compréhension de la vie. Le
chapitre 2 se fera 1 ‘écho des batailles meurtrières que se livrent les
deux principales écoles darwiniennes. Dans le chapitre 3, nous
montrerons que de nombreux indices nous invitent à rechercher
au-delà du darwinisme un mécanisme pour l’évolution de
la vie, et donc à rega.rder 1 ‘évolution autrement. Ces faits jouent
le même rôle que les relevés météorologiques de notre planète
hypothétique qui permettaient aux scientifiques les plus audacieux
de leur époque de postuler une forme de déterminisme ou
de logique interne à l’évolution du climat dans le long terme (les
saisons!). C’est avec le chapitre 4 que nous aborderons de front
cette nouvelle vision de la vie qui constitue, sans doute, la plus
grande innovation dans le domaine depuis Darwin, avec, bien
sûr, la découverte de l’ADN et celle de tout le système de fonctionnement
de la machinerie intracellulaire. Il s’agira de montrer
que nous avons, dès aujourd’hui, de fortes indications selon lesquelles
l’évolution est un phénomène en partie prédictible.


8. http:/ /www.audeladedarwin.fr.


Les chapitres suivants nous montreront que si cette nouvelle
vision s’appuie sur toute une série de résultats publiés récemment
dans les plus grandes revues scientifiques, elle rejoint des intuitions
de grands biologistes ou paléontologistes parfois antérieurs
à Darwin, qui avaient soutenu que la structure, donc la forme, est
première par rapport à la fonction, c’est-à-dire à l’utilité d’un organe.
Ainsi, si personne ne peut nier que le cou de la girafe s’est
développé selon des processus purement darwiniens, en raison de
1 ‘avantage fonctionnel que représentait un long cou (les girafes
pouvaient, en période de sécheresse, se nourrir de feuilles que
leurs congénères à cou plus court n’arrivaient pas à atteindre). Les
cristaux de neige, eux, nous montrent l’importance de la notion
de structure. ~elle que soit leur forme, ils ont toujours six branches;
une loi de la nature les amène à avoir toujours cette structure,
quelles que soient les contingences diverses qui président à
leur formation et qui leur donnent des formes différentes. C’est
en croisant cette idée ancienne, véhiculée par le structuralisme (en
biologie et non en linguistique où ce terme existe également) avec
les travaux de quelques-uns des plus grands biologistes actuels,
comme le paléontologiste Simon Conway Morris, le prix Nobel
de médecine Christian de Duve et bien d’autres chercheurs spécialisés
dans divers domaines de 1 ‘évolution, que cette nouvelle
conception de la vie va peu à peu se faire jour au fil des pages. Elle
recevra le renfort de diverses écoles de pensée ou de francs-tireurs
qui croient à l’existence de logiques internes dans l’évolution.
Mais cet ouvrage ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas
d’autres pistes, différentes de la piste principale. C’est ce que nous
ferons en abordant le néolamarckisme et l’auto-organisation. n
ne restera plus alors qu’à synthétiser toutes ces données pour
montrer au lecteur comment une autre vision de la vie est possible,
pourvu qu’on veuille bien chausser d’autres lunettes que
celles du néodarwinisme et accepter d’élargir un peu le regard
que l’on porte sur la vie. Nous ne manquerons pas d’analyser en
conclusion les possibles implications philosophiques de cette
nouvelle conception de la vie, tout en rappelant que ce sont les
faits, et eux seuls, qui amènent à cette conception nouvelle.

 

Chapitre premier
Quoi de neuf depuis Darwin ?

L’idée dangereuse de Darwin

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