LE TRAVAIL ET L’USURE


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Auteur : Pound Ezra

Ouvrage : Le travail et l’usure

Année : 1944

Trois essais :

.L’Or et le Travail

.L’Amérique de Roosevelt
et les causes de la présente guerre

.Introduction à la nature
économique des États-Unis

 

« AVEC L’USURE
la laine ne se vend plus avec
l’usure les moutons n’apportent plus de gain,
l’Usure est une peste,
l’usure émousse l’aiguille
dans la main de la servante
éteint le talent de la fileuse.
Pietro Lombardo ne vient pas de l’usure
Duccio ne vient pas de l’usure
Ni Pier Della Francesca ; ni de l’usure Zuan Bellin
ni peinte “La Calunnia”.
Ni de l’usure Angelico ; ni Ambrogio Praedis,
Ni l’église de pierre taillée signée : Adamo me fecit.
Ni de l’usure saint Trophime
Ni de l’usure saint Hilaire,
l’usure a fait rouiller le ciseau,
Rouiller l’art et l’artisan
Rongé la trame sur le métier
Nul ne sait plus y mêler le fil d’or ;
Azur est dévoré par ce cancer ;
cramoisi n’est plus brodé
Émeraude ne trouve plus de Memling
L’Usure frappe l’enfant dans le ventre de sa mère
Elle frappe le jeune homme qui fait sa cour
Le paralyse dans la couche nuptiale,
l’usure s’étend entre
le mari et sa jeune épousée
contra naturam
Ils ont amené les putains à Eleusis
Des cadavres prennent place au banquet
sur mandement de l’usure. »

(Ezra Pound, Les Cantos, Cantos XLV extrait)

 

 

L’Or et le Travail

L’usure : taxe prélevée sur le pouvoir d’achat, sans égard pour la productivité, ni souvent même pour les possibilités de production.

Le lundi 30 janvier 1933 (l’an XI) à cinq heures et demie de l’après-midi, l’auteur de ces notes porta à un personnage du gouvernement italien une liste de dix‑huit points qui fut publiée dans le Meridiano di Roma dix ans plus tard avec pour résultat que cette gazette fut bannie des États-Unis.
Les libéraux ne purent en souffrir certaines idées.

 La bibliographie de l’auteur contient, outre des ouvrages non spécifiquement économiques, plusieurs centaines de lettres, des articles sur la monnaie, des livres et autres brochures parmi lesquels :
.ABC of Economies. Londres, 1933.
.Jefferson and / or Mussolini, 1935.
.Social Crédit, An Impact, 1935.
.What is Money For ? 1939.

En italien :
Confucio, Studio Intégrale (en collaboration avec Alberto Luchini),
Carta da Visita (Ed. Lettere d’Oggi).
Collaboration au Meridiano di Roma, à la Rassegna Monetaria (revue monétaire), etc.

Les discussions s’élèvent de l’ignorance de Tous les disputeurs.

Feuille de discipline civique
Tant que tu n’as pas démêlé le fil de tes pensées, tu ne les peux communiquer à autrui. Tant que tu n’as pas mis de l’ordre dans tes pensées, tu ne peux être un élément d’ordre dans le parti. Le fait militaire tient à l’honnêteté du régime.

À la mémoire d’Aurelio Biasi.

Le mode de l’utopie
Le 10 septembre dernier, comme je longeais la Via Salaria, par-delà Fara Sabina, je pénétrais, après un certain temps, dans la République de l’Utopie, pays placide entre tous qu’on ne rencontre dans aucun livre de géographie.
Comme je demandais la cause de la sérénité qu’affichaient les gens de ce pays, il me fut répondu qu’ils la devaient à leurs lois ainsi qu’à leur système d’éducation depuis leurs premières années d’école.
Ce peuple dit que nos connaissances générales dérivent de connaissances plus particulières (c’est en quoi il rejoint Aristote et d’autres sages de l’Antiquité orientale et occidentale), et que la pensée repose sur les définitions qu’on donne des mots.
Pour enseigner aux jeunes enfants à observer les choses dans leurs particularités, ces gens imaginent ce petit jeu : on tient dans la main fermée un certain nombre de petits objets, soit trois grains d’orge, une petite pièce de monnaie, un petit bouton couleur azur, un grain de café ou d’orge, trois autres boutons, etc., on ouvre un instant la main, puis, la refermant soudain, on interroge alors l’enfant sur ce qu’il a vu. Pour les plus grands, on use de jeux plus compliqués de sorte que chacun finit par savoir de quoi sont faits les souliers qu’il porte aux pieds ou le chapeau qui lui couvre la tête. On me dit aussi qu’à bien préciser le sens des mots, ces gens sont
arrivés à si bien définir leur terminologie économique
que les diverses iniquités de la Bourse et de la finance
ont disparu de ce pays où personne n’est plus dupe de
personne.

Ils attribuent leur prospérité à la simplicité de leur
mode de perception des impôts ou, pour mieux dire,
de cet unique impôt qui frappe la monnaie même. Sur
chaque billet d’une valeur de cent unités, il leur faut appliquer
un timbre de la valeur d’une unité le premier
jour du mois. Le gouvernement payant ses dépenses
avec une monnaie neuve, n’a plus besoin d’imposer
d’autres taxes, et personne ne peut plus thésauriser une
monnaie qui, passé cent mois, n’a plus aucune valeur.

Et voilà résolu le problème de sa circulation.
L’argent ne pouvant ainsi bénéficier d’une durabilité
supérieure à celle dont jouissent les pommes de terre,
les récoltes ou les tissus, le peuple en est venu a une
idée plus saine des valeurs de la vie. Il n’adore pas
l’argent comme un dieu ni ne lèche les bottes des pansus
de la Bourse et des syphilitiques du marché. Ces
gens ne sont, bien sûr, ni menacés d’inflation monétaire,
ni contraints de faire des guerres pour plaire aux usuriers.
Du reste, cette profession ou activité criminelle n’a
plus cours au pays de l’Utopie, comme n’ont aussi plus
cours bon nombre d’activités bureaucratiques, si bien
que nul n’est tenu de travailler plus de cinq heures par
jour. Le commerce est soumis à peu de restrictions. Les
commerçants échangent leurs lainages et soieries contre
les arachides et le café de leur Afrique ; et leurs bovins
sont si nombreux que le problème des engrais se résout
de lui-même. Mais ils ont une loi très sévère qui exclut
tout succédané de leur république.

 Le peuple s’instruit en se jouant, et sans professeurs
superflus. Ces gens prétendent que, s’il est impossible
d’éliminer tous les livres idiots, il est du moins aisé d’en
fournir l’antidote, et ce par une réglementation des plus
simples. Tout libraire est forcé de tenir à disposition les
meilleurs livres ; ceux d’une insigne valeur, il les doit
exposer pendant quelques mois. Ainsi, la diffusion des
meilleurs livres chasse peu à peu des salons de lecture
les ordures de la Nouvelle Revue Française et autres sélections
du London Times, comme les plus imbéciles d’entre
les jeunes écervelés des deux sexes.
Ces gens prisent encore la dextérité dans les travaux
agricoles, comme dans mon jeune âge j’admirais
l’habileté des joueurs de tennis ou de football. De fait, ils
rivalisent d’adresse à la charrue pour savoir qui d’entre
eux peut le plus précisément tracer un sillon. Ce pourquoi
je me suis senti trop vieux, me ressouvenant d’un
jeune ami épris lui aussi de cette passion archaïque, qui
m’écrivit de son premier arpent :
« On eût dit qu’un cochon était passé par là déracinant
tout. »
Ayant reçu l’explication si simple de la félicité de ce
peuple, je m’endormis sous les étoiles sabines, méditant
sur les effets surprenants de ces modifications si insignifiantes
en apparence, et m’émerveillant de la distance
écoulée entre le monde du XIX ème siècle et celui de la
sérénité.
On lit sur le fronton de leur Capitole :
Le trésor d’une nation est son honnêteté

Particularités du crime
II est chimérique de s’ingénier à monter une machine si une partie est manquante ou qu’elle est défectueuse. Il importe avant tout d’en avoir toutes les pièces essentielles. Aussi, pour bien comprendre les origines de cette guerre, il y a lieu de savoir ceci :
En l’an 1694 fut fondée la Banque d’Angleterre, association de criminels qui pratiquaient l’usure au taux de 60 %. Paterson qui en fut le fondateur expliqua clairement l’avantage de sa découverte : la banque bénéficie de l’intérêt sur l’argent qu’elle crée de rien. En 1750 le papier-monnaie fut supprimé dans la colonie de Pennsylvanie. Ce qui signifiait qu’en l’espace de 56 ans, l’association des usuriers, non contente de son 60 %, soit l’intérêt sur l’argent tiré de rien, était devenue si puissante qu’elle avait pu déterminer le gouvernement anglais à supprimer illégalement une concurrence qui, grâce à un système monétaire sain, avait apporté la prospérité à la Pennsylvanie.
Vingt-six ans plus tard, en 1776, les colonies américaines se soulevaient contre l’Angleterre. Elles étaient treize corps séparés, minés du dedans, mais favorisés par leur géographie et la discorde des Européens. Elles eurent beau vaincre l’ennemie éternelle, l’Angleterre, leur révolution fut trahie depuis l’intérieur. Leurs difficultés pourraient servir d’encouragement aux Italiens d’aujourd’hui, et les problèmes de jadis suggérer des
solutions à nos difficultés présentes.
Les imperfections du système électif américain
émergèrent lors de la fraude commise par les députés
qui spéculaient sur les certificats de paie due émis par
chaque colonie à l’intention de ses vétérans.
Le truc en était simple et vieux comme le monde. Il
consistait à varier la valeur de l’unité monétaire. Vingt-neuf
députés de concert avec leurs amis achetèrent les
certificats à 20 % de leur valeur nominale ; ensuite de
quoi la nation, formant désormais une unité administrative,
assuma la responsabilité de payer lesdits certificats
au 100 % de leur valeur nominale. La lutte entre la
finance et le peuple se renouvela dans celle qui opposa
Jefferson à Hamilton, et plus clairement encore quand
Jackson et Van Buren eurent entre leurs mains les destinées
du peuple. La décennie qui s’étend de 1830 à 1840
a quasi disparu des livres d’école. Il est pourtant intéressant
d’étudier le rôle que jouèrent les facteurs économiques
dans la guerre civile américaine. Après les
guerres napoléoniennes, après celle de Sécession, après
Versailles, les mêmes phénomènes se sont vérifiés.
L’ usurocratie fait les guerres en série. Elle les fait
selon un système préétabli, dans l’intention de créer
des dettes.
Toute dette, créée en une monnaie qui vaut un quintal
de blé, est remboursée dans une monnaie qui en vaut
cinq ou plus. On parle, à cet effet, de dévaluation, d’inflation,
de revalorisation, de déflation et de retour à l’or.
C’est à ce dernier propos que Churchill, pour satisfaire
aux impôts et autres intérêts, fit payer au paysan indien
deux boisseaux de blé quand peu auparavant un seul y
suffisait.

C. H. Douglas, Arthur Kitson, Montagu Webb nous
fournissent les particularités du crime. Les États-Unis
furent vendus aux Rothschild en 1863. Les Américains
ont mis quatre-vingts ans pour découvrir des faits encore
ignorés du public européen. Le père de Lindberg
en dévoila quelques-uns au Congrès américain, plus
tard recueillis par Overboiser dans son History of Money
in the U.S.
Une lettre des Rothschild à la Maison Ikleheimer
datée du 26 juin 1863 contient ces paroles incendiaires :
« II y en aura peu qui pénétreront ce système, et
ceux qui le comprendront s’emploieront à en jouir ;
quant au public, peut-être ne comprendra-t-il jamais
que ce système est contraire à ses intérêts. »
Les jeux préférés de l’ usurocratie sont assez
simples, mais le terme de « monnaie » ne se trouve pas
plus défini dans le manuel des Rothschild à l’usage des
employés que dans le vocabulaire officiel : Synonymes
et homonymes de la terminologie bancaire. Les jeux sont
simples : récolter l’usure au taux de 60 % et plus, et
varier la valeur de l’unité monétaire au moment jugé
opportun par les usuriers.

 

L’ ignorance

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