L’espionnage israélien opère dans le monde entier avec de nouvelles sociétés écran


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Eugenio García Gascón
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Traduit par  Eve Harguindey

 

En Israël, il y a un nombre croissant et alarmant d’entreprises  de sécurité opérant dans le reste du monde. L’existence de l’une d’entre elles, Candiru, a été révéle dans un article publié dans le journal Haaretz le 4 janvier. Ce que l’on sait d’eux est très peu de choses, bien que certains aient été impliqués dans des scandales à l’étranger, comme l’affaire  Black Cube, sans que les gouvernements occidentaux aient pris des mesures pour limiter le caractère occulte de leurs opérations.

Les bureaux  de Candiru à Tel Aviv, 31 décembre  2018. Photo Ofer Vaknin/Haaretz

C’est un monde où tout est hautement confidentiel et où les services s’en donnent à cœur joie. Des sources de sécurité israéliennes citées par le journal de Tel-Aviv estiment que volume des affaires de ces entreprises israéliennes est d’environ 1 milliard de dollars par an. Elles exploitent ou vendent du matériel d’espionnage à des pays comme l’Arabie saoudite ou le Mexique, mais aussi à l’Espagne, ainsi qu’à des dictatures notoires. On a souvent rapporté que l’équipement offert par Israël est utilisé pour combattre les dissidents, comme le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qui a été tué à Istanbul en octobre dernier.

Infographie d’Abeer Mrad

Candiru, dont le nom fait référence à un poisson brésilien, a son siège dans un bâtiment à Tel Aviv, bien qu’il n’y ait aucune mention de sa présence dans le bâtiment. En fait, Candiru n’a même pas de site ouèbe officiel. Elle emploie quelque 120 experts du renseignement qui ont été recrutés dans divers services militaires et d’espionnage, dont la controversée unité 8200, qui est un souvenir néfaste pour les Palestiniens, et dont les actions ont également lieu à l’étranger.

L’unité 8200 est une unité d’espionnage militaire qui, selon les informations publiées, opère  également à l’étranger, à commencer les sièges des représentations diplomatiques israéliennes. L’une de ses activités de base consiste à écouter les conversations de la population palestinienne dans les territoires occupés. D’anciens membres de l’Unité 8200 ont dénoncé, dans les limites imposées par la censure, que le matériel qu’ils collectent sert à faire du chantage aux Palestiniens, et ont dénoncé que le travail de l’unité est utilisé contre les personnes espionnées d’une manière « immorale et peu éthique ».

Les employés de Candiru n’affichent leur profil ni  sur LinkedIn ni sur aucun autre réseau social et signent des accords de confidentialité absolue avec l’entreprise. Certains d’entre eux, consultés par le journal économique TheMarker de Tel Aviv, ont refusé de commenter les détails de leur travail. En échange de leur discrétion, ils sont récompensés par des salaires astronomiques qui peuvent dépasser 20 000 euros par mois.

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Omri Lavie et Shalev Hulio, fondateurs de NSO

A la différence de  NSO, une autre société israélienne similaire, spécialisée dans l’écoute de smartphones, Candiru, qui opère principalement en Europe occidentale depuis sa création il y a quatre ans, est spécialisée dans le piratage d’ordinateurs et de serveurs, bien qu’elle puisse bien sûr également écouter des smartphones.

Israël considère les outils utilisés par ces entreprises comme s’il s’agissait d’armes classiques, et leur exportation doit donc être approuvée par le ministère de la Défense à Tel Aviv. Cette circonstance indique que les autorités militaires et d’espionnage israéliennes sont conscientes de ce que ces entreprises font et font faire dans le monde, dont la vente de matériel et les services qu’elles fournissent aux dictatures. Selon Haaretz, le ministère israélien de la Défense  » n’est pas très préoccupé par la démocratie et la violation des droits humains  » par les  clients.

Le secret qui entoure ces entreprises ne peut être exagéré. Dans ce cas, Candiru n’est même pas le nom sous lequel l’entreprise est enregistrée. À l’origine, en septembre 2014, elle s’appelait Grindavik Solutions, puis est devenue LDF Associates en mars 2017, et en avril 2018, elle a été renommée Grindavik. Le nom des personnes qui dirigent ces entreprises a filtré  dans certains cas, bien que le plus fréquent soit que les profils des propriétaires et des directeurs n’apparaissent pas dans les réseaux sociaux.

Une autre société de cette nature controversée qui a été créée en 2018 est XM Cyber, fondée par l’ancien chef du Mossad Tamir Pardo, qui a recruté du personnel du Mossad, les services secrets extérieurs, du Shin Bet, le service secret chargé d’ Israël et des territoires occupés en 1967, et de la célèbre unité 8200 d’espionnage de l’armée.

Tamir Pardo

XM Cyber a été créé en février dernier avec 15 millions de dollars apportés principalement par le milliardaire israélien Shaul Shani, ancien propriétaire de la société brésilienne Global Village Telecom [qu’il a vendue en 2009 à Vivendi pour 4,5 milliards de dollars, NdlT]. Selon l’agence Reuters, XM Cyber a inauguré son parcours avec des clients en Europe, en Israël et aux USA, a déclaré Pardo, qui n’a pas accepté de révéler le nom d’un seul client.

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Shaul Shani

Le fait que la législation occidentale soit plutôt souple dans ce domaine implique que les entreprises israéliennes peuvent circuler très librement en Europe et qu’elles peuvent garder secrète la nature de leurs activités, bien qu’elles soient inquiétantes dans de nombreux cas, non seulement lorsqu’il est question de dictatures, mais aussi dans les pays démocratiques, comme cela a été révélé à certaines occasions.

Le logo de Candiru représente ce poisson parasite des fleuves de l’Amazonie, appelé « poisson vampire du Brésil », et considéré par les habitants comme plus dangereux que le piranha

Merci à Tlaxcala
Source: https://www.publico.es/internacional/espionaje-israeli-opera-mundo-nuevas-empresas-pantalla.html
Date de parution de l’article original: 11/01/2019
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=25122