L’ OCCULTISME DANS LA POLITIQUE – De Pythagore à nos jours


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Auteurs : De Sède Gérard – De Sède Sophie
Ouvrage : L’occultisme dans la politique de Pythagore à nos jours
Année : 1994

 

 

Avant-propos
Le terme d’occultisme n’est pas très ancien car il ne date que du
siècle dernier. tr fut forgé vers 1850 par Éüphas lévi, hiéronyme
de l’ex-abbé Alphonse-Louis Constant (1816-1875), auteur, entre
autres, du Dogme et Rituel de haute magie, et c’est seulement en
1892 qu:il eut I’ honneur d’être admis par l’Académie française.
Son emploi peut donc paraître inadéquat dans un livre qui voudrait
survoler plus de deux millénaires. Qu’il nous soit donc permis de
le justifier.
D’une part,la chose est beaucoup plus ancienne que le mot. Dès
son entrée en scène sur cette planète, en effet, l’Homo sapiens a
tenté d’expliquer une nature hostile qu’il ne maîtrisait pas encore
par l’action de forces occultes ; aussi s’est-il efforcé de se soumettre
celles-ci par la pratique de la magie.
D’autre part, le terme << religion >> n’aurait guère convenu ici car
il est trop général et aurait débordé notre sujet. Non point qu’il n’y
ait aucun rapport entre occultisme et religion, ni entre religion et
politique; bien au contraire. Mais un grand nombre d’événements
historiques dans lesquels la religion fut ou est encore impliquée ne
doivent rien à I’ occultisme.
Enfin, celui-ci, tel que le définissent les dictionnaires, se caractérise
par des croyances et des pratiques (divination, voyance, astrologie,
alchimie, arithmosophie, magie, spiritisme, etc.) que presque
toutes les religions institutionnelles condamnent comme des superstitions,
bien qu’elles ne se privent pas d’y recourir à l’occasion, par
exemple quand elles authentifient la voyance ou les apparitions.
Si I’ occultisme doit ainsi être partiellement distingué de la religion,
il se rattache en revanche très souvent aux sociétés secrètes,

surtout quand il s’implique dans des projets politiques. Or, ces
sociétés sont pour ainsi dire aussi anciennes et universelles que la
civilisation elle-même. On les rencontre autant dans les formations
sociales dites primitives qu’au Moyen Age, à la Renaissance, dans
les Temps modernes et à l’époque contemporaine; en Mélanésie,
en Afrique noire, au Moyen-Orient et en Chine que dans les Amériques
et dans notre Europe. Ainsi, depuis les Douk-Douk mélanésiens
et les Hommes-Panthères africains jusqu’aux Invincibles
irlandais et à la Synarchie, en passant par la Rose-Croix, les Carbonari
italiens et les Hong chinois, ces sociétés, occultes aussi bien
dans leurs structures que dans leurs rituels, semblent coextensives
à l’évolution historique.
En un sens, on pourrait même se risquer à dire que I’ occultisme,
dans la mesure où le secret est un enjeu de pouvoir
pour une élite, a été et reste jusqu’à nouvel Ordre – jusqu’à
I’ avènement d’un nouvel Ordre social – inhérent à toute politique.
Au second siècle de notre ère déjà, dans son Traité des
rêves, Philon d’Alexandrie classait la politique parmi les arts
magiques et voyait dans I’ homme d’État une combinaison du
sorcier et, à cause du double langage, du ventriloque. Plus tard,
Moïse Maïmonide de Cordoue (1135-1204), philosophe et médecin,
dans son Guide des Égarés, évoquait << la secte des politiciens,
législateurs, devins et enchanteurs de rêves qui recourent
couramment aux arts occultes >>. Il n’est pas jusqu’à Marx qui
faisait observer en 1842: << les bureaucrates sont les théologiens
de l’État la bureaucratie est la République prêtre; son esprit
général est le secret, le mystère gardé dans son sein par la
hiérarchie et envers le dehors par sa nature de corporation fermée.>>

Notre propos est de recenser les moments de I’ Histoire et les
épisodes politiques les plus marquants dans lesquels le rôle majeur
a été joué par des groupes ou des individus se réclamant de telle
ou telle finalité cachée qui présiderait aux destinées de I’ espèce
humaine, d’une nation, d’une communauté, ou même tout simplement
d’une dynastie.
Ces moments et ces épisodes, comme on va le voir, sont bien plus
nombreux qu’on ne le croit communément. Comme le soulignait à
juste titre René Guénon: << Les dessous politiques ou politico-religieux
de I’ occultisme et des organisations qui s’y rattachent de près ou de loin sont certainement plus dignes d’attention que tout I’ appareil
fantasmagorique dont il a jugé bon de s’entourer pour mieux
les dissimuler aux profanes l. >>


1. Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, Paris, 1921.


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