DU KIBBOUTZ À L’INTIFADA


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Ouvrage: Du kibboutz à l’Intifada

Auteur: Sigaut Marion

Année: 2012

 

4ème de couverture

En 1990, une main amie déposa le présent récit sur le bureau d’une
grande éditrice parisienne. Celle-ci l’y laissa pendant six mois et un beau
soir elle l’emporta chez elle. Le lendemain matin, à 8 heures, elle m’appela :
« Pouvez-vous passer aujourd’hui pour signer un contrat d’édition ? »
J’ai cru que j’étais la huitième merveille du monde. Personne n’avait été
capable, avant moi, d’éclairer ainsi par un récit plein d’amour, de colère,
d’enthousiasme et de révolte, – sans une once de haine -, l’inextricable
dossier israélo-palestinien.
Dans la maison on me faisait des courbettes, et on annonçait mon livre
comme le prochain best-seller, rien de moins.
Peu de temps avant sa sortie annoncée, je reçus un coup de fll de l’éditrice
qui m’informa qu’on reportait la parution à quelques semaines. « On » lui
avait fait remarquer que la publication d’un tel ouvrage, en pleine guerre du
Golfe, n’était pas la bienvenue.
Un beau jour enf1n mon livre apparut à la devanture des librairies, mon
attachée de presse m’arrangea quelques passages à la radio et au journal
télévisé. Le coeur battant, j’étais prête.
n y eut d’abord l’annulation du passage à la télé. Puis une recension
venimeuse à la radio. Le silence de mort de la presse écrite nationale. Puis,
à la suite de mon intervention sur France Inter, la réaction furibarde de
mon éditrice. Elle ne m’avait pas entendue, mais « on >~ lui avait raconté, et
ça lui suffisait, elle ne voulait plus jamais entendre parler de moi.
Le livre disparut des vitrines, les libraires le retournèrent. Sans m’en
informer on le pilonna, et on raya mon nom de la liste des auteurs de la
maison.
Bientôt ce fut comme s’il n’avait jamais existé.
Vingt ans plus tard, en 2011, je rencontrai un jour
à qui je donnai mon texte.
Le voici.
Marion Sigaut

 

 

PROLOGUE
I.:avion avait décollé depuis plus d’une heure et
déjà l’excitation du voyage cédait la place à l’ennui et à
l’impatience. Nous étions en août 1982, l’armée israélienne
occupait le Liban et l’anxiété me tenaillait.
– Pourrais-je avoir le ]érusalem Post? demandai-je en
hébreu à l’hôtesse qui me servait à boire.
Mon voisin m’observait en douce depuis le début du
voyage. Il saisit l’occasion de m’aborder.
– Vous parlez l’hébreu comme une Sabra! Vous êtes
israélienne?
Le flatteur!
-Pas même juive! lui répondis-je fièrement.
Je prenais plaisir à provoquer chez mes interlocuteurs
ce regard ébahi et un rien admiratif dont ils me gratifiaient
inévitablement quand je leur révélais cette vérité-là.
-Comment ça « Pas même juive )) ! Votre père au moins …
– Tous catholiques depuis Clovis, et pas une goutte de
mélange connu! le coupai-je en riant.
-Mais, comment se fait-il. ..
J’avais produit mon petit effet, et perdu l’envie de me
raconter plus avant. Ma préoccupation du moment, c’était
la guerre. Aussi lui fis-je la seule réponse plausible capable de
calmer sa curiosité.
– C’est l’amour.
Il fut immédiatement convaincu et moi tranquillisée : il
allait me laisser en paix.

 

L’amour. Et qu’y avait-il d’autre à en dire? Comment
appeler autrement cette rencontre foudroyante qui avait
eu lieu dix ans avant entre la gauchiste petite-bourgeoise
parisienne que j’étais, et ce kibboutz de Judée?
Je les avais aimés instantanément et disais à qui voulait
l’entendre que je les aimerais toujours.
Dans l’avion, des jeunes rigolaient bruyamment,
insouciants et conquérants.
-Pourquoi Arik Sharon n’est-il pas arrivé à Beyrouth la
première semaine? Parce que l’autoroute était à péage!
Et tout l’avion d’éclater de rire.
Je ne trouvais pas ça drôle. Je suivais anxieusement depuis
des années toute l’actualité de la région et ne trouvais rien de
comique dans la tournure que prenaient les choses. Pourtant, il
y avait eu cet espoir insensé de 1977, cette ouverture inespérée
qui avait immédiatement suivi l’arrivée au pouvoir de la droite
dure. Le voyage à Jérusalem d’ Anouar el-Saadate, les accords de
paix … Cinq ans plus tard, prenant prétexte de la présence, au
Sud-Liban, d’un arsenal pointé sur la Galilée, le général Sharon
avait lancé ses troupes, officiellement pour désarmer une bande
de quarante kilomètres. Ils étaient loin derrière : Tzahal1 avait
envahi tout le Liban et faisait le siège de Beyrouth.
Le capital de sympathie dont avait joui Israël depuis
des années commençait à sérieusement être altéré, et je ne
savais plus très bien si je n’avais pas pactisé avec le diable
en tombant si follement amoureuse de mon kibboutz.
Comment mes amis réagissaient-ils? Justifiaient-ils cette
campagne sanglante, ou bien y étaient-ils opposés?
« La paix en Galilée » était un joli nom pour un déferlement
de fer et de feu. Mais je connaissais suffisamment les Israéliens


1 Acronyme de Tzava Hagana Leisrael, armée de défense d’Israël (en fait, « pour» Israël).


pour savoir à quel point l’unanimité n’était pas leur fort,
et je partais vérifier que mes amis faisaient bien partie du
mouvement d’opposition pacifiste qui jour après jour prenait
de l’ampleur.
J’avais trente-deux ans et j’étais seule. J’avais perdu de
vue depuis des lustres mes camarades d’enfance, j’entretenais
avec mon milieu professionnel des rapports toujours décalés.
Depuis près de deux ans une guerre sans merci faisait rage
entre mon père et moi, l’un de nous deux devrait laisser la
place. À part mon kibboutz je n’avais personne. J’étais liée à
lui à jamais, je n’y pouvais rien. Il était ma source de vie, ma
référence, ma seule famille depuis la mort de maman et la
révélation de ce que valait« l’amour» de mon père.
Combien allaient-ils être à m’attendre à l’aéroport? Un
petit pincement délicieux m’étreignit la poitrine quand je
revis ma première descente sur les rues éclairées de Tel-Aviv.
C’était un beau jour de printemps en 1972. J’avais vingt-deux
ans, une belle santé, un tas d’idées toutes faites et
manichéennes sur le monde et une simple envie d’aller voir à
quoi ressemblait la seule expérience communautaire réussie :
le kibboutz.

 

PARTIE 1
L’AMOUR

CHAPITRE I
Ma première rencontre avec Israël fut glaciale et rien ne
laissait présager ce qui allait suivre. Bravant la désapprobation
de mes copains gauchistes pour lesquels Israël était le diable,
j’avais débarqué un beau soir à Lod (en ce temps-là, David
Ben Gourion, toujours vivant, n’avait pas encore donné son
nom à l’aéroport), sans connaître un mot de la langue, sans
une adresse, sans un ami à retrouver, sac au dos, casquette sur
la tête et guitare à l’épaule.
Le bureau des informations de l’aéroport me donna
l’adresse d’une auberge de jeunesse, là on me communiqua
celle d’une fédération de kibboutzim2
, le Kibboutz Haartzi.
J’aurais pu tomber sur une autre auberge, une autre fédération,
seul le hasard, un bienheureux hasard, guida ma route.
Le Kibboutz Haartzi était une grande bâtisse tirée au
cordeau en plein coeur de Tel-Aviv. Au dernier étage, je pris
place dans un couloir triste au milieu de quelques dizaines de
jeunes Occidentaux rôtis de coups de soleil, qui attendaient
que s’ouvre la porte du bureau d’accueil des volontaires pour
le travail en kibboutz.
– Next! grinçait une jeune femme toutes les dix minutes.
– French? Speak english? me demanda-t-elle sans même
lever les yeux vers moi quand ce fut mon tour.
Tandis qu’elle remplissait en toute hâte divers papiers, je
me permis:
-J’aimerais un kibboutz au bord de la mer. ..
– C’est moi qui décide.


2 En hébreu, « im » à la fin des mots marque le masculin pluriel.


Puis, pointant son doigt sur une carte :
-Vous irez là quand vous aurez passé une visite médicale.
Voici l’adresse d’un médecin, vous lui donnerez ce papier.
Revenez demain. Shalom.
Toute ma journée à Tel-Aviv fut désagréable. Je trouvais
la ville sale et disgracieuse : immeubles carrés et sans style,
trottoirs malpropres, embouteillages sonores et autobus
bondés. À plusieurs reprises, je dus agripper ma guitare que
des voyous rentaient de me voler alors que, assise sur un
parapet crasseux, j’attendais l’ouverture du cabinet médical.
Le médecin qui m’ausculta ne fut guère aimable. Une
barbe blanche dévorante et un fort nez busqué lui donnaient
un air méchant, et quand il me rendit le certificat, il n’avait
pas desserré les dents sinon pour les questions indispensables.
– Comment puis-je me rendre dans ce kibboutz?
demandai-je le lendemain matin quand la poison du
Kibboutz Haartzi me donna l’enveloppe contenant
l’assurance et la lettre de recommandation.
-Par le bus.
– Mais lequel ?
– Débrouillez-vous. Shalom.
– Shale femme, lui répondis-je en passant la porte.
La suite immédiate ne fut pas plus heureuse. Avant de
commencer à travailler au kibboutz, je voulus d’abord aller
faire un tour à Jérusalem où je commençai par m’émerveiller.
Les souks, les remparts, la splendide mosquée d’Omar et son
dôme d’or, chaque recoin de la vieille ville, chaque ruelle
étaient source d’émotions. Un antique autobus brimbalant
m’emmena à Bethléem, et chaque lieu avait pour moi une
consonance magique : grotte de la Nativité, Béthanie, mont

des Oliviers. Devenue gauchiste en mai 68, je détestais la
religion de mes pères, mais j’avais la larme à l’oeil de me
trouver sur le lieu des mythes de mon enfance. Tout était
conforme au livre d’images qui avait accompagné mon
instruction religieuse : oliviers et figuiers sur les buttes
rocailleuses où on apercevait des bergers poussant leurs
troupeaux, maisons de pierres taillées avec leurs toits en
terrasse, et cet azur insolent qu’on aurait dit permanent.
Mais le coup de foudre que j’éprouvai pour la ville
éternelle ne me réconcilia pas avec le catholicisme. Car
si m’émerveillèrent le mur occidental et l’esplanade des
mosquées, anciennement la base du temple de Salomon,
je n’eus aucun plaisir à visiter les lieux saints chrétiens. En
regardant les Juifs à papillotes se balancer devant les pierres
multimillénaires du Mur, je pouvais imaginer leurs ancêtres
déambulant à la même place. Ignorant alors l’existence
des chrétiens d’Orient, je croyais voir dans les dorures et
le faste des sanctuaires la marque ostentatoire de l’ancienne
domination croisée. Et, ne pouvant me représenter Jésus
dans le dédale des sacristies, des chapelles et des sanctuaires
chrétiens, je décidai que les seuls à pouvoir encore évoquer
la Jérusalem du Christ étaient les Juifs.
Hey! want some haschich?
Je sortais de l’auberge de jeunesse le troisième matin,
quand un grand gaillard frisé en boule, bronzé et assez beau
gosse m’interpella.
Non merci. Si je ne dédaignais pas de tirer de temps
à autre sur un joint, je n’allais certainement pas acheter
n’importe quoi à un inconnu dans une ville étrangère …
l’ve got some good stuff, j’en ai de la bonne.
Qu’il aille donc la vendre à d’autres. Je tournai les talons
et repris ma déambulation, flanquée d’une jeune suissesse
rencontrée à l’auberge.
-Tu n’as pas la sensation que tout le monde te tripote?
me demanda-t-elle brusquement en s’arrêtant au milieu d’une
ruelle. J’ai l’impression permanente d’avoir des mains sur moi
dès que nous sommes dans la foule. Je n’en peux plus.
Habillées d’un pantalon et d’une chemise à manches
longues malgré la chaleur de ce printemps naissant, nous
n’exhibions ni cuisses bronzées ni décolleté provoquant, mais
la précaution avait été sans effet : nous étions pelotées en
permanence.
Some good stuff, very very good stuff ! dit une voix
narquoise derrière notre dos. Le vendeur de haschisch posa sa
main sur mon épaule. Je me retournai, toutes griffes dehors.
– Bas les pattes!
Very very good stuff, ricana-t-il en me déshabillant du
regard, arborant un sourire obscène.
Je voulus tourner les talons, mais il me plaqua la main sur
un sein et me susurra à l’oreille :
I’ll fuck you.
You’ll never fuck me ! hurlai-je hors de moi en le giflant
à la volée.
Là, j’ai vu la mort en face. Enragé, il vengea l’affront
à coups de pieds et coups de poings. Impuissante, ma
compagne recula et appela au secours, mais personne ne
bougea. Les larmes aux yeux et drapée dans ma dignité, je
tentais de rester debout, quand trois jeunes gens arrivèrent
en courant et entraînèrent mon agresseur. Quelques secondes
plus tard je compris à quoi je devais mon salut, quand surgit
une patrouille au détour d’une ruelle. La jeune femme
s’approcha des soldats mais je la retins.
– Laisse tomber, ils ne le rattraperont pas.

Je venais de comprendre que l’agresseur était arabe. Ce
fut mon premier contact avec la minorité opprimée. Et avec
l’armée d’occupation.
La tahana merkazit – la gare centrale des bus – était
certainement l’un des endroits les plus crasseux, les plus
vivants, les plus bruyants, les plus pittoresques de Tel-Aviv.
En plein coeur de la ville, c’était un capharnaüm où
convergeaient des autobus de tout le pays et où une foule
bigarrée de ménagères braillardes, de kibboutzniks en shorts,
de soldats et soldates armés jusqu’aux dents, de religieux
noirs, d’ouvriers et de jeunes, fumaient, mangeaient des
glaces ou des pépites dont ils recrachaient par terre les écorces
en attendant de grimper dans l’unique moyen de transport
collectif Autour du périmètre des plates-formes tout
s’achetait et tout se vendait : jetons de téléphone, épingles
à cheveux, chaînes stéréo, cassettes, sandales et vêtements,
journaux, fruits et légumes, lacets de chaussures, produits de
beauté, beignets de pois chiches servis dans des pains ronds –
les pitot- d’où dégouline de la purée de sésame bien grasse,
sacs à main, petit outillage, lampes de chevets, dictionnaires,
pépins de courges, tout vous était proposé au milieu des cris
et des détritus.
Un vieux monsieur utilisa l’allemand pour m’indiquer
quel bus pouvait m’emmener à Tel-Nir, un jeune m’assura en
anglais qu’il partait à quatorze heures, et une grosse bonne
femme m’expliqua en français qu’il me faudrait deux heures
pour arriver à destination. J’admirai avec quelle rapidité le
chauffeur réussit à sortir son véhicule de cet embouteillage
insensé, et j’excusai gentiment le soldat qui m’envoya dans
l’oeil en s’installant à côté de moi la crosse de son fusil mitrailleur.

Il était effectivement seize heures quand je me retrouvai
presque seule avec le chauffeur sur une route étroite qui
traversait des champs vert tendre et des collines caillouteuses.
Il aborda un virage en épingle à cheveux, grimpa le long d’un
chemin arboré et s’arrêta à proximité d’un château d’eau.
-Te voilà arrivée, me cria-t-il. Bon séjour!
Il y eut d’abord l’odeur. Un mélange piquant de terre bien
arrosée et de conifères. Puis les couleurs : le vert du gazon et
des arbres, le bleu limpide d’un ciel au soleil déclinant, les
roues de tracteurs peints en rouge et blanc à proximité de
maisonnettes blanches. Puis le bruissement du vent dans les
feuilles, le ronron lointain d’un tracteur, le tchi-tchi des jets
d’eaux tournants et le chant des oiseaux. Pas une voix, pas
un bruit humain dans ce décor de rêve surpris à l’heure de la
sieste. Je m’arrêtai un instant au milieu du chemin, le soufle
coupé. Il vivait là des gens qui s’étaient construit un cadre où
la beauté était la norme. J’en avais les larmes aux yeux.
Un homme et une toute jeune fille apparurent.
– Tu es la nouvelle volontaire? me demanda cette
dernière. Viens avec moi, je t’emmène chez Sylvie. C’est elle
qui s’occupera de toi. D’où viens-tu? Comment t’appelles-tu?
Moi, c’est Malka.
Nous passâmes devant quelques maisonnettes silencieuses
en suivant une allée ombragée, et Malka fit halte devant un
balcon.
– Sylvie! appela-t-elle.
Une brune aux yeux verts d’une trentaine d’années sortit
toute ensommeillée et s’exclama :
-Ah! Tu es la nouvelle volontaire! Bienvenue ici. Comment
t’appelles-tu? Excuse-moi, je faisais la sieste. Entre, entre, voici Kobi,

mon mari. Assieds-toi, je te fais à boire. Tu es française? Moi,
je suis d’origine anglaise.
Leur chambre était meublée d’un lit, d’une table en
formica et de deux chaises, d’un placard et d’une radio. La
douche se trouvait dehors au niveau d’un balcon encombré
de quelques jouets, d’une table basse et de deux antiques
fauteuils. C’était propre et ils semblaient ne manquer de
rien. Kobi, un grand sec au visage mangé par la barbe tira
les rideaux :
– Nous allons t’emmener chez les volontaires, mais en
chemin nous prendrons notre fils dans sa maison d’enfants.
Ici les parents retrouvent leurs petits après la sieste et jusqu’au
dîner. Puis les enfants retournent dans leur maison. Tu joues
de la guitare? Tu nous chanteras des chansons, j’espère …
La maison des trois-quatre ans ressemblait à une maison
de poupées. Les sièges, les tables, les douches, les lits, les
lavabos, tout était à la taille des enfants. Sylvie attrapa son
fils encore tour chaud de sommeil, le couvrit le baisers et lui
enleva sa couche, tandis que son mari cherchait des vêtements
propres dans une armoire.
-Tous les effets personnels, les serviettes, les verres à dents
et les emplacements de rangement sont marqués au nom de
chaque enfant. Quand ils sont devenus trop grands pour une
maison, ils déménagent.
Elle prit son fils par la main, Kobi saisit mon sac à dos, et
nous nous dirigeâmes vers les cabanes des volontaires.
– Demain tu ne travailleras pas, ce sera ta journée
d’intégration. On te donnera des chaussures et des vêtements
de travail que tu marqueras à ton nom pour les faire laver.
Tiens, c’est là la buanderie, on appelle ça la Communa. Tu
jettes ton linge sale là-haut, et tu le récupères dans un casier

le lendemain. Pratique, non? Les volontaires travaillent six
heures par jour et non sept comme nous. Tu recevras un peu
d’argent de poche pour tes besoins personnels, mais tout
est gratuit : la nourriture bien sûr, qu’on prend dans la salle
à manger commune, mais aussi le savon, le dentifrice, le
shampoing, le papier à lettre et les timbres, même les petits
gâteaux que tu pourras aller chercher au magasin. Dans ta
chambre il y a déjà une bouilloire et des verres pour le thé
et le café.
Échaudée par l’accueil que le Kibboutz Haartzi avait
réservé à ma demande, j’osai tout de même :
– Me serait-il possible de travailler au jardin?
– Évidemment! J’en parlerai demain au sadran avoda,
c’est la personne qui organise le travail. Tiens, regarde, ici ce
sont les communs, les douches et les toilettes des volontaires.
Au début, tous les membres de ce kibboutz habitaient dans
les cabanes et se douchaient là, mais à présent ils ont ce qu’ils
faut dans leurs chambres. Ça a été le premier bâtiment en
dur de Tel-Nir.
Un bloc de béton carré et gris.
Nous passâmes à côté de l’infirmerie, de la salle à manger
et sa cuisine attenante, du secrétariat, de maisons d’enfants
blanches et fleuries.
-Tu vas voir, les cabanes sont assez moches mais tu n’y
seras que pour dormir. Là, c’est la piscine, et plus loin le
terrain de volley. Ça va?
Sylvie frappa à la porte d’une cabane de quatre chambres,
et une minuscule blonde m’accueillit avec un sourire.
Hi! i’m Sonja. i’m American.
Émerveillée, je m’assis sur un lit, posai ma casquette,
sortis ma guitare de son étui et leur chantai une chanson.

 

CHAPITRE II

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