LES MAÎTRES DE L’AUBE


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Vaudou haïtien Art drapeau.

 

Ouvrage: Les maîtres de l’aube

Auteur: Price Mars Louis  (ethno-psychiatre haïtien 1906-2000)

Année: 1982

 

 

INTRODUCTION

Invité à prononcer, le 1er mai 1972, une conférence au San Anthony’s
Collège de l’Université d’Oxford, j’ai voulu montrer à cet auditoire
spécial, certains aspects originaux de la vie collective en Haïti.
J’en reproduis ici l’essentiel.
En traitant de la culture haïtienne, je crois nécessaire de m’attarder
sur la religion populaire et la littérature écrite : deux formes de communication
en voie d’exploration.
Celle-ci est appréciée par les connaisseurs, celle-là est cause de
scandale dans la presse internationale, parce qu’elle n’est pas comprise.
Chacune possède cependant son originalité et son langage propre
et l’une et l’autre témoignent du besoin inéluctable de communication
de la masse et de nos élites.
Celles-ci avec le monde entier à travers la langue française et les
média artistiques (peinture, sculpture, orfèvrerie, etc.), celle-là, à l’aide
d’un langage codé, avec son environnement immédiat et… l’au-delà.
Hier, s’ignorant mutuellement ; aujourd’hui, en voie de se connaître
en fonction de l’évolution sociologique du pays.
Je regrette que je ne puisse parler de la naissance et de l’avenir de
la peinture et de la sculpture en Haïti.

J’ai eu le privilège d’en discuter avec André Malraux, en 1968, au
cours d’une visite au Ministère des Affaires Culturelles.
[2]
L’illustre écrivain me fit un accueil empreint d’une fine courtoisie.
Il avait vu des tableaux de nos peintres à Dakar, au cours du « premier
Festival Mondial des Arts Nègres, en avril 1966.
Il s’intéressait à nos oeuvres littéraires et artistiques.
Je lui demandai son appui en faveur d’un projet d’exposition à Paris
de la peinture et de la sculpture haïtiennes.
Le Grand-Palais lui parut convenir. Les évènements de mai 1968
ne permirent pas de donner une suite à ma proposition.
Dans cet ouvrage je me fais l’écho de cet entretien pour situer l’intérêt
que suscite l’art haïtien dans le monde.
Il faudrait lui consacrer un chapitre, dire l’originalité et la beauté de
tant d’oeuvres qui représentent des cérémonies religieuses, des danses
populaires et des carnavals hauts en couleur et gorgés de rythme, qui
célèbrent nos campagnes foisonnantes d’arbres, d’animaux et de paysans
en communion intime avec la terre, nos villes et nos villages,
avec leurs ruelles bariolées de visages, hantées par des êtres mi-réels,
mi-mythologiques ; tout un univers pétri de réalisme merveilleux !
L’art haïtien jailli des entrailles du peuple témoigne de la richesse
de la culture haïtienne, mais il est menacé d’aliénation par la vogue
commerciale dont artistes et promoteurs tirent un grand profit et ses
meilleures productions acquises au prix fort, prennent le chemin de
l’étranger.
Il faut l’en protéger par des mesures adéquates.
La Haye, 12 janvier 1975

AVANT-PROPOS

Ma Mission au Pays-Bas ayant pris fin en cette même année 1975,
je n’ai pu publier à cette date « La Culture Haïtienne » et la préface
de Maryse Choisy comme je l’avais souhaité. Fidèle à la mémoire de
l’ancienne Présidente de l’Union Mondiale des Religions, je me permets
d’offrir à l’intelligentzia haïtienne sa réflexion et mes nouveaux
textes traitant de quelques problèmes fondamentaux de notre vie collective.
Relativement au bilinguisme français-créole et aux moyens rapides
d’alphabétiser les masses, je crois utile de reproduire une partie
de la conférence prononcée par mon père le 13 janvier 1943 à l’Église
Wesleyenne sur cette question. Il est surprenant de noter que trente-neuf
ans plus tard, nous en sommes encore à discuter de l’opportunité
de pareille mesure alors qu’il est temps de résoudre ce problème, en
somme, bien mince en face du drame de la terre.
Port-au-Prince, le 15 mars 1982

PRÉFACE
Par Maryse CHOISY

Parmi les hommes, ce sont toujours les mêmes, semble-t-il, qui véhiculent
une civilisation digne d’être connue. À regarder sa peinture
naïve, à écouter ses poèmes, qui s’étonnera d’apprendre que Haïti fut
la première nation noire indépendante dans le monde (et la deuxième
après les U.S.A. sur le continent américain à conquérir sa liberté).
C’est parce qu’elle n’est pas une nouvelle riche de l’indépendance
que, sans fausse vanité, elle demeure fidèle à tous les souvenirs culturels.
J’aime que la République d’Haïti ait gardé le français, et aussi
notre système éducatif, légal, politique, administratif. J’aime qu’elle
ait emprunté à ses voisins les U.S.A. l’outillage technique, et les gadgets
qui amusent les grands enfants. Ce qui me réjouit surtout, c’est
que le peuple de l’île verte porte haut comme un drapeau les
croyances animistes d’Afrique.
On ne chante bien que dans son arbre généalogique, comme l’a
senti Cocteau. Face à la tyrannie ottomane, le peuple grec s’est
conservé dans la religion byzantine comme un poisson dans l’eau.
Justement, les Hellènes avaient une civilisation à transmettre. Les
choeurs de Sophocle sont plus près des danses de possession que nous
ne le soupçonnions. D’Israël aussi on peut dire ce que l’on a dit de la
Grèce. C’est la religion qui a maintenu les Hébreux de la diaspora.
De même le Vodou a transplanté en Haïti la tradition profonde de
l’Afrique. Les dieux des ancêtres arrivent du Dahomey quand les Haïtiens

les invoquent. Et les Haïtiens, murmure-t-on, leur rendent la politesse.
Au moment de la mort, leurs âmes survolent l’Atlantique dans
l’autre sens, pour s’immerger dans l’Esprit originel.
[6]
Du temps que j’étais directrice de la revue Psyché, j’ai rencontré
monsieur l’ambassadeur Louis Mars. Il était alors professeur de psychiatrie.
Quel phénomène fascinant le Vodou, pour les ethno-psychiatres
balbutiants de 1948 ! Aux chercheurs scientifiques qui jetaient
leurs tentacules dans tous les azimuts, les travaux de Louis Mars apportaient
un élément neuf. J’avais organisé un congrès auquel prirent
part le regretté Marcel Griaule et Georges Dumézil. Entre les tragédies
grecques et les danses de possession la parenté parut incontestable.
Je suis heureuse de trouver dans ce volume petit, mais grand par
le sujet et la manière de la traiter, la première étude approfondie des
danses de possession et du Vodou. Des dieux qui se font hommes à
longueur de journée » dit Louis Mars, des possédés. Il s’agit ici des
rapports vécus de l’homme avec le milieu divin, fût-ce par l’intermédiaire
des anges, ou des esprits de montagnes, de volcans, de sources,
d’arbres. La lutte entre monothéisme et polythéisme prend un autre
sens. Il n’y a pas de peuple polythéiste. Partout il n’y a que des mystiques
et des superstitieux. Dans chaque religion une élite cherche
l’Un derrière les phénomènes variés. L’élite est monothéiste. Les
autres, tous les autres préfèrent attribuer à quelque seigneur local
leurs malheurs privés ou publics. N’est-ce pas cette féodalité céleste
qu’implique le paganisme ? Un païen n’est ni plus ni moins qu’un paganus,
un villageois. Il adore le dieu de sa borne.

*
* *
Espace et temps sont des formes a priori de la pensée, que l’homme
a posées sur le réel pour le mieux saisir. Qu’on les appelle projections,
comme Freud, représentations ou catégories, comme Leibniz et Kant,
espace et temps sont créés par le connaissant et non par l’Inconnaissable.
Mais alors ? Si la même expérience vécue du divin atteint les
hommes à des vitesses variables, les différences entre les religions de

Salut s’estompent. Un seul phénomène, inscrit dans les sans-temps
une fois pour toutes, parvient à chaque civilisation au moment qu’elle
est capable de l’absorber sur le rythme et dans la coloration qui lui
sont propres.
L’Incarnation est le point central de tout le manifesté. Au cours de
son histoire singulière, chaque peuple vit son expérience de [7] l’étendue
et de la durée dans ses rapports avec la Réalité. Derrière toutes
ces manifestations, à des millésimes et des méridiens différents, se
cache le même Absolu, inconnu (disent les théologiens), inconnaissable
(répètent les philosophes, depuis Kant).
Si l’on suit cette idée, il n’y a, d’une certaine manière, qu’un seul
Rédempteur, fils de Dieu, pour toutes les galaxies. Il est Jésus pour
moi. Il est le Messie à Jérusalem. Il est le Bouddha dans les Himalayas.
Il est le Krichna de la Bhagavad Gïta. Il est aussi chaque
prêtre et chaque possédé de Dieu.

*
* *
Le prêtre le plus ancien est le chamane. Il est à la fois mage, guérisseur,
danseur, poète, chef et souvent roi. Par-delà les millénaires de
développement, les chamanes ont pour descendants les prophètes des
Hébreux, les rhapsodes grecs, les bardes ce/tes, les poètes de Rome
(qui se donnaient le titre de vates). Dans l’Ancien Testament, prophète
signifie non pas devin, mais inspiré, celui qui dans l’extase de la
danse, du chant ou du poème reçoit l’esprit de Dieu.
En Égypte, le pharaon danse à grands pas pour assurer la marche
du soleil. Le roi des Perses danse le jour de Mithra. Le roi David
danse devant l’Arche.
La musique et la poésie sont dans le temps. La peinture, l’architecture
occupent l’espace. La danse vit à la fois dans l’espace et le temps.
Avant la pierre, le Verbe, le son, l’homme se sert de son corps pour organiser
l’espace et rythmer le temps.
Possédé, ravi, niant la pesanteur, le danseur brise les entraves terrestres
et sent passer le souffle de l’univers. La danse devient sacrifice,
prière, acte magique. Elle appelle au combat les forces de la nature,
guérit les malades, relie les défunts par delà la mort à la chaîne

de leurs descendants. Nous sommes ici dans l’ordre de la révélation
sacrée.
C’est dans la danse que les Chinois font naître l’harmonie cosmique.
« Qui sait la danse vit en Dieu » dit le soufi Djemelladin Roumi.
Le Natya Shastra, qui expose la tradition chorégraphique hindoue,
a survécu aux guerres, aux invasions étrangères. Le dieu Shiva
a transmis à un homme, Bharata, sa connaissance de la danse, [8]
pour que les générations futures communient dans cet art qui est
créateur. Entre les périodes cosmiques (kalpas) Shiva-Nata-radja crée
et détruit les mondes en dansant.
Dans la lignée sacerdotale, la tradition a duré longtemps. Les kirtans
sacrés se dansent et se chantent parmi tous les swamis de l’Inde.
À l’époque talmudique, dans les noces juives le rabbin dansait, un rameau
de myrte à la main. Au dix-huitième siècle, dans les régions
centrales de l’Allemagne, le prêtre chrétien ouvrait le bal avec la
jeune mariée. Enfin le moindre vicaire catholique doit savoir chanter
et jouer de l’orgue.
Le danseur extatique danse pour se défaire de son corps et devenir
esprit. On en trouve une expression poignante chez le derviche qui
tourne sur lui-même. Il écarte les bras, tend les paumes vers le ciel. Il
se met dans l’attitude d’accueil. Il s’ouvre à l’univers, à Dieu.
Nous y rencontrons les attitudes sacrées de l’hindouisme et du
bouddhisme qu’on appelle moudras. La plupart des gestes de la messe
y ressemblent fort.
En cet état d’ivresse, le prêtre-danseur dépasse l’humain. Délivré
de son moi, il acquiert le pouvoir de participer à la marche du monde.
Il entre, comme dirait Platon, dans le plan des eidoi. Le phénomène
sensoriel est pensé comme essence pure. La pluie qu’il désire provoquer
ne saurait être figurée par une écuelle d’eau, ni la fécondité par
un phallus, ni la guerre par un cliquetis d’épées.

*
* *
Grâce à l’étude de Louis Mars, on comprend pourquoi la poésie et
l’art, toujours et partout, débutent sur le propylée des temples ou le
parvis des églises. Ainsi les scènes de la vie du Bouddha au Tibet,
l’épopée sacrée du Mahabharata, non seulement à Bénarès et en

d’autres villes sacrées de l’Inde, mais aussi dans une grande partie du
continent asiatique, à Bali, en Birmanie, en Indochine, le no chez les
Japonais, les mystères des cathédrales, la tragédie à Eleusis. À la
source de tout théâtre, il y a la danse de possession.
Tout art est sacré. Il n’y a pas d’art profane. Il n’y a que de l’art
profané.
[9]
Je suis reconnaissante à Louis Mars de n’avoir pas versé dans la
vieille psychiatrie. C’est d’une manière très nuancée qu’il a donné le
nom d’ethnodrame aux expériences collectives dans le Vodou. Bien
sûr, il y a des guérisons lors de certaines séances publiques. On ne
saurait les nommer psychodrames, pas plus qu’on ne saurait nommer
psychodrame l’Oedipe de Sophocle, ou les aventures de Rama et de
Sita dans l’épopée du Ramayana.
L’acteur ici se meut sur la fine lame du couteau. Métaphysique et
psychologique se côtoient. C’est dans le signifié que se situe la différence.
Prenons l’exemple d’une réunion de dix personnes. Psychologues
et sociologues ont dégagé les lois du groupe. Ce s lois du
groupe – (qui se targuent d’être établies scientifiquement), jouent pour
toutes les assemblées laïques. Il m’est arrivé de diriger des séminaires,
des cercles d’études, des psychodrames. Ils obéissaient toujours
aux lois du groupe.
J’ai aussi guidé des centres spirituels. J’ai même été mère d’ashram.
Ceux-là n’obéissent guère aux lois du groupe. Une chose est de
parler d’une mystique. Une autre est de la pratiquer. Il y a plus de ressemblance
entre deux religions opposées qu’entre une discussion et
l’ouverture vers un monde au-delà de l’humain. Inutile de souligner
qu’une réunion de Vodou échappe aux lois du groupe.
Louis Mars a donc eu raison de faire appel aussi au mode d’explication
(parmi d’autres) des structuralistes. Le signifiant est la possession.
Le signifié est le dieu. « Ici, écrit-il, la relation fonde l’acte religieux,
ce sont des données dont la valeur, c’est-à-dire la capacité de
signifier, provient de leur position dans un système, dans un tout
structuré ».
Louis Mars se souvient de la théorie de l’identification de Freud et
de Jones. Lui-même appelle la possession religieuse possession-

identification avec l’archétype divin. Des anthropologues structuralistes, il
ne retient que ce qu’il faut. Il trouve la formule suivante, imposée dans
le Vodou par le credo animiste : possession = identification avec
l’Autre + métamorphose en l’Autre.
Du coup, grâce à Louis Mars, les ma/entendus s’éclairent. Selon
qu’on opte pour le psychologique (avec ses dérivés : psychanalyse,
psychiatrie, anthropologie, ethnographie, sociologie) ou le métaphysique
(avec ses variantes : la religion, l’art, la poésie) la dramatisation
appartient à un autre système.
[10]
La dramatisation découle directement de l’animisme. On donne
une âme à chaque atome, une âme à chaque fleur, une âme à chaque
cristal et à chaque métal, une âme à chaque pulsion et à chaque
conduite, une âme au plus petit comme au plus grand. N’est-ce pas la
démarche de l’enfant quand il frappe « la méchante table qui lui a fait
mal » ? N’est-ce pas aussi la démarche de l’alchimiste qui transmue le
plomb en or et la matière en esprit pour atteindre le salut ? Dramatiser
est la démarche de Sophocle, quand il donne une âme à Oedipe et
d’Eschyle, quand il fait de Prométhée un dieu-homme. Le drame, c’est
cela.
Je souris quand je rencontre aujourd’hui les mots de dramatisation
et de dédramatisation que nous avons créés à Psyché. Le jargon scientiste
descendu dans la rue a renversé leur sens. Dédramatiser, ce n’est
pas, comme le croit le vulgaire, transformer un drame en vaudeville,
introduire une note optimiste. Pour le psychanalyste, la dramatisation
c’est la projection de ses propres conflits sur un autre. Dédramatiser,
c’est apprendre à l’enfant qui s’est cogné contre une table que la table
ne lui veut pas de mal. La table est un objet inanimé. Ce n’est pas un
démon.
Comme je l’ai écrit il y a longtemps, le névrosé n’invente rien. Il
caricature ce qui existe sur un autre plan. Le subjectif peut être aussi
objectif. Dieu est à la fois immanent et transcendant. J’ai montré
dans… mais la Terre est sacrée qu’il y a plusieurs couches d’inconscient
et de derrière l’inconscient refoulé familier aux freudiens, il y a
l’inconscient pré-biographique où seul l’imaginaire est vrai. Là le philosophe
aura raison du sociologue et le poète atteindra le réel métaphysique.
Une nation mystique est toujours une nation d’artistes.

L’art possède ce caractère immédiat d’éternité qui le situe d’emblée
dans le temps sacré. La possession est le type et le modèle même
de toute grande oeuvre. Créateur et création ne font qu’un. Tout
semble réglé par quelqu’un d’autre que l’auteur. Tout se passe comme
si un être invisible, doué d’un pouvoir surnaturel, après l’avoir pris
par la main, l’eût obligé à le suivre aveuglément, sans que l’artiste sût
où il allait et sans qu’il pût aller ailleurs.
Dans un très grand livre, Etienne Souriau parle de l’« ange de
l’oeuvre » 1. Il insiste à plusieurs reprises : cet ange de l’oeuvre offre
[11] « cet évident statut de n’être pas psychique ». Cette démonologie
de l’art, Nietzsche aussi la décrit dans une de ses plus belles pages
sur l’inspiration 2.
L’artiste est une voix d’outre-tombe. Dans sa relation de spectateur
à spectacle, il perçoit les essences aux autres et à lui-même cachées.
À partir d’Eschyle et de Sophocle, l’acteur remplace le prêtre. Un seul
peut payer pour tous. Parce qu’il sent un peu avant les autres, un peu
plus intensément que les autres, un peu plus profondément que les
autres, le poète devient le lieu géométrique des passions, des conflits.
Sa mission est d’être le médium de sa génération. Chaque époque
confie ainsi à un petit nombre d’élus le soin d’aimer pour elle, de
pleurer pour elle, de se sacrifier pour elle, d’expier pour elle, pendant
qu’elle court à ses affaires et à ses plaisirs. Elle reconnaît toujours les
siens, mais ne leur dit jamais merci.
Dans cet état d’identification avec la joie et la douleur de la terre,
avec les rythmes du cosmos et sa convergence, le poète est l’instrument
élu d’une Révélation qui mène à la transcendance, où toutes
choses brûlent d’une vie accrue. Cette création où l’homme se sacrifie
à l’oeuvre qui le dépasse est ce qui se rapproche le plus de la possession.
M.C.
[12]


1 Professeur Etienne Souriau : L’Ombre de Dieu, P.U.F., 1955, Paris, p. 152.
2 Nietzsche : Ecce Homo.


L’AUBE

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