LE MOYEN-ORIENT ANTIQUE


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Auteur : Garbini Giovanni (Professeur à l ’Institut
d’études proche-orientales, Université de Rome.)

Ouvrage : Le Moyen-Orient antique
Année : 1969

Traduit de l’anglais par
MARIE-LAURE LE GAL

 

 

Introduction

La longue histoire de l’homme tel que nous le connaissons aujourd’hui, commence entre il y a un million et un demi-million d ’années.
Pendant très longtemps l’homme vécut d ’une façon simple et primitive,
dominé par le climat et la géographie, luttant pour survivre,
errant en quête d’abri et de nourriture. Des groupes entiers pouvaient
périr à la suite d ’une erreur de jugement, ou si instinct et intuition
leur manquaient. Puis, après des milliers d ’années, dans certaines
régions favorables, l ’homme apprit à vivre en communautés. Il put
élever une famille dans une sécurité relative, faire des récoltes, élever
des animaux, se bâtir des abris. C ’est alors que l’organisation plus
stable et plus complexe d ’une civilisation évoluée devint possible.
Ignorant les origines du monde et cependant conscient d ’un ordre
naturel, l’homme s ’interrogea, et les premières formes de religion
furent le fruit de cette réflexion. Le besoin d ’ordre et de responsabilité
sociale, à l’intérieur du groupe, suscita l’apparition du droit et de
la royauté. L ’homme était passé d ’une culture primitive à une culture
évoluée.
Ce livre étudie l’évolution historique et sociale de certaines civilisations
évoluées et leurs formes d ’expression artistique. On trouve
les plus anciennes réalisations artistiques, politiques et religieuses de
ces cultures, dans la région connue aujourd’hui sous le nom de
Moyen-Orient antique. Cette région s ’étend depuis l’Égypte et l’Anatolie
à l’ouest, jusqu’au plateau iranien à l’est et se prolonge vers le
sud, englobant l’Arabie. Les traits géographiques de cette vaste
contrée sont extrêmement variés. De grandes artères fluviales coupent
cette zone désertique, la vallée du Nil en Égypte et celle du Tigre et
de l’Euphrate en Mésopotamie.
Cette dernière, d ’après la tradition biblique, n ’est autre que l’Éden
ou Paradis terrestre. Entre le Tigre et l’Euphrate, au pied des collines
qui bordent les chaînes montagneuses du nord, se trouve le « Croissant
fertile ». Il décrit un arc depuis le nord de la Mésopotamie jusqu’à la Palestine, en passant par le nord de la Syrie et la région côtière
méditerranéenne (Phénicie). Au-dessous de ce croissant s ’étend le
désert syro-arabique, et au-delà, les plateaux d ’Iran traversés, d ’est
en ouest, par des chaînes de montagnes.
C ’est là que se développèrent les plus anciennes civilisations.
Ayant pris naissance dans les vallées des fleuves — d ’abord en Mésopotamie,
puis en Égypte et aux Indes (dans la vallée de l’Indus), les
cultures présentèrent certaines ressemblances dans leurs phases pré-dynastiques.
Ainsi, au début de l’histoire du Moyen-Orient, les
fleuves étaient les grands centres d ’attraction. Les peuples nomades
qui amenaient leurs troupeaux dans les vallées, apprenaient à canaliser
les eaux du fleuve et à irriguer les terres. La culture, puis le
commerce du blé s ’ensuivirent. La stabilité économique dépendait
de l’excédent de blé, et le commerce avec les régions les plus pauvres
se développa.
Cependant, les mouvements ethniques et culturels n’étaient pas
limités aux plaines. Les communications entre l’est et l’ouest étaient
possibles par les vallées du nord; ce n ’est que récemment que l’on a
insisté sur ce fait. C ’est ainsi que des relations lièrent l’Iran, l’Anatolie
et le Caucase, relations dont les effets devaient se faire sentir plus
tard, lorsque les Kassites et les Hittites descendirent du nord. Ces
peuples « montagnards », qui parlaient en général l’indo-européen,
devaient changer le cours de l’histoire ancienne en Orient.
Néanmoins, les impulsions créatrices les plus fortes des civilisations
antiques au Moyen-Orient, naquirent dans les vallées du Nil,
de l’Euphrate et du Tigre. Les Égyptiens et les Sumériens furent les
premiers à élaborer des structures politiques complexes et puissantes.
Mais s ’il est vrai de dire que les conditions étaient les mêmes
pour tout le monde — les grands fleuves devaient être mis en valeur
afin de procurer subsistance et pouvoir — il n ’en reste pas moins
que l’évolution politique et culturelle des deux races fut totalement
différente.
L ’Égypte a toujours eu une double nature, le nord et le sud, respectivement
appelés Basse et Haute Égypte, qui recherchaient leur
indépendance. Ce dualisme fut toujours tenu en échec par un pouvoir
central très fort qui maintint plus ou moins l’unité de l’Égypte sous
l’autorité du pharaon qui était investi de pouvoirs divins. En Mésopotamie,
d ’autre part, l ’unité politique fut rarement maintenue, à
cause de la puissance individuelle des cités. Chez les Sumériens, le
gouvernement était théocratique, et en Mésopotamie, il était décentralisé.
Les dirigeants sumériens n ’accédèrent jamais à la dignité
divine. Ils représentaient le dieu sur terre et intercédaient auprès de
lui au nom du peuple.
Dans les régions voisines, Iran, Syrie-Palestine, Anatolie, les
structures politiques étaient fortes parfois, comme chez les Hittites
en Anatolie et les Élamites en Iran. Cependant, dans l ’ensemble,
leurs pouvoirs étaient faibles, car leurs royaumes occupaient
d ’immenses territoires et constituaient des proies faciles pour leurs
puissants voisins, l’Égypte et la Mésopotamie.
La civilisation du Moyen-Orient antique nous paraît très uniforme
car nous la voyons avec un recul considérable. En fait, elle varie
beaucoup d ’une région à l’autre ; la civilisation sumérienne diffère
non seulement de celle de l’Égypte, mais aussi de celle de Babylone,
qui en découle pourtant directement. Cependant les réalisations de
ces civilisations furent parallèles et elles firent quelques échanges.
C ’est à peu près à la même époque qu’apparut l’écriture avec des
caractères similaires : hiéroglyphes en Égypte, caractères cunéiformes
en Mésopotamie et écriture proto-élamite en Iran. Les caractères
égyptiens révèlent un sens artistique plus grand et les arts graphiques
changeaient d ’une région à l’autre, même si les sources d ’inspiration
étaient identiques. Il ne faut pas oublier, en règle générale, que
l’Égypte, du fait de sa position géographique, est toujours restée
fidèle à elle-même dans le domaine de la langue aussi bien que dans
ceux de l’art, de la religion et de la politique. Par contre, dans les
régions asiatiques, les races se succédaient continuellement, entraînant
des bouleversements linguistiques, politiques et culturels. Pendant
trois millénaires, l’art égyptien montra une continuité unique.
(Les oeuvres de C. Aldred, en Angleterre, et de S. Donadoni en Italie,
sont capitales pour comprendre l’âme de l’art égyptien.) En Asie,
au contraire, les arts s’influencèrent d ’une région à l’autre et leur
niveau de perfection resta plus bas, dans l’ensemble, q u ’en Égypte.
Lorsque nous examinons les oeuvres d’art de n’importe quelle société
primitive, nous ne devons pas oublier que ceux qui les ont faites
avaient des critères d ’appréciation différents des nôtres. A côté des
considérations sociales, politiques et religieuses, nous fondons nos
jugements sur l’esthétique. De nos jours, nous voulons à tout prix
de la « beauté ». Nous recherchons cette qualité indéfinissable aussi
bien dans l’art contemporain que dans l’art d ’autrefois. Nous considérons,
par exemple, la sculpture égyptienne et nous essayons de
l’évaluer en tant qu’ « oeuvre d’art ». Mais nous oublions que les
sociétés primitives ne se préoccupaient pas d ’esthétique. Ainsi, en
Grèce, le mot « a rt » n ’existait pas. Pour les Égyptiens ou les Sumériens,
la sculpture servait à vénérer les dieux, à célébrer des victoires,
à décorer un palais ou une sépulture. Le concept de beauté aurait
semblé déplacé, si ce n ’est incompréhensible. Si nous voulons considérer
l’art du Moyen-Orient antique d ’un point de vue esthétique —
et il est difficile de faire autrement — nous devons prendre garde à
ne pas appliquer notre propre échelle de valeurs à des oeuvres exécutées
il y a tant de siècles.

La Mésopotamie

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