LES ISLAMISTES AU DÉFI DU POUVOIR


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DISCOURS, REPRÉSENTATIONS ET MÉDIATISATION

Auteur: Chadli El Mostafa

Ouvrage: Les islamistes au défi du pouvoir. Discours, représentations et médiatisations

Année: 2016

 

 

INTRODUCTION
El Mostafa Chadli et Helmut Reifeld
Tout discours repose sur des fondements éthiques et se singularise par
des caractéristiques qui lui sont propres. Le discours ne peut revêtir
un caractère crédible et une visée significative que s’il est doté de ces
fondements et d’une stratégie de mise en discours. En effet, tout discours
exprime l’identité collective et traduit la pensée de son énonciateur. Par
suite, le discours islamique est un discours qui reflète, d’une manière
ou d’une autre, la vision du monde et la visée argumentative dudit
énonciateur, ainsi que les spécificités et l’identité civilisationnelle ou
culturelle de la communauté musulmane source.
L’islamisme politique est, en cette phase cruciale des sociétés arabes, le
grand bénéficiaire des mouvements révolutionnaires, connues sous le nom
commode de «printemps arabes». Les élections égyptiennes, marocaines
et tunisiennes l’ont confirmé, assez rapidement. La victoire des Islamistes
modérés, loin d’être une surprise, interpelle néanmoins les observateurs
par son ampleur. En Libye, dont les institutions ne sont pas encore
stabilisées, ces derniers constituent une force certaine. En Egypte, le bras
de fer entre Islamistes et libéraux, soutenus par les militaires, ne fait que
s’aggraver vers une situation de non-retour.
Sur le terrain, ce qui frappe tout observateur de la scène politique arabe,
est le fait que les islamistes, s’ils n’ont pas été les premiers à descendre
dans la rue pour obtenir la fin de régimes autoritaires et usés, ont pu,
quand même, convertir en pourcentages et en sièges des décennies
de lutte opiniâtre contre des pouvoirs, en fin de course. La déception
que provoque en Occident, la disparition de figures emblématiques
occidentalisées et libérales se double, dorénavant, d’une réelle inquiétude,
renforcée par l’émergence d’un fondamentalisme religieux irrédentiste,
incarné par le courant salafiste. Un courant radical, assez éloigné de
l’islamisme conservateur de l’AKP turc, érigé parfois en modèle sur la rive
sud de la Méditerranée, comme c’est le cas au Maroc et en Tunisie.
Aussi trois pôles peuvent être, schématiquement, identifiés:
• Le puissant courant national-islamiste de la confrérie des Frères
Musulmans, dopé par des décennies d’expérience et de répression
politiques et qui a progressé dans tout le monde arabe.
• Le mouvement salafiste ensuite, qui bascule entre sa version littéraliste
(qui prône un retrait de la politique), réformiste (encline, au contraire, à
entrer en politique) ou djihadiste, dans sa forme extrême et minoritaire.
• L’Islam «officiel» enfin, dont la parole a été affaiblie par des années de
compromis ou de compromission avec les régimes politiques et qui peut
être tenté aujourd’hui, à l’instar de l’institution religieuse égyptienne
d’Al-Azhar, de jouer les arbitres entre les différentes sources de pouvoir.
Le discours islamique est, le plus souvent, difficile à cerner, car il peut être,
facilement confondu avec la superstructure religieuse, celle des institutions
officielles. Or, c’est dans la pratique, comme dans le discours de prêche,
de dimension théologique et référentielle – celle de représenter l’Islam
« véridique» – que sa prétention sectaire se manifeste. Stigmatisant les
pathologies individuelles et sociales, liées à l’identité, à l’appartenance
culturelle et aux problèmes communautaires du vécu, que le discours
islamique semble occuper les brèches et présenter une alternative viable,
en adéquation avec l’individualité musulmane inquiète, dépassée par la
modernité et noyée dans le tourbillon de la mondialisation.
Pourtant, vue de plus près, cette alternative n’offre aucun éventail de
réponses concrètes et actuelles à la réalité musulmane. Elle se contente
de réitérer un modèle sociopolitique passéiste, rehaussé de slogans et de
représentations qui insistent sur l’aspect identitaire, mais qui n’affichent
aucune originalité et qui ne marquent pas de différences fondamentales
avec l’ordre établi. C’est ainsi qu’au niveau économique, la vulgate libérale
occidentale trouve son équivalent dans l’Islam capitaliste prêché par
l’économie dite «islamique».
Sur le plan médiatique, il est à constater que le discours religieux des
chaînes de télévision islamiques, arabes et musulmanes, se donne à lire
comme un discours moralisateur et mobilisateur, basé d’une part, sur
une exigence de vénération et de sacralisation, et d’autre part, sur une
dialectique sélective et ambiguë qui demeure marquée par l’apologie. Ces
caractéristiques sont dues à la stratégie de défense des valeurs religieuses
du croyant contre un ennemi, athée ou mécréant, supposé représenter une
menace pour la collectivité musulmane.
L’ouvrage en question, soutenu par la Fondation Konrad Adenauer, sans
avoir la prétention de répondre à toute cette problématique, apporte,
néanmoins, des éclairages intéressants à approfondir et à réfléchir dans
la perspective d’un travail multidisciplinaire et interdisciplinaire, étalé sur
la durée, et prenant en compte les différentes sensibilités du mouvement
islamique.
Il est le fruit d’un partenariat soutenu et multiforme entre le Groupe
d’Etudes Politiques sur l’Afrique du Nord Contemporaine (GEPANC), la
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université Mohammed
de Rabat et la Fondation allemande Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) qui
a parrainé le projet et concrétisé son déroulement et son aboutissement
réussi, sous forme d’ouvrage scientifique collectif regroupant des
chercheurs patentés du Maghreb, d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie.
Le discours religieux en Islam entre
raison et conscience
Lahouari Addi
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