La Raucourt et ses Amies


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Auteur : Vial Henri
Ouvrage : La raucourt & ses amies
Année : 1909

Il a été tiré de cet ouvrage dix exemplaires
sur Japon Impérial avec triple suite des
3 gravures.

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par Landry95
Françoise-Marie-Antoinette Saucerotte, Mademoiselle de Raucourt naît à Paris, rue de La Vieille Bouclerie, le 3 mars 1756. Elle est la fille d’un comédien inconnu de Lorraine et d’une mère inconnue. Durant son enfance, son père l’initie au théâtre et l’amène en Espagne. Déçu par sa propre carrière, il a lancé sa fille dans le métier dans l’espoir qu’elle y réussirait mieux que lui.
Elle débute à treize ans, sous la protection du prince de Turenne. C’est lui qui suggère qu’elle change son nom en Raucourt. Elle revient en France après, en 1770 et fait sensation à Rouen en jouant le rôle d’Euphmie dans Gaston et Bayard de Belloy. Son succès est tellement immense qu’elle est aussitôt admise à la Comédie Française.
En 1772, elle y fait ses débuts en incarnant le rôle de Didon. Elle devient alors une actrice extrêmement populaire. Elle se lie alors d’amitié avec la favorite officielle du roi, la comtesse du Barry. D’ailleurs c’est par l’intermédiaire de celle-ci qui la présenta au roi, qu’elle devient l’une des petites maitresses du Bien-Aimé en 1772 ; l’auteur anonyme des « Fastes de Louis XV » la présente ainsi : « Cette ardente demoiselle était si renommée pour ses impudicités qu’on l’appelait « la grande louve » ou « la laye des bois », c’est dire à quel point elle était douée ; Louis XV dès sa première rencontre, se montra vivement séduit par son brio et ses initiatives. Le roi, se livra aux mouvements de la chair avec ce nouvel objet qui sortait comblé de bienfaits du maitre et de la favorite. »
Si célèbre par sa beauté et ses talents, elle collectionne de nombreux amants et aussi des maîtresses. D’ailleurs elle s’affichera tout au long de sa vie avec plusieurs maîtresses dont Jeanne-Françoise-Marie Sourques, n’hésitant pas à les afficher au grand jour. Elle sera aussi fière d’être lesbienne, ce qui lui causera de graves ennuis, abaissera sa popularité et ternira son image auprès des gens. Avec sa maitresse, Sophie Arnauld, opéra soprano, elle créera une organisation du nom de Sect  d’Anadrynes, une association des lesbiennes à Paris, rue des Boucheries-Saint-honoré.
En 1773, Françoise de Raucourt se retrouve en prison pour dettes et se retrouve congédiée par la Comédie Française. Elle en sort en 1776, mais ne peut jouer encore à cause de sa réputation ruineuse. Instable, elle parcourt toute l’Europe et y fait scandale en collectionnant encore plus de maîtresses. En 1779, elle est enfin de retour au Théâtre Français grâce à la protection qu’elle bénéficie grâce à la reine Marie-Antoinette. Et de là, elle regagne la popularité en jouant plusieurs rôles tels que Cléopâtre ou Agrippine et plusieurs autres rôles mythologiques. Son immense gloire à Paris la fait aimer par tous et elle se trouve adulée du peuple.
Lorsque la Révolution éclate en 1789, Françoise de Raucourt ne partage pas d’idées nouvelles des philosophes s’opposant à la monarchie de l’Ancien-Régime. S’opposant ouvertement à la Convention, elle est emprisonnée pendant six mois avec d’autres membres de la comédie française, pour manque de loyauté aux principes de la révolution et pour intelligences avec des royalistes hors de France.
Fin de l’année 1793, elle réapparait sur scène mais pour un court moment, désertant le Théâtre Français, avec ses douze meilleurs acteurs de compagnie, pour des places de colonie. En 1797, sous la Directoire – et bien après des années après la chute de Robespierre – elle revient de nouveau en France mais le nouveau régime ferme le Théâtre Français et Mlle de Raucourt se retire mais elle est néanmoins nommée directrice du Théâtre Louvois. Jouissant d’une certaine aisance, en 1801, Mlle de Raucourt parvient à louer un château situé à l’est d’Orléans, en bordure de la Loire, au village de La Chapelle Saint-Mesmin.
En 1806, elle se voit accordée une pension par Napoléon qui la nomme directrice des théâtres impériaux en Italie. Elle va avec sa troupe pour le tournage en Italie, spécialement à Milan où elle est accueillie chaleureusement. Désormais plus populaire que jamais, elle jouit d’une bonne vie mais ne s’empêche pas de continuer ses anciens scandales.
Fin 1814, elle retourne à Paris quelques mois avant sa mort. Sa vie dissolue a ruiné sa santé et elle meurt à Paris, le 15 janvier 1815, âgée de presque cinquante-neuf ans. Sa réputation scandaleuse lui vaut quelques rejections de la part des prêtres de l’église de Saint-Roch qui refusent de lui donner sa dernière bénédiction. Mais aimée par le peuple, celui-ci défonce les portes de l’Église et vient exiger que son corps soit reçu par le clergé. Le roi Louis XVIII autorise enfin à ce que soit lue une messe en faveur de l’ancienne actrice. Elle est enterrée au cimetière du Père Lachaise, à Paris.  Cet événement est aujourd’hui reconnu par de nombreux spécialistes comme l’exemple même de la politique religieuse maladroite de la monarchie de la Restauration.
C’est pour elle que fut publié l’Épître à une Jolie Lesbienne ou À celle qui se reconnaîtra dans : Les Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la république des Lettres, ouvrage attribué à Louis Petit de Bachaumont mais qui semble bien être de Pidansat de Mairobert ; ce poème est parfois attribué au marquis de la Villette ou à Dorat fils d’un auditeur de la Cour des Comptes. Mayeur de Saint-Paul prétendit que l’acteur Movel en était l’auteur.
En 1844, le château est racheté par l’évêque d’Orléans. Un ami lui demanda : « Vraiment, Monseigneur, vous allez bâtir un séminaire dans ce parc et habiter vous-même le château qui ont été souillés par la présence de la comédienne ? » – « Oh, rassurez-vous », dit l’évêque, « on a changé les draps ! ».
Son successeur, le fameux Dupanloup vendit les derniers vestiges de son ancienne propriétaire et fut très étonné quand un antiquaire parisien lui offrit 10 000 francs pour le bureau de l’illustre tragédienne.

 

 

I

Le saphisme. — Sapho. — Les Lesbiennes. —
Brantôme et la « friquarelle » Les belettes

 

Dans ce Paris du XVIIIe siècle dont on dira plus
tard que ceux qui n’y ont pas vécu n’ont point
connu la joie de vivre, les vices les plais bizarres,
les plus étranges fantaisies de la luxure humaine,
s’appareillent et fraternisent.
Un débordement de passion fait agir les hommes
et les femmes ; les aberrations folles des instincts
éclatent au grand jour, s’étalent complaisamment,
et, chose étrange, sans trop scandaliser. Les
vicieux se font gloire de leurs tares et certains,
avec une parfaite impudeur, ne réclament même
pas le mystère pour cacher cette perversité. Plusieurs
cas relèvent de la clinique ou du cabanon.
De répugnantes individualités ont mérité certainement
la sévérité des lois ; mais pourquoi l’historien
serait-il moins tolérant aujourd’hui qu’autrefois
(1), lorsque ces fantaisistes, victimes de


(1) Le Médecin Astruc, au XVIIIe siècle, dans son Traité sur les
maladies féminines, dissertait gravement sur certains cas pathologiques. — Réflexions importantes qui regardent la fureur utérine :
« Doit-on permettre ou conseiller des pollutions au défaut de
l’acte vénérien, qui n’est pas permis ou du moins qui n’est pas
possible ? Là-dessus, il n’est pas possible d’hésiter ; tous les casuistes
diront que c’est un péché et un médecin honnête homme ne donnera
jamais dans le travers, mais nous ne sommes pas admis à consulter
sur ce point : les femmes qui sont auprès de ces malades leur fournissent
tout ce qu’il faut pour tomber en pollution. Si celle-ci était
capable de guérir la fureur utérine, elle le serait bientôt. J’ai vu
des femmes soulagées par la pollution, j’en a y vu d’autres à qui elle
augmentait le mal, aussi il est douteux si elle est utile ; aussi elle
doit être toujours défendue, je dis plus, il faut deffendre à la malade
de se toucher des mains qu’elles ont toujours dans la vulve, ces
attouchements, ces frottements, excitent l’ardeur des parties de la
génération, il faut aussi empêcher de les réprimer, souvent on se
divertit à jaser avec elles, par là, on les rend maniaques, de mélancholiques
qu’elles étaient, il ne faut pas le souffrir. » ( Traité d’Âstruc :
Manuscrit d’une collection médicale privée, p. 234.)


l’imagination ou du tempérament, ont paré leurs
passions des grâces esthétiques et du charme de
la beauté ?
Si la répulsion est unanime pour quelques-uns
; il ne faut pas trop blâmer les perverses qui
surent, malgré la liberté des mœurs, garder jusqu’à
la fin de leur vie, un joli cynisme sans goujaterie
et se faire pardonner cette amoralité, en
enveloppant leur existence licencieuse d’une gaze
de charme et d’esprit.
Il y a de telles mœurs à telles autres, la différencie
que fait l’amateur entre certaines images
grossièrement obscènes et de belles estampes
voluptueuses que le talent, d’un artiste a sauvé de
l’oubli. L’art qui spiritualise les réalités brutales
sauvera du bûcher ces productions voluptueuses
et, par contre, jamais, on ne pourra trop détruire
les révoltantes infamies de cerveaux en délire.
Dans le [livre que les Goncourt consacrèrent à la

femme du XVIIIe, il y a cette jolie page qui peut
servir de préface à celui-ci : « Chose singulière,
toutes les femmes de cette époque s’élèvent avec
leurs aventures. De la prostitution elles dégagent
la grande galanterie du siècle. Elles apportent une
élégance à la débauche, parent le vice d’une sorte
de grandeur et retrouvent dans le scandale comme
une gloire et comme une grâce de la courtisane
antique. Venues de la rue, ces créatures tout à
coup radieuses, adorées, semblent couronner le
libertinage et l’immoralité du temps, En haut du
siècle, elles représentent la fortune du plaisir. Elles
ont la fascination de tous les dons, de toutes les
prodigalités, de toutes les joies. — Elles vivent
dans l’atmosphère de l’Opéra du jour, de la pièce
nouvelle, du livre de la semaine. Elles touchent
aux lettres, elles s’entourent d’artistes. Des écrivains
leur doivent leur premier amour, des poètes
leur apportent leur dernier soupir. A leurs soupers,
aux soupers de Dervieux, de Sophie Arnould, de
Julie Talma, de Guimard, les philosophes se pressent
apportant le rêve de leurs idées, buvant à
l’avenir devant la volupté (1 ). »
De telles femmes anormales se dégagent du
troupeau vil des dévergondées sans esprit. Elles
ont l’excuse de leurs sens et de leur imagination
surexcités (2). Un médecin écrivait récemment :


(1) A. el E. de Concourt. La femme au XVIIIe siècle. Paris, Charpentier,
1880, p. 295.
(2) « Les affections vaporeuses ont été assez souvent épidémiques et
contagieuses ! Peut-on voir un plus grand effet de la force de l’imagination
! Elle est en état de multiplier ses erreurs, de les rendre
communes et de porter sur plusieurs corps les impressions qu’elle
fait d’abord sur un seul.
Un nombre de femmes Argiennes devinrent furieuses par contagion, les filles du roi étaient du nombre ; les femmes se croyaient
des femelles bêtes, et les filles du roi se croyaient des vaches.
Plutarque nous apprend qu’il régnait une semblable épidémie parmi
les femmes Milésiennes. Primerose rapporte l’histoire des femmes de
Lyon qui avaient la fureur de se noyer. La contagion des affections
nerveuses rendra célèbre dans tous les temps l’histoire des Nonnains
d’Allemagne affligées d’affections si violentes qu’elles se mordaient
entre elles.» (Dr J. Raulin. Traité des affections vaporeuses du Sexe,
Paris. 1758, p. 116.)


« C’est en effet par la perversion du fonctionnement
de chacun de leurs organes, par l’exagération
même de ces fonctions en mal et en bien que toutes
ces femmes ont laissé dans l’histoire de l’humanité
des noms plus ou moins célèbres (1). »
Le saphisme, c’est ainsi que l’on nomme une
aberration sensuelle que les Italiens désignent très
clairement par les mots :
Donna con donna
fut ainsi appelé du nom de l’illustre poétesse Sapho
à qui l’on attribue l’introduction en Grèce de cette
coutume étrange. Il paraît qu’elle n’a aucun droit
à cet honneur car cette pratique remonte aux temps
les plus reculés de l’antiquité, elle était assez répandue
quand la belle prêtresse de Lesbos fit connaître
son talent poétique.
Comme la pédérastie, la tribaderie s’exerçait
même à l’époque de Selon, en Egypte, en Asie-Mineure
et dans l’Inde.
Combien ne rencontre-t-on pas de par le monde,
de prêtresses de Sapho, qui, n’en ayant ni la


(1) Dr PAUL de RÉGLA. La perversité de la femme, 1904, Asnières,
Préface.


beauté ni les grâces, ni le talent poétique en ont
conservé les pratiques érotiques et les perversités
sexuelles en oubliant que Sapho créée à l’amour
par l’homme termina sa carrière dans l’idolâtrie
d’un autre homme ?
Entraînée par l’ardeur de son imagination, dégoûtée
des hommes dont elle avait eu à souffrir
lors d’un premier mariage, elle en arriva à se persuader
que l’amour entre femmes était supérieur
à l’amour physiologique.
La lecture des poèmes érotiques du temps où
toutes les folies des sens étaient exaltées et présentées
comme des hymnes au principe créateur
contribua certainement à la direction de son esprit
poétique (1).
Tous les discours qu’elle adressait à ses amies
étaient d’une telle éloquence et souvent d’une telle
élévation de pensée que l’on comprend l’espèce
d’admiration et la grande influence qu’elle exerça
sur ses contemporains. On cite parmi ses prosélytes:
Athys, Cydno, Andromède, Anagore,
Phryné, Amyctène et cent autres, disait-elle, crue
j’ai aimées, non sans péché. (1) Lebrun a dit
d’elle :
» Sapho couchait avec les muses
Elle fut presque le-r amant. »
Ce qui est certain, c’est qu’il est peu de poésies
qui pussent atteindre à la passion qui existe
dans les fragments que nous possédons de ses
œuvres. (2) On prétendit que Sapho était pour les


(1) Cf Dr Paul Régla, ouv. cit.
(2) Dans la bibliothèque de La Raucourt on voyait les oeuvres
d’Anacréon et celles de (( Sapho » Cf. Bibl. de là Chaussée-d’Antin.


femmes ce que Socrate était pour les hommes,
mais ainsi que l’a écrit Chaussard « L’image des
transports de Sapho est moins hideuse que celle
des égarements de Socrate. »
Tout ce que cette femme chante est de feu, dit
Plutarque, et le feu qui purifie tout permet
jusqu’à un certain point, de rendre justice au
poète féminin.
Les aberrées sexuelles furent nombreuses dans
l’antiquité : Lucien, Martial, Juvénal ont chanté
ou flétri leurs ébats licencieux ; il faut arriver
jusqu’au XVIe siècle pour voir revivre les
mœurs scandaleuses de Rome païenne. Parmi les
historiens qui rapportent la renaissance d’une
aussi étrange coutume, on doit au premier rang
citer le bon Brantôme. Dans son style naïf et
plein de verdeur, il raconte « tout à trac » les
amours de femmes à femmes qui ressemblent à
ceux des belettes:
« On dit que les belettes sont touchées de cet amour,
et se plaisent de femelles à femelles à s’entreconjoindre
et habiter ensemble ; si par lettres hiéroglyfiques
les femmes s’entr’aimantes de cet amour
estaient jadis représentées par des belettes. J’ai oui
parler d’une dame qui en nourrissoit tousjours et
qui se mesloit de cet amour et prenoit plaisir de voir
ses petites bestioles s’entrehabiter.
Voici un autre point, c’est que ces amours féminines
se traitent en deux façons les unes par friquarellé,
et par, comme dit ce poète geminos committere
cunnos.
Cette façon n’apporte point de dommages, ce
disent aucuns, comme quand on» s’aide d’instruments
façonnés de … mais qu’on a voulu appeler des g… (1).


(1) Par corruption pour qaude mihi.


II
LESBOS A PARIS

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