LE CANCER UN FLÉAU QUI RAPPORTE


pdfarchive.info

Résultat de recherche d'images pour "LE CANCER UN FLÉAU QUI RAPPORTE"

Ouvrage: Le cancer, un fléau qui rapporte

AuteurDelépine Nicole

Année: 2013

4ème  de couverture
Alors que la mortalité par cancer ne cessait de diminuer depuis plus de trente ans, le cancer a été déclaré priorité de santé publique dès 1998 et l’objet de plans successifs d’organisation extrêmement coûteux (1,97 milliard d’euros pour le plan 2009-2014). Le coût du cancer s’élève environ à 14 milliards d’euros annuels pour 350000 nouveaux patients par an soit 8% des dépenses de santé pour 2% de la population. Les
valeurs boursières pharmaceutiques sont devenues valeurs refuges.
La , mise à disposition très précoce de nouvelles molécules dites innovantes pour 1 milliard d’euros annuel échappe au circuit sécurisé habituel du médicament. Vendues à prix d’or avant même les résultats des essais thérapeutiques, elles mettent en péril l’équilibre de la Sécurité sociale sans bénéfice majeur pour les patients et posent la question du bien-fondé de ces décisions autocratiques au profit de Big Pharma.
Et si le système d’organisation des soins et de la recherche en cancérologie mis en place depuis 2005 mettait à mal l’indépendance professionnelle du médecin, ruinait le colloque singulier médecin/patient, remplaçait la médecine adaptée à chacun par des recettes obligées venues d’en haut et appliquées à tous ? La liberté de soigner est essentielle. Sa perte pose non seulement le problème de la qualité des soins mais aussi celui du
totalitarisme rampant qui ronge notre société. Nicole Delépine dénonce le basculement de notre système de santé dans le capitalisme financier et le despotisme bureaucratique, et explique que la convergence d’intérêts politiques et de lobbies médicopharmaceutiques  a conduit à une OPA sur le cancer.
Dans ce livre de combat, elle appelle solennellement les citoyens à reprendre en mains leur avenir et plus particulièrement dans le domaine de la Santé en luttant avec détermination contre la perversité des conflits d’intérêt.
Fille de l’un des fondateurs de la Sécurité sociale, Nicole De/épine est
responsable de l’unité d’oncologie pédiatrique de l’hôpital universitaire
Raymond Poincaré à Garches (APHP). Elle a publié aux mêmes éditions
Neuf petits lits au fond du couloir (2000), Ma liberté de soigner (2006),
La face cachée des médicaments (2071).

 

À mes enfants et petits-enfants,
Pour qu’ils restent vigilants et gardent leur Liberté
de Penser et d’Agir.
À tous les membres de ma famille, amis, patients, petits
et grands, associations qui soutiennent notre action pour
une médecine fidèle au serment d’Hippocrate.
Merci à tous, poursuivons ensemble le combat pour
une médecine libre et individualisée au sein d’une société
humaine, chaleureuse et responsable pour le présent
et l’avenir.

 

Il est plus doux de se qualifier de « libéral’~ et de
revendiquer abusivement les luttes émancipatrices
liées au libéralisme philosophique des Lumières, que
de se proclamer  »capitaliste » et d’endosser toutes les
horreurs et les collaborations aux pires totalitarismes
de ce système. En jouant sur la perception des mots,
les néolibéraux amalgament la ryrannie de l’argent et la liberté1.
Vincent Cheynet
Le Choc de la décroissance


1. Cheynet Vincent, Le Choc de la décroissance, Paris, Seuil, 2008, p. 62.


INTRODUCTION

 

« Le but de la politique est de garder la population
inquiète et donc en demande d’être mise en sécurité,
en la menaçant d’une série ininterrompue de monstres,
tous étant imaginaires. »
Henry Louis Mencken (1880-1956)

 

Le cancer tue chaque année en France environ 150 000 personnes.
Il en fait vivre bien davantage !
Notre système de santé était réputé et l’un des meilleurs
du monde dans les années 1995-2000. Les Français, globalement
contents de leurs soins, aspiraient à des améliorations
contingentes – relation médecin patient plus profonde, informations
précises, soutien psychologique, accompagnement
de la douleur et des malades à domicile, réinsertion socioprofessionnelle
facilitée et obtention d’assurances pour investir
dans une maison, pour une nouvelle vie. Les résultats des soins
proprement dits étaient satisfaisants tant sur le plan des moyens
que sur celui des résultats. Les chances de guérison avaient
bondi dans les dernières décennies. Les survies prolongées

devenaient peu à peu des guérisons à long terme pour plus de
la moitié des patients cancéreux, les progrès se poursuivaient.
Mais la manne financière attirait les convoitises. Le PIB
national avait consacré 12,l % en 2010 aux dépenses de
santé et ce pourcentage augmentait chaque année2. En 2009,
78 % éraient encore pris en charge par l’assurance maladie.
Seulement 9,4 % 3 des dépenses de santé en France étaient
alors directement à la charge des patients, les assurances
maladies privées couvrant 13,8 % des dépenses totales.
Le système financier ne pouvait accepter que ces sommes en
jeu considérables soient exclues de leur champ de décision. La
France enregistrait 175,7 milliards d’euros de consommation
de soins et biens médicaux, soit une consommation par habitant
de 2 724 euros (environ le double aux USA)4. Malgré
des coups de butoir successifs depuis sa naissance, la Sécurité
sociale basée sur les salaires et la solidarité nationale avait résisté
depuis 1946 aux assauts des mutuelles privées et des fonds de
pension. Ses fondements allaient vaciller dès l’aube du nouveau
siècle. Le monde basculait dans le capitalisme financier, la
médecine de papa n’allait pas survivre. Notre système de santé
soignait bien les patients mais très mal la Bourse qui réclamait
son butin.
La machine à détruire fut mise en marche dès la fin du siècle
dernier. En juin 2012, le verdict tombait : la France n’avait
plus le meilleur système de santé au monde5, il était juste dans
la moyenne. Personne dans le monde médical ne fut surpris.


2. La part du PIB pour la santé était de 10,5 % en 2004, 11,8 % en 2009.
3. http://www.insee.fr
4. http://www.insee.fr – en 2011 : 180 millions d’euros.
5. D’après le Haut Conseil de santé publique.


Le coût du cancer le fit passer le premier à la moulinette des
démolisseurs. Aujourd’hui, le coût du cancer s’élève seul à
14 milliards d’euros annuels pour 350 000 nouveaux patients
et plus d’un million de malades cancéreux à 1OO %. Sur plus
de 65 millions d’habitants, le cancer représente 1 à 2 % des
malades versus plus de 8 % des dépenses. D’autant plus que
faire pleurer sur les pauvres cancéreux – prétendument privés
de quelques mois de vie si on leur refuse les molécules toutes
neuves, d’efficacité incertaine et plus chères que l’or – relève
du jeu d’enfants. Les plans cancer successifs – initiés sous
forme de mission cancer dès 1998 – imposèrent une nouvelle
organisation de la cancérologie pour contrôler les modes de
prise en charge du cancer en France et donner les traitements de
leur choix. Oublié l’acharnement thérapeutique et la qualité de
vie de malades auxquels la prescription de traitements éprouvés
– capables de leur offrir confort et survie appréciables – nous
aurait quasiment conduits auparavant à la plainte à !’Ordre.
Le vice-président du Comité consultatif national d’éthique 6
souleva le problème à partir d’un exemple concret et biaisé.
Était-il éthique de dépenser 54 000 dollars pour allonger une
espérance de vie de quelques mois ? Pour prolonger de douze
mois la vie des 550 000 Américains qui décèdent du cancer tous
les ans, le journal précisait qu’il faudrait dépenser 440 milliards
de dollars supplémentaires par an. En France, au nom de
l’équité, il fut décidé de libérer la prescription de ces innovations
à prix de luxe. De quelle équité, par rapport à qui ? Du
bonheur des laboratoires et de leurs complices. Les Français,
pendant le même temps, n’auraient ni lunettes ni dentisterie


6. Suite à un article du New York Times.


remboursées. I.:idéologie aveuglante, comme le dit l’amie de
Mme la Ministre dans sa lettre ouverte7 .
La question à se poser n’était-elle pas plutôt : pourquoi
acceptons-nous sans discussion des prix aussi exorbitants pour
ces nouvelles molécules, prix non discutés au prétexte d’une
recherche onéreuse et de prix communs à toute l’Europe ?
Si l’Europe délire, délirons ensemble (sauf les Anglais qui
adoptent une autre attitude et se font diffamer!). Les banques
imposent aux États des récessions qui ne pourront à terme que
casser le système. Les laboratoires pharmaceutiques – dont les
bénéfices (15 à 25 % du chiffre d’affaires) sont indécents, particulièrement
en temps de crise – imposent des prix scandaleux
qu’aucun État responsable ne devrait accepter, sous aucun
prétexte. À titre d’exemple, dix-huit semaines de traitement
avec une molécule ciblée comme le cetuximab (Erbitux* du
laboratoire Merck) coûtent en moyenne 80 000 dollars et
n’améliorent la survie médiane que de 1,2 mois. Dans sa grande
bonté, le groupe pharmaceutique allemand Merck ne livre plus
ce médicament contre le cancer aux hôpitaux publics grecs en
raison de factures impayées. « Cela n’affecte que la Grèce, où
nous avons été confrontés à de nombreux problèmes. Cela
ne concerne que ce produit », explique M. Zachert, directeur
financier de Merck au Borsen-Zeitung le 3 novembre 2012.
Cynique ou inconscient, il ajoute : « Les Grecs pourront
toujours se procurer l’Erbitux* dans les pharmacies. »Avec quel
argent ? L’anticancéreux Erbitux* est le deuxième médicament
sur ordonnance de Merck le plus vendu. Il a représenté un
chiffre d’affaires de 855 millions d’euros en 2011. Ne pleurez
pas pour Merck : il publie un bénéfice trimestriel meilleur que
prévu le 26 octobre 2012 quelques jours avant la« punition »


7. Lettre ouverte à Marisol Touraine, site Atlanrico, novembre 2012.


infligée aux hôpitaux grecs. Le chiffre d’affaires s’est établi à
11,5 milliards de dollars. Merck anticipe un chiffre d’affaires
2012 au même niveau ou proche de celui de 2011 sur la base
de taux de change constants. Manifestement insuffisant pour
continuer à livrer les hôpitaux grecs.
Médecine ou finances ? La réforme drastique de la santé va
encadrer les prescriptions médicales en cancérologie et bientôt,
dans la foulée, dans les autres spécialités pour qu’aucun
malade n’échappe aux nouvelles drogues aux prix astronomiques
« au nom de l’équité ! », leitmotiv des dirigeants qui
ne parlent que de justice quand ils nous enferment dans un
carcan administratif au service de la finance.
Selon le rapport de l’Institut national du cancer (INCa)
en 2010, en France, les dépenses d’anticancéreux récents 8
s’élevaient, dans les établissements publics et Espic (hors
secteur privé) à 1,04 milliard d’euros en 2009, soit 6,5 % de
plus qu’en 2008. La progression des dépenses impliquées par
ces molécules est, de loin, bien supérieure à celle de l’ensemble
des médicaments.
Continuerez-vous à croire que la prescription d’un mois de
crizotinib (Xalkori*) à 13 000 euros par mois par Pfizer soit
acceptable et que les pauvres laboratoires vont renoncer à la
recherche si ces prix délirants ne sont pas acceptés ? Xalkori*
a été approuvé par la FDA pour le traitement d’un type
de cancer du poumon : un potentiel mondial de ventes de
540 millions de dollars.
Avec ces drogues ciblées, les laboratoires doublent la
prescription du médicament d’un test de dépistage. La FDA


8. De la « liste en sus » des nouvelles thérapies ciblées. 91 % des coûts des
anticancéreux de la liste en sus se répartissent entre 10 molécules qui
représentent 61 % des coûts, voir supra.


a approuvé l’utilisation d’un test génétique9 qui permet l’identification
de l’anomalie ALK pour adaptation de la prescription
de crizotinib. Le coût annuel du traitement par patient sera
de 115 200 dollars, « un prix qui marque l’entrée du géant
Pfizer dans une stratégie de niche centrée sur des maladies
rares par leur incidence10 ». Le gain en survie prétendu est de 6
à 8 mois, mais on aurait pu obtenir d’aussi bons résultats avec
les traitements classiques.
Le monde de la santé est celui de l’argent et les Big Pharma
sont les valeurs refuges11.
Publicité et marketing conditionnent
médecins et patients à réclamer ces drogues miracles.
Le classement 2011 des dix premiers médicaments les plus
vendus dans le monde en 2010 est explicite : un montant total
dépassant 72,5 milliards de dollars. Les anticancéreux font
bonne figure :
Avastin : 6,98 milliards de dollars. Pourtant la FDA a
supprimé l’autorisation pour le cancer du sein qui avait fait sa
gloire mais il poursuit néanmoins sa folle percée. Herceptin* :
5,76 milliards de dollars (cancer du sein). Mabthera / Rituxan :
6,78 milliards de dollars et Remicade : 7,3 milliards de dollars
sont au coude à coude.
Le Plavix*, antiagrégant plaquettaire, dont chacun sait qu’il
n’était pas plus efficace que l’aspirine, rapportait 9,3 milliards
de dollars en vente mondiale à son fabricant, qui porte le deuil
en 2012 car son blockbuster va être fabriqué en générique.


9. Groupe Abbott.
10. Incidence : nombre de cas de maladies apparues pendant le temps
donné au sein d’une population, Le Robert.
11. Quelques exemples des ventes mondiales en 2010 Johnson & Johnson :
61,6 milliards de dollars ; Merck : 46 milliards de dollars ; Novarris :
50,6 milliards de dollars.


Ces quelques chiffres pourraient être multipliés à loisir et
couplés aux bénéfices boursiers de Big Pharma. Ils démontrent
que, comme le souhaitent les fondateurs des plans cancer
qui demandent un changement de paradigme à longueur de
rapports, nous avons effectivement changé de monde, subrepticement
et réellement. Nous sommes passés du monde de la
médecine au monde de la finance.
Viser des bénéfices de cette dimension justifiait d’y mettre
les moyens. En France, le plan cancer 2003-2007 fut abondé de
680 millions d’euros, le suivant (2009-2014) de 1,97 milliard
d’euros.
Analysons les résultats de cette inflation des dépenses
de l’État et de la Sécurité sociale qui financent ces plans et
montrons ce qui est déjà évident avec les chiffres sus cités.
Les bénéfices vont aux grands groupes et non aux patients.
Il est temps de le démontrer afin que le peuple informé puisse
reprendre le pouvoir confisqué.

CHAPITRE I

GENÈSE DU PLAN CANCER,
MYTHES ET RÉALITÉS

suite… PDF