Bioéthique et population – Le choix de la vie


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Ouvrage: Bioéthique et population – Le choix de la vie

Auteur:  Schooyans Michel

Année: 1994

 

 

La nécessité seule
doit faire entreprendre la guerre ;
il ne faut livrer les combats
que lorsqu’on ne saurait faire la guerre
autrement.
SUN TSÉ

Préface

Un livre à dévorer d’urgence
pour aimer la vie
Quelle éthique de l’homme est-elle reconnue à l’heure où les techniques biomédicales progressent rapidement ? Que faut-il penser de l’évolution de la population mondiale ? Ces deux questions fondamentales pour comprendre notre temps sont étroitement liées. Car ceux qui s’inquiètent du nombre des hommes en viennent à accepter des procédés a-humains, pour ne pas dire inhumains.
Michel Schooyans, Professeur à l’Université de Louvain, a le grand mérite de décrypter pour nous les fils complexes qui permettent de comprendre le réel. Il le fait avec une sorte de génie de la pédagogie qui lui permet de mettre à la portée de tout un chacun des thèmes éminemment complexes. En effet, face aux questions démographiques, le citoyen pourrait se dire qu’il ne peut rien y comprendre et que de toute façon, il y a des experts pour s’en occuper. De même, face aux problèmes de bioéthique, il pourrait se dire qu’il n’en a aucune idée, qu’il ne comprend rien à ces questions embrouillées, qu’il n’a donc pas à s’en mêler puisqu’il y a par ailleurs des comités d’éthique pour trancher.
Or justement, dès que l’homme abandonne à d’autres sa liberté d’être et de penser, il ouvre la voie à une dérive totalitaire qui pourrait à la longue mener à la disparition de l’ensemble de l’humanité.
Michel Schooyans lui permet de reprendre l’exercice de sa mission d’homme, être doué de liberté, en lui apportant une pédagogie sur le thème de Bioéthique et population, titre de son livre. L’auteur procède pour cela par un jeu de questions-réponses. Chacune des 146 questions reçoit une réponse synthétique d’environ une page et demie. La qualité du livre est encore rehaussée par le classement très judicieux des matières traitées. Michel Schooyans aborde ainsi successivement « l’enfant non né », « la femme », « le viol », « l’euthanasie », « le corps », … sans oublier d’examiner le point de vue politique et le rôle discutable de certaines organisations internationales. Des indications bibliographiques ouvrent d’autres voies au lecteur qui souhaite approfondir un point particulier. Un index thématique permet de retrouver les développements concernant tel ou tel mot-clé.

Le procédé de présentation du livre rend pratiquement impossible d’en établir un résumé, car on sent que chaque réponse courte est la synthèse de nombreuses années de travail, de réflexion et de rencontres.
Néanmoins, quelques éclairages méritent d’être précisés. Par exemple, lorsque Michel Schooyans montre comment l’homme doit savoir dire non, doit savoir s’opposer aux consensus faux. « On ne se rend pas davantage compte », écrit-il, « que ce qui nous a sauvé du nazisme, c’est que des résistants ont désobéi à des lois parce qu’iniques » (q. 75). Aujourd’hui encore, la loi qui est imposée par le pouvoir d’une majorité électorale n’est pas forcément juste si elle est contraire au coeur de l’homme. La démocratie n’est donc pas le pouvoir exercé par ceux qui sont quantitativement – ou par l’exercice de lois trop habiles – majoritaires, mais n’existe que dans une société où règne « le droit de tout homme à vivre, et à vivre dans la dignité ». Il en résulte que certaines politiques – et notamment certaines politiques démographiques – mises en place dans des pays considérés comme démocratiques ou imposées à l’étranger par des pays semblables, sont en fait profondément anti-démocratiques.
Elles se fondent d’ailleurs sur des idées erronées : Michel Schooyans montre que, contrairement à ce qui est souvent entendu dans les médias, les risques de vieillissement, voire « d’implosion démographique » sont nettement plus réels que la crainte de la « bombe démographique », formulation qui confond les effets et les causes, et qui ne correspond pas aux réalités scientifiques.
En définitive, Michel Schooyans expose de façon magistrale qu’il est du devoir de l’homme de promouvoir le respect de la vie. Aucun argument soulevé pour justifier de freiner cette règle n’est tenable, que cet argument soit économique, social, factuel ou bien moral, politique ou philosophique. Bioéthique et population nous livre tout ce qui justifie d’appeler l’homme à tout simplement aimer et défendre la vie.
Gérard-François Dumont
Professeur à la Sorbonne

 

 

Présentation
Le problème majeur du XIXe siècle, aux plans moral, social, économique et politique, a été la misère imméritée de la classe ouvrière, auquel il faut rattacher l’exploitation coloniale1. Le problème majeur de notre temps, aux plans moral, social, économique et politique, est plus grave encore que celui du XIXe siècle. Il s’agit du mépris immérité dont la vie humaine est victime partout dans le monde.
Ce problème a été nettement posé dès la première moitié du XXe siècle. Mais sa gravité extrême apparaît surtout depuis que l’on assiste à une campagne mondiale visant non seulement à tarir les sources de la vie par la banalisation de la stérilisation, mais aussi à légaliser l’avortement et sans doute, bientôt, l’euthanasie.
Cette mainmise sur la vie est présentée comme la seule solution satisfaisante dans toute une série de cas douloureux ou dramatiques. Cependant, comme l’expérience le confirme, cette mainmise soulève des problèmes plus nombreux et plus complexes que ceux qu’elle prétend résoudre.
Parmi d’autres, les troubles qui ont eu lieu dans la région du Chiapas, au Sud du Mexique, dès le début de l’année 1994, devraient faire tomber les oeillères les plus opaques. Ces événements ont leur cause profonde dans l’injustice et les inégalités dont prennent conscience les Indiens de la région de San Cristóbal de Las Casas. Et si les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets, il faut se hâter de prévenir de telles flambées en remédiant aux injustices et aux inégalités. Les campagnes internationales de stérilisations et d’avortements révèlent, chez ceux qui les patronnent, un refus de remédier à ces injustices et à ces inégalités. Lorsque les victimes en prendront conscience, la révolte s’étendra comme une traînée de poudre et rien ne pourra en juguler la violence.
On est frappé, d’autre part, de voir combien l’administration du président Clinton a été soucieuse, après l’implosion du bloc soviétique, de prévenir l’émergence d’un ennemi actuel ou simplement potentiel. L’effondrement démographique, qui frappe l’ensemble de l’Europe occidentale – et auquel l’avortement libéralisé n’est évidemment pas étranger – a de quoi réjouir les appétits impériaux de la métropole d’outre-Atlantique. Les enfants à naître en Europe sont soumis à un programme de destruction


1 Cf. Evangelium vitae, 5.


avant même qu’ils puissent émerger comme rivaux d’une Amérique obsédée par sa sécurité et par son expansion.
Nous avons discuté ces problèmes en détail dans deux ouvrages publiés en 1991 : L’enjeu politique de l’avortement et La dérive totalitaire du libéralisme, auxquels nous nous référerons fréquemment (cf. indications de lecture). Dans le prolongement de ces deux livres, nous proposons ici un argumentaire, destiné spécialement à tous ceux qui ont besoin d’un instrument pratique en vue des débats auxquels ils participent. Même si certaines données datent de l’année de la publication (1994), nous pensons que cet ouvrage pourra encore rendre service.
Nous allons donc examiner ici en termes simples quelques-uns des arguments le plus souvent avancés dans les discussions à propos du respect de la vie. Ces discussions émargent à des questions fondamentales de bioéthique, mais elles seront envisagées à la lumière des phénomènes démographiques actuels. Cet examen nous entraînera donc bien au-delà des tenants et des aboutissants de la libéralisation de l’avortement…
M. S.

 

Chapitre premier

Introduction

1. En matière d’avortement, les chrétiens ne veulent-ils pas imposer leur morale aux autres ?
Les chrétiens n’ont pas le monopole de la défense de la vie humaine [EV, 91 b]. Le respect de toute vie humaine est un précepte fondamental de morale universelle proclamé dans toutes les grandes civilisations, et c’est le tissu de toute société démocratique1. Si ce droit à la vie n’est pas respecté et protégé, tous les autres droits sont menacés (cf. 59). L’exercice de la liberté requiert le respect du droit à la vie. En Belgique, par exemple, la loi de 1867 réprimant l’avortement a été votée sous un gouvernement libéral homogène ; les chrétiens étaient à ce moment dans l’opposition2.

2. A-t-on des données sur le nombre d’avortements dans le monde ?
Les données à ce sujet sont plus nombreuses actuellement qu’il y a vingt ans, mais elles doivent toujours être accueillies avec circonspection. Cela tient d’abord à la difficulté de les collecter. En outre, selon les thèses à démontrer, ces données sont gonflées ou diminuées. De toute façon, elles sont jusqu’à un certain point invérifiables.
Selon les données de l’Organisation mondiale de la Santé (1990), il y aurait actuellement entre 40 et 60 millions d’avortements par an dans le monde3. Même si ces chiffres sont sujets à caution, ils doivent faire réfléchir.


1 A propos de la démocratie et de la « règle d’or », voir EPA, pp. 99 s. ; n° 19 ; 112 ; 198 et le chapitre IV.
2 Cf. EPA, p. 59, n° 4.
3 Cf. DTL, p. 75. Voir les trois volumes préparés par le Department of Economic and Social Development de l’O.N.U., Abortion Policies : A Global Review, United Nations, New York, 1992.
Sur le cas de la France, voir entre autres les publications de l’Association pour la recherche et l’information démographique (APRD), 191, rue Saint-Jacques, 75006 Paris. Cf. en particulier le dossier collectif L’enjeu démographique, 1981, spécialement pp. 43 s. La même association a publié en 1979 un Dossier avortement : les vrais chiffres, avec une introduction de Gérard-François DUMONT sur « le devoir d’informer » (pp. 2 s.). Le célèbre démographe a également publié deux articles sur ce problème : « Le nombre véritable des avortements. On ne doit pas déroger à la vérité des chiffres », dans La Croix-l’Événement des 3 et 4 mars 1991 ; et « Avortement : le refus de voir », dans L’Homme Nouveau du 18 avril 1993.
Sur le cas de l’Angleterre, voir l’étude de R. Whelan, citée à la question 41, note 3.


Quarante millions, c’est le nombre approximatif des morts de la Seconde Guerre mondiale. Quarante millions d’avortements par an, c’est une hécatombe sans précédent dans l’histoire. C’est à la fois un désastre démographique et un désastre moral.

 

Chapitre 2

L’enfant non né

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