LA TÉTRABIBLE


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Ouvrage:  La Tétrabible ou Les quatre livres des jugements des astres

Auteur: Ptolémée Claude 

Traduit par Nicolas Bourdin

 

arbredor.com

De Ptolémée (né vers 90 après J.-C. à Ptolémaïs d’Hermias, dans la Thébaïde d’Égypte, mort à Canope vers 170), on ne retient souvent que le système astronomique qui fait de la Terre le centre de l’Univers. Et pourtant, cinq siècles avant lui, Aristarque de Samos avait émis l’hypothèse que la terre tournait sur elle-même autour du soleil.

Mais Ptolémée est d’abord un mathématicien. Les pages de sa Syntaxe mathématique, plus connue sous le nom d’Almageste (Le grand traité), reprennent partie les données et observations d’un autre astronome alexandrin, Hipparque de Nicée. Dans son Traité d’astrologie, Claude Ptolémée nous transmet le résultat de plus de sept siècles de science grecque.

Le Tetrabiblos fut l’ouvrage le plus célèbre de l’Antiquité. Il exerça et exerce encore une grande influence dans l’étude des corps célestes de la sphère sublunaire.

 

 

LIVRE I
1 — Prologue
Syrus, il y a deux choses principales et grandes
sur lesquelles sont fondées les prédictions astronomiques. L’une qui est la première en ordre et en certitude1, par laquelle nous trouvons à chaque moment le
mouvement du Soleil, de la Lune et des autres astres et les regards qu’ils ont entre eux, ou ceux qu’ils ont envers la terre. L’autre2 par laquelle, suivant les qualités naturelles de ces astres, nous considérons les changements qu’ils produisent selon leur position dans les corps. De ces doctrines, la première a son art qui lui est propre, mais la fin de la seconde partie qui vient après elle, n’arrive pas à cette certitude. Celle-là vous a été expliquée avec ses démonstrations autant qu’il a été possible, par un livre particulier3.
Maintenant nous allons parler de la seconde partie, qui n’est ni si assurée, ni si parfaite, selon une méthode convenable à la philosophie, et de telle sorte
que toute personne qui aimera la vérité ne comparera pas les arguments avec la certitude de l’autre immuable doctrine, lorsqu’il pensera combien grande
est la faiblesse commune et la difficulté de conjecturer des qualités de la matière toutefois qu’il ne perde pas l’espérance de pouvoir arriver à la considération

1 L’Astronomie (NDT).

2 L’Astrologie (NDT).
3 L’Almageste (NDT).


 de celle-ci, autant qu’elle est possible, vu qu’il est évident que la majeure partie des effets les plus remarquables et qui sont de plus grand poids en la

nature des choses, naît manifestement d’une cause céleste.
Or il est ordinaire que les plus difficiles sciences soient mésestimées par les jugements vulgaires. Mais si quelqu’un blâme cette doctrine que j’ai dite être la
première en ordre et en certitude, on le doit entièrement estimer aveugle. Quant à l’autre, elle peut plusnfacilement tomber sur la censure. En effet, les uns,
parce que la conjecture est difficile en quelques cas, l’estiment tout à fait incertaine ; les autres, parce que ses arrêts ne se peuvent éviter, la blâment comme
inutile. Nous tâcherons donc avant un récit détaillé de ses préceptes, de montrer succinctement jusqu’où la prédiction est possible, et jusqu’où elle peut servir: et nous parlerons premièrement de sa possibilité.
2 — De la légitimité de la science des prédictions
astronomiques, et de ses limites
C’est premièrement une chose très évidente et qui n’a pas besoin de beaucoup de paroles pour être confirmée, qu’il se répand une certaine vertu du
ciel sur toutes les choses qui environnent la terre, et sur la nature sujette aux changements, à savoir sur les premiers éléments surhumains, sur le feu et
sur l’air, qui sont mus par les mouvements célestes, comprennent en leur sphère le reste des choses inférieures, et donnent une disposition à la terre et à

l’eau, aux plantes et aux animaux. Car le Soleil, avec le ciel, dispose diversement des choses terrestres, non seulement selon les quatre saisons de l’année,
avec lesquelles s’accordent les générations des animaux, la fécondité des plantes, le cours des eaux et les mutations des corps, mais aussi par son circuit
journalier, en échauffant, humectant, desséchant et rafraîchissant par un certain ordre et moyen qui s’accorde avec les autres astres et avec notre point vertical. Quant à la Lune, étant plus proche, il apparaît qu’elle influe sur les choses terrestres, du fait que la
plupart des êtres, tant animés qu’inanimés, sentent le pouvoir de sa lumière et de son mouvement. Les fleuves croissent et décroissent avec elle, le flux et le reflux de la mer imitent son lever et son coucher, les plantes et les animaux en leur tout, ou en
quelque partie, s’enflent lorsqu’elle croît et sèchent quand elle diminue de lumière. Ensuite le passage des étoiles, tant fixes qu’errantes dans le ciel, signifie des chaleurs, ou des froidures, d’où tout le reste des choses terrestres reçoit une impression continue.
Ces mêmes étoiles, selon les divers regards qu’elles ont entre elles, mêlent leur puissance et causent de grands changements. En effet, quoique la force du
Soleil, selon la générale constitution, ait un pouvoir bien supérieur, les autres corps célestes ne laissent pas néanmoins d’accroître ou de diminuer son action.
Quant aux effets de la Lune, ils sont plus évidents et plus fréquents, comme on peut voir dans les conjonctions carrées et les pleines lunes. Pour les autres
étoiles, elles ont de plus grands intervalles, et des effets plus obscurs selon que quelquefois elles apparaissent, quelquefois elles s’occultent, et quelquefois

elles s’écartent jusqu’à certaine latitude.
Si quelqu’un considère attentivement ces choses, il
découvrira que non seulement les corps après qu’ils sont, et nés et parfaits, reçoivent une impression des mouvements célestes, mais que les semences mêmes,
suivant leur commencement, se forment et croissent selon les diverses qualités du ciel.
C’est pourquoi
ceux d’entre les laboureurs et les bergers qui sont les plus soigneux ne laissent point s’accoupler leurs bestiaux et ne sèment point leurs champs, avant que, des
diverses saisons du temps, ils ne tirent des conjectures des événements qui en doivent suivre. Enfin, les plus remarquables effets et les plus notables significations du Soleil, de la Lune et des étoiles, sont tellement certains, que par la seule observation ils sont
remarqués des personnes mêmes qui manquent de la connaissance des choses naturelles. Parmi ces effets, il s’en trouve certains, produits d’une cause plus puissante et d’un ordre plus simple de la nature, que non seulement les plus ignorants, mais même les bêtes brutes, pressentent comme les changements réglés
de l’année et les différences des saisons, parce que le Soleil est toujours le principal gouverneur de ces choses. Quant aux effets qui sont produits par de plus
faibles causes, ils sont seulement connus de ceux que la nécessité porte à les observer. Ainsi, les nautoniers
sont obligés à prendre garde aux choses qui signifient particulièrement les pluies et les vents dont la périodicité dépend des configurations de la Lune ou des
étoiles fixes avec le Soleil. Toutefois à cause de leur ignorance, ils n’ont point la connaissance certaine des temps ni des lieux, et se trompent le plus souvent encore, faute de savoir les périodes des planètes qui ont une très grande force. Mais qui empêchera celui qui, ayant connu les mouvements, les temps et

les lieux de toutes les étoiles, du Soleil et de la Lune, et par une perpétuelle et antique observation ayant appris leurs natures, non pas celles qu’elles ont au ciel,
mais quel pouvoir elles ont, et quels effets elles produisent, comme, par exemple, que le Soleil échauffe et que la Lune humecte, qui empêchera, dis-je, celui-
là, par une considération physique et par la comparaison de toutes ces choses, de prédire convenablement tant les qualités des saisons selon la situation des
étoiles (savoir si elles doivent être plus chaudes ou plus humides) ou même de juger des humeurs et des tempéraments des hommes par le moyen de la qualité
du ciel? Par exemple, que le corps de quelqu’un sera composé de telle manière, que les dispositions de son âme seront telles, et qu’il lui arrivera tels ou tels événements, du fait que telle qualité du ciel est convenable à son tempérament et favorable à sa prospérité,
ou bien lui est contraire et lui cause des désastres.
De ces choses et de semblables, il est manifeste qu’il arrive tels effets, et qu’ils peuvent par un art véritable être auparavant connus et prédits.
Les considérations suivantes vont nous permettre de voir que la critique de cet art sur le thème de son impossibilité, repose sur des raisons vaines et frivoles.
Premièrement, comme les ignorants se trompent souvent en un art important et complexe, il arrive que, si quelque vérité est prédite, on estime que c’est plutôt

par rencontre fortuite que par art. Mais il est injuste d’attribuer à la science les fautes qui naissent de l’imbécillité de ses professeurs. Outre cela, certains, pour
gagner de l’argent, vendent d’autres prédictions sous le nom et l’autorité de cet art, et en font accroire au peuple, prédisant beaucoup de choses qui ne sont
point signifiées par les causes naturelles. La vanité de ceux-ci, étant reconnue, fait que les plus avisés ont suspecté et condamnent les autres prédictions qui
se tirent des causes physiques. Cela ne peut toute fois être sans injustice, de même que si on rejetait la philosophie parce que quelques-uns, feignant de s’y
appliquer, se révéleraient imposteurs et méchants.
Du reste, il est évident que ceux mêmes qui sont instruits dans les lettres, et qui, avec autant de diligence que d’industrie, s’emploient en cette science4,
se trompent le plus souvent, non pour les raisons que j’ai ci-dessus alléguées, mais à cause de la nature de la chose et de la faiblesse de l’esprit humain, qui ne
peut atteindre à la grandeur d’un art si relevé. Car, en premier lieu, toute doctrine qui traite de la qualité de sa matière et notamment celle qui est composée d’éléments nombreux et variés, consiste plutôt en conjectures qu’en une science certaine. Après il
arrive encore ceci, que les anciennes configurations des étoiles, sur les exemples desquelles nous prenons nos jugements, ne s’accordent jamais entièrement aux positions des astres qui se rencontrent en un siècle suivant. Car, encore qu’après de longs intervalles de temps elles puissent avoir quelque rapport, il est impossible toutefois de les rencontrer conformes en tout et partout. Jamais en effet, ou du moins dans

l’espace que l’esprit humain peut comprendre, il ne peut arriver que la position des astres et la constitution de la terre retournent exactement en un même
point ; à moins que quelqu’un, par une frivole ostentation, veuille s’attribuer la connaissance des choses où l’esprit des hommes ne saurait atteindre. Les
exemples, n’étant donc jamais semblables, font que, dans les prédictions, il y a souvent quelque erreur.
En ce qui concerne les jugements des phénomènes atmosphériques, ceci sera la seule difficulté, vu que l’on ne prend en considération aucune autre cause
que le mouvement des corps célestes. Mais, dans les jugements concernant les nativités et les tempéraments d’un chacun, on peut voir qu’il existe des circonstances de grande importance qui s’unissent pour produire les qualités particulières de ceux qui sont
nés. Car, premièrement, la diversité de la semence apporte le principal pouvoir en la nature de la génération de chaque chose, et prédomine tellement qu’en
un même air et même pays, chaque semence engendre
les animaux de son espèce: ainsi, l’humaine semence
y engendre l’homme et celle du cheval y engendre le cheval. Ensuite, la diversité des pays produit une grande différence, quoique les semences soient les
mêmes, comme nous le voyons pour les hommes. Et, encore que la constitution du ciel soit la même aussi, il ne laisse toutefois d’y avoir, dans les diverses régions, une grande dissemblance, tant des corps que des esprits. Enfin, quand toutes ces choses ci-dessus alléguées seraient égales, toutefois les nourritures et les

4 L’astrologie.


coutumes y mettent de la différence, soit en quelque partie du tempérament ou des mœurs, ou bien des accidents. Donc, encore que le pouvoir le plus grand
soit en la disposition du ciel qui environne et duquel les choses prédites ont pris leur force, alors que le ciel n’en emprunte point d’elles, celui néanmoins qui ne
joindra pas ces considérations aux causes célestes, se trompera le plus souvent, en voulant prendre toutes les significations des mouvements des astres, même
celles qui ne dépendent pas entièrement du ciel.
Ces choses allant de la sorte, si quelquefois on se trompe dans les prédictions, l’art dans son ensemble ne doit cependant pas être condamné. Rejetons-nous
l’art de conduire des vaisseaux, parce que souvent il arrive des naufrages ?
Mais, en une si haute et divine science, il convient
sans plus d’embrasser gaiement ce que nous en pouvons atteindre, et il ne faut pas y chercher une certitude en tout, comme d’un art que l’esprit humain
pourrait exactement savoir, mais tâcher de l’enrichir et la rendre plus capable, par les conjectures qui se peuvent tirer d’ailleurs. Et, comme nous ne condamnons pas les médecins pour s’informer de la maladie du patient et de sa nature aussi, de même ne nous faut-il point reprendre ici, lorsque nous demandons
quelque chose, soit du pays, soit du genre, soit des mœurs, ou bien des autres accidents.
LA TÉTRABIBLE
3 — Que la doctrine des effets célestes est utile
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