Précurseurs et révoltés


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Ouvrage: Précurseurs et révoltés

Auteur: Schuré Edouard

Écrivain, musicologue et philosophe français, Édouard Schuré est né dans une d’une famille protestante de Strasbourg le 21 janvier 1841.
Sa mère meurt d’une péritonite en 1845, alors qu’il n’a que quatre ans. Son père, médecin, meurt lui dix ans plus tard, en 1855.
Il vit chez son professeur d’histoire, passe le baccalauréat et entame des études de droit à la faculté de Strasbourg. Il fréquente des étudiants épris comme lui de littérature et d’art et rencontre parmi eux sa future femme, Mathilde Nessler, qu’il épousera en 1866. Il obtient le titre d’avocat mais, ayant peu de goût pour la jurisprudence, il n’exercera jamais, préférant se consacrer à la littérature, à la musique et à l’étude des philosophies.
A la mort de ses grand-parents, en 1860, il hérite d’une petite fortune qui lui permet de vivre aisément de ses rentes.
Ses premiers travaux ont pour objet l’histoire de la musique et il devient un défenseur acharné des théories de Richard Wagner, qu’il rencontre à Munich en 1865 à l’occasion de la première représentation de Tristan et Isolde. Ils se reverront à plusieurs reprises et entretiendront une longue correspondance. A Paris en 1866, il fréquente les milieux littéraires et rencontre entre autres Ernest Renan, Jules Michelet, Hippolyte Taine et Jules Ferry. Les principaux ouvrages illustrant son activité de musicologue sont: Histoire du Lied ou la Chanson populaire en Allemagne (1863), Le Drame musical (1875) et Les Chants de la montagne (1877).
Édouard Schuré se tourne ensuite vers un autre domaine sous l’influence de sa grande amie italienne Marguerite Albana-Mignaty, qui dirige un salon littéraire à Florence. Subjugué par cette femme remarquable qui s’intéresse à l’ésotérisme, il s’attache désormais à l’étude des philosophies de l’au-delà et des divers systèmes religieux. En l’absence de documents il fait confiance à ce que lui dicte son inspiration. C’est le cas de son ouvrage le plus connu, Le Grands Initiés, Esquisse de l’histoire secrète des religions(1889), consacré notamment à Rama, Krishna, Hermès, Moïse, Orphée, Pythagore, Platon et Jésus, qui n’a plus cessé depuis d’être réédité dans de nombreuses langues. Au même cycle, se rattachent notamment Sanctuaires d’Orient: Égypte, Grèce, Palestine (1898), Femmes inspiratrices et poètes annonciateurs (1908) et L’Évolution divine (1912).
En 1900, il fait la connaissance du philosophe et occultiste allemand Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie. Il devient membre de la Société théosophique et publie des articles sur le sujet. Son drame, Les Mystères d’Eleusis est joué au Congrès théosophique de Munich. Il séjourne souvent à Munich et collabore aux travaux de Ruddolf Steiner jusqu’à la Première Guerre mondiale.
Il essaye d’animer ses idées dans plusieurs romans parmi lesquels: Mélidora (1880), Le Double (1893), L’Ange et la Sphinge (1897).
A cette oeuvre déjà énorme s’ajoutent des poésies: La Vie mystique (1893); des pièces de théâtre: Vercingétorix (1887), Les Enfants de Lucifer (1900), Léonard de Vinci (1905); des essais et livres de critique: Précurseurs er Révoltés (1904), Prophètes de la Renaissance(1920), L’Âme celtique et le génie de la France à travers les âges (1920) et une autobiographie: Le Rêve d’une vie (1925).
Édouard Schuré est mort à Paris le 7 avril 1929, à l’âge de 88 ans.
AVANT-PROPOS
Il y a dans chaque siècle un certain nombre d’esprits qui appartiennent
plus au siècle suivant qu’au leur et qui, par cela même, apparaissent à leurs
contemporains sous l’aspect d’inquiétants étrangers. Ils reçoivent, comme un
jet intense et subtil, le premier influx des sentiments et des idées dont
l’invisible océan, suspendu dans les airs, inondera le monde cinquante ou cent
ans après leur mort. Shakespeare dit que les grands événements projettent devant
 eux leur ombre avant que leur présence n’ébranle l’univers de leur fracas.
Éh bien, les hommes de cette catégorie
ont vu cette ombre dessiner sur leur chemin des formes mobiles et fantastiques.
Ils en sont restés plus grands et plus seuls, à jamais marqués d’un signe d’élection et de réprobation.
Quand je songeai à réunir les études contenues dans ce volume et publiées
à de longs intervalles, je m’aperçus qu’il y avait entre elles ce lien caché mais
profond. Les poètes, les penseurs et les artistes, qui m’avaient successivement
attiré à diverses étapes de ma vie, rentraient tous dans la tragique famille des
précurseurs et des révoltés. Une irrésistible affinité élective m’avait guidé vers
eux. J’admirais davantage d’autres génies ceux-là remuaient mes profondeurs
intimes par leur mystère douloureux.
La vie et l’œuvre de Shelley, qui chercha éperdument le divin dans la na-
ture, retentissent aujourd’hui à notre oreille comme un majestueux prélude à
toutes les symphonies panthéistes que devait chanter l’âme orageuse et troublée
du XIXe siècle, traversée de tant de rayons et de tant de ténèbres.
Nietzche, dont l’individualisme effréné aboutit à un athéisme épileptique
et à sa propre destruction, est le père sinistre et grave de tous les anarchistes de
la pensée. Le cas de cette nature puissante mais dévoyée est, à mes yeux, l’un
des exemplaires les plus frappants de la maladie intellectuelle que le XIXe
siècle lègue au XXe, j’entends de la conception matérialiste de l’homme et de
l’univers. Car Nietzche, dans son orgueil intransigeant, dans sa fureur contre
Dieu, le Divin et l’Idéal, en arriva à la même conclusion que Haeckel, le disciple
 outré de Darwin, à savoir que l’idée de l’âme, en laquelle nous autres,
partisans du spiritualisme évolutif et transcendant, nous plaçons toutes les
ressources et toutes les espérances, est «une régression vers l’état sauvage. »
Néanmoins, par ses critiques incisives du temps actuel comme par ses revendi-
cations hardies, Nietzche prouve que désormais toute religion
et toute philosophie qui ne s’adressera pas aux énergies de l’individu
et aux profondeurs de la conscience, sera une philosophie et une religion mort-née.
Par contre, la poétesse italienne Ada Negri, pousse le cri éloquent et ter-
rible du peuple opprimé par l’industrie moderne. Elle prouve, contre Nietzche,
que l’individualisme le plus fier ne parviendra pas à étouffer cette voix, et que
toute doctrine, toute institution, tout art, qui négligera le principe de la solidarité
humaine, demeurera impuissant.
Derrière « les souffrants » viennent « les chercheurs d’avenir ». Parallèlement
 à Nietzche, Ibsen, l’individualiste transcendant du drame moderne,
cherche en son Théâtre de combat le salut social par la sincérité de la conscience et l’énergie de la volonté. Parallèlement à Ada Negri, Maeterlinck entrevoit une vie et un art nouveaux dans la pitié et dans la possible pénétration des âmes jusqu’à ce jour séparées par des cloisons étanches.
Enfin voici venir quelques esprits prophétiques et véritablement voyants.
Destinée tragique et sublime, celle de la grande cantatrice allemande, Wilhelmine
Schrœder-Devrient. Elle nous montre une prêtresse consciente de l’art
libérateur et sauveur, une prophétesse de théâtre, telle que le monde n’en avait
pas vu avant elle. — Dans sa Renaissance, Gobineau esquisse avec les figures de
Michel-Ange et de Vittoria Colonna un tableau saisissant de la réforme de l’art
par la vie intérieure, tandis que Gustave Moreau, en son œuvre inégale mais
d’immense portée, ébauché un essai magnifique d’épopée picturale où
triomphe le principe régulateur et synthétique de l’évolution et de la hiérarchie
des âmes.
Toutes ces personnalités nous présentent donc sous la forme pathétique de
la vie vécue et de l’œuvre créée, quelques-uns des problèmes essentiels qui nous
obsèdent. Problème philosophique et religieux, problème social, problème du
théâtre idéaliste, problème de l’art et de sa mission. Aucun de ces précurseurs
ou de ces révoltés n’a renversé les obstacles, qui se dressent entre nous et les
réalisations désirées comme des montagnes en apparence infranchissables, mais
ils indiquent des sentiers qui les traversent. Hommes ou femmes, ils ont le re-
gard clair et le sourire douloureux. Ils se rangent au groupe des solitaires ra-
dieux et farouches, qui ont reçu le don de seconde vue et qui expient, par une
sorte de proscription le dangereux privilège de vivre dans le futur.
On trouvera ici leur portrait fidèle et la quintessence de leur pensée. Je les
offre à ceux qui aiment à chercher le présent dans le passé et l’avenir dans le présent.
Toutes ces personnalités nous présentent donc sous la forme pathétique de
la vie vécue et de l’œuvre créée, quelques-uns des problèmes essentiels qui nous
obsèdent. Problème philosophique et religieux, problème social, problème du
théâtre idéaliste, problème de l’art et de sa mission. Aucun de ces précurseurs
ou de ces révoltés n’a renversé les obstacles, qui se dressent entre nous et les
réalisations désirées comme des montagnes en apparence infranchissables, mais
ils indiquent des sentiers qui les traversent. Hommes ou femmes, ils ont le re-
gard clair et le sourire douloureux. Ils se rangent au groupe des solitaires ra-
dieux et farouches, qui ont reçu le don de seconde vue et qui expient, par une
sorte de proscription le dangereux privilège de vivre dans le futur.
On trouvera ici leur portrait fidèle et la quintessence de leur pensée. Je les
offre à ceux qui aiment à chercher le présent dans le passé et
l’avenir dans le présent.
 
PRÉLUDE AU XIXe SIÈCLE
LA VIE ET L’ŒUVRE DE SHELLEY
LE POÈTE PANTHÉISTE DE L’ANGLETERRE
I
LA VIE DE SHELLEY
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