CODE COSMOS – DES CLÉS DE LA BIBLE À L’ADN, LES SECRETS DE LA NAISSANCE HUMAINE


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Auteur : Sitchin Zecharia
Ouvrage : Code cosmos Des clès de la bible a l’ADN, les secrets de la naissance humaine
Année : 1998

Traduit de l’américain par Olivier Magnan

 

 

Chapitre 1

Les pierres de l’Étoile
Il aura fallu une guerre – féroce, sanglante –
pour attirer l’attention, il y a tout juste quelques
décennies, sur l’un des sites antiques les plus
énigmatiques du Proche-Orient. Le plus
énigmatique, sans doute pas. Mais le plus
inexplicable, ça, oui. Et bien sûr l’un de ceux qui
restent ancrés dans la haute Antiquité. Il s’agit
d’une structure sans équivalent parmi les ruines des
grandes civilisations qui fleurirent au Proche-
Orient au fil des millénaires passés – du moins
parmi celles qui furent découvertes. Les structures
qui lui ressemblent le plus reposent à des milliers
de kilomètres de là, au-delà des mers, sur d’autres
continents. Et celle à laquelle on songe le plus
immédiatement, c’est Stonehenge dans la lointaine
Grande-Bretagne.
Là où, dans une plaine battue par les vents
d’Angleterre, à quelque cent trente kilomètres au
sud-ouest de Londres, des cercles d’imposants
mégalithes dessinent le monument préhistorique le
plus important de tout le pays. Un demi-cercle de
pierres dressées géantes qui furent reliées les unes
aux autres par leur sommet au moyen de linteaux

de pierre circonscrit un demi-cercle de pierres
dressées plus petites, le tout entouré par deux
cercles d’autres mégalithes. Les foules qui visitent
le site se rendent bien compte que seuls quelquesuns
des mégalithes sont restés debout. Les autres se
sont effondrés au sol quand ils n’ont pas été
purement et simplement arrachés au site. Ce qui
n’a pas empêché les spécialistes et les chercheurs
de reconstituer la configuration de ces cercles dans
les cercles (figure 1, où sont représentés en noir les
mégalithes encore érigés) et de recenser les
excavations qui marquent l’existence passée de
deux autres cercles – constitués de pierre ou de
poteaux en bois, le cas échéant – à des âges
antérieurs de Stonehenge.

Les demi-cercles en forme de fer à cheval, et
un grand mégalithe abattu que l’on a surnommé la
« pierre des sacrifices », montrent sans l’ombre
d’un doute que la structure fut orientée selon un
axe nord-est-sud-ouest. Ces demi-cercles dégagent
une perspective qui passe entre deux pierres levées
sous la forme d’une longue « avenue » de terre,
laquelle se dirige tout droit vers ce que l’on a
nommé la « pierre talon » (figure 2). Toutes les
études qui en ont été faites concluent dans le même
sens: ces alignements servirent d’observatoire
astronomique. Ils furent orientés pour la première
fois aux environs de 2900 avant notre ère (à un
siècle près) pour s’aligner sur le lever du soleil au
jour du solstice d’été. Puis réalignés vers 2000 av.
J.-C. et à nouveau vers -1550, pour rester en ligne
avec le lever du soleil du solstice d’été de ces
époques (figure 3).
L’une des guerres du Moyen-Orient les plus
courtes quoique des plus cruelles et féroces fut la
guerre dite des « six jours » de 1967, quand une
armée israélienne qui se sentait prise au piège et
assiégée vint à bout des armées d’Égypte, de
Jordanie et de Syrie avant de conquérir la péninsule
du Sinaï, la rive occidentale du Jourdain et les
hauteurs du Golan. Dans les années qui suivirent,
des archéologues israéliens menèrent des travaux
archéologiques systématiques et procédèrent à des
fouilles dans toutes ces zones. Ils mirent à jour des
occupations datées du néolithique, des temps
bibliques et des périodes grecques, romaines et
byzantines. Pourtant, c’est du plateau à l’habitat
dispersé et pratiquement désert des hauteurs du

Golan que vint la plus grande surprise. Non
seulement découvrit-on que la zone abrita une
population active qui la mit en valeur aux tout
premiers âges de la présence humaine, mais l’on
exhuma les restes de multiples occupations
précédant de plusieurs millénaires l’ère commune.

Pratiquement au milieu de nulle part, dans une
plaine venteuse (où l’armée israélienne avait
déployé sa force d’artillerie), des empilements de
pierres organisés en cercle se révélaient être – vus
des airs – un « Stonehenge » proche-oriental
(figure 4).

La structure unitaire se compose de plusieurs
cercles de pierres concentriques, dont trois offrent
une forme parfaitement circulaire et deux des
demi-cercles en fer à cheval. Le cercle le plus
extérieur dessine une circonférence de près de 528
mètres, et les autres cercles voient leur diamètre se
réduire plus ils se rapprochent du centre de la
structure. Les enceintes des trois cercles de perres
majeurs atteignent ou dépassent 2,50 mètres de
hauteur et leur épaisseur excède les trois mètres.
Elles sont bâties à coup de pierres sèches, des plus
petites jusqu’à des dalles de taille mégalithique,
d’un poids de cinq tonnes et plus. De loin en loin,
les murs circulaires concentriques sont reliés les
uns aux autres par des parois radiales, plus étroites
que les murs mais au poids équivalent à celui des

enceintes circulaires. Au centre précis de cette
structure complexe s’élève une immense pile de
pierres, pourtant parfaitement définie, et qui
mesure près de 20 mètres de haut.
Outre sa forme unique en soi, il s’agit, et de
loin, de l’une des plus grandes structures
composées de pierres uniques de toute l’Asie
occidentale, d’un gigantisme suffisant pour
qu’elle soit visible depuis l’espace par un
satellite.
Les ingénieurs qui ont étudié le site estimèrent
que dans son état actuel même, la structure contient
plus de 3 540 mètres cubes de pierres pour un
poids total de l’ordre de 45 000 tonnes. Ils
évaluèrent qu’il avait fallu mobiliser une centaine

d’ouvriers pendant au moins six ans pour venir à
bout d’un tel monument – collecte des pierres de
basalte, transport sur le site, mise en place selon un
plan architectural préconçu et élévation des murs (à
l’évidence plus hauts que ce qui en reste) pour bâtir
ce complexe cohérent.
Autant d’éléments qui soulèvent des questions:
qui l’éleva, quand et dans quel but?
C’est la dernière question qui suscite la réponse
la plus simple dans la mesure où la structure en soi
semble désigner l’objectif – en tout cas l’objectif
initial. Le cercle extérieur montre clairement que
l’on y avait aménagé deux ruptures ou ouvertures,
l’une au nordest, l’autre au sud-est – localisations
qui marquent une orientation aux solstices d’été et
d’hiver.
En travaillant à dégager les pierres tombées, et
pour retrouver le plan originel, les archéologues
israéliens mirent en évidence dans l’ouverture du
nord-est une massive structure carrée dotée de deux
extensions en forme d’« ailes » destinées à protéger
et à occulter deux autres ouvertures plus étroites
dans les deux murs concentriques derrière elles
(figure 5). L’aménagement servait donc de portail
monumental qui constituait une entrée (donc
surveillée) vers le coeur du complexe de pierres. Ce
fut dans les murs de ces entrées que l’on découvrit
les plus grands blocs de basalte, d’une tonne et
demie chacun. La rupture sud-est de l’anneau
extérieur procurait à son tour un accès aux sections
intérieures de la structure, mais sans le même
aménagement monumental. En revanche, des piles
de pierres abattues marquaient cette entrée et se

prolongeaient au-dehors, de quoi dessiner la trace
d’une avenue bordée de blocs de pierre de direction
sud-est – une avenue qui concrétisait peut-être une
perspective de visée astronomique.
De tels indices plaidenten faveur d’un site
d’observation astronomique, tout comme
Stonehenge en Grande-Bretagne (avant tout pour
déterminer les solstices), que corrobore l’existence
d’observatoires du même type ailleurs – des
structures du reste encore davantage comparables à
celui du Golan parce qu’en plus des cercles
concentriques, elles comportent des parois radiales
entre les cercles. Le plus étonnant est que ces
structures similaires figurent sur des sites anciens
partout de l’autre côté du monde, dans « les Amériques ».
L’un d’eux n’est autre que le site maya de
Chichén Itzá sur la péninsule du Yucatán du
Mexique (figure 6a) que l’on surnomme le Caracol
(l’« escargot ») en raison des escaliers en lacets à
l’intérieur de la tour de l’observatoire. Autre site,
celui de l’observatoire circulaire au sommet du
promontoire de Sacsayhuamán au Pérou (figure 6b)
qui surplombe la capitale inca de Cuzco. Comme à
Chichén Itzá, il y existait probablement une tour
d’observation. Ses fondations révèlent
l’agencement et les alignements astronomiques de

la structure et montrent clairement les cercles
concentriques et les parois radiales de connexion.
De telles similarités constituèrent des raisons
suffisantes pour que les scientifiques israéliens en
appellent au Dr Anthony Aveni, un États-unien,
autorité internationalement reconnue pour son
expertise ès astronomies anciennes,
particulièrement celles des civilisations
précolombiennes des Amériques. Sa tâche
consistait, non seulement à confirmer la vocation
astronomique sous-tendue par la conception du site
du Golan, mais il devait en outre déterminer son
âge – et ainsi compléter la question du
« pourquoi » par la réponse du « quand ».
L’orientation même d’une structure – en
l’occurrence alignée sur les solstices – est de nature
à révéler l’époque de sa construction. Il s’agit d’un
outil agréé en archéoastronomie depuis la
publication d’« À l’aube de l’astronomie1 », oeuvre
de Sir Norman Lockyer, en 1894. Le mouvement
apparent du Soleil du nord au sud et du sud au nord
au gré des saisons qui naissent et déclinent a pour
cause l’inclinaison de l’axe de la Terre (axe autour
duquel le globe tourne sur lui-même, ce qui induit
le cycle jour-nuit) par rapport au plan
(« écliptique ») sur lequel la planète orbite autour
du Soleil. Face à cette danse céleste – alors même
que c’est bien la Terre qui se meut et non l’étoile –,
il semble aux observateurs sur terre que le soleil,
dans son va-et-vient, atteint des extrémités
éloignées, hésite, marque un temps d’arrêt, puis,
comme s’il prenait son parti, revient en arrière. Il
traverse l’équateur, se porte d’une traite à l’autre

extrémité, hésite à nouveau, s’immobilise, repart.
Les deux franchissements de la ligne équatoriale,
chaque année (en mars et en septembre), ont pour
nom les équinoxes. Les deux temps d’arrêt, l’un au
nord en juin, l’autre au sud en décembre, sont les
solstices (littéralement les « pauses du soleil ») –
solstice d’été et d’hiver pour les observateurs que
furent les peuples de Stonehenge et du Golan.
Au cours de son étude des temples anciens,
Lockyer les classa en deux catégories. Certains,
comme le Temple de Salomon de Jérusalem et
celui de Zeus sis en un site nommé Baalbek au
Liban furent construits selon un axe est-ouest qui
les orientait sur le lever du soleil au jour de
l’équinoxe. D’autres, comme les temples
pharaoniques d’Égypte, furent alignés sur un axe
incliné sud-ouest-nord-est qui signait leur
orientation sur les solstices. Un constat, pourtant, le
stupéfia quand il découvrit que l’orientation des
premiers temples cités ne changea jamais (il les
qualifia alors de « temples éternels »). Alors que
les autres – comme les grands temples égyptiens de
Carnac – démontraient qu’à partir du moment où
les pharaons qui se succédaient éprouvaient le
besoin de voir les rayons solaires frapper le saint
des saints le jour du solstice, ils ne cessaient de
modifier la direction des avenues et des corridors
en les alignant sur un point du ciel très légèrement
décalé. De tels réalignements furent aussi
accomplis à Stonehenge.
Pourquoi de tels changements directionnels?
Réponse de Lockyer: pour répondre aux variations
de l’inclinaison terrestre dues à son oscillation sur son axe.
De nos jours, l’inclinaison de l’axe terrestre
(« obliquité ») sur son orbite (l’« écliptique ») se
mesure à raison de 23,5 degrés, et c’est cette
inclinaison même qui détermine à quel décalage
vers le nord ou vers le sud le Soleil semblera
apparaître dans sa course saisonnière. Si cet angle
d’inclinaison ne devait jamais changer, les points
de solstice demeureraient à leur tour toujours les
mêmes. Mais les astrophysiciens en sont venus à la
conclusion que la bascule de la Terre (due à son
inclinaison) varie au fil des siècles et des
millénaires en un mouvement incessant de relevées
et de retombées.
À l’heure actuelle, comme au cours de
plusieurs millénaires par le passé, cette bascule se
situe dans une phase de faible amplitude. Elle avait
dépassé les 24 degrés autour de 4000 av. J.-C. pour
se réduire à 23,8 degrés vers -1000, et elle a
poursuivi sa limitation d’une pichenette sous les
23,5 degrés. La grande idée novatrice de Sir
Norman Lockyer fut d’appliquer ces variations de
l’obliquité de la Terre aux anciens temples. Et
d’établir les dates de construction du Grand
Temple de Carnac selon ces phases variées (figure
7), tout comme celles de Stonehenge (marquées par
les changements d’emplacement de la pierre talon, figure 3).

Les mêmes principes ont depuis été utilisés au
début du XXe siècle par Arthur Posnansky dans la
détermination de l’âge des structures orientées pour
d’astronomiques raisons en Amérique du Sud, qu’il
a appliqués aux ruines de Tiahuanaco sur les rives
du lac Titicaca. Comme Rolf Müller s’y est
employé à l’observatoire semi-circulaire dit du
torreon de Machu Picchu et au fameux Temple du
Soleil à Cuzco. Leurs minutieuses recherches
démontrèrent que pour déterminer avec exactitude
l’angle de la bascule de la Terre – qui indique,
quand l’élévation et la position géographique sont
prises en compte, l’âge de la structure –, il est
essentiel de savoir avec précision où se trouve le
Nord. Il est dès lors sans le moindre doute fort

 significatif que dans le cas du site du Golan les
scientifiques établirent qu’un sommet dominant et
visible par beau temps se situait très exactement au
nord du centre de la structure, j’ai nommé le pic du
mont Hermon. C’est ainsi que le Dr Aveni et ses
collègues israéliens, Yonathan Mizrachi et
Mattanyah Zohar, furent en mesure de découvrir
que le site était orienté d’une façon telle qu’il était
possible à un observateur debout en son centre de
suivre une ligne d’observation à partir du centre du
portail nord-est pour voir le Soleil se lever en ce
point un jour de solstice d’une aube de l’an 3000
av. J.-C.!
Aux alentours de 2000 avant notre ère,
conclurent les astronomes, le Soleil serait apparu
aux yeux d’un observateur situé au même endroit
nettement excentré, mais probablement toujours
cadré dans le portail. Cinq cents ans plus tard, la
structure avait perdu ses qualités d’observatoire
astronomique précis. Ce fut alors, quelque part
entre 1500 et 1200 av. J.-C. – comme l’a confirmé
la datation au carbone 14 de quelques objets glanés
sur place – que la pile de pierres centrale fut élargie
pour former un cairn – un tas de pierres au sein
duquel fut aménagée une cavité, probablement à
des fins funéraires.
Étonnamment, ces dates phasées se montrent
pratiquement identiques à celles que l’on prête aux
trois phases de Stonehenge.
Grâce à la protection de son dôme de pierres, la
cavité au coeur du cairn – la chambre funéraire
supposée – constitua la partie du site ancien la
mieux préservée. Elle apparut sur les bandes d’une

instrumentation sismique perfectionnée et sur les
écrans du radar de sous-sol (géoradar). Une fois ce
vaste espace circonscrit, les fouilleurs (que pilotait
le Dr Yonathan Mizrachi) ouvrirent une tranchée
qui les conduisit à une chambre circulaire d’un peu
moins de deux mètres de diamètre pour 1,50 mètre
de haut. Elle ouvrait à une autre chambre plus
grande, de forme ovale, longue de près de 3,50
mètres sur quelque 1,20 mètre de large. Les
derniers murs construits étaient constitués de six
couches en pierre de basalte élevées en
encorbellement (soit inclinées vers l’intérieur au
fur et à mesure de l’élévation du mur). Deux
massives dalles de basalte formaient le plafond de
la chambre, chacune pesait la bagatelle de cinq
tonnes.
Ni cercueil ni corps. Aucun autre reste humain
ni animal dans la chambre ou l’antichambre. Mais
les archéologues finirent par trouver, au prix d’un
tamisage méticuleux du sol, quelques boucles
d’oreilles en or, plusieurs perles de pierre semiprécieuse
en cornaline, des lames de silex, des têtes
de flèches en bronze et des tessons en céramique.
D’où ils conclurent qu’il s’agissait bien d’une
chambre funéraire, mais qu’elle avait été pillée,
probablement dans l’Antiquité. Le constat que
quelques-unes des pierres de pavage du sol de la
chambre avaient été arrachées les conforta dans
leurs conclusions: l’endroit avait été forcé par des
pilleurs de tombe.
Les trouvailles archéologiques avaient été
datées de la période connue sous le nom d’âge de
bronze tardif, qui s’étendait des alentours de 1500

av. J.-C. jusqu’à -1200. Soit l’époque de l’Exode
des enfants d’Israël hors d’Égypte sous celle de
Moïse et de la conquête de la Terre promise sous la
conduite de Josué. Des douze tribus, celles de
Ruben, de Gad et la moitié de celle de Manassé se
virent attribuer des parcelles du territoire de
Transjordanie, depuis la rivière Arnon dans le sud
jusqu’au pied du mont Hermon au nord. Ces
domaines englobaient la chaîne de montagnes de
Galaad à l’est du Jourdain et le plateau que l’on
nomme désormais le Golan. L’on comprend sans
doute qu’il devenait inévitable pour les chercheurs
israéliens de se tourner vers la Bible pour répondre
à la question: qui?
Selon les livres des Nombres et de Josué, la
partie nord des monts Galaad avait pour monarque
un roi nommé Og en sa capitale de Bashân (Basan,
Bashasne). La conquête du domaine d’Og fait
l’objet d’une description dans le Deutéronome
(chapitre trois). « Og, roi de Basan, sortit à notre
rencontre, avec tout son peuple, pour nous
combattre à Édréi2 », dit le récit (3:1). Les
Israélites vainqueurs de la bataille mirent la main
sur soixante villes « […] fortifiées, avec de hautes
murailles, des portes et des barres; il y avait aussi
des villes sans murailles en très grand nombre »
(3:5). L’érection de hauts murs de pierre avec leurs
portails – caractéristiques de l’énigmatique site du
Golan – appartenait donc bien au savoir-faire des
rois à l’époque du monarque Og.
Lequel Og, à en croire la Bible, était du genre
costaud: « […] son lit, un lit de fer […], sa
longueur est de neuf coudées et sa largeur de quatre

coudées, en coudées d’homme » (3:11) – environ
quatre mètres de long sur 1,80 mètre de large. Cette
taille maxi, laisse entendre la Bible, avait pour
raison qu’il descendait des Rephaïm (Refaïm), race
géante de demi-dieux qui avaient jadis vécu en ce
pays (d’autres descendants de grande taille des
Rephaïm, dont Goliath, sont cités dans la Bible
comme des alliés des Philistins au temps de
David). Certains en Israël n’hésitèrent pas à
surnommer le site du Golan le Gilgal Rephaïm –
« l’amas de pierres circulaire des Rephaïm » –,
entrecroisement des allusions aux Rephaïm dans le
récit biblique avec la structure de pierre circulaire
érigée par Josué après la traversée du Jourdain qui
avait donné son nom au site, Guilgal (Gilgal) –
littéralement « l’amas de pierres circulaire ».
Même si les versets bibliques n’accréditent pas
en soi une telle dénomination, pas plus qu’ils
n’établissent de lien entre le roi Og et les chambres
funéraires, l’affirmation de la Bible que la région
fut à une époque le territoire des Rephaïm et que
cet Og en fût le descendant a de quoi intriguer,
pour la bonne raison que nous allons trouver ces
Rephaïm et leurs enfants mentionnés dans les
mythes cananéens et les épopées. Ces textes,
composés sur des tablettes d’argile, découverts
dans les années 1930 sur un site côtier au nord de
la Syrie dont le nom ancien était Ugarit (Ougarit),
situent sans ambiguïté les exploits divins et semidivins
à l’endroit même que nous évoquons ici. Ils
décrivent une communauté de déités dont le père
était El (« Dieu, le Très-Haut ») et dont les activités
étaient centrées sur le fils d’El, soit Baal (« le

Seigneur »), et sur sa soeur Anat (« Celle qui
répond »). Toute l’attention de Baal était fixée sur
le bastion montagneux, le site sacré de Zephon
(Zaphon), dont les deux significations sont « le site
du nord » et « le site des secrets ». Ce théâtre
d’action de Baal et de sa soeur recouvrait ce qui de
nos jours correspond au nord d’Israël et au Golan.
Une autre soeur, Shapash (Shepesh, Shapshu) –
nom à l’étymologie incertaine, associée au soleil –
patrouillait les régions du ciel en leur compagnie.
À son propos, les textes affirment clairement
qu’« elle gouverne les Rephaïm, les divins », et que
son autorité s’exerce sur les demidieux et les
mortels.
Plusieurs des textes mis à jour évoquent une
telle implication de la part du trio. L’un d’eux, que
les chercheurs ont intitulé La légende d’Aqhat, se
rapporte à Danel (« Celui que Dieu juge », Daniel
en hébreu), lequel – tout descendant qu’il fût des
Rephaïm – ne pouvait avoir d’enfant. L’âge venu,
abattu à l’idée de se priver d’un héritier mâle,
Danel en appelle à Baal et à Anat qui intercèdent
alors auprès d’El. Lequel exauce le souhait de
l’homme à composante rephaïm. El instille en lui
l’« accélération du souffle de vie », de quoi lui
donner le moyen de s’accoupler avec sa femme et
devenir le père d’un fils que les dieux vont nommer
Aqhat.
Un autre récit, La légende de Keret (Keret, « la
capitale, la métropole », désigne à la fois la ville et
son roi), a trait à la revendication de l’immortalité
par Keret qui se prévaut de son ascendance divine.
Loin de recevoir satisfaction, il tombe malade. Et

ses fils de se répandre en lamentations, tout haut:
« Comment la progéniture d’El, le Miséricordieux,
peut-elle en venir à mourir? Meurt-on quand l’on
est de nature divine? » En anticipant la mort
apparemment inconcevable d’un demi-dieu, ces
mêmes fils pensent non seulement aux hauteurs de
Zephon, mais aussi au « parcours de la longue
durée » à travers leurs lamentations en faveur de
Keret:
Pour toi, notre père,
Zephon versera des larmes,
ce mont de Baal.
Le parcours sacré, ce parcours tout-puissant,
le parcours de la grande durée,
[pour toi] se lamentera.

Nous sommes en présence, dès lors, d’une allusion
à deux sites profondément vénérés qui déploreront
la mort du demi-dieu: le mont Zephon, celui de
Baal – structure circulaire sacrée renommée – « le
parcours sacré, le parcours puissant, le parcours de
la longue durée ». Si ce mont Zephon, le « mont du
nord », se confondait avec le mont Hermon,
précisément situé au nord du Golan, ce parcours
sacré était-il donc l’énigmatique site du Golan?
Sensible aux appels à sa miséricorde, El, au
dernier moment, envoya la déesse Shataqat, « une
femme qui chasse la maladie », sauver Keret.
« Elle survole une centaine de villes, elle vole
audessus d’une multitude de villages » pour
accomplir sa mission de secours. Elle arrive juste à

temps chez Keret, elle réussit à le sauver.
Mais parce qu’il n’est qu’un demi-dieu, Keret
finira par mourir. Était-ce donc lui qui était inhumé
dans la tombe au coeur du « parcours sacré, du
parcours puissant, du parcours de la longue
durée »? Alors même que les textes cananéens ne
délivrent aucun indice chronologique, il est clair
qu’ils relatent des événements venus de l’âge du
bronze – un cadre temporel qui pourrait bien
correspondre à l’âge des objets exhumés de la
tombe du site du Golan.
Ces monarques légendaires y furent-ils ou non
inhumés, le saura-t-on jamais? D’autant moins que
les archéologues qui passèrent le site au crible
évoquèrent la possibilité d’enterrements intrusifs –
autrement dit, l’ensevelissement du dernier décédé
dans une tombe qui existait précédemment, ce qui
impliquait le plus souvent l’évacuation des restes
du précédent « occupant ». Ce dont ils sont sûrs, en
revanche (parce qu’ils se fondent sur des
caractéristiques structurelles et des techniques de
datation différenciées), c’est que la construction du
« henge » – ces murailles concentriques que nous
pourrions sous-titrer « pierres d’étoile » de par leur
fonction astronomique – devança de mille à mille
cinq cents ans l’insertion du cairn et de ses
chambres funéraires.
Comme à Stonehenge, comme pour d’autres sites
mégalithiques et a fortiori pour le site du Golan,
l’énigme de leurs bâtisseurs repose en tout et pour
tout sur l’établissement de leur âge et la validation
qu’un savoir poussé en astronomie sous-tend leur

orientation. À moins que la prouesse n’en revînt
tout simplement aux êtres divins eux-mêmes – vers
3000 av. J.-C. dans le cas du Golan?
À cette date, il n’existait qu’une seule
civilisation en Asie occidentale suffisamment
avancée, raffinée et dotée d’un extraordinaire
savoir astronomique capable de planifier,
d’orienter selon des repères cosmiques et de
réaliser le type de structures géantes qui nous
intéressent: la civilisation sumérienne. Elle se mit à
fleurir au sud de l’Irak actuel, « soudainement, de
façon inattendue, de nulle part », selon les termes
de tous les historiens. Et en l’espace de quelques
siècles – soit un instant à l’échelle de l’évolution
humaine –, elle donna naissance à pratiquement
toutes les « grandes premières » que nous estimons
majeures au sein d’une grande civilisation, depuis
la roue, le four à poterie et la brique, jusqu’aux
immeubles élevés, l’écriture, la poésie et la
musique, les codes législatifs et les tribunaux, les
juges et les contrats, les temples et les prêtres, les
rois et les fonctionnaires, les écoles et leurs
professeurs, les médecins et les infirmières. À quoi
s’ajoute un savoir époustouflant en mathématiques,
en sciences dures et en astronomie. Son calendrier,
qui perdure à travers celui des juifs, fut inauguré en
une cité nommée Nippur (Nippour) en 3760 avant
notre ère. Cette civilisation rassemblait toute la
connaissance élaborée nécessaire à la création des
structures évoquées.
Elle a précédé la civilisation de l’Égypte de
quelque huit cents années, celle de la vallée de
l’Indus de mille ans. C’est plus tard, parfois

beaucoup plus tard, qu’apparurent les Babyloniens,
les Assyriens, les Hittites, les Élamites, les
Cananéens et les Phéniciens. Tous conservèrent
l’empreinte des Sumériens et s’inspirèrent de leurs
grandes créations sous-jacentes. Lesquelles
marquèrent tout autant les civilisations qui
s’épanouirent en leur temps en Grèce et sur les îles
méditerranéennes.
Ces Sumériens s’aventurèrent-ils jusqu’aux
confins des hauteurs du Golan? Assurément. Leurs
rois et leurs commerçants s’en vinrent vers l’ouest
jusqu’à la mer Méditerranée (qu’ils nommèrent
mer au Nord) et naviguèrent sur les eaux de la mer
au Sud (le golfe Persique) jusqu’à atteindre
d’autres territoires éloignés. Lorsque la ville d’Ur
(Our) était leur capitale, ses marchands
connaissaient comme leur poche tous les recoins du
Proche-Orient. Et l’un des plus fameux rois de
Sumer, Gilgamesh – monarque renommé d’Uruk
(Ourouk, la biblique Erech ou Érec) – se rendit sur
le site selon toute probabilité. Nous étions alors aux
alentours de 2900 av. J.-C., peu de temps après la
fin de la construction première du Golan.
Le père de Gilgamesh était le grand prêtre de la
cité. Sa mère, la déesse Ninsun. Parce qu’il voulait
devenir un roi puissant et agrandir sa cité,
Gilgamesh entama son règne en contestant
l’autorité de la cité de Sumer alors dominante,
Kish. Une tablette d’argile sur laquelle est transcrit
l’épisode dénomme le roi de Kish Agga, et par
deux fois insiste sur sa « corpulence ». Kish était
alors la capitale d’un vaste domaine qui s’étendait
peut-être au-delà de l’Euphrate. Et l’on peut se

demander si le robuste roi Agga n’aurait pu être un
ancêtre du gigantesque Og de notoriété biblique. Il
était de pratique commune au Proche-Orient de
calquer le nom des rois sur celui de leurs
prédécesseurs.
Gilgamesh se montrait orgueilleux, ambitieux,
bravache dans sa jeunesse, mais il vécut mal son
insidieux vieillissement. Pour affirmer ses
prouesses physiques, il s’en vint à chercher partout
dans sa ville les jeunes épousées en clamant haut et
fort son droit royal de cuissage à l’encontre de la
mariée. La population finit par ne plus le supporter.
Les gens en appelèrent aux dieux pour leur venir en
aide. La réponse des dieux prit la forme d’un clone
de Gilgamesh qui mit un terme aux frasques du roi.
Ainsi recadré, Gilgamesh s’abîma dans ses
réflexions. Il voyait autour de lui mourir des gens
de son âge et même de plus jeunes. C’est alors
qu’un autre dessein l’occupa tout entier: il était
après tout d’une nature partiellement divine – non
pas seulement un demi-dieu, mais un deux-tiers de
dieu, car c’est sa mère qui était une déesse, et non
son père!
Devait-il, lui, Gilgamesh, mourir à la façon
d’un mortel ou bien être admis à partager la vie
éternelle des dieux? Devant sa mère, il défendit sa
cause. Tu as, certes, raison, lui dit-elle. Mais si tu
veux bénéficier de la durée de vie divine, tu dois
rejoindre les cieux et atteindre la demeure des
dieux. Et les sites à partir desquels une telle
ascension est possible, lui révéla-t-elle, sont placés
sous le commandement du parrain de Gilgamesh,
Utu (plus tard connu sous le nom de Shamash).

Utu/Shamash tenta de dissuader Gilgamesh:
« Qui donc, Gilgamesh, est autorisé à escalader le
ciel? Seuls les dieux vivent à jamais sous le soleil.
L’humanité, elle, voit ses jours comptés. » Allez,
rejoins ta famille, tes compatriotes, profite du
restant de tes jours, l’exhorta le dieu.
L’histoire de Gilgamesh et sa quête de
l’immortalité sont racontées dans l’Épopée de
Gilgamesh, une longue narration gravée sur des
tablettes d’argile que les archéologues découvrirent
à la fois en langue sumérienne originale et à travers
plusieurs traductions anciennes. Comme le révèle
le récit, nous lisons que Gilgamesh ne fut en rien
dissuadé et qu’un objet tombé du ciel fut pour lui le
signe de la part des dieux qu’il ne devait pas
abandonner. Ninsun accepta de l’aider. Elle lui
révéla l’existence d’un endroit dans la montagne
des Cèdres – le site du débarcadère – à partir
duquel Gilgamesh pourrait s’envoler pour la
demeure divine. Il s’agirait d’un périple hérissé de
dangers, le prévint-elle. Mais de quelle autre
solution disposé-je? lui demanda-t-il. Si j’échoue
dans ma quête, dit-il, au moins les générations qui
me succéderont sauront que j’aurai essayé.
Ninsun lui donna sa bénédiction pour le
voyage. Mais elle voulut absolument que l’homme
artificiel, le clone de Gilgamesh, Enkidu, lui ouvre
la voie et le protège tout au long de l’expédition.
Choix heureux dans la mesure où le point de chute
était le site même d’où était venu Enkidu, les
collines qui l’avaient vu partager la vie des bêtes
sauvages. Il tenta d’expliquer à Gilgamesh
combien l’entreprise serait dangereuse. Mais son

compagnon ne voulut rien savoir. Ils partirent.
Pour atteindre la montagne des Cèdres, située
dans le Liban actuel, à partir de Sumer (l’actuel sud
de l’Irak), Gilgamesh devait traverser le plateau
que nous appelons aujourd’hui le Golan. Et nous le
trouvons bel et bien cité, dans le préambule de
l’épopée qui passe en revue les aventures du roi et
ses exploits, sous la forme d’une périphrase, « celui
qui ouvre les cols de la montagne ». Il s’agissait bel
et bien d’une prouesse qui méritait son rappel dans
la mesure où il n’existe aucune montagne dans le
pays nommé Sumer.
En cours de route, Gilgamesh s’arrêta à
plusieurs reprises pour solliciter les oracles divins
du dieu du Soleil (Shamash). Quand ils atteignirent
le pays qui monte et les territoires boisés (d’une
nature inconnue à Sumer), Gilgamesh connut une
série de rêves à valeur de présages. Au moment
d’une étape cruciale à partir de laquelle ils
pouvaient commencer à voir la montagne des
Cèdres, Gilgamesh chercha à susciter un songe
prémonitoire en prenant place à l’intérieur d’un
cercle qu’Enkidu avait tracé pour lui. Ne serait-ce
pas cet Enkidu, doté de la force d’un surhumain,
qui aurait constitué pour Gilgamesh le champ de
pierres pour dessiner les pierres de l’Étoile?
Pure conjecture de ma part. Toutefois, une
preuve matérielle récemment découverte sur place
montre bien que les générations qui se sont succédé
sur les hauteurs du Golan connaissaient très bien le
personnage de Gilgamesh et son récit.
L’un des épisodes les plus ressassés des
aventures du roi concerne l’incident qui le montre

aux prises avec deux lions féroces, son combat
contre eux, la façon dont il les tue à mains nues.
Geste héroïque qui devint le sujet favori des
artistes du Proche-Orient dans l’Antiquité. Or, il
s’est agi d’une découverte parfaitement inattendue
sur un site tout proche des cercles concentriques,
celle d’une plaque de pierre porteuse d’une
représentation de la scène (figure 8)! (elle est
exposée au sein du musée archéologique du Golan,
des plus intéressants, à Kazrin [Katzrin]).
Certes, les références textuelles et la
représentation sur la dalle de pierre ne constituent
pas une preuve irréfragable de la présence de
Gilgamesh sur le site au cours de son voyage vers
la montagne des Cèdres du Liban. Mais il existe un
autre indice fort intrigant à prendre en compte.
Après que le site fut identifié par avion, les
archéologues israéliens s’aperçurent qu’il figurait
(marqué comme point d’intérêt) sur les cartes de
l’armée syrienne sous le nom de Rugum el-Hiri
(Rogem Hiri) – appellation des plus étonnantes
puisqu’elle signifie en arabe « empierrement du lynx ».
Je suggère une explication pour ce nom
déroutant, explication qui pourrait bien figurer dans

l’Épopée de Gilgamesh, le souvenir du roi qui se
battit contre les lions.
Et nous allons voir qu’il ne s’agit que du début
de rapprochements fortement intriqués et
entrecroisés.

Chapitre 2

Les douze stations du destin

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