LIBER PARAMIRUM


 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4a/Paracelsus.jpg/220px-Paracelsus.jpg
Auteur : Paracelse (Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim)
Ouvrage : Liber paramirum Tome 1 – comprenant Le livre des prologues suivi de la Parenthèse sur les cinq entités
Traduit par :
GRILLOT DE GIVRY

 

 

INTRODUCTION
Les livres, comme les hommes, ont leur destinée.
Les uns font les délices des gens qui passent, recueillent
l’approbation de leur siècle et connaissent la gloire d’un
triomphe rapide.
Ceux-ci ont reçu leur récompense.
La génération du lendemain les délaisse et les abandonne
pour jamais, avec la considération qui leur est
due, dans la poudre des bibliothèques.
Les autres, censurés à leur apparition, critiqués avec
partialité, honnis avec injustice, semblent dormir. On les
oublie.
Ils se relèvent soudain et ressuscitent.
Telles sont les Œuvres de Paracelse.
Âprement discutées lors de leur publication, puis
méprisées pendant plusieurs siècles, elles donnent, ici, la
preuve la plus évidente de leur vitalité, en réapparaissant
en une édition par laquelle elles reçoivent une consécration
définitive.
Guy Patin écrivait au XVIIe siècle : « Avez-vous ouï dire
que le Paracelse s’imprime à Genève en quatre volumes
in-folio ? Quelle honte qu’un si méchant livre trouve des
presses et des ouvriers ! »
Aujourd’hui, Paracelse trouve un traducteur, et, qui
plus est, des admirateurs et des disciples, parmi toute une
élite intellectuelle qui attend, avide et inquiète, cette version
longtemps réclamée.

Car les novateurs les plus hardis, les chercheurs
les plus subtils pressentent, à juste titre, que, sous les
formes barbares de son latin incorrect ou de son jargon
tudesque, se cache un précurseur qui pourrait venir siéger,
avec autorité, au sein des écoles les plus modernes, et
leur dire : « N’avais-je pas prédit chacune de vos découvertes,
et énoncé, en mon langage scolastique, toutes les
lois qui régissent la matière, et que vous parvenez à formuler,
peu à peu, à la suite de recherches pénibles et de
travaux considérables ? »
Hâtons-nous de le dire, cependant : Paracelse est déjà
officiellement réhabilité de l’autre côté du Rhin.
Non point comme en France, où il ne préoccupe
guère que les curieux de l’occulte, les habitués du quai
Saint-Michel, épris de sciences mystérieuses, en quête
d’énigmes troublantes et d’ hiéroglyphes inexpliqués, qui
ne le connaissent que par anticipation, le citent sans
l’avoir lu, faute d’une édition courante et déchiffrable, et
l’apprécient seulement comme séduisant mystagogue.
En Allemagne, c’est le corps médical tout entier qui lui
a prêté hommage, et qui, dans la gloire d’une apothéose
dont nul, ici, ne se doute, lui a rendu, comme thérapeute,
la justice à laquelle il avait droit.
Tandis que nos facultés et nos académies l’ignorent,
tandis qu’il n’a pu franchir le seuil des sphères officielles,
et qu’il est exclu des chaires et des amphithéâtres ; tandis
que, dans certains milieux, on risque encore, au nom
de Paracelse, un sourire narquois ou un sarcasme puéril,
en Allemagne on le lit, on l’étudie, on le discute, sans

engouement partial, sans illusions ni mirages trompeurs,
mais avec toute la gravité sérieuse qui caractérise
cette nation.
Paracelse y a reconquis sa place. On l’apprécie à sa
juste valeur. Il a pénétré dans l’enseignement officiel. Il
n’est point un occultiste, illisible et ténébreux, mais un
classique incontesté. Les plus hautes célébrités médicales
le considèrent comme un maître ; les professeurs les plus
éminents lui ont consacré de précieuses études, et se sont
livrés, sur sa personnalité et ses oeuvres, à de longues et
patientes recherches. Son souvenir plane au-dessus des
facultés et des universités comme une sorte de palladium ;
et il est bien près d’être proclamé le plus grand novateur
des temps anciens et modernes.
Depuis le jour où l’érudit Christoph Gottlieb von Murr,
vers la fin du XVIIè siècle, signala à l’attention publique,
dans une biographie enthousiaste 1, de nombreux documents
inédits relatifs à Paracelse, la gloire de celui-ci a
toujours été grandissant.
De sérieux travaux biographiques, bibliographiques et
analytiques sur sa vie, ses livres et ses doctrines, commencèrent
à voir le jour.
Dès 1838, le Dr Preu publiait le premier exposé important
des théories paracelsiques 2, bientôt suivi d’un
excellent essai de biographie du Dr Lessing 3.


1 Neues Journal zur Litteratur und Kunstgeschichte, Leipzig, 1798-
1799, tome ii.
2 Dr. H. A. Preu. Das System der Medicin des Theophrastus Paracelsus,
Berlin, 1838.
3 Dr. M. B. Lessing, Paracelsus, sein Leben und Denken, Berlin, 1839.


Puis, ce furent Marx 4, en 1840, Hans Locher 5, en
1851, Friedrich Mook 6, en 1874, dont les travaux ne sont
pas sans intérêt malgré les critiques violentes qu’il s’est
attirées de la part de Schubert ; le professeur Stanelli
qui étudia ce que Paracelse avait pressenti de la science
future 7, et Ed. Schubert 8, qui prépara, avec Sudhoff, le
premier essai de bibliographie complète, tenté en même
temps en Angleterre par Ferguson 9.
En 1894, le très distingué et regretté professeur de
Bâle, Georg W. A. Kahlbaum, prononça son immortelle
conférence sur Paracelse, en cette ville où le Maître avait
connu tant d’opprobres, où tant de calomnies avaient été
déversées sur lui par Oporinus et par la faculté entière.
La réparation fut éclatante. Toute la Suisse intellectuelle
et scientifique applaudit au discours de l’illustre
professeur 10, qui restera l’exposé le plus parfait, le plus
exact et le plus clair qu’on ait fait des oeuvres de Paracelse,
de la révolution qu’il a accomplie dans l’art médical,
et de la place qui doit lui être assignée dans l’histoire
de la Science.


4 K. F. H. Marx. Zur Würdigung des Theophrastus von Hohenheim.
Göttingen, 1840-1841.
5 Dr. Hans Locher. Theophrastus Paracelsus, Zürich, 1851.
6 Friedrich Mook, Theophrastus Paracelsus, eine kritische Studie,
Würzburg, 1874.
7 Rudolf Stanelli, Die Zukunft Philosophie des Paracelsus, Moskau,
1884.
8 Ed. Schubert, Paracelsus Forschungen, Frankfurt-am-Main, 1887.
9 Prof. John Ferguson, Bibliographia Paracelsica. Glasgow,
1877-1893.
10 Georg.W. A. Kahlbaum, Ein Vortrag gehalten zu Ehren Theophrast’s
von Hohenheim, Basel, 1894.


La même année, notre éminent confrère en bibliographie,
Karl Sudhoff, élevait à Paracelse ce monument
impérissable qu’est sa magistrale et incomparable
bibliographie 11, trois énormes volumes élaborés au prix
de sacrifices considérables, de laborieuses et patientes
recherches à travers toutes les bibliothèques de l’Europe,
et où sont cités, décrits et soigneusement collationnés,
tous les manuscrits actuellement existants ainsi que
toutes les éditions imprimées, des ouvrages qui portent le
nom de Paracelse.
Désormais, l’illustre ermite d’Einsiedeln était réhabilité
; sa gloire était devenue incontestable.
De nombreux savants continuèrent à suivre la voie
féconde que ces maîtres leur avaient tracée : Hartmann,
de Salzbourg, a donné de belles études sur les théories
mystico-théologiques 12 de Paracelse ; les docteurs von
Petzinger 13 et Schneidt 14 lui consacrèrent leurs thèses
inaugurales ; Hugo Magnus, dans un résumé précis et
clair de sa doctrine 15, lui a décerné le litre d’Archimédecin
: der Ueberarzt, et le Dr Weiss a essayé de mettre en
pratique sa thérapeutique et d’en obtenir des résultats 16.


11 Karl Sudhoff, Versuch einer Kritik der Echtheit der Paracelsischen
Schriften, Berlin, Reimer, 1894, 3 volumes.
12 Franz Hartmann, Grundriss der Lehren des Theophrastus Paracelsus,
Leipzig, 1808. – Die Medizin des Th. Paracelsus. Id., 1899.
13 Joh. Fried. von Pefzinger, Ueber das reformatorisches Moment in
den Anschauungen des Theophrastus von Hohenheim, Greifswald,
1898.
14 Wilhelm Schneidt, Die Augenheilkunde, München, 1903.
15 Hugo Magnus, Paracelsus, der Ueberarzt, Breslau, 1906.
16 Dr Weiss, Die Arkana des Theophrastus von Hohenheim, Gmund,
1912.


Puis les professeurs Aberle 17, de Salzbourg et Weber 18,
de Londres, élucidèrent la question délicate des portraits,
peints ou gravés, et des médailles frappées à l’effigie de
Paracelse ; et enfin un enfant d’Einsiedeln, le très distingué
Raymond Netzhammer, archevêque de Bucarest,
a publié la meilleure biographie 19 que nous possédions
actuellement de lui, quoique bien des points restent
encore à éclaircir.
Rendons hommage également au dévouement et au zèle
infatigable que l’honorable conseiller fédéral de Suisse,
M. B. Reber, a déployés pour contribuer à faire renaître,
en sa patrie, la gloire de son illustre compatriote.
Jamais la mémoire de Paracelse n’a été plus célébrée
qu’en ces dernières années.
On a restauré avec vénération son tombeau à Salzbourg
et ce qui reste de sa maison natale, auprès du Pontdu-
Diable ; son buste a été placé dans la Klosterbibliothek
d’Einsiedeln.
Le nouvel hôpital d’oculistique de Zürich a été nommé
« Paracelsus », en mémoire de l’habileté qu’il avait acquise
dans le traitement des maladies des yeux.
L’évêque anglican de Londres a prononcé vers 1895,
l’apologie de Paracelse dans une lecture publique sur la


17 C. Aberie, Grabdenkmal, Schädel und Abbildungen des Theophrastus
Paracelsus, Salzburg, 1891.
18 F. B. Weber, Theophrastus Paracelsus – A portrait medal of Paracelsus
– Additional remarks on Paracelsus, London, 1893-1895.
19 Raymund Netzhammer, Theophrastus Paracelsus, das Wissenswerkeste
über dessen Leben, Lehre und Schrilten, Einsiedeln, 1901.


« Picturesqueness in History », faite au sein de la Royal
Institution.
Enfin, en 1898, à l’occasion du congrès général des
médecins et naturalistes d’Allemagne, l’exposition de
Düsseldorff a réuni 126 objets ayant trait à Paracelse
seul, et dont Sudhoff dressa le catalogue.
Nous sommes loin, ici, d’un pareil triomphe.
On ne voit encore, en Paracelse, qu’un alchimiste, et,
partant, qu’un rêveur et un illuminé.
Seul, parmi les officiels, Bouchardat a fait amende
honorable pour toutes les injures que ses confrères du
passé lui ont prodiguées 20 ; mais depuis il n’a recruté et
ne recrute encore, comme partisans et défenseurs, que
quelques novateurs hardis, quelques homéopathes distingués,
qui travaillent en marge des opinions reçues, des
doctrines approuvées et de la pratique consacrée, tels que
le furent Fauvety en 1856, Léon Cruveilhier en 1857 21
et le regretté Dr Léon Simon; tels que le sont les docteurs
Durey 22, Grasset 23, Vannier et Vergnes 24, de Paris; Les
docteurs Lalande et Gallavardin 25, de Lyon, et quelques
autres qui s’efforcent de faire connaître à la France le
génial archiâtre de la Renaissance.
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que l’idée d’élever,


20 Bouchardat, Nouveau Formulaire magistral, Paris, 1856, introduction.
21 Revue de Paris, 1857.
22 La Médecine occulte de Paracelse, Thèse.
23 La France médicale, octobre 1911.
24 L’Homoeopathie française, Revue mensuelle, passim.
25 Le Propagateur de l’Homoeopathie, Revue mensuelle, avril 1912.


à Paracelse, le monument dont nous posons aujourd’hui
la première pierre, n’ait pas germé dans les milieux officiels,
et que la tâche prodigieuse que nous avons assumée
n’ait encore tenté personne, puisque, même en Allemagne
où il est tant fêté, Paracelse, n’a pas les honneurs d’une
édition moderne et d’un texte pur, définitivement fixé, et
enrichi de toutes ses variantes.
Nous n’avons pas voulu faire précéder notre traduction
d’une nouvelle étude sur Paracelse.
Le prestige de son nom suffit à commander la lecture
de son oeuvre.
Un volume, d’ailleurs, n’eût pas suffi pour le présenter
dignement au public moderne, pour éclaircir le troublant
mystère de sa vie, dont beaucoup de points seraient
encore restés dans l’ombre, pour donner un exposé de sa
doctrine, et faire un tableau de l’état des connaissances
philosophiques et médicales au début du XVIè siècle, afin
de préciser la portée de la révolution qu’il opéra dans la
thérapeutique.
Nous renvoyons aux nombreux ouvrages cités plus
haut, ceux de nos lecteurs qui, avant d’écouter la leçon
du maître, voudront connaître l’homme et l’époque où il
vécut.
D’ailleurs, on n’a déjà que trop disserté sur lui.
Il est temps de le lire, de connaître sa pensée, dans son
texte même, d’en méditer toutes les phrases, afin de dissiper
toutes les illusions que l’on s’est faites, depuis longtemps,
sur ses écrits.
Nous donnerons donc seulement quelques notes brèves

sur les diverses éditions de son oeuvre, sur son langage,
sur sa méthode de travail, et sur les règles que nous avons
observées dans la présente traduction.
Auréolus Philippe Theophrastes Bombast, de Hohenheim,
dit Paracelse, est né vers 1493 à Einsiedeln, en
Suisse, et est mort en 1541 à Salzbourg.
Les seuls de ses ouvrages qui aient paru, de son vivant,
sont la Dissertation sur le bois de Gaïac (1529), la Practica
(vers 1530), la Prognostication (1530 ou 1531), le
traité de l’Imposture des Médecins (1530), une autre
édition de la Practica (1533), Les bains de Pfeffer ou
Piper (vers 1535) et La grande chirurgie (1536).
Une grande quantité de livres existent sous son nom,
soit imprimés, soit en copies manuscrites qui sont dispersées
dans plusieurs bibliothèques de l’Europe.
Nous ne pensons pas qu’ils doivent tous lui être attribués
; néanmoins, ils portent les traces certaines de son
influence et de son inspiration plus ou moins directe.
La plupart de ces ouvrages ont été publiés séparément,
les uns en allemand, les autres en latin. Quelques-uns
existent en édition latine et en édition allemande.
Il paraît évident qu’il écrivit lui-même un certain
nombre de ses traités. Son éditeur de 1589, Huser, en
donne quelques-uns, revus, dit-il, sur le manuscrit autographe.
Vossius possédait aussi quelques manuscrits de
sa main, dans sa bibliothèque, et Wagenseil affirme en
avoir vu un dans la bibliothèque de l’Escorial. Quelquesuns,
décrits par Sudhoff, pourraient bien être ceux dont
parle Huser.

Mais il est certain, également, qu’il en dicta beaucoup
d’autres à des secrétaires d’aventure, dont le plus célèbre
fut Oporinus.
En quelle langue écrivit Paracelse ?
« Toujours en allemand », répondent ses détracteurs,
prétextant qu’il ignorait absolument la langue latine.
Nous ne pensons pas devoir être aussi exclusif.
Il n’est pas douteux qu’il rédigea ses lettres en allemand,
comme l’attestent sa lettre à Érasme de 1526,
celles à Amerbach, de 1528, le Consilium für den Abt
von Pfeffers, de 1535 et la lettre An den Magistrat von
Memmingen de 1536, dont von Murr26 a reproduit un
fragment ; et il affecta d’employer cette langue dans ses
cours publics, comme une protestation contre le pédantisme
des facultés.
Mais dans ceux de ses ouvrages dont nous possédons
le texte allemand, figurent toujours quantité de locutions
latines.
Paracelse emploie la langue latine pour tous les termes
techniques et scientifiques dont il ne trouve qu’un équivalent
douteux dans sa langue maternelle, et il s’en sert
avec une justesse d’expression telle, qu’il est impossible
d’admettre qu’il n’ait pas connu parfaitement la langue
scolastique de son époque. Ainsi tous les termes philosophiques,
anatomiques et les Recepta, sont en latin.
De même, une ordonnance autographe de Paracelse,
qui se trouve dans le Ms. ii. 144 de la Bibliothèque de


26 Neues journal zur Litteratur und Kunstgeschichte, tome II.


Vienne, feuillets 126 et 127, est également en cette langue,
sauf un mot. Une main du xviie siècle a écrit : Inveni
Theophrasti manu hec (sic) Recepta scripta contre
lapidem. Il y emploie, entre autres remèdes, le saxifrage,
les cantharides et les yeux d’écrevisses.
Ainsi, il est donc bien hasardeux de prétendre, qu’aucun
des nombreux traités, que nous possédons de lui,
n’ait pu être écrit originairement en latin.
Jusqu’en 1589, les oeuvres de Paracelse circulèrent,
éparses, soit en manuscrits, soit en opuscules imprimés.
Elles furent réunies pour la première fois, sous le nom
de Bücher und Schriften, en une édition parue à Bâle
en 1589-90, chez Waldkirch, qui fut réimprimée en 1603-
1618 à Strassburg, chez Lazare Zetzner.
Renauldin, dans la Biographie de Michaud, cite une
édition antérieure complète, qui aurait paru en 1575 ;
mais comme toutes les assertions de ce critique partial
et illettré sont suspectes, et que personne ne connaît cette
édition, nous croyons qu’il y a erreur, et qu’il a confondu
avec Aureoli Theophrasti Paracelsi Eremitae Philosophi
Summi operum Latine redditorum tomi duo,
Basilæ, Pern, 1575, qui ne contient que quelques traités,
et non les plus importants.
L’édition de 1589 a été faite par les soins du savant
J. Huser. Elle donne le texte allemand, presque toujours
revu, dit celui-ci, sur les manuscrits autographes.
En 1603, cette édition des Œuvres complètes, traduite
littéralement en latin, parut sous le titre de : Opera Omnia sive Paradoxa recenter latine facta àFrancfort,
1603, en dix volumes in-4°, chez Zacharie Palthénius.
Cette traduction, fort fidèle, est aussi littérale que
possible ; elle reproduit exactement le texte allemand, et
transcrit, mot pour mot, ses obscurités, sans se soucier de
les expliquer.
Quel en est l’auteur ? Bitiskius, dans la préface de
l’édition de 1658, l’attribue à un Belge (Belga), qui ne
connaissait pas suffisamment la langue allemande, et à
un homme plus versé dans le droit que dans l’art chymique,
a viro Juris potius quam chymicae artis perito.
Ceci paraîtrait s’appliquer à Gérard Dorn, qui était
belge, et à Palthénius lui-même, qui était jurisconsulte ;
toutefois nous ne pensons pas qu’elle doive leur être
attribuée en totalité, car nous avons trouvé la trace évidente
de styles bien différents, ce qui indiquerait que plusieurs
mains se sont distribué les diverses parties de cette
grande tâche.
Il est à signaler qu’il n’a été tenu aucun compte, dans
cette version latine, des versions, mêmes meilleures
parues précédemment, telle que celle, si remarquable, du
Liber Paramirum dont nous parlerons dans la suite.
En 1658, les frères de Tournes, célèbres imprimeurs de
Genève, réimprimèrent, en 3 tomes in-f°, la version de
1603.
Quoique Bitiskius, qui fut chargé de la révision du
texte, se soit vanté, de l’avoir amélioré considérablement,
sa tâche a été minime ; et il a reproduit, presque intégralement,
la traduction de son devancier.

Cependant, l’ensemble est plus correct ; certaines fautes
y sont amendées, et quelques fragments y sont ajoutés.
Pendant toute l’exécution de la traduction que nous
offrons aujourd’hui au public intellectuel et philosophique,
nous avons eu constamment sous les yeux :
1o L’édition allemande de Waldkirch, de 1589 ;
2o L’édition latine de Palthenius, de 1603 ;
3o L’édition latine des frères de Tournes, de 1658 ;
dont nous avons suivi les trois textes, confrontant parallèlement
chacune des expressions.
Ceci fait, nous avons eu recours aux éditions séparées,
parues antérieurement, chaque fois que nous avons pu
les rencontrer ; et nous avons signalé les variantes.
Pour les quelques ouvrages qui ont été traduits avant
nous, soit en français, soit en d’autres langues, nous
avons mentionné les différences d’interprétation que présente
notre traduction.
Chaque fois que nous avons rencontré une expression
caractéristique et originale dont la puissance eût pu être
affaiblie en passant dans notre langue, ou bien un terme
douteux, ambigu ou peu compréhensible, pour lequel
nous ne hasardons notre explication que sous réserves,
nous avons placé, entre parenthèses, le mot latin et le mot
allemand.
Nous avons suivi littéralement les textes, en nous
efforçant d’être impeccablement exact.
C’est un document que nous transcrivons, et non une
oeuvre littéraire que nous élaborons.

Il importait donc de savoir sacrifier l’élégance du style,
au devoir d’être rigoureusement exact. C’est la règle que
nous nous sommes imposée, au risque même d’être accusé
de ne pas savoir écrire.
Les éditions latines de 1603 et de 1658 portent des manchettes
résumant l’alinéa auxquelles elles correspondent.
Comme elles font double emploi avec le texte, et ne sont
que l’oeuvre d’un éditeur soigneux, nous nous sommes
dispensé de les traduire, sauf dans le cas où, différant du
texte, elles apportent à celui-ci quelque éclaircissement.
Nous avons voulu donner le texte pur, sans le charger
de commentaires, qui eussent augmenté démesurément
l’ouvrage et l’eussent défiguré par des opinions et des
tendances.
De simples remarques grammaticales, nécessaires en
quelques endroits pour justifier notre manière de traduire,
ou bien l’explication, en quelques mots, des termes
techniques, obscurs ou désuets, empruntée, autant que
possible aux auteurs contemporains de Paracelse, telles
sont les seules annotations que nous nous sommes
permises.
Puisse cette grande tâche, qui nous a fait passer tant
d’heures délectables, contribuer à l’évolution majestueuse
de la Science éternelle et sacrée, à laquelle nous avons
consacré nos forces, notre volonté et notre savoir.
Grillot de Givry.
Paris, mai 1912.

 

 

OEUVRES MÉDICO-CHIMIQUES
OU
PARADOXES

PREMIÈRE PARTIE
Traitant des causes origine et traitement des maladies en général, et contenant le
Liber Paramirum sur l’Art de la Médecine et le
Livre de la Génération des Choses sensibles.

ce titre est celui du premier tome de l’édition allemande de 1599 et des Éditions latines de 1603 et de 1658 publiées par de Tournes. la matière contenue en ce tome forme les trois premiers volumes de la présente traduction.

Prologue premier

suite…PDF