Corps à corps avec l’ange – Roman


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Auteur: Patricia Eberlin

Ouvrage: Corps à corps avec l’ange

arbredor.com

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À trente-huit ans, Renée a tout pour être heureuse, un mari, des enfants, une belle maison, un abonnement au fitness. Pourtant un vide en elle creuse une méchante dépression. La psychothérapie qu’elle entreprend initie un cheminement intérieur, via le monde new age où elle rencontre son âme sœur. Elle divorce pour l’épouser et à deux, ils explorent la voie tantrique. Renée apprend beaucoup sur elle et sur les autres, sa vie prend enfin un sens, mais à suivre aveuglément cet ange — ou ce démon? —, elle se rend compte un jour qu’elle s’égare et qu’elle est en train de se perdre. Est-il trop tard pour retrouver sa voie?

Un roman initiatique dans lequel il est également question de manipulation. Si Androz est le plus flagrant d’entre tous, les autres ne sont cependant pas innocents, et c’est sans compter une bonne part d’auto-manipulation. Décoder les manœuvres des petits diables pour atteindre l’âme, voilà ce qu’accomplit Renée. Le message à retenir est qu’on ne trouve la lumière qu’après avoir traversé les ténèbres; le but n’est rien sans le cheminement conscient, et il n’y a pas de victimes. Chaque parcours de vie est unique et chaque événement est une source inestimable d’apprentissage.

 

Appel de l’ange

Madeleine en pleurs
C’est par une journée splendide que, devant l’azur de sa piscine et la vanité de son existence, Renée lâche toutes les larmes de son corps. Elle n’en peut plus de se sentir aussi creuse alors qu’elle possède tout ce qui est censé apporter le bonheur. Assise dans l’herbe, incapable d’arrêter le flot de ce chagrin en provenance de quelque insondable profondeur, elle sanglote sans même chercher à l’arrêter. « Encore un peu et la piscine déborde » songe-t-elle avec dérision, surprise et dépassée par cette crise de larmes inattendue.
Renée est mariée à un homme très bien, directeur d’une agence de sécurité, bien assis dans la vie. Il a repris l’affaire de papa avec succès et l’admiration reconnaissante dudit paternel heureux de voir son oeuvre pérennisée. Bonne épouse, elle a fabriqué trois enfants, un garçon, une fille, un garçon. Guillaume a onze ans ; de caractère autonome, il grandit bien. Fanny a dix ans, elle a du caractère tout court, elle, mais c’est encore une petite fille qui ne se console que dans les bras de sa maman. Et puis il y a Charly, le dernier, qu’elle chouchoute. Elle est consciente de ne pas l’aider à grandir comme les autres, elle veut le garder bébé, parce que justement, c’est le dernier. Après lui, le prochain fera d’elle une grand-mère. Il a huit ans, son bout d’chou, et encore ses rondeurs de poupon. Elle fond devant lui.
Renée habite et entretient la belle maison familiale et

ses occupants, fréquente le fitness toute l’année et le Club Med pendant les vacances et c’est quand elle a récemment commencé le golf que la voix s’est mise à hurler que ça n’allait pas du tout. Mais alors pas du tout. Pourtant, elle est plutôt bonne en golf.
Ce sont les premiers beaux jours qui annoncent le printemps. Elle a fait venir le gars de la maintenance qui a débâché et nettoyé la piscine, puis il a vérifié les filtres, ouvert les vannes, et le bassin a mis le reste de la journée à se remplir. L’eau est chauffée grâce à un système de circulation dans les tuyaux installés sur la toiture qui captent la chaleur des premiers rayons de soleil. Dans quarante-huit heures, l’eau sera à bonne température, alors qu’on est encore à dix jours de l’équinoxe. C’est une fois la piscine pleine qu’elle s’est mise à pleurer, dans une synchronicité sans aucune logique.
Lentement, elle recommence à penser. Elle veut comprendre, parce que ce n’est pas normal de pleurer ainsi comme une madeleine. « C’est quoi, cette expression ? Ça pleure, une madeleine ? » Elle se lève pour aller jusqu’à son bureau, elle ouvre son navigateur internet et tape l’expression dans le moteur de recherche.
Marie-Madeleine en pleurs aux pieds de Jésus a répondu madame Google. « Ah bon, il ne s’agit donc pas de celle de Proust. » Pourquoi s’était-elle imaginé une brioche en pleurs ? L’idée la fait sourire. Elle requiert donc une majuscule, cette Madeleine en larmes, mais la question demeure, pourquoi s’est-elle mise à pleurer ainsi ?
Rentrés de l’école, les enfants ne se sont rendu compte de rien, mais quand Claude est rentré du travail, il lui a demandé ce qui n’allait pas. Les vannes se sont rouvertes.

Quand au bout d’une semaine, elle pleurait toujours sans raison, son mari lui a suggéré de consulter.

 

Il est neuf heures du matin quand elle franchit le seuil du cabinet du bon Docteur Denny. Une amie lui a recommandé ce thérapeute en le qualifiant ainsi, elle allait tout de suite savoir s’il serait bon pour elle aussi. Elle est tellement lourde de ce chagrin qui ne s’arrête pas qu’elle est décidée à tout faire pour qu’il cesse, même consulter un psy qui s’appelle « déni ».
Pendant deux heures, elle pose sa vie en vrac. Elle ne sait pas ce qu’elle raconte, il l’écoute, ça lui fait du bien. À plusieurs reprises, elle se demande s’il arrive à suivre. Il prend des notes sur un grand bloc quadrillé d’une immense écriture penchée et illisible. On dirait qu’il gribouille des grandes diagonales, car trois phrases seulement peuvent prendre place sur un format A4.
Il écoute attentivement, pousse la boîte de kleenex à portée de sa main, fait quelques remarques, pose une ou deux questions et puis à la fin, il délivre son diagnostic : « névrose dépressive ». Après, il dit que oui, il va pouvoir l’aider, qu’il faudra plusieurs séances hebdomadaires et qu’ils vont se revoir très vite. Il termine en disant :
— Ne vous inquiétez pas, tout vous sera restitué.
D’entendre cela lui fait un bien fou. Elle se sent soudain légère. Son mal est une maladie, elle a un nom, elle a une cure et elle est même couverte par la caisse maladie. Une mélodie résonne en elle qui s’était tue depuis trop longtemps, celle de l’espoir.
Rendez-vous en poche pour la semaine suivante, elle

marche lentement sur le trottoir pour rejoindre sa voiture. L’air sent bon l’oxygène, et elle se demande pourquoi elle n’a pas consulté plus tôt. Elle trouve la réponse qui n’est pas flatteuse. Question d’orgueil. Quand le diagnostic a été formulé, elle a été soulagée parce qu’on allait la prendre en charge, cette maladie, mais elle n’en reste pas moins une maladie mentale. « Quelque part, je suis folle » admet-elle avec lucidité. « Et personne n’a envie d’admettre qu’il est fou », continue-t-elle in petto pour juguler une panique en gestation.

 

Les semaines suivantes, Renée se sent revivre. Elle a acheté un beau cahier et une plume à encre pour noter ses réflexions. En date du 3 septembre, elle écrit : « Il me semble que j’ai un sol sous mes pieds pour la première fois de ma vie ». Elle a trente-huit ans.
Neuf mois plus tard, d’accord avec le docteur Denny dont le nom s’est avéré un oxymore tant il l’a aidée à regarder la réalité en face et à cesser, justement, d’en faire le déni, Renée décide qu’elle va bien et règle la dernière consultation.
Cependant, quelque chose a été initié qui ne pourra plus s’arrêter. Elle est partie à la recherche d’elle-même et elle a désormais soif de mieux se rencontrer. Pour la première fois, elle s’intéresse à elle-même d’une façon sainement égoïste. Non pas un égocentrisme blessé qui l’a fait se prendre pour le nombril du monde pendant de difficiles années de jeunesse, mais un réel intérêt pour la personnalité repliée en elle. Afin de l’aider à se déplier, elle consulte divers thérapeutes, dont une astrologue de bonne réputation. Le jour de la consultation, cette dernière l’accueille avec sa carte du ciel établie et analysée au préalable. Elle lève les yeux du document, plonge son regard dans celui de Renée avec un air compatissant et dit :
— Ça n’a pas dû être très facile pour vous…
Elle interprète alors des astres difficiles, des configurations hostiles et des aspects tendus. Elle relève son hypersensibilité et lui donne des pistes pour faire de ses difficultés autant d’outils de compréhension et d’évolution. Un miroir dans lequel Renée se reconnaît avec étonnement en même temps qu’elle se découvre.
L’astrologue poursuit :
— Votre famille possède un double karma d’égoïsme et d’abus de pouvoir. Votre enfance a été une succession de prises de pouvoir en famille, c’était à qui serait le plus fort. Vous avez dû vous défendre très tôt, alors que vous aspiriez à de la complicité entre frères et soeurs.
Elle décrit ensuite l’ambiance familiale avec une telle précision que Renée demande :
— C’est quand que vous viviez avec nous ?
L’astrologue sourit et continue. Au bout de deux heures d’une analyse des plus édifiantes, Renée se sent à la fois pleine et libre, comme extirpée d’une gangue qui l’enlisait.
Dès lors, sa voix intérieure, enfin écoutée, la guide vers des livres, des gens, des événements qui lui fournissent autant d’éléments de compréhension. Le plancher qui se solidifie sous ses pieds lui fait comprendre à quel point elle buvait la tasse en permanence. Elle apprend à se connaître, sa sensibilité n’est désormais plus une tare, elle peut cesser de la blinder contre les autres, elle l’accepte et apprend laborieusement à la faire respecter.
En chemin, elle se rend compte qu’elle est sévèrement handicapée de la communication. Ayant appris à refouler ses émotions, elle a longtemps été incapable d’analyser ses réactions et c’est ce qu’il l’a amenée à la névrose dépressive. Jour après jour, désormais, elle déroule la spirale dans l’autre sens pour s’ouvrir mieux à la vie grâce à ses rencontres avec des gens nouveaux et à ses lectures.
Elle va mieux, elle le partage avec Claude. Sa vision des choses est en train de changer et, bien qu’il l’écoute, elle se rend vite compte qu’il n’a pas le même élan qu’elle. Claude-le-bien-assis est un homme conforme, il recherche la sécurité au point d’en avoir fait son métier et il est heureux ainsi.
— Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, répète-t-il souvent.
Il a suggéré qu’elle consulte parce qu’il ne savait pas comment réagir devant son désarroi. Il a refilé la patate chaude à un autre. Il est content qu’elle ait suivi son conseil, mais il n’assume pas les conséquences. Il a eu une patience toute relative pour la thérapie de Renée dont il ne comprend pas les états d’âme. Il veut ignorer ce qu’elle vit car le miroir qu’elle lui tend inconsciemment le dérange dans sa vie bien ordonnée.
Quand elle lui a annoncé qu’elle avait terminé sa thérapie, il a eu un commentaire soulagé suggérant que désormais, les choses allaient pouvoir « être comme avant ». Renée ne voit pas ce qu’il veut dire, car rien a changé dans sa vie à lui, routinière à outrance. Toujours le même boulot, le même métro, le même dodo.

Quant à elle, elle n’a aucune envie de revenir en arrière. Elle change. Elle se sent vivante, à nouveau, elle retrouve des envies longtemps mises de côté à cause des enfants et des tâches domestiques. C’est ainsi qu’elle a recommencé à peindre et à faire de la photo. Elle prend également un cours de poterie où elle a fait de nouvelles rencontres enrichissantes.
C’est en cabotant d’un intérêt à l’autre qu’elle est tombée sur cette formation en massage qui a retenu son intérêt. Claude n’aime pas les changements et elle a compris depuis longtemps qu’il faut les distiller à doses homéopathiques, c’est donc à petites doses qu’elle manifeste sa volonté de la suivre. À sa grande surprise, Claude accepte non seulement l’idée mais également le montant de la formation.
Elle a commencé les cours à la rentrée de septembre et l’été suivant, avant le Club Med traditionnel en famille, elle participe à un stage d’évolution personnelle prévu dans le cadre de ladite formation.

 

Confiance

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