LE FOULARD ISLAMIQUE ET LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE : Mode d’emploi


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Auteur: Dr. Abdallah Milcent -Président du Fonds de Défense des Musulmans en Justice-

Ouvrage: LE FOULARD ISLAMIQUE ET LA RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE : Mode d’emploi

Editions de l’AAARGH
Internet 2004

 

 

Préface par Maître Francis Lamand
Avocat international, Ancien professeur à la Faculté de Loi Coranique de
l’Université du Koweït

Une version pdf de ce texte se trouve sur le site Al-Muslimah, mais il est à peu près
impossible de le télécharger. Nous le publions ici au titre de la solidarité entre ceux qui,
comme nous, se battent pour leur liberté. AAARGH (7 février 2004).
<http://aaargh-international.org&gt;

A celles et ceux qui ont aimablement contribué à la réalisation de ce livre, qu’il en
soient ici remerciés.
A tous les magistrats de France qui, indifférents aux pressions médiatiques et aux
sondages d’opinions, continuent à juger suivant les principes du droit et à préserver ainsi notre démocratie française.

 

 

PRÉFACE
L’étude que présente ci-dessous le Dr. Abdallah nous propose une réflexion sérieuse
sur tous les aspects de ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire du foulard islamique ».
La floraison des commentaires et réactions suscités par la circulaire du ministre de
l’Éducation Nationale, en date du 20 Septembre 1994, interdisant le port du foulard dans
les établissements scolaires, a à la fois élargi et endurci le débat ouvert sur le sujet, en
raison d’une prise à partie de l’opinion publique et de la méconnaissance de la civilisation
islamique et de ses valeurs qui sévit malheureusement dans la société française et, plus
généralement occidentale.
L’étude du Dr. Abdallah , intitulée « Le foulard islamique et la République Française »
répond à toutes les questions que l’on peut se poser sur l’opportunité de la prise de
position du ministre de l’Éducation Nationale.
Après avoir évoqué succinctement l’histoire de la notion de laïcité et de l’immigration
et l’amalgame fortement médiatisé des valeurs traditionnelles de l’islam et du comportement
intolérable de certains musulmans, l’auteur s’attache au fond du problème, qui est celui de
la compatibilité du port du foulard avec les principes fondamentaux de la République
Française.
La démarche critique du Dr. Abdallah , conduite avec clarté et rigueur, révèle trois
erreurs graves d’interprétation dans l’interdiction formulée par la circulaire ministérielle, et
dans les commentaires qui l’ont accompagnée, constituant trois contresens regrettables.
La première erreur est de voir dans le port du foulard un signe ostentatoire
susceptible de séparer certains élèves des règles de la vie commune à l’école. Le simple
fait de porter le foulard créerait une présomption d’ostentation incompatible avec l’esprit laïc
de notre enseignement. Or, le port du foulard procède d’une injonction coranique, fondée
sur l’enseignement du Prophète de l’islam et inspirée par l’obligation sacrée de la pudeur.
L’application de la circulaire ministérielle l’interdisant équivaut donc à imposer à la
jeune musulmane de transgresser un ordre religieux et de se mettre en infraction avec la loi coranique.
La deuxième erreur, qui sous-tend la première, est de voir dans le port du foulard,
plus un signe d’intégrisme qu’un signe d’appartenance religieuse reconnu pourtant
expressément licite par le Conseil d’Etat dans sa décision du 2 Novembre 1992. Cette
interprétation procède d’une dérive bien connue, caractéristique de l’islamophobie qui
s’enracine dans la société française d’aujourd’hui.
Le Dr. Abdallah rappelle avec pertinence que le port du foulard est librement consenti
dans la tradition musulmane, qu’il résulte d’un choix délibéré et qu’il « ne signe en rien
l’adhésion à une doctrine politique quelconque ». L’auteur va même plus loin et précise que,
« dans toutes les religions monothéistes, le port du foulard par les femmes pubères est un
signe de pudeur et de retenue fortement conseillé voire obligatoire ». Le port du foulard est
donc un élément constitutif de l’identité musulmane, comme il le fut dans les traditions juive et chrétienne.
La troisième erreur, partagée largement par une grande partie de l’opinion publique
française, consiste à prétendre que le foulard, non seulement sépare les jeunes filles
musulmanes des autres filles et garçons, mais les confine pour l’avenir dans une sorte

d’apartheid, les condamnant à l’isolement et à l’ »enfermement ». Ce serait donc, en quelque
sorte, les protéger que de leur interdire de porter le foulard dans un établissement
d’enseignement français.
Un tel argument ne peut se formuler que par un excès d’ « occidentalocentrisme » peu
soucieux du respect de l’identité d’autrui et surtout de la liberté de conscience dont le
principe, avec ceux de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen du 26 Août 1789
et de la Constitution du 4 Octobre 1958, a été, par deux fois, rappelé par le Conseil d’État
dans ses décisions du 27 Novembre 1989 et du 2 Novembre 1992.
Sachons gré au Dr. Abdallah d’avoir développé, dans son étude pénétrante et bien
documentée, une démarche d’analyse objective sous l’éclairage des principes fondateurs
de la République Française et des valeurs de l’islam dont il est grand connaisseur.
Paris, le 9 Novembre 1994
Francis Lamand
Avocat international
Ancien professeur à la Faculté de Loi Coranique de l’Université du Koweït

 

 

INTRODUCTION
En 1989 deux jeunes filles de quatorze ans sont renvoyées de leur collège pour avoir
refusé d’enlever leur foulard islamique. Les médias s’emparent du dossier, le Ministre de
l’Éducation en exercice, Lionel Jospin (socialiste) multiplie les déclarations hostiles de
concert avec de nombreuses personnalités politiques, un dirigeant d’un pays du Maghreb
effectue des pressions sur l’une des familles pour que leur fille abandonne son foulard.
L’affaire des foulards a débuté. Des affaires similaires se sont présentées par dizaines
depuis.
Comment se fait-il que quelque grammes de tissu porté par des jeunes filles à peine
sorties de l’enfance provoquent une telle répression et un tel déferlement de propos
haineux ?
La Communauté Musulmane de France, la plupart des camarades de classe des
jeunes filles, de très nombreux professeurs et parents d’élèves ont de grandes difficultés à
comprendre ce qui se passe : pourquoi des jeunes filles s’obstinent-elles à porter ce
symbole de leur « soumission », sont elles à ce point fanatisées et aveuglées, sont-elles des
terroristes en puissance ? Voici quelques questions auxquelles cet ouvrage essayera
d’apporter un début de réponse en essayant de faire comprendre à chacun le point de vue de ceux qui pensent différemment.

 

 

CHAPITRE I
COMPRENDRE LES OPPOSANTS AU FOULARD

Pourquoi les affaires du foulard ? Pourquoi maintenant ?
La République Française a, depuis au moins cent cinquante ans, accueilli des jeunes
musulmanes portant un foulard islamique. En Algérie colonisée au siècle dernier, elle était
fière d’enseigner les principes de la démocratie à des jeunes filles analphabètes vêtues de
leur costume « indigène » comprenant notamment un foulard islamique. Personne ne s’en
offusquait à une époque ou la tolérance religieuse était moins à la mode que maintenant.
La République serait-elle devenue plus intolérante qu’au siècle dernier ? Le
phénomène serait-il si important en nombre qu’il couvrirait les cours des collèges d’un voile opaque et menaçant ?
En réalité, le nombre de jeunes musulmanes qui choisissent de porter le foulard est
infime par rapport à l’ensemble des musulmanes scolarisées par la République et le
phénomène reste très marginal.
La cause de la vive réaction de la société française et surtout des médias n’est donc
pas à rechercher dans des éléments objectifs mais plutôt dans un inconscient collectif où la
subjectivité se mélange aux faits historiques. Dans ce domaine, il n’est naturellement pas
question d’énoncer des vérités absolues mais plutôt d’ouvrir des pistes de réflexions.

 

Une histoire mouvementée

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