LE PETIT LIVRE NOIR


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Auteur: Evola Julius

Ouvrage: Le Petit Livre Noir

Extraits Traduits de l’italien par l’éditeur : ÉDITIONS RÉMI PERRIN

 

 

PRÉFACE
La fin du millénaire marque une date symbolique pour la chrétienté, alors qu’il est à noter qu’elle n’a aucun sens particulier pour les hindouistes, musulmans, juifs et bouddhistes. Et pourtant la crise générale qui se produit au tournant du XXIe siècle et concerne la société planétaire, est visible à l’oeil nu. Que cette crise coïncide ou non avec le début du troisième millénaire, a peu d’importance au fond: l’important est de se rendre compte de son existence et des effets négatifs qu’elle produit dans nos pays.

Le problème qui se pose alors à tout individu conscient de lui-même et du monde qui l’entoure, consiste à savoir comment il peut affronter cette crise, étant donné le peu d’influence qu’il a, face à la mondialisation, sur les événements politiques, sociaux, économiques, lesquels sont souvent dirigés de l’extérieur par les pouvoirs forts, qu’on dit parfois occultes mais qui agissent aujourd’hui en pleine lumière, et ceci bien que les individus aient exprimé dans les limites consenties par les démocraties modernes (élections, référendum, médias) des opinions toutes différentes, et dont il n’est pas le moins du monde tenu compte.
L’existence d’une crise est reconnue unanimement par les sociologues et les psychologues, les philosophes, les économistes et les scientifiques, moins par les hommes politiques qui ont tout intérêt à cacher ce qu’ils devraient être en mesure de contrôler. Mais les recettes pour surmonter cette crise, elles, ne sont pas unanimes. On a trop souvent recours à une pensée molle qui admet la crise, reconnaît ne pouvoir pas l’empêcher et se laisse transporter par le courant sans tenter en aucune façon de la contrarier: elle cherche seulement à comprendre et à s’adapter. Son expression commune est la political correctness, visage moderne d’une hypocrisie nourrie de la plus extrême démagogie. Fermer les yeux face aux laideurs de la société en cherchant à les gommer du discours ; maquiller les faits, les événements et les hommes en leur trouvant de nouvelles définitions, souvent ridicules et grotesques ; éliminer de la langue parlée et même des dictionnaires les termes considérés inconvenants par différents lobbies (intellectuels, religieux, politiques, ethniques). Voilà comment elle procède.
La pensée traditionnelle reste une boussole possible dans le chaos contemporain, elle qui avait annoncé en son temps ce qu’il allait advenir et qui avait proposé alternatives et remèdes. Comme on le sait, René Guénon et Julius Évola ont incarné deux voies, celle de la contemplation et celle de l’action, brahaman et kshatryia. Selon Évola, la voie de l’action (désintéressée et spirituelle) doit être conseillée pour deux raisons : d’abord parce qu’elle s’accorde mieux à la manière d’être occidentale ; ensuite, parce qu’ayant à vivre dans le kaliyuga, l’âge ultime de beaucoup de traditions non seulement orientales mais aussi occidentales, l’unique philosophie qu’on peut prescrire est celle des Tantra, celle qu’on appelle aussi la Voie de la main gauche.
Julius Évola (1898-1974) est un penseur complexe et multiforme, au sens où, au cours d’un demi-siècle d’une activité intellectuelle intense, il s’est intéressé, au niveau théorique et pratique, à de multiples questions, orientations de l’esprit, activités : il a été peintre et philosophe, poète et hermétiste, morphologue de l’histoire et politologue, critique des coutumes et sexologue, orientaliste et mythologue, spécialiste des religions et de la Tradition. Mais il a été aussi un alpiniste de valeur et un conférencier universitaire. Ceci devrait permettre, à ceux qui sont intéressés, de choisir un aspect particulier de sa pensée : souvent, pourtant, les thèmes multiples s’entremêlent et pourraient produire une certaine confusion. Il est donc devenu nécessaire, comme guide des idées évoliennes, d’établir une espèce de synthèse qui permette, d’un côté d’avoir un coup d’oeil général de sa pensée, de l’autre d’effectuer un choix. Ceci, surtout pour les plus jeunes lecteurs.
En 1971, au plus fort des mouvements de contestation, j’avais formulé une idée de ce genre, afin de fournir une orientation aux générations prises dans ce bouillonnement qui, trente ans plus tard, devait accoucher de notre société. J’eus alors recours à un spécialiste, Giovanni Conti, qui avait élaboré à son usage personnel un choix de pensées évoliennes. C’est ainsi que Giovanni Volpe, fils du fameux historien Gioacchino Volpe, édita un petit volume d’extraits tirés des oeuvres (livres, essais, articles et interviews) d’Évola et qui fut intitulé Citazioni il s’agissait d’une référence clairement provocatrice aux Citations des oeuvres de Mao qui, à l’époque, circulaient parmi les jeunes en révolte sous le nom usuel de « Petit livre rouge ». Malgré l’inégalité de diffusion, les idées d’Évola furent méthodiquement opposées à celles qui symbolisaient alors la subversion. Indépendamment de ce qui se passa à l’époque, on peut dire que si plus personne, aujourd’hui, ne s’intéresse à la pensée du dirigeant chinois, les idées d’Évola continuent, elles, d’avoir toujours plus d’écho et de diffusion, non seulement en Italie mais également en France et ailleurs (Évola a été traduit aux États-Unis, en Roumanie, en Hongrie et en Turquie).
L’édition française que nous présentons ici s’inspire du choix de citations qui avait été fait en 1972 et sort parallèlement à la nouvelle édition italienne qu’on a intitulée L’Évola portatif. Les deux éditions s’adressent aux nouveaux lecteurs d’Évola comme aux plus accomplis, en cherchant à leur offrir une synthèse acceptable de la pensée évolienne de façon à les guider dans leur choix.
Julius Évola s’est toujours battu pour une révolution intérieure, une révolution spirituelle, cherchant à concilier le concept métaphysique de tradition avec le concept

idéologique de la droite, et même d’une droite spirituelle comme il l’a souvent décrite. Évola resta paralysé à la suite d’un bombardement à Vienne en 1945. Il fut ensuite accusé, lors d’un procès à Rome en 1951, d’avoir été le mentor d’un groupe de jeunes arrêtés pour « reconstitution du parti fasciste » et actes violents. Lors de sa défense, il revendiqua son appartenance à la Tradition, son adhésion au fascisme dans la mesure où celui-ci pouvait coïncider avec la Tradition, et son combat pour une révolution spirituelle plutôt qu’une révolution faite d’actes violents ou d’actions armées.
Voilà pourquoi la pensée de Julius Évola est importante : d’un côté, sa Révolte contre le monde moderne est totale et il nous donne les causes de la crise de l’Occident ; de l’autre, il fournit des contre-mesures individuelles : pour sortir indemnes, spirituellement indemnes, de la crise générale ; pour affronter et vaincre le mal dont succombe l’Europe, le nihilisme ; pour ne pas se laisser entraîner dans cette perversion du sacré opérée par le néo-spiritualisme qui, aujourd’hui, a pris le nom de New Age ; pour ne pas se laisser conditionner par les faits et les idées de la dictature américano-centrée, de l’unanimisme progressiste, de la globalisation des marchés, de la standardisation des goûts et de la mode, en résumé de cette Société de la pleurnicherie, comme l’a décrite le critique anglais Richard Hugues, et dont le vrai visage est une pensée monolithique qui élimine les contradicteurs et rétablit dans certains pays européens le délit d’opinion afin de faire taire à tout prix ceux qui refusent de se conformer. Une fois tombées les dictatures communistes à l’Est, il semble que l’Ouest libéral-démocratique ait trouvé nécessaire d’adopter certaines de leurs méthodes afin de consolider les régimes démocratiques en place.
Un tel panorama suffit à définir le bon combat, tel qu’il doit être pratiqué, c’est-à-dire indépendamment de ses résultats effectifs. De plus, il y a le côté positif et réaffirmatif : Évola ne s’adresse pas à celui qui se réfugie dans une tour d’ivoire, mais à celui qui, même à un niveau personnel, aime donner un témoignage, un témoignage de cohérence. Les attitudes extraverties ne sont pas nécessaires : il faut simplement, comme Évola l’a souvent écrit, faire ce qui doit être fait, selon l’ancienne maxime sanscrite ; le faire selon sa propre équation personnelle qui, évidemment, n’est pas la même pour tous. C’est en pensant justement à la diversité de ses lecteurs que le philosophe traditionaliste a écrit ses livres. Il l’a rappelé explicitement en différentes occasions : pour celui qui veut suivre la voie occidentale, il y a La Tradition hermétique et Le Mystère du Graal ; pour qui veut suivre la voie orientale, il y a La Doctrine de l’Éveil et Le Yoga de la puissance ; pour qui veut suivre une voie existentielle et intérieure, Chevaucher le tigre ; pour qui veut suivre une voie politique et extérieure, Les Hommes au milieu des ruines.
Il ne peut y avoir d’équivoque dans les propos d’Évola. Même dans la synthèse que constitue ce bréviaire, il n’y en a pas. Aussi, nous espérons qu’il puisse constituer un guide agile et efficace le long des parcours variés de la pensée évolienne. Un bréviaire pour se soustraire aux méandres du chaos, pour échapper au labyrinthe du monde moderne.
GIANFRANCO DE TURRIS
Président de la Fondation Julius Évola

 

I. TRADITION
Seul un retour de l’esprit traditionnel dans la nouvelle conscience européenne pourra sauver l’Occident.

Au-delà du pluralisme des cultures, on doit identifier – surtout si l’on s’en tient aux temps que le regard permet d’embrasser avec une certaine sûreté et aux structures essentielles – un dualisme des civilisations. II y a d’un côté, la civilisation moderne, et de l’autre toutes les cultures qui l’ont précédé (pour l’Occident, disons jusqu’à la fin du Moyen Âge). Ici la fracture est complète. Au-delà de la variété multiple de ses formes, la culture pré-moderne ou, comme on peut l’appeler, traditionnelle, représente quelque chose d’effectivement différent. Il s’agit de deux mondes, dont le second s’est différencié jusqu’à n’avoir plus aucun élément spirituel en commun avec le précédent.
La Tradition hermétique (1931)

 

Se dissoudre dans le mirage d’un pur écoulement du temps, d’une pure fuite, d’une tension qui pousse toujours plus en avant son propre but, d’un processus qui ne peut ni ne veut s’apaiser d’aucune possession et qui en tout et pour tout se consume en terme d’histoire, voilà une des caractéristiques fondamentales du monde moderne, celle aussi qui sépare deux époques, non tant au sens historique, qu’au sens idéal, organique et métaphysique. Mais le fait qu’aujourd’hui, les cultures de type traditionnel se trouvent dans le passé, devient accidentel: monde moderne et monde traditionnel peuvent toujours être considérés comme deux types universels, comme deux catégories a priori des cultures.
Révolte contre le monde moderne (1934)

 

 

On parle volontiers de tradition européenne et de culture européenne. Malheureusement, on se contente souvent de pures paroles. L’Europe a déjà oublié depuis un moment ce que la tradition signifie, prise dans son sens le plus élevé. On pourrait dire que la tradition au sens intégral, qui se distingue du simple traditionalisme, est une catégorie appartenant à un monde presque disparu, à des époques où une seule force éducatrice se manifestait aussi bien dans les coutumes que dans la foi, dans le droit comme dans les formes politiques et la culture, en somme dans tous les domaines de l’existence.
Les Hommes au milieu des ruines (1967)

 

 

Les cultures modernes sont des dévoreuses d’espace, les cultures traditionnelles furent des dévoreuses du temps. Les premières ont une fièvre vertigineuse de mouvement et de conquêtes territoriales, qui génère un arsenal infini de moyens mécaniques capable de réduire les plus grandes distances, d’abréger chaque intervalle, de contenir dans une sensation d’ubiquité tout ce qui se déploie dans la multitude des lieux […] Au contraire, les cultures traditionnelles furent vertigineuses par leur stabilité, leur identité et leur capacité à résister, inébranlablement, au cours du temps et de l’histoire : elles ont été capables d’exprimer jusque dans des formes sensibles et tangibles un symbole de l’éternité.
L’Arc et la Massue (1968)

 

 

Par culture traditionnelle, on entend une culture organique, dont toutes les activités sont ordonnées autour d’une idée centrale et, à proprement parler, « du haut vers le haut ». « Vers le haut », signifie vers quelque chose de supérieur à ce qui est simplement naturaliste et humain. Cette orientation présuppose un ensemble de principes ayant une valeur de norme immuable et un caractère métaphysique. À un tel ensemble, on peut donner le nom de Tradition au singulier, parce que les valeurs et les principes de base sont essentiellement les mêmes dans les traditions historiques distinctes, en dehors des adaptations et formulations qui leur sont propres. Qui reconnaît de telles valeurs et les affirme, peut se dire un homme de la Tradition.
Interview Gianfranco de Turris
« L’Italiano » (novembre 1970)

 

 

Pour ce qui concerne le domaine historique, la Tradition se rapporte à ce que l’on pourrait appeler une transcendance immanente. Il s’agit de l’idée récurrente selon laquelle une force venue d’en haut aurait agi sur une zone ou une autre, sur l’un ou l’autre des cycles historiques, de telle sorte que les valeurs spirituelles et supra-individuelles constituent l’axe et le point de référence suprême pour l’organisation générale, la formation et la justification de toute réalité, de toute activité subordonnée et simplement humaine. Cette force est une présence qui se transmet, et la transmission de cette force, justement parce qu’elle transcende les contingences historiques, constitue proprement la Tradition. Normalement, la Tradition prise en ce sens est la charge de celui qui se trouve au sommet des hiérarchies correspondantes, ou d’une élite, et dans ses formes originelles et complètes, il n’y a pas de séparation entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, le second étant même par principe, le fondement, la légitimation et la consécration du premier.
« Il Conciliatore » (15 juin 1971)

 

 

II. HISTOIRE
Il n’existe pas une Histoire, entité mystérieuse écrite avec un H majuscule. Ce sont les hommes, tant qu’ils sont vraiment des hommes, qui font et défont l’histoire.

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