Autopsie du mythe Gaulliste


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Auteur: Florent Gintz

Ouvrage: Autopsie du mythe Gaulliste

 

 

Chap. I
Le personnage

Homme politico-militaire hors norme que ce « Général De Gaulle », qui réussit à bâtir sur sa personne
une légende fabuleuse si forte, si extravagante, qu’on se demande comment une part si fortement
majoritaire de l’opinion a pu conserver cet émerveillement, cette foi inconditionnelle, voire, ce culte
quasi religieux à sa personne. Après sa mort, il est devenu la référence obligée qu’on invoque dans les
cas difficiles : « Le Général De Gaulle » aurait fait comme ci ou comme ça… Si des esprits critiques se
permettent quelques réserves sur certains points de sa politique, pour ce qui est de sa légende, de sa
qualité de visionnaire extra lucide concernant les destinées de notre pays, toute velléité de suspicion sur
son oeuvre est inacceptable et suspecte d’une coupable dérive intellectuelle. Il est quasiment du devoir
de chacun de manifester en toute occasion, son débordement d’admiration et de reconnaissance à celui
qui a rendu à la France son honneur perdu, (non par la défaite, bien sûr, cette dernière n’étant, selon
l’histoire correctement réécrite, qu’une forgerie perpétrée par les « gouvernants de rencontre » de
Vichy, une conséquence du soi-disant armistice et non son origine, n’est-ce pas ? Nous le verrons à la
fin) de celui qui nous a restauré dans notre dignité et notre grandeur, de celui, qui a forcé le respect et la
considération des Alliés, lesquels sans De Gaulle, auraient ravalé la France au rang de puissance de
seconde ou troisième zone. L’opinion officielle n’ose même pas imaginer ce qu’il serait advenu de notre
pays, si le 18 juin 1940, nous n’avions pas eu le génial et providentiel « Premier résistant de France »
qui, de Londres, lança sur les onde son « Immortel Appel Historique ».
D’ailleurs l’intéressé lui-même garda toujours une haute conscience du rôle extraordinaire que sa
personne joua dans le salut de la patrie et de la haute considération, voire du culte que cela requérait de
la part de tous, hommes politiques et médias : De ce fait, il se crut autorisé, à titre exceptionnel pour
lui, d’user comme aucun autre chef d’État ne l’a fait, lorsqu’il le devint après la guerre, de son pouvoir
discrétionnaire de juge souverain des offenses dont il estimait avoir été l’objet, et il fit payer très cher
tous ceux, notamment, organes de presse, qui avaient eu l’audace de mettre dans le lot commun du
débat politique le sauveur exceptionnel de la patrie.
Ce qui est certain, c’est que ses thuriféraires entrèrent à fond dans son jeu, le considérant vraiment
comme personnage mythique, doué d’un charisme extraordinaire et unique. De ce fait, pour bien
souligner son unicité historique, il tint à écarter de lui toute distinction honorifique officielle,
décorations par exemple qui l’eussent ravalé au rôle de Français d’exception, certes, mais non unique,
car lui, il était l’exception des exceptions. C’est pourquoi aussi il s’en tint au titre de « Général
De Gaulle », deux étoiles, grade transformé dans les faits en une nouvelle distinction suprême
surpassant toutes les autres, y compris, bien sûr, celle de Maréchal de France. Distinction unique et
uniquement à lui réservée. C’est ainsi que, lorsqu’il était Président de la République, protocolairement
au-dessus de Général, il était requis qu’on l’appelât « Mon Général », et non « Monsieur le Président »
comme c’eût été la règle. Car, selon la hiérarchie établie par lui et sa cour, depuis son irruption dans les
destinées de la nation française, « Général De Gaulle » est de fait, protocolairement très au-dessus, non
seulement de Maréchal de France, mais de Président de la République.
De même pour sa sépulture, il ne pouvait être question de l’associer, en un lieu comme les Invalides,
aux Chefs militaire « ordinaires », fussent-ils les plus glorieux. Sans doute, peut-être l’Arc de triomphe
de l’Étoile, au-dessus du Soldat Inconnu, eût il pu convenir, mais là, tout de même, la couleuvre était
encore un peu grosse à avaler, les esprits encore insuffisamment préparés. Alors, tant pis, en attendant,
il reposera au cimetière de son village. Modestie subtile pour souligner la différence entre lui et d’autres,
comme les grands chefs militaires « ordinaires » des Invalides et autres lieux. En attendant, au lieu de
recevoir sa dépouille, la place de l’Étoile recevra son nom. Mais même là — les gens sont vraiment
mesquins — , les esprits étaient mal préparés, et, pour ce faire, la famille dut employer les grands moyens : Parme du chantage en rappelant qu’il lui était toujours loisible de récuser toute autre place ou
artère de la capitale susceptible de recevoir le nom de « Général De Gaulle ».
Curieux orgueil que celui de ce De Gaulle, qui, vraiment, n’était pas un ambitieux normal. L’ambitieux
normalement constitué conquiert sa place en montrant qu’il est le plus fort, comme un compétiteur se
bat pour surpasser ses concurrents et prouver sa supériorité. De Gaulle, lui, n’est pas assujetti à une
concurrence quelconque, puisqu’il est de droit, à la première place, de la même façon que Dieu n’a rien
à conquérir puisque, par nature, il possède déjà tout. De Gaulle n’est donc pas en compétition avec des
concurrents, il est en butte à des bonimenteurs ayant l’inconscience de se comparer à lui comme
Lucifer qui eut la prétention de se faire l’égal de Dieu.
Soyons justes : De Gaulle n’allait pas, comme Lucifer se comparer à Dieu. Il était croyant certainement
sincère. Mais nul doute dans son esprit, que Dieu avait aussi une considération toute particulière pour
le « Général De Gaulle ». Les calamités et malheurs qu’entraîna sa politique personnelle : la
monstrueuse épuration de la libération, les dizaines de milliers d’assassinats sommaires commis en son
nom par des « résistants » qu’il ne désavoua jamais, contre lesquels il n’entreprit jamais la moindre
poursuite, la détention jusqu’à sa mort dans l’extrême vieillesse, du plus prestigieux vainqueur de la
première guerre mondiale, celui à qui il devait sa carrière, et qui devint, sous son règne, le plus vieux
prisonnier de l’histoire de l’humanité jamais incarcéré, et même son implication directe dans des
assassinats comme celui de l’Amiral Darlan, tout cela ne fut pour lui, chrétien qu’il était, nullement
péché requérant repentir et demande de pardon à Dieu. Puisque son choix politique était celui du
génie, Dieu, qui, naturellement, était gaulliste, avait nécessairement reconnu le bien-fondé de ses actes
et entériné le cas de force majeur les ayant nécessités, leur écartant tout caractère peccamineux.

 

Chap. II
La Vocation

C’est dès son enfance que De Gaulle reçut, comment ? De qui ? La révélation de son destin historique.
Il sut dès son adolescence, qu’il était appelé à jouer un jour un grand rôle, qu’il aurait à mettre son génie
au service de la France : « Quant à l’avenir, il sera grand car il sera pétri de nos oeuvres » dit-il en 1908 à l’âge de
18 ans, prévoyant qu’il serait Général et commandant en chef Le capitaine Chauvin rapporte que, lui
ayant confié qu’il le pensait voué à un grand destin, il lui aurait répondu, comme une chose naturelle et
évidente : « Oui…, moi aussi » (Propos rapportés par Raymond Tounoux).
On peut donc légitimement penser que le désastre de 1940 lui apparut comme l’opportunité
programmée dans sa vie par le Destin : « Pétrir de ses oeuvres la cause de la France ». Sa mission lui apparut
donc clairement : puisque le gouvernement successeur de celui de Paul Raynaud, celui du Maréchal
Pétain, engageait le pays dans la voie d’un armistice franco-allemand, sa mission à lui était de tracer une
voie française dans une poursuite de la guerre aux côtés des Alliés.
La Grande Bretagne fut évidemment fort dépitée et même indignée lorsqu’elle vit la France dans la
nécessité de cesser le combat.
Dans l’esprit des Britanniques, que les jeunes de notre pays se fassent massacrer sur les champs de
bataille, après tout, n’était-ce pas là le boulot de la France ? A la précédente guerre, nous avions fini par
l’emporter, les choses étaient donc très bien ainsi
Aussi, lorsque la France, toujours à la remorque de l’Angleterre partit en guerre le 3 septembre 1939,
elle mobilisa cinq millions d’hommes, la Grande Bretagne… deux cents cinquante mille… Ça suffisait
pour sa part puisque le combat terrestre, c’était le boulot de la France. Deux cent cinquante mille
qu’elle retira de toute urgence du combat, sans scrupules ni complexes dès la première percée ennemie
et qu’elle rembarqua à Dunkerque. Aussi, quel scandale que la coupe « France » devînt pleine et que, à
la grande surprise des britanniques qui avaient pris l’habitude de voir la France faire son « boulot »
jusqu’au bout, notre pays se trouvât dans la nécessité d’envisager autrement celui-ci.
Devant la défaillance française, restait donc à M. Churchill le souci de trouver un Français pourvu
d’une certaine notoriété et suffisamment arriviste qui dénoncerait l’armistice et serait déterminé, en tout
état de cause, à poursuivre la guerre aux côtés des Britanniques.
C’est donc là que De Gaulle perçut la faille dans laquelle il pourrait enfoncer son coin, et se présenta à
Churchill et lui dit je suis ce Français ! Malheureusement, le profil de l’intéressé n’était pas l’idéal
recherché par le Premier Britannique : notoriété insuffisante, échine que l’on sentait déjà bien raide.
Mais finalement, M. Churchill n’eut guère le choix car De Gaulle était prêt à tout pour ne pas laisser
échapper l’opportunité et il lui fallait prendre de vitesse de possibles autres amateurs, tandis que de son
côté, le premier Britannique ne pouvait tergiverser longtemps.

 

Ch. III
La mise en place de la dissidence

Pour cela, il était prêt à toutes les audaces.
La première, de ces audaces, a été oubliée, de bonne foi ou non, par les historiens et hommes
politiques de tous bords, parce que très éphémère sans doute. Bien que jeune à l’époque, (j’avais 14
ans) la chose, de par son énormité, m’avait frappé et j’en ai toujours conservé le souvenir. Mais
comment en parler puisque, en dépit de son énormité, l’amnésie sur l’événement, était restée quasiment
complète ? De Gaulle, il est vrai, l’évoque dans ses Mémoires, mais en quelques lignes, comme une
proposition irréaliste (ce qu’elle était effectivement) faite par deux représentants de la France à Londres
(p. 80-81) à laquelle il ne s’arrêta pas, alors qu’on a tout lieu de penser que l’auteur du projet, c’était
bien lui.
En effet, la version de M. Paul Raynaud sur cette affaire, est fort différente de celle des Mémoires. Le
hasard m’a fait tomber récemment sur un ouvrage de celui-ci, publié en 1947 chez Flammarion,
intitulé : LA FRANCE A SAUVÉ L’EUROPE. Et c’est l’auteur de l’ouvrage lui-même, sûrement, peu suspect
d’une intention maligne à l’encontre du « Général », qui vend le pot aux roses : Il s’agit rien moins que
d’un projet de fusion des nations française et britannique concocté avec la participation active du
« Général » !! Je reproduis ci-après, le texte intégral du projet, « tel qu’il me fut téléphoné de Londres par le
Général De Gaulle lui-même » (dixit le Président du conseil français, Paul Raynaud, le 16 juin 1940, veille
de la demande d’armistice par le Maréchal Pétain). Ce texte figure en pages 350 et 351 du livre en question. Le voici :

« A l’heure du péril où se décidé la destinée du monde moderne, les gouvernements de la République française et du
Royaume-Uni, dans l’inébranlable résolution de continuer à défendre la liberté contre l’asservissement aux régimes qui
réduisent l’homme à vivre d’une vie d’automate et d’esclave, déclarent : « Désormais, la France et la Grande-Bretagne ne
sont plus deux nations, mais une nation franco-britannique indissoluble.
« Une constitution de l’union sera rédigée prévoyant des organes communs chargés de la politique économique et
financière et de la défense de l’union.
« Chaque citoyen français jouira immédiatement de la nationalité anglaise.
« Chaque citoyen britannique devient un citoyen français.
« Les dévastations de la guerre, où qu’elles aient lieu, seront de la responsabilité commune des deux pays et les ressources
de chacun seront confondues pour la restauration des régions détruites.
« Durant la guerre, il n’y aura qu’un seul cabinet de guerre pour la direction suprême de la guerre.
« Il gouvernera de l’endroit qui sera jugé le mieux approprié pour le contrôle des opérations.
« Les deux parlements seront associés. Toutes les forces de la Grande Bretagne et de la France, terrestres, maritimes ou
aériennes, seront placées sous un commandement suprême. « La Grande Bretagne forme immédiatement de nouvelles
armées. La France maintiendra ses forces disponibles, soit terrestres, soit maritimes, soit aériennes.
« L’union fait appel aux États-Unis pour fortifier les ressources des alliés et pour apporter leur puissante aide matérielle
à la cause commune.
« Cette union, cette unité, concentreront toutes leurs énergies contre la puissance de l’ennemi, où que soit la bataille et
ainsi, nous vaincrons. »
Or, loin de l’écarter comme irréaliste, si l’on se réfère à ses Mémoires, De Gaulle ajouta dans son
entretien téléphonique avec le Président du Conseil, son appréciation enthousiaste (P. 351)
« Offre sensationnelle du gouvernement britannique, (N.D.L.R. plutôt de lui-même… Ses Mémoires, en
contradiction avec cette assertion disent que le projet est de deux fonctionnaires français dont il donne
les noms) dont je me réjouis comme d’un argument nouveau pour maintenir la France dans la guerre »

Ce projet sensationnel, extraordinaire, on le voit, n’est pas un bruit de couloir rapporté par un
quelconque fonctionnaire ayant eu par hasard accès à une indiscrétion plus ou moins vérifiable. Non !
Il est révélé par le chef lui-même de l’exécutif français le Président du Conseil Paul Raynaud, dans son
livre.
On en reste assez abasourdi, car Dieu sait que ce projet est la négation-même de toute la logique
politique ultérieure du « Général » que celui-ci fut sûrement fort satisfait (ainsi que tous les héritiers du
« gaullisme » comme bien on l’imagine) de voir sombrer dans l’oubli ce projet-élucubration mort-né.
Mais il était bon de le rappeler car il reste révélateur de son obsession à vouloir à tout prix poursuivre la
guerre quoiqu’il arrive, même au prix d’échafaudages les plus farfelus, quelles qu’en soient les
conséquences, quel qu’en soit le prix à payer. Il pensa, par cette fusion, contre nature, être
automatiquement conduit à la tête de la partie française de l’ » union ». Vraisemblablement pensa-t-il,
— car il est assez machiavélique pour cela — qu’une fois installé et la guerre terminée, il dénoncerait
tout simplement cette fusion et ainsi, brillerait seul à la tête de l’État français.
Mais dès le lendemain 17 juin, tout tombait à l’eau : le Maréchal Pétain, appelé par le Président de la,
République Albert Lebrun à remplacer M. Paul Raynaud, démissionnaire, formait un nouveau
gouvernement qui demandait l’armistice.
Maintenant, s’il voulait s’imposer, il n’y avait plus de temps à perdre pour prendre tout le monde de
vitesse, à commencer par le premier Britannique, M. Churchill, des fois que celui-ci trouverait un autre
Français qui l’agréerait mieux, susceptible de poursuivre la guerre. Aussi, dès le 18 juin, il lançait un
premier « appel aux Français » (qu’il reverra et corrigera, dans les jours suivants, ainsi que nous allons le
voir, afin de pouvoir lui attribuer le qualificatif d’ » immortel Appel historique ») De ce fait, M.
Churchill ne pouvait plus guère tergiverser, aussi se résolut-il à s’accommoder du « Général
De Gaulle ». L’avenir montra qu’il ne s’en félicitera pas. (« La plus lourde croix que j’eus à porter, dirat-
il, ce fut bien la Croix de Lorraine… »)
Il faut dire que « Le Général De Gaulle » à Londres, dépendait financièrement totalement de M.
Churchill. Or, être redevable à un homme, ou même à un peuple, est toujours une situation mal vécue,
surtout, comme on l’imagine, pour un homme comme lui. Car pour se maintenir, il doit, ou bien se
coucher devant ses obligés, ou bien avoir une force de caractère exceptionnelle. Ajoutée à sa rancune
intrinsèque, « il savait qu’un jour, il rendrait (aux Anglais) la monnaie de leur pièce » (Selon Lady
Spears, épouse de l’homme qui a côtoyé De Gaulle)
Aussi dans ses « Mémoires », tint-il à rappeler qu’il a tout remboursé (ou fait rembourser — combien ?
et par qui ? — ) les locations de ses appartements et bureaux et frais engagés pendant quatre années par
sa dissidence. On a peut-être là une explication de la volatilisation du stock d’or de la France aux
Antilles, sous son régime qui, en 1940 avait pu être soustrait à temps à l’occupant.
Mais là n’est pas encore la question.

Chap. IV
L’Originalité de la position gaullienne

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