L’évangile éternel


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Auteur : De Flore Joachim
Ouvrage : L’évangile éternel
Année : ****

Traduit et annoté
par Emmanuel Aegerter

Préface de Philippe Camby

 

 

PRÉFACE

Une astronomie sacrée
Vers 600 avant Jésus-Christ, Thalès de Milet proposa
aux marins de se repérer sur Cynosure (la Queue
du chien). Nommée Ursa minor par les Latins, cette
constellation contient notre Polaris actuelle, une
étoile subtilement double qui indique le nord.
Auparavant, les architectes des pyramides avaient
ordonné leurs cordeaux sur Alpha Draconis, l’étoile la
plus brillante du Dragon que l’on nomme aujourd’hui
Thuban.
Dans 12 000 ans, ce sera Vega de la Lyre qui indiquera
le nord céleste. Et il faudra compter, à partir du
présent, 25 800 années avant que cette étoile d’Ursa
Minor que nous nommons Polaris revienne dans le
ciel à la place qu’elle occupe aujourd’hui.
Longtemps avant que Newton n’en formule les lois,
l’espèce qui lève le nez en l’air avait constaté les mouvements
erratiques de sa planète et la relative stabilité
de l’univers dans laquelle elle circule. C’est tantôt
une ellipse et tantôt un cercle que notre sphère décrit.
Non pas comme une bille, mais bien comme une toupie
(le mot est chez Platon), notre planète divague.
L’inclinaison de son orbite par rapport à l’équateur
oscille sans répit entre 23° 36’ et 21° 59’ (23° 6’ en
2003).
Dans cet univers tourbillonnant, l’apparence stable
est celle d’une large bande de 17 degrés qui fait le

tour du ciel visible : c’est le chemin du soleil. Les
planètes sur lesquelles il rayonne ne quittent jamais
cette bande circulaire.
Des observateurs inspirés ont divisé ce cercle apparemment
parfait, en douze parties de 30 degrés de
longitude chacune. Ces parts — comme des morceaux
de camembert — ils les ont attribuées à des animaux
(le Bélier, le Taureau, les Poissons) ou à des symboles
(la Balance, l’Amphore). Ce troupeau d’animaux et de
symboles possède un nom : zodiaque (zodiakos). Dans
ce territoire immense, le soleil accomplit une transhumance
de 25 860 années. Il visite, pendant son parcours,
chacune des « étables » où sont rangés les animaux
et les symboles — on les appelle aussi maisons
ou demeures — dans le sens inverse à celui où nous
les nommons. Nous les nommons de gauche à droite,
le soleil les parcourt de droite à gauche. Au bout de
25 800 et quelques ans il a fait un tour complet de
ces maisons. Il demeure donc 2 154 ans environ dans
chaque « étable ».
Sur la base de ces réalités astronomiques que les
sacerdotes sumériens ou égyptiens et les physiciens
grecs maîtrisaient parfaitement, les ésotéristes de
toutes les époques ont fondé leurs prophéties. Quand
ils se sont trompés, c’est qu’ils ont fait l’impasse d’un
rouage de la machine ou que c’était le jeu de l’époque
ou de leur foi de les aveugler.

La vie de Joachim
Joachim de Flore est un spécialiste de cette lente
alchimie des planètes et des cheminements du soleil.

Il naît en Calabre, à Celico, vers 1130. Depuis la fin
de Sybaris, la Calabre est devenue une région ténébreuse.
Les vallées y retentissent du bruit sauvage des
torrents et les marais ont envahi les plaines fertiles
d’autrefois. Le royaume normand des deux Sicile est
en guerre contre l’Empire d’Orient.
Son père est notaire et s’appelle Maur. Sa mère se
nomme Gemma. Elle meurt quand il n’a pas sept ans.
À quatorze ans, il est page à la cour du roi de Sicile,
Roger II. C’est un prince habile qui attire auprès de
lui des chevaliers allemands, des barons francs, des
marchands juifs, des bourgeois italiens et des astrologues
persans. Il porte le manteau de l’émir aussi
bien que la maille normande et possède un harem.
Son médecin est arabe. Sa flotte obéit à un musulman.
Son géographe descend du Prophète. Joachim
vit quelques années à la cour de Roger II qui l’envoie
bientôt en ambassade à Byzance. Joachim part pour
l’Orient avec une escorte de joyeux compagnons. À
Constantinople, il découvre la peste. La capitale de
l’empire romain d’Orient est un charnier. Il prête la
main aux médecins et aux fossoyeurs. Puis il entreprend,
à pieds, un pèlerinage à Jérusalem.
En terre sainte, l’heure est au fer. Les disciples
du Vieux de la Montagne viennent d’assassiner Raymond
de Tripoli. Nour-ed-Din menace Antioche. Joachim
découvre Tibériade, le Jourdain, la mer morte.
Il visite la statue de sel de Loth, le jardin des Oliviers,
le Tombeau, le Temple, Bethléem, Béthanie, Emmaüs,
le mont Thabor et se prosterne sur le même rocher où
Élie s’abîma dans sa vision. Dans la chapelle du Tom-

beau, il tombe en extase. Un ange ouvre devant lui le
livre de Jean et lui en révèle les clés.
Quand il revient en Sicile, Roger II est mort. Le
royaume normand des deux Sicile est condamné. Il
entre à l’abbaye de Sambuccine. Il est élu abbé. La
charge ne lui convient pas. Il s’enfuit. Les frères s’attachent
à lui. L’évêque s’en mêle. Il obéit. On applaudit
ses prêches. Il veut à nouveau s’enfuir. La foule
exige des miracles. Il se cache. La règle lui impose le
silence et saint Bernard dénonce ceux qui mettent les
mystères à nu. Comment se taire ? L’extase du jardin
des Oliviers, l’analyse des paroles les plus mystérieuses
du Christ et les propos cryptés de l’auteur de
l’Apocalypse, l’ont conduit à cette certitude : la « Révélation
» a épuisé sa vertu, le temps des Évangiles est
fini. Le Père a régné 4.000 ans. Après 1.260 ans, le
Fils a achevé sa mission. L’Esprit vient. Les temps
sont proches…
Joachim engrange alors patiemment la documentation
de son oeuvre. Dix années ne suffisent pas. Puis il
soumet son travail aux supérieurs de son ordre. Ils le
condamnent. Joachim en appelle au pape Lucius III
qui avait fait brûler les Cathares et préludé, par ses
bulles, à la création de l’Inquisition. Joachim comparaît
devant un Consistoire ébloui par la clarté de
ses interprétations et par la puissance de ses visions.
Lucius III enfin le consulte personnellement. Des
témoins assurent qu’il laissa le pontife épouvanté.

Les prophéties de Joachim
Joachim enseignait que les Saintes Écritures attestaient

des trois états du monde : « Durant le premier
âge, les hommes vécurent sous la loi ; pendant le deuxième,
nous vivons la règle de l’amour ; dans le troisième
temps, nous jouirons de la grâce.
« Le premier état se rapporte au Père, le deuxième
au Fils et le troisième à l’Esprit.
« La science fut la règle du premier état, la sagesse
celle du second ; la plénitude de l’intelligence qualifiera
le troisième.
« Le premier âge fut placé sous les auspices de
la dépendance servile ; le deuxième, sous ceux de
la dépendance filiale ; le troisième sera dédié à la
liberté… »
Dans un résumé nerveux, il symbolisait les trois
âges :
« Le fouet, l’action, la contemplation.
« La crainte, la foi, la charité.
« L’hiver, le printemps, l’été.
« Les orties, les roses, les lys.
« Les herbes, les épis, le blé.
« L’eau, l’huile, le vin. »
L’analyse de Joachim était simple en apparence.
Elle reposait sur l’étude des concordances qui s’établissent
naturellement et prophétiquement entre
l’Ancien et le Nouveau Testament. Un personnage du
Nouveau Testament est, était et sera le même personnage
que celui de l’Ancien Testament. Il était, il est
et sera le même personnage ou la même figure qu’un
personnage ou une figure de l’Évangile éternel.
Abraham et Zacharie, Sarah et Elizabeth, Isaac et

Jean-Baptiste, Jésus et Jacob, les douze patriarches et
les douze apôtres : ce sont les mêmes qui reviennent.
Ils nous signalent seulement que l’histoire se répète
et qu’une même structure anime les Alliances jusqu’à
ce que Joachim appelait : « la plénitude des temps ».
Rien, dans les Saintes Écritures ou dans l’histoire,
n’a eu lieu sans désir, sans intentionnalité, sans plan.
Le passé est la prophétie du présent et le présent celle
de l’avenir. Le passé, le présent et l’avenir concordent.
Le passé, le présent et l’avenir sont contemporains.

Le veuvage de Judith
Dans l’histoire de Judith, Joachim découvre un
chiffre-clé de la « machine de l’éternité1 ». Il y est rapporté
que la veuve de Manassé, la meurtrière d’Holopherne,
était demeurée « trois ans et six mois dans
son veuvage ».
« Ce profond mystère a sa clarté, comprend Joachim,
car ce nombre fameux est celui qui donne la
clef du secret universel. En effet, ces trois ans et six
mois donnent quarante-deux mois, et ces quarantedeux
mois représentent douze cent soixante jours.
Ces jours, à la vérité, sont des années, et leur total
aboutit à cette année 1260 en laquelle s’arrêtera le
Nouveau Testament ».
Joachim a retrouvé là le résultat d’un calcul prophétique
classique. Les bases en sont exposées par Platon
et par l’auteur de l’Apocalypse. Joachim a longuement
médité ces auteurs avant d’attirer notre attention sur


1 L’expression est de Jean-Charles Pichon.


la durée du veuvage de Judith. En désignant l’année
1260 comme capitale, il ne se trompe pas. Du point
de vue des mages chaldéens, l’ère des Poissons doit
voir, à compter de cette date, sa vertu décliner. Pratiquement,
ce sera l’année pendant laquelle la chrétienté
perdra Jérusalem.
Cependant l’histoire mythique aussi bien que l’histoire
humaine est simultanément le lieu d’un crépuscule
et d’une aurore. Un début et une fin à chaque
instant. Quand, en 1260, l’efficacité du Poisson (ou
des Poissons, Pisces) s’amenuise, le germe du signe
zodiacal qui le suit et que l’on nomme à cette époque
l’Amphore (aujourd’hui le Verseau) est déposé dans
l’histoire humaine. Joachim plaide qu’un renouveau
doit suivre. En même temps, il souhaite, il désire,
il annonce un terme. La venue de l’Antéchrist et le
retour du Christ en gloire : la fin du monde.

L’Antéchrist et la fin du monde

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