ENQUÊTE SUR L’EXISTENCE DES ANGES REBELLES


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Auteur : Brasey Edouard
Ouvrage : Enquête sur l’existence des anges rebelles
Année : 1995

 

 

« Là où je tombe Dieu descend. Il est descendu plus bas que là où je suis tombé. Là où je monte Dieu attend. Il est toujours plus haut que là où je suis monté. Il est plus fou que l’Absurde, plus gracieux que la Grâce. »
Jean-Yves Leloup, L’Absurde et la grâce.

« L’homme est un animal appelé à devenir Dieu. »
Saint Basile de Césarée.

« L’homme est un dieu tombé qui se souvient des deux. »
Alphonse de Lamartine.

« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui
veut faire l’ange fait la bête. »
Pascal, Pensées. (Pensée n° 358).

« Tombé du ciel Rebelle aux louanges Chassé par les anges Du paradis originel. »
Jacques Higelin, Tombé du ciel.

 

 

INTRODUCTION

À l’ombre des anges rebelles
Nous sommes Lumière. Nous venons tous de la Lumière à notre naissance, et à notre mort nous retournons tous à la Lumière.
Nous sommes Lumière, et pourtant l’Ombre est là. Froide, effrayante, ténébreuse, elle est un gouffre noir où tout semble négation, mort et désespérance. L’Ombre est un pôle obscur opposé au pôle lumineux de la Lumière, et il est tentant de lire dans cette opposition un combat, une exclusion, une frontière à jamais tracée. D’un côté, un univers de Lumière, de chaleur, de paix et de vie. De l’autre, un monde d’Ombre et de mort, empli de frissons et de grincements de dents. Là-haut, le ciel. En bas, l’enfer. Ici, le bien, là-bas, le mal.
Pourtant, au plus sombre du plus sombre, une lueur soudain naît. Au plus profond de la nuit, un oiseau chante et salue l’arrivée de l’aurore. Et voici que le foyer des ténèbres n’est plus que l’ombre portée des formes qu’ici-bas éclaire l’astre lumineux. Voici que l’Ombre ne cherche plus à éclipser la Lumière, mais à la sculpter, la soutenir, la mettre en relief.
Evoquer l’Ombre, c’est tendre vers la Lumière. Suivre le chemin des enfers, c’est accéder au ciel. Considérer le bien et le mal, c’est jouer avec les deux faces d’une même pièce de monnaie. Nommer le diable, c’est encore nommer Dieu.
Car le diable, qu’il ait pour nom Lucifer, Satan ou qui sais-je encore, le diable est un ange. Ange noir, ange déchu, ange rebelle tant qu’on voudra. Mais ange, avant tout, à savoir Etre de Lumière — et même si cette Lumière est noire, c’est encore de la Lumière.
Cette appartenance du diable et des démons au règne angélique

est attestée par les Pères de l’Eglise, dont les manuscrits remontent au ive siècle après Jésus-Christ. Ainsi, dans sa Vie de saint Antoine le Grand, saint Athanase affirme-t-il avec vigueur : « Nous savons bien que les démons n’ont pas été créés démons : Dieu n’a rien fait de mauvais. Eux aussi furent créés bons. » Pour le théologien, c’est en s’éloignant volontairement de Dieu que ces créatures glorieuses et célestes ont déchu de leur empyrée jusque dans les ténèbres infernales. Le psychologue Graf Dürckheim, épris de spiritualité et de bouddhisme zen, ajoute que l’ombre n’est jamais qu’« une lumière contractée qui n’arrive pas à se donner, à se diffuser. »
Dans un recueil des Etudes carmélitaines consacré à Satan, Henri-Irénée Marrou écrit : « Satan, comme les autres démons, car il n’est que l’un d’eux, encore que le premier, est un ange. Ange rebelle, prévaricateur et déchu, soit ; un ange, pourtant, créé par Dieu avec et parmi les autres esprits célestes et à qui sa chute même, la déchéance qu’elle a entraînée, n’ont pu enlever cette nature angélique qui définit son être. » 1
Dans le même texte, écrit en 1948, ce théologien déplorait : « Si, autour de nous, on a tant de peine à croire au démon, c’est qu’en fait on ne pense plus guère aux anges », avant de renchérir : « Comment ne pas constater l’effacement du rôle des anges dans la pensée et la vie chrétiennes de notre temps ? Seule la dévotion à l’ange gardien conserve peut-être quelque vitalité, mais elle apparaît comme à l’état isolé, coupée du reste de la théologie des anges. »
Près d’un demi-siècle après que ces lignes ont été écrites, nous pouvons rassurer M. Marrou : les anges sont de retour.
Et quel retour ! Ils font la une des magazines ;2 on les voit au cinéma ;3 ils inspirent des stars du rock ;4 ils font concurrence à Madame Soleil en donnant les conseils de l’ange du jour sur les messageries téléphoniques ;5 ils passent à la télévision ;6 ils alimentent enfin une littérature copieuse, promise à des succès de


1. Henri-Irénée Marrou, « Un ange déchu, un ange pourtant », dans Satan, Etudes carmélitaines, Desclée de Brouwer, 1948.
2. « Les Anges gardiens existent-ils ? », VSD du 5 janvier 1995.
3. Les Ailes du désir (1987) et Si loin, si proche (1993) de Wim Wenders.
4. Eurythmies, There Must Be An Angel.
5. Par le 36 68.
6. Soirée Théma sur « Les Anges », Arte, 25 décembre 1994.


librairie sans précédent*. Nous vivons vraiment une époque angélique…
Pourquoi ce subit engouement pour les créatures célestes ? La (re) découverte des anges, dont les religions monothéistes officielles ont toujours souhaité minimiser l’importance, de crainte qu’ils ne réveillent les anciennes superstitions idolâtres ou panthéistes, semble pour nos contemporains remplir l’office d’un antidote aux malheurs et aux peurs dont ils sont généralement affublés : crise économique, guerres, chômage, épidémies. Face aux rigueurs de la vie et aux aléas de l’existence, remettons-nous-en aux bons soins des anges, sortes de grands frères célestes qui sauront nous guider dans cette vallée de larmes et écarter pour nous les pierres du chemin.
Mais cet angélisme ambiant — et quelque peu bêlant, il faut bien l’avouer, tout englué qu’il est de sucreries bondieusardes et d’angelots roses et blonds, fessus et joufflus, issus des imageries sulpiciennes les plus ringardes — méconnaît trop souvent la véritable nature des anges, et leur incroyable diversité.
Les anges ne sont pas tous des éphèbes androgynes et diaphanes, pourvus d’ailes de cygnes éployées et de regards enjôleurs. Les anges peuvent être des créatures terribles et monstrueuses, des géants recouverts d’yeux et de bouches, des éclairs de feu aveuglants. Lorsque Yahvé cherche à contacter Moïse, il lui adresse un ange qui prend « la forme d’une flamme de feu jaillissant du milieu d’un buisson » (Ex. 3,2). Les anges ressemblent plus souvent à des démons effrayants qu’à des mannequins pour magazines de mode. A côté des anges gardiens et des anges fidèles, trépigne la cohorte innombrable des anges noirs, des anges déchus, des anges rebelles.
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Certaines lumières brûlent ceux qui s’en approchent de trop près. Si la confrontation avec l’ange rebelle peut être considérée comme une voie initiatique conduisant à la Lumière, combien de « Fous du diable » ont réveillé les divinités noires qui dormaient au fond de leur inconscient afin d’en être les esclaves ? 1


1. Pierre Jovanovic, Enquête sur l’existence des anges gardiens, Filipacchi, 1993.


Les « Fous du diable » ! Us existent bel et bien, à défaut de leur cruel maître. Ils existent si bien que leurs agissements meurtriers inquiètent de plus en plus les services de police et les associations anti-sectaires. Notre époque connaît un inquiétant regain d’intérêt en faveur de la magie noire et des sciences occultes. Les crimes rituels perpétrés par les satanistes sont aujourd’hui monnaie courante aux Etats-Unis, mais également au Brésil, en Grande-Bretagne, en Italie, en Hollande, en Hongrie, en Grèce… et en France, bien entendu. A l’A.D.F.I. ‘, on affirme : « Les sectes sataniques sont très puissantes en France. Mais leurs victimes ou leurs adeptes repentis n’osent pas porter plainte. Us ont trop peur ! » Un conseiller du F.B.I., Patrick Metoyer, a confié au journaliste Dominique Cellura : « Les années 70 ont été celles du crime informatisé. Les années 80, celles du crime terroriste. Les années 90 seront placées sous le signe du crime rituel. »1 2
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Au cours de cette enquête, j’ai découvert plusieurs de ces « Fous du diable », et parmi eux quelques sages. Cela fait près de dix ans que je me passionne pour l’occultisme et l’ésotérisme. J’ai rencontré des mages, des voyants, des sorcières. Beaucoup de charlatans, mais quelques spécimens authentiques. J’ai assisté à des messes noires, à des évocations de Mammon, Satan ou Lucifer, à des séances de désenvoûtement et à des rituels de retour d’affection. J’ai fréquenté les membres de sectes sataniques ou lucifériennes. J’ai même accepté de servir quelque temps d’assistant à un sorcier3 pour mieux comprendre la façon dont se pratiquaient les rituels de magie blanche, noire ou rouge.
Cette plongée dans le monde magique fut souvent difficile, parfois dangereuse. On ne pénètre pas impunément dans l’infra- monde, et on n’en sort pas indemne. Je ne suis ni un sorcier ni un sataniste ni un idolâtre. Je ne suis pas sujet aux superstitions, et je ne me considère pas comme un gibier à sectes. Pourtant, je dois


1. Association de Défense des Familles et des Individus contre les Sectes, 10, rue du Père Julien-Dhuit, 75020 Paris. Tél. (1) 47 97 96 08.
2. Dominique Cellura, Les Cultes de l’enfer, Spengler, 1993.
3. Il s’agit du sorcier Patrick Guérin.


témoigner ici des bouleversements que mes centres d’intérêts occultes ont provoqué dans ma vie.
J’ai souvent ressenti des moments de grande lassitude, de doute intense, de dépression. J’ai déménagé plusieurs fois en très peu de temps, me sentant incapable de me fixer durablement. J’ai vécu deux années dans un sous-sol aménagé, qui me servait à la fois de chambre et de bureau. Je dormais et je travaillais dans ce local obscur, dans lequel la lumière du soleil ne filtrait jamais. Il m’arrivait de ne pas sortir durant plusieurs jours d’affilée, évoluant en permanence dans cet univers clos et gris qui ressemblait à un purgatoire. J’étais comme recouvert d’un voile noir qui me dissimulait la clarté lumineuse du soleil.
Au contact de certains praticiens de la magie, j’ai ressenti un malaise qui ne disparaissait pas toujours après que je les eus quittés. Des rêves étranges et obsédants ont hanté nombre de mes nuits. Il me semblait, en permanence, être poursuivi par une volonté mystérieuse et hostile. La fréquentation trop assidue des adeptes de la magie avait formé autour de moi un égrégore 1 négatif.
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Pourtant, je sais qu’aucun sorcier ne m’a envoûté, ni lancé le mauvais oeil. Si l’ange rebelle est entré dans ma vie, ce n’est pas à la suite d’un quelconque rituel ou à cause de la malveillance d’un médium. Je crois que notre vie ici-bas est composée de morts et de renaissances successives, et que nous sommes tous amenés à traverser des phases au cours desquelles nous nous trouvons confrontés à nos enfers intérieurs. Avec la permission de Dieu, l’ange rebelle nous éprouve, nous malmène, provoque notre ruine, suscite en nous des maladies, des accidents, des pertes d’emploi ou des séparations. Soudain, comme Job, voici que tout nous est arraché, famille, amis, santé, travail, richesse, et à force de malheurs nous en venons presque à maudire Dieu. Mais si nous avons le courage de traverser ces enfers jusqu’au bout, nous en sommes


1. Un égrégore est une entité psychique collective créée par un grand nombre d’individus partageant la même croyance.


Ce bonheur se mérite, et a pour nom la joie.
Car aucun voile, si ténébreux soit-il, ne saurait étouffer la claire Lumière que nous portons en nous. Une légende hindoue affirme que les dieux, pour éviter que l’homme ne découvre trop vite la flamme divine qui l’anime, l’ont cachée dans le seul endroit où il n’aurait jamais l’idée d’aller la chercher : son coeur. Aucun voile, aucun diable, aucun sorcier, aucune peur n’éteindront jamais cette flamme du coeur. II suffit de se relier à elle pour accéder à sa patrie véritable, et ne plus rien avoir à craindre du monde. Sans cette protection intime retrouvée, sans cette joie, jamais je n’aurais écrit ce livre.
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Les « Fous du diable » se réclament de chapelles fort variées, dont les dogmes, les croyances et les rituels se distinguent très nettement les uns des autres. Les satanistes n’ont rien à voir avec les lucifériens, tout comme les assassins psychopathes qui tuent au nom du démon ou pour la conquête des pouvoirs ne doivent pas être assimilés aux amateurs de sensations fortes et d’orgies collectives, aux esthètes versés dans le symbolisme ou aux théologiens s’intéressant à l’histoire des religions. On peut se passionner pour l’archétype de l’ange rebelle sans pour autant dépecer son prochain par amour pour Satan. On peut tenter de réhabiliter le mythe de Lucifer sans signer de son sang un pacte avec le démon. On peut chercher à comprendre les mystères d’ici-bas et de l’au-delà sans y perdre son âme.
Mais, à défaut de son âme, on peut y perdre la raison. Et la vie.

 

L’ange rebelle est un démon

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