L’EFFROYABLE IMPOSTURE DU RAP


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Auteur : Cardet Mathias
Ouvrage : L’effroyable imposture du rap
Année : 2013

 

 

PRÉFACE
Ça ne sert à rien de se foutre la tête dans le
sable. De faire l’autruche, la meilleure position
pour se faire enfiler. Et de ne pas savoir
par qui. Je sais de quoi je parle. Je suis ce
qu’on appelle un baisé du rap. Car j’en ai
écouté, du rap. Plus que de raison même.
Et aujourd’hui, beaucoup moins. Mais toujours.
Malheureusement. Un peu comme un
enfant violé qui n’aurait connu que sa cave
et son beau-père. Un genre de syndrome
de Stockholm. Voilà pourquoi je prends la
liberté de critiquer le rap, sans pour autant être
un acteur de ce mouvement. J’estime avoir
une légitimité. La légitimité du pointé. Et on
est très nombreux dans ce cas-là, à sentir cet

arrière-goût qui nous rappelle qu’on s’est fait
avoir. Entre-temps, moi, j’ai lu des bouquins
et rencontré des gens. Je m’en suis sorti. Mais
il y en a encore tout un bataillon dans la cave.
Qui en crève. Car on en crève, du rap. Tous!
Noirs, Arabes, Blancs, rappeurs, auditeurs.
Comment, pourquoi et par qui, c’est ce que
l’on verra tout à l’heure. Mais, comme pour
toute victime d’un viol, il faut d’abord passer
par une phase d’acceptation, difficile, puis
si possible de dénonciation de l’agresseur et
de ses procédés, afin qu’il ne puisse jamais
plus recommencer. Et pour qu’enfin on
puisse se reconstruire, et avancer. Même si c’est
dur, de se« débaiser ».

INTRODUCTION

L’histoire du rap
racontée aux enfants

Tout d’abord, l’Histoire officielle : né au milieu
des années 70 dans les ghettos new-yorkais
noirs américains, le rap va au fil du temps
s’imposer comme le courant musical de la
contestation du système. Notamment à travers
la Zulu Nation, mouvement créé par un ancien
membre de gang, Afrika Bambaataa, prônant
l’unification de la jeunesse noire (Love, Peace
and Unity) au lieu de la laisser s’entretuer dans
des guerres de gangs stupides.
Véritable phénomène culturel, le rap finira par
envahir tous les États-Unis puis l’Europe, et

deviendra, dès les années 80, le porte-parole
officiel des sans-voix, des démunis, pouvant
enfin exprimer leur mal-être, leur frustration et
leur aspiration à vivre dans un monde meilleur.
Révolutionnant le paysage musical en
réussissant à allier qualité artistique et vente
massive de disques tout en préservant son
aspect subversif, le rap porte en lui l’espoir
de toute une génération d’avoir enfin trouvé
l’arme ultime révolutionnaire ; avec comme
point d’orgue, en 1989, le titre Fight the Power
du groupe Public Enemy.
Malheureusement, suite à 1′ essor du gangsta rap
au début des années 90, glorifiant la drogue,
les putes et les tueurs de flics, puis à celui du
rap bling-·bling matérialiste, caractérisé par Puff
Daddy, le mouvement, risquant de pe~dre son
influence positive sur la jeunesse prolétaire, va
subir une scission vitale pour sa survie.
D’un côté, un rap dit « commercial », ne
mettant en avant que des valeurs récupérées

par l’idéologie marchande, soit un rap de
«consommation» (argent, drogues, femmes,
armes, etc.). De l’autre, un rap «indépendant»
dit « vrai » gardien du temple de l’idéologie
originelle ayant pour finalité de conjuguer
authenticité, discours contestataire et réussite
artistique. J’ai longtemps cru à cette version :
l’histoire du rap racontée aux enfants et relayée
par les tenants du manche.
Déjà, en tant que jeune Noir de banlieue, puis
en tant que banlieusard tout court, j’ai fait partie
de ces nombreuses personnes fières d’avoir leur
propre culture. La culture hip-hop. Faite par le
peuple et pour le peuple. Faut dire qu’il est pas
mal, le slogan. Et c’est toujours le même, hein,
qu’on utilise pour nous faire avaler la pilule dès
qu’apparaît un nouveau totalitarisme. Or, il faut
toujours se méfier des labels d’authenticité, des
certifiés vrais. Un peu comme ces savons de
Marseille fabriqués à Pékin. Mais ça, il faut le
reconnaître, c’est la force des publicitaires, dont
on verra comme par hasard qu’ils sont à la base
du mouvement rap.

Car, oui, il existe une autre histoire, une
autre version. Je ne dis pas que la première
est totalement fausse, évidemment qu’elle
contient une part de vérité. Mais une vérité
tellement tronquée qu’on ne peut plus la
considérer comme telle. Un peu comme si
on co~ptait sur Bernard Thibault pour nous
éclairer sur l’histoire occulte de la CGT ou
sur Alain Mine pour nous conter l’histoire
objective du libéralisme.
D’ailleurs, le but ici n’est pas de raconter
l’histoire du rap, mais de lever le voile sur ses
multiples impostures, qui auront le mérite de
nous faire voir ce mouvement sous un jour
nouveau, loin des dissertations démagogiques.
Alors, reprenons l’histoire depuis le début.

ACTE I

Le Contexte

suite…

L effroyable imposture du rap