Le mystère de la Trinité


rudolf steiner
Auteur : Steiner Rudolf
Ouvrage : Le mystère de la Trinité
Année : 1922

I
LE MYSTÈRE DE LA TRINITÉ

PREMIÈRE CONFÉRENCE
Dornach, le 23 juillet 1922

J’ai déjà indiqué que la vie de r esprit des quatre premiers
siècles de l’ère chrétienne est au fond totalement
ensevelie dans l’oubli (1); que tout ce que l’on rapporte au
sujet des visions du monde et des connaissances des
hommes qui ont vécu à l’époque du Mystère du
Golgotha et encore jusque dans les quatre siècles suivants
,_n’est au fond parvenu à la postérité que par les écrits
de leurs adversaires; si bien que le regard rétrospectif de
l’investigateur spirituel est en fait nécessaire pour esquisser
un tableau un tant soit peu précis de ce qui s’ est passé
pendant ces quatre premiers siècles de l’ère chrétienne.
Et j’ai aussi, vous le savez, tenté ces derniers temps de
dessiner en quelques traits le portrait de Julien
l’ Aposta(2) .
Or nous ne pouvons pas dire que par les présentations
historiques habituelles les siècles suivants apparaissent
aux êtres humains du temps présent de façon plus claire.
Du V• jusqu’à peu près aux XII•, XIII•, XIVe siècles, ce
que l’on pourrait appeler la vie de l’âme de la population
européenne apparaît absolument obscure quand on s’en
tient aux présentations historiques usuelles. Qu’y a-t-il
au fond dans ces présentations historiques usuelles?
Et qu’y a-t-il même dans les oeuvres de prétendus dramaturges
ou poètes à la plume agile, par exemple de

l’espèce de Monsieur von Wildenbruch(3) qui se sont
contentés pour l’essentiel de travestir dans leurs oeuvres
en épouvantails extérieurs les diverses affaires de famille
de Louis le Pieux ou d’autres personnalités semblables
qui sont ensuite présentées sous le nom d’histoire?
Pourtant il est d’une extrême importance de pénétrer
par le regard dans la vérité de la vie européenne en ce qui
concerne les temps dont sont encore issues, on le sait,
tant de choses à l’époque présente et qu’il faut au fond
comprendre tout de même, particulièrement par rapport
à la vie de l’âme de la population européenne, si l’on veut
tout simplement comprendre quoi que ce soit des courants
profonds de la culture, même de l’époque ultérieure.
Et je voudrais d’abord prendre pour point de
départ quelque chose qui pour beaucoup d’entre vous
sera certainement un peu lointain, mais qui ne peut
même aujourd’hui être considéré de façon juste qu’à la
lumière de la science de l’esprit et qui pour cette raison
est à sa place ici.
Vous savez bien entendu qu’il existe maintenant
quelque chose que l’on appelle la rhéologie. Cette théologie
telle qu’on la considère de nos jours, au fond toute
la théologie actuelle du monde européen, est en réalité
issue dans sa structure fondamentale, dans sa nature
interne, de l’époque des IVe, Ve siècles; elle a traversé les
siècles suivants passablement obscurs jusqu’aux Xlle,
XIIIe siècles, où elle trouva alors d’une certaine façon un
achèvement par la scolastique. Considérons donc cette
théologie, qui ne se forme peu à peu dans son essence
véritable que pendant la période postérieure à saint
Augustin – en effet, saint Augustin ne peut pas être
compris à l’aide de cette théologie, ou peut encore tout
juste l’être, tandis que tout ce qui précède, également
tout ce qui a été dit au sujet du Mystère du Golgotha,
ne peut plus être compris par cette théologie. Si l’on

considère l’essence de cette théologie qui naît justement
dans les temps les plus obscurs du Moyen-Age – obscurs
pour notre connaissance, pour notre connaissance extérieure
-, il faut avant toutes choses bien voir clairement
que cette théologie est quelque chose de tout autre que
ne l’était auparavant la théologie ou ce que l’on pourrait
par ailleurs appeler ainsi. Ce qui était auparavant de la
théologie n’est en réalité, on le sait, pour ainsi dire qu’un
héritage qui a pris racine dans l’époque où est alors née
la théologie telle que je viens de la caractériser. Et vous
pouvez vous faire une idée de l’apparence qu’a eue auparavant
ce qui est devenu par la suite la théologie en lisant
le court essai sur Denys l’Aréopagite que vous trouverez
dans le numéro du Goethéanum de cette semaine(4)_ Vous
en trouverez du reste également une suite dans l’un des
numéros suivants. Vous y trouverez justement exposée la
manière de se situer par rapport au monde dans les premiers
siècles de l’ère chrétienne : elle était toute différente
de celle des IXe, X· siècles et des siècles suivants.
Si l’on voulait caractériser à grands traits tout le
contraste entre ce que nous allons appeler ici l’ancienne
théologie, la théologie telle qu’elle s’exprime même dans
ce que l’on aimerait appeler une production tardive,
celle de Denys l’Aréopagite et la théologie moderne
ultérieure, il faudrait dire ceci : la théologie ancienne a
regardé tout ce qui se rapporte au monde spirituel pour
ainsi dire de l’intérieur, pour ainsi dire par un regard
direct sur ce qui se passe dans les mondes spirituels. Si
l’on veut se faire une idée de la manière dont cette théologie
ancienne a pensé, dont elle a contemplé par le
regard intérieur de l’âme, on ne peut ici encore le chercher
que par les méthodes de la science de l’esprit de
l’anthroposophie actuelle. On peut alors parvenir à ce
qui suit. J’ai déjà caractérisé hier d’un autre point de vue
des choses semblables(5).

suite…

Le mystere de la Trinite



Auteur : Steiner Rudolf
Ouvrage : Le combat des êtres lucifériens et ahrimaniens et la nature humaine
Année : 1922

DEUXIÈME CONFÉRENCE
Londres, 16 novembre 1922

Le combat des êtres lucifériens et ahrimaniens
et la nature humaine

Je vais avoir quelques communications à vous
faire sur les puissances et les entités spirituelles
qui vivent dans l’environnement suprasensible de
l’homme et qui prennent part à son existence terrestre.
Vous comprendrez que tout ce qui se
passe entre ces entités spirituelles, dans le monde
suprasensible, diffère beaucoup de ce que font les
hommes terrestres, si bien qu’il est difficile de
parler de l’être et de l’activité de ces Intelligences
dans le langage humain. Celui-ci a été créé pour
les conditions terrestres. Cependant, puisque ces
choses doivent être dites actuellement, je les dirai
sous la forme d’images. Vous comprendrez pourquoi
beaucoup d’expressions que j’emploie ici
paraissent avoir été tirées de l’expérience sensible,
de la condition humaine, telle qu’elle est icibas.
Ce que ces expressions veulent traduire est
juste, mais elles ne sont que des images empruntées
à la condition humaine d’ici-bas.
Nous avons autour de nous, sur terre, la nature
avec ses différents règnes : le règne minéral,
le règne végétal, le règne animal, et aussi – peut-on
dire – le règne humain. Cette nature que nous
percevons est en quelque sorte doublée par une
autre nature, laquelle est spirituelle, suprasensible.

 L’homme perçoit par ses sens la nature ordinaire,
sensible ; il ne perçoit pas la nature
suprasensible, mais elle a une grande influence
sur son existence terrestre.
L’homme a, d’autre part, en lui-même, une nature
physique et il la perçoit à l’intérieur de son
être, sous forme d’instincts et de passions, qui
sont, bien entendu, de nature astrale, mais qui
montent de sa nature physique. Ce que l’homme
perçoit ainsi en lui à l’aide de ses instincts, désirs
et passions, c’est quelque chose qu’il sent inférieur
à lui – un règne d’entités qui sont intimement
liées à lui, mais dont il pressent qu’elles
sont «sous-humaines».
Lorsque nous observons à l’aide de nos sens
tout ce qui nous entoure, nous ne voyons que la
surface de la nature, l’extérieur de la nature. Au-dessus,
nous devinons la nature suprasensible, et
au-dessous, nous découvrons aussi une nature
«sous-sensible», inférieure ; lorsque nous regardons
en nous-mêmes, nous pressentons qu’elle
existe derrière nos instincts.
La nature suprasensible qui nous entoure ne
peut être appréhendée que par celui qui est doué
de compréhension spirituelle et qui ne s’arrête
pas, comme le fait la science, aux processus commandés
par les lois naturelles. Jamais la nature
suprasensible ne se découvrira aux regards du
savant actuel, ne surgira de ce que la science peut
étudier avec ses méthodes ! On s’en rend compte
lorsqu’on exerce son regard spirituel à saisir ce

qui n’est pas conforme aux lois naturelles, ce
dont on dit généralement : «Ceci n’est soumis
qu’aux lois du hasard !»
C’est au hasard que sont assujetties, dans notre
environnement, les variations irrégulières de
l’atmosphère terrestre. Si vous étudiez de près,
par exemple, un brouillard londonien, vous pourrez
le ramener, en gros, à certaines lois, mais non
dans les détails. Pour les détails, en tout ce qui
concerne les vents, les pluies, etc., on dit qu’ils
dépendent du hasard. Et si vous voyez qu’on prédit
dans les journaux le temps qu’il fera durant
les jours prochains, vous né pouvez pas vous y
fier avec la même assurance que si l’on vous affirme
que le Soleil, demain matin, se lèvera. Les
lois naturelles sont donc relativement indépendantes
des processus météorologiques. On peut
avoir un certain don prophétique en cette
matière, et cultiver ce don par l’exercice, mais ce
don ne se fonde pas sur les lois naturelles, il est
inspiré ou intuitif.
Eh bien, dans tous ces phénomènes
météorologiques, dans les sautes du vent et de la
pluie, vivent des entités qu’on ne voit pas, car
elles n’ont pas un corps qui soit visible à nos
yeux terrestres. Elles n’en existent pas moins !
Elles ont un corps qui n’est fait que d’air et de
chaleur, et qui ne renferme ni eau, ni aucun autre
liquide, ni Terre solide.
Ce corps d’air et de chaleur se forme, se désagrège,
se reforme, change très rapidement. Ce

qu’on voit dans les formes des nuages, ce qu’on
sent dans les souffles du vent, ce n’est que leur
expression extérieure, leurs actes. Nous avons
donc dans notre atmosphère, à la périphérie de la
Terre, un monde d’entités aériennes et caloriques.
Elles appartiennent à la catégorie que j’ai souvent
appelée, dans mes écrits et dans mes conférences,
les êtres lucifériens.
Ils ont, à l’égard de l’homme, une tendance
très particulière. Bien qu’ils vivent parfois dans
des phénomènes déplaisants, ils tiennent
extrêmement à la qualité morale de l’ordre social
humain. Leur idéal serait que l’homme n’ait plus
de véritable corps physique, ou tout au moins, un
corps physique tout à fait exempt des éléments
«terre» et «eau». Ils voudraient que l’homme ne
soit fait que d’air et de chaleur, car alors, ils le
rendraient foncièrement moral, sans lui concéder
la moindre liberté : ils en feraient des automates
moraux.
Ces entités lucifériennes luttent perpétuelle·
ment, dans le cours de l’année, pour arracher
l’homme à la Terre, pour le rendre étranger à la
Terre, pour le priver de la Terre – et pour l’attirer
entièrement dans leur sphère. Elles sont
particulièrement dangereuses pour les hommes,
car elles tendent à les exciter, à les rendre fanatiques
d’un mysticisme nébuleux. Ces mystiques
cèdent facilement à la tentation luciférienne qui
est : éloigner l’homme de la Terre, lui conférer
une nature quasi-angélique.

Si singulier et si paradoxal que cela puisse
paraître, les puissances qui s’expriment dans le
vent et la pluie, qui respirent en quelque sorte
dans le vent et la pluie, dans tous les phénomènes
purement atmosphériques, sont en même temps
celles qm haïssent le plus la liberté humaine, qui
ne veulent pas la connaître, qui veulent la rendre
impossible – bref, qui veulent faire des hommes
des automates moraux, des natures quas1-
angéliques. Et elles livrent une violente bataille , si
on peut se servir de cette locution toute terrestre ,
en vue d’y parvenir. Ces entités ont, en quelque
sorte, leurs citadelles, leurs forteresses dans l’air
-, vous comprenez bien qu’il ne s’agit là que
dune image ! En face d’elles, il y en a d’autres
que j’ai déjà mentionnées dans ma dernière
conférence sous un tout autre rapport. Ces autres
entités sont celles qui ont un rapport précis avec
nos instincts, nos désirs et nos passions. Elles ne
résident pas à l’intérieur de l’homme : là, on ne
trouve que leurs effets. Ces entités vivent
directement sur la Terre, mais d’une telle façon
que l’homme ne puisse pas les voir. Elles
n’acquièrent jamais un corps accessible aux yeux
de l’homme. Elles ont un corps qui vit dans les
éléments «terre» et «eau». Leurs effets dans le
devenir terrestre sont notamment le flux et le
reflux des océans, puis, les phénomènes
volcaniques et sismiques – en face desquels les
sciences naturelles restent extraordinairement
perplexes et désarmées, comme vous le savez.

suite…

Le combat des êtres lucifériens et ahrimaniens et la nature humaine