Les carnets de Guantanamo


 

Auteur : Mohamedou Ould Slahi

Ouvrage : Les carnets de Guantanamo

Année : 2015

Emprisonné depuis août 2002 à Guantánamo, Mohamedou Ould Slahi n’a jamais été inculpé par la justice américaine. Et alors qu’un juge fédéral a ordonné sa libération, le gouvernement des États-Unis a décidé d’ignorer cette décision et ne donne aucun signe d’une quelconque volonté de lui rendre sa liberté. En 2005, trois ans après son arrestation, Mohamedou a commencé à rédiger un journal. Pendant des mois, il a écrit ses mémoires à la main, racontant sa vie avant de disparaître dans les limbes de Guantánamo, pour ce qu’il qualifie « d’interminable tour du monde » de la détention et des interrogatoires. Son journal n’est pas seulement une chronique captivante d’un déni de justice, c’est aussi un récit profondément personnel : terrifiant, parfois férocement drôle, et d’une grande élégance. Publiés pour la première fois, Les Carnets de Guantánamo sont un document d’une importance historique unique

.Mohamedou Ould Slahi aimerait dédier son récit à la
mémoire de sa mère, Maryem Mint el-Wadia.
Il souhaite également préciser qu’il lui aurait été impossible
d’inclure cette dédicace sans Nancy Hollander, et ses collègues
Theresa Duncan et Linda Moreno.

Guantanámo, l’impasse
L’extraordinaire force des pages qui suivent provient de
l’inestimable témoignage qu’elles livrent. Si Guantánamo n’a jamais été
caché, jamais il ne nous a été permis d’entrer ainsi au plus près et au
plus effrayant de cette prison.
Quatre mois après les attentats du 11 septembre, dans une
Amérique sous le choc, les autorités américaines ouvraient ce centre
de détention au mépris des règles les plus élémentaires du droit. La
légitimité de la « guerre contre la terreur » justifiant tous les moyens,
elles ne cachaient pas cette prison excentrée sur une base militaire de
Cuba, allant jusqu’à ouvrir une partie du camp aux journalistes ou
ONG, orchestrant des campagnes de communication destinées à
renforcer l’adhésion de l’opinion américaine.
Une transparence pourtant très relative : le plus inavouable a
longtemps été caché ou nié. La vitrine officielle devait tenir. Elle s’est
rapidement délitée, l’aberration du système aidant. La dé-classification
des présents carnets, la parution le 9 décembre 2014 de la version
abrégée d’un rapport du Sénat sur les méthodes de torture employées
par la CIA sont autant de récents et flagrants démentis de toute
tentative de légitimation de Guantánamo. Le droit international le dit
et le principe d’humanité le crie : rien ne peut justifier ce qui s’est
pratiqué et se pratique encore dans cette zone de non droit absolu.
Depuis l’ouverture de Guantánamo, la situation n’a pas vraiment
changé. Dès sa prise de fonction en janvier 2009, Barack Obama s’était
pourtant engagé à fermer le camp, dénonçant les dérives liées à la
guerre globale contre le terrorisme. En août 2014, il reconnaissait
publiquement que les Etats-Unis avaient « torturé des gens » et à
l’automne il réaffirmait qu’il fallait fermer Guantánamo. Mais, en
déclarant que 36 détenus ne seraient jamais jugés ni libérés, et en
réaffirmant la notion de guerre globale contre le terrorisme, il va dans
le même sens que le Congrès qui ne cesse de s’opposer à la fermeture
de Guantánamo.
Treize ans après son ouverture, le centre n’est toujours pas fermé

et les enjeux juridiques et humains qu’il pose restent entiers. Le
nombre de détenus a certes baissé (136 en décembre 2014 sur les 779
détenus sur la base depuis 2002), mais leur sort reste incertain,
imprécis. Leurs conditions de détention demeurent plus que
préoccupantes et les récentes grèves de la faim en attestent. La réponse
qui consiste à forcer les détenus à se nourrir est une forme de torture…
un cercle qui semble infernal.
La prise de conscience du scandale que représente Guantánamo est
désormais acquise. Le travail d’ONG comme Amnesty International,
qui depuis l’ouverture du camp en dénonce les dérives tout en
réclamant sa fermeture, y a sans doute contribué. La parution dans
plusieurs pays de ces carnets inédits est un pas supplémentaire.
Mais si ces prises de consciences indignent, elles doivent surtout
aider à agir. Au-delà de sa mobilisation auprès ou en faveur de détenus,
Amnesty International ne cesse de rappeler aux autorités américaines
les mesures qui sont impératives pour sortir de cette impasse : la
libération des détenus déclarés « libérables » sans les transférer dans
un pays où leurs droits risquent d’être à nouveau violés, l’inculpation
des autres devant une Cour fédérale sans requérir la peine de mort, la
traduction en justice de tous les auteurs des violations passées et
présentes, et l’attribution de réparations aux victimes.
Amnesty International
Décembre 2014

Chronologie de la détention
Février 2000 – Après avoir passé douze ans à étudier et
travailler à l’étranger, en Allemagne dans un premier temps,
puis brièvement au Canada, Mohamedou Ould Slahi décide de
rentrer chez lui, en Mauritanie. En chemin, il est à deux
reprises emprisonné sur ordre des États-Unis – d’abord par la
police sénégalaise, puis par les autorités mauritaniennes – et
interrogé par des agents américains du FBI à propos du «
complot de l’an 2000 », comme on l’a appelé, qui prévoyait de
faire sauter une bombe à l’aéroport de Los Angeles. Ayant
conclu que rien n’établit qu’il ait été impliqué dans ce projet,
les autorités le relâchent le 14 février 2000.
2000-automne 2001 – Mohamedou vit avec sa famille et
travaille en tant qu’électrotechnicien à Nouakchott, en
Mauritanie.
29 septembre 2001 – Mohamedou est emprisonné deux
semaines durant par les autorités mauritaniennes. Des agents
du FBI l’interrogent de nouveau à propos du complot de l’an
2000. Il est cette fois encore libéré. Les autorités
mauritaniennes déclarent publiquement qu’il est innocent.
20 novembre 2001 – La police mauritanienne se présente
chez Mohamedou et lui demande de la suivre pour un nouvel
interrogatoire. Il obtempère de bon gré et se rend aux locaux
de la police au volant de sa voiture.
28 novembre 2001 – Un avion de la CIA transfère
Mohamedou de Mauritanie à Amman, en Jordanie, où il est

emprisonné et interrogé pendant sept mois et demi par les
services de renseignement jordaniens.
19 juillet 2002 – Un autre appareil de la CIA récupère
Mohamedou à Amman. Il est dévêtu et menotté, on lui
applique un bandeau sur les yeux et on lui fait enfiler une
couche. Il est ensuite transporté sur la base aérienne
américaine de Bagram, en Afghanistan. Les événements
relatés dans les Carnets de Guantánamo débutent sur cette
scène.
4 août 2002 – Après deux semaines d’interrogatoires à
Bagram, Mohamedou et trente-quatre autres détenus sont
entassés dans un camion de transport militaire et envoyés à
Guantánamo. Parvenu à destination, le groupe est pris en
charge le 5 août 2002.
2003-2004 – Les interrogateurs militaires soumettent
Mohamedou à un « plan d’interrogatoire spécial »,
personnellement approuvé par Donald Rumsfeld, le secrétaire
à la Défense américain. Entre autres tortures, il subit des mois
d’isolement total, une multitude d’humiliations physiques,
psychologiques et sexuelles, des menaces de mort, des
menaces à l’encontre de sa famille, ainsi qu’un simulacre
d’enlèvement et d’extradition.
3 mars 2005 – Mohamedou rédige sa demande
d’ordonnance d’habeas corpus.
Été 2005 – À l’isolement dans sa cellule de Guantánamo,
Mohamedou rédige à la main les 466 feuillets qui deviendront
cet ouvrage.
12 juin 2008 – La Cour suprême décrète par cinq voix

contre quatre (Boumediene v. Bush) que les détenus de
Guantánamo ont le droit de s’opposer à leur détention par le
biais d’une ordonnance d’habeas corpus.
Août-décembre 2009 – Le juge de cour de district James
Robertson entend la demande d’habeas corpus de Mohamedou.
22 mars 2010 – Le juge Robertson accorde à Mohamedou
son ordonnance d’habeas corpus et ordonne sa libération.
26 mars 2010 – L’administration Obama fait appel.
17 septembre 2010 – La cour d’appel des États-Unis pour
le neuvième circuit renvoie la demande d’habeas corpus de
Mohamedou devant la cour de district. Cette affaire est
toujours en cours.
Aujourd’hui – Mohamedou est toujours détenu à
Guantánamo, dans la cellule où se sont déroulés bon nombre
des événements rapportés dans cet ouvrage.

Précisions à propos du texte, des
passages censurés et des
annotations

suite…

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