Qu’est ce que le Georgisme ?


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Le Georgisme est une théorie économique selon laquelle la valeur économique des produits dérivés de la terre ou plus largement des ressources naturelles devrait appartenir à tout les membres de la communauté mais que chacun est propriétaire de la valeur économique qu’il produit par lui-même.

Dagurereotype de l'économiste américain Henry George (1839-1897) père du georgismeDaguerréotype d’ Henry George, jeune.

Le Georgisme tire son nom de Henry George (2/09/1839 – 29/10/1897) dont l’ouvrage phare Progress and Poverty publié en 1879 a été distribué à des millions d’exemplaires dans le monde. En tant que doctrine économique le Georgisme ambitionne d’allier la justice sociale, l’écologie, et l’efficacité économique en se basant sur l’impôt sur la propriété foncière.

Le Georgisme a été également qualifié de taxe unique (ndt, single tax). En effet la principale solution proposée par cette théorie est une taxation unique de la propriété du sol, des ressources naturelles et de tous les privilèges artificiels (comme par exemple la propriété intellectuelle). Ceci en remplacement de toutes les autres impositions au premier rang desquelles les taxes sur le travail. Bien que toutes les ressources naturelles dont la quantité est limitée puissent donner lieu à une rente économique, l’exemple le plus flagrant est la propriété foncière dans les zones d’habitations. C’est pourquoi la principale mesure proposée par les Georgistes est cette taxe sur la propriété foncière (ndt, LVT pour Land Value Taxe).

Les Georgistes affirment que la taxation de ces rentes économiques est économiquement efficace, juste et équitable. D’aucuns parmi eux affirment que cela aboutirait à la suppression de tous les autres impôts, voire à la mise en place d’un revenu de base ou de dividendes citoyens.

Le Georgisme parmi les théories économiques

Adam Smith lui même pensait que la taxe sur la terre n’entrainait pas d’inefficacité économique. On dit souvent qu’une taxe sur la valeur foncière a des effets d’impôt progressifs, en ce sens qu’elle est payée principalement par les riches (les propriétaires fonciers), et qu’elle ne peut pas être transmise aux locataires, aux travailleurs ou aux utilisateurs de terres. Henry George  a popularisé l’argument selon lequel le gouvernement devrait être financé par une taxe sur le loyer des terres plutôt que par l’impôt sur le travail. Dans son ouvrage, Progress and Poverty, Henry George soutient que l’appropriation de la terre à des fins privées contribue à la pauvreté persistante en dépit des progrès technologiques. Cela contribue au caractère cyclique des économies. Selon George, les gens possèdent à juste titre ce qu’ils créent, mais les ressources naturelles et la terre appartiennent également à tous.

L’impôt sur les valeurs foncières est donc le plus juste et le plus égal de tous les impôts. Il ne s’appliquent qu’à ceux qui reçoivent de la société un avantage particulier et précieux, et ceci proportionnellement aux bénéfices qu’ils en tirent. C’est la captation de cette valeur par la communauté, pour son usage propre, qui est la base de la création de cette communauté. C’est l’application de la propriété commune aux usages communs. Quand tout le rendement sera pris par la taxation pour les besoins de la communauté, alors l’égalité ordonnée par la nature sera atteinte. Aucun citoyen n’aura d’avantage sur aucun autre citoyen, sauf pour ce que son travail, ses compétences et son intelligence lui donnent. Et chacun obtiendra ce qu’il gagne. Alors, mais pas avant, le travail obtiendra sa pleine récompense, et le capital son retour naturel.
– Henry George, Progrès et Pauvreté, Livre VIII, Chapitre 3

Un diagramme de l'offre et de la demande montrant les effets de la taxation foncière georgiste.

Un diagramme de l’offre et de la demande montrant les effets de la taxation foncière. Il est à noter que le fardeau de la taxe incombe entièrement aux propriétairex foncier.

Pour donner une illustration très actuelle de ce que dénonce le Georgisme, considérons la crise immobilière dont nous sortons à peine et la bulle qui l’a précédée. Dans les zones constructibles de nos métropole le prix des terrains  représente  une part substantielle de l’investissement du promoteur. Avec le coût de construction la marge de celui-ci et réduite mais le prix d’achat final explose. Or l’argent mis dans terrain est économiquement totalement inefficace. C’est un argent captif qui serait plus utile s’il était injecté dans la création d’emplois via les entreprises. Les autres taxes (celle sur le travail) ne baissent pas et les salaires n’augmentant pas on en arrive petit à petit à l’appauvrissement des classes moyennes que nous connaissons. Le Georgisme et les théories apparentées comme le géo-libertarianisme prônent donc la libération de la valeur produite par le travail au détriment de celle de la rente.

Il faut noter que Henry George distinguait la propriété commune de la propriété collective. Il ne s’agissait pas pour lui de spolier les propriétaires privés existants en nationalisant les terres. Henry George souhaitait une transition progressive pour passer de la taxation du travail à la taxation de la rente foncière en passant par la taxation des terres non valorisées.

Globalement les Georgistes constatent que la richesse créée par les acteurs privés est mutualisée par le biais des taxes et impôts sur la valeur ajoutée (ex. TVA). Dans le même temps la richesse commune est privatisée via le marché foncier de cession des titres de propriétés et celui des prêts fonciers. Le Georgisme souhaite donc inverser totalement le paradigme en détaxant totalement les fruits du travail et en taxant la terre, ce qui au final reviendrait pour le propriétaire à un loyer d’usufruit.

Les détracteurs du Georgisme pensent que l’aspect égalitaire et juste de la taxation foncière est soit trop réducteur (particulièrement dans l’économie moderne où le capital se confond avec la propriété) et que c’est un présupposé fallacieux (notamment dans l’injustice faite aux propriétaires). A l’inverse Karl Marx considère que le Georgisme ne va pas assez loin et reste un avatar du capitalisme.

Un autre aspect important du Georgisme est la prise en considération des impacts écologiques de l’exploitation des ressources naturelles. Cela apparente cette écoles à la mouvance de l’écologie économique, comme la tragédie des communs par exemple.

Dans tous les cas la LVT n’est pas sans rappeler le gaz que l’on paie pour exécuter les smarts contracts dans Ethereum.

Le Georgisme et la Blockchain

Le Georgisme fait partie des théories économiques de la mouvance libertarienne qui sous-tendent la naissance des crypto-monnaies. Il n’est donc pas étonnant de retrouver une référence au Georgisme dans le livre blanc Ethereum. En effet la blockchain prend à la fois sa source dans les idées libertariennes et permet leur mise en œuvre effective dans des organisations alternatives : les DAO.

Il ne faut jamais oublier que la première des blockchain, le Bitcoin, visait à la suppression du monopole bancaire sur les transactions monétaires. De fait le privilège de tiers digne de confiance des banques aboutissait à un monopole et à une rente inique sur le coût des transactions.

La rente de quelques-uns qui bloque la liberté économique de tous s’oppose à la vision libertarienne des promoteurs de la blockchain. Pour nous la blockchain libère l’énergie créative dans un système ouvert sans biais de contrôle monopolistique. C’est exactement dans cette optique que fonctionne Ethereum. L’utilisateur d’Ethereum paye pour l’exécution de ses programmes le gaz consommé va aux mineurs qui représentent le sol, la terre d’Ethereum. Mais la valeur créée par l’utilisateur elle reste totalement privée. La « main invisible du marché » est programmatiquement implémentée dans la blockchain pour que le système ne soit pas inflationniste et reste à l’équilibre. Mais attention ceci n’est pas encore démontré par les faits. Miner a un coût énergétique réel et dans un système aussi complexe l’autorégulation n’est pas démontrée.

Le système est encore fragile comme l’a montré l’attaque sur The DAO de juin dernier. L’équipe d’Ethereum travaille d’arrache-pied pour améliorer cela et les dernières annonces  concernant la version Metropolis sont prometteuses.

Précisions

Cette article est né de la nécessité de comprendre les références du livre blanc Ethereum. Il est inspiré de l’article (non traduit au moment où j’écris ces lignes) de Wikipedia sur le Georgisme. N’étant pas un théoricien de l’économie, il est certain qu’il y a bon nombre d’approximations. Elles sont liées à mes limitations en terme de formation économique. Considérez donc qu’il s’agit d’un première version qui sera optimisée.

Essai sur la théologie mystique de L’Église d’Orient


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Auteur : Lossky Vladimir Nikolaïevitch
Ouvrage : Essai sur la théologie mystique de l’Eglise d’Orient
Année : 1944

Préface
Soixante ans après sa première parution,
l’Essai sur la théologie mystique de l’Église
d’Orient de Vladimir Lossky (1903-1958) jouit
toujours d’un rayonnement exceptionnel. Cet
exposé de l’essentiel de la foi orthodoxe est devenu
un manuel et, pour beaucoup de ceux qui
s’intéressent à la tradition orientale de l’Église, un
véritable livre de chevet.
En 1922, Nicolas Lossky, célèbre philosophe à
l’université de Saint-Pétersbourg, est expulsé de
Russie. Il embarque avec toute sa famille à bord du
fameux « navire philosophique ». Vladimir, son fils,
est alors âgé de dix-neuf ans. Les Lossky s’installent
à Prague, où ils resteront jusqu’en 1944. Dès ses
études à Saint-Pétersbourg, Vladimir Lossky avait été
initié à la théologie patristique et à la pensée du
Moyen Âge français. En 1924, il obtient une bourse
et se rend à Paris pour achever ses études à la
Sorbonne. Il devient disciple et ami des grands
médiévistes Ferdinand Lot et Étienne Gilson. Ses
études sont couronnées par une thèse sur le mystique
rhénan Maître Eckhart, qui demeurera l’objet
principal de sa recherche1. « Vladimir Lossky était
donc bien un Russe exilé, et toute sa vie il est resté
très russe, tout en disant qu’il avait toujours été un
“occidentaliste” convaincu et que, pour lui, être
Russe signifiait avoir un sens cosmopolite du
mariage des cultures et se sentir “chez soi” partout
dans le monde2. »
La tension entre le Russe exilé et
l’« occidentaliste » convaincu permet de mieux
comprendre le théologien Lossky. Tout son
enseignement en dogmatique et en histoire de
l’Église a été dispensé en français. Toute son oeuvre
théologique a été écrite en français à la demande de
ses amis catholiques, anglicans ou protestants pour
présenter la théologie orthodoxe. C’est dans ce
contexte de dialogue oecuménique que naîtra, en
1944, l’Essai sur la théologie mystique de l’Église

d’Orient. Il a pour origine une série de conférences
sur la théologie orientale données à Paris quelques
mois auparavant. Le livre est donc rédigé directement
en français par un auteur orthodoxe baigné dans la
tradition occidentale. Il est adressé aux intellectuels
occidentaux pour leur exposer l’essentiel de ce
qu’enseigne l’Église orthodoxe. C’est la première
présentation de l’orthodoxie de ce genre.
Le but de l’ouvrage explique la démarche de
Lossky. Parlant délibérément comme croyant,
Vladimir Lossky y révèle ce qui est le plus profond et
le plus précieux de la foi. Indépendamment de tout
comparatisme confessionnel, il tente d’exposer la
cohérence de sa propre tradition, sans la figer mais en
laissant à la souveraine liberté de l’Esprit saint le
loisir de la modeler. Il ne se situe pas d’abord par
rapport aux autres et à la tradition occidentale, mais
par rapport à lui-même et à sa propre tradition
orientale. Cela ne l’empêchera pas d’adresser
quelques critiques aux catholiques.
Il y a chez Lossky une expérience ecclésiale
fondamentale, celle de l’Église rassemblée pour la
célébration eucharistique, moment de plénitude de

l’Esprit saint. Point de place ici pour un éclatement
de la vie ecclésiale en spiritualité, théologie, liturgie,
mystique, pastorale ou droit canon. Toute théologie
est mystique dès lors qu’elle manifeste le mystère
divin et les données de la Révélation, dès lors qu’elle
s’enracine dans l’expérience ecclésiale et le dogme
de l’Église. C’est pourquoi, au lieu de tenter de
rendre compatible le mystère avec notre
entendement, elle doit, au contraire, provoquer une
transformation intérieure de notre esprit, afin de nous
ouvrir à l’expérience mystique. La théologie n’a pas
pour objet une connaissance abstraite sur Dieu, mais
la préparation de l’homme à l’union avec Dieu. Dire
en vérité à soi-même qui l’on est, ce que l’on croit, et
exposer sa foi : voilà les principes de la théologie et
de la vie de Vladimir Lossky, et peut-être de tout
croyant. N’est-ce pas aussi la base de
l’oecuménisme ?
Certains ont prétendu que Vladimir Lossky
était trop critique à l’égard de la tradition occidentale
de l’Église catholique romaine. Le contexte
historique et théologique de l’époque permet de
nuancer ces positions. La théologie orthodoxe est

alors peu ou mal connue en Occident3. La théologie
catholique elle-même est dominée par la scolastique
où les éléments théologiques chers à l’orthodoxie
trouvent peu d’échos. L’oecuménisme en régime
catholique est timide. Les ouvertures du concile
Vatican II étaient encore inimaginables. Il n’est donc
pas étonnant que plusieurs positions occidentales
spéculatives, rationalisantes et essentialistes aient pu
heurter Lossky, si attaché à l’héritage mystique et
personnaliste des Pères grecs et au souffle de l’Esprit
saint. Chez lui, les divergences entre l’Orient et
l’Occident se cristallisent surtout autour de la
pneumatologie, et plus particulièrement autour du
filioque.
Le théologien, qui soutenait parfois des
positions aux allures impitoyables, ne doute jamais
d’une possible rencontre de l’Orient et de l’Occident
et la souhaite avec ferveur. Tout au long de sa vie, il
fut préoccupé par le drame de l’Église indivise
déchirée. Il n’a pas été moins dur à l’égard de sa
propre tradition, lorsqu’il la voyait s’éloigner de la
Tradition authentique. Il n’a pas été plus indulgent
envers ceux qui, sous prétexte de différenciation par

rapport à l’Occident, en inventaient de nouvelles
interprétations4.
On ne peut pas nier l’influence de Lossky,
directe ou indirecte, dans le renouveau de la
théologie catholique. Le retour aux Pères et à la
théologie patristique prend son envol5. La présence
orthodoxe russe, dans ce contexte, constitue peutêtre
un des facteurs du succès des « Sources
chrétiennes », contrairement à la collection similaire
de Hemmer et Lejay éditée dans les premières
décennies du XXe siècle. L’intérêt pour
l’ecclésiologie grandit6. Lossky apporte à ces débats
ecclésiologiques un fondement pneumatologique. Il
n’est pas anodin que son ami Yves Congar, grand
ecclésiologue et oecuméniste, ait écrit plus tard un
traité magistral sur l’Esprit saint7. Quant à Vatican II,
plusieurs de ses décrets auraient réjoui Vladimir
Lossky. Plus encore, Lossky est un prophète en
matière d’oecuménisme, peut-être sans le savoir, car
son travail de théologien ne consiste pas à négocier
point par point avec des théologiens occidentaux,
mais à commenter l’un de leurs plus grands
mystiques, Maître Eckhart.

La notion de double économie, celle du Fils et
celle de l’Esprit, constitue peut-être un autre point
souvent mal compris. Contre le christocentrisme
dominant dans la théologie occidentale, Lossky ne
veut pas minimiser le rôle et l’action de l’Esprit saint
dans l’oeuvre du salut. Certains ont vu, dans les
propos de Lossky, deux économies. Or, cette
perspective n’est pas acceptable, car il n’y a qu’une
seule économie divine. Double économie cependant
ne veut pas dire deux économies. Les deux chapitres
séparés, intitulés respectivement « Économie du
Fils » et « Économie du Saint-Esprit », ne signifient
point qu’il y aurait deux économies. « Le Fils et le
Saint-Esprit accomplissent sur terre la même oeuvre :
ils créent l’Église dans laquelle se fera l’union avec
Dieu8. » L’action du Fils et de l’Esprit saint est donc
à placer dans l’oeuvre sotériologique et
eschatologique de la Trinité. Cette double dimension
christologique et pneumatologique traverse tous les
domaines théologiques abordés par Lossky. Il insiste
sur le caractère à la fois distinct et inséparable du
Christ et de l’Esprit saint. La complémentaire action
du Christ et de l’Esprit permet de parler de la

christologie pneumatologique et de la pneumatologie
christologique.
Malgré ces quelques critiques qui ont été
adressées à Lossky, l’ouvrage garde une valeur
durable. Ces rapides éclaircissements n’épuisent pas
la matière de ce grand livre. Ils invitent, au contraire,
à le revisiter, à le méditer. Vladimir Lossky, laïc,
théologien de la personne et du Saint-Esprit, se range
dans la lignée d’un Nicolas Cabasilas et de bien
d’autres grands théologiens orthodoxes. Il demeure
un interlocuteur passionnant et actuel.
La présente édition reprend à l’identique le
texte de 1944 et 1990. Compte tenu du caractère
classique de l’ouvrage, très souvent cité, nous
n’avons pas voulu changer la pagination. Elle
correspond donc exactement aux éditions
précédentes. En raison de la quantité inégale de
signes par page, les pieds de page ne s’ajustent pas
toujours.
Les coquilles grammaticales ont toutefois été
corrigées. Nous avons harmonisé également les
références bibliques en adoptant les abréviations de
la TOB. Le texte biblique lui-même, cité en français

ou en latin, reste celui de Lossky. Les abréviations
des noms propres, aussi bien dans le corps du texte
que dans les notes de bas de page, ont été remplacées
par les noms complets.
Depuis la première parution de l’ouvrage en
1944, plusieurs oeuvres patristiques ont bénéficié
d’une édition critique et/ou d’une traduction en
français. Pour faciliter le recours aux nombreux
textes des Pères auxquels Lossky fait référence, il
nous a semblé bon d’ajouter à la fin de l’ouvrage une
bibliographie actualisée, élaborée à partir des renvois
donnés par l’auteur dans le texte, et un index des
noms propres.
Saulius RUMŠAS, o.p.

 

CHAPITRE I

Introduction

Théologie et mystique
dans la tradition de
l’Église d’Orient

suite PDF

Le phosphate du Sahara occidental


tlaxcala-int.org

Titre original :

La roche du désert qui nourrit le monde : le phosphate du Sahara occidental

https://www.asist.org/am17/wp-content/uploads/2017/08/Alex-Kasprak.jpg

Alex Kasprak

Traduit par  Fausto Giudice

Un différend sur les réserves de phosphate du Sahara occidental pourrait perturber la production alimentaire dans le monde entier.

https://www.egaliteetreconciliation.fr/local/cache-vignettes/L279xH300/arton33254-97bf6.png

Aidé par la plus longue bande transporteuse du monde, un flux régulier de poudre blanche crayeuse arrive des profondeurs du désert sur la côte nord-africaine. La bande transporteuse, dont la présence sur les photos satellite est trahie par la poudre brillante balayée par le vent qui l’entoure sur la terre brune en contrebas, parcourt 96 km sur le terrain accidenté du Sahara occidental, des mines de Bou Craa au port d’El Ayoun, d’où d’énormes cargos transportent son contenu dans le monde.

La poudre blanche est de la roche phosphatée, une matière première précieuse et vitale. Sans elle, la population croissante de l’humanité ne pourrait pas se nourrir toute seule. Le phosphate, avec l’azote, est l’un des deux composants les plus nécessaires des engrais synthétiques. Mais contrairement à l’azote, qui représente 78 % de l’atmosphère, le phosphate est une ressource limitée. Et il n’y a aucun moyen de le fabriquer synthétiquement.

Le Sahara Occidental est occupé par le Maroc, juste au nord le long de la côte, depuis 1975. Si l’on inclut cette région contestée, le Maroc détient plus de 72 % de toutes les réserves mondiales de roches phosphatées, selon la plus récente étude de l’ United States Geological Survey (USGS, Institut d’études géologiques des USA). Le pays venant au deuxième rang mondial, la Chine, n’en a que  6 pour cent. Le reste est réparti dans de plus petites poches dans le monde entier. Le Maroc soutient agressivement et parfois violemment que la notion d’État du Sahara Occidental est illégitime, et que les riches réserves de phosphate de la région lui appartiennent. En conséquence, le Sahara Occidental a été le théâtre d’un conflit croissant sur les droits humains ainsi que d’importantes tensions géopolitiques régionales.

« J’ai visité 70 pays, dont l’Irak sous Saddam et l’Indonésie sous Suharto », dit Stephen Zunes, professeur d’études internationales à l’Université de San Francisco. « [Le Sahara occidental] est le pire État policier que j’aie jamais vu ».

Ce conflit politique, tout comme les questions de ressources naturelles qui y sont mêlées, est resté dans l’obscurité sur le front mondial. Mais à mesure que les réserves intérieures de phosphate d’autres pays deviendront plus coûteuses à extraire dans les décennies à venir, cette région contestée pourrait avoir un monopole sur le phosphate plus important que celui de l’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, sur le pétrole, ce qui a des implications majeures sur la dynamique alimentaire future et la disponibilité en nourriture dans les pays en développement.

* * *

Dans les années 1960, l’utilisation généralisée d’engrais synthétiques, qui faisait partie de la Révolution verte, a permis à des millions de personnes qui, autrement, seraient mortes de faim, de se nourrir en étendant considérablement les terres cultivables à travers le monde. Cela a été possible grâce au procédé Haber, qui permet à l’azote atmosphérique d’être converti en une forme biologiquement disponible pour les cultures. Mais pour toute augmentation de l’azote dans les sols, la vie exige également une augmentation proportionnelle du phosphore, qui est extrait sous forme de phosphate des gisements géologiques du monde entier. La demande en phosphate extrait a grimpé en flèche.

Peu importent les progrès technologiques impressionnants, il n’existera jamais de technique semblable à celle de Haber pour créer du phosphate : Il y en a une quantité fixe dans la Terre, elle est renfermée dans le sol, et la seule façon de l’obtenir est de l’exploiter. Il y a donc maintenant une controverse sur la quantité de phosphate qui reste dans le monde et sur la façon dont sa distribution affectera la production alimentaire à l’avenir.

En 2009, un document de recherche basé sur les estimations d’alors  des réserves de phosphate de l’USGS, a fait craindre que le monde soit sur le point d’entrer dans une période de « pic de phosphore ». Ses auteurs soutenaient que les réserves actuelles pourraient s’épuiser d’ici un siècle. En réponse, l’International Fertilizer Development Center – une ONG à but non lucratif axée sur l’industrie des engrais, la sécurité alimentaire et la faim dans le monde – a publié l’année suivante sa propre étude indépendante des réserves de phosphate. Ils ont estimé les réserves à près de quatre fois le montant calculé par l’USGS, apaisant ainsi les craintes concernant la disparition imminente de ce produit.

Stephen Jasinski, le spécialiste de l’USGS en charge de la surveillance des réserves de phosphate, affirme que la quasi-totalité de cette augmentation massive provient d’une réinterprétation des données fournies par la compagnie minière publique marocaine (l’Office chérifien des phosphates) dans les années 80, ainsi que d’études indépendantes de la même période. L’USGS accepte maintenant ces nouvelles valeurs marocaines comme exactes. Mais selon Olaf Weber, professeur de gestion de la durabilité à l’Université de Waterloo, en Ontario, « il est difficile de savoir exactement » quelle quantité de phosphate le Maroc possède réellement.

* * *

Une grande partie de cette incertitude provient probablement de la situation politique tendue de la région. Au centre du conflit se trouve le peuple sahraoui, qui habite le Sahara occidental depuis avant l’époque coloniale – un fait que le Maroc conteste – et qui lutte pour le droit à l’autodétermination depuis que l’Espagne a accepté de permettre au Maroc et à la Mauritanie de se partager la zone en 1975. (La Mauritanie a par la suite abandonné sa revendication sur la région.)

Selon Zunes, le gouvernement marocain écrase tout soupçon de nationalisme sahraoui, suit les étrangers et interdit la presse. Les USA, allié de longue date du Maroc, ont reconnu nombre de ces problèmes dans le dernier rapport du département d’État sur les droits de l’homme. Une grande partie de la population autochtone vit maintenant dans des camps de réfugiés en Algérie.

Grâce en partie au soutien militaire étranger des deux parties, le conflit armé qui a suivi l’occupation de 1975 s’est terminé dans une impasse en 1991, lorsqu’un traité des Nations Unies a été signé par le mouvement nationaliste sahraoui, connu sous le nom de Front Polisario, et le gouvernement marocain. Le traité a mis en place une force de maintien de la paix appelée MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) et a jeté les bases d’un futur référendum sur le statut du Sahara occidental. Zunes soutient que ce vote n’a aucune chance d’avoir lieu en raison de la structure politique de l’ONU.

La MINURSO est la seule force de maintien de la paix de l’ONU au monde qui n’a pas de mandat pour faire rapport sur les droits humains et, en mars de cette année, des travailleurs civils de la MINURSO ont été brièvement expulsés de la région parce que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, avait utilisé le mot « occupation » lors d’une visite aux camps algériens de réfugiés. Aujourd’hui, le conflit fait à nouveau la une des journaux, car le Roi Mohammed VI du Maroc fait campagne pour rejoindre l’Union africaine, une organisation que le Maroc a quittée en 1984 lorsqu’elle a reconnu la République arabe sahraouie démocratique.

* * *

Actuellement, le prix du phosphate n’est pas assez élevé pour qu’il y ait un besoin économique pour que les gouvernements et les entreprises privées de dépendre des sources du Sahara Occidental, dit Weber ; il y a suffisamment de réserves nationales ou internationales. En fait, un nombre croissant d’entreprises se sont désinvesties du phosphate du Sahara occidental en raison des préoccupations des investisseurs concernant les droits humains, déclare Eric Hagen, de Western Sahara Resource Watch, une ONG basée en Norvège qui surveille et plaide contre le commerce international des ressources provenant du Sahara occidental.

Mais selon Stuart White, directeur de l’Institute for Sustainable Futures de l’Université de technologie de Sydney, la demande de phosphate pour les engrais va augmenter au cours des prochaines décennies, en partie à cause de la demande d’une Afrique subsaharienne de plus en plus développée, qu’il décrit comme « un géant endormi en termes de demande de phosphore », et aussi en raison des changements de régimes alimentaires mondiaux. Bien qu’il y ait eu un plafonnement de la consommation de viande dans des endroits comme les USA, l’Europe et l’Australie, dit-il, des endroits comme l’Asie du Sud-Est et la Chine connaissent des taux de croissance fulgurants, et la viande nécessite relativement plus de phosphate pour sa production.

Cela signifie une dépendance accrue à l’égard du phosphate du Sahara occidental. Au fur et à mesure que la valeur de cette ressource augmentera, on verra monter la pression pour  la conserver. Selon Western Sahara Resource Watch, environ 10 pour cent des revenus du Maroc en phosphate proviennent de la mine de Bou Craa au  Sahara Occidental. Si cela reflète, même largement, les quantités relatives de phosphate dans le territoire non contesté du Maroc et dans la région contestée du Sahara occidental, alors le Sahara occidental est la deuxième plus grande réserve de roche phosphatée au monde. Si le Sahara occidental accédait à l’indépendance, il deviendrait un contrepoids à l’énorme monopole des phosphates dont jouirait autrement le Maroc, d’autres réserves devenant moins viables.

La dynamique de l’ensemble du marché du phosphate pourrait donc être fortement influencée par le conflit au Sahara occidental, sa résolution ou son impasse persistante. En 1975, une mission d’enquête de l’ONU au Sahara occidental a suggéré que le Maroc et le Sahara occidental réunis deviendraient un jour le premier exportateur mondial de phosphate. Le Maroc a fait valoir que ses propres réserves de phosphate sont suffisamment importantes pour rendre les réserves du Sahara occidental insignifiantes.

Mais, comme le soutient Toby Shelly dans Endgame in the Western Sahara: What Future for Africa’s Last Colony ?, cette position ignore le fait qu’un Sahara occidental indépendant réduirait considérablement la part de marché du Maroc et sa capacité à contrôler le prix de la matière première.

L’existence d’un monopole marocain aurait un effet disproportionné sur les pays pauvres, selon White et d’autres chercheurs. Dans un commentaire de Nature 2011, les scientifiques Jim Elser, de l’Arizona State University, et Elena Bennet, de l’Université McGill, spécialistes en durabilité et ressources naturelles, ont soutenu que «  les agriculteurs des pays en développement n’ont pas les moyens d’acheter des engrais phosphatés, même aux prix non monopolistiques actuels », et encore moins dans un avenir dominé par un monopole marocain sur le phosphate. « De nombreux producteurs alimentaires dans le monde risquent de devenir totalement dépendants du commerce avec le Maroc, où des articles de presse font état de projets de développement de luxe de type Dubaï en prévision d’aubaines en matière de phosphore ».

Le Maroc, pour sa part, refuse de plus en plus vigoureusement l’indépendance du Sahara occidental. En février de cette année, le ministre marocain de la Communication a annoncé un programme de formation de jeunes Marocains pour défendre la position du gouvernement sur le Sahara occidental dans les médias sociaux. Des fuites de câbles diplomatiques suggèrent une inquiétude croissante quant à la perception internationale de la revendication du Maroc sur le territoire. Le Polisario, quant à lui, s’est déclaré prêt à reprendre les armes, une fois de plus, pour le Sahara occidental.

L’avenir de la région, la répartition actuelle des réserves mondiales de phosphate et les forces du marché qui déterminent l’avenir du produit sont pleins d’incertitudes. La seule chose qui est certaine est mentionnée dans une note de bas de page du rapport de l’USGS sur les ressources minérales : « Il n’y a pas de substitut au phosphore en agriculture. »

 

« Moi président de la 2e République : Mon serment à l’Algérie »


mondialisation.ca

La marche des Maures sur la France


par Israël Shamir

Source en anglais:  unz.com

Traduction et note: Maria Poumier

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Des fakirs qui jouent de la flûte à d’horribles cobras, un dentiste natif du lieu en tongs peu ragoûtantes, avec un pot rempli de dents arrachées, des tambourineurs en un costume national bariolé, des stalles où on vous sert des plats épicés dans de brillants tajines; la place centrale de Marrakech, l’ancienne capitale du Maghreb, est exotique, vibrante et tapageuse, tout à fait à la hauteur des attentes d’un nouveau Paul Bowles. La place est entourée d’un réseau de ruelles étroites, qui rappellent la vieille ville à Séville. Le Maghreb et l’Espagne sont unis par bien des traits de leur culture. Le Bahia Palace de Marrakech est un petit frère du magnifique Alcazar de Séville, et ses minarets imitent la Giralda. Les Maures, ou Maghrébins, ont créé les perles de la civilisation espagnole à Grenade, Cordoue et Séville, mais ils n’ont pas renouvelé l’exploit après leur expulsion, de retour sur leur propre sol [1].

 

Marrakech, c’est un nœud de vieilles routes reliant Tombouctou par le Sahara et l’Andalousie par le détroit de Gibraltar, les rivages de l’Atlantique avec ses surfeurs et le reste de l’Afrique du nord par Fès et Tunis. La première de ces routes est la plus romantique. La meilleure évocation de la navigation transsaharienne, c’est le film glorieux quoique sous estimé de Bernardo Bertolucci, Un thé au Sahara. Si le cinéma devait disparaître comme les enluminures des vieux manuscrits, hors de la conscience publique, ce film resterait, avec une poignée d’autres films, comme témoignage de ce jadis grand art. Les résidences carrées, les kasbah, avec leurs murs aveugles et leurs toits crénelés, bordent les routes fréquentées par les camions qui ont remplacé les chameaux. L’Afrique sub-saharienne est très loin, 52 journées à dos de chameau la séparent du Maghreb. Le ciel étoilé, un ciel incroyable, incomparable, est une raison suffisante pour aller voir le Sahara de près.

La deuxième route, vers Gibraltar et au-delà, est plus importante, parce que le Maghreb est bien relié à l’Europe. La Méditerranée rattache le Maghreb à l’Europe, alors que le Sahara le sépare du reste de l’Afrique. Arnold Toynbee considérait le Maghreb comme une extrémité de l’Europe, comme les Balkans ou la Scandinavie. Si l’Europe a pris la suite de l’Empire romain, le Maghreb, ou l’Afrique et la Mauritanie, ont été les provinces romaines les plus riches et les plus durables, alors que la Germanie et la Scandinavie étaient encore terra incognita. Cette proximité se voit contrebalancée par la différence de croyances. Les Maures ont été parmi les premiers à accepter le Christ, et ils ont  donné les Pères de l’Église Tertullien et saint Augustin; [2] mais ils ont bifurqué vers l’islam il y a fort longtemps, et sont devenus non seulement des voisins mais des concurrents et des adversaires pour l’Europe.

Ce sont eux, les Maures, le sujet de cet article. Avec les Européens, ils envahissent et s’invitent les uns chez les autres à tour de rôle, comme les vagues qui affluent et refluent sur le rivage. Ce n’est pas qu’il y ait eu un sens toujours prévalent. Les Maures ont colonisé l’Europe et les Européens ont colonisé le Maghreb. Ils ont également expulsé leurs colonisateurs même au bout de plusieurs siècles. Rien n’est éternel. Les Maghrébins, ou Maures, ne sont pas particulièrement dociles, pas du tout. Ce sont des gens dynamiques, vigoureux, des gaillards bien pourvus en testostérone. N’allez pas vous y frotter, vous le regretteriez. Vous le regretterez de toute façon, comme Desdémone avec le Maure de Venise. Les Maures ne sont pas noirs. Ils ressemblent à des Européens du sud, les uns plus clairs, les autres plus foncés, comme les Grecs, les Espagnols ou les Italiens. Il y en a maintenant des quantités qui vivent en Europe, principalement en France et aux Pays-Bas, au point qu’on peut parler d’une nouvelle conquête mauresque. Les invasions réciproques ont commencé il y a 2000 ans. Dans la confrontation entre Carthage, la principale ville d’Afrique du nord, et Rome, la première capitale européenne, les Romains avaient gagné [3]; ils conquirent et colonisèrent les Maures, et leur firent place dans l’empire; ils embrassèrent la foi chrétienne et entrèrent dans l’église latine. Tout comme l’Espagne le Maghreb fut submergé par les Vandales, un peuple d’Europe du nord, mais ils revinrent sous la houlette  de la Rome orientale, sous Justinien. La domination européenne prit fin avec l’arrivée des Arabes, qui se mêlèrent aux autochtones, leur amenèrent l’islam, les mobilisèrent et entreprirent l’aventure européenne. Les Maures s’emparèrent de l’Espagne (c’est ce qui s’appelle la Conquista) et leur civilisation y atteignit son apogée. Mais rien ne dure éternellement.

Des centaines d’années plus tard, les Espagnols vainquirent les Maures et les renvoyèrent en Afrique du nord. Même les Maures chrétiens furent expulsés, un peu plus tard (c’est ce qu’on a appelé la Reconquista, ou reconquête) [a].

Et pourtant, l’idée de séparation, ça ne marcha pas. Les Maures ne se résignèrent pas après leur défaite. Ils commencèrent à entreprendre des raids sur les rivages européens, et à attaquer les bateaux européens. On les appela alors les corsaires barbaresques, les redoutables adversaires des Européens. Ils firent des percées en Europe jusqu’en Islande, et dépeuplèrent villes et villages du sud de la France et de l’Espagne. L’Europe était pour eux un gisement d’esclaves.

Elle était là, la grande différence entre l’Europe et le monde musulman: l’esclavage. C’était un phénomène marginal en Europe (après la chute de l’Empire romain), mais populaire en Dar al Islam. Les musulmans faisaient usage d’esclaves, ils en avaient besoin, et apparemment ils préféraient les esclaves européens chrétiens. Lorsque l’Espagne était musulmane, les Vikings ravagèrent l’Europe orientale, ils capturaient les habitants et les vendaient aux juifs, et ceux-ci négociaient cette denrée hautement appréciée à Cordoue. Plus tard, les Européens de l’Est, ancêtres des Russes modernes, firent l’objet de razzias par les Tatares de Crimée, qui les convoyaient vers Istanbul. Mais la demande était forte, les profits considérables, et les Maures entreprirent de faire des incursions sur les plages  de l’ouest, et d’attaquer les bateaux en Méditerranée. Ces corsaires étaient fort différents des pirates des Caraïbes. Le peuple de Jack Sparrow, c’étaient des Européens, qui convoitaient les bateaux. Ils n’avaient cure des équipages ni des passagers des vaisseaux arraisonnés; on pouvait les jeter par-dessus bord ou les débarquer sur une plage en leur donnant un canot; on les gardait rarement contre rançon. Les corsaires de Barbarie visaient surtout les équipages et leurs passagers. Ils traitaient les Européens comme les Européens traitèrent les Africains sub-sahariens noirs: ils étaient capturés, mis en esclavage et vendus sur le marché. Oui, chère Virginie, les blancs aussi ont été esclaves. Tout Européen pouvait tomber en esclavage en Dar al-islam, et des millions d’Européens de l’est et de l’ouest, des Français, des Espagnols, des Britanniques et des Russes ont été vendus et achetés sur les marchés d’Istanbul. Les Européens ont été forcés de s’emparer du Maghreb (tout comme les Russes ont été obligés de conquérir la Crimée) pour en finir avec les razzias des esclavagistes.  Et ce fut le début de la colonisation européenne du Maghreb.

Les Maures cessèrent de venir en Europe, mais à cette époque, les Européens s’étaient installés au Maghreb. Ils avaient construit des villes et des cités, implanté des industries, et relié le Maghreb à l’Europe. Ils s’étaient fixés au Maghreb, en espérant y rester à jamais.

Mais cela ne marcha pas: à leur grand surprise (?), les Maures n’appréciaient guère leur présence. Ils se soulevèrent, se rendirent indépendants, et chassèrent tous les colons européens, des millions de gens, direction l’Europe. Un demi million de colons du Maroc, un million et demi d’Algérie, deux cent mille de la petite Tunisie durent quitter leurs maisons et s’en aller vers le pays où ils n’avaient probablement jamais mis les pieds.

Se sont-ils tourné le dos pour autant? Pas vraiment. En peu de temps, les Maures ont débarqué en Europe par centaines de milliers et y ont fait souche. Aujourd’hui la France et les Pays Bas ont plus de Maures, entre trois et quatre millions, que l’Espagne n’en eut à l’apogée du pouvoir maure.

Cela n’a pas aidé les Européens expulsés. Les maisons des colons européens en Algérie, au Maroc et en Tunisie ne furent pas rendues à leurs propriétaires. Elles sont toujours là, comme un mémorial de l’époque où les Européens vivaient en Afrique du nord.

Le général De Gaulle garantit à l’Algérie son indépendance, pour arrêter une migration de masse de Maures en France, disait-il. Cela ne marcha pas; l’Algérie devint indépendante, mais la migration ne s’est pas tarie. J’évoquais avec mon ami marocain Hamid un éventuel déménagement en Europe. Il ne veut rien savoir, même si nombre de ses amis, connaissances et parents ont sauté le pas. Il dit qu’il a ses aises, dans son Maghreb natal. S’il voulait vivre en France avec le même statut, il faudrait qu’il travaille bien plus dur. Se loger en France, ça coûte très cher. Chez lui, au Maroc, il vit bien, dans la classe moyenne qui es son élément, et il continue à travailler normalement, sans excès. Il est sage, mais cela n’empêche pas bien d’autres Maures de choisir l’Europe.

Dans la vieille ville de Marrakech, j’ai trouvé une synagogue. C’est un complexe tentaculaire, avec une cour intérieure, et elle se trouve à quelques centaines de mètres du Palais royal, comme c’est généralement le cas pour tous les centres communautaires juifs. Malgré des histoires de « persécutions », mes ancêtres juifs étaient largement privilégiés, même au Maroc et en Espagne. Ils ont été bien utiles dans les mouvements de population entre Europe et Maghreb, pendant des siècles.

Les Juifs ont été au premier rang pour aider les Maures à conquérir l’Espagne, prolongeant la tradition consistant à changer de camp au bon moment (en Palestine, les juifs soutinrent l’invasion perse, puis l’invasion arabe). Les juifs jouèrent un rôle important dans l’Espagne mauresque, et durent plier bagage avec eux.

Au Maghreb ils prêtèrent main forte à nouveau aux Européens. C’est le ministre de la justice juif Adolphe Crémieux qui donna, au XIX° siècle, la citoyenneté française aux juifs algériens (mais non aux autres Algériens) C’était un acte astucieux: les juifs locaux influents soutinrent la France contre les autochtones.

En Tunisie, les juifs étaient extrêmement puissants depuis des siècles. En 1819, le consul des États-Unis à Tunis, Mordecai Manuel Noah, écrivait à leur sujet: « Les juifs sont ceux qui commandent; en Barbarie ce sont les principaux mécaniciens, ils dirigent la douane, ils prélèvent les impôts; ils contrôlent la menthe, ce sont les trésoriers du bey, ses secrétaires et ses interprètes. Ces gens donc, quoiqu’on puisse dire de leur oppression, possèdent une capacité de contrôle, et il faut se méfier de leur éventuelle opposition, qui serait redoutable« .

Quand les Français arrivèrent, ce « peloton de tête » changea de bord et ils apportèrent leur soutien à l’administration coloniale française. Pourtant, même alors ils n’avaient pas de sympathie envers les colons français, et leur expulsion a été expliquée comme une mesure parfaitement justifiable par Albert Memmi, l’éminent écrivain tunisien juif. Pour Memmi, c’étaient des rapaces obsédés par la convoitise. « Vous allez  aux colonies parce que les emplois y sont garantis, les salaires sont élevés, les carrières plus rapides, et les affaires plus profitables. Le jeune diplômé se voit offrir une situation, le fonctionnaire un rang plus élevé, l’homme d’affaires est soumis à des taxes bien plus basses, les industriels trouvent des matières premières et de la main d’œuvre bien meilleur marché. On vous entend souvent rêver tout haut: dans quelques années vous quitterez votre purgatoire rentable et repartirez vous acheter une maison dans votre pays« . Il n’avait pas remarqué que  l’on pouvait attribuer la même attitude aux  Tunisiens juifs et  musulmans qui venaient s’installer en France.

Les juifs s’en iraient en Israël ou au Québec le moment venu; les musulmans rentreraient chez eux. Mais cela ne marchera probablement pas comme ça.

Les juifs d’Europe adorent l’émigration du Maghreb. En tout cas ils font tout pour l’encourager. Mais pourquoi donc est-ce que les Européens ont accueilli les immigrants maghrébins? Après avoir été expulsés de ces  contrées, on pouvait s’attendre à ce que les Européens disent : « vous avez voulu vous débarrasser de nous, eh bien maintenant restez où vous êtes et savourez votre libération des Européens« . Mais les pays d’Europe voulaient des immigrants, et ce n’était pas au premier chef parce qu’ils avaient besoin de main d’œuvre, puisque certains pays européens s’en sont très bien tirés sans y avoir recours.

Après la longue guerre mondiale, l’Europe s’était retrouvée occupée; à l’Ouest par les US, à l’est par l’URSS. Les dirigeants menèrent des politiques très différentes; les dirigeants européens n’avaient guère confiance dans leurs nations, et c’est la raison pour laquelle ils commencèrent à attirer des immigrants d’Afrique du nord et de Turquie, tout en prêchant la diversité.

Les dirigeants prosoviétiques ne voulaient pas d’immigrants du tout, et ils menèrent des politiques nationalistes modérées. L’expérience de l’Allemagne de l’est, de la République tchèque et de la Hongrie ont prouvé que les pays européens n’ont pas besoin d’immigrants pour faire tourner l’économie.

Ces pays connurent l’homéostasie, c’est à dire un  équilibre relativement stable avec un développement faible, une quasi stagnation qui allait de pair avec l’amélioration constante du niveau de vie des travailleurs du commun. C’est ce qui se produisit dans les Etats socialistes, y compris les Etats scandinaves, au socialisme modéré.

Les Européens auraient pu connaître une vie calme et paisible, en voyant s’élever doucement et graduellement leur niveau de vie, tout en chutant du point de vue démographique. Le monde n’est pas un gisement sans fond, les ressources sont limitées, la construction de logements prend du temps. Cela pourrait être bon pour l’Europe de voir décroître sa population jusqu’aux niveaux des années 1880. Ce serait un nouvel âge d’or, avec des pelouses vertes partout, des forêts, des conditions de vie modestes mais agréables pour tous.

Pourrait-il y avoir une immigration sans les juifs? Oui, parce qu’il y a assez de non-juifs pour imiter les juifs. Même si tous ne réussissent pas, il y en a beaucoup, et ils veulent aller beaucoup plus loin. Pour mettre un terme à l’immigration, il faut arrêter la croissance et l’expansion, mettre à bas le capitalisme tel que nous le connaissons.

La production et le marché sont tout à fait compatibles en homéostasie; les taux d’intérêt, l’actionnariat et le change monétaire ne le sont pas.

Les Gilets jaunes français ont proposé de faire des produits durables. C’est un pas en avant radical et salutaire, au lieu de faire du monde une poubelle, avec des modèles qui sont apparus il y a deux ans et qui sont déjà périmés ou inutilisables. Nous avions tout cela autrefois, je me souviens d’un frigidaire en parfait état de marche au bout de vingt ans, d’une coccinelle Volkswagen en parfait état de marche au bout de trente ans de bons et loyaux services. Si nous le voulions, nous pourrions fabriquer des objets qui durent pratiquement toujours, des choses réparables et serviables.

Le Japon est un bon exemple dans son évolution; notre collègue Linh Dinh s’est rendu sur la terre de Yamato, et il a été choqué par ce qu’il voyait, une population vieillissante et une jeunesse sans amour. Moi aussi, je me rends souvent au Japon; oui, le Japon était peut-être plus drôle il y a des années, mais ça se passe bien, là-bas. Il n’y a pas une forte croissance, les commerçants américains et européens ne s’enrichissent pas du jour au lendemain en spéculant sur les biens des Japonais. Les parts des actionnaires ne grimpent pas, c’est vrai. Mais pour les Japonais ordinaires c’est très bien comme ça. Ils pourraient connaître encore moins de progressions, et s’en trouver satisfaits quand même.

Mes amis japonais m’ont souvent dit, quand je faisais des réserves sur la lenteur de la croissance de l’économie japonaise: nous n’en voulons pas plus. Les années de croissance rapide ont été nos années de misère. Les années de stagnation nous conviennent très bien. Si les US voulaient bien nous oublier complètement, au lieu de nous harceler pour nous faire adopter leurs idées de croissance et de diversité, nous serions encore plus heureux. Notre monde a besoin de moins en moins de main d’œuvre. Qu’est-ce qui nous empêche de nous réjouir de cet état de fait? La population européenne ne grossit pas, elle décroît doucement. Les immigrants d’Afrique du nord et d’ailleurs connaissent quant à eux une croissance certaine, mais qu’ils aillent donc poursuivre leur croissance sur leurs terres ancestrales. Quand ils chassaient les Européens de leurs pays, ce n’était pas la durée de leur séjour qui les arrêtait. Des familles qui vivaient en Algérie depuis un siècle ont été forcées de partir. Par conséquent, ce sont les peuples d’Afrique du nord eux-mêmes qui se sont prêtés à des expulsions. Ce sont de braves gens, mais pas meilleurs que les colons européens en Afrique du nord.

Il n’y a pas de raison de s’alarmer de la croissance de la population africaine. C’est une affaire africaine, après tout. Le Sahara est trop grand à traverser; on peut arrêter les compagnies aériennes qui font du trafic d’hommes. Certes, bien des Africains préfèreraient résider en France ou en Hollande, et il y a sûrement des Africains qui vont y parvenir. Mais pas de vagues massives de peuplement, par pitié, sauf s’il y avait des Théodoric ou des Gengis Khan pour mener la danse.

Quand j’étais petit, il y avait un jeu très populaire, les chaises musicales. Tant que la musique jouait, on pouvait choisir sa chaise, et s’asseoir aussitôt que la musique s’arrêtait. Maintenant ça suffit, ce jeu. Laissez les gens là où ils ont toujours été. Cette tentation de la croissance sans fin, il faut s’en débarrasser, et c’est faisable. Il suffit de porter nos coups contre la rapacité, l’esprit d’avarice, cette envie de posséder toujours plus; et nous allons atterrir tout doucement sur nos vertes prairies.

Israël Adam Shamir


[a] On lira avec profit Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, Mythes et réalités de l’Espagne islamique, par Dario Fernandez Moreira, préface de Rémi Brague, éd. Jean-Cyrille Godefroy, novembre 2018


Joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Source:  The Unz Review

Traduction et note: Maria Poumier

israelshamir.net

Robert Bibeau : « le capitalisme, c’est la guerre » — Algérie Résistance


Robert Bibeau. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : À la lecture de votre livre très instructif et […]

via Robert Bibeau : « le capitalisme, c’est la guerre » — Algérie Résistance

Et pourquoi pas !


par Marc JUTIER (son site)
vendredi 1er février 2019
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Titre original : Nous, Les Gilets Jaunes, nous allons réparer le monde que vous êtes en train de détruire !

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De la dictature des banquiers à une civilisation adulte. NOUS VOULONS DE VRAIS EMPLOIS ET UNE VÉRITABLE UTILITÉ ! UNE RÉELLE DIGNITÉ ! NOUS VOULONS UN VRAI SENS POUR NOS VIES ! NOUS VOULONS SAUVER LA PLANÈTE DES MERDES POLLUANTES QUE VOUS NOUS CONTRAIGNEZ À PRODUIRE ET À VENDRE ! NOUS VOULONS SAUVER L’AVENIR DE NOS GOSSES ET DE TOUS LES GOSSES DE LA TERRE ENTIÈRE ! CAR RIEN N’EST PLUS SACRÉ QUE LA VIE ! NOUS VOULONS LA VRAIE LIBERTÉ ET LA FIN DE LA SERVITUDE PAR LA DETTE ! DES DETTES CRÉES PAR VOS BANQUES ET QUI NOUS POUSSENT À PRODUIRE DE LA MERDE ! NOUS GILETS JAUNES, NOUS ALLONS STOPPER TOUT CELA ! ET C’EST MAINTENANT ! ET C’EST POUR LE MONDE !

Notre monde a besoin de se débarrasser de la « science » économique qui n’est rien d’autre que la formalisation des règles du capitalisme et de la dictature des banquiers ! Le capitalisme tue la nature ! Il tue nos vies ! Il détruit nos familles ! Il assassine nos enfants dans vos guerres d’intérêts ! Grâce au prodigieux matraquage médiatique, l’idéologie économique n’est plus considérée comme une idéologie, c’est même pour certains, Fukuyama et les néoconservateurs : La fin de l’Histoire. Selon eux, nous n’avons pas le choix. Nous devons, bon gré ou mal gré, nous soumettre à la loi du marché, à la main invisible telle qu’Adam Smith l’a inventée. Hors le capitalisme point de salut ! La sacro-sainte économie capitaliste, cette nouvelle religion qui impose sa domination à l’ensemble du globe ! Toute-puissante, elle détruit la planète : pollution des éléments naturels, déforestation, création d’organismes génétiquement modifiés, brevets sur le vivant, etc.. Elle asservit et exclut des populations entières. Pour maintenir son dogme, elle donne à chacun un contrat social se limitant à : se plier ou être brisé. Le système éducatif, la publicité et les médias conditionnent les esprits, violent la liberté de pensée et dictent les modes de vie. Le Nord a instauré son modèle comme le seul et l’unique. Les pays du Sud et de l’Est, infériorisés, sont maintenus dans la servitude, par la guerre si nécessaire. Les multinationales y exploitent à leur gré et sans merci, matière première et main-d’œuvre. Le Nord impose ses volontés au reste de la planète, qu’il s’agisse d’économie, d’organisation sociale ou de régime politique. Les écarts de richesses s’agrandissent aussi au Nord. La politique libérale accroît la masse des « exclus » et asservit les salariés par la flexibilité et la précarité. Elle s’étend à tous les secteurs par la privatisation des services publics. Face à la peur de l’exclusion, la soumission à la loi du marché devient totale. L’individualisme et la compétition se développent. L’indifférence face à ceux qui sont victimes de la misère grandit. Les détenteurs du pouvoir financier appuyés par leurs relais politiques, intellectuels et médiatiques, et servis par le prodigieux développement de la technoscience, ont entrepris et presque réussi la colonisation de la planète. Ces transnationales imposent à toutes les formes de vie – humaines ou non – une même civilisation qui se teinte des cultures qu’elle absorbe. Partout, des mémoires et des savoirs millénaires sont effacés, des danses et des coutumes sont oubliées, des dieux et des temples délaissés, des peuples et des cultures disparaissent pour toujours. Partout, des champs sont surexploités et des écosystèmes dévastés. Dans chaque pays, les valets politiques et technocratiques des firmes transnationales trahissent les intérêts de leurs communautés en œuvrant à la généralisation de la guerre économique et à l’uniformisation du vivant.

La chute du Mur de Berlin a été un événement politique considérable. Du jour au lendemain ou presque, le « contre-capitalisme » est démantelé, laissant le champ libre à une économie de marché planétaire. Le combat idéologique que nous mène ce système avec pour prétexte l’austérité afin de rembourser une « dette » est un véritable défi à la démocratie ; et à travers ce défi une atteinte à l’intégrité des nations, des peuples et de leur souveraineté. Fondé sur un économisme scientiste qui voit dans l’avènement de la société de marché l’accomplissement de l’Histoire universelle et la réalisation de la nature humaine, le néolibéralisme, par le biais d’une avant-garde d’économistes professionnels, promeut la production de l’homme nouveau adapté au marché mondial ; il use, pour ce faire, de la propagande des médias de masse et soumet ainsi chaque individu à la discipline managériale qui lui impose l’entreprise comme modèle de réalisation d’un soi préalablement défini comme producteur-consommateur. Il contribue ainsi à l’institution du marché comme totalité et s’emploie à détruire tout ce qui viendrait entraver son totalitarisme.

La science économique dans sa version « orthodoxe » ou néo-classique n’est rien de plus que le lavage de cerveau, le catéchisme imposé pour nous faire accepter les « lois » de l’économie de marché, autrement dit la dictature des maîtres de la monnaie : les banquiers. Il n’y a pas plus de loi du marché que de sciences économiques. Le système monétaire actuel n’est ni plus ni moins qu’une colossale escroquerie. Aucun pouvoir n’est éternel et donc l’infime élite qui est à la tête de cette escroquerie depuis deux siècles environ va perdre son pouvoir. Ce pouvoir, malgré sa violence, ne résistera pas aux feux de la vérité.

La prise de conscience par les esclaves modernes c’est actualisée aujourd’hui en France par les Gilets Jaunes et bientôt elle le sera aussi partout sur la planète. La lumière de la vérité est faite sur le fonctionnement du système monétaire actuel et sur les intrigues, les manipulations et les dissimulations utilisées par les hommes qui nous tiennent en esclavage grâce à ce système. Grâce à Internet, le subterfuge des banquiers est de plus en plus mis en lumière, et leur dictature est moribonde.

Notre société est fondamentalement absurde et profondément injuste à cause d’un système monétaire qui est une énorme supercherie ; ce système nous pousse toujours à plus de consommation et de « croissance » obligatoire afin simplement d’éviter l’écroulement de ce système monétaire. Débarrassés de ce système monétaire à réserves fractionnaires – c’est son nom – il est facile d’imaginer une civilisation beaucoup plus apaisée. Le problème, c’est que le pourcentage de la population qui comprend véritablement « l’arnaque » de ce système n’est peut-être pas encore assez élevé. Le regretté Bernard Maris a dit en 2014 dans un documentaire sur Arte que ce n’était pas facile à comprendre, mais que oui, les banquiers font de la fausse monnaie depuis toujours.

Messieurs les banquiers, avec vous, nos vies se résument à pratiquer des bullshit-jobs inutiles et nuisibles ! Des activités d’utilité artificielles qui n’ont pour unique but que de nous donner des grades dans la servitude ! De produire et de vendre de la merde polluante pour mériter notre droit de vivre et de maintenir un ordre social au sommet duquel vous régnez ! Votre système, le capitalisme, est incapable de financer la dépollution ! La bienveillance ! La transition écologique ! Le social ! Ce n’est pas rentable dites vous !? Nous sommes alors condamnés à produire de la merde parce que c’est rentable ! Vous avez inventé une économie où produire de la merde ça rapporte du fric et nettoyer la merde ça coûte du fric ! C’est tout ce que votre finance est capable de proposer !

Nous ne sommes pas des fainéants ! Nous ne sommes pas des paresseux ! Nous ne sommes pas des irresponsables ! Nous sommes bien au contraire, des individus courageux et conscients ! Nous sommes conscient que vous emmenez le monde droit vers le chaos ! Vous, par contre, vous êtes des incapables et des escrocs ! Nous allons vous virer à coup de pieds au cul et vous avez de la chance que nous sommes des non-violents, car certains d’entre-vous, en d’autres temps, auraient mérités la guillotine ! Quoi qu’il en soit, vous méritez de passer quelques années en prison ! Nous avons compris que nous devons maintenant orienter nos efforts et la pertinence de l’action humaine en direction de projets réellement utiles et respectueux de l’environnement ! Des projets que votre finance de merde ne financera jamais parce que ce n’est pas rentable ! Nous allons le faire ! Nous allons réformer le système monétaire ! Révolutionner la banque et la finance !

Ce que nous vivons, ce n’est pas une crise, mais c’est la plus grande escroquerie de l’histoire de l’Humanité ! Il est plus que temps de nous réveiller et de foutre un bon coup de pied dans cette fourmilière de banksters, de multinationales et de psychopathes qui dirigent le monde. Ces fous veulent nous amener à une confrontation planétaire juste pour ne pas perdre le pouvoir. Nous le savons, les médias nous ont menti sur les guerres de Syrie et de Libye et non seulement ils nous mentent, mais ils nous manipulent par leur propagande incessante sur la rigueur budgétaire, la crise financière, etc.. Réveillons-nous ! Cette crise monétaire est virtuelle puisqu’elle est basée sur une monnaie créée à partir de rien par les banksters qui contrôlent la Fed. Les gouvernements européens et américains sont soumis à ce pouvoir discret mais totalitaire : l’oligarchie financière transnationale qui nous considère, ni plus ni moins, comme du bétail.

Depuis la crise de 2008, depuis le mouvement Occupy Wall Street aux USA en 2011 et maintenant celui des Gilets Jaunes en France ainsi que dans le reste du monde, des millions de citoyens sur la planète ont pris conscience que la supercherie a assez duré ! « We are the 99 % » et nous ne pensons pas que la seule finalité de l’humanité soit de produire, de « con-sommer » et de passer son existence à comparer les prix dans une économie de marché mondialisée. Il va nous falloir choisir entre la survie d’un système absurde, stupide et violent qui fait du profit sa seule finalité, et la survie de notre humanité et de notre environnement. C’est donc soit la survie des peuples (les 99 %), soit la survie d’un système contrôlé par bien moins de 1 % de la population pour son seul bénéfice.

Nous sommes conscients de l’immense potentiel de notre société technicienne et de la vulnérabilité de notre patrimoine naturel. Nous considérons que les mots « Liberté, Égalité et Fraternité », inscrits au fronton de nos mairies ne sont pas vides de sens ; que l’héritage de la Révolution Française, des révolutions du 19e siècle et des luttes sociales du 20e siècle, et en particulier dans les résolutions adoptées par le Conseil National de la Résistance (parmi les mesures appliquées à la Libération, citons la nationalisation de l’énergie, des assurances et des banques…) sont notre fierté et nous lient dans un destin commun : la France. Nous considérons que la seule politique digne à mener est la lutte contre le pouvoir mafieux des banksters. Les hommes politiques qui ne remettent pas fondamentalement en cause ce pouvoir occulte, sont soit achetés, soit menacés, soit idiots.

Nous refusons tout discours médiatique qui tenterait de nous faire croire à la nécessité de l’austérité et de la « croissance » pour sortir de la crise. Nous refusons de nous soumettre au maître sournois mais bien réel qu’est le « système monétaire de Réserves Fractionnaires » ou, autrement dit, à la manipulation par la monnaie « dette » émise par les banques. Notre société est certes au pied du mur mais nous assistons, grâce à Internet, à une prise de conscience de l’ensemble des citoyens qui se posent des questions de fond. Le haut niveau d’information disponible sur Internet et l’intelligence collective qui se développe grâce aux réseaux sociaux, nous permet de redonner tout son sens à la Politique.

La société de consommation a tendance à enfermer les gens dans des attitudes individualistes où chacun s’isole et vit pour lui-même. Pour en sortir, il faut reconstruire une société plus solidaire, qui permette un partage plus égalitaire des richesses et offre une promotion à chaque être humain. Notre société trop souvent mécanique, froide et impersonnelle, souffre d’une déshumanisation, de logiques strictement comptables et de perspectives à courte durée. Une citoyenneté bien comprise devrait instaurer davantage de partage, de fraternité et de liberté pour conduire des actions créatrices d’avenir.

Un méchant mot de De Gaulle sur les Arabes


LLP

Chroniques-Dortiguier


S‘il est un personnage peu connu des anciens comme des nouveaux Français, c’est bien De Gaulle. Une brève lecture du livre de feu Peyrefitte, C’était De Gaulle, montre que nous avons en tête un personnage plus rêvé que véritablement examiné ! L’illustre philosophe Kant relevait aussi que le tempérament français se plaisait aux anecdotes historiques, sauf que celles-ci n’étaient le plus souvent  point exactes et en effet pareil roman national peut enfiévrer l’équipe contemporaine d’un Zemmour, mais ne saurait attirer les faveurs de la Muse de l’Histoire.
Notre cher Rachid Benaissa nous  fait observer la dureté des propos du Chef de l’État et fondateur de la Ve  République envers les Arabes, ce qui ne tranche point avec les personnages du théâtre républicain qu’il serait fastidieux de nommer. Le dernier en place, dont Jacques Attali avertissait qu’il ne finira pas son mandat,  trouve illégitime le gouvernement syrien et se donne le droit de diagnostiquer et pronostiquer l’état de santé de la Syrie, mais Mitterrand ministre de l’intérieur, l’autre socialiste Lacoste gouverneur général de l’Algérie et leurs émules s’imaginèrent aussi par des cris de coqs influer sur la course du soleil syrien et autre, ou régir mieux que les Turcs n’eussent pu le faire, la terre d’Abd El Kader !
Au troisième tome de son livre, feu Peyrefitte relève le mépris de De Gaulle (« faux fasciste et faux démocrate » disait de lui l’extraordinaire orateur Léon Degrelle), pour les États maghrébins : « Par le fait, nous les aidons à s’entre-tuer. Pourtant, il faut faire comme si nous étions neutres ! » Ces révélations, ainsi commente avec bonheur  notre ami et – faut-il le préciser – bon germaniste algérien, qui travailla à l’UNESCO, « viennent, en fait, donner foi aux discours qui ont toujours pointé la responsabilité de la  France dans les tentatives de destruction du projet d’unité maghrébine initié dès la conférence de Tanger du 27 avril 1958 entre les principaux partis nationalistes des trois pays du Maghreb et l’alimentation des foyers de tension dans la région.»
Il n’y a donc aucune illusion à se faire sur le rôle de l’actuel ou prochain système politique français. Et se réclamer du gaullisme relèvera toujours d’un effet de manche rhétorique, car nos énarques ou élites – pour reprendre une expression de Platon – « découpent l’ombre » et ne sont pas même éblouis s’ils tentent de sortir de la Caverne dans laquelle ne s’agite que le reflet de poupées sur les murs, mouvement fallacieux que l’on prend sottement pour un miracle.
« Ce sont des histoires d’Arabes ! » a-t-il lâché de prime abord. D’un ton cynique, poursuit notre talentueux ministre de l’Éducation, il faut qu’ils se chamaillent, les Égyptiens avec les Syriens, les Syriens avec les Kurdes etc. Il y a bien deux mille ans que c’est comme ça. Quand nous étions là en force, nous avons pu imposer le silence, puis il se sont tournés contre nous. »
Belle philosophie de l’Histoire ! Un esprit superficiel, avec quelque chose d’invertébré qui échouera sur la rive du siècle, cependant qu’une Aphrodite divine ne sortira jamais des eaux. Les regards l’offenseraient.
En ce corps qui n’a plus presque rien de vivant,
Et qui n’est presque plus qu’un squelette mouvant.
 
On l’a écrit, au 17e siècle, de Molière et ce pourrait être du pays dans une Europe sans tête.

Pierre Dortiguier

Le temps des scélérats


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Koldo Campos Sagaseta

Juan Carlos (dit Koldo) Campos Sagaseta de Ilúrdoz est poète, dramaturge et chroniqueur. Né à Iruñea /Pamplona (Euskal Herria/Pays basque) le 14 avril 1954, il a pris en 1981 la nationalité de la République Dominicaine, où il a longtemps vécu, avant de revenir au Pays basque en 2005. Collaborateur de La Pluma.

Titre original: La hora de los canallas

Traduit par  Jacques Boutard

La piste qui mène au pétrole mène aussi à la guerre et à la destruction : Irak, Libye, Syrie…  Venezuela. La plus grande réserve de pétrole au monde se trouve au Venezuela, qui  dispose aussi de beaucoup d’autres ressources naturelles de grande valeur.  C’est la raison pour laquelle, depuis que l’Histoire a changé de cap au Venezuela, le Marché, qui règle les destinées du monde, a décidé de son sort.  Les urnes n’ayant pas répondu à ses désirs,  tous les autres procédés habituels  «pour contraindre les pays qui ne veulent pas entendre raison », pour citer Obama,  ont été mis en œuvre :  blocus, sabotages, appropriation illicite des richesses, émeutes de rue, assassinats, terrorisme, attentats, coups d’État…

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Que  Simon Bolivar nous pardonne

Voilà où nous en sommes. Confiné sous le chapiteau du cirque où il cache sa honte, Donald Trump, représentant et porte-parole du « monde libre », choisit le « président du Venezuela », qui prête serment sur une estrade, en pleine rue.  Et l’Europe l’applaudit. Tous les clowns sont en scène. Il ne manque que l’ « homme-canon », mais on le réserve pour le dernier numéro, qui aura lieu dans huit jours au plus.

Les grands médias se chargeront de faire comprendre pourquoi on a faim au Venezuela et pas au Honduras ou au Salvador ; pourquoi l’urgence humanitaire nous inquiète au Venezuela et pourquoi on se fout de ce qui se passe en Haïti ; pourquoi la violence au Venezuela nous alarme tandis que les massacres en Colombie nous laissent  froids; pourquoi la corruption au  Venezuela fait la une des journaux et pas celle qui règne  en République Dominicaine ; pourquoi les émeutes sont légitimes à Caracas et subversives à Paris; pourquoi Maduro est un dictateur, et Bolsonaro et Macri, des présidents; pourquoi le gouvernement bolivarien du Venezuela est un « régime » et les autres colonies yankees sont des gouvernements auxquels l’Empire donne licence de continuer à s’appeler des républiques.

Quand les masques tombent, les scélérats émergent dans  toute leur splendeur.

(Euskal presoak-euskal herrira/Llibertat presos politics/Altsasukoak aske/Aurrera Gobierno Bolivariano de Venezuela) [Liberté pour les prisonniers politiques basques et catalans/Vive le gouvernement bolivarien du Venezuela]

Si la presse est scélérate, que les murs prennent la parole

 

LA NOUVELLE CARTHAGE


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Ouvrage: La nouvelle Carthage

Auteur:  Eekhoud Georges

Année: 1888

Traduction par Félix Van Hulst

la nouvelle carthage. — les émigrants.
ÉDITION DÉFINITIVE
ouvrage couronné par l’académie de belgique

À Henry KISTEMAECKERS
en souvenir d’Anvers, notre berceau commun

PREMIÈRE PARTIE
RÉGINA

I
Le Jardin.

M. Guillaume Dobouziez régla les funérailles de Jacques
Paridael de façon à mériter l’approbation de son monde et

l’admiration des petites gens. « Cela s’appelle bien faire les
choses ! » ne pouvait manquer d’opiner la galerie. Il n’aurait
pas exigé mieux pour lui-même : service de deuxième classe ;
(mais, hormis les croque-morts, qui s’y connaît assez pour
discerner la nuance entre la première qualité et la suivante ?)
messe en plain-chant ; pas d’absoute (inutile de prolonger ces
cérémonies crispantes pour les intéressés et fastidieuses pour
les indifférents) ; autant de mètres de tentures noires larmées et
frangées de blanc ; autant de livres de cire jaune.
De son vivant, feu Paridael n’aurait jamais espéré pareilles
obsèques, le pauvre diable !
Quarante-cinq ans, droit, mais grisonnant déjà, nerveux et
sec, compassé, sanglé militairement dans sa redingote, le ruban
rouge à la boutonnière, M. Guillaume Dobouziez marchait
derrière le petit Laurent, son pupille, unique enfant du défunt,
plongé dans une douleur aiguë et hystérique.
Laurent n’avait cessé de sangloter depuis la mortuaire. Il fut
plus pitoyable encore à l’église. Les regrets sonnés au clocher
et surtout les tintements saccadés de la clochette du choeur
imprimaient des secousses convulsives à tout son petit être.
Cette affliction ostensible impatienta même le cousin
Guillaume, ancien officier, un dur à cuire, ennemi de
l’exagération.
— Allons, Laurent, tiens-toi, sapristi !… Sois raisonnable !
… Lève-toi !… Assieds-toi !… Marche ! ne cessait-il de lui
dire à mi-voix.
Peine perdue. À chaque instant le petit compromettait, par
des hurlements et des gesticulations, l’irréprochable

ordonnance du cérémonial. Et cela quand on faisait tant
d’honneur à son papa !
Avant que le convoi funèbre se fût mis en marche, M.
Dobouziez, en homme songeant à tout, avait remis à son
pupille une pièce de vingt francs, une autre de cinq, et une
autre de vingt sous. La première était pour le plateau de
l’offrande ; le reste pour les quêteurs. Mais cet enfant,
décidément aussi gauche qu’il en avait l’air, s’embrouilla dans
la répartition de ses aumônes et donna, contrairement à l’usage,
la pièce d’or au représentant des pauvres, les cinq francs au
marguillier, et les vingt sous au curé.
Il faillit sauter dans la fosse, au cimetière, en répandant sur
le cercueil cette pelletée de terre jaune et fétide qui s’éboule
avec un bruit si lugubre !
Enfin, on le mit en voiture, au grand soulagement du tuteur,
et la clarence à deux chevaux regagna rapidement l’usine et
l’hôtel des Dobouziez situés dans un faubourg en dehors des
fortifications.
Au dîner de famille, on parla d’affaires, sans s’attarder à
l’événement du matin et en n’accordant qu’une attention
maussade à Laurent placé entre sa grand’tante et M.
Dobouziez. Celui-ci ne lui adressa la parole que pour l’exhorter
au devoir, à la sagesse et à la raison, trois mots bien abstraits,
pour ce garçon venant à peine de faire sa première communion.
La bonne grand’tante de l’orphelin eût bien voulu compatir
plus tendrement à sa peine, mais elle craignait d’être taxée de
faiblesse par les maîtres de la maison et de le desservir auprès
d’eux. Elle l’engagea même à recogner ses larmes de peur que

ce désespoir prolongé ne parût désobligeant à ceux qui allaient
désormais lui tenir lieu de père et de mère. Mais à onze ans, on
manque de tact, et les injonctions, à voix basse, de la brave
dame ne faisaient que provoquer des recrudescences de pleurs.
À travers le brouillard voilant ses prunelles, Laurent, craintif
et pantelant comme un oiselet déniché, examinait les convives
à la dérobée.
Mme Dobouziez, la cousine Lydie, trônait en face de son
mari. C’était une nabote nouée, jaune, ratatinée comme un
pruneau, aux cheveux noirs et luisants, coiffée en bandeaux qui
lui cachaient le front et rejoignaient d’épais et sombres sourcils
ombrageant de gros yeux, noirs aussi, glauques, et à fleur de
tête. Presque pas de visage ; des traits hommasses, les lèvres
minces et décolorées, le nez camard et du poil sous la narine.
Une voix gutturale et désagréable, rappelant le cri de la
pintade. Coeur sec et rassis plutôt qu’absent ; des éclairs de
bonté, mais jamais de délicatesse ; esprit terre à terre et borné.
Guillaume Dobouziez, brillant capitaine du génie, l’avait
épousée pour son argent. La dot de cette fille de bonnetiers
bruxellois retirés des affaires, lui servit, lorsqu’il donna sa
démission, à édifier son usine et à poser le premier jalon d’une
rapide fortune.
Guillaume Dobouziez, brillant capitaine du génie, l’avait
épousée pour son argent. La dot de cette fille de bonnetiers
bruxellois retirés des affaires, lui servit, lorsqu’il donna sa
démission, à édifier son usine et à poser le premier jalon d’une
rapide fortune.

Le regard de Laurent s’arrêtait avec plus de complaisance, et
même avec un certain plaisir sur Régina ou Gina, seule enfant
des Dobouziez, d’une couple d’années l’aînée du petit Paridael,
une brunette élancée et nerveuse, avec d’expressifs yeux noirs,
d’abondants cheveux bouclés, le visage d’un irréprochable
ovale, le nez aquilin aux ailes frétillantes, la bouche mutine et
volontaire, le menton marqué d’une délicieuse fossette, le teint
rosé et mat aux transparences de camée. Jamais Laurent n’avait
vu aussi jolie petite fille.
Cependant il n’osait la regarder longtemps en face ou
soutenir le feu de ses prunelles malicieuses, À ses turbulences
d’enfant espiègle et gâtée se mêlait un peu de la solennité et de
la superbe du cousin Dobouziez. Et déjà quelque chose de
dédaigneux et d’indiciblement narquois plissait par moments
ses lèvres innocentes et altérait le timbre de son rire ingénu.
Elle éblouissait Laurent, elle lui imposait comme un
personnage. Il en avait vaguement peur. Surtout qu’à deux ou
trois reprises elle le dévisagea avec persistance, en
accompagnant cet examen d’un sourire plein de
condescendance et de supériorité.
Consciente aussi de l’effet favorable qu’elle produisait sur le
gamin, elle se montrait plus remuante et capricieuse que
d’habitude ; elle se mêlait à la conversation, mangeait en
pignochant, ne savait que faire pour accaparer l’attention. Sa
mère ne parvenait pas à la calmer et, répugnant à des
gronderies qui lui eussent attiré la rancune de ce petit démon,
dirigeait des regards de détresse vers Dobouziez.
Celui-ci résistait le plus longtemps possible aux sommations
désespérées de son épouse.

Enfin, il intervenait. Sourde aux remontrances de sa mère,
Gina se rendait, momentanément, d’un petit air de martyre, des
plus amusants, aux bénignes injonctions de son père. En faveur
de Gina, le chef de la famille se départait de sa raideur. Il
devait même se faire violence pour ne pas répondre aux
agaceries de sa mignonne ; il ne la reprenait qu’à son corps
défendant. Et quelle douceur inaccoutumée dans cette voix et
dans ces yeux ! Intonations et regards rappelaient à Laurent
l’accent et le sourire de Jacques Paridael. À tel point que Lorki,
c’est ainsi que l’appelait le doux absent, reconnaissait à peine
dans le cousin Dobouziez semonçant sa petite Gina, le même
éducateur rigide qui lui avait recommandé à lui, tout à l’heure,
durant la douloureuse cérémonie, de faire ceci, puis cela, et
tant de choses qu’il ne savait à laquelle entendre. Et toutes ces
instructions formulées d’un ton si bref, si péremptoire !
N’importe, si son coeur d’enfant se serra à ce rapprochement,
le Lorki d’hier, le Laurent d’aujourd’hui, n’en voulut pas à sa
petite cousine d’être ainsi préférée. Elle était par trop
ravissante ! Ah, s’il se fut agi d’un autre enfant, d’un garçon
comme lui par exemple, l’orphelin eût ressenti, à l’extrême,
cette révélation de l’étendue de sa perte ; il en eût éprouvé non
seulement de la consternation et du désespoir, mais encore du
dépit et de la haine ; il fût devenu mauvais pour le prochain
privilégié ; l’injustice de son propre sort l’eût révolté.
Mais Gina lui apparaissait à la façon des princesses et des
fées radieuses des contes, et il était naturel que le bon Dieu se
montrât plus clément envers des créatures d’une essence si
supérieure !
La petite fée ne tenait plus en place.

— Allez jouer, les enfants ! lui dit son père en faisant signe à
Laurent de la suivre.
Gina l’entraîna au jardin.
C’était un enclos tracé régulièrement comme un courtil de
paysan, entouré de murs crépis à la chaux sur lesquels
s’écartelaient des espaliers ; à la fois légumier, verger et jardin
d’agrément, aussi vaste qu’un parc, mais n’offrant ni pelouses
vallonnées, ni futaies ombreuses.
Il y avait cependant une curiosité dans ce jardin : une sorte
de tourelle en briques rouges adossée à un monticule, au pied
de laquelle stagnait une petite nappe d’eau, et qui servait
d’habitacle à deux couples de canards. Des sentiers en
colimaçon convergeaient au sommet de la colline d’où l’on
dominait l’étang et le jardin. Cette bizarre fabrique s’appelait
pompeusement « le Labyrinthe. »
Gina en fit les honneurs à Laurent.
Avec des gestes de cicérone affairé, elle lui désignait les
objets. Elle le prenait avec lui sur un ton protecteur :
— Prends garde de ne pas tomber à l’eau !… Maman ne veut
pas qu’on cueille les framboises ! Elle riait de sa gaucherie. À
deux ou trois phrases peu élégantes qui sentaient leur patois,
elle le corrigea. Laurent, peu causeur, devint encore plus
taciturne. Sa timidité croissait ; il s’en voulait d’être ridicule
devant elle.
Ce jour-là, Gina portait son uniforme de pensionnaire : une
robe grise garnie de soie bleue. Elle raconta à son compagnon,
qui ne se lassait pas de l’entendre, les particularités de son
pensionnat de religieuses à Malines ; elle le régala même de

quelques caricatures de sa façon ; contrefit, par des grimaces et
des contorsions, certaines des bonnes soeurs. La révérende mère
louchait ; soeur Véronique, la lingère, parlait du nez ; soeur
Hubertine s’endormait et ronflait à l’étude du soir.
Le chapitre des infirmités et des défauts de ses maîtresses la
mettant en verve, elle prit plaisir à embarrasser son
interlocuteur : « Est-il vrai que ton père était un simple
commis ?… Il n’y avait qu’une petite porte et qu’un étage à
votre maison ?… Pourquoi donc que vous n’êtes jamais venus
nous voir ?… Ainsi nous sommes cousins… C’est drôle, tu ne
trouves pas… Paridael, c’est du flamand cela ?… Tu connais
Athanase et Gaston, les fils de M. Saint-Fardier, l’associé de
papa ? En voilà des gaillards ! Ils montent à cheval et ne
portent plus de casquettes… Ce n’est pas comme toi… Papa
m’avait dit que tu ressemblais à un petit paysan, avec tes joues
rouges, tes grandes dents et tes cheveux plats… Qui donc t’a
coiffé ainsi ? Oui, papa a raison, tu ressembles bien à un de ces
petits paysans qui servent la messe, ici ! »
Elle s’acharnait sur Laurent avec une malice implacable.
Chaque mot lui allait au coeur. Plus rouge que jamais, il
s’efforçait de rire, comme au portrait des bonnes soeurs, et ne
trouvait rien à lui répondre.
Il aurait tant voulu prouver à cette railleuse qu’on peut
porter une blouse taillée comme un sac, une culotte à la fois
trop longue et trop large, faite pour durer deux ans et godant,
aux genoux, au point de vous donner la démarche d’un
cagneux ; une collerette empesée d’où la tête pouparde et
penaude du sujet émerge comme celle d’un Saint Jean-Baptiste
après la décollation ; une casquette de premier communiant

dont le crêpe de deuil dissimulait mal les passementeries
extravagantes, les macarons de jais et de velours, les boucles
inutiles, les glands encombrants ; qu’on peut être vêtu comme
un fils de fermier et ne pas être plus niais et plus bouché qu’un
Gaston ou qu’un Athanase Saint-Fardier.
La bonne Siska n’était pas un tailleur modèle, tant s’en faut,
mais du moins ne ménageait-elle pas l’étoffe ! Puis, Jacques
Paridael trouvait si bien ainsi son petit Laurent ! Le jour de la
première communion, le cher homme lui avait encore dit en
l’embrassant : « Tu es beau comme un prince, mon Lorki ! » Et
c’était le même costume de fête qu’il vêtait à présent ; à part le
crêpe garnissant sa casquette composite et remplaçant à son
bras droit le glorieux ruban de moire blanche frangé d’argent…
La taquine eut un bon mouvement. En parcourant les
parterres, elle cueillit une reine-marguerite aux pétales
ponceau, au coeur doré : « Tiens, paysan, fit-elle, passe cette
fleur à ta boutonnière ! » Paysan, tant qu’elle voudrait ! Il lui
pardonnait. Cette fleur radieuse piquée dans sa blouse noire
était le premier sourire illuminant son deuil. Plus impuissant
encore à exprimer, par des mots, sa joie que son amertume, s’il
l’avait osé, il eût fléchi le genou devant la petite Dobouziez et
lui aurait baisé la main comme il avait vu faire à des chevaliers
empanachés dans un volume du Journal pour Tous qu’on
feuilletait autrefois, chez lui, les dimanches d’hiver, en
croquant des marrons grillés…
Régina gambadait déjà à l’autre bout du jardin, sans attendre
les remerciements de Laurent.
Il eut un remords de s’être laissé apprivoiser si vite et,
farouche, arracha la fleur tapageuse. Mais au lieu de la jeter, il

la serra dévotement dans sa poche. Et, demeurée l’écart, il
songea à la maison paternelle. Elle était vide et mise en
location. Le chien, le brave Lion avait été abandonné au voisin
de bonne volonté qui consentit à en débarrasser la mortuaire !
Siska, ses gages payés, s’en était allée à son tour. Que faisaitelle
à présent ? La reverrait-il encore ? Lorki ne lui avait pas
dit adieu ce matin. Il revoyait sa figure à l’église, tout au fond,
sous le jubé, sa bonne figure aussi gonflée, aussi défaite que la
sienne.
On sortait ; il avait dû passer, talonné par le cousin
Guillaume, alors qu’il aurait tant voulu sauter au cou de
l’excellente créature. Dans la voiture, il avait timidement
hasardé cette demande : « Où allons-nous, cousin ? — Mais à
la fabrique, pardienne ! Où veux-tu que nous allions ? » On
n’irait donc plus à la maison ! Il n’insista point, le petit ; il ne
demanda même pas à prendre congé de sa bonne ! Devenait-il
dur et fier, déjà ? Oh, que non ! Il n’était que timide, dépaysé !
M. Dobouziez le rabrouerait s’il mentionnait des gens si peu
distingués que Siska…
Lasse de l’appeler, Gina se décida à retourner auprès du
rêveur. Elle lui secoua le bras : « Mais tu es sourd… Viens, que
je te montre les brugnons. Ce sont les fruits de maman. Félicité
les compte chaque matin… Il y en a douze… N’y touche
pas… » Elle ne remarqua point que Laurent avait jeté la fleur.
Cette indifférence de la petite fée ragaillardit le paysan, et
pourtant, au fond, il eût préféré qu’elle s’informât de ce
qu’était devenu son présent.
Il s’étourdit, se laissa mener par Gina. Ils jouèrent à des jeux
garçonniers. Pour lui plaire, il fit des culbutes, jeta des cris

sauvages, se roula dans l’herbe et le gravier, souilla ses beaux
habits, et la poussière marbra de crasse ses joues humides de
sueur et de larmes.
— Oh, la drôle de tête ! s’exclama la fillette.
Elle trempa un coin de son mouchoir dans le bassin et essaya
de débarbouiller Laurent. Mais elle riait trop et ne parvenait
qu’à le maculer davantage.
Il se laissait faire, heureux de ses soins dérisoires. La perfide
lui dessinait des arabesques sur le visage, si bien qu’il avait
l’air d’un peau-rouge tatoué.
Pendant cette opération une voix aigre se mit à glapir :
— Mademoiselle, Monsieur vous prie de rentrer… Le
monde va partir… Et vous, venez par ici. Il est temps de se
coucher. Demain on retourne à la pension. C’est assez de
vacances comme ça !
Mais à l’aspect du jeune Paridael, Félicité, la redoutable
Félicité, la servante de confiance se récria comme devant le
diable : « Fi ! l’horreur d’enfant ! »
Elle était venue le prendre au collège, la veille, et devait l’y
reconduire. Acariâtre, bougonne, servile, rouée, flattant
l’orgueil de ses maîtres en s’assimilant leurs défauts, elle
devinait d’emblée le pied sur lequel l’enfant serait traité dans
la maison. La cousine Lydie se déchargeait sur cette vilaine
servante de l’entretien et de la surveillance de l’intrus.
L’imprudent Paridael venait de ménager à Félicité un
magnifique début dans son rôle de gouvernante. La harpie n’eut
garde de négliger cette aubaine. Elle donna libre carrière à ses
aimables sentiments.

Gina, continuant de pouffer, abandonna son compagnon aux
bourrades et aux criailleries de la servante, et rentra en courant
dans le salon, pressée de raconter la farce à ses parents et à la
société.
Laurent avait fait un mouvement pour rejoindre l’espiègle,
mais Félicité ne le lâchait pas. Elle le poussa vers l’escalier et
lui fit d’ailleurs une telle peinture des dispositions de M. et
Mme Dobouziez pour les petits gorets de son espèce, qu’il se
hâta, terrifié, de gagner la mansarde où on le logeait et de se
blottir dans ses draps.
Félicité l’avait pincé et taloché. Il fut stoïque, ne cria point :
s’en tint à quatre devant la mégère.
Le dénouement orageux de la journée fit diversion au deuil
de l’orphelin. Les émotions, la fatigue, le plein air lui
procurèrent un lourd sommeil visité de rêves où des images
contradictoires se mêlèrent dans une sarabande fantastique.
Armée d’une baguette de fée, la rieuse Gina conduisait la
danse, livrait et arrachait tour à tour le patient aux entreprises
d’une vieille sorcière incarnée en Félicité. À l’arrière-plan les
fantômes doux et pâles de son père et de Siska, du mort et de
l’absente, lui tendaient les bras. Il s’élançait, mais M.
Dobouziez le harpait au passage avec un ironique : « Halte-là,
galopin ! » Des cloches sonnaient ; Paridael jetait la reinemarguerite,
présent de Gina, dans le plateau de l’offrande. La
fleur tombait avec un bruit de pièce d’or accompagné du rire
guilleret de la petite cousine, et ce bruit mettait en fuite les
larves moqueuses, mais aussi les pitoyables visions…
Et telle fut l’initiation de Laurent Paridael à sa nouvelle vie de famille…

 

II
Le « Moulin de pierre ».

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